MEMOIRES
DU MUSÉUM
NATIONAL
D’HISTOIRE
NATURELLE
ZOOLOGIE
TOME 136
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Directeur de la publication (Editor) : Philippe Bouchet
Secrétariat : Bernadette Charles
Rédaction : 57, rue Cuvier
75005 Paris
Les Mémoires du Muséum national d'Histoire natu¬
relle publient des travaux originaux majeurs (100
pages et plus) dans les domaines suivants : Zoologie
(série A), Botanique (série B). Sciences de la Terre
(série C). Les auteurs sont invités, pour toutes les
questions éditoriales, à prendre contact avec le direc¬
teur de la publication.
Mémoires du Muséum national d'Histoire naturelle
publishes major original contributions (100 pages and
over) in three different sériés : Zoology (série A),
Botany (série B). Earth Sciences (série C). Prospective
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Rédacteur du tome 136 : Nicolas Halle
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publishes a Bulletin.
Source : MNHN, Paris
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Les Ascidies de Polynésie française
Source : MNHN, Paris
ISBN : 2-85653-159-}-
© Éditions du Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris, 1987.
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
SÉRIE A
ZOOLOGIE
TOME i}6
Claude Monniot et Françoise Monniot
Laboratoire de Biologie des Invertébrés marins et Malacologie,
Muséum national d'Histoire naturelle,
55, rue de Buffon,
75005 PARIS
et
Centre de l’environnement de Mooréa,
Muséum national d'Histoire naturelle
Ecole pratique des hautes Etudes
en Polynésie française,
B.P. 1015, PAPETOAI-MOORF.A.
Les Ascidies de Polynésie française
ÉDITIONS
DU MUSÉUM
PARIS
I987
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE
RÉSUMÉS.
INTRODUCTION.
DESCRIPTION DES STATIONS (carte 1) .
L’ïïe de Mooréa (carte 2).
L’île de Tahiti (carte 3).
L'atoil de Tikehau (carte 4) .
TECHNIQUES EMPLOYÉES (récoltes et préparations)
DESCRIPTION DES ESPÈCES.
Ordre des Aplousobranchiata.
Famille des Didemnidae.
Genre Trididemnum .
Genre Didemnum .
Genre Polysyncraton .
Genre Lissoclinum .
Genre Diplosoma .
Genre Leptoclinides .
Famille des Polycitoridae.
Genre Cystodytes .
Genre Eudistoma .
Genre Polycitor .
Genre Distaplia .
Famille des Polyclinidae.
Genre Aplidium .
Genre Sidnyum .
Genre Synoicum .
Genre Pseudodistoma .
Genre Euherdmania .
Genre Polyclinum .
Ordre des Phlebobranchiata.
Famille des Cionidae.
Genre Rhopalaea .
Famille des Perophoridae.
Genre Perophora .
Genre Ecteinascidia .
Famille des Corellidae.
Genre Corella .
Famille des Ascidiidae.
Genre Ascidia .
Pages
5
7
8
9
11
13
15
17
17
17
17
25
45
49
57
66
70
72
73
73
80
81
81
83
83
86
86
86
91
91
92
92
2 2 £
Ordre des Stolidobranchiata. 102
Famille des Styelidae. 102
Remarques sur les genres Botryllus et Botrylloides . 102
Genre Botryllus . 103
Genre Symplegma . 106
Genre Metandrocarpa . 109
Genre Tibitin . 111
Genre Polyandrocarpa ( Monandrocarpa ). 112
Genre Polycarpa . 114
Genre Styela . 119
Famille des Pyuridae. 119
Genre Pyura . 119
Genre Microcosmus . 125
Famille des Molgulidae. 125
Genre Molgula . 125
REMARQUES SUR LA FAUNE DE POLYNÉSIE. 129
Répartition des Ascidies dans les différents types de biotopes. 129
Écarts de taille (entre Ascidies solitaires des zones portuaires et du milieu naturel). 130
Répartition des espèces selon les îles. 131
Proportions des Ascidies coloniales et solitaires. 132
Prépondérance des Didemnidae en Polynésie. 133
BIBLIOGRAPHIE. 137
INDEX DES ESPÈCES. 141
PLANCHES HORS TEXTE. 145
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ
SUMMARY
Cet ouvrage représente la première étude sur les
Tuniciers benthiqucs de Polynésie française. Le début
d'inventaire qui a été réalisé concerne essentiellement
les îles de Tahiti et de Mooréa dans l'archipel de la
Société, et l’atoll de Tikehau dans l'archipel des
Tuamotou. dans une frange littorale comprise entre 0
et 40 m de profondeur. 92 espèces sont répertoriées et
décrites, dont 39 sont nouvelles. Deux familles : les
Cionidae et Molgulidae n'avaient jamais été signalées
dans le Pacifique central. Parmi toutes ces espèces, les
formes coloniales dominent nettement, et la famille
des Didemnidae est celle qui contient le plus d’espèces.
La répartition des Ascidies dans les différents types
de biotopes est décrite : pente externe, récif barrière,
massifs coralliens lagonnaires et lagon profond. Les
différences de taille sont soulignées entre les espèces
d'Ascidies solitaires dans le milieu naturel et dans le
port de Papeete où la matière organique est beaucoup
plus abondante. On constate ici une relation directe
entre la nourriture disponible et la taille des individus.
La répartition des espèces selon les îles montre que
Tahiti (avec 74 espèces) bien que moins échantillonnée
est plus riche que Mooréa (68 espèces), l'atoll de
Tikehau comprenant beaucoup moins d'espèces (46).
Pour les trois îles, c’est la zone la plus superficielle du
lagon, de 1 à 3 m, qui abrite le plus d’espèces
communes, les espèces profondes de la pente externe
restant plus caractéristiques de chaque région.
La proportion des espèces coloniales, 84 %, par
rapport aux espèces solitaires. 16 %. est discutée et
comparée à ce que l'on connaît dans les autres régions
du monde, pour le même climat ou dans des régions
plus froides, mais en insistant sur la comparaison avec
les Antilles.
Des hypothèses tentant d'expliquer les raisons de la
prépondérance des Didemnidae sur les autres familles
d'Ascidies sont proposées en prenant en compte les
particularités de l'anatomie, du développement, du
bourgeonnement et de la symbiose avec des Algues
unicellulaires de ce groupe d'Ascidies coloniales.
This volume produce the first study about the
benthic Tunicates of French Polynesia. The begin-
ning of an inventory drawn up here concerns the
Tahiti and the Mooréa Islands in the Society archipe-
lago, and the atoll of Tikehau in the Tuamotou
archipelago. along the coast between 0 and 40 m
depth. 92 species are listed and dcscribed, 39 of
which are new species. Two families Cionidae and
Molgulidae had never been reported in the Central
Pacific. Among ail these species. colonial animais
clearly dominate and the family Didemnidae contains
the most species.
The distribution of Ascidians in the different kinds
of biotopes is described : external slope, barrier reef,
patch reefs in the lagon and deep lagon. Size diffé¬
rences are emphasized between solitary species in
natural biotopes and the Papeete harbour where
organic matter is more abundant. We find a direct
relation between the available food and the size of the
specimens.
The distribution of species according to the islands
shows that Tahiti, with 74 species, though less sam-
pled, is richer than Mooréa with 68 species. the
Tikehau atoll having many fewer species : 46. In the
three islands, it is the shallowest layer of the lagoon.
from 1 to 3 m, which shelters the largest number of
common species, the deepest species of the external
slope remaining more characteristic in each région.
The ratio between colonial species (84 %) and
solitary species (16%) is discussed and compared to
the data in other world régions, with the same climate
or a colder one. but stressing on the comparison with
the Antilles.
Some hypothèses trying to explain the reasons of
the Didemnidae prépondérance over the other Asci-
dian families are proposed, taking into account the
particularities of this group of colonial Ascidians. in
anatomy, development, budding etc. and the possible
symbiosis with unicellular Algae.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
7
INTRODUCTION
Les immenses étendues du Pacifique tropical et
la poussière d'îles qui les parsèment ont fait
l’objet de très nombreuses prospections zoologi¬
ques. Coraux, Poissons et Coquillages abondent
et ont fait la richesse des musées et des bibliothè¬
ques grâce aux collectionneurs. Les groupes
mineurs, aux représentants peu visibles, n’ont
pas eu cette chance et nos connaissances sur ces
régions, si elles ne peuvent être qualifiées
d'inexistantes sont pour le moins fragmentaires.
Ainsi lors de la publication, à l'occasion du 5 e
Congrès international sur les récits coralliens de
Tahiti en 1985, de Richard G. « Fauna and
Flora, a First compendium of french polynesian
sea-dwellers », à côté des 168 Scléractiniaires,
800 Poissons et 1 159 Mollusques reconnus cités
ou décrits de cette région, seules deux Ascidies
récoltées par le « Challenger » et la « Gazel¬
le » auraient pu figurer.
En milieu récifal les Ascidies ne représentent
pas une part importante de la biomasse, ceci à de
très rares exceptions près. De plus leur habitat
sciaphile les faisant se dissimuler entre les bran¬
ches des coraux sous les blocs et dans les
anfractuosités du récif, rend leur observation
difficile. Près de la moitié des espèces appartient
à la famille des Didemnidae et se présente sous la
forme de petites colonies en croûtes, dont la
dimension dépasse peu le centimètre ; la variété
des couleurs décourage l'observateur. Ceci, lié à
l'impossibilité d’effectuer les identifications sur
place, a contribué à faire négliger ce groupe par
la quasi-totalité des zoologistes.
Au printemps 1984 nous avons eu l'occasion
d’effectuer un séjour de cinq semaines en Polyné¬
sie dans le cadre de l'Antenne EPHE-Muséum de
Mooréa avec une participation du Centre Natio¬
nal de la Recherche Scientifique pour l'un d'en¬
tre nous. Nos récoltes ont été largement facilitées
par l'ORSTOM. Centre de Tahiti, qui nous a
permis de travailler une semaine sur l'atoll de
Tikehau aidés de Pierre Laboute et par l'IFRE-
MER grâce auquel nous avons pu plonger
pendant une semaine dans le lagon de Vairao
avec l'équipe du Centre Océanologique du Pacifi¬
que.
Ce bref séjour a permis de rassembler la
première collection d'Ascidies de cette région et
d'identifier 92 espèces dont une proportion im¬
portante (39) se sont révélées être nouvelles pour
la science.
Nous tenons à remercier les différents Musées
du Monde et leurs conservateurs qui nous ont
obligeamment prêté des types ou des échantillons
de leurs collections. Ce sont : le British Muséum,
le Zoologisch Muséum d'Amsterdam, le Zoolo¬
giste Muséum de Copenhague, le Forschungsins-
titut Senckenberg de Francfort, la Smithsonian
Institution, le Queensland Muséum en Australie,
le Muséum d'Otago en Nouvelle Zélande et le
Bishop Muséum d'Honolulu.
Les récoltes ont été faites essentiellement à
Tahiti. Mooréa et Tikehau, trois îles situées dans
la partie occidentale de la Polynésie française
(carte 1) quelques spécimens provenant des
îles Tupai. Mataiva, Rangiroa, Hao ont été
ajoutés à la collection bien qu'ils proviennent de
récoltes occasionnelles. La description des îles a
été publiée dans : Delesalle B., Galzin R. &
Salvat B. Eds. 1985, 5th International Coral
Reef Congress, Tahiti, 27 May-1 June 1985, vol.
1, French Polynesian Coral Reefs. Nous avons
personnellement récolté les Ascidies autour de
Mooréa et de Tahiti, îles hautes de l'archipel de
la Société proches l'une de l'autre, et à Tikehau,
atoll ouvert des Tuamotou. Les prélèvements ont
été faits soit en plongée libre dans les cinq
premiers mètres sous la surface, soit en scaphan¬
dre autonome sur des fonds plus importants
jusqu'à 40 m.
Tous les types de milieux ont été échantil¬
lonnés, mais faute de temps surtout, nous
n'avons pas vu toutes les orientations possibles,
les conditions météorologiques et les grandes
Source : MNHN, Paris
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Carte 1 . - Iles de la Polynésie française où des prélèvements ont été effectués. Au dessous, Mooréa et Tahiti.
distances à parcourir ayant limité le travail en
plongée. Nous avons surtout prospecté le littoral
de Mooréa (carte 2) dans la zone Nord, c’est-à-
dire la plus abritée, mais aussi la plus proche des
laboratoires de l'Antenne EPHE. C’est à partir
de ce centre de l’environnement de Mooréa
qu’ont pu être réalisées les principales études sur
les Animaux et Végétaux de Polynésie. Il était
donc normal d’intensifier nos efforts dans le
même secteur. Cette zone comprend la pente
externe, le récif barrière, un lagon étroit peu
profond avec des chenaux et des passes, et un
récif frangeant.
A Tahiti, dans la région Sud-Est proche du
village de Vairao (carte 3), ce sont surtout les
faciès de lagon profond (qui ne sont pas
fréquents à Mooréa) qui ont été prospectés. Le
temps n’a pas permis de sortie à l’extérieur à
cette époque.
A Tikehau, atoll d’un autre archipel, nous
avons exploré tous les milieux possibles sur la
moitié du périmètre de l’île.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
9
DESCRIPTION DES STATIONS
1. L’ÎLE DE MOORÉA (carte 2)
Les structures coralliennes de l'île de Mooréa
ont été décrites par Galzin & Pointier, 1985.
Les stations de prélèvement ont pour la plupart
été effectuées sur les radiales étudiées et décrites
dans ce travail, nous y ferons constamment
référence.
Le lagon de Mooréa est annulaire, sa largeur
varie de 500 à 1 500 m, il communique avec la
mer par douze passes caractérisées par un cou¬
rant sortant. Sa profondeur au Nord ne dépasse
guère 3 m, sauf au niveau des chenaux et des
passes navigables où elle peut atteindre 10 à
20 m. A l’Est devant Afareaitu le lagon est plus
profond (35 m) et nous avons exploré un pinacle
corallien de 35 à 3 m. Au Nord la pente externe
est assez rapide et s'enfonce régulièrement. Le
sommet du récif barrière est formé d’une crête
algale large, couverte de Macrophytes (Sargasse).
La marée est faible et ne dépasse pas 50 cm de
marnage, elle est en grande partie masquée par
des variations de hauteur de l'eau dans le lagon,
induites par la pression barométrique, le régime
des vents et l’importance de la houle. La tempé¬
rature varie de 24° à 27°C en hiver à 29° à 31° en
été. La salinité est de l’ordre de 35-36 g/l, sauf au
voisinage immédiat de la terre et des arrivées
d’eau douce.
La plupart des récoltes ont été effectuées au
voisinage des radiales de Tiahura et de Vaipahu
(Galzin & Pointier, 1985, p. 83, fig. 5).
Sur la radiale de Tiahura, de la côte vers le
large, nous avons récolté à la limite externe du
récif frangeant (fig. 5, zone 4, « Coral head »),
station 15. Cette zone est surtout caractérisée par
de grands Acropora. Les Ascidies se rencontrent
sur les branches d' Acropora vivants pour les
Didemnidae à Algues symbiotes, entre les bran¬
ches des diverses espèces de Coraux en massifs et
sous les Coraux morts tombés sur le fond. La
diversité spécifique est faible.
Les zones situées entre cette bordure du récif
frangeant et la plage (zones 1, 2 et 3) sont
pauvres en Ascidies à cause de la faible profon¬
deur (50 cm) et de l'influence des eaux de
ruissellement.
Le chenal de vidange du lagon (zone 5,
«Channel coral slope», station 14, est caracté¬
risée par un très fort courant et des Madrépores
massifs. On y trouve des Ascidies entre les
branches de ces Coraux. Ce sont surtout des
Ascidies simples, Ascidiidae et Pyuridae.
La partie interne du récif barrière (zone 8.
« Reef fiat with scattered corals »), station 2, est
caractérisée par des pâtés coralliens s'élevant
presque jusqu’à la surface, disposés soit sur un
fond détritique soit sur une dalle corallienne.
Dans cette zone on trouve une importante
diversité d’Ascidies sur les Acropora et Pocillopo-
ra pour les espèces à Algues symbiotes et entre
les branches des Coraux sous la collerette d’AI-
gues filamenteuses qui en général obturent les
interstices entre les branches verticales des Co¬
raux. Plus loin vers le récif barrière (zone 9, 10,
« Scattered detritic zone » et « coral head area »),
station 3, la diversité des Ascidies diminue et l'on
ne trouve guère que des Ascidia archaia et des
Pyura momus sous les Coraux morts et quelques
Aplousobranches.
La partie externe du récif (zone 15, « Outer
slope spurs and grooves »), station 16. est pau¬
vre. Les Ascidies sont très clairsemées et ne se
rencontrent que dans les fissures, les microcavités
et entre les branches des Porites.
Au voisinage de cette radiale nous avons fait
des récoltes à l’Ouest du motu d’Irioa, station 13,
là où la bande sableuse (zone 7, « Coral sand
area ») est très développée. La faune ascidiologi-
que est identique à celle des stations 2 et 3.
La passe de Taotai station 20, est caractérisée
par un fort courant sortant ; le fond vers 18 m est
sédimentaire, parsemé de blocs de Coraux morts.
Sous ces Coraux on trouve de petites Ascidia
archaia , des Corella minuta et quelques Didemni¬
dae. Le flanc Est de la passe est très pauvre en
Ascidies.
La station 1 sur des pâtés coralliens, dans le
lagon près de Papetoai, ressemble à la station 2.
La station 4, à l'extérieur devant Papetoai,
possède une faune identique à celle observée en
station 16.
L’ensemble des stations situées entre la baie de
Papetoai ou d’Opunohu et celle de Cook corres¬
pond à la radiale de Vaipahu (Galzin & Poin¬
tier, 1985, p. 87, fig. 8). En effet nous n’avons
pas noté de différences entre les parties Est et
Ouest de ce secteur.
Le récif frangeant est constitué de blocs épars.
Source : MNHN, Paris
10
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Carte 2. — Emplacement des stations de l'île de Mooréa
côte Nord.
Il est fortement soumis à la dessalure provoquée
par le ruissellement, et est très pauvre en Asci¬
dies. Le chenal n’est pas représenté par un canal
net balayé par le courant comme sur la radiale de
Tiahura, c’est simplement une zone un peu plus
profonde (3 à 4 m) qui a été débarrassée de ses
; en haut, sur les côtes Est et Sud Ouest ; en bas sur la
pâtés coralliens pour faciliter la navigation. Les
stations 5 et 10 ou 19 situées de part et d’autre
sont équivalentes, avec une faune riche et variée
d’espèces vivant cachées entre les branches des
coraux.
Sur la crête algale, station 9 et 18, nous avons
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
11
prélevé une faune très variée d'Ascidies. Certai¬
nes espèces n’ont été trouvées que là ; aucune
espèce n’est visible en surface à part quelques
Didemnidae à Algues symbiotes et des Pyura
sacciformis dans des anfractuosités. Par contre,
de nombreuses Ascidies vivent au centre des
blocs d’Algues calcifiées. Ces blocs en grande
partie dissous sont perforés de petites galeries. A
chaque vague un courant violent les parcourt,
c’est en brisant systématiquement quelques-uns
de ces blocs que les récoltes ont été effectuées.
A l’extérieur du récif barrière nous avons
effectué des récoltes par 2 à 4 m de fond dans la
zone où les lames déferlent par mauvais temps,
stations 8 et 17. Dans cette zone il y a très peu de
coraux vivants, généralement des Porites à bran¬
ches courtes. La dalle corallienne est recouverte
d’un feutrage de petites Macrophytes. De très
petites colonies de Didemnidae vertes vivent en
surface. Par contre une faune variée et abondan¬
te d’Ascidies se rencontre entre les branches des
rares Coraux et dans les microcavités de dissolu¬
tion qui parsèment cette zone correspondant à la
partie supérieure de la plateforme rainurée.
C’est, de toutes les stations de Polynésie que
nous avons étudiées, celle qui possède la biomas¬
se d'Ascidies la plus forte. La diversité spécifique
est importante. Malheureusement les récoltes ont
été insuffisantes dans cette zone qui n’est accessi¬
ble que dans des conditions météorologiques
exceptionnelles et où le travail est rendu très
difficile par le déferlement de la houle.
Les stations 11 et 12 correspondent à une
plongée à l’extérieur, à ce niveau à 4 m et 20 m.
La station 11 ressemble beaucoup à la précédente
et correspond aux flancs des sillons de la plate¬
forme rainurée. Les Ascidies se rencontrent
surtout dans les cavités de dissolution. Plus
profondément vers 20 m, la faune s'appauvrit
comme aux stations 16 et 4.
La station 7 est décrite par Galzin & Poin-
tier, 1985, p. 91, fig. 10 et 11. C’est le seul
endroit à Mooréa où le lagon n'existe pas. Les
récoltes ont été effectuées dans une sorte de mare
à fond rocheux où la profondeur de l’eau ne
dépasse pas quelques décimètres. Les Ascidies
vivent en général sous les blocs.
La station 6 est située à l’angle Nord-Est de
l'île de Mooréa là où le récif barrière s'éloigne de
la côte. Cette zone est caractérisée par un très
fort courant entrant venant du large. Les récoltes
ont été effectuées dans des pâtés coralliens hauts
de 1 à 3 m dont le centre est composé de Coraux
morts laissant subsister entre eux de vastes
cavités. Les Ascidies avec beaucoup de Diploso-
ma similis se rencontrent surtout dans la partie
superficielle de ces blocs. Au centre la faune se
raréfie.
La station 22 est située sur un pinacle corallien
qui s'élève sur un fond de 35 m et qui culmine à
5 m. Dans la partie profonde on trouve de
grands empilements de Pachyseris sous lesquels
on trouve quelques Didemnidae. Le sommet,
bien que situé à 5 m, présente une faune analo¬
gue à celle trouvée par quelques décimètres d’eau
dans le lagon.
La station 21, devant le point kilométrique 16,
a été effectuée sur la bordure externe du récif
frangeant dans une situation analogue à celle
décrite par Galzin & Pointier, 1985, p. 80, fig.
2, Lagon de Paevaeva. Cette zone directement
exposée aux alizés est beaucoup plus turbide. Les
Ascidies y sont rares.
Une récolte a été faite sur une bouée près de
l’appontement de Vaiare. Une seule espèce y est
présente : Symplegma oceania qui n'est d’ailleurs
pas connue d’une autre station à Mooréa. Il
s’agit sans doute d’une importation temporaire.
2. L'ÎLE DE TAHITI (carte 1 et 3)
Nous n’avons récolté à Tahiti que dans le
lagon de Vairao (carte 3) et dans le port de
Papeete. La description du port et de sa faune
ascidiologique est publiée (Monniot, Monniot
& Laboute, 1985).
Le lagon de Vairao est un lagon profond, 20 à
40 m, orienté à l’Ouest et protégé des vents
dominants par les hauteurs de la presqu’île de
Taravao. Le lagon est isolé de l’Océan par une
crête algale émergée et un vaste platier formé de
pâtés coralliens de plusieurs mètres de hauteur
dispersés sur un fond sèdimentaire. Ce platier
ressemble beaucoup à celui de la partie Nord de
Mooréa. La largeur de ce platier varie de 500 à
1 000 m, sauf à deux endroits où il est nettement
plus étroit devant la fausse-passe et la zone
d’essais de nacres. Nous avons effectué les
prélèvements les plus au large à deux stations :
au Nord de la passe de Tapuaera dans le récif
Teruomao, station 7, et au Sud, station 10, sans
pouvoir approcher du récif barrière.
Dans le lagon lui-même les récoltes superficiel-
Source : MNHN, Paris
12
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Carte 3 . Emplacement des stations dans le lagon de Vairao, île de Tahiti, côte Sud.
les ont été faites en station 9 sur le bord du récif
Toapai, entre des Coraux vivants et morts, à des
profondeurs de 50 cm à I m. Les autres plongées
dans le lagon ont été effectuées soit sur le rebord
de la dalle rocheuse entaillée, soit sur le flanc de
pinacles coralliens.
La station 2 est constituée par une pente
sédimentaire de 5 à 18 m de profondeur quelques
Ascidies ont été trouvées sous des débris coral¬
liens épars sur la pente.
A la station 3 sur le récif Toafene, au centre du
lagon de 10 à 20 m, la turbidité est importante et
tous les coraux sont recouverts d'une couche de
sédiment. Ce sont pour la plupart des Coraux
foliacés comme les Pachyseris. On trouve les
Ascidies sous ces Coraux et dans les microca¬
vités. Certaines espèces de Didemnidae sont
visibles sur les faces verticales mortes du récif.
La station 4 a permis des récoltes au pied
d'une falaise de 3 à 18 m de profondeur avec des
empilements de Coraux foliacés. Cette station est
située à l'endroit où le récif barrière est le plus
étroit et où l'influence du courant entrant à
travers le récif est nette. Des amorces de tunnels
s’y rencontrent. Les Ascidies se trouvent sous les
Coraux et vers 10 m sur les parois verticales ou
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
13
surplombantes. Le platier, vers 2 m de profon¬
deur, avec beaucoup d 'Acropora retournés,
possède une faune abondante. Au fond, sur le
sédiment, on rencontre des Ascidia archaia sous
les pierres.
La station 6, de 3 à 10 m, entre 2 parties du
récif Manunutau, est caractérisée par un fond
sédimentaire vers 10 m avec de grands blocs et
des plaques de Corail sous lesquelles on trouve
de nombreuses Ascidies. La pente est caractérisée
par des Coraux foliacés. Vers 3 m on trouve des
Didemnidae à Algues symbiotes.
La station 11 de 10 à 20 m sur le flanc Nord
du récif Taopai est située dans une zone relative¬
ment turbide avec du sédiment déposé sur les
Coraux. Au fond le sédiment est très envasé et à
ce niveau les Ascidies sont rares. Sur la pente
nous avons trouvé des Ascidies sous les lames
des Coraux foliacées, et, entre 15 et 18 m,
plusieurs colonies de Lissoclinum patelin. Nous
n'avons pas trouvé cette espèce à plus faible
profondeur dans cette station.
La station 5 se place dans la passe de Tapuaer-
ha. Nous avons récolté sur une falaise de 10 à
20 m avec de nombreux Alcyonaires et quelques
Didemnidae sous les surplombs. De 20 à 35 m de
profondeur, le fond est parsemé de gros blocs et
de coraux foliacés ( Pachyseris ). On trouve à ce
niveau de nombreuses Didemnidae sous les
blocs.
La station 12 est elle aussi située dans la passe,
mais plus en retrait dans le lagon. On trouve à ce
niveau une pente sablonneuse avec des pâtés
coralliens en partie recouverts de sédiments fins.
Les Ascidies sont assez abondantes et se trouvent
sous les blocs.
La station I. de 0 à 20 m. suit la pente depuis
le récif frangeant très étroit à ce niveau jusqu'au
fond du lagon. La turbidité est importante ainsi
que les apports terrigènes. Les Didemnidae sont
assez abondantes et variées sous les blocs et sur
les surfaces verticales à partir de 10 m.
Les prélèvements de la station 8 ont été
effectués sur les piliers du petit port du Centre
Océanologique du Pacifique, de 0 à 3 m dans une
zone située à l'ombre du quai. De nombreuses
Ascidies simples et quelques Didemnidae vivent
dans ce milieu et certaines espèces n'ont été
rencontrées que là.
Nous avons également prélevé des Ascidies
dans des bassins à crevettes du Centre Océanolo¬
gique du Pacifique. Ces bassins creusés dans la
terre sont alimentés en eau de mer filtrée par un
système de pompes. Des Ascidies ont réussi à
envahir deux bassins, trois espèces ont été trou¬
vées en grande abondance Diplosoma listerianum.
Polyclinum constellatum et Symplegma oceania.
Les populations s'établissent en 2 à 3 mois
seulement. Elles doivent supporter un ensoleille¬
ment important, une température élevée. Leur
développement spectaculaire est à mettre en
relation avec l'abondance des éléments nutritifs
présents dans l'eau puisque ce sont des bassins
d’élevage où les apports de nourriture en gra¬
nulés sont journaliers.
3. L'ATOLL DE TIKEHAU
L'atoll de Tikehau (carte 4) est situé au Nord-
Ouest de l'archipel des Tuamotou, il est ouvert
par une passe au Nord-Ouest de l'île. Cet atoll a
été très fortement endommagé par un cyclone en
1983. Un volume lui a été consacré, publié par
l’ORSTOM en 1984 (notes et documents n° 22,
rubrique océanographie). Il est également décrit
par M. Harmelin-Vivien dans le volume du 5 e
Congrès International sur les Récifs Coralliens,
1985.
L'atoll de Tikehau forme un anneau disconti¬
nu de « motu » séparés par des chenaux ou
« hoa », ou des zones de platier qui permettent
les échanges d’eau entre le lagon interne et la mer
ouverte. Le lagon d'une profondeur moyenne de
30 m forme une cuvette à fond sableux avec
quelques îlots et très peu de pâtés coralliens
centraux, par contre les pâtés coralliens de petite
taille sont nombreux surtout dans la partie Sud-
Ouest. Les eaux du lagon, sauf à proximité des
hoa sont très peu claires depuis le cyclone de
1983, beaucoup d'éléments sédimentaires fins
restent en suspension où sont repris chaque fois
que les conditions météorologiques provoquent
une agitation de l'eau. La salinité du lagon est
équivalente à celle de l'océan 35 à 36 %o en fin de
saison sèche, mais diminue nettement en saison
de pluies. La température varie entre 28 et 31°.
Nous avons procédé à des récoltes le long du
demi-cercle Ouest de l'atoll, aussi bien à l'exté¬
rieur qu'à l'intérieur, en choisissant des milieux
les plus divers possibles et une radiale (radiale
Mamaa) suivie par d'autres équipes scientifiques.
La côte Est n'a pas fait l'objet de prélèvements
parce que trop éloignée et trop battue à l'époque
de notre séjour.
Source : MNHN, Paris
14
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Carte 4. Emplacement des stations sur l'atoll de Tikehau, côté Ouest et Sud Ouest.
La pente externe est très raide immédiatement
après la zone des sillons. Une grande partie des
Coraux a été détruite par le cylone de 1983 et les
débris cassés ont formé une sorte d'avalanche sur
la partie externe détruisant une grande partie de
la faune. La partie ayant le moins souffert dans
la zone étudiée est la plus au Nord, stations 16 et
17. D’un point de vue faunistique, toutes les
zones de la pente externe de 20 à 40 m ont une
faune d'Ascidies équivalente, jamais directement
visible. On la trouve sous les blocs de Coraux
morts (stations 16, 19, 2, 13). Certaines espèces
n’ont été trouvées que sur cette pente externe de
Tikehau comme Aplidium uouo. La densité des
Ascidies est très faible dans cette zone.
La plateforme rainurée située de 0 à 10 m n’a
été que très peu échantillonnée (station 17). Elle
ne comprend que des Ascidies coloniales dont
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
15
certaines font partie de la faune d'autres stations
de l'atoll, mais aussi deux espèces particulières à
cette zone et qui ont des Algues symbiotes :
Trididemnum cyclops et Trididemnum strigosum.
Dans tous les cas les spécimens sont particulière¬
ment petits. La faune de la passe ne diffère pas
de celle de la pente externe (station 19).
Le platier externe est très peu profond et très
pauvre (stations 5, 7, 11). On y trouve quelques
espèces tolérant le sédiment comme Polyclinum
sundaicum, Aplidium depressum. Le Corail n’y est
pas assez développé pour fournir un abri aux
Ascidies. La situation est différente au niveau des
hoa (stations 12. 5. 15, 18. 6. 10) : à ces niveaux,
l'eau est plus profonde jusqu'à 2 m, et des pâtés
coralliens sont développés. Les Ascidies profitent
alors à la fois d'un courant permanent et d'abris
divers. On trouve là une faune assez diversifiée
qui ne correspond pas du tout à celle de la pente
externe, mais ressemble à celle des pâtés coral¬
liens du bord interne du lagon.
Les pâtés peu profonds du lagon, surtout ceux
placés à la sortie d'un hoa, sont les endroits les
plus riches en Ascidies de Tikehau. Ils abritent
entre les branches de Corail, ou sous les éléments
morts, des animaux très variés qui sont à l'abri
de la houle, de l'érosion par les sédiments, des
prédateurs, et de l'éclairement direct tout en
profitant des courants d'eau provenant des hoa.
Par contre, il n'est pas possible de découvrir les
Ascidies sans casser les parties coralliaires et leur
biomasse reste très faible.
Un pinacle dénommé localement Karena 22
(stations 8, 14) et un pâté profond (station 3) ont
fait l'objet de prélèvements. La faune est appau¬
vrie par rapport aux pâtés coralliens du lagon.
Les Coraux sont recouverts d'une couche sédi-
mentaire continue (sauf sur les parois verticales
et le surplomb) qui empêche le développement
d'animaux filtreurs.
TECHNIQUES EMPLOYÉES
Récoltes
Les récoltes ont été faites en plongée, beau¬
coup d’échantillons ont été prélevés avec leur
support à l’aide d'un marteau et d’un burin. Les
animaux les plus fragiles ont été placés en sachets
de matière plastique sous l'eau et transportés
ainsi jusqu’au bateau ou au laboratoire.
Préparation des échantillons sur place
Les Ascidies ont été placées pendant 1 à 2
heures dans l’eau de mer additionnée de menthol
de façon à être juste recouverts. La fixation a été
assurée en ajoutant 1/10 du volume de formol à
40° tamponné au borax. Le stockage des ani¬
maux, après 24 heures de fixation, a été fait sans
renouveler le fixateur dans des sachets de polyé¬
thylène.
Les couleurs des animaux vivants ont été
notées au moment de la récolte.
Préparations microscopiques
Les animaux sont rincés à l'eau et disséqués,
les organes sont colorés par une solution d'héma-
lun. rincés à l’eau, déshydratés par l’éthanol et le
butanol pour être montés dans une résine (Dur-
cupan).
Dans quelques cas du vert de méthyle a été
utilisé, ou du picroindigo-carmin. Les spiculés
des Didemnidae ont été débarrassés de la tunique
de la façon suivante : un morceau de colonie de
1 cm 2 a été prélevé toutes les fois ou cela était
possible, en prenant soin d'avoir à la fois toute
l'épaisseur de celle-ci et un morceau du bord.
L'échantillon est porté à ébullition dans une
solution d’hypochlorite de soude. Après dissocia¬
tion totale, les spiculés sont abondamment rincés
à l'eau et à l’éthanol. Un sous-échantillon est
prélevé à la pipette (sans choix) et déposé sur le
porte objet du microscope électronique à balaya¬
ge (Cambridge 600).
Les types des espèces nouvelles sont déposés
au Muséum national d’Histoire naturelle de
Paris ; les numéros des échantillons sont indiqués
dans les descriptions spécifiques. Une collection
de référence est confiée au Centre de l'environne¬
ment de Mooréa. antenne Muséum EPHE, le
reste des récoltes est intégré dans les collections
du Muséum national d'Histoire naturelle.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ORDRE DES APLOUSOBRANCHIATA
FAMILLE DES DIDEMNIDAE
Trididemnum banneri Eldredge, 1967
(Fig. 1 — PI. I, A. B)
Trididemnum hanneri Eldredge. 1967: 177. fig. 2.
Stations : Mooréa 7-8-9-13-15-17. Tahiti 6-11. —
Tikehau 1-3- 6-7-8-9-10-11-13-14-15-18.
Cette espèce a un aspect variable selon les
colonies, même pour une même station. Elle se
présente en couches minces, gélatineuses adhé¬
rant très fortement au substrat, de couleur gris-
clair à noir. La couleur dépend à la fois de
l'abondance des spiculés, qui peut être très
variable, et de la densité des pigments. La surface
des colonies peut atteindre plusieurs cm 2 ; elle
apparaît veloutée : la couche superficielle de la
colonie ne contient jamais de spiculés.
Les spiculés sont de taille variée, de diamètre
moyen variant de 60 à 80 izm (pl. 1, A, B). Ils
sont surtout présents dans la couche de tunique
qui contient les thorax.
Les zoides mesurent 1 mm, les thorax sont
pigmentés de noir, les abdomens étant plus
clairs. Le thorax est plus large que haut, le
siphon buccal est court (fig. 1. A). Le siphon
cloacal forme un tube de large diamètre à bord
dentelé. La branchie comporte de nombreux
stigmates, de 10 à 14 par rang. L'organe thoraci¬
que latéral est circulaire, placé à la base du 3 e
rang de stigmates (fig. I, A, C).
L’appendice fixateur a une longueur variable,
court (fig. I, C) ou parfois très long, dépassant
l'abdomen (fig. I. A). Eldredge décrit un appen¬
dice fixateur long ; dans la colonie-type réexa¬
minée il est très court. De toutes façons il est
inséré sur le pédoncule œsophago-rectal qui est
assez court et large.
L'abdomen est un peu plus grand que le
thorax (fig. I. B). La boucle digestive est large¬
ment ouverte avec un estomac volumineux
sphérique, un post-estomac, un intestin moyen et
un intestin postérieur bien individualisés (fig. I,
A et B). Le testicule ne comprend qu'une vésicule
un peu aplatie entourée de 6 à 8 tours de spire du
spermiducte, le 1 er tour étant peu serré. L’ovaire
se situe entre le testicule et l'estomac.
Les larves mesurent 650 à 700 um pour le
tronc (fig. 1. D). La queue décrit les 3/4 du tronc.
Il y a toujours 3 papilles adhésives : par contre le
nombre de vésicules épidermiques autour des
papilles adhésives est variable, y compris dans
une même colonie. Le nombre de ces papilles a
été compté sur la face gauche et la face droite de
la larve dans une série de colonies jointives d'une
même station ; les résultats sont exprimés dans le
tableau ci-dessous, le cas le plus commun restant
3 papilles épidermiques de chaque côté,
nombre de têtards observés 20 9 3 2
nombre de papilles à gauche 3 3 2 4
nombre de papilles à droite 3 4 3 4
On remarque que dans le cas d'une dissymétrie
le nombre de papilles est toujours plus grand à
droite qu'à gauche.
Cette espèce correspond bien au type conservé
au Bishop Muséum d'Honolulu que nous avons
revu, mais la colonie type n'a pas de larves. Tous
les caractères correspondent bien à la description
de Eldredge.
En Polynésie française Trididemnum banneri
est très commun, surtout à faible profondeur (2 à
5 m). Il est abondant surtout dans les zones à
courant permanent. L'espèce craint peu la lumiè¬
re. Elle peut être très facilement confondue en
plongée avec une Éponge encroûtante noire qui
vit dans les mêmes milieux.
L'espèce n'était connue que des îles Kure et
Palmyre dans le Pacifique central.
Source : MNHN, Paris
18
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 1. — Trididemnum banneri Eldredge : A, zoidc enlicr ; B. abdomen ; C, thorax d’un bourgeon ; D,
larve. - Echelles : 0,25 mm : A, B et D. 0,25 mm : C.
Trididemnum clinides Kott, 1977
(Fig. 2, A, B)
Trididvntmtm clinides Kott. 1977: 617 et synonymie;
Korr. 1982 : 109.
Stations : Mooréa 6-15.
Les colonies très petites (5 mm au maximum)
ont été récoltés immédiatement sous la surface de
l'eau dans des courants assez forts. Il y a un
cloaque commun central avec un seul système de
zoides, circulaire. Les Algues symbiotes sont
nombreuses et donnent une coloration vert vif.
Les spiculés ne sont pas très denses, irrégulière¬
ment disposés (voir Kott. 1980, pl. 3, fîg. I a et
b). Lu description des colonies correspond exac¬
tement aux descriptions de Korr.
Les zoides sont très petits, mesurant au plus
0,7 mm (fig. 2, A). Ils ont 6 lobes buccaux longs
et pointus et un siphon cloacal formant une
grande collerette. Le thorax est plus court que
large. L'organe thoracique latéral est situé au
niveau du 2 e sinus transverse ou du 3 e rang de
stigmates, près du siphon cloacal (fig. 2, A, B).
L'appendice fixateur est très court, inséré sous la
base du thorax, près de l'endostyle (fig. 2, B). Le
pédoncule œsophago-rectal est court. Le tube
digestif forme une boucle large dans laquelle se
situe la vésicule testiculaire entourée de 5 tours
de spermiducte (fig. 2. A). Nous n'avons pas
trouvé de larves en juin.
L'espèce très discrète n’a été récoltée qu'en 2
stations du récif frangeant mais elle existe certai¬
nement en bien d'autres points du littoral po¬
lynésien.
Nous avons comparé les échantillons de Po¬
lynésie avec ceux qui nous ont été confiés par R.
Lewin récoltés aux îles Cook en juin-juillet 1974.
Bien que ses colonies soient immatures il s'agit
très certainement de la même espèce.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
19
Fig. 2. Trididemnum clinides Koll : A. zoide entier ; B. thorax en extension.
Trididemnum cyclops Michaelscn : C. thorax : D et E. faces droite et gauche d'un abdomen ; F. abdomen vu
par la face antérieure ; G. abdomen en phase femelle ; H, larve à trois paires de vésicules épidermiques ; I. larve
à deux paires. Echelles : 0.25 mm A et B. 0,5 mm : C à I.
Source : MNHN, Paris
20
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Nos échantillons correspondent au T. clinides
n° 6H 539 du Queensland Muséum, et nous
remercions P. Korr de nous l’avoir envoyé.
Trididemnum clinides était connu de la grande
Barrière Australienne, des Philippines, des Fidji
et d’Eniwetok. Sa présence en Polynésie étend
son aire de répartition au Pacifique Central.
Trididemnum cyclops Michaelsen, 1921
(Fig. 2, C-I — PI. IV, G)
Trididemnum cyclops Michaelsen. 1921 : 19.
Synonymie : 'Korr, 1980 : 10 et 1982 : 111, fig.
19, b-c.
Stations : Mooréa 1-2-4-8-9-10-12-17-18. — Tike-
hau 16-17.
Cette espèce est discrète en Polynésie française.
Elle est pourtant présente du récif frangeant au
récif barrière, d’une profondeur faible jusqu'à
une trentaine de mètres sur la pente externe. Les
colonies (pl. IV, G) sont circulaires ou ovales,
irrégulières, mais toujours de très petite taille
puisqu'elles ne dépassent pas I cm. La structure
des zoides (fig. 2, C-D-E-F) est variable en ce qui
concerne la taille, la longueur du pédoncule
œsophago-rectal et l'appendice fixateur. Les lar¬
ves de 720 iim (fig. 2. I) ont 2 papilles adhésives
et 2 paires de vésicules épidermiques. Dans l'une
des colonies nous avons trouvé une larve ayant 2
papilles adhésives. mais 3 vésicules épidermiques
d'un côté et 4 de l'autre (fig. 2, H). Les zoides
n’avaient pas de caractères particuliers.
Les caractères les plus constants sont : le lobe
buccal dorsal inséré plus bas que les autres, plus
court et renflé (le siphon buccal présente donc
une indentation nette dorsale) (fig. 2, C) : la
place des organes thoraciques latéraux au-dessus
du 3 e rang de stigmates, sous l'ouverture cloaca-
le ; l'ouverture cloacale en fente horizontale ;
l'appendice fixateur soudé au pédoncule œsopha¬
go-rectal sur une grande partie de sa longueur.
Le nombre de tours du spermiducte est très
variable, de 5 chez les individus de certaines
colonies, et jusqu'à 11 pour les zoides des plus
grandes colonies (fig. 2. D. F, G).
Les spiculés correspondent à ceux figurés par
Kott. 1980, pl. 4. fig. 1. a et b.
La grande variabilité de l'espèce en Polynésie
nous conduit à placer les spécimens observés
dans l’espèce de Trididemnum cyclops malgré les
différences signalées avec les descriptions anté¬
rieures, en particulier le lobe buccal dorsal plus
court et l’emplacement des organes thoraciques
latéraux.
L’espèce est présente dans l’océan Indien (Ma¬
dagascar), aux Philippines, dans le Pacifique
Ouest et Central ; sa répartition est donc très
étendue.
Trididemnum fetia n. sp.
(Fig. 3)
Stations : Mooréa 18-22. Tahiti 1. - Tikehau
1-4-18.
Type : A2-TRI-50 de Tikehau, st. 1.
Les colonies les plus grandes atteignent 2 cm
dans leur plus grande dimension. Elles sont
encroûtantes de forme irrégulière sur le Corail.
Elles sont transparentes incolores. La tunique est
molle mais résistante, vitreuse. Les spiculés sont
rares, localisés en amas autour des orifices
buccaux, ce qui donne un aspect ponctué aux
colonies et quelques spiculés sont dispersés dans
la tunique ; l'aspect suggère un ciel étoilé d'où le
nom d'espèce, fetia = étoile. L'épaisseur maxi¬
male est de 1 mm. Il y a de 1 à 3 cloaques
communs, formant de simples trous larges dans
la couche supérieure de la tunique. Les canaux
cloacaux sont vastes.
Les zoides sont disposés en 1 couche, très
régulièrement, sans que l’on puisse distinguer de
systèmes. Ils sont très petits, 0,75 mm. l'abdomen
est le plus souvent replié à angle droit sous le
thorax. Les siphons buccaux sont courts avec 6
lobes pointus évasés (fig. 3, A, B). Un point noir
marque le haut de l'endostyle, mais disparaît
souvent après conservation. Le thorax est al¬
longé. Il existe un espace égal à la hauteur d'un
stigmate entre le bourrelet péricoronal et la
branchie et un espace imperforé également sous
le 3 e rang de stigmates (fig. 3, A, B). Il y a 8
stigmates de chaque côté pour les 2 premiers
rangs. Le siphon cloacal tubulaire s'ouvre en face
du 2* rang de stigmates. Un organe thoracique
latéral circulaire difficile à distinguer se situe au
niveau du 3 e rang de stigmates (fig. 3, A. B). Un
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
Fig. 3. Trididemnum felia n. sp. : A. zoide entier immature à thorax en extension : B. thorax contracté ; C.
abdomen adulte à spcrmiductc à enroulement dextre : D. spiculés ; E. larve. - Echelles : 0.3 mm : A à C. 0.25 mm
E. 50 jim : D.
appendice fixateur court s'insère sous le thorax à
l'entrée de l'œsophage (fig. 3, A. B).
Le pédoncule œsophago-rectal est court en
général. L'abdomen est petit (fig. 3. A, C).
L'estomac est court et large, l'intestin ne montre
pas de différenciations nettes mais une courbure
en face de l'estomac. Une glande pylorique
formée de 6 gros tubules entoure l'intestin posté¬
rieur. un peu au-dessus du niveau de l'estomac
(fig. 3. C). L'anus bilabié s'ouvre au niveau du 2 e
sinus interstigmatique. Le testicule unique est
conique entouré, en moyenne, de 7 tours de
spermiducte (fig. 3. C). enroulé soit dans le sens
contraire des aiguilles d'une montre, soit moins
fréquemment, en sens dextre (fig. 3. C).
L'ovaire est situé entre le testicule et l'estomac
(fig. 3. C).
Les larves incubées dans la couche basale de la
tunique sont de petite taille : 350 um pour le
tronc. Elles n'ont aucun caractère bien parti¬
culier (fig. 3. E).Elles ont 3 papilles adhèsives
jointives et 4 paires de vésicules épidermiques.
Ocelle et otolithe sont présents.
Les spiculés sont de deux types (fig. 3. D).
Ceux qui atteignent la plus grande taille mesu¬
rent 50 ;j.m en moyenne et sont formés de rayons
irréguliers en forme de baguettes cylindriques.
D'autres un peu plus petits ont un centre plus
dense d'où partent des rayons irréguliers,
coniques, à base hexagonale. De nombreuses
formes intermédiaires existent également.
Trouvée à Tahiti. Mooréa et Tikehau, il s’agit
donc d'une espèce bien répartie dans le lagon
mais discrète à la fois par sa transparence, sa
taille réduite et son habitat hypolithe.
Source : MNHN, Paris
22
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Trididemnum strigosum Kott, 1980
(Fig. 4, A, B, C, D)
Trididemnum strigosum Koll. 1980 : 8. fig. 9-10, pl. 3. 3:
Kott. 1981 : 188.
Station : Mooréa 2-10-19. — Tikehau 17.
Les colonies correspondent à la description
qu'en donne Kott ; elles sont fines, de contours
irréguliers, très difficiles à détacher du Corail
qu'elles encroûtent. La couleur est vert pâle due
à la présence d'Algues symbiotes. Les spiculés
sont très denses mais laissent voir en surface les
orifices buccaux qui sont assez espacés et irrégu¬
lièrement disposés.
Les zoides sont extrêmement petits, 0,5 mm
(fig. 4. A, B, C, D). Le siphon buccal est court
avec 6 lobes aigus. Le siphon cloacal est formé
d’une large échancrure. Les organes thoraciques
latéraux situés au niveau du 2 e rang de stigmates
sont très saillants, pédonculés (fig.4, A, B).
L'appendice fixateur est si court qu'on peut à
peine le distinguer sur les zoides contractés, à la
base du thorax (fig. 4, A). La boucle digestive est
plane, l’estomac peu volumineux (fig. 4, D). Le
testicule est sphérique très saillant, d'un diamètre
égal à celui de l’abdomen (fig.4, C). Il est entouré
de 8 tours de spire du spermiducte au moins,
souvent 10. Nous n’avons trouvé ni ovaire, ni
larves. Il nous a semblé que la branchie ne
comptait pas plus de 5 stigmates par demi-rang
(au lieu de 7 d'après Kott). Le nombre de tours
du spermiducte est beaucoup plus élevé dans nos
échantillons. Enfin les spiculés, bien que de
même forme, ont un nombre de rayons un peu
plus élevé et sont plus petits que ceux figurés par
Kott, 1980 : pl. 3, 3.
En l'absence de larves il est difficile d’avoir
une certitude quant à l’espèce, mais nous l’attri¬
buons à T. strigosum en raison de la taille et de
l’apparence des colonies, de la forme de l’organe
thoracique latéral et de la longueur de l’appendi¬
ce fixateur. A Mooréa, cette espèce n’a pas été
trouvée sur les Algues mais sur du Corail à faible
profondeur (2 m) dans le lagon en présence de
courant. A Tikehau l’espèce a été récoltée sur la
pente externe du récif barrière.
L’espèce n’était connue que des Philippines et
des Fidji.
Trididemnum tomarahi n. sp.
(Fig. 4, E, G — Pl. I, C)
Stations : Mooréa 2-5-6-9-10-11-13-19-22. — Tahi¬
ti 2-3-4-5-6-7. — Tikehau 3-4-6-7-8-9-10-13-16-18-
19.
Syntypes : A2-TRI-54 de Tikehau. st. 18.
Les colonies sont blanches, minces,
encroûtantes et cassantes, elles mesurent plu¬
sieurs centimètres d'envergure. Les orifices cloa-
caux sont bien visibles formant de larges bouton¬
nières irrégulièrement disposées à la surface des
colonies. Les bords de la colonie sont irrégulière¬
ment lobés. Les orifices buccaux des zoides sont
bien visibles en surface et donnent un aspect
ponctué d’où le nom d’espèce, toma = point ;
rahi = grand. La couleur blanche est due aux
spiculés, elle peut devenir blanc sale quand les
spiculés sont moins denses et quand les zoides
ont une pigmentation foncée. La colonie se divise
facilement en deux couches dues à la présence de
canaux cloacaux étendus au niveau de la base des
thorax.
Les zoides présentent souvent, mais pas de
façon régulière, un pigment noir localisé surtout
dans la partie supérieure du thorax, sous le
siphon buccal. Les zoides mesurent en moyenne
1,5 mm. Le siphon buccal est grand muni de 6
lobes triangulaires. Il ya généralement 8 tenta¬
cules coronaux de 2 ordres disposés sur 2 cercles.
Le siphon cloacal forme un tube court au niveau
du 3' rang de stigmates, son bord libre est
finement dentelé (fig. 4, E). Les organes thoraci¬
ques latéraux, en forme de boutons, sont situés
au niveau du 3 e rang de stigmates mais très près
du siphon cloacal (fig. 3, E). La branchie est
large ; on compte 10 à 12 stigmates allongés par
demi-rangée. L’appendice fixateur est assez
court, inséré sous l'endostyle (fig. 4, E). Le
pédoncule œsophago-rectal est assez court et
large.
L’abdomen, un peu plus petit que le thorax,
est situé dans son prolongement. Le tube digestif
est divisé en différents compartiments par des
constrictions constantes (fig. 4, E). L’estomac
sphérique a une coloration orange. Le testicule
unique est sphérique (fig. 4, F), entouré dans sa
partie la plus externe de 8 tours de spermiducte
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
23
enroulés dans le sens contraire des aiguilles d'une
montre. L’ovaire est situé normalement entre le
testicule et l'estomac.
Les larves mesurent en moyenne 800 jxm pour
le tronc. Elles possèdent ocelle et otolithe. Elle
sont arrondies et la queue décrit la moitié,
rarement les 3/4 du périmètre du tronc. Les 3
papilles adhésives sont fortes, les 4 paires de
vésicules épidermiques fines et longues.
Les spiculés (pl. I, C) sont de deux types, les
uns gros (en moyenne 60 [xm) à rayons réguliers
pointus avec une base hexagonale, d'autres plus
petits, en sphères formés de baguettes concentri¬
ques.
Cette espèce est extrêmement commune en
Polynésie française. On la rencontre dans tous les
milieux sciaphiles, des plus faibles profondeurs
jusqu'à 35 m au moins, aussi bien dans le lagon
que sur la pente externe du récif.
Fig. 4. Trididemmun strigosum Kott : A, thorax face gauche ; B. thorax face ventrale ; C. abdomen en pha-
* "'^TriMemnun^'iomarahi n. sp. : E, zoide entier ; F, abdomen en phase mâle ; G, larve. Echelles : 0.2 mm :
A à D. 0,5 mm : E à G.
Source : MNHN, Paris
24
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Trididemnum vahaereere n. sp.
(Fig. 5 — PI. I, D, et PI. IV, H)
Stations : Mooréa 4-22. — Tahiti 3-6-7-10. — Ti-
kehau 1-10-18.
Type : A2 TRI 55 de Mooréa, st. 22.
Les colonies forment des croûtes blanches,
relativement épaisses (jusqu'à 3 mm), très sem¬
blables à Trididemnum tomarahi n. sp. La surface
est lisse, mais apparaît ponctuée de points noirs
régulièrement espacés (pl. IV, H). Cette ponctua¬
tion est due au pigment noir des lobes buccaux
des zoides : valta = bouche ; ereere = noir. Les
colonies ont plusieurs centimètres de diamètre en
général. Dans la couche basale de la tunique on
trouve des inclusions constituées d'amas cellulai¬
res brun noir.
Les zoides sont disposés perpendiculairement
à la surface des colonies. On les extrait assez
facilement de la tunique qui est résistante, cas¬
sante. Les thorax sont situés dans la couche
supérieure de la tunique qui est séparée de la
couche inférieure par un système de canaux
cloacaux étendus. Les spiculés sont de grande
taille (pl. I. D), 65 um de diamètre en moyenne,
avec peu de rayons réguliers, coniques, à base
hexagonale. Ils sont d’un seul type. Ils ressem¬
blent beaucoup à ceux de T. tomarahi mais avec
des rayons un peu moins nombreux.
Les zoides ont des tailles diverses dans une
même colonie, mais mesurent en moyenne
1,5 mm de long. Le thorax est nettement plus
grand que l’abdomen (fig. 5, A, B). Le siphon
buccal, d’un grand diamètre, est muni de 6 lobes
pointus très densément marqués d’un pigment
noir. Ce pigment devient plus diffus sur le thorax
et dans l’abdomen. S’il est totalement absent sur
le corps, il existe toujours sur les lobes buccaux.
On compte une douzaine de tentacules coronaux
de 2 ordres. Le siphon cloacal est bas, muni d’un
sphincter musculaire, mais son bord est évasé et
large, sans lobes nets (fig. 5, A, B). Il y a 3 rangs
de stigmates allongés avec 9 à 10 stigmates au
premier rang, moins dans les suivants. Un grand
espace imperforé sépare le sillon péricoronal du
premier rang de stigmates. Les organes thoraci-
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
25
ques latéraux situés au niveau du 3 e rang de
stigmates sont arrondis, en cupule (fig. 5, A, B).
Le pédoncule œsophago-rectal est très long, au
moins aussi long que l'abdomen. L'appendice
fixateur s'insère à sa base seulement (fig. A, B), et
atteint la base de l’abdomen. L'abdomen est
situé dans le prolongement du thorax. L'estomac
est sphérique, l'intestin se courbe en une boucle
simple en présentant des renflements sans diffé¬
renciation nette en régions (fig. 5, C). Il existe un
testicule unique dans la boucle intestinale (fig. 5,
A), entouré d'un spermiducte en spirale de 7
tours en moyenne. L'ovaire est situé entre le
testicule et l'estomac.
Les larves sont incubées dans la couche basale
de la tunique. Elles sont de petite taille (600|j.m
en moyenne pour le tronc). Elles sont allongées
(fig. 5, D) avec trois papilles de fixation longues
et minces, et 4 paires de vésicules épidermiques.
On y distingue les 3 rangs de stigmates, l'ébauche
de tube digestif. Ocelle et otolithe sont présents.
La queue décrit les 3/4 du périmètre du tronc.
L'espèce se distingue difficilement de T. toma-
rahi, à la fois sur le terrain et sous le microscope.
Elle en diffère par la coloration noire intense des
lobes buccaux, la forme du siphon cloacal, par la
longueur du pédoncule œsophago-rectal et l'in¬
sertion plus basse de l'appendice fixateur, la
forme du tube digestif et la forme de la larve.
L'espèce semble abondante mais se trouve
toujours à l'abri de la lumière sous des blocs ou
dans les massifs de Coraux. Elle a été trouvée
aussi bien dans les lagons que sur la pente
externe du récif barrière, dans des eaux très
claires, ou encore dans les passes de 5 à 30 m de
profondeur. Cette espèce a souvent été trouvée
avec T. lomaralii.
Didemnum ahu n. sp.
(Fig. 6. A. B. C. - PI. I. E)
Stations : Mooréa 5-11-12-16. Tahiti I-3-5-7-
12 .
Type : A2 D1D C 107 de Mooréa, st. 11.
Les colonies sont minces encroûtantes arron¬
dies. La plus grande mesure 35 mm de diamètre.
L'épaisseur des colonies est irrégulière, les mas¬
sifs de zoides entre les canaux cloacaux forment
de petites élévations. La tunique se sépare facile¬
ment en deux couches, celles-ci étant seulement
reliées par des ponts tunicaux. Les ouvertures
cloacales communes sont de simples trous. Les
colonies sont molles mais les spiculés sont assez
denses.
Les zoides mesurent 1 mm. Ils sont caracté¬
risés par un thorax extrêmement court (fig. 6, A),
le siphon buccal à 6 lobes, très court et de petit
diamètre. L'ouverture cloacale est étroite, diffici¬
lement visible. Les organes thoraciques latéraux
sont situés très bas, au-dessus du 4 e rang de
stigmates.
L'appendice fixateur, placé sous l'endostyle.
est très court, plus court que le pédoncule
œsophago-rectal (fig. 6, A).
L'abdomen est normalement replié sous le
thorax. Il forme une boucle un peu tordue sur
elle-même. Le testicule unique est entouré du
spermiducte enroulé en spires serrées, nous en
avons compté jusqu'à 10. L’ovaire se développe
après les testicules.
Il y a de nombreuses larves dans la couche
basale de la colonie. Elles sont très petites
(340 jim) avec 3 papilles adhésives, 4 paires de
vésicules épidermiques. Elles ne sont pas gemmi-
pares (fig. 6, C).
Les spiculés (pl. I. E) sont d'un seul type, avec
relativement peu de rayons. Ces rayons sont
constitués de fibres soudées qui forment des
rayons coniques dont la pointe est aigüe mais les
côtés irréguliers. Le diamètre moyen des spiculés
est de 40 [xm.
L'espèce, très encroûtante, revêt toutes les
aspérités du support avec un aspect très souple
d'où son nom d'espèce : ahu = étoffe. Les
caractères anatomiques des zoides n'ont rien de
particulier, si ce n'est la forme particulièrement
courte du thorax.
Didemnum anoi n. sp.
(Fig. 6, D, E, F. G, H. Pl. 1. F et IV. I)
Stations : Tikehau 2-13-16-19.
Type : A2 DID C 94 Tikehau. st. 16.
Cette espèce forme des croûtes de couleur
blanche marbrée d’orange vif sur le Corail, à
l’abri de la lumière. L’espèce n’a été récoltée que
sur la pente externe du récif, entre 20 et 30 m de
Source : MNHN, Paris
26
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fio. 6. Didemnum ahu n. sp. : A, zoide entier ; B. abdomen en début de phase femelle : C. larve.
Dichmmint anoi n. sp. : D cl E. zoides entiers, le znidc E présente une disposition inverse de l'abdomen ; F.
abdomen en phase mâle ; G. tube digestif ; H. larve. Echelles : 0.5 mm : A et B. D à H. 0.2 mm : C.
profondeur, et seulement à Tikehau. Les zoides
sont régulièrement répartis dans des colonies de
formes très irrégulières, ayant quelques centimè¬
tres d’envergure et seulement I mm d’épaisseur.
Les canaux cloacaux sont larges. Après fixation
la coloration disparaît progressivement mais to¬
talement dans le formol. Le nom d’espèce : anoi
= mélangé, se rapporte à la fois aux deux
couleurs, blanc et orange, des colonies (pl. IV, V)
et aux deux types de spiculés qu'elles contien¬
nent.
Les zoides sont de petite taille, 1 mm (fig. 6, D,
E) colorés en orange. Le siphon buccal est
cylindrique à 6 lobes aigus. Le siphon cloacal ne
découvre qu’une petite portion de la branchie au
niveau des 2 e et 3 e rangs de stigmates. Les
organes thoraciques latéraux sont saillants,
insérés au niveau du 3 e sinus transverse selon une
ligne verticale. On compte 5 stigmates par demi-
rang dans la branchie (fig. 6, D).
Le pédoncule cesophago-rectal est long, l’ap¬
pendice fixateur s’en détache au niveau de l’œso-
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
27
phage (fig. 6, D), ou nettement plus bas (fig. 6. E)
et atteint la longueur de l’abdomen. La boucle
digestive est plane, largement ouverte. L’estomac
est rond, petit, situé très en avant, un post¬
estomac cylindrique lui fait suite, puis, après un
étranglement, un intestin moyen court. Après un
2' étranglement l’intestin s'élargit brusquement
et cet élargissement marque le pôle postérieur de
l'abdomen (fig. 6. G). Il existe encore un étran¬
glement sur l'intestin postérieur en face de
l’estomac (fig. 6, D. E, F). Le testicule, en
vésicule unique, est assez plat et situé sur l’intes¬
tin postérieur presque au-dessous de l'abdomen
(fig. 6. D, E. F). Le spermiducte est enroulé en 6
à 7 tours de spire, le 1 er étant lâche. L’ovaire est
placé contre le testicule (fig. 6. D. E. F) à
l'endroit où le spermiducte s’en éloigne. La
boucle digestive est tordue à gauche ou à droite
(fig. 6. D. E).
La larve (fig. 6. H) n’a pas de caractères bien
nets, mais nous n'avons pas trouvé de stades plus
avancés. Il y a 3 papilles adhésives et 5 paires de
vésicules épidermiques. La queue fait le tour du
tronc qui ne mesure que 430 um.
Les spiculés sont de deux types (pl. I. F), la
majorité d'entre-eux mesure de 15 à 25 ;im. ce
sont des astérisques à 12 rayons coniques en
moyenne et à base hexagonale, d'autres beau¬
coup plus grands mesurent de 60 à 75 um. et ont
des rayons moins nombreux et très longs.
Cette espèce, en dehors de sa coloration à
l’état vivant et de ses très grands spiculés, ne
présente guère de caractères originaux. Elle se
distingue pourtant du groupe des Didemnum
moseleyi par la petite ouverture des siphons
cloacaux et la boucle intestinale large et plane.
La larve diffère par ses 5 paires de vésicules
épidermiques.
La répartition de cette espèce est intéressante
et semble très spécialisée puisqu'elle a été trouvée
partout entre 20 et 35 m de profondeur sur la
pente externe de l’atoll de Tikehau mais nulle
part ailleurs.
Didemnum apuroto n. sp.
(Fig. 7, A, B, C — Pl. I, G, et Pl. V, A)
Stations : Tahiti 1-2-3-4-5-6-8-11-12.
Type : A2 DID C 88 de Tahiti, st. 6.
Les colonies ont un aspect très particulier : ce
sont des croûtes blanchâtres très minces ayant
quelques centimètres d'extension mais pas plus
de I mm d'épaisseur, généralement moins. Les
zoides sont visibles car ils sont entourés d'une
sorte de coque individuelle (de apu = coque et
roto = dans) de tunique et de spiculés (pl. V. A),
ces capsules sont jointives, soudées. La partie
centrale de chacune d'elle est plus transparente
en surface, car les spiculés sont moins abondants,
et la couleur rose des zoides apparaît. Ceci n'est
pas visible à l'œil nu. Les zoides sont couchés sur
le substrat (Corail, coquilles, etc...) ; des canaux
cloacaux très fins encerclent de petits groupes de
zoides.
Les spiculés mesurent en moyenne 30 jxm de
diamètre. Ils ont une structure banale (pl. I. G)
avec des rayons coniques assez réguliers et
courts, peu nombreux. Il existe assez souvent
deux taches rouge orangé sur les zoides, l'une à
la base du siphon buccal, l'autre sur le siphon
cloacal. ce qui donne un aspect rose aux colo¬
nies. Ce pigment disparaît rapidement après
fixation.
La tunique est très résistante malgré sa faible
épaisseur et les zoides sont très difficiles à
extraire. Thorax surtout et abdomens sont très
petits, disposés l'un à côté de l'autre. Le siphon
buccal est petit et court (fig. 7, A). Le siphon
cloacal est également petit à contour circulaire.
Les organes thoraciques latéraux sont saillants,
arrondis, implantés au niveau du 3 e rang de
stigmates. Le nombre de stigmates par rang n'a
pas pu être compté. Le pédoncule œsophago-
rectal est court. L'appendice fixateur est égale¬
ment très court, sous l'endostyle (fig. 7, A).
L'abdomen a une taille plus grande que celle du
thorax (fig. 7, A, B) avec une boucle digestive
ouverte, un testicule sphérique central entouré de
6 à 7 tours de spermiducte. On distingue plu¬
sieurs ovocytes dans l’ovaire.
Les larves (fig. 7. C) sont également entourées
d'une capsule de tunique. Elles sont très petites
280 ;xm. ont 3 papilles adhésives et 4 paires de
vésicules épidermiques. Elles ne sont pas gemmi-
pares.
L'espèce se distingue par l'aspect très caracté¬
ristique des colonies.
Didemnum apuroto n'a été trouvé que dans le
lagon de Tahiti entre 5 et 25 m ou dans des
endroits très abrités (en retrait de la passe, port
du C.O.P.), donc toujours dans des eaux calmes
en faciès hypolithe. ou sur des coquilles mortes.
Source : MNHN, Paris
28
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 7. Didcmnum apuroto n. sp. : A. thorax : B. abdomen ; C. larve.
Didemnum cucullijerum Sluiler : D, zoidc eniier ; E. larve. Echelles : 0,2 mm : A à C. 0.5 mm : D cl E.
Didemnum cuculliferum (Sluiter, 1909)
(Fig. 7, D, E. — PI. V, B)
Diplosomoides cuculliferum Sluiler. 1909 : 90.
Synonymie : voir Korr. 1981 : 164. fig. 16. d.
Stations : Mooréa 2-4-6-8-9-12-14-17-18-19. - Tahiti
2-3-5-6-7-9-12.
Les colonies peuvent atteindre 3,5 cm de
diamètre. Elles forment des coussinets plats qui
adhèrent fortement au substrat. La couleur rou¬
ge ou rose des animaux vivants disparaît après
fixation. L'aspect des colonies est tout à fait celui
figuré par Tokioka, 1967 : 68, fig. 21a (D.
nekozita). Les papilles de la face supérieure de la
tunique sont toujours très développées, molles
(pl. V, B). On distingue I ou 2 ouvertures
cloacales communes par colonie, qui forment un
simple trou dans la couche supérieure de la
tunique, laissant voir la couche inférieure de
celle-ci. Les zoides sont espacés les uns des
autres. La partie tout à fait superficielle de la
colonie ne contient pas de spiculés, mais ceux-ci
sont denses partout ailleurs. Les colonies sont
constituées de 2 couches, l'une contenant les
siphons buccaux, l'autre les abdomens, les thorax
étant placés dans des ponts de tunique reliant ces
deux couches. La partie profonde de la tunique
contient des inclusions brunes.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
29
Les zoides (fig. 7, D) mesurent un peu plus de
1 mm ; le siphon buccal, de grand diamètre, a 6
lobes très courts. On compte en moyenne 12
tentacules coronaux de 2 ordres. L’ouverture
cloacale est large, découvrant la plus grande
partie de la branchie. Le manteau n’est pas
appliqué sur la branchie et ne contient que très
peu de fibres musculaires. L’organe thoracique
latéral se situe au niveau du 3 e sinus transverse,
ou du 4 e rang de stigmates, il est petit et rond
(fig. 7, D). On compte le plus souvent 7 stigmates
par demi-rang, parfois 6. Le pédoncule œsopha-
go-rectal est long ; l'appendice fixateur, souvent
très long, s’insère en son milieu (fig. 7, D),
L’abdomen est couché à angle droit sous le
thorax. Le tube digestif forme une boucle tordue
sur elle-même. Le testicule est conique, saillant
sur l’abdomen, entouré d’un spermiducte enroulé
en une spire de 8 à 9 tours serrés (fig. 7, D).
L’ovaire est peu développé chez les zoides en
phase mâle.
Les larves (fig. 7, E) possèdent 3 papilles
adhésives épaisses et 4 vésicules épidermiques de
chaque côté. La queue fait un tour complet
autour du tronc qui a une longueur de 570 |im.
La cavité atriale de chaque côté de la branchie
est particulièrement nette chez ces larves.
Les spiculés sont exactement semblables à ceux
figurés par Kott en 1981 (fig. 16d).
Cette espèce, très discrète par sa taille, a une
allure tout à fait caractéristique. Elle se présente
sous forme de colonies faiblement espacées dues
à une lobulation rapide. Sa répartition en Po¬
lynésie française est curieuse : en juin 1984
l’espèce était très fréquente, dans le lagon de 1 à
30 m à Tahiti et à Mooréa, par contre elle n'a
pas été trouvée à Tikehau.
L’espèce n’était connue que d’Indonésie, du
Pacifique tropical Ouest et des Fidji.
Didemnum digestum Sluiter, 1909.
(Fig. 8, A à E)
Synonymie : voir Kott 1981 : 166.
Stations : Mooréa 2-3-4-5-15-22. Tahiti 1-7-8-
11 .
Les colonies sont très minces, cassantes, adhé¬
rant fortement au substrat. Elles sont blanches
ou orange à l’état vivant. Les zoides apparaissent
en surface comme de petits points plus sombres
dûs aux orifices buccaux où la densité des
spiculés est moindre. Il y a deux types de
colonies : de petites croûtes formées d’un seul
système de zoides plus ou moins concentriques,
ou des croûtes plus étendues où le système
cloacal forme des canaux visibles en surface
comme des lignes plus blanches puisqu’il n’y a
pas d’ouvertures buccales à ce niveau.
Les spiculés sont denses dans toute la colonie.
Ils correspondent bien aux illustrations données
par Kott, 1981 (fig. 17 b, c). Ils ont une forme
tout à fait caractéristique avec quelques rayons
nettement plus longs que les autres.
Les zoides sont de petite taille (maximum
1 mm), l'abdomen replié sous le thorax. Ils sont
caractéristiques grâce à leur système buccal cylin¬
drique, de longueur moyenne, mais dont les
lobes buccaux sont particulièrement aigus et
souvent plus longs du côté ventral (fig. 8. A). Il y
a 4 rangs de 7 stigmates (et non de 4 comme le
signale Kott). Les organes thoraciques latéraux
sont insérés au bord de l'ouverture cloacale au
niveau du 2 e sinus transverse ou du 3 e rang de
stigmates. L’appendice fixateur est généralement
court, inséré en haut du pédoncule œsophago-
rectal (fig. 8, A, B), mais dans quelques colonies
il est plus long.
L'abdomen forme une boucle ouverte avec un
estomac court mais large (fig. 8. C, E). Le
testicule est hémisphérique avec 4 à 6 tours du
spermiducte. L’ovaire est situé contre le testicule,
un seul gros ovocyte se développe à la fois (fig. 8,
C).
Les larves rares en juin sont de petite taille
450 nm, et n'ont aucun caractère particulier, elles
ont 4 paires de vésicules épidermiques et 3
papilles adhésives, mais elles sont gemmipares
(fig. 8, E).
Le type de Sluiter a été revu (lectotype ZMA
TU 442). Les zoides sont immatures. Il est donc
bien difficile d'avoir une certitude quant à l'iden¬
tification de l’espèce de Polynésie. Les spiculés
sont plus réguliers que ceux de nos échantillons
et ceux des Fidji. Par contre la correspondance
avec l’espèce de Kott est plus certaine, mais les
larves ne sont pas décrites. En dehors de la forme
des spiculés, les longs lobes du siphon buccal
semblent un bon caractère pour cette espèce par
ailleurs bien banale.
Source : MNHN, Paris
30
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
L'espèce a été trouvée à faible profondeur
aussi bien dans des endroits calmes que dans des
passes où à l’extérieur du récif. Elle n’était pas
abondante en juin.
Didemnum fragilis Sluiter, 1909
(Fig. 8, F, H. — PI. I, H)
Didemnum fragilis Sluiter, 1909 : 56.
Stations : Mooréa 2-4-5-6-7-9-10-1 l-l 2-14-15-16-19-
20. — Tahiti 3-5-6-7-9-10-12. Tikehau 2-11-
13-14-16-18-19.
Les type et paratype de cette espèce, déposés au
Muséum Zoologique d'Amsterdam, ont été revus
(ZMA TU 446-3 et 446-1).
Les colonies forment des croûtes blanches, de
3 mm d’épaisseur environ, et de plusieurs cen¬
timètres d’envergure (généralement 4 à 5 cm).
Les colonies très fragiles ne peuvent se détacher
sans dommage du Corail où elles sont fixées. La
consistance est très molle, malgré l’abondance de
spiculés dans toute l’épaisseur de la tunique; la
tunique se déchire facilement. Les colonies
comprennent une couche superficielle qui
Fig. 8. Didemnum digeslum Sluiter : A et B. thorax ; C et D, faces droite et gauche d'un abdomen ; E,
larve.
Didemnum fragilis Sluiter : F, zoide entier ; G, abdomen ; H. larve. Echelles : 0.4 mm A à E. 0,5 mm :
F à H.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
31
contient des siphons buccaux assez longs (leur
ouverture se distingue assez peu en surface), puis
de grands canaux cloacaux séparant la colonie en
deux couches, puis une couche basale épaisse
contenant dans la partie supérieure les abdomens
et les larves, et dans la partie moyenne des amas
de cellules orange vif. La tunique est plus
résistante autour des abdomens et des larves où
elle forme des sortes de capsules. Les zoides sont
régulièrement répartis dans la colonie mais ne
forment pas de systèmes réguliers. Les ouvertures
cloacales communes sont en simples trous, très
peu visibles et peu nombreux.
Les zoides (fig. 8. F) peuvent atteindre une
grande taille (1.5 cm) qui dépend beaucoup de
l'état de maturation des gonades. Il y a de 12 à
18 tentacules coronaux de 2 ou 3 ordres. L'ou¬
verture cloacale est très large, il n'y a pas de
languette (fig. 8. F). Les organes thoraciques
latéraux sont situés au niveau du 3* sinus
transverse ou du 4 e rang de stigmates. La
Franchie est grande, les stigmates sont nombreux
(8 à 10 par demi-rang) et très allongés. Le
pédoncule œsophago-rectal est large et court ;
l'appendice fixateur s'y insère et reste attaché à
lui sur une partie de sa longueur : de longueur
variable il est toujours bien développé (fig. 8. F.
G).
L'abdomen est plié à angle droit sous le
thorax. Les différentes parties du tube digestif
sont très nettement individualisées (fig. 8. F. G),
avec un post-estomac renflé et un élargissement
net au début de l'intestin postérieur. La boucle
digestive est simple, non repliée sur elle-même,
large. Il existe, comme chez les zoides du type, un
granule brun dans le cœur. Le testicule (fig. 8. F.
G) est généralement unique et peut devenir très
gros. Il a une forme de lentille ; il est générale¬
ment entouré dans sa partie supérieure de 8 à 10
tours de spire du spermiducte. mais ce nombre
est très variable en fonction de l'état de matura¬
tion de la gonade. L'ovaire se développe alors
que le testicule est encore fonctionnel (fig. 8. G),
il comprend simultanément 2 à 3 ovocytes en
maturation. Dans quelques zoides on voit
apparaître un deuxième testicule plus petit et un
deuxième spermiducte.
Les larves sont grandes 780 |im pour le tronc,
avec 3 papilles adhésives, 4 prolongements épi¬
dermiques épais et longs, et une branche déjà
bien développée avec 3 rangs de stigmates. La
larve n'est pas gemmipare. A l'état vivant, les
papilles adhésives ont une coloration orange qui
disparaît immédiatement à la fixation.
Les animaux de Polynésie française correspon¬
dent exactement au type de l'espèce de Sluiter.
aussi bien en ce qui conseme la structure de la
colonie que celle des zoides et des larves. L'espè¬
ce à Tikehau n'est abondante que vers 25 à 30 m
sur la penle externe du récif, mais de petites
colonies ont été trouvées aussi entre 2 et 4 m de
profondeur au niveau des passes. Les animaux
de Sluithr ont été récoltés de 31 à 36 m de
profondeur A Mooréa et Tahiti l'espèce est
présente un peu partout dans le lagon.
L'espèce a bien peu de caractères distinctifs
mais se reconnaît pourtant facilement en plongée
grâce à sa couleur blanc neige, son épaisseur et
sa consistance molle. Elle n'avait jamais été
retrouvée depuis l'expédition de la Siboga en
Malaisie.
Didemnum granulatum Tokioka. 1954
(Fig. 9. A à D. PI. I. I)
Didemnum moseleyi f. granulation Tokioka. 1954 : 244.
Didemnum gramdatum : Kott. 1981 : 167 et synonymie.
Stations : Mooréa 1-2-3-4-5-6-7-10-11-13-14-15-16-
18-19-21-22. Tahiti 1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-12.
Tikehau 1-2-4-6-9-10-11-18-19.
Cette Ascidie est la plus commune des lagons
de Tikehau. Mooréa. Tahiti. Elle se trouve dans
tous les milieux. Elle forme des croûtes minces de
couleur jaune-orangé qui peuvent être très éten¬
dues. de plusieurs dizaines de centimètres. La
coloration disparaît presque complètement dans
le formol, totalement en alcool. Les spiculés ont
des tailles très diverses. Les rayons sont épais
coniques peu nombreux (pl. I. I) pour les spiculés
les plus communs qui mesurent 33 à 36;xm;
d'autres spiculés plus petits ont des rayons plus
irréguliers.
Les zoides (fig. 9. A. B) ont un siphon buccal
large, à 6 lobes, inséré dans la couche supérieure
de la tunique. Les thorax sont grands, amincis
dans la partie postérieure. L’ouverture cloacale
est énorme et les thorax sont pratiquement libres
dans les cavités cloacales. Il y a généralement 6 à
7 stigmates dans chacun des premiers rangs. 4 ou
5 dans le dernier. Les organes thoraciques laté¬
raux sont arrondis, situés au niveau du 3 e sinus
transverse (fig. 9. A. B).
Source : MNHN, Paris
32
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Le pédoncule œsophago-rectal est long; l'ap¬
pendice fixateur inséré en son milieu atteint, au
plus, la longueur de l'abdomen (fig. 9, A). La
boucle digestive est tordue (fig. 9. C). Le testicule
très saillant est entouré de 6 tours de spermiducie
(fig. 9. A. B). L'ovaire, situé contre le spermiduc-
te est éloigné de l'estomac. Les gonades sont
situées très bas dans l'abdomen, presque au-
dessous de l'intestin.
Les larves (fig. 9. D) de petite taille. 370 à
400 am. ont 3 papilles adhésives et 4 vésicules
épidermiques. La queue fait le tour du tronc.
Cette espèce de couleur orange se reconnaît
assez facilement (vue de près) à la fine granula¬
tion de la face supérieure de la tunique. Très
souvent également le dessin en rayures formé par
les spiculés autour des cloaques communs (et
figuré par Tokioka, 1967a : 63; fig. 20e) est bien
visible.
L'espèce diffère très peu de D. moseleyi : sa
couleur est différente et la surface des colonies
est hérissée de petites papilles courtes. Les zoides
et les larves sont très semblables.
Kott, 1981 décrit un Didemnum granulalitm
avec des variations de couleur que nous n'avons
pas retrouvées à Tahiti. D'autres part elle décrit
des larves de 700;j.m. donc beaucoup plus gran¬
des que ce que nous avons observé (Tokioka n'a
pas précisé la taille des larves, il dit « small »).
La forme décrite par Eldrkdge, 1967 sous le
nom de moseleyi nous semble extrêmement varia¬
ble et ne pas pouvoir être rapportée à D.
granutatum sans examen. La larve a une taille de
500 um selon Ei.dredge.
Il est certain qu'il y a de nombreuses confu¬
sions entre ce que divers auteurs ont appelé D.
candidum et D. moseleyi. Nous ne pouvons donc
pas donner d'indications générales concernant
cette espèce.
A côté des spécimens à surface finement
granuleuse nous avons trouvé, seulement dans le
lagon en face de Vairao à Tahiti, des colonies
dont la surface est hérissée de papilles denses,
plus longues que les granules, ressemblant à ce
que Tokioka. 1953 décrit sous le nom de D.
apersum : nous avons trouvé des colonies de deux
sortes jointives sur un même morceau de Corail.
Les zoides ont des caractères exactement sembla¬
bles. la différence ne portant que sur la surface
de la colonie. Peut-être s'agit-il d'une simple
variation morphologique intraspécifique (mais il
n'y a pas d'intermédiaires). Nous pensons qu'il
s'agit plus probablement d'une espèce différente
mais nous n'avons aucun caractère pour l'instant
permettant d'étayer cette hypothèse, si ce n'est la
couleur (blanche et non jaune orangée) et les
papilles plus longues en surface de la colonie.
Didemnum hiopaa n. sp.
(Fig. 9. E à G. PI. II. A)
Stations : Mooréa 6-17. Tahiti 3-5-7-9. Ti-
kehau 1-8-10.
Type n° A2 DID C 92 de Mooréa st. 6.
Les colonies, très transparentes, n'adhèrent
que faiblement au substrat. La tunique est
vitreuse et molle et laisse voir les zoides par
transparence (en tahitien. A/'o = verre; pa'a =
peau). Elle contient au bord et dans la partie
supérieure des spiculés rares et pour quelques
colonies un pigment brun. Les larves sont incu¬
bées dans la couche basale au contact du subs¬
trat. La dimension maximale observée des colo¬
nies est de 2 cm. Les zoides plus ou moins colorés
en brun deviennent incolores après fixation. Ils
sont disposés de façon irrégulière, certains étant
couchés, d'autres perpendiculaires à la surface de
la colonie. Les canaux cloacaux sont longs, situés
au niveau de la base des thorax.
Les zoides sont grands, ils atteignent 1,5 mm
quand l'abdomen est dans le prolongement du
thorax, mais ce n'est généralement pas le cas. Le
siphon buccal est étroit et court. L'ouverture
cloacale n'est pas très grande, en simple trou. Les
organes thoraciques latéraux ronds et saillants
sont situés au niveau du 3 e ou du 4 e rang de
stigmates près de l’ouverture cloacale (fig. 9. E.
F).
Le pédoncule œsophago-rectal est parfois très
long, l'appendice fixateur, de longueur inférieure
à celle de l'abdomen, s'insère en son milieu.
L'abdomen (fig. 9. E. F. G), plus grand que le
thorax, forme une large boucle ouverte, tordue
sur elle-même. L'intestin présente des régions
bien différenciées. Le testicule est rond, un peu
aplati, situé sur l'intestin moyen et non dans la
boucle digestive (fig. 9. E. G). Le spermiducte
peut atteindre 8 tours de spire. L'ovaire
comprend de nombreux ovocytes et se situe sur
la partie ascendante du spermiducte.
Les larves ne sont pas gemmipares. Elles
montrent très tôt les perforations des 3 rangs de
stigmates. Elles mesurent au plus 500 um. Elles
Source : MNHM, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
33
Fig. 9. Didemnum granulation Tokioka : A et B. zoides entiers ;C, abdomen ;D larve
Didemmon hiopaa n. sp. : E. F. et G. zoides ent.ers ; H, larve. Echelles 0.5 mm . A a
H. 0.2 mm : D.
Source : MNHN, Paris
34
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
ont 3 papilles adhésives, 4 paires de vésicules
épidermiques, ocelle et otoüthe.
Les spiculés (pl. Il, A) sont formés de rayons
concentriques de longueur un peu inégale, consti¬
tués de baguettes calcaires parallèles, soudées,
mais de longueur irrégulière. Le diamètre moyen
des spiculés est de 35 gm.
Cette espèce est variable à la fois par l’abon¬
dance des spiculés et des pigments, par la forme
irrégulière des colonies et la taille des zoides. Elle
se caractérise surtout par sa tunique vitreuse très
molle, ses grands zoides, et la forme assez
constante des spiculés de taille variable mais
toujours faible. Ils sont formés d'aiguilles nom¬
breuses rassemblées en pelotes. On en compte
une vingtaine en coupe optique.
L'espèce, présente un peu partout dans le
lagon, est très peu visible, d'autant moins qu'il
est nécessaire de casser le Corail pour la trouver.
Didemnuin ligulum Monniol F., 1983
(Fig. 10 A à F. Pl. Il B, C, et Pl. V, C)
Didemnum liguluiii Monniol F.. 1983a : lîg. II. pl. II.
A : Guadeloupe.
Stations (colonies oranges, plus épaisses) :
Mooréa 4-6-7-12-14-15-17-19. Tahiti 7-9.
Tikehau 2-4-10-11-13-17-18-19.
(colonies roses, très plates) ;
Mooréa 3-4-10-11-16-19-20-22. Tahiti 3-4-5-6.
Tikehau 2-10-11-13-19.
On trouve, dans les mêmes stations, deux types
de colonies qui nous paraissent appartenir à une
seule espèce malgré un aspect et une coloration
un peu différente, zoides et larves étant identi¬
ques. On trouve d'une part des colonies ayant
1,5 mm d'épaisseur au plus, colorées en orange
avec parfois seulement des pigments bruns, à
bords nets, de forme arrondie ou un peu lobée,
d'autre part des colonies de moins de I mm
d'épaisseur et parfois seulement 0.5 mm, de cou¬
leur rose pâle, très dures à bord amincis sur le
substrat, très souvent en cours de lobulation, ou
formant un groupe de colonies jointives (pl. V,
C). La structure interne des deux types de
colonies est la même avec une couche superficiel¬
le et une couche basale qui se détachent facile¬
ment l'une de l'autre grâce à la présence de
canaux cloacaux étendus au niveau de la base du
thorax. Les spiculés sont plus denses dans la
couche superficielle que dans la couche basale.
Les colonies ne peuvent que très difficilement
être détachées du support.
Les zoides sont plus grands dans les colonies
les plus épaisses, soit I mm (fig. 10. A), que dans
les colonies roses, 0,8 à 0,9 mm (fig. 10, E). Dans
les deux cas il existe une languette cloacale bifide,
plus ou moins longue selon la place du zoide
dans la colonie. Près des orifices cloacaux
communs étoilés, les zoides ont une languette
plus longue que ceux qui en sont plus éloignés,
cette languette devient très réduite sur les bords
externes de la colonie (fig. 10, A, E, F). Les
zoides sont colorés en orange dans tous les cas.
La branchie contient au plus 6 stigmates par
demi-rang, souvent 5 seulement. L'organe thora¬
cique latéral (fig. 10, A, E) est rond très saillant,
et se situe en général au-dessus du 3' rang de
stigmates ou plus rarement plus bas (fig. 10. A.
E). Le pédoncule œsophago-rectal est assez court
et l’appendice fixateur, également court, s'insère
en son milieu (fig. 10, A. E).
L'abdomen est couché dans la colonie, la
boucle digestive est tordue sur elle-même, l'esto¬
mac est volumineux avec une section optique
plutôt carrée (fig. 10. A, B. E), l'intestin ne
montre pas de régions nettement individualisées
(fig. 10. B). Le testicule sphérique est logé sur la
boucle intestinale, il est saillant et entouré de 5 â
6 tours de spire dans les colonies épaisses (fig. 10.
A), de 6 à 9 dans les colonies plates (fig. 10. E).
L'ovaire, dans les 2 cas, est situé contre le
testicule, et il n'y a qu'un ovocyte en maturation
à la fois.
Les larves sont placées dans la couche basale
de la tunique, elles mesurent 500 um dans les
colonies oranges (fig. 10, C), mais seulement
400 um dans les colonies roses plates; mais leur
structure est exactement semblable, avec 3 papil¬
les adhésives entourées d'une couronne de vési¬
cules épidermiques en nombre variable (en
moyenne 10 paires), séparée du corps du têtard
par un étranglement net. La larve est gemmipare
avec un blastozoïde qui n'apparaît que tardive¬
ment au cours du développement.
Les spiculés (pl. II. B, C) sont de plusieurs
types dans les deux sortes de colonies. Dans les
diverses colonies ils sont constitués â la fois de
sphères pleines dont la surface est formée d'hexa¬
gones portant au centre une courte pointe. Pour
d'autres spiculés les rayons sont moins coales-
Source : MNHN, Paris
- 1, abdomen en ,u« latérale. - Echelle. :
0,5 mm : A à E et G à I. — 1 mm F.
Source : MNHN, Paris
36
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
cents, les pointes plus longues, enfin certains
autres spiculés sont formés de nombreuses ba¬
guettes rayonnantes sans partie centrale massive.
Les proportions des différentes sortes de spiculés
varient d'une colonie à l'autre, les spiculés sont
pourtant plus réguliers dans les colonies roses
plates (pl. II. C). avec des rayons plus longs,
alors que les spiculés en billes à pointes très
courtes dominent dans des colonies oranges plus
épaisses (pl. II. B).
L'espèce ressemble tout à fait à celle décrite de
Guadeloupe, la seule différence est la taille de la
larve (fig. 10. C. D). De nouvelles récoltes faites
en janvier 1984 en Guadeloupe nous ont permis
de trouver des larves dans les colonies de D.
ligulutn. Ces larves ont une taille beaucoup plus
grande que celles de Polynésie (850 um au lieu de
500 um) mais sont semblables. Comme en Gua¬
deloupe. où nous avions déjà signalé la présence
de deux formes d'aspect et de couleur différents,
nous avons d'abord hésité entre la présence
d'une ou de deux espèces. Les colorations et les
formes des colonies de Polynésie ne correspon¬
dent pas exactement à celles décrites de Guade¬
loupe. Nous pensons donc que l'espèce est très
polymorphe et capable de réagir différemment
aux conditions du milieu. Cette espèce abrite
parfois en Guadeloupe comme en Polynésie de
très petits organites symbiotes que nous n'avons
pu identifier, mais qui n'ont pas de rôle apparent
sur la morphologie de l'Ascidie.
L'espèce est assez caractéristique grâce à la
languette cloacale et la structure des larves. Sa
répartition. Antilles-Polynésie pour le moment,
est certainement beaucoup plus large, mais
l'espèce est peu visible, ne peut être récoltée
qu'en scaphandre autonome et ne peut être
détachée du substrat facilement.
Didemnum mcmbmnaccuiti Sluiter, 1909
(Fig. 10, G à I.— Pl. II. D)
Didemnum membranuceum Sluiter. 1909 : 58.
Synonymie : voir Korr & Goodbody, 1980 : 518.
Stations : Mooréa 12-16-20-22. Tahiti 3-5.
Les colonies ont toujours une dimension rédui¬
te. Le bord externe a une couleur orange foncé
tandis que le centre des colonies est plus sombre
avec un mélange de pigment noir et de pigment
orange. Les orifices buccaux apparaissent noirs.
A la dissection les zoides se trouvent entourés
d’une sorte de capsule noire formée par une
couche de tunique qui contient des cellules
pigmentaires foncées, rondes. Dans l'épaisseur de
la tunique on retrouve des cellules à pigment
orange et des cellules à pigment noir mêlées
irrégulièrement. Les zoides sont pigmentés de
brun noir de façon très intense. Alors que le
pigment orange disparaît dans l’alcool, le pig¬
ment sombre persiste.
Les zoides ont une petite dimension, environ
750 j^m. Le thorax est allongé. L'ouverture cloa¬
cale n'est pas très grande (fig. 10, G) mais au
niveau du 3 e sinus transverse s’insèrent horizon¬
talement de très grands organes thoraciques
latéraux en forme de cuiller, extrêmement sail¬
lants. Le pédoncule œsophago-rectal est large de
longueur moyenne; en son milieu s’insère un
appendice fixateur court (fig. 10, G). L'abdomen
est aussi grand que le thorax avec une boucle
digestive large et des régions bien individualisées
sur le tube digestif (fig. 10, H). Le tube digestif a
une forme caractéristique avec un anneau sail¬
lant au fond de la courbure au niveau de
l'intestin moyen (fig. 10, H), et un intestin
postérieur de faible diamètre entouré à son
origine de quelques vésicules de la glande pylori-
que nettes (fig. 10, H). La vésicule testiculaire est
volumineuse, lenticulaire ou sphérique et porte
un spermiducte enroulé en 7 tours (fig, 10, I).
Aucune larve n'a pu être trouvée.
Les spiculés sont tous de même type. Ils sont
réguliers avec peu de rayons de section hexago¬
nale à leur base. Rapidement ils s'arrondissent et
forment des cônes courts (pl. Il, D). Ils mesurent
en moyenne 55 um de diamètre.
L'espèce décrite d'Indonésie est également
présente en Australie et à Hong Kong selon
Kott, 1962 et Kott & Goodbody, 1980. En
Polynésie cette espèce n'a été trouvée que sur la
pente externe du récif ou au niveau des passes.
Elle n’est pas commune.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
37
Didemnum moseleyi (Herdman, 1886)
(PI. V. D)
Leploclinum moseleyi Herdman. 1886 : 272.
Didemnum moseleyi : Kott. 1981 el synonymie.
Stations : Mooréa 2-3-4-5-10-14-15-19. — Tahiti 1-
4-7.
L'espèce rouge vif à l’état vivant est complète¬
ment décolorée après fixation. La partie supé¬
rieure de la colonie est ponctuée de larges orifices
buccaux étoilés très régulièrement répartis (pl. V.
D), sauf au niveau des canaux cloacaux qui
deviennent ainsi visibles. La colonie se sépare
très facilement en deux couches, une couche
supérieure mince, où sont insérés les siphons
buccaux, et une couche basale plus épaisse qui
contient les abdomens.
Les thorax ont une forme conique avec une
partie antérieure large et une partie postérieure
amincie au niveau du pédoncule œsophago-
rectal. L'ouverture cloacale est énorme. On
compte successivement dans les 4 rangs 6. 6. 5 et
4 stigmates. Les organes thoraciques latéraux
sont petits, saillants, insérés prés du bord libre
du manteau au niveau du 4 r rang de stigmates.
L’appendice fixateur est inséré sur le pédoncule
œsophago-rectal. L’estomac est petit par rapport
au thorax. Le tube digestif décrit une boucle
repliée sur elle-même. Le testicule, situé très bas
sur l'intestin, est entouré de 6 spires du spermi-
ducte. Les larves sont banales avec 3 papilles
adhèsives et 4 paires de vésicules épidermiques.
Elles sont de petite taille (350,u.m).
Les spiculés sont de deux types, les uns plus
grands à pointes longues peu nombreuses, d’au¬
tres plus petits à très nombreux rayons courts.
La présence de D. moseleyi, largement réparti
dans l’indo-Pacifique, est normale en Polynésie
française. L'espèce n'a pourtant pas été récoltée
à Tikehau.
Didemnum mutabile n. sp.
(Fig. II. A. E. PI. II. E)
Stations : Mooréa 1-2-4-5-12-22. Tahiti 1-2-3-4-
6-7-9-11-12.
Type : A2 D1D C 109 de Mooréa. st. 22.
Très commune, cette espèce se présente sous
forme de croûtes minces de couleur orange sur le
Corail à l'abri de la lumière. Les colonies
ressemblent beaucoup à Didemnum grunulutum
mais elles sont un peu plus foncées. Après
fixation la colonie devient violette ou brun rouge
avec les siphons buccaux plus foncés ainsi que les
cloaques communs. Les colonies sont très min¬
ces, cassantes et ne peuvent être isolées du
substrat sans dommage.
Les spiculés (pl. 11. E) mesurent en moyenne
35 à 40;j.m. et ont des rayons coniques assez
courts, le plus souvent inclus à leur base dans
une matrice commune.
Les zoides sont très petits, au plus 600 um. Le
siphon buccal est particulièrement grand, large et
long, à 6 lobes aigus (fig. II. B), le siphon cloacal
forme un simple trou, mais ne découvre qu'une
petite partie de la branchie (fig. 11. A. B). Les
organes thoraciques latéraux circulaires sont
saillants, situés près du bord du manteau au-
dessus du 3 e sinus transverse (fig. 11. A. B). On
compte en moyenne 6 stigmates par demi-rang,
mais difficilement, les thorax étant presque tou¬
jours très contractés.
Le pédoncule œsophago-rectal est assez court.
L'appendice fixateur court est inséré sous la base
de l'endostyle (fig. 11. A). Le tube digestif forme
une boucle irrégulière (fig. 11. C). repliée sur elle-
même. Le testicule unique (fig. 11. D) est volumi¬
neux. entouré de 7 tours de spire. L'ovaire
comprend plusieurs ovocytes en cours de matu¬
ration entre le testicule el l'estomac.
Les larves de petite taille (280 um) sont incu¬
bées dans la partie basale de la colonie où elles
sont difficiles à voir, les spiculés étant très
denses. Elles possèdent les 3 papilles adhèsives
habituelles, et régulièrement 5 paires de vésicules
épidermiques (fig. II. E). La queue fait le tour du
tronc. Ocelle et otolithe sont présents. Les larves
ne sont pas genimipares.
Cette espèce proche de D. moseleyi. mais avec
des cavités cloacales moins étendues et des zoides
plus petits, se distingue surtout par son pigment.
En effet la couleur orangée intense qui est
constante chez les colonies vivantes se transfor¬
me complètement en brun violacé à l'état fixé. Le
pigment est surtout présent dans la couche
superficielle de la tunique mais aussi en petits
amas plus profondément. L'abondance du pig¬
ment est variable ce qui donne un ton plus ou
moins foncé aux colonies.
Source : MNHN, Paris
38
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
L'espèce se distingue des autres Didemnum par
le grand siphon buccal et la petite larve à 5 paires
de vésicules épidermiques.
Cette espèce, très commune à Tahiti et Moo-
réa, n'a pas été trouvée à Tikehau.
Didemnum paa n. sp.
(Fig. II. H. - PI. II. F)
Stations : Mooréa 3-5. Tahiti 4-5-6-7-12. Ti¬
kehau 3-17.
Type : n° A2 DID C 103 de Tahiti, st. 7.
Les colonies extrêmement minces (0,5 mm),
planes (d où le nom d'espèce paa = croûte),
mesurent au plus 3cm dans leur plus grand
diamètre. Leur contour est très irrégulier. La
couleur varie du blanc au rose pâle ou au jaune.
Les zoides sont très irrégulièrement répartis sans
que l'on puisse distinguer une organisation en
systèmes. Les spiculés moins denses au niveau
des siphons buccaux donnent à la colonie un
aspect pointillé sous le microscope. Les bords des
colonies sont amincis progressivement vers
l'extérieur. Les siphons cloacaux communs ne
sont pas visibles.
Les zoides sont très petits. 750(xm au plus, et
n'ont pas de caractères originaux, le thorax est
toujours contracté. Le siphon buccal a 6 lobes
aigus (fig. II. F). L'ouverture cloacale est étroite
et apparaît plutôt transversale (fig. II. F), les
zoides étant contractés. L'organe thoracique
latéral circulaire très saillant est placé au niveau
du 3 e sinus inlerstigmatique (fig. Il, F). Le
pédoncule œsophago-rectal est court. L'appendi¬
ce fixateur y est inséré sur toute sa longueur, il
Fie;. II. Didemnum mutabile n. sp. : A. thorax lace droite : B. thorax en (ace dorsale ; C. abdomen en fin
de phase mâle : D. abdomen ; E. larve.
Didemnum paa n. sp : F. thorax : G. abdomen : H. larve. Echelles : 0,2 mm : A à E et H. 0.25 mm :
F et G.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
est toujours plus court que l'abdomen mais bien
développé.
L'abdomen est couché dans la colonie. Le tube
digestif forme une boucle étroite, tordue sur elle-
même (fig. 11. G). L'estomac antérieur arrondi
est petit, le post-estomac long, et l'intestin moyen
sans élargissement très marqué. Le testicule est
constitué d'un seul lobule hémisphérique placé
sur l'intestin antérieur, il déborde donc à l'exté¬
rieur de la boucle digestive. Il est entouré de 10
tours de spire du spermiducte. très serrés (fig. 11.
G). Le diamètre du testicule peut atteindre et
même dépasser celui de l'abdomen. Il y a 3
papilles adhésives longues et 4 paires de vésicules
épidermiques allongées; les larves ne sont pas
gemmipares.
Les spiculés ont des tailles très variables, le
diamètre maximal étant de 55;j.m, le diamètre
moyen 30 gm. Ils ont un aspect très globuleux dû
à leur centre plein, dense et sphérique, et aux
rayons nombreux très courts, qui en partent (pl.
IL F).
Didemnum parau n. sp.
(Fig. 12, A à D. Pl. Il, G)
Stations : Mataivu centre du lagon. Moorca 15-
20. Tikehau 1-10-18.
Type : n° A2 D1D C 101. du centre du lagon de
Mataiva.
Les colonies sont encroûtantes sur les bran¬
ches d'Acropora à très faible profondeur. Elles
sont très minces, I mm au plus, blanc nacré, d'où
le nom d'espèce parau = nacre. Les siphons
buccaux sont visibles comme des points sombres.
La tunique est très fragile, se déchire facilement
et le moindre frottement détériore sa surface. Les
zoides sont disposés en une seule couche, réguliè¬
rement espacés. Ils sont de petite taille, le thorax
est plus petit que l'abdomen. Les canaux cloa-
caux sont thoraciques et peu étendus.
La consistance de la tunique reste molle. Dans
la couche basale on trouve des inclusions organi¬
ques diverses, souvent jaunes ou orangées. Les
colonies peuvent être enlevées de leur support s'il
est suffisamment lisse. Les spiculés (pl. II. G)
sont denses dans toute l'épaisseur de la tunique,
de tailles diverses, mais petits (les plus grands
39
mesurent 30 ^m) formés de rosettes d'aiguilles à
bord parallèles.
Les zoides comprennent des cellules morulai-
res réfringentes situées dans le manteau au
niveau du thorax et de l'abdomen. Ces cellules
donnent une coloration bleuâtre ou verdâtre. Ces
cellules réfringentes donnent probablement aux
colonies leur aspect nacré.
Les zoides sont petits, couchés sous la surface
de la colonie. Le siphon buccal est court, à 6
denticules. Le siphon cloacal est ouvert en une
fente transversale (fig. 12, A). Le manteau est
épais, les stigmates ne sont que très difficilement
visibles. Les organes thoraciques latéraux sont
circulaires, très saillants, disposés au-dessus du 3'
sinus transverse (fig. 12, A). Le pédoncule œso-
phago-rectal est court et mince et porte un
appendice fixateur également court (fig. 12. A).
L'abdomen (0,5 mm) est volumineux par rapport
au thorax (400 ;xm). La boucle digestive est
double (fig. 12, B, C), car l'intestin postérieur est
fortement recourbé au-dessus des gonades puis
longe l'œsophage. Le testicule unique, ovale, est
placé sur l'intestin moyen (fig. 12, B, C). Il est
aplati et occupe toute la première boucle intesti¬
nale. On compte 6 tours de spire du spermiducte
(l'enroulement est parfois inversé, mais le plus
souvent dans le sens contraire des aiguilles d'une
montre). L'ovaire se place contre l'estomac un
peu au-dessus du testicule, il contient plusieurs
ovocytes. Le manteau au-dessus des gonades
contient de très nombreuses cellules morulaires
réfringentes.
Les larves sont petites, placées dans la couche
basale de la colonie (fig. 12. D). Elles ont 3
papilles adhésives et 4 paires de vésicules épider¬
miques. Elles ne sont pas gemmipares. Elles ont
un ocelle et un gros otolithe. Elles mesurent
370 ;am pour le tronc.
L'espèce n'a pas de caractères très particuliers
en dehors des cellules réfringentes du manteau. Il
faut noter cependant la forme aplatie et ovale du
testicule qui est pourtant unique, la structure des
spiculés en rosette d’aiguilles, d'une forme habi¬
tuellement plus fréquente dans le genre Lissodi-
num.
La répartition de Didemnum parau n. sp. dans
plusieurs îles suggère une répartition assez large
dans le centre du Pacifique tropical.
Source : MNHN, Paris
40
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 12. Diilcmmim parau n. sp. : A. thorax ; B cl C. abdomens ; D. larve.
Diilcmnimi pitipiri n. sp. : E ei F. ihorax ; G. abdomen en phase mâle : H. abdomen en lin de phase lemelle
I. larve. Echelles : 0.5 mm : A à C cl E à H. 0.2 mm : D cl I
Didemnum perlucidum Monniot F.. 198.1
Ditli'iwwni pcrluciiiuin Monniol F.. 1983 : 29 et fig. 12:
pl. II. D: Monniot. Monniot & Laboiti. 1985 : 4X6.
pl. I.
Station : port de Papeete.
Des colonies blanches, fines, encroûtantes, où
les canaux cloacaux sont bien visibles, ont été
récoltées dans le port de Papeete seulement sur
des bouées d’amarrage. Ces colonies sont molles,
les spiculés étant peu denses.
Les zoides ont. comme ceux des Antilles, un
siphon buccal court et large, une très grande
échancrure cloacale découvrant la presque tota¬
lité de la branchie. On compte en moyenne 7
stigmates par demi-rangée dans la partie anté¬
rieure de la branchie. Les organes thoraciques
latéraux sont saillants mais de taille très variable
selon la taille de l'ouverture cloacale : si l'ouver-
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
41
lure est petite, l'organe thoracique latéral est
inséré verticalement ou obliquement, sur le 3 e
sinus branchial ou le 4 e rang de stigmates, et il
est petit: quand l’ouverture cloacale est très
grande, c'est-à-dire chez les zoides plus âgés,
l'organe thoracique latéral est situé horizontale¬
ment. il est alors plus grand et placé à la base du
4 e rang de stigmates.
L'appendice fixateur est assez long, inséré au
début du pédoncule œsophago-rectal. La boucle
intestinale est tordue sur elle-même. Le testicule
unique est situé dans la boucle intestinale.
Les larves ont 3 papilles adhésives et 4 paires
de vésicules épidermiques. Leur forme est ronde
et non allongée comme chez la plupart des
Didemnum.
Il est vraisemblable que cette espèce a été
importée par la navigation puisqu'elle n'a été
trouvée que dans le port de Papeete et seulement
sur un groupe de bouées.
Didemnum pitipiri n. sp.
(Fig. 12, E-l. PI. II. H. I)
Stations : Mooréa 16-22. Tikehau 9.
Type : A2 DID C 90 de Tikehau. st. 9.
Les colonies sont très minces, moins de 1 mm.
blanches ou de couleur crème, encroûtantes sur
le Corail, la plus grande mesure 25 mm dans sa
plus grande longueur. Leur forme est arrondie
irrégulière. Les siphons buccaux étoilés sont
visibles en surface de la colonie. La tunique se
délite en 2 couches, l'une superficielle contenant
les thorax, l'autre basale contenant les abdo¬
mens.
Les zoides ont une taille moyenne (0.9 mm). ils
sont pigmentés en jaune pâle. La coloration
disparaît dans le formol. Les siphons buccaux
sont évasés à partir d'un fort sphincter buccal
basal, les 6 lobes forment des pointes aigües.
souvent développées du côté ventral (fig. 12. E.
F). Le thorax est court. L'ouverture cloacale est
peu échancrée et apparaît en fente transversale
pour les zoides contractés (fig. 12. E. F). Les
organes thoraciques latéraux sont petits, ronds,
situés au niveau du 3 e sinus interstigmatique,
derrière le bord de l'ouverture cloacale.
L'appendice fixateur court est inséré en haut
du pédoncule œsophago-rectal ou en son milieu
(fig. 12. F). L'abdomen (fig. 12, G. H) forme une
boucle large repliée sur elle-même. Les différen¬
tes portions du tube digestif sont bien individua¬
lisées. L'élargissement en anneau qui marque le
début de l'intestin postérieur est situé au pôle
postérieur de l'abdomen (fig. 12. H). Il y a un
testicule sphérique entouré de 6 à 10 tours du
spermiducte placé sur l'élargissement postérieur
de l'intestin (fig. 12. G. H). L'ovaire ne présente
qu'un gros ovocyte en développement et le
testicule régresse à ce stade.
Les larves sont de petite taille 330 um. Elles ne
possèdent que deux papilles adhésives (d'où le
nom d'espèce, piti = deux, piri = collant), mais 6
paires de vésicules épidermiques. Elles ne sont
pas gemmipares (fig, 12, I). Elles se trouvent
dans la couche superficielle de la tunique.
Les spiculés sont soit ronds, avec un centre
massif hérissé de très nombreux courts sommets
coniques et un diamètre de 25 à 30 ^m, soit en
astérisques avec autant de rayons, mais plus
longs et de section hexagonale, le diamètre étant
de même ordre (pl. IL H). La colonie de Tikehau
comptait en plus des spiculés en astérisques
mélangés aux précédents sans masse centrale
avec des sommets moins nombreux, de diamètre
variant de 30 à 35um (pl. II. I).
Cette espèce se distingue des autres petits
Didemnum blancs encroûtants par sa larve à 2
ventouses. Nous attribuons à cette espèce une
colonie récoltée à Afareitu (Mooréa) qui n'a pas
de larves mais dont les zoides et les spiculés
correspondent à la description ci-dessus, et une
colonie du lagon de Mooréa à Tiahura. égale¬
ment sans larves. L'espèce n'ayant que peu de
caractères morphologiques caractéristiques, un
doute subsiste sur ces derniers spécimens.
Didemnum toafene n. sp.
(Fig. 13. A-C. Pl. III. A)
Stations : Mooréa 4-5-7-S. Tahiti 1-3. Tikc-
hau 1-9-18.
Type : n“ A2 DID C 105 de Tahiti, st. 3 (récif
de Toafene).
Les colonies sont blanches encroûtantes min¬
ces (I mm), à surface lisse; les siphon buccaux se
distinguent à peine en surface. Le contour des
colonies est assez irrégulier et dépend du subs¬
trat. Il n'est pas possible d'enlever sans dommage
les colonies de leur support. Les spiculés sont très
Source : MNHN, Paris
42
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
denses dans toute lepaisseur de la tunique qui ne Les larves (fig. 13, C) sont basales, avec 3
se dédouble pas en deux couches. Les cloaques papilles adhésives longues, et 4 paires de vési-
communs forment de simples trous. Les larves cules épidermiques, ocelle et otolithe. Elles ne
sont incubées dans la partie basale de la tunique, sont pas gemmipares et mesurent pour le tronc
Les zoides sont de très petite taille. 375 um 300 pm. La queue décrit les 3/4 du périmètre du
pour le thorax et 300;.im pour l'abdomen. Le tronc.
siphon buccal est court à 6 lobes. L'ouverture Les spiculés (pl. III. A) sont de deux types. Les
cloacale est relativement étroite (fig. 13. A). Il y a plus abondants sont en astérisques avec un
4 rangs de 6 stigmates pour les premiers. 5 pour diamètre moyen de 25 am. De beaucoup plus
le dernier. L’organe thoracique latéral est sail- gros spiculés à rayons moins nombreux sont
lant. au niveau du 3 e rang de stigmates, en irrégulièrement disposés dans la tunique, surtout
lamelle (fig. 13, A). Le pédoncule œsophago- dans la couche superficielle et de façon isolée,
rectal est bien développé, l'appendice fixateur leur diamètre peut atteindre au moins 80(xm.
s'insère en son milieu et n'atteint pas la base de mais les plus nombreux mesurent 50<xm de
l'abdomen. diamètre (pl. III, 1).
La boucle intestinale est ouverte mais avec une Nous n'avons pas pu trouver, dans la littératu-
double courbure (fig. 13, B). L'œsophage entre re, d’espèce pouvant correspondre à cette des-
dorsalement dans l'estomac. Les différentes cription. Nous la considérons comme nouvelle
régions de l'intestin sont nettement individua- bien qu'elle n'ait aucun caractère qui lui soit
Usées (fig. 13, B). Le testicule est placé sur propre. Les spiculés de grande taille sont caracté-
l'intestin moyen. Il est constitué d'une vésicule ristiques par rapport aux spiculés « normaux »,
hémisphérique complètement entourée du sper- mais rares,
miducte enroulé en 10 tours de spire (fig. 13, B).
L'ovaire est situé entre le testicule et l’estomac et Cette espèce a été récoltée aussi bien dans le
comprend plusieurs ovocytes. lagon qu’à l’extérieur du récif barrière.
Fiti. 13. Diikmmtm ma laïc n. sp. : A. thorax ; B, abdomen ; C. larve.
Diilaimum itiiirou n. sp : D el F., thorax : F. abdomen : G. larve. Echelles . 0.2 mm : A à C. 0.4 mm
D à G.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
Didemnum uturoa n. sp.
(Fig. 13. D à G. — PI. III. B. C).
Stations : Mooréa 4-22. Tahiti I-3-4-5-7-II.
Type : n° A2 DID C 99 de Tahiti, st. 3.
Les colonies sont petites, encroûtantes, très
minces, incolores. Quelques colonies (st. 7)
étaient vertes en surface (Algues symbiotes?).
Les zoides sont très petits, à peine 1 mm.
L'ouverture buccale est prolongée par de très
longs lobes buccaux filiformes (fig. 13. D. E)
d'où le nom d'espèce : utu = lèvre et roa = long.
L’ouverture cloacale est petite, souvent étroite en
fente (fig. 13, E). Il y a une paire d'organes
thoraciques latéraux saillants, ronds au niveau
du 3 e rang de stigmates.
L'appendice fixateur est court, inséré sous
l'endostyle (fig. 13. D. E). L'abdomen forme une
boucle large, simple. Il y a 2 vésicules testiculai¬
res accolées et 5 à 6 tours au spermiducte (fig. 13.
F) . L'ovaire contient plusieurs ovocytes en cours
de maturation (fig. 13. F).
Les larves mesurent 500 um pour le tronc : elles
sont allongées avec 4 paires de vésicules épider¬
miques et 3 papilles adhésives longues. Elles sont
gemmipares. bien que peu développées (fig. 13,
G) .
Les spiculés (pl. III. B. C) sont tout à fait
voisins de ceux de Didemnum digestum Sluiter.
1909. et il est d'ailleurs très difficile de séparer ces
espèces. Ils ont de nombreux rayons courts, mais
régulièrement une pointe plus longue avec un
diamètre de base nettement plus grand que les
rayons courts. Les rayons les plus courts ne sont
pas des rayons cassés. Ces spiculés à rayons
irréguliers se retrouvent aussi bien parmi les
spiculés de très petite taille que parmi les plus
gros. Il s'agit bien d'un type de spiculé spécial
(pl. III, C). leur taille peut atteindre 35um pour
la sphère, le rayon le plus long dépassant de
55 jxm.
La seule différence avec Didemnum digestum. à
part les spiculés, est la présence de 2 testicules au
lieu d’un, et les lobes buccaux plus longs; la larve
est identique.
En dehors d’une station. Tahiti 7, toutes les
localités de récolte de cette espèce, sont situées au
43
moins à 15 m de profondeur contrairement à D.
digestum qui est plus voisin de la surface.
La présence d’Algues symbiotes à la surface de
la colonie, mais pas dans les canaux cloacaux. ne
modifie en rien la morphologie de l'espèce. Les
Algues n'étaient présentes qu'à la station située à
un mètre sous la surface à Tahiti.
Didemnum vahatuio n. sp.
(Fig. 14. A. B. C. — Pl. III, D)
Stations : Mooréa 12-19-22. Tahiti 1-3-6-7. —
Tikehau 10-19.
Type : n° A2 DID C 111 de Tahiti, st. 3.
Les colonies sont blanches, étendues jusqu'à
5 cm. et très minces (I mm). Selon leur état les
canaux cloacaux sont visibles ou non à la surface
des colonies, les spiculés sont plus ou moins
abondants, mais souvent plus denses au niveau
des siphons buccaux qui apparaissent comme des
points opaques. Les cavités cloacales forment de
larges ouvertures rondes, certaines ont une bor¬
dure avec des spiculés moins denses disposés
selon des lignes radiaires. Les cloaques communs
apparaissent alors striés, comme chez Didemnum
granulatum.
Les zoides sont petits. 600 à 720 jon, avec une
forme générale allongée. Le siphon buccal cylin¬
drique est long (fig. 14. A. B) et cela dans toutes
les colonies même chez les individus contractés,
d'où le nom d'espèce, valut = bouche, tuio = tu¬
be.
Le thorax est allongé, avec une petite ouvertu¬
re cloacale (fig. 14. A. B). Les organes thoraci¬
ques latéraux peu saillants, verticaux, s'insèrent
au niveau du 4 e rang de stigmates, c'est-à-dire
très bas sur le thorax, le nombre de stigmates par
demi-rang n'a pu être compté.
Le pédoncule œsophago-rectal est allongé et
l'appendice fixateur s'insère au milieu. Celui-ci
est long, il dépasse l'abdomen (fig. 14. A. B).
L'abdomen est situé dans le prolongement du
thorax. La boucle digestive est peu ouverte avec
un intestin divisé en plusieurs segments. Cette
boucle est plane. Le testicule sphérique est placé
dans la courbure de l'intestin moyen (fig. 14. B).
Il est entouré de 6 à 7 tours de spire du
spermiducte. L'ovaire, placé sur la portion ascen¬
dante du spermiducte contre le testicule, présente
Source : MNHN, Paris
44
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 14. Didenmum valiaïuio n. sp. : A et
Didenmum viride Herdman : D. thorax : E.
Echelles : 0.25 mm : A à C. 0.3 mm : D à E.
B. deux zoides entiers : C. larve.
abdomen en phase mâle ; F. abdomen en fin de phase mâle.
plusieurs ovocytes en cours de maturation (fig.
14. A).
Les larves n'ont pas de caractères bien origi¬
naux avec 3 papilles adhésives et 4 paires de
vésicules épidermiques. Elles ne sont pas gemmi-
pares (fig. 14. C). Elles ne mesurent que 280 <*m
pour le tronc.
Les spiculés ont une forme régulière (pl. III.
D). Ils sont formés d'une sphère centrale hérissée
de courtes pointes coniques. Ils apparaissent très
ronds sous la loupe. Leur taille est variable, les
plus grands mesurant environ 45 um de diamètre.
Cette espèce se caractérise par la petite taille
des larves, la forme allongée du thorax et surtout
du siphon buccal, la forme des spiculés. Elle ne
présente aucun caractère original.
Didcmnum viride (Herdman. 1906)
(Fig. 14. D-F. PI. III, E)
Lepioclinum viride Herdman 1906 : 340.
Didenmum viride : Kott 1980 : 4 et synonymie: Kott 1982 :
101.
Station : Mooréa 22.
La colonie est mince, encroûtante cassante
mais assez molle, d'épaisseur variable de I à
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
45
1.5 mm. Elle a une couleur blanc sale. Elle
mesure 5 cm dans son plus grand diamètre. La
surface est plane, les siphons buccaux formant de
très petites élévations régulièrement réparties.
Nous n'avons pas vu les cloaques communs. Les
canaux cloacaux sont peu étendus et les spiculés
sont denses dans toute l'étendue de la colonie. La
couche superficielle contient les thorax, la couche
profonde les abdomens dans sa partie supérieure.
Les deux couches ne se séparent que difficile¬
ment.
Les zoides sont relativement petits (950 ixm au
plus), et des Algues unicellulaires y adhèrent
fortement au niveau du sillon péricoronal, de
l’endostyle. du pédoncule œsophago-rectal et de
la base de l'abdomen. Le siphon buccal est étroit
cylindrique (fig. 14. D). L'ouverture cloacale est
peu étendue et apparaît en fente pour les zoides
contractés. L'organe thoracique latéral est sail¬
lant. rond, situé au niveau du 3 e rang de
stigmates (fig. 14. D). Il y a 6 stigmates par demi-
rangée.
L'appendice fixateur est épais et inséré sur une
assez longue portion du pédoncule œsophago-
rectal (fig. 14. D). L'abdomen comprend une
boucle digestive marquée d'une double courbure,
c'est-à-dire repliée sur elle-même et un testicule
sphérique saillant. Le spermiducte s'enroule en 7
à 9 tours de spire (fig. 14. E). La glande
pylorique, située sur l'intestin postérieur,
communique avec l'estomac par un très large
canal (fig. 14. E. F).
Nous n'avons pas trouvé de larves dans l'uni¬
que colonie récoltée.
Les spiculés mesurent au plus 45 am de diamè¬
tre. mais ont des tailles très irrégulières (pl.lll.
E). Ils comptent peu de rayons, à section hexago¬
nale à leur base et à pointe arrondie.
La colonie de Mooréa correspond bien à la
description que donne Korr en 1982. Pour D.
viricle la distribution de l'espèce qui était connue
de Madagascar. Ceylan. des Philippines et Palau,
est donc maintenant étendue au Pacifique cen¬
tral.
Polysyncraton otuetue n. sp.
(Fig. 15. A, B. C, PI. III. F. PI. V. E)
Stations : Tahiti 3-5-6.
Type : n° A2 POL 20 de Tahiti, st. 6.
L'espèce forme de grandes plaques gélatineu¬
ses encroûtant toutes sortes de supports (Corail.
Bryozoaires. Algues calcaires, etc...). L'épaisseur
atteint 2 mm à l'étal fixé. Les colonies sont soit
arrondies soit lobées. Elles présentent toutes un
dessin net : des lignes sinueuses, brunes larges,
séparant des îlots de contours festonnés, plus
clairs (pl. V, E), d'où le nom d'espèce, ôtu'etu-
'e = festonné, sinueux. Ces dessins sont dûs à la
disposition des spiculés. En effet, les spiculés très
peu denses sont disposés en une seule couche
superficielle sur la bordure extérieure des colo¬
nies. et au-dessus de petits groupes de zoides.
Au-dessus des canaux cloacaux larges et méan-
driformes. les spiculés sont totalement absents.
La tunique est vitreuse mais contient un
pigment brun. Les zoides sont visibles par trans¬
parence. Les thorax mesurent en moyenne
0.5 mm de longueur (fig. 15. B), les abdomens
repliés sous le thorax sont un peu plus grands.
Les gonades, quand les testicules sont très déve¬
loppés. font saillie hors de l'abdomen qui peut
atteindre alors une longueur de 0.6 mm (fig. 15.
A. C). Le siphon buccal est cylindrique à 6 lobes,
l'ouverture cloacale est grande, prolongée dorsa-
lement par une languette bifide mais peu étendue
(fig. 15. A. B). L’organe thoracique latéral est
placé au-dessus du 1 er rang de stigmates (fig. 15.
A. B). La branchie compte de 9 à II stigmates
par demi-rang. Le pédoncule œsophago-rectal est
bien marqué, un appendice fixateur court s'y
insère (fig. 15. A, B).
L'abdomen forme une boucle ouverte. Le tube
digestif est divisé en régions bien marquées (fig.
15. C) et l'angle postérieur marquant le rebrous¬
sement de l'intestin est très net. L’intestin posté¬
rieur forme une boucle secondaire (fig. 15. C).
Les testicules font saillie à l'extérieur de la boucle
intestinale, et la rosette qu'ils forment peut avoir
un diamètre égal à celui de l'abdomen (fig. 15.
A). On compte jusqu'à 8 lobules piriformes. Le
spermiducte décrit 3,5 tours lâches. L'ovaire est
logé dans le dernier tour du spermiducte (fig. 15.
A. C).
Source : MNHN, Paris
46
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Il n'y avait pas de larves dans les colonies
récoltées.
Les spiculés mesurent en moyenne de 40 à
45 gm de diamètre. Leurs rayons très pointus
sont formés de faisceaux d’aiguilles mal soudées
entre elles (pl. III. F).
Cette espèce brunâtre, gélatineuse se reconnaît
très facilement grâce aux dessins que forment les
spiculés en surface de la colonie. Les zoides n’ont
pas de caractères originaux sinon un grand
nombre de stigmates et de vésicules spermati¬
ques.
Cette espèce pourrait correspondre à Po/ysvn-
craton aspiculatum Tokioka 1949. mais sa des-
Fic. 15. Polysyncraion oluetue n. sp. : A. zoidc entier : B. thorax ; C. abdomen avec bourgeon de thorax.
Polysyncraion ponianiae n. sp. : D et E. zoides entiers ; F. thorax : G. abdomen ; H, larve Echelles
0.5 mm : A et C. 0.4 mm : B et D à H.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
47
cription précise qu'elle n'a pas de spiculés, ce qui
est confirmé par Tokioka, 1953 et Kott, 1975.
En l'absence de larves nous ne pouvons avoir de
certitude.
Polysyncraton pontoniae n. sp.
(Fig. 15. D H. PI. III. G)
Stations : Mooréa 4-5-12-19. Tahiti 5-6. Ti-
kehau 4-13.
Type : n" A2 POL 26 de Mooréa. st. 12.
Les colonies ont des tailles très diverses, de
quelques mm à 5 cm. elles contiennent des zoides
sexuellement mûrs. Les grandes colonies sont
jaunâtres ou jaune orangé, plus ou moins mar¬
brées de blanc. Les canaux cloacaux sont visibles
à la surface et méandriformes. Les colonies se
déchirent facilement en deux couches, les canaux
cloacaux étant très étendus au niveau des thorax.
L'épaisseur des colonies ne dépasse pas 2 mm
mais les canaux cloacaux qui contiennent des
Crevettes sont alors dilatés. Le nom d'espèce
souligne la présence presque constante, dans les
canaux cloacaux des colonies, d'une Crevette
Pontoniidae.
Leszoides mesurent jusqu'à 1.2 mm. Le siphon
buccal est cylindrique à 6 lobes courts. L'ouver¬
ture cloacale est grande ou très grande, et porte
antérieurement une languette étroite à sa base et
profondément bifide (fig. 15. D. E. F). L'organe
thoracique latéral petit, rond, est placé au-dessus
du 1 er sinus interstigmatique. Il y a 8 à 9
stigmates par demi-rang (fig. 15, D. F).
Le thorax est brusquement rétréci sous la base
de l'endostyle. Le pédoncule œsophago-rectal est
long et porte un appendice fixateur qui n'atteint
jamais la longueur de l'abdomen (fig. 15. D. E.
F). Le tube digestif forme une boucle ouverte.
L'estomac est volumineux et cylindrique. L'intes¬
tin est divisé par des étranglements peu nets (fig.
15, D, E, G). On constate de façon permanente
une constriction au milieu de la portion ascen¬
dante du tube digestif. Le testicule est formé
d'une rosette de 4 à 7 lobules située dans la
boucle intestinale sur laquelle le spermiducte
s’enroule en 2,5 tours ou 3 tours au plus (fig. 15.
D. E. G). L'ovaire se développe dans le dernier
demi-tour du spermiducte.
Les larves peu développées mesurent 500 um
(fig. 15. H). Elles possèdent ocelle, otolithe. 3
papilles adhésives. 4 paires de vésicules épidermi¬
ques, plus des amas cellulaires qui pourraient
également représenter des papilles dans un déve¬
loppement ultérieur.
Les spiculés (PI. III. G) de deux types, sont
denses dans toute l'épaisseur de la tunique qui
cependant reste molle, peu cassante. Les spiculés
sphériques à rayons courts sont plus petits que
les spiculés à rayons plus longs qui mesurent
jusqu'à 60;im de diamètre au maximum.
L'espèce a été trouvée depuis 2 m de profon¬
deur (petite colonie) dans des zones de courants.
Nous attribuons également à cette espèce 3
colonies récoltées dans la passe de Vairao à 35 m
de profondeur. La plus grande colonie a 4 cm
dans sa plus grande dimension. Les colonies sont
extrêmement minces (moins de I mm d'épaisseur)
et contiennent très peu de spiculés. Les canaux
cloacaux sont larges. Les spiculés correspondent
à la forme observée pour les spécimens des autres
stations, ils sont formés de baguettes réunies en
astérisques, à extrémités carrées ou arrondies
mais non pointues. Les zoides mesurent 0.3 mm
pour le thorax et 0.5 mm pour l'abdomen. Nous
n'avons pas trouvé de différences anatomiques
avec les zoides des autres stations. Il n'y a pas de
larves.
P. pontoniae diffère de P. poro par la taille
des zoides. la forme des spiculés, la forme de la
languette cloacale. la présence d'un appendice
fixateur, la place différente des testicules dans
l'abdomen, la présence d'un étranglement au
niveau de l'intestin postérieur. Superficiellement
les deux espèces se ressemblent beaucoup mais
les colonies de P. pontoniae sont plus molles, les
canaux cloacaux plus visibles.
Polysyncraton poro n. sp.
(Fig. 16. A. C— PI. HL H)
Stations : Tahiti 5-7.
Type : A2 POL 22 de Tahiti, st. 5.
Cette espèce n'a été trouvée que dans la passe
en face du village de Vairao près de la surface et
à 35 m de profondeur. Les colonies épaisses de
2,5mm. rose orangé, peuvent être très étendues;
la plus grande atteint 8 cm. Les zoides sont
espacés d'au moins 1 mm et sont peu régulière¬
ment répartis. Ils sont visibles en surface de la
Source : MNHN, Paris
48
CLAUDE F.T FRANÇOISE MONNIOT
colonie grâce aux siphons buccaux étoilés. Les
ouvertures cloacales communes sont étroites,
étoilées à peine plus grandes que les siphons
buccaux. Elles sont nombreuses.
Les spiculés sont de tailles variées (PI. III. H).
Les plus gros mesurent 40 utn. Ils sont denses
dans toute l'épaisseur de la tunique. Ils forment
des billes bien sphériques, hérissées d'une multi¬
tude de petites pointes mousses, d’où le nom
d'espèce, poro = boule. D'autres spiculés sont
formés de rosettes de très nombreux rayons en
baguettes (pl. III. H).
Les zoides, disposés sur un seul plan, sont
grands et atteignent 1.7 mm (fig. 16. A. B). Les
siphons buccaux sont larges, courts à 6 lobes. Le
siphon cloacal a une ouverture énorme. Il est
Piilysyncruion para n. sp. : A ei B. zoides eruiers ; C. abdomen.
n piirtm il sp. : D. surface de la colonie ; E. zoidc entier ; F. thorax
im : A à C. 0.4 mm : E à II. 2.5 mm : D.
; G. abdomen : H. larve.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
49
prolongé dorsalement par une large et longue
languette à extrémité souvent bilobée. Cette
languette est muscularisée (fig. 16. B). Il y a 4
rangs de 10 stigmates allongés (fig. 16, A, B).
L’organe thoracique latéral non saillant est situé
sur le bord de l'ouverture au niveau du I" rang
de stigmates (fig. 16, A, B). Il n’y a pas
d'appendice fixateur.
Le pédoncule œsophago-rectal est long et large
et prolonge sans transition nette la base du
thorax amincie (fig. 16, A, B). La boucle digesti¬
ve est simple, allongée, assez fermée, plus petite
que le thorax (fig. 16, A. B). L'œsophage montre
un léger renflement puis un rétrécissement au
niveau du cardia. L'estomac est cylindrique.
L'intestin montre 3 régions sans que leur forme
soit constante (fig. 16. A, B). L'anus bilabié est
libre dans la cavité cloacale. Les testicules for¬
ment une rosette de 3 à 7 lobules (fig. 16. B. C)
située sur l'intestin au pôle postérieur de l'abdo¬
men. Il y a 2 ou 3 tours lâches du spermiducte
sur la rosette testiculaire. Nous n'avons pas
trouvé d'ovaire ni de larves dans les colonies
observées.
Cette espèce diffère de tous les autres Polysyn-
craton sauf P. ponioniae. par sa grande languette
cloacale. ses organes thoraciques latéraux très
hauts dans le thorax, son absence d'appendice
fixateur, ses nombreux testicules et au plus 3
tours de spire au spermiducte. Les spiculés ronds
et denses sont caractéristiques. L'espèce diffère
essentiellement de Polysyncraton ponioniae par
son manque d'appendice fixateur et la forme de
ses spiculés.
Malgré le grand développement des colonies,
l'espèce n'est pas commune en Polynésie.
Polysyncraton purou n. sp.
(Fig. 16. D à H. PI. UI, I)
Stations : Tahiti 1-4-5.
Type : n° A2 POL 24 de Tahiti, st. 5.
Les colonies sont très minces (moins de 1 mm
d'épaisseur), encroûtantes et transparentes car
elles ne contiennent que très peu de spiculés,
disposés en une seule couche superficielle : le nom
d’espèce, purou = voile de mariée, veut représen¬
ter l'aspect des colonies. Leur diamètre n'est que
de 1 à 2cm. Il n,y a pas de spiculés au bord des
cloaques communs (fig. 16, D). Des inclusions
orangées dans la couche profonde de la tunique
sont visibles à travers la tunique vitreuse translu¬
cide.
Les zoides sont disposés sous les spiculés. Ils
mesurent 1 mm en moyenne. Le siphon buccal à
6 lobes nets. Le siphon cloacal est plus ou moins
grand mais ne découvre pas la totalité de la
branchie (fig. 16, E, F). Il porte une languette
cloacale bifurquée de taille variable selon l'em¬
placement des zoides par rapport au cloaque
commun (fig. 16, E, F). L'organe thoracique
latéral arrondi est placé au bord de l'ouverture
cloacale au niveau du 1 er sinus interstigmatique.
Il y a 8 stigmates par demi-rang. Le pédoncule
œsophago-rectal est large et court ; l'appendice
fixateur très court, conique, est inséré à son
origine sous l’endostyle (fig. 16, E, F).
L'abdomen est allongé. L'estomac a une forme
d'olive. En face de lui sur l'intestin postérieur 3
tubules pyloriques clairs sont visibles (fig. 16, E,
G). L'intestin est très peu différencié en régions
(fig. 16, G). L’anus a un bord entier. Le testicule
est placé au centre de la boucle digestive; il
comprend de 1 à 3 lobules, mais le plus souvent
2. Le spermiducte ne décrit que 1 à 2 tours de
spire (fig. 16, E, G). L'ovaire se situe dans le
dernier demi-tour de spire du spermiducte.
Les larves sont situées dans la partie basale de
la tunique, au contact du substrat. Elles mesu¬
rent 550 jim pour le tronc. Elles possèdent ocelle,
otolithe. et 3 papilles adhésives longues ; il y a 8
paires de vésicules épidermiques. Elles sont gem-
mipares. L'oozoide a 3 rangs de stigmates, le
blastozoide 4, ce qui correspond à ce que nous
avons observé chez tous les Polysyncraton gem-
mipares (Monniot F., 1984).
Les spiculés sont de deux types (pl. 111. I).
Certains ont des rayons larges à la base et
fortement acuminés ou brusquement rétrécis, ce
sont les plus abondants, d'autres forment des
rosettes de petites baguettes non pointues.
Lissoclinum fragile (Van Name. 1902)
Diplasonioides fragile Van Name. 1902 : 370.
Synonymie : voir Monniot F.. 1983a : 35.
Stations : Tahiti 8 et port de Papeete. Tikehau
1-4-6-10-11-17-18.
L'espèce est bien caractéristique. Elle a une
répartition mondiale dans les eaux chaudes litto-
Source : MNHN, Paris
50
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
raies en faciès abrité. Cette Ascidie, considérée
comme une salissure marine, a donc toutes les
raisons de figurer dans la faune de Polynésie
française. Il est étonnant que nous ne l'ayons pas
trouvée à Mooréa.
I.issoclinum mereti n. sp.
(Fig. 17 A-G)
Stations : Mooréa 8-17-18-19. Tikehau 4-10.
Type : n° A2 LIS 37 de Mooréa. st. 19.
Les colonies sont très petites, glaireuses, vi¬
treuses sans forme bien définie, elles sont très peu
visibles sur le substrat.
Les spiculés sont ici répartis en capsule autour
des zoides et ne figurent pas dans la tunique
entre les zoides. Ils mesurent jusqu'à 150 uni de
diamètre. Ils sont épais de contour irrégulier
mais plutôt arrondi. Ils sont formés d'une multi¬
tude d'aiguilles dirigées vers le centre commun
(fig. 17, G). Ils ont une forme d'assiette d'où le
nom d'espèce, mereti = assiette.
Les zoides sont très contractés. Il y a 6 lobes
buccaux (fig. 17, A). L'ouverture cloacale est
étroite, mais doit être plus large chez les zoides
étendus. Les organes thoraciques latéraux sont
situés très près de l'endostyle au-dessus du 2'
sinus interstigmatique. Il n'y a pas d'appendice
fixateur. Le thorax contracté mesure environ
350 um. L'abdomen mesure de 300 à 400 um.
selon le développement du testicule (fig. 17. B. C,
D, E): le spermiducte. étroit au départ, s'élargit
en fuseau au-dessus du testicule pour redevenir
mince le long de l'intestin postérieur (fig. 17. B,
E).
La boucle digestive n'a pas de caractère parti¬
culier (fig. 17, C) et ressemble tout à fait à celle
de L. verrilli avec un estomac arrondi, suivi
d'une portion intestinale renflée, d'un étrangle¬
ment, d'un intestin moyen en olive, séparé de
l’intestin postérieur cylindrique par un deuxième
étranglement. L’anus est bilobé. Il n’y avait de
larves que dans une de nos colonies (fig. 17, F).
Elles mesurent 640 (xm, sont gemmipares avec 3
papilles adhésives et 4 paires de vésicules épider¬
miques.
L’espèce diffère de Diplosomoides triangulum,
Sluiter, 1909 (spécimen-type) par la taille des
zoides, ici beaucoup plus petits et la taille des
spiculés ici beaucoup plus grands. La larve du
type de Sluiter a pu être examinée (fig. 17. H),
elle mesure 1 345 ;xm.
Cette nouvelle espèce diffère également de
Echinoclinum philippinense Tokioka. 1967 par la
forme des spiculés.
Lissoclinum patella (Gottschaldt. 1898)
DidemnuiJes patella Gollschuldl.1898 : 653.
Synonymie : voir Kott. 1980 : 18. cl Kott. 1981 : 189;
1982 : 113.
Stations : Mooréa 1-2-3-5-6-10-12-13-14-15-19-22.
Tahiti 10-11.
L’espèce est tout à fait caractéristique et il
n'est pas nécessaire de la redécrire ici. Les
colonies de Polynésie ne sont pas très étendues, 2
à 3 cm au maximum. Elles ont des formes très
variables selon le substrat. On les trouve soit en
bordure du récif frangeant, soit sur le récif
barrière, ou sur les massifs de Coraux dans le
lagon, toujours à une faible profondeur. Les
colonies sont colorées en vert foncé par des
Algues symbiotes qui sont contenues dans des
canaux cloacaux. Le bord des colonies est blanc
là où la tunique est épaisse, sans canaux, où la
couche de spiculés apparaît. Les siphons buccaux
sont aussi souvent marqués de 2 points blancs
chacun, en surface de la colonie, dûs aux spi¬
culés. Les zoides ont été très bien figurés dans le
travail de Tokioka, 1950, sous le nom de
Didemnum patella. et par Millar, 1975, égale¬
ment sous ce nom. Il faut seulement signaler que
les organes thoraciques latéraux sont très petits
et situés au niveau du 2 e sinus interstigmatique.
Le spermiducte prend son origine très posté¬
rieurement sur le testicule puis le contourne pour
longer ensuite le tube digestif. Il forme donc une
sorte de crosse. Ce caractère a été signalé par
tous les auteurs. Il pourrait être considéré
comme une ébauche de spirale et dans ce cas
l'espèce appartiendrait au genre Didemnum. Or
chez tous les Didemnum observés les larves ont
une branchie à 3 rangs de stigmates. Quand elles
sont gemmipares l'oozoide a 3 rangs de stigmates
et les bourgeons ont 4 rangs de stigmates. Chez
les Lissoclinum. la situation est différente puisque
tous les oozoides ont d'emblée 4 rangs de
stigmates, les bourgeons aussi. Dans le cas de
Lissoclinum patella les larves ont bien des oozoi-
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
51
Fig. 17. Lissaclimun mercii n. sp. : A. thorax ;
E. autre spécimen ; F. larve : G. spiculés.
Lis.smliiuim iricmgulum (Sluiter) : II. larve du type.
Lissodinum ravurava n. sp. : I. zoidc entier : J. spic
A à F. 100;im : G. 30 : j.m : J.
t C. abdomen vu par les faces gauche et droite : D c
Source : MNHN, Paris
52
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
des et des blastozoides à 4 rangs de stigmates.
Cela permet donc de placer l'espèce, sans diffi¬
culté, dans le genre Lissoclinum.
Lissoclinum patella a toujours été trouvé avec
Diplosoma similis.
Lissoclinum ravarava n. sp.
(Fig. 17, I, J)
Stations : Mooréa 2-5-6-7-10-13-21. Tahiti 4-7.
Type : n° A2 LIS 34 de Mooréa, si. 6.
Extrêmement molles, de consistance glaireuse,
les colonies de cette espèce ressembleraient plutôt
à un Diplosoma. La tunique est pigmentée de
brun de façon plus ou moins dense, vitreuse, et
les zoides visibles par transparence sont brun
foncé, d'où le nom d'espèce, ravarava = brun.
L'aspect rappelle tout à fait Diplosoma listeria-
num mais avec une coloration différente. L'ex¬
tension des animaux observés n'est que de I à
2cm avec des contours très irréguliers. Des
brides de tunique attachent les colonies au
Corail. Les spiculés sont très rares, ils n’ont été
trouvés que dans une colonie (fig. 17, J).
Les siphons buccaux s'ouvrent dans une cou¬
che de tunique superficielle plus dense en for¬
mant des trous ronds; les cloaques communs
forment également des perforations circulaires
simples. La tunique interne est molle, les zoides
sont disposés dans des brides de tunique reliant
la couche superficielle et la couche basale. Les
canaux cloacaux sont très vastes.
Les zoides sont très grands, en moyenne 2 mm,
l’abdomen étant plus petit que le thorax. Ils sont
disposés perpendiculairement à la surface de la
colonie. Il y a 6 lobes buccaux peu nets. On
compte 16 tentacules coronaux de 3 ordres. Il
existe une grande languette cloacale en forme de
cuiller (fig. 17, 1). Nous n'avons pas pu trouver
d'organes thoraciques latéraux mais un groupe¬
ment de quelques cellules sur le bord du manteau
au niveau du 2 e sinus transversal. Les languettes
du raphé sont filiformes et très longues (plus de 2
rangs de stigmates). Il n'y a pas d’appendice
fixateur (fig. 17. II). La taille est courte. L'abdo¬
men est fortement pigmenté de brun. La boucle
digestive est simple avec un estomac volumineux
et un intestin avec des segments différenciés (fig.
17, I).
Le testicule unique est sphérique. Le spermi-
ducte droit prend naissance au pôle postérieur du
testicule (fig. 17. I). L'ovaire est situé entre le
testicule et l'intestin postérieur (fig. 17, I). Les
ovocytes en cours de maturation se développent
dans un diverticule pédonculé du manteau.
Nous n’avons pas trouvé de têtards.
Les spiculés sont très peu nombreux ou ab¬
sents, formés de cristaux en aiguilles. Leur taille
très variable ne dépasse pas 26[xtn (fig. 17. J).
Les caractères les plus marquants de cette
espèce sont : sa couleur brune due à des grosses
cellules pigmentaires, la rareté des spiculés, la
forme de la languette cloacale.
L'espèce la plus proche serait Lissoclinum nplti
Brewin, 1958, revue par Miu.ar. 1981. Nous
avons examiné le type déposé à Otago mais il ne
permet pas une observation poussée. Les zoides
sont plus petits avec un grand nombre de
stigmates. Nous n'avons pas trouvé de spiculés,
la languette cloacale n'a pu être observée. L'iden¬
tité des deux espèces est peu probable.
Cette espèce n'a été trouvée qu'à faible profon¬
deur (quelques mètres) dans des zones de cou¬
rants permanents.
Lissoclinum taratara n. sp.
(Fig. 18, A à E. — PI. IV. A)
Stations : Mooréa 4-16. Tahiti 5-6.
Type : n° A2 LIS 39 de Mooréa. st. 4.
Les colonies forment des croûtes molles épais¬
ses de 1,5 mm au maximum et de quelques
centimètres d'extension (la plus grande trouvée
mesure 5cm x 1,5cm).
La couleur est blanche. La consistance est
molle malgré la grande densité des spiculés. La
structure de la colonie est typique du genre avec
une couche superficielle contenant les siphons
buccaux, une couche moyenne formée de ponts
de tunique contenant les thorax qui sont, soit
isolés, soit groupés pur 3 ou 4. le système cloacal
étant très vaste. La couche inférieure contient les
abdomens qui sont, soit perpendiculaires à la
surface de la colonie, soit couchés.
Le siphon buccal est court avec 6 lobes (fig. 18,
A). L'ouverture cloacale est grande mais peut
être fortement rétrécie quand les zoides sont
contractés. Il y a 4 rangs de 8 à 9 stigmates. Les
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
53
organes thoraciques latéraux sont grands, placés
au niveau du 2 e sinus interstigmatique ou du 3 e
rang de stigmates (fig. 18. A). 11 n'y a pas
d'appendice fixateur. Le pédoncule œsophago-
rectal est court.
L'adbomen forme une boucle fermée avec un
estomac volumineux, une première portion intes¬
tinale conique, une portion moyenne souvent
renflée, et une portion terminale (fig. 18. B, C).
Le testicule unique, situé au centre de la boucle
digestive, est très saillant (fig. 18. B. C. D). Le
spermiducte doit prendre naissance au pôle le
plus externe du testicule, il décrit donc seulement
le quart de son périmètre puis suit le rectum (fig.
18. B). Nous n'avons pas trouvé d'ovaire ni de
larves.
Fie;. 18. Lixsocltnum taralara n. sp. : A. ihorax : B. C et D. abdomens ; E. spiculés.
Linoclimim tuhciuvae n. sp. : F. /oidc enlier en phase femelle : G ei Fl. abdomens hermaphrodites : I. larve :
J. spiculés. Echelles : 0.5 mm : A à D et F à I. 100 pm : J. 50 [xm : E.
Source : MNHN, Paris
54
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Les spiculés sont formés d'astérisques ayant
des rayons pointus de longueur et d'épaisseur
extrêmement inégales, et dont le nombre est très
variable (pl. IV. A), d'où le nom d'espèce.
tara tara = épineux.
Aucune espèce des Lissoclinum décrits, avec un
seul testicule et sans languette cloacale, ne cor¬
respond aux spécimens décrits ci-dessus.
Lissoclinum notti Brewin, 1958 a été revu, les
spiculés étaient dissous dans la colonie type. Les
organes thoraciques latéraux ainsi que l’intestin
moyen ont une forme différente. La couleur de la
colonie est violette. Nos spécimens ne peuvent
correspondre à l'espèce de Brewin de Nouvelle
Zélande.
L'espèce a été trouvée soit à l'extérieur du récif
barrière, soit dans le lagon mais à une profon¬
deur de plus de 10 m. aussi bien à Mooréa qu'à
Tahiti. Elle n'est ni fréquente, ni abondante.
Lissoclinum tuhciavae n. sp.
(Fig. 18. F-I. Pl. IV. B. C)
Station : Tikehau 19.
Type : n° A2 LIS 36.
Deux colonies de 15 mm, épaisses de I mm au
plus, ont été récoltées entre 25 et 30 m dans la
passe de Tuheiava, atoll de Tikehau (Tuamotou).
Les spiculés sont peu abondants dans une tuni¬
que molle vitreuse, et laissent voir une partie des
zoides.
Les zoides ont une assez grande taille. I mm au
moins. L'abdomen est replié sous le thorax. Le
siphon buccal est court à 6 lobes pointus.
L’ouverture cloacale est large quand les zoides
sont étendus (fig. 18. F). Il n'y a pas de languette
cloacale. L'organe thoracique latéral forme une
fossette de chaque côté de l'endostyle au niveau
du 3 e rang de stigmates (fig. 18, F). On compte
environ 8 stigmates par demi-rang. Il n’y a pas
d’appendice fixateur.
L’abdomen forme une boucle plane. L'esto¬
mac est gros et sa longueur est au moins égale à
celle de la moitié de l’abdomen. L’intestin
présente plusieurs régions individualisées (fig. 18.
H), l'intestin moyen étant lui-même parfois diffé¬
rencié en 2 tronçons distincts. Le testicule unique
est logé dans la boucle intestinale (fig. 18, H).
L'ovaire est placé très haut au niveau du cardia,
sur l'estomac (fig. 18, H). Les ovocytes en cours
de maturation se disposent dans un diverticule
du manteau formant une poche appendue à la
partie antérieure de l'abdomen.
Les larves sont de petite taille (500 um). La
queue ne décrit que la moitié du périmètre du
tronc (fig. 18. I). Il y a 3 papilles adhésives et 4
paires de vésicules épidermiques. L’oozoide est
bien différencié avec 4 rangs de stigmates et un
tube digestif déjà formé. Ocelle et otolithe sont
présents. La larve n’est pas gemmipare.
Les spiculés (pl. IV, B, C) ressemblent beau¬
coup à ceux du Lissoclinum verrilli mais sont plus
gros. Ils ont 4 ou 5 sommets formés d’aiguilles
coalescentes longues tandis que le centre du
spiculé est constitué d’une rosette d'aiguilles plus
courtes.
Lissoclinum tuheiavae ressemble énormément à
L. verrilli. Il en diffère par ses spiculés plus gros,
mais surtout par la structure de la larve non
gemmipare.
Cette espèce n'a été trouvée qu’en une seule
localité, nous lui avons cependant donné un nom
d’espèce parce qu'elle ne correspond à aucune
forme des animaux ayant été appelés Echinocli-
num. Il serait nécessaire de récolter d’autres
colonies pour en confirmer la validité.
Lissoclinum varcau n. sp.
(Fig. 19, A-D. Pl. IV, D et Pl. V, F)
Stations : Mooréa 4-11-16-20-22. Tahiti 1-3-4-
5-6-7-9-12.
Type : n° A2 LIS 32 de Mooréa, st. 4.
Colonies extrêmement molles, glaireuses
malgré la présence d’abondants spiculés dans
toute la colonie (pl. V, F). La couleur en plongée
apparaissait bleu vif mais mauve en surface, d'où
le nom d'espèce, vareau = violet, mauve. Après
fixation les animaux sont plus ou moins déco¬
lorés, mais il reste une coloration brune surtout
au niveau des siphons buccaux. La couleur est
due à des cellules pigmentaires dispersées dans la
tunique mais surtout localisées à une couche
superficielle. Il n’est pas possible d’enlever les
colonies de leur support corallien sans dommage.
Les zoides sont eux aussi très fragiles, thorax et
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
55
Fig. 19. Lissoclinum vareau n. sp. : A. zoide entier en phase
thoracique ; C. abdomen en phase femelle ; D, larve.
Lissoclinum verrilli (Van Name) : E et F. zoides entiers ; H et O.
0,5 mm : A à D. 0,4 mm : E à I. — 50 |xm : J.
mâle ; B. abdomen immature avec bourgeon
abdomens : I, larve ; J, spiculés. — Echelles :
Source : MNHN, Paris
56
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
abdomen s'isolent très facilement. Les colonies
de petite taille, 2 cm au maximum, sont relative¬
ment épaisses, 2 mm avec 1 ou 2 cloaques
communs, rarement plus, en simples trous. Il n’a
pas été possible de mettre en évidence des cavités
cloacales communes. Les zoides se trouvent dans
la couche superficielle de la colonie, la couche
basale ne comprenant que des spiculés. Les
larves sont incubées au voisinage des abdomens
et restent enveloppées d’une partie du manteau.
Les zoides (fig. 19, A) atteignent 1,4 mm
quand ils sont étendus, mais l'abdomen est le
plus généralement placé à angle droit par rapport
au thorax. Les siphons buccaux ont 6 lobes
pointus, ils sont courts. L'ouverture cloacale est
énorme découvrant la presque totalité de la
branchie. Une languette membraneuse en forme
de cuiller est toujours présente (fig. 19. A). Les
organes thoraciques latéraux, en forme de crois¬
sant, sont situés au niveau du 2 e sinus transverse.
11 n'y a pas d'appendice fixateur. La branchie
comprend 4 rangs de stigmates très allongés
assez nombreux (généralement 9 pour le premier
rang) (fig. 19, A).
Le pédoncule œsophago-rectal est court. La
boucle digestive est simple sans courbure secon¬
daire (fig. 19, A, B, C). L'estomac est allongé,
suivi d’un post-estomac peu net. Un élargisse¬
ment et parfois une boucle (fig. 19, B) marquent
le début de l'intestin postérieur. L'anus est
bilabié. Les gonades mâle et femelle ne sont pas
mûres simultanément. Les testicules sont formés
de deux lobules jointifs situés dans la boucle
intestinale mais faisant largement saillie du côté
gauche de l'abdomen et sous lui quand il est
replié sous le thorax (fig. 19, A). Le spermiducte
droit débute au pôle tout à fait postérieur de
l’abdomen il est souvent renflé en fuseau. L'ovai¬
re (fig. 19, C) se développe dans un diverticule du
manteau. Au fur et à mesure du développement
des ovocytes, le diverticule se transforme en une
véritable poche incubatrice, l'ovaire étant situé
dans son pédoncule.
Nous n'avons trouvé que des embryons en
cours de développement et un seul têtard. Ces
embryons restent entourés de la paroi du man¬
teau du zoide-mère. Le têtard mesure 660 ,um
pour le tronc, il a 3 papilles adhésives et 10 paires
de vésicules épidermiques, ocelle et otolithe; la
branchie est déjà développée chez l'oozoide avec
4 rangs de stigmates. La larve n’est pas gemmi-
pare à ce stade. Nous n'avons pu déterminer si
des colonies étaient hermaphrodites avec des
stades mâle et femelle successifs, ou si elles
avaient des sexes séparés. Les embryons en cours
d'incubation n'ont été trouvés que dans les
colonies où les zoides avaient des ovaires. Nous
n'avons pas trouvé d'ébauches d'ovaires dans les
colonies présentant des zoides en phase mâle, ni
de larves.
Les spiculés mesurent 40jj.ni pour les plus
grands, ils sont formés de baguettes fibreuses
réunies de façon concentrique et formant des
sphères (pl. IV. D).
Cette espèce se différencie de toutes les autres
espèces de Lissoclinum par la couleur des colo¬
nies, la consistance de la tunique et la structure
de la gonade femelle.
Lissoclinum vareuu n'a pas été trouvé à
Tikehau. A Mooréa, cette espèce ne vit que sur la
pente externe du récif ou dans les passes, à 20 m
de profondeur au moins. A Tahiti cette espèce vit
aussi dans le lagon, généralement au-dessous de
15 m, mais elle a été trouvée aussi â 2 m seule¬
ment. Les colonies sont toujours implantées sous
les blocs coralliens, donc très abritées de l'éro¬
sion, et des prédateurs.
Lissoclinum verrilli (Van Name, 1902)
(Fig. 19, E-J)
Echinoclinum verrilli Van Name. 1902.
Lissoclinum verrilli : Monniot F.. 1983a.
Stations : Mooréa 11-19.
Les deux colonies sont très molles, glaireuses,
très translucides et laissent voir par transparence
les zoides jaunes ayant un pigment rouge sur le
sillon péricoronal et les sinus transverses. La
coloration disparaît dans le fixateur. Les spiculés
sont rares, de petite taille (fig. 19, J) plus denses
au niveau des lobes buccaux. Les zoides (fig. 19,
E, F) correspondent tout à fait â ceux que nous
avons récoltés aux Bermudes et en Guadeloupe
(Monniot F.. 1983a). La boucle intestinale est
fermée avec un gros estomac. Le testicule unique
n'est jamais gros dans les exemplaires de Polyné¬
sie (fig. 19, G, H). Les larves (fig. 19, I) ont 3
papilles adhésives et 4 paires de vésicules épider¬
miques. Elles sont gemmipares. Oozoide et blas-
tozoide ont tous les deux 4 rangs de stigmates.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DF. POLYNÉSIE FRANÇAISE
57
L'espèce avait déjà été signalée dans le Pacifi¬
que au Japon par Tokioka, 1958 : 75. L'espèce
avait été aussi récoltée sur la côte occidentale
d'Afrique (Millar. 1953).
Selon Eldredgl (1967 : 242), Echinodlnum ne
diffère de Lissoclinum que par une forme parti¬
culière des spiculés et ne mérite pas d'être retenu.
C’est la position que nous avons également
adoptée depuis 1983. Kott en 1981 décrit Echi-
noclinum philippinen.se qui ne diffère de L. verrilli
que par 6 paires de vésicules épidermiques au lieu
de 4 chez la larve. Cet auteur signale une tunique
ferme et des zoides disposés régulièrement en
double rangs, pour des exemplaires du Golfe du
Mexique et de Floride. Ces spécimens n'appar¬
tiennent certainement pas à l'espèce de Verrill.
Kott. en 1981, signale que l'espèce décrite par
elle (1972a) du Sud de l'Australie, avec 14 paires
de vésicules épidermiques chez la larve, ne cor¬
respond ni à L. verrilli. ni à L. pucificen.se bien
que les colonies et les zoides y ressemblent. Kott
remet également en doute la position spécifique
des exemplaires décrits en 1962 provenant de
Tasmanie.
Diplosoma ata n. sp.
(Fig. 20. A à E)
Stations : Mooréa 2-5-6. Tahiti 6. Tikehau
1-4-6.
Type : n° A2 DIP A 41 de Tikehau. st. I.
Les colonies sont encroûtantes, minces, très
molles, translucides, beiges avec des zones
blanchâtres évoquant des nuages, d'où le nom
d'espèce, ata = nuage. Les zoides sont visibles
par transparence. Une colonie de Mooréa abri¬
tait dans sa cavité cloacale une Crevette Ponto-
niidae. Cette espèce ressemble beaucoup à Diplo¬
soma listerianum par son aspect et sa consistance.
Les zoides mesurent en moyenne 0,7 mm de
long pour le thorax et 0.5 mm pour l'abdomen.
Ils possèdent un point noir au niveau du gan¬
glion nerveux, et des cellules pigmentaires plus
ou moins denses au bord du siphon buccal, dans
la partie antérieure de l'endostyle et sur le tube
digestif. Il existe des cellules granuleuses claires
en surface de la colonie et au niveau des thorax.
Le siphon buccal est très large, court, avec 6
lobes pétaliformes (fig. 20. A). L'ouverture cloa¬
cale est très grande et découvre la totalité de la
branchie (fig. 20, A. B). On compte jusqu'à 11
stigmates par demi-rang dans les trois premiers
rangs au moins. Les tentacules coronaux sont en
nombre variable selon les individus et les colo¬
nies. généralement 16 en 2 ou 3 ordres.
Le thorax, au niveau de la base de l'endostyle,
forme un angle droit chez les animaux non
contractés et c'est au niveau de cet angle que
s'insère l'appendice fixateur, court (fig. 20. A). Le
pédoncule œsophago-rectal est relativement
court, étroit, entouré d’un anneau fibreux dans la
tunique (fig. 20, B).
L'abdomen est replié sous le thorax. La boucle
digestive est très fermée (fig. 20. C. D). Il y a une
seule vésicule testiculaire sphérique, peu volumi¬
neuse. Le spermiducte. droit, part du pôle exter¬
ne du testicule. Chez un individu jeune nous
avons observé le spermiducte faisant 1/4 de tour
autour de l'ébauche du testicule (fig. 20, D).
L'ovaire est placé contre le spermiducte au-
dessus de l'estomac (fig. 20. B, C). Un seul
embryon se développe à la fois au niveau de
l'ovaire, contre la boucle intestinale.
Nous n'avons pas trouvé d'embryons prêts à
éclore. Cependant quelques larves montraient
déjà une différenciation de la branchie avec 4
rangs de stigmates et un bourgeon (fig. 20, E).
Les larves (550ii.ni) ont 3 papilles adhésives et 3
paires de vésicules épidermiques très courtes.
L'oozoide a une branchie où l'on distingue 4
rangs de stigmates. 11 n'y a qu'un blastozoide au
stade observé, de grande taille.
Il n'y a pas d'Algues unicellulaires symbiotes
dans les colonies.
Cette espèce correspond exactement à la des¬
cription de Diplosoma mitsukuri Oka. 1892 don¬
née par Tokioka en 1953 p. 201 si l'on ne tenait
compte des gonades. Tokioka décrit 2 testicules
sphériques (mais ceci n'apparaît pas sur la figure
qu'il donne pl. 14). Dans la description originale,
Oka ne mentionne pas les gonades. Nous ne
pouvons inclure nos spécimens dans une espèce
de Diplosoma ayant deux testicules, nous devons
donc considérer l'espèce de Polynésie comme
nouvelle.
L'espèce n'a été récoltée que dans le lagon à
Tahiti, Mooréa et Tikehau où elle vit de 1 à 10 m
de profondeur seulement.
Source : MNHN, Paris
58
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 20. — Diplosoma ata n. sp. : A, zoide entier
hermaphrodite ; D. abdomen jeune ; E, larve.
Diplosoma matie n. sp. : F, zoide entier ; G, larve. — Echelle
phase mâle ; B, zoide entier en phase femelle ; C, abdomen
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNESIE FRANÇAISE 59
Diplosoma listerianum Milne-Edwards, 1842
Synonymie : voir Monniot F.. 1983a : 41.
Stations : Mooréa 7-11-17. — Tahiti 5-port de Pa¬
peete et bassins à crevettes du COP — Tikehau
1 - 2 - 12 .
L'espèce n’est pas très abondante dans les
stations observées, elle se présente en très petites
colonies dans des habitats très protégés. Par
contre, cette espèce forme des colonies s'étendant
sur plusieurs dizaines de centimètres dans les
bassins d'élevage de Crevettes du Centre Océa¬
nologique du Pacifique. Ces bassins de 1,50 m de
profondeur sont creusés dans la terre et ali¬
mentés en eau de mer en permanence par une
pompe. Diplosoma se développe sur des herbes,
des brindilles, tous les supports solides disponi¬
bles. Les colonies sont de couleur très sombre,
presque noires, ce qui est probablement dû à
l'exposition au soleil. Cette même couleur avait
déjà été observée en France dans le port de Sète.
Tous les caractères des zoides correspondent aux
spécimens récoltés en Atlantique ou en Méditer¬
ranée. Pour confirmer l'identification, quelques
colonies de Tahiti ont été congelées et lyophili¬
sées. Leur étude a été confiée aux chimistes ayant
déjà travaillé sur du matériel atlantique et médi¬
terranéen (C. Ireland). Des chromatographies
identiques ont confirmé que l’espèce est bien
Diplosoma listerianum.
Diplosoma matie n. sp.
(Fig. 20, F-G)
Stations : Mooréa 1. — Tahiti 10.
Type : n° A2 DIP A 43, st. Mooréa !.
Les colonies sont encroûtantes, vert sombre
(matie = vert en tahitien) épaisses de 3 mm en
place. Elles ressemblent exactement à celles de
Diplosoma similis, mais les siphon buccaux sont
légèrement saillants et la surface des colonies,
sous microscope binoculaire, paraît hérissée. Le
bord des colonies est clair. Les colonies ont une
forme irrégulière de quelques centimètres sur les
branches de Corail Acropora. Les cavités cloaca-
les sont extrêmement étendues. les zoides étant
inclus dans des épaississements de la couche
supérieure de la tunique et reliés par de fines
brides tunicales à la couche inférieure.
Les zoides (fig. 20. F) sont disposés perpendi¬
culairement à la surface des colonies, l'abdomen
étant dans le prolongement du thorax. Le siphon
buccal est allongé, bordé de 6 lobes aigus. Les
tentacules sont disposés sur plusieurs cercles. La
branchie comprend 3 rangs de 6 stigmates, le 4 e
n'en ayant que 5 (fig. 20, F). L'ouverture cloacale
est très large mais, pour la plupart des zoides,
séparée en 2 parties, droite et gauche, le manteau
restant soudé à la branchie le long de la ligne
dorsale.
Le pédoncule œsophago-rectal est long. Un
appendice fixateur assez court s'en détache à sa
base. L'abdomen est de même taille que le
thorax. Il contient une boucle digestive fermée et
du côté gauche deux vésicules testiculaires acco¬
lées.
Les larves sont relativement petites, 850 [an
maximum (fig. 20. G). Elles possèdent un ras-
trum développé. Les papilles adhésives sont
alignées; leur nombre varie de 5 à 12 avec une
tendance à se disposer en 2 rangs quand leur
nombre dépasse 8. Il y a 5 à 6 paires de vésicules
épidermiques. Il n'y a qu'un bourgeon développé
sous l'oozoide.
Cette espèce ne correspond pas à ce que Kott
a décrit sous le nom de D. virens en 1980. avec
des colonies peu étendues, arrondies, des zoides
disposés de façon concentrique, des larves à 3
papilles adhésives seulement et mesurant plus de
I mm. Cette description correspond au type de
Herdman et aux exemplaires de Sluiter que
nous avons revus.
En 1982, Kott publie des photographies en
couleur de Diplosoma virens qui ne correspon¬
dent pas du tout à l'allure de l'espèce de
Polynésie ni pour la forme ni pour la couleur.
Les larves mesurent jusqu'à 1,5 mm. Cet auteur
signale une multiplication des papilles adhésives
chez les têtards récoltés à la Grande Barrière
(Lizard Island). Cette espèce, si elle est différente
de D. virens ne ressemble aux spécimens de
Polynésie que par le nombre et la disposition des
papilles adhésives, la forme des colonies étant, là
encore, différente.
Diplosoma multipapillata Kott, 1980 a égale¬
ment des larves à très nombreuses papilles
adhésives mais disposées en bouquet. La couleur
bleu-brillant des colonies est très différente, la
tunique est beaucoup plus mince et les ouvertu-
Source : MNHN, Paris
60
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
res cloacales communes sont cylindriques en
cheminée. Il n'y aurait qu'un seul testicule.
C’est Diplosoma similis qui se rapproche le
plus de cette nouvelle espèce : il est bien difficile
de les distinguer sur le terrain. Les 2 espèces
diffèrent par l'épaisseur des colonies, la disposi¬
tion des cavités cloacales par la forme du siphon
buccal, du pédoncule œsophago-rectal, la posi¬
tion de l'abdomen par rapport au thorax et enfin
par les larves.
Il semble bien que cette nouvelle espèce de
Diplosoma à Algues symbiotes soit génétique¬
ment fixée et différente de Diplosoma similis
puisqu’on a récolté des individus à Mooréa et
d'autres à Vairao, avec les mêmes caractères,
dans une localité éloignée.
Cette espèce vit dans les anfractuosités des
branches du Corail Acropora qui se développe en
sortes de tables immédiatement sous la surface
de l'eau mais dans la partie interne du récif
barrière restant toujours immergée.
L’espèce D. matie ressemble beaucoup à une
espèce des îles Salomon que nous décrivons plus
loin : D. pavonia. Elle diffère par la couleur des
colonies, la structure des larves.
Des récoltes abondantes en divers points du
monde seraient nécessaires pour permettre une
étude sérieuse de la variabilité des caractères, de
l'influence des Algues symbiotes sur la morpho¬
logie. Les espèces sont très proches les unes des
autres et pour le moment les critères chimiques
restent les plus nets. Ils sont difficilement utilisa¬
bles en systématique.
Diplosoma pavonia n. sp.
(Fig. 21)
Station : îles Salomon.
Type : n" A2 DIP A 45.
Les colonies ont été récoltées de 1 à 3m de
profondeur sur des Algues ou des débris coral¬
liens en avril 1983 à Munda (îles Salomon) par
les Drs Lana Cheng et Ralf A. Lewin en avril
1983 au cours d'une mission accordée par la
NASA (grant n° NAGW 181). Les colonies
peuvent avoir la forme de galettes plates (la plus
grande mesure 30 mm de diamètre), ou une
forme moins régulière et un peu plus épaisse
pour les animaux vivant fixés sur les Algues, des
Halimeda par exemple. Dans ce cas la taille
moyenne des colonies est de 12 à 20 mm pour le
plus grand diamètre, l'épaisseur pouvant attein¬
dre 4.5 mm. La couleur des colonies à l’état
vivant était d’un bleu vert brillant comme on en
trouve sur les paons, d’où le nom d'espèce. Après
fixation les animaux deviennent blanc grisâtre
quand les Algues symbiotes sont enlevées.
Les colonies sont dures, de consistance un peu
plus molle au centre. Elles sont facilement
détachées du support auquel elles n'adhèrent que
par quelques points. La surface est lisse excepté
un bouton saillant au sommet duquel s'ouvre
l'orifice cloacal commun. Pour les colonies les
plus grandes 2 ou 3 orifices cloacaux communs
peuvent exister, mais c’est exceptionnel. Le bord
des colonies est transparent contrairement aux
parties internes totalement opacifiées par les
Algues symbiotes. La tunique se déchire très
difficilement, elle est fibreuse et élastique. La
consistance dure de cette espèce, son adhésion
faible au substrat et l'épaisseur des colonies
différencient cette espèce nettement de Diploso¬
ma simile et de ses proches.
En coupe, la colonie est constituée de 2
couches principales : la couche supérieure qui
contient les zoides et une couche basale de
tunique. Ces deux couches sont reliées par des
piliers plus ou moins hauts et épais selon les
colonies (fig. 21, C). La couche supérieure
comprend une lame superficielle dure dense
traversée par les siphons buccaux, et une zone
perforée de nombreux canaux aux trajets très
complexes au niveau des thorax des zoides et des
abdomens. Ces canaux se réunissent à la base des
zoides, au niveau des gonades pour former des
vastes chambres cloacales où s'enfoncent des
piliers de tunique. C’est au sommet de cette
chambre cloacale, au niveau des gonades que
l'on trouve les larves. La couche basale de la
tunique est épaisse et dense. Son épaisseur varie
d'une colonie à l'autre, elle est plus grande pour
les colonies fixées sur un support souple.
L'ensemble des cavités cloacales. canaux cloa¬
caux et chambre basale, est entièrement rempli
de cellules de Prochloron libres. Il n’y a pas de
symbiotes dans la tunique ni dans les tissus de
l'Ascidie. Les canaux cloacaux n'atteignent pas
la bordure des colonies, celle-ci reste transparen¬
te et laisse voir les zoides les plus externes et les
ampoules vasculaires.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
61
Les zoides (fig. 21, A) sont disposés perpendi¬
culairement à la surface de la colonie. Ils sont
allongés et comprennent 3 parties de longueur à
peu près égale : un thorax rectangulaire, un long
pédoncule œsophago-rectal, un abdomen dont la
boucle digestive forme un angle droit avec l'axe
du zoide, les gonades se situant sous l’intestin. Le
siphon buccal est allongé avec 6 lobes triangulai¬
res (fig. 21, A). Le siphon buccal des bourgeons
est plus court. Les tentacules ne sont pas situés
sur un cercle, on en compte en général 4 petits à
mi-hauteur du siphon, et 4 plus grands à la base.
Chez les bourgeons les tentacules sont moins
décalés. Le manteau est peu muscularisé. L'ou¬
verture cloacale est grande et découvre la pres¬
que totalité de la branchie sauf le premier rang
de stigmates. Une bride de tissu sépare l'ouvertu¬
re cloacale en 2 parties sur la ligne dorsale pour
quelques zoides, pour les autres une bride de
tunique existe de toutes façons, et la séparation
des 2 parties droite et gauche du thorax est
effective (fig. 21, A). L’endostyle est large. Il y a
6 stigmates ovales dans chaque demi-rang.
Le pédoncule œsophago-rectal est long, aminci
vers sa base. Un appendice fixateur long et fin
s'insère dans sa deuxième moitié inférieure (fig.
21, A). Les bourgeons (3 générations au moins)
se forment au contact de l'abdomen. Les bour-
Source : MNHN, Paris
62
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
geons thoraciques sont pédonculés mais les plus
petits bourgeons abdominaux sont plus proches
du zoide mère.
Le tube digestif forme une boucle courbée à
angle droit par rapport à l'axe du thorax.
L'estomac est sphérique, l’intestin épais sans
différenciations nettes. Le rectum est court,
l’anus s’ouvre, non pas dans le thorax, mais juste
au-dessus de la zone de bourgeonnement, dans
un diverticule de la cavité cloacale. Les gonades
sont situées sous la boucle digestive. Les colonies
décrites ici sont toutes en phase mâle. Il y a 2
testicules piriformes étroitement accolés. Les
canaux spermatiques sont courts, confluent en
un spermiducte droit, renflé en ampoule au
niveau des testicules, qui suit le rectum (fig. 21,
A). L'ovaire n’est pas développé, on peut voir
tout au plus de très jeunes ovocytes contre les
testicules chez quelques zoides. Quelques larves
sont présentes dans les colonies. Il y aurait
plusieurs phases mâles et femelles alternées.
Les larves sont grosses, 1,15 mm en moyenne
(fig. 21, B), mais leur taille est un peu variable.
La queue ne décrit qu’un demi-tour autour du
tronc ou moins. Il y a un ocelle et un otolithe.
On compte de 5 à 8 papilles adhésives disposées
sur une ligne et à leur base commune deux paires
de vésicules épidermiques. La branchie des oo-
zoides n'est pas développée. 11 existe une ac¬
cumulation cellulaire près de la base des papilles
adhésives mais sans différenciation en blastozoi-
de et seulement chez quelques larves. Il y a un
début de gemmiparité. Il faut signaler que les
zoides étant en phase mâle, la plupart des larves
ont dû être déjà pondues. Celles qui subsistent
dans les colonies n’ont peut-être pas eu un
développement aussi accéléré que les premières.
Le rastrum décrit par Kott chez d'autres
Didemnidae à Algues symbiotes est présent à la
base de la queue.
L'espèce décrite ci-dessus diffère de Diplosoma
virens et des espèces proches (D. similis. D.
midori...) par la taille et la structure de la larve.
Elle se rapproche plus des colonies décrites sous
le nom de D. virens par Kott, 1982, mais la
description de ces spécimens ne correspond ni
aux descriptions antérieures de Kott, 1980 et
1981, ni aux descriptions des autres auteurs :
Herdman, 1906, Hastings, 1931, Tokioka, 1942
et 1967a, Eldredge, 1967.
D'autre part des critères biochimiques sépa¬
rent le Diplosoma pavonia n. sp. des îles Salomon
du Diplosoma virens , l'acidité est beaucoup plus
grande (selon R. A. Lewin). Il semble raisonna¬
ble de séparer les deux espèces qui ont des
caractères anatomiques différents, des caractéris¬
tiques biochimiques également différentes et qui
se différencient l’une de l’autre aisément sur le
terrain.
Diplosoma similis (Sluiter, 1909)
(Fig. 22, A à D)
Leploclinum simite Sluiter 1909 : 77.
Synonymie : Kott, 1980 : 26 ; Kott. 1981 191: Kott,
1982 : 117.
Stations : Mataiva et Rangiroa. Mooréa I-2-3-5-
6-9-12-13-15-17-19-21. Tahiti 6-7-10.
Les colonies forment des pellicules vert sombre
à reflets bleus, minces et souples, qui adhèrent
très fortement aux Coraux. Ces colonies sont très
étendues parfois. Les cloaques communs ne sont
pas visibles, ce sont de simples trous. Les zoides
(fig. 22, A, B) correspondent à ce qui a déjà été
décrit. Ils ont souvent un pigment brun sur
l'abdomen. Les Algues symbiotes sont extrême¬
ment denses dans les canaux cloacaux et au
contact des branchies.
Le type de Sluiter a été revu. Il y a bien des
espèces différentes : ZMA TU 591 1 dont Kott a
fait un lectotype et ZMA TU 591 2 qui est
Diplosoma virens. D’autres échantillons de Slui-
ter, prêtés par l’Institut de Recherche Sencken-
berg à Francfort, étiquetés Leploclinum simile
correspondent également à un mélange d'espè¬
ces : SM F 414 serait Diplosoma similis mais il n'y
a pas de larves, et pour SM F 415 : les zoides
n’ont qu’un testicule donc l’espèce est différente ;
SM F 416 correspondrait plutôt à Diplosoma
virens.
Il ne nous a pas paru possible de reprendre
tous les échantillons décrits ou seulement iden¬
tifiés par les divers auteurs. Nous avons donc
décidé de suivre la description de Kott (1980) et
nous figurons ici les individus et les larves (fig.
22. A à D), qui représentent les individus moyens
de la population du récif frangeant de la côte
Nord de Mooréa. La variabilité n’est d'ailleurs
pas très large. Elle porte essentiellement sur la
couleur des colonies et, évidemment, leur taille,
sur le nombre de stigmates par demi-rang (5 mais
le plus souvent 6), sur la longueur de l’appendice
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
63
Fig. 22. Diplosoma similis (Sluiter) : A, zoide entier ; B. zoide entier en cours de bourgeonnement ; C
larves.
Leptodinides sp. : E. zoide entier ; F. abdomen. Echelles : 0.4 mm : A à D. 0,5 mm E et F.
D,
Source : MNHN, Paris
64
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
fixateur (mais son insertion est toujours la
même). La variabilité des larves est beaucoup
plus grande (fig. 22, C, D). Elles diffèrent
beaucoup selon le stade de développement mais
en juin, lors de la récolte, il y avait extrêmement
peu de larves dans les colonies, et ceci peut
expliquer un plus grand nombre d'anomalies.
Des échantillons récoltés en juin 1985 nous ont
été aimablement communiqués par R. A. Lewin,
ils correspondent tout à fait aux nôtres, ainsi
qu'aux spécimens récoltés aux îles Palau.
En Polynésie Diplosoma simile est une espèce
très commune à très faible profondeur soit sur le
récif frangeant, soit sur le récif barrière, ou
encore sur les massifs coralliens du lagon.
L'espèce a également été récoltée dans le lagon
des atolls de Mataiva et Rangiroa.
L’espèce aurait d'après Kott, 1982 une large
répartition dans le Pacifique depuis l'Indonésie
jusqu'aux îles du centre du Pacifique.
Leptoclinides sp.
(Fig. 22, E, G)
Station : Tahiti 5. - Spécimen : n° A2 LEP 12.
Nous n'avons trouvé qu'une colonie arrondie
de I cm de diamètre, épaisse del mm. La couleur
était orangée mais la colonie est devenue blanche
dans le formol.
Les zoides sont placés perpendiculairement à
la colonie. Ils mesurent au plus 2 mm, mais
beaucoup moins pour les individus contractés.
Le siphon buccal a une forme d'entonnoir (fig.
22, E), son bord n’a pas les lobes habituels mais
une multitude de très petits denticules. Le siphon
cloacal est tubulaire, à bord denticulé également.
perpendiculaire au thorax en face du 3 e rang de
stigmates ou du 3 e sinus interstigmatique. Les
organes latéraux en cupules sont en face du 4 e
rang de stigmates (fig. 22, E). Le manteau
montre quelques fibres musculaires longitudina¬
les fines. Nous avons compté 10 stigmates par
demi-rang (fig. 22, E). Il n'y a pas d'appendice
fixateur.
La « taille » est longue, nettement étranglée
par un anneau de tunique. L'abdomen est al¬
longé, en boucle étroite. L'estomac est arrondi et
peu volumineux, l'intestin a un diamètre irrégu¬
lier sans que l'on puisse distinguer de régions
bien individualisées. L'anus bilobé s’ouvre à la
base du siphon cloacal (fig. 22, E). On observe
quelques tubules pyloriques sur l'intestin en face
de l'estomac (fig. 22, E, F). Le testicule se
compose de 2 à 4 lobules jointifs. Le spermiducte
décrit 4 tours de spire dans le sens des aiguilles
d'une montre (fig. 22, E, F), ce qui est assez
inhabituel pour les Didemnidae mais fréquent
dans le genre Leptoclinides. N'ayant qu'une
colonie, il n'est pas possible de dire si ce
caractère est une anomalie ou s'il est constant
pour l'espèce. L’ovaire est placé le long du
spermiducte contre l'intestin postérieur (fig. 22.E.
F) . Un long prolongement vasculaire part du
centre de la boucle digestive à droite de l’abdo¬
men (fig. 22, E. F).
Il n'y a pas de larves dans la colonie.
Les spiculés sont de deux types : de très petits
à nombreuses pointes mousses, et de très gros à
rayons coniques aplatis à leur extrémité (fig. 22,
G) .
En l’absence de larves et avec une seule
colonie, il n’est pas possible de donner ici un
nom d’espèce. Il est cependant nécessaire de
signaler que le genre Leptoclinides est présent à
Tahiti.
FAMILLE DES POLYCITORIDAE
C'ystodytes hapu n. sp.
(Fig. 23, A à D. PI. IV, E, F)
Stations : Moorca 12-16-17-19. Tahiti 3-6-8.
Tikehau 2-3-4-6-13-16-17-18-19.
Type : n” A3 CYS 39 de Tikehau. st. 19.
Cette espèce vit surtout sur la pente externe du
récif, de 0 à 30 m au moins, et dans les hoa à
faible profondeur mais à fort courant. Elle n'a
pas été trouvée dans le lagon.
Cystodytes hapu n. sp. se présente sous forme
de croûtes épaisses, 4 mm. dures, de contour
circulaire ou ovale, solidement fixées au Corail, à
l’abri de la lumière directe. La coloration est
variable du rouge brique au violet, au rose très
pâle et au gris, selon l’abondance des cellules
pigmentaires contenues dans la tunique. Les
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
65
spiculés plats ont une forme de disque (pl. IV, E,
F), leur taille est échelonnée de 50u.m à I mm. La
tunique n’est pas très transparente, mais les
zoides ne sont, de toutes façons, pas visibles car
ils sont contenus dans des capsules formées par
les spiculés. La consistance est ferme quand les
animaux sont vivants. Les zoides sont disposés
en rosettes, les orifices cloacaux étant rapprochés
au centre de chaque rosette. Les systèmes appa¬
raissent très peu sur le matériel vivant.
Les zoides (fig. 23, A) ont une taille variable
selon les colonies, l'âge, l’état de contraction (le
plus grand zoide mesure 3.5 mm). L’abdomen est
plus long que le thorax. Les siphons sont bordés
de 6 lobes arrondis, ils ne sont pas très allongés,
proches l'un de l’autre (fig. 23, A. B). Le
Fia. 23. Cyslodytes hupu n. sp. : A. zoide en phase mâle : B. zoide incubateur : C. représentation semi-schématique
d’un zoide incubateur : D. larve.
Zü idisionia cliirwn (Van Namc) : F. larve.
KutliMoma rigidwn Tokioka : F, larve. Echelles : I mm : A. B et D. 0.25 mm : E et F.
Source : MNHN, Paris
66
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
manteau est épais, sa musculature n'est pas
disposée en rubans, mais des fibres fines forment
un feutrage fin sur le thorax. Les tentacules au
nombre d’une douzaine en 2 ordres sont insérés
un peu irrégulièrement sur un seul cercle. La
branchie comprend 4 rangées de stigmates (12 à
15 par demi-rang) difficiles à compter. L'endos-
tyle est large. Les languettes du raphé sont très
peu décalées à gauche.
Le manteau, à la base du thorax et du côté
droit, forme une poche aplatie repliée sur l'abdo¬
men (fig. 23, A. B, C). Cette poche est tout à fait
indépendante de la poche incubatrice insérée par
un pédoncule nettement plus bas sur l’abdomen
(fig. 23. C). Ce repli semble servir d'ancrage à
l'animal dans la tunique.
L'abdomen est allongé, élargi à sa base au
niveau des gonades. La boucle intestinale est
simple, plane, le rectum croise l’œsophage immé¬
diatement sous le thorax. L'estomac allongé à
paroi lisse est situé au milieu de l'abdomen.
L'intestin ne montre aucune différenciation par¬
ticulière le long de son parcours. La gonade (fig.
23, A) placée dans le fond de la boucle intestina¬
le, à droite, comprend un testicule en rosette de 8
lobes en moyenne et un ovaire. Il n'y a qu'un
seul ovocyte mûr à la fois. Après fécondation
l'œuf se développe dans l'oviducte. Une poche
incubatrice se forme au niveau de l'estomac sur
l'abdomen (fig. 23, B. C) d'où le nom d'espèce,
hapu = gravide.
Les embryons ont une couleur rouge brique.
Ils ont une taille croissante au cours de leur
développement. Les têtards (fig. 23, D) au mo¬
ment de la ponte ont un corps de I à 1,2 mm de
long. Ils ont 3 papilles adhésives entourées d'un
anneau de cellules épidermiques. La larve n'est
pas gemmipare (fig. 23, D), la queue décrit les
3/4 de la circonférence du corps. Ocelle et
otolithe sont présents.
Les spiculés sont tout à fait semblables à ceux
de C. dellechiujei , en forme de disques ou
d'assiettes, de contour régulier en général la
structure fibreuse des spiculés n’apparaît que très
peu (pl. IV, E, F).
Cette nouvelle espèce de Cystodytes se distin¬
gue des autres espèces connues par le mode
d'incubation de la larve dans l'oviducte au
niveau de l'abdomen, par la couleur rouge
constante du têtard, par la disposition des zoides
en rosettes.
Jusqu’à présent seul Cystodytes dellechiajei
était connu du Pacifique central (Korr, 1981 :
Fidji; Nishikawa, 1984). En Polynésie, C. hapu
est une espèce commune soit sur la pente du récif
externe, soit dans le lagon en présence de
courant, soit près des hoa ou des passes. Les
colonies se trouvent en position hypolithe ou
dans les massifs de Coraux en position interne
sciaphile, ou sous les surplombs.
F.udistoma clarum (Van Name, 1902)
(Fig. 23, E)
Distoma clarum Van Namc. 1902: 345.
Synonymie : voir Monniot F., 1983c : 1013.
Stations : Mooréa 8-9-12-17-18-19. — Tahiti 1-3-5.
Tikehau 1-3-4-6-7-8-10-14-17.
L'aspect des colonies récoltées en Polynésie
correspond exactement à celui des récoltes faites
aux Bermudes et aux Antilles. La tunique est
vitreuse, parfois incrustée d’un peu de sable mais
laisse voir les zoides par transparence. Ceux-ci
sont parfois entourés à la base du thorax d'une
ceinture de cellules pigmentaires rouge orangé.
Les deux siphons sont courts, très proches, à 6
lobes. La musculature thoracique comprend à la
fois des fibres longitudinales et transverses ; mais
les fibres longitudinales se groupent le plus
souvent en une dizaine de rubans qui se rejoi¬
gnent sur l'abdomen et forment un faisceau de
chaque côté qui se prolonge jusqu'au cœur.
Estomac et gonades correspondent aux descrip¬
tions précédentes. Les têtards sont incubés dans
la cavité cloacale.
Les larves ont 3 papilles adhésives courtes et
larges, bordées de chaque côté d'environ 8
vésicules épidermiques mal individualisées (fig.
23, E).
La glande pylorique reste localisée en face de
l'estomac avec quelques tubules mais son dessin
n'a pu être observé correctement.
La disposition de l’espèce sur les substrats est
variable. Si la surface de fixation est dure et lisse,
les colonies se développent en coussinets ou en
petites massues, toujours courtes. Si au contraire
le support est irrégulier, avec des anfractuosités,
ce qui est le cas le plus fréquent, les abdomens
sont enfoncés dans les cavités disponibles et la
colonie n'a plus de forme propre. Très souvent la
base des colonies est couverte d'épibiotes (Al-
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
67
gués. Bryozoaires, Éponges, tubes de Vers,
etc...). Les colonies ne sont jamais directement
visibles en plongée, elles ne deviennent accessi¬
bles qu’en cassant le Corail. L'espèce est surtout
commune à faible profondeur, au-dessus de
20 m.
La répartition de E. clarum était restreinte à
l’Atlantique tropical, sa présence dans le Pacifi¬
que n’est pas vraiment surprenante puisque
diverses espèces parmi les autres familles sont
également dans ce cas.
Eudistoma laysani (Sluiter. 1900)
(Fig. 24, A, B)
= Polycitor laysani Sluiter, 1909.
= Eudistoma laysani : Tokioka, 1967a, MlLLAR, 1975.
Station : Tupai (archipel de la Société).
Une seule colonie, formée de lobules coales-
cents fixés sur un morceau de bois flotté, a été
trouvée dans le lagon de Tupai par B. Delesalle
en 1984. L’ensemble de la colonie forme un
manchon de 6 cm de long et de 5 cm de diamètre,
le plus grand lobule, à peu près cylindrique,
mesurant 15 mm de long et 6 mm de diamètre.
L’animal est très contracté. La couleur est brun
verdâtre. Les zoides sont visibles par transparen¬
ce malgré les cellules pigmentaires contenues
dans la tunique. Ils n’ont pas de taches de
pigment sombre sur le thorax.
L'extrémité libre des lobes très contractés,
dans lesquels les zoides sont rétractés, est arron¬
die et lisse. Pour les lobules où les thorax sont
maintenus en place, les siphons buccaux et
cloacaux sont saillants, comme l’a figuré Miu.ar
en 1975. Les lobules sont issus d'une base
commune et sont souvent branchus, comme
dichotomisés.
Les zoides (fig. 24, A) ont un grand siphon
buccal avec 6 lobes longs arrondis. Le siphon
cloacal a également 6 lobes, il est court, placé
très haut dans le thorax. On compte 12 à 16
tentacules en moyenne disposés sur un rang, de 2
ou 3 ordres irrégulièrement alternés. Les stigma¬
tes sont très hauts, on en compte 22 par demi-
rang. Le 3 e rang de stigmates est très souvent de
hauteur moindre que les 2 premiers; du côté
dorsal, pour le premier rang, les stigmates sont
plus courts. La musculature thoracique (comme
le figure Tokioka, 1976, fig. 42) est surtout
transverse. Selon les zoides on compte une
dizaine de faisceaux transverses plus ou moins
bifurqués ou une vingtaine (fig. 24, A). Cette
musculature n’existe qu’au-dessus de la branchie.
La musculature longitudinale n’est pas rassem¬
blée en rubans musculaires sur l'abdomen.
L’abdomen est particulièrement long et mince
(fig. 24, A). Seule la partie tout à fait terminale
est renflée au niveau de l’estomac, large et plat, et
des gonades situées dans le fond de la boucle (fig.
24. A, B). Les ovocytes ont une couleur orange.
Quelques embryons sont incubés dans la cavité
cloacale.
Tous les caractères de la colonie récoltée à
Tupai correspondent bien aux descriptions de
Tokioka et de Millar, excepté le dessin de la
musculature qui est ici groupée en faisceaux
transverses. Cette musculature étant variable
chez les zoides d'une même colonie, nous ne
pouvons y attacher beaucoup d’importance. Il
est intéressant par contre de remarquer que seule
la musculature transverse est très développée.
Signalons aussi (comme l’avait déjà fait To¬
kioka) la grande ressemblance qui existe entre
les colonies de cette espèce et celles d ’Eudistoma
olivaceum. Nous avons pu observer des colonies
d'Eudistoma olivaceum récoltées en 1976 aux îles
Fidji par J. J. Toffart : elles sont tout à fait
semblables à celles que nous avons décrites des
Bermudes, et possèdent la pigmentation foncée
avec les taches sur les siphons si caractéristiques
de l’espèce. Ces taches pigmentaires n’existent
pas chez E. laysani récolté à Tupai.
Eudistoma one n. sp.
(Fig. 24, C à E)
Stations : Mooréa 11-14-18-19. — Tahiti 5-6.
Type : n° A3 EUD 26 de Mooréa. st. 14.
Les colonies forment des croûtes épaisses, au
plus de 5 mm, de forme irrégulière dépendant
beaucoup du support (Corail, coquilles, etc.). La
tunique est densément ensablée d’où le nom
d’espèce, one = sable; elle est vitreuse, incolore.
Les siphons sont parfois visibles à la surface des
colonies, le sable étant moins dense à leur niveau.
Il n’a pas été possible de mettre en évidence de
systèmes dans la disposition des zoides. L'appa-
Source : MNHN, Paris
68
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
rence des colonies fait penser à Aplidium loba-
tum. mais si la surface des colonies est plane, les
siphons sont ici très peu saillants. Les colonies
récoltées mesurent au plus 5 cm dans leur plus
grande longueur.
Les zoides (fig. 24, C) sont disposés de façon
irrégulière dans la colonie. Les thorax sont
perpendiculaires à la surface, mais les abdomens
sont courbés en tous sens et se croisent. Les
zoides ne dépassent pas 6 mm de long quand ils
sont étendus, certains sont beaucoup plus courts.
Les deux siphons (fig. 24, C) sont longs, à 6 lobes
bien marqués. La musculature longitudinale est
forte, constituée d'une dizaine de rubans jointifs
comprenant 4 ou 5 fibres chacun ; elle se prolon¬
ge sur l'abdomen en formant 2 rubans nets de
chaque côté. La musculature transverse est égale¬
ment très développée, aussi forte que la muscula¬
ture longitudinale. Les tentacules coronaux sont
nombreux, avec au moins 30 éléments à la base
du siphon et quelques papilles plus haut. La
branchie comprend 3 rangs égaux de 20 stigma¬
tes de chaque côté, sans interruption sur la ligne
dorsale. Les languettes du raphé sont courtes
(demi-stigmate) et très peu décalées à gauche.
L’abdomen est beaucoup plus long que le
thorax (fig. 24, C), rectum et œsophage surtout
sont très longs. L'estomac allongé est situé
approximativement aux 2/3 postérieurs de l’ab¬
domen (fig. 24, C). L’intestin est nettement
différencié en plusieurs régions (fig, 24, C, D. E),
un post-estomac élargi en anneau à sa base, une
partie fusiforme suivie d'un élargissement en
bulbe, une portion cylindrique formant le fond
de la boucle digestive, et enfin un intestin
postérieur cylindrique débutant par une portion
élargie sans que l'on puisse parler de cæcum,
chacune de ces portions est individualisée par un
étranglement. La glande pylorique est placée au
niveau de l'estomac ou un peu au-dessous,
formée de lubules méandriformes jointifs. Le
canal pylorique se jette à la partie postérieure de
l'estomac (fig. 24. D). Les gonades sont situées
dans la boucle intestinale simple et plane, sous
l'estomac; l'ovaire est central, peu développé
dans les colonies observées. Les lobules testi¬
culaires peuvent être nombreux (30 et plus) ils
sont arrondis, situés des deux côtés de la boucle
digestive quand ils deviennent nombreux. L'ab¬
domen porte deux prolongements vasculaires
(fig. 24, C, D. E). Il n'y avait ni ovocytes mûrs, ni
larves dans les colonies observées.
L'espèce n'a pas été trouvée en abondance,
mais seulement au-dessous de 10 m de profon¬
deur à Tahiti et à Mooréa. ou bien près de la
crête algale du récif externe à 2 ou 3 m de
profondeur. Nous n'avons pas trouvé E. one à
Tikehau.
Les échantillons de Polynésie ne peuvent cor¬
respondre à Eudistoma arenaceum (Sluiter, 1901)
dont le type ZMA TU 782 a été revu, celui-ci
ayant une courbure secondaire de l'intestin
moyen nettement marquée au niveau de l'esto¬
mac. Les échantillons de Korr, 1981 appelés
Eudistoma arenaeea et qui ont une boucle intesti¬
nale droite, ne peuvent donc correspondre à cette
espèce. Pour la même raison, les spécimens de
Polynésie ne peuvent appartenir à E. ovation
(Herdman, 1886), revu par Hastings, 1831, cette
espèce ayant une courbure de l'intestin en face de
l'estomac.
L'espèce diffère de E. capsulatum (Van Name,
1902) qui a un estomac plus court et un abdomen
beaucoup plus long.
Eudistoma psammobium (Gottschaldt, 1898)
après examen du type SM F 116, s'est révélé être
un Aplidium.
Eudistoma pyriforme (Herdman, 1886) est éga¬
lement une espèce ensablée mais avec des lobes
émergeant d'une masse basale commune. Selon
Kott, 1972a. les ouvertures cloacales portent un
lobe de tunique et les zoides sont disposés en
systèmes circulaires. Cet auteur doute de la
courbure intestinale sous le niveau de l’estomac
(Kott, 1976), mais de toutes façons la disposi¬
tion des zoides ne peut correspondre à l'espèce
Polynésienne.
Eudistoma snakabri Tokiota, 1954 du Japon
est l'espèce qui nous paraît la plus proche, avec
un intestin nettement différencié en régions, une
tunique densément incrustée de sable, et des
colonies en croûte ; mais cette espèce est colorée,
orange pour les zoides. et brun pourpre pour la
tunique, alors que nos échantillons sont incolo¬
res, excepté le ton vert de l’estomac.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
69
Source : MNHN, Paris
70
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Eudistoma rigidum Tokioka, 1955
(Fig. 23, F)
Eudistoma rigida Tokioka. 1955 : 50; Kott 1981 : 152.
Stations : Mooréa 8-9-18. — Tahiti 3-5-6-9.
Nous attribuons à cette espèce une série de très
petites colonies (la plus grande mesurant 15 mm
de diamètre) en forme de coussinets, dont la
tunique molle contient des cellules pigmentaires
irrégulièrement réparties en surface des colonies
autour des siphons, et des pigments bruns égale¬
ment irréguliers, en traînées, dans la partie
interne des colonies. Les zoides, disposés perpen¬
diculairement à la surface plane des coussinets,
forment des systèmes plus ou moins régulière¬
ment circulaires. La couleur générale des colo¬
nies est brun rouge, mais elle est rendue assez
terne par la présence dans la colonie, au niveau
des thorax entre les zoides. d'une accumulation
de pelotes fécales. On trouve également, dans la
tunique, des corpuscules verts ou jaunâtres
sphériques de tailles diverses. Un peu de sable est
incrusté à la base des colonies.
Les 2 siphons sont courts et à 6 lobes. Le
thorax ( 1 mm), très contracté, porte une mus¬
culature longitudinale forte croisant une mus¬
culature transverse également nette. L'abdomen
n’est pas très long mais les zoides sont
contractés : le plus long atteint 3 mm. Il est élargi
dans sa portion terminale au niveau de l'estomac
et des gonades. Les lobules testiculaires font
saillie de chaque côté de la boucle digestive. Le
début de la partie ascendante de l’intestin, en
face de l’estomac, est recouvert par une série de
tubules pyloriques longitudinaux, parallèles entre
eux, formant une tache blanche.
Les larves (fig. 23, F), incubées par 2 ou 3 dans
la cavité thoracique, ont 3 papilles adhésives
alternant avec 4 grosses vésicules épidermiques
médianes. Les 3 rangs de stigmates sont déjà
visibles (il y a toujours 3 rangs de stigmates chez
les larves des Eudistoma , et non deux comme le
figure Kott habituellement).
Il nous semble que les petits spécimens récoltés
en Polynésie correspondent bien à ce que Kott,
1981 appelle Eudistoma rigida aux îles Fidji.
Nous ne sommes pas sûrs de l’identité avec le
type de Tokioka, qui est plus grand et dont la
description n’est pas très complète. Les Eudisto¬
ma étant particulièrement difficiles à identifier, et
nos colonies n’étant, visiblement, pas normale¬
ment développées, nous les attribuons à titre
provisoire à Eudistoma rigidum.
L’espèce a été récoltée soit à faible profondeur
de chaque côté de la crête algale du récif externe
à Mooréa, soit entre 10 à 25 m à Tahiti,
Polycitor translucida Kott, 1957
(Fig. 25, A, B)
Kott, 1957 : 81. Australia. Point Peron cl sur la coque
d'un bateau. Fremantle harbour W.A.
Stations ; Mooréa 5-11-19. — Tahiti 9.
La plus grande des colonies forme une massue
de 12 mm de haut et de 5 mm de diamètre. Une
autre colonie un peu moins haute atteint 9 mm
de haut et 8 mm de diamètre. La base est
généralement un peu plus étroite que la « tête »
arrondie supérieure. La tunique est parfaitement
transparente, très molle, incolore. Les zoides
sont parallèles entre eux.
Les deux siphons tubulaires ont 6 lobes, le
thorax (fig. 25, A) est long et étroit et porte une
forte musculature longitudinale avec 10 faisceaux
de chaque côté (parfois 7). L’abdomen est très
long, plus mince que le thorax (fig. 25, A).
L’estomac est deux fois plus long que large et
porte 2 côtes, peu marquées. Il est situé presque à
l'extrémité de l’abdomen. L'intestin est peu diffé¬
rencié en régions (fig. 25, A); on remarque
seulement une forte constriction au fond de la
boucle intestinale après un post-estomac élargi.
La gonade est placée au fond de la boucle
intestinale dans la partie cardiaque (fig. 25. A).
L’anus bilabié s’ouvre au niveau de l’avant-
dernier rang de stigmates. Les larves sont incu¬
bées dans la cavité cloacale à la base du thorax,
on en compte 8 ou 9. Les têtards sont allongés et
mesurent 430u.m (fig. 25. B)). Ils possèdent 3
papilles adhésives et 4 paires de grosses vésicules
épidermiques. La queue ne décrit qu'un peu plus
de la moitié du périmètre du tronc.
Nous attribuons cette espèce à Polycitor trans¬
lucida Kott, 1957, car l’ensemble des caractères
correspond bien à la description. Cette espèce n’a
été signalée qu’à l’Ouest de l’Australie.
Cette espèce a été trouvée dans la partie Nord
de Mooréa, aussi bien dans le chenal du lagon
que sur la pente externe du récif barrière, ainsi
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE 71
Source : MNHN, Paris
72
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
que dans le lagon de Vairao. La transparence des
colonies et leur taille réduite ne favorisent pas
leur récolte.
Distaplia tahihuero n. sp.
(Fig. 25, C-E)
Stations : Moorca 5-6-14. Tahiti 4-9. Tike-
hau. st. 1-12.
Type : n° A3 DIS 46 de Tikehau, st. 11.
Rose pâle à l’état vivant, les colonies devien¬
nent vert pâle dans le formol puis incolores. Elles
forment de petites croûtes dont l'épaisseur ne
dépasse pas 3 mm. La plus grande colonie mesu¬
rait 20 mm dans son plus grand diamètre. L’espè¬
ce se fixe sur le Corail ou sur les Éponges. La
tunique est très molle, spongieuse et se déchire
très facilement. Elle contient de très nombreux
organites unicellulaires brun clair. Les zoides
(fig. 25, C) sont très petits (3 mm au plus),
disposés perpendiculairement à la surface de la
colonie formant des systèmes en rosette autour
des cloaques communs. Il y a plusieurs rosettes
par colonie, sauf pour les plus petites. Le siphon
buccal est court à 6 lobes arrondis, parfois très
peu marqués. L'ouverture cloacale est grande ou
moyenne, mais découvre parfois presque toute la
branchie. La languette cloacale est bien déve¬
loppée, terminée en pointe ou en denticules
arrondis, on observe en général 3 denticules (fig.
25, C). On compte 12 tentacules coronaux,
disposés sur un cercle, de 2 ordres, régulièrement
alternés. La branchie compte 4 rangs de 20
stigmates de chaque côté, recoupés d’un sinus
parastigmatique (fig. 25, C),la ligne dorsale n'est
pas perforée. Les languettes du raphé, plus
courtes que les stigmates, sont décalées à gauche.
L'anus bilabié s'ouvre au milieu du 3 e rang de
stigmates (fig. 25, C). La musculature est essen¬
tiellement transversale. Une poche incubatrice
s'insère à la base du thorax, à droite, au-dessus
du rectum (fig. 25, C). Nous l'avons trouvée vide
chez les zoides ayant des gonades. Les embryons
en cours de maturation sont incubés individuelle¬
ment dans une poche incubatrice qui a perdu
toute attache avec le zoide mère.
L'abdomen est plus petit que le thorax (fig. 25,
C). L’œsophage est long. L'estomac en olive
porte de nombreux plis longitudinaux très peu
saillants (fig. 25, D). L'intestin ne porte ni
élargissement, ni constriction très nets. La boucle
digestive est largement ouverte. Les lobules testi¬
culaires étaient très peu nombreux dans les
colonies ayant des gonades (3 ou 4) (fig. 25, C).
L'ovaire est pédonculé sous la boucle digestive, il
ne contient qu'un ovocyte, d’où le nom d’espèce,
tahi = un et huero = œuf. Les gonades sont
situées à droite de l’abdomen. Une grosse am¬
poule pylorique est présente dans la boucle
digestive au-dessus du testicule (fig. 25, C).
Les têtards sont incubés dans la colonie au
niveau des thorax mais dans la partie externe des
rosettes, c’est-à-dire du côté ventral des zoides.
Les larves mesurent 950um (fig. 25, E), contien¬
nent 3 papilles adhésives disposées en triangle,
un thorax avec 4 rangs de stigmates bien diffé¬
renciés et un abdomen où on distingue nettement
l’estomac. La queue ne décrit qu'un demi-tour
du tronc.
Cette espèce ne correspond pas à l’espèce
décrite par Kott. 1981 des Fidji sous le nom de
D. vallii Herdman, 1886, malgré ses systèmes en
rosettes, son estomac allongé et rayé. Elle en
diffère par son petit nombre de lobules testiculai¬
res et un ovaire pédonculé situé sous l’abdomen.
La larve est également différente.
L'espèce tahilienne avec les très petites colo¬
nies que nous avons récoltées ne peut être
rapprochée d'aucun autre Distaplia encroûtant
ayant un estomac rayé et des systèmes en
rosettes. La variabilité des Distaplia étant
généralement grande, il est possible qu’à une
autre saison les colonies prennent un plus grand
développement, avec des gonades disposées diffé¬
remment et des embryons plus nombreux, dans
ce cas la position systématique de notre espèce
serait à reconsidérer.
Distaplia tahihuero a toujours été trouvé à très
faible profondeur, moins de 3 m, dans le lagon
aussi bien à Tahiti et Mooréa qu'à Tikehau.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
73
FAMILLE DES POLYCLINIDAE
Aplidiunt depressum Sluiler. 1909
(Fig. 26, A, B, C)
Aplidium depressum Sluiler. 1909 : 102; synonymie voir
Kott. 1981 ; 160.
Stations : Mooréa 7-8-17-19. Tikehau 10-11-19.
Cette espèce est représentée par des petites
colonies mesurant I cm ou moins, adhérant très
fortement au substrat. La tunique est très molle
surtout dans la partie supérieure. Elle contient de
très fins éléments sableux dans la couche basale.
La forme des colonies est variable selon le
support. Les zoides sont visibles par transparen¬
ce. Il n'y a pas de systèmes apparents.
Les zoides (fig. 26, A) mesurent au maximum
4mm mais souvent 1,5 mm seulement. Il y a 5
rangs de stigmates. Les deux siphons sont tubu¬
laires. Il n'y a pas de languette cloacale. La
boucle digestive est courte; l'estomac sphérique
montre de 8 à 11 plis longitudinaux. L'ovaire est
situé immédiatement sous la boucle digestive.
Les testicules sont très peu nombreux dans la
partie antérieure du post-abdomen également
(fig. 26, B) mais n'ont été trouvés que chez peu
de zoides. Il semble que les éléments mâles et
femelles ne soient pas mûrs en même temps. Les
larves de petite taille sont incubées dans la cavité
cloacale (fig. 26, C). On peut trouver jusqu'à 3
embryons à la fois mais plus souvent I seul. Les
têtards ont 3 papilles adhésives et une couronne
de vésicules épidermiques de chaque côté (fig. 26,
C).
Les échantillons de Polynésie diffèrent de la
description originale de Sluitkr par la couleur et
le nombre plus faible de rangs de stigmates. Van
N ame, 1918. signale 6 à 7 rangs de stigmates. Les
échantillons de Millar, 1975, ne diffèrent pas
essentiellement de ceux de Polynésie. Kott,
1963, 1975 et 1982, donne des descriptions qui
correspondent à nos échantillons, en 1981 elle
décrit 8 rangs de stigmates pour les exemplaires
des îles Fidji.
L’espèce Aplidium depressum semble une espè¬
ce discrète mais commune dans l'Indo-Pacilique.
Les caractères anatomiques semblent variables,
mais dans une faible mesure, et ne portent que
sur le nombre de rangs de stigmates et le nombre
de plis stomacaux. L'espèce a une répartition
bathymétrique étendue depuis la surface jusqu'à
30 m au moins à Tikehau.
L’espèce Aplidium yamazii (Tokioka. 1949)
revue par Nishikawa. 1984: 110 est peut-être
synonyme de l'espèce A. depressum Sluiter.
Aplidium lobatum Savigny. 1816
Nishikawa. 1984 : 109 el synonymie; Monniot C. & F..
1984 : 571.
Stations : Mooréa 4-6-9-10-11-12. Tahiti 3-6-9.
La plus grande colonie mesure 19 mm dans sa
plus grande longueur. L'espèce forme des croûtes
de 2,5 mm d'épaisseur, incolores, ensablées mais
qui restent molles. Les zoides sont couchés dans
cette croûte. On ne voit pas de systèmes nets en
surface des colonies mais les siphons buccaux
sont visibles grâce à la moins grande densité de
sable à leur niveau. Les zoides sont de petite
taille, surtout au stade femelle. Le siphon buccal
a 6 lobes pointus. L’ouverture cloacale peut être
grande: chez certains zoides étendus elle décou¬
vre 3 rangs de stigmates; elle est surmontée
d’une languette filiforme simple ou trilobée. On
compte au plus 12 tentacules coronaux de 2
ordres. Il y a 8 ou 9 rangs de stigmates allongés.
La boucle intestinale est plus courte que le
thorax. L’œsophage est mince. L'estomac très
court est rond, mais sa paroi porte 4 ou 5 plis
longitudinaux très marqués. Chez les animaux
contractés la paroi dorsale de l'estomac est un
peu plus courte que le côté ventral. L’intestin
moyen est cylindrique, élargi, sans anneau post¬
stomacal. Une constriction le sépare de l'intestin
postérieur, les cæca sont peu marqués.
Dans les colonies observées les zoides étaient
soit au stade femelle, soit au stade mâle. L'ovaire
est placé sous la boucle intestinale à quelque
distance. Le post-abdomen, normalement court
quand il contient des gonades, peut être long
Source : MNHN, Paris
74
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
dans les zoides immatures. La partie terminale
du post-abdomen se prolonge par deux appendi¬
ces vasculaires bien marqués. Les larves se
développent dans la cavité cloacale. Elles étaient
à des stades très peu évolués en général. Elles
possèdent 3 papilles adhésives et une couronne
antérieure de petites vésicules épidermiques.
Bien que les colonies polynésiennes soient
extrêmement petites par rapport à celles que
nous avons vues dans la région caraïbe, beau-
source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
75
coup de points sont semblables : l’apparence des
colonies avec les siphons buccaux légèrement
saillants donnant un aspect mamelonné, le nom¬
bre de rangs de stigmates, la structure du tube
digestif et des larves. Il faut cependant noter
qu’ici les lobes testiculaires sont peu nombreux
alignés et non pas en grappe, et que le post¬
abdomen peut être nettement plus long. Enfin les
colonies récoltées sont particulièrement petites,
mais il est possible que cela résulte soit de
l’époque de la collecte soit de la localisation.
La présence de A. lobatum en Polynésie est
normale puisque l'espèce a été signalée dans
toutes les mers chaudes du globe.
Aplidium maru n. sp.
(Fig. 27, A à D)
Stations : Mooréa 5-6-8-9-10-12-14-15-17-18-19-20-
22. — Tahiti 3-5-6-9-11. — Tikehau 2-13-16-19.
Type : n° Al APL B 198 de Mooréa. st. 14.
Les colonies ont une apparence très variable
selon leur taille et leur position sur le substrat.
Les plus grandes forment des coussinets de
25 mm de diamètre et 8 mm d'épaisseur, mais la
plupart ont beaucoup moins. Il y a un ou
plusieurs systèmes ovales ou ronds ayant au
centre un cloaque commun en courte cheminée
(fig. 27, D). La tunique est vitreuse et contient
des cellules pigmentaires brunes plus ou moins
abondantes. Elle est irrégulièrement incrustée de
grains de sable ce qui lui donne un aspect tout à
fait particulier. En effet, le centre des systèmes
reste clair, dépourvu d’inclusions, ainsi que la
partie supérieure des colonies, le bord externe et
la tunique entourant les zoides. Le sable, en
particules fines, est accumulé autour des thorax
formant un dessin en festons et autour des
abdomens dans la couche profonde des colonies.
Le pigment foncé est souvent réparti autour des
siphons buccaux ce qui accentue encore le dessin
de la face supérieure des colonies. La tunique
malgré les grains de sable reste très molle, d'où le
nom d’espèce, maru = mou.
Les zoides sont généralement perpendiculaires
à la surface des colonies dans leur partie thoraci¬
que et abdominale, les post-abdomens ayant une
disposition beaucoup moins régulière. Le siphon
buccal est long (fig. 27, A), muni de 6 lobes
arrondis et d'un fort sphincter. Le siphon cloacal
forme un court tube en face du 2 e rang de
stigmates dont le bord libre est finement dentelé.
Il est surmonté d'une languette épaisse mais
courte, simple ou subdivisée à son extrémité en 1,
2 ou 3 lobes (fig. 27, A). Le thorax est très
allongé, il contient de 8 à 10 rangs de stigmates
mais le plus souvent 9. Il y a au plus 14 stigmates
par demi-rang, souvent moins. L'anus s'ouvre au
niveau du 8 e ou 9 e rang de stigmates, il est
bilabié. Les larves sont incubées dans la cavité
cloacale en petit nombre (2 à 3).
L'abdomen est court, étroit (fig. 27, A). L'œso¬
phage est plat et large et ne se rétrécit qu'à son
entrée dans l'estomac. L’estomac long et cylin¬
drique porte 8 plis profonds, ininterrompus (fig.
27. A). La partie antérieure de l’intestin est
élargie par un post-estomac. L'intestin moyen
forme le fond de la boucle intestinale entre 2
constrictions. L'intestin postérieur débute par 2
cæca nets (fig. 27. A). Le post-abdomen est de
longueur très variable selon les colonies. Il est
généralement plus long que thorax et abdomen
réunis. Quand il n'est pas trop contracté, on
constate que les gonades n'apparaissent que dans
sa moitié postérieure (fig. 27, A). L'ovaire est
situé immédiatement en avant des testicules qui
sont mal alignés. La partie cardiaque ne contient
plus de vésicules spermatiques mais se prolonge
vers l'arrière par 2 protubérances vasculaires.
Nous n'avons trouvé qu’un têtard bien diffé¬
rencié (fig. 27, C). Le tronc mesure 510 um. II y a
3 papilles adhésives et de nombreuses petites
vésicules épidermiques en plus des deux vésicules
coniques situées entre les ventouses.
Cette espèce est très discrète : elle vit surtout
dans les fissures, sous le Corail mort étant bien
camouflée par son pigment brun et le sable
qu'elle contient. Chez les colonies bien dévelop¬
pées avec plusieurs systèmes de zoides. l'apparen¬
ce superficielle, avec le sable bien calibré réparti
le long des systèmes cloacaux, est très caractéris¬
tique. La présence simultanée de 10 rangs de
stigmates au plus, de 8 plis stomacaux, et de
gonades très postérieures dans le post-abdomen
ne permet aucun rapprochement avec d autres
espèces d 'Aplidium.
Aplidium maru a été trouvé aussi bien sur la
pente externe du récif barrière que dans le lagon
et semble n'exiger qu'un habitat cryptique.
Source : MNHN, Paris
Fig. 27. Aplidium maru n. sp. : A A', zoide entier ; B. siphons d’u
d’une colonie. „ , . . ,,
Aplidium uleuie n. sp. : E E, zoide entier ; F, thorax et abdomen d un
l’estomac. Echelles : 5 mm : D. — 1 mm : E et F. 0,5 mm : A et B.
n autre zoide ; C, larve ; D, aspect
autre zoide ; G et H, deux faces de
0,4 mm : C. — 0,3 mm : G et H.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
77
Aplidium nadacnse (Nishikawa, 1980)
(Fig. 26, D à E)
Nishikawa, 1980 : 104. Japon.
Stations : Mooréa 4-6-10-11-18-19. — Tahiti 2.
Les colonies forment des croûtes très irréguliè¬
res. densément incrustées de sable, très dures.
Elles ne peuvent être distinguées, sans dissection,
de Eudistoma one n. sp.
Les zoides sont couchés dans la colonie (par
rapport au substrat) et semblent entrecroisés en
tous sens. Ils sont minces (fig. 26, F, G) et
peuvent atteindre une longueur maximum de
1.5cm grâce à leur post-abdomen. Le siphon
buccal a 6 lobes (fig.26. D) et un fort sphincter.
Le siphon cloacal (fig. 26. D) placé au niveau du
2 e rang de stigmates est étroit, rond, muni
également d'un sphincter. La languette cloacale
est courte, simple, ou nettement bifide à son
extrémité. Le thorax étroit compte jusqu'à 12
rangs de stigmates, mais plus généralement 10.
L'abdomen est un peu plus court que le
thorax. L'œsophage large et plat s'amincit pro¬
gressivement vers le cardia (fig. 26. E); l'estomac
est cylindrique mais un peu plus court du côté
dorsal (fig. 26, E), sa paroi forme 5 plis en
ailettes. Le début de l'intestin est progressive¬
ment aminci sans post-estomac, l'intestin moyen
est d'abord large, et après un étranglement il a
un faible diamètre. L'intestin postérieur débute
par 2 cæca et se termine au niveau du troisième
rang de stigmates par un anus bilabié. L'estomac
est situé au milieu de l'abdomen.
Le post-abdomen a une longueur très variable.
Sa portion antérieure ne contient pas de gona¬
des: les testicules se situent en chapelet très
postérieurement (fig. 26, G). L'ovaire est égale¬
ment situé à une grande distance de la boucle
digestive (fig. 26, F). La partie cardiaque termi¬
nale est prolongée par 2 appendices symétriques.
Les larves incubées dans la cavité cloacale
mesurent 530 [i.m. elles ont une forme allongée
mais ne sont pas assez développées pour que l'on
puisse distinguer autre chose que les 3 papilles
adhésives et les organes sensoriels.
Cette espèce a été trouvée sur la pente externe
du récif frangeant et dans le lagon, uniquement
dans des localités où le courant est violent. Nous
l'attribuons à l'espèce de Nishikawa en tenant
compte de la structure des colonies, de la forme
du thorax en général, de la languette cloacale
pouvant être bifide, et de la forme du tube
digestif. On constate cependant que le matériel
type a 1 ou 2 rangs de stigmates de plus que les
spécimens polynésiens.
Nishikawa signale que son espèce est « still
immature ». Cependant il figure une double
rangée de testicules situés immédiatement derriè¬
re l'abdomen. Si celte position était confirmée
pour les spécimens japonais, l'espèce polynésien¬
ne serait différente puisque les gonades sont
placées très loin dans le post-abdomen.
Aplidium uouo n. sp.
(Fig. 28)
Stations : Tikehau 2-13-16-19.
Type : n’ Al APL B 196 Tikehau, st. 2.
Cet Aplidium ne se rencontre qu'au-dessous de
20 m sur la pente externe du récif barrière autour
de Tikehau. Il apparaît blanc laiteux aussi bien
en plongée qu'après fixation (uouo = blanc en
polynésien). Les colonies sont encroûtantes,
épaisses de 5 mm. Leur plus grand diamètre
atteint 50 mm. La consistance est dure, cartilagi¬
neuse. Les zoides sont très peu visibles par
transparence. Ils sont disposés le long de canaux
méandriformes et perpendiculaires à la surface
de la colonie. Il y a plusieurs cloaques communs
dans la colonie, en simples trous.
Les zoides sont petits. 4 mm au plus (fig. 28. A.
B), et apparaissent très différents selon leur état
de contraction. Ils sont incolores sauf l’estomac
jaune orangé. Leurs rares larves ont une couleur
jaune pâle. Le siphon buccal a 6 lobes. Le siphon
cloacal est situé assez bas sur le thorax, au
niveau du 3 e rang de stigmates quand il est fermé
(fig. 28, A), mais il peut être très large et laisser
voir jusqu'à 4 à 5 rangs de stigmates (fig. 28, D).
La languette cloacale est simple et mince (fig. 28,
A), ou profondément trifide (fig. 28, C). dans ce
cas le lobe médian est plus long que les lobes
latéraux qui peuvent être inégaux. La muscula¬
ture thoracique est formée de quelques fibres très
fines. Il y a 12 tentacules de 2 ordres situés très
hauts dans le siphon buccal dont 6 sont seule-
Source : MNHN, Paris
78
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 28. - Aplidium uouo n. sp. : A, zoidc en extension : B. zoide en phase femelle et incubatrice, contracte ;
C et D, différents aspects de la languette et du siphon cloacal ; E. thorax ouvert ; F. post-abdomen en phase mâle ;
G, abdomen face gauche; H, larve. Echelles : 0.5 mm : A à G. — 0.4 mm : H.
Source : MNHM, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
79
ment des boutons. L'espace entre les tentacules
coronaux et la branchie est assez grand (fig. 28,
A). Il y a 10 rangs de 5 à 7 stigmates et un large
espace imperforé de chaque côté de l'endostyle
(fig. 28, A). Le I er rang de stigmates comprend
parfois jusqu'à 8 stigmates de chaque côté.
La boucle digestive est courte (fig. 28, A).
L'œsophage s'amincit à son entrée dans l'esto¬
mac. L'estomac de forme généralement sphéri¬
que a 5 côtes longitudinales bien marquées (fig.
28. A, F, G). L'intestin débute par une portion
mince, s'élargit brusquement aux 2/3 de l'abdo¬
men (fig. 28, A). Un élargissement s'observe
également immédiatement après la courbure
postérieure formant 2 cæca. L'anus est biiabié et
s'ouvre au niveau du 8 e ou 9 e rang de stigmates.
Le post-abdomen est très court (fig. 28, B. C).
Chez les animaux bien étendus le thorax est au
moins aussi long que l'abdomen et le post¬
abdomen réunis.
Les zoides sont tous au même stade de
maturation sexuelle dans une même colonie. Les
stades mâle et femelle sont successifs. Les testi¬
cules sont disposés en amas dans le post-abdo¬
men. en grappe. Le spermiducte est droit et
large. L'ovaire est situé immédiatement sous la
boucle intestinale (fig. 28. B). Un seul ovocyte est
mûr à la fois. Le post-abdomen se prolonge par 2
extensions symétriques (fig. 28. A. B. F). Une
seule larve est incubée dans le thorax.
Nous n'avons trouvé qu'un têtard bien déve¬
loppé, présent dans la colonie à côté d'un zoide.
Les larves en incubation n’ont pas atteint un
développement suffisant pour être décrites. Le
têtard trouvé dans la tunique est figuré (fig. 28.
H); le tronc mesure 700am. U y a 3 papilles
adhésives longues et. de chaque côté, un crois¬
sant antérieur de nombreuses vésicules épidermi¬
ques.
Cette espèce ne correspond à aucun Aplidium
connu et se caractérise à la fois par ses 10 rangs
de stigmates peu nombreux, son estomac court à
5 plis, son post-abdomen très court et sa colonie
encroûtante blanche.
La répartition semble être limitée à la pente
externe du récif, en position sciaphile, et. pour le
moment, à l'atoll de Tikehau.
Aplidium uteute n. sp.
(Fig. 27, E à H)
Stations : Mooréa 5-10-12-14-15-19. Tahiti 4-5-
6 - 12 .
Type : n° A APL B 194 de Mooréa. st. 19.
Les colonies roses forment des coussinets,
aplatis sur le corail, fixés par une base large.
L'épaisseur est de 5 mm au plus, mais le diamètre
peut atteindre 35 mm.Il y a parfois plusieurs
colonies jointives sur un même support. La
tunique est vitreuse sans éléments sableux en
surface. Prés du substrat quelques débris calcai¬
res sont inclus dans la tunique. Les zoides.
visibles par transparence, sont colorés par des
taches rouges (d'où le nom d'espèce, uteute =
rouge) réparties ainsi : un point de chaque côté
du ganglion nerveux, une ligne ou un point rouge
de chaque côté de l'endostyle. et une tache ronde
sur le raphé sous l'orifice cloacal: la base de la
branchie est rouge. L’estomac est vert ainsi que
l'intestin postérieur en face de l'estomac. Ces
couleurs disparaissent après fixation.
Les zoides (fig. 27, E), parallèles entre eux.
mesurent jusqu'à 10 mm de long (2.5 mm pour le
thorax). Le siphon buccal a 6 lobes courts,
arrondis (fig. 27, F). Le siphon cloacal est situé
tout à fait en haut de la branchie et forme un
court tube dont le bord inférieur est dentelé
tandis que la partie supérieure porte une languet¬
te épaisse, courte, le plus souvent divisée en 3
lobes pétaliformes (fig. 27, E, F). La branchie
comprend de 9 à 11 rangs de stigmates (plus
généralement 10). Le manteau est fin mais
contient de nombreuses fibres longitudinales sur
le thorax qui se prolongent sur l’abdomen et le
post-abdomen sans former un ruban dense.
L'abdomen est dans le prolongement du tho¬
rax. L'œsophage est large et plat. L'estomac est
cylindrique et très finement plissé (fig. 27, G. H),
avec environ 50 plis plus ou moins obliques,
rarement interrompus; il existe un post-estomac
en anneau (fig. 27. F) et un intestin moyen plat.
L'intestin postérieur débute par un élargissement
en 2 cæca (fig. 27, F). L'anus biiabié débouche au
niveau du T ou 8 e rang de stigmates.
Le post-abdomen est long (fig. 27, E). L'ovaire
est placé très postérieurement, il est éloigné de
l'abdomen. Les vésicules testiculaires peu denses
Source : MNHN, Paris
80
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
sont réparties derrière l'ovaire dans toute la
partie postérieure du post-abdomen.
Les larves incubées dans la cavité cloacale sont
immatures mais placées dans un diverticule du
manteau à la base du thorax, formant une poche
externe pédonculée (fig. 27, E).
Cette espèce ne correspond pas à la description
de A. pliciferum Redikorzev, 1927, ni pour
l'emplacement de la languette cloacale, ni pour la
structure de l'estomac. Par contre, elle se rappro¬
che plus de la description donnée par Tokioka.
1953 bien que le nombre de rangs de stigmates
soit nettement plus élevé. La description de
Tokioka, 1967a, pour la même espèce diffère
encore des deux précédentes. L'espèce de Kott,
1972 a moins de rangs de stigmates ce qui
correspond mieux à nos spécimens mais en 1975
elle décrit sous le même nom des colonies qui ont
jusqu’à 15 rangs de stigmates et seulement 20 plis
à l'estomac.
Un point commun à toutes ces descriptions :
la disposition des siphons buccaux des zoides le
long de sillons en surface de la colonie. Cette
disposition n'a pas été retrouvée à Tahiti. Nishi-
kawa, 1984 décrit, de l'atoll de Truk, une
colonie qui porte des sillons en surface, les zoides
ayant 14 rangs de stigmates et 24 plis stomacaux.
La structure des colonies et des zoides. en
Polynésie française, étant assez constante, nous
préférons décrire une nouvelle espèce pour éviter
les confusions. La variabilité d'A. pliciferum,
selon toutes les descriptions ci-dessus, nous
paraît beaucoup trop grande pour qu’elle puisse
ne s’appliquer qu'à une seule espèce. A. uteute
pourrait également rappeler, par sa couleur et
l’anatomie générale des zoides. A. exile (Van
Name. 1902). Il en diffère par la forme des taches
pigmentaires, une languette le plus fréquemment
trilobée et non simple, un plus grand nombre de
plis stomacaux mais moins de rangs de stigmates,
et enfin une cavité incubatrice développée en
poche pédonculée.
Aplidium uteute n'a été trouvé que dans le
lagon, à quelques mètres de profondeur dans les
massifs coralliens de Mooréa et de Vairao.
Sidnyum pentatrema Monniot F.. 1972
Monniot F.. 1972 : 954 Bermudes; Monniot F.. 1983c :
416. Guadeloupe.
Stations : Tahiti 3-7.
Les deux colonies récoltées sont incrustées de
particules sableuses grossières. La plus grande est
formée de lobes coalescents à leur base, la plus
petite forme une boule et est moins densément
incrustée. La tunique est molle, vitreuse, incolo¬
re. Les zoides sont très contractés disposés
parallèlement les uns aux autres. Ils portent un
pigment rouge le long du bord supérieur de la
branchie et un point rouge à la base du siphon
cloacal. Il y a 8 lobes buccaux pointus. Le siphon
cloacal forme un tube long dont le bord supé¬
rieur est prolongé en une languette triflde courte
et épaisse. Le thorax est court et ne contient que
5 rangs de stigmates. Les larves sont incubées à
la base de la cavité cloacale par 2 ou 3. On
compte 8 rubans musculaires longitudinaux de
chaque côté. L'estomac est dissymétrique avec 5
plis nets, plus courts du côté dorsal. La contrac¬
tion des zoides ne permet pas de distinguer de
régions différenciées pour l’intestin. Le post¬
abdomen est court et contient l’ovaire avec
plusieurs ovocytes en cours de maturation. Il n’y
avait pas de gonades mâles dans les colonies
récoltées. Les larves sont petites avec 3 papilles
adhésives et une série de petites vésicules épider¬
miques antérieures.
L'espèce se distingue des autres Polyclinidae
de Polynésie par ses 8 lobes buccaux et son tube
cloacal très net prolongé par une languette. Son
aspect diffère également des Aplidium par la taille
plus grande des particules sableuses incrustées
dans la tunique.
Comme nous le constatons en 1972 cette
espèce se rapproche de S. mernoensis (Brewin,
1956) par la structure de la colonie, la couleur, le
nombre de lobes buccaux, de rangs de stigmates,
de plis à l’estomac et la languette trifide. Elle en
diffère par son post-estomac court, ses larves
beaucoup plus petites et la place de l’ovaire dans
le post-abdomen.
Sidnyum pentatrema n'avait été récolté jusqu'à
présent qu'aux Bermudes et en Guadeloupe. Sa
présence dans le Pacifique central n’est que
ponctuelle puisqu'elle n'a été trouvée que dans le
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
81
lagon à Tahiti en face de Vairao. Il n'est pas
possible de dire si cette nouvelle localisation est
due à un apport accidentel par la navigation ou
si l'espèce a une large répartition dans les eaux
chaudes littorales.
Synoicum intercedens (Sluiter. 1909)
(Fig. 29. A à D)
Mot lielli m mer. le Sluiter. 1909 : 108. pi. 5. fig. II.
Stations : Mooréa 5-6-12-19. Tahiti 1-7-11.
Les colonies forment des coussinets mous, plus
ou moins cylindriques, dont la base s'incruste
dans les anfractuosités du Corail. La tunique
dure est vitreuse, et laisse voir par transparence
les zoides rouge orangé, disposés en rosettes
autour de cloaques communs circulaires, très peu
visibles. Chaque système comprend en moyenne
8 zoides. perpendiculaires à la surface plane de la
colonie et parallèles entre eux. Le diamètre
maximum des colonies récoltées est de 17 mm.
L'épaisseur est variable selon le support. La plus
épaisse atteignait 12 mm. La coloration brun
foncé des animaux vivants pâlit dans le formol et
devient rosâtre. Il n'y a pas de sable incrusté
dans la tunique.
Les zoides ont un thorax très grand par
rapport à l'abdomen (fig. 29, A). Le siphon
buccal a 6 lobes. Le siphon cloacal forme un
tube court, ou une ouverture ronde simple
prolongée dorsalement par une large languette à
extrémité tridentée. Sous le siphon cloacal on
trouve un diverticule en bouton. Il y a 12 rangs
de stigmates allongés.
L’abdomen étroit et court est coloré en oran¬
ge. La boucle digestive comprend un œsophage
large et plat, rétréci au niveau du cardia (fig. 29.
B, C). un estomac dissymétrique à paroi très
nettement aréolée (fig. 29, B. C), un intestin
antérieur élargi par un anneau oblique. L'intestin
moyen qui forme le bord de la boucle intestinale
est bien individualisé entre 2 constrictions. L'in¬
testin postérieur débute par 2 cæca (fig. 29, A).
L'anus débouche à la base de la branchie au
niveau du 9 e rang de stigmates.
Le post-abdomen peut être long, il prolonge
l'abdomen sans constriction. Dans l'une des
colonies il était long mais sans gonades. Dans
une autre colonie seul l'ovaire était présent, assez
éloigné de la boucle digestive (fig. 29, A).
Les larves étaient en incubation dans la cavité
cloacale. Elles ont 3 papilles adhésives et 4 paires
de vésicules épidermiques, ainsi qu'une rosette de
vésicules dorsales de chaque côté (fig. 29. D). Le
tronc mesure 530 |im.
Il ne nous semble pas que les spécimens
polynésiens puissent correspondre â ce que Kott
a appelé S. kuranui Brewin, 1950, aux Fidji. Les
différences portent sur l’estomac, lisse pour
Kott. et sur les colonies densément incrustées.
Cette espèce est différente de S. occidentalis
Millar, 1982, de Nouvelle Zélande, qui possède
beaucoup plus de rangs de stigmates et une larve
très différente.
Nous avons revu le type de Morchellium
intercedens Sluiter, 1909 provenant de l’archipel
Sulu : ZMA TU 694. Les colonies ont une
tunique très dure, transparente, non incrustée de
sable. Elles sont claviformes. la face supérieure
étant plane avec un bord externe relevé. Les
orifices buccaux sont disposés en rosettes autour
de cloaques communs centraux, comme le signa¬
le Sluiter. Les zoides sont très contractés mais
montrent 6 lobes buccaux, un siphon cloacal
étiré en tube et prolongé par une languette
terminée par 3 denticules. Il existe un bouton
sous le siphon cloacal. Pour une branchie peu
contractée, nous avons compté 16 rangs de
stigmates. L'abdomen est allongé, l'œsophage est
large et plat, l'estomac est très nettement aréolé,
plus court du côté dorsal. Le post-abdomen est
bien développé avec un ovaire antérieur situé
sous la boucle digestive et de nombreux lobules
testiculaires s’étendant jusqu'au cœur.
Le type de Synoicum intercedens (Sluiter) ne
diffère des spécimens polynésiens que par une
forme plus haute des colonies et un nombre de
rangs de stigmates un peu plus élevé. Malgré
l'éloignement géographique, nous estimons qu'il
s'agit d'une seule espèce.
Synoicum intercedens est retrouvé ici pour la
première fois depuis sa description originale.
Pscudodistoma aureum (Brewin, 1957)
(Fig. 29, E à H)
Sigillinaria aurea Brewin. 1957 : 577-NZ-N. Auckland.
? Pseudodistoma aurea : Kott, 1981. 157-Fidji — Nishi-
kawa. 1984 : Majuro.
Stations : Mooréa 19. Tahiti 6. Tikehau 2-
13-16-19.
Source : MNHN, Paris
82
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
83
Cette espèce n'a été trouvée que vers 25-30 m à
l’extérieur du récif barrière sous les Coraux
morts à Tikehau et, dans le lagon, une fois à
Mooréa et une fois à Tahiti. Les colonies se
présentent sous la forme de coussinets arrondis,
parfois même sphériques, de couleur orangée. La
tunique est transparente et laisse voir les zoides
clairs.
Les zoides mesurent jusqu'à 10 mm de lon¬
gueur totale. Les deux siphons sont larges, non
lobés, le siphon cloacal est un peu plus long (fig.
29, E). Ils débouchent à l'extérieur l'un près de
l'autre. Il n'y a pas de systèmes visibles dans la
colonie. Il y a 6 tentacules coronaux. U existe un
grand espace entre le bourrelet péricoronal et la
branchie. Il y a 3 rangs de stigmates, le premier
étant un peu relevé du côté dorsal. On compte 15
à 20 stigmates à droite, moins à gauche, le raphé
étant très décalé sur la gauche.
Le tube digestif est très court. L'œsophage
débouche du côté dorsal dans l'estomac sphéri¬
que marqué de 4 plis plus ou moins nets (fig. 29,
F, G); la partie intestinale immédiatement après
l'estomac est droite, puis s'élargit et reste iso-
diamétrique dans la courbure. L'intestin posté¬
rieur débute par 2 cæca nets (fig. 29, F). Le post¬
abdomen est plus ou moins long selon les zoides.
Il existe toujours un grand espace entre la boucle
digestive et l'ovaire situé postérieurement dans le
post-abdomen, en tous cas au moins dans la 2 e
moitié (fig. 29, E). Les lobules testiculaires, peu
nombreux, sont disposés en un rang immédiate¬
ment derrière l'ovaire dans toute la partie termi¬
nale du post-abdomen (fig. 29, E).
Les larves sont incubées dans la cavité thoraci¬
que. On en trouve généralement une, plus rare¬
ment deux. Elles sont de petite taille (410 jxm
pour le tronc), avec 3 papilles adhésives et 3
paires de vésicules épidermiques, mais leur déve¬
loppement n'est pas achevé (fig. 29, H).
L'espèce ne semble présente que dans l'Ouest
Pacifique, des îles Fidji au Nord de la Nouvelle
Zélande, sa présence en Polynésie française étend
donc sa répartition au centre Pacifique.
Luherdmania digitata Millar, 1963
(Fig. 30, A)
Synonymie : voir Kott, 1981.
Stations : Mooréa 5-6-14-15-18-20-22. — Tahiti 1-
3-4-6-9-10-11.
Les zoides sont isolés sur la plus grande partie
de leur longueur dans un manchon de tunique
élargi au niveau des thorax. Seules les bases des
abdomens sont incluses dans une tunique
commune. La tunique est molle, transparente
mais quelques très fines particules adhèrent à la
surface. Elle est incolore. Les zoides (fig. 30, A)
sont légèrement colorés en rose. Il est très
difficile d'éviter une forte contraction à la récol¬
te. Les colonies sont toujours placées dans des
habitats cryptiques, elles sont dificiles à voir,
seule la partie thoracique émerge des cavités qui
les abritent.
L'espèce est commune dans les lagons polyné¬
siens de Tahiti et Mooréa, depuis la surface
jusqu'à quelques mètres de profondeur seule¬
ment. Elle porte de nombreux organismes épibio-
tes : Algues, Éponges, Bryozoaires, Hydraires,
Polychètes, etc... Elle n'avait été signalée aupara¬
vant que du Nord-Ouest de l'Australie, de la mer
de Corail, des îles Palau et Fidji.
Polyclinum constellatum Savigny. 1816
Stations : Mooréa 5-6-7-9-10-14-15-17-18. — Tahi¬
ti : bassins du COP, port de Papeete.
Cette espèce vit en abondance dans les bassins
d'élevage de Crevettes en eau de mer courante du
COP à Vairao, où les colonies peuvent atteindre
très fréquemment plus de 20cm de diamètre.
Dans le milieu naturel les colonies sont sphéri¬
ques, incolores ou avec des cellules pigmentaires
brun rouge ; elles ne dépassent guère 1 cm de
diamètre. Le nombre de rangs de stigmates ne
dépasse pas 11 dans ces petites colonies. Les
larves sont incubées en très petit nombre dans la
cavité cloacale. L'espèce, couverte de sable, est
peu visible dans les massifs coralliens. Elle y est
cependant commune. Elle se développe égale-
Source : MNHN, Paris
84
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
ment sur des parois du port de Papeete (Mon-
niot, Monniot & Laboute, 1985).
Polyclinum constellaium est une espèce cosmo¬
polite des mers chaudes. Elle a été signalée aux
Antilles, au Brésil, dans le Golfe Persique, à
Madagascar, au Japon, aux îles Palau, en Nou¬
velle Calédonie, etc...
Polyclinum pute n. sp.
(Fig. 30, B, C)
Stations : Mooréa 5-6-10-12. Tahiti 1-4-6-9-10.
Tikehau .5-6-15.
Type : n° Al POL B 33 de Tikehau, st. 6.
Les colonies forment des coussinets qui attei¬
gnent 15 mm de diamètre mais ne dépassent pas
5 mm d'épaisseur. La tunique est molle, plus ou
moins incrustée de fines particules en surface
mais gardant une certaine transparence. Il n’y a
pas du tout d'inclusions dans la partie interne de
la tunique qui est vitreuse, un pigment brun noir
marque, de façon plus ou moins intense, les
emplacements de siphons buccaux et le bord des
cloaques communs. Les zoides sont disposés en
rosettes juxtaposées. Ils sont perpendiculaires à
la face supérieure des colonies. Quand les zoides
sont incubateurs, les poches incubatrices ont une
position centrale par rapport aux rosettes. La
tunique est très molle, glaireuse intérieurement,
les zoides peuvent en être extraits facilement sauf
au niveau des post-abdomens entourés d'une
tunique plus fibreuse.
Les siphons buccaux ont 6 lobes pointus,
parfois tridentés. Le siphon cloacal est placé en
haut du thorax, surmonté par une languette
large, longue, qui porte à son extrémité 3
denticules ou bien se termine par un bord droit
dentelé (fig. 30, B). Les fibres musculaires y sont
denses. Une petite protubérance est placée sur le
manteau, sous le siphon cloacal (fig. 30. B). Le
thorax est large. Il y a 16 tentacules coronaux en
moyenne, longs, de 2 ordres et disposés sur un
cercle. Le bourrelet péricoronal. très proche de la
branchie, forme un V au niveau du tubercule
vibratile circulaire. Il y a 10 à 12 rangs de 20 à 25
stigmates. Les languettes du raphé sont triangu¬
laires médiodorsales. Les sinus transverses por¬
tent des papilles arrondies très élevées. On en
compte 12 à 14 de chaque côté dans la partie
antérieure de la branchie. Il y a 6 faisceaux
musculaires longitudinaux de chaque côté du
thorax partant de la base du siphon buccal, mais
ne s'étendant que sur les 2/3 antérieurs du
thorax.
Il existe une forte constriction entre le thorax
et l'abdomen. Ce dernier est petit, au plus égal à
la moitié du thorax (fig. 30, B). L'estomac lisse
est central, la boucle intestinale est tordue sur
elle-même. L'anus bilabié s'ouvre à mi-hauteur
de la branchie. Le pédoncule du post-abdomen
est mince, long, filiforme. Le post-abdomen en
olive contient un ovaire antérieur et une grappe
de lobules testiculaires (fig. 30, B). Le spermiduc-
te débouche au niveau de l'anus.
Les embryons sont incubés dans une poche
appendue à la paroi dorsale du thorax en son
milieu (fig. 30, B), d'où le nom d'espèce, pu¬
te = poche en lahilien. Les embryons sont à des
stades divers dans ce sac, on en compte jusqu'à 6
ou 8. Ils sont de petite taille (350 à 400 uni).
Ocelle et otolithe sont bien visibles (fig. 30, C).
Ils possèdent 3 papilles adhésives. 4 paires de
vésicules épidermiques. Dans la masse cellulaire
centrale existe un cristal de CaC0 3 caractéristi¬
que du genre Polyclinum (Monniot F.. 1983b).
Cette espèce, par sa poche incubatrice appen¬
due au thorax, rappelle Polyclinum marsupiale
Kott, 1963, de Tasmanie. Les différences sont :
un plus grand nombre de rangs de stigmates avec
moins de stigmates par demi-rang pour l'espèce
de Kott, et une disposition différente des zoides
en doubles rangées.
L'espèce, discrète par sa taille et son habitat
hypolithe, est commune en Polynésie. Elle se
distingue aisément de P. constellaium quand le
pigment sombre est dense au niveau des siphons,
sinon elle peut être facilement confondue avec
cette espèce. Les formes très jeunes sont indiscer¬
nables.
Polyclinum sundaicum (SIuiter. 1909)
Gtossophurum sundaicum Sluitcr, 1909, p. 97.
Polyclinum sundaicum : Kott, 1981 : 158 et synonymie;
Nishikawa. 1984 : 108.
Stations : Tikehau 5-6-7-11-12.
Cette espèce n’a été trouvée que dans les hoa
de 1 à 2m de profondeur sous des surplombs.
Source : MNHN, Paris
Fig. 30. Euherdmania digitata Millar : A. zoidc.
Polyclinum pute n. sp. : B. zoide : C, larve. — Echelles : 2 mm : A. — 1 mm : B. — 0,2 mm : C.
Source : MNHN, Paris
86
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Vivante, l'espèce est colorée en violet, la colora¬
tion pouvant être plus ou moins atténuée selon la
quantité de sable retenue sur la tunique. La
coloration dans le fixateur est rose orangé.
Les colonies sont gélatineuses, aplaties, en
croûtes épaisses de I cm. Une colonie de taille
moyenne mesure 4,5 * 3,2 x I cm épaisseur. Il y
a un peu de sable à la surface des colonies et
entre les zoides, mais pas du tout à l'intérieur de
la tunique. Les ouvertures cloacales communes
sont nombreuses, bordées d'une courte cheminée
tunicale. Les zoides sont disposés en rosettes.
Les zoides ont un siphon buccal large, à 6
lobes. L'ouverture cloacale est surmontée d'une
languette longue étirée en pointe ou à bord droit
dentelé. Il n'y a pas de long éperon inférieur mais
un simple bouton. Les tentacules coronaux sont
au nombre de 18 à 20, longs, de 3 ordres, sur un
rang. Il y a régulièrement 12 rangs de stigmates
dans la branchie (20 à 22 stigmates par demi-
rang) séparés par des sinus qui portent de 12 à 14
papilles hautes. Les muscles thoraciques sont peu
nombreux, disposés en 5 rubans de chaque côté
du thorax, le ruban le plus dorsal se divisant en
plusieurs faisceaux. L'abdomen n'a pas de ca¬
ractères particuliers. Le post-abdomen est petit,
longuement pédicule. Les têtards de petite taille
sont incubés du côté droit du thorax, ils possè¬
dent le cristal de CaC0 3 commun à toutes les
espèces du genre.
Ces spécimens correspondent bien aux descrip¬
tions précédentes et en particulier aux spécimens
des Fidji décrits par Kott, 1981.
Polyclinum sundaicum était connu de l'Indoné¬
sie, des Philippines, du Pacifique Ouest et du
Japon, il est étonnant que nous Payions trouvé
seulement à Tikehau mais pas à Tahiti ni à
Mooréa.
ORDRE DES PHLEBOBRANCHIATA
FAMILLE DES CION1DAE
Rhopalaea piru n. sp.
(Fig. 31, A à F)
Type : PI RHO A 8 de Tikehau.
Cette espèce a été récoltée par P. Laboute le
29.5.1984 sur la pente externe à l'Ouest de l’atoll
de Tikehau par 50m de profondeur. L'unique
colonie mesurant 4 cm sur sa plus grande lon¬
gueur était fixée sur un bloc, les zoides étaient
couchés sur le substrat. Vivante la colonie était
translucide, colorée en jaune d’or (en tahitien,
piru = or) dans sa masse. Les zoides n'étaient
pas plus colorés que la tunique. La tunique
commune est épaisse et contient des sinus san¬
guins et des ampoules vasculaires. La tunique
n'étant pas rétractile les zoides se sont contractés
en se décrochant de la tunique et en général en se
coupant en deux au niveau du pédoncule œso-
phago-rectal. Un seul zoide était resté entier (fig.
31, A. B, C), mais une déchirure était déjà
amorcée au niveau de l'estomac. Au moment de
la capture tous les zoides étaient fonctionnels,
leurs tubes digestifs contenaient des pelotes féca¬
les.
La colonie (fig. 31, A), semble formée d'un
zoide fondateur ayant produit par bourgeonne¬
ment un autre zoide au niveau de la limite
thorax-abdomen, le second aurait, dans les
mêmes conditions, donné naissance à trois autres
zoides.
Il n'est pas possible d’établir les proportions
entre thorax et abdomen compte tenu de la
contractilité de ces deux parties. Le thorax
possède une musculature forte constituée de
fibres issues du siphon buccal et se dirigeant vers
l'entrée de l'œsophage. Ces fibres sont parallèles
entre elles et au nombre d’une quinzaine de
chaque côté. La plupart atteignent le fond de la
cavité buccale et il n'y en a que 5 ou 6 qui se
terminent le long de l'endostyle. ce qui ne donne
pas l'aspect caractéristique de la musculature des
autres Rhopalaea chez lesquels la plupart des
muscles n'atteignent pas l'extrémité du thorax.
Sur l'abdomen deux gros faisceaux musculaires
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
87
suivent la face dorsale et se prolongent dans le
« post-abdomen »,
Le siphon buccal semble posséder 6 ou 7 lobes
obtus et le siphon cloacal 6. On compte une
trentaine de tentacules longs, de trois ordres
disposés sur une crête. Le bourrelet péricoronal
est élevé, le tubercule vibratile est une simple
ouverture située dans une petite indentation du
bourrelet. Le raphé est formé de languettes
pointues.
La branchie est épaisse. On compte une tren¬
taine de rangées de stigmates et environ 40 sinus
longitudinaux de chaque côté. Les sinus sont
complets sauf tout à fait dorsalement, où subsis¬
tent des papilles en T, ils sont portés par des
papilles plates. Les mailles sont allongées et
contiennent en moyenne deux stigmates.
Le tube digestif (fig. 31. D, F) est situé dans
l'abdomen : l'estomac cylindrique possède une
paroi rayée, l'intestin élargi se recourbe à environ
une longueur de l'estomac sous celui-ci, puis
passe à gauche de l'etomac. L'anus se trouve près
du siphon cloacal. Il est à bord lisse.
La gonade femelle est située à droite de l'anse
digestive. Elle se prolonge par un oviducte gonflé
d'œufs qui débouche par une papille au niveau
de l'anus. U n’y a pas incubation. Les œufs sont
enveloppés dans une membrane imperméable
Fig. 31. Rlwpulueu piru n. sp. : A. colonie ; B ei C. zoidc entier (le post-abdomen C se raccorde à l'abdomen
B) ; D. E et F. faces ventrale, latérale et dorsale d'un abdomen avec petit «post-abdomen».
Perophora sp. alT. sugamiemis Tokioka : G. zoide immature.
Pcrtipliurti riridis Vcrrill : H. zoidc adulte. Echelles : 2 cm : A. 2 mm : B à F. I mm : G cl H.
Source : MNHN, Paris
88
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
aux colorants. Le testicule apparaît formé de
lobes vides, plats qui couvrent l'intestin sous
l’estomac.
Le « post-abdomen » a un développement très
variable (fig. 31, C, D), il prend naissance sur la
face ventrale au point de rebroussement de
l'intestin. Il est bourré de granulations
blanchâtres. Les gonades n’y pénètrent pas; il ne
s’agit pas là d'un post-abdomen vrai comme chez
Tylobranchion et chez les Polyclinidae. Cet orga¬
ne semble jouer un rôle de réserve. Chez d'autres
espèces de Rhopalaea et de Cionidac ces granula¬
tions envahissent l'abdomen comme chez Tylo¬
branchion nordgaardi ou Rhopalaea abdominalis.
Trois espèces sont connues de la région Indo¬
malaise. Rhopalopsis fusai Herdman. 1880, est
une grande espèce dressée d’un beau bleu roi
dont la zone thoracique est très développée. R.
ternis Sluiter. 1904, est aussi une espèce dressée à
tunique molle qui laisse voir l’anatomie par
transparence. Les exemplaires de Sluiter sont
immatures, avec un début de gonade femelle,
l'estomac a une paroi mince finement rayée. R.
defecta Sluiter, 1904, possède une tunique épaisse
cartilagineuse. Les zoides sont parallèles entre
eux, seulement unis par la base. Aucune de ces
espèces ne possède un post-abdomen. S'il existe
un prolongement, comme chez R. ternis . celui-ci
est très mince et ne comporte qu'un vaisseau
sanguin et non des muscles. Contrairement à
l'affirmation de Sluiter les deux muscles longi¬
tudinaux de l'abdomen se terminent sous la
boucle intestinale comme cela est figuré chez
Syndiazona chinensis par Mili.ar. 1975 (fig. 42,
43). Nous avons réexaminé les types des deux
espèces de Sluiter qui sont conservés au Zoolo-
gisch Muséum d’Amsterdam.
FAMILLE DES PEROPHORIDAE
Perophora multiclathrata (Sluiter, 1904)
Synonymie voir Korr, 1985 : 106.
Synonymie additionnelle :
Perophora formosana : MONNIOT C., 1983a : 57, synony¬
mie dans l'Atlantique et répartition.
Station : Tahiti 6.
Nous n'avons trouvé qu'une seule colonie de
cette espèce dans le lagon de Vairao sur le flanc
du récif Manunutau fixée sur un Madrépore
entre 3 et 10m de profondeur. Bien qu'immature
la colonie a des jeunes gonades dont la disposi¬
tion correspond bien à l'espèce.
Perophora sp. aff. sagamensis Tokioka, 1953
(Fig. 31, G)
Stations : Mooréa 9-18.
Nous avons trouvé deux colonies, de plusieurs
centaines de zoides chacune, dans des cavités de
la crête algale de Mooréa. Aucune des deux
colonies ne possédait de zoides mûrs. Vivants, les
zoides sont transparents, l’endostyle. le bourrelet
péricoronal et les sinus transverses sont marqués
par des lignes pigmentaires vert jaune très nettes.
Après fixation les zoides ne gardent que des amas
de pigments brunâtres au niveau des papilles de
la branchie.
La forme du tube digestif de nos zoides (fig.
31, G), correspond parfaitement aux descriptions
de Tokioka, 1953. Mukai & «/., 1983. et de
Nishikawa, 1984. L'espèce est connue de Truck.
Ponape et Majuro.
Quelques zoides immatures ont été trouvés à
Tikehau vers 20 m à l'extérieur du récif sur la
radiale Mamaa. La forme du tube digestif est
identique à celle des exemplaires de Mooréa. Ces
exemplaires n'ont pas été vus vivants.
Perophora viridis Verrill, 1871
(Fig. 31, H)
Station : Tahiti I.
Nous avons trouvé cette espèce dans le port de
Papeete fixée sur une Pyura momus (Monniot,
Monniot & Laboute, 1985), et devant le Centre
Océanologique du Pacifique. Les exemplaires
(fig. 31, H) étaient adultes montrant nettement
Source : MNHM, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
89
tous les caractères de l'espèce, papilles et sinus
longitudinaux souvent incomplets, boucle intesti¬
nale avec une courbure accentuée et présence de
deux lobes testiculaires.
Cette espèce n'avait jamais été signalée dans le
Pacifique central. Michaelsen & Hartmeyer.
1928, signalent du Nord de l'Australie Perophora
viridis hornelli ? qui appartient peut-être à cette
espèce.
Tokioka, 1950. a signalé des îles Palau un
Perophora listeri, puis en 1954 des îles Tokara
Perophora listeri tokarae, qui possèdent une
gonade mâle à deux lobes comme P. viridis.
Tokioka décrit des papilles en T et des sinus
dans la branchie. ce qui n'est jamais le cas chez
les P. listeri s. str. d'Europe. La courbure
intestinale des individus figurés par Tokioka est
peu prononcée et rappelle plutôt la forme de P.
sagamiensis.
Kctcinascidia faaopa n. sp.
(Fig. 32)
Type : P2 ECT 37 de Tahiti, st. 3.
Une seule colonie de cette espèce a été trouvée
dans le lagon de Vairao entre 10 et 20 m sur le
récif Toafene. La colonie était formée de quel¬
ques zoides couchés sur le substrat (en tahitien
fa'a'opa= couché sur le côté), éloignés les uns
des autres, fixés; ils sont incolores. La tunique
est fine et n’est pas couverte de débris.
Le manteau est fin et la musculature très
apparente. Les siphons ont une forme caractéris¬
tique. Ils sont bordés de lobes pétaliformes, et
très décalés sur la face droite du corps. Il existe
un rétrécissement sur le siphon dans tous nos
exemplaires. Ce caractère peut être dû à une
contraction. La musculature est très caractéristi¬
que. Elle est limitée à la face droite et à une
partie de la face gauche (fig. 32, B) là où il n'y a
pas de contact avec le substrat. Elle s'interrompt
au niveau du tubercule vibratile. Étant liée à la
position du zoide sur le substrat, elle peut être
assez variable mais son plan d'organisation reste
constant.
Les tentacules, au nombre d'une vingtaine, de
3 ou 4 ordres s'insèrent sur une petite crête. Leur
base, suivant leur taille, peut s'étendre plus ou
moins en arrière de cette crête, surtout pour les
plus grands, alors que ceux de dernier ordre sont
directement implantés sur la crête. Le bourrelet
péricoronal est formé de deux lames. Au niveau
du tubercule vibratile la lame antérieure s'étale
vers l'avant (fig. 32. D). Le tubercule vibratile
s'ouvre par un simple trou. Le raphé est formé
d'une lame élevée. Les sinus transverses s'y
rattachent par des contreforts, se prolongent en
papilles au-delà de la crête. L'endostyle est court,
il s'interrompt avant le niveau de la boucle
intestinale et se prolonge jusqu'à l'entrée de
l'œsophage par une gouttière qui passe sur
l'estomac.
La branchie comporte 15 rangs de stigmates.
Malgré la dissymétrie du corps, les deux faces de
la branchie sont à peu près égales; on compte 15
sinus longitudinaux à droite et 17 à gauche. En
règle générale les sinus sont complets, seuls les
plus proches de l'endostyle sont parfois formés
de papilles en T. Les papilles ne dépassent pas le
niveau des sinus longitudinaux, mais leur face
dorsale est prolongée par un coussinet cilié qui
ressemble à une papille principale d'Ascidia. Il y
a en général deux stigmates par maille.
Le tube digestif (fig. 32, A, E). décrit une
boucle ouverte sur la surface de fixation. L'esto¬
mac est globuleux à surface lisse. Il est plus
développé sur le côté cardiaque. Le post-estomac
est net. l'intestin irrégulier est soudé au manteau
jusqu'au rectum ; celui-ci est long et suit le raphé.
L'anus a un bord lisse et s’ouvre au niveau du 7 e
rang de stigmates, le spermiducte s'ouvre au
niveau du 6 e rang.
Le testicule (fig. 32. C. E) apparaît formé de 2
lobes eux-mêmes divisés. Il y a en réalité 2
paquets d’acini. Les canaux déférents, après un
longs trajet indépendant, se réunissent d'abord
deux par deux de chaque côté de l'ovaire, puis
tous ensemble pour former un spermiducte qui
débouche nettement en avant de l'anus.
La gonade femelle (fig. 32, A, C. E) émet un
oviducte qui s'étend postérieurement et un peu
sur la face droite du corps et qui sert de cavité
incubalrice. Nous avons compté un maximum de
6 larves alignées à divers stades de maturité.
L'oviducte s'ouvre dans la cavité péribranchiale
droite, près de l'endostyle.
A cause de sa forme externe, de sa musculatu¬
re très particulière, de la forme de son tube
digestif et de son raphé. cette espèce se rapproche
de E.jacerens Tokioka, 1954. Tokioka avait créé
cette espèce pour quelques échantillons immatu-
Source : MNHN, Paris
90
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
res. Nishikawa, 1986, redécrit E. jacerens sur
une colonie adulte provenant des îles Gilbert. La
structure des gonades ne présente pas l'aspect
caractéristique des exemplaires polynésiens, pas
plus que la forme très particulière des siphons,
qui donnent à E. faaopa un aspect tout à fait
original.
Cette espèce a une place à part chez les
Ecteinascidia à cause du faible nombre de lobes
testiculaires. Pour Kott, 1985 elle devrait appar¬
tenir au genre Perophora. Kott donne des genres
Perophora et Ecteinascidia une définition qui ne
correspond pas à celle qui est utilisée par l'en¬
semble des auteurs, définition qui ne tient pas
compte du nombre de rangs de stigmates, mais
du nombre de lobes testiculaires et de la courbu¬
re intestinale. Nous ne pouvons admettre cette
position. D'ailleurs la seule espèce de Perophora
qui selon Kott a plus de 5 rangs de stigmates, P.
multistigmata a une boucle intestinale nettement
Fici. 32. Ecteinascidia faaopa n. sp. ; A. zoidc vu par la face gauche : B et C. /oides vus par les faces dorsale
ci ventrale : D. détail de la partie neurale : E. tube digestif.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
91
courbée (Kott, 1985, fig. 47a). La longueur du nombre des lobules testiculaires est fonction de
rectum est un caractère corrélé avec le nombre de la taille du zoide. quant a leur taille elle est
rangs de stigmates. Si la taille de la branchie est toujours de l'ordre de 0,25 mm aussi bien chez les
petite, cas des Perophora. il ne peut être long. Le Perophora que chez les Ecteinascidia.
FAMILLE DES CORELLIDAE
Corella minuta Traustedt, 1982
(Fig. 33)
Synonymie :
Corella minuta Traustedt. 1882 : 271. pi. 14. fig. I.Saint
Thomas: Van Name. 1921 : 395. fig. 71-72; 1924 :
29; 1930 : 473. fig. 44: 1945 : 211. fig. 123: Monniot
C.. 1983a : 54. fig. 2. Toutes ces réfé renccs correspon¬
dent à des exemplaires atlantiques.
? Part. Corella japonica : Tokioka. 1953 : 232 « The
smallest specimen... ». fig. 11-2 et 3, pl. 39. fig. 8-10.
Japon Sagami Buy.
Corella japonica non Hcrdman. 1982. Vasseur. 1967 :
132, pl. I. fig. 5-6. Nouvelle-Calédonie: Tokioka &
Nishikawa. 1975 : 332. fig. 22-23. Okinawa: Nishika-
wa & Tokioka. 1976 : 392. fig. 5-34-34. îles Amani :
Nishikawa. 1984 : 128. Ponape.
Stations : Mooréa 6-16-20. — Tahiti 7. — Tike-
hau 2-11-18.
Nous avons trouvé cette espèce à Mooréa,
fixée sur des Algues à l'intérieur des pâtés
coralliens du lagon et à Tikehau sous des roches
sur le platier corallien. Les deux populations ne
sont pas tout à fait semblables. A Mooréa (fig.
33, C), la musculature est constituée de longues
fibres fines, les tentacules sont très fins et im¬
plantés loin les uns des autres : le tube digestif est
fin. A Tikehau (fig. 33, B) la musculature est
constituée de rubans courts et épais, les tenta¬
cules sont trapus et proches les uns des autres, et
le tube digestif est plus massif.
Il est possible que ces différences s'expliquent
par le mode de vie qui n’est pas le même pour les
deux populations. Celle de Tikehau vit beaucoup
plus près du fond et le tube digestif contient
beaucoup plus de sédiment que pour les exem¬
plaires de Mooréa. Les différences concernant la
musculature ne portent que sur la taille des
muscles et non leur disposition.
Les exemplaires polynésiens sont tout à fait
identiques aux spécimens antillais. Vivants ils ont
le même aspect, la même disposition sur le
substrat et affectionnent, malgré leur apparente
fragilité, les zones à hydrodynamisme prononcé.
Cette espèce avait plusieurs fois été signalée
dans le Pacifique sous le nom de Corella japonica
Herdman, 1882 avec un certain nombre de
réserves émises par Tokioka & Nishikawa.
1975. Ces auteurs faisaient remarquer la forte
ressemblance existant entre les spécimens d'Oki-
nawa, l’exemplaire « nain » décrit par Tokioka.
1953, de Sagami Bay. et la C. minuta américaine.
Considérant que les exemplaires d'Okinawa
avaient la même taille que les exemplaires typi¬
ques de C. japonica, ils concluaient « it can never
be a dwarf form ».
La différence principale entre C. minuta et C.
japonica réside dans la disposition de la muscula¬
ture : en rubans épais, anastomosés sur la partie
gauche de la face dorsale chez C. japonica.
Herdman, 1882, signale que les spirales stigmati-
ques de C. japonica sont 2 à 3 fois moins
nombreuses que les sinus longitudinaux, alors
que chez C. minuta il n'existe qu’un seul sinus
par stigmate.
Connue des Antilles, Floride, Nouvelle-Calé¬
donie. Okinawa, Fidji, Ponape. ? Sagami Bay.
Source : MNHN, Paris
92
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 33. Corella minuta Traustedl : A, exemplaire de Tikchau vu par la face droite : B. le même ouvert ;
C, exemplaire de Mooréa.
FAMILLE DES ASCIDIIDAE
Ascidia archaia Sluiter, 1890
(Fig. 34)
Synonymie : voir Kott, 1985 : 26, fig. 7,
Synonymie additionnelle :
Ascidia corelloides : Monniot, 1983a : 63, fig. 4, Guade¬
loupe.
Stations : Mooréa 3-5-6-7-10-13-17-18-19-20. — Ta¬
hiti 3-6-7. — Tikehau 1-4-6-11-12-19.
Nous confirmons tout à fait l'opinion de
Tokioka, 1953, reprise par Nishikawa. 1984 et
Kott, 1985, concernant la synonymie de l'espèce
caraïbe A. corelloides avec l'espèce Indo-pacifi¬
que. Par contre Y Ascidia corelloides mediterranea
Pérès, 1959 a peu de chances d'appartenir à cette
espèce.
Nous émettrons des doutes en ce qui concerne
A. aperla Sluiter, 1904 considérée par Kott
comme synonyme de A. archaia. Cette espèce est
plus grande, 4 à 5 cm, et possède une boucle
intestinale toujours très ouverte avec une cour¬
bure secondaire qui peut disparaître en fonction
de la position du siphon cloacal. Il existe une
extension sur la branchie sous le tube digestif. La
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
93
Fig. 34. Ascutia arcliaia Sluiter : A et B. faces gauche et droite d'un exemplaire de Mooréa. si. 6 : C et D.
exemplaire de Moorca. si. 13 : F. à H. lubes digestifs, gonades et vésicules d'accumulation d'exemplaires de Mooréa.
st. 18. Tikchau. si. I. st. II. et Mooréa. st. 6. Echelles : 5 mm : A à D et G à H. 3 mm : E et F.
Source : MNHN, Paris
94
CLAUDE F.T FRANÇOISE MONNIOT
musculature est bien développée sur la face
droite, les muscles dorsaux et ventraux sont en
continuité. La caractéristique la plus importante
est la structure de la gonade femelle : un boudin
qui longe l'intestin et qui lance des ramifications
internes qui passent sur l’intestin. La population
décrite par Tokioka, 1967a, des îles Marshall, a
une musculature très particulière, une boucle
intestinale presque fermée à boucle secondaire
accentuée, et une gonade qui ressemble beaucoup
à A. archaia. Cette population pourrait apparte¬
nir à cette espèce.
Enfin, signalons Ascidia hyalina Oka, 1915
proche sinon identique à A. archaia.
Cette espèce vit aux Antilles et en Polynésie
dans le même type de milieu très battu, à faible
profondeur, sous les pierres, sur le platier, entre
les digitations des Acropora dans le lagon. Elle
peut se fixer également sur des Algues.
A. archaia montre une très grande variabilité,
même dans une seule station. La plupart des
échantillons sont incolores. C'est le cas de tous
les spécimens de Tikehau, mais il en existe qui
présentent une coloration rouge particulièrement
accentuée au niveau des tentacules buccaux. Il
peut ou non exister des taches pigmentaires
rouges entre les lobes des siphons, comme chez
les exemplaires australiens.
La musculature (fig. 34, A-D) se dispose
toujours selon le même plan mais son développe¬
ment est très variable en fonction de l'épaisseur
de la tunique et de la disposition de l'animal sur
le substrat. La marge du raphé est plus ou moins
prolongée par des indentations correspondant
aux sinus transverses. Les papilles branchiales
sont soit formées de lames aplaties recourbées en
crosse, soit de simples pointes. Il peut exister de
toutes petites papilles intermédiaires dans cer¬
tains cas. La forme du tube digestif de l'oviducte
et de la gonade femelle varie (fig. 34, E à H). Une
part importante de ces variations doit correspon¬
dre à la disposition de l'animal sur le substrat.
Enfin nous avons noté de grandes différences
dans l'extension des vésicules d’accumulation qui
peuvent soit recouvrir une grande partie du tube
digestif et déborder sur le manteau (fig. 34, E,
G), soit être confinées à l'estomac et à l'intestin
antérieur (fig. 34, F et H). Ce développement est
indépendant de la taille et de la localisation
géographique des individus. En général les for¬
mes colorées ont beaucoup de vésicules d’ac¬
cumulation. mais les exemplaires incolores de
Tikehau présentent un développement très varia¬
ble de ces vésicules. Les exemplaires que nous
avons décrits de Guadeloupe sous le nom de A.
corelloides ont des vésicules peu développées.
Ascidia mclanostoma Sluiter, 1885
(Fig. 35)
Ascidia melanosioma Sluiter. 1885 : 172. pl. I, fig. 3;
pl. 3. fig. 1-5, île Billilon; Sluiter. 1904 : 30; non
Kott, 1981 : 197, îles Fidji = A. capillaia.
Stations : Mooréa 3-6-10-12-13-19. Tahiti 1-3-
6-7-9. Tikehau 1-4-6-10-11-12-18-19.
La référence de Kott (1957 : 143) de Mer
Rouge est douteuse, Kott, 1981 n'y fait pas
allusion. Les types de cette espèce ayant disparu
il ne nous a pas été possible de vérifier notre
détermination.
A. melanosioma est présente à Tahiti. Mooréa
et Tikehau. Nous ne l’avons jamais trouvée à
l’extérieur du lagon. C'est à Tikehau que nous
l'avons trouvée en plus grande abondance dans
les massifs de Pocillopora situés dans le lagon à
la sortie des hoa.
Les plus grands exemplaires dont nous dispo¬
sons atteignent 2 à 3cm ; généralement la tunique
est assez épaisse, peu ou pas couverte d'épibiotes.
Dans tous les cas on trouve une coloration
noirâtre sur les siphons, bien marquée sur les
exemplaires qui vivent dans des zones très éclair¬
ées, beaucoup plus discrète en profondeur dans
le lagon. La tunique en dehors des siphons est
gris brunâtre, en général claire, elle est transluci¬
de.
Le siphon buccal est marqué de côtes bien
nettes en nombre variable de sept à neuf le plus
souvent. Elles sont moins nombreuses au siphon
cloacal. La forme et la direction de l'implanta¬
tion du siphon cloacal sont très variables car
cette espèce vit généralement dans des anfractuo¬
sités dont elle épouse la forme. La musculature
est bien développée sur la face droite du corps
qu’elle recouvre entièrement. Sur la face gauche
(fig. 35, A et C) elle est limitée au tiers antérieur
et à la zone dorsale. On compte une soixantaine
de tentacules disposés sur une crête nette. Ils sont
assez longs, falciformes, disposés en au moins
quatre ordres assez régulièrement. Les plus petits
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE’
95
Fig 35. Ascidia melanostoma Sluiter : A. B et C,
vibratile ; F. tube digestif et gonades vus par la face interne.
D, deux spécimens de la même station ; E. tubercule
Echelles : I cm : A à D et F. - I mm : E.
Source : MNHN, Paris
96
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
tentacules sont souvent absents dans certaines
parties du cercle. L'espace situé entre les tenta¬
cules et le bourrelet péricoronal est couvert de
petites papilles. Le bourrelet péricoronal forme
une indentation peu marquée au niveau du
tubercule vibratile. Il est formé de deux lames, la
plus antérieure lobée (fig. 35. E) et la postérieure
plus élevée et lisse. Le tubercule vibratile est petit
avec une ouverture simple en C ouvert vers
l'avant. Le ganglion nerveux est éloigné du
tubercule vibratile d’au moins quatre fois sa
longueur. Le raphé est formé d'une double lame
lisse jusqu'au niveau du ganglion nerveux. Il est
ensuite formé d'une lame élevée mince. Les
contreforts situés sur sa face gauche se prolon¬
gent par des papilles alors que ceux de la face
droite n'atteignent pas la marge du raphé. Le
raphé à gauche dépasse l'entrée de l'œsophage. A
droite à ce niveau on trouve une rangée de
papilles longues, parfois bifides, qui prolongent
certains sinus transverses.
La branchie est fine, peu ou pas gaufrée, elle
dépasse postérieurement sous le tube digestif. On
compte de 35 à 45 sinus longitudinaux à droite et
un peu moins à gauche. Les sinus sont portés
nettement au-dessus de la lame branchiale par
des papilles en forme de crosse qui possèdent
deux petites expansions latérales. Les mailles
sont carrées avec 3 à 5 stigmates. Il n'y a pas de
papilles intermédiaires ni sinus parastigmatiques.
Le tube digestif (fig. 35. F), forme une boucle
avec une courbure secondaire variable qui
dépend de la disposition du siphon cloacal. Le
tube digestif sans paroi nette est creusé dans un
mésenchyme translucide. L’estomac présente
parfois des sillons longitudinaux nets. L'intestin
est isodiamétrique et l'anus béant a un bord lisse.
La gonade femelle se dispose sur la face
interne de la boucle intestinale. Elle déborde de
la boucle et devient alors visible en face externe.
L'oviducte gonflé traverse le mésenchyme qui
remplit l’espace entre les deux branches de
l'intestin, puis court sur la face externe pour
s'ouvrir près de l'anus, en compagnie du spermi-
ducte. Les échantillons capturés en mai et juin
étaient en phase femelle, aussi nous n'avons pas
pu définir l'espace recouvert par la glande mâle.
Nos spécimens correspondent bien à la des¬
cription et aux dessins de Sluitkr. en particulier
pour l'aire pérituberculaire papilleuse. la forme
et la structure particulière du bourrelet péricoro¬
nal et la forme du tube digestif. Le dessin de la
branchie est tellement schématique que nous ne
pouvons en tenir compte. La description de
Kott, non accompagnée de figure, fait état de
l'aire pérituberculaire papilleuse. de la distance
entre le tubercule vibratile et le ganglion nerveux,
mais la boucle intestinale a une boucle secondai¬
re très marquée et l'anus est bilabié. Kott
signale également que l’ovaire déborde de la
boucle intestinale.
Kott, 1981, estime que A. melcmosloma est
proche de A. gemmata et ne s'en distingue guère
que par la coloration écarlate qui est caractéristi¬
que de A. gemmata d'après Tokioka, 1952. Nous
estimons qu'il existe d’autres différences, à notre
sens aussi significatives. Toutes les descriptions
d',4. gemmata font état d'une masse de gonade
femelle dans la boucle intestinale. Il semble
également que l'intestin postérieur ait tendance à
s'élargir. Par contre l'aire pérituberculaire et la
première crête du bourrelet péricoronal semblent
identiques dans les deux espèces.
L'un des spécimens de Tikehau (1.5 cm) possè¬
de des ouvertures secondaires du canal de la
glande neurale comme une Phallusia. La dissec¬
tion de nombreux spécimens souvent plus grands
(jusqu’à 2,5cm). provenant de toutes les stations,
n'a pas permis de trouver un autre spécimen
présentant ce caractère. L'unique distinction en¬
tre les genres Ascidia et Phallusia, la présence de
ces ouvertures dans la cavité cloacale, peut être
remise en question avec cette espèce. En effet, on
trouve des Phallusia dans presque toutes les mers
(sauf l'Antarctique et la côte Est du Pacifique),
leurs variations de forme externe et interne, des
caractères des gonades et du tube digestif sont
pratiquement aussi importantes que celles du
genre Ascidia. Dans ces conditions il paraît peu
probable que la coupure entre les genres Ascidia
et Phallusia soit profonde. Comme le genre
Phallusia possède un organite supplémentaire il
est possible de penser que les espèces de ce genre
dérivent d'espèces d' Ascidia. La présence excep¬
tionnelle de cet organite dans la population d A.
melanostoma de Tikehau permet de penser que la
distinction entre les deux genres n’est peut-être
qu'apparente et qu’au moins une espèce d'Asci¬
dia a la possibilité de développer des ouvertures
accessoires du canal neural sans que celte possi¬
bilité soit toujours exprimée.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
97
Ascidia tapuni n. sp.
(Fig. 36)
Stations : Mooréa 5. Tahiti 3-6.
Nous n'avons trouvé que trois exemplaires de
cette espèce dans le lagon de Vairao et un dans
celui de Mooréa. L'exemplaire de Mooréa choisi
comme holotype est disséqué (lames P5-254 et
P5-255).
Paratypes : P5 ASC A 168.
Cette espèce est incolore transparente. Fixée
par tout ou partie de la face gauche, elle vit entre
les branches de Corail, d'où son nom d'espèce en
tahitien, tapuni = se cacher. Le plus grand indivi¬
du mesure 2 cm de long sur 1cm de large. La
tunique est fine et recouverte de très petites
villosités. Les siphons sont sessiles. le cloacal est
situé aux deux tiers de la face droite. Les siphons
sont marqués de petits lobes arrondis. 10 au
siphon buccal, 6 au siphon cloacal chez le type.
Les siphons de deux autres spécimens sont
endommagés.
La musculature (fig. 36, A, B) est limitée à la
face droite. Elle est formée de longues fibres
anastomosées. Les tentacules, 90 environ, sont
larges, fins et peuvent sortir par le siphon. Ils se
disposent en au moins 4 ordres sur un bourrelet
saillant. L'espace situé entre le bourrelet périco-
ronal et les tentacules est garni de papilles très
fines, visibles seulement après coloration. Ce
bourrelet a une allure caractéristique (fig. 36, C) :
la lame antérieure se prolonge par de longues
papilles parfois bifides. Il forme un V au niveau
du tubercule vibratile en forme de C ouvert vers
l'avant. La glande neurale est située près du
tubercule vibratile. Le raphé est formé, au-dessus
de la glande neurale, de deux lames lisses égales,
puis d'une lame moyennement élevée munie de
très petites dents (fig. 36, D). Le raphé dépasse
l’entrée de l'œsophage sans se modifier. A droite
à ce niveau les sinus transverses se soudent à une
lame imperforée sans former de papilles. Le
raphé de l'exemplaire de Tahiti est lisse.
La branchie s'étend au-delà du tube digestif.
Elle est très fine et non gaufrée. On compte, chez
l'exemplaire de Mooréa. 40 sinus longitudinaux
de chaque côté, et 30 à 35 à Tahiti. Les mailles
sont un peu allongées longitudinalement et
contiennent 2 à 3 stigmates peu allongés. Les
papilles sont grandes et plates. Il n'y a ni sinus
parastigmatiques ni papilles intermédiaires.
Le tube digestif (fig. 36, E, F) forme une
boucle fermée avec une courbure secondaire
marquée. L'œsophage est grêle, l’estomac assez
globuleux est marqué de rides peu nettes. L'intes¬
tin postérieur montre une tendance à s'élargir en
ampoule. Le rectum se termine par un anus à
bord simple. La gonade femelle sc développe sur
la face interne du tube digestif, plutôt sur
l'estomac que sur la partie supérieure de la
boucle. L'oviducte gonflé se termine avec le
spermiducte près de l'anus.
Cette petite espèce, peu visible, ne correspond
à aucune description. Le caractère le plus signifi¬
catif semble être la disposition particulière du
bourrelet péricoronal dont la structure semble
originale. Pour toutes les espèces, même les plus
sommairement décrites, le ganglion nerveux a été
figuré et une telle structure n'aurait pas pu passer
inaperçue. La proximité du ganglion nerveux et
du tubercule vibratile n'est pas courante chez les
Ascidia du Pacifique tropical.
Ascidia svdneiensis Stimpson. 1855
(Fig. 37 et 38)
Stations Mooréa 5-6-7-10-11-12-14-18-19-20.
Tahiti 10 et port de Papeete.
Cette espèce peut vivre dans des milieux
différents et sa morphologie n'est pas la même
selon les biotopes. Nous pouvons distinguer une
forme des zones portuaires qui vit fixée sur les
bouées du port de Papeete et les piliers de
l'appontement du Centre Océanologique du Pa¬
cifique à Vairao, et une forme qui vit dans le
lagon, les chenaux, sur la crête algale et sur la
plateforme rainurèe.
1° La forme des zones portuaires est
caractérisée par une tunique mince irrégulière
avec des siphons parfois très larges. La tunique
est recouverte d'Eponges, d'Algues, et d'autres
Ascidies. Le manteau est blanchâtre à ocré. Il est
relativement épais et opaque. Le siphon cloacal
est reporté sur le côté droit du corps. Le
développement de la musculature est variable,
faible chez l’exemplaire figuré (fig. 37, A. B); elle
peut être beaucoup plus développée.
Source : MNHN, Paris
98
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 36. Ascidia tapuni n. sp. : A et B. faces gauche et droite ; C. détail de la zone neurale ; D. raphé ; E
et F. tube digestif et gonades vus par la face interne. Echelles : 5 mm : A et B, E et F. I mm : C, 0,5 mm : D.
Le siphon buccal est muni de lobes, à chaque
lobe correspond d'ailleurs un faisceau musculai¬
re. La marge des lobes est garnie de digitations.
On compte de 50 â 60 tentacules peu développés
de plusieurs ordres assez régulièrement alternés.
Le sillon péricoronal est très proche du cercle de
tentacules. Il est formé de deux lames élevées, la
postérieure étant plus épaisse que l'antérieure. Il
forme un V prononcé entièrement occupé par un
tubercule vibralile à ouverture multiples (lig. 37,
D) ; le ganglion nerveux est proche du tubercule
vibralile. Le raphé est formé de 2 lames sur une
petite distance, environ la hauteur du tubercule
vibralile. puis d'une seule lame enroulée vers la
droite et munie de contreforts des deux côtés. En
règle générale la marge est entière, mais parfois il
y a quelques petites indentations qui correspon¬
dent aux contreforts. Le raphé s'étale largement
au niveau de l'entrée de l'œsophage qu'il
contourne par la gauche puis se prolonge jus-
Source : MNHM, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
99
Fig. 37. Ascidia sydneiensis Stimpson ; exemplaire du port de Papeete : A et B, faces gauche et droite ; C,
le même ouvert ; D. tubercule vibratile. — Echelles : 1 cm : A à C. - 2 mm : D.
qu'en bas de la branchie. Du côté droit on trouve
une lame plus courte sur laquelle se prolongent
les sinus transverses.
La branchie se prolonge un peu au-dessous du
tube digestif. Pour un exemplaire de 7 cm on
compte dans la partie la plus large une centaine
de sinus longitudinaux à droite et 90 à gauche.
Ce nombre est inférieur dans la partie antérieure
de la branchie. Les sinus les plus dorsaux se
terminent contre le raphé. Les mailles sont
carrées, le gaufrage de la branchie est prononcé
et l'on compte jusqu'à 10 stigmates par maille. Il
n’y a ni sinus parastigmatiques, ni papilles
intermédiaires. Les papilles sont élevées, aplaties.
Le tube digestif (fig. 37, C) a une paroi fine.
L'œsophage est long, l'estomac brunâtre
apparaît marqué par un sillon. L'intestin posté¬
rieur est très élargi. Le cordon alimentaire se
désorganise à ce niveau. Le rectum est lui aussi
bourré de sédiment. 11 se termine par un anus à
deux lèvres lobées. L'anus est fonctionnel et des
fèces sont émises.
Source : MNHN, Paris
100
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
La partie femelle de la gonade est interne alors
que la partie mâle est externe. L'oviducte dilaté
prend naissance au point de rebroussement de la
boucle intestinale. La partie distale de l'oviducte,
qui longe le rectum, ne contient pas d'œufs, alors
que dans cette zone le spermiducte est bourré de
spermatozoïdes.
Il y a toujours un gros granule dans le cœur.
Le manteau et la tunique sont unis par un
nombre particulièrement élevé de sinus sanguins
qui prennent naissance partout sous le manteau
y compris au niveau des siphons.
2° — La forme des lagons vit fixée le plus
souvent entre les branches de Coraux rameux
dressés du genre Pocillopora ou dans les microca¬
vités des Coraux morts.
La taille peut atteindre 6 à 8 cm. la tunique est
assez épaisse et porte souvent des papilles
coniques marquées autour des siphons. La tuni¬
que a tendance à former des rhizoïdes. Les
tentacules sont d'au moins 3 ordres, régulière¬
ment disposés, on en compte environ 120. Le
sillon péricoronal, le tubercule vibratile et le
raphé sont identiques à ceux de la forme des
ports (fig. 38, D).
Fie;. 38. AsckHu sydneiensis Stimpson : A el B. exemplaires de Moorca faces gauche cl droite ; C. lube digestif
et gonades vus par la face interne : D. tubercule vibratile ; E et F. faces droite et gauche d'un exemplaire de Vai-
rao. Echelles : 2 cm : A à C. I cm : E et F. 2 mm : D.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
101
La branchie compte de très nombreux sinus
longitudinaux. Le gaufrage est inexistant et les
mailles contiennent au maximum 5 à 6 stigmates.
Le tube digestif est très fragile sa paroi est très
mince et éclate souvent au moment de la récolte.
Le rectum est plus large que dans la forme des
ports et l'anus débouche à un niveau légèrement
supérieur au sommet de la boucle intestinale (fîg.
38. A).
La forme des ports et celle des lagons se
différencient par deux séries de caractères qui
sont à notre sens commandés par l'écologie. Les
différences qui portent sur la branchie. les tenta¬
cules, la consistance et l'épaisseur des tissus sont
vraisemblablement liées à la charge de l'eau en
particules nutritives. Les eaux du port étant plus
riches que celles du lagon la branchie est toujours
plus épaisse et les tissus plus solides.
La forme du tube digestif varie en fonction de
la croissance de l'animal. La courbure s'accentue
au fur et à mesure du développement de l’élargis¬
sement intestinal. Selon que les populations
vivent dans un milieu plus ou moins riche en
suspensions leurs individus développent diffé¬
remment l'élargissement intestinal (fig. 37, A; 38,
A, F) ce qui a pour conséquence d'accentuer la
courbure intestinale des exemplaires vivant dans
les milieux portuaires.
La musculature se modifie également au cours
de la croissance. Chez les jeunes les bandes
musculaires des deux bords de la face droite sont
beaucoup plus proches l'une de l'autre (fig. 38.
E), elles peuvent même se rejoindre. C'est ce
qu'ont figuré Kott. 1980 et Monniot C.. 1983a.
La position et la direction des siphons sont
elles aussi très variables et dépendent de la
manière dont les individus sont disposés sur le
substrat. Lorsqu'elles vivent dans des cavités de
petite taille, les Ascidia montrent une tendance à
allonger et à écarter l'un de l'autre leurs siphons.
Ascidia sydneiensis Stimpson. 1855. pose un
problème de nomenclature. C'est l'une des espè¬
ces d ’Ascidia les plus abondamment citées dans
les mers tropicales. Elle est caractérisée par un
certain nombre de critères morphologiques qui
sont : la disposition de la musculature, une
dilatation importante de la branche descendante
de l’intestin, et la présence d’un tubercule vibrati-
le complexe.
Rien qu'en tenant compte de ces trois caractè¬
res il est possible de diviser en trois lots l'ensem¬
ble des populations qui ont été regroupées sous
le nom d'A. sydneiensis. Toutes possèdent la
musculature typique. Les exemplaires décrits par
Tokioka, 1950, 1952, sous le nom d'/L sydneien¬
sis , 1953 comme A. sydneiensis sydneiensis et les
exemplaires « typiques » de Vasseur, 1967 d'A.
sydneiensis ne possèdent pas d'élargissement de
l’intestin et ont une boucle intestinale dont le
sommet est situé très en avant du niveau de
l’anus et ont un tubercule vibratile simple en IJ,
et un anus à bord lisse. Tokioka, 1967b a
proposé pour ces individus le nom d'Ascidia
pacifica.
Les exemplaires ayant en commun la disposi¬
tion de la musculature et la dilatation intestinale
se répartissent en deux groupes. Celui qui possè¬
de un tubercule vibratile simple en forme de U. à
cornes enroulées mais dont le trajet peut être
sinueux et apparaître irrégulier, groupe tous les
représentants atlantiques : Antilles. Brésil,
Sénégal. Sierra Leone. Afrique du Sud. Mozam¬
bique. Les autres ont. dès que la taille est
suffisante, un tubercule vibratile possédant plu¬
sieurs perforations irrégulières, ce sont les exem¬
plaires australiens, néo-calédoniens, indonésiens,
de l’île Maurice, de Polynésie et du Japon.
En Afrique du Sud et au Mozambique. Hart-
meyer, 1911, sous le nom d ‘Ascidia canaliculata,
a signalé un exemplaire avec plusieurs perfora¬
tions, et Monniot C. & F.. 1976. l’apparition
d'une ouverture accessoire à côté du C normal.
La différence fondée sur le tubercule vibratile
est bien mince et ne paraît pas justifier une
séparation spécifique. Si cela devait être, les
exemplaires à tubercule vibratile complexe reste¬
raient réunis sous le nom de A. sydneiensis alors
que les exemplaires à tubercule vibratile simple se
regrouperaient sous le nom d'/L canaliculata
Heller, 1878.
La distinction entre A. sydneiensis divisa et A.
sydneiensis samea est fondée sur la forme du tube
digestif dont la boucle dépasse nettement la
niveau du siphon cloacal chez divisa. Tokioka.
1954. signale néanmoins que chez divisa cette
boucle peut exceptionnellement ne pas dépasser
le siphon cloacal. Dans la collection de Polynésie
nous avons pu constater que la forme du tube
digestif et la position des siphons pouvait être
modifiée par l'âge et le mode de fixation. Nous
ne pouvons juger de la validité de la différence
entre les deux sous-espèces de Tokioka.
Kott. 1985. ne fait pas la distinction entre A.
Source : MNHN, Paris
102
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
pacifica qu'elle ne cite d’ailleurs pas dans sa
synonymie exhaustive, et A. sydneiensis lato
sensu. Pour l'auteur australien tous les exemplai¬
res de cette espèce présentent la dilatation intesti¬
nale. En ce qui concerne la forme du tubercule
vibratile, Kott considère que la présence d'un
tubercule en U est un caractère juvénile. Après
avoir réexaminé les types de Sluiter elle met en
synonymie A. limosa, A. diplozoon et A. bisulca
avec A. sydneiensis.
Il faut ajouter à la synonymie de Kott, 1985
les références concernant l'Océan Atlantique
postérieures à Van Name, 1945, et celles concer¬
nant le Sud de l'Océan Indien :
A. sydneiensis Gravier, 1955 : 621, Martinique.
Millar, 1958: 502, Brésil; 1962: 70, Aruba-Cura¬
çao; Monniot C. & F., 1976: 365. Mozambique;
MONNIOT C., 1983a : 68, fig. 6, A. B, Guadeloupe.
A. incrassata non Heller, 1878; Michaelsen, 1918 :
57; Millar, 1956 : 923, fig. 9; 1961 : 11.
A. aximensis non Millar, 1953; Monniot, C., 1969
part. : exemplaire au large de Freetown, fig. 2, e-f.
ORDRE DES STOLIDOBRANCHIATA
FAMILLE DES STYELIDAE
Remarques sur les genres Botryllus et Botryl-’
loides :
Les espèces de Botrylles sont placées soit dans
le genre Botryllus soit dans le genre Botrylloides,
un peu au hasard des habitudes, sans que cela
corresponde à une attitude raisonnée. Initiale¬
ment le genre Botrylloides fut crée par Milne-
Edwards, 1841, tableau ci-contre.
La division en deux de chaque genre selon
l’épaisseur de la colonie, mise en forme par
FIerdman, 1886, suivi par Hartmeyer, 1909,
n'avait aucune signification et fut abandonnée
lorsqu'on s'aperçut que l'épaisseur de la colonie
était un caractère lié à l'écologie des individus.
La distinction d'ÂRNBÀCK, 1923, repose uni¬
quement sur l'étude des deux espèces de Botryllus
schlosseri et Botrylloides leachi.
Van Name, 1945, complique la distinction en
faisant intervenir la position du testicule par
rapport aux ovaires en plus du mode d'incuba¬
tion. Il donne d'ailleurs la priorité à la disposi¬
tion des gonades car sur les huit espèces qu'il
décrit, quatre dans chaque genre, il y a déjà trois
exceptions : Botryllus printigenus , a un « embryo
projecting prominently on each side of the
body » alors que Botrylloides nigrum et B. die-
gense n'ont que des « bulbous projections ».
Kott, 1985, pour séparer les deux genres
accorde la priorité au mode d'incubation, mais
garde la vieille distinction concernant la disposi¬
tion des ovaires par rapport aux testicules.
Toutes les espèces dont Kott, 1985 a figuré
soit les gonades, soit les embryons, représentent
des exceptions par rapport à sa définition des
genres : la position des embryons par rapport au
corps est identique chez Botryllus tuberatus (fig.
132, C) et chez Botrylloides magnicoecus (fig. 134,
C); les ovaires sont antérieurs aux testicules chez
Botryllus stewartensis (fig. 131, b) comme chez
Botrylloides magnicoecus (fig. 134, c).
Saito & Watanabe, 1985, décrivent de nou¬
velles espèces du Japon et ne donnent plus, de la
distinction, entre les deux genres qu'une défini¬
tion reposant sur l'incubation. Ils définissent une
direction évolutive ovoviviparité sans poche
incubatrice chez Botryllus ovoviviparité avec
formation de poche — nutrition des embryons et
augmentation de la durée d'incubation réduc¬
tion de la corrélation entre l'alternance des
générations et le développement des embryons. Il
faut remarquer qu’aucune preuve d'une vivipa¬
rité réelle, impliquant que l'embryon absorbe des
éléments nutritifs en provenance du zoide mère
ou de la colonie, n'est apportée. Le seul argu¬
ment est la croissance de l'embryon. Par exemple
chez Botrylloides lenis Saito & Watanabe, 1985.
l’œuf a un diamètre extérieur de 200 -zm et
intérieur de 150-170 utn v au moment de son
passage dans la poche incubatrice et l'embryon
atteint 750-800 um à la ponte. Les auteurs n'ap¬
portent aucun commentaire sur la validité d'une
telle séparation entre les deux genres.
Que les embryons se développent dans la
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
103
cavité cloacale, dont d'ailleurs dans tous les cas
ils distendent la paroi, ou dans une poche formée
par une extrusion du manteau n'est pas fonda¬
mentalement différent. Il semble d’ailleurs que ce
soit en partie lié à des conditions mécaniques.
Chez les Botrylles les gonades peuvent se déve¬
lopper soit chez les zoides nourriciers qui ont
atteint leur taille maximale, soit chez les bour¬
geons non encore ouverts à l’extérieur et dont la
taille est réduite. Dans le premier cas les cavités
cloacales sont vastes, plusieurs œufs peuvent se
développer à l'aise. Chez les bourgeons il arrive
que la taille de l’œuf soit considérable par
rapport à la taille du zoide (1/3 à 12): il n’y a
pas de place dans la cavité cloacale et l’œuf
unique se développe dans une poche. Le cas de
Botryllus tuberatus est intermédiaire. L’œuf se
développe chez le zoide fonctionnel mais en
formant une poche. C’est peut-être simplement
dû à la petite taille des zoides de cette espèce (0,6
à 1 mm) par rapport aux 2 à 3 mm des autres
espèces.
Dans ces conditions il n'existe aucune raison
de maintenir la distinction entre les genres
Botryllus et Botrylloides.
Botryllus
Botrylloides
Milne-EdwarüS. 1841
Herdman. 1886
Hartmeyer. 1911
ÀRNBACK. 1923
Van Name. 1945
Korr. 1985
Saito & Watanabe, 1985
Systèmes étoilés, zoides couchés.
Systèmes étoilés.
Colonies minces ( Botryllus ) : colo¬
nies épaisses ( Polycyclus).
Plusieurs œufs simultanés: incuba-
bation dans la cavité cloacale mais
pouvant faire bosse à l’extérieur.
Ovaire 1 ou n de chaque côté, anté¬
rieur ou dorsal par rapport aux testi¬
cules pas de poche incubatrice. les
embryons sont incubés dans la cavité
péribranchiale.
Ovaire antérieur au testicule. Em¬
bryons attachés au manteau se déve¬
loppant dans la cavité cloacale.
Pas de poche incubatrice ovovivi¬
pare.
Systèmes méandriformes zoides
dressés.
Systèmes méandriformes.
Colonies minces ( Botrylloides I: co¬
lonies épaisses ( SanohotryUoides )
Un seul œuf par ovaire : incubation
en faisant hernie à l’extérieur du
corps (sous le nom de Metrocurpct).
Ovaire 1 de chaque côté, postérieur
aux testicules. Les œufs sont incubés
dans une poche en forme de sac qui
forme une excroissance de la paroi
du corps.
1 seul œuf de chaque côté légèrement
dorsal et antérieur au testicule. Em¬
bryon développé dans une excrois¬
sance de la paroi du corps.
Poche incubatrice ovovivipare à vivi¬
pare.
Botryllus niger (Herdman, 1886)
(Fig. 39. A à C)
Synonymie et répartition voir : Botrylloides oignon : Mon-
niot C.. 1983b : 424. fig. I. A-C: Monniot, Mon-
niot & Laboute, 1985 : 488.
Cette espèce connue de l’Atlantique, de l'océan
Indien et de l'Australie n'avait pas encore été
rencontrée dans les îles du Pacifique central.
Nous ne l'avons trouvée que sous des bouées
dans le port de Papeete. Il est donc probable que
cette espèce a été récemment importée.
Alors que dans les régions où le B. niger est
abondant il présente une très grande variabilité
de coloration, ici toutes les colonies présentent la
même coloration : chaque zoide est marqué par
deux traits orange sur un fond noir. Celte
coloration est l'une des plus courantes en Guade¬
loupe.
Les caractères de l’espèce sont nets : faible
nombre de rangs de stigmates. 9 à 10, très grande
ouverture cloacale. deuxième rang de stigmates
n’atteignant pas le raphé, tube digestif très
postérieur, plis stomacaux déjetés dans la partie
cardiaque, peu nets dans la partie pylorique.
cæcum en doigt de gant peu développé. Tous nos
exemplaires étaient en phase mâle.
Source : MNHN, Paris
104
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Botryllus tuberatus Ritter & Forsyth. 1917
Synonymie cl répartition : voir Monniot C.. 1983 :
'461: Kott. 1985 : 271. fig. 132.
Stations : Mooréa 3-4-19. Tahiti 7-8. — Tike-
hau 2-13.
Cette espèce est bien caractérisée par la présen¬
ce de 4 rangées de stigmates. Elle se présente en
Polynésie sous deux aspects. Le plus courant
montre de très petites rosettes de 4 à 6 zoides
vivement colorés en vert foncé, noyées dans une
tunique parfaitement transparente. On trouve
d'autre part de vastes colonies: même si elles
appartiennent à une grande colonie, les rosettes
des zoides sont écartées les unes des autres,
parfois de plusieurs centimètres. Parfois les zoi¬
des apparaissent disposés sans ordre, ou rangés
parallèlement les uns aux autres dans une tuni¬
que commune. Ce sont ces deux formes de
colonies qui ont longtemps servi à séparer B.
tuberatus de B. primigenus que nous considérons
comme synonymes.
B. tuberatus est connu de tout le Pacifique
tropical et de l'Atlantique occidental de la Flori¬
de au Brésil. Kott, 1985 considère que B.
primigenus est une espèce distincte de B. tubera¬
tus selon la présence ou non de systèmes nets. B.
primigenus peut très bien être un stade du
développement de B. tuberatus pour de vieilles
colonies dont le bourgeonnement devient irrégu¬
lier et où les zoides se raréfient. Le B. graeilis
Michaelsen. 1927, mis en synonymie possible par
Kott, 1985, possède sept rangs de stigmates.
Nous ne pouvons admettre cette opinion.
Botryllus tyreus (Herdman, 1886)
(Fig. 39 D à H. PI. V, I)
Synonymie et répartition : voir Borrylloides lyreum : Kott.
1981 : 200. Fidji.
Stations : Mooréa 4-5-6-10-11-12-14-19-20-22.
Tahiti 3-4-5-6-9.
En 1985 Kott (: 273) met en synonymie B.
lyreum avec B. leachi en regroupant une bonne
partie des espèces du Pacifique sous ce nom.
Nous ne pouvons admettre cette synonymie.
Les colonies se présentent sous des aspects
différents selon l'état physiologique des zoides
qui les composent. La forme la plus courante est
épaisse de 4 à 6 mm (PI. V. I). de coloration
rosâtre ocracée avec des lignes de pigments
blancs ou jaunâtres qui marquent les canaux
cloacaux. Les zoides se disposent en rangées
parallèles opposées deux à deux par leur face
dorsale. Les ouvertures cloaeales communes sont
rondes et s'ouvrent à l’extrémité de canaux
cloacaux. Les zoides qui composent cette colo¬
nies sont :
I ) de grands zoides nourriciers avec un siphon
cloacal allongé à deux lèvres. Ces zoides incubent
une larve généralement d'un côté, parfois des
deux (fig. 39, D). Les testicules présents ou
absents, sont souvent petits.
2) des petits zoides non ouverts à l’extérieur
(fig. 39, F) situés dans une couche profonde de la
tunique entre les zoides nourriciers. Ceux-ci
possèdent ovaires et testicules bien développés.
Ils portent eux-mêmes un bourgeon dont les
organes sexuels sont déjà visibles.
II existe aussi des colonies plus petites, plus
minces qui présentent une coloration plus unifor¬
me. rosâtre ou ocre sans les pigments opaques.
Les zoides sont groupés en systèmes générale¬
ment circulaires. Les siphons cloacaux. coniques,
se terminent par une ouverture à deux lèvres. Ces
zoides ont une branchie fonctionnelle. Ils possè¬
dent (fig. 39, E) en général des gonades mâles et
femelles bien développées, mais rarement des
larves en incubation. Il n’y a que peu de
bourgeons.
Certaines colonies semblent vieillissantes et
sont constituées de zoides souvent rangés sans
ordre bien défini et comprennent des zoides qui
s’alimentent, dont les gonades sont souvent
absentes et. entre ces zoides. d'autres en régres¬
sion, rétractés dans la couche basale de la
colonie, non sexués, et dont le siphon cloacal
apparaît tubulaire.
Enfin nous avons trouvé de rares colonies très
plates et très molles ne contenant que des zoides
rétractés parfois sexués avec des siphons tubulai¬
res. Ces zoides sont alors souvent couchés et se
disposent sous forme de systèmes nets.
La taille et l’aspect des zoides sont différents
selon les colonies (fig. 39. D à F), mais leur
structure est constante.
Le siphon buccal est largement ouvert. On
compte 8 tentacules de 2 ordres. Ils se présentent
comme des lobes de la crête tentaculaire. Parfois
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
105
on trouve de minuscules boutons entre eux. Le
ganglion nerveux sphérique est relié par un fin
canal à un tubercule vibratile en simple trou.
Typiquement il y a 14 rangs de stigmates, mais
certaines colonies en ont 15. Les 3 colonies
trouvées vers une vingtaine de mètres n'en
possèdent que 12 à 13. Le nombre de rangées de
stigmates est déterminé pour une colonie. Les
bourgeons possèdent le même nombre de rangs
que les adultes. Chez les plus grands zoides
certaines rangées de stigmates peuvent ventrale-
ment se recloisonner mais jamais sur une rangée
complète. Tous les rangs de stigmates sont
complets sauf le plus postérieur qui présente des
stigmates irréguliers. Le deuxième rang atteint le
raphé sans rétrécissement comme on l’observe
Fig. 39. Botryllus nigcr (Herdman) : A et B. faces gauche et droite d'un zoide : C, tube digestif vu par la
face interne. ... ... _ ..
Botrvllus lyreus (Flerdman) : D. zoide nourricier dune colonie épaisse : E. zoide nourricier d une petite colo¬
nie; F. bourgeon sexué d'une colonie épaisse ; G et H. faces interne et externe du tube digestif et des gonades.
Echelles : I mm A. B et D à F. - 0.4 mm : C. 0.5 mm : G et H.
Source : MNHN, Paris
106
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
chez B. niger. On compte dans la partie moyenne
de la branchie :
D.E. 5 s 5 s 4 s 8 R. 5-6 s 4 s 4 s 4-5 E.G.
A droite le nombre de stigmates semble à peu
près constant sur toute la hauteur de la branchie,
alors qu’à gauche il est plus important dans la
région antérieure où les sinus ont tendance à
s'écarter du raphé.
Le tube digestif (fig. 39, G, H) forme une
boucle en grande partie située sous la branchie.
L'anus débouche au niveau du 10 e rang de
stigmates, c'est-à-dire 2 à 3 rangs au-dessus du
sommet de la boucle intestinale. Les gonades (fig.
39, G, H) sont toujours très postérieures et ne
dépassent pas le niveau de l'anus.
Les descriptions données par les différents
auteurs d'une même espèce de Botryllus ou
Botrylloides sont souvent incompatibles entre
elles, ce qui ne facilite pas l'identification. L'espè¬
ce de Tahiti est caractérisée par la présence
simultanée d'une quinzaine de rangs de stigma¬
tes, d’un estomac à sillons peu saillants avec un
grand cæcum, d'un anus antérieur d'au moins 2
rangées de stigmates au sommet de la boucle
intestinale, d'un testicule postérieur à l'ovaire, et
d'un ovaire à un seul ovule.
Trois espèces Indo-Pacifiques possèdent en¬
semble ou séparément ces caractères, ce sont : B.
magnicoecus, B. violaceus. B. tyreus.
B. magnicoecus sensu Nishikawa 1 possède
plusieurs œufs, sauf pour Brewin, 1951.
B. violaceus possède selon les auteurs des œufs
multiples (Tokioka) ou un seul œuf. d'après la
révision de Saito & al., 1981. mais situé posté¬
rieurement par rapport aux testicules.
C'est aux descriptions de B. tvreus que l'espèce
de Tahiti correspond le mieux en particulier à
celle de Tokioka, 1967; Kott, 1981 et Van
Name, 1918. Par contre la description de Mil-
lar, 1975, ne semble pas correspondre à la même
espèce.
Enfin il faut remarquer que B. tyreus ressemble
beaucoup par son tube digestif et ses gonades à
B. planus de l'Atlantique tropical. Mais il diffère
très nettement de cette espèce pas son aspect, son
type de pigmentation et la structure des colonies.
Symplegma oceania Tokioka, 1961
(Fig. 40, A à H)
Symplegma oceania Tokioka. 1961 : 114. fig. 7. Nou¬
méa; Kott. 1981 ; 199. Fidji; Kott & Goodbody.
1982 : 531. fig. 16. Hong Kong; Kott. 1985 : 257.
fig. 126. pl. 5a. Australie.
? Symplegma viride non Hcrdman. 1896. nombreux au-
? Symplegma sp. Nisiiikawa. 1984 : 131. fig. 2. G-H.
Truck.
Stations : Mooréa 4 et 18. Tahiti 6 et bassin
du COP. - Tikehau 1-14.
En 1983 nous avons longuement discuté des
affinités des 3 espèces de Symplegma connues de
l'Atlantique, et émis l'hypothèse que S. oceania
pouvait avoir une large répartition pacifique. Les
récoltes faites en Polynésie permettent de redécri¬
re S. oceania et de préciser les différences avec S.
brakenhielmi.
Nous n'avons trouvé S. oceania dans les
milieux naturels qu'à Tikehau (pente externe du
récif, pinacles coralliens dans le lagon). L'espèce
est alors rare et ne forme que de petites colonies
de quelques centimètres de diamètre. Nous
l'avons trouvé sous forme de grandes colonies de
plusieurs dm 2 sous les blocs effondrés de la jetée
de Tuherahera à Tikehau. A Tahiti il est très
abondant dans certains bassins d'élevage de
Crevettes du COP à Vairao où il forme des
croûtes de plusieurs dm 2 sur tous les supports
disponibles. Dans le lagon nous n'avons trouvé
qu'une petite colonie à Tahiti et 2 à Mooréa.
Nous l’avons également trouvé dans le port de
Papeete et sous une bouée de l'appontemcnt de
Vaiare à Mooréa.
Dans tous ces milieux S. oceania se présente
sous la forme de croûtes le plus souvent gris
bleuâtre parfois crème. C'est la tunique qui
contient le pigment, contrairement à 5. braken¬
hielmi qui a une tunique transparente et dont la
coloration est assurée par des organites pigmen¬
taires situés dans les sinus sanguins. Après
fixation les pigments se transforment, la tunique
devient transparente et des corpuscules brun
noirâtre s'accumulent dans les sinus sanguins,
rendant opaque le manteau, surtout dans la
région du tube digestif.
1. Il est certain que sous le nom de B. magnicoecus deux espèces tout à fait distinctes sont décrites. La description
originale de Hartmeyer, 1912, précise que le type de l’espèce est représenté par une grande colonie irrégulière en croûte mince
avec des systèmes de taille variable ou en ellipse, avec environ 10 rangées de stigmates. Les gonades ne sont pas décrites.
Source : MNHNParis
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
107
Les tentacules de 12 à 16 de 2 ou 3 ordres sont
implantés sur une petite crête circulaire. Le
bourrelet péricoronal n'est formé que d'une seule
crête qui forne un V prononcé au niveau d'un
tubercule vibratile en forme d'urne, ouverte vers
l'avant par un simple trou. Le raphé est lisse.
La branchie est formée de 4 sinus de chaque
côté. Le nombre des rangées de stigmates est
assez irrégulier même chez les zoides d'une même
colonie. Nous avons trouvé par exemple à Vai-
rao en règle générale 10 rangées à droite et 11 à
gauche au niveau du raphé mais il peut y en
avoir 12 à gauche. Côté endostyle on en compte
beaucoup plus. La première rangée est toujours
dédoublée mais peut être triplée. Il y a en général
à droite 2 rangées supplémentaires incomplètes
tout à fait postérieures, et autant à gauche.
Parfois la 9' rangée se dédouble d'un ou des deux
Fig. 40. Symplegma oceania Tokioka : A. jeune zoide de Tikehau, si. I ; B. zoide en phase femelle de la même
station ; C, zoide incubateur du port de Papeete ; D. zoide des bassins du COP ; E et F. faces externe et interne du
tube digestif d'un exemplaire des bassins du COP ; G. exemplaire de Tahiti, st. I : H, gonade.
Symplegma sp. : I et J, deux zoides ; K. détail de la branchie ; L et M. deux tubes digestifs. - Echelles : 2 mm
A à D et I à J. — I mm : E à H et L à M. - 0.2 mm : K.
Source : MNHN, Paris
108
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
côtés. Ainsi le long de l'endostyle on peut
compter entre 13 et 15 rangées à droite et 14 à 17
rangées à gauche.
A Tikehau on observe les mêmes phénomènes
sauf que l'on ne compte, côté raphé, que 9
rangées à droite et 10 à gauche, et que les
stigmates des rangées supplémentaires postérieu¬
res ne sont pas allongés longitudinalement, mais
ont l'allure de fragments de protostigmates, ce
qui réduit le nombre apparent de rangées de
stigmates. Les deux premiers sinus à gauche se
raccordent au raphé entre la 4' et la 5 e rangée de
stigmates et au milieu de la 7 e à Tikehau alors
qu'à Vairao c'est respectivement au milieu de la
5 e rangée et entre la 7 e et 8 e rangée.
La forme du tube digestif est assez constante,
la courbure secondaire dépendant de la place du
zoide dans la colonie (fig. 40, E, G). L'estomac
est globuleux, il est marqué de plis accentués et
visibles grâce aux cellules pigmentaires qui se
disposent entre les plis. Ces plis sont parallèles à
l'axe du tube digestif sur la face interne, obliques
sur la face externe où au moins 2 plis de chaque
côté se terminent contre la typhlosole. Le cæcum
est mince en forme de crosse, mais il est entière¬
ment emballé dans du mésenchyme hémoccelien
d’épaisseur variable qui le masque. En règle
générale il est relié à l'intestin par trois brides
contenant chacune un fin canal pylorique.
Les gonades sont toutes à un même stade dans
une même colonie, mais il semble y avoir un
cycle, et l'on observe soit des zoides ayant en
même temps des gonades mâles et femelles
juvéniles (fig. 40, A), des zoides mâles fonction¬
nels avec des ovaires juvéniles, des zoides à
testicules et ovaires bien développés avec parfois
des œufs en segmentation (fig. 40, D), des zoides
à testicules régressés, des ovaires fonctionnels et
des larves (fig. 40, C), soit enfin des zoides qui
semblent uniquement femelle, avec de nombreux
embryons faisant hernie (fig. 40. B). Le spermi-
ducte est long.
Il y a une rangée de tentacules cloacaux
extrêmement fins et difficiles à voir.
Les relations entre 5. oceania et S. brakenhiel-
mi sont très nombreuses mais les deux espèces se
distinguent l’une de l'autre par l'aspect des
colonies, la forme de l'estomac (chez S. braken-
hielmi la plupart des plis sont complets) et
l'incubation des larves (sans distension de la
paroi du corps chez S. brakenhielmî). Toutes ces
différences sont mineures et les colonies présen¬
tent une grande variabilité du nombre de rangs
de stigmates, du nombre de plis à l'estomac, et
des brides reliant le cæcum à l'intestin. Il est
indispensable d'examiner de très nombreuses
colonies. Nos connaissances actuelles sur ce
genre sont nettement insuffisantes pour avoir une
idée précise des rapports entre les espèces.
Symplegma sp.
(Fig. 40, I-M)
Une seule colonie de 2,1 cm a été trouvée à
Tikehau (16) entre 20 et 30 m à l'extérieur du
récif en face de Teavatia. Vivante elle était de
couleur rouge, une fois fixée au formol elle est
devenue transparente avec quelques traces de
pigment rouge dans les vaisseaux sanguins des
zoides.
Les zoides sont plus petits que ceux de S.
oceania. Le long du raphé le nombre de rangées
de stigmates est de 8 de chaque côté. Le premier
rang est dédoublé ventralement et il y a quelques
stigmates transverses. Le premier sinus gauche se
raccorde au raphé au milieu du 5 e rang et le
second au milieu du 7 e .
La branchie présente un aspect curieux (fig.
40, K) : à chaque extrémité des stigmates on
trouve un massif cellulaire vivement colorable à
l'hémalun et qui fait saillie dans la lumière du
stigmate. 11 y a toujours à l'extrémité des stigma¬
tes chez toutes les Ascidies un massif cellulaire,
mais nous n'avions pas encore observé une telle
image.
Le tube digestif (fig. 40, L, M), forme une
boucle ouverte, le cæcum long, en doigt de gant,
n'est relié à l'intestin que par deux brides; le
rectum est court. L’estomac globuleux présente
seulement 2 plis visibles sur la face interne et tous
les plis de la face externe se terminent contre la
typhlosole.
L'unique colonie ne contenait que des zoides
incubateurs dont les gonades n'étaient pas déve¬
loppées. Chez un seul zoide (fig. 40, I, J) on
distingue un très petit testicule non fonctionnel
coloré en rouge et quelques ovocytes; nous
n'avons pu voir le spermiducte.
Source : MNHM, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
109
Metandrocarpa manina n. sp.
(Fig. 41)
Stations : Mooréa 18-22. — Tahiti 1 et 6.
Type : SI MET 9. de Tahiti n° 6.
Nous avons surtout rencontré cette espèce
dans le lagon de Vairao à une profondeur
supérieure à 5 m. Une colonie a été trouvée dans
la partie profonde du lagon de Mooréa à
Afareitu, et une autre sur la crête algale. Cette
espèce vit fixée surtout à la face inférieure des
Coraux du genre Pachyseris et sur des coquilles
de Bivalves (Area?).
Les zoides mesurent 3 mm de long sur 2 mm de
large et sont complètement aplatis. La tunique
transparente s'étale un peu sur le substrat. Les
zoides sont reliés les uns aux autres par une fine
bride tunicale contenant un sinus sanguin. Les
zoides adultes émettent un ou plusieurs bour¬
geons entourés d'une couronne d'ampoules vas¬
culaires. Sur le vivant les zoides sont rouge vif
(en tahitien : manina). cette coloration disparaît
dans le formol, les zoides deviennent jaunâtres,
les œufs et les larves gardent une pigmentation
orangée. Dans la colonie les zoides sont toujours
éloignés les uns des autres de quelques millimé¬
trés et paraissent disposés assez régulièrement sur
le substrat.
La plupart des colonies n'étaient pas en état de
maturité sexuelle. Tous les zoides figurés appar¬
tiennent à une même colonie dont beaucoup de
zoides étaient sexuellement mûrs, mâles, femelles
ou incubateurs (fig. 41, A à E).
La musculature est constituée de fibres isolées
pratiquement invisibles, noyées dans le manteau.
On compte une douzaine de tentacules de 3 ou 4
ordres disposés régulièrement. Ceux de 3 e ordre
sont beaucoup plus petits. Le bourrelet péricoro-
nal est saillant et ne forme pas d'indentation au
niveau du tubercule vibratile. Celui-ci contigu au
ganglion nerveux, s'ouvre vers l'avant par un
simple trou. Le raphé est lisse, à marge entière,
sa hauteur s'accroît du tubercule vibratile â
l'entrée de l'œsophage.
Fit;. 41. Mciundrocarpa manina n. sp. : A. zoide en phase mâle ; B. zoide en phase femelle ; C. zoide
incubateur ; D. zoide ouvert en fin de phase mâle : E. exemplaire en phase mâle : F. tube digestif. Echelles : I mm :
A à E. 0.5 mm : F.
Source : MNHN, Paris
110
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
La branchie est plate, on compte de 6 à 7 sinus
à gauche et de 7 à 8 à droite non regroupés en
plis, mais plus serrés dans la partie moyenne.
D.E. 4 s 4 s 3 s 2 s 2 s 3 s 3 s 2 s 4
R. 4 s 2 s 4 s 3 s 2 s 4 s 5 s S E.G.
Il y a 8 rangées de stigmates droits dont les 5
ou 6 premiers rangs sont régulièrement recoupés
par des sinus parastigmatiques. Le dernier rang
de stigmates est normal et nous n'avons pas
observé de sinus transverses.
Le tube digestif (fig. 41, F) forme une boucle
fermée. L'estomac globuleux porte 8 ou 9 plis
saillants bien nets. Ils ne recouvrent pas la
totalité de l’estomac mais se disposent en ceintu¬
re. Il existe un très gros cæcum un peu recourbé
situé dans une lacune sanguine. La glande pylori-
que, très volumineuse, forme un manchon autour
de l’intestin. L'anus lisse est échancré au niveau
de la typhlosole. Il est soudé au raphé.
Les gonades (fig. 41, D, E), glandes mâles et
femelles séparées, sont très variables au sein
d'une même colonie. Nous avons trouvé des
zoides possédant des gonades mâles (2 de chaque
côté, ou 2 à droite et 1 à gauche), fonctionnelles
avec ou non une gonade femelle de chaque côté,
antérieure aux gonades mâles. Les œufs ne sont
pas complètement développés. Les zoides en
phase femelle possèdent un ovaire de chaque côté
(parfois un développé et un jeune à droite) (fig.
41, B). Il y a de petits testicules réduits, presque
toujours un à gauche près de la boucle intestinale
et parfois un aussi à droite (fig. 41, B et C). Les
larves sont incubées dans la cavité cloacale. Les
glandes mâles possèdent un long spermiducte, les
femelles un oviducte court et large.
Il existe des endocarpes dispersés sur le man¬
teau, il y en a toujours un groupe autour du
siphon cloacal. Celui-ci est entouré d’une rangée
de très fins tentacules terminés par une petite
boule.
Cette espèce est très proche de Metandrocarpa
sterreri Monniot C., 1972. décrit de la pente
externe du récif aux Bermudes et retrouvée sur la
côte de Guadeloupe. Les deux espèces ont le
même habitus, le même tube digestif et la même
architecture de la branchie et des gonades. Elles
ne se distinguent que par la présence constante
chez M. sterreri de rangées de stigmates incom¬
plets et même de stigmates transverses dans la
partie postérieure de la branchie, et le nombre
des gonades. Chez M. sterreri nous n’avons pas
trouvé plus d'une gonade de chaque côté et
jamais ensemble des gonades mâles et femelles, ni
fonctionnelles, ni vestigiales. Dès 1972 nous
suggérions que cette espèce était probablement
hermaphrodite avec des stades mâle et femelle
nettement séparés. M. manina n. sp. présente
aussi ce phénomène mais nettement moins accen¬
tué. Les deux espèces malgré leur éloignement
géographique considérable sont étroitement ap¬
parentées.
Tibitin manu n. sp.
(Fig. 42)
Stations : Mooréa 18. — Tahiti 1-3-6-7-11-12. —
Tikehau 1-3-18.
Type : S 1-TiB 3, Tahiti 6.
Cette espèce de très petite taille a été trouvée
dans plusieurs stations des lagons de Mooréa.
Vairao et de Tikehau. La taille ne dépasse pas 3
à 4 mm, l'espèce vit collée sur le substrat par
toute sa face ventrale. La tunique est nue et
pigmentée en rouge. Vivant, Tibitin ressemble
beaucoup au Metandrocarpa manina avec lequel
il peut vivre. Une fois fixé il s'en distingue
nettement car il garde sa coloration. Le manteau
est fin, transparent sur la face ventrale à travers
laquelle on peut distinguer certains stigmates
(fig. 42, A-D). et opaque sur la face dorsale. La
musculature est formée de fibres longues dispo¬
sées irrégulièrement, et formant un feutrage
lâche.
Les tentacules, de 12 à 16 de 3 ordres, sont
situés loin en avant du bourrelet péricoronal.
Celui-ci forme un V net au niveau du tubercule
vibratile et de vastes ondulations au niveau de
l'implantation des 1 er et 3' plis de chaque côté.
Le ganglion nerveux allongé se prolonge par un
tubercule vibratile en urne ouverte par un trou
rond dirigé vers l'avant. Le raphé moyennement
élevé, lisse, a une hauteur constante.
La branchie (fig. 42, F) est caractéristique du
genre avec ses stigmates transverses. Il y a 4 plis
de chaque côté. Dans la partie antérieure de la
branchie on compte :
D.E. 030702060 R. 06020605 E.G.
Tous les sinus n’atteignent pas la partie posté¬
rieure de la branchie. Les sinus latéraux des plis
ont tendance à s'étendre dans l'intervalle entre
les plis. Les stigmates ont une disposition assez
irrégulière. En générale on observe une série de
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
111
Fig. 42. Tibiiin manu n. sp. : A à D. variation du nombre des gonades, zoides de Tikehau st. I. 18,
Tahiti st.7. Tikehau st. I : E. exemplaire B ouvert, branchie enlevée : F. demi-branchic droite : G. gonade : H et
I. faces externe et interne du tube digestif. Echelles : I mm : A à E. 0.5 mm : F. 0.3 mm : G à I.
Source : MNHN, Paris
112
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
stigmates transverses sous chaque pli. Ces stig¬
mates sont plus ou moins recoupés surtout sous
les 1 er et 3 e plis. Il y a en tous cas une
interruption des stigmates entre les plis. A ce
niveau dans la partie antérieure du corps, le long
du raphé et de l'endostyle, il y a néoformation de
stigmates dont l'orientation est mal définie. Dans
la partie antérieure, sous les plis, certains stigma¬
tes peuvent prendre une direction oblique par
rapport à l'axe du pli.
Le tube digestif est petit (fig. 42. H, I), il
débute par un œsophage à paroi plissée. L'esto¬
mac globuleux est marqué de 7 à 8 côtes nettes et
parallèles. Le cæcum est très gros, en crosse.
L'intestin se recourbe très tôt à la sortie de
l'estomac, au point que sur la face interne il peut
recouvrir en partie ce dernier. L'intestin est
irrégulier et présente des rides glandulaires.
L’anus à deux lèvres s’ouvre au bout d'un rectum
très court.
Le nombre de gonades n’est pas fixe, nous
avons trouvé une gonade de chaque côté (fig. 42,
A), 2 gonades à gauche (fig. 42, B) et 2 gonades
de chaque côté (fig. 42, C), et jusqu'à 4 gonades à
droite et 5 à gauche (fig. 42, D). Dans tous les
cas. il s'agissait de gonades fonctionnelles
composées d'un testicule unique et d'un ovaire
(fig. 42, G). Dans tous les cas, même si le
testicule fait un peu saillie il s'agit d'un polycarpe
entouré d'une membrane unique. Les canaux
génitaux sont très courts. Chez plusieurs exem¬
plaires nous avons trouvé dans la cavité cloacale
un œuf segmenté, mais nous n'avons pas vu de
larves.
Il y a des endocarpes sur le manteau, dont la
position paraît symétrique sur les 2 faces du
corps. Nous n'avons pas observé de tentacules
cloacaux.
C’est la troisième espèce du genre, et ses
caractères sont intermédiaires entre ceux des
deux autres (tableau) : T. halimedae Monniot C.,
1983b, de Guadeloupe et T. transversale (Tokio-
ka, 1963) d'Hawaï. Elle est très proche de cette
dernière, ne s’en distinguant réellement que par
la structure de la gonade nettement formée d'un
ovaire rond et d’un testicule profondément bi-
lobé s'étendant sur le manteau, ce qui est aussi le
cas de T. halimedae. Tibitin est un nom créole
signifiant bestiole, manu en tahitien a la même
signification.
Taille
T. halimedae
T. manu n. sp.
2 mm
3 à 4 mm
> 4 mm
Branchie
3 - 1 - 3 - 1 rares stigma¬
tes néoformès entre les
plis.
6 - 2 - 7 - 3 stigmates
néoformés entre les plis
près de l'endostyle et du
raphé.
12 - 4 - 12-7 stigmates entre
les plis, stigmates longitudi¬
naux prés de l'endostyle. ou
stigmates ± longitudinaux an¬
térieurs.
Plis stomacaux
Nombre de gonades
Testicule
double, l'un peu éloigné
de l'ovaire.
7 - 8
1 - 1 / 0 - 2
2 - 2 / 4 - 5
unique, lié à l'ovaire.
6
> 8 > 8
double, un peu éloigné de
l’ovaire.
Polyandrocarpa (Monandrocarpa) tarona n. sp.
(Fig. 43)
Stations : Tahiti 1-6. — Tikehau I.
Type : SI-1603 et 1604 de Tikehau 1.
Cette espèce a surtout été rencontrée sur la
jetée du village de Tuherahera dans le lagon de
l'atoll de Tikehau. Elle vit aussi dans le lagon de
Vairao mais elle y est toujours très rare.
Les zoides sont aplatis, peu saillants même à
l'état vivant. Ils mesurent au maximum 4 à
5 mm, ils sont parfois jointifs, mais le plus
souvent les zoides sont éloignés les uns des
autres. Nous n’avons pas vu de stolon. A l’état
vivant l’espèce est rose (en tahitien = tarona).
Une fois fixée elle perd parfois sa coloration. Les
zoides qui restent colorés sont indiscernables de
ceux de Tibitin manu sans dissection. Les siphons
sont peu saillants, éloignés l’un de l'autre, la
tunique est mince, le manteau est transparent.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
113
Les tentacules sont longs et fins disposés en
trois ordres, on en compte une vingtaine im¬
plantés sur une crête. Le bourrelet péricoronal
est saillant, éloigné du cercle de tentacules. Il
forme un V prononcé au niveau du tubercule
vibratile en forme de simple trou. Le ganglion
nerveux allongé est plus proche du siphon buccal
que du siphon cloacal. Le raphé lisse augmente
de hauteur vers l’entrée de l'œsophage.
La branchie est formée de 4 plis, on compte :
D.E. 020702060 R. 070207030 E.G.
Les plis 1 et 3 sont peu élevés, les 2 et 4 sont
plats. On compte 3 à 4 stigmates par maille entre
les plis, et 2 sous les plis. Il y a de très fins sinus
parastigmatiques incomplets. Le plus souvent on
compte 7 ou 8 rangées de stigmates.
Le tube digestif (fig. 43, A-C) forme une
boucle fermée. L'œsophage est long et courbé,
l’estomac allongé est marqué de 8 à 10 sillons
nets et porte un grand cæcum en forme de crosse.
Au débouché de l’estomac, l’intestin est large,
puis il se rétrécit et débouche en anus élargi,
béant, vaguement lobé.
Les gonades (fig. 43) se disposent sur un rang
de chaque côté de l’endostyle. Elles sont au
nombre de 5 à 7 de chaque côté. Chaque
polycarpe est constitué d'un ovaire interne et
d'un unique testicule latéral et externe.
Il y a quelques endocarpes dispersés sur le
manteau. Les tentacules cloacaux forment un
anneau à la base du siphon cloacal. Ils sont très
fins.
Il n’est pas toujours facile de déterminer si une
Styelidae est ou non coloniale. C'est le cas de
cette espèce pour laquelle nous n'avons pas
réellement mis en évidence une structure colonia¬
le. C'est à cause des relations entre son anatomie
Fig. 43. Polyantlrocarpu f Monumlrocarpa > uirona n. sp. : A el B. deux zoides : C. face ventrale d'un zoide
vu pur la face interne : D. zoide ouvert : E et F. deux polycarpes vus par les faces externe et interne. Echelles :
2 mm : A, B et D. I mm : C. 0.3 mm : E et F.
Source : MNHN, Paris
114
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
et celle des Polyandrocarpa , et sa répartition par
taches que nous supposons une structure colo¬
niale chez cette espèce. Kott, 1985, considère
que le genre Monandrocarpa Michaelsen, 1903,
est un genre de Styelidae solitaire. Michaelsen,
1903 classe le genre dans les Styelidae composées
mais avec doute. M. stolonifera Monniot, C.,
1970, du Brésil et M. monotestis (Tokioka, 1953)
sont des espèces nettement coloniales. M. plana
Kott, 1972c est considérée par son auteur comme
solitaire ; c’est une espèce sabulicole, récoltée à la
drague. Millar, 1975 décrit Polycarpa simplici-
gona, sur deux exemplaires profonds des Philip¬
pines; c'est probablement un synonyme de M.
plana. Dans sa discussion il déclare : « The new
species may indicate a stage in évolution from
solitary forms to compound forms with simpli-
fied gonads. Or and I believe this to be more
likely may show how compound species with
an already simplified gonad could hâve lost the
power of budding. However, it is evidently
unwise to assume that species like the présent
one, with isolated individuals, are necessarily
unable to reproduce asexually since Diehl (1972)
has found body division in the species Seriocarpa
rhizoides, which is solitary ».
Remarques sur les Polycarpa
Quinze espèces ont été signalées ou décrites
des îles du Pacifique central. La plupart vivent
aussi en Australie, en Indonésie, aux Philippines
et au Japon. Une seule des trois espèces trouvées
en Polynésie française appartient à ce groupe de
15 Polycarpa : P. maculata. Les trois espèces
présentent de grandes variations individuelles, et
on observe une très importante réduction de
taille du corps du tube digestif et du nombre de
gonades dans la zone récifale. Il est donc néces¬
saire pour identifier ces animaux avec certitude
que tous les caractères qui ne peuvent être
affectés par une éventuelle réduction correspon¬
dent parfaitement aux descriptions précédentes.
Même dans le cadre du Pacifique tropical il n’a
pas été possible de trouver une description
correspondant parfaitement. Par contre il est
remarquable que nos trois espèces ressemblent
beaucoup à trois espèces trouvées en Guadelou¬
pe. P. maculata est très proche sinon identique à
P. cartilagenea (Sluiter, 1898). Nous n’avons pu
distinguer autrement que par l’aspect externe nos
exemplaires de Polynésie de P. tumida Heller,
1878. La troisième espèce est proche de Polycar¬
pa arnoldi (Michaelsen, 1914), mais c’est une
espèce différente, P. maruhi n. sp.
Polycarpa maculata Hartmeyer, 1906
(Fig. 44)
Polycarpa maculata ? : Monniot. Monniot & Laboute,
1985 : 489, fig. 2.
Stations : Ports de Papeete et du COP.
Cette espèce manifeste une très forte variabilité
du développement des gonades. L’exemplaire du
port de Papeete (fig. 44, A) possède, à taille
équivalente, un beaucoup plus grand nombre de
gonades que l’exemplaire du lagon de Vairao
(fig. 44. B) dont les gonades sont fonctionnelles.
P. maculata est caractérisé par la présence d’un
seul endocarpe dans la boucle intestinale, un
petit cæcum, des gonades dressées attachées au
manteau par un petit pédoncule (fig. 44, E) et
envahies par des granulations noires, et un
tubercule vibratile enfoncé dans une masse tissu¬
laire.
Le nombre de gonades de l’exemplaire du port
de Papeete (Monniot, Monniot & Laboute,
1985) est beaucoup plus grand que celui indiqué
par les auteurs précédents. L'exemplaire de Vai¬
rao est plus conforme aux descriptions de Tokio¬
ka.
Cette espèce est très proche sinon identique au
Polycarpa cartilaginea (Sluiter. 1898) des Antil¬
les.
Polycarpa maruhi n. sp.
(Fig. 45)
Stations : Moorca 5-6. Tahiti 9. Tikehau
13.
Type : Sl-1605 et 1606 de Mooréa 5.
Les plus grands exemplaires mesurent 1 cm. ils
sont mous ( = maruhi en tahitien). La tunique est
blanchâtre, translucide et laisse voir par transpa¬
rence la coloration brune du manteau. Les
exemplaires sont fixés par la face ventrale. La
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
115
Fig. 44 Polycarpa maculaia Hartmeyer : A. exemplaire du port de Papeete ; B. exemplaire du lagon ; C.
tubercule vibratile ; D, gonade face interne ; E. gonade vue par le côté. — Echelles : 5 mm : A et B. 0,5 mm C à F.
tunique est molle et couverte de tubercules
irréguliers. Des débris peuvent se fixer sur la
tunique. Un exemplaire de plus grande taille
(3 cm) a été trouvé sur la pente externe du récif à
Tikehau. Sa tunique opaque était ocre clair.
Le manteau est fin et pigmenté en brun. La
musculature est constituée de fibres radiaires
individualisées. Les fibres isolées au niveau du
siphon buccal se regroupent sur le bas du corps
en un nombre variable de rubans musculaires.
On en compte de 6 à 10 de chaque côté, en
général un peu plus à gauche qu’à droite. Le
phénomène est moins net au siphon cloacal et le
nombre de rubans musculaires peut varier de 4 à
une vingtaine. Les fibres transverses se répartis¬
sent à peu près régulièrement sur tout le corps.
Le siphon buccal est en général large et possède
un important vélum buccal. On compte de trente
à quarante tentacules de trois ordres. Ceux des
deux premiers sont longs et falciformes, de taille
peu différente, par contre ceux de 3 e ordre sont
toujours beaucoup plus petits. Le sillon péricoro-
nal est peu ondulé et forme un V net au niveau
du tubercule vibratile. Ce dernier est peu saillant
à ouverture en C ouvert vers l'avant (fig. 45. D).
Le ganglion nerveux est allongé. Le raphé lisse,
modérément élevé dans sa moitié antérieure,
double de hauteur dans sa partie postérieure.
La branchie est fine, elle est composée de 4 plis
peu élevés. On compte :
D E. 3 7 3 8 2 10 2 10 1 R. 1 7 2 11 2 10 3 8 2 E.G.
DE. 26272928 1 R. 162826362 E.G.
L’exemplaire de la figure 45, C a des plis plus
aplatis avec :
G.R. 152838364 E.
Entre les plis on compte de 4 à 8 stigmates
allongés, parfois recoupés par des sinus parastig-
matiques lorsque les rangs sont en cours de
division. Sur les plis on compte 2 à 4 stigmates
Source : MNHN, Paris
Hg. 45. Polycarpa muruhi n. sp. : A et B. deux exemplaires de la même station du lagon de Moorca ; C.
exemplaire de la pente externe de Tikehau ; D. tubercule vibratile ; E et F. faces interne et externe d'un polycarpe :
G. tentacules cloaeaux. Echelles : 7.5 mm : C. 5 mm : A et B. 0.5 mm : D à G.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
117
par maille. Au niveau de l’entrée de l'œsophage
les plis s’abaissent et les sinus se soudent à la
lame fondamentale.
Le tube digestif (fig. 45. A à C) n’occupe
qu’une partie réduite de la face gauche. Il débute
par un œsophage court et droit qui pénètre dans
un estomac qui s'élargit du cardia au pylore et
qui forme un angle au niveau de l’insertion du
vaste cæcum pylorique. L’estomac est muni
d'une quinzaine de plis plats rabattus les uns sur
les autres à la manière des feuillets d’un livre. A
la sortie de l’estomac le tube digestif se rétrécit
brusquement et son diamètre reste à peu près
constant jusqu'à l'anus. Celui-ci est bordé de
lobes obtus et irréguliers. Il n’y a qu'un seul
grand endocarpe, largement vascularisé dans la
boucle intestinale.
Le développement des gonades est très varia¬
ble selon les individus (fig. 45. A à C). Elles
peuvent être réparties sur tout le manteau, ou
être presque uniquement disposées en une ligne
près de l’endostyle. Dans ce dernier cas on trouve
quelques petits polycarpes dispersés sur le man¬
teau et qui ne sont pas toujours fonctionnels. Les
gonades sont saillantes sur le manteau. La partie
mâle est formée d’acini testiculaires externes qui
ont une tendance à s'étendre sur le manteau.
L’ovaire interne contient des ovocytes dont les
plus âgés sont entourés d'un chorion très net (fig.
45, E-F). Les canaux génitaux débouchent l'un
près de l’autre.
Les tentacules cloacaux (fig. 45. G) se dispo¬
sent sur une crête à la base du vélum cloacal. La
crête forme de petites ondulations sur le côté
desquelles les tentacules prennent naissance.
Outre ses relations avec le Polycarpa arnoldi de
l’Atlantique tropical cette espèce a des affinités
étroites avec d’une part les Polycarpa du groupe
P. cryptocarpa par la forme de ses gonades (mais
s’en éloigne par la forme du tubercule vibratile et
l’absence du pigment noir caractéristique), d’au¬
tre part avec les Polycarpa du groupe P. argenta-
ta (Sluiter, 1890), P. iwayamae Tokioka. 1950 et
P. stirpes Kott, 1985. Les gonades de P. argenta-
ta sont beaucoup plus nombreuses et disposées
sur la moitié ventrale du corps, Tokioka. 1950 et
1967, précise que pour P. iwayamae il n’existe
pas de cæcum. P. srirpes possède deux endocar¬
pes dans la boucle intestinale, des pigments noirs
et un tubercule vibratile complexe, ce qui la
rapproche du grooupe P. cryptocarpa.
Polycarpa (umida Heller. 1878
(Fig. 46)
Synonymie : voir Polvcarpa tumida : Monniot C., 1983b :
446. fig. 9, D.
Stations : Mooréa3-5-6-7-18-19. — Tahiti 4. Ti-
kehau 1-6-7-8-10-13-16-18.
C'est l’espèce la plus répandue en Polynésie.
On la trouve aussi bien dans les lagons que sur
les pentes externes. Elle peut présenter plusieurs
aspects. La taille des exemplaires adultes varie de
0,5 à 2cm. Les individus les plus grands ont été
trouvés sur les pinacles coralliens du lagon de
Tikehau et dans le lagon de Mooréa. Des
individus plus petits, mais adultes, vivent dans
les zones plus exposées.
Cette espèce est plus ou moins densément
incrustée de sable et de débris coralliens. Plus elle
vit dans un milieu abrité et turbide. plus elle est
couverte de sédiment. Les animaux vivent
couchés sur les substrats. Certains exemplaires
vivent en retrait du récif barrière à Mooréa
dressés entre les branches de Madrépores. La
coloration est brun clair à blanche, mais les
siphons sont toujours marqués par un pigment
rouge brun ou presque noir. La tunique n'est pas
très épaisse, elle est plus molle chez les exemplai¬
res couverts de sédiment que chez ceux qui sont
nus.
L’épaisseur du manteau varie avec la taille. Il
est mince et les muscles sont bien visibles chez les
petits spécimens adultes alors qu'ils sont mas¬
qués dans l’épaisseur des tissus chez les exemplai¬
res de grande taille. Le nombre des tentacules
semble constant quelle que soit la taille : entre 30
et 35 de trois ordres, régulièrement alternés. Le
bourrelet péricoronal est formé de 2 lames très
inégales, l'antérieure étant beaucoup plus fine et
parfois indiscernable. Le bourrelet forme un V
prononcé au niveau du tubercule vibratile. Celui-
ci forme un gros bouton saillant dans l’épaisseur
duquel se creuse une cavité (fig. 46. E) qui
s’ouvre par un orifice cratériforme, circulaire,
égueulé vers la gauche le plus souvent. Le
ganglion nerveux est allongé. Le raphé est lisse,
bas dans toute la partie antérieure de la branchie.
puis sa hauteur double ou triple avant de se
raccorder à l’entrée de l’œsophage.
Source : MNHN, Paris
118
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
La branchie possède quatre plis peu élevés.
Chez un exemplaire de 6 mm on compte :
D.E. 141513170 R. 070215131 E.G.
Chez un exemplaire de 1.5 mm on compte :
D.E. 2729362 10 1 R. 192637352 E.G.
Les sinus ont tendance à s’écarter et s'étaler
entre les plis. Des sinus continuent à apparaître
au sommet des plis. Il y a 6 à 10 stigmates
allongés par maille entre les plis, souvent re¬
coupés par des sinus parastigniatiques. Sous les
de Tikehau. st. 8 :
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
119
plis ce nombre tombe à 1 à 3. Le nombre de
stigmates par maille est équivalent chez les
spécimens de petite taille.
Le tube digestif forme une boucle peu fermée
(fig. 46. A à C). La boucle secondaire est plus ou
moins marquée en fonction de la forme externe
des individus. L'estomac n'a pas de limites
nettes, ni du côté du cardia ni du côté du pylore.
Sa paroi est marquée par 10 à 15 sillons internes.
Il y a un grand cæcum en forme de crosse.
L'anus s’ouvre à l'extrémité d'un rectum relié au
manteau par une lame tissulaire. Cette lame
s’interrompt à une distance de l’anus égale au
diamètre de l’intestin. L'anus n'est pas rétréci et
possède un bord lisse ou vaguement ondulé.
Le nombre et la distribution des gonades
dépend beaucoup de la taille des exemplaires et
de leur forme. Chez les exemplaires couchés les
gonades sont réparties sur toute la face ventrale
du manteau (fig. 46, B), celles des exemplaires
dressés sont confinées dans la moitié postérieure
(fig. 46, A). Si le nombre des gonades est variable
selon la taille des individus, il n'en est pas de
même de leur taille qui est équivalente chez tous
les individus. Les polycarpes sont souvent un peu
allongés (fig. 46. D) avec des acini sur les deux
faces débordant dans l'épaisseur du manteau.
L'ovaire est, lui aussi, en partie niché dans le
manteau. Il est très saillant chez les exemplaires à
manteau mince, beaucoup moins chez ceux à
manteau épais mais, dans tous les cas. l'oviducte
est différencié et saillant. Il y a de nombreux
endocarpes dispersés sur toute la surface du
manteau et. en général, trois dans la boucle
intestinale. Les tentacules cloacaux sont fins.
Chez les grands exemplaires ils se disposent un
peu au hasard près de la base du vélum et sur
celui-ci. Chez les petits ils se disposent en un rang
net à la base d'un vélum court.
Cette espèce se rapproche du petit P. nota
Kott, 1985. connu d'un seul exemplaire de Héron
Island en Australie. Kott décrit et figure des
polycarpes et des endocarpes ronds, alors qu'ils
sont toujours allongés chez notre espèce. Les
limites de variabilité de P. nota ne sont pas
connues.
Styela canopus (Savigny. 1816)
(Fig. 47, A-C)
Synonymie et distribution : voir Korr. 1975 : 112. lig.
48; Monniot. Monniot & Laboute. 1985 : 491
Stations : Mooréa 7-18. Tahiti. Port de Pa¬
peete.
Cette espèce à une répartition planétaire dans
toutes les mers chaudes et tempérées. Nous
avons récolté, dans le port de Papeete (fig. 47,
A), des exemplaires de taille réduite par rapport
aux spécimens européens, mais leur structure est
typique. Dans le lagon de Mooréa (fig. 47. B et
C) les exemplaires sont de très petite taille, 3 à
4 mm de diamètre. Le nombre d'acini testiculai¬
res et d'endocarpes est très réduit. La gonade
gauche postérieure avait disparu dans les deux
spécimens récoltés.
Un tel phénomène de réduction de taille avait
déjà été signalé de Guadeloupe (Monniot C..
1983b : 453) sous le nom de Styela partita.
Des exemplaires de taille normale de celte
espèce ont été récoltés en abondance au début du
siècle dans l'atoll de Hao.
FAMILLE DES PYL RIDAE
Pyura honu n. sp.
(Fig. 47, D-H)
? P vitra suhutalula non Cvnthia subuculaw Sluiter, 1900:
TOKIOKA. 1950 : 149. lig. 23. 1-4. pl. 10. lig. 7. Iles
Palau.
Station : Tahiti. Port du COP.
Type : S2-506 à 508.
Cette espèce n'a été trouvée que sur les piliers
de l'appontement du Centre Océanologique du
Pacifique à Vairao. Les plus grands spécimens
mesuraient 18 mm de long et 12 mm de hauteur.
Les siphons sont saillants et écartés l'un de
l’autre. La tunique est épaisse, coriace, brun
jaunâtre. Le corps est parsemé de petites écailles
de tunique durcies et rougeâtres. Ces écailles sont
abondantes sur les siphons et la face dorsale du
corps, plus rares ailleurs, ce qui donne à l'espèce
un peu l'apparence d'une tortue (en tahitien:
honu). De plus, par places, et surtout sur les
siphons, on trouve des excroissances irrégu-
Source : MNHN, Paris
120
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 47. Siyela vanopus (Savigny) : A. exemplaire du port de Papeele : B cl
Mooréa. si. 7 ei 18.
Pytira lioini n. sp. . D el E. faces droite el gauche vue externe : F. face interne.
- 5 mm : A et F. 3 mm : B. 2 mm : C'.
C. exemplaires du lagon de
Echelles : I cm : D cl E.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
121
Hères intérieurement. La tunique réflexe des
siphons possède des taches bleues dues à un effet
physique de décomposition de la lumière.
Le manteau est jaunâtre translucide. Il laisse
voir par transparence les gonades et même les
endocarpes (fig. 47. D-E). La musculature est
formée de forts rubans radiaires issus de chaque
siphon. On compte une trentaine de tentacules de
trois ordres régulièrement répartis; entre eux on
peut trouver des digitations simples. Les tenta¬
cules ne portent que des ramifications de 1 er
ordre, exceptionnellement bifides. Le bourrelet
péricoronal est formé de deux crêtes équivalen¬
tes. Il forme un V très profond au fond duquel se
loge un tubercule vibratile saillant, en C ouvert
vers l'avant. Le ganglion nerveux est très allongé.
Le raphé est formé de languettes convexes très
courbées vers la droite.
La branchie comprend 7 plis :
D R. 3 13 5 13 3 16 3 17 4 16 3 13 4 12 3 E.
G.R. 3 15 3 14 3 16 3 16 3 16 3 13 3 8 2 E.
Le 7 e pli n’est plus constitué que de 3 à 5 sinus
dans la partie postérieure de la branchie. Les
deux premiers plis dorsaux, à droite et à gauche,
prennent naissance sur la partie du bourrelet
péricoronal qui forme le V médio-dorsal. Les plis
sont élevés et peuvent se recouvrir les uns les
autres. Les sinus sont rapprochés les uns des
autres même entre les plis où l'on trouve 2 à 5
sinus par maille, et 2 sous les plis. Les sinus
parastigmatiques sont présents partout.
Le tube digestif (fig. 47, F) forme une boucle
primaire ouverte sans courbure secondaire. L’es¬
tomac. un peu élargi, porte une glande hépatique
dont les lobes antérieurs peu saillants ont une
coloration brune moins prononcée que celle du
lobe postérieur massif. L’intestin est rempli de
sédiment. L'anus, très vaguement lobé, s'ouvre à
l’extrémité d'un court rectum rétréci, non soudé
au manteau et qui peut changer d’orientation en
fonction de sa position par rapport au siphon
cloacal.
Il y a une gonade de chaque côté (fig. 47, F)
formée de deux rangées de lobules hermaphrodi¬
tes sphériques disposés de part et d'autre de
canaux génitaux. Les lobules portent des endo¬
carpes ainsi que le bord antérieur de l’intestin. Il
existe un court vélum cloacal.
Cette espèce ressemble beaucoup à P. fissa
telle qu’elle est décrite par Kott, 1985. Elle en
diffère par son aspect externe, par la position du
tubercule vibratile dans le V du bourrelet périco¬
ronal qui est ici beaucoup plus profond, par la
position de la glande hépatique, et la disposition
de la gonade gauche. Il y a une certaine contra¬
diction entre le texte de Kott. 1985 « there is a
single much branched liver diverticulum about
halfway up the ascending limb of the gut loop »
ce qui correspond à la figure 146. C et non à la
figure 146, B où l’on distingue nettement quatre
lobes.
Pyura irregularis (Herdman, 1882) possède
également le même type de tube digestif et de
gonades, mais cette espèce est toujours caracté¬
risée par de très longs siphons. Elle possède un
double raphé.
Kott, 1985 fait de la Pyura subuculata Toicio-
ka, 1950 un synonyme de P. sacciformis. Même
si le spécimen des îles Palau est dépourvu
d'endocarpes cette synonymie est inacceptable
compte tenu de la courbure prononcée du tube
digestif de P. sacciformis.
Cette espèce ressemble beaucoup à P. subu¬
culata (Sluiter, 1900) et ne s'en distingue réelle¬
ment que par la présence d’endocarpes le long du
tube digestif. La distribution géographique de P.
subuculata est limitée à la Nouvelle Zélande et au
Sud de l'Australie (Millar, 1982). Nous avons
comparé cette espèce à des exemplaires de P.
subuculata des îles Antipodes présents dans la
collection du M.N.H.N.
Les deux espèces ont en commun :
des tentacules peu nombreux et ne portant
que des ramifications de premier ordre;
un sillon péricoronal formant un V pro¬
fond ;
la présence de forts vélums aux deux si¬
phons;
une branchie avec 7 plis dont le 7* est ré¬
duit;
— un tube digestif en boucle ouverte avec un
rectum court et rétréci ;
— des gonades avec une rangée de lobules de
part et d'autre des canaux communs.
Elles se distinguent par :
— des plis branchiaux un peu moins élevés
chez P. subuculata ;
— de petites différences dans la disposition
des lobes du foie;
Source : MNHN, Paris
122
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
— un plus grand nombre (à taille équivalente)
des lobules de la gonade chez P. subucu-
lata, et de plus ces lobules sont de taille
irrégulière ;
— la disposition des canaux génitaux à gauche
qui s’ouvrent loin de l’anus;
— la disposition des endocarpes le long du
tube digestif.
Seuls les deux derniers critères ont à notre sens
une véritable valeur systématique. Il est normal
que Tokioka, 1950 qui à cette époque ne tenait
pas compte des endocarpes, ait identifié à P.
suhucuUua l'exemplaire des îles Palau.
Pyura momus (Savigny, 1816)
(Fig. 48)
Synonymie et répartition, voir Monniot C„ 1893c : 1022,
fig. 1, A et Herdmania momus : Kott, 1985 : 338. pl. 7C.
Synonymie additionnelle : Pyura papietensis Hcrdman. 1882 :
143, pl. 17, fig. 10-16, Port de Papeete.
Stations : Mooréa 2-3-5-6-9-10-14-18-19. — Tahiti
4-6-9-10 et port de Papeete.
Cette espèce vit dans tout le lagon de Mooréa,
en abondance dans le port de Papeete, et on en
trouve quelques exemplaires isolés dans le lagon
Fig. 48. Pyura momus (Savigny) : A et B, exemplaires du port de Papeete ; C, exemplaire du lagon de
Mooréa. Echelles : 2 cm : A et B. 5 mm : C.
de Vairao. Dans le port de Papeete, elle est
représentée par des exemplaires de grande taille,
4 à 6 cm. fixés sous les bouées ou dans les espaces
existant entre les blocs de béton des quais. On
trouve ensemble des formes à intestin montrant
une courbure secondaire marquée où la gonade
occupe tout l’espace situé entre les deux branches
(fig. 48, A), et des individus à courbure nulle chez
lesquels la gonade n'occupe qu'une partie de la
boucle (fig. 48, B).
A Mooréa et à Vairao les exemplaires, bien
qu'adultes, ne dépassent guère 2 cm (fig. 48, C),
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
123
et possèdent tous une boucle intestinale ouverte.
Ils ont un aspect juvénile pour le développement
des gonades, mais la branchie est bien dévelop¬
pée et le nombre de plis branchiaux atteint 8 à 10
de chaque côté.
Pyura sacciformis (Drasche, 1884)
(Fig. 49)
Synonymie et distribution: voir Kott, 1985: 321; fig.
157. A-C; pl. 7C.
Synonymie additionnelle :
Pyura stolonifera lypica ? Michaelsen. 1923 : 50; Tahiti.
Pyura sacciformis : Monniot. Monniot & Laboute,
1985 : 492.
Station : Mooréa 8-9-10-17-18-19. — Tahiti 6-7-8-
9 et Port de Papeete.
La synonymie donnée par Kott, 1985 est
exhaustive. A notre sens (voir p. 121) P. subu-
culata non Sluiter, 1900, Tokioka. 1950 n'appar¬
tient pas à cette espèce.
Nishikawa, 1980, a nettement posé le problè¬
me de la variabilité de cette espèce et de l’adapta¬
tion de son habitus à ses conditions de vie. Il
signale également les relations entre P. saccifor¬
mis et P. stolonifera. Nous avons récemment
examiné cette espèce (Monniot C. & G. Bitar,
1983) et conclu à l’existence de deux espèces
vicariantes, l’une australienne, importée au Chili
P. praeputialis et l’autre africaine P. stolonifera.
Ces deux espèces sont nettement distinctes de p.
sacciformis.
L’aspect de cette espèce dépend beaucoup de
son biotope. La tunique est toujours très épaisse.
Elle a tendance à former des papilles, autour des
siphons et sur la face dorsale, qui peuvent
atteindre une taille de 5 à 10 mm. C’est dans les
milieux exposés que la tunique est la plus épaisse,
la plus irrégulière, et où les papilles sont les plus
développées On trouve cette espèce sur la crête
algale et sur la plateforme rainurée par 1 à 3m
de fond là où les vagues se brisent par forte mer.
Les individus sont alors abrités dans des anfrac¬
tuosités, la forme du corps épousant celle de la
cavité. La tunique prend une teinte violacée à
l’extérieur. Elle est souvent recouverte par des
Algues calcaires. Dans les lagons plus calmes,
l’espèce vit aussi dans des anfractuosités des
pâtés coralliens. La tunique reste dure, mais plus
fine que celle des exemplaires de la crête algale.
Nous en avons trouvé une population abon¬
dante dans le port de Papeete sur les quais, fixée
directement sur le béton ou même sur la surface
rouillée des batardeaux métalliques. Les indivi¬
dus se rencontrent très près de la surface (entre
50 cm et 1 m), souvent fixés sous les surplombs,
mais aussi sur les surfaces verticales. La tunique
est solide, épaisse, mais dans ce milieu elle ne
développe pas de papilles. Les individus sont
totalement recouverts d’épibiotes qui ne laissent
voir que les siphons.
La couche externe de la tunique est violacée, la
couche interne blanche mais il existe au contact
du manteau une fine couche de granules brun
violacé. La musculature dorsale est très puissan¬
te, formée de deux champs de bandelettes par¬
tant de chaque siphon. Les bandelettes ne se
prolongent pas sur la face ventrale du corps, elles
se terminent en s’amincissant brusquement chez
les exemplaires de la crête algale, plus progressi¬
vement chez ceux du port de Papeete. Les
siphons très musculeux sont pigmentés en rouge.
Les gonades apparaissent en jaune clair ; le tube
digestif transparent a la couleur de son contenu;
la glande hépatique est couleur rouille.
Les tentacules sont disposés en plusieurs or¬
dres très différents : 8 grands portant des ramifi¬
cations de 2 ordres très réguliers et au moins 2
ordres de plus petits et 8 + 16 et souvent 32
petits tentacules non ramifiés disposés entre eux.
Le bourrelet péricoronal est formé de 2 lames
égales. Il forme des ondulations au niveau de
l’implantation des plis branchiaux et un V pro¬
noncé médio-dorsal. Le tubercule vibratile sail¬
lant forme le plus souvent une double spire, mais
peut être complexe chez les grands individus du
port de Papeete. Le raphé est constitué de
nombreuses languettes pointues, plus nombreu¬
ses que les sinus transverses.
La branchie est constituée de 6 plis élevés se
recouvrant les uns les autres. Les sinus sont
nombreux. Chez un grand exemplaire on
compte :
G. R. 6 21 4 21 3 23 3 21 3 17 5 14 4 E.
D. R. 5 20 3 23 3 25 3 21 3 19 4 15 3 E.
Les mailles entre les plis contiennent de 3 à 8
stigmates allongés, et sur les plis de 2 à 5. Les
sinus parastigmatiques sont toujours présents.
On distingue les spirales parastigmatiques au
sommet des plis. Au niveau de l’entrée de
l’œsophage les plis sont tronqués et les sinus
Source : MNHN, Paris
124
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
longitudinaux se prolongent par des papilles
allongées.
Le tube digestif (fig. 49, A-D) forme une
boucle fermée. La paroi est mince. L’estomac
n’est pas élargi, il est recouvert d’une glande
hépatique formée de plusieurs lobes antérieurs et
d’un gros lobe postérieur très saillant. L'intestin
se termine par un rectum court, non rétréci, non
soudé au manteau. L'anus a un bord lisse ou
vaguement lobé.
Les gonades sont formées d’un ovaire tubu¬
laire (fig. 49), sinueux, qui, sur sa face interne,
forme des excroissances recouvertes de testicules.
11 y a moins de lobes à gauche qu'à droite. Le
Fig. 49. Pyura sacciformis (Drasche) : A, exemplaire du port de Papeete ; B. B cl C, faces droite et gauche
d'un exemplaire du port ; D, exemplaire de la crête algalc de Mooréa. Echelles : 2 cm : A à C. I cm : D.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
125
nombre de lobes de 6 à 9 à droite semble
indépendant de la taille ou du développement des
individus. Les papilles génitales sont soudées au
manteau, le spermiducte est un peu plus court
que l'oviducte.
11 n'existe aucun endocarpe, ni sur les gonades
ni sur le tube digestif.
Puyra vittata (Stimpson, 1852)
Pyura vittata : Monniot C. 1984 : 1024. fig. 2, synonymie
p. 1030.
Station : Mooréa 11-12-14.
En 1984 Monniot C. suggérait la synonymie
des espèces du Pacifique. P. curvigona Tokioka,
1950 et P. albanyensis Michaelsen. 1927, avec P.
vittata. Les exemplaires de Mooréa trouvés à la
fois dans le lagon et sur la pente externe
correspondent très exactement aux exemplaires
antillais.
A Mooréa l’espèce est discrète, peu ou pas
recouverte de corps étrangers. Sa taille est beau¬
coup plus petite qu’aux Antilles. Notre plus
grand exemplaire en état de maturité sexuelle
mesure 2,2 cm dans sa plus grande longueur alors
qu’elle peut dépasser 4 cm aux Antilles.
Microcosmus exasperatus Heller, 1878
(Fig. 50)
Microcosmus exasperatus : Tokioka, 1967 : 207, fig. 93-
97; Monniot, Monniot & Laboute, 1985 : 492; Kott,
1985 : 348, fig. 167 C-E, 172.
? Microcosmus curvus : Tokioka, 1954 : 263, pl. 37, fig. 2-
9, îles Palau; 1967 : 215. fig. 99, îles Palau. Marian-
Microcosmus curvus : Tokioka. 1967 : 215, fig. 99. Wake;
Renganathan, 1983 : 929, fig. 1. Sud de l'Inde.
FAMILLE DES
Molgula topata n. sp.
(Fig. 51)
Stations : Tahiti 4-6.
Type S3-695 à 696, de Tahiti n° 6.
Cette espèce, extrêmement discrète, n’a été
trouvée que deux fois dans le lagon de Vairao.
Nous avons trouvé cette espèce sous deux
formes bien différentes. Dans le port de Papeete
les échantillons (fig. 50, A et B) sont de grande
taille, jusqu'à 6cm. Ils sont mélangés avec Pyura
sacciformis dont on ne peut les distinguer à l'œil
car ils sont tous deux complètement recouverts
d'épibiotes. L'espèce se présente alors sous sa
forme habituelle avec des gonades droites, for¬
mées d'un petit nombre de lobes alignés les uns
derrière les autres. Les deux espèces peuvent se
distinguer au toucher : M. exasperatus est un peu
plus mou.
Dans le lagon de Vairao on trouve de très
petits Microcosmus dont la taille adulte ne
dépasse pas 1 à 1,5 cm et qui correspondent à
certains exemplaires de M. curvus figurés par
Tokioka, 1967 (fig. 50, C et D). Ces exemplaires
possèdent en général 6 plis, plus un pli rudimen¬
taire.
Enfin nous avons trouvé à Tikehau un exem¬
plaire immature de Microcosmus (fig. 50, E) dont
la gonade, uniquement femelle, est nettement
courbée. Cet exemplaire possède 5 plis et un 6 e
rudimentaire.
Les petits exemplaires des lagons correspon¬
dent aux exemplaires du Sud de l’Inde de la
collection du M.N.H.N.
Malgré les différences de taille et une variation
importante dans la forme des gonades, nous
considérons que nous n’avons affaire qu’à une
seule espèce. Tous les autres caractères, branchie,
tube digestif, tentacules cloacaux. papilles inter¬
nes du manteau sont identiques. Tokioka, 1967
a bien montré la variabilité de M. exasperatus et
de P. curvus; il a émis l’hypothèse que les deux
espèces pouvaient être aux deux extrêmes d'une
variation continue. L'examen des exemplaires de
Polynésie conforte cette hypothèse.
MOLGULIDAE
Elle n'a pas été reconnue in situ mais a été
trouvée sur des fragments de Coraux supportant
d'autres Ascidies et découverte au moment de
l'étude de celles-ci. Elle est certainement plus
abondante.
La taille maximale observée est de l'ordre de
5 mm. La tunique très fine est couverte de sable.
La forme est ovale, légèrement aplatie, d’où le
nom en tahitien : topata = goutte. L'espèce vit
Source : MNHN, Paris
126
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Source : MNHN, Paris
127
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
fixée. Des petits exemplaires, de 1.5 à 2 mm de
diamètre, sont adultes. Le siphon buccal est
muni de nombreux lobes pointus, il est un peu
plus saillant que le siphon cloacal.
La musculature est formée dans la partie
dorsale du corps (fig. 51, A à C) de bandelettes
radiaires, une quarantaine au siphon buccal, une
trentaine au siphon cloacal. Les fibres circulaires
sont diffuses, assez bien organisées en rubans fins
parallèles entre les siphons, elles se répartissent et
s’entrecroisent sur tout le corps pour former un
feutrage fin. Il n’y a pas de champ de bandelettes
musculaires avec une disposition caractéristique
comme chez de nombreuses Molgulidae. Sur tout
le corps, sauf au niveau des siphons, on trouve
des petites papilles dermato-tunicales vivement
colorables.
On compte 8 grands tentacules de deux ordres
avec en général 3 petites denticulations entre eux.
Les tentacules portent quelques rares ramifica¬
tions de 1 er ordre. Le bourrelet péricoronal
forme un V marqué au niveau du tubercule
vibratile. Il est formé de 2 lames inégales, la
postérieure étant beaucooup plus développée. Le
tubercule vibratile est un simple trou ou une
fente antéro-postérieure sur un bouton saillant.
Le raphé est lisse, sa hauteur croît du tubercule
vibratile à l’entrée de l'œsophage.
La branchie est formée de 7 plis de chaque
côté, soit :D. E. 030607070605020
R. 03060607070604 E. G.
Les plis les plus dorsaux sont très courts et se
raccordent au raphé au niveau du 4 e sinus
transverse de 1 er ordre. Chez les petits spécimens,
ils peuvent être réduits à un sinus. Les plis se
réduisent dans la partie postérieure du corps, et
les sinus se soudent en une seule lame mince qui
peut se terminer par una papille, avant de se
souder au raphé au niveau de l’entrée de l'œso¬
phage. On compte 6 rangées d’infundibula primi¬
tifs. Seuls les 4 infudibula situés sous le 1" pli
sont formés de 2 stigmates: dans le 2 e pli les 2
stigmates se séparent pour former chacun un
infundibulum monospiralé. Au niveau du T pli
on observe le cloisonnement latéral des infundi-
bula monospiralés et parfois l’apparition de
spirales supplémentaires à l’axe du pli. mais le
plus souvent on ne trouve que des stigmates
droits.
Le tube digestif (fig. 51. C et E) forme une
boucle fermée. L’œsophage est court, l’estomac
est recouvert d’une glande hépatique volumineu¬
se lobée, en chou-fleur. L’intestin est grêle,
transparent, il se termine par un rectum assez
long non lié au manteau mais soudé au raphé.
L’anus un peu rétréci est vaguement lobé.
Les gonades (fig. 51. D. F. G) sont situées au
milieu des faces latérales du corps. Elles sont
constituées d'un ovaire globuleux s'ouvrant par
un oviducte court, et d'un testicule ventral. Les
plus grands ovocytes ont un diamètre de 210 um.
Le spermiducte est court et s'ouvre par une
papille pédonculée indépendante de l’ovaire. Les
œufs sont incubés dans la cavité cloacale. Les
larves sont urodèles.
Le rein est court et globuleux, situé loin de la
gonade. Le siphon cloacal est presque complète¬
ment fermé par un vélum lin.
C'est la première Molgulidae signalée du Pa¬
cifique central elle ressemble un peu à M.
discogona Millar, 1975 de Singapour, mais son
ovaire est complètement entouré de lobes testi¬
culaires et les canaux génitaux s’ouvrent ensem¬
ble.
La gonade de M. ellisioni Kott. 1972a. ressem¬
ble un peu à celle de notre espèce mais la
branchie ne possède que trois sinus par pli. M.
sphaera Kott. 1972b. possède des exo-infudibula
sur les plis. Kott. 1985. considère que M.
discogona est un synonyme de cette espèce.
Nos connaissances sur les petites Molgulidae
des fonds rocheux ou coralliens sont encore très
imparfaites. En général incolores et couvertes de
sable, elles peuvent se confondre aisément avec
des Éponges, des Polyclinidae ou des Polycitori-
dae. Leur taille, en général voisine de 5 mm les
rend difficiles à détecter à l'œil nu par les
plongeurs.
Source : MNHN, Paris
128
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Fig. 51. Molgula topata n. sp. : A et B faces dorsale droite et ventrale gauche ; C, face interne ; D. gonade
droite ; E, spécimen jeune ; F et G, faces interne et externe de la gonade droite du jeune. — Echelles : 2 mm : A à
C. I mm : E. 0.5 mm : D. 0.2 mm : F et G.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
129
RÉPARTITION DES ASCIDIES
DANS LES DIFFÉRENTS TYPES DE BIOTOPES
En Polynésie les Ascidies ne se rencontrent que
dans les zones rocheuses, et celles-ci ne sont
représentées que par le récif. Il est possible de
distinguer quatre grands types de milieux.
La pente externe est souvent très rapide et
s'enfonce bien au-delà de la limite de plongée que
nous nous sommes imposée. Elle a beaucoup
souffert des cyclones de 1983 surtout à Tikehau.
Il n'y a aucune Ascidie visible en surface, toutes
vivent sous les Coraux et dans les anfractuosités.
L’eau y est claire et la visibilité s'étend à une
cinquantaine de mètres.
Le récif barrière représente une zone à hydro¬
dynamisme très fort comprenant le sommet de la
plateforme rainurée et la crête algale, les vagues
y déferlent en permanence, même par beau
temps. A Mooréa cette zone est très riche compte
tenu d'une importante prolifération d’Algues. A
Tikehau la crête algale est pratiquement nue, très
peu excavée et directement exposée au soleil et à
la force des lames. Le platier interne, zone de
forte turbulence où des déferlements se produi¬
sent, représente pour les Ascidies le même type
de biotope.
La zone des massifs coralliens situés en retrait
du récif et isolés sur des fonds de 2 à 4m à
Mooréa ou Tahiti, les débouchés de hoa et la
partie supérieure des îlots près du récif à Tikehau
forment ce que nous appelons zone des pâtés
coralliens. Cette zone est caractérisée par un
faible hydrodynamisme et des eaux très claires.
Du point de vue des Ascidies il existe une
discontinuité nette entre la surface et 2 m du fond
environ, et les zones plus profondes marquées
par un appauvrissement.
Enfin le lagon profond de 5 à 40 m où dans
tous les cas on rencontre une turbidité non
négligeable avec un fin dépôt sédimentaire en
surface des Coraux et des roches.
Sur les 87 espèces que nous avons trouvées en
dehors des installations portuaires, on en compte
19 (soit 22%) que nous n'avons rencontrées que
dans un seul type de biotope : 5 à l’extérieur ; 1
sur la crête algale ; 5 dans le lagon superficiel et 8
dans le lagon profond. Toutes ces espèces à une
exception près, Diplosoma matie , n’ont été trou¬
vées que dans une seule île. Une forte proportion
de ces espèces, 13 sur 19, vivent exclusivement en
zone profonde soit à l'extérieur, soit dans le
lagon. 20 espèces (soit 23 %) ont été rencontrées
dans tous les biotopes. 30 (soit 34%) dans les
trois biotopes, et 18 (soit 21 %) dans deux
biotopes. Compte tenu de la fréquence des
récoltes, on ne peut déterminer une certaine
préférence pour un type de biotope que pour une
cinquantaine d'espèces. Ce chiffre contient bien
évidemment les 19 espèces qui n'ont été rencon¬
trées que dans un seul type de milieu.
7 espèces se rencontrent surtout sur la pente
externe :
Didemnum anoi*. Lissoclinum luheiavae*. L.
vareau (qui se rencontre aussi dans le lagon
profond), Aplidium uouo*. Pseudodisioma au-
réuni, Rhopalaea piru* et Symplegma sp. *
14 supportent une forte turbulence des eaux :
Trididenmum banneri, T. cyclops, Didemnum
toafene, Lissoclinum mereti, Diplosoma lis ter ia-
num 1 , D. simile, Eudistoma clarum. E. rigidum,
Aplidium depressum, Polyclinum sundaicum, Pe-
ropliora sp. aff. sagamiensis *, Corella minuta,
Ascidia archaia, Pyura sacciformis.
21 espèces préfèrent le lagon superficiel. 8
d'entre elles supportent aussi les conditions de la
crête algale, elles seront donc citées deux fois :
Trididemnum banneri, T. clinides*. T. cyclops.
T. strigosum*. Didemnum toafene. D. viride*,
Lissoclinum fragile*, L. mereti, L. patella, L.
ravarava, Diplosomata, D. matie*, D. similis,
Polycitor translucida, Polyclinum pute, P. sundai-
* Espèces rencontrées exclusivement dans ce milieu.
1. D. listerianum prospère également en très grosses quantités dans des zones très calmes : les bassins d'élevage des
Crevettes du COP à Vairao et à Mooréa. La présence d’une espèce aussi fragile dans des zones à haute turbulence est
suprenante, mais elle a un habitat cavitaire.
Source : MNHN, Paris
130
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
cm/m, Corella minuta, Ascidia archaia, A. melanos-
loma, Polycarpa maruhi, P. tumida.
16 espèces sont nettement inféodées au lagon
profond :
Didemnum apuroto *, D. membranaceum, D.
pua, D. uturoa, Polysyncraton otuetue*. Lissocli-
num vareau (rencontré aussi en abondance sur la
pente externe), Leptoclinides sp. *. Euherdmania
digitata. Perophora multiclûthrata*. P. viridis.
Ecteinascidia faaopa*, Ascidia tapuni, Metandro-
carpa manina, Tibitin manu. Polyandrocarpa
(M.) tarona, Molgula topata*.
38 espèces, soit 44%, ne manifestent aucune
prédilection particulière pour un biotope et se
répartissent apparemment au hasard dans tous
les milieux coralliens. La relation entre les Asci¬
dies et les différentes structures du récif corallien
semble faible et en grande partie limitée à la
recherche d’une surface de fixation et d'un abri
contre les prédateurs.
Dans tous les océans, à toutes les latitudes, la
plupart des Ascidies craignent la lumière directe.
La répartition des 23 espèces qui préfèrent la
zone profonde (extérieur et lagon profond), dont
13 en sont exclusives, reflète probablement ce
phénomène.
De nombreuses espèces, 27, se rencontrent
surtout ou seulement dans les eaux superficielles.
Parmi elles 7 espèces possèdent de façon perma¬
nente des Algues symbiotes; ce sont : Tridemnum
cl in ides, T. cyclops, T. strigosum, Didemnum
viride, Lissoclinum patelin. Diplosoma matie, D.
simile. 2 de ces espèces seulement, T. cyclops et
L. patelin, ont été rencontrées à 20 m de profon¬
deur. Parmi les espèces superficielles 2 seulement
supportent un éclairement direct : Tridemnum
banneri qui développe alors un abondant pig¬
ment noir et Pyura sacciformis. Les autres espè¬
ces se situent sous les blocs, à l’intérieur de
coquilles mortes, entre les branches de Corail ou
dans des cavités à l’abri des Algues.
ÉCARTS DE TAILLE
(Entre Ascidies solitaires des zones portuaires
et du milieu naturel)
Les Ascidies solitaires des récifs coralliens sont
peu nombreuses et présentent pour la plupart un
aspect chétif. La comparaison espèce par espèce
des exemplaires du port de Papeete où les
apports trophiques sont importants (les égouts
de la ville débouchant dans le port provoquent
un enrichissement considérable en matière orga¬
nique) et des lagons éloignés de Vairao et de l’île
de Mooréa, sont significatifs.
Ces différences sont telles qu’elles avaient
même conduit à donner des noms différents aux
spécimens des ports et des lagons ( Microcosmus
exasperatus et M. curvus). Tokioka. 1967a émet¬
tait des doutes sur la séparation des deux espèces
« thus. it is not impossible that the présent
species » (M. curvus) « is continuous with the
small-sized specimens of M. exasperatus known
from some océan islands ». En Polynésie françai¬
se ces différences sont très nettes pour Polycarpa
maculata (fig. 44), Styela canopus (fig. 47), Pyura
momus (fig. 48) et Microcosmus exasperatus (fig.
50). Elles sont moins nettes mais encore visibles
pour Ascidia sydneiensis (fig. 37 et 38).
La réduction porte sur la taille des individus et
surtout sur les gonades qui sont beaucoup moins
nombreuses et contiennent moins de produits
génitaux, l’élaboration de ces derniers étant
grosse consommatrice d’énergie ; la réduction de
l’activité génitale peut être interprétée comme
une réaction à des difficultés d’alimentation. En
règle générale la réduction de taille est une
adaptation à des difficultés trophiques. Ce
phénomène a été particulièrement étudié chez les
animaux profonds (Monniot C., 1979).
La réduction de taille et d’activité génitale des
5 espèces citées ci-dessus contraste avec le cas de
Pyura sacciformis (fig. 49) qui vit en abondance
dans le port de Papeete et sur la crête algale de
Mooréa. La taille des individus de Mooréa est
certes un peu réduite par rapport à celle de
Papeete, mais l’activité génitale et la taille des
gonades sont identiques pour les deux popula¬
tions. On peut considérer que Pyura sacciformis
(comme Corella minuta. Ascidia arcliaia, A. mela-
nostoma) est une espèce adaptée au récif qui
trouve dans les zones à apports trophiques
importants un plus pour leur développement
somatique. Par contre les autres espèces semblent
avoir de grosses difficultés à survivre et à se
reproduire comme population dans les zones
coralliennes. L'absence de ces espèces à Tikehau
est peut-être liée à ce phénomène. Peut-être ont-
elles eu l’occasion de s'implanter dans les atolls
mais sans avoir la possibilité de les coloniser. La
présence sur la jetée de Tuherahera à Tikehau
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
131
d’un exemplaire extrêmement réduit de M. e.xas-
peratus est peut-être l'illustration de ce phénomè¬
ne. D’où provient-il? De la coque d'un bateau
ou d'une population extrêmement localisée d’une
zone des environs non prospectée?
RÉPARTITION DES ESPÈCES
SELON LES ÎLES
Nous avons étudié en tout 92 espèces prove¬
nant de Polynésie française. Aucune des îles
visitées ne présente l’ensemble de ces espèces.
Nous avons trouvé 68 espèces à Mooréa, 74 à
Tahiti et seulement 46 à Tikehau.
Les différences que nous constatons en compa¬
rant Mooréa et Tahiti, deux îles hautes très
proches l’une de l’autre, ne sont pas toutes
significatives. En effet sur les 10 espèces présentes
à Mooréa mais absentes à Tahiti, 8 proviennent
de la crête algale et du lagon peu profond. Ces
types de milieux bien échantillonnés à Mooréa
l’ont été beaucoup moins bien à Tahiti puisque
dans le premier cas ils représentent 6 et 10
prélèvements, mais 0 et 3 à Tahiti.
Seules 2 espèces de lagon profond à Mooréa
n'ont pas été trouvées à Tahiti, ce sont Didem¬
num parau et Didemnum pilipiri, qui sont présen¬
tes dans d'autres îles, Tikehau et Mataiva. Il est
donc probable qu'une exploration plus complète
de Tahiti permettrait d'y retrouver toutes les
espèces de Mooréa.
Il n'est pas possible de faire le même raisonne¬
ment pour les 17 espèces de Tahiti qui n’ont pas
été trouvées à Mooréa. Tout d'abord le port de
Papeete représente un milieu particulier qui
n'existe pas à Mooréa (les quais des bateaux
effectuant la navette entre les deux îles ont été
observés). 7 espèces vivent dans le port de
Papeete et ne se retrouvent pas, si ce n'est
exceptionnellement, dans le lagon.
6 espèces ne sont connues que du lagon
profond de Tahiti, et 2 autres, Polysyncraton
poro et Polyandrocarpa tarona , se rencontrent
près de la surface mais sont surtout développées
plus profondément. Il est vrai que le lagon dit
« profond » de Mooréa a été moins prospecté
que celui de Tahiti, 3 stations au lieu de 6. Il est
tout à fait probable que la largeur du lagon et sa
profondeur permette à Tahiti l'installation d’une
faune particulière qui ne peut développer de
populations stables à Mooréa faute de biotopes
appropriés. Malgré la proximité des deux îles, et
les échanges permanents entre elles, grâce à la
navigation et aux courants, la composition fau¬
nistique pour les Ascidies reste un peu différente
dans l'état actuel de nos connaissances. Les
récoltes ayant été fragmentaires et faites dans un
temps très limité, une conclusion définitive ne
peut être donnée.
Une différence marquée s'affirme entre les
deux îles de l'archipel de la Société : Mooréa et
Tahiti, et l'atoll de Tikehau situé à 200 milles
dans l'archipel des Tuamotou. Pour 92 espèces
polynésiennes seules 46 ont été trouvées à Tike¬
hau. Ceci correspond à un appauvrissement
significatif dans tous les biotopes. Si l’on com¬
pare à Mooréa par exemple on obtient 13 espèces
au lieu de 19 sur la pente externe, 4 contre 19 sur
le platier et la crête algale, 17 au lieu de 26 dans
les pâtés peu profonds du lagon, et 4 au lieu de
17 dans le lagon à plus de 5 m de profondeur.
Les différences au niveau du platier et de la
crête algale s'expliquent par une différence de
structure, les cavités de cette partie du récif étant
beaucoup moins nombreuses à Tikehau. Au
niveau du lagon profond, la différence peut
également s’expliquer par la charge importante
des eaux de Tikehau en particules en suspension
qui est un facteur limitant aussi bien pour la
recherche de supports de fixation que pour la
nutrition de ces animaux filtreurs. Il faut aussi
remarquer que pour les 6 espèces qui n'ont été
trouvées qu'à Tikehau, cinq ne sont présentes
que sur la pente externe : Didemnum anoi, Lisso-
clinum tuheiavae, Aplidium uouo, Rhopalaea piru
et Symplegma sp.
Les différences entre Tikehau et l'ensemble
Tahiti-Mooréa seraient certainement encore plus
marquées si l'échantillonnage avait été plus
complet. Si la plupart des biotopes ont été
explorés à Tikehau où les stations s'échelonnent
sur la moitié du périmètre de l'atoll, il n'en est
pas de même à Mooréa et encore moins à Tahiti.
Il est hautement probable qu'un certain nombre
d’espèces restent à signaler à Tahiti, nous en
sommes beaucoup moins sûrs à Tikehau. Les
différences dans le peuplement des différentes îles
sont le reflet à la fois de la diversité des biotopes,
mais aussi de leur étendue. Il existe une surface
minimale sans laquelle une poulation dont l'ha¬
bitat est dispersé ne peut se maintenir. Il est
possible que cette surface minimale ne soit
atteinte à Tikehau pour certaines espèces peu
profondes vivant à Tahiti et Mooréa.
Source : MNHM, Paris
132
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Pour les trois îles c’est dans la zone plus
superficielle du lagon, dans une tranche de 0 à
3 m, que vit le plus grand nombre d’espèces
communes. L’indice de similarité (Kulczinzky II)
pour cette zone est de 71 % entre Mooréa et
Tahiti, 57% entre Mooréa et Tikehau, 46%
entre Tahiti et Tikehau.
Ces chiffres peuvent être comparés à celui
obtenu pour les pentes externes de Mooréa et
Tikehau, soit 33 % (rappelons que la pente
externe de Tahiti n'a pas fait l’objet de récoltes) :
il est clair que les différences faunistiques entre
les îles sont plus marquées sur la pente externe
que dans les lagons, alors que l’on pourrait
s’attendre à l’inverse compte tenu de la plus
grande similitude des conditions écologiques en
profondeur, contrairement à la zone superficielle.
Il serait intéressant de savoir en étudiant
d'autres îles, si ces particularités ont un caractère
endémique ou sont plutôt dues au hasard.
Il est classique de considérer qu'il existe une
diversité spécifique de moins en moins importan¬
te d’Ouest en Est dans le Pacifique central. Les
données à propos des Ascidies sont très fragmen¬
taires dans cette région du monde. Kott, 1974
estimait à 180 le nombre d’espèces connues en
Australie, dont 24 circumtropicales. 42 indopa¬
cifiques et 4 endémiques du Nord de l'Australie,
soit 70 espèces tropicales, dont 23 Phlébobran-
ches + Stolidobranches. La réalité était très
sous-estimée puisque en 1985 Kott redécrit pour
la zone tropicale australienne 118 Phlébobran-
ches et Stolidobranches, donc cinq fois plus. Si la
proportion habituelle en zone tropicale des
Aplousobranches (70% par rapport aux deux
autres ordres) est respectée, il faudrait estimer un
total de 350 à 400 espèces d’Ascidies dans la
partie tropicale de l'Australie.
Aux Philippines Monniot & Monniot, 1987
estiment à 109 le nombre d’espèces connues.
Nous estimons d'après la littérature à 330 envi¬
ron le nombre d'espèces d'Ascidies récoltées en
Indonésie. Ces deux estimations sont très certai¬
nement au-dessous de la réalité.
En 1981 Kott a étudié la faune du récif de Viti
Levu aux Fidji et décrit 60 espèces dont 35
Didemnidae : elle estime le nombre des Ascidies à
100 espèces.
Nikishikawa. 1984 décrit les Ascidies de trois
secteurs de Micronésie : Truk 151° E et Majuro
171 e . Dans ce travail les Didemnidae ne figurent
pas mais doivent représenter, comme aux Fidji
ou en Polynésie, 50% des espèces. Nishikawa
dénombre 29 espèces à Truk, 35 à Ponape et 33 à
Majuro, au total 62 espèces pour les trois îles,
donc une faune assez différente d'un archipel à
l’autre.
Compte tenu de ces chiffres, la faune de
Polynésie française est nettement appauvrie, avec
68 espèces à Mooréa, 74 à Tahiti et 46 à
Tikehau, par rapport aux côtes tropicales austra¬
liennes et indonésiennes. Mais elle ne semble pas
plus pauvre que celle des autres archipels du
Pacifique tropical, malgré une position extrême¬
ment orientale à 150° W.
POURCENTAGE DU NOMBRE D’ESPÈCES
DES DIFFÉRENTES FAMILLES
Japon
Antarctique Guadeloupe
Polynésie
Didemnidae
14%
7%
28%
47%
Polycitoridae
14%
8%
14%
14%
Polyclinidae
12%
32%
10%
9%
Cionidae
4,3 %
2 %
1 %
1 %
Agnesiidae
1 %
5%
0%
0%
Corellidae
4%
0,6%
1%
1 %
Ascidiidae
8%
2%
6%
4%
Perophoridae
Styelidae
2%
0%
4%
4%
totales
22%
18%
23%
13%
composées
7%
3%
14%
9%
simples
15%
15%
9%
4%
Pyuridae
14%
8,5 %
9%
5.4%
Molgulidae
8%
16%
2.2%
1 %
Total des sp.
307
164
93
93
PROPORTIONS DES ASCIDIES
COLONIALES ET SOLITAIRES
Pour les récoltes effectuées en Polynésie il est
tout à fait évident, sur le terrain, que l'on
rencontre beaucoup plus de formes coloniales
que d espèces solitaires. L’étude approfondie des
espèces confirme cette impression puisque l'on
arrive à une somme de 77 espèces coloniales
(84%) pour 15 espèces solitaires (16%).
Les deux inventaires d’Ascidies, suffisamment
complets pour représenter vraiment la faune
d’une région, sont rares. Nous pouvons compa¬
rer nos résultats à ceux de Kott, 1981 pour les
îles Fidji : elle signale 51 espèces coloniales 86%
et 8 solitaires seulement 14%. Ceci correspond à
Source : MNHM, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
133
peu près à ce que nous avons en Polynésie. Il
s’agit aussi de l'océan Pacifique tropical central.
Voyons maintenant les espèces recensées par
Tokioka, 1963, pour l'ensemble du Japon, donc
dans le Pacifique Nord-Ouest, dans une région
qui n’est plus tropicale. D'autre part il faut
signaler que les espèces prises en compte ne sont
plus seulement littorales mais profondes. Les
chiffres sont : 148 espèces coloniales (48%) et
159 solitaires (52 %). La proportion est cette fois
très différente de celle des îles du Pacifique
tropical central.
Comparons maintenant ces résultats aux
données de l'océan Atlantique. Dans la zone
tropicale seule la Guadeloupe a fait l'objet d'un
inventaire systématique. Nous avons 93 espèces
(donc une diversité spécifique équivalente à celle
de Polynésie) dont 67 coloniales 72% et 26
solitaires (28 %). Les formes coloniales dominent
largement, mais dans une proportion nettement
moindre que dans les îles du Pacifique tropical.
Si l'on envisage non plus la zone tropicale
mais par exemple la faune américaine selon Van
Name, 1945 les Ascidies solitaires (165) 52%
(littorales et profondes) ont une petite avance sur
les Ascidies coloniales (153) 48 %. 11 y a cette fois
un équilibre réel des deux types d’organisation.
C'est ce que nous retrouvons sur les côtes
d’Europe, d'après Berrill, 1950 par exemple
pour l'Angleterre, bien que cette liste soit très
incomplète il y a 27 espèces coloniales (47%)
pour 31 solitaires (23%).
Une comparaison peut être établie également
avec la faune antarctique située au Sud du 45 e
parallèle Sud, Nouvelle Zélande exceptée, jus¬
qu’à 1 000 m de profondeur. Nous avons réperto¬
rié (Monniot & Monniot, 1983) 165 espèces : 81
coloniales et 84 solitaires.
Il semble donc que la dominance des espèces
coloniales par rapport aux solitaires soit surtout
caractéristique des zones tropicales et principale¬
ment dans le Pacifique. Malheureusement nous
ne disposons actuellement d’aucune liste fiable
concernant la faune d’un continent en zone
tropicale. Il faudra attendre la suite du travail de
Kott sur la faune australienne.
Si nous examinons la situation famille par
famille (tableau p. 132) on constate :
1. Que certaines familles sont particulière¬
ment abondantes et diversifiées dans les eaux
froides, proportion dans la faune antarctique
multipliée par 5 (Agnesiidae), par 2 (Polyclini¬
dae, Molgulidae), ce qui correspond à une
diminution correspondante en eaux chaudes
(Agnesiidae absentes : Polyclinidae divisées par 2,
et Molgulidae par 4, par 10 ou absentes).
2. — Par contre certaines familles sont diver¬
sifiées en eaux chaudes : les Didemnidae dont le
pourcentage est multiplié par 2 ou 4, les Pero-
phoridae par 2. Inversement ces deux familles
sont rares ou absentes dans les zones froides.
3. — Certaines familles semblent uniformé¬
ment réparties, Polycitoridae, Cionidae, Corelli-
dae, Ascididae, Styelidae, Pyuridae.
Dans le Pacifique Nord, le Japon placé en
grande partie dans la zone tempérée, mais dont
la faune présente des affinités avec les faunes
arctiques et tropicales, présente une composition
spécifique très proche des proportions de l'en¬
semble des mers; il est simplement caractérisé
par l'augmentation de la proportion des Cioni¬
dae et Corellidae qui porte en réalité sur très peu
d’espèces.
En conclusion, l’augmentation de la propor¬
tion d'Ascidies coloniales dans les zones coral¬
liennes, et en particulier dans le Pacifique austral
est liée à deux phénomènes convergents.
1. — La diminution du nombre des Stolido-
branches, aussi bien simples que coloniales, et
dans une proportion moindre des Ascidiidae
(Phlébobranches). Ceci peut être lié aux condi¬
tions de nutrition ne permettant pas le dévelop¬
pement d'animaux filtreurs de grande taille. En
Polynésie, les Éponges, autre groupe d'animaux
filtreurs. n'ont que très peu de représentants de
grande taille.
2. — Le développement particulier de la fa¬
mille des Didemnidae.
PRÉPONDÉRANCE DES DIDEMNIDAE
EN POLYNÉSIE
La réussite évidente de la famille des Didemni¬
dae, avec 47 % du nombre d'espèces d'Ascidies
recensées en Polynésie, nous incite à rechercher
les causes possibles de ce phénomène dans les
caractéristiques propres aux Didemnidae dans
l’ensemble des Ascidies. Le plan d'organisation
d'une Ascidie varie peu en ce qui concerne les
fonctions biologiques, excepté pour le mode de
reproduction. L'état colonial envisagé sans
détailler ne correspond pas à un avantage parti¬
culier puisque les Polyclinidae, Polycitoridae et
Source : MNHN, Paris
134
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
une partie des Styelidae sont dans ce cas, et ces
familles n’ont pas pour cela atteint la diversifica¬
tion des Didemnidae. Il faut donc examiner soit
des caractères anatomiques particuliers, soit les
modes de reproduction (sexuée ou asexuée) soit
des adapatations écologiques particulières.
1. — Les spiculés.
La majorité des Didemnidae possède des spi¬
culés dans la tunique, ce qui ne survient que
rarement chez les Polycitoridae et exceptionnelle¬
ment chez les Polyclinidae. Il ne semble pas que
ce pseudo-squelette protège les animaux des
prédateurs (Poissons, Mollusques semblent
indifférents); il ne protège pas non plus de la
lumière, on ne constate pas de relation entre la
profondeur ou le type d’habitat et la présence ou
l’abondance des spiculés. Bien que caractéristi¬
ques en général des Didemnidae nous n’avons
pas pu relier les spiculés à une adaptation ou un
avantage quelconque de la famille.
2. — La surface des ouvertures buccales par
rapport au volume des colonies.
La forme des Didemnidae est presque toujours
celle d’une croûte épaisse de 1 à 2 mm pour une
surface de quelques centimètres. Les ouvertures
buccales assurant une entrée d’eau pour la
respiration et la nutrition représentent une im¬
portante proportion de la surface des colonies,
cette surface est elle-même très grande par
rapport au volume des colonies. Si on compare
la surface des ouvertures buccales au volume des
colonies, on remarque immédiatement que cette
surface est proportionnellement bien plus grande
chez les Didemnidae qui ont des colonies minces
que chez les Polyclinidae ou les Polycitoridae,
beaucoup plus épaisses. Pour une qualité des
eaux équivalente, les Didemnidae filtrant une
couche d’eau plus étendue peuvent en extraire
plus d'éléments nécessaires à leur biologie.
3. — Volume branchial comparé à celui des
autres tissus.
Les Didemnidae ont, chez les Aplousobran-
ches, le plus grand rapport volume branchie/vo-
lume viscères; dans la majorité des cas la
branchie est au moins aussi grande que l'abdo¬
men. Chez les Polyclinidae ou les Polycitoridae, à
de rares exceptions près ( Distaplia ), l'abdomen
(avec ou sans post-abdomen) est toujours plus
développé que le thorax. Un volume branchial
important permet une filtration accrue donc une
quantité de nourriture plus grande pour un
volume moindre de tissus à nourrir. Ceci repré¬
sente un avantage réel dans des eaux peu char¬
gées en matière organique. Ce rapport branchie-
/autres tissus est encore augmenté par le faible
développement du manteau au niveau du thorax
chez les Didemnidae avec une musculature très
peu étendue.
4. — Petite taille des individus adultes.
La petite taille des zoides est liée au rapport
branchie/viscères et représente aussi une écono¬
mie énergétique sur la croissance somatique au
profit des gonades. Cette économie se traduit
d’ailleurs en Polynésie, pour toutes les autres
familles, par une réduction très généralisée de
la taille des individus, ce que nous avons vu
(p. 130). Les Ascidies capables de se reproduire
sexuellement à une taille individuelle de 1 mm le
feront plus vite et dépenseront une énergie
moindre qu’une espèce de 1 cm. L’énergie néces¬
saire à édifier des tissus divers chez une Ascidie
coloniale de grande taille sera utilisée dans le
même temps par une Didemnidae à élaborer des
produits génitaux.
Chez les Didemnidae, où les zoides dépassent
rarement 1 mm de long, les têtards mesurent en
moyenne 0,5 mm. La croissance est donc très
faible de l'embryon à l'individu adulte. En
dehors du métabolisme de base, l'énergie appor¬
tée par la nutrition sert non à l'accroissement du
zoide qui se nourrit mais qui ne grandit plus,
mais à l’édification de bourgeons ou de produits
génitaux. Cela assure la diffusion de l'espèce.
5. Mode d'incubation des larves.
Toutes les Aplousobranches sont vivipares,
mais l’incubation des larves est différente chez les
Didemnidae et les Polyclinidae-Polycitoridae.
Chez les premières les embryons effectuent leur
organogénèse dans la tunique commune, mais à
l'extérieur des zoides. Chez les autres, les em¬
bryons sont incubés dans la cavité cloacale des
zoides. Dans les deux cas il existe une protection
vis à vis du milieu extérieur mais l'incubation
dépend plus de l'état général de la colonie chez
les Didemnidae, et de l'état du seul zoide mère
chez les Polyclinidae et les Polycitoridae (sauf
chez certains Distuplia où la poche incubatrice
est rapidement isolée du zoide). Nous ne savons
pas quels peuvent être les avantages de l’une ou
l’autre solution, sauf peut-être le fait que chez les
Didemnidae les larves sont mieux protégées en
cas d’accident pouvant survenir au zoide mère.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
5. — Mode de bourgeonnement.
Les Didemnidae sont la seule famille d'Asci-
dies se reproduisant par un bourgeonnement
œsophagien formant soit des thorax, soit des
abdomens selon les besoins de la colonie. Il s'agit
d’une double régénération. Le bourgeonnement
et la reproduction peuvent être simultanés. Chez
les Polyclinidae le zoide cesse de s'alimenter et se
désorganise avant de se strobiliser, il ne peut
donc y avoir simultanément reproduction sexuée
et asexuée. On ne sait pas si cette alternative a
des avantages, mais il est certain que si les
conditions du milieu exigent une réaction de
l'Ascidie vers l'un ou l’autre mode de reproduc¬
tion, le temps de réponse sera beaucoup moins
rapide pour une Polyclinidae, où une désorgani¬
sation préalable est nécessaire, que pour une
Didemnidae.
Chez les Polycitoridae où le bourgeonnement
est vasculaire, les zoides ne sont pas directement
impliqués dans la reproduction asexuée. On
devrait donc trouver, dans cette famille une
grande diversité de l'organisation coloniale selon
le milieu. Or il n'en est rien, les espèces sont peu
diversifiées, peu variables pour une même région,
et pas du tout mobiles.
6. — Mobilité des colonies — occupation des
substrats.
Le mode de bourgeonnement des Didemnidae,
avec une possibilité de répartition rapidement
variable des zoides dans la colonie, contribue
certainement aux possibilités de déplacement des
colonies, et en tout cas assure la possibilité de
lobulation, de scission en plusieurs colonies filles.
Le bourgeonnement rapide et l'extension dans
un plan seulement favorisent l’occupation d’une
plus grande surface des supports convenables.
Cela peut aider les animaux à trouver par
exemple une meilleure orientation pour une
colonie fondée par un oozoide, dans des condi¬
tions qui n'étaient pas les plus favorables au
départ. Par rapport aux autres familles, cette
mobilité permet l'occupation de niches écologi¬
ques plus variées, et moins stables. Elle contribue
ainsi à partir d’un seul oozoide à agrandir l'aire
d’influence des colonies, cette petite extension
géographique pouvant devenir localement très
importante pour la population au moment de la
maturation sexuelle, la dispersion de l'espace par
les larves étant restreinte, puisque les animaux
135
sont vivipares et que les têtards ont une vie très
brève.
7. — Algues symbiotes.
Les Algues symbiotes sont associées à des
Didemnidae soit d’une manière facultative, elles
forment alors un film vert à la surface des
colonies, soit de façon obligatoire dans la tuni¬
que ou dans les cavités cloacales des Ascidies. Ce
dernier type de symbiose, avec transmission des
Algues par les larves, n'est connu que chez les
Didemnidae. Cette association existe chez plu¬
sieurs espèces appartenant à 4 genres de Didem¬
nidae. Elle ne paraît provoquer aucune modifica¬
tion morphologique des colonies ou des zoides
par rapport aux espèces sans Algues des mêmes
genres. Il existe parfois une structure spéciale de
la larve : le rastrum. qui favorise le transport des
souches d'Algues des colonies mères aux colonies
filles. Des échanges de métabolites entre les
Algues et les Didemnidae existent mais restent
encore peu connus (Pardy & Lewin, 1971 ;
Cox, 1983; Paerl, 1984). Ce phénomène pour¬
rait avoir une influence considérable s’il était
prouvé que les Algues fournissent des métaboli¬
tes aux Ascidies; la croissance de ces espèces
serait favorisée dans les milieux pauvres en
substances nutritives. II faut d’ailleurs noter
qu’en milieu récifal, certes dans des biotopes
particuliers, la biomasse des Didemnidae portant
des Algues symbiotes peut être considérable
comparée à celle qui en sont dépourvues.
L'avantage apporté par la symbiose Algue-
Didemnidae est peut-être de caractère comporte¬
mental. Dans tous les milieux, dans toutes les
parties du monde les Ascidies manifestent une
tendance à fuir la lumière et surtout l'ensoleille¬
ment direct. Les faciès épilithes à faible profon¬
deur sont très pauvres en Ascidies (en Polynésie
on n'y rencontre que Trididemnum banneri et
Pyura sacciformis). Dans cette niche écologique
peu utilisée s'installent les Didemnidae à Algues
symbiotes. Nous ne pouvons que noter cette
constatation sans pouvoir dire si la symbiose
s'est développée chez des espèces normalement
épilithes ou si c'est grâce à la symbiose que ces
espèces ont pu s'installer en pleine lumière pour
satisfaire les besoins de photosynthèse des Al¬
gues.
En tout cas la possibilité de coloniser une
niche écologique supplémentaire est un facteur
qui a contribué à augmenter la diversité des
Didemnidae en Polynésie.
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fectly known and new Ascidians from New En-
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288-294, 443-446.
Source : MNHN, Paris
INDEX DES ESPÈCES
abdominalis (Rhopalaea), 88.
ahu ( Didemnum ), 25 (6. A à C — I, E).
albanyensis ( Pvura ), 125.
anoi '(Didemnum), 25 (6, D à H I, F IV. I), 129,
131.
aperta (Ascidia). 92.
apuroto (Didemnum), 27 (7. A à C — I, G — V. A).
130.
archaia (Ascidia), 9, 13, 92 (34), 129, 130.
arenacea (Eudistoma). 68.
arenaceum (Eudistoma), 68.
argentata (Polycarpa), 117.
arnoldi (Polycarpa), 114, 117.
apersum (Didemnum), 32.
aspiculatum (Polysyncratori), 46.
ata ( Diplosoma), 57 (20, A à E), 129.
aurea (Sigillinaria), 81.
aureum (Pseudodisloma), 81 (29. E à H). 129.
aximensis (Ascidia), 102.
banneri (Trididemnum), 17 (1 I. A et B), 129, 130,
135.
bisulca (Ascidia), 102.
brakenhielmi (Symplegma), 106.
canaliculata (Ascidia), 101.
candidum (Didemnum). 32.
canopus (Styela), 119 (41. A à C), 130.
capillata (Ascidia). 94.
capsulatum (Eudistoma), 68.
cartilaginea (Polycarpa), 114.
chinensis (Syndiazona), 88.
clarum (Distoma), 66.
clarum (Eudistoma), 66 (23, E). 129.
clinides (Trididemnum), 18 (2. A et B), 129, 130.
constellatum (Polyclinum), 13. 83, 84.
corelloides (Ascidia), 92.
cryptocarpa (Polycarpa), 117.
cucuUiferum (Didemnum). 28 (7. D et E V. B),
cuculliferum (Diplosomoides),28.
curvigona (Pyura), 125.
curvus (Microcosmus). 125, 130.
cyclops (Trididemnum). 15. 20 (2, C à I IV. G), 129
130.
defecta ( Rhopalopsis), 88.
dellechiajei (Cystodytes), 66.
depressum (Aplidum), 15, 73 (26. A à C), 129.
diegense (Botrylloides), 102.
digestum (Didemnum). 29 (8, A à E), 43.
digitata (Euherdmania). 83 (30. A). 130.
diplozoon (Ascidia),102.
discogona (Molgula ), 127.
divisa (Ascidia) sydneiensis, 101.
ellistoni (Molgula), 127.
exaspéra tus (Microcosmus), 125 (50). 130, 131.
exile (Aplidium). 80.
faaopa (Ecteinascidia), 89 (32), 130.
Jetia (Trididemnum). 20 (3).
tissa (Pyura), 121.
formosana (Perophora), 88.
fragile (Diplosomoides). 49.
fragile (Lissoclinum ). 49. 129.
fragile (Didemnum), 30 (8. F à H I. H).
fusca (Rhopalopsis). 88.
gemmata (Ascidia), 96.
gracilis (Botryllus), 104.
granulation (Didemnum). 31 (9. A à D I. I). 37. 43.
Iialimedae (Tihitin). 112.
hapu (Cystodytes). 64 (23. A à D IV. E à F).
hiopaa (Didemnum). 32 (9. E à G II. A).
honu (Pyura), 119 (47. D à F).
hornelli (Perophora) viridis, 89.
hyalina (Ascidia), 94.
incrassata (Ascidia). 102.
intercedens (Morchelium), 81.
intercedens (Synoicum), 81 (29. A à D).
irregularis (Pyura), 121.
iwayame (Polycarpa), 117.
jacerens (Ecteinascidia), 90.
japonica (Corella), 91.
kuranui (Synoicum). 81.
lavsani (Eudistoma), 67 (24. A et B).
laysani (Polycitor), 67.
leachi (Botrylloides), 102. 104.
lents (Botrylloides), 102.
ligulum (Didemnum), 34 (10, A à F II. B à C — V.
C).
limosa (Ascidia). 102.
listeri (Perophora), 89.
listerianum (Diplosoma), 13. 52. 57. 59. 129.
lobatum (Aplidium), 68. 73.
maculata (Polycarpa). 114 (44). 130.
magnicoecus (Botrylloides), 102. 106.
manina (Metandrocarpa). 109 (41). 110.
manu (Tibitin). 110 (42), 130.
marsupiale (Polyclinum). 84.
ma ru (Aplidium). 75 (27. A à D).
maruhi (Polycarpa). 114 (45). 130.
matie (Diplosoma). 59 (20. F et G). 129. 130.
mediterranea (Ascidia) corelloides. 92.
Source : MNHM, Paris
142
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
melanostonta (Ascidia ), 94 (35), 130.
membranaceum (Didemnum ), 36 (10, G à I II, D),
130.
mereti (Lissoclinum), 50 (17, A à G), 129.
mernoensis (Sidnyum ), 80.
midori (Diplosoma), 62.
minuta (Corella), 9, 91 (33), 129, 130.
mitsukuri (Diplosoma ), 57.
momus (Herdmania), 122.
momus (Pyura ), 9, 88, 122 (48), 130.
monotestis (Monandrocarpa ), 114.
moseleyi (Leptoclinum), 37.
moseleyi (Didemnum), 27, 32, 37 (IV. D).
multiclathrala (Perophora), 88. 130.
multipapillata (Diplosoma ), 59.
multistigmata ( Perophora ). 91.
mutabile (Didemnum). 37 (11, A à H 11, E).
nadaense (Amaroucium), 77.
nadaense (Aplidium). 77 (26, D et E V. G).
niger ( Botryllus), 103 (39, A à C), 106.
nigrum (Botrylloides), 102, 103.
nordgaardi (Tylobranchion), 88.
nota (Polycarpa), 119.
notti (Lissoclinum), 52. 54.
occidentalis (Synoicum), 81.
oceania (Symplegma), 11. 13, 106 (40, A à H), 108.
olivaceum (Eudistoma), 67.
one (Eudistoma ), 67 (24, C à E), 77.
otutue (Polysvncraton). 45 (15, A à C III, F — V.
E). Î3Ô.
ovatum (Eudistoma), 68.
paa (Didemnum), 38 (11, F à H II, F), 130.
pacifica (Ascidia). 101.
pacificense (Lissoclinum), 57.
papietensis (Pyura), 122.
paraît (Didemnum), 39 (12, A à D II, G), 131.
partita (Styela), 119.
patella (Didemnoides), 50.
patella (Didemnum), 50.
patella (Lissoclinum), 13. 50. 129, 130.
pavonia (Diplosoma). 60 (21).
pentatrema (Sidnyum), 80.
perlucidum (Didemnum), 40.
philippinense (Echinoclinum), 50, 57.
pitipiri (Didemnum), 41 (12. E à I II. H. I), 131
piru (Rhopalaea). 86 (31. A à F), 129-131.
plana (Monandrocarpa), 114.
planus (Botryllus), 106.
pliciferum (Aplidium), 80.
pontoniae (Polysyncraton), 47 (15, D à H III. G),
49.
poro (Polysyncraton), 47 (16. A à C III. H). 131.
praepulialis (Pyura). 129.
primigenus (Botryllus), 102, 104.
psammobium (Eudistoma), 68.
purou (Polysyncraton), 49 (16, D à H III, 1).
pute (Polyclinum), 84 (30. B et C). 129.
pyriforme (Eudistoma), 68.
ravara (Lissoclinum), 52 (17. I à J), 129.
rhizoides (Seriocarpa), 114.
rigidum (Eudistoma), 70 (23, F). 129.
sacci/ormis (Pvura), 11, 121. 123 (49), 125. 129 130
135.
sagamiensis (Perophora), 88 (31, G), 129.
samea (Ascidia) sydneiensis, 101.
schlosseri (Botryllus). 102.
similis (Diplosoma), 11, 52. 59, 60. 62 (22. A à D) 129
130.
simile (Leptoclinum), 62.
simplicigona (Polycarpa ), 114.
snakabri (Eudistoma), 68.
species (Leptoclinides). 64 (22. E à G), 130,
species (Symplegma). 108 (40. I à M), 129, 131.
species (Symplegma) (sensu Nishikawa), 106.
sphaera (Molgula), 127.
sterreri (Metandrocarpa), 110.
stewarlensis (Botryllus), 102.
stirpes (Polycarpa), 117.
stolonifera (Monandrocarpa). 114.
stolonifera (Pyura). 123.
strigosum (Trididenmum). 15. 22 (4. A à D), 129, 130.
subuculata (Cynthia), 119.
suhuculala (Pyura), 119, 121. 129.
sundaicum (Glossophorum), 84.
sundaicum (Polyclinum), 15. 84. 129.
sydneiensis (Ascidia). 97 (37 et 38), 130.
tahihuero (Distaplia), 72 (25, C à E).
tapuni (Ascidia), 97 (36). 130.
taralara (Lissoclinum), 52 (18, A à E IV. A).
tarona (Polvandrocarpa (Monandrocarpa)). 112 (43)
130. 131.
tenuis (Rhopalopsis), 88.
toafene (Didemnum), 41 (13. A à C III, A), 129.
lokarae (Perophora) listeri, 89.
tomarahi (Trididenmum), 24 (4, E à G I, C). 24. 25.
lopata (Molgula). 125 (51), 130.
translucida (Polycitor), 70 (25, A et B). 129.
transversalis (Tibitin), 112.
triangulum (Diplosomoides). 50.
triangulum (Lissoclinum), 51 (17, H).
tuberatus (Botryllus). 102. 103. 104.
tuheiavae (Lissoclinum), 54 (18, E à I IV. B cl C)
129, 131.
tumida (Polycarpa). 114. 117 (46). 130.
typica (Pyura) stolonifera, 123.
tyreum (Botrylloides), 104.
tyreus (Botryllus), 104 ( 39. D à H V, I).
uouo (Aplidium), 14. 77 (28). 129. 131.
uteute (Aplidium), 79 (27. E à H V, H).
uturoa (Didemnum), 43 (1.3. D à G - 111. B et C). 130.
vahaereere (Trididenmum), 24 (5 - I. D IV, H).
vahatuio (Didemnum), 43 (14. A à C III, D).
vallii (Distaplia), 72.
Source : MNHN, Paris
LES ASCIDIES DE POLYNÉSIE FRANÇAISE
143
vareau (Lissoclinum ), 54 (19, A à D — IV, D — V, F ),
129, 130.
verrilli (Echinoclinum), 56.
verrilli ( Lissoclinum ), 50, 54. 56 (19. E à J).
violaceus ( Botryllus ), 106..
virens ( Diplosoma ), 59, 62.
viride (. Didemnum ), 44 (14, D à F — III, E), 129. 130.
viride (Leptoclinum), 44.
viride ( Symplegma ), 106.
viridis ( Perophora ), 88 (31, H), 130.
vittata (Pyura), 125.
yamazii ( Aplidium ), 73.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PLANCHES
Source : MNHN, Paris
146
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Planche I. — Spiculés (échelles = 20|xm).
A B Trididemnum banneri. C. Trididemnum lomarahi n. sp. D. Trididemnum vahaereere n. sp. E.
Didemnum ahu n. sp. F. Didemnum anoi n. sp. G. Didemnum apuroto n. sp. H. Didemnum fragilis. I.
Didemnum granulatum.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE
Source : MNHN, Paris
148
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Planche II. Spiculés (échelles = 20 jim).
A. Didemnum hiopaa n. sp. B. Didemnum ligulum colonie orange. - C. Didemnum ligulum colonie rose très
piale. D. Didemnum membranaceum. E. Didemnum mutabile n. sp. F. - Didemnum pua n sp G.
Didemnum parau n. sp. H. I. — Didemnum pilipiri n. sp.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE II
j 13iH'..DU I
IV'.*. r CI
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Source : MNHN, Paris
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150
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Planche III. Spiculés (échelles = 20 nm).
A. Didemnum loafene n. sp. - B. C. Didemnum uluroa n. sp. D. Didemnum vahaïuio n. sp. E.
Didemnum viride. F. Polysyncraton otuetue n. sp. G. — Polysyncraton ponioniae n. sp. H. Polysyncraton poro n.
sp. I. Polysyncraton purou n. sp.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE III
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Source : MNHN, Paris
152
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
Planche IV.
A. Lissoclinum taratara n. sp. (échelle = 20|im). B. C.
Lissoclinum vareau n. sp. (échelle = 20(im). E Cystodytes hapu
(échelle = 20;jm). G. Trididemmon cyclops (echellc - I cm).
|. Didemmm anoi n. sp. (échelle = 1 cm).
Lissoclinum tuheiavae n. sp. (échelle = 20gxm). D.
1. sp. (échelle = 200|im). F. Cystodytes hapu n. sp.
H. Trididemmon vahaereere n. sp. (échelle = 1cm).
Source : MNHM, Paris
PLANCHE IV
N-\_
Source : MNHN, Paris
154
CLAUDE ET FRANÇOISE MONNIOT
A. Didemnum apurolo n. sp. B.
D. Didemnum moseleyi. E. Polysyna
H. ApUdium uleuie n. sp. I.
Planche V (échelles = I cm).
Didemnum cucuHiferum. C. Didemnum ligulum colonie rose 1res plate.
raton otuetue n. sp. F. Lissoclinum vareau n. sp. - G. ApUdium nadaense.
Botryllus tyreus.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE V
N_ \_.A
Source : MNHN, Paris
Date de distribution : 3 avril I9H7.
Dépôt légal : Mars 19H7.
IMPRIMERIE F. PAILLART ABBEVILLE
N" d'impression : 6614.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
22 AVR. 1987
Claude Monniot est sous-directeur au Muséum National d'Histoire Naturelle. Françoise
Monniot est directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique.
Spécialistes des Ascidies, ils ont publié ensemble ou séparément de nombreux travaux sur les
faunes abyssales. l'Antarctique et les Antilles. Ils ont récolté eux-mêmes en Polynésie Française le
matériel qui fait l'objet du présent mémoire, première contribution à la connaissance des Ascidies de
cette région. Sur 92 espèces citées. 39 sont nouvelles pour la Science.
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DU MUSÉUM
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