BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
zoologie
122
N° 183 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1973
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauciiot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
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toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 183, septembre-octobre 1973, Zoologie 122
SOMMAIRE
Jean-Claude Quentin. — Un nouveau Nématode Rictulaire Pterygodermatites hispanica
n. sp., parasite de Rongeurs en Espagne. 1395
— Morphologie et position systématique d ’Oxyuris stossichi Setti, 1897. Intérêt paléobio¬
géographique de cette espèce. 1403
183, 1
Un nouveau Nématode Rictulaire
Pterygodermatites hispanica n. sp.,
parasite de Rongeurs en Espagne
par Jean-Claude Quentin *
Résumé. — Description d’une nouvelle espèce de Nématode Rictulariidae : Pterygoderma-
tites hispanica n. sp., parasite de Rongeurs en Espagne. Elle présente une ouverture buccale apicale,
un faible nombre d’éléments cuticulaires (44 à 48 chez la femelle) et des spiculés égaux de très
grande taille (370 jjl).
Ce parasite est récolté chez Apodemus sylvaticus mais il apparaît que l’hôte normal est en
réalité Microtus nivalis ainsi que l’indiquent la distribution chez cet hôte des espèces morpho¬
logiquement les plus proches, la capture en altitude du parasite et sa biologie.
Abstract. — A new rictulariid nematode Pterygodermatites hispanica n. sp. parasite of rodents
in Spain. — Description of a new species of a rictulariid nematode : Pterygodermatites hispanica
n. sp., parasite of rodents in Spain. It présents an apical buccal opening, a small number of cuti-
cular processes (44 to 48 in the female) and very long equal spiculés (370 p).
This parasite is found in Apodemus sylvaticus but it seems that the normal host is Microtus
nivalis as shown by the distribution of closely related morphological species in this host, the
acquisition at high altitude of the parasite and its biology.
Au cours d’une mission de piégeage de Micromammifères 1 , réalisée dans le sud et l’est
de l’Espagne en septembre et octobre 1972, une nouvelle espèce de Nématode Rictulaire
a été récoltée au niveau de l’intestin de deux Apodemus sylvaticus L. capturés dans la région
d’Albarracin près de Teruel. L’un des Rongeurs était parasité par un seul Nématode femelle
(n° d’enregistrement MNHN Paris Sb 407) ; le second présentait cinq femelles gravides
(n° Sb 411). L’infestation expérimentale d’insectes Orthoptères avec des œufs embryon-
nés de ce Spiruride, puis celle de Mulots maintenus en élevage au Laboratoire avec des
larves infestantes recueillies chez l’hôte intermédiaire ont permis l’obtention chez l’hôte
définitif de plusieurs mâles et femelles du parasite adulte.
Nous décrivons dans ce travail la morphologie des deux sexes.
* Laboratoire de Zoologie (Vers) associé au CNRS, Muséum national d'Histoire naturelle, 57, rue Cuvier,
75005 Paris.
1. Les captures de Micromammifères ont été effectuées en collaboration avec les Drs J. C. Beaucournu
du Laboratoire de Parasitologie de la Faculté de Médecine de Rennes, B. Gilot de l’INSERM, A. Mey-
i.an du département des Vertébrés de la Station fédérale de Recherches agronomiques de Lausanne (Suisse),
C. Vaucher de l’Institut de Zoologie de l’Université de Neuchâtel (Suisse), J. R. Vericad de la Station de
Biologie expérimentale de Jaca (Espagne). Nous les remercions vivement pour leur amicale coopération.
183, 2
MB
Fig. 1. — Pterygodermatites hispanica n. sp., femelle.
A, tête en vue apicale ; B, tête en vue dorsale ; C, tête en vue latérale droite ; D, extrémité antérieure, région
de l'œsophage et de la vulve, face latérale droite ; K, extrémité caudale ; F, jeune femelle âgée de 7 jours,
vue ventrale ; G, œuf ; H, éléments cuticulairos de la 2° et de la 3 e paire ; I, éléments cuticulaires do
la 20 e et de la 21 e paire ; J, éléments cuticulaires de la 32 e et de la 33 e paire ; K, éléments cuticulaires
de la 48 e et dernière paire.
A, B, C, éch. 150 p ; D, E, éch. 500 p ; F, éch. 200 p ; G, éch. 50 p ; H, I, J, K, éch. 100 p.
UN NOUVEAU NÉMATODE RICTULAIRE
1397
Description
La bouche tout à fait apicale présente un contour hexagonal. Elle est ornée chez la
femelle de 36 à 42 denticules, et chez le mâle d’une trentaine de denticules.
Elle s’ouvre sur une capsule céphalique de section triangulaire où font saillie trois
fortes dents pharyngiennes. Ces dernières sont d’égale importance et se terminent chacune
par un faisceau d’une dizaine de denticules.
Les papilles du cycle labial interne sont réunies entre elles par une couronne régulière
d’épaississements cuticulaires. Plus en arrière les papilles du cycle labial externe sont rap¬
prochées des quatre papilles céphaliques.
Il n’existe pas de dilatation cuticulaire céphalique.
Femelle (fig. 1)
La principale particularité des femelles réside dans le faible nombre des éléments cuti¬
culaires qui garnissent chacune des faces latéro-ventrales du corps. Ces éléments ne comptent
en effet que 44 à 48 paires dont 31 à 33 sont prévulvaires. Ils sont jointifs jusqu’à la 31 e paire
puis s’espacent de plus en plus et deviennent ensuite, sur les femelles gravides, difficilement
observables. Cette ornementation cuticulaire est donc principalement répartie dans la
région antérieure du corps, la dernière paire d’éléments étant localisée à 6 500 ;x de l’apex.
Femelle holotype (n° Sb 441). Sa longueur est de 3,7 cm et sa largeur de 1 225 ix. La
capsule céphalique est profonde de 45 [x, sa paroi est épaisse de 25 (x. Le diamètre de la bouche
est de 130 jx. La longueur des premiers peignes cuticulaires est de 65 jx, celle des peignes
de la 20 e paire atteint 115 ;x. Ces éléments décroissent ensuite de taille et mesurent 86 à
90 [x au niveau de la vulve.
L’anneau nerveux, le pore excréteur et les deirides sont respectivement situés à 350 ;x,
570 p et 600 fx de l’apex. L’œsophage d’une longueur de 2 800 fx se termine en avant de la
vulve. Celle-ci se trouve à 4 400 (X de l’apex. Les œufs ont une coque épaisse de 5 p. et mesu¬
rent 51 [x X 41 [x. La longueur de la queue est de 450 ;x.
Mâle (fig. 2)
Trois éléments morphologiques le caractérisent : le nombre de « peignes » cuticulaires
restreint à 43 paires, la taille importante des spiculés qui sont égaux et longs de 370 jx,
la présence d’un gubernaculum.
Mâle allotype (n° Sb 462). Le mâle choisi pour allotype est obtenu chez le Rongeur
14 jours après l’infestation expérimentale.
Il mesure 4 350 jx de long et 220 [x de large. L’anneau nerveux, le pore excréteur et les
deirides sont respectivement situés à 210 [X, 360 p. et 420 fx de l’apex. La capsule est pro¬
fonde de 31 (x, sa paroi est épaisse de 5 fx. La longueur de Tœsophage est de 950 (x. Le coude
testiculaire remonte à 1 900 [x de l’apex. Les spiculés sont longs de 360 à 370 (x et larges de
20 [X. Le gubernaculum mesure 40 fx de long.
Il existe un seul bourrelet cuticulaire ventral long de 100 q, se terminant à 100 fx en
avant du cloaque. La longueur de la queue est de 150 [x.
Fig. 2. — P tery go dermatite s ruspamca n. sp., mâle.
A, spécimen mâle âgé de 7 jours, la partie antérieure du corps est en vue latérale, la partie postérieure est
en vue ventrale ; B, tête en vue apicale ; C, tête en vue dorsale ; D, vue latérale gauche ; E, bourse
caudale, vue ventrale ; F, bourse caudale, vue latérale.
A, éch. 200 p. ; B, C, D, E, écb. 50 p ; F, éch. 100 p.
UN NOUVEAU NÉMATODE RICTULAIRE
1399
Discussion
La morphologie de ce Nématode Rictulaire est très primitive : la capsule céphalique
a une ouverture buccale apicale, le nombre des éléments pectinés qui ornent la face ventrale
du corps est particulièrement réduit dans les deux sexes, et, chez le mâle, la disposition
des papilles cloacales, la présence d’un gubernaculum et la taille importante des deux spi¬
culés égaux sont comparables aux différentes structures génitales des mâles des Nématodes
Seuratidae (Seuratoidea).
Ce Rictulaire appartient de ce fait au genre Pterygodermatites Wedl, 1861, et se classe
dans le sous-genre Paucipectines Quentin, 1969, qui regroupe les espèces les plus primitives.
Nous renvoyons à notre travail de 1969 où les principaux caractères concernant les
quinze premières espèces classées dans le sous-genre Paucipectines sont comparés.
Depuis, deux nouvelles espèces appartenant à ce sous-genre ont été décrites chez des
Rongeurs nord-américains. Il s’agit de Ptery godermatites ( Paucipectines ) peromysci Lich-
tenfels, 1970, et P. ( Paucipectines ) parkeri Lichtenfels, 1970.
Parmi les dix-sept espèces que compte donc actuellement le sous-genre Paucipectines ,
quatre d’entre elles se rapprochent de nos spécimens par le nombre des éléments pectinés
le plus faible et l’égalité des spiculés. Ce sont les espèces :
— P. quinqueflabellum (Sadovskaja, 1954). Le mâle seul connu est parasite d’un
Rongeur Microtidé de la région de Primorsk (URSS). Les spiculés ne mesurent que 79 p,
de long.
— P. vitimi (Matschulsky et Makarov, 1953). Cette espèce n’est représentée que par
les femelles parasites d’un Carnivore Viverridé de Mongolie. Le nombre des éléments pec¬
tinés qui atteint 53 paires chez cette espèce est légèrement supérieur à celui que nous avons
relevé (48) sur nos spécimens femelles.
— P. baicalensis (Spassky, Ryshikov et Sudarikov, 1952) est parasite de Rongeurs
Muridés dans la région du lac Raïkal. Les spiculés égaux du mâle sont de grande taille (260 p)
mais chez les femelles le nombre d’éléments pectinés s’élève à 62 paires.
— P. kolimensis (Gubanov et Fedorov, 1967) est parasite de Rongeurs Microtidés de
Verkoïansk (URSS). Les spiculés sont égaux chez le mâle et sont longs de 132 p à 136 p ;
chez la femelle les éléments pectinés atteignent cependant 64 paires. En outre le nombre
des denticules péribuccaux est plus faible que sur notre matériel.
En conséquence les Rictulaires femelles que nous avons récoltés en Espagne et les
spécimens mâles et femelles que nous avons obtenus après infestation expérimentale diffèrent
des espèces actuellement classées dans le sous-genre Paucipectines principalement par le
nombre plus faible des éléments pectinés et la taille plus importante des spiculés. Nous
pensons qu’ils appartiennent à une espèce nouvelle que nous nommons Ptery godermatites
hispanica n. sp.
La localisation aussi méridionale de ce Rictulaire dont la morphologie est une des plus
primitives du genre peut paraître surprenante, car les espèces les plus proches morpholo¬
giquement ont une répartition géographique très septentrionale ; elles sont en effet, pour la
plupart d’entre elles, parasites de Rongeurs Microtidés d’Asie centrale et du nord de l’URSS.
Par ailleurs chez le Mulot Apodemus sylvaticus L., une seule espèce de Nématode
Rictulaire : Rictularia proni Seurat, 1915, était jusqu’alors connue en Europe occidentale
JEAN-CLAUDE QUENTIN
1400
et sur le pourtour méditerranéen, comme en témoignent les nombreuses observations effec¬
tuées sur ce Nématode en France (Dujardin, 1845 ; Quentin, 1970), en Suisse (Wahl,
1967), en Espagne dans la région de la vieille Castille à Villacastin (Bernard, 1961), en
Afrique du Nord (Seurat, 1916 ; Dollfus, 1960) et en Turquie (Schad, Kuntz et Wells,
1960).
En fait, divers éléments biogéographiques, écologiques et biologiques nous incitent à
penser que la présence en Espagne de l’espèce Pterygndermatites hispanica est liée à celle
du Rongeur Microtus nivalis.
Ainsi la récente découverte par Barus, Pfaller et Tenora, 1972, chez Microtus
nivalis dans les Alpes autrichiennes, d’une espèce voisine de la nôtre, P. Paucipectines
kolimensis, initialement récoltée chez des Microtidés dans la région du Yakoutsk (Sibérie),
et celle de Dimitrova, Genov et Karapchanski, 1962, mentionnant chez Microtus
nivalis en Bulgarie, des femelles de Pterygodermatites s’apparentant aux espèces P. koli¬
mensis ou P. sibiricensis, viennent d’autant plus étayer cette hypothèse que Microtus
nivalis semble occuper en Espagne une vaste distribution géographique. Signalé dans le
nord du pays ainsi que dans la Sierra de Gredos à l’ouest de Madrid (Hainard), ce Rongeur
a également été capturé au cours de notre mission dans la Sierra Nevada dans le sud du
pays (Veric.ad et Gilot, communication personnelle).
En outre, les altitudes 1 400 m et 1 720 m et les lieux de capture (Sierra Alla) des Ron¬
geurs parasités concordent avec l’écologie de Microtus nivalis.
Enfin, l’évolution larvaire du parasite (cycle biologique en cours d’étude), deux fois
plus rapide que celle des autres Nématodes Rictulariidae, Rictularia proni et Ptery goder¬
matites taterilli , révèle effectivement une biologie qui, dans les conditions naturelles, doit se
dérouler à une température relativement basse.
En conclusion, Ptery godermatites hispanica semble être un parasite de Microtus nivalis ;
Apodemus ne représenterait qu’un hôte secondaire ; les raisons de sa présence en Espagne
seraient d’ordre paléobiogéographique. L’introduction en péninsule Ibérique de cette forme
relique dont les espèces les plus proches sont parasites de Rongeurs de climat froid serait
contemporaine des grands courants de migration des Rongeurs Microtidés du nord et de
l’est de la région paléarctique vers le sud de l’Europe (Chaline, 1970) qui ont accompagné
au Pleistocène chacune des périodes de refroidissement.
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UN NOUVEAU NÉMATODE RICTULAIRE
1401
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Bull. Mus. natn. Ilist. nat., Paris, 3 e sér., n° 183, sept.-oct. 1973,
Zoologie 122 : 1395-1401.
Achevé d’imprimer le 30 avril 1974.
Morphologie et position systématique
(VOxyuris stossichi Setti, 1897.
Intérêt paléobiogéographique de cette espèce
par Jean-Claude Quentin *
Résumé. — Redescription des femelles d ’Oxyuris stossichi Setti, 1897, parasites du Rongeur
Hystrix cristata.
Les structures céphaliques de cet Oxyurinae correspondent parfaitement aux caractères
définis dans le genre Evaginuris.
La répartition du genre Evaginuris à la fois chez des Rongeurs Iîystricidés de l’Ancien Monde
et des Rongeurs Caviomorphes du Nouveau Monde témoigne d’une origine biogéographique com¬
mune entre ces deux groupes d’hôtes. Ce fait coïncide avec d’autres données paléontologiques et
parasitologiques attestant une origine africaine des Rongeurs Caviomorphes.
Abstract. — Morphology and systematic position of Oxyuris stossichi Setti, 1897. Paleo-
biogeographic interest of this species. — Redescription of the females of Oxyuris stossichi Setti,
1897, parasites of the rodent Hystrix cristata.
The cephalic structures of this Oxyurinae correspond perfectly to the characters as defîned
in the genus Evaginuris.
The distribution of the genus Evaginuris in the Old World rodents belonging to the Hystri-
cidae, and the Caviomorph rodents of the New World, indicates a common biogeographical origin
to both groups of hosts. This fact concurs with other paleontological and parasitological factors
establishing an African origin to the Caviomorph rodents.
Dans une récente étude des Nématodes Oxyurinae parasites de Rongeurs, nous avons
montré que l’évolution de ces Oxyures pouvait être interprétée sur la base de deux éléments
morphologiques essentiels : la différenciation des structures génitales mâles et celle des
structures céphaliques. L’un de ces caractères peut quelquefois faire défaut dans les des¬
criptions des auteurs anciens et il demeure alors difficile de préciser la position systématique
de l’espèce et la place zoologique qu’elle occupe dans la phylogénie de la lignée. Tel est le
cas de l’espèce Oxyuris stossichi Setti, 1897, récoltée chez un Hystrix cristata d’Erythrée,
qui n’est connue que par les dimensions des spécimens, le dessin général d’une femelle et
celui de l’extrémité caudale du mâle en vue latérale.
Travassos, 1923, classe cet Oxyure dans le genre Syphacia mais, dès 1928, Price
remarque que la morphologie de l’extrémité caudale du mâle diffère de celle qui caracté¬
rise le genre Syphacia et émet l’hypothèse que cet Oxyure appartient à un nouveau genre.
C’est également l’opinion de Tiner, 1948, et celle de Chabaud et Biocca, 1955, qui.
* Laboratoire de Zoologie (Vers) associé au CNRS, Muséum national d'Histoire naturelle, 57, rue Cuvier y
75005 Paris.
1404
JEAN-CLAUDE QUENTIN
en l’absence d’une nouvelle description de cet Oxyure préfèrent le désigner comme
Oxyuris s. 1.
Vuylsteke, 1956, identifie à nouveau l’espèce chez un Hystrix cristata du Jardin
zoologique d’Anvers mais n’en complète pas la morphologie.
Notre collègue F. Puylaert de la Section des Invertébrés du Musée royal d’Afrique
centrale a eu l’obligeance de nous faire parvenir ces Oxyures femelles enregistrés sous le
n° 27.887.891. Nous en précisons les structures céphaliques et la place systématique.
Description
La tête est de grande taille. La forme triangulaire du contour de l’extrémité apicale
est due au regroupement des volumineuses papilles céphaliques de part et d’autre de cha¬
cune des amphides et à l’épaississement de trois pseudolèvres. Une de ces pseudolèvres est
ventrale, les deux autres sont latéro-dorsales.
Ces formations ne recouvrent pas la bouche qui est délimitée par la capsule buccale.
Celle-ci se termine en trois lames chitinoïdes bordant chacune des dents buccales. Ces der¬
nières sont épaisses et présentent à leur apex deux sillons séparés par une arête médiane.
Sur les rebords latéraux du masque facial, de fines rides sont disposées en éventail
entre les papilles céphaliques. Il n’existe pas de vésicule céphalique.
L’état de conservation de ces spécimens ne permet pas de discerner l’anatomie de la
région antérieure du corps. La striation cuticulaire transversale est interrompue sur chacune
des faces latérales par deux fines crêtes cuticulaires espacées d’environ 100 à 140 p.
La cuticule dans la région caudale est légèrement dilatée en spirale.
Chez ces femelles gravides l’élément le plus remarquable est constitué par une ample
dilatation de l’utérus qui se replie en partie sur lui-même avant le vagin. Les œufs, parti¬
culièrement nombreux, ne sont pas embryonnés et ne présentent pas d’opercules.
La longueur du corps varie chez ces femelles gravides de 18,35 à 21,46 mm et la largeur
de 1,5 à 1,6 mm.
Les dimensions d’un spécimen long de 18,5 mm sont les suivantes : largeur de l’extré¬
mité céphalique 165 p, écart des pores amphidiaux 130 p, longueur des dents buccales 50 p ;
anneau nerveux, porc excréteur et vagin situés respectivement à 200 p, 2 000 p et 2 900 p
de l’apex ; longueur totale de l’œsophage 870 p, diamètre du bulbe 250 p ; longueur de la
queue 4 100 p, dimensions des œufs 80 p X 45 p.
Discussion
Place systématique. Ces Oxyures ont des dimensions supérieures à celles des spécimens
de Setti, chez lesquels les femelles mesurent 12 mm, mais les proportions des organes par
rapport à la longueur du corps sont comparables et les dimensions des œufs sont voisines
chez les deux lots.
En outre, la description de Setti indique, chez les femelles gravides, une dilatation
utérine identique à celle que nous avons observée. Nous pensons donc avec A. Vuylsteke,
1956, que les Oxyures récoltés chez Hystrix cristata L. dans le Jardin zoologique d’Anvers
appartiennent bien à l’espèce Oxyuris stossichi Setti, 1897, parasite d’un Hystrix cristata
d’Érythrée.
Fig. 1. — Evaginuris stossichi (Setti, 1897) nov. comb. Ç.
A, tète, vue apicale ; B, tête en vue ventrale ; on remarque notamment les replis latéraux de la capsule
buccale au-dessus des dents ; C, tête en vue dorsale ; chaque dent buccale est creusée à son sommet
de deux sillons séparés par une arête médiane ; D, femelle, vue latérale ; la partie antérieure de l’utérus,
est dilatée et repliée en partie sur elle-même ; E, extrémité antérieure du corps, région œsophagienne ;
F, détail de l’ornementation cuticulaire latérale ; G, œuf ; H, détail de la région caudale.
A, B, C, éch. 100 [t ; D et H, éch. 2000 p ; F, éch. 200 p ; G, éch. 50 p.
1406 JEAN-CLAUDE QUENTIN
Les caractères céphaliques de cet Oxyurinae concordent parfaitement avec ceux des
espèces que nous avons classées (Quentin, 1973) dans le genre Evaginuris Skrjabin et Schi-
khobalova, 1951. Ces espèces présentent en effet en commun avec l’Oxyure décrit par Setti,
des papilles céphaliques rapprochées latéralement des amphides et placées sur les forma¬
tions labiales, une bouche entourée par deux pseudolèvres latéro-dorsales et une pseudo¬
lèvre ventrale, enfin une capsule buccale pourvue d’expansions chitinoïdes.
Par ailleurs, le vagin ne possède pas d’assise musculaire développée et les œufs ne sont
pas embryonnés.
L’Oxyure, parasite d’ Hystrix cristata L., décrit par Setti doit donc être nommé Evagi-
nuris stossichi (Setti, 1897) nov, comb.
Le genre Evaginuris compte actuellement cinq autres espèces. Trois d’entre elles peuvent
aisément être distinguées d ’E. stossichi d’après le dessin de leurs structures céphaliques.
Ce sont les espèces E. compar (Leidy, 1856) et E. evoluta (Linstow, 1899), chez lesquelles
la capsule buccale présente de fortes expansions chitinoïdes (cf. fig. 2), et l’espèce E. branickii
(Mc Clure, 1932) où l’échancrure buccale a le même aspect que celle d’E. stossichi mais dont
les dents buccales ne portent aucune aspérité et sont recouvertes par trois replis de la cap¬
sule buccale.
Les structures des deux dernières espèces, E. samboni Baylis, 1922, et E. decorataTra-
vassos, 1923, sont insuffisamment connues. Ces espèces diffèrent principalement d’E. stos¬
sichi en raison de l’extroversion du vagin.
Intérêt paléooéograpiiique de la distribution du genre Evaginuris
La distribution du genre Evaginuris est la suivante :
— E. evoluta est paiasite d’un Hystrix brachyura originaire de Malaisie ;
—- E. stossichi est parasite A’Hystrix cristata en Erythrée ;
— E. compar est parasite d’ Erethizon dorsatum et d’E. epixanthum en Amérique du Nord ;
— E. samboni et E. decorata sont respectivement parasites de Coendu villosus et C. brandti
en Amérique du Sud ;
— E. branickii est parasite de Dinomys branickii en Amérique du Sud.
Le spectre d’hôtes des Oxyures du genre Evaginuris comprend donc d’une part des
Rongeurs Phiomorphes Hystricidés de l’Ancien Monde, et d’autre part des Rongeurs Cavio-
morphes Erethizontidés et Dinomyidés du Nouveau Monde.
Or on trouve chez ces Rongeurs de familles différentes (Hystricidés et Erethizonti¬
dés) des Oxyures qui présentent entre eux des affinités morphologiques plus étroites que
celles des Oxyures récoltés au sein d’un même groupe zoologique (Phiomorphes ou Cavio-
morphes).
Ainsi la forme de la capsule buccale d’E. evoluta parasite A’Hystrix brachyura coïn¬
cide plus avec celle d’E. compar parasite A’Erethizon qu’avec celle d’E. stossichi parasite
A'Hystrix cristata, et le dessin de la vue apicale d’E. branickii parasite de Caviomorphe
s’apparente plus à celui d’E. stossichi qu’aux structures céphaliques d’E. compar.
De ce fait, on conçoit difficilement comment de telles affinités morphologiques ont pu
s’établir entre des Oxyures parasites de deux groupes zoologiques différents, si ce n’est
par l’existence à l’origine d’un type morphologique ancestral parasitant à la fois des hôtes
MORPHOLOGIE ET POSITION SYSTÉMATIQUE d’oXYURIS STOSSICHI
1407
E. branickii E.stossichi
Fig. 2. —- Extrémités céphaliques en vue apicale des espèces Evaginuris compar, E. branickii, parasites
de Caviomorphes, et d’E. evoluta, E. stossichi , parasites de Phiomorphes.
La forme des dents buccales (d) et celle des rebords épaissis de la capsule buccale (c) sont com¬
parables chez le9 espèces E. compar et E. evoluta. La paroi de la capsule buccale est plus fine, et
l’échancrure de la bouche présente le même aspect chez les espèces E. branickii et E. stossichi.
Les têtes d’E. compar et d'E. stossichi sont à l’échelle 100 p. ; celles d 'E. evoluta et d'E. branickii
sont à l’échelle 50 p,.
(Phiomorphes et Caviomorphes) apparus à la même époque géologique, Eocène-Oligocène
inférieur, et présentant alors des aires de répartition biogéographiques communes ou voisines.
De telles relations n'ont pu exister en zone holarctique, car on sait que le genre Ere-
thizon d’origine néotropicale n’est apparu en Amérique du Nord qu’à la fin du Tertiaire
(Simpson, 1945) et que la répartition paléogéographique des TTystrieidés est uniquement
africaine et asiatique.
L’hypothèse récente, soutenue par Lavocat (1969) et Hoffstetter (1972), d’une
origine africaine des Rongeurs Caviomorphes a déjà permis, chez une autre lignée parasi¬
taire, celle des Nématodes Héligmosomes, d’expliquer la présence de formes comparables
1408
JEAN-CLAUDE QUENTIN
à la fois chez des Rongeurs Phiomorphes d’Afrique et des Caviomorphes d’Amérique du
Sud (cf. Desset, 1971).
Les parentés morphologiques des Oxyurinés d’IIystricidés et de Caviomorphes requiè¬
rent également ces relations biogéographiques.
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Manuscrit déposé le 18 décembre 1972.
Achevé d’imprimer le 30 avril 1974.
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Bauchot, M.-I.., .J. Daget, J.-C. Huheau et Th. Mono», 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en laxionomie. Bull. Mus. flisl. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
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