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MÉMOIRES
ISBN 2-11080-725-3
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série Â, Zoologie
TOME 111
jean>Louis HEIM
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE
DE BUFFON À MONTBARD (COTE D’OR)
ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE ET GÉNÉTIQUE
PARIS
ÉDITIONS DU MUSEUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V*)
1979
Source ; MNHtJ, Paris
ÉDITIONS DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
En vente à la Bibliothèque centrale du Muséum,
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris
C.C.P. : Paris 9062-62 Y
Annuaire du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1939).
Archives du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1802. In-4“, sans périodicité).
Bulletin du Muséum naiional d’Histoire naturelle (depuis 1895. Depuis 1971, divisé en 6 sections : 2k>olo*
gie, Botanique, Sciences de la Terre, Sciences de l’Homme, Sciences physico-chimiques. Écologie
générale. 4 livraisons par an).
Les grands Naturalistes français (depuis 1952. Sans périodicité).
Mémoires du Muséum national d’Histoire naturelle (depuis 1935. Depuis 1950, nouvelle série en 3 (puis 4.
parties : A. Zoologie ; B. Botanique ; C. Sciences de la Terre ; D. Sciences physico-chimiques)
Sans périodicité).
Notes et Mémoires sur le Moyen-Orient (depuis 1933. In-4®, sans périodicité).
Publications du Muséum national d’Histoire naturelle (depuis 1933. Sans périodicité).
Source : MI-tHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Zoologie, Tome 111
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE
DE BUFFON À MONTBAHD (CÔTE D’OR)
ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE ET GÉNÉTIQUE
par
Jean-Louis HEIM*
SOMMAIRE
AVANT-PROPOS. 5
INTRODUCTION.. 7
1. — Le caveau. État de conservation des squelettes. 7
2. — Traitement des os au laboratoire. 8
1) Séchage et nettoyage. 8
2) Restauration. 8
3) Consolidation. 9
3. — Identification des restes humains. 9
CHAPmiE I. LES SQUELETTES MASCULINS. TÊTE OSSEUSE. 13
I. — Georges-Louis Leclerc, Comte dé Buffon. 13
1. — Cranium. 13
Caractères généraux. 13
Étude descriptive. 14
2. — Mandibule. 18
Caractères dimensionnels. 18
Caractères descriptifs. 18
II. — Benjamin-François Leclerc, père de Buffon . 19
1. — Cranium. 19
Caractères généraux.
Étude descriptive.
2. — Mandibule.
Caractères dimensionnels.
Caractères anatomiques.
Chapitre II. L’ENDOCRÂNE DE BUFFON.
I. — Caractères dimensionnels.
1. — Capacité crânienne.
* Laboratoire d’Aothropologie du Muséum nacionaJ d'Hiscoire naturelle, Musée de l'Homme, Palais de Chaillot, Place du
Trocadéro, 75116 Paris.
Source : MNHM, Paris
JEAN-LOUIS HEIM
2. — Le moulage endocrânien. 27
1) Dimensions absolues. 27
2) Indices. 28
3) Fuite du front. 30
4) Surplombement des lobes occipitaux. 30
II. — Étude descriptive. 30
1. — Base du crâne osseux. 30
2. — La voûte crânienne. 31
3. — Le moulage endocrânien. 31
A. — Topographie vasculaire. 32
B. — Lobes et circonvolutions du cerveau. 35
C. — Le cervelet. 36
CHAPnnE III. LES SQUELETTES MASCULINS. SQUELETTE DU TRONC. 38
I. — Colonne vertébrale. 38
1. - BulTon. 38
Vertèbres cervicales. 38
Vertèbres thoraciques. 39
Vertèbres lombaires. 40
Sacrum. 40
2. — Benjamin-François. 41
Vertèbres cervicales. 41
Vertèbre lombaire. 41
Sacrum. 42
II. — Restes masculins D’AiTiuBunoN duprécise. 42
Sternum. 42
Squelette costal. 42
CHAPriRE IV. LES SQUELETTES MASCULINS. SQUELETTE DES MEMBRES. 43
I. — Membre supérieur. 43
1. — Ceinture scapulaire. 43
Omoplates. 43
Clavicules. 43
2. — Os longs. 45
A. — BulTon. 45
Humérus. 45
Radius. 46
Ulna. 46
B. — Benjamin-François. 46
Humérus. 46
Radius. 47
Ulna. 48
II. — Membre inférieiti. 48
1. — Os coxaux. 48
A. — Bufibn. 48
B. — Benjamin-François. 50
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBAHD (CÔTE D’OR)
3
2. — Os longs.
A. — ..
Fémurs.
Tibias.
Fibulae.
B. — Benjamin-François.
Fémurs.
Tibias.
Fibulae.
III. — Restes masculins d'atibibution imprécise.
1. — Rotules.
2. — Squelette des mains et des pieds.
A. — Les os de la main.
Carpe .
Métacarpiens et phalanges.
B. — Les os du pied.
IV. — Stature et proportions corporelles.
CHAPriRE V. MARIE-FFIANÇOISE DE BUFFON, ÉPOUSE DE GEORGES-LOUIS LECLERC . . . .
I. — Tcte osseuse .
1. — Cranium.
Caractères généraux.
Étude descriptive.
2. — Mandibule.
II. — Squelette du tronc .. ..
1. — Vertèbres.
Vertèbres cervicales.
Vertèbres thoraciques.
Vertèbres lombaires.
2. — Cage thoracique.
III. — Squelette appendiculaire .
1. — Omoplates.
2. — Clavicule.
3. — Humérus.
4. — Radius.
5. — Cubitus.
6. — Os coxaux.
7. — Fémurs.
8. — Tibias.
9. — Péronés.
10. — Rotule.
11. — Squelette des mains.
12. — Squelette du pied.
IV. Stature et proportions corporelles .
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Source ; MNHN, Paris
JEAN-LOUIS HEIM
CHAPmiE VI. MARIE-HENRIETTE,- FILLE DE BUFFON. 72
1. — Crâne (cranium). 72
2. — Mandibule. 73
3. — Squelette des membres. 74
Fémur. 75
Tibias. 75
Péronés. 75
Humérus. 75
Radius. -75
CONCLUSIONS. 77
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES. 79
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR)
AVANT-PROPOS
Connaître BufFon, certes c’est connaître avant tout son œuvre, c’est découvrir le naturaliste
et rhonrme de science pour mieux comprendre le philosophe. Comprendre BufTon, c’est saisir le
sens d’une époque avec tout ce qu’elle apporta de renouveau dans la façon de contempler, d’inter¬
préter et de mieux aimer cette Nature dont l’Homme fait désormais totalement partie. Connmtre
BuiFon, c'est deviner l’homme à travers des sentiments, des passions, des débordements même et
un pragmatisme qui ne fait guère oublier le poète. C’est encore, percevoir le génie du verbe, l’art
du styliste, mais c’est dévoiler aussi l’homme d’affaires aux exigences implacables, l’industriel de
portée nationale, le sylviculteur créateur de forêts, l’homme de cœur et le seigneur tout puissant
et respecté de Montbard, dont le moindre désir se concrétisait presque toujours par une réalité.
Connaître Buffon, c’est aussi entrevoir son existence quotidienne, la douleur que lui infligea
la perte de sa fUlette^ et de sa jeune épouse, les souffrances que lui occasionnaient ses malheurs
physiques, les derniers instants de sa vie lorsque, voyant sa fin prochaine, il dictait à son fils ses
ultimes paroles pour une lettre à l’intention de Madame Necker. Et c’est là que son histoire s’in¬
terrompt, un an avant l’éclatement de la Révolution Française. Son œuvre scientifique sera en partie
poursuivie par ses proches collaborateurs, l’Abbé Bexon et le géologue Faujas de Saint-Fond, avant
de devenir la clé de voûte des jeunes thèses évolutionnistes de la fin du xvm^ siècle.
Certes, Buffon ne nous a pas complètement quittés car il y a au fond de chaque naturaliste
un Buffon qui sommeille. Mais que sait-on au juste de sa personne physique? Peu de choses en
vérité, et bien qu’il ait inspiré maints portraitistes et sculpteurs, il n’existe pratiquement aucun
document détaillé le concernant. La chance a voulu que les restes de son squelette nous parviennent
presque intacts et c'est ainsi qu’il m’a été permis de les examiner. Puisse la présente étude apporter
quelques indications sur ce qu'était cet autre Buffon, ce Buffon que lui-même n’a probablement
jamais connu.
Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon, mourut à Paris le 16 avril 1788. La gravelle, dont
il souffi'ait depuis sa jeunesse, était à l'origine de fréquentes douleurs que seuls une constitution
robuste et un tempérament opiniâtre avaient permis de surmonter. C’est à l’issue d’une crise par¬
ticulièrement aiguë que le naturabste devait succomber un peu avant l’âge de 81 ans. L’autopsie
pratiquée le lendemain même de sa mort, devait révéler la présence de plus de 56 calculs dans la
vessie et le rein gauche.
Selon sa demande, certains de ses viscères furent prélevés à des fins scientifiques. Faujas de
Saint-Fond, dernier collaborateur de Buffon à « L’Histoire Naturelle des Minéraux » après la mort
de l’Abbé Bexon, hérita du cœur mais le restitua au fils du savant, Georges-Louis-Marie, en échange
du cerveau. Ce dernier aurait fait don du cœur à Madame Necker avec qui Buffon s’était lié d’une
profonde et fidèle amitié durant les dernières années de sa vie. Le cerveau fut ultérieurement scellé
dans le socle de la statue du naturaliste, érigée par Pajou pour le Muséum, et dans lequel il se trouve
encore. En revanche, nous ignorons ce qui advint du cœur et des autres viscères.
De somptueuses fitnérailles se tinrent le 18 avril en l’église Saint-Médard à Paris, à la suite
desquelles le corps fut transporté à Montbard et inhumé dans le caveau familial de la chapelle
seigneuriale de l’église Saint-Urse, aux côtés de sa fille, de sa femme et de son père décédés res¬
pectivement en 1759, 1769 et 1775.
Source : MNHN, Paris
6
JEAN.LOUIS HEIM
La fureur des années révolutionnaires n'épargna pas la sépulture. Sous prétexte d’en extraire
le plomb poiu" confectionner des cartouches, les cercueils furent éventrés, et, malgré la désappro¬
bation modérée de la Convention, cet acte sacrilège ne fut guère réparé. Le projet de pose d’une
dalle funéraire en mémoire du naturaliste fut vite abandonné. En 1793, quelques jours avant le
9 Thermidor, le fils de BufTon était guillotiné et son corps s'en fut rejoindre une autre sépulture
en compagnie de ceux dont la tête était tombée sous l'échafaud. Cette exécution capitale mettait
fin à la descendance directe de Bufïbn dont le souvenir s'immortalisera cependant à travers son
œuvre et les quelques 365 portraits, peintures, gravures et sculptures qui furent réalisés de son
vivant ou d'après les œuvres originales.
Au XK* siècle, le caveau de Montbard fut ouvert au moins une fois en 1852 pour accueillir
le corps de Betzy, petite-nièce de Daubenton et seconde épouse du fils de BufFon. Le cercueil, encore
visible à droite en entrant dans la chambre funéraire, a conservé son revêtement initial en dépit
des détériorations causées par l'humidité. Il est également permis de supposer, sans que l'on puisse
l’affirmer, que Benjamin Edme Nadault de BufFon, époux de la demi-sœur du naturaliste et con¬
seiller au Parlement de Dijon, fut momentanément inhumé dans le caveau dès l'année 1804. La
sépulture demeurera fermée jusqu’au premier quart du xx* siècle. À l'occasion de la réfection par¬
tielle de l'église, le caveau fut ouvert en 1927 à l’initiative des autorités communales et de l’an¬
cienne Société archéologique de Montbard. Le spectacle qui s'offrait était désastreux : les cercueils
contenant les restes de Buffon et des trois autres membres de sa famille étaient disloqués; les osse¬
ments, éparpillés sur le sol humide, avaient subi de graves dommages. L’ensemble des os fut alors
soigneusement regroupé dans une seule caisse, mais aucun classement individuel ne fut entrepris.
Il faudra attendre l’année 1971 pour que la Société des Amis de la Cité de Montbard, créée
depuis 1968, prenne en considération la nécessité de rendre un ultime hommage au grand natu¬
raliste bourguignon. Grâce à l’initiative de son Président, Monsieur Sébillotte et de Mademoi¬
selle Huguette Rossano, Secrétaire générale de la Société, le projet auquel la Convention n'avait
abouti, put enfin être réalisé. La dalle fiinéraire que les Montbardois avaient souhaitée depuis
longtemps fut gravée au mois de juin et entreposée dans l’église Saint-Urse en attendant d’être
installée défimtivement au-dessus de l’ouverture du caveau. Les parois de la chambre funéraire
furent assainies et son dallage entièrement refait.
Il ne restait plus qu’à identifier les restes squelettiques, à les restaurer et à les regrouper
suivant leur appartenance individuelle. C’est dans ce but et à la demande de Monsieur le Profes¬
seur Max Vachon que je fus invité à me rendre à Montbard le 4 mai 1971.
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR)
INTRODUCTION
1. — Le caveau. État de conservation des squelettes.
Le caveau s’ouvre au centre de la chapelle seigneuriale par un orifice quadrangulaire au-des¬
sus duquel la dalle funéraire a été récemment scellée. On y accède par un passage étroit en bas,
formé de sept marches élevées et débouchant dans la chambre sépulcrale par ime ouverture sur¬
baissée de 1,10 m de hauteur. On se trouve alors dans une petite salle voûtée et rectangulaire,
orientée E-0 et mesurant un peu plus de 2 mètres de large sur 4 mètres de long. La voûte, qui
forme un arc légèrement brisé sur toute la longueur du plafond, s’élève latéralement à 92 cm du
sol pour atteindre 1,72 m au centre. Le cercueil de la petite nièce de Daubenton, situé aussitôt
à droite de l’entrée, occupe presque toute la largeur de la paroi occidentale du caveau. Il est recou¬
vert d’une feuille de plomb très oxydé, ce qui témoigne de son installation dans le caveau après la
violation de la sépulture lors de la Révolution (figure 1).
Fie. I. — Le caveau de l'église Saint-Urse à Montbard avant l'opéradonde sauvetage. A. plan d'ensemble du caveau. B, coupe ver¬
ticale. 1. cercueil contenant les restes de Betzy, petite-nièce de Daubenton et seconde épouse du bis de Bufibn. 2, caisse
disjointe contenant les restes des squelettes de BuIFod et des trois autres membres de sa ramille. 3, escalier d'accès.
Les recherches entreprises au printemps 1971 avaient permis de constater que la partie cen¬
trale de la salle était occupée par une caisse en bois dont les planches disjointes et effondrées
avaient mis à découvert les restes squelettiques de plusieurs individus que nous pûmes facilement
identifier comme étant ceux de Buffon, de son père, de sa femme et de sa fille. L’atmosphère extrê¬
mement humide du caveau, que la détérioration quasi totale du dallage primitif rendait encore plus
intense, avait favorisé l'apparition de dépôts de salpêtre sur les parois et sur la voûte, et avait
imprégné les os de telle sorte que leur densité s’en trouvait considérablement augmentée. Certaines
Source : MNHN, Paris
;ean-louis heim
parties des squelettes (corps vertébraux, côtes, ceintures scapulaires et pelviennes, bases des crânes,
restes de l’enfant), plus fragiles que les os longs, les dents et les voûtes crâniennes, étaient plus
ou moins endommagées et avaient particulièrement souffert des méfaits des conditions physico¬
chimiques ambiantes. En effet, les cassures post-mortem affectant plusieurs éléments des sque¬
lettes et la destruction partielle de l'os compact superficiel qui peut atteindre une minceur extrême,
ont favorisé les processus d'ostéolyse au sein du tissu spongieux en ouvrant la voie à la pénétra¬
tion de l’eau salpêtrée et manganifère. L’action des nitrates et des sels de manganèse se confirme
par un dépôt violet ou verdâtre, siégeant au niveau des surfaces osseuses en contact direct avec le
sol et sur le bord de plusieurs régions détruites.
Outre les pertes de substance liées à l'altération due aux conditions hygrométriques désas¬
treuses, certains éléments des squelettes n’ont pu être retrouvés, soit que leur destruction fut totale
(os coxal gauche du père, plusieurs vertèbres de tous les sujets, certaines clavicules et omoplates,
un sacrum adulte, de nombreuses portions du squelette du jeune enfant), ou encore qu'ils fiassent
égarés par suite des diverses manipulations auxquelles ils donnèrent lieu depuis l'inhumation pre¬
mière (quelques dents du sujet féminin adulte, éléments des pieds et des mains par exemple).
L’état d’altération de ces restes humains nécessitait un traitement systématique afin de les
débarrasser de l'humidité qui les imprégnait et des dépôts laissés par cette dernière sur la plu¬
part des surfaces osseuses. De plus, si l'identification provisoire des quatre individus put être faite
sur place, le dénombrement minutieux et le regroupement de tous les éléments imposaient un tra¬
vail en laboratoire après que la restauration et la consolidation fussent réalisées. Enfin, l'état du
caveau exigeait un travail d’assainissement des parois et de réfection du sol nécessaires pour que
la conservation des squelettes fut assurée dans les meilleures conditions possibles.
Ainsi, grâce à l’obligeance du Maire et des responsables de la Société des Amis de la Cité de
Montbard, la totalité des squelettes fut envoyée au Laboratoire d’Anthropologie du Muséum (Musée
de l’Homme) de Paris le 5 mai 1971, où le matériel fit l'objet d’une restauration complète et donna
lieu à un certain nombre d’observations.
2. — Trattemekt des os au laboratoire.
Le traitement des os se déroula en trois phases successives : déshydratation, restauration et
consolidation, lesquelles exigèrent un certain nombre de précautions, notamment dans les délais du
temps de séchage et dans les concentrations différentes des solutions ayant servi à la consobdation.
1) Séchage et nettoyage.
Dès leur arrivée au Musée de l’Homme, tous les os furent disposés à plat sur des feuilles de
papier journal dans l’atmosphère ambiante d’une salle de travail non chauffée (nous étions à la fin
du printemps). Ainsi, durant plusieurs semaines, les os purent sécher progressivement à l’air libre
sans aucune déshydratation accélérée, afin d'éviter la déformation ou la fracture des pièces les plus
fragiles. Un lavage à l'eau claire de toutes les pièces, suivi d’un second temps de séchage, permit
ensuite de faire disparaître la plus grande partie des dépôts colorés et salpêtreux ainsi que la terre
qui s’était logée dans les replis et les dépressions des surfaces osseuses.
2) Restauration.
Une fois secs, les os ou portions osseuses furent immergés dans une solution diluée de gomme-
laque et d’alcool à vernir afin de permettre le durcissement en profondeur de l’os spongieux. Cer¬
tains éléments particubèrement poreux tels que les ceintures, les sacrums et les vertèbres ont,
après 24 heures de séchage, subi un nouveau bain dans une solution légèrement plus concentrée.
Le travail de restauration et de coUage proprement dit fut relativement aisé. En effet, peu
Sourcx MNHN, Paris
LES SQrELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR)
d'os avaient été morcelés par fractures, exception ftiite pour la plupart des fragments costaux et
de quelques morceaux de vertèbres. Cependant, en raison de la disparition partielle de plusieurs
éléments, certains os ou parties des squelettes demeurent incomplets.
Le produit ayant servi à restaurer les zones partiellement détruites est celui que l'on utilise
ordinairement pour toutes les opérations de cette nature et qui convient parfaitement à tous les
os et répond à toutes les exigences d'une étude anthropologique éventuelle (transparence aux
rayons X, grande malléabilité à chaud, résistance, facilité d'enlèvement le cas échéant). Le mélange
est obtenu à chaud par adjonction à de la cire d'abeille fondue d'une quantité variable de plâtre fin
(plâtre à modeler ou de dentiste de préférence) selon la dureté désirée.
3) Consolidation.
La consolidation définitive consista à immerger les os dans une solution alcoolique de gomme-
laque de plus en plus concentrée Jusqu’à l'apparition d'une légère brillance sur la surface des os,
ce qui témoigne de l'imperméabilisation profonde et superficielle des pièces traitées.
Une dernière immersion dans une solution encore un peu plus visqueuse s’avéra nécessaire,
pour les extrémités et pour les os ou portions osseuses dont la partie spongieuse était mise à
découvert par une altération périphérique de l'os compact.
Un tel traitement devrait normalement assurer aux os une conservation satisfaisante, tout du
moins si le caveau offre une stabilité indispensable sur le plan thermique, et surtout un taux d'hu¬
midité nettement inférieur à celui du milieu dans lequel ils se trouvaient auparavant. Souhaitons
vivement que les travaux récemment entrepris dans le caveau puissent satisfaire à de telles exi¬
gences.
3. — Identification des restes humains.
Outre le cercueil de la petite-nièce de Daubenton, le caveau de l'église Saint-Urse contenait
les squelettes suivants :
— Marie-Henriette Leclerc de Buffon, fille de Buffon (née le 25 mai 1758, décédée le 14 octobre
1759 à l'âge de 1 an, 4 mois et 19 jours).
— Marie-Françoise, Comtesse de Buffon, épouse du naturaliste (née le 11 juillet 1732, décédée
le 9 mai 1769 dans sa 37' année).
— Benjamin-François Leclerc, père de Buffon (né le 1®' mars 1683, mort à Montbard le
23 avril 1775 à l’âge de 92 ans).
— Georges-Louis Leclerc, Comte de Buffon (né le 7 septembre 1707, décédé à Paris le 16 avril
1788 à l’âge de 80 ans, 6 mois et 9 jours).
Une fois que les os furent nettoyés, restaurés et consolidés au Musée de l’Homme, une der¬
nière tâche restait à accomplir avant l’étude anthropologique proprement dite. En effet, à l'occa¬
sion de la dernière ouverture du caveau au printemps 1971, on put constater que tous les os avaient
été replacés pêle-mêle dans le même cercueil, de telle sorte qu’un classement rapide des pièces se
révéla très vite insuffisant et sollicita un examen plus approfondi, particulièrement en ce qui con¬
cerne le squelette du tronc et des ceintures des deux sujets masculins.
En premier lieu, les restes de la femme et de la fillette furent Immédiatement reconnus par
le simple examen des caractères morphologiques et dimensionnels, particulièrement frappants sur
les os d’un sujet féminin et sur ceux d’une enfant âgée d’un peu plus d’un an. De même, le crâne
de Buffon fut identifié sans aucime hésitation puisque nous savons que sa calotte crânienne fut sciée
le lendemain même de sa mort pour l’extraction du cerveau. Enfin, les deux mandibules masculines
purent être facilement attribuées à chacun des deux crânes à la seule considération de leurs dimen¬
sions différentes et surtout de leur articulation avec les cavités glénoïdes correspondantes.
Source ; MhiHN, Paris
10
JKAN-LOl'lS HEIM
En revanche, la distinction des deux squelettes post-crâniens se heurta à plusieurs difficultés
que nous pûmes finalement surmonter mais qu’il nous semble nécessaire d’évoquer ici.
L'examen dimensionnel et anatomique de la totalité des os longs ainsi que les éléments des
pieds et des mains, fit apparaître sans l’ombre du moindre doute l’existence de deux individus net¬
tement reconnaissables par leur stature différente. Mais le problème se compliqua franchement
lorsqu’il fallut raccorder les éléments des squelettes appendiculaires ainsi regroupés à chacun des
deux crânes correspondants. Autrement dit. une question se posait : Buffon était-il plus grand ou
plus petit que son père? Il n’existe, à notre connaissance, aucune information précise sur ce point.
Tout d’abord, les divergences de goût pour les centres d’intérêt de la vie et l'incompatibilité d’hu¬
meur qui opposèrent bien souvent les deux hommes, ne laissèrent guère à la plume du naturaliste
le temps ni encore moins le désir de décrire son propre père avec la minutie qui illustre ses
œuvres et qu’il consacrait à ses activités les plus chères. Narrateur de la Nature et l’un des pre¬
miers maîtres de l'Anthropologie, Buffon était peut-être aussi loin de supposer que. hormis les
parties « nobles » de son corps dont il fit généreusement don à la science, sa propre personne phy¬
sique j5ût un jour intéresser les anthropologues futurs.
Une telle omission dans l’œuvre du naturaliste ne fut guère pour autant réparée par ses con¬
temporains. Avant l’instauration de la Première République, les divers renseignements concernant
l’aspect physique de la personne humaine, et plus spécialement lorsqu’il s’agissait d’un sujet de
rang social élevé, relevaient davantage des médecins, des artistes ou à l’occasion de son entourage
familial ou intime que de l’Administration du Royaume.
Les témoignages des médecins auxquels Buffon fit souvent appel dans l’espoir de calmer,
sinon de guérir cette « maladie de la pierre » qui fut la principale entrave à sa constitution solide,
sont particulièrement discrets sur les traits de sa personnalité physique.
Il est permis de penser que c’est dès l’âge de 24 ans et surtout à 30 ans que se manifestèrent
les premiers signes de cette maladie rénale qui devait perturber tout au long de sa vie l’état de santé
du naturaliste. C’est ainsi qu’il écrivait en juin 1737 : « Je suis incommodé d’une douleur de rein...
j’enrage d’être retenu dans ma chambre et de ne pouvoir abattre du bois et faire des expériences ».
Les soins qu’il reçut le calmèrent mais n’eurent jamais raison de cette maladie latente qui mena¬
çait à la moindre occasion de déclencher de nouvelles crises.
Les textes se rapportant à la biographie de l’Intendant du Jardin du Roi relatent quelques
événements qui ne firent qu’attiser les crises de gravelle sans entraîner pour autant de lésions
visibles sur le squelette. C'est ainsi qu’en 1750, Buffon fut victime d’un accident de carrosse sur
la route de Versailles, accident qui fut à l’origine d’une première crise aiguë. À 59 ans, soit en
1766, de graves coliques lui imposèrent un repos prolongé et la poursuite d’un régime, mais une
nouvelle crise de gravelle à laquelle s’ajouta une violente dysentrie, mit ses jours en danger au
cours de l'année 1771.
On sait que Buffon avait la vue très faible. Il écrivait rarement et dictait le plus souvent ses
écrits, ce qui est probablement une des causes de son style particulier à la tendance quelque peu
oratoire. C’est peut-être cette faiblesse visuelle qui est à l’origine d’un autre accident dont Buffon
fut victime en 1783 alors qu’il avait 76 ans. Cet accident, au cours duquel il fut renversé par une
voiture à chevaux et traîné sur le pavé de Paris, fut immédiatement suivi d’une hémorragie et d’une
nouvelle crise de gravelle.
Depuis, sa santé se détériora lentement, surtout à partir de l’année 1785. En 1788, sentant
sa fin prochaine, il fit hâter les travaux d’aménagement qu’il avait entrepris au Jardin du Roi et
prépara sa succession au profit de Faujas de Saint-Fond pour son œuvre scientifique et de son fils
pour l’Intendance.
Malgré son état de santé, Buffon était un homme robuste, jovial et doué d’une puissance de
travail exceptionnelle. Cette vitalité remarquable est d’ailleurs d'autant moins surprenante que les
membres de sa famille ont vécu très vieux : son grand-père, son demi-frère et sa demi-sœur attei¬
gnirent respectivement 88, 91 et 86 ans. Son propre père Benjamin-François, lui-même atteint
comme Buffon de la gravelle, devait décéder dans sa 93* année.
Les descriptions relatives à son aspect physique, tout imagées et élogieuses qu’elles fussent.
Source : MNHtJ, Paris
LES SQLELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR) 11
n’apportent cependant aucune réponse précise sur la stature exacte du naturaliste comparée à celle
de son père. Certes, c’était un homme puissant au « corps d’athlète » (Voltaire) et dont la posture
redressée, la « taille vigoureuse et l’aspect imposant » (Cuvier) lui donnaient « l’allure d’un maré¬
chal de France » (Hume). Il serait toutefois illusoire de rechercher dans les diverses statues qui le
représentent debout une image fidèle de ses proportions réelles. Quels que soient la qualité et le
réalisme de certaines œuvres en ronde bosse, les artistes néo-classiques se sont davantage efforcés
d’exprimer la personnalité à travers les traits du visage qu’en se fondant sur une reproduction
exacte des proportions du corps, auquel on avait bien souvent effacé les imperfections et les dis¬
grâces, ou que l’on avait tout simplement idéalisé selon les canons de l’Art antique.
Si la plupart des bustes et portraits de Buffon s’accordent d’une manière satisfaisante avec
les caractères que nous avons relevés sur son crâne (front assez fuyant, nez busqué), nous n’avions
en revanche plus d’espoir de retrouver une indication quelconque sur sa carrure ou sur sa taille.
C’est par une étude approfondie de la colonne vertébrale que nous pûmes principalement résoudre
un tel problème.
Grâce à l’état de conservation très satisfaisant des trois os coxaux présents, nous avons pu
reconstituer l’ensemble du bassin du sujet le moins grand en articulant dans les meilleures condi¬
tions possibles les deux os coxaux avec le sacrum correspondant. À partir de cet os, nous avons
superposé de proche en proche les vertèbres lombaires, thoraciques et cervicales, et ceci jusqu'à
la première vertèbre cervicale, en tenant compte de leurs dimensions relatives et de l’orientation
des apophyses articulaires et épineuses. Nous pûmes alors constater que seul le rachis du sujet
dont les os des membres sont les plus courts, est pratiquement complet; toutes les vertèbres pré¬
sentes ont pu être localisées respectivement sur l’ensemble de la colonne vertébrale, de telle sorte
qu’elles ne peuvent en aucun cas céder leur place aux vertèbres homologues du second individu,
dont peu d’éléments sont d’ailleurs conservés.
Ainsi, la première vertèbre cervicale (atlas) devait contenir la réponse à notre question, soit
par la concordance des connexions cranio-rachidiennes, soit par la morphologie des surfaces arti¬
culaires. Cependant, nous devions rencontrer une difficulté inattendue à savoir que l’atlas s’arti¬
cule indistinctement avec les deux crânes, de telle sorte que le problème de l’identification des
squelettes post-crâniens d’après la tête osseuse se trouvait de nouveau posé. C’est l'examen anato¬
mique de l’articulation gléno-condylienne qui nous permit de trancher finalement la question.
En règle générale, les cavités glénoïdes de l'atlas (facettes supérieures articulaires avec les
condyles de l’occipital) forment chacune une surface nettement concave d’avant en arrière, plus
aplatie transversalement, à grand axe dirigé en arrière et en dehors. Dans la majorité des cas, la
surface est plus ou moins rétrécie dans sa partie moyenne ou au niveau de ses 2/3 antérieurs, mais
une constriction extrême peut s’observer parfois et entraîner une particularité remarquable, à savoir
la séparation de la surface articulaire en deux facettes distinctes. Une telle disposition, lorsqu’elle
est présente, se retrouve au niveau du condyle occipital correspondant sur lequel les deux, facettes
convexes distinctes sont nettement visibles. C’est justement une telle disposition que nous pouvons
observer sur le crâne de Buffon. Or, les cavités glénoïdes du seul atlas trouvé parmi les ossements
du caveau de Montbard forment une surface unique et régulièrement concave, répondant parfaite¬
ment à la disposition du condyle droit (le gauche étant détruit) du crâne scié horizontalement de
Buffon.
Ce sont donc par les caractères de l’articulation cranio-rachidienne que nous pouvons répondre
à la question posée précédemment : Buffon était très probablement un peu plus petit que son père,
car c’est au squelette des membres les plus courts que se raccorde le crâne de l’illustre natura¬
liste. Si l’on se réfère à la valeur moyenne calculée d’après l’ensemble des os longs, la différence
staturale entre les deux hommes se situait autour de 7,5 cm (entre 5 cm et 9,4 cm). Mais il est bien
entendu qu’une telle valeur pouvait être quelque peu modifiée par le tassement pins ou moins mar¬
qué des parties fibro-cartilagineuses (disques inter-vertébraux notamment) dont nous ne pouvons
évidemment affirmer l’épaisseur, ou iDien par l'affaissement de la voûte plantaire, variable selon
les individus, ou encore par l'altération notable des courbures rachidiennes. Toutes ces modifica¬
tions de nature articulaire coexistent généralement chez les vieillards et entraînent de façon plus
Source : MNHN, Paris
12
JEAN-LOUIS HEIM
OU moins sensible une diminution de la stature qui ne peut être estimée à sa juste valeur d'’après
le seul examen du squelette (voir page 57).
En raison de l'état iragmentaire des côtes et des caractères de sénilité comparables des extré¬
mités chondrales chez les deux individus, nous n'avons pu regrouper individuellement les éléments
de la cage thoracique.
Enfin, les deux clavicules, deux morceaux d’omoplates et un fragment de sternum n'ont pu
être rapportés à l'un ou à l'autre des deux squelettes.
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR)
13
CHAPITRE I
LES SQUELETTES MASCULINS
TÊTE OSSEUSE
I. - GEORGES-LOUIS LECLERC, COMTE DE BUFFON
(80 ans, 6 mois et 9 jours)
(planches I et II)
1. — Cranium.
Le crâne de Bufibn est aisément reconnaissable à sa section horizontale qui a isolé la calotte
selon un plan à peu près parallèle au plan de Francfort. Le trait de sciage passe par le mibeu du
front et de Técaille occipitale, et coupe tangentiellement le sommet de l’écaille temporale. La ligne
de coupe est irrégulière et indique une opération hâtive et maladroite, obtenue à l'aide d'un outil
épais et grossier et ayant entrmné une perte importante de substance au niveau des contacts entre
la partie libre et le reste de la voûte crânienne. Aussi, est-il impossible de faire reposer directe¬
ment la calotte isolée sur le reste du crâne, et de rétabbr la courbime exacte du profil crânien sans
l'interposition d'une quantité de cire ou de plastiline pouvant dépasser un centimètre d’épaisseur
dans la région occipitale.
Caractères généraux.
Epaisseur des os de la voûte. L’épaisseur moyenne des parois de la voûte crânienne est dans
l’ensemble assez faible (4,5 mm) et légèrement inférieure à la moyenne mascubne des Européens
adultes. Il est possible que l’âge avancé du sujet ainsi que les signes de décalcification, normale
chez un vieillard de cet âge, soient en partie responsables de l’épaisseur relativement peu élevée
des 08 de la voûte. C’est au niveau de l’astérion que l’épaisseur la plus forte a été relevée (6 mm),
alors qu’en règle générale, c’est au voisinage de ce point que le crâne est le plus mince.
Bosse frontale droite. 5 mm
B » gauche .... 4 mm
Bosse pariétale droite. 3 mm
B » gauche .... 4 mm
Obélion. 5 mm
Astérion. 6 mm
Sutures crâniennes. Si les sutures de la base du crâne et des parties inférieures de la boite
crânienne demeurent encore visibles, la synostose des os de la voûte est assez peu prononcée pour
Source ; MNHN, Paris
14
JEAN-LOUIS HEIM
un sujet de plus de 80 ans : des traces suturales sont observables au pourtour du bregma et du
lambda ainsi qu'en divers points du trajet de la suture coronale, notamment sur le segment externe.
Dimensions générales (tableau I). Les dimensions du crâne de Bufibn entrent dans les
moyennes des Français. La longueur antéro-postérieure est toutefois relativement plus élevée que
la largeur transverse bi-pariétale, ce qui confère au crâne un indice crânien horizontal assez faible
(74,4) le plaçant dans la catégorie dolichocrâne.
Les indices de hauteur calculés d’après la hauteur auriculo-bregmatique s’accordent avec un
crâne moyennement élevé (indice mixte = 68,2), autant par rapport à sa longueur (indice de hau¬
teur/longueur = 59,5. orthocrânie), qu’en comparaison à sa largeur (indice = 80, métriocrânie).
Si la hauteur auriculo-bregmatique est comparable à celle de Benjamin-François, la hauteur basio-
bregmatique est plus faible en moyenne chez BufFon.
Fie. 2. — Coniour du crâne de Buflbn en norma verticaiis. orienté selon le plan de Francfoit. B. breema. D, dépression pariétale
U lambda. (1/2 de GN). r- r
Étude descriptive.
Norma verticaiis (figure 2). En vue supérieure, le crâne offre un contour elliptique lié à un
allongement antéro-postérieur relativement marqué par rapport à la largeur, ce qui s’exprime en
premier lieu par la dolichocrânie. Cet aspect elliptique est en outre favorisé par un arrière-crâne
réguher, dépourvu de chignon occipital ainsi que par des bosses pariétales peu marquées occupant
de surcroît une position avancée : les euryons sont situés dans le plan vertical des apophyses mas-
toïdes et à 1 cm au-dessus de la suture temporo-pariétale. Il résulte de ce fait que les arcades zygo¬
matiques émergent légèrement en dehors (pbénozygie peu marquée), ce que corrobore la valeur
plutôt élevée de l'indice cranio-facial transversal (95,7). La forme du contour est enfin consécutive
à l'absence de plagiocéphalie malgré une légère déviation du lambda vers la gauche, à la saillie
discrète des bosses fi'ontales et à la proéminence des arcades sourcilières dans la région de la gla-
Source ; MhlHN, Paris
LES Sgi-'ELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 15
belle. Ces dernières s’estompent progressivement au-dessus des orbites pour s'effacer complètement
en dehors.
La surface des pariétaux et de l'écaille frontale occupe pratiquement toute la portion du
crâne observable en norma verticalis. La très forte pente de l'arrière-crâne en arrière du lambda
fait disparaître la presque totalité de la partie visible de l'écaille occipitale. Les lignes temporales
{lineae temporales), bien qu'étant seulement visibles en avant de la suture coronale, sont faiblement
indiquées Si le front de Buffon est large par rapport au reste de la boîte crânienne (indice fronto-
pariétal = 69,2) et à la face (indice fronto-zygomatique = 72,3), il n'atteint pas toutefois la largeur
relative calculée chez son père. Au niveau de la portion postérieure des pariétaux, on observe de
part et d’autre du plan médian une dépression longitudinale (figure 2, D) peu profonde. Cet aspect,
fréquent sur les crânes de vieillards, traduit une tendance à la décalcification des os de la voûte
et s’accorde avec certaines altérations de même origine au niveau de la colonne vertébrale, des os
plats et du sacrum. La région obélique est criblée de plusieurs trous pariétaux épars dont l'un est
particulièrement visible près du bord sagittal. Les sutures crâniennes sont synostosées sur les deux
faces des os de la voûte, mais demeurent visibles aux alentours du bregma et du lambda, ce qui a
facilité la localisation exacte de ces points.
Fk:. 3. — Diagramme médio-sagittai du crâne de GuITon. G, bregma, Ba. basion. Cl. glabelle. 1, inion, L, lambda. Na, nasion. Oi,
point orbitaire inférieur. Op, opisthion. Ope, opiethotrânion. Pf, plan foraminien. PF, plan de Francfort. Po, porion. Pr,
prosthion. V, vertex. |3. angle basilaire de Broca. 5, angle de Daubenton. CO, angle de Weisbach-Rivet. n, angle naaal, t, angle
facial supérieur. (2/3 de CN).
Norma lateralis (figure 3). En vue latérale, la voûte crânienne suit une courbe régulière,
rompue seulement par la proéminence assez nette de la glabelle en rapport avec la saillie des
arcades sourcilières dans la région médiane (voir norma verticalis) et de la protubérance occipi-
1. L'indice frontal tran.sversal situe le crâne dans la catégorie intermédiaire entre les types à front divergent et à front rec¬
tangulaire.
Source ; MWHN, Paris
16
JEAN-LOUIS HEIM
taie externe. Au-dessous de la glabelle, la dépression de l’ensellure nasale est accentuée par la con¬
cavité des os propres du nez, confirmant l’existence d’un nez saillant à sa racine et probablement
busqué, ainsi qu’en témoignent la plupart des portraits et des bustes du naturaliste.
Le profil de la courbe se décompose en trois segments dont les longueurs relatives sont les
suivantes :
arcs F > O > P
cordes F > P > O
Bien qu'il soit normalement convexe (indice de voussure du frontal = 87,2), le front apparmt
nettement plus fuyant que celui de Benjamin-François; ceci est confirmé de façon quantitative par
l'angle bregmatique de Schwalbe (58°) et par les indices d'inclinaison du frontal (32,9) et bregma-
tique (52,2). Ce caractère traduit parfaitement la fidélité avec laquelle certaines représentations
artistiques ont pu être exécutées du vivant du naturaliste (Pajou, Houdon) (fig. 4).
Fie. 4. — Superposition du diagramme médio-aagictal du crâne de BulTon et d'une vue latérale du buste du naturaliste réalisé par
Houdon. Le buste, idéalisé à l'antique alors que Bulfon avait 76 ans. répond bdèlemenc au contour général du diagramme,
On remarque une superposition parfaite dea profils fi-ontal et pariétal, de la position du porion (PO) et du point oïdiitaire
ioiéneur (Oi). Néanmoins, la photographie n'a pas été rigoureusement prise dans le plan sagittal, ce qui explique la légère
parallaxe apparaissant dans les régions occipitale et sous-nasale. Cette superposition montre clairement la fidélité avec
laquelle le portrait de BufTon a été exécuté,
Le segment pariétal offre un aplatissement assez net (indice = 93,1) et une courbure en tout
point comparable à celle du crâne paternel. Cette courbure se prolonge régulièrement avec celle de
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR) 17
l'occipital qui culmine à l'opisthocrânien. Ce dernier point occupe une situation également basse
chez les deux vieillards.
La forme du ptérion est difficile à préciser en raison du degré de synostose des sutures, mais
il semble qu’il y avait contact sphéno-pariétal (type en « H » sur le côté gauche). L'écaille temporale
est haute, bombée et parcourue de chaque côté par le sillon de l’artère temporale profonde posté¬
rieure.
Les arcades zygomatiques {arcus zygomaticus) sont minces. Hautes vers l'avant dans leur por¬
tion malaire, elles se rétrécissent progressivement jusqu’au trou auditif. Leur bord supérieur, tran¬
chant, est parallèle au plan de Francfort et légèrement situé au-dessus.
La région mastoïdienne est bien développée et percée de chaque côté d'un trou mastoïdien.
Les apophyses mastoïdes (processus mastoideus) sont volumineuses et leur extrémité arrondie
dépasse le niveau des condyles occipitaux (caractère masculin normal). Il n'existe pas de crista
supramastoidea.
Le diagramme médio-sagittal (figure 3) permet enfin de préciser, à l’aide de différentes
mesures, le degré de s ailli e du massif facial qui est dans l'ensemble un peu plus marqué chez
Buffon que chez son père. La valeur de l’angle facial supérieur (t = 83°) traduit le mésognathisme
qui résulte à la fois du prognathisme nasal (angle nasal n = 77,5°; angle de Weisbach-Rivet (0
= 69°) et de l'byper-orthognathisme alvéolaire (angle alvéolo-sous-nasal = 101°).
Norma occipitalis. En vue postérieure, le crâne ofire un contour subpentagonal défini par la
verticalité des temporaux et des apophyses mastoïdes. Le sommet de la voûte crânienne est marqué
par la dépression longitudinale médiane, profonde de 1,5 mm, que nous avons déjà signalée en
vue supérieure. L'écaüle occipitale est triangulaire et haute : les reliefs nucaux sont faiblement
indiqués malgré une protubérance occipitale iprotuberentia occipitalis extema) assez nette.
Norma facialis. Les dimensions de la partie supérieure de la face sont normales pour un
Français malgré une hauteur assez forte, ce qui se traduit par une lepténie nettement caractérisée.
Si le front est moyennement large comparativement au diamètre bizygomatique (indice fronto-
zygomatique = 72,3), il l’est en revanche davantage par rapport au crâne cérébral (indice fronto-
pariétal = 84,3) en raison de la dolichocrânie consécutive à la valeur sous-moyenne du diamètre
bi-pariétal maximum.
Ainsi que nous l'avons déjà signalé, les arcades sourcilières {arcus superciliaris), effacées
au-dessus de la moitié externe des orbites, forment une saiUie bien individualisée dans la région
médiane, c'est-à-dire au niveau de la glabelle au-dessus de laquelle la persistance de la suture méto-
pique demeure visible sur une hauteur de 1 cm environ.
Les orbites sont très hautes (hypsiconques) et presque carrées. Les fosses canines, très dépri¬
mées, sont percées de chaque côté par un gros orifice sous-orbitaire. Les pommettes ne sont pas
saillantes. L'ouverture nasale est haute, étroite et nettement leptorhinienne (indice nasal = 44,8).
Le bord alvéolaire est démuni de toutes ses dents, lesquelles sont tombées plus ou moins préco¬
cément avant la mort, ce qui a eu pour conséquence de dimin uer notablement la hauteur de l’es¬
pace sous-nasal (21 mm), et de fausser quelque peu la valeur réelle de l'angle alvéolo-sous-nasal.
La résorption sénile est surtout marquée sur les branches latérales des arcades, de telle sorte que
le bord alvéolaire descend plus bas dans la région médiane. La suture inter-maxillaire demeure
ouverte et se prolonge tout au long du palais.
Norma basilaris. L’arcade alvéolaire {arcus alveolaris) est nettement parabolique et offre des
dimensions relatives moyennes (mésuranie). La chute des dents semble remonter, pour la plupart,
à une période déjà ancienne car tous les alvéoles sont comblés sauf celui de la P‘ droite qui aurait
persisté plus longtemps. Le palais est large (brachystaphylin) et peu profond (11 mm max. en
arrière) en raison de la résorption des bords qui demeurent toutefois abrupts, sauf dans la région
médiane où se loge une fossette incisive (fossa incisivd) assez vaste.
Le secteur pétro-tympanique ne présente guère de particularités remarquables : les cavités
glénoïdes (fossae mandibulares) sont profondes et l’épine du sphénoïde {spina ossis sphenoidalis)
Source : MNHN, Paris
18
JEAN-LOUIS HEIM
forme une saillie triangulaire à gauche, plus discrète à droite; la suture sphéno-temporale n'est
pas synostosée.
En revanche, les apophyses styloïdes (processus styloideus) sont particulièrement épaisses,
surtout l’apophyse gauche dont la massivité constitue un trait méritant d’être signalé.
Les apophyses mastoïdes (processus mastoideus) sont volumineuses et bordées en dedans par
la gouttière du muscle digastrique, cette dernière étant plus profonde du côté droit. La suture occi-
pito-mastoïdienne est presque entièrement soudée.
Le trou occipital (foramen magnum) est légèrement détérioré en avant et au niveau du con-
dyle gauche. Nous pouvons rappeler que l’aspect uniformément convexe de la surface articulaire
du condyle droit a été le seul point de repère pour l’identification du squelette post-crânien de
Euffon. Le trou occipital est ovalaire (indice voisin de 76,3). La projection de son centre sur la
longueur maximale du crâne en P' (42) et sur la droite prosthion-opisthocrânien en P" (40,9)
témoigne en faveur de sa situation nettement avancée sous la boîte crânienne. Enfin, la valeur de
l’angle de Daubenton (6 = ^■ 8°) et de l'angle basilaire de Broca (P = 28,5°) montre que l’obli¬
quité du foramen magnum en avant et en bas s’accorde avec une courbure cervicale tout à fait
normale malgré l’âge du sujet (figure 3).
2. — Mandibule (mandibula).
Caractères dimensionnels (tableau II).
Bien que le condyle gauche soit détruit et que le droit soit fortement endommagé, nous pou¬
vons estimer la longueur totale de la mandibule à 101 mm et sa largeur bicondylienne à 120 mm.
Ces dimensions absolues entrent parfaitement dans les limi tes des variations des Français. L’in¬
dice mandibulaire (84,1 env.) exprime une mandibule brachygnathe, et ceci davantage en raison de
la réduction de la longueur antéro-postérieure que de la valeur élevée des largeims bicondylienne
et bigoniaque, ce qui oppose la mandibule de Buifon à celle de son père.
Malgré la réduction de hauteur (27 mm au trou mentonnier) liée à l’involution sénile du bord
alvéolaire, le corps mandibulaire est mince (11 mm d’épaisseur au trou mentonnier) et moyenne¬
ment robuste (indice = 40,7 env.). La largeur bigoniaque (92 mm) est relativement plus faible que
le diamètre frontal minimum : la face s'inscrit de ce fait dans un trapèze dont les branches divergent
très légèrement vers le haut (indice fronto-goniaque = 94,8), ce qui rejoint la physionomie qui
transparaît à travers la plupart des portraits et des bustes du naturaliste.
Caractères descriptifs (planche II).
Comme sur le maxillaire supérieur, les arcades basilaire et alvéolaire sont nettement para¬
bolique. L'âge avancé de Buifon a modelé sa mandibule par quelques particularités notables. Nous
avons dit que la diminution de la hauteur du corps mandibulaire est la conséquence irréversible
de la chute de toutes les dents avant la mort. Ce sont en effet les dents jugales (Mj, Mj, My, prémo¬
laires) droites qui semblent être tombées les premières. C’est pourquoi leur emplacement n’est plus
reconnaissable par la trace de leurs alvéoles, ce qui montre bien que la chute fut relativement pré¬
coce. En revanche, les dents antérieures (incisives, canines) ont persisté plus longtemps : leur place
primitive est encore visible par les orifices plus ou moins comblés représentant les alvéoles en cours
d’obbtération. La chute des dents et l’involudon du bord alvéolaire qui en a résulté ont quelque peu
accentué l’angle mentonnier. Toutefois, la valeur relativement élevée de cet angle pour un vieillard
(71°) apporte un témoignage supplémentaire au fait que la résorption des alvéoles des dents anté¬
rieures n’était pas totalement achevée au moment de la mort, ce qui confirme la chute tardive des
incisives et des canines.
Outre son degré de saillie, le menton (mentuni) répond au type carré en raison de la pré¬
sence de deux tubérosités mentonnières particulièrement développées de chaque côté du plan sagit-
SoüTce ; A1WHN, Paris
LES SOL'ELETTES DE IA SÉPULTURE FAMIUALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 19
tal. À la partie interne de la symphyse, les apophyses géni (spinae mentale^ sont présentes mais
peu saillantes : les apophyses génioglosses se présentent sous l'aspect de deux tubercules allongés
convergeant vers le haut en direction du trou géni supérieur. Elles encadrent de part et d’autre les
deux crêtes génio-hyoïdiennes entre lesquelles s’ouvre le trou géni inférieur. Les empreintes des
muscles digastriques sont réduites : elles constituent de chaque côté de la ligne médiane deux petites
surfaces ovalaires dirigées en has et en arrière.
La partie interne du corps mandihulaire est marquée par une crête mylo-hyoïdienne nette¬
ment visible.
La région goniaque est particulièrement intéressante et semble supporter des caractères héré¬
ditaires présents chez les deux sujets. Tout d’ahord, l’angle mandihulaire est relativement faihle
pour un vieillard de près de 81 ans (123°) alors qu’une valeur minimale de 130-135° s’accorde¬
rait davantage avec la majorité des cas. Si une telle valeur peut exprimer une simple particularité
individuelle, elle paraît d’autant plus significative qu’un angle encore plus faihle se rencontre sur
la mandibule du père de Buffon. Bien plus, quoique étant moyennement extroversés, les gonions
des deux mandibules portent une apophyse angulaire particulièrement nette dénotant la persistance
d'un trait génétique. En effet, si les reliefs de la région goniaque s’accordent volontiers avec un
développement des muscles masticateurs (notamment des masséters et des ptérygoïdiens), la fré¬
quence d'une telle apophyse est plutôt faible et sa présence sur la mandibule de la fille de Buffon
ne saurait être imputée à aucune cause masculaire, sinon à la prédominance d'un facteur hérédi¬
taire se maintenant au moins sur trois générations. Nous y reviendrons en décrivant la mandibule
de Marie-Henriette.
En revanche, les caractères relevés au niveau des branches montantes diffèrent quelque peu
chez les deux sujets. Chez Buffon, les branches sont hautes et étroites, ce qui s'exprime par un
indice très faible (38,7 à droite). En vue postérieure, elles divergent nettement vers le haut (indice
gonio-condylien voisin de 76,6). Par contre, bien que les condyles ne puissent être décrits et que
les apophyses coronoïdes soient détruites, l’échancrure sigmoïde semble avoir été peu profonde
aussi bien chez Buffon que chez son père.
IL - BENJAMIN-FRANÇOIS LECLERC, PÈRE DE BUFFON
(92 ans)
(tableaux I et II)
1. — Cranium (planche III).
Caractères généraux.
Le crâne de Benjamin-François Leclerc offre, autant sur le plan dimensionnel que du point
de vue morphologique, un certain nombre de traits de ressemblance avec celui de Buffon. On note
par exemple une longueur maximale, une largeur bi-pariétale et une hauteur auriculo-bregma-
tique identiques en valeur absolue à 1 mm près chez les deux sujets, bien que les rapports de ces
dimensions accusent quelques différences non négligeables. Une telle similitude se traduit par un
contour horizontal également elliptique et par une hauteur voisine au-dessus du plan de Francfort.
Toutefois, le crâne de Benjamin-François se distingue de celui de son fils par une calotte plus
élevée et par un occiput plus bas entraînant avec lui l'inion, le basion et l’opisthion; de ce fait, la
base du crâne descend davantage par rapport au plan de Francfort chez le père. Il en résulte une
capacité crânienne plus grande qui atteint 1 655 cm’. En outre, le massif facial est plus ortho-
gnathe et le front plus bombé en dépit de la position légèrement plus reculée du bregma.
Les sutures crâniennes sont encore plus fortement synostosées, notamment la suture coronale
Souræ : Paris
20
JEAN-LOUIS HE!M
et les 2/3 médians de la suture lambdoïde, que sur le crâne de BuHbn, ce qui n’autorise aucune
localisation du lambda. Quelques traces suturales sont discernables au niveau du bregma et sur
les segments externes de la suture coronale. Il en est de même pour la lambdoïde au point de ren¬
contre avec les sutures pariéto-temporale et pariéto-mastoïdienne qui sont nettement visibles.
Tableau I. — Dimensions générales des crânes {cranium) masculins.
(1) Largeur bi-pariétale maximale.
(2) Largeur au point maxillo-froutal.
Étude descriptive.
En vue supérieure (figure 5), le contour horizontal du crâne est régubèrement elliptique du
fait de la dolicbocrânie (indice crânien horizontal = 74,8) et de la faible proéminence des bosses
pariétales. Le massif facial et les os propres du nez forment une très faible saillie consécutive à un
orthognathisme plus prononcé que celui de Bufibn. Les arcades sourcilières sont faiblement indi¬
quées et leur proéminence maximale s'observe au niveau de la glabelle et au-dessus de la moitié
interne des orbites.
Les arcades zygomatiques disparaissent presque entièrement sous la boîte crânienne (ten¬
dance à la cryptozygie) ainsi que le confirme la valeur de l’indice cranio-facial transversal (93,6).
Le fi-ont est très large par rapport à la boîte crânienne (indice fi-onto-pariétal = 73,8) et à la lar¬
geur de la face (indice fironto-zygomatique = 78,8). U porte deux faibles bosses fi-ontales au-dessus
des orbites. Les crêtes frontales {lineae temporales) divergent nettement (indice frontal transversal
= 79,1) et ne sont visibles que dans la portion frontale.
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES 0E LA SÉPULTURE FAMIUALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR)
21
Tableau II. — Dimensions générales des mandibules des sujets adultes.
Fie. 5. — Crâne de Benjamin-Françoie Leclerc en norma perticalu, orienté dans le plan de Francfort (1/2 de GN)-
SoüTce : MNHN, Paris
22
JEAN-LOUIS HEIM
La surface de la voûte du crâne est uniformément convexe et Ton ne retrouve guère la dépres¬
sion obélique bilatérale signalée chez Bufibn.
En vue latérale (figure 6), le profil sagittal diffère de celui de Buffon par un tracé sub-qua-
drangulaire consécutif au redressement de l'écaille frontale et à la très faible saillie glabellaire
(indice » 98,8). Le redressement du front se confirme par la forte valeur de l'angle et de l'indice
bregmadque de Scbwalbe (67° et 56,4°) ainsi que par un indice d'inclinaison peu élevé (23,9).
La portion ascendante de l'écaille s'élève tout d'abord verticalement, puis s’infléchit brusque¬
ment pour suivre une direction horizontale jusqu'au vertex. À partir de la région obélique, le con¬
tour s’abaisse presque verticalement du fait de l’absence de chignon et de la protubérance occipi¬
tale externe.
Les lignes temporales, visibles dans la partie frontale, disparaissent un peu avant la suture
coronale, contrairement à ce qui s'observe sur le crâne de Buffon. L'ensellure nasale est peu dépri¬
mée et les 08 propres du nez sont nettement obliques en bas et un peu en avant, ce qui suppose un
nez certainement moins proéminent ou moins marqué que celui de son fils.
Bien que la hauteur de la calotte soit très élevée en raison de l’abaissement de l’inion et de
la base du crâne, la hauteur auriculo-bregmatique demeure moyenne.
Lécaille temporale est haute et plane; elle est pourvue de reliefs musculaires et d’empreintes
vasculaires moins prononcés que sur le crâne de Buffon.
Les apophyses mastoïdes et zygomatiques sont pratiquement semblables chez les 2 sujets.
La différence de largeur entre la partie antérieure et la partie postérieure des secondes est nette¬
ment moindre chez Benjamin-François. On remarque tme très légère crête sus-mastoïdienne et la
présence des trous mastoïdiens.
Saurez : MNHtJ, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR) 23
Le prognathisme est dans l’ensemble plus faible que celui de BufFon. Si la valeur des angles
facial total (85°) et alvéolo-sous-nasal (84,5°) s’inscrit entre le méso- et l’orthognathisme, l’angle
nasal (85,5°), l’angle de Weisbach-Rivet (74°) et l’indice gnathique de Flower (94,8) traduisent un
orthognathisme indiscutable.
En vue postérieure, le crâne présente une foime sensiblement comparable à celui de Buffon,
exception faite pour le sommet, régulièrement convexe, et pour les reliefs nucaux qui apparaissent
ici plus nettement. Les apophyses mastoïdes sont légèrement recourbées en dedans et en bas.
Vue antérieure. Les dimensions absolues de la face sont plus faibles que celles relevées sur
le crâne de Buffon, notamment la hauteur de la face supérieure. L’indice facial supérieur (52,8) se
situe dans la catégorie mésène. Le front, large par rapport à la face (indice fronto-zygomatique
= 78,8), l’est encore davantage comparativement au crâne cérébral (indice fronto-pariétal = 73,8).
Ainsi que nous l’avons signalé, les arcades sus-orbitaires sont nettement moins prononcées
que celles de Buffon, même dans la région médiane où leur saillie est la plus forte.
Les orbites offrent des caractères voisins chez les 2 sujets. L’indice orbitaire droit (86,4) tra¬
duit une orbite hypsiconque, légèrement moins haute toutefois que celle du naturaliste.
Les dimensions absolues et relatives de l’ouverture nasale sont comparables à celles de Buffon
et l’indice nasal (44) traduit une même leptorhinie. On constate toutefois une asymétrie frappante
des 2 parties du bord inférieur de l’ouverture, le côté gauche descendant de 3 mm plus bas que
le droit.
En raison de la résorption moins prononcée du bord alvéolaire, la fosse canine est normale¬
ment déprimée et l’espace sous-nasal atteint 15,5 ram. Comme sur le crâne de Buffon, la suture
inter-ma xillair e demeure ouverte et le trou sous-orbitaire est vaste.
En vue inférieure, l’arcade alvéolaire est large (brachyuranique) et tend vers la forme ellip¬
tique. Le maxillaire supérieur ne porte aucune dent, mais l'état et les dimensions de l’alvéole de
la canine droite permettent de penser que cette dent était encore en place au moment de la mort.
Dans l’ensemble, la résorption du bord alvéolaire est moins poussée que chez Buffon. L’atrophie
sénile est la plus forte au niveau des 2 dernières molaires, ce qui laisse supposer que la chute de
ces dents remonte à une période déjà ancienne de la vie du sujet. La chute des dents a porté ensuite
sur les premières molaires, puis sur la canine gauche et les prémolaires. Ce sont les incisives qui
ont persisté le plus longtemps, exception faite pour la canine droite : la chute de gauche et de
I‘ droite a été suivie, peu de temps avant la mort, par celle de I' gauche.
En raison de la hauteur non négligeable du bord alvéolaire, la profondeur du palais atteint
13 mm (au niveau de l’emplacement des M^). Contrastant avec la largeur maxillo-alvéolaire, le
palais est plus étroit (leptostaphylin) que celui de Buffon.
Les apophyses styloïdes sont longues (seule la gauche est conservée), bien que leur épais¬
seur n’atteigne pas celle mentioimée chez Buffon. La cavité glénoïde et les apophyses mastoïdes
offrent une ressemblance étroite avec celles du naturaliste. La gouttière du muscle digastrique et
la fermeture des sutures occipito-mastoïdienne et sphéno-temporale sont néanmoins plus prononcées
chez Benjamin-François.
Les condyles occipitaux sont intacts et leur surface articulaire est fortement rétrécie au milieu,
de telle sorte que chaque condyle semble comporter 2 facettes distinctes : nous avons déjà précisé
qu’une telle disposition s’oppose à celle observée chez Buffon.
Le trou occipital est de forme losangique-sub-circulaire (indice = 86,1). La projection de son
centre sur la longueur maximale du crâne (37,5) et sur la droite prosthio-opisthocrânion (39,8)
exprime une situation tout à fait normale et très légèrement reculée comparativement à Buffon.
Les valeurs des angles de Daubenton (-F 4,5°) et basilaire de Broca (20°) indiquent l’existence de
variations individuelles non négligeables chez le père et le fils.
Source : MMHN, Pons
24
JEAN-LOUIS HEIM
2. — Mandibule.
Caractères dimensionnels (tableau II).
Pour une longueur égale à celle de Buffon, la mandibule de Benjamin-François Leclerc est
nettement plus large : l’indice mandibulaire est par conséquent plus faible (78,4) et exprime un
os très brachygnathe. La hauteur du corps (35 mm) et son épaisseur au même niveau (13,3 mm)
sont supérieures aux valeurs correspondantes sur l'autre mandibule. En raison de la hauteur du
corps, l'indice de robustesse est plus faible (38,5). Par contre, l'indice fronto-goniaque est très
élevé (99,5) : il traduit un visage massif et rectangxilaire et non pas trapézoïdal comme celui de
Buffon.
Caractères anatomiques (planche II).
La mandibule de Benjamin-François ofEre à la fois des traits voisins de ceux de son fUs et des
caractères qui s'en distinguent nettement. Dans les premiers, nous pouvons citer la forme parabo¬
lique de l'arcade basilaire, l'aspect de l’épine de Spix et le développement de la crête mylohyoï-
dienne. Le triangle mentonnier est bien dessiné. De même, l'angle mentonnier, faible sur la man¬
dibule du naturaliste, est encore plus faible sur celle de son père, ce qui est normal en raison de
la différence entre l’âge des deux squelettes. À ces ressemblances s’ajoute, en outre, la valeur de
l'angle mandibulaire qui accuse ici une coudure prononcée (114°), contrairement à ce que l'on pour¬
rait attendre chez un vieillard de cet âge. Nous pouvons rappeler également la légère éversion du
gonion et surtout la présence d’une apophyse angulaire saillante, bilatérale et dirigée vers le bas,
cette particularité anatomique évoquant parfaitement la disposition observée sur la mandibule de
Buffon.
Si l’échancrure sigmoïde gauche est peu profonde (ce qui s’accompagne d'ailleurs de la faible
hauteur de l'apophyse coronoïde) et rappelle sur ce point l’autre mandibule masculine, elle est
nettement plus prononcée du côté droit.
En revanche, les branches montantes sont un peu moins étroites chez Benjamin-François
(indice moyen = 46,1); les empreintes du muscle digastrique se trouvent sur le bord inférieur de
la symphyse et les apophyses geni offrent une disposition différente : l'apophyse géniohyoïdienne
constitue une crête unique et saillante vers le bas, les apophyses génioglosses sont représentées
par des crêtes estompées et légèrement divergentes vers le haut.
Le comblement total des alvéoles indique que les dents étaient tombées depuis longtemps,
sauf la première prémolaire inférieure gauche qui était en cours d'expulsion au moment de la mort.
Cette dent est relativement peu usée pour un vieillard de cet âge bien que l'abrasion ait entamé
l'émail du tubercule vestibulaire qui laisse de ce fait apparaître la dentine. On remarque trois points
de carie, l’un sur la face mésiale, les deux autre, très rapprochés, sur la face distale.
Sourcx : MNHtJ, Pans
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON k MONTBARD (CÔTE D'OR)
25
CHAPITRE II
L’ENDOCRÂNE DE BUFFON
I. - CARACTÈRES DIMENSIONNELS
L'ouverture iotentionnelle du crâne de Buffon a permis d'obtenir un moulage endocrânien sur
lequel nous avons pu relever un certain nombre d'observations concernant la capacité crânienne,
la forme et les dimensions du cerveau ainsi que la topographie de la circulation méningée.
D'une manière générale, l'étude des moulages endocrâniens suppose la localisation préalable
de quelques points endocrâniométriques que l'on peut identifier de plusieurs façons :
1 ) soit par l'empreinte de sutures encore visibles sur la face interne des os de la voûte ; c'est
ainsi que nous avons pu situer l'endo-lambda;
2 ) soit par des points de repère relevés d'abord sur le crâne osseux, et rapportés ensuite sur
le moulage endocrânien d'après la trace correspondante sur la table interne (endo-bregma, endo-
inion, endo-basion);
3) soit enfin par des points définis directement sur le moulage et n'ayant pas d'équivalent utili¬
sable sur le crâne osseux. Par exemple, la longueur maximale du moulage endocrânien, que Ton
mesure pour chaque hémisphère entre la partie la plus antérieure du lobe frontal (X) et le point
le plus reculé du lobe occipital (Y), ne correspond à aucun diamètre intéressant la crâniologie ; elle
ne saurait être confondue avec l'horizontale de Hamy (glabelle-lambda) ni encore moins avec la
longueur maximale du crâne (glabelle-opisthocrânion) (figure 7).
C'est la droite XY, ou longueur maximale de chaque hémisphère, que nous utiliserons ainsi
que l’a proposé R. Anthony (1913) pour orienter le moulage endocrânien (figure 8).
1. — Capacité crânienne.
Nous avons tout d'abord mesuré la capacité endocrânienne directement à l'aide de graines
de millet après avoir rétabli artificiellement les contacts et les courbures des deux parties sciées
du crâne, par une quantité appropriée de cire dans l'intervalle laissé par le trait de sciage. Le
cubage ainsi réalisé fait apparaître une valeur de 1 535 cm^, supérieure de 55 cm’ à la valeur
obtenue par l’immersion du moulage en plâtre (1 480 cm’). Nous avons comparé ces résultats à
ceux des méthodes mathématiques les plus couramment employées :
Méthode de Manouvrier’. 1 454 cm’
Méthode de Pearson’ (hauteur auriculo-bregmatique). 1 435 cm’
Méthode de Pearson (hauteur basio-bregmatique). 1 406 cm’
1 ■ longueur x toygur x hauteur Ba ft ^ demi-produit étant divisé par 1.14 pour les crânes masculins et par 1,08 pour
les crânes féminins.
2. Hommes : 3S9,34 (0,000363 x longueur x largeur x hauteur Po-B);
Femmes ; 296,40 + (0,000375 x longueur x largeur x hauteur Po-B):
Hommes ; 524,6 + (0,000266 x longueur x largeur x hauteur Ba-B):
Femmes : 812,0 -i- (04)00156 x longueur x largeur x hauteur Ba-B).
Source : MNHtJ, Paris
26
JEAN-LOUIS HEIM
Fie. 7. — Le crâne de Bnffon. Correspondance entre le moulage endocrânieo et le contour sagittal du crâne osseux. XY, axe antéro-
postârieur de l’hémisphère cérébral. CL-L, horizontale de Hamy, GL-Opc, longueur maximale du crâne. PF, plan de Frano-
foit. (2/3 de GN).
Les résultats obtenus par les formules sont tous inférieurs à ceux des mesures directes. Cette sous-
estimation ne doit pas être matière à surprendre car les méthodes proposées ont été établies d’après
des crânes adultes et non pas à partir de crânes de vieiUards chez qui l’amincissement des parois
de la voûte explique les différences relevées. Aussi est-il préférable de ne considérer ici que les
résultats des méthodes d'évaluation directe.
Toutefois, ces méthodes, toutes préférables soient-elles, peuvent donner lieu à un certain coeflS-
dent d’erreur imputable autant à la nature du matériel utUisé qu’à l'habileté de l’observateur. Nqus
savons combien la technique de remplissage de la cavité crânienne à l’aide de graines de millet ou
de moutarde peut entraîner de variations selon les opérateurs. D’autre part, l'immersion du mou¬
lage endocrânien s’accompagne, au cours de la mesure, d'une certaine imprégnation en eau qui
produit une diminution progressive du volume déplacé si l’on poursuit l’opération pendant trop
longtemps. Nous devons signaler que le c hiffr e que nous avons obtenu a été relevé après satura¬
tion du moulage en plâtre. Afin de remédier aux inconvénients des méthodes directes et de com¬
penser la sous-estimation ou la surestimation qui en résulte, nous pouvons faire la moyenne entre
les deux valeurs qui est de 1 507 cm^ pour l’endocrâne de Buffon. Une telle valeur s'inscrit dans
la catégorie aristencéphale. Sans être d’un volume particulièrement remarquable, le crâne de Buffon
avait une capacité légèrement inférieure aux valeurs moyennes des Parisiens masculins pubbées
par Broca (1 559 cm^). La capacité crânienne de Buffon était également Inférieure à celle de son
père (1 655 cm^ mesurée par le cubage à la graine), ce qui va en faveur de la plus faible stature
du naturaliste, bien que cette corrélation ne constitue point pour autant une règle générale.
Source ; MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILLALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR)
27
Fie. 6. — Endocrâne de Buffon. Diagramme médio-sagittal des hémisphères cérébraux. En haut, hémisphère droit; en bas, hémis¬
phère gauche (1/2 de GN). A, angle de fuite du front. B, endo-bregma. H. vertex endocrânien. L, endo-lambda. XY, axe
antéro-postérieur de l'héniisphère. B'. H', projection de l'endo-bregma et du vertex endocrânien sur la longueur antéro-pos¬
térieure maximale de l'hémisphère. Y\ projection du point le plus reculé de l'hémisphère sur une parallèle à l’axe XY pas-
2. — Le moulage endocrânien.
1) Dimensions absolues.
Le tableau III fait apparaître des dimensions moyennement élevées qui s’inscrivent dans les
limites des variations des Français. Si les différences constatées entre les hémisphères droit et
gauche sont négligeables en ce qui concerne la longueur (avec toutefois une légère prédominance
pour le côté gauche), elles s’accusent en faveur de l’hémisphère gauche pour la largeur bipariétale
maximale (+3 mm) et surtout pour la hauteur au vertex (+4 mm). Il est vrai que cette dernière
coïncide avec une fossette pacchionienne de la surface osseuse qui se traduit sur le moulage endo¬
crânien par une légère saillie qui exagère la différence de hauteur entre les deux hémisphères.
La comparaison des diverses dimensions relevées sur le moulage offre un intérêt supérieur
à celui des mesures linéaires.
Source : MhlHN, Paris
28
JEAN-LOUIS HEIM
Tableau III. — Les dimensions de l’endocrâne de Buffon.
Principales dimensions du moulage
endocrânien de Buffon
hémisphère
gauche
hémisphère
droit
Longueur maximale du moulage
endocrânien (XY)
Longueur maximale des hémisphères
177 mm
176 mm
, : bitemporale
139 mm
Latg.m ..ximl» 1
134 mm
Largeur bipariétale de chaque hémisphère
68,5 mm
65,5 mm
Hauteur du vertex (HH')
68 mm
64 mm
Hauteur du bregma (BB')
59 mm
58,5 mm
Hauteur endobasion-endobregma
119 mm
Angle de fuite du front du moulage (a)
42° (1)
(1) Variations actuelles = 48,3° (46 — 50°).
2) Indices (tableau IV).
L’indice cranio-encéphcdique de longueur (94,1) est relativement élevé par rapport aux varia¬
tions modernes publiées par A. Keitb et P. Topinard (88 à 95,6). Ce chifire traduit une faible diffé¬
rence entre les diamètres antérieurs du crâne sec et du moulage endocrânien en raison de l’amin¬
cissement des parois osseuses.
L’indice cranio-encéphalique de largeur (95,7) autorise les mêmes constatations que l’indice
précédent, il est toutefois encore plus élevé, ce qui confirme la moindre épaisseur des parois laté¬
rales par rapport aux parois antérieure et postérieure de la voûte qui sont marquées par une cer¬
taine épaisseur de l’écaille frontale au-dessus de la glabelle, et de l'arrière-crâne au niveau des
fosses cérébrales.
L’indice endocrâmen horizontal vaut 75,7 et 78,5 selon qu’il est calculé à partir de la largeur
bi-pariétale maximale ou de la largeur totale de l'endocrâne (lobes temporaux). D’une manière
générale, cet indice fournit une valeur plus élevée que celle obtenue sur le crâne osseux, ce qui
est tout à fait conforme à la règle générale.
Indices de hauteur endocrânienne. Ainsi que l'avait fait apparaître l’étude crâniométrique, le
cerveau de Buffon offre un volume moyennement développé, bien qu'étant nettement surbaissé aussi
bien longitudinalement que transversalement; un tel profil semble consécutif à la fuite du front et
surtout à une situation relativement élevée de l’endo-basion.
L'ensemble des valeurs que nous donnons dans le tableau III demeurent toutes inférieures
aux données relevées par divers auteurs sur des lots d’Hommes actuels provenant de diverses
populations.
Nous savons que le crâne avait fait l’objet d’une section horizontale peu de temps après la
mort en vue d’en extraire le cerveau. On pourrait être tenté de supposer que la perte de substance
osseuse provoquée par cette opération, réalisée d’une façon assez maladroite, pourrait être la cause
d’une sous-estimation de la hauteur du crâne et par conséquent de celle de son contenu. En fait, nos
mensurations absolues et relatives relevées au-dessus du plan de section du moulage endocrânien
confirment le caractère surbaissé du cerveau, davantage au niveau du vertex pariétâ qu’à la verti¬
cale de l’endo-bregma.
Source ; MhtHH, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR)
29
Tableau IV. — Moulage endocrânien de BufFon : indices endocrâniens.
Indices :
Buffon
Variations humaines
.cranio-encéphdlique de longueur :
Loneuear max. du moulaee x 100
94,1
Longueur du crâne
.cranlo-encéphalique de largeur :
lareeur (bloariétale) maxindle x 100
95,7
largeur bipar. tnax. du
crâne
. endocrânien (bipariétal) ma
75,7
" (bitemporal) max.
78,5
•crânien horizontal
74,4
- de hauteur/longueur :
hauteur endobreema-endobasion x 100
67,2
longueur maximale du moulag
endoc.
- vertical longitudinal :
gauche
38,4
longueur hémisphérique
mo yenne
37,3
42,4 (40 - 45.7)
gauche
33,3
longueur hémisphérique
moyenne
33,2
36,1 (34,7 - 39,6)
- de hauteur/largeur (2) :
hauteur endobre^ma-endobas
on X 100
l.-irgeur maximale du moulage endocr.
- vertical transversal :
gauche
. 50,7 (48,9)
H H’
droit
47,7 (46)
largeur endocrânienne max.
moyenne
49,2 (47,4)
58,6 (55,3 - 60,8)
B B'
gauche
44,0 (42,4)
droit
43,6 (42.0)
moyenne
- mixte de hauteur totale
hauteur endobasion-endobreema x 100
76,6 (75,4)
l/2(largeur longueur des
2 hémisj
- mixte au vertex :
moyenne H H' des 2 hémisohères x 100
42,5 (41.8)
50,2 (47,7 - 53,2)
l/2(largeur endoc.-^ long, n
oyenne)
- mixte à l'endobregma :
moyenne B B' des 2 hémisohères x 100
38,0 (37,4)
42,9 (41,2 - 45,2)
l/2(largeur endoc.-t- long, moyenne)
- de surplombement des lobe
s occipitaux :
hauteur occioito-cérébelleuse x 100
longueur hémisphérique
droite
- • 7,6
gauche
6,7
• 7,15
les indices endocrâniens de Buffbn. Les valeurs des indices faisant intervenir la largeur ont été calculées à partir de la lar¬
geur bipariétale. Les chiffres entre parenthèses figurant dans la colonne • Buffon • correspondent aux indices calculés d'après la
largeur bi-teinporale maximale.
Source : MNHN, Paris
30
JEAN-LOUIS HEIM
3) Fuite du front (tableau III).
M. Boule et R. Anthony (1911) ont établi pour chaque hémisphère un angle de fuite du front
(a) défini par Taxe XY et la droite X endo-bregma. Cet angle demeure toujours inférieur à l'angle
bregmatique de Schwalbe en raison de la position plus élevée de X par rapport à la glabelle et de
la situation plus basse de l’endo-bregma par rapport au plan de référence horizontal du crâne, la
différence étant en moyenne de 10° selon ces deux auteurs.
L'angle de fuite des lobes frontaux de Buffon corrobore l’aspect surbaissé de l’endocrâne :
la valeur angulaire, voisine pour les deux hémisphères (43° et 42° pour les hémisphères gauche
et droit) s'inscrit nettement au-dessous des moyennes (48,3°) alors que la différence avec l’angle
frontal de Schwalbe s'élève à 15-16°.
4) Surplombement des lobes occipitaux (tableau IV).
Le degré de s ailli e des lobes occipitaux par rapport au cervelet est un caractère intéressant
à relever dans l'étude des moulages endocrâniens, bien que MM. Boule et Anthony qui en ont sou-
bgné l'intérêt, y aient accordé une signification anthropologique et phylogénique vraisemblablement
excessive : la saillie des lobes occipitaux au-dessus de la scissure occipito-cérébelleuse est soumise
à de fortes variations chez les Primates et atteint son degré maximum chez les Hommes de Néan-
dertal et chez certains singes Platyrhiniens (Hapalidae, Saimiris).
La méthode de mesure est simple : elle consiste à tracer sur le diagramme de chaque hémi¬
sphère une droite parallèle à l'axe XY passant par la scissure occipito-cérébelleuse; on projette
ensuite sur cette droite la perpendiculaire en Y'. On rapporte enfin la portion de la droite com¬
prise entre Y et le contour crânien à la longueur maximale de l'hémisphère (figure 8).
(7,6 (à droite)
Buffon.j 6,7 (à gauche)
' 7,15 (moyenne)
Australien. 11,1
Papou. 10
Allemand du Sud. 3,5
Anthropoïdes. de 0 (Gorille) à 7, 1 (Gibbon)
Hapale. 24,7
Si l'on se réfère aux quelques valeurs comparatives dont nous disposons, fort insuffisantes
il est vrai, on constate que les chfffres obtenus sur Buffon s’inscrivent parfaitement dans les limites
des variations des 3 populations de référence.
On ne saurait toutefois trop insister pour ne pas s'engager dans une interprétation abusive
concernant un rapport quelconque entre un tel caractère morphologique et l'acuité visuelle, comme
on pourrait être tenté de le croire. Si une telle relation parait fondée lorsqu’on examine l'ensemble
des Primates, les différences individuelles sont trop aléatoires pour que l’on puisse en tirer une rela¬
tion de cause à effet.
IL - ÉTUDE DESCRIPTIVE
1. — Base du crâne osseux (planche IV).
L’étage antérieur comporte des lames orbitaires minces et fortement mamelonnées par l’em¬
preinte des circonvolutions qui sont particulièrement accusées sur la face inférieure des lobes fron¬
taux, notamment en dehors où le Cap de Broca et le segment orbitaire de la 3‘ circonvolution fron¬
tale laissent sur la paroi de l'os une dépression sub-circulaire, plus marquée du côté gauche.
Source : MNHhJ, Paris
LES SQUELETTES DE lA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 31
L’étage antérieur est limité en arrière par une crête sylvienne tranchante et concave en
arrière. Au centre, l'apophyse crista gcüli, courte, basse et large, s’élève au milieu d’une lame cri-
hlée peu étendue.
L’étage moyen présente également une surface rugueuse et mamelonnée répondant à l’em¬
preinte de la portion inférieure du lobe temporal. Du trou petit rond (foramen spinosum), qui
s’ouvre à la parüe la plus basse de l’étage moyen, part l’empreinte de l’artère méningée moyenne
(tronc commun) qui suit tout d’abord une direction rectiligne en avant et en dehors, avant d’at¬
teindre la région du ptérion. La selle turcique est pratiquement intacte hien que sa profondeur ne
puisse être déterminée avec exactitude en raison de la destruction des apophyses clinoïdes posté¬
rieures. De chaque côté du hasi-sphénoïde, on note une dépression longitudinale peu marquée cor¬
respondant à l’empreinte du sinus caverneux et de la carotide.
La face endocrânienne des rochers porte l’empreinte du ganglion de Casser {G. semilunare),
plus accusée sur la pyramide pétreuse gauche, ainsi que Veminentia arcuata et le tegmen lympani,
ce dernier formant im plan plus régulier à gauche, plus mamelonné sur l’os droit.
L'étage postérieur répond essentiellement aux fosses cérébelleuses et à la face postérieure des
rochers. L’empreinte du sinus latéral {sinus sigmoideus) est hien marquée du côté droit et limitée
par deux hords qui s’estompent progressivement à leur portion horizontale {sinus transversus). Au
niveau du Pressoir d’Hérophile {confiuens sinuum), la gouttière du sinus latéral devient moins évi¬
dente. Du côté gauche, son trajet peut difficilement être suivi en raison de l’effacement de ses bords.
L’empreinte du sinus pétreux supérieur {sinus petrosus superior) est peu visible ; celle du sinus
petrosus inferior est partiellement reconnaissable au niveau de l’articulation pétro-occipitale.
2. — La voûte crânienne.
La face interne de la voûte ne laisse apparaître aucune suture ouverte bien que les traces de
la suture lambdoïde et d’une partie de la sagittale soient soulignées par un léger sillon irrégulier
témoignant de leur synostose tardive.
Sur la face endocrânienne de la calotte, on relève principalement trois caractères méritant
une attention particulière, à savoir le sillon du sinus longitudinal supérieur, les dépressions pac-
chioniennes et l’empreinte des vaisseaux méningés; ces derniers seront examinés d’une façon plus
complète avec l'étude descriptive du moulage.
Le sinus longitudinal supérieur {sinus sagittalis superior) est bien visible, principalement entre
les lobes frontaux où il forme une gouttière de 3 mm de large limitée par deux bords légèrement
saillants, ainsi que dans la région obébque où il constitue une gouttière plus diffuse et plus large.
Le sillon s’estompe au niveau du bregma et au-dessous du lambda pour réapparaître au niveau
de la branche horizontale (segment occipital) du sinus latéral droit par lequel il se prolonge.
De part et d’autre du sinus longitudinal, on observe un certain nombre de dépressions sub¬
circulaires ou subMïvalaires, correspondant aux lacs sanguins de la dure-mère et aux granulations
arachnoïdiennes de Pacchioni. Les plus importants siègent sur le lobe frontal droit (n = 2), en
avant et à gauche de l’endo-bregma (n = 3) et au vertex endocrânien (n = 2). Une fossette plus
longue et plus diffuse s’étend au centre de la gouttière sagittale dans la région de l’obélion, là où
le sinus atteint sa largeur la plus grande. Il convient en outre de signaler la présence de fossettes
pacchioniennes le long du trajet de la partie supérieure de la veine anastomotique de Trolard gauche.
3. — Le MotiLACE ENDOCRÂNIEN (figuTcs 9 ct 10, planche IV).
Dans l’ensemble, le moulage endocrânien de Buffon ne présente pas de caractères particu-
bèrement frappants. L’âge avancé du sujet a cependant accentué certains reliefs, notamment ceux
des fossettes de Pacchioni et de la veine méningée antérieure. Les dimensions de longueur, de lar-
Source : MNHN, Paris
32
JEAN-LOUIS HEIM
geuT et de hauteur du moulage font apparaître une légère prédominance de l'hémisphère gauche
par rapport au droit. Cette prédominance n'intéresse que le seul volume des hémisphères car la
vascularisation est comparable des deux côtés malgré des différences dans la topographie des vais¬
seaux. Elle traduit une latéralité fonctionnelle en faveur du côté droit, ce qui revient à dire que
Buffon devait être très certainement droitier.
Fie. 9. — Moulage endocrânien de Buffon. Vue supérieure. (2/3 de CN). LT, lobe temporal. P, fosseaes pacchioniennes. rb, rameau
bregmatique des vaisseaux méningés antérieurs, ri, rameau lambatique. ro, rameau obélique. SL. sbus longitudinal supé¬
rieur. Ssp, sinus sphéno-pariéiaJ. Vf, vaisseaux frontaux-
A. — Topographie vasculaire.
Les vaisseaux méningés moyens ont laissé leurs empreintes sur la table interne des os de la
voûte; leur netteté particulièrement frappante sur le moulage intracrânien en rend l'examen plus
À l'asymétrie dimensionnelle des deux hémisphères s’ajoute une différence notable concernant
le trajet que parcourent les vaisseaux méningés droits et gauches. Cette différence réside non pas
tant dans l'aire de la vascularisation des lobes et la densité des anastomoses qui demeurent com-
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 33
parables des deux côtés, que dans la topographie des vaisseaux. Aussi, examinerons-nous séparé¬
ment chaque hémisphère.
a) Vhémisphère gauche 10, A) semble davantage répondre à la disposition « classique »
définie par divers auteurs et notamment par Trolard (1890), à savoir que les trois rameaux breg-
matique, obélique et lambdatique sont parfaitement individualisés à partir d'un tronc commun qui
se trifurque en arrière du pied de la 3* circonvolution frontale.
L'empreinte antérieure se dirige verticalement en avant de la scissure de Rolande. Cette
branche constitue un relief accusé (90% des cas) au trajet sinueux et marqué d'épaississements
athéromateux plus ou moins réguliers qui indiquent que cette empreinte répond à celle du sinus
sphenoparietalis (Ssp) ou sinus de Breschet ou veine anastomotique de Trolard '. Vers le haut, elle
atteint la région bregmatique et une zone de rugosités mamelonnées correspondant aux fossettes
pacchioniennes (P) signalées précédemment. Le trajet du sinus masque dans sa partie moyenne
celui de la branche antérieure de la veine (et de l'artère qui lui est intimement liée) méningée
moyenne qui apparmt seulement vers le bas, à 1,5 cm au-dessus de la trifurcation du tronc com¬
mun (TC) où elle est accolée en arrière de la veine anastomotique. Vers le baut, elle semble s'en
détacher en avant. La branche antérieure offre un calibre plus réduit que le sinus sphéno-pariétal.
Elle reçoit une veine afîluente qui longe ce sinus et se dirige vers le sinus longitudinal médian (SL)
en formant un réseau qui s'anastomose en partie avec celui de la branche obéhque (ro).
Il est intéressant de noter que la saillie de la branche antérieure sur le moulage (ou si l’on préfère, la profon¬
deur qu'elle a laissée sur le crâne) est plus marquée du côté gauche que sur l'hémisphère droit. Cette disposition répond
au type le plus couramment décrit par plusieurs auteurs cités par Le Double (soit 56,5% des cas). Les raisons d’un plus
fort «dibre des vaisseaux de l'hémisphère gauche sont controversées et varient suivant les auteurs. Parmi les causes
possibles, on peut retenir le volume généralement plus grand de l’hémisphère gauche (Peli, Lombroso), le calibre supé¬
rieur de la carotide primitive gauche impliquant une plus forte pression sanguine de ce côté, et enfin la plus grande
étendue de la dure-mère du côté gauche (Pudlofi).
Quoi qu’il en soit, l'importance du calibre de la veine gauche inlirme la thèse de Peb selon laquelle à partir de
71 ans il n’y aurait plus de différences sous ce rapport entre les deux hémisphères.
L'empreinte moyenne ou rameau obélique (ro) suit tout d'abord l’axe de la scissure de Syl-
vius puis se porte en haut et en arrière, en s'épanouissant en un réseau plus serré couvrant la
majeure partie du lobe pariétal.
Le rameau lambdatique (rl) se détache du rameau obélique à 1 cm en arrière de son origine
à partir du tronc commun. Le rameau suit un trajet horizontal avant de remonter légèrement vers
l'arrière pour constituer, au-dessus du lambda, un réseau anastomotique qui se confond avec celui
de la branche obélique d'une part, et gagne d’autre part la région du lambda. Le territoire cou¬
vert par les vaisseaux issus de la branche postérieure est nettement moins étendu que celui du
précédent rameau.
b) Hémisphère droit (figure 10,B). La vascularisation de l’hémisphère droit diffère de celle
du gauche par la plus grande longueur du tronc co mm un avant la première bifurcation qui se situe
au-dessus de la scissure de Sylvius. Une autre particularité vient du fait que la veine anastomo¬
tique de Trolard (Ssp) est confondue avec la branche bregmatique (rb) et offre un trajet sinueux
en S. Vers cette veine antérieure, confluent tout d’abord en arrière du Cap de Broca des vaisseaux
en provenance du lobe frontal, puis plus baut, l’ensemble de tous les vaisseaux issus du lobe pariétal
qui viennent s’aboucher en différents points en arrière de la branche bregmatique. Ces vaisseaux
sont de bas en haut :
— la branche lambdatique, ramifiée vers l’arrière;
— la branche obélique, simple mais légèrement anastomosée avec la précédente;
— le réseau antérieur de la branche bregmatique qui se trifurque en trois rameaux également
développés et respectivement dirigés vers le vertex, en arrière et en avant du bregma.
1. Ce sinus veineux fait communiquer le sinus longiludinal supérieur avec le sinus caverneux.
Source : MMHN, Paris
34
JEAN-LOUIS HEIM
Fio. 10. - Moul^ endocranien de Buffon. A, vue latérale gauche. B, vue latérale droite. Mêmes légendes que la figure 9. SI,
sinus latéral. Te, tronc commun du réseau méningé antérieur. (2/3 de GN).
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBAHD (CÔTE D’OR)
35
B. — Lobes et circonvolutions du cerveau (planche IV).
Hormis la scissure inter-hémisphérique (si) et la scissure de Sylvius (sS) dont le trajet peut
être aisément suivi sur la plus grande partie de leur longueur, la fissuration néopalléale est assez
peu apparente sur le moulage endocrânien, ce qui ne permet guère d’évaluer avec précision l’éten¬
due et les limites des lobes. Toutefois, la présence de bosses et de dépressions plus ou moins mar¬
quées à la surface du moulage autorise, dans une certaine mesure, une tentative de localisation
sommaire des principaux sillons et circonvolutions du cortex.
La scissure de Rolando (sR) est partiellement discernable sur l’hémisphère droit : elle semble
se traduire par une légère dépression située le long du trajet du rameau central de la trifurcation
de la branche bregmatique des vaisseaux méningés moyens. Sur l’hémisphère gauche, l’extrémité
inférieure de la edssinre est soulignée par une petite fossette allongée verticalement sur 1,5 cm
entre les branches bregmatique et obéUque des vaisseaux méningés. Si ces deux zones déprimées
répondent effectivement à la scissure, les parties moyenne et supérieure des branches bregmatiques
auraient alors un trajet pré-rolandique superposé aux deux circonvolutions frontales ascendantes.
Ainsi, il serait possible d’évaluer la surface proportionnelle des lobes et notamment de faire ressor¬
tir la prédominance du lobe frontal gauche sur le droit. De même, en raison de l'imprécision des
limites et du trajet de la scissure de Rolando, nous n’avons pas pu mesurer l’angle rolandique',
mais il semble qu'il ne devait pas dépasser les limites de 70-80°.
La scissure de Sylvius (sS, planche IV) est nettement visible sur les deux hémisphères depuis
son point d’origine au niveau de l'espace perforé antérieur {substancia perforata anterior) à la face
inférieure de l’encéphale, jusqu'au trait de séparation artificielle de la base du crâne et de la calotte.
Sur l’hémisphère droit, elle demeure visible sur tout son trajet jusqu'à sa bifurcation qui marque
le bord antérieur du gyrus supramarginalis (lobule du pli courbe). À gauche, elle s’estompe en
arrière de la trifurcation des 3 branches méningées moyennes. Au niveau des lobes frontaux, ses
prolongements pré-sylviens (ou branches sylviennes) sont peu visibles : si la branche sylvienne pos¬
térieure gauche peut être individualisée en arrière du Cap de Broca, la branche sylvienne anté¬
rieure est plus prononcée sur l’hémisphère droit.
La scissure perpendiculaire externe, visible partiellement sur l’hémisphère gauche, est située
à 1 cm au-dessus de l’endo-bregma. Elle correspond sur le moidage à une très faible dépression
qui s'estompe latéralement sous les plis de passage occipito-pariétaux.
Le lobe frontal offre une surface relativement lisse et peu mamelonnée, marquée vers l'avant
par le fin réseau vasculaire de l’artère cérébrale antérieure et par un réticulum veineux plus diffus
qui converge en bas en direction du tronc méningé moyen. Si les empreintes des circonvolutions
sont pratiquement indiscernables à la face supérieure des lobes, elles deviennent en revanche nette¬
ment mieux visibles sur la face inférieure où apparaissent les reliefs d'une fissuration correspondant
à la 2^ frontale et, en dehors, au segment orbitaire de la 3*. La première circonvolution frontale
constitue de chaque côté des bulbes olfactifs une éminence discrète qui s’atténue et s'étale vers la
face antéro-supérieure des lobes. En revanche, la 3‘ circonvolution est plus nette, notamment à la
hauteur du Cap de Broca qui forme de chaque côté une bosse arrondie.
Les circonvolutions pariétales laissent sur la surface du moulage des reliefs mieux indivi¬
dualisés que les circonvolutions frontales. La pariétale ascendante droite forme une légère s ailli e
étalée entre l'emplacement de ce que nous supposons être celui de la scissure de Rolando et tme
dépression allongée verticalement le long du rameau postérieur de la branche antérieure de la
veine méningée moyenne et correspondant au sillon post-rolandique. En arrière, et de part et d’autre
de la scissure inter-hémisphérique, une zone lisse et surélevée répond à la circonvolution pariétale
1, Angle défini par Taxe du aillon de Rolando avec la aciaaure inter-hémisphérique.
Source : MhlHH, Paris
36
JEAN-LOUIS HEIM
supérieure. Cette dernière s'estompe en dehors (sillon interpariétal) et en arrière au niveau de
l’endo-lambda.
La large bosse étalée qui occupe la partie centrale du lobe pariétal répond à l'ensemble de
la circonvolution pariétale inférieure, au pli courbe et au gyrus supramarginatis. Il s’agit d'une sur¬
face relativement lisse à la base de la circonvolution pariétale ascendante qui devient nettement
mamelonnée vers le bas de la région commune aux lobes temporal, pariétal et occipital où l’amin¬
cissement de l’enveloppe méningée laisse apparmtre la hssuration néocorticale des plis de passage
interlobaires.
Les trois premières circonvolutions temporales sont bien marquées des deux côtés, ce qui
contraste avec les circonvolutions de la partie supérieure de la voûte. La seconde circonvolution,
qui semble être la plus épaisse de toutes, est particulièrement apparente. Bien visible dès son ori¬
gine astérique, elle suit tout d’abord une direction horizontale puis s’infléchit vers l’avant du lobe
en décrivant une courbure qui la porte transversalement en dedans vers la pointe du lobe tem¬
poral. La troisième circonvolution, plus petite, épouse vers le bas le même mouvement que la pré¬
cédente.
Les lobes occipitaux constituent de part et d’autre de la scissure inter-hémisphérique une
saillie marquée vers l’arrière, principalement sur le lobe gauche, et correspondant à la première
circonvolution occipitale. Cette dernière est séparée de la pariétale supérieure par une légère dépres¬
sion transversale, visible à gauche seulement et correspondant, ainsi que nous l'avons écrit précé¬
demment, à la trace de la scissure perpendiculaire externe. Les 2* et 3* circonvolutions occipitales
ne sont guère discernables et se confondent par des plis de passages aux 2® et 3* temporales.
À la limite de séparation de la 3® occipitale et du pli courbe, on distingue nettement sur l’hé¬
misphère droit un repli méningé allongé horizontalement sur 5 cm, dont l'origine semble être
davantage de nature vasculaire (cet épaississement correspond au trajet de la branche lambda-
tique) que d’origine corticale.
Fie. 11. — Le cervelet de Buffoc. Vue postérieure. (2/3 de GN), La, amygdales. Lsli, lobule semi-lunaire inférieur. Lsls. lobule semi-
lunaire supérieur, s, sillon séparant le lobule digastrique du lobide grêle ou le lobule grêle du lobule semi-lunaire iniérieur.
SC, sillon circonférentiel de Vicq d'Azyr. ST, sinus transverse.
C. — Le cervelet (cerebellum) (figure 11).
Les hémisphères cérébelleux sont nettement marqués et forment de chaque côté une saillie
réguhèrement convexe, plus développée du côté gauche. Ils sont séparés par la grande scissure
médiane qui s'évase progressivement vers le bas pour atteindre une largeur d'environ 5 cm de
part et d’autre du bulbe rachidien. Dans sa partie supérieure, la scissure médiane est étroite et
peu profonde; elle ne devait certainement pas faire apparaître le vermis.
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 37
Les hémisphères sont parcourus par plusieurs sillons parmi lesquels on reconnaît le sillon
circonférentiel de Vicq d’Azyr (sc), le plus net de tous, qui limite en bas la saillie du lobule semi-
lunaire supérieur. Sur l’hémisphère droit, ce lobule forme une languette étroite comprise entre
ledit sillon en bas et l'empreinte de la portion horizontale du sinus latéral {sinus transversus). Il
s’évase en avant jusqu’au sinus sigmoideus. Sur l’hémisphère gauche, le lobule semi-lunaire supé¬
rieur est moins net mais plus volumineux, de telle sorte que le sillon circonférentiel de Vicq d’Azyr
est repoussé presque à la mi-hauteur de l’hémisphère. Il occupe en outre une position plus latérale
que le lobule droit.
De part et d’autre de la région correspondant au bulbe et Jusqu’à la limite cérébo-cérébel-
leuse, on observe de chaque côté une zone lenticulaire allongée sur 3,5 ou 4 cm entre la partie
supérieure du cervelet et la portion la plus large de la scissure médiane. Ces deux zones corres¬
pondent aux lobules amygdaloïdes {tonsiUae cerebelli, La) qui sont par conséquent très développés.
Entre les amygdales et le siUon circonférentiel de Vicq d’Azyr, la surface des hémisphères
cérébelleux ne présente guère de traces visibles de lobes et de sillons secondaires. Cette surface,
qui répond aux lobules grêle et semi-lunaire inférieur, est plus étendue à gauche, ce qui confirme
l’importance prépondérante de ce côté.
Source : MNHN, Paris
38
JEAN-LOUIS HEIM
CHAPITRE III
LES SQUELETTES MASCULINS
SQUELETTE DU TRONC
1. - COLONNE VERTÉBRALE
Hormis la détérioratioa partielle d'un certain nombre de corps vertébraux et d'apophyses
latérales, l'état satisfaisant de la colonne vertébrale a permis de raccorder le crâne au reste du
squelette. Ainsi que nous l'avons précisé, la jonction a pu se faire grâce à l’examen des surfaces
articulaires supérieiu'es de l'atlas, uniformément concaves et réniformes et parfaitement articulées
avec les surfaces condyliennes correspondantes.
Vertèbres cervicales (tableau V).
La série cervicale est pratiquement complète à l'exception de la quatrième qtii n’a pu être
retrouvée. L’état des vertèbres est dans l’ensemble assez médiocre, à part les trois premières qui
sont assez bien conservées. Les apophyses épineuses (processus spinosus) sont presque toujours
détruites ou endommagées.
Tableau V. — Dimensions des vertèbres cervicales de Buffon.
Largeur totale
Longueur antêro-poet.
Largeur du corps
Hauteur antérieure
Hauteur postérieure
Hauteur de la
colonne cervicale
Atlas
Axis
C3
C5
C6
C7
78mm7
43nnn?
57-
1 1 II
27,5 inn
32 mm
14,5mm
16,5mm
73 mm
13 mm
17 mm
Hauteur atlas
+ axls^4,5nim
(1)
116,4 mm env.
(1) Mesurée depuis le bec au sommet de l’apopbyse odontoïde.
La hauteur de C5 -l- C6 + C7 atteint 48 mm environ contre 59 mm chez un sujet jeune. Une
telle différence peut parfaitement s’expliquer par le tassement dont ont souffert les corps verté¬
braux par suite de l’âge avancé de Buffon. De plus, la présence d’ostéophytes (région antérieure
de l'arUculation atloïdo-odontoïdienne, apophyse articulaire gauche de C5, listel marginal et apo-
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR) 39
physes semi-lunaires de C6 et de C7) traduit un certain état de spondylose cervicale qui se retrouve
d’ailleurs sur les autres segments vertébraux.
Le trou vertébral (foramen vertébrale) est grand et losangique au niveau de l'atlas (largeur
= 27 mm; longueur « 29,5 mm). Ovalaire sur l'axis, il devient cordiforme sur les vertèbres
sous-jacentes, puis tend vers le contour triangulaire : il s'élargit progressivement vers le bas à
mesure que le diamètre antéro-postérieur diminue légèrement.
La largeur des corps vertébraux augmente des vertèbres supérieures aux vertèbres sous-
jacentes. L'apophyse odontoïde (dens) de l'axis est massive et se termine vers le haut par un pro¬
longement cylindrique. Sa face postérieure porte une surface arrondie, convexe transversalement
et légèrement concave de haut en bas, correspondant à l'empreinte du ligament transverse.
La face inférieure du corps de l'axis est concave d'avant en arrière. Le bec est bien déve¬
loppé et l'insertion du muscle longus colli cervicis est soulignée par les rugosités notables de la
face antérieure.
Le corps des autres vertèbres cervicales porte des apophyses semi-lunaires bien marquées
et un bec peu saillant. Leur face antérieure est rugueuse et fortement concave verticalement du
fait de la présence d’ostéophytes marginaux qui tendent à épaissir les bords.
Tableau VI. — Dimensions des vertèbres thoraciques de Buifon.
vertèbre
Largeur totale
Largeur sup. du
corps vertébral
Hauteur ant.
corps vert.
Hauteur pose,
corps vert.
Xrou vertébral
T 1
73 nim
36,5 mm
15 mm
17 mm
aplati transv.
X 2
71,5 mm
32 mm
19 mm
18,5 mm
plus long
moins large
T 3
-
-
44 mm
-
sub-clrculalre
T 4
-
-
44 mm
-
" "
T 5
72 mm ?
30 mm ?
19,5 mm
-
ovalaire
T 6
62 mm min.
-
-
22,5 mm
ovalaire
X 8
58 mm
34 mm env.
19 nm env.
22 mm
oval.-arrondi
X 9
62 mm
39 mm env.
19 mm env.
23 mm
ovalaire
T 10
66 mm env.
44 mm env.
20 mm
25 mm
+ triangulaire
T 11
57 mm env.
47 mm env.
19 mm env.
27 mm
triangulaire
-1- large encore
T 12
62 mm
51 mm env.
20 mm
27 mm
triangulaire
+ large encore
Hauteur
Vertèbres thoraciques (tableau VI).
À l'exception de la T7, toutes les vertèbres thoraciques sont présentes bien que leur mau¬
vais état de conservation en ait le plus souvent rendu l'identification délicate. L'âge avancé du sujet
se confirme par l'érosion affectant les surfaces de la plupart des corps vertébraux (décalcification)
et surtout par le développement des ostéophytes (rhumatismes) qui sont de plus en plus épais sur
les vertèbres thoraciques sous-jacentes. Les ostéophytes, généralement situés sur les bords margi¬
naux des corps, se localisent dans certains cas sur les apophyses articulaires (T4 et Tl 2 surtout)
Source : MhlHN, Paris
40
JEAN-LOUIS HEIM
et sur les faces horizoutales des corps (T6 et T8). Il existe enfin une arthrose entre les lames, les
pédicules droits et les apophyses articulaires des 3® et 4® vertèbres thoraciques ainsi qu’une sou¬
dure entre la facette costale et la côte gauche de Tl2.
Nous avons pu relever un certain nombre de mensurations sur les vertèbres thoraciques,
indiquées dans le tableau VI.
Aplati transversalement sur Tl, le trou vertébral tend à devenir ovalaire avec un grand dia¬
mètre antéro-postérieur à partir de T2. II offre un contour sub-triangulaire sur T9, puis s’élargit
et devient nettement triangulaire sur les dernières vertèbres thoraciques.
Vertèbres lombaires (tableau VII).
Les cinq vertèbres lombaires sont présentes et si L2, L3 et L5 sont pratiquement complètes,
la première et l’avant-dernière sont réduites à quelques portions de leurs arcs neuraux.
Le caractère le plus frappant de la série lombaire est le développement remarquable des
exostoses et des ostéophytes ainsi que les signes de décalcification qui sont plus prononcés que
sur les séries précédentes (planche VII, 2, 3 et 4).
Tableau VIL — Dimensions des vertèbres lombaires de Buffon.
Longueur médiane
Largeur
C 0
antêro-poat.max.
totale.
largeur aup.
Haut.ant.
Haut.post.
L 1
82mm ?
S2mm min.
trlangulalreiiet
petit
L 2
86,5 mm
84mm ?
57 mm(l)
26 mm
25,5 mm
large et court,
triangulaire
L 3
87 mm
100 mm
59 mm
21 mm
22 mm
idem mais plus
large
L 5
96,5 mm
62 ram
25 om
22,5 mm
'■
Hauteur totale.
121 mm
117 mm
Hauteur moyenne
119
mm
(1) Avec les ostéophytes.
En résumé, l'état général de la colonne vertébrale de Buffon porte, sur la plupart des ver¬
tèbres et notamment sur les vertèbres lombaires, les signes évidents d’une spondylarthrose au
stade IV : présence quasi constante d’ostéophytes sur les listels marginaux et raréfaction de la
substance osseuse. Si l’aspect réticulaire qui apparaît principalement sur l’os spongieux est l'expres¬
sion d’un syndrome normal de la sénescence, ü n'exclut pas pour autant l’action possible d’une alté¬
ration physico-chimique secondaire liée aux conditions de fossilisation.
Sacrum (planche VII, 1).
Des deux sacrums présents, seul celui que nous attribuons à Buffon autorise quelques
remarques ostéométriques et des observations anatomiques.
Longueur du sacrum (= hauteur antérieure). 90
Largeur maximale. 108,5
Indice de largeur (largeurAongueur). 120,5
Longueur de la flèche. 31
Indice de concavité (flèche/corde). 34,4
Source : MNHN, Paris
illli
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 41
L’indice de concavité est très élevé et traduit une forte courbure antérieure, probablement
accrue par les conditions particulièrement humides dans lesquelles se trouvaient les squelettes.
L’os, légèrement hyperbasai, comprend 5 vertèbres et 4 trous sacrés complets. La première
coxygienne est soudée au corps de l’os (sacralisation de la première vertèbre coxygienne), et de ce
fait il s'ensuit une augmentation notable de la longueur apparente du sacrum.
En plus de cette soudure, le sacrum de BufTon présente un signe évident de spina bifida ou
rachischisis. En effet, à la face postérieure de l’os, le canal sacré est ouvert sur une largeur attei¬
gnant 14 mm au niveau de S5. L’ouverture se réduit vers le haut pour prendre l'aspect d’une simple
hssure longitudinale à la hauteur de S2. Il convient de signaler, ainsi que l’a écrit Le Double
(1912), que l’ouverture du canal sacré « au niveau des 2® et 3® sacrées ou dans toute l’étendue de
son trajet, constitue des anomalies bien plus rares » que l'ouverture accidentelle au niveau des
deux premières vertèbres sacrées.
L’os est remarquable par sa faible densité, ce qui en cela confirme les remarques que nous
avons faites pour les autres segments vertébraux. La raréfaction de l’os est particulièrement bien
observable de part et d’autre des trous sacrés où les travées osseuses forment le réseau le plus
lâche.
Plusieurs ostéophytes hérissent le sacrum, notamment sur le pourtour des ailerons et sur le
bord antérieur de SI.
2. — Benjamin-François.
La colonne vertébrale, très incomplète et détériorée, ne comporte que trois vertèbres cervi¬
cales (C3, C4 et C6), une portion de lombaire (probablement L3) et deux fragments de corps ver¬
tébraux lombaires.
Dans l’ensemble, les caractères des vertèbres sont comparables à ceux des vertèbres de Buffon
avec présence d’ostéophytes et signes d'érosion, bien que les processus rhumatismaux et de décal¬
cification semblent avoir été moins prononcés malgré l’âge plus avancé.
Vertèbres cervicales.
La C3 est la moins endommagée bien qu’elle soit dépourvue de l’apophyse épineuse, de l’apo¬
physe latérale droite et d’une grande partie des lames. En voici les dimensions ;
largeur totale. 62 mm env.
largeur de la face supérieure du corps. 28 mm
hauteur antérieure. 17 mm
hauteur postérieure. 16 mm
Comme sur la vertèbre correspondante de Buffon, on retrouve ici un épaississement rhuma¬
tismal de l’apophyse articulaire inférieure gauche qui dépasse en dehors l’apophyse transverse. Il
n’existe toutefois pas d’ostéophytes marginaux.
La C4 est très fragmentaire : le listel marginal et les apophyses semi-lunab’es sont hérissés
d'exostoses légères.
Triangulaire sur C3, le trou vertébral s’arrondit progressivement vers le bas et présente en
C6 un contour ovalaire. Il semble ne pas avoir été aussi large que sur les vertèbres de Buffon.
Vertèbre lombaire.
La vertèbre lombaire, vraisemblablement L3, est réduite au corps, aux pédicules et à une
apophyse articulaire supérieure :
largeur du corps. 52,5 mm
hauteur antérieure. 25 mm
hauteur postérieure. 25 mm
Source : MNHN, Paris
42
JEAN-LOUIS HEIM
Ces deux dernières dimensions sont identiques, ce qui semble traduire une faible lordose,
probablement en raison du tassement des disques consécutivement a 1 âge : les osteophytes mar¬
ginaux sont en effet bien développés et accusent la concavité de la face antérieure du corps verté¬
bral. Une telle spondylose s’observe en outre sur les apophyses articulaires. Enfin, les faces horizon¬
tales du corps présentent une raréfaction de la substance osseuse évoquant la disposition déjà
décrite sur les vertèbres de BufTon.
Sacrum.
Le sacrum est mal conservé et n'autorise qu’un petit nombre d’observations. L’os, détruit
après la seconde vertèbre sacrée, est réduit à sa partie supérieure droite. Il comprend la moitié
supérieure droite de SI, la face antérieure de S2, l’aileron droit et les deux premiers trous sacrés.
Le sacrum de Benjamin-François laisse apparaître les mêmes signes de décalcification et les
mêmes ostéophytes de la surface articulaire des ailerons que ceux que nous avons signalés chez
son fils. 11 s’agit bien sûr ici non pas d’hérédité mais d’un état de sénescence comparable. Néan¬
moins, la destruction de l’arc sacré en arrière des apophyses articulaires de SI ne permet pas de
savoir s’il y avait, comme chez Buffon, un rachischisis, ce qui, en revanche, aurait pu traduire un
processus de nature génétique.
L'os semble avoir été moins concave et plus large que le sacrum de Buffon. Toutefois, l’hy-
perbasalité est comparable chez les deux sujets.
II. - RESTES MASCULINS D’ATTRIBUTION IMPRÉCISE
Sternum.
Un firagment très endommagé et érodé répondant à la partie moyenne d’un sternum, dépourvu
du manubrium et de l’apophyse xyphoïde, est attribuable à l’un des deux squelettes masculins {pro¬
bablement Buffon?). Cet élément mesure 8 mm de longueur et porte trois facettes costales bien
visibles de chaque côté. Il se différencie nettement du fragment sternal féminin de Marie-Françoise
par son épaisseur qui atteint près de 2 cm à sa partie supérieure.
Squelette costal
Cinquante-huit fragments costaux appartenant aux squelettes de Buffon et de son père se dis¬
tinguent, par leur robustesse et par la morphologie de leurs extrémités cbondrales, des restes
thoraciques féminins. Il est toutefois impossible de déterminer Fappartenance respective de tous
ces éléments en raison de l'étroite ressemblance anatomique et des caractères de sénilité qui con¬
fondent le père au fils.
Hormis les deux premières, aucune côte n’a pu être déterminée avec exactitude ; chaque côte
semble avoir été relativement épaisse dans sa partie dorsale et nettement aplatie vers l’extrémité
sternale.
Les côtes sont robustes et pourvues d'empreintes musculaires nettement marquées. La pre¬
mière côte est large; la face supérieure de la seconde présente un tubercule de Lisfranc {tuberculum
m. scaleni anterioris) très prononcé. D’une manière générale, les côtes montrent les signes évidents
d’un âge avancé :
— certaines portent en effet à leur partie antérieure im prolongement osseux correspondant
à l’ossification du cartilage costal;
— les extrémités sternales sont creusées d’une profonde fossette atteignant 4 mm . Cette fos¬
sette est limitée par un bord très irrégulier.
Source ; 41WHM, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR)
43
CHAPITRE IV
LES SQUELETTES MASCULINS
SQUELETTE DES MEMBRES
I. - MEMBRE SUPÉRIEUR
1. — Ceinture scapulaire.
La ceinture scapulaire est représentée par deux portions des deux omoplates ainsi que par
les clavicules. Bien qu'il soit impossible d'affirmer auquel des deux sujets ces os appartiennent,
leurs dimensions et leur robustesse permettent d'accorder une certaine probabUité en faveur du
squelette de Benjamin-François.
Omoplates.
L'omoplate gauche comporte un important fragment de la partie supéro-externe comprenant
les 2/3 externes de l'épine, de l'acromion, la cavité glénoïde, l'apophyse coracoïde, la portion
externe de la fosse sus-épineuse et la région supérieure des fosses scapulaire et sous-épineuse.
L’os droit est réduit à un fragment du bord vertébral au voisinage de l'épine comprenant
une partie de cette dernière et des fosses sus- et sous-épineuses.
L'état de conservation des os n’autorise guère une étude ostéométrique générale ni descrip¬
tive. Nous pouvons toutefois signaler que la fosse sus-épineuse devait être vaste et large, et que
l'acromion est volumineux et de forme quadrangulaire. L'apophyse coracoïde est très allongée,
notamment dans son segment horizontal longueur ^ 52 mm).
L'échancrure coracoïdienne est partiellement conservée bien que la destruction de son rebord
postérieur ne permette pas d’en préciser le type. La cavité glénoïde est plutôt étroite (26 mm) et
haute (40 mm), ce que confirme l’indice glénoïdien (= 65). Elle présente un contour piriforme avec
une échancrure glénoïdienne assez peu accentuée.
Clavicules (tableau VIII et figure 12).
Aucune des deux clavicules n'est complète; la droite est dépourvue de son extrémité acro¬
miale et la gauche est réduite à ses 2/3 externes.
Les clavicules donnent une impression de faible sinuosité (18,6 en moyenne selon la tech¬
nique de G. Olivier) et de robustesse, ce que confirment la valeur de l’indice (voisin de 25,3 à droite)
et le développement des reliefs musculaires. L'empreinte deltoïdienne est nettement visible au fond
Sour<x : AIMHfJ, Paris
44
■ JEAN-LOl'IS HEIM
de la concavité externe, alors que des lignes de rugosités intéressant la moitié interne de la face
antérieure correspondent à l’insertion du muscle grand pectoral (pectoralis major). En revanche,
l’empreinte du ligament costo-claviculaire est faiblement indiquée.
La gouttière sous-claviculaire est large et nettement ouverte vers le bas. Les trous nourriciers
comptent deux orifices à la face postérieure de la clavicule droite et trois sur l’os gauche. Sur ce
dernier, l’un des trois orifices s’ouvre dans le fond de la gouttière sous-claviculaire.
Les extrémités claviculaires sont larges, épaisses et rugueuses. L’extrémité externe atteint
14.5 mm d’épaisseur sur l’os gauche. Elle présente une facette acromiale ovalaire et oblique en
avant, en dehors et un peu en bas. Le tubercule conoïde est saillant vers l’arrière, mais demeure
séparé de la tubérosité coracoïdienne, cette dernière formant une zone rugueuse étendue à la partie
la plus externe de l’extrémité acromiale. L’extrémité sternale est triangulaire et épaisse : elle atteint
21.5 mm de longueur sur 28 mm de hauteur.
Fie. 12. — Détermination des courbures claviculaires d’après la méthode de G. Olivier (1951), A, clavicule masculine droite appar¬
tenant probablement à Benjamin-François Leclerc. B, clavicule gauebe de Marie-Françoise, femme de Biifibn.
Courbure externe (= acromiale) = arc DBA = EB/DA.
Courbure interne (= sternale) = arc CAB = AF/CB.
Le contour des clavicules a été tracé selon la face inférieure des os. (2/3 de CN).
Tableau VIII. — Dimensions et indices des clavicules masculines (probablement Benjamin-Fran¬
çois).
Clavicule droite Clavicule gauche
Longueur maxiinale
Périmètre au mili eu
Courbures horizontales 1
I sternale
Courbure frontale (déflexion)
Torsion
T,- . ■- t antéro-postérieur
Diamètres au milieu
Largeur externe maximale
Indice de robustesse
I ndice de largeur externe
Indice d'élargissement externe
39 mm
10,0 :
- 6®
normale
12 mm
31 mm?
25,3
20 , 1 ?
25,8
11 mm
12 mm
31 mm
20 , 1 ?
28,1
Source ; MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR)
45
2. — Os LONGS (tableaux IX et X).
A. — Buffon.
Humérus.
Des deux humérus présents, seul le droit est intact. La surface de l’os gauche est en partie
érodée et présente quelques pertes de substance au 1/4 supérieur de la face antérieure de la dia-
physe, sur le bord postérieur de la tête et en avant du condyle.
Si les humérus sont moins robustes que ceux du second squelette masculin, les crêtes osseuses,
les insertions musculaires, la protubérance deltoïdienne et la profondeur de la gouttière de torsion
sont comparables chez les deux individus. De même, la moitié supérieure de la diaphyse est plus
volumineuse que la moitié inférieure (figure 13).
2 cm
Fie. 13. — Les humérus droits de Benjamin-François (à gauche) et de BuiTon (à droite) vus par leurs faces antérieures. On notera
la similitude de la forme, de l'orientation de l’extrémité distale et de la valeur de l’angle d’inclinaison du col chez les deux
individus. (1/2 de GN)-
En plus des caractères ostéométriques (longueur, diamètres, périmètres et robustesse) qui
accusent des valeurs plus faibles chez Buffon, on peut relever quelques traits anatomiques parti¬
culiers qui distinguent les humérus de Buffon de ceux de son père :
Source : MNHN, Paris
46
JEAN-LOUIS HEIM
— la crête du long supinateur {M. brachioradialis) est bien marquée, quoique 1 extrémité dis¬
tale de la diapbyse soit moins évasée vers le bas qu'elle ne l'est chez Benjamin-François;
— la section horizontale du col chirurgical est aplatie d'avant en arriéré ;
— au-dessus de la face antérieure de l’articulation distale, on note 1 égalité des fossettes
radiale et condylienne;
— enfin, les humérus ne portent pas d’altérations pathologiques.
Radius.
Si le radius gauche est parfaitement conservé, le pourtour de la tête radiale {paput radiî) de
l'os droit est en partie endommagé.
Le corps de l’os est plus aplati chez Buffon que chez Benjamin-François; il porte un bord
interosseux tranchant et dont la plus forte saillie se situe au 1/3 supérieur au niveau du trou nour¬
ricier. La courbure antéro-postérieure est plus accentuée sur l’os gauche, alors que celle du bord
interne est sensiblement la même de chaque côté. La tubérosité bicipitale {tuberositas radii) est
robuste.
L’extrémité proximale comporte une tête radiale arrondie comme chez le père, un col rela¬
tivement court et de section circulaire.
L'extrémité distale s'élargit brusquement par rapport à la diapbyse. La gouttière des radiaux
présente les mêmes caractères chez les deux sujets masctüins : elle passe nettement au-dessus de
l'apophyse styloïde et est soulignée par deux bords saillants.
Enfin, les deux facettes articulaires de la face inférieure sont bien séparées l'ime de l'autre.
Ulna (cubitus).
Les deux cubitus sont en excellent état bien que l'os droit soit dépourvu de son apophyse
slyloïde. Les os sont robustes quoique moins massifs et légèrement plus aplatis en moyenne que
ceux de Benjamin-François.
Le bord interosseux, plus marqué du côté gauche, est saillant ainsi que la crête supinatrice
et la crête du carré pronateur. Le bord postérieur est nettement indiqué et contourné en S italique
avec une double concavité dirigée en dedans à la partie supérieure et en dehors à la moitié distale.
Le trou nourricier droit s’ouvre vers le milieu du corps et sur le bord interne; le trou gauche se
situe un peu plus bas sur la face antérieure.
Le modelage de l’extrémité supérieure et de la face postéro-exteme est accusé, notamment en
ce qui concerne le relief sous-coronoïdien.
À l'extrémité proximale, le bec coronoïdien constitue une forte saillie plus proéminente que
le bec olécrâmen. Il forme une console horizontale orientée en dedans en raison de l’extension de
la surface articulaire interne de la grande cavité sigmoïde. Cette extension est encore plus prononcée
sur l’os gauche. Les deux surfaces articulaires de la grande cavité sigmoïde sont nettement écartées
l'une de l’autre, disposition qui se retrouve sur les cubitus de Benjamin-François.
Enfin, l'extrémité distale est pourvue d’une apophyse styloïde {processus styloideus) particu¬
lièrement volumineuse.
B. — Benjabon-François.
Humérus.
Les deux humérus sont présents et pratiquement complets, hormis quelques lacunes au niveau
des trochiters et de la partie superficielle de l'épicondyle ^oit.
La robustesse des os, particuhèrement accusée sur la moitié supérieure, tient à leurs dia¬
mètres élevés et à leur modelage puissant : gouttière de torsion très apparente, reliefs musculaires
Sourcx : MtJHtJ, Paris
LES SQUELETTES DE IA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 47
accentués (notamment le « V deltoïdien »); la gouttière inter-tubérositaire qui est bien accusée à
l’extrémité proximale, s’estompe et s'élargit progressivement sur la diaphyse. Elle est bordée par
des crêtes hypotrochitérienne et hypotrochinienne rugueuses, surtout sur l’os droit, la première
atteignant la tubérosité deltoïdienne dont elle constitue la branche interne.
Le pourtour horizontal de la diaphyse est arrondi vers l’extrémité proximale et au niveau du
col chirurgical. Il devient nettement triangulaire vers le bas en raison de l'évasement progressif
de l’extrémité distale et de la forte saillie des bords latéraux, notamment de la crête du long supi¬
nateur.
L’articulation distale est limitée par un épaississement marginal plus accusé à gauche, qui
dénote une certaine tendance rhumatismale au niveau du coude.
Enfin, la fossette sus-trochléenne est nettement marquée et profonde alors que la fossette
sus-condyhenne est plutôt discrète.
Xabixau IX. — Nlembre supérieur • dimensions et indices des os longs.
Les deux os sont présents : le radius droit est partiellement détérioré à la face postérieure
de l’extrémité distale, de la tête et du col; en revanche, l’os gauche est intact.
Dans l’ensemble, les radius donnent une impression de plus grande robustesse que ceux de
Source : MNHN, Paris
JE.4N-L0UIS HEIM
Buffon. Cette impression se confirme par les longueurs, diamètres et périmètres qui atteignent des
valeurs plus fortes. La courbure interne est plus accusée sur 1 os droit. La courbure antero-poste-
rieure, concave en avant, est également plus nette sur le radius droit. Le bord interosseux, iran-
cbant dans sa partie médiane, s’émousse progressivement au 1/4 inférieur de l’os. Sa plus forte
sailbe se situe au 1/3 supérieur au niveau de l’ouverture du trou nourricier sur la face antérieure.
L’extrémité proximale comporte une cupule radiale arrondie (diamètre transverse = 25 mm;
diamètre antéro-postérieur = 24,5 mm pour l’os gauche), un col de section circulaire et une tubé¬
rosité bicipitale épaisse et robuste.
L’extrémité inférieure, plus massive que sur les radius de Buffon, s’en distingue par son élar¬
gissement progressif par rapport à la diapbyse. La face inférieure porte deux facettes bien séparées.
Ubia (cubitus).
Les deux os sont à peu près complets. Le cubitus droit est endommagé à la partie interne de
l’apophyse coronoïde et à l'extrémité du bec coronoïdien; l’os gauche a souffert d'une destruction
de la surface qui atteint la medulla au tiers inférieur de la face postéro-externe.
Les os sont robustes, plus massifs et moins aplatis que ceux de Buffon, bien qu'il existe une
très nette différence entre l'os droit (platôlénique) et l'os gauche (nettement eurôlénique).
En vue latérale, le bord postérieur est rectiligne sur toute la longueur du corps de l'os. Il
forme une angulation marquée au niveau de l'extrémité proximale et au sommet de l’olécrâne. Le
bord interosseux, plus saillant sur le cubitus gauche, est particulièrement tranchant vers le milieu
de la diaphyse au niveau du trou nourricier. Ce dernier s’ouvre près du bord interosseux et sur la
face antérieure (cubitus gauche); il s’ouvre sur le bord interne au tiers supérieur de la diaphyse de
l'os droit.
Comme chez Buffon, le bec coronoïdien est nettement plus saillant que le bec de l’olécrâne;
toutefois, son rebord présente quelques épaississements nettement visibles sur l’os gauche. La
grande cavité sigmoïde comporte deux zones articulaires (coronoïdienne et olécranienne) bien dis¬
tinctes.
Dans l'ensemble, on constate assez peu de différences entre les deux individus : la plupart
des caractères morphologiques concernant le modelage des reliefs musculaires de la face postéro-
externe, l’aspect du bord postérieur et de l’extrémité proximale, évoquent le lien de parenté qui
unit les deux sujets. La principale différence consiste en l’orientation de la petite cavité sigmoïde
par rapport à la grande : chez Benjamin-François, la petite cavité est nettement oblique sur l'os
gauche alors qu’elle est franchement perpendiculaire à la grande cavité sigmoïde sur le cubitus
opposé. En outre, la petite cavité sigmoïde droite est haute et nettement rémforme.
II. - MEMBRE INFÉRIEUR
I. — Os coxAux (tableau X).
A. — Buffon (planche V).
Les os coxaux sont en grande partie conservés bien que d’importantes lacunes en rendent
l’examen délicat. Si l’os droit est complet, le gauche est en revanche dépourvu des zones centrale
et postérieure en arrière de la surface auriculaire ainsi que d’une partie de la branche horizontale
du pubis.
Les conditions particulièrement défavorables de conservation dans le caveau ainsi que les
altérations consécutives à l'âge et à l’état de santé ont considérablement réduit la densité des os
coxaux et l’épaisseur des ailes iliaques. De ce fait, ces dernières sont extrêmement minces au centre
Source : MNHN, Paris
I.ES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BL'FFON À MONTBARD (CÔTE D'OR) 49
des fosses iliaques ainsi qu'en témoignent leur transparence à droite et leur destruction partielle
sur l'os coxal gauche.
Si la décalcification dont a souffert Buffon a laissé des traces évidentes sur les côtes et sur
le sacrum, c’est vraisemblablement à une telle cause qu'il convient d’attribuer la destruction de la
partie de l'os spongieux située en arrière des ailes iliaques, ainsi que la structure trabéculaire
visible au fond de l’acetabulum et au niveau de l’éminence ilio-pubienne. L’âge avancé du sujet a
favorisé l'apparition d’exostoses sur le pourtour de la surface auriculaire et de la cavité cotyloïde,
notamment sur le coxal gauche.
Les os présentent des dimensions absolues et relatives tout à fait normales pour un sujet mas¬
culin de race blanche et donnent une impression de vigueur qu'accentuent les fortes empreintes
musculaires. La crête iliaque, sinueuse et rugueuse, présente un fort épaississement au niveau des
deux courbures et plus spécialement au niveau de la courbure antérieure là où le tubercule fes¬
sier, bien développé, forme une saillie surmontant la fosse iliaque externe.
Malgré leur minceur dans la partie centrale, les ailes iliaques portent sur leur face externe
les impressions très visibles des trois muscles fessiers. Les épines iliaques antérieures sont mas¬
sives. Le cadre ischio-pubien porte des impressions musculaires marquées, notamment pour les
muscles adductor magnus et gracilis dont les insertions déterminent une crête saillante déjetée en
avant.
Le pubis, massif et rugueux, est pourvu d’épines pubiennes très fortes formant une saillie
tuberculée. La symphyse pubienne, étroite et allongée, porte très nettement des altérations dégé¬
nératives dues à l’âge ; elle s’inscrit dans le type X de la classification de Todd.
Le trou ischio-pubien présente un contour sub-triangulaire à grand côté postéro-exteme.
La tubérosité ischiatique {tuber ischiadicuni) est puissante et pourvue de rugosités muscu¬
laires également très nettes. Sa face interne comporte une forte crête pour l’insertion du ligament
sacro-sciatique.
La grande échancrure sciatique est étroite et correspond sans aucune hésitation au type mas¬
culin.
Source : MNHN, Paris
50
JEAN-LOUIS HEIM
La présence des deux os coxaux et du sacrum a permis d'articuler l’ensemble du bassin et
d’en obtenir une estimation dimensionnelle. La largeur totale du bassin (283 mm) est élevée et
dépasse en valeur absolue les moyennes européennes. Cette largeur est liée en parue à l'évase¬
ment latéral des ailes iliaques car les diamètres du détroit supérieur sont moyens et traduisent
la mésatipellie (indice = 92,1). Ceci est corroboré par la valeur relativement faible de l’indice
ilio-pelvien (45,2).
On doit ftnfin noter la faible valeur de l’angle sous-pubien (65®) qui s'inscrit dans les valeurs
masculines.
En résumé, les os coxaux de BufFon présentent des caractères de robustesse particulièrement
nets malgré les signes évidents de la sénescence, signes portant principalement sur l’amincisse¬
ment du tissu osseux au niveau des ailes iliaques.
B. — Benjamin-François (planche V).
Le bassin de Benjamin-François est réduit au seul os coxal gauche ainsi qu’au fragment de
sacrum que nous avons déjà décrit.
L’os coxal, moins bien conservé que celui de Buffon, présente des pertes de substance à la
partie postérieure de l’aile iliaque : l’épine sciatique et la tubérosité ischiatique sont détruites.
Les caractères généraux du coxal évoquent ceux que nous venons de relever chez Buffon :
on y retrouve les mêmes s ailli es musculaires au niveau de la branche ischio-pubienne, le même
épaississement du sourcil cotyloïdien, les mêmes insertions des muscles fessiers bien que le tuber¬
cule fessier soit un peu moins développé. De même, la sailbe de l’épine du pubis, la forme du trou
ischio-pubien, la morphologie de la facette symphysienne et la profondeur de la grande échancrure
sciatique sont identiques chez les deux individus.
Sur le plan dimensionnel, on remarque également une parfaite similitude de hauteur de l’ilion,
malgré quelques dimensions un peu plus élevées, notamment la hauteur coxale (223 mm sur l’os
droit), la longueur du pubis (82 mm) et la largeur cotylo-sciatique.
En ce qui concerne l'ossification, on note un moindre amincissement des ailes iliaques, une
décalcification moins prononcée du fond de l’acetabulum et une plus grande densité du tissu spon¬
gieux au niveau de la surface auriculaire.
2. — Os LONGS (tableau XI).
A. — Buffon.
Fémurs.
Les fémurs de Buffon sont assez massifs, eurycnémiques, presque rectilignes et pourvus de
reliefs musculaires marqués, notamment la crête du vaste externe qui est particulièrement sail¬
lante sur le fémur droit. Si la ligne âpre est large et fortement prononcée dans sa partie moyenne,
le pilastre est dans l’ensemble plus faible que sur les deux autres fémurs masculins. La ligne âpre
8 estompe au tiers inferieur et se divise en deux lèvres entre lesquelles s’ouvre le trou nourricier
situé à égale distance des deux extrémités.
L’extrémité distale, légèrement plus massive que celle de Benjamin-François, est pourvue
d’une trochlée soulignée par un bord saillant dont la portion supérieure est fortement obhque en
bas et en dedans ; ce caractère se retrouve, il convient de le souligner, avec une parfaite exacti¬
tude sur les fémiu-s paternels (figure 14).
À la face antérieure du col fémoral, on remarque une crête transversale bien marquée, égale¬
ment présente chez les deux sujets masculins.
Enfin, bien qu’on ne puisse parler d’une fosse hypotrochantérienne, on distingue sur les
deux fémurs de BuiSbn une légère dépression longitudinale.
Sourcx : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTUHE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARO (CÔTE D’OR)
51
Fie. 14. — Compwwson de« fémurs gauches de Benjamin-François (à gauche) et de Bufion (à droite). En haut, extrémité proximale
(vues antérieures); en hns, exQ^mlté distale (vues antérieures), On notera la similitude de la valeur de l'angle coUo-diapb}'-
saire, de la pésenoe chez les deux sujets d'ime crête transversale à la face antérieure du eoL l'étroite ressemblance de la
forme et de l'orientation de l’épiphyse distale.
Tibias.
L^a ^eux tibias sont pratiquement intaots et pourvus d'une concavité très prononcée de la face
interosseuse. Le çorps de l’os est robuste et pardculièrement volumineux et épais dans sa moitié
proximale. 11 devient plus grêle vers le bas.
Les plateaux tibiaux acmt séparés par une crête et par des épines tibiales saillantes. Ils se
trouveqt à peu près dans un même plan horizontal bien que la glène interne soit légèrement décalée
vers le bas par rapport è la glène externe.
Ir tnaÛeqle tibiale est dédoublée par une gouttière unique et large {sulcus malleolaris)
qui laisse passée les tendons du jantbier postérieur, du fléchisseur commun des orteils et du flé-
(^sseur propre du gros orteil. Il est à noter que l’existeace d’un sillon commun pour les trois ten¬
dons ne répond pas à la disposition classique oti les deux premiers tendons cheminent dans un sillon
séparé de celui du troisième^ La limilitude qui apparaît chez Benjamin-François et chez Buffon en
pe qui concerne pe caractère semble de toute évidence relever d'un héritage génétique.
Source : MNHN, Paris
52
JEAN-LOUIS HEIM
Fibulae (péronés).
La diapbyse péronière est rectiligne malgré une très légère courbure concave en avant et en
dehors. La torsion est nettement marquée et atteint le tiers inférieur de l'os qui apparaît de ce
fait plus aplati de dehors en dedans qu'au voisinage des extrémités.
Les péronés de Buffon sont robustes : les crêtes, accusées sur le tiers supérieur des os, leur
donnent un aspect cannelé.
Les extrémités sont massives et rugueuses.
Sourcx : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 53
B. — Benjamin-François.
Fémurs.
Mis à part la longueur, le périmètre et les diamètres qui accusent des valeurs supérieures, les
caractères examinés sur les fémurs de Benjamin-François difierent peu de ceux de BufFon (figure 14).
La tendance au léger coxa valga qui apparaît sur le squelette précédent, est ici nettement plus
accusée sans être toutefois pathologique. En revanche, l’angle de torsion des extrémités fémorales
atteint une valeur deux fols supérieure à celle des fémurs du naturaliste (24° et 28° contre 12°),
ce qui devait probablement entraîner un certain trouble dans la mécanique de la marche, les genoux
étant fortement tournés en dedans.
Du point de vue anatomique, la portion distale de la diaphyse et la crête péri-trochléeime
sont encore plus accusées que chez Buffon. On ne distingue ni fossette hypotrochantérienne, ni
troisième trochanter. L'emplacement de ce dernier est souligné toutefois par quelques rugosités.
Tibias.
Les tibias sont pratiquement intacts. Ils se diiSerencient de ceux de Buffon par leur moindre
courbiu*e latérale, par une tubérosité tibiale moins rugueuse et par la présence d'une facette sur¬
numéraire à l’extrémité distale atteignant au maximum 4 mm sur 16 mm sur l’os droit.
Fibulae (péronés).
Les péronés de Benjamin-François sont rectilignes et légèrement moins recourbés que ceux
de Buffon. Ils offrent en outre un aplatissement transverse plus marqué et des cannelures moins
prononcées.
IIL - RESTES MASCULINS D’ATTRIBUTION IMPRÉCISE
1. — Rotules (patellae).
Les quatre rotules masculines ont été conservées et ne présentent guère d’altérations parti¬
culières. Leurs dimensions sont voisines, de telle sorte qu’il est malaisé de préciser si tel os appar¬
tient à tel ou tel Individu.
Les dimensions moyennes de hauteur et de largeur (tableau XII) s’inscrivent dans les moyennes
des Ho mm es en général (35-44 mm pour la hauteur et 35-44,7 mm pour la largeur), mais elles sont
légèrement inférieures aux moyennes européennes masculibes de B. de Vriese (43,7 mm pour la
hauteur et 44,7 mm pour la largem).
Tableau XII. — Dimensions et indices des rotules.
(1) Probablement Buffon.
(2) Probablement Benjamin-François.
Source : MNHN, Paris
54
JEAN-LOUIS HEIM
Les quatre rotules sont normalement hautes et larges par rapport au membre postérieur des
deux individus, bien que celles que nous attribuons (sans garantie) à Buffon soient proportionnelle¬
ment plus grandes, aussi bien en largeur que dans le sens de la hauteur.
Sur le plan anatomique, les quatre rotules présentent des traits voisins. Chez l’un des sujets
{peut-être Benjamin-François), la surface articulaire postérieure des rotules droite et gauche est
plus vaste, mieux dessinée et son pourtour est souligné par un léger bourrelet saillant.
2. — Squelette des mains et des pieds.
Les divers éléments du squelette des extrémités des membres étaient complètement mélangés
dans le caveau et n’ont pu être retrouvés en totabté. Les différences dimensionnelles que nous avons
mises en évidence sur l'ensemble des os longs des trois sujets adultes nous ont permis de regrouper
tous les éléments présents selon leur appartenance probable.
A. — Les os de la main {ossa manus).
Carpe (Corpus).
Les os du carpe comprennent un grand os {capitaturri^ et un semi-lunaire {lunatunij droits,
deux os crochus (Aomotum), un trapézoïde {trapezoidurrù) et un pyramidal {triquetrum) gauches.
La comparaison des deux os crochus gauches nous a permis de tenter un regroupement individuel
des éléments carpiens. Si les différences anatomiques entre les deux os sont négligeables à tel point
que le pyramidal gauche s’articule indistinctement avec l’un ou l’autre crochu, c’est encore une fois
l'examen dimensionnel des éléments osseux qui a permis de trancher.
Buffon?
Benjamin-François?
Marie-Françoise
Os du carpe présents
hamatum C
capitatum D
lunatum D
hamatum G
trapezoidum G
triquemim G
rien
Métacarpiens et phalanges.
Le tableau XIII indique d’une façon précise le dénombrement et les longueurs inter-articu¬
laires des métacarpiens que nous avons identifiés. Il apparaît nettement que les deux sujets different
legerement 1 un de l’autre par la longueur des os, la différence oscillant entre 1 mm pour le pre¬
mier métacarpien (MI) à 5 mm pour le moisième (MIII). Les longueurs mesurées chez les deux
sujets confirment les valeurs publiées par F. Sarasin (1931) sur les Européens. Si la longueur
inter-articulaire des métacarpiens de Benjamin-François et de Buffon est incluse dans les limites
des variations des Européens, elle dépasse leurs valeurs moyennes sur les 4 derniers métacarpiens
du père de Buffon, le premier accusant une longueur légèrement inférieure à la moyenne corres¬
pondante de référence. Les métacarpiens de Buffon demeurent en revanche légèrement plus courts
que les longueurs moyennes, exception faite pour MV.
Autrement dit, le père et le fils of&ent des métacarpiens dont les longueurs inter-articulaires
absolues se situent de part et d’autre des moyennes européennes (figure 15). On note toutefois chez
les deux sujets une certaine tendance à la réduction du premier métacarpien.
Un fait intéressant mérité d’être souligné, à savoir que l’asymétrie que l’on constate généra¬
lement entre la longueur des métacarpiens droits et gauches est ici totalement nulle pour l’en¬
semble des métacarpiens, et ceci aussi bien chez Benjamin-François que chez Buffon. Cette étroite
Source ; MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 55
ressemblance se confirme en outre sur le plan anatomique. Il n'y a en effet aucune différence entre
les deux sujets : les métacarpiens offrent les mêmes caractères, le même développement relatif des
extrémités et une parfaite suxdlitude d’étendue des zones articulaires. Une telle analogie, tant ostéo-
métrique qu'anatomique, corrobore une fois de plus les constatations relevées sur la plupart des os
des squelettes et dont la cause doit sans nul doute être recherchée dans une interprétation d’ordre
génétique.
Tableau XIII. — Identification des métacarpiens d’après leurs longueurs inter-articulaires (en mm).
Métacarpiens
Longueurs inter-articulaires
(moyennes et variations)
Buffon
Benjamin-
François
Marie-
Françoise
M
43,4 (39 - 48,5)
D=42 mm
D=43 mm
.
-
0=43,5n)n
-
M II
65,0 (57 - 72,2)
D=63,5tBin
G=64 mm
D=67 mm
0=65,5mm
D=60,5 mm
0=59,5 mm
M III
62,1 (55 - 70)
D°61 mm
G=61 mm
D=66 mm
0=66 un
D=56 mm
0=55,5 mm
Ü IV
55,8 (49 - 62)
D=55 mm
0=54,5mm
D=58,5mm
D=50,5 mm
M V
51,9 (44 - 57,5)
D=52,5inm
D=55 mm
0=56 mm
D=48 nnn
M B *
Fie. 15. — Loi^eurs relaàvea des métacarpiens (1, 2, 3, 4, 5) chez les trois adultes (mains gauches). M, moyennes européennes
(selon F. Sarasin). B, Buffon. BP, Benjamin-François. MF, Marie-Françoise. (CN).
Les squelettes des doigts (phalanges digitorum) des trois sujets adultes étaient complètement
mélangés. Nous avons pu dénombrer au total 13 phalanges proximales et 5 phalangines. Leurs
longueurs inter-articulaires varient de 27 à 44 mm pour les premières et de 26 à 28 mm pour les
secondes. Selon Pfitzner, les longueurs moyennes européennes sont les suivantes :
Source : MNHN, Paris
56
JEAN-LOUIS HEIM
F*® phalanges 2® phalanges
Hommes 29,4 - 43,4 mm 19,2 - 28,5 mm
Femmes 27,7 — 41,2 mm 18,2 — 27,1 mm
Bien qu’il soit pratiquement impossible de regrouper en totalité tous les os des doigts des
trois individus, nous devons souligner que la valeur la plus faible (27 mm) est légèrement infé¬
rieure aux moyennes féminines les plus basses mesurées par Pfltzner (phalange du pouce), alors
que la plus forte longueur (qui s'adresse à l'une des phalanges des deux hommes, probablement
le père de Bufibn) dépasse les valeurs moyennes masculines les plus élevées. En d’autres termes,
les variations de longueur des premières phalanges relevées chez les trois individus couvrent large¬
ment l’éventail moyen des échantillons de Pfitzner. C'est là un fait intéressant qui met en évidence
un dimorphisme sexuel non négligeable.
Tableau XIV. — IdentiHcation des éléments du tarse et des métatarsiens par les longueurs inter¬
articulaires.
Os du tarse présents :
Buffon ?
Beniamin-Francois 7
Marie-Françoise 7
Calcaneus
Talus
Navlculare
Cuboldeum
Cunéiforme X
Cunéiforme II
Cunéiforme III
D -1- G
D
(D) -1- (G)
D
D -l- (G)
D -1- (G)
D + (G)
D -1- G
D -t G
(D) + (G)
D -t (G)
D -1- (G)
(G)
D G
D -f G
G
G
M I
D ■ SSmrn
G = 58inm
-
D = 54mm /,,
G - 53mm ^
M II
D s* 69, Smm
G = 69nim
D = 73timi
G = 69ibii
G = 61,5mm
M III
C 3 66mm
D = 68nüa
-
M IV
D * 61mm
G = 63inm
D = 66imn
^ (fragments)
M V
D = 64üim
G = 64mm
D 3 69obi
-
(1) Variadons féminines = 54,6 nun {46-62).
B. — Les os du pied (ossa pedis).
Malgré le mélange qui avait perturbé l’ordre des os, nous avons pu, après un tri préalable,
identifier et regrouper les éléments des pieds des trois sujets à l'exception d’un fragment métatar¬
sien et de 3 phalanges que nous n’avons pas pu locabser, bien qu’ils aient probablement dû appar¬
tenir, compte tenu de leurs dimensions, à la femme de Buffon.
Le tableau XIV indique la répartition des os selon les individus. L’état de préservation des os
du pied, et du tarse plus particubèrement, n’a guère permis une étude ostéologique : les zones
articulaires étaient pour la plupart errodées par l'humidité du caveau et n'auraient abouti qu'à des
mensurations trop peu précises pour offrir une quelconque valeur comparative avec des séries de
référence.
Source ; MNHN, Paris
LES SQl'ELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 57
L’aspect d’ensemble des os du tarse fait apparaître une sensible différence de volume entre
les 3 sujets, Buffon se situant comme pour la plupart des autres caractères ostéométriques entre
son père et son épouse. Toutefois, on retrouve de profondes analogies entre les os du tarse des
2 hommes en ce qui concerne le modelé et la robustesse des os.
Les seules mensurations méritant d’être signalées concernent les longueurs inter-articulaires
des métatarsiens. Les différences intéressant les 4 derniers os confirment ce que nous avons déjà
relevé pour le reste du squelette, à savoir que les os du naturaliste sont plus courts que ceux de
son père. Dans le cas présent, la différence est de 8,4%.
La longueur inter-articulaire des 1®^ métatarsiens de Buffon (58 mm des 2 côtés) est compa¬
rable à la valeur moyenne des Européens masculins; en revanche, tout en demeurant comprise
dans les limites des variations des Européens masculins, les 4 derniers os s’inscrivent légèrement
au-dessous de la moyenne de référence. Buffon avait par conséquent un pied relativement court
mais pourvu d’un gros orteil qui dépassait très certainement l'extrémité du second.
Il est impossible de confirmer ce caractère chez Benjamin-François en raison de l’absence du
1®^ métatarsien. Néanmoins, les longueurs inter-articulaires demeurent également inférieures à la
moyenne des Européens, exception faite pour le 5®. Comparativement aux autres os du squelette
et plus particulièrement à ceux de la main, le pied du père de Buffon devait être plutôt petit. Cette
tendance, présente chez les deux hommes, semble également s’inscrire dans un contexte de nature
héréditaire.
IV. - STATURE ET PROPORTIONS CORPORELLES
(tableaux XV et XVI).
L’état de conservation satisfaisant des os des membres nous a permis de calculer la stature
selon les formules proposées par divers auteurs. Néanmoins, les valeurs obtenues par les échelles
de Manouvrier et de Trotter et Gleser sont relativement moins précises que les deux autres ; si la
première fournit habituellement des valeurs trop faibles, la seconde en revanche a tendance à
surestimer la taille en raison du fait que les moyennes sur lesquelles elle repose proviennent d’un
échantillonnage nord-américain.
Nous retiendrons plus particulièrement les formules proposées et corrigées par Obvier et
Tissier (1975) qui nous semblent préférables pour des raisons dont l’expbcation dépasserait le
cadre de la présente étude. On peut retenir par exemple que, non seulement cette méthode fait
appel à tous les os longs considérés isolément, mais encore elle utibse des formules qui tiennent
compte de l'association des segments, ce qui est toujours préférable à la détermination à partir
d’os longs isolés. La multipbcation des formules permet donc une approche plus précise de la taille
réelle, aussi avons-nous jugé préférable d’utüiser la méthode la plus complète. La stature la plus
probable a été déterminée de la façon suivante :
1) évaluation de la stature à partir des os longs isolés du membre supérieur et du membre
inférieur ;
2) détermination de la stature par la somme des os de chaque membre;
3) calcul de la moyenne des valeurs des os isolés et groupés de chaque membre;
4) la stature probable est égale à la moyenne des valeurs des os isolés et groupés des
4 membres de chacun des individus (tableau XV).
Au total, si l'on tient compte des quatre méthodes utibsées dans le tableau XV, on constate
que la taille de Buffon et de Benjamin-François s’inscrit entre deux bmites extrêmes qui sont
respectivement de 1,55 et 1,69 m pour Buffon et de 1,63 et 1,74 pour son père. En circonscri¬
vant l'ampbtude des variations aux valeurs moyennes issues des formules d Obvier et Tissier, on
obtient en fin de compte une stature de 1,63 m pour Buffon, valeur inférieure à celle calculée de
la même façon pour Benjamin-François (1,70 m).
Source : MNHN, Paris
58
JEAN-LOUIS HEIM
Tableau XV. — Détermination de la stature des deux squelettes masculins.
Irotter-Gles
161,2
163.8
161.8
162,2
161,6
162,0
161,9
166,3
162,0
165,7
164.6
163,5
163.5
163.7
161.5
162.6
171.2
167,0
166,5
168.2
170.6
169,5
169,0
169.7
177,0
173,8
171,0
174,0
174.5
170.5
170.8
172,0
173,0
171.2
171.8
169.8
172.3
170.3
163,2 - 178,4
170,5
Huméius (H)
Radius (R)
Cubitus (C)
B ü F F 0 N
TTOCter-Gleseï
155.5
159,7
160.5
158.5
164,7
160,1
162,6
162,4
163,1
164,5
164,5
167,0
165,5
165,7
166,0
DdteTinlnatlon de la stature (méthode
d'Olivier et Tlsaier) :
Valeurs extrêmes 158,2 • 169,0
SI™ I"
Moyenne des os groupés
(membre sup membre inf.) 162,8
MOYENNE TOTALE
163,1
La stature de Buffon ainsi calculée ne semble pas être parfaitement conforme aux quelques
indications descriptives que nous avons pu relever en ce qui concerne l’aspect physique du natu¬
raliste. Toutes les descriptions semblent lui attribuer une taille plus élevée qu’elle n’était en réalité.
Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que Buffon vivait au xvm* siècle et que nous ignorons la
stature moyenne des Bourguignons de cette époque. En effet, les documents les plus anciens ayant
permis des recherches statistiques (M. C. Chamla, 1964) ne remontent guère avant l'année 1880.
A cette époque, la taille moyenne des Français se situait entre 1,64 et 1,66 m. En Côte d’Or, elle
était légèrement supérieure (1,66-1,68) alors que les valeurs moyennes dans ce même département
oscillaient en 1960 entre 1,720 et 1,739 m. Si nous admettons une progression équivalente avant
1880 à la progression enregistrée depuis cette date, la stature moyenne des Bourguignons pouvait
avoisiner 1,60 m au xvin® siècle, ce qui confirmerait alors le bien-fondé des descriptions des con¬
temporains de Buffon.
Buffon était donc plus petit que son père, et ceci transparaît tout au cours de l’étude des sque¬
lettes. Mais, malgré cette différence staturale qui atteint 7 cm au moins, on constate une similitude
évidente de proportions corporelles des deux sujets, et plus particulièrement en ce qui concerne les
indices huméro-fémoral, radio-tibial et crural. On note cependant chez Buffon un certain raccour¬
cissement du membre inférieur par rapport au membre supérieur (indice intermembral plus élevé),
alors que l’avant-bras accuse une tendance à l’allongement comparativement à Benjamin-François
(indices brachial et radio-tibial) (tableau XVI).
La seule clavicule pouvant être mesurée, mais dont l’appartenance à l’un ou l’autre sujet ne
peut être précisée, s’accorde avec une carrme très large qui dépasse nettement la moyenne mascu-
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR) 59
line des Européens (indice clavi-huméraJ * 44,3 selon R. Marton). Toutefois, si la clavicule appar¬
tenait à Buffon, l’indice clavi-huméral atteindrait une valeur encore plus élevée (50,9) qui n'a d’équi¬
valent que chez les Fuégiens, les Boschimans et les Japonais! C’est la raison pour laquelle nous
estimons que cette clavicule appartenait au sujet le plus grand, c’est-à-dire au père de Buffon.
Tableau XVI. — Les proportions corporelles des adultes.
Indices
BUFFON
BRN.TAMTN - FRANCOTS
MARTE
-FRANÇOISE
droit
gauche
X
droit
ga uche
X
droit
gauche
X
clavl-humétal
46,9 ?
45,3
clavl-statural
9,03
8,5
scapulo-huméra1
75,7
74,5
75,1
73,1?
73,6
73,3
70,4
70,6
70,5
77,3
78,8
78,0
78,6
78,7
78,6
81,a
82,4
82,1
68,2
67,8
68,0
68,5
66,9
67,7
69,2
70,2
69,7
radio-tibial
66,8
64,1
65,4
63,7?
62,6
63,1
59,6
60,2
59,9
intermembral
67,6
66,2
66,9
66,4
65,0
65,7
64,9
65,6
65,2
Source : MNHN, Paris
60
JEAN-LOUIS HEIM
CHAPITRE V
MARIE-FRANÇOISE DE BUFFON,
ÉPOUSE DE GEORGES-LOUIS LECLERC
(36 ans et 10 mois)
Marie-Françoise de Saint-Belin-Malain était une fille d'authentique noblesse mais de fortune
modeste. Elle était pensionnaire au couvent des Ursulines de Montbard dont la Supérieure était
la sœur de BuiTon, lorsqu'elle épousa le naturabste à l’âge de vingt ans en 1752, alors qu'il en
avait quarante-cinq.
On a relativement peu de renseignements concernant sa personnabté physique, sinon qu'elle
était jobe, intelbgente et fortement admirative pour son époux auquel eUe inspira une passion
tendre et constante.
En 1758 naquit Marie-Henriette qui devait succomber en octobre 1759 à un peu moins d'un
an et demi.
En 1764, elle donna le jour à Ceorges-Louis-Marie dit Bufibnnet auquel les circonstances
pobtiques et les relations avec son épouse réservèrent la triste fin que l'on connaît, mais dont l'évo¬
cation dépasserait le thème de la présente étude.
Bien que la constitution physique de Madame de Buffon semblât exceUente, elle devait décéder
à moins de 37 ans le 9 mai 1769 à la suite d'une longue et douloureuse maladie consécutive à une
chute de cheval dont elle fut victime trois ans auparavant. Il est probable que cette chute entrtuna
des contusions internes assez graves bien qu'aucune trace de lésion traumatique ou de fracture
ne soit discernable sur le squelette. Au lendemain de sa chute, on constata la présence « de plu¬
sieurs contusions assez considérables pour que M. Barbuot l’ait fait saigner du pied » (in G. Micbaut,
1931). En 1768 Buffon écrivait au sujet de sa femme « la mâchoire est un peu ouverte, mais elle ne
peut la remuer, et comme depuis longtemps eUe ne mange rien de sobde, la faiblesse est très
grande » (in Ed. Le Vasseur, 1884-85).
I. - TÊTE OSSEUSE (tableau XVII)
1. — CRANnm (planche VI).
Caractères généraux.
Des trois crânes adultes, celui de Marie-Françoise de Buffon est le moins bien conservé en
raison de la moindre épaisseur des os et de l'action dégradante de l'humidité qui a fait disparaître
la majeure partie de la base, la moitié postérieure du palais, la totabté du temporal gauche et une
partie de la face.
Source : MNHN, Paris
61
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD {CÔTE D’OR)
Pour un sujet de 37 ans à peine, les sutures sont fortement synostosées. Certains secteurs
demeurent néanmoins observables et permettent de localiser les points craniométriques :
— suture coronale : C 3 et 1/2 externe de C 2, partie de C 1 au voisinage du bregma;
— suture lambdoïde : L 3 et 1/2 externe de L 2. La suture est toutefois visible sur la face endo-
crânienne, ce qui permet de situer le lambda.
Tableau XVII. — Dimensions et indices du crâne de Marie-Françoise, femme de Bufibn.
Longueur Gl-Opc
162 mm
Indice
crânien horizontal
83,9
Largeur maximale
136 mm
Indice
de hauteur/longueur
66,0
Hauteur auriculo-bregmatique
107 mm
Indice
de hauteur/Laigeur
78,6
(Po-B)
Indice
mixte de hauteur
71,8
Longueur calotte (Gl-I)
157 omi
Indice
de hauteur calotte (Gl-I)
57,3
Hauteur calotte
90 mm
Indice
frontal transversal
73,9
Diamètre frontal minimum
85 mm
Indice
fronto-pariétal
62,5
Diamètre frontal maximum
115 ami
Arc nasion-Opiathlon
340 an
Arc GUI
293 nan
Indice
de courbure calotte
30,7
Gl-B (corde)
94,5 am.
«a - B
105 ara
118 aan
Indice
d'aplatissement du frontal
88,9
B - i
104,5 nm
Indice
d'aplatissement pariétal
91,6
i - op i)""
93 mm
Indice
de courbure occipitale
86,1
Largeur bizygomatlque
124 mm?
Indice
f ronto-zygoaia tique
68,5
Indice
facial supérieur
49,1
Largeur de l'ouverture nasale
21,0 mm
Indice
46,1
Hauteur du nez
Hauteur orbite droite
33 mm
Indice
orbitaire droit
86,8
Angle facial total
83,5“
Angle nasal
83,5“
Indice
btegmatlque de Schwalbe
51,9
Angle alvdolo-sous-nasal
83,5“
Indice
d'inclinaison du frontal
30,5
Angle btegmatlque de Schwalbe
59,5“
Indice
de saillie glabellsire
99,1
Angle lambdatique (Gl-l-L)
79“
Les dimensions du crâne sont nettement inférieures à celles des deux sujets masculins. La
largeur est toutefois suffisamment importante pour entraîner la brachycranie (indice crânien horizon¬
tal = 83,9). La hauteur auriculo-bregmatique et la hauteur de la calotte sont élevées, bien que l’in¬
dice de hauteur/largeur soit relativement plus fort (78,6) que l’indice de hauteur/longueur (= 66)
en raison de la brachycranie.
Etude descriptive.
Vue supérieure (figure 16).
La braebyerânie et l’absence de déformations post-mortem confèrent au contour horizontal
un aspect rhomboïde et symétrique accentué par des bosses pariétales renflées (indice fronto-pariétal
= 62,5) qui masquent complètement les arcades zygomatiques (indice facial transversal = 91,1,
cryptozygie). Le frontal, nettement trapézoïde, est pourvu de crêtes estompées et divergentes (indice
frontal transversal = 73,9).
Les pariétaux occupent une surface étendue en vue supérieure, de telle sorte que ni les tem¬
poraux ni l’écaille occipitale ne sont visibles selon cette orientation du crâne. Sur le plan anatomique,
notons l’absence de trous pariétaux et la présence d’une gouttière longitudinale médiane dans la
région obélique.
Source ; MNHN, Paris
62
JEAN-LOUIS HEIM
Fig. 16. — Marie-Françoise de Bufibn. Contour du crâne en nonna verticalU. On remarque l'eflacemeDt avancé des sutures pour un
sujet relativement jeune ainsi que le décalage du bregina (B) par rapport au plan médian. (1/2 de CN),
Vue latérale (figure 17).
L'examen latéral du crâne montre un contour régulièrement courbe depuis le nasion jusqu'à
l'inion (indice de courbure de la calotte = 30,7). À une glabelle non proéminente (indice de saillie
glabellaire = 99,1) (J.-L. Heim, 1976), fait suite un front très bombé (indice de courbure = 88,9).
La convexité s'atténue ensuite légèrement au niveau du bregma pour redevenir régulière sur le sec¬
teur pariéto-occipital, malgré la présence d'un léger méplat entre le lambda et l’inmn. Le profil occi¬
pital n'est interrompu ni par un chignon occipital ni par la protubérance occipitale externe qui est
très peu accusée. De ce fait, l'opisthocrânion est situé très bas à 1 cm environ au-dessus de l’inion.
Les trois angles faciaux ont une valeur de 83,5“, ce qui correspond pleinement au mésogna-
tbisme.
Sur le plan descriptif, la plupart des caractères sont observables du côté droit bien que la
synostose des sutures de la région ptérique n'autorise aucune identification. En revanche, la destruc¬
tion des apophyses mastoïdes laisse entrevoir de nombreuses petites cellules mastoïdiennes, l^s
crêtes temporales sont visibles en vue latérale mais elles sont peu saillantes. Elles disparaissent
complètement sur les pariétaux. Les arcades zygomatiques sont minces et grêles; leur bord supé¬
rieur est confondu avec le plan de Francfort.
Vue postérieure.
Le crâne présente une forme pentagonoïde en raison de la position élevée des euryons et des
bosses pariétales, et de la voûte qui est légèrement carénée. Les parois latérales sont verticales et
la base légèrement convexe. Au sommet, on observe nettement la dépression longitudinale signalée
en Rorma verticalis. L'écaille occipitale est haute.
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR)
63
Vue antérieure.
La face est basse (indice facial supérieur » 49,1) et parait large en raison de l'étroitesse rela¬
tive du front (indice fronto-zygomadque = 68,5, indice ironto-goniaque = 112,9), bien que les
pommettes ne soient pas particulièrement saillantes. Le front est uniformément convexe et dépourvu
de relief sus-orbitaire.
L’orbite droite, la seule qui soit complète, est haute et arrondie (indice orbitaire = 86,8). Les
08 propres du nez {ossa nasales) sont presque entièrement détruits ; l’ouverture nasale est haute
et étroite : l'indice nasal (46,1) confirme parfaitement la leptorhinie.
Enfin, la fosse canine est normalement déprimée.
Denture supérieure.
La face inférieure du crâne est presque entièrement détruite et ne permet aucune observation,
à l’exception des dents. En effet, à part la Pm^ droite qui était tombée depuis longtemps si l’on en
juge d'après le degré de résorption du bord alvéolaire, toutes les dents supérieures étaient en place
au moment de la mort. Seules subsistent la canine et la première molaire gauches. Ces deux dents
n’offrent pas de caractères particuliers, sinon un volume assez faible et ime abrasion normale pour
un sujet de cet âge. Les cuspides sont nets. La molaire est quadrituberculée et un point de carie
siège sur le sommet du paracône.
Source : MHHN, Paris
64
JEAN-LOUIS HEIM
2. — Mandibule {mandibula) (planche VI).
Bien que ses dimensions générales ne puissent être précisées en raison de la destruction des
condyles. la mandibule semble avoir été nettement plus étroite que celle des deux sujets masculins
(indice mandibulaire voisin de 93,1). Dans l’ensemble, la robustesse est faible au niveau des trous
mentonniers (indice variant de 38,4 à 38,7) et légèrement plus forte à la symphyse (indice = 50).
L’indice moyen est de 42,3, ce qui est normal pour une mandibule féminine. Comme c’est le cas le
plus fréquent chez la femme, les branches montantes sont larges (indice = 51,9); il en est de même
pour l’angle mandibulaire qui offre une valeur nettement plus élevée (127°) que sur les deux man¬
dibules masculines. Le point le plus frappant reste toutefois le parallélisme des branches montantes
lorsqu’on les observe en vue postérieure : cet état est traduit par la forte valeur de l’indice gonio-
condylien (94,1). L’angle mentonnier (76°) exprime un menton moins accusé que chez les deux vieil¬
lards, tout d’abord en raison du sexe féminin chez qui l’angle est en moyenne supérieur à celui de
l'homme, d'autre part du fait de l’absence des dents sur les deux mandibules masculines, et enfin
par suite de l'existence de la saillie particulièrement accusée des tubérosités mentonnières chez
Buffon et son père (tableau II).
Sur le plan anatomique, il existe peu de particularités notables. L'arcade mandibulaire est
parabolique avec un bord inférieur convexe; les empreintes du muscle digastrique sont réduites
et l’épine de Spix est absente. Les apophyses géni forment une crête géniohyoïdienne médiane qui
s'insinue vers le haut entre deux petits tubercules pointus représentant les apophyses génioglosses.
Le triangle mentonnier est bien dessiné. Il existe quelques trous mentonniers accessoires et le trou
principal s'ouvre au niveau de la racine de la seconde prémolaire. On note une légère éversion des
gonions et une apophyse coronoïde courte.
Dents inférieures.
Onze dents sont visibles sur la mandibule, depuis la première molaire gauche jusqu’à la
seconde prémolaire droite comprise. Le peu d’espace existant en arrière de la M,- gauche et de Pmj
droite, indique que la dent de sagesse semble avoir fait défaut. L’état des alvéoles permet de pré¬
ciser la période à laquelle les alvéoles vides ont perdu leurs dents :
— Mj gauche : 6 mois avant la mort;
— M, droite : un peu plus tôt;
— Mj droite : quelques semaines avant la mort.
Bien que l'abrasion soit normale pour un sujet de 37 ans à peine, la chute de trois molaires
(une a gauche et deux a droite) a diminué la sujrface masticatrice et a favorisé une abrasion accé¬
lérée au cours des derniers mois de la vie. Il en a résulté la disparition partielle de l'émail au
sommet des cuspides, faisant apparaître la dentine en favorisant des foyers d’infection qui n’ont
guere évolué en caries du fait de la mort précoce du sujet. On doit néanmoins signaler une impor¬
tante carie à la face mésiale de la première molaire gauche.
II. - SQUELETTE DU TRONC
1. — Vertèbres.
Si l’état de conservation de la colonne vertébrale est sensiblement comparable à ce que l’on
constate chez Buffon, le nombre des vertèbres est toutefois plus réduit. Elles sont dans l'ensemble
plus petites que celles des deux autres adultes, ce qui s'accorde parfaitement avec le sexe féminin
du sujet.
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR)
65
Vertèbres cervicales.
La colonne cervicale est très fragmentaire et ne comporte que deux vertèbres : C3 ou C4 ou
C5 et C7, réduites chacune à la majeure partie de leur arc neural à l'exception des apophyses laté¬
rales et de l’apophyse épineuse, détruites à leurs extrémités. Peu de remarques intéressantes peuvent
être retenues, sinon que le trou vertébral était intermédiaire entre la forme ovalaire et triangulaire,
notamment sur la dernière vertèbre.
Vertèbres thoraciques (tableau XVIII).
Neuf vertèbres thoraciques ont pu être identifiées; 3 vertèbres font défaut : TI, T3 et Tll.
Leur conservation varie d’un élément à l’autre, aucune vertèbre n’ayant été retrouvée intacte. Ce
sont généralement les apophyses latérales et les apophyses épineuses qui ont le plus souffert de
leur séjour dans le caveau humide. Dans certains cas, l’arc neural est même très endommagé (TIO,
T12); ailleurs, c’est le corps vertébral qui a complètement disparu (T2).
Tableau XVIII. — Dimensions des vertèbres thoraciques de Marie-Françoise.
L’âge relativement jeune du sujet explique la rareté des pstéophytes qui ne se rencontrent,
d’ailleurs avec un développement très réduit, qu'au niveau du corps de T4 et de T9.
Le corps vertébral est étroit, allongé et caréné sur les vertèbres de la série supérieure (jus¬
qu'à T6). À partir de T7, il prend une forme uniformément convexe en avant (2/3 de cylindre) en
même temps que les bords deviennent plus saillants et que le pourtour antérieur se creuse davan¬
tage. À partir de TIO, le corps a tendance à s'élargir et annonce déjà la forme dorso-lombaire.
Vertèbres lombaires (tableau XIX).
Seule la seconde vertèbre manque : L3 et L5 sont intactes, cette dernière ayant toutefois perdu
son apophyse costiforme gauche. La première et la quatrième vertébrés sont moins bien conser¬
vées : le corps est partiellement détruit et les apophyses costiformes sont détériorées (planche VII, 6).
Les vertèbres lombaires ne montrent aucune affection parOeuhère : l’absence de signes de
tassement des corps vertébraux et d’ostéophytes s’accorde avec l’âge relativement jeune du sujet.
Le corps vertébral, réniforme et élevé en L1 et L3, tend vers une forme ovalaire en L4 qu’il atteint
complètement sur la dernière vertèbre.
Source : MNHfJ, Paris
66
JEAN-LOUIS HEIM
Tableau XIX. — Dimensions des vertèbres lombaires de Marie-Françoise de Buffon.
Face e
üpérlauce d
ccrpa
Vereèbrt
touli
L«rg«ur
eoola
Hauteur
Hauteur
Longueur
Largeur
Trou vertébral
L 1
26 OD
aub-triangulaire
L 3
67,5 OD
73 iD
26,5 OD
29,5 BD
26 on
39,5 aa
«ub-trlengulalre
L 4
71,5 UD
.
28,5 su
-
25 DD
36 OD
triangulaire
L S
68,5 on
81 BD
30 SD
26,5 OS
26 om
40 DD
triangulaire large.
2. — Cage thohacique.
Le squelette du tronc de Marie-Françoise est réduit à un fragment de sternum dont la gra¬
cilité, l’aspect jeune et la présence de facettes costales à bords peu saillants accusent une nette
différence avec le sternum masculin.
Le squelette costal comprend 20 fragments de côtes dont 13 sont assez importants mais n'au¬
torisent que l'identi£cation des deux premières côtes. Leur morphologie confirme l'âge du sujet
par leur extrémité sternale ovalaire formant une légère dépression circonscrite par un bord dentelé.
Le sexe féminin apparaît nettement dans la minceur, l’étroitesse et l’aplatissement des éléments
costatix.
III. - SQUELETTE APPENDICULAIRE (tableaux IX et X).
I. — Omoplates {scapulae).
Des deux omoplates, seule la gauche a permis une étude descriptive et ostéométrique, l’os
droit étant réduit à la portion interne de l’épine et à une petite partie du bord vertébral.
L’omoplate gauche, presque intacte, comporte quelques pertes de substance au mili eu de la
fosse scapulaire, au niveau des angles inférieur et supéro-externe (apophyse coronoïde), sur le
bord vertébral et au niveau de l’épine.
L’omoplate est dolicbomorphe (indice = 56,7), de dimensions réduites et de faible épaisseur,
principalement au niveau de la fosse scapulaire.
À la face postérieure, l'épine est rectiligne mais forme un angle marqué avec les fosses sus-
et sous-épineuses. Elle porte une insertion deltoïdienne peu accusée, en rapport avec le sexe féminin.
La cavité glénoïde, en partie endommagée, présente un contour intermédiaire entre le type
ovoïde et le type piriforme (fig. 18). La valeur relativement faible de l’indice glénoïdien (61,2) tra¬
duit une surface articulaire encore plus étroite que celle de Benjamin-François. L’échancrure glé-
noïdienne est bien marquée.
L acromion est ettoit. Son bord antérieur forme une concavité au fond de laquelle se trouve
une facette claviculaire étroite et légèrement réniforme.
Le bord axillaire est robuste. Il porte à la face postérieure une crête dorso-axillaire {crista
dorsoaxillaris) saillante et tranchante ; il en est de même pour la crista medioaxillaris. Sur la face
antérieure, la crista ventroaxillaris constitue un pilier émoussé et peu saillant.
Sur le bord supérieur, rectihgne et moyennement ascendant (type II), s’ouvre l’échancrure
coracoïdienne. Bien qu’elle soit partiellement endommagée, elle semble s’inscrire dans le type 2.
Voici les dimensions et les indices de l’omoplate gauche :
Souræ : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BL'FFON À MONTBARD (CÔTE D'OR)
67
hauteur totale. 127 mm?
largeur maximale. 72 mm?
longueur de l'épine. 115 mm?
indice scapulaire. 56,7 ?
angle axillo-spinal. 51 ®
hauteur cav. glénoïde. 31 mm?
largeur » » . 19 mm
indice glénoïdien. 61,2 ?
Fig. 18. — Marie-Françoise de BufTon. Coniour de la cavité glénoïde
de l’omoplate gauche. (GN).
2. — Clavicuiæ (claviculd) (figure 12, B).
Seule la clavicule gauche est conservée. Comparée aux clavicules masculines, elle est nette¬
ment sinueuse (indice de courbure de G. Olivier = 32,1), grêle (indice de robustesse = 21,6) et
terminée par des extrémités peu volumineuses.
Le corps claviculaire, triangulaire au milieu, s’aplatit horizontalement vers l’extrémité acro¬
miale et verticalement à l’extrémité sternale. Les empreintes musculaires sont peu indiquées; la
surface d'insertion du deltoïde est toutefois bien repérable dans le fond de la concavité externe.
À la face inférieure, la gouttière du sous-clavier est très faible. Le trou nourricier est unique
et assez gros.
L’extrémité acromiale, moins défléchie (— 5°), moins épaisse (8 mm) et nettement plus étroite
que les clavicules masculines, présente à sa face inférieiu'e un tubercule conoïde saillant qui appa¬
raît lorsque l'on regarde la clavicule par sa face supérieure. Le tubercule se confond par une ligne
supérieure continue avec la tubérosité coracoïdienne.
L’extrémité sternale porte une facette articulaire haute (23 mm x 15 nun) et de forme ovale.
Au niveau de la tubérosité costale, le ligament costo-claviculaire s’insère sur une empreinte ova¬
laire d’autant plus marquée que son contour forme un rebord saillant que l'on peut apercevoir
lorsque l’on observe l’os par sa face supérieure.
Voici les principales dimensions et les indices de la clavicule gauche de Marie-Françoise :
Longueur maximale.
Périmètre au mili eu.
Indice de robustesse.
O L 1 • , / acromiale. . .
Courbures horizontales \ ,
(Sternale ....
Courbure frontale (déflexion).
/antéro-postérieur
Diamètres au milieu 1 i
I vertical.
Largeur externe maximale.
Indice de largeur externe.
Indice d'élargissement externe.
131,5 mm
28.5 mm
21.6
. -5°
10 mm
8 mm
17 mm
12,9
17
3. — Humérus.
Les humérus sont un peu moins bien conservés que ceux des sujets masculins. L’os droit pré¬
sente une destruction de la moitié interne de la tête et de la partie antéro-interne de la trochlée.
Les principales pertes de substance de l’os gauche siègent au niveau du tiers antérieur de la tête,
à la face antérieure de l'articulation distale ainsi que sur le bord externe, au-dessus de 1 extrémité
inférieure.
Source : MNHN, Paris
68
JEAN-LOUIS HEIM
Les os présentent une structure typiquement féminine et sont plus courts que ceux des autres
sujets. La diaphyse est rectiligne et o&e une section triangulaire, sauf vers ses extrémités où elle
s’arrondit vers le col chirurgical et tend à devenir triangulaire au-dessus de l’extrémité distale. Elle
est pourvue de bords mousses au tiers inférieur et nettement moins saillants que chez les deux sujets
masculins. La diaphyse porte des reliefs musculaires discrets qui accusent l'impression de graciüté
que corrobore la faible valeur de l'indice de robustesse (17 et 16,7).
Le trou nourricier s'ouvre au-dessus de la moitié inférieure du corps de l'os à droite, au-dessus
sur l’os gauche. La gouttière inter-tubérositaire est nettement marquée des deux côtés.
Les extrémités sont peu volumineuses. À la face antérieure de l'épiphyse distale, on note deux
fossettes sus-condyliennes et sus-trochléenne nettement marquées. La fosse olécranienne est grande,
large et non perforée.
Ëniin, on doit préciser que l’os gauche est légèrement plus long et moins aplati au milieu que
le droit.
4. — RADros.
Les deux radius souffrent de quelques altérations au pourtour de la tête radiale droite et sur
la face postérieure de l’os gauche. Les caractères féminins des os apparaissent principalement par
les dimensions de longueur qui sont en moyenne inférieures de 3,5 cm à celles de Benjamin-Fran¬
çois et de 1,7 cm à ceUes de Buffon, ainsi que par la faible indication des reliefs musculaires.
Cependant, la robustesse est relativement élevée pour des radius féminins : elle atteint
presque la valeur des radius du beau-père et dépasse même les indices calculés sur les radius de
Buffon.
Le col est court, assez oblique (angle coUo-diaphysaire = 165° à gauche) et de section circu¬
laire. Le bord interosseux est tranchant, notamment vers le 1/3 supérieur où le degré de sailhe est
le plus élevé.
Enfin, la face inférieure de l’extrémité distale présente 2 facettes articulaires plus rappro¬
chées l'une de l’autre que sur les radius masculins.
5. — Cubitus {ulnaé).
Des deux cubitus, seul le droit est intact bien que l’apophyse styloïde soit détruite. L’os gauche
est dépourvu de toute son extrémité distale.
Les longueurs maximale et physiologique de l’os droit accusent une différence importante
avec les deux cubitus masculins : cette différence dépasse 38 mm avec Benjamin-François et atteint
presque 27 mm avec Buffon.
En vue postérieure, la diaphyse cubitale forme une sinuosité marquée au niveau du quart dis¬
tal, de telle sorte que l’extrémité inférieure se porte légèrement en dehors. La crête cubitale, recti¬
ligne sur la majeure partie de la diaphyse, s’infléchit fortement en avant au niveau de l’olécrâne et
forme avec la face postérieure de ce dernier une angulation presque droite. Le corps diaphysaire est
aplati en son milieu à gauche (indice = 74) alors que l’os droit est nettement plus arrondi au même
niveau (85,7). L’indice de platôlénie est moyen à gauche (81,3, eurôlénie) et atteint presque les
limites de la platôlénie (80,9) du côté droit.
L’extrémité proximale est pourvue de rugosités assez nettes, notamment sur les faces anté¬
rieure et supérieure de l’olécrâne. Le bec coronoïdien forme une saillie très déjetée en avant qui
surplombe la face antero-inteme de l’os; cette saillie est plus prononcée que celle du bec olécranien.
La petite cavité sigmoïde est oblique par rapport à la grande cavité, la surface articulaire
de cette dernière étant interrompue en son centre par une zone surélevée.
Source : MNHN, Paris
LES SO^JELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR)
69
6. — Os coxAux {ossa coxae) (tableau XI, planche VII, 5).
Les 08 du bassin sont très détériorés et ne permettent guère de mensurations. L'os coxal
gauche est réduit à sa moitié postérieure et le droit, à une importante portion de l'aile üiaque.
La seule mesure permise est la largeur cotylo-sciatique (30 mm) qui demeure au-dessous de
celle des deux autres individus; cette dimension s’accorde avec la forme évasée de l'ouverture sous-
pubienne et de la grande échancrure sciatique, avec les moindres saillies musculaires et avec le
contour surbaissé et allongé de l’aile iliaque, soit autant de traits qui confirment le sexe féminin.
On doit enfin noter l’extrême minceur des ailes iliaques dans leur partie centrale, surtout
sur l'os gauche.
7. — Fémurs (femora).
Les fémurs sont pratiquement intacts malgré une légère détérioration de la'face postérieure
des grands et petits trochanters. Les os sont moins robustes que ceux des sujets mascubns, bien
que les différences soient moins prononcées que celles relevées sur les humérus et les cubitus.
Les diaphyses sont grêles, rectilignes et dépourvues de la légère courbure sagittale visible
sur les autres fémurs. Elles présentent des bords externes sensiblement parallèles. La diaphyse ofire
une section arrondie à sa partie médiane (pilastre faible, indice = 106,6 et 104,5), mais s'aplatit
nettement au-dessus de l’extrémité distale et au-dessous du petit trochanter (indice = 112 et 106,3,
sténomérie). La Ügne âpre {linea aspera) est faiblement développée et se trifurque en trois branches
marquées vers le haut. Une dépression très allongée en dehors de la crête du vaste externe corres¬
pond à la fosse hypo-trochantérienne, plus marquée sur l’os gauche. On note sur le fémur droit, la
présence d’un troisième trochanter {tuberculum tertius). Les trous nourriciers s’ouvrent au-dessus
de la moitié de l’os gauche et au tiers supérieur de la diaphyse droite.
Si l'angle d’inclinaison offre une valeur normale (moyenne = 130,5°) voisine de celle de
Buffon, l’angle de divergence est en revanche plus élevé (13° et 14°), ce qui confirme la largeur du
bassin, caractère du sexe féminin.
Enfin, la tête fémorale {caput femoris) est arrondie (indice moyen = 99,9) et moins robuste
que celle des deux sujets masculins.
8. — Tœus {tibiae).
Les tibias sont intacts, grêles et peu robustes (indices de robustesse = 17,6 et 18). Le mode¬
lage et les dimensions générales indiquent une morphologie typiquement féminine bien que la lon¬
gueur tibiale soit celle qui, de tous les os longs, offre les moindres différences avec les tibias des
deux sujets masculins. Toutefois, la crête externe demeure saillante de haut en bas.
L’indice cnémique de Marie-Françoise présente une tendance à la mésocnémie avec un indice
moyen de 70,6 (eurycnémie à droite : 71,9 et forte mésocnémie à gauche : 69,4).
Les trous nourriciers s’ouvrent au quart supérieur de la diaphyse, plus près du bord inter¬
osseux que de la face antéro-inteme.
Enfin, le plan des plateaux tibiaux est sensiblement horizontal et le plateau interne plus bas
que l'externe.
9. — PÉRONÉS (Jibulaé).
Les péronés féminins n’offrent guère de particularités anatomiques frappantes. Comme chez
les sujets mascubns, les os sont aplatis transversalement au niveau des deux extrémités et du mibeu
de la diaphyse, cet aplatissement étant principalement marqué au-dessus de la maUeole.
Source : MNHN, Paris
70
JEAN-LOUIS HEIM
Si la longueur-et le périmètre Tninimum sont plus faibles cbez Marie-Françoise, les diffé¬
rences constatées avec les deux vieillards sont relativement faibles, de telle sorte que l'indice de
robustesse n'offre guère de différence sexuelle marquée.
10. — Rotule ipatella) {tableau XII).
La rotule droite, la seule qui soit conservée, oflfre des dimensions absolues Inférieures de 13%
en moyenne à celles des deux sujets masculins, la différence portant davantage sur la hauteur que
sur l’épaisseur. De ce fait, l'indice rotulien est plus faible que celui que nous avons calculé sur les
rotules masculines. La hauteur relativement faible de la rotule l'est également par rapport à la lon¬
gueur du membre inférieur (longueur tibiale + longueur du fémur en position) droit. En revanche,
la largeur rotulienne est, proportionnellement à l'épiphyse fémorale (55,8), supérieure à celle des
autres sujets.
11. — Squelette des mains {ossa manus) (tableau XIII).
Les os des mains de Marie-Françoise sont très incomplètement conservés. Le carpe fait entière¬
ment défaut et nous n’avons pu isoler complètement les éléments des doigts de ceux des deux
hommes, aussi y avons-nous fait allusion dans les pages qui leur sont consacrées (cf. p. 54-55).
Six métacarpiens peuvent être identiffés : Mil et MIII des 2 mains ainsi que M IV et M V
droits. Leurs longueurs inter-articulaires s'inscrivent nettement en-dessous des moyennes euro¬
péennes de F. Sarasin (1931), ce qui n’est guère étonnant en raison du sexe du sujet et du fait que
les valeurs publiées par Sarasin intéressent les moyennes et les variations des Européens et des
Européennes réunis (fig. 15).
Le dimorphisme sexuel est plus marqué avec le père de Buffbn (12,8%) qu’avec Buffon (7,8%).
La différence est surtout accusée pour le troisième métacarpien. Enfin, il semble, par la compa¬
raison entre les MII et MIII, que la main droite était plus longue que la gauche.
12. — Squelette du pœd (osso pedis) (tableau XIV).
Les os du pied comportent les deux calcanéums et astragales, le scaphoïde et le 1®' cunéi¬
forme gauches. Six métatarsiens sont présents dont cinq déterminables. Nous avons signalé, à l’oc¬
casion de 1 etude du pied des deux vieillards, la présence de trois phalanges proximales que nous
attribuons par leurs dimensions aux pieds de Marie-Françoise.
Les seuls caractères ostéologiques que nous avons relevés concernent les deux M I et le M II
gauche dont les dimensions sont inférieures à celles de Buffon et de son père, mais demeurent com¬
parables à la moyenne des femmes européennes. Il convient de signaler sur la face externe de la
base des deux MI la présence d’une facette articulaire avec M II qui indique que le gros orteil
(hallux) était intimement rapproché du second. Cette facette supplémentaire n’est guère exception¬
nelle, sans constituer pour autant une disposition fréquente. Il est intéressant de souligner qu’elle
n’existe pas chez Buffon.
IV. - STATURE ET PROPORTIONS CORPORELLES
(tableaux XVI et XX).
Marie-Françoise offrait des proportions corporelles parfaitement normales pour un sujet fémi¬
nin. Sans être particulièrement étroite, sa carrure était relativement faible en comparaison de celle
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR) 71
des deux hommes (indices claviculo-huméral et claviculo-statural). Si l'avant-bras était notablement
court par rapport au bras (indice brachial faible), le membre inférieur, et plus pardculièrement la
jambe, accusaient un certain allongement par rapport au tronc, lequel était court (indice scapulo-
huméral faible) et par rapport à l’ensemble du membre supérieur (indice inter-membral faible).
Ceci donnait probablement à la jeune femme une allure quelque peu longiforme, malgré une sta¬
ture qui ne dépassait pas 1,55 m, valeur obtenue par les mêmes méthodes que pour les statures
masculines mais en utilisant, bien sûr, des coefficients différents.
Tableau XX. — Détermination de la stature de Marie-Françoise, femme de Buffon.
Moyenne des
Méthode de
Méthode de
Méthode de
Méthode d'
deux cdtés
Manouvrier
Trotter-Gleser
Pearson
Olivier
Humérus (H)
151,6
155,2
151,0
153,4
Radius (R)
148,5
151,5
149,4
154,6
Cubitus (C)
147,2(d)
150,0 (d)
-
150,6 (d)
X H •- R + C
149,1
152,2
150,2
•152,8
H R
152,7
H C
151,7
H+R+C+(H4-R)!-(Hm)
152,4
Fémur (F)
153,9
158,0
153 ,4
156,8
Tibia (T)
155,0
160,0
154,8
159,2
Péroné (P)
156,1
159,0
-
-
F+T (+P)
155,0
159,0
154,0
157,1
H+F '-T
155,7
H-i-F
155,2
RJ-T
155,7
FJ.T+ (Fi-T)
157,1
DêtermindCion de la stature (méthode d'Olivier
et Tissier)
Movenne des os isolés
155,0
Moyenne des os groupés
154,7
MOYENNE TOTALE
154,8
Source : MNHN, Paris
72
JEAN-LOUIS HEIM
CHAPITRE VI
MARIE-HENRIETTE,
FILLE DE BUFFON
(1 an, 4 mois et 19 jours)
• J'ai perdu un enfant qui commençait à se faire
entendre, c'est-à-dire à aimer. •
(Correspondance de Buffon, Ed. Le Vasseur, tome XIII.
1384-8S).
Les restes de Marie-Henriette, fille de BufTon décédée dans le courant de sa seconde année,
étaient mélangés à ceux des trois sujets adultes. En raison du jeune âge de l’enfant, le regroupe¬
ment des os n'a pas posé le moindre problème malgré l'état assez détérioré de certains éléments
osseux.
Le squelette cépbabque comprend les deux pariétaux, la majeure partie du frontal gauche
avec le toit de l'orbite, une partie du temporal droit comportant le rocher et le trou auditif, le
rocher gauche et une partie du maxillaire supérieur gauche poujrvu de trois dents. La mandibule
est presque complète, à l'exception de la branche montante droite.
Du squelette post-crânien, seuls quelques os des membres ont été conservés, à l’exception des
os des mains et des pieds ainsi que des rotules qui n'ont pu être retrouvées.
1. — CaÂXE {cranium).
Le frontal droit (planche VIII,A) offre des traits normalement observables chez un jeune
enfant d un an et demi, notamment la courbure générale et la présence d'une bosse frontale. Celle-ci
forme une éminence allongée transversalement à 15 mm au-dessus d’un rebord orbitaire (jnargo
supracUiaria) tranchant mais non projeté en avant ni en dehors.
L espace fontanellaire médio-frontal est normalement obbtéré comme cela est le cas général
chez les enfants de cet âge ; la suture métopique est partiellement visible sur une hauteur de 1 cm
au-dessus du nasion où elle constitue une trace rectüigne.
La présence des deux pariétaux (planche VIII,B) indique l'existence de bosses pariétales dis¬
crètes bien que la malléabüité des os ne permette en aucun cas de présager de la forme définitive
du crâne. Les bords des pariétaux présentent des indentations témoignant de la disparition des
espaces suturaux au niveau des sutures sagittale et coronale. Les bords osseux s’écartent toutefois
au niveau de la fontanelle bregmatique qui subsistait encore au moment de la mort de l'enfant et
s'étendait en arrière entre la partie la plus antérieure des bords inter-pariétaux.
L'ossification du temporal droit (planche VIII, C) correspond parfaitement à celle d'une fillette
de moins de 2 ans : l'apophyse mastoïde, surmontée par ime légère crête sus-mastoïdienne, est déjà
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D'OR) 73
apparente, bien que petite et peu saillante ; le tympanal forme un anneau complet au niveau du trou
auditif, mais demeure partiellement ouvert en bas. L’orifice du conduit auditif externe est de forme
ovalaire à grand axe horizontal.
A la face endocrânienne (planche VIII,C), la suture pétro-squameuse est partiellement visible
au-dessus de la face supéro-antérieure du rocher. On sait que cette suture est très variable suivant
les sujets et peut laisser des traces Jusqu’à l’âge adulte (Augier). En arrière de la base de la pyra¬
mide pétreuse, on remarque l’empreinte bien marquée du sinus latéral.
Le fragment du maxillaire supérieur gauche (planche VII,D) s’étend Jusqu’à la moitié de l’ou¬
verture nasale et à une partie du plancher orbitaire. Les deux molaires de lait sont présentes et
sont suivies du côté distal par un alvéole au fond duquel on aperçoit le bourgeon coronal de la pre¬
mière molaire monophysaire. La dent qui la précède en avant (m‘) est parfaitement en place alors
que m^ atteint tout juste le bord alvéolaire, ce qui est tout à fait normal pour une enfant de
16 mois 1/2. On ne constate par conséquent pas de retard dans l’éruption dentaire. En avant de
m‘, un grand alvéole vide correspond à la canine lactéale qui a disparu. Les deux incisives de lait
sont absentes mais le diamètre et la profondeur de leurs alvéoles indiquent qu’elles étaient tombées
après la mort et qu’elles avaient atteint leurs dimensions normales.
Enfin, l’ouverture nasale, dont l’angle inféro-exteme est partiellement visible, semble avoir été
triangulaire.
2. — Mandibule {mandibula) (planche Vni,E).
La mandibule présente une forme, des dimensions et un degré d’éruption dentaire parfaite¬
ment normaux pour un jeune enfant de cet âge. En voici les principales dimensions :
Longueur totale.
Largeur bicondylienne.
Indice mandibulaire.
i! hauteur du corps.
épaisseur.
ind. de robustesse.
hauteur du corps .
épaisseur.
ind. de robustesse
65 mm
80 mm environ
81.2 env.
18 mm
12 mm
66,6
16 mm
9,5 mm
59.3
L’indice mandibulaire est faible, fait normal chez le tout jeune enfant en raison de la courte
longueur mandibulaire causée par l’absence des dents monophysaires. En revanche, la valeur élevée
de l’indice de robustesse, qui dépasse de près de 30% la moyenne de l’adulte, est bée autant à la
faible hauteur du corps mandibulaire qu’à sa boursouflure consécutive à la présence des germes
dentaires.
L’angle mandibulaire vaut 138°, valeur normale pour l’âge de l’enfant qui n avait pas achevé
sa première dentition. Nous pouvons supposer que l’angle se ferme après celle-ci (135°) pour
atteindre 126° à la fin de la mise en place de la denture permanente. En revanche, l’angle men-
tonnier qui est en moyenne très élevé chez le jeune enfant (90°) ne vaut ici que 69°. Cette valeur
anormalement basse est bée à la présence de deux tubercules mentonniers {tubercula mentales)
très saillants qui se confondent sur la ligne médiane en accusant la proéminence mentonmere et
en formant une éminence qui projette vers l’avant toute la partie inférieure de la symphyse.
Sur le plan anatomique, outre le développement notable des tubercules mentonniers, une
petite apophyse située de chaque côté à la base de l’angle mandibulaire retient 1 attention. Il s agit
d’une saflbe désignée communément sous le nom d’apophyse lémunenne, d’apophyse angulaire (ou
goniaque, ou processus de Sandifort) comparable à celle que nous avons signîüée sur les deux mm-
dibules masculines (figure 19). Bien qu’elle ne soit pas inscrite dans la nomenclature internatio¬
nale des P.NA.', nous lui donnerons provisoirement le nom de processus mandibularis. La cause
1, Parisiensa Nomina Anatomica, terminologie adoptée lors du VI' congrès fédératif btemational de Paris, 1955.
Source : MNHN, Paris
74
JEAN-LOUIS HEIM
et la signification anatomique de cette saillie osseuse ne sont guère parfaitement établies. Dans la
plupart des cas, elle serait provoquée chez l’adulte par un hyper-développement du masséter s’ac¬
compagnant d’une extension très localisée de l’os. Cette opinion que défendent Le Double, Tenchini
et Augier, ne semble pourtant pas devoir être retenue dans le cas présent en raison du très jeune
âge du sujet chez qui le modelage musculaire et la vigueur massétérine étaient loin d’être défini¬
tifs. D’ailleurs, une telle interprétation impliquerait l’éversion en dehors de l’apophyse, ce qui n’est
pas le cas.
Fie. 19. — Schéma montrant la persiatance de l'apophyse angulaire (flèche) sur les mandibules de Benjamin-François (à gau^e),
de Buffon (au centre) et de Marie-Henriette (i droite). (1/2 de CN).
Une autre hypothèse, largement formulée, irait en faveur de la persistance d’un état infantile
lorsque le processus mandibularis se retrouve chez l’adulte. Une telle explication ne pourrait être
satisfaite que si la fi'équence de l’apophyse était suffisamment grande chez les enfants pour consti¬
tuer une règle générale ; or ce n’est pas non plus le cas. De plus, une telle hypothèse ne résoudrait
pas le problème de sa persistance sur trois générations. En conséquence, il s’agirait à notre avis,
non pas de la marque du modelage musculaire, mais plutôt d’un caractère héréditaire présent chez
le père, chez le fils et chez la petite-fiDe. C’est la première fois, à notre connaissance, que la per¬
sistance héréditaire d’un tel trait a été signalée sur trois générations'.
La mandibule comporte les deux canines lactéales, les deux molaires de lait et les bourgeons
dentaires de la première molaire monophysaire. L’état d'éruption des dents inférieures confirme
celui relevé sur le maxillaire. Les deux couronnes des canines lactéales ainsi que mj sont en place
et atteignent le bord alvéolaire. La poussée de la première molaire de lait est en cours d’achève¬
ment, c est-à-dire à un stade un peu plus jeune que sur le maxillaire supérieur.
3. — Squelette des membres (planche VIII,F).
Dans l’ensemble, les os longs offirent une bonne conservation bien que les épiphyses soient
absentes, ce qm n’a pas permis d'évaluer avec précision la stature de l’enfant étant donné que la
seule longueur du fémur mesurable est la longueur totale et non pas la longueur « en position »
pour laquelle les tables de correspondance entre longueur fémorale et stature ont été établies.
Le calcul de l'indice inter-membral fournit une valeur plus élevée (72,9 min.) que celle des
sujets adultes (70 en moyenne), ce qui est conforme aux proportions corporelles de l’enfant qui
présente encore à ce jeune âge un tronc relativement long par rapport au membre inférieur, et ce
dermer relativement court par rapport au membre supérieur. Les indices crural et buméro-fémoral
ont respectivement des valeurs minimales de 81,6 et 56,6.
1. M. c. Cbamta (1970, page 37) signale la fréquence particulièrement élevée de l'apophyse angulaire chez certaines popu¬
lations épipaléolithiques d'Algérie oeddentaJe,
Source ; MtJHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR)
75
Fémur.
Seul l’os droit est présent. Le corps fémoral présente un aplatissement assez marqué d’avant
en arrière, surtout vers l’extrémité distale, ce qui se traduit par un indice pilastrique assez faible
pour cet âge (78,2). Le trou nourricier, bien visible, s’ouvre au-dessous de la moitié de la diaphyse.
Si le petit trochanter est déjà formé, on n’observe en revanche aucune ébauche de bgne âpre. Voici
les principales dimensions du fémur droit :
Lon^eur totale.
( périmètre .
au milieu \ 0 transverse
' 0 antéro-post
diamètres sous trochaoL {•
< antéro-post.
diamètre, extrém. di.tale j
Angle coilo-diapbysaire.
144 mm
34 mm
11,5 mm
9 mm
16 mm
16 mm
36 mm
17 mm
145° env.
Tibias.
Les deux os offrent des caractères anatomiques et ostéométriques voisins avec une très légère
prédominance dimensionnelle en faveur de l’os gauche (tableau XXI). Le corps présente une section
triangiüaire avec une tendance à l'aplatissement vers l’extrémité proximale, alors que l’extrémité
distale est plus cybndrique. Il est à noter que la tubérosité antérieure du tibia et la crête tibiale
sont déjà marquées sur les deux os.
Tableau XXL
Tibia droit
Tibia gauche
Longueur
117,5 mm
118 mm
/ 0 transverse
9,5 mm
9,5 mm
au milieu < 0 antéro-post.
10,5 mm
10,5 mm
\ périmètre
31,5 mm
Péronés.
Les deux os sont présents et mesurent 118 mm de longueur. Ils offrent un corps rectiligne
et prismatique avec des bords mousses, quoique assez marqués.
Humérus (tableau XXII).
Le corps de l'humérus gauche, le seul présent, est cylindrique et tend vers une section sub¬
triangulaire vers l’extrémité distale. Le modelage musculaire est déjà indique : la moitié supérieure
de la diaphyse est plus épaisse que la moitié inférieure du fait de l’ébauche de la gouttière inter-
tubérositaire. Les surfaces externe et postérieure de l’os présentent sur les 2/3 supérieurs un aspect
chagriné. Notons enfin que la fossette olécranienne est grande mais non perforée.
Radius (tableau XXII).
Le seul radius présent, le droit, n’offre guère de traits frappants. Le trou nourricier est bien
visible et s'ouvre sur la face antérieure vers le müieu de la diaphyse. L’angle collo-diaphysaire est
plus ouvert (180°) que chez l’adulte (170°), ce qui est en rapport avec le caractère juvénile.
Source : MNHN, Paris
76
JEAN-LOUIS HEIM
Tableau X\II.
Humérus gauche
Radius droit
Longueur
109,S mm
81,5 mm
/ transverse
9,5 mm
7 mm
au milieu < antéro-post.
9,5 mm
5 mm
'périmètre
31 mm
-
Notre estimation de la stature de la fillette est comprise entre 0,79 et 0,89 m, ce qui traduit,
compte tenu du sexe et de Tâge, une taille plutôt grande.
Nous ignorons les causes réelles de la mort de l'enfant mais l'état apparent du squelette ne
permet pas de l'attribuer à un trouble quelconque ayant pu entraîner des répercussions sur la
croissance osseuse. Les os sont en effet parfaitement sains et étaient parvenus à un état de crois¬
sance normale pour im enfant de cet âge. Le décès pourrait être plutôt la conséquence d'une atteinte
infectieuse.
Source : MNHhl, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTURE FAMILIALE DE BITFON À MONTBARD (CÔTE D'OR)
77
CONCLUSIONS
Peu de recherches anthropologiques ont jusqu'à présent été entreprises sur les restes de sujets
dont le lien de parenté ait pu être établi de façon formelle. Aussi, les squelettes de la sépulture de
l'église Saint-Urse à Monthard constituent-ils, outre leur intérêt historique lié à la présence du sque¬
lette de Buffon, un ensemble de documents précieux qui se prêtent aussi bien à des études anato-
anatomique et anthropologique qu'à l'examen des caractères génétiques des os.
L'ensemble des documents dont on dispose sur Buffon et sur les trois autres membres de sa
famille inhumés dans le caveau a considérablement facilité la poursuite de notre étude et en a accru
l'intérêt. En effet, l'état de santé, l’âge précis des individus à leur mort, les traits principaux de
leur personnalité physique à travers les témoignages, les portraits, les bustes et les sculptures que
Buffon notamment inspira aux artistes de son temps, ont constanunent guidé notre analyse descrip¬
tive, car ils constituent autant de données exceptionnelles auxquelles l'anthropologue a rarement
le privilège d'être confronté.
En effet, lorsqu’il entreprend l'examen d'un ensemble de squelettes provenant de fouilles ou
des collections d'un laboratoire, l'anthropologue se heurte à un certain nombre de problèmes pré¬
liminaires avant de pouvoir procéder à l'étude anthropologique proprement dite. Tous ces pro¬
blèmes dépendent principalement du fait que rien a priori n'est connu sur le matériel osseux qui
est inhumé, par exemple d'une fouille ou d'une sépulture collective. L'anthropologue devra en con¬
séquence rechercher et tenter d'éclaircir plusieurs points.
1) Hormis les cas exceptionnels où les squelettes sont intacts et conservent la position ini¬
tiale dans laquelle les cadavres reposaient, la détermination du nombre des individus pose de
sérieux problèmes d'autant plus difficiles à résoudre que les os ont été le plus souvent mélangés
ou partiellement détruits. Si l'on fait une exception pour les sujets bien reconnaissables par leur
âge, par leur stature ou par leur dimorphisme sexuel marqué, il est pratiquement impossible de
déterminer avec exactitude le nombre des sujets. Tout au plus peut-on espérer aboutir à une simple
estimation qui s’avère en règle générale inférieure à l’effectif réel.
2) La recherche du sexe et de l'âge des squelettes autorise un regroupement lorsque le doute
n'est plus permis, ce qui exclut pratiquement les 2/3 des individus pour la détermination du sexe,
et réduit l'identification possible de l'âge aux crânes de vieillards et aux très jeunes sujets.
3) C'est alors que se pose une nouvelle question à l'anthropologue : quel est l'âge chronolo¬
gique des squelettes? Sont-ils contemporains les uns des autres? Sont-ils aussi anciens que la sépul¬
ture (ou le niveau) qui les contient ou ont-ils été inhumés postérieurement? Bien sûr, le mobilier
contenu dans les tombes ou accompagnant les défunts constitue un bon moyen de les dater lorsque
ces derniers sont trop récents pour que l’on fasse appel de mamère fiable aux procédés classiques
de datation. Mais lorsque rien n’accompagne les os, le problème reste posé et le doute demeure.
4) Enfin, la découverte d'une sépulture collective par exemple invite l’anthropologue à se poser
une question, certainement celle qui est la plus souvent posée, qui demeure généralement sans
réponse : existe-t-il un lien de parenté entre tous les individus?
Peu de travaux ont jusqu’à présent été examinés sous cet aspect. L'hérédité des caractères
osseux demeure à l’heure actuelle l’un des parents pauvres de la Génétique humaine. Il est en effet
difficile, faute de séries disponibles sur lesquelles une étude génétique puisse être entreprise, de
Source : MNHN, Paris
78
JEAN-LOUIS HEIM
distinguer les caractères'fonctionnels des os, acquis par le modelage musculaire individuel, de ceux
qui s’inscrivent dans le patrimoine génétique. Notre étude, grâce à l’identité des squelettes, a pu
bénéficier des relations parentales des sujets et c’était là une occasion d’examen particulièrement
heureuse que nous ne pouvions passer sous silence, même si aucune loi générale n’a pu véritable¬
ment se dégager de notre étude succincte.
Voici donc un aperçu de quelques-uns des problèmes courants que la découverte et l’étude
de squelettes posent à l’anthropologue, et c’est une chance s’il peut véritablement les résoudre
tous. Ceci revient à dire qu’une certaine partie du matériel osseux recueilli lors de fouilles, par
exemple, échappe à l’analyse et n’autorise guère une exploitation scientifique exhaustive.
Les circonstances ont voulu que nous n’ayons point toutes ces questions à nous poser car les
réponses étaient déjà contenues dans la nature même des squelettes. Nous savions en effet combien
de sujets avaient été inhumés, nous connaissions parfaitement leur identité, l’âge de leur mort au
jour près, la date de leur naissance et leurs liens de parenté. Le seul problème qui s'est posé con¬
cernait l’identification des squelettes masculins ; il a pu être résolu grâce à une analyse anatomique
approfondie.
Ainsi, avons-nous pu dépasser le cadre d’une simple étude anthropologique. Certes, la descrip¬
tion était nécessaire : elle était même l’unique clé qui nous a permis de découvrir Buffon en tant
qu’être physique. Tout d’abord, sa personnalité et la valeur historique qu'il représente pour le
Muséum et l’Histoire naturelle justifiaient largement que l’on s'intéressât à cet aspect mal connu
du naturaliste bourguignon; d’autre part, il convenait, étant donné les restes squelettiques que nous
avions à notre disposition, de définir génétiquement Buifon par rapport à son père et à sa fiUe, ce
qui nous a conduit à examiner les restes de Marie-Françoise avec autant d’attention que nous l’avons
fait pour les autres sujets.
Il ressort de notre étude une étroite similitude physique entre le squelette de Buffon et celui
de son père. On retrouve les mêmes proportions corporelles à quelques détails près, le même mode¬
lage musculaire, la même orientation des surfaces articulaires et un aspect comparable des os
longs. Au niveau du crâne, on constate des dimensions extrêmement voisines, une hauteur auriculo-
bregmatique identique, la même forme elliptique de la voûte et le même profil occipital; les orbites
sont hypsiconques, l'ouverture nasale leptorhinienne. Chez les deux sujets, le relief glabellaire est
plus saillant que le relief sus-orbitaire, les mandibules sont larges, avec un angle mandibulaire éga¬
lement faible, une échancrure sigmoïde peu profonde et pourvue d’une apophyse angulaire mar¬
quée, présente également chez la fillette de Buifon.
À côté de ces traits de ressemblance qui confirment la parenté entre les deux sujets, il existe
quelques points de différence que nous ne pouvons analyser sur le plan génétique faute d’avoir pu
disposer du squelette de la mère de Buifon. Parmi ces différences, nous avons pu relever chez Buffon
une voûte crâmenne plus basse, un fi*ont plus fuyant et plus étroit qui lui avait donné ce visage tra¬
pézoïdal qui apparaît dans les bustes et sur la plupart des représentations du naturaliste. La face
était toutefois plus étroite que celle de son père avec un prognathisme nasal plus marqué. La capa¬
cité crânienne de Buffon était légèrement inférieure à celle de son père, ce qui pouvait être dans
une certaine mesure consécutif à sa plus faible stature qui devait avoisiner 1,65 m durant sa
maturité.
Mais cette découverte de Buifon sur le plan physique, toute émouvante soit-elle, ne doit pas
faire oublier que le but initial de cette étude fut la restauration et l'identification des restes qui
nous avaient été confiés. II fallait procéder au sauvetage de Buffon et c'était là l’une des motiva¬
tions majeures de nos recherches.
Espérons que cette tâche aura pu porter ses fruits, et si les progrès techniques et méthodo-
logiques dont les sciences anthropologiques seront amenées à bénéficier par la suite devaient ouvrir
de nouvelles perspectives d’investigations à de futurs chercheurs, souhaitons que ces derniers
puissent trouver dans les ossements de la sépulture de l’église Saint-Urse un matériel d'étude
d’une valeur exceptionneUe qui aura pu affronter sans dommage les périls du temps.
C’est véritablement là que notre entreprise aura été bénéfique.
Source : MNHN, Paris
LES SQUELETTES DE LA SÉPULTUPIE FAMILIALE DE BUFFON À MONTBARD (CÔTE D’OR)
79
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Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
PLANCHES
Planche I. — Le cranium (= calvariuni) de Buffon. De gauche à droite et de haut en bas : vue antérieure,
vue postérieure, vue supérieure et vue inférieure. (1/2 de GN).
Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
Source : MNHN, Paris
Planche II. — A droite : le cranium (= calvarium) de BulTon. Vues latérales. À gauche : mandibules de
BuiTon et de Benjamin-François en vue latérale droite et en vue supérieure. 1 et 3, BuiTon; 2 et 4,
Benjamin-François. On notera la présence chez les deux sujets de l’apophyse angulaire ainsi que la
similitude de la morphologie d ensemble, de la forme des arcades alvéolaires et du menton (Envi¬
ron 1/2 de GN).
Source : MNHN, Paris
PLANCHE n
Source : MNHN, Paris
Planche III. — Le cranium (= calvarium) de Benjamin-François Leclerc, père de Buffbn. Vues antérieure,
supérieure, latérale gauche et inférieure. (1/2 de GN).
Source : MNHN, Paris
PLANCHE III
Source : MNHN, Paris
1
Planche IV. — L’endocrâne de BuiFon. De haut en bas :
— A gauche : vue latérale gauche et vue latérale droite du moulage endocrânien. Vue
nienne (sur un moulage) de la base du crâne;
— À droite : vue postérieure et vue supérieure du moulage endocrânien. (1/2 de GN).
sS, scissure de Sylvius. sR, scissure de Rolando. si, scissure interhémisphérique.
endocrâ-
Source : MNHN, Paris
PLANCHE IV
Source : MNHN, Paris
Planche V. — Les os coxaux. (1/2 de CN environ). 1, os coxal droit de Buffon (vue antéro-externe). 2, os
coxal droit de Buffon (vue inféro-antérieure). 3, bassin de Buffon (vue antérieure). 4. os coxal gauche
de Benjamin-François (vue externe).
Source : MNHN, Paris
PLANCHE V
Source : MNHN, Paris
Planche VI. — La tête osseuse de Marie-Françoise, Comtesse de Buffon. De haut en bas et de gauche à
droite ; vue latérale, vue antérieure, vue supérieure et vue inférieure du crâne. Au milieu : vue supé¬
rieure de la mandibule. (1/2 de GN).
Source : MNHN, Paris
PLANCHE VI
Source ; MNHN, Paris
Planche VII. — Éléments de la colonne vertébrale de BufFon. 1, sacrum (vue antérieure, 1/2 de GN). 2, ver¬
tèbre lombaire ; vue supérieure de L 5 ( x 0,5 env.). 3, face inférieure de L 2 (GN). 4, face supérieure
de L 1 (GN). Ost, ostéopbytes du listel marginal. G, 1*^® vertèbre coxygienne soudée au corps du
sacrum. Squelette post-crânien de Marie-Françoise : 5, vue externe de l'os coxal gaucbe (1/2 de
GN). 6, vue supérieure d'une vertèbre lombaire (L 3). (Un peu plus de GN).
Source : MNHN, Paris
PLANCHE VII
Source : MNHN, Paris
Planche VIII. — Les restes crâniens de Marie-Henriette, fille de BuITon. A, os frontal (vue antérieure). B,
pariétaux (vue supérieure). C, temporal droit (vue externe en haut et vue endocrânienne en bas). D,
maxillaire supérieur gauche (vue inférieure). E, mandibule (vue occlusale). F, squelette post-crânien
de Marie-Henriette : 1, fémur droit; 2, tibias; 3, péronés; 4, radius droit; 5, humérus gauche.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE VllI
Source ; MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
IMPRIMERIE NATIONALE
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Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
^ t <jniï. (979
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