t 2éO
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME X.
FASCICULE 2.
Paul DISPONS.
/LES RÉDUVIIDÉS DE
L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE
PARIS
EDITIONS DU MUSÉUM
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V®)
1955
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
9C
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A. Zoologie. Tome X, fascicule 2. — Pages 93 à 240.
LES RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE
Biologie et Biogéographie
par Paul Dispons.
SOMMAIRE.
Introduction . 95
PREMIÈRE PARTIE. — BIOLOGIE.
Chapitre I. — Données éthologiques générales . 98
La locomotion. — La chasse et l’attaque des proies. —
La soustraction aux vues. — Le mimétisme. — L’homo-
typie artificielle et la prosoponie. — Le mécanisme de la
prosoponie. — Facteurs régissant la prosoponie. — Les
Réduviidés prosoponiques. — La signification de la pro¬
soponie. — Grégarisme. Migrations. Associations. —
L’odeur et la stridulation. — La piqûre et l’action du
venin. — L’alimentation. — La diapause de l’adulte.
Chapitre IL — L’accouplement . 118
Influence de divers facteurs. — Modalités de la pariade.
Chapitre III.— L’oviposition . 124
L’époque de l’oviposition. — Délai d’oviposition après
accouplement. — Age de la femelle à l’époque de la
ponte. — Durée de la ponte d’un œuf. — Intensité de la
ponte. — Pontes des femelles non fécondées. — Rythme
de la ponte et nombre d’œufs par oviposition partielle.
— Survie des femelles après la dernière ponte. — Les
différents modes d’oviposition. — La protection de la
ponte. — Mécanisme de la ponte.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X. '
Source : MNHN, Paris
94
PAUL DISPONS.
Chapitre IV.— L’œuf
Tableau des œufs des sous-familles. — Harpactorinae.
— Rhaphidosominae. — Piratinae. — Stenopodinae. —
Acanthaspidinae. — Emesinae.
Chapitre V. — L’éclosion .
Durée de l’incubation. — Incubation normale. — La dia-
pause de l’œuf. — Le mécanisme de l’éclosion. — Durée
de l’éclosion. — Coloration et aspect de la larve à la
naissance. — Avortements lors de l’éclosion.
Chapitre VI.— La larve .
Comportement de la larve après l’éclosion. — La suture
et la brèche ecdysiales. — Mécanisme de la mue. —
Durée de la mue. — Pigmentation de l’insecte après la
mue. — Le cycle et les stades larvaires. — Jeûnes pré-
ecdysial et postecdysial. — La diapause. — Anomalies
de la mue.
DEUXIÈME PARTIE. — BIOGÉOGRAPHIE.
Chapitre I. — Etude des sous-familles .
I. Emesinae. — IL Piratinae. — III. Harpactorinae. —
IV. — Rhaphidosominae. — V. Stenopodinae. — VI.
Acanthaspidinae. — VIL Ectrichodiinae. — VIII. Sai-
cinae. — IX. Holoptilinae.
Chapitre IL — Les facteurs biogéographiques .
Les facteurs hygrométrique, pluviométrique et thermique.
— Le facteur éolien. — Le facteur hypsométrique. — Le
facteur édaphique. — Le facteur végétal. — Les fac¬
teurs éthologiques. — Le facteur humain.
Chapitre III. — Les habitats des Réduviides .
Les milieux biologiques. Biotopes et micromilieux. —
Les biotopes terreux, pierreux, rupestres et végétaux. —
Les bords des eaux. —• Les daïas. — Les biotopes salés.
— Les sables et les dunes. — Les biotopes domestiques.
Les biotopes troglodytes.
Chapitre V. — Origine du peuplement
Le peuplement lierbérien. — Le peuplement saharien.
— Le peuplement macaronésien et son « enclave conti¬
nentale ».
Bibliographie
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
95
INTRODUCTION.
La famille des Réduviides compte parmi les plus importantes dans
l’Ordre des Hétéroptères. Depuis la parution du Catalogue général des
Hémiptères de Lethierry et Severin en 1896 qui indiquait 1855 espè¬
ces, le nombre des espèces est allé en croissant et l’on peut estimer
à plus de 4.000 le nombre actuellement connu soit près du sixième
de l’ordre des Hétéroptères. Ce nombre est certainement loin de repré¬
senter la faune réduvienne du globe puisque chaque révision fait appa¬
raître de très substantiels pourcentages d’espèces nouvelles.
Les Réduviides sont répandus dans le monde entier. Cette répar¬
tition est très inégale. Les régions éthiopienne, orientale et néotropi¬
cale se partagent à peu près en parties égales les trois-quarts des espè¬
ces ; la région néarctique est sensiblement la plus pauvre, soit environ
1/20 de la faune, alors que les régions paléarctique et australienne
en abritent chacune le dixième.
L’Afrique nord-occidentale comprend la portion du Continent
africain limitée au nord par la Méditerranée, à l’est par le Plateau
libyque et les confins du Désert de Libye, au sud par la bordure méri¬
dionale du Sahara, à l’ouest par l’Atlantique ; nous y rattacherons les
prolongements insulaires des Canaries, Madère et des Açores. Ce ter¬
ritoire correspond dans l’ensemble au secteur occidental de la Région
paléarctique en Afrique. Nous observerons que le Sahara est inclus tra¬
ditionnellement dans la Région paléarctique, cette inclusion est certes
discutable ; l’étude combinée des faunes berbérienne et saharienne est
cependant indispensable, la pénétration dans le Sahara à partir des
Hauts Plateaux est progressive et la répartition de la faune n’est pas
sans en ressentir les conséquences.
L’Afrique nord-occidentale comporte donc une zone septentrionale
constituée par la Berbérie et le littoral de la Tripolitaine et de la Cyré¬
naïque et au sud de cette zone, le Sahara.
La Berbérie est dominée par un système montagneux comportant
deux séries de chaînes grossièrement parallèles. L’une borde au nord
la Méditerranée par le Rif et l’Atlas tellien, l’autre domine au sud le
Sahara par le Haut Atlas marocain et l’Atlas saharien. Ces deux ensem¬
bles montagneux dont les plissements se confondent dans la partie
orientale du Maghreb, encadrent des plaines ou des plateaux (Plaines
du Maroc atlantique, Hauts-Plateaux algéro-marocains, basses plaines
Source : MNHN, Paris
96
PAUL DISPONS.
tunisiennes). Le littoral berbérien offre des plaines plus ou moins éten¬
dues sur son secteur atlantique et dans le Sud-est tunisien ou au con¬
traire très réduites sur les autres portions où les massifs dominent
la Méditerranée de leurs sommets abrupts.
Sur le littoral tripolitain, d’ouest en est, deux types de rivages se
développent, celui de la Petite Syrte présentant de fortes analogies
de caractères avec la Berbérie et celui de la Grande Syrte qui est déser¬
tique et qui appartient au domaine saharien. Le type berbérien se
retrouve en Cyrénaïque avec le Djebel Akhdar.
Le Sahara occupe toutes les contrées situées en dehors du domaine
berbérien. La démarcation de la Berbérie et du Sahara est souvent
mal précisée ; la notion d’une région intermédiaire présaharienne est
également confuse. Dans son ouvrage sur le Sahara, Capot-Rf.y a éta¬
bli une limite nord saharo-steppique qui rend le mieux compte des
faits. Du point de vue faunistique, nous considérons qu’il existe une
zone de transition berbéro-érémienne comprise entre l’isohyète 400
au nord et la limite saharo-steppique de Capot-Rey au sud.
Dans l’ouvrage précité, Capot-Rey a déterminé méthodiquement
la frontière méridionale du Sahara ; nous l’adopterons comme limite
sud de l’Afrique nord occidentale avec quelques modifications basées
sur des considérations faunistiques.
Il convient d’observer que jusqu’à présent, la Région paléarctique
a été délimitée en Afrique par le Tropique du Cancer qui la sépare sur
la plus grande partie de son tracé de la Région éthiopienne sauf les
variantes de certains auteurs qui y intègrent ou en éliminent le Hoggar.
Nous pensons que la limite méridionale proposée pour l’Afrique nord-
occidentale peut représenter également celle de la Région paléarctique
dans cette partie du continent africain.
Environ le quart des Réduviides paléarctiques est représenté en
Afrique nord-occidentale. La faune réduvienne de cette immense région
n’a donné lieu à aucun travail d’ensemble. Diverses notes citées dans
la Partie bibliographique apportent une très utile contribution à la
constitution du catalogue, soit par l’énumération de Réduviides recueil¬
lis sur divers points, soit par la description d’espèces nouvelles ; par
contre les renseignements biologiques et biogéographiques sont très
peu nombreux.
Il y a quelques années, M. le Professeur Hollande m’engageait à
rédiger cette étude sur les Réduviides. Portant un sympathique intérêt
au déroulement de mes travaux il m’ouvrit le Laboratoire de la Faculté
des Sciences d’Alger et me fit bénéficier de sa grande expérience. Il
m’a encore fait l’honneur d’être le Président de cette thèse. Qu’il veuille
bien trouver ici l’expression de ma profonde gratitude.
Je dois une reconnaissance toute particulière à MM. les Profes¬
seurs Jeannei. et Chopard qui m’accueillirent avec tant de bienveillan-
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 97
ce au Muséum National d’Histoire Naturelle, à M. Séguy qui nie per¬
mit de me documenter de façon complète au Laboratoire d’Entomo-
logie et qui me fit profiter de si judicieux conseils.
J’adresse mes plus vifs remerciements à M. Carayon qui facilita
ma tâche en me fournissant une abondante documentation et qui
accepta d’examiner la partie biogéographique de mon travail ainsi
qu’à MM. les Professeurs Dcrchon et Dieuzeide, de la Faculté des
Sciences d’Alger, membres du jury de thèse, qui ont bien voulu me
favoriser de leurs conseils éclairés.
Mes remerciements vont aussi à tous ceux, parents et amis, qui
m’aidèrent dans mon étude par une participation fervente à mes expé¬
ditions en chasseurs ardents et habiles, par la cession ou la communi¬
cation de documentation et de matériaux et enfin par la collaboration
patiente aux multiples tâches de l’exécution (laboratoire, élevages, tra¬
vaux de précision, photographie et retouche de mes dessins, statisti¬
ques, dactylographie, impression...).
Source : MNHN, Paris
98
PAUL DISPONS.
PREMIÈRE PARTIE.
BIOLOGIE.
CHAPITRE I.
DONNÉES ÉTHOLOGIQUES GÉNÉRALES.
La locomotion.
Certaines espèces de Réduviides se déplacent sur le sol avec rapi¬
dité, c’est surtout le cas des Piratinae. Par contre de nombreuses
autres especes sont caractérisées par une allure assez lente. Les moins
vifs des Réduviides se rencontrent chez les Emesinae. Ces Insectes sont
pourvus de très longs appendices qui ne les avantagent nullement au
cours de leur progression ; en station ou en marche, ils impriment
à leurs membres des mouvements de flexion plus ou moins rapides
qui leur donnent une allure tremblotante. Les Ploeariini et les Meta-
pterini maintiennent leurs pattes antérieures ravisseuses repliées hori¬
zontalement sous leur tête, la marche s’effectuant uniquement sur qua¬
tre pattes, les membres antérieurs étant utilisés seulement pour esca¬
lader les obstacles.
La progression des larves de Reduvius est très particulière, elles
se déplacent par saccades, alternant avec des repos plus ou moins pro¬
longés.
Les Réduviides ont généralement la possibilité de franchir des
obstacles abrupts et de progresser sur des surfaces à forte inclinaison.
Les tibias de nombreuses espèces ( Acanthaspidinae, Piratinae, certains
Harpactorinae) sont pourvus d’organes, désignés sous le nom de fossa
spongiosa, qui permettent à ces Insectes de se déplacer sur les surfaces
verticales lisses, telles que le verre ; en réalité la véritable utilité n’en
a certainement pas été décelée, les surfaces lisses analogues au verre,
n’existant pratiquement pas dans la nature. En outre, des espèces non
pourvues de ces organes grimpent fort bien sur les surfaces verticales
en verre.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 9»
Beaucoup de Réduviides sont ailés, le vol de ces Insectes ne semble
pas très soutenu. Certaines espèces ont cependant un vol assez vif
avec démarrage très rapide surtout par temps chaud ( Empicoris , Sphe-
danolestes, Rhinocoris, Coranus arcnaceus et Kiritschenkoi).
La chasse et l'attaque des proies.
Beaucoup de Réduviides sont des chasseurs à la course et à la
vue. Ils recherchent leurs proies sur le sol ou sur les plantes en se
déplaçant à terre ou en volant. En élevage, ils aperçoivent les autres
Fig. 1 et 2. — Oncocephalus acutanyulus Reuter attaquant un Diptère.
Insectes à une distance appréciable et les poursuivent, abandonnant la
chasse lorsque les proies se dérobent à leurs yeux ou disparaissent
derrière un écran. En élevage, les larves et les adultes de la plupart
des Harpactorinae et Acanthaspidinae, habitués à recevoir la nourri¬
ture à l’extrémité d’une pince se dressent sur les pattes pour atteindre
les proies qu’ils happent au dessus du sol. Lorsqu’il s’agit d’un leurre,
par exemple un bâtonnet que l’on déplace lentement dans la cage
Source : MNHN, Paris
100
PAUL D1SPONS.
d’élevage, certaines espèces et plus particulièrement la larve de Redu-
vius villas lis, suivent l’objet déplacé comme s’il s’agissait d’une proie et
bondissent sur son extrémité.
Chez d’autres espèces l’affût est presque une règle, c’est le cas
des Emesinae. Ces Insectes qui semblent posséder une vue de faible
portée, profitant de leurs formes minces, homotypiques, attendent en
général dans un milieu approprié que les proies se présentent à leur
portée. Les pattes antérieures de beaucoup de ces Réduviides sont très
bien adaptées à la préhension, elles sont munies de dents aiguës et
d’épines qui permettent d’immobiliser les proies capturées et de les
blesser en cas de résistance (1).
(1) E. Rabaud a indiqué que la forme ravisseuse n'est pas nécessaire aux Insectes
carnassiers capturant leurs proies avec leurs pattes.
Etudiant trois Réduviides à pattes antérieures non ravisseuses (Reduvius per-
sonatus, Coranus aegyptius, Pirates slridulus), E. Rabaud considère que le com¬
portement de ces Hétéroptèrcs est exactement celui d’une Mante qui elle, est
pourvue de pattes prédatrices. En conséquence, « le fait d’utiliser des pattes ne
dépendrait nullement de leur forme et n’aurait, sur cette forme, aucune influence,
directe ou indirecte».
En réalité, nos observations nous ont montré que les deux comportements
sont bien différents. La Mante est un Insecte broyeur, à corps mou, dont l’abdomen
est très vulnérable à l’égard d’une proie très convbattive ; les trois Réduviides
étudiés par E. Rabaud sont des insectes piqueurs, pourvus d’un venin à effet mortel
très rapide et dont le corps est plus petit, plus ramassé, bien moins vulnérable
que celui des Mantes ; on constate souvent qu’après la piqûre le Réduviide s’éloi¬
gne à une distance suffisante de la proie pour éviter les dernières réactions de
la victime tant que le venin n’a pas accompli une action annihilatrice totale. La
Mante ne pourrait se permettre une telle manœuvre sans risquer la perte des proies
encore suffisamment valides pour fuir. Les pattes ravisseuses sont donc réelle¬
ment utiles à la Mante alors qu’elles ne sont pas indispensables aux Réduviides
comparés par E. Rabaud.
Par contre, le rapprochement serait plus édifiant entre la Mante et les Eme¬
sinae des Tribus Metapterini et Ploeariini où nous rencontrons une morphologie des
pattes antérieures suffisamment voisine. On peut considérer que, aussi bien chez
les Mantes que chez les Emesinae, la faiblesse et la vulnérabilité du corps sont
compensées par la dotation de pattes antérieures fortement armées.
E. Rabaud recherchant le déterminisme de l’utilisation des pattes dans la
capture des proies compare le comportement des Cicindèles, de divers Carabiques
et de Staphylins d’une part et celui des Mantes et des Réduves d’autre part. Alors
que les premiers, dit cet auteur, «au lieu d’attendre que la proie — une mouche
« par exemple — passe à leur portée, comme le font les Mantes et Reduves, ils
« la poursuivent et la saisissent avec leurs mandibules. Jamais ils n’utilisent
« leurs pattes antérieures, même si la proie se débat vivement ».
Concernant les Réduviides, ceci n’est que partiellement exact. Nous avons
indiqué plus haut que Rediwius uillosus et d’autres Réduviides pouvaient chas¬
ser à la course et nous verrons plus loin que le mode d'attaque utilise normale¬
ment les pattes. Il en résulte que la conclusion de E. Rabaud est loin d’avoir un
caractère général lorsqu’il indique qu’il s’agit de « deux modes de réaction très
« distincts aux excitations que provoque une proie vivante : ou bien le prédateur
« reste sur place et alors il se sert de ses pattes, quelle qu’en soit la forme ; ou
« bien il capture scs proies à la course et il n’utilise point ses pattes ».
En réalité, nous aboutissons à la conclusion générale en accord d’ailleurs avec
l’idée maîtresse de E. Rabaud que l’interprétation de l’utilité d’un moyen apparaît
véritablement lorsque l’étude est liée aux modalités d’emploi et aux conditions
ethologiques. Nous avons donc voulu signaler simplement que les exemples choisis
ne sont pas déterminants.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
101
Les Rhnphidosonm affectionnent une position d’affût très particu¬
lière, les antennes jointes et posées sur les pattes antérieures allongées
et réunies en avant dans le prolongement du corps, les pattes intermé¬
diaires et postérieures également allongées le long du corps vers
l’arrière ; cette position renforce encore l’homotypie du Réduviide
dans les touffes herbacées où il vit, particulièrement dans les alfas.
Les Réduviides, chasseurs à la course, ne négligent d’ailleurs pas
la chasse à l’affût et on rencontre souvent des Pirates, des Cleptocoris,
des larves de Rhinocoris et de Coranus sous les pierres et les abris
Fig. 4 et 5. — Pattes antérieures A'F.mesinae : Ischnonyctes burbarus (Lucas) (4) ;
Ploearia djurdjuruna Dispons (5).
divers attendant le passage de proies. Les Pirates se maintiennent par¬
fois en position horizontale, le dos vers le sol, accrochés par les mem¬
bres à des pierres à des écorces ou à des détritus (peut-on y voir une
confirmation de l’utilité des fossa spongiosa ?). Certains Réduviides
savent utiliser les couverts disposés sur le terrain pour surprendre leur
proie. C’est ainsi qu’en élevage Pirates stridalus tirait parti du cadavre
d’une mouche pour se dissimuler à la vue d’une mouche vivante :
dans une position d’attaque, les antennes dirigées vers la proie, les
pattes prêtes à la détente, le Pirates surveillait sa victime avant de
sauter brusquement sur elle.
L’attaque présente des modalités qui varient avec la qualité, l’im¬
portance, les moyens défensifs de la proie. L’assaut est en général bru¬
tal, la victime saisie dans un bond entre les pattes de l’agresseur est
piquée instantanément. Lorsque la proie déjà piquée continue à se
débattre, le Réduviide la réduit à l’impuissance en la serrant contre
son corps au moyen de ses pattes. S’il s’agit d’une proie dangereuse
(Arachnides, par exemple) ainsi qu’on l’observe pour la larve de Redu-
vius villosus et de divers Harpactorinae, la proie est éloignée tout en
restant piquée à l’extrémité du rostre, jusqu’à ce qu’elle conserve l’im-
Source : MNHN, Paris
102
PAUL DISPONS.
mobilité. Ce comportement est normal chez les Réduviides de petite
taille et les jeunes larves des Sphedanolestes et de Coranus niger. Il
est fréquent que les Réduviides se laissent tomber sur le dos après
l’attaque et dévorent les proies dans cette position. Chez les Emesinae,
malgré leur lenteur habituelle, toutes les espèces attaquent brusque¬
ment et rapidement.
Parfois le Réduviide hésite, mesure sa proie, dresse ses pattes
dans une position menaçante qu’il conserve plus ou moins longtemps
avant de se précipiter sur l’animal à attaquer. Souvent lorsqu’il s’agit
d’une proie immobile, la Réduviide semble la tâter avec l’extrémité
de ses antennes.
Si les dimensions de la proie ou ses mouvements effrayent le
Réduviide, il se maintient à distance ou même prend la fuite, c’est ainsi
qu’ Amphibolus imperialis n’ose pas procéder à l’attaque de chenilles
et de larves de Diptères remuantes. Les jeunes larves sont très méfian¬
tes en présence de grosses proies. Chez les Harpactorinae, elles atta¬
quent brusquement, opérant de façon différente suivant l’importance
Fig. G, 7, 8. — Rhinocoris erythropus (L.) : position d'attaque.
du sujet. Les proies faibles sont attaquées en coup de lance, le rostre
horizontal, les deux pattes antérieures agissant ensuite pour maintenir
l’animal assailli s’il se débat ( Stegobium par exemple). Dans l’assaut
de proies plus volumineuses, la piqûre et l’enveloppement étroit et
brutal du corps de l’animal sont simultanés, le Réduviide se trouvant
souvent transporté à quelque distance du lieu de l’agression par la
victime qui tente encore de se dérober par la fuite. Les larves de Redu-
vius attaquent presque toujours suivant le dernier procédé, se laissant
tomber sur le dos aussitôt après la piqûre et traîner dans cette position
pendant un trajet plus ou moins long suivant la résistance de la vic¬
time.
Un même Réduviide peut s’attaquer à deux proies. C’est ainsi
que Rhinocoris erythropus , qui suçait déjà une mouche, en saisit une
deuxième qu’il maintint entre un fémur et un tibia antérieurs. Par
contre, surtout chez les jeunes larves, une même proie peut être atta¬
quée par deux agresseurs qui la dévorent conjointement.
La soustraction aux vues.
La plupart des Réduviides utilisent les abris naturels pour se pro¬
téger des intempéries et aussi pour faciliter attaque et défense.
Les espèces vives échappent généralement au danger par une fuite
Source : MNHN, Paris
RÉDÜVIIDÉS I)E L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 103
rapide qui leur permet d’atteindre le couvert des végétaux ou l’abri
des pierres et des fissures du sol.
Certaines espèces rencontrées fréquemment sur les plantes,
comme les Sphedanolesles se dérobent aux vues en se déplaçant de
façon à se maintenir constamment derrière une tige à l’opposé du
danger présumé, représenté par exemple par un objet en mouvement.
Lorsque le danger est plus précis, ou par suite d’un attouchement, le
Réduviide abandonne généralement la tige pour choir au milieu d’au¬
tres végétaux ou sur le sol où il est difficile de le retrouver.
Le mimétisme.
Un moyen plus particulier de dissimulation est celui qui est offert
à de nombreux Insectes par leur ressemblance avec d’autres animaux
ou avec le milieu dans lequel ils vivent.
J
) k
\\
I
Fig. !). — Rhaphidosoma inermiceps Horvath : position d’affût.
Source : MNHN, Paris
104
PAUL DISPONS.
Sous le terme général de mimétisme la ressemblance prend une
désignation différente suivant le modèle mimé ou les conditions de
l’imitation.
On entend par mimétisme proprement dit, la ressemblance plus
ou moins parfaite d’une espèce animale avec une autre espèce, non
directement apparentée, rencontrée généralement dans le même milieu.
L’homotypie concerne la ressemblance avec le milieu, sous ce terme
se groupent l’homochromie et l’homomorphie. Alors que l’homochro-
mie s’applique à l’identité de la coloration de l’animal avec son milieu
normal, l'homomorphie se rapporte à l’analogie dans les formes ; très
souvent les ressemblances de coloration et de structure se trouvent
combinées.
En Afrique nord-occidentale, le mimétisme proprement dit s’ob¬
serve chez les Ploearia et les Empicoris dont l’aspect rappelle celui
des Culicides qui leur servent souvent de proies ; les Tinna se ren¬
contrent au Maroc sous les pierres en compagnie de jeunes Arachnides
avec lesquels ils présentent une certaine analogie d’apparence, les
Rhaphidosominae ressemblent aux larves des Mantes Oxyothespinae
et à celles des Phasmidae.
L’homochromie se constate surtout chez les Réduviides vivant
dans des milieux terreux ou sableux avec lesquels ils se confondent
facilement ( Coranus , Oncocephalus). La coloration jaunâtre clair de
certaines espèces désertiques s’harmonise parfaitement avec les sables
dans lesquels on peut observer ces Insectes, ils se confondent aussi
Fig. 10, 11, 12. -- Alla que des proies par le.s jeunes larves :
Sphedanolesles lioidigasler (Muls. et Rey) (10) :
Redunius uillosus Fab. attaquant Silophilus orizae (L.) (11 et 12).
avec les touffes de Drinn au pied desquelles on les rencontre souvent.
La couleur de ces especes peut changer suivant le biotope oit on les
observe, c’est ainsi qu’un Coranus steppico-désertique, comme C. an-
yulatus varie du gris-noirâtre au fauve-clair.
Les Réduviides à couleurs plus ou moins voyantes peuvent éga¬
lement se confondre avec le milieu. On peut observer, par exemple,
que l’alternance pourtant nettement sématique de noir et de blanc,
rouge ou jaune du connexivum de quelques espèces contribue à créer
un effet cryptique sur le fond plus ou moins bariolé des biotopes végé¬
taux. L’alternance également sématique provoquée par les anneaux
clairs ou sombres sur les membres noirs ou rouges de certaines espèces
détermine un effet disruptif nettement cryptique. ( Sphedanolestes,
Rhinocoris).
Source : MNHN, Paris
RÊDl'VIIDÊS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
105
Enfin aux couleurs voyantes de Pirates stridulus et hybridus,
d’Ectomocoris ululons, de Rhapactor biparticeps peut s’appliquer
peut-être la théorie des colorations avertissantes, s’agissant d’espèces
à piqûre très douloureuse.
Certains Réduviides offrent de bons exemples d’homomorphie.
Ischnonyctes barbants et Metapterus linearis présentent l’aspect des
brindilles et des herbes sèches au milieu desquelles ils vivent. Sur les
touffes d’alfa il est très difficile de distinguer les Rbaphidosoma et,
au pied des mêmes plantes, les Tinna se confondent facilement avec
de fins débris végétaux. Le corps, allongé et acuminé aux extrémités,
de Sastrapada Baerensprungi permet à cet Insecte de se confondre
parfaitement avec les tiges, les graines et les petites feuilles. L’homo-
morphie de ces espèces est d’ailleurs complétée par une homochromie
bien marquée qui renforce l’effet homotypique. Il en est de même de
la larve de Rhinocoris erythropus aux derniers stades qui prend un
aspect et une coloration tout à fait analogues à ceux des débris dessé¬
chés d 'Initia viscosa avec lesquels elle se confond. Au sol, au pied des
tamarix, la larve des Vachiria natolica jouit également d’une homo-
typie caractéristique parmi les feuilles tombées.
Nous avons indiqué plus haut que certains Réduviides vivant sur
les plantes se laissaient tomber lorsqu’ils étaient inquiétés. Après la
chute on constate souvent que l’Insecte conserve une immobilité abso¬
lue qui peut durer longtemps. Chez les Rbaphidosoma un attouche-
Source : MNHN, Paris
106
PAUL DISPONS.
ment suffit pour déterminer cette immobilisation qui renforce l’invi¬
sibilité du Réduviide lorsqu’elle est provoquée dans un milieu homo¬
typique. Ce comportement a donné lieu à de nombreuses discussions
qui n’ont pas abouti à des solutions satisfaisantes. On a considéré
qu’il s’agissait d’une mort simulée ou au contraire d’une simple réaction
d’arrêt due à l’excitation de zones d’inhibition (E. Rabaud).
Par contre, chez les Emesinae l’effet homotypique est contrarié
par le tremblement qui affecte ces Insectes, même au repos. Cependant
Ischnonyctes barbants, inquiété dans un milieu herbeux cesse souvent
de trembler et se laisse tomber au milieu de la végétation où il reste
suspendu par les pattes postérieures en conservant une immobilité
absolue.
L'homotypie artificielle et la prosoponie.
Normalement, le fait homotypique résulte d’un caractère inhérent
à la conformation de l’animal ; aucune autre condition de bon rende¬
ment n’est nécessaire que l’existence de l’être homotypique dans le
milieu adéquat.
17
Il n’en est plus de même lorsque le fait homotypique est provoqué
par l’animal au moyen d’un agissement modificateur de son aspect
morphologique tendant à l’identification de cet animal avec son milieu
habituel.
Par opposition aux faits d’homotvpie acquise, naturelle, nous
désignerons sous le terme d’homotypie artificielle ceux qui ressortis¬
sent d’un comportement propre de l’animal.
Chez les Crustacés, certains Crabes recouvrent leur corps de
matériaux variés (débris pierreux, coquilles, algues). Parmi les In-
Source : MNHN, Paris
RÉDÜVIIDÉS DK L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
107
sectes, les larves de Chrysopes se font une vêture des débris de leurs
proies et de matières diverses, celles des Criocères se recouvrent de
leurs excréments.
Les masques de ces divers animaux ne répondent qu’imparfaite-
inent à notre définition de l’homotypie artificielle. La couverture des
Crabes est relativement homotypique dans le milieu détritique d’un
fond marin, celle des Chrysopes est plus discutable. Plus justiciable
de notre définition serait sans doute l’agglomérat de corps étrangers
que l’on observe sur les coquilles des Xénophores et qui dissimule
ces Gastéropodes aux vues des prédateurs.
C’est chez certains Réduviides que nous rencontrons un exemple
parfait d’homotypie artificielle. Les larves des Reduvius sont visqueu¬
ses et portent une pilosité plus ou moins abondante ; elles acquièrent
artificiellement un aspect homotypique par rapport à leur milieu par
un comportement particulier auquel nous donnerons le nom de proso-
ponie (1). Alors que le comportement des Crabes met en œuvre les pin¬
ces, celui des Chrysopes les mandibules et celui des Xénophores le
manteau, ce sont les membres qui concourent à celui des Reduvius.
Linné avait déjà signalé ce comportement chez Reduvius Perso¬
nal us. En Afrique nord-occidentale nous avons observé la prosoponie
chez les larves de Reduvius viüosus, annulipes, diabolicus, pallipes,
tabidus, Puloni.
Le mécanisme de la prosoponie.
C’est par des mouvements alternatifs ou simultanés des pattes
postérieures que la larve projette les matériaux du milieu environnant
sur son corps. Elle écarte d’abord brusquement le fémur ; le tibia lancé
en arrière arrache avec les ongles des particules qui sont projetées
sur le dos de l’Insecte, les ongles se rapprochant des deuxième et
troisième tergites de deux millimètres environ. Lorsque la larve n’uti¬
lise qu’une patte, le corps est incliné du côté de la patte postérieure
inactive. Lorsqu’elle utilise les deux pattes postérieures, l’abdomen
de l’Insecte prend appui sur le sol, chacune des pattes prélevant des
matériaux suivant le même mécanisme constaté pour une patte.
L’exactitude de la projection n’est qu’approximative, les points de
chute de nombreuses particules se situant à plusieurs millimètres
au delà du corps de l’Insecte.
Pendant le mouvement des pattes postérieures les deux autres
paires restent immobiles constituant une sorte d’arc-boutant contre
lequel une partie des débris vient s’accumuler. De temps en temps,
les pattes postérieures cessent leur mouvement ; la larve utilise alors
les autres pattes, soit que les deux membres de même côté, par frotte¬
ment réciproque distribuent les matériaux contre le thorax et l’abdo¬
men, soit que les deux pattes antérieures se réunissant en un mouve¬
ment de frottement de haut en bas, répartissent les débris contre le
(1) De r.ooiMTMov (itpôwmtov) : masque.
Source : MNHN, Paris
J 08
PAUL DISPOXS.
rostre, la tète et la base des antennes. D’autres fois, chacune des pattes
antérieures par des mouvements alternatifs passant au dessus des
pattes intermédiaires parachève la vêture des côtés du corps et des
pattes.
Les mouvements prosoponiques sont tantôt très rapides, tantôt
ralentis avec des temps d’arrêt plus ou moins prolongés. Creusant au
même point du milieu, les pattes postérieures épuisent les matériaux ;
la larve ne s’en aperçoit pas toujours immédiatement et continue pen¬
dant un certain temps des mouvements réflexes dans le vide avant de
se déplacer pour retrouver des matériaux.
Lorsque la vêture est terminée, la larve, dont le sternum et l’ab¬
domen étaient restés en contact avec le sol, se redresse et souvent lisse
ses antennes dont seul le quart basal restera recouvert de matériaux.
Le corps est donc entièrement revêtu à l’exception des ongles, de
l’extrême apex du rostre, des yeux et surtout de la majeure partie des
antennes. Sur ce dernier point nos observations concordent avec celles
de Butler qui, au sujet de Rcdiwius personatus indique « The larva
has the peculiar habit of covering itself, body, legs, and basal joint
of antennae». Par contre J. H. Comstock est dans l’erreur lorsqu’il
écrit « not only the body, but the legs and antennae also are masked
in this way ».
Nous étudierons l’influence de quelques facteurs sur la prosoponie.
Facteurs régissant la prosoponie.
L’âge de la larve.
Dès leur éclosion, les larves de Rednvius sont très agiles. La pre¬
mière manifestation d’une larve nouvellement éclose est de procéder
à la prosoponie. Elle se comporte comme les larves plus âgées, mais la
manœuvre est rapide, l’opération étant réalisée souvent en moins d’une
minute. Lorsque la larve ne rencontre qu’une surface nue, elle essaie
cependant de se recouvrir, ébauchant les mouvements prosoponiques
et se déplaçant rapidement à la recherche de milieux propices. Si les
matériaux sont rares (terrain très légèrement poussiéreux, par exem¬
ple), la larve parvient cependant à se recouvrir en effectuant de nom¬
breuses stations.
La jeune larve non recouverte est craintive et n’accepte en général
pas de proies les premiers jours. Si elle ne parvient pas à se recouvrir
ce n’est qu’après plusieurs jours qu'elle consent à se nourrir. Par
contre les jeunes larves masquées sont très audacieuses et attaquent
vigoureusement les proies offertes, même plus grosses qu’elles.
Les larves entretiennent constamment leur masque en reprenant
les mouvements prosoponiques déjà décrits.
Après les mues, les sujets aux divers stades se recouvrent dans
les mêmes conditions que les jeunes larves, mais la durée est beau¬
coup plus longue.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 109
Le milieu.
Dans la nature, les larves de Reduvius villosus vivant sous l’écorce
des oliviers ne sont que très légèrement couvertes d’un mélange de tan
et de poussières extrêmement lin ; la même espèce ainsi que R. annu-
lipes, sous les pierres ont une veture plus grossière ; Reduvius tabidus
et Putoni en milieu sableux sont recouverts d’une très fine couche de
sable.
En élevage, les larves de Reduvius acceptent des matériaux très
variés. Les matières normales, terre, sable, sciure grossière ou fine
sont acceptées sans difficultés. Nous avons poursuivi quelques élevages
de Reduvius villosus en milieux anormaux et même toxiques ; les
substances sont généralement utilisées. Des nymphes, conservées plus
d’un mois dans des milieux de sulfate de soude, de chaux éteinte,
d’arséniate de soude et d’oxalate de soude ont effectué normalement
leur mue ; dans le sulfate de cuivre, le sulfate de calcium et la naphta¬
line les nymphes ont vécu sans muer. Dans tous les cas elles se sont
recouvertes et se sont généralement nourries sans difficultés. Certaines
substances sont acceptées moins facilement, comme le sucre, le talc, le
couscous, la farine. Nous avons eu pourtant l’occasion de trouver une
larve de Reduvius (probablement personatus) dans un sac de farine
parasité par divers Insectes ; il s’agissait d’un lot de vieille farine au
rebut ; la présence du Réduviide n’était sans doute pas accidentelle,
il faut présumer qu’il chassait les larves et les adultes de Tribolium
qui pullulaient dans ce milieu.
Le changement de milieu.
La larve changée de milieu se recouvre généralement des nouveaux
matériaux environnants ; parfois, par une brusque secousse accom¬
pagnée d’une détente des membres et de sortes de piétinements, la
larve semble s’ébrouer pour éliminer de son corps les matériaux du
milieu précédent.
Voici le résumé du comportement prosoponique de sept larves
de Reduvius villosus vêtues, transportées de divers milieux dans un
milieu nouveau constitué par de la sciure de liège. Alors que deux
larves ont commencé à se recouvrir avec le nouveau matériau dès le
début de l’expérience (14 heures), l'amorçage de la prosoponie s’est
échelonné sur une heure pour les cinq autres. En fin de soirée, vers
20 heures, six larves avaient terminé leur vêture ; la septième larve,
après avoir ébauché quelques mouvements prosoponiques à 15 heures,
est restée immobile et n’a pas essayé de se recouvrir jusqu’à la fin de
l’expérience.
Le choix du milieu.
Expérimentalement, nous avons essayé de nous rendre compte
du comportement des larves de Reduvius villosus en présence de
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X. S
Source : MNHN, Paris
110
PAUL DISPONS.
plusieurs milieux. Nous utilisions un grand cristallisoir dont le fond
était divisé en trois secteurs constitués par du sable, de la terre, de la
sciure de liège ; le centre était dénudé sur une surface circulaire de
trois centimètres de diamètre.
Nous avons constaté que des larves à masques terreux, placées
sur la surface dénudée, terminaient généralement leur déplacement
en secteur terreux ; des larves à masques sableux s’arrêtaient en sec¬
teur sableux ou terreux ; une larve à masque liégé a abandonné le
secteur liégé pour le secteur terreux où elle s’est recouverte de terre.
Ainsi, Reduvius villosus ne semble pas indilTérent au milieu et recher¬
che plutôt un séjour en milieu normal.
Influence d’autres facteurs.
L’alimentation n’a aucune influence sur la prosoponie. Si les
jeunes larves ne se nourrissent généralement qu’après s’être couvertes,
sauf impossibilité, les larves plus âgées s’alimentent tout en exécutant
les mouvements prosoponiques.
Le comportement prosoponique n’est pas affecté par la lumière,
les mouvements s’effectuent de jour et de nuit et à la lumière artifi¬
cielle.
Les milieux humides sont défavorables et sont abandonnés pour
les milieux secs, mais la prosoponie peut s’effectuer en milieu très
légèrement humide.
La mutilation ou l’infirmité des pattes ne supprime pas le réflexe
prosoponique.
Les Réduviides prosoponiques.
Tous les Reduvius que nous avons observés sont prosoponiques.
Les larves d ’Holotrichius sont souvent couvertes de terre ou de sable
dont les particules restent très adhérentes au corps, mais nous n’avons
encore jamais observé de mouvements prosoponiques chez ces Ré¬
duviides.
Il est probable que plusieurs autres genres d ’Acanthaspidinae ont
des mœurs analogues. Le D r Jeannel a signalé qu’A canthas pis sulcipes
recouvre son corps de dépouilles de fourmis dont il fait ses proies,
mais on ne peut considérer qu’il s’agit d’un cas d’homotypie artifi¬
cielle. Dans la sous-famille voisine des Triatominae, Hase a observ*
le comportement des Triatoma qui est voisin de celui des Reduvius.
Par contre, Walker a indiqué que la larve de Coranus aegyptus dans
les premiers états se couvrait comme, celle des Reduvius ; il semble
que cet auteur ait confondu cette larve avec celle d’une autre espèce ;
nous avons observé la larve de C. aegyptius en Europe et en Afrique
nord-occidentale et nous n’avons jamais constaté qu’elle se couvrît
à aucun de ses stades.
Chez les Oncocephalus on trouve souvent des larves très souillées,
plus ou moins couvertes de terre ; il ne s’agit certainement que d’un
fait passif s’apparentant vaguement ù ce qu’on constate chez certains
Scarabées vivant au sol.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
111
La signification de la prosoponie.
Recherchant la signification du masque chez les Triatominae,
Hase déclarait qu’il s’agissait d’un « Restinstinkt » d’espèces autrefois
prédatrices. J. H. Fabre donnait son appréciation sur le masque de
Reduvius personatus dans les termes suivants : « Si l’idée nous venait
« de voir dans ce costume de loqueteux un ouvrage intentionnel, une
« ruse de guerre, un moyen de dissimulation pour se rapprocher de
« la proie, détrompons-nous : le Réduve ne se confectionne pas in-
« dustrieusement une casaque, il ne l’endosse pas dans le but de se
« dissimuler, cela se fait tout seul, sans art aucun, par le mécanisme
« dont le couvercle de l’œuf porté en guise de rondache, nous a dé-
« voilé le secret. L’animal transpire certaine onctuosité dérivée peut-
« être du suif dont il se nourrit. A cette glu, sans autre travail de la
« bête, se fixe la poussière traversée, le Réduve ne s’habille pas, il
« se salit, il devient pelote de poussière, ordure ambulante, parce qu’il
« émet une sueur poisseuse ».
Si nous comparons les observations de J. H. Fabre à celles que
nous avons effectuées sur les autres Reduvius et plus spécialement
sur R. villnsus et R. diabolicus, espèces voisines de R. personatus, nous
constatons une contradiction absolue sur l’ensemble. Nous pouvons
dire au contraire, que ce « costume » ne se fait pas tout seul, il est
bien le fait de l’Insecte et non celui du hasard qui salit le Réduviide ;
le Reduvius n'est pas une ordure ambulante, les matériaux utilisés
n’étant pas obligatoirement des ordures ; enfin ce « costume de loque¬
teux » sert bien à la larve pour se dissimuler.
La théorie du mimétisme en général est une source d’ardentes
discussions : simple illusion, résultat d’un anthropocentrisme outran-
cier pour les uns, phénomène réel, illustré par des faits nombreux
pour les autres. Adversaire ou partisan du mimétisme, on est obligé
d’admettre les ressemblances et si la protection qui en résulte pour
l’animal semble parfois altérée par d’autres faits contradictoires, on
ne peut repousser sérieusement les témoignages des observateurs
honnêtes qui en ont constaté l’efficacité.
Quant à la prosoponie, nous observerons que son fondement re¬
pose sur une sorte d’instinct homotypique très prononcé. Chez les
Insectes naturellement homotypiques l’instinct les conduit à recher¬
cher simplement le milieu conforme à ce vœu de dissimulation, alors
que chez les Insectes prosoponiques, tels que les Reduvius, il se dou¬
ble de la confection préalable du masque.
Grégarisme. Migrations. Associations.
La tendance au grégarisme a été signalé chez plusieurs familles
d’Hétéroptères tels que les Pyrrhocoridae, Lygaeidae, Cydnidae. Chez
les Réduviides, nous avons observé des groupements assez importants
d’individus de la même espèce ; celte observation est plus fréquente
pour les larves que pour les adultes. Nous avons souvent trouvé en
nombre des larves de Reduvius villosus sous l’écorce des eucalyptus.
Source : MNHN, Paris
112
PAUL DISPONS.
celles d’Oncocephnlus pilicornis et squalidus au pied des arbres, celles
de Ploearia Berlandi sous les pierres, des adultes et des larves à tous
les stades de Pirates stridulus ou Cleptocoris strepitans au bord des
oueds ou des points d’eau.
Nous pensons que ces groupements de Réduviides doivent prendre
place dans les sociétés d’invertébrés sous la rubrique des « rassem¬
blements incoordonnés simples » de la classification de Le Masne. On
peut considérer qu’il s’agit dans certains cas de groupements d’origine
familiale ; il est probable que les larves de Reduvius villosus qui
vivent en nombre au pied des eucalyptus ou sous l’écorce de ces arbres
proviennent d’œufs pondus dans ces lieux, les mues successives s’étant
effectuées dans le même biotope.
Chez Reduvius villosus on rencontre rarement des adultes vivant
en compagnie des larves ; par contre chez les Pirates, Cleptocoris,
Ploearia, Tinna, la coexistence des larves à tous les stades et des
adultes est assez fréquente.
Les rassemblements de Reduvius villosus se prolongent après la
belle saison, les larves hivernant ainsi jusqu’au printemps.
On a rapporté quelques observations sur les déplacements massifs
d’Hétéroptères terrestres et aquatiques ( Pijrrhocoridae, Pentatomidae,
Belostomidae, Notonectidae, ...). Dans certaines familles il s’agit de
migrations régulières entre biotopes saisonniers comme chez les Pen-
tatomides des céréales. En général, les migrations sont liées à des
phénomènes de phototropisme positif ; chez les Réduviides nous avons
signalé, en 1951, un vol important d’Oncocephalus squalidus dans la
région d’Aïn Mokra, ces Insectes attirés par une source lumineuse
s’étaient abattus en grand nombre, pendant une nuit de juin, sur la
terrasse d’une habitation.
Certaines espèces semblent vivre parfois associées à des Insectes
d’autres Ordres. Dans le Sous, M. Berland a observé en avril Ploearia
Berlandi vivant sous les pierres en compagnie de nombreux Phyllo-
morphes. M. Villiers rapportant cette observation soulignait qu’il
serait intéressant de déterminer si des relations existent effectivement
entre des Emesinae et d’autres Insectes. Dans la même région du
Maroc, en mai, nous avons également observé Ploearia Berlandi, mais
nous n’avons trouvé que très peu de Phyllomorphes au voisinage des
biotopes de ce Réduviide. Par contre, en Kabylie au mois de juin, nous
avons constaté la présence d’un grand nombre de ces Coréides dans
le biotope d’une femelle de Ploearia djurdjurana.
Nous pensons que cette association est fondée sur les mœurs pré¬
datrices des Ploearia dont les adultes et les larves à tous les stades
doivent dévorer les abondantes larves de Coréides.
Au Maroc, Tinna maroccana cohabite souvent avec Ploearia Ber¬
landi sous les pierres ou à l’abri des euphorbes cactoïdes ; cette asso¬
ciation doit être également basée sur les mœurs prédatrices de la pre¬
mière espèce : en effet, en élevage, celle-ci attaque P. Berlandi qui
semble toujours succomber à l’agression.
Les Tinna se rencontrent encore avec des Arachnides dont les
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
113
jeunes présentent une certaine komotypie avec ces Réduviides, mais
nous n’avons pu faire aucune observation sur le comportement réci¬
proque de ces Insectes.
Dans le Sous, en mai, nous avons observé la fréquente cohabita¬
tion de Reduvius annulipes et Forficula nuricularia, association encore
fondée sur les mœurs prédatrices du Réduviide.
Enfin nous rapporterons que dans la région de Goulimine, nous
avons observé Ploearia Berlandi sous les pierres avec un Isoptère
(Microcerotermes ?), la cohabitation semblait avoir été assez durable
puisque nous avons recueilli une exuvie du Réduviide, fixée à la pierre,
parmi les Termites.
L'odeur et la stridulation.
La plupart des Hétéroptères sont munis de glandes odorifiques
qui leur permettent de produire un liquide volatil odorant. Chez les
Réduviides la majorité des sous-familles en est pourvue, sauf semble-
t-il, les Emesinae, les Saicinae et peut-être les Holoptilinae. L’émission
odorante est considérée comme un moyen de défense, mais les Rédu¬
viides la produisent également dans d’autres circonstances comme le
prélude à l’accouplement ; elle est plus ou moins toxique, mais le pro¬
duit émis par les Réduviides semble bien moins actif que celui d’autres
Hétéroptères tels que les Pentatomidae, les Coreidae ou les Lygaeidae,
chez ces familles on constate souvent l’auto-intoxication des individus
conservés en récipients clos.
L’odeur est variable. D’après Swinton, celle de Reduvius person-
natus rappelerait la souris et celle de Rhinocoris iracundus serait
vinaigrée. Miller a indiqué que l’odeur de certaines espèces de Rhodé-
sie du Sud pouvait être comparée à la verveine ou à l’émission pro¬
duite par le Staphylin, Ocgpus viens.
Nous avons relevé les odeurs suivantes chez quelques Réduviides
d’Afrique nord-occidentale.
— rancidité plus ou moins marquée : Coranus arennceus, Com¬
mis Kiritschenkoi, Rhaphidosoma inermiceps, Pirates stridulus (chez
cette dernière espèce l’odeur subsiste après la mort de l’Insecte).
— arnica : Commis angulatus, Commis niger.
— géranium : Commis aegyptius, Rhinocoris erythropus (chez
cette espèce les œufs ont l’odeur d ’Initia).
— faiblement acide, vaguement résineuse : Amphibolus beduinus.
— fortement acide, piquante, rappelant celle des Harpalus :
Reduvius tabidus.
Beaucoup de Réduviides sont pourvus d’un appareil stridulatoire
constitué généralement par une aire prosternale striée sur laquelle
frotte l’extrémité du rostre.
La stridulation semble être un moyen passif de défense comme
chez la plupart des autres Insectes qui en sont dotés ; certaines espèces
stridulent également pendant l’accouplement.
Source : MNHN, Paris
PAUL D1SP0NS.
114
La piqûre et l'action du venin.
Le rostre, moyen normal des Réduviides dans l’attaque, est utilisé
accessoirement dans la défense.
Chez les Piratinae, Harpactorinae, Acanthaspidinae, la réaction de
défense est immédiate. Au moyen d’une pince, saisissons un de ces
Réduviides par un membre, l’Insecte tente de se dégager et pique la
pince sur laquelle le venin laisse une petite trace humide. Par contre
on peut aisément manipuler les Emesinae et les Rhaphidosominne sans
courir le risque d’une piqûre ; la plupart des Stenopodinne réagissent
également peu. Parmi les Harpactorinae. le réflexe rostral est très mar¬
qué chez les Rhinocoris, les Sphedanolestes et la plupart des Coranus
alors qu’il est très modéré chez Amphibolus beduinus.
La piqûre est très sensible sur l’homme. Plusieurs auteurs ont
relaté les effets douloureux de la piqûre de Reduvius personatus.
Le Conte a indiqué qu’elle était comparable à celle d’un serpent veni¬
meux et pouvait être fatale aux personnes de faible constitution ; cette
affirmation semble très exagérée.
Le D r Parrot de l’Institut Pasteur d’Alger, m’a indiqué qu’au
cours d’un séjour à Barika son jeune fils avait été piqué au thorax par
un Réduviide ( Ectomocoris iilnlans ou Redevins Mayeti). Ce fait a déjà
été signalé par De Bergevin. Il s’agissait bien d’une réaction de défense
et non d’une piqûre spontanée : il n’en résulta aucune suite fâcheuse,
sauf une simple ecchymose.
Les piqûres de Pirates stridulus, Rhinocoris ergthropus, Ectomo¬
coris fenestratus sont également très douloureuses. La douleur, ana¬
logue à celle produite par la piqûre d’abeille ou de guêpe, persiste pen¬
dant plusieurs heures, les jours suivants il subsiste une démangeaison
assez vive qui peut durer plusieurs semaines ; la piqûre ne produit
généralement qu’une tuméfaction insignifiante, mais détermine sur le
trajet de pénétration du rostre une petite formation cristallisée, cylin¬
drique, brune ou jaune.
Sur les Insectes, l’action du venin est variable suivant l’espèce et
la partie du corps atteinte. Un gros Hyménoptère, tel qu’un Xi/locope,
piqué à l’abdomen par Reduvius villosus n’est que peu affecté immé¬
diatement, alors qu’une piqûre à la base de la tête détermine une mort
rapide.
L’insuffisance d’efficacité du venin peut présenter un sérieux dan¬
ger pour le Réduviide qui est mal équipé pour lutter contre les Insectes
pourvus de mandibules. Nous rapporterons une de nos observations
sur le déroulement d’une action qui opposait plusieurs Réduviides et
un Cerambveide (Plagionotus arcuatus var. Reichei). Le Cerambycide
placé dans une cage contenant six nymphes de Reduvius villosus est
piqué à l’abdomen par l’une d’elles ; malgré cette blessure et bien que
dégorgeant un liquide jaune par la bouche, le Capricorne reste très
actif mais ne peut grimper sur les parois de la cage. Mis en présence
d’une nymphe de Rhinocoris erythropus qui l’attaque et s’agrippe à
lui, le Plagionotus s’en débarrasse en la saisissant par la base de la
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AERIQUE NORD-OCCIDENTALE.
115
tête provoquant une blessure qui déterminera la mort du Réduviide
après quelques heures. Atteint ensuite à nouveau à l’abdomen par la
nymphe de Reduvius villosus, le Cerambycide sera rapidement immo¬
bilisé.
En élevage, Ischnonyctes barbariis accepte des Fourmis de diffé¬
rentes espèces comme proies, celles-ci se défendent parfois vigoureu¬
sement et nous avons trouvé à plusieurs reprises dans les cages des
individus d7. barbants dont un membre restait emprisonné dans la
mâchoire d’une Fourmi tuée au cours de sa défense contre son préda¬
teur.
Nous noterons que les blessures entre Réduviides hématophages
ne semblent pas mortelles, alors que celles provoquées au cours de
rixes entre autres Réduviides, sont presque toujours suivies de la mort
de l’Insecte atteint.
L'alimentation.
Les Réduviides s’attaquent à des proies très variées. Ceux qui
vivent exclusivement aux dépens d’espèces limitées semblent peu nom¬
breux. Beaucoup d ’Emesinae recherchent plus particulièrement des
Insectes mous et faibles comme les Diptères. Les Holoptilinae sont
peut-être uniquement des prédateurs de Fourmis.
On a dit que Reduvius personatus s’attaquerait spécialement aux
Cimicides ; en réalité cette espèce, comme les autres Reduvius. se
nourrit de tous les Insectes qu’il peut attaquer.
D’après Confalonieri, Coranus Kiritschenkoi piquerait les rep¬
tiles pour se nourrir ; nous avons eu l’occasion de mettre ce Réduviide
en contact avec des Lézards de petite taille et nous n’avons constaté
aucune tentative de piqûre.
En Afrique nord-occidentale il n’existe pas d’espèces hémato¬
phages ; Ectomocoris ululaus et Reduvius Mayeti ont été signalés
comme des hématophages occasionnels, mais les observations rappor¬
tées par De Bergevix à ce sujet ne nous semblent pas suffisantes pour
donner un fondement bien net à cette affirmation.
Fabre a signalé que les jeunes larves de Reduvius personatus se
nourrissaient de suif. Readio a indiqué sous réserves que certains
Réduviides exotiques absorberaient le suc de diverses plantes, il a rap¬
porté également que des Réduviides américains pouvaient utiliser des
débris de viande pour se nourrir. Ils recherchent, en effet, l’humidité
apportée par les végétaux ou la viande, ainsi que nous l’avons observé
pour les Pirates qui sont avides d’eau.
En élevage, beaucoup d’espèces absorbent l’humidité de tampons
de coton ou de papier légèrement humectés, l’abdomen des Insectes se
distend rapidement, mais perd très vite l’eau ingérée.
Le cannibalisme, si fréquent chez les larves de certaines espèces,
est plus rare chez les adultes. En élevage, la femelle de Rinocoris ery-
thropus peut dévorer des larves nouvellement écloses provenant de ses
Source : MNHN, Paris
116
PAUL DISPONS.
pontes ; par contre, nous n’avons constaté aucun cas de sollicitude des
parents pour les pontes ou les jeunes larves ainsi que plusieurs auteurs
l’ont signalé pour des espèces vivant dans d’autres régions.
La diapause de l'adulte (1).
Certains adultes survivent pendant l’hiver jusqu’au printemps ;
ils meurent en général à cette époque ou au début de l’été. Chez le plus
grand nombre d’espèces on constate l’entrée en diapause dès les pre¬
miers froids.
Le début de cette période d’hibernation est d’autant plus précoce
que l’hiver est hâtif, mais il est également variable avec les espèces,
certaines semblant plus sensibles que d’autres et, dans une même
espèce, on remarque des individus qui conservent leur activité plus
longtemps. La diapause se manifeste soit par une léthargie totale, soit
par un ralentissement plus ou moins sensible de l’activité générale.
Nous avons constaté que parfois quelques individus acceptaient de
s’alimenter mais de façon ralentie. Pour toutes ces espèces, on n’ob¬
serve, ni accouplement, ni ponte pendant l’hibernation, même pour les
espèces qui conservent une certaine activité. Chez le Réduviide en dia¬
pause, les pattes sont plus ou moins rassemblées et les antennes
repliées vers le bas, généralement à partir du premier article ; Coranus
angulatus s’immobilise volontiers contre une brindille où il se main¬
tient accroché par les pattes.
Concernant les Insectes désertiques de l’Asie Centrale, A. Reymond
écrivait en 1938 que « l’interruption de la vie entomologique est abso¬
lue pour les adultes, seules les larves continuant à vivre dans les pro¬
fondeurs du sol ou l’épaisseur des tissus végétaux ». Le même auteur
notait que, par contre, dans les régions moins froides du Turkestan
russe et chinois, les dates d’apparition de quelques espèces de Coléo¬
ptères se situaient en janvier et février. Dans les régions steppo-déser-
tiques de l’Afrique nord-occidentale, nous avons constaté que la dia¬
pause n’atteint pas uniformément toutes les espèces de Réduviides.
Amphibolus beduinus s’immobilise en léthargie presque totale pendant
tout l’hiver ; dans la région de Bou Saâda, nous avons recueilli, dès le
mois de novembre, un individu enterré dont l’abdomen très plat déno¬
tait une abstinence précoce. En captivité, les Amphibolus restent sou¬
vent couchés sur le dos pendant la diapause et lorsqu’on leur présente
une proie ils agitent les pattes et se refusent généralement à piquer ;
dans le cas rare où ils utilisent le rostre la piqûre semble très peu dan¬
gereuse pour la proie qui réussit toujours à se dégager et à fuir. Il en
va différemment de Coranus arenaceus et Kiritschenkoi que nous avons
observés en décembre dans le Mzab ; au milieu de la journée ces Rédu¬
it) La diapause larvaire est étudiée au chapitre VI.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. H7
viides sont très actifs, ils courent et volent au milieu des touffes de
Drinn ; mais nous n’avons constaté ni accouplement, ni ponte.
En Afrique nord-occidentale, les Emesinae ne semblent pas tou¬
chés par la diapause. Chez lschnomjctes barbarus, nous avons observé
l’accouplement en février et novembre et l’oviposition pendant tout
l’hiver ; les Ploearia et les Tinna conservent également leur activité en
hiver et s’alimentent sans difficulté. Chez les Ploearia, on peut consta¬
ter des pontes à la fin de l’automne et nous avons pris une femelle
d’Empicoris au vol en décembre.
Source : MNHN, Paris
118
PAUL DISPONS.
CHAPITRE II.
L'ACCOUPLEMENT.
Chez les Réduviides étudiés en élevage, les couples ont toujours
paru s’ignorer jusqu’au moment où ils furent mis en contact immé¬
diat ou rapprochés à quelques millimètres.
L’appareil d’observations était constitué par une boîte comportant
un couloir donnant accès à cinq cellules. La femelle était placée dans
une cellule et le mâle dans le couloir. Aucune attirance ne s’est jamais
manifestée de part et d’autre. Le mâle s’est dirigé indistinctement vers
l’une quelconque des cellules, seul le hasard a semblé l’orienter vers
celle qui était occupée par la femelle. L’utilisation de deux cages d’éle¬
vage rapprochées contenant chacune un Réduviide de sexe opposé con¬
firme le même fait.
Nous avons souvent recueilli sous les pierres des mâles et des
femelles de même espèce qui semblaient s’ignorer bien que gîtant à
quelques centimètres les uns des autres. Par contre, aussitôt après la
capture, en cage d’élevage, les mâles mis en présence de femelles ten¬
taient immédiatement l’accouplement.
Dans la plupart des cas la femelle paraît refuser systématique¬
ment de s’accoupler soit par la fuite, soit par une résistance de vive
force. Chez les Harpactorinae et les Acanthaspidinae, la pariade est
très souvent précédée par une sorte de combat au cours duquel les
deux antagonistes ne paraissent d’ailleurs se procurer aucun mal, il
est rare que le couple utilise le rostre au cours du pugilat.
Chez certaines espèces américaines, on a indiqué que la pariade
était précédée d’une.danse nuptiale. D’après Hase, le mâle de Rhodnius
pictipes effectue une sorte de danse avant la copulation. On peut
rapporter à une danse nuptiale les mouvements rythmiques observés
par Campos chez le couple Trintomn dimidiata. Chez les Réduviides de
l’Afrique nord-occidentale, on ne peut rien signaler de semblable en
dehors de certains mouvements giratoires assez exceptionnels chez
Ischnonijctes barbnrus et de préliminaires parfois très prolongés, c’est
ainsi que le mâle et la femelle de Sphedanolestes sanguineus se con¬
sidèrent parfois longuement en agitant les pattes antérieures et les
antennes.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
119
Influence de divers facteurs.
En Afrique nord-occidentale, l’accouplement des Réduviides
s'accomplit généralement d’avril à octobre. Chez les Emesinae, la
pariade peut s’étendre sur une période plus longue ; rappelons que
nous l’avons observée en février et en novembre pour Ischnonyctes bar¬
bants.
En élevage, il est recommandé de reconstituer si possible le bioto¬
pe des Insectes, mais la pariade s’effectue également en cages ou
bocaux non aménagés. Chez certaines espèces, particulièrement crain¬
tives, comme Pasira basiptera nous n’avons pu faire d’observations.
Galliard a indiqué que chez les Réduviides hématophages, l’accou¬
plement se fait surtout dans l’obscurité ou sous une lueur réduite,
sauf pour Rhodnins prolixus qui s’accouple en plein jour. En Afrique
nord-occidentale, la copulation des Réduviides s’effectue indifférem¬
ment à toute heure de la journée pour toutes les espèces observées.
Suivant Galliard, la lumière artificielle trop intense peut interrompre
ou empêcher la copulation. Chez les espèces que nous avons étudiées,
les accouplements nocturnes n’ont jamais été contrariés par la lumière
artificielle, même très intense.
Chez les femelles, l’impératif d’oviposilion, le besoin de pondre
n’a aucun déterminisme sexuel. Une femelle de Spbedanolestes sangui-
neus, de Kabylie, adulte le 27 avril, n’accepta l’accouplement que le
21 mai après avoir pondu les 14 et 17 mai ; une femelle d 'Oncocepha-
lus acutangulus, du Maroc, qui mourut après des pontes d’œufs stéri¬
les, s’était également refusée à tout accouplement. Des observations
analogues touchent Reduvius tabidus et Reduvius Putoni.
R. Poisson a indiqué que les glandes odorifiques pourraient jouer
un rôle dans la biologie sexuelle des adultes et il rappelle qu’en période
d’activité sexuelle les glandes métathoraciques sont plus développées
chez les mâles que chez les femelles. J. Carayon a indiqué que chez les
Henicocephalidae, seuls les mâles sont pourvus de ces glandes. Au
cours des diverses phases de l’accouplement, les Réduviides exhalent
parfois une'odeur bien développée ; fait que nous avons particulière¬
ment remarqué chez Sphedanolestes sanguineus.
La femelle de Rhinocoris erythropus, non nourrie depuis plusieurs
jours, peut se montrer très agressive en présence du mâle et tenter de
le piquer comme s’il s’agissait d’une proie. Dans ce cas le mâle fuit
et ne recherche pas la copulation ; s’il est également affamé, il dispute
d’abord la proie à la femelle, mais en général l’instinct Sexuel est le
plus fort et le mâle s’accouple à la femelle sans terminer son repas.
Galliard a noté pour les Réduviides hématophages américains,
que la durée de la copulation est très variable, parfois instantanée
(quelques secondes), mais dépassant rarement un quart d’heure, la
durée normale étant de cinq à huit minutes ; cet auteur a cependant
observé vingt minutes chez Triatoma vitticeps et deux heures chez
Rhodnius prolixus. Chez les Réduviides d’Afrique nord-occidentale,
on peut noter les temps suivants : Cleplocoris strepitans (7 à 8 minu-
Source : MNHN, Paris
120
PAUL DISPONS.
tes), Oncocephnlus acutangulus (15 minutes), Reduvius villosus (15 à
95 minutes), Commis angulatus (30 minutes), Rhinocoris erythropus
(60 minutes), Ischnonyctes barbants (4 à 9 heures).
Pinto, avait signalé que le mâle du Réduviide américain Triatoma
dimidiata n’aurait la possibilité de copuler qu’une seule fois dans la
même journée. Cette affirmation a été détruite par Galliard. Les
espèces d’Afrique nord-occidentale peuvent en général s’apparier plu¬
sieurs fois par jour, aussi bien les mâles que les femelles. C’est ainsi
qu’un mâle de Reduvius villosus s’accoupla avec trois femelles diffé¬
rentes (19 h 30, 19 h 55, 21 h 31), puis refusa la panade avec une
femelle mutilée (22 h 30) ; par contre, il fut ensuite repoussé par
deux autres femelles (23 h et 23 h 30).
La femelle peut également s’accoupler avec plusieurs mâles, mais
au cours de la même journée, elle peut se dérober à plusieurs reprises
avant d’accepter l’accouplement : une femelle de Reduvius villosus,
après avoir opposé une défense vigoureuse à trois mâles successifs de
23 h à 23 h 45, a accepté ensuite avec une extrême facilité l’accouple¬
ment d’un quatrième mâle.
Le renouvellement de la copulation sur une période de plusieurs
jours n’appelle pas de remarques particulières. Les résultats constatés
par divers auteurs, en particulier Galliard et Buxton, sur des espèces
exotiques ne permettent pas d’établir des règles présentant un grand
intérêt.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
121
On a constaté chez divers Insectes des appariements anormaux.
Gadeau de Kerville a cité le cas d’un mâle de Nabis limbatus Dahl
accouplé avec une femelle de Nabis flavomarginatns Scholtz. Nous
signalerons la tentative sans suite de Reduvius personatus (S), de
France, avec Reduvius villosus (2), d’Algérie, la résistance de celle-ci
n’ayant pas permis la pariade.
Modalités de la pariade.
Epithésie (1).
L’épithésie procède d’une modalité superposée, le mâle en posi¬
tion supérieure. Chez beaucoup d’Hétéroptères, la pariade débute en
épithésie. Cette position peut être conservée pendant toute la durée de
l’accouplement ; c’est le cas des espèces aquatiques, ainsi que l’ont
signalé Gadeau de Kerville et R. Poisson.
Fig. 20 et 21. — Fleurie : Oncocephahis aculangulus Reuter (20) ;
Reduvius villosus Fab. (21).
Chez les Réduviides, l’épithésie est en général une position initiale ;
au cours de cette phase, le mâle maintient fréquemment l’apex de son
rostre appuyé sur le rebord antérieur du pronotum de la femelle
(Coranus niger, Reduvius villosus ) ; la position peut être conservé pen¬
dant longtemps, parfois plusieurs heures, sans que la copulation inter¬
vienne ( Coranus niger, Coranus angulatus, Rhaphidosoma inermiceps).
Chez la plupart des autres espèces, la phase épithésique est très courte,
souvent quelques secondes, et ne fait que précéder l’accouplement
latéral.
(1) De l-iOsd'.; : superposition.
Source : MNHN, Paris
122
PAUL DISPONS.
Pleurie ( 1 ).
C’est un des modes d’appariement qui semble le plus fréquent.
Dans ce cas, le mâle s’accouple avec la femelle en se plaçant sur le
côté de celle-ci. La pleurie peut être dextre ou senestre, le côté étant
indifférent pour les espèces que nous avons observées. Ce mode peut
être pratiqué directement sans épithésie préalable (Reduvius villosus,
Rhinocoris enjthropus ). En Europe Ossian Larsen l’a également obser¬
vé chez Commis subnpterus (1936), en Allemagne Ki.ein-Krautheim
chez Reduvius personntus (1933) et Gai.i.iard dans ses élevages de
Rhodnius prolixus (1935). A. Villif.rs indique que le mâle reste côte
à côte avec la femelle pendant toute la durée de la copulation chez les
Emesinne, Triatominae, Holoptilinae. La pleurie peut s’effectuer, la
femelle étant sur les élytres, nous pouvons en citer un cas chez Clepto-
coris strepitans.
(1) De -Xi-joi : côté.
Source : MNHN, Paris
RÉDtrVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
123
Antichémênie (1). Gonésie (2).
Dans l’antichéménie, mode pratiqué par de nombreux Hétéroptè-
rcs (Pentatomidae, Lygaeidae,...), le mâle effectue une rotation après
l’intromission, les corps des deux individus formant alors soit une
ligne droite, soit une ligne brisée, parfois l’un des deux Insectes étant
retourné sur le dos. Le couple peut conserver cette position pendant
longtemps et se déplacer, le mâle se laissant entraîner. Chez les Rédu-
viides d’Afrique nord-occidentale ce mode semble rare. A. Villiers
a signalé que chez Fusius rubricosus , Piralinae de l’Afrique intertropi¬
cale, le mâle est souvent rejeté en arrière, son corps formant un angle
ouvert avec celui de la femelle.
L’accouplement en angle aigu, que nous appellerons gonésie, con¬
cerne surtout certains Homoptères. Cadeau de Kerville indique, à ce
sujet : « Pendant l’accouplement, ces insectes forment entre eux un
« angle plus ou moins aigu à sommet arrondi, la partie postérieure
« de l’abdomen du mâle s’étant recourbée, afin que son organe copu-
« lateur soit en contact intime avec celui de la femelle. Au moins les
« deux pattes antérieures du mâle et ses autres pattes du côté externe
« reposent sur le même plan que les pattes de cette dernière. Quant
« à ses autres pattes du côté interne, elles sont quelquefois soit l’une,
« soit les deux, posées sur l’abdomen de la femelle ». D’après le même
auteur, la gonésie des Homoptères est précédée d’épithésie. Chez les
Réduviides, nous n’avons jamais observé ce mode d’appariement.
Anticrusie (3).
Dans ce mode, normal chez les Proslemmirtae, les Insectes se font
face. L'anticrusie est exceptionnelle chez les Réduviides, nous pouvons
en citer un cas chez Reduvius villosus.
Mètacsie (4).
Chez Ischnorujctes barbants, le mode d’accouplement est intermé¬
diaire entre l’épithésie et la pleurie ; initialement les deux Réduviides
sont en anticrusie, ce n’est qu’après l’intromission que le mâle prend
une position entre les deux modes extrêmes. Chez Ploearia Berlandi,
la pariade s’apparente à la mètacsie.
(1) De âvTi/EiVtvoî : opposé.
(2) De fwviatoî : angulaire.
(3) De âvTi/oi; : face à face.
(4) De pet: intermédiaire.
Source : MNHN, Paris
124
PAUL DISPONS.
CHAPITRE III.
L'OVIPOSITION.
L'époque de l'oviposition.
Butler estime qu’en Europe et plus spécialement dans les Iles
Britanniques, les pontes de cinquante pour cent des espèces d’Hémiptè-
res ont lieu en automne et que les femelles qui ont hiverné pondent au
printemps ou au début de l’été ; concernant les Réduviides, il signale
qu’il a obtenu une ponte de Commis siibnpterns en octobre. En Angle¬
terre, China a indiqué que la ponte d’Èmpicoris culiciformis avait
lieu à la fin de l’été et d’après Myers, en Nouvelle Zélande, celle de
Ploearia Huttoni se produit en automne.
L’oviposition des Réduviides de l’Afrique nord-occidentale n’est
guère connue. Dans une note sur la biologie d’Ischnonyctes barbants
nous avons donné quelques renseignements sur la ponte de cet Emesi-
nae. II est difficile de déterminer les dates extrêmes d’oviposition chez
les diverses espèces. Chez Reduvitis villosus, nous avons relevé des
pontes de mars à septembre, chez Rhinocoris erythropus, d’avril à
septembre, chez Isclmonijctes barbarus, d’octobre à mars, chez Vachi-
ria natolica, en octobre et novembre, chez Pirates stridnlus, à partir
d’avril et chez Ploearia gnttnralis et Rhaphidosoma inermiceps. en
avril.
Délai d'oviposition après accouplement.
Au Brésil, Cf.sarf. Pinto a signalé que les femelles de Triatomes
pondaient trente jours après la copulation.
En Afrique nord-occidentale, chez Reduvins villosus, deux femel¬
les, adultes depuis le 30 mai 1951, se sont accouplées le 5 juin et ont
pondu les 8 et le 20 juin, deux autres femelles, adultes depuis le 29
mai, accouplées également le 5 juin, ont pondu les 8 et 14 juin, soit
des délais d’oviposition après copulation de 3, 3, 9 et 15 jours. Une
femelle de Spbedanolestes sanguineus, adulte depuis le 28 avril 1952,
accouplée le 17 mai, a donné sa première ponte le 18 mai.
Aucune règle générale ne peut donc être établie.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DR L’AFRIQUE \ORD-OCCIDENTALE.
125
Age de la femelle à l'époque de la ponte.
Galliard a indiqué que trois femelles de Triatoma dimidiata
avaient pondu « 14, 16 et 23 jours après la naissance».
Les quatre femelles de Rcduviiis villosus citées plus haut étaient
âgées de 9, 10, 16 et 21 jours à la date de la première ponte et la
femelle de Sphedanolestes sanguineus avait 19 jours.
Les femelles peuvent pondre sans accouplement préalable et le
début de l’oviposition n’en est pas retardé. Chez Reduvius villosus,
deux femelles vierges étaient âgées de 10 et 21 jours lors de la pre¬
mière ponte, chez Sphedanolestes sanguineus, de 17 jours et chez Rhi-
nocoris erythropus, de 12 jours.
La copulation survenant à la suite des pontes non fécondées a
donné lieu à l’observation suivante : une femelle de Reduvius villosus
accouplée après des pontes virginales a produit trois pontes séparées
de l’appariement par 1, 33 et 48 jours.
L’influence de l’accouplement des femelles déjà précédemment
fécondées sur les délais des pontes suivantes n’a été observé que chez
Rhinocoris erythropus : nous avons constaté qu’une ponte s’est pro¬
duite quelques heures après une nouvelle copulation, la précédente
remontant à une quinzaine de jours.
Durée de la ponte d'un œuf.
Depuis l’émergement du pôle inférieur jusqu’au moment où l’œuf
est déposé sur l’aire d’oviposition, nous avons noté les durées suivan¬
tes (en secondes) : Rhinocoris erythropus (25 à 40), Sphedanolestes
sanguineus (10 à 30), Pirates stridulus (60), Ischnonyctes barbarus (60).
Intensité de la ponte.
Le nombre d’œufs pondus par une même femelle est très varia¬
ble.
Harpactorinae.
Butler a indiqué qu’il avait obtenu 7 œufs de Coranus subapterus
d’août à octobre.
En Afrique nord-occidentale, chez Sphedanolestes sanguineus,
trois femelles qui ont vécu 63, 45, 60 jours ont pondu respectivement
160, 75, 69 œufs. Pour Rhinocoris erythropus, la moyenne semble
varier entre 150 et 200 œufs.
Acanthaspidinae.
En France, d’après J. H. Fabre, Reduvius personatus, pondrait
40 à 50 œufs, en juin, pour une période de ponte de 15 jours. En Afri¬
que nord-occidentale, l’intensité moyenne de la ponte de Reduvius vil-
Mémoihks du Muséum. — Zoologie, t. X. 9
Source : MNHN, Paris
PAUL DISPONS.
126
losus et de Reduvius nnnnlipes peut s’évaluer à plus de 150 œufs.
Holotrichius luctuosus nous a donné plus de 100 œufs pendant une
existence de 58 jours.
Stenopodinae.
Nous avons relevé chez Oncocephalus pilicornis, 5 à 12 œufs pour
deux femelles ayant vécu 4 et 5 jours après leur capture ; une femelle
à'Oncocephalus acutangulus, recueillie le 27 mai 1953, pondit 18 œufs
répartis en trois pontes, du 6 au 14 juin.
Piratinae.
Deux femelles de Pirates stridulus, capturées le 5 avril et le 5
mai, ont produit respectivement 11 œufs du 29 avril au 5 mai 1951 et
37 œufs du 7 mai au 30 mai 1952. Une femelle d ’Ectomocoris ululons,
recueillie le 7 mai 1953, a pondu 10 œufs du 10 au 22 mai.
Emesinae.
China, en Angleterre, a obtenu 5 œufs d ’Empicoris culiciformis et
Roubaud et Weiss, en Tunisie, 8 œufs de Ploearia domestica. En Afri¬
que nord-occidentale, Ploearia djurdjurana nous a donné 14 œufs en
deux pontes du 10 au 17 septembre et Ploearia domestica, 5 œufs
pour une ponte du 25 mars ; les pontes d’ischnonijctes barbants ont
varié de 7 à 48 œufs.
Pontes des femelles non fécondées.
Galliard a observé que chez les Réduviides hématophages l’inten¬
sité de la ponte était amoindrie chez les femelles non fécondées.
En Afrique nord-occidentale, nous citerons à titre d’exemple une
femelle de Rhinocoris erythropns, adulte le 6 juin 1952, morte vierge
le 23 juin, avec deux pontes les 18 et 19 juin (3 et 2 œufs). Certaines
femelles peuvent n’effectuer aucune ponte, c’est le cas d’un individu
de Reduvius villosus qui a vécu ainsi du 31 mai au 19 juin et de
Ploearia domestica (13-30 octobre). Amphibolus Francoi n’a pondu
qu’un seul œuf au cours de son existence, du 20 août au 11 septembre
1950. Par contre, la femelle d'Holotrichius luctuosus, citée précédem¬
ment. n’était pas fécondée et pourtant ses pontes ont été importantes.
Il est possible que la femelle d’Ectomocoris ululons, également citée
plus haut, n’ait subi aucun accouplement avant sa capture, les œufs
n’ayant pas éclos.
Rythme de la ponte et nombre d'œufs
par oviposition partielle.
En général les femelles pondent à plusieurs reprises et à des
intervalles irréguliers. Le rythme des pontes est très variable pour une
même espèce.
Le nombre d’œufs par ponte partielle est également très variable.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 127
Rhinocoris erythropus (2 à 40), Coranus negyptius (9 à 55), Commis
zibanicus (4 à 35), Commis niger (6 à 25), Vachiria natolica (5 à 24),
Sphedanolesles snnguineus (1 à 15), Ploearia djurdjurana (6 à 8), Isch-
nonyctes barbarus (1 à 7), Pirates stridulus (1 à 4), Ectomocoris ulu¬
lons (1 à 3), Reduvius villosus (8 à 80).
Les heures de ponte au cours d’une journée ne sont soumises à
aucune règle et nous avons constaté des pontes à toute heure du jour
et de la nuit pour la plupart des espèces. Ischnonyctes barbarus pond
également parfois dans la journée, mais beaucoup de ses pontes sont
nocturnes.
Le tableau suivant permet de comparer les rythmes de pontes
chez Sphedanolestes sanguineus et Ischnonyctes barbarus. On remar¬
quera certaines irrégularités de rythme marquées par les intervalles
interpontes très prolongés.
Survie des femelles après la dernière ponte.
Galliard indique qu’une femelle de Triatoma rubrovaria était
couchée sur le dos un mois avant sa mort, remuant à peine, mais con¬
tinuant cependant à pondre des œufs stériles. Il a également noté que
la mort survient assez rapidement après l’arrêt de la ponte, soit un
mois au maximum. Il a cependant observé en laboratoire des survies
pouvant atteindre jusqu’à trois mois chez les Triatoma. En Angleterre,
Butler a signalé que Commis subapterus capturé en août 1918, pondit
7 œufs à la fin de la première semaine d’octobre, époque à laquelle
l’Insecte perdit sa vivacité pour mourir peu après.
Source : MNHN, Paris
128
PAUL DISPONS.
En Afrique nord-occidentale, à la suite de la série de pontes, cer¬
taines femelles restent épuisées et perdent beaucoup de leur activité,
la mort pouvant survenir le jour même d’une ponte. Par contre, nous
avons observé des survies importantes chez plusieurs espèces, ainsi
qu’on le constatera sur le tableau suivant.
ESPECES
Date de la
dernière
Date de
la mort
Durée de la
survie après
la dernière
Tinna grassator
12 avril
19 avril
7
Ischnonyotea bartarua
5 mars
25 mars
20
18 mars
31 mars
13
12 novemb.
9 Janvier
58
12 novemb.
20 Janvier
69
Coranua aegyptius
16 aeptemb.
22 aeptemb.
6
Coranua niger
14 aeptemb.
21 aeptemb.
7
Rhinocoria erythropue
2 mai
9 mai
7
18 Juin
22 Juin
22 Juin
4 Juillet
12
2 Juillet
12 aeptemb.
72
Sphedanoleatea aanguineua
25 Juin
25 Juin
0
30 Juin
30 Juin
0
3 Juillet
4 Juillet
I
Sphedanoleatea lividigaster
23 Juin
26 Juin
3
27 Juin
3 Juillet
6
Rhaphidoaoma inermicepa
12 avril
16 avril
4
Pirates stridulus
5 mai
7 mai
2
Ectomocoria ululans
22 mai
23 mai
I
Reduviua villosu3
20 Juin
13 Juillet
23
20 Juin
19 juillet
29
26 Juin
30 Juillet
34
28 Juin
21 Juillet
23
3 Juillet
16 Juillet
13
4 Juillet
13 juillet
9
16 aeptemb.
30 aeptemb.
14
Uolotrichiua luctuosus
27 août
29 août
2
Oncocephalus pilieornia
13 Juin
13 Juin
0
10 août
10 août
0
Oncocephalus acutangulue
14 Juin
9 Juillet
25
Les différents modes d'oviposition.
L’extrême diversité de l’habitat et du comportement des Rédu-
viides conditionne chez ces Insectes des modes d’oviposition variés.
La ponte peut être dispersée ou groupée.
A. — Pontes dispersées.
Nous classerons ces pontes dans quatre catégories :
— Dispersion sans immobilisation de l’œuf ;
— Dispersion avec soustraction matérielle à la vue ;
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 129
— Dispersion avec immobilisation mécanique non permanente de
l’œuf ;
— Dispersion avec immobilisation permanente de l’œuf.
I. — Dispersion sans immobilisation de l’œuf.
Les œufs, lisses, non visqueux, sont pondus à même le sol, au
milieu des débris variés parmi lesquels l’Insecte vit habituellement,
poussières, brindilles, pierrailles, etc...
C’est le cas de Rediwius personatus dont les œufs se trouvent dans
les coins abandonnés des habitations. En captivité, Oncocephalus acu-
tangulus et Oncocephalus pilicornis dispersent leurs pontes sur le fond
de la cage d’élevage. Les espèces steppicoles ou déserticoles, telles que
Rediwius tabidus et Rediwius Putoni, déposent également leurs œufs
sans aucun ordre sur l’aire d’oviposition. En élevage Holotrichius luc-
luosus pond dans les mêmes conditions en enfouissant plus ou moins
ses œufs dans le sable.
IL — Dispersion avec soustraction matérielle à la vue.
Readio cite une espèce américaine, Oncocephalus apiculatus, qui
procède par enfouissement de l’œuf, sauf la partie supérieure qui reste
émergente. Il ajoute que les œufs des Piratinae sont également sous¬
traits à la vue de la même façon.
En Afrique nord-occidentale, Pirates striduliis disperse ses œufs
et les enterre (suivant les modalités que nous indiquons plus loin),
ne laissant apparaître que l’opercule d’éclosion.
III. — Dispersion avec immobilisation mécanique
non permanente de l’œuf.
Les œufs de Rediwius villosus et de Reduvius annulipes présen¬
tent sur leur surface libre une dépression de forme et de profondeur
variables. Cette dépression semble être un moyen d’immobilisation
qui empêche l’œuf de se déplacer lorsqu’il est posé sur le côté dépri¬
mé. Lorsqu’on fait rouler les œufs de ces deux espèces sur une surface
lisse inclinée modérément, on constate que très rapidement les œufs
sont arrêtés dans leur course par le dispositif d’immobilisation. L’œuf
posé sur sa dépression résiste également à l’effet d’un courant d’air
modéré.
La forme de la dépression est très variable. Elle peut être, soit
petite, à contour circulaire, en courbe ellipsoïdale ou ovoïdale courte,
soit plus grande, à tracé allongé, ellipsoïdal ou ovoïde ou asymétri-
que (1).
La dispersion des œufs sur l’aire d’oviposition est la règle.
(1) Il ne faut pas confondre cette dépression, dont la présence est constante
chez les deux Réduviides cités, avec les creux que l’on observe fréquemment sur les
œufs non fécondés d’autres espèces et résultant soit de chocs, soit de dessèchements.
Chez les pondeuses vierges, très souvent, les œufs sont pondus plus ou moins
aplatis.
Source : MNHN, Paris
PAUL DISPONS.
IV. — Dispersion avec immobilisation permanente de l’œuf.
Les œufs de ce groupe sont habituellement allongés et certains
présentent généralement un profil dissymétrique. Pendant la ponte,
l’abdomen de la femelle émet une substance qui sèche rapidement à
l’air. Cette substance, que nous appellerons ovociment, a pour but de
permettre la fixation de l’œuf sur l’aire d’oviposition. Lorsque l’ovo-
ciment est sec, il faut exercer une assez forte pression pour détacher
l’œuf de son support. Sa résistance est variable suivant les espèces.
Fig. 26 à 29. — Oviposition chez Pirates stridulus (Fab.) : ponte d’un œuf (26) :
œuf enfoui, section longitudinale (271 ; section longitudinale du pôle antérieur
de l’œuf (28) ; œuf enfoui, vue supérieure (29).
Dans ses « Mémoires pour servir à l’Histoire des Insectes », Dr Geer,
décrivant l’œuf de Coranus subapterus, écrit que « la punaise pond et
« attache ses œufs par un de leurs longs côtés et nommément par le
« côté convexe, de sorte que la courbure de l’œuf est en dessous, car
« cette courbure fait que l’un des côtés est convexe et l’autre un peu
« concave. Ces œufs se trouvent arrêtés par une forte colle ». Butler,
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 131
en 1918, dans une petite note sur Coranus subapte rus, indiquait que
« les œufs de cet Insecte étaient fixés sur une petite tige par une sécré¬
tion gommeuse». Readio, en 1926, a signalé plusieurs espèces améri¬
caines d’Emesinae qui fixent leurs œufs horizontalement sur des feuil¬
les ou branchettes ( Metapterus fraternus, Empicoris errabundus, Eme-
saya breoipennis). Par contre, China, décrivant l’œuf d’ Empicoris culi-
ciformis obtenu d’un élevage en août 1926, ne donne aucune indica¬
tion sur la ponte des œufs, leur fixation ou leur dispersion. De même,
Roubaud et Weiss passent également sous silence le mode de fixation
de l’œuf de Ploearia domestica. Divers élevages nous ont permis d’ap¬
porter une contribution à l’étude de cette question.
Harpactorinae.
Les pontes de Coranus aegyptius, Coranus angulatus et Coranus
zibanicus sont éparses ; les œufs déposés dans des positions variées
sont très gluants, ils sont fixés suivant le profil convexe ou l’une des
surfaces latérales voisines ; certains adhèrent par le pôle inférieur et
sont érigés dans une position plus ou moins oblique, quelques-uns
sont collés entre eux, soit dans le même sens, soit plus ou moins tête-
bêche.
La majeure partie d’une ponte de Coranus niger comportant 25
œufs était fixée sur un débris de plante déposé dans la cage d’élevage ;
les œufs étaient disposés soit sur la tige, soit sur les feuilles au recto
ou au verso ; le maximum d’œufs observé sur une même feuille était
de quatre ; la fixation sur les feuilles était en général latérale, rare¬
ment basale (dans ce cas, l’œuf était obliquement dressé) ; quatre œufs
étaient fixés chacun sur un des cadavres de Mouches qui avaient servi
de proies à la femelle, les œufs étant déposés de façon constante sur
l’abdomen des Mouches ; deux œufs isolés, non fixés, probablement
détachés, se trouvaient sur le fond de la cage d’élevage. Quelques jours
plus tard, le même Réduviide pondit 26 œufs, dont 6 seulement sur
les parois de la cage.
La ponte sur des proies n’est pas spéciale à Coranus niger. Sur
les sept œufs de sa ponte, une femelle de Sphedanolestes sanguineus
en avait déposé trois entre les pattes d’une Mouche morte ; nous avons
également trouvé quatre œufs de Coranus angulatus sur une même
Mouché ; nous avons observé un fait analogue chez Coranus zibanicus.
Aux Etats-Unis, Readio a signalé qu’il a vu des œufs d ’Emesaya bre-
vipennis (Say), pondus sur un des tibias du cadavre d’un Insecte de
la même espèce.
La ponte de Vachiria natolica, en cage d’élevage s’est effectuée
sur des feuilles de Tamarix ; sur un ensemble de plus de 60 œufs
aucun n’avait été pondu sur les parois de la cage.
Nous rattacherons à ce groupe Amphibolus Francoi. espèce déser¬
tique, dont nous avons recueilli un œuf fixé par le pôle inférieur aux
Source : MNHN, Paris
132
PAUL DISPONS.
grains de sable du fond de la cage d’élevage ; dans la nature, cet Har-
pactorinae vit dans les terrains sableux ou rocailleux au pied des
buissons.
Emesinae.
Chez les Emesinae, les œufs des diverses espèces de Ploearia
(domestica, Berlandi, djurdjurana) et de Tinna sont pondus isolés et
fixés latéralement sur des brindilles ; en élevage, les pontes peuvent
s’effectuer sur des surfaces planes quelconques. Nous avons décrit
dans une note spéciale l’œuf d ’lsclmonyctes barbants ; les œufs de
cette espèce, munis d’un voile frangé, sont également pondus isolément
et fixés sur la surface d’oviposition.
Rhaphidosominae.
En élevage, nous avons obtenu deux œufs de Rhaphidosoma iner-
miceps collés entre eux, mais n’adhérant pas à un support.
Piratinae.
En Europe, R. Poisson a indiqué que Pirates hybridus cache ses
œufs en les collant sous les pierres ou des feuilles sèches.
Au cours d’un voyage dans le Sud oranais, nous avons recueilli
dans l’Oued Zousfana, à Tarhit (Grand Erg occidental), une femelle
d’Ectomocoris iilnlans qui effectua plusieurs pontes pendant le trajet
de retour. Nous n’avons pu observer le mécanisme de la ponte, mais
nous avons constaté que certains œufs étaient fixés très légèrement
sur les parois de la boîte d’élevage, c’est ainsi que l’un d’eux se trou¬
vait collé, d’une part, par sa partie latérale à la paroi verticale et d’au¬
tre part, par sa base au fond de la boîte ; par contre beaucoup d’œufs
étaient entièrement libres.
B. — Pontes groupées.
Les pontes de certains Réduviides se présentent en formations
groupées.
Le groupement des œufs est parfois très parfait et protégé par
une couche d’ovociment suffisamment épaisse pour constituer une
oothèque. Les deux seuls Harpactorinae, Rhinocoris albopilosus Si-
gnoret, d’Afrique tropicale, et Sycanus croceovittatus Dohrn, d’Asie,
entrent dans la catégorie des Réduviides à ootlièques.
Chez d’autres espèces, les œufs sont groupés systématiquement et
régulièrement, mais sans édification d’un revêtement externe protec¬
teur ; les œufs sont pondus verticalement et déposés les uns contre
les autres ; les liaisons interlatérales contribuent à assurer une grande
solidité à ce groupement qui adhère très fortement à l’aire d’oviposi-
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DK L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
133
tion par le pôle postérieur de chacun de ses éléments. Nous désigne¬
rons sous le terme d’oodesmes (1), les groupements d’œufs de cette
catégorie. En Afrique nord-occidentale, 1 ’Harpactorinae, Rhinocoris
erythropus effectue des pontes oodesmiques comportant un nombre
variable d’œufs. Bequaert et Kershaw, qui ont observé les oothèques
Fig. 30 à 35. — Oviposition chez les Sphedanolesles : ponte linéaire de S. Iinidi¬
fias! er (Mulsant et Rey) (30, 31, 32) ; ponte groupée de S. sa lignine us (Fab.)
(33, 34, 35).
des deux Réduviides cités plus haut, n’ont pas indiqué si ces Insectes
effectuaient plusieurs pontes et autant d’oothèques que de pontes.
Rhinocoris erythropus pond à plusieurs reprises et constitue un
oodesme pour chaque oviposition. Le groupement des œufs peut par¬
fois présenter des imperfections dont nous indiquerons plus loin les
causes. Michalk, en Europe, a signalé que Rhinocoris annulatiis L.
(1) De <Sov : œuf ; Se®ta>c : l‘ en -
Source : MNHN, Paris
134
PAUL DISPONS.
pond des œufs agglutinés en groupes plus ou moins nombreux. En
Espagne et dans le sud de la France, nous avons eu l’occasion d’obser¬
ver également des oodesmes chez Rhinocoris cuspidatus Ribaut.
En dehors de la ponte sous oothèque ou en oodesme, le groupe¬
ment des œufs est de règle chez d’autres espèces, mais il ne présente
plus la régularité observée dans les deux autres procédés. Il s’agit de
simples pontes collétériales, sans ordonnance systématique bien mar¬
quée, souvent certains œufs étant pondus isolément. Chez Sphedano-
lestes sanguineus et chez Amphibolus bedninus, les œufs sont en géné¬
ral accolés par la partie voisine du pôle inférieur ; beaucoup plus
arrondis que ceux des Rhinocoris, ils se prêteraient mal à une liaison
interlatérale étroite ; le nombre d’œufs de chaque groupe est d’ailleurs
plus faible. Chez Amphibolus maroccanus la disposition est analogue,
le premier œuf servant parfois de support au suivant, lui-même en
supportant un troisième. La ponte de Sphedanolestes liuidigaster est
fréquemment déposée en formation linéaire, très souvent sur la ner-
Fig. 39. Corunus angulatus Kculcr : ponte sur un cadavre de mouche.
vure médiane de petites feuilles (des Inula, particulièrement) ; les
œufs sont liés entre eux par un ovociment ; leur forme plus allongée,
moins globuleuse que celle de Sphedanolestes sanguineus, facilite
mieux cette liaison latérale. Chaque groupe d’œufs est en général plus
nombreux que chez sanguineus.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DK L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
135
La tendance générale des modalités de l’oviposition chez les sous-
familles les plus représentées en Afrique nord-occidentale est indiquée
dans le tableau suivant :
La protection de la ponte.
Les pontes ont de nombreux ennemis. Arthropodes maraudeurs
ou parasites. La protection des œufs peut résulter du mode d’oviposi-
tion, du camouflage et de l’homotypie de l’œuf avec son substrat.
On constate que même dans le procédé le plus simple de la dis¬
persion de la ponte sans immobilisation des œufs, ceux-ci sont la plu¬
part du temps soustraits à la vue. Alors que des amas d’œufs seraient
certainement très visibles sur le sol, des œufs isolés, souvent assez
éloignés les uns des autres n’attirent guère l’attention, surtout lors¬
qu’ils bénéficient d’un certain camouflage et d’une protection homo¬
typique. Les œufs des Oncocephqlus arrondis, grisâtres, ternes déjà
peu faciles à discerner sur le sol sont souvent recouverts d’une fine
pellicule terreuse qui diminue encore leur visibilité dans le milieu où
ils sont dispersés. Les œufs des Reduvius, brillants, seraient beaucoup
plus visibles : ceux de Reduvius personatus déposés parmi les pous¬
sières dans les parties retirées des habitations sont facilement recou¬
verts par les débris environnants ; Reduvius villosus et Reduvius annu-
lipes pondent dans la nature, nous avons indiqué l’utilité de la dépres¬
sion d’immobilisation qui maintient l’œuf sur l’aire d’oviposition et
qui contribue à sa protection en le dérobant aux vues par accumulation
de matériaux. En élevage, nous avons souvent retrouvé les œufs d ’Ho-
lotrichius luctuosus, enfouis dans le sable. Chez Pirates stridulus,
outre la protection résultant de la dissimulation du chorion enterré,
l’opercule se confond à l’émergence du sol avec les petites pierres ou
débris qui parsèment le milieu.
La plupart des œufs des Harpactorinae et des Emesinae ressem¬
blent à de petites graines ou à des débris végétaux ; au bénéfice de
l’homotypie, s’ajoute le plus souvent celui de l’homochromie, les œufs
Source : MNHN, Paris
136
PAUL DISPONS.
étant d’une couleur analogue à celle du substrat. Les œufs frangés
d ’lschnonyctes barbants se confondent facilement avec les tiges sèches
où ils sont déposés. L’œuf de Rhaphidosoma inermiceps, allongé,
bigarré de brun et de vert, est également peu visible au milieu des tiges
d’alfa.
Les oodesmes de Rhinocoris erythropus et les pontes collétériales
des Sphedanolestes et des Amphibolus fixés sur les brindilles, souvent
à l’envers des feuilles, sous le calice des fleurs ou à l’intersection de
tiges, sont peu perceptibles ; par contre, certaines pontes groupées de
Sphedanolestes sanguineus, déposées sur la terre, semblent beaucoup
plus exposées.
Fig. 40 à 45. — Jieduvius villosus Fat». : œufs (dépression d’immobilisation).
Mécanisme de la ponte.
Nous rapporterons nos observations sur le mécanisme de quelques
pontes particulières, les espèces dont l’ovoposition n’est subordonnée
à aucune disposition spéciale ne présentant qu’un moindre intérêt à
ce point de vue.
Ponte oodesmique.
Chez Rhinocoris erythropus, au moment de la ponte, l’œuf, d’abord
orienté horizontalement vient reposer par gravité sur sa base. A la
sortie du vagin, l’œuf présente une goutte très visible d’ovociment qui
reste liquide jusqu’au moment où le pôle inférieur atteint l’aire d’ovi-
position ; ensuite, il sèche très vite et lie fermement l’œuf et le support.
L’ovociment est jaune clair, translucide à l’état liquide ; à la
lumière, cette teinte vire au brun-clair ou au brun-chocolat. Lorsque
le premier œuf est déposé, la femelle reste immobile, l’apex de l’abdo¬
men appuyé contre le sommet de l’œuf. Après un délai plus ou moins
court, moins d’une minute en général, la femelle pond un deuxième
Source : MMHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 137
œuf. Dès que l’effort d’évacuation de celui-ci se prononce, l’extrémité
de l’abdomen du Réduviide quitte très légèrement vers l’avant le
contact du premier œuf, tout en laissant émerger le pôle inférieur du
deuxième, qui vient prendre appui sur le chorion du premier, glisse
d’abord obliquement contre celui-ci et enfin prend une position verti¬
cale. Cette mise en position est facilitée par l’adhérence des parois
externes gluantes des deux œufs, le deuxième œuf se fixe alors à l’aire
d’oviposition par sa base. La ponte des œufs suivants s’effectue dans
les mêmes conditions. Remarquons que l’Insecte peut pondre sur une
surface horizontale, en position renversée, par exemple à l’envers de
feuilles.
Nous avons noté certains incidents survenus au cours de la ponte
des oodesmes.
Mauvais choix de Paire d’oviposition. — Lorsque l’aire d’oviposi¬
tion est mal choisie, surtout lorsqu’il s’agit de feuilles, de fleurs ou de
tiges herbacées à surface plus ou moins accidentée, les œufs sont mal
groupés, plus ou moins dispersés, mais toujours très rapprochés.
Perte du contact de l’oodesme. — L’apex de l’abdomen peut per¬
dre, pour une raison quelconque, le contact de l’œuf précédemment
pondu, la femelle ne reprend alors que difficilement le contact perdu ;
c’est ainsi qu’à la suite d’un incident de cette nature, un oodesme de
sept œufs étant déjà formé, le huitième œuf resta momentanément
suspendu à l’ovipositeur par son opercule avant de se fixer isolément
par le pôle inférieur sur une plaque de verre.
Présentation d'une proie. — Aussitôt après la ponte du 45* œuf
d’un oodesme dont l’élaboration avait duré une heure, une mouche
est présentée au Rhinocoris qui la pique sans se servir de ses pattes,
conserve la position de ponte, l’apex de l’abdomen appuyé contre le
dernier œuf pondu pendant encore trente secondes, puis abandonne
cette position et s’installe sur une tige d ’lnula viscosa afin de continuer
son repas. Dans d’autres circonstances la femelle peut s’alimenter sans
cesser Ta ponte.
Destruction d’un oodesme par la femelle. — Une femelle qui a
déjà pondu quatre fois depuis six jours s’est installée sur l’oodesme
de la première ponte comportant une quarantaine d’œufs ; elle les
gratte à la base au moyen de ses pattes et en décolle une douzaine
qui tombent au fond de la cage d’élevage. Il ne nous a pas été possible
de trouver une explication à ce comportement.
Mutilation de la femelle par engluage dans l’ovociment. — A la
suite de l’oviposition, l’émission de l’ovociment peut persister ; au fond
de la cage d’élevage, la substance collétériale se retrouve en petites
plaques arrondies, brunes, très adhérentes. En captivité, des effets
imprévus peuvent résulter de ces flueurs interpontes. C’est ainsi qu’un
matin nous avons retrouvé dans la cage d’élevage, une femelle qui
avait perdu trois articles de l’antenne droite et le quatrième article de
la gauche, la patte antérieure droite, le tibia de la patte antérieure
Source : MNHN, Paris
138
PAUL DISPONS.
gauche et de la patte intermédiaire droite et enfin la gaine du troisième
article du rostre et une partie du deuxième, les stylets seuls restant
à nu. Nous pensons que cet ensemble d’appendices, englué dans l’ovo-
ciment évacué par la femelle pendant la nuit, fut arraché au cours des
efforts du Réduviide pour se dégager de la substance collétériale soli¬
difiée.
Ponte enfouie.
Nous avons déjà indiqué que Pirates stridulus enfouit ses œufs,
ne laissant émerger au ras du sol que l’opercule d’éclosion.
Quelques instants avant la ponte la femelle s’agite, s’active à
tâter le sol avec la pointe du rostre. Le moment de Poviposition venu,
elle appuie son abdomen sur le sol et effectue de frénétiques mouve¬
ments de pattes, l’ovipositeur très dévaginé, émerge et devient très
saillant.
L’extrémité de l’abdomen s’enfonce dans le sol avec violence sous
les efforts de la femelle qui, arc-boutée, pond dans l’excavation qu’elle
vient de ménager. La ponte de l’œuf dure une minute ; après la ponte
la femelle s’éloigne de quelques millimètres, reste immobile deux ou
trois minutes, encore légèrement arc-boutée, puis reprend son allure
habituelle.
Ponte collétériale.
L’ovociment fait prise presque instantanément dès que l’œuf est
en contact avec la surface d’oviposition. En captivité, Sphedanolestes
sanguineus pond presque toujours en position renversée sur le bou¬
chon de fermeture des cages d’élevage ; chez les diverses espèces de
Ploearia , de Tinna et chez Ischnonyctes barbants, la ponte au verso
des diverses surfaces est également recherchée par les femelles.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDfîS DK L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
CHAPITRE IV.
L'ŒUF.
L’œuf des Réduviides comporte une enveloppe chitineuse ou cho-
rion obturée à sa partie supérieure par un opercule ou clapet d’éclo¬
sion ; les micropyles sont également situés au pôle antérieur de l’œuf.
La forme, l’ornementation et la couleur du chorion sont très diffé¬
rentes suivant les genres et les espèces. Le profil est soit arrondi, glo¬
buleux ou allongé, soit dissymétrique et courbé. La surface peut être
blanchâtre, jaune, dorée, verdâtre, brune, noire, bigarrée, terne ou
brillante, lisse ou gluante ; elle est souvent réticulée plus ou moins
finement, parfois sillonnée, munie de côtes, de granulations, de franges.
Dans la forme la plus simple, le clapet a la même constitution que
le chorion dont il prolonge plus ou moins exactement la courbure (Re-
diwius, Holotrichius). Les œufs d’autres espèces portent un opercule
bien différencié du chorion et présentent souvent une surface mame¬
lonnée, comme chez les Ploetiria ; parfois l’opercule est bien plus com¬
pliqué, avec des protubérances, des collerettes, des bourrelets ( Pirates ,
.Amphibolus, Rhinocoris).
Les œufs de Réduviides ne sont pas munis de dispositifs de fixa¬
tion comme il en existe sur ceux d’autres Hétéroptères ( Hydromelri-
due, Corixidae), mais nous avons vu que la liaison à l’aire d’oviposition
peut s’effectuer pour certaines espèces par le moyen d’un ovociment.
L’étude systématique des œufs d’insectes et particulièrement ceux
des Réduviides n’a pratiquement pas été abordée et à notre connais¬
sance aucun travail dichotomique n’a encore été présenté. Il n’est pas
toujours aisé de donner les caractères différentiels des genres et des
espèces et dans certains cas il est très difficile d'effectuer la séparation,
comme chez les Ploetiria, les Tinna et les Reduvius. A titre de pre¬
mière contribution, nous avons établi des tableaux de détermination
des œufs actuellement connus pour les Réduviides d’Afrique nord-
occidentale. Pour ceux des Hétéroptères dont nous n’avons pu exami¬
ner les œufs nous avons utilisé lorsque cela a été possible les descrip¬
tions recueillies dans des travaux dont nous indiquerons les références
en regard des genres et des espèces.
Source : MNHN, Paris
140
PAUL DISPONS.
Tableau des sous-familles (œufs).
1 (10) Œuf libre, ponte dispersée.
2 (7) Opercule de même constitution que le chorion. Chorion
brun ou brun-doré.
3 (6) Opercule sans petite protubérance centrale.
4 (5) Chorion symétrique en ellipsoïde allongée.
Acanthaspidin ae.
5 (4) Chorion faiblement dissymétrique, régulièrement dilaté,
plus court.
Ectrichodiinae.
6 (3) Opercule muni d’une petite protubérance centrale.
Holoptilinae.
7 (2) Opercule de constitution autre que celle du chorion. Cho¬
rion clair, blanchâtre ou grisâtre.
8 (9) Opercule muni d’une excroissance membraneuse cen¬
trale, élevée, saillante.
PlRATINAE.
9 (8) Opercule sans excroissance membraneuse, parfois avec
une touffe centrale de proliférations serrées.
Stenopodinae.
10 (1) Œuf fixé à l’aire d’oviposition par un ovociment ; ponte
groupée ou dispersée.
11 (12) Chorion allongé, étroit, plus étroitement arrondi, ou au
contraire très court, épais à pôle postérieur très dilaté.
Chorion portant souvent une ornementation longitudinale
en relief (côtes, franges, traînées plus ou moins régu¬
lières d’ovociment). Opercule portant une protubérance
centrale généralement conique, parfois digitiforme. Ponte
non groupée.
Emesinae.
12 (11) Chorion allongé, plus large, à pôle postérieur plus lar¬
gement arrondi et sans ornementation en relief. Opercule
sans protubérance ou portant une protubérance ne pré¬
sentant pas ces caractères.
13 (14) Chorion plus de quatre fois plus long que large.
Rhaphidosominae.
14 (13) Chorion moins de quatre fois plus long que large.
Harpactorinae.
Harpactorinae.
1 (6) Opercule sans excroissance ou seulement avec un mame¬
lon central très peu marqué.
2 (5) Chorion à profil subcylindrique, légèrement incurvé dans
la partie basale.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 141
3 (4) Longueur supérieure à 1,5 mm . RHINOCORIS.
(Michalk. 1935. Zur Morphologie und Ablage der
Eier bei den Heteropteren sowie über ein System der
Eïblagetypen. Deutsch. Ent. Zeitschr., 4, p. 165,
R. annulatus ).
Opercule sans excroissance ou mamelon. Cho-
rion jaune. Ponte oodesmique. Longueur 1,7 à
1,8 mm. R. erythropus (L.).
(Dispons. 1955. Observations sur la ponte de Rhino-
coris erythropus. L’Entomologiste, XI, 1, p. 14).
4 (3) Longueur inférieure à 1,5 mm . PARAMPHIBOLUS.
(Miller. 1950. Notes on the biology of the Reduviidae
of Southern Rhodesia. Trans. Zool. Soc. London,
XXVII, 6, p. 608, P. albiventris).
L’œuf de P. pusillus Reuter d’Afrique nord-
occidentale n’est pas connu, celui de P. albiventris
Miller est jaunâtre pâle à bourrelet blanc. Longueur
1,10 mm. (Miller. 1950. Loc. cit., p. 608).
5 (2) Chorion à profil renflé . VACHIRIA.
Opercule très alvéolé, à rebord peu élevé, sans
excroissance ou mamelon. Chorion noir, brillant,
avec parfois quelques taches longitudinales clai¬
res, confuses ; réticulation peu visible. Lon¬
gueur 1,15 à 1,25 mm. V. natolica Stal.
Fig. 4fi à 49. — Œufs d’Harpactorinae : Amphibolus Francoi Dispons (46) ;
A. maroccanus Dispons (47) ; A. beduinus Puton (48) ; Vachiria natolica (Stai)
(49).
6 (1) Opercule avec une excroissance centrale bien marquée
ou avec des boursouflures ramifiées en plis épais vers
la périphérie.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X. 1°
Source : MNHN, Paris
142 PAUL DISPONS.
7 (8) Pôle antérieur muni de collerettes à proliférations plus
ou moins développées ou d’une gaine entourant l’excrois¬
sance centrale qui, dans ce cas, est massive et en forme
de dôme. AMPHIBOLUS.
A (D) Pôle antérieur à collerettes, chorion brun foncé.
B (C) Chorion à cellules polygonales fortes, marte¬
lées, donnant à la surface un aspect écailleux.
Longueur 1,9 mm. À. Francoi nov. sp.
C (B) Chorion à cellules polygonales simples. Lon¬
gueur 1,8 mm. A. maroccanus nov. sp.
D (A) Pôle antérieur gainé. Chorion jaune ou orangé.
Longueur 2,3 mm. A. beduinus Puton.
8 (7) Pôle antérieur ne présentant pas ces caractères, générale¬
ment muni d’un bourrelet périphérique.
9 (10) Excroissance operculaire bien marquée, elliptique ou
circulaire, pourvue d’une dépression centrale profonde.
Ponte non groupée . COR ANUS.
Fig. 50 à 53. — Œufs d’Harpaclorinae : Commis zibanicus Dispons (50 ;
C. aegyptius (Fab.) (51) : C. niger (Raimbur) (52) ; C. angulatus Reuter (53).
(De Geer. 1773. Mémoires pour servir à l’Histoire des
Insectes. T. 3, p. 287, C. subapterus).
A (D) Chorion noir brillant.
B (C) Chorion subcylindrique, courbé à la base.
D’après De Geer, « la surface ou la coque est
comme chagrinée ou composée de petites grai¬
nes comme le cuir du chagrin ».
. C. subapterus De Geer.
C (B) Chorion à profil épais, bossu. Bourrelet du
pôle antérieur assez étroit, excroissance cen¬
trale assez élevée, circulaire, munie d’un creux
médian, également circulaire. Chorion à réti¬
culation très fine. Longueur 1,3 mm .
. C. aegyptius (Fabricius).
D (A) Chorion clair, parfois taché.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DR L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
143
E (F) Diamètre de l’opercule au plus égal à trois fois
la longueur du chorion. Chorion court, à profil
épais, jaune, taché de brun. Longueur 1,8 à
2 mm . C. angulatus Stal.
F (E) Diamètre de l’opercule supérieur à trois fois la
longueur du chorion. Chorion plus allongé, à
profil étroit.
G (H) Opercule brun-jaunàtre ou blanchâtre ; excrois¬
sance centrale ovalisée ; une gaine périphéri¬
que, souvent déchiquetée sur les bords, chorion
jaune, brillant, à réticulation assez grossière.
Longueur 1,8 mm . C. niger (Rambur).
H (G) Opercule blanc ; excroissance centrale circu¬
laire ; un bourrelet périphérique assez étroit.
Chorion jaune-miel à bigarrures brunes. Lon¬
gueur 1,3 mm. C. zibanicus Dispons.
10 (9) Excroissance operculaire mal caractérisée, à forme con¬
fuse, boursouflée et ramifiée en plis épais vers la péri¬
phérie. Ponte souvent groupée ou alignée.
... SPHEDANOLESTES.
I'ig. 54 à 57. — Œufs de Rhaphidosominae : Rhtiphidosoma inermiceps Horvath
(54) : d 'Harpaclorinae : Sphedanolesles sanguineus (Fab.) (55), S. lividigaster
(Mulsant et Rey) (56) ; Rhinncoris erythropus (L.) (57).
A (B) Chorion noir ou brun olive. Boursouflure oper¬
culaire soulevée, dépassant la hauteur des bords
du bourrelet périphérique. Ponte généralement
groupée. Longueur 1,5 mm .
. S. sanguineus (Fabricius).
B (A) Chorion jaune-miel. Boursouflure moins mar¬
quée, ne dépassant pas la hauteur des bords
du bourrelet périphérique. Ponte généralement
groupée, souvent alignée. Longueur 1,3 mm.
. S. lividigaster (Mulsant et Rey).
Source : MNHN, Paris
144
PAUL DISPONS.
Rhaphidosominae.
Les œufs de Rhaphidosoma sont très allongés et
de grande taille (2,5 à 4,5 mm). Le chorion est variable¬
ment coloré, avec des lignes ou des bigarrures. L’oper¬
cule porte une forte protubérance conique.
R. inermiceps Horvâth. Chorion bigarré de vert et
de brun, étranglé dans sa partie moyenne, pôle posté¬
rieur élargi. Opercule étroit, blanc, muni d’une protubé¬
rance tronconique.
Piratinae.
1 (2) Excroissance operculaire élevée, très saillante, en forme
de champignon ou cylindro-conique. Pôle antérieur por¬
tant deux ou trois collerettes à proliférations allongées.
. PIRATES.
Fig. 58 à 61. — Œufs de Piratinae : Ectomocoris ululans (Rossi) (58) ; Pirates
stridulus (Fab.) (59) ; de Stenopoclinae : Oncocephalus pilicornis (H. S.) (60),
O. acutangutus Reuter (61).
(Poisson. 1933. Quelques observations sur la structure
de l’œuf des Insectes Hémiptères-Hétéroptères. Bull.
Soc. Scient. Bretagne, X, p. 52, P. hybridus).
A (B) Excroissance operculaire en forme de champi¬
gnon poreux . P. hybridus (Scopoli).
(Poisson. Loc. cit., p. 52).
B (A) Excroissance operculaire cylindro-conique, ob-
tusément tronquée. Chorion blanc, mat ; réti¬
culation assez fine. Longueur 1,6 mm .
. P. stridulus (Fabricius).
2 (1) Excroissance operculaire bien moins saillante, cylindri¬
que. Collerettes à proliférations courtes. . ECTOMOCORIS.
Chorion blanc à réticulation assez fine. Lon¬
gueur 1,7 à 1,8 mm . E. ululans (Rossi).
Stenopodinae.
Les œufs de Sastrapada et de Stirogaster ne sont pas
connus. Chez Oncocephalus, la première description est
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 145
due à Readio sur O. apiculatus Reuter (Readio. 1926.
Loc. cit., p. 161).
1 (2) Opercule muni d’une touffe centrale de proliférations.
Longueur 1,25 mm . O. acutangulus Reuter.
2 (1) Opercule sans touffe centrale de proliférations. Longueur
1 à 12 mm. O. pilicornis (Herrich-Schàffer't.
(Déjà décrit par R. Poisson, en 1933, loc. cit., p. 14).
Chez les exemplaires d’Afrique nord-occidentale, les pro¬
tubérances sont généralement très serrées.
Acanthaspidinae.
1 (2) Longueur supérieure à 2 mm . HOLOTRICHIUS.
Chorion réticulé, jaune doré brillant. Longueur 2,25
mm. H. luctuosus (Mulsant et Mayet).
2 (1) Longueur inférieure à 2 mm . REDUVIUS.
Leuckart. 1885. Ueber die Mikropyle und den feinern
Bau der Schalenhaut bei den Insekteneiern. Arch.
für Anat. Phys, und Wissenschaft. Med., p. 90
(R. personatus).
A (D) Chorion sans dépression d’immobilisation.
B (C) Chorion lisse, brun-jaune. Longueur 1 mm. .
. R. personatus (Linné).
(Leuckart. 1885. Loc. cit., tab. VIII, fig. 10).
Fig. 62 à 64. — Œufs A'Acanthaspidinae : Itediiiiins oiltosus Fab. (62) ; Holotri-
chius luctuosus (Mulsant et Mayet) (63) ; d’Emesinue : Ischnonyctes barbarus
(Lucas) (64).
C (B) Chorion à réticulation large et peu marquée.
Longueur 1,3 à 1,5 mm. . R. diabolicus De Bergevin.
D (A) Chorion pourvu d’une dépression d’immobili¬
sation.
E (J) Chorion réticulé ou marqué de stries longitudi¬
nales, jaune doré ou brun.
F (G) Chorion à réticulation pentagonale ou hexago¬
nale bien marquée accompagnée de quelques
stries longitudinales. Longueur 1,3 mm .
Source : MNHN, Paris
146
PAUL DISPONS.
. R. uillosus Fabricius.
G (F) Chorion -à réticulation très peu visible. Des
stries longitudinales plus ou moins marquées.
H (I) Stries longitudinales du chorion très marquées.
Longueur 1,3 mm. R. annulipes (Reuter).
I (H) Stries longitudinales du chorion peu marquées.
Longueur 1,3 mm. R. Putoni (Reuter).
J (E) Chorion lisse, jaune pâle. Longueur 1,3 mm
. R. tabidus (Klug).
Emesinae.
1 (4) Pôle antérieur sans collerette.
2 (3) Chorion muni de côtes ou de franges. METAPTERINI.
3 (2) Chorion sans côtes ou franges. PLOEARIINI.
4 (1) Pôle antérieur muni d’une collerette .... STENOLAEMINI
METAPTERINI.
1 (2) Chorion enveloppé dans un voile membraneux à franges
bien développées. ISCHNONYCTF.S.
(Dispons. 1953. Etude sur le genre Ischnonyctes Stal.
Biologie A’Ischnonyctes barbarus (Lucas). Rev. fr.
Ent., XX, 4, p. 231).
Opercule blanc, alvéolé, muni d’un petit mamelon cen¬
tral. Chorion noir brillant. Longueur 1,5 mm.
. I. barbarus (Lucas).
(Dispons. 1953. Loc. cit., p. 241).
2 (1) Chorion portant des côtes longitudinales .... MET APTERES
L’œuf de M. linearis Costa, seule espèce de ce genre
en Afrique nord-occidentale est inconnu. Celui de M. fra-
ternns (Say) d’Amérique a été représenté (McAtee et
Malloch. 1925. Rev. Amer. Bugs Red. subf. Ploiariinae.
Proc. U.S. Nat. Mus., p. 149. PI. 7. Fig. 163) et décrit
(Readio. 1926. Studies on the Eggs of Some Reduviidae.
Univ. Kansas Sc. Bull., XVI, 4, p. 160).
STENOLAEMINI.
1 (2) Collerette très courte. Chorion allongé, courbé. . EMPICORIS.
(Provancher. 1888. Petite Faune Ent. Canada. III.
p. 186. Empicoris errabundus).
A (B) Brun sombre. Longueur 0,6 mm .
. E. rubromaculatus (Blackburn).
(Readio. 1926. Loc. cit., p. 159).
B (A) Chorion noir-brillant portant des rangées longi¬
tudinales d’ovociment. Opercule blanc-grisâtre
muni de quinze ou seize très petits appendices
périphériques. Longueur 0,78 mm.
. E. culiciformis (De Geer).
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L'AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
147
(China. 1926. The egg of Ploiariola culiciformis De
Geer. The Entomologist’s monthly Mag. LXII,
p. 265).
2 (1) Collerette plus longue. Chorion trapu à pôle postérieur
dilaté.... STENOLAEMUS.
(Miller. 1950. Loc. cit., p. 562).
L’œuf de S. kabylinus d’Afrique nord-occidentale est
inconnu. Miller a décrit celui de S. Marshalli Distant,
caractérisé par un opercule muni d’un long filament et
par un chorion à rangées longitudinales de courts fila¬
ments (Loc. cit., 1950, p. 562).
PLOEARIINI.
Aucun caractère ne permet de différencier facilement les œufs
de Ploearia et de Tinna. La structure de la protubérance operculaire
est identique dans les deux genres et l’ornementation constituée par
les dépôts d’ovociment n’est pas constante et peut même disparaître
entièrement.
Fig. 65 à 69. — Œufs d’Emestnae : Ploearia domestica (Scop.) (65), Berlandi
Villiers (66), /’. djurdjurana Dispons (67) ; Tinna grassator (Puton) (68, 69).
L’œuf de Ploearia domestica (Scopoli) a été décrit (Rouraud et
Weiss, 1927. Arch. Inst. Pasteur, Tunis, XVI, p. 81). Les exemplaires
d’Algérie ont un chorion blanc, plus épais que chez les autres espèces
de Ploearia d’Afrique nord-occidentale, la protubérance operculaire est
faible.
Les autres œufs obtenus au cours de nos élevages sont ceux de
Ploearia Berlandi, Villiers, Ploearia djurdjurana Dispons, Tinna gras¬
sator (Puton), Tinna atlantis nov. sp. Ils sont très voisins les uns des
autres. Celui de P. Berlandi est le plus court, à chorion clair, opalin,
parfois taché par l’ovociment. L’œuf de P. djurdjurana, plus long et
plus étroit est semblable à celui de T. grassator dont il est difficile à
séparer ; la protubérance operculaire de P. djurdjurana est générale¬
ment plus allongée et plus étroite que celle de T. grassator qui est elle-
même plus épaisse et plus courte que chez T. atlantis.
Longueurs : P. domestica et Berlandi : 1 mm. P. djurdjurana,
T. grassator et atlantis : 1,3 mm.
Source : MNHN, Paris
148
PAUL D1SP0NS.
CHAPITRE V.
L'ÉCLOSION.
Durée de l'incubation.
La durée de l’incubation chez les Réduviides a été très peu étudiée.
En Afrique nord-occidentale, la période d’incubation est généralement
courte, mais la diapause hivernale peut la prolonger.
Incubation normale.
Sa durée est variable mais habituellement l’incubation des pontes
précoces de printemps ou d’arrière-saison est plus longue que celle
des pontes d’été. En général, les éclosions se produisent dans l’ordre
des ovipositions. Toutefois, les œufs pondus le même jour par une
même femelle peuvent éclore à des dates différentes : les éclosions de
37 œufs d’une ponte de Rhinocoris enjthropus se sont échelonnées du
11 mai à 7 heures au 12 mai à 17 h. 15 ; l’incubation d’un œuf d’Am-
phibolus beduinus a duré quatre jours de plus que celle de cinq autres
de la même ancienneté ; chez Ploearia domestica l’éclosion d’une ponte
s’est poursuivie sur cinq jours.
Dans tous les cas, on constate que le délai qui s’écoule entre l’éclo¬
sion du premier et du dernier œuf d’une même ponte est sans relations
avec le nombre d’œufs qui la composent. Galliard avait déjà
observé le même fait pour Rhodnius prolixus chez qui, au cours de
quatre observations, il avait noté des durées d’éclosion de 2, 4, 4,
4 jours, correspondant à des pontes de 9, 3, 4, 12 œufs.
On trouvera ci-dessous un tableau des durées d’incubation chez
divers Emesinae, Harpactorinae et Acanthaspidinae de mars à octobre.
Dans une note sur la ponte de femelles de Rhinocoris erythropus
recueillies dans le Midi de la France, nous avons indiqué, pour des ovi-
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
positions échelonnées du 13 août au 25 septembre, que la durée des
incubations variait de 7 à 17 jours, délai comparable à celui que nous
avons constaté pour les Harpactorinae d’Afrique nord-occidentale.
Mars
Floearia domestica
Tinna grasaator
24 à 29 jours
43 à 55 jours
Avril
Tinna grassator
Coranus angulatus
Rhinocoris erythropus
30 à 38 jours
30 à 46 jours
26 à 27 jours
Mai
Amphibolus beduinus
21 à 38 jours
Juin
Coranus angulatus
Amphibolus beduinus
Rhinocoris erythropus
Sphedanolestes sanguineus
Sphedanolestes lividigas-
ter
19 jours
14 à 19 jours
6 à 13 jours
9 à 12 jours
7 à II jours
Juillet
Reduvius villosus
Amphibolus beduinus
Rhinocoris erythropus
17 à 20 Jours
14 jours
4 à 16 Jours
Août
Coranus aegyptius
Coranus zibanicus
4 à 13 jours
6 à 15 Jours
Sept.
Rhinocoris erythropus
Vachiria natolica
20 à 23 jours
15 jours
Octobre
Vachiria natolica
18 à 50 jours
La diapause de l'œuf.
Aux Etats Unis, Readio a signalé que l’œuf d ’Arilus cristatus pou¬
vait passer l’hiver avant l’éclosion et Butler a supposé qu’en Grande-
Bretagne les œufs de Coranus subapterus devaient éclore au printemps.
En Afrique nord-occidentale, seule la sous-famille des Emesinae nous
a permis de vérifier des cas de diapause de l’œuf. Nous avons établi le
tableau des pontes d’une femelle d’Ischnonyctes barbants et des éclo¬
sions résultantes. Il s’agissait d’un sujet recueilli le 1" novembre 1952
et mort le 8 février 1953 (accident) ; le tableau ne représente donc
qu’une partie des pontes produites par cette femelle ou qu’elle aurait
pu produire.
Source : MNHN, Paris
PAUL DISPONS.
(Suite de ce Tableau page 151).
Cette observation met en évidence les trois points suivants :
— A la chaîne des ovipositions de 90 jours corres¬
pond une chaîne des éclosions de 15 jours. La
courte durée de celle-ci a contribué à diminuer
singulièrement le temps d’incubation des œufs
des pontes les plus récentes ; les durées extrê¬
mes sont de 76 à 160 jours.
— La succession des naissances ne s’effectue pas
dans l’ordre d’antériorité des ovipositions.
— Les incubations des œufs d’une même ponte
journalière peuvent être de même durée (pontes
6,17), de durées très voisines (pontes 18,24) ou
de durées très sensiblement différentes (pontes
3, 5, 19).
Une observation effectuée dans des conditions semblables au cours
de l’hiver 1951-1952 avait conduit à des conclusions analogues.
Le mécanisme de l'éclosion.
Si les travaux d’ensemble sur l’éclosion des œufs d’insectes sont
assez nombreux, très peu de communications ont été faites sur l’éclo¬
sion des œufs de Réduviides.
Nous rapporterons quelques observations sur l’éclosion de Rhino-
coris, Sphedanolestes, Commis et Reduvius.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
151
Chez Rhinocoris erythropus, l’opercule est constitué par un bou¬
chon plus ou moins tronconique dont la hase enchâssée dans l’œuf est
concave. Au début de l’éclosion la tète de la larve, exerçant une pous¬
sée, s’applique étroitement contre la base de l’opercule qui se soulève
en glissant à l’intérieur du goulot constitué par la partie supérieure de
l’œuf, laissant apparaître la partie crânienne de la larve qui reste géné¬
ralement « coiffée » de l’opercule. Rarement, celui-ci demeure fixé par
un point de sa base à l’ouverture de l’œuf, il reste alors rabattu sur le
côté (moins de 4 % des cas). Dès que l’émergence de la moitié du corps
est réalisée, les poils, d’abord collés au tégument, se hérissent et pen-
Source : MNHN, Paris
152
PAUL DISPONS.
dant plusieurs heures, l’opercule reste très souvent fixé aux fortes soies
qui garnissent la tête.
La larve glisse à l’intérieur du chorion par une sorte de mouve¬
ment de reptation lent et continu dans lequel les membres ont une part
très importante. Les pattes sont d’une très grande flexibilité sur toute
Fig. 70 à 78. — Hhinocoris erylhropus (L.) : phases de l’éclosion.
leur longueur, la base des tibias et l’apex des fémurs constituent un
ensemble articulé d’une extrême souplesse permettant aux tibias de
contribuer activement à la progression de l’émergence. Les mouve¬
ment des pattes sont accompagnés de flexions du corps d’avant en
arrière et de torsions latérales qui accélèrent le dégagement jusqu’à la
libération complète de la larve. Chez cette espèce, la séparation artifi¬
cielle de l’opercule, peu de temps avant l’éclosion présumée, n’entrave
pas celle-ci et ne semble pas avoir d’influence retardatrice ou accéléra¬
trice.
D’après J. H. Fabre qui a décrit l’éclosion de Reduvius personatus,
l’Insecte serait contenu dans une poche où le gaz carbonique s’accu¬
mulerait. C’est ce gaz qui, par sa poussée, déterminerait le descelle¬
ment de l’opercule ; par rupture, cet appareil explosif livrerait passage
à l’Insecte qui serait même parfois projeté hors de la coquille.
Chez Reduvius villosus nous n’avons pas retouvé ces caractères.
L’éclosion se rapproche dans son mécanisme de celle des Harpacto-
rinae. L’opercule d’éclosion qui se réduit à une calotte sphérique
peut, soit se détacher entièrement, soit rester adhérent à l’ouverture
de l’œuf par un point de contact situé généralement à l’opposé de la
dépression d’immobilisation.
L’opercule ne reste jamais fixé sur le crâne de la larve comme cela
se constate chez la larve des Cimicides dont l’opercule d’éclosion est
très semblable à celui des Reduvius. Il arrive parfois qu’il reste fixé
au corps de la larve pendant un certain temps, par exemple au thorax,
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDEXTALE.
153
d’autres fois le chorion lui-même reste fixé à l’abdomen pendant
plusieurs jours.
Le mécanisme de l’éclosion est, dans l’ensemble, analogue chez les
autres Réduviides observés ; l’opercule reste le plus souvent fixé soli¬
dement au chorion après son soulèvement ; lorsqu’il est détaché au
moment de l’émergence, nous n’avons pas remarqué qu’il se main¬
tint sur la tête de la larve comme nous l’avons indiqué pour Rhino-
coris enjthropus.
Les œufs des Harpaclorinoe à pontes groupées (.Rhinocoris enj-
thropus, Sphecianolestes sanguinens et lividigaster) sont munis d’un
bourrelet pneumatique. Au moment de l’éclosion, la rupture du som¬
met du bourrelet provoque la formation d’une collerette qui pendant la
partie la plus délicate de l’émergence, isole la jeune larve de ses congé¬
nères également en cours d’éclosion ou déjà écloses et éventuellement
des obstacles variés qui peuvent avoisiner l’œuf.
Nous avons déjà indiqué qu’en Algérie, la femelle de Pirates stri-
dulns enfouit ses œufs de sorte qu’en vue verticale seul l’opercule est
visible, un peu en contrebas par rapport au niveau du sol. Compte tenu
de ce que nos observations n'ont pu porter que sur des pontes non
écloses (mais provenant de femelles recueillies dans la nature et dont
nous ignorons si elles avaient été fécondées), nous rapporterons qu’en
général, les appendices de la collerette restent rapprochés de la protu-
béance centrale pendant plusieurs jours, la collerette ne s’épanouissant
que plus tard.
La fonction de la collerette de Pirates stridulus est comparable à
celle du bourrelet pneumatique des Harpaciorinae cités plus haut et
permet à la larve d’émerger en limitant les risques provoqués par les
éboulements de matières terreuses ou caillouteuses ; l’opercule d’un
œuf qui présentait un épanouissement prématuré de la collerette était
obstrué par de nombreux graviers. La grande collerette d’Amphibolas
Francoi remplit peut-être un rôle prolectionnel analogue.
Source : MNHN, Paris
154
PAUL DISPONS.
Par contre, l’hypothèse ne semble pas concerner Pirates hybridus,
R. Poisson ayant observé qu’en France, l’œuf de cette espèce est collé
à des plantes sèches ou sous des pierres. R. Poisson a également indi¬
qué que chez Pirates hybridas, au moment de la ponte, les grands
appendices sont rabattus sur le clapet et le masquent, mais que très
vite, ils se redressent, le champignon central se gonflant de plus en
plus, contribuant ainsi à faciliter la rupture circulaire du clapet en
deçà de la couronne micropylaire, lors de l’éclosion. Nous n’avons pas
observé de variation dans le volume de la protubérance médiane de
l’opercule de l’œuf de Pirates stridulus, mais le fait que les pontes exa¬
minées soient restées stériles ne permet peut-être pas de comparaison
sur ce point.
Fig. 88 à 90. — Eclosion : Amphibolus beduimis Pulon (88)
cl Reduuins uillosus Fab. (89, 90).
Pour les œufs isolés et libres (Redavias, Oncocephalas) ou fixés
séparément sur des brindilles ( Harpactorinae à pontes non groupées,
Emesinae), la protection contre les aléas du milieu au moment de
l’éclosion est inutile. la jeune larve abordant sans transition son bio¬
tope normal.
Durée de l'éclosion.
La durée de l’éclosion d’un œuf est très variable. En général, l’opé¬
ration dure une vingtaine de minutes et peut se prolonger une heure ;
nous avons indiqué ci-dessous les durées des opérations fractionnées
chez Rhinocoris erythropus :
— soulèvement de l’opercule : 0 minute 50 sec. à 1 min. 51 sec.
— émergence du corps avant dégagement des appendices : 7 minutes
45 sec. à 9 min. 17 sec.
— dégagement des appendices : 5 minutes à 9 min. 20 sec.
— libération complète : 1 minute à 3 min. 17 sec.
— perte de l’opercule : 3 minutes à 40 minutes.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L'AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 155
Chez Amphibolus beduiniis nous avons noté une durée de 15 mi¬
nutes. Parfois l’éclosion est bien plus rapide. Nous avons vu éclore la
larve de Rhinocoris erythropus en trois ou quatre minutes et celle de
Coranus aegyptius en deux minutes. Chez ce dernier Réduviide, l’oper-
culation et le glissement du corps jusqu’au dégagement des membres
a duré 75 secondes, les pattes se sont libérées en 15 secondes, le rostre
et les antennes se sont redressées au cours des 15 secondes suivantes
et l’exonération totale s’est réalisée pendant les dernières secondes.
J. H. Fabre a indiqué que l’éclosion de Reduvius personatus se
produisait pendant la nuit ou dans les premières heures du matin. En
Afrique nord-occidentale, pour toutes les espèces observées, l’éclosion
est absolument indépendante du jour et de la nuit.
Coloration et aspect de la larve à la naissance.
La coloration de la larve nouvellement éclose est souvent très dif¬
férente de la couleur définitive.
Chez les espèces dont les adultes sont vivement colorés, la larve
présente des couleurs déjà accentuées qui virent à leur teinte défini¬
tive au bout d’un certain temps. La larve fraîchement éclose de Rhino¬
coris erythropus est jaune-orangé très vif avec des taches rouge-vermil¬
lon, l’œil est noir hordé de rouge ; une heure après la naissance la
teinte générale est plus soutenue, les taches rouges virent au brun,
puis au noir, l’œil se horde de noir.
91 92
FiR. 91 et 92. — Larves au premier stade : Coranus aegpytius (Fab.) (91) :
C. zibanicus Dispons (92).
Les larves de certaines espèces dont les adultes sont peu colorés
peuvent également présenter au premier stade des couleurs très vives.
C’est le cas de plusieurs Coranus dont les imagos sont grisâtres alors
que les larves au premier stade sont très voisines par leur pigmenta¬
tion de celles des Rhinocoris. Les larves de Coranus aegyptius et Cora¬
nus zibanicus sont très caractéristiques de cette observation. Celles de
Vachiria natolica ont également des pattes à bigarrures noires et jaune
vif.
Les larves nouvellement écloses des espèces à imagos noirs, plus
ou moins brillantes, comme Amphibolus beduinus et les Sphedano-
lestes, sont aussi très vivement colorées au moment de la naissance
(vermillon, jaune-orangé vif).
Source : MNHN, Paris
156
PAUL DISPONS.
Chez certaines espèces très voisines, les larves à un stade avancé
et les adultes sont souvent très difficiles à séparer alors qu’au con¬
traire les larves au premier stade présentent une ornementation chro¬
matique bien différenciée, c’est le cas de Commis aegyptius et zibani-
cus.
Chez les espèces à couleurs ternes, (la plupart des Rediivius et des
Oncocephalus) ou à couleurs claires, jaunes, grises, verdâtres ( Ischno -
nyctes, Ploearia, Tinna), les larves sont habituellement ternes à la
naissance. Celles de Reduvius villosus sont blanc-nacré, translucides
et brillantes. Elles portent des longs poils blancs, peu denses sur le
corps et les fémurs, plus serrés sur les tibias et les tarses. Après quel¬
ques heures, la teinte passe au blanc sale, puis au grisâtre ou au rous-
sâtre, les membres et les antennes restant plus clairs.
La larve de Reduvius villosus est couverte d’un liquide visqueux
clair ; les soies spiniformes de Rhinocoris erythropus portent souvent
à leur extrémité des gouttelettes qui subsistent assez longtemps.
Avortements lors de l'éclosion.
En dehors de l’absence d’éclosion en raison de causes matérielles
variées (blessures, immersion, moisissures, parasitisme....), certains
œufs provenant de femelles fécondées n’éclosent pas. Galliard a cons¬
taté qu’une seule copulation suffisait en général chez les Réduviides
hématophages pour assurer des pontes fertiles pendant toute la vie
de la femelle mais qu’elle pouvait aussi être insuffisante, entraînant
la stérilité d’une partie des ovipositions. Chez les Réduviides d’Afrique
nord-occidentale, nous avons observé que le fléchissement du pour¬
centage des éclosions peut porter sur des œufs très différemment
situés dans l’ordre chronologique des ovipositions.
L’observation rapportée plus haut, au sujet de l’incubation des
ovipositions d’hiver d’une femelle d’Ischnonyctes barbants, fait res¬
sortir que les pontes comportant le plus grand nombre d’avortements
sont réparties sur la période la plus éloignée de l’époque de l’éclosion,
mais on ne saurait en déduire une influence défavorable de la diapause
sur la ponte ; en effet, une observation effectuée un an auparavant
dans des conditions analogues et résumée ci-dessous a donné des résul-
Périoda d’ovipoeition
1er Kovemb.I95I-I8 Mars 1952
Sombra
Pontee Oeufa
I-II novembre
12 novembre-I2 décembre
5-22 décembre
23 décembre-I9 janvier
27 décembre-18 mara
Source : MNHN, Paris
RÉOUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 157
tats opposés, les premières pontes étant fertiles et le pourcentage le
plus important d’avortements se situant sur les ovipositions subsé¬
quentes.
En élevage, les avortements en cours d’éclosion sont assez fré¬
quents ; la larve cesse de progresser alors que l’émergence est plus ou
moins avancée et meurt dans cette position. Nous avons observé pour
Fig. 03 et 04. — Rhinocoris erythropus (L.) : éclosion (03) ; position de la larve
dans l’œuf (94).
une larve de Rhinocoris erythropus, un début d’éclosion qui a duré
plus d’une heure, puis une progression plus rapide pendant l’heure qui
a suivi et enfin un arrêt définitif. Parfois, c’est à la fin de l’éclosion
lorsque l’Insecte a déjà dégagé la plus grande partie du corps et des
appendices que l’arrêt survient ; dans ce cas, le dégagement artificiel
des parties encore dégagées ne permet d’obtenir que des larves à aspect
tératologique. Enfin nous avons constaté l’avortement simultané de la
totalité des larves d’une même ponte.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X.
158
PAUL DISPONS.
CHAPITRE VI.
LA LARVE.
Le développement des Réduviides comporte généralement cinq
stades larvaires, chaque changement de stade résultant d’une mue. Le
dernier stade est souvent désigné sous le terme de stade nymphal.
Les larves des Réduviides sont assez mal connues et leur biologie
a été encore peu étudiée. La larve de Reduoius personatus a fait l’objet
de quelques communications, celle de l’hématophage Rhodnius pro-
lixus a été utilisée par Wigglesworth plus spécialement comme maté¬
riel d’expérimentation physiologique : au cours d’un travail sur Isch-
nonyctes barbants nous avons rapporté quelques aspects de la biolo¬
gie de cet Emesinae.
En général, les larves présentent les caractères génériques des
adultes correspondants. Les caractères spécifiques sont plus sensible¬
ment différents, surtout pour les trois ou quatre premiers états lar¬
vaires. Chez certaines sous-familles, le stade nymphal est déjà voisin
de l’adulte et il est parfois possible au systématicien de déterminer les
Source : MNHN, Paris
RÉDÜVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
159
espèces au moyen des caractères imaginaux ( Emesinae, Harpactorinae).
Pour d’autres sous-familles, chez les Acnnthaspidinae prosoponiques
par exemple, la nymphe diffère très sensiblement de l’adulte et les
déterminations sont bien plus délicates ; il en est de même pour les
espèces séparées uniquement par des différences chromatiques.
Chez les larves, la tête est habituellement plus anguleuse que chez
les adultes, plus ridée, souvent plus rugueuse et plus velue, sans ocel¬
les, les yeux sont plus petits, les antennes plus courtes. Le pronotum
très exigu au premier stade, présente une ébauche de son aspect défini¬
tif au stade nymphal où apparaît en particulier le sillon transversal
qui divise le pronotum en deux lobes. Les nymphes présentent des
ailerons sans membrane différenciée ; les autres stades, surtout à par¬
tir du troisième laissent apercevoir de très courts embryons alaires. Les
pattes sont souvent plus courtes que celles des adultes, les tarses com¬
portant toujours un article de moins.
L’abdomen subit de nombreuses transformations au cours des
mues. Presque invisible au premier stade, il se développe au cours des
trois suivants sans qu’aucune spécialisation sexuelle des derniers uri-
tes soit apparente, le dixième urite présentant un aspect cylindrifor-
me, le connexivum n’étant pas encore formé. Ce n’est qu’au stade
nymphal que la spécialisation sexuelle se précise, la division des hui¬
tième et neuvième segments sternaux des femelles et la contraction
des mêmes segments des mâles sont déjà plus ou moins nets.
Comportement de la larve après l'éclosion.
L’activité des larves aussitôt après leur libération de l’œuf varie
avec les espèces. Les larves des espèces à pontes groupées séjournent
souvent assez longuement sur les œufs avant de se hasarder dans le
milieu environnant, c’est ce que l’on observe chez Rhinocoris erythro-
pus et chez les Sphedanolestes.
Plusieurs auteurs ont constaté une période de jeûne après l’éclo¬
sion, c’est ainsi que .1. H. Fabre a indiqué que la larve de Redu-
vius personatus, en France, passe deux jours sans s’alimenter puis
effectue la première mue. Buxton a signalé que la larve au premier
stade de Rhodnius prolixus ne se nourrit qu’à partir d’une époque
qui se situe entre le cinquième et le huitième jour après la naissance.
En réalité, nous avons constaté qu’il n’est pas possible d’établir
une règle générale sur la durée du jeûne. Pour les individus d’une
même éclosion, le délai à partir duquel les jeunes larves commencent
à s’alimenter est très variable. Chez Ischnonycles barbants, dès les
premières heures de la naissance certaines larves acceptent de piquer
des tampons imbibés d’eau et de sang, on peut voir l’abdomen des
petites larves se distendre rapidement pendant l’absorption du liquide ;
l’attaque des proies est plus tardive, c’est ainsi qu’en élevage une
larve a jeûné quatre jours avant de dévorer de petits Diptères.
Chez divers Reduvius le refiexe prosoponique apparaît dès que
l’éclosion est terminée. En général, ce n’est qu’après la confection du
Source : MNHN, Paris
160
PAUL DISPONS.
masque que les larves de ce genre recherchent leur nourriture ; en
élevage, dans un milieu dépourvu du matériau nécessaire la larve non
couverte acceptera de s’alimenter plus tardivement.
Quelques heures après l’éclosion, les larves de Coranus aeqijptins
attaquent des proies de faible taille (petits Lygéides ou Capsides) ;
deux jours après la naissance, elles peuvent attaquer des Insectes cinq
fois plus volumineux qu’elles, à condition qu’ils n’opposent pas de
réactions violentes.
Fig. 08 et 00. — Rhinocoris erythropus (L.) : suture ecdysiale.
En captivité, les larves non nourries ou insuffisamment alimen¬
tées, se détruisent par cannibalisme ; sur deux éclosions de Rhinocoris
erythropus constituées par 81 et 61 larves nées respectivement du 1"
au 6 juillet et du 14 au 16 juillet, il n’existait plus à la date du 24
juillet qu’un seul individu dans chacun des groupes.
Le sort des larves nourries est extrêmement variable. D’une éclo¬
sion de 41 larves de Rhinocoris erythropus nées les 20 et 21 juin. 20
larves ont atteint le deuxième stade, 12 ont effectué la deuxième et la
troisième mues, neuf sont parvenues au stade nymphal et quatre seule¬
ment se sont transformées en adultes.
La suture et la brèche ecdysiales.
La mue est précédée chez les Insectes par la disparition de l’an¬
cienne cuticule et l’apparition d’un nouveau tégument ; les cellules
hypodermiques sécrètent un liquide de mue porteur de diastases qui
assurent la digestion de l’ancienne cuticule.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 161
La nouvelle larve ou l’adulte (lors de la mue nymphale) quitte
l’ancienne enveloppe par une brèche pratiquée dans la partie supé¬
rieure du corps suivant une suture ccdysiale constituée par une ligne
longitudinale céphalo-thoracique perpendiculaire à une ligne céphali¬
que transversale.
Chez les Réduviides la ligne céphalique présente des tracés variés.
Celle des Ischnonyctes est presque confondue avec le sillon interocu¬
laire ; au contraire, chez les Harpactorinae cette ligne est située nette¬
ment en arrière du sillon interoculaire formant avec ce dernier une
aire trapézoïdale à angles, soit très aigus ( Vachiria ), soit mousses (Rhi-
nocoris, Coranus, Sphedanolestes), soit à base bisinuée ( Amphibolus ).
La ligne transversale des Acanthaspidinae et des Stenopodinae pré¬
sente une disposition intermédiaire, elle emprunte sur son parcours
latéral le sillon interoculaire et forme une languette en arrière de ce
sillon sur sa partie médiane ; cette languette est cordiforme chez Redu-
vius villosus et arrondie chez les Oncoccphalus.
Fig. 100 et 101. — Vachiria nalolica Stal : suture ecdysialc.
Mécanisme de la mue.
La suture ecdysiale constitue une ligne de moindre résistance qui
facilite l’effraction de la cuticule à l’époque de la mue. Le mécanisme
de l’exuviation est sensiblement le même chez toutes les espèces. Dans
un premier temps le Réduviide dégage partiellement la tête, le prono-
tum et l’abdomen ; le rostre, les antennes et les pattes restent engagés
dans la dépouille. l'n deuxième temps permet le dégagement complet
du rostre et des antennes ainsi que des trochanters et des fémurs.
Dans un troisième temps l’Insecte libère entièrement les pattes.
Les membres des Harpactorinae présentent une souplesse remar¬
quable sur toute leur longueur, les régions voisines des articulations
particulièrement molles permettent le dégagement des pattes par des
Source : MNHN, Paris
162
PAUL DISPONS.
mouvements analogues à ceux que nous avons déjà signalés lors de
l’éclosion.
Chez les Acanthaspidinae, le dégagement s’effectue par des mou¬
vements plus brutaux, la progression de l’exuviation est moins souple
que chez les Harpaclorinae. A la fin de la mue, Reduviiis villosus se
libère par une dernière secousse qui brise les ligaments qui le liaient
encore à la dépouille. Les débris de ligaments restent visibles pendant
assez longtemps sous les pièces thoraciques auxquelles elles étaient
fixées.
Durée de la mue.
En général, aux divers stades, la mue dure moins d’une heure.
Nous avons noté par exemple, 40 à 50 minutes chez Rhinocoris enj-
tropus, 20 minutes pour la quatrième mue et 30 minutes pour la mue
nymphale chez Amphibolus beduinus, 20 minutes chez Coranus ziba-
nicus.
Pigmentation de l'Insecte après la mue.
A la suite de la mue, la larve ou l’adulte présentent des colorations
claires. Ce n’est qu’après un délai parfois assez long, en général au
moins une heure, que l’Insecte prend sa coloration définitive.
Au cours de la succession des mues, le chromatisme des larves
subit de sensibles variations qui sont très caractéristiques pour les
espèces très colorées. La plupart des larves d ’Harpactorinae au pre¬
mier stade sont jaune clair avec des taches rouges ou brunes ; dès le
troisième stade, la larve prend une coloration plus uniformément fon¬
cée qu’elle conserve jusqu’au cinquième stade.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 163
A la sortie de la brèche ecdysiale, la larve d’Amphibolus beduinus
est vermillon sur la partie céphalo-thoracique avec les yeux et l'abdo¬
men d’un noir brillant, les ongles jaunes ; l’imago de cette espèce est
également vermillon sur la tête (sauf les yeux noirs) et le thorax,
l’abdomen est brun-rosé, la tranche du connexivum présente des taches
alternativement blanc rosé et brun-rosé. Pour une larve au quatrième
stade l’aboutissement à la couleur définitive s’est réalisé environ trois
heures trente minutes après l’ecdysie.
Les larves dont les adultes sont peu colorés (Oncocephalus, Isch-
nonyctes) conservent au cours des stades une coloration uniforme,
blanchâtre ou grisâtre. Chez Oncocephalus Pntoni, blanc translucide
au moment de l’exuviation, les parties noires ne s’affirment que plu¬
sieurs heures après la mue. Reduvius villosus est blanc après l’émer¬
gence ecdysiale ; la tète, le lobe antérieur du pronotum, l’écusson et
les pattes noircissent d’abord, alors que les élytres et le lobe postérieur
du pronotum ne se pigmentent que bien plus tardivement.
Le cycle et les stades larvaires.
Chez le Pyrrhocoride, Pyrrhocoris apterus, Abeloos et Chanu ont
observé que le premier stade larvaire est le plus court et le dernier
stade le plus long.
Fig. 104 et 105. — Ischnonycles barbarus (Lucas) : suture ecdysiale.
Les cycles larvaires des Réduviides n’ont donné lieu qu’à très peu
d’observations. En Afrique nord-occidentale, nous avons étudié la
durée des stades chez plusieurs espèces ; nous n’avons pu enregistrer
dans tous les cas des cycles complets, soit que les élevages ne l’aient
pas permis, en raison par exemple de la mortalité, soit que les obser¬
vations n’aient pu commencer qu’en cours de cycle, en particulier pour
les larves recueillies dans la nature.
Source : MNHN, Paris
164
PAUL DISPONS.
II ne semble pas qu’il soit possible d’établir de règles générales
rendant compte des relations de durées entre les stades larvaires. Les
diagrammes-types obtenus par le calcul de temps moyens sont cons¬
tamment altérés par de très nombreuses exceptions.
Les six premières observations contenues dans le tableau ci-des¬
sous se rapportent à Amphibolus beduinus. Dans la dernière colonne
nous avons donné la formule du cycle larvaire de chaque Réduviide
(expression de la progression des stades dans l’ordre croissant des
durées).
Pour d’autres espèces de Réduviides, on peut considérer que géné¬
ralement les trois premiers stades sont plus courts que les suivants,
le stade nymphal étant habituellement le plus long du cycle.
Les six autres observations concernent Sphedanolestes sanguineus.
On remarquera plus particulièrement l’hétérogénéité des durées des
trois premiers stades.
La durée du cycle larvaire est aussi très variable. Les observa¬
tions ont porté sur des individus développés au cours de l’année
de l’éclosion ( Amphibolus beduinus) et sur des individus qui ont hiver¬
né à l’état nymphal ( Sphedanolestes sanguineus). Le cycle à'Amphibo¬
lus beduinus a varié de 126 à 155 jours et celui de Sphedanolestes san¬
guineus de 312 à 333 jours. Pour cette espèce, la durée prénymphale
correspondante est de 78 à 96 jours, sensiblement voisine de celle
d’ Amphibolus beduinus qui varie de 75 à 104 jours.
IV/I/II/Y/III
lAl/IT/IUA
I/II/IT/IIIA
i/ii/rr/m-*
n/n/i/inA
ii/ni/i/nA
ii.nyi/rrA
Chez les Réduviides étudiés nous n’avons observé aucune diffé¬
rence entre les cycles des mâles et des femelles : pour Amphi¬
bolus beduinus, des cycles mâles de 126, 133, 140, 155 jours avec des
cycles prénymphaux de 75, 85, 100, 104 jours et des cycles femelles
de 138 et 145 jours avec des cycles prénymphaux de 94 et 104 jours ;
pour Sphedanolestes sanguineus, des cycles mâles de 326, 330,
333 jours (cycles prénymphaux de 86, 91 et 96 jours) et des cycles
femelles de 312, 316, 331 jours (cycles prénymphaux de 89, 78,
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
78 jours). Ces résultats sont en désaccord avec les observations signa¬
lées sur les autres Héléroptères chez qui les mâles évoluent générale¬
ment un peu plus rapidement que les femelles (R. Poisson).
Les larves sont souvent frappées d’une inappétence plus ou moins
prolongée qui agit certainement sur la durée des stades. Cette inappé¬
tence est d’ailleurs compensée par des périodes de boulimie. En Améri¬
que du Nord, Readio a déjà constaté qu’il existe de courtes périodes
de diapause à l’intérieur des divers stades larvaires de Reduvius per-
sonatus. Cette particularité rend difficile l’appréciation du facteur ali¬
mentaire sur la durée des mues.
Jeûnes préecdysial et postecdysial.
En dehors des périodes d’inappétence, la mue est précédée d’un
jeûne plus ou moins long et elle peut être suivie par une période
d’abstinence généralement plus courte. Nous avons reporté sur un
tableau nos observations sur ces deux périodes pour Rhinocoris ery-
Dans certains Ordres d’insectes, la mue entraîne de très impor¬
tantes chutes de poids ducs principalement à des pertes d’humidité.
C’est ainsi que chez les Anisoptèrcs, d’après Shafer, les Aeschna peu¬
vent perdre la moitié de leur poids et chez les Scarabeidae, d’après
Ludwig, les Popillia jusqu’à un tiers. En Afrique nord-occidentale la
perte de poids aussitôt après exuviation de Rhinocoris erythropus et
de Reduvius villosus, est peu importante et celle d’une larve à la suite
du jeûne postecdysial est analogue à la perte de poids constatée pen¬
dant les périodes interecdysiales d’inappétence.
Source : MNHN, Paris
PAl'I, DISPONS.
l()l)
La diapause.
Certains sujets terminent leur cycle larvaire au cours de l’année
de l’éclosion, les adultes hivernant parfois jusqu’au printemps sui¬
vant. Nous avons constaté par exemple que des individus d’Amphi-
bolus beduinus, éclos en juin ou juillet, effectuaient leur mue nym-
phale en novembre. Par contre, l’évolution de la larve ou de la nymphe
peut comporter une période de repos durant laquelle aucune mue
nouvelle ne se produit. Cette diapause avait déjà été signalée par
Poujade sur une nymphe de Reduvius personatus capturée en août
1887, devenue adulte en juin 1888, soit un stade nymphal supérieur
à 10 mois. En Suède, De Geeh observait en 1773 que « la nymphe de
Fig. 106 et 107. — Ecdysie : Rhinocoris erijlhropus (L.), premier stade (106) ;
Reduvius Dillosus Fab., mue nymphalc (107).
Reduvius personatus ne se nourrit pas jusqu’aux beaux jours». Aux
Etats-Unis, Readio étudiant également Reduvius personatus, conclut
que la torpeur est d’autant plus forte que la larve est avancée : elle
est très marquée chez la nymphe. D’après nos observations en Afrique
nord-occidentale, les nymphes ne refusent pas toujours de se nourrir,
le comportement variant avec les individus à l’intérieur d’une même
espèce.
En Afrique nord-occidentale, beaucoup de larves de Réduviides,
surtout celles qui sont déjà à un stade avancé, refusent toute nourri-
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 167
ture, en automne souvent à partir du mois d’octobre. C’est à partir
de cette époque que les mues se raréfient, mais dans les élevages on
peut en observer encore quelques-unes en novembre et bien plus rare¬
ment en décembre. L’élévation artificielle de la température peut pro¬
voquer une rupture de la diapause caractérisée par une reprise de
l’alimentation. C’est ainsi que Rhinocoris erythropus, en léthargie
depuis le 23 octobre, soumis à une épreuve thermique (17°) du 29 jan¬
vier au 16 février suivant, a accepté un repas le 31 janvier et 12 février,
effectué sa mue nymphale le 11 février pour mourir le 23 février. Par
contre, Reduvius villosus en diapause depuis le 2 octobre et soumis au
même traitement ne se transformera en adulte que le 16 mai après
avoir accepté plusieurs repas (mort le 15 juillet).
Fi K. 108. Pirates striduliis (Fab.) : mue nymphale.
Certaines espèces en élevage continuent à s’alimenter en saison
froide, tels les Sphedanolestes aux divers stades ; il en est de même
des jeunes larves de Rhinocoris erythropus que nous avons élevées
en leur fournissant des Fourmis comme proies pendant tout l’hiver.
La diapause prolonge considérablement la durée du stade nym-
phal qui peut atteindre près de 300 jours chez Reduvius villosus et
plus de 250 jours chez Sphedanolestes sanguineus.
Il est possible que le cycle larvaire de certaines espèces déserti¬
ques se prolonge sur deux hivers. C’est peut-être le cas de Reduvius
Source : MNHN, Paris
168
PAUL DISPONS.
pullipes, dont une larve au deuxième stade, recueillie en Tunisie le 6
avril 1951, se transforma en adulte le 16 juin 1952 après un stade nym-
phal de 265 jours ; la troisième mue de cette larve s’était effectuée le
20 août 1951, soit 136 jours après la capture ; le deuxième stade parti¬
culièrement long laisse supposer que l’éclosion pouvait remonter à
l’année précédente.
La mue nymphale la plus avancée dans l’année pour un individu
ayant hiverné a concerné Holotrichus luctuosus (2 juillet).
Readio suppose que la diapause résulte du fait de la basse tem¬
pérature de la saison d’hiver et du manque naturel de nourriture des
Insectes qui vivent dans la nature. Concernant cette dernière partie
de l’hypothèse, nous observerons cependant que, par exemple, Redu-
vius villosus qui hiverne en Algérie à l’état de larve ou de nymphe
sous les écorces de divers arbres vit en compagnie de beaucoup d’au¬
tres Insectes qui constituent une nourriture très abondante ; Reduvius
uillosus est d’ailleurs lui-même victime de prédateurs et en particulier
d’Arachnides gîtant sous les écorces à cette époque de l’année.
Anomalies de la mue.
Au cours de la mue des accidents souvent fatals à la nouvelle
larve ou à l’adulte peuvent survenir.
Parfois l’Insecte ne parvient à se dégager que d’une façon incom¬
plète. Il s’agit assez souvent de l’adhérence prolongée d’un membre
humide ou d’une pelote de soies à l’exuvie. En général, le Réduviide
parvient à se débarrasser ; les efforts peuvent durer plusieurs jours
et pendant tout le temps où le dégagement n’est pas obtenu l’Insecte
refuse toute nourriture.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÊS DF. L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
169
D’autres fois, les éléments extérieurs peuvent contrarier la for¬
mation définitive de l’adulte dans les quelques heures qui suivent la
mue. C’est ainsi qu’un individu d'Oncocepludiis pilicornis ne put se
dégager d’une brindille fixée à son aile et à son élytre droits qu’à la
suite de trois jours d’efforts qui aboutirent au déchirement de ces
deux organes.
II peut s’agir enfin de véritables avortements ecdysiaux. Alors que
la mue a débuté normalement, on constate au bout d’un temps plus
ou moins court un ralentissement suivi d’un arrêt définitif. L’Insecte
reste vivant pendant une durée variable mais assez courte. Ces avor¬
tements sont parfois accompagnés de phénomènes affectant la colora¬
tion ; au cours de la mue imaginale un Oncocephalus squalidus ne par¬
vint pas à dégager sa patte postérieure gauche, la partie droite du
corps se pigmenta dans le délai normal, la partie gauche devait rester
entièrement blanche jusqu’à la mort de l’Insecte.
Les anomalies qui atteignent les Réduviides au cours d’un stade
larvaire se retrouvent au cours des stades suivants et les adultes peu¬
vent présenter un aspect tératologique. F2n règle générale, la régénéra¬
tion des appendices ne se produit qu’aux stades jeunes. Une larve de
Rrdiwius pnllipes, recueillie au deuxième stade, présentait une patte
postérieure gauche racornie, noirâtre, résultat probable d’un trauma¬
tisme qui aurait été normalement fatal au membre d’un adulte ; les
stades suivants et l’imago ont présenté un membre raccourci dans tou¬
tes ses proportions et plus épais que la patte normale. Par contre, les
mutilations survenues au stade nympbal s’aggravent chez l’adulte ;
c’est ainsi qu’une nymphe d’Amphibolus Francoi privée de ses tarses
antérieurs gauches s’est transformée en une femelle amputée presque
totalement du tibia gauche avec atrophie du fémur et du trochanter.
Source : MNHN, Paris
170
PAUL DISPONS.
DEUXIÈME PARTIE.
BIOGÉOGRAPHIE.
Le nombre des sous-familles de Réduviides s’est multiplié depuis
que Readio en 1927 en dénombrait quinze. Actuellement on compte
vingt-quatre sous-familles dont neuf sont représentées en Afrique
nord-occidentale : Emesinae, Piratinae, Rhaphidosominae, Harpacto-
rinae, Stenopodinae, Acanthaspidinae, Saicinne, Ectrichodiinae, Holo-
ptilinae.
Nous avons établi l’inventaire des espèces d’Afrique nord-occiden¬
tale en utilisant les travaux des auteurs cités dans la partie bibliogra¬
phique, d’après les renseignements recueillis en consultant les collec¬
tions du Muséum National d’Histoire naturelle de Paris et de l’Insecta¬
rium d’Alger et d’après nos recherches personnelles. C’est pour moi
un très agréable plaisir de rendre hommage à tous ceux qui ont con¬
tribué à la constitution de cette précieuse documentation qui me fut
si utile dans l’élaboration de cette partie biogéographique.
CHAPITRE I.
ÉTUDE DES SOUS-FAMILLES.
I. — EMESINAE.
L’aire de la sous-famille des Emesinae s’étend de l’Equateur aux
zones tempérées avec une prédominance pour les contrées chaudes.
Dans l’Hémisphère boréal les espèces sont de moins en moins nom¬
breuses lorsqu’on se rapproche des régions froides et l’on peut situer
la limite nord de la sous-famille un peu au delà de 60“ de latitude
pour l’Ancien Monde. Dans le Nouveau Monde, les Emesinae les plus
septentrionaux semblent limiter leur aire à la Colombie britannique
et à la région des Grands Lacs.
Source : MNHN, Paris
Limite de la zone saharo-stcppique.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DK L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
172
PAUL DISPONS.
Dans l’Hémisphère austral on trouve des Emesinne jusque dans
l’Afrique du Sud, quelques rares espèces en Australie, une espèce se
rencontrant encore en Tasmanie ; la limite sud-américaine se situe
dans les provinces centrales de la République Argentine.
La faune mondiale comprend sept tribus dont trois seulement
existent en Afrique nord-occidentale : Stenolaemini, Ploeariini et Me-
tapterini. (Tableau p. 173).
Tribu des Stenolaemini.
En Afrique nord-occidentale la tribu est représentée par les deux
lignées les plus répandues du groupe, les Empicoris, dont le genre est
cosmopolite et les Stenolaemiis.
Empicoris :
Les deux espèces les plus communes dans la zone paléarctique
sont E. vagabonda (L.) et E. cnliciformis (De Geer). La première, re¬
présentée dans la plus grande partie de l’Europe et qui se trouve en
particulier en Espagne (jusqu’à Malaga) et en Italie, n’a jamais été
signalée d’Afrique nord-occidentale. E. cnliciformis a été sporadique¬
ment cité de divers points de Berbérie, en Algérie, en Tunisie et dans le
Maroc oriental ; cette espèce n’a été capturée dans l’intérieur que dans
les localités relativement peu éloignées du littoral telles qu’Oujda et
Duvivier ; cependant en mai 1953, nous l’avons recueillie dans le Haut
Atlas dans les environs du Tizi N’ Test.
E. rubromaculatus (Blackburn) décrit des îles Hawaï semble avoir
une aire de répartition assez curieuse puisqu’il a été cité de divers
points des Etats-Unis, de la Colombie britannique, de Porto-Rico, du
sud de l’Inde, des Séchelles, de Samoa, des îles Fidji, de l’Ile Christ-
mas, du Queensland et des Nouvelles Galles du Sud ; McAtee et J. R.
Malloch l’ont cité des Philippines et, en 1938, W. E. China l’a inclus
dans la faune de Madère. Enfin J. P. Vidal signale vers la même épo¬
que l’existence de l’espèce dans la Région de Rabat. Une variété obso-
letus McAtee et Malloch de Madère (Funchal) se retrouve dans les
lies Philippines à Mindanao (Dapitan) et à Luçon (Mt Maquiling).
W. E. China estime dans son travail sur la faune de Madère que
E. rubromaculatus est une espèce apparemment cosmopolite ; cepen¬
dant l’Europe, l’Afrique (sauf les citations du Maroc, de Madère, et
des Séchelles) et la plus grande partie de l’Asie ne donnent pas asile
à cette espèce. Quant à sa présence au Maroc et à Madère aucune
explication probante ne peut être donnée, sauf le transport par l’hom¬
me ainsi que le suggère d’ailleurs China dans le travail précité pour
Madère.
Parmi les espèces communes à l’Europe et à l’Afrique nord-occi¬
dentale, à l’exclusion des autres continents, citons E. Baerensprungi
(Dohrn) que Puton a signalé d’Alger, E. melanacantha (Horvâth),
décrit de Carcassonne, retrouvé par J. P. Vidal à Berkane dans ies
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE I.’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
Liste des espèces.
173
Source : MNHN, Paris
14
PAUL DISPONS.
Beni-Snassene, E. vitticolis (Horvâth) décrit de la Bonde dans le Vau¬
cluse a été cité des Açores par Francis Bernard et enfin E. brevispinus
(Puton) de l’Algérie, des Canaries et de Madère qui existe également
en Provence.
Les autres espèces doivent être considérées comme des endémi¬
ques d’ailleurs jusqu’à présent rarement rencontrées : E. soror (Puton)
de Tunisie, E. salinus (Lindbcrg) du Maroc et des Canaries, la variété
Chobauti (Reuter) de E. brevispinus (Puton) qui est spéciale à la région
de Tanger. Enfin trois espèces nouvelles, E. truncatus de Kabylie. E.
trisignatus du Maroc espagnol et E. tingitanus de Tanger se classent
également parmi les espèces endémiques (1).
Remarquons que la répartition des endémiques est en général
occidentale, E. soror constituant la seule espèce orientale pour la Ber-
bérie.
fl) E. tingitanus nov. sp. se distingue des autres espèces par son pronotum
qui porte une carène latérale incomplète réduite à un bourrelet de couleur ivoire,
très court, épais, n’occupant que la partie antérieure du lobe postérieur du pro-
nolum. Cette espèce se rapproche d’assez loin de E. rubromaciilatus dont la carène
latérale du pronotum est également incomplète, mais indistincte dans sa partie
médiane, brun dans sa partie antérieure et blanche dans sa partie postérieure.
Tanger : eucalyptus.
E. trisignatus nov. sp. se distingue des autres espèces par son pronotum. Cette
espèce porte trois taches allongées rouges sur le lobe postérieur du pronotum, et
un petit tubercule tronqué au milieu de la base de celui-ci. Il se rapproche de
E. culiciformis, dont il se distingue, outre les caractères indiqués ci-dessus, par
la carène latérale du lobe postérieur du pronotum qui est plus éloignée de la
suture latérale que celle de E. culiciformis. Le tubercule tronqué de la marge
postérieure du pronotum est bien moins apparent que l'épine qui existe chez
E. Iiaerensprungi et brevispinus. Maroc espagnol : vallée du Loukos inférieur,
eucalyptus.
E. truncatus nov. sp. est muni d’une protubérance en cylindre droit, nettement
tronquée, sur la partie postérieure du pronotum. Cette espèce diffère de E. Baeren-
sprungi dont la protubérance est conique et allongée et de E. brevispinus dont la
protubérance est en cène très court. Grande Kabylie : vallée du Sebaou.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DK L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
175
En résumé, Empicoris est représenté en Afrique nord-occidentale
par des espèces généralement localisées, sauf E. culiciformis dont l’aire
est étendue. La distribution géographique touche les zones littorales
tempérées à l’exclusion des rivages désertiques tels que ceux de la
Libye.
Ces Réduviides existent dans des milieux très différents : arbres,
plantes basses, fagots, fleurs. J. P. Vidal a recueilli E. salinus sur des
bananes importées des îles Canaries au Maroc. Nous avons pris ces
Réduviides au pied des eucalyptus ou sur le tronc de ces arbres ; dans
le Haut Atlas, nous avons rencontré E. culiciformis sous des rochers
très humides à proximité d’une source ; inquiété l’Insecte s’envole
rapidement.
Stenolaemus :
Ce genre connu dans la région paléarctique surtout par des espè¬
ces localisées en Egypte, Syrie, Caucase, Turkestan, comporte une
espèce à aire plus étendue, S. Novaki Horvâth, qui vit en Dalmatie,
Sicile, France méridionale où ses stations les plus septentrionales se
situent à Arcachon, AIbi, Lyon et les Hautes Alpes.
Fig. 113. — Distribution connue des Empicoris (Espèces endémiques).
Aucune espèce n’avait encore été signalée d’Afrique nord-occi¬
dentale, S. kabylinus nov. sp. se rencontre en Grande Kabylie (1).
En Afrique les Stenolaemus ne se retrouvent qu’à Djibouti, à
Madagascar, au Congo belge et au Mashonaland. Le genre se rencontre
(1) S. kabylinus nov. sp. peut se comparer à S. Grandidieri Villiers et S. ,Vo-
uaki Horvâth. Comme dans ces deux espèces le pédoncule du pronotum est court.
Le lobe antérieur du pronotum est plus grand que chez S. Xovaki ; comme chez
S. Grandidieri, il est aussi long que large avec les angles antérieurs proéminents
arrondis, mais sa partie postérieure est arrondie au lieu d’être anguleuse. Le
prosternum est muni d'une protubérance très marquée à profil triangulaire et les
tubercules du lobe postérieur du pronotum sont très peu marqués. Grande Kabylie.
Source : MNHN, Paris
176
PAUL niSPONS.
en Amérique, des U.S.A. depuis l’Arizona et le Mississipi à la Province
de Cordoba en Argentine, ainsi que dans le Sud-est asiatique et l’Aus¬
tralie.
En Egypte, A. Andres a capturé S. laticeps volant le soir, à la
lumière électrique. En France, J. Carayon a précisé la répartition de
cet Insecte et a indiqué qu’il l’avait trouvé dans des habitats variés
(au pied des herbes d’un coteau calcaire à Albi, sous des salicornes à
La Nouvelle, sous la mousse à Arcachon). En Algérie, nous avons
recueilli S. kabylinus à l’état de nymphes qui se sont transformées
en captivité. Les nymphes vivaient soit au pied d’eucalyptus, soit sur
la pente d’un talus à peu de distance de la mer.
Tribu des Ploeariini.
En Afrique nord-occidentale, Ploearia, Tinnn et Lethierrya sont
les genres représentatifs de cette tribu.
Ploearia :
Le genre Ploearia est répandu dans le monde (Amérique du Nord
et du Sud, région indo-malaise, Nouvelle-Zélande, Afrique, Europe).
Dans la zone paléarctique il est plus particulièrement abondant dans
la région méditerranéenne. Son aire est nettement moins septentrio¬
nale que celle des Empicoris. Ce dernier genre en effet remonte au
nord jusque dans les Iles britanniques, les Pays Bas, la Pologne, la
Scandinavie et la Finlande alors que l’espèce de Ploearia la plus ré¬
pandue, P. domestica Scopoli limite son extension septentrionale à la
France, la Péninsule ibérique, l’Italie, la Hongrie, l’Albanie, la Grèce
et la Russie du Sud.
Sur l’ensemble des espèces connues de Ploearia paléarctiques,
seule P. Putoni Noualhier, des Pyrénées-orientales, n’a pas été ren¬
contrée en Afrique nord-occidentale.
Les Ploearia à aire étendue comme P. domestica semblent être
l’exception. Cette espèce existe en effet dans toute l’Europe méridio¬
nale, du Caucase à l’Espagne et en Asie Mineure. P. domestica se
retrouve à Oujda et à Tunis, s’éloignant peu de la zone littorale, la
localité la plus éloignée de la mer étant celle citée par Lucas (Vallée
du Rummel). Nous l’avons prise à Birkadem, à Maison-Carrée et dans
les bois à Vieux-Kouba. Elle existe aux Açores et aux Iles Canaries.
L’aire de P. canariensis Noualhier est peut-être étendue, mais elle est
très mal connue puisqu’en dehors des Açores, des Canaries et de
Madère, elle a été citée de San Reino en Italie.
Les autres espèces nord-africaines sont toutes des endémiques
très localisées. La plupart de ces espèces s’éloignent peu dans l’inté¬
rieur. Cependant P. gutturalis Noualhier a été pris par Noualhier à
Biskra et nous avons retrouvé cette espèce à Bou Saâda.
De Bergevin a pris P. abrupto Noualhier sous les pierres en mars
en Tunisie et sur Ononis natrix en janvier et août dans la région de
Bône. Noualhier a recueilli la même espèce sur Lapidas riiderum
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIOÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 177
à Carthage. Nous avons pris P. djurdjurana sous les rochers en mon¬
tagne, P. domestica sous des pierres humides, dans la paille, dans la
sciure de chêne au cours de sciage de bois, P. gutturnlis sur les racines
d’alfa dans le sol (Bou Saâda) et P. Berlandi sous des pierres (Sous)
et dans les touffes d’alfa et dans de la vieille paille à Goulimine (Sud
marocain).
Les Ploearia se nourrissent de petits Insectes et s’attaquent vo¬
lontiers aux Culicides et Phlébotomes. Roubaud et Weiss, en 1927,
avaient déjà observé qu’en Tunisie P. domestica se nourrissait de
moustiques. Au cours d’élevages nous avons nourri P. domestica,
P. guttnralis et P. djurdjurana au moyen de Drosophiles et de petits
Lépidoptères.
Tinna :
Les Tinna sont dispersées sur le continent africain avec quatre
espèces en Afrique du Sud, deux en Afrique noire, une sur la côte des
Somalis et quatre en Afrique nord-occidentale dont deux nouvelles.
Tinna grassator (Puton) présente une aire étendue en territoires
désertiques de Biskra à El Goléa et d’Aïn Sefra à Gialo dans le désert
de Libye. Noialhier avait cité T. grassator des Iles Canaries ce qui
semble avoir été démenti par la suite.
En 1940, Menozzi signale « Ploiaria grassator Puton » de Cyré¬
naïque et de Tripolitaine. Il ne s’agit certainement pas de Tinna gras¬
sator mais d’une espèce de Ploearia à déterminer. En effet cet auteur
décrivant dans le même article Tinna Balboi n’aurait pu logiquement
laisser subsister l’espèce de Pi ton dans le genre Ploearia. Ce n’est
qu’en 1948, que M. André Villiers a indiqué que cette espèce appar¬
tenait au genre Tinna.
Au Maroc nous avons recueilli deux espèces nouvelles : Tinna
maroccana qui existe en divers points du Sous et Tinna atlantis aux
confins de l’Anti Atlas et du Djebel Sarro (1). Enfin, Tinna Balboi a
été citée de Libye.
Menozzi a pris un individu de T. Balboi sous un tas de pierres.
Nous avons observé T. grassator, adultes et larves sur des plantes sè¬
ches dans le Mzab et dans les touffes d’alfa sur les Hauts Plateaux
entre Méchéria et Ain Sefra. T. maroccana se rencontre plutôt dans
les terrains à Euphorbia echinus et sous les pierres avoisinantes.
Lethierrya :
Le genre Lethierrya n’est représenté dans le monde que par
L. biskrensis Puton, localisé à Biskra, et présentant quelques affinités
avec des genres répartis en Amérique et en Asie.
(1) Ces deux espèces peuvent être comparées à T. grassator, T. Berlandi et
T. obockiana dont elles diffèrent surtout par les épines prothoraciques qui sont
nettement plus longues. Chez T. atlantis nov. sp., ces épines sont plus aiguës et
encore plus marquées que chez T. maroccana. T. Balboi semble différer des autres
espèces d’après la description et les schémas de l'article de Menozzi par l’apophvse
du pygophorc qui est bien moins échancréc.
Source : MNHN, Paris
17K
PAUL DISPONS.
Puton a indiqué que cet Insecte a été pris sous une pierre dans
un champ.
Tribu des Metapterini,
Metapterus et Ischnonyctes sont les représentants de la tribu en
Afrique Nord-occidentale.
Metapterus :
Ce genre n’est représenté que par une seule espèce, M. linearis
Costa dont l’aire de répartition dans la zone paléarctique s’étend du
Turkestan à l’Europe méridionale en passant par le Moyen Orient.
L’espèce a été signalée d’Alger ; il existe dans la collection Royer un
individu pris sur les bords de l’Harrach, rivière qui se jette dans la
baie d’Alger, à Maison Carrée, après avoir traversé la partie orientale
de la Mitidja.
Ischnonyctes :
En 1953, nous avons indiqué que ce genre n’est représenté dans
le monde que par une seule espèce I. barbarus (Lucas) qui comporte
plusieurs variétés de formes et de colorations. L’espèce décrite par
Scott en 1873 (/. corsicensis ) et celles décrites par Reuter en 1909
(/. pallipes et I. annulipes) sont à rapporter, soit à la forme typique
de l’espèce de Lucas, soit aux variétés.
La forme typique existe en Algérie et au Maroc. En Algérie, toutes
les variétés sont représentées y compris celles décrites de Corse par
Scott et de Sicile par Reuter. Ces Réduviides ne semblent guère
s’éloigner de la région littorale ou sublittorale.
Les biotopes des larves et des adultes comportent souvent des
enchevêtrements d’herbes sèches sur des talus ou des dunes littorales.
Lucas avait capturé le type de l’espèce en novembre sous les pierres
humides à Hippone. Nous avons rencontré aussi ces Réduviides sur
des sols recouverts de feuilles sèches au pied des eucalyptus ou des
cyprès, sous des feuilles tombées d’aloès, dans les joncs au fond d’une
petite mare desséchée et enfin dans un nid abandonné au sol.
n. — PIRATINAE.
La distribution des Piratinae est mondiale. La sous-famille est
représentée par de nombreux genres riches en espèces dans les régions
de l’Equateur et des Tropiques de l’Ancien et du Nouveau Monde.
Dans la région paléarctique les Piratinae remontent jusqu’en
Sibérie. On les trouve en Chine septentrionale et centrale, au Japon,
au Turkestan, en Perse, en Asie Mineure et au Moyen Orient. En
Europe, les trois genres existants sont diversement répartis, l’espèce
la plus septentrionale ne dépassant pas la latitude de la Rhénanie.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS UE L'AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
179
En Afrique nord-occidentale, nous retrouvons les trois mêmes
genres : Pirates, Cleptocoris et Ectomocoris.
Liste des espèces.
GENRE
me
Listrlbution
Pirates Serville 1831
taybridus(3copoli) 1763 .
striduluaCFabricius) 1787 ..
Algérie, Tunisie,iuaroc.
Algérie .Tunisie, lia roc.
Cleptocoris StSl 1862
chirsgra (Fabricius) 1803 .
strepitans strepitsns(Rambur)....
1842
etrepitana ruXipennia(Lucss)I849.
strepitans lugubris(Stâl) 1855...
strepitans niger(Wollaston)I858..
Feztan, Libye(? JuSsdère,
Algérie,Tunlsie,Maroc,
Algérie.Maroc,Libye.
Algérie .Tunisie ,u.aroc.
Madère.
Ectomocoris Meyr 1865
ululans(Rossi) 1790 .
feneatratus(Klug) 1830 .
luridus(Klug) 1830 .
Algérie,Tunisie,*eroc.
Libye.Mauritanie,
Algérie (?).
Pirates :
Ce genre est étranger au Nouveau Monde. Il est surtout paléarcti-
que. En Afrique, les Pirates sensu stricto n’existent pas en dehors de
la Berbérie. Il est à remarquer qu’aucun Pirates n’a été trouvé dans
les Iles de Madère, des Canaries et des Açores.
Les deux espèces qui existent en Afrique nord-occidentale ont été
pendant longtemps confondues. La séparation mal caractérisée de la
variété striduliis Fabricius de la forme typique hybridus n’avait pas
en général permis aux chercheurs et aux auteurs de distinguer nette¬
ment qu’il s’agissait de deux espèces bien distinctes.
En 1897, Horvàth se basant uniquement sur des caractères tou¬
chant à la coloration et à la taille avait tenté de séparer les deux Insec¬
tes en deux races. (Notes synonymiques sur les Hétéroptères. Rev.
d’Ent., 1897, XVI, p. 91). Royer avait également essayé de préciser
les caractères de ce que l’on considérait comme la variété stridulus
(Mém. Soc. Acad. Aube, LXXIII, 1909).
En 1873, Mulsant et Rev, ainsi que le soulignera le Professeur
H. Riuaut avaient eu l’intuition de différences importantes dans le
segment génital des deux espèces en décrivant P. ambiguus (Hist. Nat.
Punaises France. Reduv., p. 59). Par contre, Puton affirmait que pour
sa part, il estimait que les différences génitales signalées par Mulsant
et Rey n’étaient pas appréciables et donc à rejeter (Soc. Ent. France,
1874, p. 233). Ce n’est qu’en 1920 que Ribaut devait mettre en évidence
les caractères différentiels des deux espèces (Bull. Soc. Hist. Nat. Tou¬
louse, XLVIII, p. 35).
Ce court exposé historique a pour but de faire ressortir combien
Source : MNHN, Paris
PAUL niSPOKS.
il est difficile actuellement d’exploiter les divers catalogues, listes et
comptes-rendus de chasses ou de missions lorsqu’il s’agit de ces deux
Insectes. Les confusions ont dû être très nombreuses et certains ren¬
seignements ne peuvent être utilisés qu’avec doute.
En 1937, W. Stichei., dans ses « Illustrierte Bestimmungs-Tabel-
len der Deutschen Wanzen » donnait une répartition de ces deux
espèces :
P. hybridus : Allemagne (Bade, Bavière, Rhénanie, Wurtemberg),
France, Péninsule ibérique, Suisse, Autriche, Hongrie, Tchécoslovaquie.
Italie, Albanie, Grèce, Roumanie méridionale, Turquie, Syrie, Pales¬
tine, Algérie et Maroc.
P. stridulus : France, Espagne, Algérie et Maroc.
L’examen de nombreux exemplaires nous permet de dire qu’en
ce qui concerne l’Afrique du Nord, P. stridulus est l’espèce commu¬
nément rencontrée, alors que P. hybridus semble au contraire très
Dans les textes des divers auteurs on trouve les localités sui¬
vantes : Ferrari : Tunis (Doria), Sidi bou Saïd (Abd ul Kerimï ;
Lethierry : Teniet El Haad ; Royer : Ras Foughal ; Vidal : Timha-
dit (Bremond).
Remarquons que Ribaut dans l’étude citée plus haut n’a pas
signalé P. hybridus d’Afrique du Nord parmi les nombreux spécimens
étudiés par lui, par contre il cite P. stridulus de l’Algérie et du Maroc.
Horvàth dans sa note de 1897 considérait que l’aire de P. hybridus
devait s’étendre « de la partie orientale de l’Europe en partant de
l’Autriche jusqu’en Transcaucasie et en Asie Mineure », mais il citait
aussi l’Insecte d’Italie ; l’aire de P. stridulus devait comprendre « sur¬
tout la partie occidentale de la région paléarctique (France méridio¬
nale, Algérie) », cependant cet auteur signalait également l’Insecte de
Syrie.
En Berbérie, l’examen de la distribution fait ressortir des aires
de répartition assez voisines pour les deux espèces qui s’éloignent peu
vers le sud, P. hybridus n’étant représenté que par des éléments spo¬
radiques du Moyen Atlas marocain au littoral du nord de la Tunisie
avec des hiatus importants, telle que la lacune de l’Ouarsenis à la
région de Tunis. Par contre, l’aire de P. stridulus est bien mieux ja¬
lonnée.
P. stridulus peut s’observer toute l’année surtout dans les lieux
humides, à proximité des ruisseaux sous les pierres, au pied des arbres
(eucalyptus, platanes, frênes, peupliers). Lucas l’a pris sous les écorces
de chênes-liège.
On le trouve en plaine et en montagne où il se rencontre à des
altitudes voisines de 2.000 mètres. Il a été signalé du Moyen Atlas par
J. P. Vidal. Nous l’avons recueilli dans l’Akouker en grande Kabvlie
aux abords de petits étangs et dans le Grand Atlas dans les environs
du Tizi N’Test.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
181
Cleptocoris :
Les Cleptocoris vivent surtout dans les régions chaudes d’Asie et
d’Afrique. Le genre n’existe pas en Amérique. Dans la région paléarcti-
que plusieurs espèces se répartissent au Japon, en Chine, en Russie
orientale jusqu’en Sibérie (Vallée de l’Amour).
Les deux espèces peuplant l’Afrique nord-occidentale ont des aires
fort étendues, mais différentes.
C. strepitans Rambur se rencontre en Grèce, en Albanie, en Italie,
en France, dans la Péninsule ibérique, en Egypte, en Afrique équa¬
toriale et tropicale jusqu’au Zambèze, à Madagascar et à la Réunion.
En Afrique nord-occidentale son aire s’étend de Tanger à Tunis
et on retrouve l’espèce aux Canaries. La variété rnfipennis cohabite
avec la forme typique mais alors que celle-ci limite son aire au point
méridional extrême de Biskra, la variété s’éloigne vers le sud dans
l’Oued Rhir, un peu au nord de Touggourt, et dans le désert de Libye
à El Giof (Oasis de Koufra). La variété niger existe, d’après W. E.
China, à Madère où elle est très rare (I).
C. chiragra Fabricius se rencontre dans la Péninsule ibérique, en
Grèce, dans les Canaries et à Madère. L’espèce n’a été observée en
aucun point du Maghreb ni de ses prolongements sahariens. A. Vil-
liers cite ce Réduviidé du Fezzan et de Bergevin déterminant un
Piratinae de Haret el Hafun dans le Désert de Libye a indiqué qu’il
s’agissait peut-être de C. chiragra, mais il a cependant rapporté avec
doute l’Insecte examiné à Ectomocoris fenestralus (Klug).
Ce Cleptocoris se retrouve ensuite en Egypte, au Soudan égyptien,
en Ethiopie et dans la région du Tchad.
Les Cleptocoris recherchent les terrains humides, on les rencontre
souvent à proximité des cours d’eau. De Bergevin a pris C. strepitans
le long du canal de dérivation de l’Oued el Hamman près de Dublineau
ainsi que dans les environs du Lac Fetzara. Alluaud et Jeannel l’ont
recueilli dans la Région du Lac de la Senia près d’Oran et Lesne dans
les marais de Reghaïa. A Reghaïa, nous l’avons pris également dans
la partie boisée de cette localité. Il vit parfois très près du rivage de
la mer, nous l’avons capturé au Cap Djinet et au voisinage de l’embou¬
chure de l’Oued Beni-Messous.
A. Yieliers a indiqué que C. strepitans se cantonne surtout dans
les savanes et évite les zones forestières. Cet Insecte se trouve habi¬
tuellement sous les pierres ; nous l’avons aussi recueilli dans les
herbes au bord d’un ruisseau près de Iveddara, dans les roseaux au
fond d’une mare desséchée en Kabylie au pied de talus, sous une bouse
sèche dans les environs de Biskra (probablement en quête de copro-
phages), au pied de tamarix à Orléansville. China indique que la va¬
riété niger a été prise sous les feuilles mortes à Madère.
(1) Cette variété a été décrite comme espèce par Wollaston (Ann. Mag. Nat.
Hist.. 3. p. 123, 1858). Le catalogue Lethierry et Severin porte cette espèce comme
synonyme de C. strepitans avec un point d’interrogation. Oshanin ne la mentionne
pas dans son catalogue de 1912.
Source : MNHN, Paris
182
PAUL DISPONS.
Les larves et les nymphes se rencontrent très souvent en compa¬
gnie des adultes.
Ectomocoris :
Comme les Pirates et les Cleptocoris, ce genre est propre à l’An¬
cien Monde. Il est représenté en Chine, dans l’Inde, en Indo-chine, en
Malaisie, dans l’archipel de la Sonde, au Turkestan, en Iran, en Russie
orientale et méridionale, en divers points du Bassin méditerranéen et
en Afrique équatoriale, tropicale et australe.
Deux espèces se rencontrent en Afrique nord-occidentale, E. ulu¬
lons (Rossi) et E. fenestratns (Klug), et peut-être E. luridus (Klug) (1).
E. ululons est distribué depuis le Turkestan et le Caucase jusqu’à
la Péninsule ibérique en passant par l’Asie Mineure, le Moyen-Orient,
l’Egypte et la Sicile.
En Afrique nord-occidentale la distribution de ce Réduviide s’ins¬
crit d’abord suivant un tracé discontinu qui se développe de Maison-
Carrée à Matmata aux abords septentrionaux du Massif de l’Ouarsenis,
dans la vallée de l’Oued Deurdeur (2). On retrouve ensuite l’Insecte
dans le Hodna, à Barika, à Aïn Touta (Mac Mahon), à Biskra, dans
le sillon de l’Oued Rhir, dans la Daïa de Tilrempt (au nord de Ghar-
daïa) et à Tarhit dans le grand Erg occidental. E. ululons a été pris
encore à Laghouat, Oujda, Sidi Bel Abbés, Perrégaux.
Au cours d’une prospection sur les bords du Bas-Cheliff, un de
mes coéquipiers a vu cette espèce sur les Tamarix. Enfin l’espèce n’a
été capturée qu’une seule fois en Tunisie par Miceli à Dar el Bev
(Enfidaville) à quelques kilomètres du rivage du Golfe d’Hammamet.
L’aire de E. fenestratns se développe d’ouest en est, du Sénégal
et la Sierra Leone iusqu’à la Somalie en passant par le Soudan, le
Togo, le Niger, le Kordofan et l’Ethiopie. E. fenestrotus vit encore
dans les Iles Canaries et les Iles du Cap Vert. Enfin nous le rencon¬
trons aux confins méridionaux de l’Afrique nord-occidentale, Agamoun
et Hamdoun en Mauritanie, Agadez au sud-ouest de l’Aïr et l’oasis
de Koufra dans le désert de Libye (El Giof).
La citation d’Haret El Hafun dans la même oasis doit être dou¬
teuse, De Bf.rgevin ayant déterminé cet Insecte avec les réserves indi¬
quées plus haut pour Cleptocoris chiragro.
Les Ectomocoris vivent sous les pierres ou volent sur les plantes
en quête de proies. Nous avons pris E. ululons en bordure du Grand
Erg occidental à Tarhit ; il s’agissait d’une femelle blottie dans une
fissure du sol, sous un gros bloc de pierre profondément enfoncé dans
fl) Dans la collection De Behgevin fMuseum «le Paris), un exemplaire <■? <1 ’Ec¬
tomocoris luridus (Klug) est étiqueté « Djama ». S’agit-il de la localité située à
Quelques kilomètres au nord de Tougaourt ? Klug a décrit E. luridus d’Eeypte
(Nubie : Ambukohl). Cette espèce est d’ailleurs très voisine de E. dichrous (Stal)
dont elle ne diffère pratiquement pas.
(2) L’étiquette de l’Insecte de cette localité examinée au Muséum National
d’Histoire Naturelle de Paris porte : «Weiss : Matmata (Algérie)». On ne peut
donc confondre avec la localité du même nom existant dans le Sud-tunisien.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DH L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
183
la bouc humide de l’Oued Zousfana. De Bergevin a capturé E. ululons
à la lumière à Sidi Bel Abbés. On rencontre des individus microptères,
les élytres atteignant à peine le milieu de l’abdomen.
m. — HARPACTOR1NAE.
Famille cosmopolite comportant de nombreux genres se rattachant
à deux groupes qui se distinguent par la présence (affinité Coranus)
ou l’absence d’un petit tubercule mésopleural (affinité Rhinocoris ) ;
ces deux groupes sont également représentés dans toutes les parties
du monde.
En Afrique nord-occidentale le plus grand nombre des genres se
rattache au groupe des Rhinocoris ; seuls Coranus et Nagusta repré¬
sentent les Réduviides de l’autre affinité.
Amphibolus :
Ce genre s’étend de l’Arabie au Maroc en passant par la Syrie
et l’Egypte. On le retrouve ensuite en Afrique orientale et australe.
A. vcnator Klug a été cité d’Algérie sans précisions, cette espèce se
rencontre encore en Egypte, Somalie, Arabie et Syrie. La répartition
de A. mourus Reuter est inconnue, Reuter l’avant cité d’Afrique sans
autre indication. Les sept autres espèces d’Afrique nord-occidentale
sont des endémiques. L’aire d 'Amphibolus beduinus Puton s’étend
du Maroc orientai à la Tunisie, sa limite septentrionale d’Oujda au
sud des Monts de Tebessa s’alignant sur la partie méridionale du Pla¬
teau du Sersou (Chellala) et la dépression du Hodna ; au sud, l’aire
se limite au versant septentrional de l’Atlas saharien (1).
A. Kerimi (Reuter) était connu jusqu’à présent seulement de la
Berbérie sud-orientale (Aïn el Hadjel, Biskra, Oued Rhir, Metlaoui,
Kairouan). Nous avons retrouvé cette espèce dans la région désertique
de Safsafat près de Guercif dans le Maroc oriental.
Le plus excentrique représentant du genre, A. maroccanus Dispons
se rencontre dans le Sous.
Les Amphibolus affectionnent les régions subdésertiques, sans
cependant s’éloigner profondément dans le Sahara. Les auteurs n’ont
donné aucune indication sur la biologie de ces Réduviides. Nous avons
rencontré A. Kerimi aux abords d’un petit affluent du Msoun dans
les steppes de Guercif, et A. imperialis Dispons au voisinage de l’Oued
Tibhirfne dans l’Aurès. Dans le Sous, nous avons pris A. maroccanus
en terrain très rocheux dans un lieu où croissaient les arganiers et des
(1) Chez Amphibolus beduinus le conncxivum est généralement plus ou moins
taché de jaunâtre ou de roux orangé, parfois il est entièrement noir (var. ulratus
nov.1. La coloration du corps semble également pouvoir varier. Nous rattacherons
jusqu'à plus ample information à cette espèce la forme que nous avons désignée
sous le nom de .4. purpuralus en la considérant comme variété de .4. beduinus.
Source : MNHN, Paris
184
PAl'I. DISPONS.
euphorbes cactoïdes. Enfin ,4. Francoi Dispons et .4. Cambei nov. sp. (1 )
ont été recueillis dans les Monts du Zab, sur les bords de l’oued Sa-
douri, l’un au pied des herbes, l’autre sous les pierres.
(1) .4. Cambei nov. sp. diffère de .4. niaurus et A. beduinus par sa taille plus-
faible (10 mm) et par la villosité argentée qui recouvre le sternum, une partie
du pronotum et la totalité des cories. Cette espèce diffère de A. maurus par la lon¬
gueur du premier article des antennes qui est aussi long cjue la tête ; elle diffère
de .4. beduinus par le deuxième article des antennes qui est aussi long que le
troisième article et égal aux trois quarts du premier article. Algérie : Monts du
Zab. Celte nouvelle espèce est dédiée à M. Aimé Cambe, d’Hussem-Dey.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DR Vf FRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
185
La larve et l’adulte de A. beduinus se rencontrent dans les buttes
d’alfa en terrain sableux et nous les avons trouvés avec Coranus angu-
latus, des Scorpions, des ('arabiques et divers Hétéroptères.
Paramphibolus :
Ce genre disséminé sur divers points de l’Afrique centrale et
sud-orientale, est représenté en Afrique nord-occidentale par une seule
espèce, P. pnsillus Reuter, qui existe à Oujda Mostaganem, Ghardi-
inaou et Biskra.
De Bf.rgevin a pris ce Réduviide sur Ru la graveolens dans le
Djebel Diss au mois d’avril.
Vachiria :
Le genre Vachiria comprend une dizaine d’espèces à distribution
steppique ou désertique.
La plupart des espèces actuellement connues se répartissent de
la Russie sud-orientale au plateau désertique du Sin-Kiang (Crimée,
Source : MNHN, Paris
186
PAUL DISPONS.
abords de la Caspienne, Caucase, Oural, Iran, Turkestan russe et chi¬
nois». Seule V. nntolica Stal présente une large distribution occidentale
puisqu’elle s’étend de l’Asie Mineure à l’Espagne et au Portugal en
passant par l’Egypte, la Libye, le Fezzan et l’Algérie.
En Algérie, cette espèce se trouve en plusieurs points du Sud-
algérien (Biskra, Laghouat, Colomb-Béchar). Il semble qu’il existe plu¬
sieurs sous-espèces ou races. Dans la région de Djelfa, d’après Reuter
existe une espèce différente, V. pallidispinis ; cette espèce a été mise
en synonymie avec V. natolica par Poppius, suivi par Oshanin dans
son catalogue ; on peut considérer provisoirement que la description
de Reuter se rapporte à une variété de V. natolica (1). En dehors de
l’aire qui vient d’être citée, V. natolica présente une localisation qui
paraît de prime abord surprenante puisqu’elle se rencontre dans la
basse vallée du Chéliff où De Bergevin l’a recueillie à plusieurs
reprises de 1907 à 1914 ; nous reviendrons plus loin sur cette localisa¬
tion au cours de la discussion biogéographique.
Dans des notes inédites. De Bergevin marquait quelques diffé¬
rences entre les individus recueillis à Pontéba dans la basse vallée du
Chéliff et ceux qu’il avait pris dans la région de Biskra, ceux-ci étant
« beaucoup plus pâles, plus épineux, plus squamuleux ». D’autre part
cet auteur rapportait certains individus d’Orléansville à V. deserta
(Beck) (2).
Nous avons recueilli dans l’Aurès, des individus ne répondant pas
exactement aux caractères de l’espèce typique.
Vachiria natolica semble vivre plus particulièrement sur les Tama-
rix. De Bergevin a pris également ce Réduviide sur les herbes sèches
(Pontéba) et sur des touffes de graminées (Orléansville).
D’après Poppius les autres espèces (sauf V. Oshanini Poppius) ne
vivraient pas sur les tamarix ce qui détruirait toute hypothèse homo¬
typique concernant ces Insectes. Cet auteur écrit en effet. « ist es
« nicht unwahr scheinlich, dass auch die anderen ebenfalls sich zu
« derselbcn Pflanze halten und dass somit ihre Verbreitung mit der-
« selben der Tamarix mehr oder weniger zusammenfâllt ».
Rhinocoris :
Ce genre est représenté par de nombreuses espèces dans l’Ancien
Monde.
Dans le Nouveau Monde il n’est connu que par deux espèces, l’une
spéciale aux U.S.A., l’autre est une espèce sibérienne retrouvée en
Alaska.
Les Rhinocoris sont très répandus sur le continent africain.
Le nombre d’espèces connues existant en région paléarctique est
actuellement voisin de quarante. Sur ce nombre, R. erijthropus (L.) est
la seule espèce commune à diverses contrées d’Europe et au Maghreb.
(1) La mise en synonymie de V. spinosa (Bolivar) d’Espagne avec V. natolica
par Poppii-s reste également sujette à caution.
(2) U. deserta (Beek) = V. spinosa (JakowIcIT), d’après Poppius.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 187
Les deux autres espèces d’Afrique du Nord sont des endémiques très
localisées.
Avec l’Egypte, la Berbérie constitue la limite méridionale de l’aire
de R. erythropus. Cette espèce ne se rencontre plus en Algérie au delà
du Tell, et au Maroc au delà du Moyen-Atlas et des contreforts occi¬
dentaux du Haut et de PAnti-Atlas ; dans ce dernier massif nous
l’avons prise au voisinage du col de Tizi-Tiftififft. La localité la plus
méridionale du Maroc où nous l’avons capturée est Tiznit. En Tunisie,
l’Insecte existe jusque dans la région du Cliott el Djerid (Tozeur).
Fabricius a décrit sous le nom de Reduvius mourus et tibialis en
1775 et 1803, un même Insecte cité à nouveau par Stal sous le nom de
Rhinocoris mourus (F). Aucun caractère ne permet de distinguer ce
Réduviide de R. erythropus (L.), Insecte qui est sujet à de très nom¬
breuses variations de couleur aussi bien sur les élytres que sur les
membres qui présentent toute la gamme du sombre au clair. Puton
présumait que R. mourus (F.) pourrait être Sphedanolestes Perrisi
(M. R.) = sanguineus (F.) ce qui démontre combien l’identification
peut en être incertaine. En définitive, les citations de R. mourus par
Fabricius (Alger), Stal et Puton (Sicile et Algérie) et par Ferrari
(Abd ul Kerim : Tamerza et Tozeur) doivent être considérées comme
se rapportant à R. erythropus.
Parmi les endémiques nous trouvons : une espèce occidentale,
R. lineaticornis (Reuter), à Tanger, Rabat et Tlemcen et une espèce
orientale, R. Krügeri Menozzi en Cyrénaïque.
Les Rhinocoris se rencontrent en général dans les lieux ensoleillés.
Ils chassent sur les plantes des proies de toutes les espèces, souvent
plus volumineuses qu’eux. Agiles, ils volent rapidement. R. erythro¬
pus affectionne particulièrement les plantes du genre Inula sur les¬
quelles la femelle dépose souvent ses pontes. Nous avons pris égale¬
ment cette espèce sur Euphorhia echinus à Tiznit.
Sphedanolestes :
Le genre Sphedonolestes est répandu en Asie, Afrique, Océanie et
Europe méridionale. On ne le rencontre ni dans le nord et le centre de
l’Asie et de l’Europe, ni en Amérique.
Source : MNHN, Paris
188
PAUL DISPOXS.
La répartition géographique du genre présente en général une ten¬
dance littorale ou sublittorale. Les espèces dont l’aire s’étend vers l’in¬
térieur des terres recherchent des biotopes en milieux humides, her¬
beux ou forestiers, souvent au voisinage des fleuves ou rivières et des
étendues d’eau (lacs, mers intérieures).
Dans le Bassin méditerranéen, les espèces sont diversement répar¬
ties dans le sud de l’Europe (Péninsule ibérique, France méridionale,
Italie, Grèce), en Asie et enfin en Afrique nord-occidentale.
Les deux espèces les plus répandues, S. sanguineus (Fabricius) et
S. lividignster (Mulsant et Rey) et leurs variétés ont une répartition
plutôt occidentale à l’intérieur du Bassin méditerranéen.
L’aire de S. sanguineus et de ses variétés s’étend des Monts de
Khroumirie (Massif d’Aïn Draham) au littoral oranais, les stations les
plus méridionales à citer étant Tizi Reniff, Boghni et Fort-National en
Grande Kabylie et Hammam Righa entre les Djebel Zaccar et Nador ;
ce Réduviide a été également cité de divers points du Maroc.
S. sanguineus, forme typique, est noir avec trois petites taches
jaunes sur la tête. Pronotum et scutellum sans taches, connexivum
rouge taché de noir sur la partie proximale de chaque segment, ster-
nites rouges fortement rembrunis sur les côtés.
La variété albiventer (Rey) qui existe en Europe sud-occidentale
(Espagne : nouvelle Castille, France : Provence) se rencontre en Algé¬
rie dans l’Algérois et le Constantinois ; elle diffère de la forme typique
par le connexivum qui est jaune-ivoire taché de noir et les stérilités
qui sont jaunes rembrunis sur les côtés.
La variété Perrisianus (Puton) diffère de la précédente par les
sternites qui sont entièrement noirs ; cette variété connue de Provence
et de Corse se trouve au Maroc (Grand Atlas) et en Algérie orientale.
D’autres variétés se rencontrent encore en Berbérie :
Var. numidicus nov. — Diffère de la forme typique par l’apex du scu¬
tellum qui est taché de jaune.
Var. algiricus nov. — Diffère de la forme typique par le pronotum por¬
tant une fine bordure rouge sur sa marge postérieure et par l’apex
du scutellum taché de jaune.
Var. mauritaniens nov. — Diffère de la forme typique par le connexi-
vum qui est jaune et noir, le pronotum bordé de jaune sur sa
marge postérieure et par l’apex de scutellum qui est taché de
jaune.
S. lividignster et ses variétés s’étendent également depuis Aïn
Draham jusqu’au Maroc d’où il est cité du massif des Béni Snassene
(Ras Foughal), de Meknès, de Ouezzan et de Tanger. En Algérie, cette
espèce a été signalée de Bône et de Teniet el Haad (station la plus méri¬
dionale).
S. lividignster, forme typique, est noir avec trois petites taches
sur la tête, les cories sont brunâtres ou rougeâtres à nervation plus
foncée, le connexivum jaune taché de noir, les sternites jaunâtres lar¬
gement tachés de noir sur les côtés, les pattes rouges variées de noir.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L'AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
La forme typique a été citée de l’Europe sud-occidentale (Portugal ;
Espagne : Estrémadure et Nouvelle Castille ; France : Provence ;
Italie péninsulaire et Sicile) et d’Asie Mineure. Hakan Lindberg l’a
signalée du Maroc (Tanger), W. Stichel l’a indiquée d’Algérie sans
autre précision.
Il semble qu’en Afrique du Nord les variétés de cette espèce soient
plus communes que la forme typique.
D’après la description de Puton, la variété atripes a les pattes
entièrement noires avec le ventre tantôt entièrement noir, tantôt flave
comme dans le type (1 ). Cette variété a été trouvée en Tunisie (Mayet
et Sedillot), en Algérie (Desbrochers des Loges), au Maroc (J. P.
Vidal, Bremond, Bleton). En Kabylie on rencontre des individus dont
le mélanisme semble plus poussé que dans la variété, les cories étant
complètement noires, alors que chez atripes décrit par Puton, celles-ci
restent plus claires que la nervation.
Une troisième espèce est spéciale au Maroc espagnol, S. riffensis
Vidal ; une dernière espèce existe en Espagne et au Maroc dans la
région d’Annoceur, S. Horvathi Lindberg.
Comble Rhinocoris erijtliropus, les Sphedanolestes semblent fré¬
quenter souvent les Inula sur lesquelles les femelles déposent parfois
leurs œufs. Sur les plantes ils se dissimulent derrière les tiges ou les
feuilles et s’envolent ou se laissent tomber à la moindre alerte. Leur
vol est vif, à démarrage rapide.
Rhapactor :
La seule espèce actuellement décrite, R. biparticeps Puton est
connue du Littoral tunisien et tripolitain (Sfax, île de Djerba et Tri¬
poli) et du Littoral mauritanien (Bir el Guerb).
En Afrique on retrouve cette espèce dans l’Aïr et en divers points
de la zone tropicale-nord (Sénégal, Guinée, Soudan, Dahomey).
Biologie inconnue.
Coranus :
Genre très répandu, spécial à l’Ancien Monde où il remonte au
nord jusqu’en Mongolie et Sibérie. Environ une vingtaine d’espèces
ont été décrites pour la région paléarctique.
En Afrique nord-occidentale, l’espèce la plus répandue, C. aegyp-
tius (Fabricius) se rencontre dans toute la Berbérie de Casablanca à
111e de Djerba. Elle existe sur le littoral el en montagne (Haut Atlas
marocain. Grande Kabylie, Aurès) ; on la retrouve à Djelfa et dans les
oasis à Bou Saâda, Biskra, Ghardala, Colomb-Béchar. G. aegyptius a
été cité des Oasis de Koufra et Siwa dans le Désert de Libye, mais il
n’a été signalé, ni du littoral de la Tripolitaine, ni de la Cyrénaïque.
(1) A. Puton, 1880. — Synopsis des Héiniptères-Hétéroptères de France, 3'
partie, p. 180.
MÉMOinES nu Muséum. — Zoologie, t. X. 13
Source : MNHN, Paris
PAUL DISPONS.
L’espèce étend son aire en Afrique tropicale du Sénégal à la Soma¬
lie en passant par le Tchad. Elle existe dans les Canaries (Gran Cana-
ria, Tenerife, Gomera) et à Madère. Cette espèce a une aire moins éten¬
due en Europe que C. subapterus (De Geer) qui, par contre, semble
rare en Afrique d’où il n’a été cité que de Tamerza et Tozeur en Tuni¬
sie par Ferrari.
C. tuberculifer (Reuter), voisin de C. subapterus et dont l’aire de
répartition est mal connue en Europe a été signalé au Maroc (Gharb,
Azrou). Une autre espèce C. Èepanoli Wagner a été décrite d’une seule
localité du Maroc espagnol.
C. niger (Rambur), qui existe dans la Péninsule ibérique dans les
îles de la Méditerranée, s’étend en Berbérie du Massif de Beni-Snassene
à Tunis. Il s’écarte peu de la zone littorale et sa présence à Biskra
paraît exceptionnelle (coll. Noualhier).
Sur ce premier groupe de cinq espèces, quatre ne s’écartent guère
d’une zone septentrionale se limitant au Haut et Moyen Atlas maro¬
cain, au Tell algérien et au Sahel tunisien, seul C. aeggptius s’éloignant
plus au sud.
L’Afrique nord-occidentale donne asile à un deuxième groupe à
habitat désertique ou steppique. C. angulatus Stal se répartit le long
du versant méridional de l’Atlas saharien des Monts des Ksour aux
Zibane (Aïn Sefra, Laghouat, Bou Saâda, Biskra), on le retrouve plus
au sud dans le Mzab, plus à l’est aux abords de Chott el Djerid (Tozeur)
et sur le littoral tunisien de Sousse à Gabès et dans les Iles Kerkennah.
C. angulatus est cité en dehors de cette aire de la plaine de Guercif au
Maroc et du Désert de Libye. Enfin nous avons recueilli cette espèce
sur les dunes littorales dans l’Azaghar, région du Sud-marocain con¬
finant le territoire d’Ifni ; les individus capturés sont généralement
plus sombres que ceux des autres lieux.
C. Chanceli, De Bergevin espèce voisine de C. angulatus dont elle
n’est probablement qu’une variété à coloration plus claire, vit dans les
Monts du Mouydir, le Hoggar et le Tassili N’Ajjer (Amguid), le Fezzan
(Ghât) et l’Oasis de Koufra (El Tallab). Cette espèce est encore citée
du Sénégal.
En 1870, Walker a décrit du littoral de la Mer Rouge (Harkeko et
Tajura), C. arenaceus. Il est très difficile de tirer un parti de cette
description. Puton a rapporté avec doute à cet Insecte un Coranus
recueilli à Suez par Simon en 1890. De Bergevin en 1932 a décrit du
Sahara (Mouydir) C. Kiritschenkoi, espèce qui doit s’apparenter à celle
qui a été vue par Wai.ker.
Aucun auteur n’avait plus rapporté à C. arenaceus Walker aucun
spécimen de Coranus jusqu’en 1950 où M. André Villiers dans « Con¬
tribution à l’Etude de l’Aïr » rectifiant les indications qu’il donnait
dans son ouvrage sur les Réduviides de l’Afrique Noire « considère
que deux individus classés jusqu’à présent « C. Kiritschenkoi » et
« originaires du Tibesti et de la région située entre l’Air et l’Adrar des
« If orras, sont à rapporter à C. arenaceus » qui est entièrement testacé
« alors que C. Kiritschenkoi présente des taches noires sur la tête.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
191
« dans les dépressions du lobe antérieur du pronotum et à la base
« des segments du connexivum ».
Cette distinction admise en attendant des précisions ultérieures, il
faut remarquer que les deux espèces ainsi définies semblent souvent
cohabiter et qu’elles sont très variables dans leur coloration. On les
rencontre en de nombreux points du Sahara de Colomb-Béchar au
Désert libyque, dans l’Erg Ech Chech, l’Erg Iguidi, le Ferran, le Mzab,
C. arenaceus existe également dans l’Aïr, le Tibesti, le sud du Hoggar
et la Mauritanie.
Citons enfin C. rugosicollis Puton, espèce de Biskra et C. zibanicus
Dispons connu actuellement du Mzab et de Biskra.
Les Coranus vivent dans des habitats divers. Certaines espèces
gîtent sous les pierres ou sous les plantes basses. C. aeggptius existe
aussi bien en terrain sec qu’en sol humide, nous l’avons pris sur le
littoral à quelques mètres de la mer, sur les Hauts-Plateaux au bord
d’un oued salé près de Djelfa (Oued el Melah), au pied des palmiers
à Ghardaïa. Par beau temps les Coranus se rencontrent souvent sur
les plantes. De Bergevin a pris C. niger sur les Carex et sur Cynodon
dactylon.
C. niger vit surtout dans des lieux humides. De Bergevin l’a cap¬
turé à proximité de plusieurs cours d’eau et des sources chaudes du
Hamma à Constantine. En Algérie, nous avons pris cet Insecte sous les
écorces de divers arbres à l’embouchure du Mazafran, sur les bords
de l’Harrach, dans le vallon du Corso, à Oued Smar et en Kabylie.
Nous avons recueilli C. nngulatus dans les dunes littorales du
Sud-marocain au pied des plantes et dans les steppes du Sud-algérien
surtout parmi les alfa. Dans le Mzab, C. arenaceus et C. Kiritschenkoi
vivent dans les buttes arénacées des drinn.
C. aeggptius existe en altitude. Lindberg l’a pris à 2.800 mètres
dans le Haut Atlas où nous l’avons également recueilli sur le versant
sud du Tizi N’Tichka. Nous avons capturé cette même espèce dans le
Djurdjura.
Les Coranus sont d’une vivacité moyenne. Chez certaines espèces
sahulicoles, comme C. arenaceus, l’envol est rapide surtout au soleil.
Naqusta :
Ce genre existe, dans l’Ancien Monde ; quelques espèces vivent
dans le sud-est de l’Europe, en Asie Mineure et en Egypte. De Berge¬
vin a cité N. Simoni Puton du Hoggar ; cette espèce existe également
en Egypte.
IV. — RHAPH1DOSOMINAE.
Les Réduviides de cette sous-famille ne vivent que dans l’Ancien
Monde d’où ils sont actuellement connus surtout de l’Afrique. Des es¬
pèces sont particulières à l’Inde et au Moyen-Orient.
En Afrique, la sous-famille est répandue du nord au sud, y com¬
pris Madagascar. Quatre genres la composent dont deux existent en
Afrique nord-occidentale, Rhaphidosoma et Vibertiola.
Source : MNHN, Paris
192
PAUL DISPONS.
Rhaphidosoma :
Ce genre comprend une vingtaine d’espèces dont la majeure par¬
tie est africaine.
Liste des espèces.
Rhaphidosoma
ceps Horvi
âth 1907.
us I9II
1 191*
Distribution
Algérie.Tunisie.
Cyrénaïque.
Air.
Vibe
Dallonii De Bergevln 1926
testacea Vidal 1937
Rungsl Vidal 1937
Hollande
rtlola Horvath 1907 cinerea
argentai
Horvath 1907
Bergroth 1922
ta Bergroth 1922
Tlbeati.
Maroc.
Algérie.
Algérie.
Tunisie.
Algérie.
En Afrique nord-occidentale, l’espèce la mieux connue, R. inermi-
ceps Horvath existe à Aïn Sefra, Laghouat, Bou Saâda, Kef ed Dor et
Maknassy ; l’habitat strictement steppique ou désertique de cet Insecte
qui, d’après ces localités, étend son aire au sud de l’Atlas saharien,
des Monts des Ksour aux Chotts Merouane et El Djerid, semble démenti
par sa présence dans le Massif de Ben Chicao au Nord de Berrouaghia
(Lepigre). En Algérie, se trouve une autre espèce à localisation saha¬
rienne, R. Hollandei nov. sp. de Beni-Abbès (1). Aux confins de l’Afri¬
que nord-occidentale, R. Dallonii De Bergevin, du Tibesti existe égale¬
ment dans le Tanezrouft, et B. Decorsei Jeannel, de l’Aïr, se retrouve
du Sénégal à l’Oubangui.
En Cyrénaïque, une seule espèce se rencontre sur le littoral, à El
Agheila, R. Bergenini Poppius qui a été décrite d’Egypte, du Désert de
Moriout. Au Maroc, trois espèces sont localisées, l’une à Goulimine R.
Rnngsi Vidal, l’autre dans la région du Dra, R. testacea Vidal, la der¬
nière, R. arganiae nov. sp., (2) dans le Sous.
(1) R. Hollandei nov. sp. Roux bordé de noir à pubescence blonde, brillante,
très courte ; cette espèoe diffère des autres Rhaphidosoma par le mésonotum arron¬
di postérieurement. Chez le mâle, le dernier tergite, beaucoup plus anguleux que
chez les autres espèces, est relevé brusquement suivant une courbe très marquée
donnant au profil supérieur un tracé très gibbeux. Cette espèce nouvelle est dédiée
à M. le Professeur André Hollande.
(2) R. arganiae nov. sp., présente une épine entre les antennes comme R. Ber-
gevini et R. Decorsei. Il diffère de R. Bergeoini par le deuxième article des antennes
plus court que le troisième, la tète moins sinuée derrière les yeux, le pronotum
plus long et moins gibbeux ; chez le mâle, le septième tergite se prolonge en une
corne moins relevée. Il se distingue de R. Decorsei par le lobe postérieur de la
tète qui n’est pas subeylindrique mais qui est rétréci en arrière. Maroc : Sous.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
193
En Egypte, De Behgevin a signalé que Rhapidosoma Bergevini se
trouve sur les Carthamus. En Algérie, nous avons recueilli ces Rédu-
viides sur l’alfa où ils sont très difficiles à apercevoir (Bou Saâda,
Laghouat) et au Maroc dans les forêts d’arganiers.
Vibeitiola :
Genre spécial à l’Afrique du Nord. Il comporte trois espèces rare¬
ment rencontrées, V. cineren Horvâth du versant méridional du Djebel
Amour (Brezina) et du sud des Zibane (Oumache), V. argentata Ber-
groth de Biskra et V. Ribauli Bergroth des environs de Tunis.
Biologie inconnue. De Bergevin a indiqué que V. cinerea avait été
prise aux abords des sources d’Oumache, près de Biskra.
V. — STENOPODINAE.
Sous-famille à répartition mondiale. Deux groupes sont représen¬
tés en Afrique nord-occidentale : l’un a les yeux transverses occupant
partiellement ou totalement la face inférieure de la tête ( Oncoceplm-
lus, Stirogaster), l’autre a les yeux circulaires ( Pggolampis, Sastra-
pndn). (Voyez liste des espèces p. 194).
Oncocephalus (1) :
Genre répandu dans toutes les parties du monde. Souvent très voi¬
sines, elles sont parfois difficiles à séparer les unes des autres. L’espèce
la plus répandue, O. pilicornis (Herrich-Schaffer), habite dans le sud
de l’Europe, de la Péninsule Ibérique au Caucase ; elle a été signalée
au Japon. En Afrique nord-occidentale les localités les plus méridio¬
nales d’où l’on peut indiquer actuellement ce Réduviide sont Laghouat
et Gafsa. A ma connaissance, le Sahel tunisien, le littoral de la Tripoli-
taine et de la Libye n’ont pas été cités dans la distribution de cet In¬
secte ; par contre ce Réduviide existe au Guidimaka mauritanien. Au
Maroc, O. pilicornis s’étend également jusqu’au Sous sur une bande
peu profonde, parallèle à la côte.
O. squalidus (Rossi) a une aire comprise seulement dans la zone
paléarctique et voisine de celle de O. pilicornis à l’intérieur de cette
zone. En Afrique nord-occidentale, on le trouve de Rabat à Tunis.
On ne l’a pas rencontré dans le Sud-marocain, en Algérie la station la
plus méridionale se trouve dans le Hodna et on l’a cité de Metlaoui
dans le Sud-tunisien ; il existe en Libye dans la région de Uadi Belga-
dir.
Moins commun que les précédents, O. acutungulus Reuter ne se
(1) L’examen de divers individus depuis la parution de ma note de 1950 sur
les Oncocephalus de l’Afrique du Nord me permet de considérer que certaines
formes brachyptères ou microptères citées doivent être rattachées, soit à O. Puloni
Reuter, soit à O. aculangulus Reut.. :N titre de sous-espèces ou de variétés. Il en
est ainsi de la forme curlipennis Reut. et de ses variétés à rapporter à O. Puloni
et des formes Yosseleri Reut. (= acutungulus punclus Disp.), allas Disp., agadi-
rensis Disp, à rattacher à O. acutangulus
Source : MNHN, Paris
194
PAUL DISPONS.
trouve qu’en Afrique du Nord et en Syrie ; ce Réduviide est répandu
en Berbérie, mais s’éloigne peu vers le sud ; on l’a cependant pris dans
le Djebel Amour.
Liste des espèces.
O. notatus Klug qui existe dans l’Inde, au Japon, aux abords de la
Mer Caspienne et de la Mer Noire et en Arabie a été cité de Biskra
(Puton) et de Tozeur (De Bergevin).
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
195
O. obsoletus (Klug), espèce du Soudan anglo-égyptien, citée de
Cyrénaïque, atteint l’est de la Berbérie par les Cliotts tunisiens et Bis-
kra et se retrouve à la limite orientale du Grand Erg occidental à El
Goléa ; A. Villiers l’a recueilli en 1947 dans l’Aïr et L. Berland et A.
Villiers en Mauritanie en 1948.
O. fascinlus Reuter est une espèce spéciale au Sahara. L’aire de ce
Réduviide s’étend de la région des Zibane jusqu’au sud du Hoggar
(entre In Guezzam et l’Aïr) ; à l’ouest où son aire semble discontinue,
on le retrouve encore en Algérie dans la vallée du Guir et de la Zous-
fana et au Maroc à Ksar es Souk. A l’est, l’Insecte a été signalé des
abords du Chott el Djerid (Tozeur), du Tassili des Ajjer (Fort Polignac)
et dans une station beaucoup plus éloignée, l’oasis de Siwa. Dans le
Hoggar. De Bergevin a décrit une variété aptenis. Remontant jusque
dans l’Aïr, nous citerons O. sahelensis Villiers, espèce soudanaise.
Les autres espèces sont des endémiques ; celle dont la répartition
est la plus étendue, O. Putoni Reuter limite son aire à l’ouest aux en¬
virons d’Alger et à l’est à Kairouan pour la Berbérie. On le retrouve
ensuite sur les portions humides du littoral de la Cyrénaïque jusqu’aux
abords de la Marmarique.
Le genre Oncocephalus est représenté encore en Afrique nord-occi¬
dentale par des espèces qui semblent être des reliques ; ce sont en effet
des espèces rencontrées rarement, souvent très localisées. (O. plumipes
Puton. O. tingitanus Dispons, O. Vaulogeri Montandon...).
Beaucoup d’espèces vivent sous les pierres (O. pilicornis, O. squa-
lidus). Dans le Djebel Bou Zegza, nous avons pris un individu d’O.
Putoni sous une pierre profondément enfoncée alors qu’il venait de
terminer sa mue nymphale ; à la lisière du Grand Erg occidental, à
Tarhit, nous avons recueilli O. fasciatus sous les pierres dans le ter¬
rain boueux de la Zousfana ; dans la plaine de Guercif, nous avons ren¬
contré O. ncutnngutus et O. pilicornis sous des pierres aux abords
d’une petite flaque d’eau.
Le pied des arbres et des plantes est également un refuge fré¬
quenté par ces Réduviides, O. pilicornis et O. squalidus y vivent sur¬
tout à l’état larvaire.
Les Oncocephalus se rencontrent à des altitudes variées. O. acu-
tangulus se trouve jusqu’à plus de 2.000 mètres dans l’Atlas maro¬
cain ; il existe également dans le Djurdjura.
Nous avons vu que certaines espèces (O. Putoni, O. squalidus)
s’écartent relativement peu de l’aire berbérienne alors que d’autres
ont un caractère nettement déserticole (O. fasciatus, O. obsoletus, O.
notatus). Par contre, en Algérie, O. plumipes s’étend du littoral de
Nemours à l’Atlas saharien, mais en recherchant des stations encore
humides (voisinage des Djebel Antar et Maktar).
La nuit, les Oncocephalus sont fréquemment attirés par les lumiè¬
res.
Source : MNHN, Paris
PAUL DISPONS.
196
Stirogaster :
Ce genre présente un caractère déserticole accentué. Deux espèces
existent en Afrique nord-occidentale, la troisième (S. Herzi Jakowleff)
vit en Iran.
S. Fausti Jakowleff, s’étend de l’Inde à l’Algérie en passant par
les contrées de la Caspienne ; son aire en Afrique nord-occidentale se
limite à la région des Zibane et au Mzab. S. desertoram Horvàth sem¬
ble plus méridional puisque sa limite septentrionale passe par Béni
Ounif et Ghardaïa, l’espèce s’étend ensuite dans le centre du Sahara
par El Goléa, le Hoggar et l’Aïr.
Pygolampis :
Ce genre répandu dans le monde comporte une espèce, P. biden-
lata (Goeze), rencontrée dans de nombreuses contrées d’Europe. Plu¬
sieurs espèces ont été décrites de diverses régions d’Afrique, mais au¬
cune n’avait encore été signalée d’Afrique nord-occidentale. L’espèce
nouvelle, P. Cortesae, existe en Grande Kabylie (1).
Sastrapada :
Ce genre est répandu dans les zones intertropicales de l’Ancien
Monde. En région paléarctique, une espèce répandue depuis l’Inde à
l’Espagne, S. Baerensprungi (Stal) existe en Berbérie de la Chaouia à
Tunis. Les citations de cette espèce sont sporadiques : au Maroc :
Fès, Boulhaut et Rabat ; sur le littoral algéro-tunisien : Alger, Corso,
Bône, Tunis, El Hanuna, Gourinc. Dans l’intérieur cette espèce a été
citée de Béni Ounif. Nous avons recueilli ce Réduviide en février dans
le vallon du Corso dans les débris de plantes échoués au pied d’un
arbre à la suite d’une inondation et en Grande Kabylie dans les herbes,
au bord d’un chemin creux.
VI. — ACANTHASPIN1DAE.
Cette sous-famille très nombreuse est répandue dans le monde
entier. On en trouve des représentants dans l’hémisphère boréal jus¬
qu’en Sibérie et dans l’hémisphère austral jusqu’en Patagonie et Tas¬
manie.
(1) /'. Cortesae nov. sp. Long. $ 14 mm. ; 5 16,5 à 17 mm. Noir. Tête robuste
à lobe postérieur subcarre, plus court que le lobe antérieur ; parties inférieure et
latérale du lobe postérieur portant de forts tubercules à bases coalescentes. Dans
les deux sexes les élytres sont courts, la membrane dépassant à peine la base du
septième tergite. Chez le mâle le septième tergite est trapézoïdal, à côtés latéraux
sinués, concaves, l’apex bien échancré. Algérie : Grande Kabylie.
P. Cortesae diffère de P. bidentata (Goeze) par la taille bien plus grande, la
coloration foncée, la tête beaucoup plus robuste et plus élargie, le pronotnm en
trapèze plus allongé les élytres raccourcis, la cellule discale interne des élytres
plus longue. Elle présente'quelque affinité avec P. pectinata Bergroth, mais en
diffère par les antennes plus longues, le pronotum plus allongé et à côtés moins
divergents en arrière et les pattes plus longues. Cette nouvelle espèce est dédiée
à Mlle Yvette Coûtes de Kouba.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 1»?
Les Acanthaspidinae ont été divisés en deux tribus, Cetherini Jean-
nel et Reduviini Jeannel.
Les Reduviini sont les plus nombreux et intéressent l’Afrique nord-
occidentale.
Liste des espèces.
Source : MNHN, Paris
198
PAUL DISPONS.
Reduvius :
Ce genre est particulièrement bien représenté en région paléarcti-
que, plus spécialement du Turkestan au Bassin Méditerranéen.
R. personatus L. est une espèce très répandue dans le monde puis¬
qu’elle existe en Amérique jusqu’au Canada, en Europe jusqu’en Scan¬
dinavie et également en Australie. Commune dans certaines régions
d’Europe en particulier en France, elle semble plus rare en Afrique
nord-occidentale. L’espèce a été signalée sporadiquement aussi bien
sur le littoral qu’à l’intérieur d’où on peut la citer de Geryville, Lam-
bèse et Gafsa pour les localités les plus méridionales. Elle a été égale¬
ment signalée de Cyrénaïque.
Une espèce extrêmement voisine de R. personatus a été décrite
d’Afrique du Nord, R. diabolicus De Bergevin. Alors que R. personatus
est une espèce domestique qui se rencontre presque essentiellement
dans les maisons, R. diabolicus vit dans la nature. De Chancel l’a pris
dans l’Akfadou en Grande Kabvlie, Pallary dans le Haut Atlas dans
la région de Telouet ; nous l’avons recueilli en Kabylie, dans la vallée
du Sebaou.
Deux espèces se partagent la région berbérienne, chacune occu¬
pant une partie du territoire, la zone d’interpénétration des aires des
deux espèces étant réduite au quadrilatère Ras Foughal, Oujda, Lalla
Marnia, Nemours. R. uillosus Fabricius présente une répartition cen¬
trale et orientale (1) alors que l’aire de R. annulipes Reuter est occi¬
dentale (2). R. uillosus est très répandu sur une aire limitée à l’ouest
par le Massif des Béni Snassene et la plaine de Tafrata et à l’est par
le littoral tunisien entre le Cap Gamarl et le Golfe de Hammamet. La
limite méridionale de cette aire s’aligne sur les steppes de Guercif, le
nord du Sersou, les pentes méridionales de l’Ouarsenis, la plaine des
Arib avec une pointe sur le Hodna (Aïn Khermane), les monts de Batna
et le versant septentrional de la Dorsale tunisienne. Par contre R. an¬
nulipes se rencontre dans le Sous, en divers points de la zone litto¬
rale occidentale de l'Atlantique jusqu’à Tanger, dans la région de
Marrakech, le Haut Atlas, la plaine des Angad ; la station la plus
orientale où nous avons recueilli cette espèce se situe sur les coteaux
dominant le littoral de Nemours. De Peyerimhoff comparant les fau¬
nes coléoptérologiques du Maroc et de la Numidie oppose les « coléoptè¬
res ihéro-marocains aux tyrrhéno-numidiens » ; il considère que les
« tyrrhénidiens sont tous frappés d’arrêt à l’ouest, la plupart dès
l’Algérie centrale ». Bien que cette constatation ne soit pas valable en
général pour les Réduviides, elle semble s’appliquer à R. uillosus en
ce qui concerne sa progression vers l’ouest du Maghreb. A titre d’exem¬
ple P. de Peyerimhoff cite Dorcus Musimon de Sardaigne, de Tunisie
et d’Afrique orientale opposé au Dorcus parallelipipedus européen qui
(1) En dehors de la Berbcrie. R. villosus existerai! en Espagne (Algéciras :
Puton) et en Sicile (Ragcsa), stations qui seraient à vérifier.
(2) Dans la collection De Beroevin au Muséum de Paris, un seul individu de
R. annulipes est pourtant étiqueté «Bougie».
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
199
se retrouve en Berbérie, seulement en Tingitane et dans le Moyen
Atlas. Peut-on considérer que le cas de R. villosus et R. annulipes s’ap¬
parente à celui des deux Lucanidae, compte tenu de ce que R. annu¬
lipes n’existe qu’en Berbérie ?
Trois Reduvius vivent dans des régions de transition, leur habitat
s’étendant souvent sur des zones subdésertiques : R. carinatus Reuter,
R. Putoni Reuter et R. Mayeti Puton. Les aires des deux premières
espèces sont très fragmentées : R. carinatus s’étend de la région des
Grands Chotts tunisiens jusqu’au sud du Massif des Ouled Naïl avec
des représentants dans le Souf et l’Oued Rhir, sur le littoral oranais,
la plaine de Guercif et quelques points du littoral de l’Océan Atlan¬
tique ; R. Putoni se rencontre de Tripoli au Sous avec des représen¬
tants au sud du Hodna, sur les Hauts Plateaux entre le Chott Ech
Chergui et les Monts des Ksour et dans le Haut Atlas marocain.
R. Mayeti est nettement oriental à l’intérieur de la Berbérie, l’espèce ne
s’éloignant à l’ouest que jusqu’à Barika dans le Hodna et la Daïa de
Tilrempt au nord du Mzab, ce Reduvius semble assez commun dans
le Sahel tunisien jusqu’à la plaine de l’Arad.
Reduvius Jakowleffi Reuter qui existe sur le tittoral syrien et à
Chypre a été retrouvé dans l’Oasis de Siwa, aux confins orientaux de
l’Afrique nord-occidentale.
Les cinq steppicoles ou déserticoles suivants sont des endémi¬
ques : R. maroccanus Vidal du Sud-marocain, R. Harterti Horvâth de
la vallée de l’Oued Mya, R. Bcrgevini nov. sp. (1) de Djanet, R. tibesti-
nus Villiers de la vallée du Misky dans le Tibesti, R. biplagiatus Vil-
liers, de l’Aïr. On possède peu de renseignements sur ces espèces.
Cinq autres espèces ont une large distribution en dehors de l’Afri¬
que nord-occidentale. Trois d’entre elles, d’origine éthiopienne, ont
étendu leur aire vers le nord : R. minutus (Reuter), R. tabidus (Klug)
et R. Montandoni Reuter. La première existe en Afrique nord-occi-
. dentale, d’une part au sud dans l’Aïr et à l’ouest en Mauritanie,
d’autre part dans un îlot restreint du Golfe de Gabès à Tozeur à
l’est du Choit el Djerid ; on la retrouve dans l’Oasis de Siwa, au
nord du Désert libyque. La deuxième, étendue du Soudan au Tchad
poursuit son extension d’une part vers l’ouest où on la retrouve
en Mauritanie et sur le versant sud-oriental de l’Atlas et d’autre part
vers le nord du Sahara en passant par l’Aïr, le Hoggar, le Mzab jus-
(I) Il s'agit d’une espèce représentée au Muséum de Paris par un seul indi¬
vidu (le type) sous l'étiquette de H. itmoenus. Elle semble n’avoir jamais été
décrite par De Beroevin. Le nom de Reduvius amoenus a déjà été employé en 1S25
par Lepei.etier et Sehvillb pour désigner un Sphueridopinae du Brésil, actuelle¬
ment Sphaeridops amoenus (l.epcletier et Servillc). Nous proposons que ce Rédu-
viide porte le nom de Reduvius Rergevini. Cette espèce peut être rapprochée de
R. Mayeti Puton et de R. targui Villiers. Elle se distingue de Mayeti par la tête
qui est noire, par ses ocelles plus petits, par le lobe antérieur du pronotum plus
foncé, par les élytres portant une bande longitudinale brune, confuse, par la fosse
spongieuse un peu plus longue, par la taille plus faible (13 min). Targui se dis¬
tingue de cette espèce ainsi que l’a indiqué M. A. Vili.iers (Red. Afrique Noire,
p. 2751 par ses ocelles plus petits et sa longue pubescence (amoenus est entièrement
glabre en dessus). Sur l’étiquette. De Bf.rokvin a indiqué que l'Inscctc avait été
pris par le D r Foi.ey à Djanet dans le Tassili.
Source : MNHN, Paris
200
PAUL DISPONS.
qu’au Hodna, l’aire se continuant à l’est par l’Oued Rhir, les Chotts
et le Golfe de Gabès jusqu’en Tripolitaine. Cette aire relativement
continue doit être ensuite très fragmentée puisque l’espèce a encore
été signalée du Turkestan. Enfin R. Montandoni Reuter, citée de l’Air
oriental existe au Sénégal et dans la région du Tchad.
Les deux dernières espèces, R. pallipes Klug et R. testaceus (Her-
rich-Schaffer) se retrouvent aux confins de la région centralasienne.
R. pallipes qui existe en Iran et dans les steppes du Turkestan s’étend
sur le Moyen-Orient et le sud de la Péninsule balkanique, se prolonge
sur l’Arabie, l’Egypte, le Désert libyque, le Fezzan. Le triangle Gafsa,
Biskra, Touggourl semblait être l’avancée la plus occidentale de l’aire
de ce Réduviide, mais l’espèce a été prise en 1950 par M. Franklin
Pierre dans la région d’Ougarta au sud de Béni Abbés. R. testaceus
qui se répartit de l’Inde à l’Egypte n’a été cité que de Biskra.
Nous avons observé la larve de R. villosus, parfois en nombre,
sous les écorces de divers arbres, surtout au pied des eucalyptus. Nous
avons recueilli la nymphe isolée de R. diabolicus dans le même habi¬
tat. Beaucoup de larves vivent sous les pierres ou dans les fissures du
sol où elles utilisent les poussières et débris pour masquer leur corps ;
elles y effectuent leurs mues et l’on retrouve parfois les dépouilles
ecdysiales encore fixées aux aspérités.
Au Maroc, R. annulipcs se rencontre souvent sous les pierres en
compagnie de colonies de Forficula auriciilaria L. Il est probable que
dans la nature le Réduviide peut se nourrir de cet Orthoptère (en
captivité R. annulipes accepte les Forficules comme proies, mais sa
nourriture bien entendu est loin d’être exclusive).
La larve de R. pallipes a été recueillie par Heim de Balsac dans
une grotte du Djebel Ben Younès, sous les pelotes de Tito alba alba
où elle semblait se nourrir de larves de Tinéides à fourreau ; cette
larve que nous avons pu élever jusqu’à sa transformation en adulte
se recouvre également de débris. Dans le Sud-marocain nous avons eu
l’occasion de prendre R. carinatus dans une crevasse de six à sept
mètres de profondeur.
Certains Reduvins existent en altitude ; nous avons recueilli
R. villosus en Algérie dans le Djebel Bordjem, au col de Telmet à
1800 mètres et R. annulipes au Maroc dans la région de Tizi N’Test
à 2000 mètres.
La nuit, les Reduvins sont souvent attirés par la lumière artifi¬
cielle.
Pseudoreduvius :
Genre à répartition saharienne et soudanaise, représenté par une
seule espèce, P. armipes (Reuter), signalé sporadiquement du Mzab
au Tchad en passant par El Goléa, In Guezzan et l’Aïr.
Biologie inconnue.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L'AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
201
Pasira :
Genre répandu en régions orientale et éthiopienne et dans la
partie sud-orientale et méridionale de la Région méditerranéenne. Une
seule espèce existe en Afrique nord-occidentale, P. basiptera Stal. On
la rencontre au Maroc, en Algérie, en Tunisie (Tunis) et en Mauritanie
(Mederdra). En Algérie, on peut la citer de Biskra, de Teniet el Haad
et de Kabylie. Dans cette dernière région, nous avons recueilli en fin
octobre un couple brachyptère au sud du Djebel Guerebica, sur la rive
gauche du Sebaou ; les deux Insectes vivaient sous une pierre à proxi¬
mité de frênes en terrain assez humide, le couple conservé en élevage
a vécu quelques jours seulement.
Holotrichius :
Genre surtout paléarctique s’étendant à l’est jusqu’en Chine et
au nord jusqu’en Sibérie. Les espèces sont surtout nombreuses dans
la région méditerranéenne.
Le genre est représenté par huit espèces en Afrique nord-occi¬
dentale.
H. luctuosus (Mulsant et Mayet), décrit des Pyrénées et compor¬
tant plusieurs variétés d’après Reuter, s’étend du Sous aux confins
orientaux du Désert libyque.
Ce Réduviide se rencontre surtout sous sa forme typique dans
les zones littorales de la Berbérie. La variété « fuscescens » existe en
Tunisie (Enfidaville) et en Libye (Hofra, Es Sahabi) el la variété « ni-
gricans » à Oran.
H. ùbtusangulus Stal semble localisé en Grèce et en Tunisie où il
vit en zone littorale du Cap Bon aux Iles Kerkennah.
H. laevigatus Reuter, d’Egypte, atteint le Désert de Libye (Auenat).
Enfin deux autres espèces égyptiennes existeraient en Berbérie, H. In-
nesi d’après De Bergevin (Oranie) et H. Henoni Puton d’après
Oshanin (Tunisie).
Enfin H. Chopardi V'illiers et H. mauritaniens Villiers ont été
décrits de l’Aïr et de Mauritanie. Dans le Sud-marocain H. Moutteae
est une espèce nouvelle (1).
Les larves des femelles et les femelles adultes qui sont aptères
portent souvent une couche de poussière, de sable, ou de terre. En
terrain sableux les femelles s’enfoncent au pied des plantes où il est
difficile de les apercevoir. Les mâles se rencontrent au sol, sous les
pierres ou les herbes.
(1) H. Moutteae nov sp., diffère de //. obtusangulus par les angles postérieurs
du pronotum qui sont obtus, de H. luctuosus par son pronotuni aussi long que
large, de II. Henoni par sa taille plus faible et les nattes entièrement noires, de
H. mauritaniens et H. Innesi par sa taille plus faible, sa couleur noir-brillant.
Sud-marocain : Sidi Moussa. Dédié à M mP Laurent Moittf.-Bisbai..
Source : MNHN, Paris
202
PAUL DISPONS.
VII. — ECTR1CHODI1NAE.
Sous-famille répandue dans la plus grande partie du monde et
représentée par plusieurs genres dans la partie orientale de la région
paléarctique. Un seul genre existe dans la zone étudiée, Glymmato-
phora Stal 1853, représenté lui-même par une seule espèce, Glymma-
tophora duhia (Schouteden) 1909, du Maroc.
Lorsque en 1909, Schouteden décrivait cet Insecte, il considérait
cet habitat comme inattendu et en 1911, Royer n’acceptait également
qu’avec réserve cette citation.
P. Pallary, Ch. Alluaud, Hakan Lindberg et J. P. Vidal ont
permis de déterminer d’est en ouest l’aire de cet Insecte depuis les
contreforts occidentaux du Haut Atlas au Djebel Amsittene, à peu de
distance de l’Océan Atlantique.
La biologie de ce Réduviide n’est pas connue. Concernant une
espèce de l’Afrique orientale. Glymmatophora ugandana Horvâth, le
Docteur Jeannel indique que ce Réduviide a été trouvé, vivant en
nombre, en compagnie d’Anthia anthémis sous les pierres. D’après
les observations du Docteur Jeannel, certaines espèces « vivent en
« général dans la proximité des lieux habités sous les pierres ou dans
« les amas de détritus. Il est très possible que ces grands Réduviides
« puissent servir d’hôtes intermédiaires, pour certains organismes
« pathogènes. Leur parasitologie mériterait certainement d’être faite ».
VIII. — SAIC1NAE.
Sous-famille à répartition mondiale. Le genre le plus nombreux,
Polytoxus Spiniger 1852, qui comprend plus de trente espèces n’est
représenté que dans l’Ancien Monde.
Une seule espèce, P. sanguineus (Costa) 1840, existe en Afrique
nord-occidentale ofi elle a été recueillie dans la région d’Aïn Sefra.
La répartition générale de cet Insecte est très sporadique. En
dehors de l’Afrique nord-occidentale il existe en France dans le Var
(Le Beausset, Fréjus) et en Corse, en Italie et en Ethiopie.
IX. — HOLOPTILINAE.
La sous-famille des Holoptilinae n’existe que dans l’Ancien Monde
où elle est représentée plus particulièrement dans la région orientale
d’où elle s’étend sur les régions australienne et éthiopienne.
Elle se prolonge sporadiquement en région paléarctique où on la
retrouve au Japon, en Egypte, et en Afrique nord-occidentale où se
rencontrent les genres Holoptilns Lepeletier et Serville et Putoniola
Bergroth.
Holoptilus :
H. araniensis Puton est le seul représentant du genre en Afrique
nord-occidentale.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DR L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 203
Cette espèce est rare. Elle a été prise pour la première fois en 1885
à Oran. D’après Montandon, un deuxième individu provenant égale¬
ment d’Oran aurait été recueilli par L. Moisson et aurait figuré dans
sa collection (Rev. d’Ent. Caen, 1908). L’espèce a été ensuite reprise
en Algérie par M. Paul de Pkykkimhoff en 1907 dans le Massif de
Mouzaïa et en 1909 dans la Forêt de Baïnem. Nous l’avons retrouvée
en 1949 en Kabylie. Enfin M. Lepigre en a capturé un individu au
fauchoir en 1952 dans les environs de Tipasa. Chez les individus exa¬
minés les taches et la nervation élytrale sont assez variables.
Les captures effectuées en Algérie, ne permettent pas d’émettre
d’hypothèse sur la biologie d’H. oraniensis. P. de Pf.verimhoff a pris
cet Insecte « en plein bled ou il s’est abattu sur la table pendant le
déjeuner » (d’après Royer). Sur la plage de Tigzirt, en août 1949, un
de ces Réduviides s’est abattu sur moi, au milieu de la journée ; le
voisinage comportait une petite dune avec tamarix et bambous.
La biologie d’un Holoptilinae de Java, Ptilocerus ochraceus Mon¬
tandon (1) a été étudiée par Jacobson en 1911. Ce Réduviide est un
prédateur de fourmis ( Dolichomerus bituberculus) qu’il attire par
l’odeur de son trichome. Les fourmis friandes de l’exudat de cet
organe lèchent les soies dont le trichome est pourvu et tombent « pa¬
ralysées » après quelques minutes. C’est à ce moment que le Ptilocerus
pique les fourmis qu’il choisit comme nourriture. En Australie,
Wkstwood a indiqué que la larve de Ptilocnemus lemur vit sous les
écorces et dans l’Ile de Luçon, Mayr a i.ignalé que, d’après le baron
Hügf.l, Ptilocnemus affinis avait été trouvé sur un vautour.
Putoniola :
Genre spécial à l’Afrique nord-occidentale, représenté par une
seule espèce, P. Vnulogeri Montandon, de Sfax. Cet Insecte a été repris
en 1947 par M. A. Vii.i.ikrs dans l’Aïr, en août, à la lumière.
Biologie inconnue.
(1) En 1919 Distant a mis cette espèce en synonymie avec /'. oenos
synonymie que Montandon n’a accepté qu avec réserve (Tijdsch. voor
p. 247).
ms AValker,
Ent.. 1912.
Source : MNHN, Paris
PAUL DISPON’S.
CHAPITRE II.
LES FACTEURS BIOGÉOGRAPHIQUES.
La distribution des Réduviides est sous la dépendance de facteurs
variés tels que les composants hygrométrique, pluviométrique. ther¬
mique et éolien du climat, les éléments géophysiques, phytogéographi-
ques et éthologiques, l’activité humaine.
L’influence biogéographique de ces facteurs n’a pratiquement pas
été encore abordée. Il faut constater que beaucoup d’éléments sont mal
connus : encore faudrait-il tenir compte de la combinaison de tous
ces facteurs, des variations dans le temps de leur ensemble, tâche des
plus difficiles en raison de la connaissance fragmentaire ou même de
l’ignorance de renseignements de base.
Les facteurs hygrométrique, pluviométrique et thermique.
La connaissance des éléments déterminants de l’humidité et de
la sécheresse du climat, du régime des pluies et de la température est
indispensable, pour l’étude biogéographique des Réduviides. A l’inté¬
rieur des divisions géographiques de l’Afrique nord-occidentale, la
pluviosité, l’état hygrométrique, l’évaporation et le régime thermique
sont extrêmement variables.
Considérons le régime des pluies. Nous remarquerons par exem¬
ple que sur le littoral algéro-tunisien, l’abondance croissante des pré¬
cipitations d’ouest en est de l’Oranie à la Kroumirie, détermine un
climat littoral occidental aride et steppique (200 à 500 mm de pluie)
et un climat littoral oriental humide caractérisé par des pluies attei¬
gnant 1800 mm. Si nous portons notre attention sur les Hauts-Plateaux,
nous constaterons que la bande pluviométrique comprise entre les
isohyètes 200 et 300, comprend dans sa partie centrale des enclaves à
pluviosité plus importante ou plus faible. Enfin dans le Sahara, la
portion septentrionale bénéficie de 100 à 200 mm de pluies annuelles
alors que le reste du Désert en reçoit moins de 100.
Concernant l’hygrométrie, la consultation de la carte de l’humi¬
dité relative de juillet nous montre une rapide décroissance de cet
élément du littoral vers l’intérieur où sa valeur descend à moins de
20 % au sud de l’Atlas Saharien. Au Sahara, l’humidité relative peut
s’abaisser jusqu’à 4 % dans le Hoggar. A Tamanrasset, on a pu noter
des teneurs de 1 gramme de vapeur d’eau par mètre cube d’air.
Les variations de l’évaporation sont également utiles à connaître ;
nous relevons par exemple pour l’évaporation moyenne journalière de
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
205
juillet, 3 mm à Alger, 7 mm à Orléansville, 12 mm à Biskra et 17 mm
à Béni-Ounif. II est intéressant de noter que dans les régions déserti¬
ques la tranche d’eau évaporée annuellement est très supérieure à la
quantité totale de pluie tombée, c’est ainsi qu’à Biskra, à Béni-Ounif
et à Ghardaïa, l’évaporation annuelle est de 2591 mm, 3293 mm, et
5309 mm, alors que la hauteur des pluies est de 156 mm, 127 mm et
88 mm ; l’évaporation, facteur d’accroissement de l’aridité, renforce
davantage la barrière de sécheresse qui éloigne les Réduviides hygro-
philes.
Le régime thermique de l’Afrique nord-occidentale varie consi¬
dérablement. La zone littorale présente une gamme de caractéristiques
très nuancées : méditerranéennes en Berbérie et en Cyrénaïque, déser¬
tiques sur les rivages de l’extrême-sud marocain et mauritanien et
d’une partie de la Libye, combinées de l’influence maritime et saha¬
rienne sur la côte du Sud-tunisien. Les Hauts-Plateaux à climat rela¬
tivement homogène se situent en grande partie au sud de la courbe 20°
d’amplitude annuelle de la température, marquant le début des climats
Fig. 115. — Distribution connut- de Vachirin nalolica Stail.
extrêmes ou continentaux (1). Le Sahara est considéré comme la con¬
trée la plus chaude du monde avec des températures pouvant s’élever
jusqu’à 58" dans le Désert libyque ; la chaleur au sol est bien plus
importante puisqu’on a constaté la température de 78° ; par contre,
les températures hivernales sont modérées et n’ont aucun rapport avec
les températures rigoureuses des déserts de l’Asie, on a cependant
noté —7“ dans le Hoggar et des périodes de gel dépassant une semaine
à Tamanrasset, Adrar et In Salah.
(1) L’amplitude annuelle de la température de l'air est définie par la diffé¬
rence entre les températures moyennes du mois le plus chaud et du mois le plus
froid : elle caractérise le degré de contincntalité du climat (P. Seltzer. Le climat
de l’Algérie, p. 45. Alger, 1946).
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X. 14
Source : MNHN, Paris
206
PAUL DISPONS.
Quelques exemples illustreront l’influence de ces trois composants
du climat sur la distribution des Réduviides.
Vachiria natolica nous offre un premier cas typique. Cette espèce
hante les régions steppo-désertiques de l’Asie Mineure et de l’Afrique
nord-occidentale où nous la rencontrons dans le Désert libyque, le
Fezzan, les Zibane et la Hamada du Guir, toutes régions recevant
généralement moins de 200 mm de pluies annuelles. Il paraît surpre¬
nant de retrouver l’espèce dans un secteur situé à quelque quarante
kilomètres du littoral berbérien. De Bergevin a pris cet Insecte dans
la Basse Vallée du Chéliff entre Orléansville et les Attafs. La carte
pluviométrique nous montre que ce canton de V. natolica correspond
à une zone de pluviosité relativement faible par rapport aux régions
voisines et la température et l’évaporation estivales y sont plus éle¬
vées qu’en d’autres points de même latitude. Dans les « Documents
algériens», P. Seltzer (1) définit ainsi cette curiosité météorologique
(1) P. Sbi.tzbr. — Météorologie algérienne (Doc. alg. Service d’information du
Cabinet du Gouverneur Général de l'Algérie. Série culturelle n" 49. 15 Juillet 1950.
Université Météorologie).
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
207
de l’Algérie qu’est la plaine du Bas Cheliff : « Distante de la mer de
« moins de 50 km, elle est cependant soustraite à l’influence maritime
« par la chaîne du Dahra qui la borde au nord. L’important massif
« de l’Ouarsenis qui la domine au sud augmente les effets du sirocco,
« les masses d’air transportées des Hautes plaines s’échauffent en
« même temps qu’elles s’abaissent vers la plaine du Cheliff.la plaine
« du Cheliff constitue un petit îlot de climat continental au milieu
« d’un climat tempéré ».
C’est à la lumière de cet ensemble de considérations que la pré¬
sence de V. nalolica dans cette région de Berbérie doit s’expliquer.
Quant à la migration même de cet Insecte, du Sahara jusqu’au Bas
Cheliff, l’explication en est sans doute plus délicate, la pénétration de
ce Réduviide en Berbérie ayant été possible par les branches supé¬
rieures du Cheliff, l’Oued Touil et le Nahr Ouassel.
Pirates stridulus occupe en Afrique nord-occidentale la portion
méridionale de son aire paléarctique où il vit dans des biotopes humi¬
des ne s’écartant guère au sud au delà de l’isohyète 400 ; à l’intérieur
de son aire il n’existe pas ou est très rare dans les cantons à pluviosité
faible tels que les Plateaux du Sersou et de Bou Guezoul. Ainsi que
nous l’avons vu la femelle de ce Réduviide enterre ses œufs en sol
meuble et frais ; on peut donc le rencontrer encore dans des régions
steppo-désertiques peu éloignées de son aire principale à condition
qu’il trouve des milieux écologiques qui ne s’écartent pas trop de
l’optimum nécessaire à l’espèce ; c’est le cas des bords humides de
l’Oued el Melah, près de Djelfa et de certains points au nord de
Laghouat (Tadmet, Sidi Makhlouf).
En Afrique nord-occidentale, les Sphedanolestes n’existent qu’en
Berbérie. Ils recherchent les secteurs humides- et s’écartent habituelle¬
ment assez peu des zones littorales, des collines et massifs de la région
tellienne et des versants occidentaux de l’Atlas marocain. S. sangui-
nens vit encore dans la vallée supérieure du Dra où il retrouve dans
ce couloir d’abondante végétation des milieux qui lui rappellent ceux
des habitats des autres régions de son aire, l’évaporation et les conden¬
sations jouant ici un rôle important compensant l’insuffisance de la
pluviosité.
Chez les Harpactnrinac, le genre Amphibolns se rencontre d’Aga¬
dir à Feriana débordant très peu en dehors des régions comprises
entre les isohyèles 200 et 400. Chez les Stenopodinae, Oncocephalus
Pntoni existe plus spécialement dans la portion littorale orientale
berbérienne particulièrement humide et sur le littoral de la Petite
Svrte et de la Cyrénaïque dont la hauteur pluviométrique est notable¬
ment plus élevée que celle des zones voisines.
L’incidence biogéographique du composant hygrométrique est en
relation étroite avec celle du composant thermique ; c’est ainsi que la
combinaison de la haute température et d’une sécheresse persistante
s’oppose à la pénétration des espèces inadaptées dans les régions
steppo-désertiques où, par contre, existe une faune spéciale de Rédu-
Source : MNHN, Paris
208
PAUL DISPONS.
viides xérophiles comme Tinnn grassator, Commis arenaceus, Rhaphi-
dosomn Dallonii, Oncocephalus fasciatus, Stirogaster desertorum,
Reduvius Harterti. On conçoit que l’expression d’obstacle écologique
appliqué au Sahara par Heim de Balsac parlant des Oiseaux et des
Mammifères, touche également les Réduviides dont certaines espèces
plus ou moins hygrophilcs rencontrées au nord et au sud du Désert
ont évité de coloniser cette partie de l’Afrique nord-occidentale.
L’adaptation au milieu et plus spécialement aux déserts est très
contestée. Le faible nombre de Vertébrés manifestement adaptés au
milieu saharien a été déjà souligné pour les Mammifères et les Oiseaux
par Heim de Balsac. Concernant les Fourmis du Fezzan, Francis
Bernard considère l’adaptation comme « un phénomène très relatif,
« physiologique surtout, qui ne se traduit qu’exceptionnellement par
« des structures singulières » et que « ce sont des processus physio-
« logiques (température du corps, économie de l’eau, etc...) qui don-
« ncront la clef des réussites imprévues ». Kachkarov et Korovine
ont indiqué que chez certains animaux désertiques, l’eau métabolique
pouvait suffire à compenser les pertes par évaporation et respiration,
et que les Insectes excrétant les déchets azotés du métabolisme sous
forme de sels à l’état solide avaient de moindres besoins en eau (La vie
dans les déserts. Edition française par Th. Monod, 1942). En fait, nous
avons remarqué qu’en captivité les Réduviides désertiques suppor¬
taient généralement plus facilement le manque d’eau que d’autres
espèces, c’est ainsi que l’attraction des tampons humides introduits
dans les cages d’élevage est habituellement bien plus forte et immé¬
diate pour les espèces non désertiques que pour les Reduvius et Com¬
mis sahariens, par exemple. Il faut noter que l’hygrophilie peut pré¬
senter une élasticité suffisante pour permettre à quelques espèces de
cohabiter indifféremment avec des Réduviides à optimum hygromé¬
trique élevé ou faible, c’est ce que l’on observe dans une certaine
mesure pour Commis aeggptius, espèce paléarctique répandue en
Europe et en Berbérie, qui se rencontre dans le Sahara à Colomb-
Bécliar, Ghardaïa et El Giof.
Sur les autres continents, les zones très froides constituent pour
les Réduviides des barrières biogéographiques variables suivant la plus
ou moins grande sensibilité de ces Insectes à l’abaissement de la tem¬
pérature ; nous avons eu l’occasion de citer des exemples au cours de
l’étude des sous-familles. En Afrique nord-occidentale, où l’on n’ob¬
serve pas de très basses températures la question des barrières de froid
ne peut se poser que pour des régions de hautes montagnes ; nous
reviendrons sur ce point en traitant de l’influence de l’altitude.
En 1930, De Bkrgevin écrivait dans ses « Notes biogéographiques
sur les Hémiptères de l’Afrique du Nord » : « Les entomophages
« courent après leur proie un peu partout où il n’existe pas d’obstacle
« leur interdisant de franchir les limites des zones pluviométriques ;
« ils se promènent d’une zone à l’autre à la recherche des victimes de
« leur choix : ils ne peuvent donc nous fournir que des indications
« bien imprécises ». Cette conclusion était loin de rendre compte de
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DK L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
209
l’importance des facteurs climatiques sur la Biogéographie des Rédu-
viides ; en réalité elle éludait en fait un sujet complexe et difficile à
aborder en raison de l’imprécision des aires de certaines espèces, de
l’altération des influences udiométrique, hygrométrique et thermique
par d’autres facteurs (terrain, altitude, condensations, vents...) et aussi
de l’indigence des renseignements biologiques.
Le facteur éolien.
Certains auteurs se sont attachés à démontrer l’influence des vents
sur la distribution de la faune entomologique. En 1916, De Bergevin
étudiant les Hémiptères du Maroc considérait que les courants atmo¬
sphériques déterminent « un afflux puissant des espèces méditerra-
« néennes par le détroit sud-riflain, afflux provoqué par les courants
« est-ouest de la saison chaude dont la direction est celle de la voie
« d’immigration ». En 1930 cet auteur reprenait cette thèse au sujet
des Homoptères : « Ces familles sont représentées par de bons voiliers
« qui obéissent à l’impulsion des courants atmosphériques. On sait
« que dans l’Afrique Mineure les vents d’été soufflent de l’est à
« l’ouest ; c’est l’époque où nos insectes ont acquis leur plein dévelop-
« peinent. C’est en dehors des causes générales, un des motifs pour
« lesquels les régions steppique et saharienne se peuplent progressive-
« ment d’Hémiptères vivant, plus à l’est, dans des régions sensible-
« ment analogues, telles la Transcaspienne, la Transcaucasie et la
« Perse, où la végétation et le climat ont des analogies incontestables ».
Pour certains Hétéroptères et Insectes des autres Ordres, l’in¬
fluence éolienne n’est peut-être pas négligeable. Concernant les Rédu-
viides, l’existence d’espèces vivant simultanément dans la partie orien¬
tale de la zone paléarclique et en Afrique nord-occidentale est un fait
que nous commenterons plus loin au sujet du peuplement. Affirmer
que ce peuplement s’elfectue par voie aérienne est une hypothèse sur
laquelle il est difficile de se prononcer. Bodenheimer dans son ouvrage
« On the presence of an irano-turanien relie fauna in North Africa »
a réfuté la thèse de De Bergevin qu’il considère inadmissible. Il faut
cependant remarquer que des recherches dont les premières remontent
à vingt-cinq ans ont été effectuées dans l’atmosphère afin de recueillir
des Insectes ou leurs débris qui pourraient exister à diverses altitudes.
L’emploi du cerf-volant puis de l’avion ont permis de faire un inven¬
taire de ce plankton aérien, qui ainsi que Berland l’indique « est cons-
« titué par des petits Insectes et Arachnides arrachés au sol par les
« courants ascendants et qui n’ont pu, par suites de leur légèreté et de
« leur faiblesse musculaire, résister à ces forces... Saisis ensuite par
« des courants horizontaux, ils peuvent être transportés à de longues
« distances ». Bien que jusqu’à présent ces recherches n’aient pas
apporté de contribution à la Biogéographie des Réduviides, il n’est pas
inutile d’en faire le rappel.
Source : MNHN, Paris
210
PAUL DISPONS.
Le iacteur hypsométrique.
L'altitude a une importance certaine sur la répartition des In¬
sectes. Concernant le Réduviides, les montagnes peuvent abriter des
espèces localisées ( Sphedanolestes riffensis, Amphibolus Francoi, Rha-
phidosoma Dallonii, Reduvius tibeslinus).
Concurremment avec les facteurs climatiques, le relief agit sensi¬
blement sur la distribution de certaines espèces. C’est ainsi qu’en Algé¬
rie occidentale, Oncocephalus plnmipes qui existe sur le littoral du
Trara et dans la vallée de l'Oued Mekarra se retrouve plus au sud aux
abords du Djebel Antar et du Djebel Mektar plus humides que les
zones intermédiaires de Hauts Plateaux où cette espèce n’a pas été
rencontrée.
Touchant l’influence de l’altitude, De Peyerimhoff au sujet de
la faune des Coléoptères du Hoggar estime que le massif central saha¬
rien recèle en majorité des espèces du littoral méditerranéen réfugiées
en altitude à la suite du dessèchement d’une région auparavant
humide ; nous reviendrons sur cette constatation lors de l’étude du
peuplement réduvien de cette région montagneuse.
Plusieurs auteurs ont considéré que les grands massifs monta¬
gneux constituaient un obstacle insurmontable pour les Insectes.
De Bergevin a indiqué qu’il considérait que les 4.000 mètres de l’Atlas
ne permettaient pas à la faune hémiptérologique de se répandre d’un
versant à l’autre. Les trois espèces suivantes offrent des exemples
opposés à cette hypothèse : nous avons recueilli Rhinocoris erijthropus
dans PAnti-Atlas au col de Tizi Tinififft et Pirates stridulus et Onco¬
cephalus acutangulus dans le Haut Atlas au col de Tizi N’Test.
L’obstacle du relief n’est donc nullement insurmontable pour les Rédu¬
viides en Afrique nord-occidentale. Ce sont plutôt les conditions clima¬
tiques différentes qui ont pour elTet de séparer les espèces. Si les Rédu¬
viides que nous venons de signaler ne s’étendent pas au delà des som¬
mets des massifs atteints c’est bien qu’il s’agit d’une barrière écolo¬
gique et non d’un obstacle hypsométrique.
Le facteur édaphique.
L’influence de la nature du sol se manifeste dans une certaine
mesure dans la distribution des Réduviides. C’est ainsi que Coranus
arenaceus, Coranus Kiritschenkoi, Coranus angulatus sont volontiers
psammophiles et vivent dans des régions de déserts et de steppes alors
que Pirates stridulus, Cleptocoris strepitans recherchent plutôt des
terrains gras et humides.
Par contre d’autres espèces paraissent assez indifférentes aux
conditions édaphiques et compte tenu de l’action des autres facteurs
régissant leur distribution, se retrouvent en tous terrains, tels Reduvius
villosus et Coranus aeggptius.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
Le iacteur végétal.
Il est naturel que certains prédateurs fréquentent les végétaux
pour y rencontrer les petits animaux phytophages dont ils feront leurs
proies. Généralement l’espèce botanique leur est indifférente et ces
Insectes peuvent s’observer sur les plantes les plus variées.
On constate cependant des exceptions à cette règle et plusieurs
espèces de Réduviides semblent avoir une attraction particulière pour
des végétaux déterminés.
Rhinocoris erythropus a une prédilection pour les composées du
genre Inula sur lesquelles la femelle dépose très souvent sa ponte. Il
semble que les Spliedanolesles soient également attirés par les Inula.
Nous avons remarqué que les pontes effectuées en captivité par des
femelles de R. erythropus qui ont vécu sur les Inula présentent sou¬
vent l’odeur prononcée caractéristique de ces plantes.
Vachiria natolica semble affectionner les Tamarix. Certains
auteurs ont considéré que V. natolica était distribué suivant l’aire de
répartition de ces végétaux. On modérera cette affirmation en consta¬
tant que les conditions biologiques de V. natolica sont certainement
plus exigeantes que celles de la plante-hôte. C’est ainsi qu’en Berbérie
ce Réduviide n’existe que dans la Basse Vallée du ChélifT alors que les
Tamarix sont répandus du Maroc à la Tunisie.
La phytophilie chez ces Réduviides n’a pu trouver d’explications.
Rhinocoris erythropus et Vachiria natolica en captivité, privés d 'Inula
ou de Tamarix, dès leur naissance, se développent et se reproduisent
sans difficultés particulières.
Nous avons noté la présence fréquente dans les buttes d’alfa, de
Rhaphidosoma inermiceps, Coranus angulatus, Amphibolus beduinus
et dans celles de drinn de Coranus arenaceus et Kiritschenkoi.
Les observations de divers auteurs et les nôtres portant sur
d’autres plantes ne sont pas suffisamment nombreuses pour considérer
que ces végétaux exercent une attraction spéciale sur les Réduviides :
Carthamus (Rhaphidosoma Bergevini), Ononis natrix (Ploearia abrup-
ta), Ruta graveolum (Paramphibolus pusillus), Festuca patula, Stipa
tenacissima, (Ploearia gutturalis), Euphorbia echinus (Tinna maroc-
cana, Ploearia Berlandi).
Si l’influence phytogéographique n’a rien d’absolu chez les espèces
affectionnant spécialement un végétal déterminé, on peut concevoir
qu’elle intervienne dans une certaine mesure sur la répartition des
Réduviides touchés par cette attraction. Chez d’autres espèces l’atti¬
rance est en relation avec l’abondance des proies recélées par les
plantes comme Stipa tenacissima, Aristida pungens dans les régions
steppo-désertiques.
Les facteurs éthologiques.
La plupart des Réduviides s’accommodent de proies très variées.
Leur régime alimentaire ne semble pas limité à des espèces détermi¬
nées. Il est démontré depuis longtemps que Reduvius personatus, par
Source : MNHN, Paris
212
PAUL DISPONS.
exemple, ne se nourrit pas exclusivement de Cime.t ; de même, bien
que souvent recherchés, les petits Diptères et en particulier les Culi-
cides, ne constituent pas l’alimentation exclusive des Emesinae tels
que les Ploearia.
Les Triatoma et les Rhodnius, Réduviides hématophages améri¬
cains, vivent aux dépens de l’homme et des animaux à sang chaud et
à sang froid et Brumpt a démontré que ces Insectes jouissent d’un
certain éclectisme alimentaire. En Afrique nord-occidentale, on ne
rencontre pas de Réduviides hématophages. Cependant De Bergevin
a signalé que deux espèces seraient occasionnellement des piqueurs
spontanés. Concernant Ectomocoris ululans, cet auteur rapporte que
l’Insecte « pique spontanément la nuit surtout les muqueuses des
lèvres des dormeurs qui vivent sous la tente dans les milieux déser¬
tiques». Df. Bergevin a encore cité Reduviiis Mayeti comme ayant
les mêmes moeurs. Coxfalionieri a indiqué que Cornnus Kiritschenkoi
attaque les reptiles pour se nourrir dans le Désert libyque.
Nous avons déjà rappelé que le D r Jeannel pense que les Rédu¬
viides du genre Ectricbodia peuvent « servir d’hôtes intermédiaires
pour certains organismes pathogènes et que leur parasitologie mérite¬
rait d’être faite. « Le genre Glymmatophora représenté par G. dubia
au Maroc a un genre de vie analogue et peut donner lieu à la même
remarque.
Enfin nous verrons plus loin que certains Réduviides peuvent
vivre en association avec d’autres Insectes ou se déplacer en nombre.
Les observations sur le parasitisme, les associations et les migra¬
tions sont trop peu nombreuses pour permettre d’en tirer des conclu¬
sions et l’influence biogéographique de ces faits reste encore incer¬
taine.
Le facteur humain.
Certains Réduviides sont particulièrement attirés par les lieux
habités par l’homme. L’un des plus connus, Reduviiis personatus est
même exclusivement domestique ; à l’état larvaire il vit dans les
endroits peu fréquentés des habitations, la condition étant que la pous¬
sière ou les détritus soient respectés. Cet Insecte ne se trouve prati¬
quement pas dans la nature.
Le transport des Réduviides par le fait de l’homme est susceptible
d’entraîner une modification de la distribution des espèces. La grande
extension de l’aire de Reduviiis personatus peut s’expliquer peut-être
par le transport involontaire de larves. Nous avons recueilli Ploearia
domestica dans la sciure de bois de chauffage en cours de sciage à
Maison-Carrée ; ces bois étaient de diverses origines, surtout de grande
Kabylie. On peut estimer que d’autres Emesinae des genres Ploearia et
Empicoris peuvent être propagés par les transports (chargement de
bois, de paille). Empicoris rubromaculatus dont nous avons déjà noté
la curieuse répartition est certainement justiciable de ces observations.
Signalons que M. J. R. Vidai, a recueilli Empicoris salinus sur des
bananes importées des Iles Canaries.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 213
Si le facteur humain ne peut être négligé dans son influence sur
la répartition des espèces, il ne doit pas être non plus exagéré. Un
exemple intéressant est celui des Iles Açores dont la faune entomolo-
gique est particulièrement pauvre. Pourtant l’Archipel a été l’objet de
très nombreuses importations d’espèces botaniques de diverses ori¬
gines à tel point que certaines d’entre elles ont même supplanté les
végétaux indigènes. Ainsi que l’indiquait L. Chopard en 1932, « il faut
« admettre qu’on n’a pas introduit pendant au moins cinquante
« années des plantes d’espèces et d’origines très variées sans amener
« avec elles un bon nombre d’Arthropodes. Les Açores se présentent
« ainsi comme un vaste champ d’expérience d’acclimatation et la seule
« surprise qu’on puisse éprouver est d’y rencontrer si peu d’espèces
« qui se sont définitivement adaptées à leur climat». La faune des
Réduviides açoréens est particulièrement modeste, les espèces qui
auraient pu être transportées dans les îles n’ont certainement pu trou¬
ver sous ce climat nouveau des conditions de vie acceptables, peut-être
en raison de la grande humidité persistante.
Source : MNHN, Paris
214
PAUL D1SPONS.
CHAPITRE III.
LES HABITATS DES RÉDUVIIDÉS.
Les milieux biologiques. — Biotopes et micromilieux.
Du point de vue écologique, le terme d’ubiquistes employé souvent
à l’égard des Réduviides, en raison de leur caractère de prédateurs,
est inexact. On peut seulement constater que certaines espèces peuvent
vivre dans des milieux hétérogènes. Commis aeqyptius peut être cité
à ce point de vue. Cet Insecte vit en milieux variés et sur une aire con¬
sidérable en régions paléarctique et tropicale. Il se rencontre en ter¬
rains très différents sous les pierres et sur les plantes, en plaine et en
montagne (Djurdjura à 1800 m„ Atlas marocain à 2.800 m), dans des
îles (Canaries, Madère, Djerba), dans les zones littorales, dans les
oasis du Sahara septentrional et en Libye dans l’Oasis de Koufra.
Oncocephalus pilicornis offre un autre bon exemple de Réduviide
réparti en milieux divers.
On remarquera qu’une espèce répandue sur une aire étendue pré¬
sente toujours des lacunes dans sa répartition. La recherche des causes
de cette absence en certains milieux est intéressante, nous en avons vu
quelques exemples dans l’examen des facturs biogéographiques. La
tendance positive ou négative, d’une espèce par rapport aux diverses
localités d’une zone étendue demanderait une étude approfondie, les
renseignements négatifs n’étant pas les moins intéressants ; malheu¬
reusement l’état actuel des prospections ne permet pas de mener à bien
une telle étude.
En résumé on ne peut adopter l’opinion souvent exprimée que les
Réduviides constituent des espèces écologiquement indifférentes ; en
réalité celles qui peuvent être rapportées à un ou plusieurs biotopes
affectifs sont nombreuses.
Dans une contrée, les modalités de la distribution des Réduviides
à l’intérieur des milieux principaux constitués par les secteurs de
plaines, de collines ou de montagnes, de forêts, de steppes, etc, pré¬
sentent un premier intérêt. Certains milieux écologiques restreints
habités d’une façon régulière par ces Hétéroptères doivent attirer spé¬
cialement notre attention. Ces milieux secondaires répartis à l’intérieur
d’un milieu principal se caractérisent par la réunion d’un ensemble de
conditions qui ont pour effet de soustraire dans une certaine mesure
les Insectes aux influences climatiques normales du milieu principal
d’implantation.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DK L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
215
J. De Lepiney a indiqué que « la répartition des espèces ne
« dépend qu’indirectcment du climat général ; elle est liée aux condi-
« tions très variées du substrat. Chaque être vit en fait dans un micro-
« milieu dont le climat est un microclimat» (1). Sur le même sujet
T. Monod a écrit : « l’importance écologique des écoclimats est consi-
« dérable. Ils expliquent que des animaux très sensibles à la chaleur
« puissent vivre au désert et des espèces très sensibles au froid en
« haute montagne » (2).
Nous étudierons quelques types de biotopes et de micromilieux
intéressant la faune réduvienne de l’Afrique nord-occidentale. Ils ne
sont certainement pas exclusifs, mais ils représentent les milieux éco¬
logiques normaux des Insectes considérés, certains étant d’ailleurs
plus nettement spécialisés.
Les biotopes terreux, pierreux, rupestres et végétaux.
Les pierres isolées ou groupées, les éboulis, les rochers, tant en
plaine qu’en montagne, tant en Berbérie qu’en zones steppique ou
désertique recèlent une faune réduvienne. De nombreux représentants
de diverses sous-familles s’y abritent, les adultes et les larves y cons¬
tituant leur habitat normal. Les Coranus et les Oncocephalus s’y ren¬
contrent fréquemment. A l’abri des pierres les Reduvius se recouvrent
de poussières ; alors que les espèces désertiques, comme Reduuius
tabidus, vivent sous les pierres en terrain découvert, les espèces ber-
bériennes recherchent généralement les biotopes pierreux abrités sous
les arbres ou à proximité de végétaux, c’est ainsi que dans le Sous
R. (tnnulipes gîte sous les cailloutis à l’ombre des arganiers, et que la
larve de Reduvius villosus vit souvent en Algérie sous les cailloux près
des buissons et arbres divers (eucalyptus, oliviers, frênes, palmiers).
Les milieux pierreux en sols humides attirent plus spécialement
les hygrophiles tels que les Pirates et les Cleptocoris. Les terrains
rocheux abritent souvent Oncocephalus angulatus en Kabylie et dans
l’Atlas marocain. Dans le Sous, Amphibolus maroccanus effectue ses
mues sous les débris rocheux dans les lieux plantés d’arganiers. Dans
le Haut Atlas nous avons pris Empicoris culiciformis sous un-amas de
rochers très humides aux abords d’une source.
A la mauvaise saison, les larves d’espèces floricoles deviennent
lapidicoles jusqu’aux beaux jours, c’est le cas des Rhinocoris.
Les buttes terreuses qui se constituent au pied de diverses plantes
sont des asiles que les Réduviides recherchent surtout pendant la saison
froide. En Kabylie occidentale, en janvier, un seul de ces biotopes por¬
tant églantier et diss, recélait Ischnongctes barbants, Coranus niger,
Rhinocoris erythropus, Oncocephalus pilicornis et squalidus, les trois
dernières espèces à l’état larvaire ; cette observation était effectuée
(1) .1. De Lépiney. — Le Massif du ToubkaI, 1938.
(2) Note de traduction de « La vie dans les Déserts » de D. N. Kachkabov et
E. P. Korovine, 1942.
Source : MNHN, Paris
216
PAUL DISPOXS.
après une période de pluies abondantes de près d’un mois, les Rédu-
viides avaient trouvé sous cet abri une protection suffisante pour sub¬
sister pendant celte mauvaise période.
Dans le Sud-marocain, les dômes d’euphorbes cactoïdes et les
pierres qui les environnent abritent Tinna maroccana, Ploearia Ber-
landi, Rediwius Putoni et même Rhinocoris erythropus.
Les pentes et les talus couverts d’herbes sèches sont les biotopes
recherchés des Ischnonyctes ; on y rencontre également des Stenolae-
mus et des Ploearia.
Les troncs d’arbres constituent surtout en période froide des
milieux provisoires utilisés par les Réduviides qui s’y abritent à l’état
d’adulte et de larve. Dans ce dernier état, ils y effectuent leurs mues ;
c’est ainsi que nous avons recueilli au cœur même d’arbres divers,
Coranns niger et Pirates stridnlus. Certains Réduviides affectionnent
les micromilieux terreux et herbeux formés au pied des arbres. Redu-
vius villosus et Reduvius diabolicus se rencontrent à l’état larvaire au
pied des eucalyptus ou des platanes et sous les écorces de ces arbres ;
les Oncocephalus vivent souvent au pied des frênes et des peupliers,
on trouve parfois Ischnonyctes barharus au pied des cyprès et divers
Empicoris et Stenolaenuis Kabylinus sur la partie basale du tronc des
eucalyptus. A l’état larvaire Rhinocoris erythropus vit aussi au pied
des platanes ou des frênes. Les Piratinae hygrophiles, tels Pirates stri-
dulus et Cleptocoris strepitans recherchent leurs proies dans ces
micromilieux lorsqu’ils sont humides.
Les feuilles basales des diverses plantes servent de refuges à des
Réduviides tels que les Oncocephalas et les Coranus. C’est ainsi qu’au
cap Djinet nous avons observé Oncocephalus pilicornis et Coranus
aegyptius groupés en nombre dans un bas fond herbeux. Dans le lit de
l’Oued Sadouri nous avons recueilli Amphibolus Francoi sous de
grandes touffes d ’Ephcdra.
Les bords des eaux.
Le voisinage des cours d’eau, des étangs, des sources et autres
points d’eau attire plus spécialement certaines espèces. Cleptocoris
strepitans et Pirates stridnlus vivent souvent aux abords des lits des
oueds ou des petites mares ; les débris d’inondation peuvent recéler
certains Réduviides comme Sastrapada Baerensprungi.
Dans les zones de déserts et de steppes les points d’eau attirent
spécialement les Réduviides. Il s’agit, soil de points d’eau permanents,
par exemple la source d’Oumache au sud de Biskra ou Dr: Bkrokvin a
pris Viberliola cinerea, soit de petites mares temporaires comme celles
des steppes de Guercif aux ahords desquels vivent sous les pierres
enfoncées Oncocephalus acutangulus et Oncocephalus pilicornis. Les
oueds conservant une certaine humidité recèlent également des Rédu¬
viides ; c’est ainsi que dans la vase de la Zousfana, à la lisière du
Grand Erg Occidental, on rencontre Oncocephalus fasciatus et Ecto-
mocoris ululons sous de grosses pierres profondément enfouies.
Source : MNHN, Paris
RfiDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
217
Les daïas.
Entre Laghouat el Ghardaïa, existent en milieu steppique des bas-
fonds humides ou « daïas » dont l’humidité est entretenue par des
nappes d’eau souterraines peu profondes qui imprègnent constamment
le sol (« nappes phréatiques » de Daubrée). Les « daïas » recèlent des
Réduviides tels que Stirogaster desertorum, Ectomocoris uhilans, Re-
duvius tabidus.
Les biotopes salés.
Plusieurs espèces de Réduviides ont été recueillies aux abords des
chotts et des oueds salés des Hauts Plateaux ou du Sahara. Reduvius
Mayeti a été pris aux abords du Choit el Hodna et des Chotts tunisiens.
Ectomocoris ululons fréquente également le Hodna et la dépression de
l’Oued Rhir. Le biotope humide de la Zousfana signalé plus haut pour
ce dernier Réduviide et pour Oncocephalns fasciatus est également
magnésien. Pirates stridulus et Commis negyptius existent également
aux abords des oueds salés, tel l’Oued el Melah près de Djelfa. Dans
le lit de l’oued Sadouri, rivière salée des Monts du Zab, vivent Amphi-
bolus Cambei, Amphibolus Frnncoi et Reduvius tabidus.
Plusieurs de ces espèces que l’on retrouve dans d’autres milieux
humides ne sont que des hvgrophiles ne répugnant pas aux milieux
salins ; pour d’autres espèces moins connues, l’insuffisance des rensei¬
gnements ne permet pas de faire de supposition quant à leurs ten¬
dances halophiles possibles.
Les sables et les dunes.
Certains Réduviides se rencontrent dans les régions sableuses où
ils s’enfoncent sous les plantes el les pierres ; il en est ainsi des Com¬
mis et Reduvius désertiques. Les larves et les adultes d’Holotrichius
s’observent également dans les milieux arénacés ; nous avons recueilli
sous les pierres au nord de Méchéria, la nymphe d’Holotrichius luc-
tuosus couverte de grains de sable, l’adulte 9 s’enfonce également en
terrain sableux. Dans les dunes littorales du Sud-marocain, Holotri-
chius Moutteàe 9 vit au pied des plantes entièrement enfoui dans le
sable.
Une note particulière doit être consacrée aux biotopes arénacés
constitués par les buttes sableuses, sortes de microdunes qui s’obser¬
vent au pied de certains végétaux et plus spécialement d ’Aristida pun-
gens.
Ces dunes en réduction se forment sur des sols durs, caillouteux,
rocheux ou terreux ; elles résultent de l'apport de sables transportés
par les vents et accumulés au pied de l’obstacle végétal. 11 se crée ainsi
des micromilieux très particuliers qui comportent une faune com¬
plexe de phytophages et de prédateurs.
Aucune observation n’a encore été rapportée sur les Réduviides
qui hantent ce biotope. Nous avons recueilli dans les buttes formées
au pied des touffes de drinn, Commis arenacens et Kiritschenkoi qui
Source : MNHN, Paris
218
PAUL DISPONS.
vivent dans ces milieux souvent enfoncés profondément au contact
des racines.
En zone steppique, les buttes sableuses du pied des touffes d’alfa
recèlent également une faune réduvienne avec Commis angulatus,
Amphibolus beduinus, Rhaphidosoma inermiceps, Ploearia gutturalis,
Tinna grassntor.
L’existence des Rëduviides dans les buttes arénacées et terreuses
est conditionnée par la présence de proies nombreuses et variées et
également par une certaine humidité qui s’explique comme pour les
daïas ; d’ailleurs à l’intérieur même des daïas, des buttes se consti¬
tuent, créant autant de micromilieux secondaires. Par contre, les
buttes qui existent en sol très sec, tel que celui de la Chebka, au nord
du Mzab et entre Ghardaïa et El Goléa, sont très pauvres en faune
réduvienne.
Les biotopes domestiques.
Nous avons déjà vu que Reduvius personcitus est connu depuis
longtemps pour son habitat domestique. D’autres Réduviides sont éven¬
tuellement anthropophiles ; chez les Emesinae, certains Empicoris et
Ploearia se rencontrent dans les habitations où ils chassent sans doute
les petits Diptères.
Les abords des maisons ou les lieux où l’homme séjourne sem¬
blent attractifs pour quelques Réduviides. Puton avait recueilli Lethier-
rga biskrensis à la limite de la ville de Biskra et Lucas avait capturé
Ischnonyctes barbants dans les ruines d’Hippone. Nous avons pris ce
dernier aux abords immédiats des habitations au voisinage de détritus
ménagers à Kouba et Tinna grassator sur les plantes à proximité du
mur de clôture d’une maison dans le Mzab.
Nous avons déjà rappelé que d’après De Bergevin certains Rédu¬
viides seraient des hématophages occasionnels sur l’homme ( Eclomo-
coris alalans, Reduvius Mayeti'i.
Les biotopes troglodytes.
Les Réduviides troglophiles semblent peil nombreux. Quelques
Emesinae el Acantliaspidinae d’Afrique orientale signalés comme des
cavernicoles auraient un habitat moins exclusif d’après Miller.
En Afrique nord-occidentale la larve de Reduvius pallipes a été
prise dans une grotte des environs de Gafsa, l’Insecte vivait sous des
pelotes de chouettes (Heim de Balsac). Dans le Sud-marocain, nous
avons recueilli Reduvius carinatus au fond d’une profonde excavation
où il cohabitait avec de nombreux Ténébrionides.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DR I.’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
219
CHAPITRE IV.
CARACTÈRES DE LA FAUNE RÉDUVIENNE
DE L'AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
On trouvera ici une classification des Réduviides de l’Afrique
nord-occidentale à l’intérieur de huit groupes :
1. — Paléarctiques non méditerranéens à diffusion plus ou moins
étendue en dehors de l’Afrique nord-occidentale.
2. — Méditerranéens à diffusion plus ou moins étendue en dehors de
l’Afrique nord-occidentale.
3. — Berbériens.
4. — Atlantidiens.
5. -— Berbéro-érémiens.
6. — Sahariens.
7. — Ethiopiens.
8. — Incertains.
1. — Paléarctiques non Méditerranéens à diffusion
plus ou moins étendue en dehors de l'Afrique nord-occidentale.
Empicoris Baerensprungi (Dohrn) ; Empicoris culiciformis (De Geer) ;
Ploeari'a domèstica Scopoli ; Pirates hybridas (Scopoli) ; Rhinocoris ery-
thropns (Linné) ; Coranns subapterus (De Geer) ; C. tubercalifer (Reuter) ;
C. aegyptias (Fabricius) ; Oncocephalus piticornis (Herrich-Schaffer) ; O.
sqtialidus squalidus (Rossi) ; Sastrapada Baerensprnngi (Stal) ; Reduvins
personatas (I.inné) ; Polytoxas sanguineus (Costa).
2. — Méditerranéens à diffusion plus ou moins étendue
en dehors de l'Afrique nord-occidentale.
Empicoris melanacantha (Horvath) ; E. uitticollis (Horvath) ; E. bre-
vispinus brevispinns (Puton) ; Ploearia canariensis Noualhier ; Ischnonyctes
barbaras corsicensis (Scott) ; Metapterns linearis Costa ; Pirates stridulus
(Fabricius) ; Sphedanolestes sanguineus sanguineus (Fabricius) ; S. s. albi-
venter (Rev) ; S. s. Perrisianus (Puton) ; S. lividigaster lividigaster (Mulsant
et Rey) ; S. I. atripes (Puton) ; S. Horvathi Lindberg ; Coranns niger
(Rambur) ; Oncocephalus acutangulus aculangulus Reuter ; Reduvius vil-
tosus Fabricius ; R. Jakowleffi Reuter ; Holotrichius luctuosus luctuosns
(Mulsant et Mayet) ; H. I. nigricans Reuter : H. obtnsangulus Stal ; H. Innesi
Horvath ; H. Henoni Puton.
Source : MNHN, Paris
220
PAUL DISPONS.
3. — Berbériens.
Empicoris soror (Puton) ; E. brevispinus Chobauti (Reuter) ; E. salinus
(Lindberg) ; E. trisignatus Dispons ; E. tingitanus Dispons ; E. truncatus Dis-
pons ; Stenolaemus kabylinus Dispons ; Ploearia abrupta Noualhier ; P.
gutturalis Noualhier ; P. Xoualhieri Villiers ; P. Mimeuri Villiers ; P. Ber-
landi Villiers ; P. sexdentata (Lindberg) ; P. djurdjurana Dispons ; Ischno-
nyctes barbants barbants (Lucas) ; I. b. pallipes Reuter ; /. b. obsoletns
Dispons ; l. b. rectangalaris Dispons ; /. b. ornilhophilus Dispons ; I. b.
Filsi Dispons ; /. b. nigrilyliis Dispons ; I. b. apicalis Dispons ; Amphilobus
Rotroui (De Bergevin) ; A. imperialis Dispons ; A. maroccanus Dispons ;
Sphedanolesles sanguinens niimidicus Dispons ; S. s. algiricus Dispons ;
S. s. mauritaniens Dispons ; S. riffensis Vidal ; Rhinocoris lineaticornis
(Reuter) ; R. Krïtgeri Menozzi ; Coramts Espanoli Wagner ; Vibertiola Ri-
bauti Bergroth ; Rhaphidosoma arganiae Dispons ; Oncocephahts Putoni
Putoni Reuter ; O. P. curtipennis Reuter ; O. P. pallidus Puton ; O. P. Rett-
teri Dispons ; O. plumipes Puton ; O. Berlandi Dispons ; O. aciitangulus
Vosseleri Reuter ; O. a. beniyenni Dispons ; O. a. atlas Dispons ; O. a.
agadirensis Dispons ; O. Fokkeri Horvath ; O. Vaulogeri Montandon ;
O. fuscipes Reuter ; O. tingitanus Dispons ; O. sgualidits nigricollis Horvath ;
Pygolampis Cortesae Dispons ; Rediwius Putoni Reuter ; R. annulipes (Reu¬
ter) ; R. diabolictts De Bergevin ; R. maroccanus Vidal ; Glymmatophora
dubia (Schouteden) ; Holoptilus oraniensis Puton.
4. — Atlantidien.
Ploearia marginata (Heinecken).
5. — Berbéro-érémiens.
Tinna maroccana Dispons ; Amphibolus beduinus beduiniis Puton ; A.
b. al rat us Dispons ; A. b. purpuratiis Dispons ; A. Kerimi Reuter ; Coranus
angulatus angulatus Stal ; Rhaphidosoma inermiceps Horvath ; Rediwius
carinutns carinatus Reuter ; R. c. fenestratus Reuter ; R. c. discoidalis Reu¬
ter ; Holotrichius Moutteae Dispons.
6. — Sahariens.
A. Eléments tourano-sahariens.
Ectomocoris ululons (Rossi) ; E. luridus (Klug) ; Oncocephalus notatus
Klug ; Stirogaster Fausti Jakowleff ; Rediwius tabidus (Klug) ; R. testaceus
(Herrich-Sciiaffer) ; R. pallipes (Klug).
B. Autres éléments a diffusion extra-saharienne.
Amphibolus Venator Klug ; Coranus arenacetts arenacetts Walker ; Xa-
gusta Simoni Puton ; Vachiria natolica natolica Stal ; Oncocephalus obso-
letus Klug ; Pseudoredtiviiis armipes (Reuter) ; Holotrichius laevigatus Reu¬
ter.
C. Eléments endémiques.
Tinna grassator (Puton) ; T. Balboi Menozzi ; T. atlantis Dispons ; Le-
thierrya biskrensis Puton ; Amphibolus Cambei Dispons ; A. Francot Dis¬
pons ; Coranus arenacetts Mouttei Dispons ; C. Chanceli De Bergevin ;
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DE L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE. 221
C. Kiritschenkoi Kiritschenkoi De Bergevin ; C. K. Bergevini Dispons ; C.
K. femoralis Dispons ; C. K. lateralis Dispons ; C. zibanicns Dispons ; C.
rugosicollis Puton ; C. angulatus Filsi Dispons ; Vachiria natolica pallidis-
pinis (Reuter) ; Rhaphidosoma Bergevini Poppius ; R. Hollandei Dispons ;
R. Dallonii De Bergevin ; R. teslacea Vidal ; R. Rungsi Vidal ; Vibertiola
cinerea Horvath ; V. argenlala Bergroth ; Oncocephalus fasciatus fàscialus
Reuter ; O. f. uplerns De Bergevin ; Stirogaster desertorum Horvath ; Redu-
vius Mayeti Puton ; R. Harterti Horvath ; R. biplagiatus Villiers, R. Berge¬
vini Dispons ; R. libestinus Villiers ; Holotrichns luclnosiis fuscescens Reu¬
ter ; H. Chopardi Villiers.
7. — Ethiopiens.
Ectomocoris fenesiralus (Klug) ; Cleptocoris chiragra (Fabricius) ; C.
strepitans strepitans (Rambur) ; C. s. rufipennis (Lucas) ; C. s. Ingnbris
(Stal) ; C. s. niger (Wollaston) ; Paramphibolns pusillus Reuter ; Rhaphi¬
dosoma Decorsei Jeannel ; Oncocephalus sahalensis Villiers ; R. minutas
(Reuter) ; R. Montandoni (Reuter) ; Pasira basiplera Stal.
8. — Incertains.
Empicoris rubromaculatiis (Blackburn) ; E. r. obsoletns Me Atee et Mal¬
loch ; Amphilobns manrns Reuter ; Rhapaclor biparliceps Puton ; Puloniola
Vaulogeri Montandon.
Parmi les Paléarctiques du premier groupe nous rencontrons des
Réduviides dont l’aire présente une grande extension. Après Reduvius
personatus, le plus répandu, notons Sastrapada Baerensprungi que l’on
retrouve dans l’Inde et Oncocephalus pilicornis qui s’étend en région
paléarctique jusqu’au Japon et largement en région éthiopienne. La
plupart des autres ont au contraire une répartition beaucoup plus
limitée dans certaines contrées d’Europe ou d’Asie.
Chez les Méditerranéens du deuxième groupe nous retrouvons des
Paléarctiques de la sous-région méditerranéene, à l’exception des Rédu¬
viides érémiens ou à affinités désertiques ou steppiques qui sont énu¬
mérés dans d’autres groupes.
Sous le terme de Berbériens, nous avons groupé les Réduviides
spéciaux au Maghreb. Sous celui d’Atlantidien, nous avons classé le
seul endémique actuellement connu des îles macaronésiennes ratta¬
chées à l’Afrique nord-occidentale, Ploearia marginata.
L’aire des Réduviides berbéro-érémiens se répartit sur les parties
steppiques de la Berbérie et les confins septentrionaux du Sahara. Il
s’agit en général d’insectes à tendance plus ou moins xérophiles ou
psammophiles.
Le groupe des Sahariens comprend les Réduviides nettement dé¬
sertiques. On remarquera l’importance des éléments endémiques.
Le septième groupe réunit les Réduviides originaires de la région
éthiopienne ; il comporte donc tous les Insectes que les auteurs dési¬
gnent sous divers titres (Sahéliens, Sahélo-soudanais, Tropicaux afri¬
cains, etc...).
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X. 15
Source : MNHN, Paris
222
PAUL DISPONS.
Dans un dernier groupe nous trouvons un petit nombre de Rédu-
viides dont le classement à l’intérieur des groupes précédents serait
discutable en raison de la dislocation de leur aire. Rhapactor biparti-
ceps représenté en Berbérie orientale et en Tripolitaine, en Maurita¬
nie littorale, dans l’Aïr et dans le nord de la région éthiopienne, est-il
un paléarctique ou un éthiopien ? Putoniola Vaulogeri, connu jusqu’en
1947 de la seule région de Sfax a été retrouvé par M. Villiers dans
l’Aïr ; de nouvelles découvertes pourront nous fixer sur le groupe au¬
quel appartient cet Insecte, mais il s’agit d’un Réduviide extrêmement
rare et les renseignements se feront peut-être attendre encore long¬
temps. Le cas d ’Empicoris rubromaculatus est bien différent, nous
avons déjà indiqué son aire de répartition qui ne permet guère de se
prononcer sur une origine certaine.
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DF L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
223
CHAPITRE V.
ORIGINE DU PEUPLEMENT.
Le peu de fossiles connus de Réduviides ne permet pas de fixer
les origines des Insectes de cette famille.
En 1891, Scudder a donné une liste de Réduviides fossiles de
l’Oligocène dans son « Index to the known of fossil insects of the
World ». De l’ambre de la Baltique, il signale Platymeris insignis qu’il
rapproche de «P. formicarius, du Brésil» (1), plusieurs Réduviides
sont indiqués comme étant des Reduviiis ou des Platymeris (2) d’espè¬
ces non déterminées. Les autres Réduviides fossiles signalés par S. H.
Scudder proviennent d’Allemagne (Bade), de France (Alsace, Aix),
de Yougoslavie (Croatie), des Etats-Unis (Colorado, Wyoming) et se
rapporteraient aux genres Ptoearia, Pirates, Harpactor, Stenopoda,
Euagoras (Pisilus) (2). Il semble que dans certains cas les Reduviidae
ont été confondus avec les Coreidae.
Actuellement on ne connait pas de Réduviides fossiles d’Afrique
nord-occidentale.
Le peuplement berbérien.
Les éléments énumérés dans les deux premiers groupes de notre
classification correspondent à 20 p. 100 de la faune. Ils sont représen¬
tés en Europe à une unité près, Oncocephahis acutangulus ; la forme
typique de Holotrichius luctuosus existant en Europe, nous négligerons
la seule variété « nigricans », localisée en Oranie.
Les avis sont partagés sur l’époque géologique à partir de laquelle
n’ont plus subsisté de liaisons terrestres d’une part entre les Massifs
bétique et riffain et d’autre part entre la Péninsule italienne et la Tuni¬
sie. Les géologues estiment que ces liaisons n’ont plus existé après le
Pliocène. Quoi qu’il en soit on doit concevoir un peuplement de la
Berbérie par des éléments septentrionaux appartenant aux deux pre¬
miers groupes.
Dans son étude sur la « Faune entomologique » (Coléoptères) du
Maroc comparée à celle de la Numidie », P. De Peyf.rimhoff considère
qu’une partie de la faune de la Berbérie est constituée par des reliques
nordiques chassées vers le Sud par la progression du froid, cette mi-
(1) Leogorrus (ocjuicarius (Fab.) de la Guyane anglaise.
(2) Platymeris et Pisilus sont des genres tropicaux, appartenant à la famille
des Acanthaspidinae.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. X. 16
Source : MNHN, Paris
224
PAUL DISPONS.
gration n’ayant pu s’exercer que pendant le temps limité précédant
les effondrements qui déterminèrent la coupure méditerranéenne.
Concernant les Orthoptères, le Professeur L. Chopard apporte
également la preuve d’un peuplement de la Berbérie par les deux extré¬
mités de la côte en raison de l’existence de Pamphagiens et de Sciobiae
aptères ou subaptères dans le Maghreb. On peut admettre que cette
constatation est valable pour certaines Réduviides et il se peut que
ce soit le cas de Ploearin domestica, Empicoris culiciformis, Pirates
striduliis, Rhinocoris erythropus.
Il n’en demeure pas moins étonnant que des espèces qui existent
jusque dans le sud de la Péninsule ibérique et en Sicile ne se retrou¬
vent pas en Berbérie ou y sont rares. Lord Rothschild constate, chez
les Lépidoptères, l’absence en Mauritanie d’espèces communes en An¬
dalousie et il se demande pourquoi par exemple Vanessa urticae qui
est si commune en Espagne apparaît si timidement en Afrique alors
que Vanessa polychloros y est abondante. Chez les Réduviides les
mêmes questions se posent ; Pygolampis bidentata qui se trouve en
Espagne et en Sicile n’a jamais été rencontré en Afrique ; Rhinocoris
cuspidatns que nous avons pris en différents points de l’Espagne n’a
pas été retrouvé en Berbérie, bien que ses conditions d’existence soient
très voisines de cellës de Rhinocoris erythropus qui est commun en
Berbérie ; Empicoris vagabunda largement représenté en Europe ou
il existe à Malaga et Païenne n’a pas été signalé d’Afrique. D’autres
espèces comme Pirates hybridus et Commis subapteriis semblent rares
en Afrique nord-occidentale alors qu’elles sont répandues en Europe.
Il convient cependant de se montrer prudent en ce qui concerne les
Emesinae pour lesquels de nouvelles recherches peuvent altérer les
données actuelles ; c’est ainsi que Ploearia domestica dont la présence
en Afrique du Nord était contestée existe bien en Algérie où nous
l’avons recueilli à plusieurs reprises ; le genre Stenolaemus dont au¬
cune espèce n’avait encore été signalée d’Afrique nord-occidentale est
représenté par S. kabylinus.
Par contre, la proposition inverse du peuplement de l’Europe mé¬
diterranéenne par des Réduviides tyrrhéno-berbères doit être envisa¬
gée : elle peut se démontrer par la présence de Reduvius villosus en
Sicile et dans le sud de l’Espagne, de Commis niger dans la Péninsule
ibérique, en Corse, en Sardaigne et en Sicile, d ’lschnomgctes barbants
en Corse et en Sicile.
Touchant l’origine tyrrhénienne du peuplement coléoptèrologiquc
de la Berbérie, P. de Peyerimhoff dans l’étude déjà citée, déclare
« qu’il ne s’est pas réalisé de série » tyrrhéno-berbère en tant que dif¬
fusée de la Tvrrhénide jusqu’au Maroc, les tyrrhénidiens étant tous
frappés d’arrêt à l’ouest, la plupart dès l’Algérie centrale ». Cette con¬
clusion ne se vérifie pas pour les Réduviides : Ischnonyctes barbants
est commun à la Sicile, à la Corse, à l’Algérie et au Maroc ; Commis
niger existe dans le Bassin méditerranéen occidental et dans tout le
Maghreb ; Sphedanolestes lividigaster que l’on ne saurait classer
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DK L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
225
parmi les reliques nordiques au sens indiqué plus haut par M. P. de
Peyerimhoff pour les Coléoptères est un élément méditerranéen qui
existe en Europe méridionale et dans toute la Berbérie.
Le peuplement saharien.
On admet en général que le Sahara est annexé à la région paléarc-
tique. Concernant les Réduviides il est difficile d’adopter cette concep¬
tion. Nous rejoignons sur ce point l’opinion de H. Heim de Balsac
qui, touchant les Mammifères et les Oiseaux, considère qu’il est « tout
à fait arbitraire et inadmissible de vouloir intégrer le Sahara à la
région paléarctique, selon l’expression classique ». La faune des Rédu¬
viides du Sahara possède une autonomie assez marquée, non seule¬
ment elle n’est pas altérée par la présence de reliques méditerranéen¬
nes comme on l’a signalé pour d’autres familles d’Hétéroptères et
pour les Coléoptères, mais elle est relativement moins voisine de la
faune tropicale que ne le sont les faunes mammalienne et avienne.
Nous avons déjà rappelé que de Peyerimhoff considère que le
peuplement du Hoggar présente un pourcentage méditerranéen impor¬
tant. L’Atakor dit-il est « une sorte d’enclave méditerranéenne pana¬
chée d’éléments sahariens... ». Pour notre part, nous ne pouvons signa¬
ler aucun Réduviide permettant de vérifier cette assertion. Les autres
massifs, Air et Tibesti, recèlent d’après les renseignements actuels,
une faune réduvienne qui n’a aucune affinité méditerranéenne.
Bodenheimek a souligné dans les différents Ordres d’insectes la
présence d’éléments irano-touraniens en Afrique nord-occidentale.
Mais, de Peyerimhoff a contesté toute analogie entre les faunes de la
province touranienne (définie par Semenov Tian-Shansky, comme
s’étendant du Turkménistan et de l’Uzbékistan aux confins du Sin-
Kiang) et les régions érémiennes de l’Afrique nord-occidentale.
Sept espèces parmi celles qui ont été inventoriées au cours de
cette étude se retrouvent dans les contrées steppiques ou désertiques
de la portion la plus orientale de la région paléarctique. Concevoir que
ces espèces ont effectué une migration de l’est à l’ouest est une hypo¬
thèse qui parait sans doute séduisante, mais que rien ne démontre ;
on pourrait admettre dans ce cas que ces Réduviides ont trouvé à
l’ouest des conditions écologiques analogues à celles de leurs habitats
orientaux et ont constitué des îlots de colonisation. Remarquons que
quatre de ces espèces ne dépassent pas à l’ouest le méridien de Biskra
(Rediwius pnllipcs et lestoceus, Ectomocoris luridiis, Oncocephalus
notatus). Commis angulatus ne s’éloigne pas plus loin, dans la même
direction que les steppes de Guercif. Les stations les plus occiden¬
tales d’Ectomocoris ululons se situent à Colomb-Béchar et à Tarhit,
l’espèce se retrouvant dans les parties steppiques de la Péninsule
ibérique. Seul Rediwius tabidus atteint le littoral de l’Atlantique en
Mauritanie et l’Atlas marocain.
Bodenheimer estime que ces éléments irano-touraniens sont des
« reliques » et non des « pionniers » comme on pourrait le supposer.
Source : MNHN, Paris
226
PAUL DISPONS.
Autrement dit, d’après cet auteur, des parties de territoires occupées
aujourd’hui par la Méditerranée auraient été habitées par une faune
steppique très similaire à celle de la faune irano-touranienne actuelle,
des changements climatiques auraient réduit le caractère steppique
du terroir et modifié peu à peu la faune qui dominait à cette époque.
Bodenheimer est même conduit à déclarer qu’il se pourrait qu’à l’épo¬
que où les steppes prévalaient sur le territoire actuellement occupé
par la Méditerranée la faune considérée aurait pu ne pas exister dans
l’Asie Centrale. Cet auteur rejette catégoriquement l’hypothèse du peu¬
plement par voie aérienne (émise par De Bergevin pour les Homo-
ptères).
Le peuplement saharien originaire de la région éthiopienne inté¬
resse neuf espèces et trois sous-espèces. Certains de ces éléments sont
restés cantonnés dans l’extrême sud de l’Afrique nord-occidentale et
ne se trouvent que dans l’Aïr ( Oncocephnliis sahelensis, Rhaphidoso-
ma Decorsei, Rediwius Monlnndoni). Par contre, d’autres espèces ont
étendu leur aire jusqu’en Bcrbérie ( Cleptocoris strepitans et ses varié¬
tés, Reduvius minutas, Pasira basiptera, Paramphibolus piisillus) se
créant des zones de distribution disloquées soit en abandonnant la
portion hostile de leur aire dans le Sahara, soit en évitant de coloniser
cette région désertique qui est actuellement devenue un véritable rem¬
part écologique aux migrations. Cette remarque comporte des excep¬
tions en ce qui concerne le littoral mauritanien ( Pasira basiptera ) et
les Oasis libyques ( Cleptocoris strepitans rufipennis). Certaines de ces
espèces ont atteint l’Archipel macaronésien : Canaries ( [Pasira basipte¬
ra, Cleptocoris strepitans, Cleptocoris chiragra, Ectomocoris fenestra-
tus ), Madère (Cleptocoris strepitans, Cleptocoris chiragra).
Le peuplement macaronésien
et son « enclave continentale ».
L’affinité des flores du Maroc océanique et subocéanique avec
celle des Canaries et de Madère a été soulignée par plusieurs auteurs.
Dans le sud-ouest du Maroc on rencontre un groupe de plantes affines
d’espèces atlantidiennes qui donnent un caractère très original à la
flore. Argania spinosa, arbre de la famille des Sapotacées en est un
des éléments caractéristiques ainsi que certaines euphorbes cactoïdes
telles (\u'Euphorbia échinas et Euphorbia obtusifolia regis Jubae.
Ainsi que l’a écrit H. Heim de Balsac, « le nombre élevé des végé-
« taux et des insectes endémiques des Canaries et de Madère a permis
« aux botanistes et aux entomologistes de considérer ces îles comme
« un domaine particulier, un centre de formation d’espcces fort dif-
« férent de l’Afrique du Nord... La présence de plusieurs de ces types
« endémiques macaronésiens sur le littoral chérifien méridional a
« permis de reconnaître une enclave macaronésienne qui est devenue
« un secteur phytogéographique particulier ».
« P. de Peyerimhokf déclare également que « cette enclave maca-
« ronésienne, aux bords du continent africain, est la particularité
Source : MNHN, Paris
RÉDUV1IDÉS DE L’AFRRJUE NORD-OCCIDENTALE.
227
« biogéographique la plus singulière du Maroc et qu’elle s’exprime
« dans le inonde des Insectes tout comme dans le monde des Plantes ».
Cette constatation ne se justifie guère en ce qui concerne les Rédu-
viides. S’il existe un certain nombre d’endémiques localisés dans le
Sud-ouest marocain, on ne peut démontrer l’affinité de ces espèces
avec des éléments correspondants dans l’Archipel macaronésien qui
présente une faune réduvienne sans originalité, d’après les connaissan¬
ces actuelles. Nous avons déjà vu que nous n’avons pu classer sous
la rubrique atlantidienne que le seul Emesinae, Ploearia marginata, de
Madère, dont la validité spécifique a d’ailleurs été contestée probable¬
ment à tort. Les endémiques de la zone littorale et sublittorale du
Sud-marocain n’ont pas été rencontrés jusqu’à présent dans les îles
(Ploearia Berlandi, Tinna maroccana, Rhaphidosoma Rungsi, Rhaphi-
dosoma argnniae, Amphibolus maroccanas, Glgmmatophora dubia).
Par contre, une espèce macaronésienne Ploearia canariensis, non re¬
trouvée au Maroc a été signalée à San Remo sur la Riviera italienne.
Quant à Empicoris salinus, de Rabat, M.J.P. Vidal l’a recueilli en
provenance des Canaries.
Concernant les Oiseaux, Heim de Balsac considère que le « sec¬
teur macaronésien » du Maroc est une expression dépourvue de sens
et qu’il n’y a pas de peuplement berbère en Macaronésie. On doit cons¬
tater qu’il en est de même pour les Réduviides lorsque l’on énumère
les espèces suivantes qui vivent dans les archipels : Ploearia domestica,
Cleptocoris strepitans, Coranus aegyptins, Oncocephalns squalidas,
Oncocephalus pilicornis, Redtivius personatus.
La faune de l’Archipel des Açores mérite une mention spéciale.
Dans l’Introduction de « Voyage de M. M. L. Chopard et A. Mequignon
aux Açores (Août-septembre 1930) », le Professeur L. Chopard écrit :
« l’impression générale qui saisit après des journées de « chasse dans
la région, est celle d’une banalité désespérante». La flore diffère de
celles des autres îles atlantidiennes ; ainsi, que l’indique le Professeur
Chopard, une partie de la flore est importée et provient du Brésil et
des possessions portugaises d’Afrique ; l’une des plantes d’importa¬
tion, Hedychium Gardnerianum Rose s’est même développée au point
de détruire dans une grande partie de l’ile de Sâo Miguel la végéta¬
tion herbacée indigène.
Les auteurs qui ont étudié, chacun dans leur spécialité, les Insec¬
tes récoltés aux Açores par la Mission de M. M. Chopard et Mequignon
ont tous insisté sur la pauvreté de la faune cntomologique : « pour les
« Orthoptères il s’agirait d’une faune d’origine méditerranéenne an¬
se cienne, très appauvrie, à laquelle s’ajoute un certain nombre d’espè-
« ces cosmopolites, qui se laissent transporter facilement, et deux for-
i mes nettement exotiques, d’origine américaine, paraissant bien accli-
« matées » (L. Chopard) ; pour les Diptères, la faune « a probable¬
ment une origine méditerranéenne » (E. Séguy) ; les Névroptères, les
Ichneumonides, les Fourmis ont surtout une origine européenne (Lon-
gin Navas, A. Seyrig, F. Santschi) ; chez les Coléoptères les éléments
dominants sont surtout des ubiquistes (C. Colas) ; la faune aranéenne
Source : MNHN, Paris
228
PAUL DISPONS.
présente des affinités presque u niqué ment avec l’Europe centrale CL.
Berland). Concernant les Mammifères et les Oiseaux, le Professeur
Heim de Balsac considère que « l’Archipel des Açores apparaît comme
une dépendance faunique de l’Europe moyenne » et que « ses rapports
avec l’Afrique du Nord sont très éloignés ou même inexistants ».
Chez les„Hétéroptères, Francis Bernard a constaté que « la plu-
« part des formes sont des vulgarités européennes, vraisemblablement
« importées avec des plantes et encore beaucoup de grands genres
« paléarctiques manquent-ils à leur liste. Deux éléments plus intéres-
« sants, signalés dans quelques cas, l’élément autochtone et l’élément
« américain semblent faire défaut jusqu’ici parmi les Hémiptères ».
Concernant les Réduviides, les deux seules espèces signalées sont des
Emesinae : Empicoris vitticollis, rencontré dans l’île de San Miguel et
qui existe dans le sud-est de la France, en Vaucluse, Ploearia canarien-
sis, pris à Terceira, et dont nous avons déjà indiqué la présence aux
Canaries, à Madère et à San Remo en Italie. Considérant que ces deux
espèces sont bien particulières, on peut estimer que les conclusions
touchant les affinités de la faune des Açores ne sont pas confirmées
pour les Réduviides si l’on observe que les formes répandues eurafri-
caines semblent être absentes. L’explication biogéographique reste in¬
certaine. La constatation de Chopard, concernant les Orthoptères est
applicable aux Réduviides : « Tant de groupes manquent entièrement
« qu’il est difficile de tirer une conclusion quelconque de leur absence.
« On peut noter cependant que les formes lusitaniennes, aussi bien
« que celles qui, d’après Uvarov, proviennent de l’ancien continent
« d’Angara, font complètement défaut ; ceci semblerait indiquer que
« si les Açores ont été réunies à l’Europe, c’est à une époque assez éloi-
« gnée qu’on peut probablement situer vers le Tertiaire moyen ».
Quant à la présence de Ploearia canariensis, on peut considérer, comme
le signale encore L. Chopard pour les Orthoptères, qu’il y a eu, à une
certaine époque, des relations entre les Açores, Madère et les Canaries.
De l’inventaire des espèces et de leur classement chorologique
nous avons essayé de retirer quelques données sur le peuplement rédu-
vien de l’Afrique nord-occidentale.
Toute contribution biogéographique est marquée par une réserve
de rigueur. Il faut certes conserver une place pour les faits nouveaux
qui pourraient encore être décelés ; rappelons, par exemple, que les
genres Stenolaemus et Pijqolampis n’avaient pas encore été signalés
de Berbérie et que nous ne les avons rencontrés qu’après plusieurs
années de recherches.
Ainsi, à l’exception de la banalité macaronésienne, la conclusion
apportée à notre étude fait ressortir une certaine originalité de la faune
réduvicnne de l’Afrique nord-occidentale : nombreux endémiques, com-
Source : MNHN, Paris
RÉDUVIIDÉS DR L’AFRIQUE NORD-OCCIDENTALE.
229
pris clans une majorité d’éléments méditerranéens érémiens pour les
trois quarts de l’ensemble, les autres éléments étant représentés en
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LÉGENDES DES PLANCHES.
Planche I.
1. — Sud-algérien. Sous les tamarix, tronc de palmier abattu : biotope de
Tinna grassator (Puton).
2. — Vallée de l’Oued el Had (Sud de Tablai). Sous les écorces et au pied
des eucalyptus : biotopes de Reduviiis villosus Fabriciys.
Planche II.
3. — Sud-algérien. Stem>es dans la région de Bou-Saâda : Amphibolus
bedninus Puton, Commis angiilatiis Stal, Rhuphidosoma inermiceps
HorVath, Ploearia gutluralis Noualhier.
4. — Sud-marocain. Steppes à « daghmous » (euphorbes cactoïdes) : Ploearia
Berlandi Villiers, Tinna maroccana Dispons, Reduvins Pnloni Reuter.
Planche III.
5. — Sud-algérien. Oued Sadouri : Reduvins labidus (Klug), Amphibolus
Francoi Dispons, Amphibolus Cambei Dispons.
(i. — Grande Kabylie. Dunes littorales : Ischnonpctes barbants (Lucas),
Holoplilus oraniensis Puton.
Planche IV.
7. — Grande Kabylie (à l’arrière-plan, la Chaîne du Djurdjura) : Oncoce-
phalus acutangulus Reuter, Sphedanolesles lividigaster (Mulsant et
Rey), Rhinocoris ergthropus (I..), Ploearia djurdjurana Dispons.
8. —• Cap Djinet. Bas-fond à proximité de la mer, en juillet : biotopes de
Cleplocoris strepitans (Rambur) dans les fossés humides, d 'Oncoce-
phalus pilicornis (Herrich-SchalTer) et de Commis aegyplius (Fa-
bricius) au pied des plantes.
Achevé d'imprimer le 15 novembre 1955.
Imprimé en France. l.e Directeur-Céranl : René Jeannel.
Imprimerie Maurice Declume, Lons-le-Saunier — 317-55-360.
Novembre 1955 « Dépôt légal 4' trimestre 195"> — n" 4486 ».
Source : MNHN, Paris
REDUVIDES D’AFRIQUE DU NORD
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tome X
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PI. IV
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