Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
■d.) . MÉMOIRES
DU
MUSÉUM national
li k
D’HISTOIRE NATURELLE
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES
DU
MUSEUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Zoologie
TOME XIX
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
36. rue Geoffroy-Saintr-Hilaire (Ve)
1960
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Fascicule 1.
M.-C. Chamla, Recherches anthropologiques sur l’origine des
Malgaches. 1-206
Fascicule 2.
Y. Le Danois, Remarques sur les Poissons Orbiculates du sous-
ordre des Ostracioniformes. 207-338
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME XIX
FASCICULE I
Marie-Claude CHAMLA
-RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES
SUR L’ORIGINE DES MALGACHES
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A. Zoologie. Tome XIX, fascicule I. — Pages 1-205
, RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES
SUR L ORIGINE DES MALGACHES
CRANIOLOGIE
ET ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
par Marie-Claude Chamla
TABLE DES MATIÈRES
P»gee
Avant-Propos. 4
Chapitre I. — Introduction. 5
I. Les données du problème . 5
II. Aperçu historique des principales théories. 7
A. La théorie mélanésienne. 7
B. La théorie africaine. 10
C. Autres théories. 13
Résumé. 13
Chapitre II. — Répartition géographique actuelle des populations
de Madagascar. 15
L L’Ouest. 15
II. Le Sud. 17
III. L’Est et le Nord. 17
IV. Le Centre. 13
Chapitre III. — Étude craniologique des populations de Mada¬
gascar . 19
I. Matériel utilisé. 19
II. Étude des crânes . 20
A. Caractères généraux. 20
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XIX. 1
2
TABLE DES MATIÈRES
Page»
B. Caractères descriptifs. 23
C. Indices du crâne et de la face. 28
D. Le maxillaire inférieur. 48
Chapitre IV. — Caractères généraux et affinités des populations
malgaches (craniologie) . 53
I. Diagnose des principaux groupes. 53
II. Affinités des groupes entres eux. 55
Résumé. 58
Chapitre V. — Noirs de Madagascar, Noirs d’Afrique du Sud et
Noirs de Mélanésie (craniologie). 61
I. Les éléments de comparaison. 61
II. Mise en parallèle générale. 62
A. Caractères descriptifs et secondaires. 62
B. Caractères crâniens. 64
C. Caractères faciaux. 66
D. Le maxillaire inférieur. 71
Résumé. 71
III. Comparaison des Malgaches et des Mélanésiens. 72
A. Malgaches et Néo-Calédoniens . 72
B. Malgaches et Sud-Guinéens. 74
C. Malgaches et Nord-Guinéens. 78
IV. Comparaison des Malgaches et des Noirs d’Afrique du Sud. .. 78
A. Malgaches et Cafres . 78
B. Malgaches et Zoulous. 80
C. Malgaches et Noirs du Mozambique. 80
Chapitre VI. — L’élément xanthoderme à Madagascar (craniologie). 87
I. Comparaison des Malgaches et des Indonésiens. 88
II. Diversité et variabilité des types malgaches. 92
Chapitre VII. — Étude somatologique des populations de Mada¬
gascar . 95
I. Les données somatoscopiques et somatométriques. 95
IL Somatoscopie. 98
A. Principaux caractères descriptifs. 98
B. La tache pigmentaire congénitale. 104
C. Dermatoglyphes digitaux et palmaires . 106
III. Somatométrie. 114
A. Le corps. 114
B. La tête . 127
IV. Groupes sanguins. 136
A. Système ABO. 136
B. Système Rhésus. 139
V. Sicklémie . 139
Source : MNHN, Paris
TABLE DES MATIÈRES 3
Page»
Chapitre VIII. — Les caractères généraux des populations mal¬
gaches et les principaux types sous-raciaux. 143
I. Les caractères généraux des Malgaches (Récapitulation des
caractères ostéologiques et somatologiques). 143
A. Région de l’Est. 144
B. Région du Nord. 145
C. Région du Centre. 145
D. Région de l’Ouest. 146
E. Région du Sud. 146
IL Les principaux types sous-raciaux. 147
A. Groupes non métissés. 149
B. Groupes métissés. 150
Chapitre IX. — Noirs de Madagascar, Noirs d’Afrique du Sud et
Noirs de Mélanésie (Somatologie). 151
I. Les éléments de comparaison. 151
II. Mise en parallèle générale. 151
A. Caractères descriptifs. 151
B. Tache pigmentaire congénitale. 155
C. Dermatoglyphes. 155
D. Caractères somatométriques. 158
E. Groupes sanguins . 165
F. Sicklémie. 168
Résumé. 169
Chapitre X. — L’élément xanthoderme à Madagascar (somatologie) 173
I. Comparaison des caractères descriptifs. 173
IL Comparaison des caractères métriques. 176
III. Comparaison des groupes sanguins. 181
Résumé et conclusion. 185
Bibliographie . 185
Source : MNHN, Paris
AVANT-PROPOS
Nous tenons tout d’abord à exprimer à M. le Professeur H. V. Vallois,
Directeur du Musée de l’Homme et de l’Institut de Paléontologie humaine,
notre profonde et respectueuse gratitude pour les conseils et les encouragements
qu’il nous a sans cesse prodigués pendant ces recherches, qu’il a bien voulu
nous suggérer et diriger.
Nous remercions vivement MM. les Professeurs J. Piveleau et A. Soulairac, et
M mt E. Genet-Varcin, Maître de Conférences, qui nous ont fait l'honneur de
faire partie du Jury chargé de juger ce mémoire.
Nous présentons à M. le Professeur J. M illot, Directeur de l’Institut scienti¬
fique de Madagascar, nos vifs remerciements pour l’aide qu’il nous a apportée.
Que M. le Directeur des Services de Police de Tananarive, M. le Commissaire
divisionnaire H. Texier et M. L. Motel, Maître de recherches à V Institut
scientifique de Madagascar, trouvent aussi ici l’expression de notre gratitude
pour les nombreuses séries d’empreintes qu’ils nous ont fait parvenir.
Nous ne saurions oublier également M. R. Falk et ses collaborateurs du
Service de Muséologie du Musée de l’Homme pour l’aide précieuse qu’ils nous
ont apportée.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE I
INTRODUCTION
I. — Les données du problème
Homogènes dans leur culture et dans leur langue, les populations de
Madagascar olïrent une certaine hétérogénéité dans leurs caractères phy¬
siques, hétérogénéité qui a donné matière à de vives discussions depuis près
de trois siècles.
Si l’on excepte quelques traces d’influence européenne, due aux incursions
des pirates des xvii® et xvui® siècles, d’influence sud-orientale apportée
par les trafiquants d’origine arabe qui, depuis une époque reculée, faisaient
commerce avec les habitants de l’île, et enfin, mais très hypothétiques, des
traces d’apports indiens et chinois, les caractères physiques des Malgaches
procèdent de deux éléments principaux : l’élément xanthoderme et l’élément
mélanoderme, de loin le plus important. En outre, incursions guerrières
anciennes, brassages et migrations intérieures actuels, ont abouti à un
métissage plus ou moins poussé d’une grande partie de la population, créant
tous les types intermédiaires entre les deux éléments originels.
La plupart des auteurs s’accordent pour voir dans l’élément xanthoderme
une origine malaise, ou plus généralement indonésienne, antérieure ou non
à l’élément mélanoderme. Cet élément aurait été apporté dans l’île en
peut-être deux vagues successives, l’une aux premiers siècles de 1 ère chré¬
tienne, l’autre autour du xvi® siècle, par les Merina ou Hova. L’absence de
tout document écrit ne permet pas d'affirmer l’authenticité d une première
invasion lointaine. Quant à la seconde, elle n’est pas douteuse et est le point
de départ de toute une dynastie de souverains Merina qui régnèrent pro¬
gressivement en maîtres sur l’île tout entière et imposèrent langue et civi¬
lisation, affirment un certain nombre d’auteurs.
Ont-ils trouvé à leur arrivée des populations négroïdes, et quelles popu¬
lations? Ici les opinions diffèrent, les unes s’appuyant sur des arguments
linguistiques, les autres sur des arguments d’ordre traditionnel, culturel ou
religieux.
Pour certains, l’île était déjà habitée par de petits êtres, les Kimosy,
dont on trouverait trace dans les traditions populaires. Leur description
Source : MNHN, Paris
6
INTRODUCTION
varie selon les auteurs (*), mais tous s’accordent sur leur très petite taille,
leur peau relativement claire, leur pilosité abondante, leurs cheveux laineux,
leurs bras longs, la poitrine petite chez les femmes et leur civilisation pri¬
mitive. Ils auraient vécu dans le Sud-Est de l’île. Actuellement, la plupart
des auteurs s’accordent pour douter de leur existence.
D’autres auteurs voient dans les Vazimba, population négroïde, les pre¬
miers habitants de Madagascar ( 2 ). Ce serait eux que les envahisseurs indo¬
nésiens auraient combattus et refoulés du plateau central vers l’Ouest et
le Sud de l’ile. Appelés encore « Tompon-Tani » (maîtres du sol) par les
habitants, ils inspirent une grande frayeur et leurs mânes seraient avides
de vengeance. Selon la tradition ils doivent venir un jour reprendre possession
de la terre qu’ils ont perdue. On montre encore leurs tombes, chez les Bet-
sileo, différentes des tombes communes, à l'écart des villages, dans des
régions isolées. Les Sihnnaka en font des demi-dieux à forme humaine et
aux pieds retournés. D’autres, des ancêtres, des esprits, partout craints et
respectés. Leur culte semble encore vivant, et on les considère comme les
vrais propriétaires du sol et du sous-sol (Ferrand, 1908). Pour certains, ils
formeraient encore une population vivant dans le Sud-Ouest de l’ile.
Plus généralement, à Madagascar, le terme « Vazimba » désigne l’ensemble
des populations noires qui habitaient l’île avant l’arrivée des Malais.
Antérieur ou non à l’élément xanthoderme (la pauvreté des documents
archéologiques ne permet pas de le déterminer, quoiqu’on incline généra¬
lement vers la première hypothèse), l’élément mélanoderme forme le fond
de la population actuelle de Madagascar, et son pourcentage dans chaque
(1) Oliver (1889) énumère les différentes théories émises à ce sujet. Commerson
(1768) a adirmé leur existence le premier : les « Kimosse », habitants des hautes montagnes
de l'intérieur. Plus tard, Cousins et Pickerscill, puis Sidree, ont adirmé l'existence
actuelle d'une tribu « Behosy * dont les caractères sont les mêmes que les Kimosy : ■ peuple
sauvage habitant les falaises boisées et se nourrissant de miel et de lémurs, et sautant
d’arbre en arbre ». Chez les Betsimisaraka, il existe une tradition sur l'existence de nains,
les « Kalanoro », sortes d'ogres des bois. L'abbé de Choisy signale vers 1635 l'existence
légendaire de « Tarisbos », petits hommes sauvages des forêts. Le R. P. Cotte (1947)
semble pencher en faveur de cette théorie et émet l'hypothèse de l’existence ancienne d'une
traînée de petits Noirs qui auraient formé une nappe continue des Philippines à l'Afrique
en passant par la Nouvelle-Guinée et l’Australie.
Par contre, parmi les auteurs anciens, Le Gentil (1770) conteste formellement
leur existence, Flacourt la rejette également.
(2) Beaucoup d'auteurs leur accordent une origine africaine. Drury (1717), Frober-
ville (1840), Waitz (1860), Hildebrandt (1880-83), Girard de Rialle (1885),
Max Leclerc (1887), Ferrand (1908), s'appuient sur l'affinité d'appellation avec les
Vazimba, Wazimba ou Zimba d'Afrique orientale, population disparue, originaire d'une
région située au Sud du Zambèze, qui a ravagé le pays au xvi» siècle, et fut détruite
par les Portugais du xvi* au xviii» siècle. A-zimba signilie « montagnards » en nyanja,
et de là, sauvages, hommes peu civilisés. L'invasion zoulou a consommé leur dislocation
(Avelot, 1912).
En réalité, l’appellation Vazimba ou Zimba, semble être en Afrique une appellation
générique, un simple sobriquet bantou appliqué à beaucoup de populations (par exemple,
les Zimba du Nord du Congo auraient ravagé également le continent, de la Sierra Leone
au Zambèze, aux xvii» et xvm* siècles ; Avelot ne les apparente pas aux Zimba du
Sud du Zambèze. Par ailleurs c’est le nom qu'ont pris les Pahouins conjurés contre
l'autorité française au Congo). Par contre Grandidier leur accorde une origine indo¬
mélanésienne, et certaines traditions hova les revendiquent comme des ancêtres qui
habitaient l'Imerina depuis une époque reculée.
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
7
population dépasse nettement celui de l’élément mongoloïde, si l’on excepte
un noyau presque pur de xanthodermes chez les Merina du Plateau central.
Quelle est son origine?
Ici deux théories principales s’affrontent, la théorie mélanésienne et la
théorie africaine.
A. et G. Grandidier (1872), les premiers, établissent que l’élément
noir est composé principalement d'Indo-Mélanésiens (Papous de Nouvelle-
Guinée), venus très tôt, « bien des siècles avant J.-C. », et en tous cas avant
les Indonésiens, à travers le Pacifique, et secondairement, en très petit
nombre, d’esclaves africains, les Makoa, amenés par les Arabes négriers aux
alentours du xvn e siècle. Ces auteurs apportent à l’appui de leur thèse une
série de preuves anthropologiques, géographiques, culturelles et linguis¬
tiques, prévoyant en outre des preuves basées sur l’ostéométrie comparée
des Mélanésiens et des Malgaches, qui ne furent pas publiées. Nombre
d’auteurs se sont rangés par la suite à ce point de vue l 1 2 ).
Par contre, déjà depuis le xvi® siècle, un grand nombre d’auteurs accor¬
daient à l’élément négroïde malgache une origine africaine, et avançaient
également à l’appui de cette théorie une masse de preuves anthropologiques,
linguistiques, paléontologiques ( a ).
En outre, certains auteurs proposèrent, les uns, une origine dravidienne ;
les autres, tournant le problème, rattachèrent l’élément malgache directe¬
ment à un élément commun d’où seraient issus les Noirs africains et les
Noirs océaniens ; d’autres enfin, se fondant sur certaines comparaisons
d’ordre ethnographique, firent descendre l’ensemble de la population de
colonies juive, arabe, ou mongole ( 3 ).
II. — Aperçu historique des principales théories
A. - LA THÉORIE MÉLANÉSIENNE
A. et G. Grandidier (1872, 1899, 1908-28) se firent les champions d’une
théorie, nouvelle à l’époque, qui vint révolutionner les données classiques
concernant le peuplement noir de Madagascar, et au cours d’une publi¬
cation de 29 volumes sur l’histoire physique, naturelle et politique de
Madagascar, consacrèrent 5 volumes (1908-28) à l’ethnographie de cette
‘je, et particulièrement au problème de l’origine indo-mélanésienne de
l’élément noir. A cet effet, ils avancèrent une masse d’arguments que nous
résumerons brièvement.
1° Arguments anthropologiques. Les auteurs leur ont accordé assez peu
d importance, malgré l’intérêt primordial qu’ils représentaient. Par suite
de la pauvreté de la documentation anthropométrique, ils ne font aucune
comparaison systématique entre les caractères métriques des Noirs de
(1) La liste des auteurs fut établie par Grandidier dans le vol. 4, t. I, p. 4-5, note 5,
el ‘appendice au l. 1, pp. 619-624, de son Ethnographie de Madagascar.
(2) Liste des auteurs, id. p. 4, note 1 et appendice, pp. 619-624.
( 3 ) I’. 4, notes 2 et 3, et appendice au t. 1, id.
Source : MNHN, Paris
8
INTRODUCTION
Mélanésie et ceux des Noirs de Madagascar, mais se basent le plus souvent sur
la seule comparaison des caractères descriptifs, concluant à une ressemblance
étroite entre les Malgaches et les Papous de Nouvelle-Guinée. Malgaches et
Mélanésiens présenteraient les caractères analogues suivants : couleur sombre
de la peau, dolichocéphalie, prognathisme, taille moyenne, membres allongés,
mollet peu marqué, talon bien développé, orteils légèrement en éventail,
voûte plantaire effacée, pommettes un peu saillantes, nez non écrasé, lèvres
assez fortes (*). Le système pileux serait plus développé que chez les Noirs
d’Afrique. Un des arguments principaux sur lequel les auteurs s’étendent
plus longuement est la nature frisée et non crépue de la chevelure chez les
Malgaches, dont la longueur s'apparente à celle des Mélanésiens et dépasse
celle des Noirs d’Afrique.
On trouve en outre des arguments anthropologiques secondaires, tels
que l’allongement particulier de la tête chez les Malgaches d’aspect négroïde,
plus allongée que celle de beaucoup d'Africains, le caractère plus mégasème
de leurs orbites, et enfin leur angle facial plus grand, caractères qui trahi¬
raient selon Grandidier, une origine indo-mélanésienne (*).
2° Arguments d'ordre géographique. Grandidier invoque la difficulté
pour les Noirs d’Afrique, naturellement peu navigateurs, de traverser le
détroit du Mozambique agité de violents courants contraires ; par contre
l’existence de la mousson du Nord-Est et du courant équatorial du Sud
aurait facilité la navigation des Néo-Guinéens qui auraient abordé l'île par
l’Est ou le Nord-Est, en plusieurs vagues successives, dont la première
remonterait à une époque très antérieure à l’arrivée des Malais.
A ce dernier argument Hornell (1934) en opposera d’autres, et posera
le problème des migrations volontaires : nous y reviendrons plus loin.
3° Arguments linguistiques. Depuis longtemps on avait constaté les
affinités de la langue malgache avec les langues malayo-polynésiennes, et
plus particulièrement indonésiennes. Mais Grandidier invoque l’impossi¬
bilité d'extension à l’île tout entière de la langue parlée par la poignée de
Malais qui abordèrent Madagascar. La langue malgache actuelle devait
exister avant leur arrivée, apportée par les Indo-Mélanésiens. D'après cet
auteur, la langue serait plus indo-mélanésienne que malayo-polynésienne ;
il souligne, à l'appui, la présence d’un certain nombre de mots mélanésiens
dans le malgache. D’autre part, l’absence de sanscrit dans la laifguc malgache
indiquerait un apport antérieur à l’arrivée des Malais dont la langue fut
imprégnée de sanscrit dès les premiers siècles de notre ère.
Ce dernier argument a été fortement contesté par Ferrand (1908) et
plus récemment par Dahl (1938) ; par ailleurs Cohen (1924) rattache le
malgache à l'ensemble malayo-polynésien. Nous y reviendrons.
(1) En réalité, tons ccs caractères sont communs aux Noirs d'Afrique orientale et
aux Mélanésiens.
(2) Nous verrons cependant au cours de notro travail, que chez presque toutes les
populations malgaches étudiées par nous, une dolichocranie très atténuée, proche de
la mésocranie, en est une des caractéristiques. Par ailleurs le caractère mégasème des
orbites, ou l'ouverture de l'angle facial, sont loin de former des traits caractéristiques des
Mélanésiens. Bien au contraire, chez eux, les orbites sont généralement moyennes et
le prognathisme facial souvent accentué.
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
4° Argumente ethnographiques. Ils sont basés sur la comparaison des
phénomènes culturels à Madagascar, en Asie Sud-orientale et en Océanie.
C’est là un des arguments principaux des recherches sur l’origine des Mal¬
gaches des Grandidier, qui énumèrent longuement certains phénomènes
juridiques, économiques, moraux, religieux, l’esthétique et les techniques des
Océaniens, qu’ils rapprochent étroitement de la culture malgache tout entière,
mais qu’ils reconnaissent également être communs pour la plupart à certains
groupes polynésiens et à une grande partie de l’Asie sud-orientale. Par
ailleurs les auteurs invoquent l’impossibilité, pour la poignée de Malais
débarqués à Madagascar, d’imposer langue et civilisation.
Après la publication des théories soutenues par Grandidier, un certain
nombre d’auteurs s’y rallièrent, notamment :
Quatrefages (1875) : les premiers habitants sont des Papous, les Afri¬
cains sont venus par la suite en petit nombre.
Sibree (1880) penche vers la théorie mélanésienne, excluant les Noirs
d’Afrique avec les mêmes arguments que Grandidier. En outre, les longs
voyages des Mélanésiens se trouveraient expliqués par la présence d’atolls
sur la route océanique, aujourd’hui disparus.
Paisant (1889). La presque totalité des immigrants sont venus de
l’archipel océanien.
Hamy (1895), après avoir été partisan de la théorie africaine, se rallie
à Grandidier.
Jully (1897), théorie identique.
Reclus et Gautier (1900). Les Mélanésiens ont été favorisés par les
courants marins et poussés d’Est en Ouest.
Rouquette (1914) rapproche l’Antandroy du Néo-Calédonien.
Razafintsalama (1920), origine mélanésienne des Malgaches.
Ratsimamanga (1940) apporte des arguments nouveaux en faveur de
la théorie mélanésienne. Il se base sur la répartition de la tache mon-
golique (80% chez la plupart des tribus), un système pileux plus ou
moins développé, des cheveux frisés, pour allirmer la prépondérance du type
océanien (52 %). Seuls les Makoa, quelques Andria-na et Hova, les Saka-
lava, représentant 2 % de la population entière, ont des cheveux crépus et
une tache pigmentaire moins fréquente (30 à 50 %), et forment un élément
d’origine africaine venu se surajouter au fond océanien entre le xv e et le
xvu e siècle, correspondant à la grande migration des Bantous vers le Sud
de l’Afrique. Pour l’auteur, le peuplement de Madagascar s’est déroulé
ainsi : a) immigrants mélanésiens venus avant l’ère chrétienne répondant
aux types de la Nouvelle-Calédonie, de la Nouvelle-Guinée et des Nouvel¬
les-Hébrides ; b) groupe compact de Mélanésiens venus postérieurement ;
c) immigration bantoue entre le xv e et le xvn® siècle.
P. Marquer (1947-48), se fondant sur l’analyse anthropométrique d’une
série de crânes malgaches anciens de la région de Vohémar, conclut à la
présence de trois éléments raciaux dont un élément « mélanoïde » (mélané-
aicn), moins important cependant que l’élément « négroïde » (africain), lequel
devait former le fond de la population.
Source : MNHN, Paris
10
INTRODUCTION
B. — La théorie africaine
La théorie africaine a connu une faveur au moins aussi grande, sinon
plus grande, que la théorie mélanésienne. Avant Grandidier, tous les
auteurs, voyageurs, missionnaires, navigateurs portugais et hollandais, dès
le XVI e siècle, se basant sur l’analogie de traits apparente entre les Noirs de
Madagascar et les Noirs d’Afrique orientale, admettent presque universelle¬
ment l’origine africaine du peuplement noir de Madagascar.
Après Grandidier, on trouve encore un nombre appréciable de publi¬
cations allant à l’encontre de la nouvelle théorie. Outre les réfutations d’ordre
linguistique auxquelles se sont attachés un certain nombre d’auteurs (Dahl,
Ferrand, Fagereng), d’ordre géographique et technique (Hornell),
d’autres arguments paléontologiques (Petit, 1923 et 1933), anthropo¬
logiques (groupes sanguins des Malgaches apparentés par Dart (1950) et
par Mourant (1954) à certaines populations d’Afrique orientale), sont venus
s’ajouter aux premières. Nous les envisagerons chronologiquement.
Déjà B. de Sousa (1557) identifiait les aborigènes de Madagascar aux
Cafres, métissés ultérieurement de Javanais.
Le R. P. Mariano (1613), théorie analogue ; les Merina seraient venus
des environs de Malacca.
Drury (1717). Les Vazimba sont originaires d’Afrique australe et sont
analogues aux Mazimba, conquérants venus du Sud du Zambèze vers
1540, vaincus et disparus.
Rondeaux (1813). Le peuplement de Madagascar aurait comme origine
une émigration forcée de la côte orientale africaine, due aux révolutions
du xii® au xvi e siècle.
Barbié du Bocage (1859). Les premiers habitants sont venus d’Afrique ;
leurs caractères sont restés à l’état pur seulement sur la côte orientale
de Madagascar. Les autres régions de l’île sont très métissées.
Hildebrandt (1880-83) identifie les Vazimba aux Wazimba d’Afrique
et les Sakalava aux Cafres. De même Girard de Rialle (1885), Max
Leclerc (1887), qui ajoute qu’une seconde vague de noirs venus d’Afrique a
abordé ultérieurement Madagascar.
Dahle (1881-84), s’appuyant sur des arguments anthropologiques et
linguistiques dénie l'importance des critères de similitude ethnique et
traditionnelle, considérés comme trop mouvants. Les types malgaches se
rapprochent des types de Mombasa (il se référé à Hildebrandt qui a vécu
longtemps en Afrique orientale et fait des recherches anthropologiques
avant de venir à Madagascar).
Ferrand (1908) réfute les arguments linguistiques de Grandidier.
Cet auteur affirme en effet que tous les dialectes de Madagascar con¬
tiennent un élément de sanscrit ( x ) et les rattache incontestablement au
(1) Ra/.afintsai.ama (1928) a relevé plus de 500 mots sanscrits, soit la moitié, ou
peu s'cn faut, du stock de mots-racines dont a disposé la langue au début de sa formation.
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
11
groupe occidental des langues malayo-polynésiennes, c’est-à-dire au malais
apparenté à certaines langues de Sumatra (travaux de Brands, Brand-
stetter, Kern, Schmidt, van der Tunk). Il écarte formellement 1 in¬
fluence du mélanésien, autre branche du groupe malayo-polynésien. Par
ailleurs, Ferrand allirme avoir retrouvé des survivances, dans le malgache
ancien et moderne, d'éléments bantous, outre un élément swahili, d’intro¬
duction récente.
Verneau (1923), à l'opposé de Quatrefages et Hamy qui avaient fait
des recherches sur 15 crânes malgaches et qui s’étaient ralliés à la théorie
mélanésienne, décrit une petite série de 11 crânes Bara auxquels il trouve des
affinités avec les Noirs d’Afrique. Dans l'un et l’autre cas, les séries, sont lar¬
gement insullisantes pour justifier une telle contradiction entre d’éminents
anthropologistes.
Montandon (1933) s’exprime dubitativement sur la théorie mélanésienne
de Grandidier, car aucune grande enquête anthropologique, n’a été en réalité
poursuivie à Madagascar. Il penche cependant vers l’apport africain qui
aurait fourni le plus gros appoint de l’élément nigritien de Madagascar.
Hornell (1934), écarte la possibilité d'un apport mélanésien par suite
des difficultés insurmontables d’une migration transocéanique (distance
énorme sans escales, embarcations légères). Il n’est pas question,, vue
l’importance numérique de la population noire à Madagascar, denvi-
sager l’hypothèse de débarquements involontaires dûs à des naufrages éven¬
tuels, mais il s’agit bien là de migrations importantes de toute une popu¬
lation, nettement plus importantes que l’invasion malaise dont le noyau
initial fut relativement infime [les Malais étaient d’ailleurs très bien
équipés et connaissaient les routes maritimes. Ils faisaient commerce avec
les Indes et peut-être avec les populations côtières d’Afrique orientale
(Dart, 1955)].
Quant à la difficulté de traverser le Mozambique, Hornell oppose à
cet argument les expéditions de pillage, dirigées par les Malgaches occi¬
dentaux contre les Comores et même la côte africaine, qui avaient lieu assez
fréquemment avant l’établissement des européens. Un trafic commercial
intense existait entre les deyx côtes (Guillain, 1845 et 1856-57). Enfin,
l’existence de pirogues à balancier à Madagascar n’est pas la preuve indé¬
niable d’une influence océanienne, comme l'affirme Grandidier, car on les
trouve utilisées en grand nombre sur le lac Victoria et sur la côte orientale
africaine. Selon Hornell, les éléments bantous auraient été amenés comme
esclaves, puis séparés de leurs maîtres pour former des tribus.
Petit (1923 et 1933) apporte de nouveaux éléments à la théorie africaine.
En 1923, la découverte de vestiges d'industrie humaine à une profondeur
de 1 m. 30, au cours de fouilles pratiquées au Nord de Tuléar, associée à des
ossements d’animaux subfossiles, suggérait la contemporanéité ancienne de
l’Homme et d’une faune aujourd’hui disparue. En 1933, dans un rapport
à l’Académie des Sciences, dont l'importance a été soulignée par
H. Vallois (1934), Petit signale la découverte d'un crâne de chat dont la
parenté avec le chat africain est indéniable. La présence de ce mammifère
et celle du potamochère (apparenté à celui d’Afrique orientale) dans des
Source : MNHN, Paris
12
INTRODUCTION
couches subfossiles, suggère une importation ancienne par l’IIommc : pre¬
mière invasion qui serait venue d’Afrique, antérieurement aux invasions
indonésiennes.
Pour Cohen (1924), le malgache se rattache à l’ensemble malayo-poly-
nésien, groupe proche de l’ancien indonésien. Il a conservé en effet un voca¬
bulaire indonésien peu modifié et peut-être proche du Javanais.
Par la suite, O. C. Dahl (1938) trouve des convergences phonétiques
entre le malgache et le maanjan de Bornéo. La langue malgache aurait donc
été importée par les immigrants malais. Mais le changement le plus radical
dans la langue malgache est celui de la finale consonantique (Bornéo) en
finale vocalique. Dahl y voit la preuve d’une antériorité d'occupation par
une population d’origine africaine (bantoue) à finale vocalique, et d’une
adaptation normale de la nouvelle langue à la langue déjà parlée.
Actuellement selon Faublée (1946) : « On trouve dans le malgache des
particularités qui le rapprocheraient de diverses langues indonésiennes.
C’est qu’il n’est pas dérivé d’une d’elles, mais d'une langue mère dont les
particularités ont survécu dans des descendances diverses ». Les mots méla¬
nésiens contenus dans le malgache seraient des vocables anciens indoné¬
siens. Par ailleurs, selon Faublée, la civilisation malgache est proche des
civilisations indonésiennes archaïques, outre un apport africain de moindre
importance. La musicologie, étudiée par Rouget, se présente comme une
série de variations comprises entre deux systèmes, un style océanien et un
style africain.
Dart (1950) s'appuie sur l’analogie sérologique entre Xhosa, Somalis
et Mainty (Madagascar) pour montrer qu’il ne faut pas séparer le passé de
Madagascar de la masse africaine à laquelle il appartient principalement.
Les envahisseurs noirs auraient accompagné les invasions mongoloïdes
(passant par l’Afrique) et auraient amené le bœuf Sanga (hamitique), carac¬
téristique des régions sud-africaines.
Mourant (1954) se base sur les nombreuses séries d’observations de
David (1940) sur les groupes sanguins de 2.500 Malgaches et rapproche
notamment les Mahafaly de populations de Rhodésie qui, par leur faible
fréquence de A et de B, diffèrent notablement du reste de l’Afrique noire et
appartiendraient au groupe dit « ancien » d’ELSDON-DEW. Ces populations
auraient émigré depuis longtemps à Madagascar. La plus haute fréquence de
A et de B observée chez les autres populations de l’ile, proviendrait de leurs
contacts avec les Hova.
Singer, Budtz-Olsen, Brain et Saugrain (1957) se basant sur l'ana¬
logie sérologique (facteur Rhésus principalement) entre les Bantous et les
populations de Madagascar, concluent à l’origine africaine de ces dernières.
Notamment, la présence chez les Malgaches des chromosomes r et Ro, alors
que les Mélanésiens n'en comportent pas, et que les Bantous en sont abon¬
damment pourvus, constitue un argument important en faveur de leur
origine africaine. L’élément africain prédomine fortement sur l'élément
indonésien (60 % contre 20 %).
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
13
C. — Autres théories
D’autres théories ont élé émises sur l’origine du fond négroïde malgache,
notamment celles de Dubois, de David, de Linton.
Dubois (1926-27). Sur un fond négrille s’est superposé un élément
mélanoderme important faisant partie de la grande expansion noire de
l’hémisphère austral qui a fourni les éléments africains et océaniens. L’élément
noir de Madagascar ne serait donc pas venu directement de l’Afrique mais
représenterait une branche collatérale de la grande migration des Noirs vers
l’Afrique.
David (1940) se base sur l’étude des groupes sanguins à Madagascar et
la ressemblance des groupes R H et A des Noirs d’Afrique et des Malgaches
occidentaux pour suggérer l'hypothèse (en réalité analogue à celle de
Dubois) que Madagascar fut une étape des Noirs en route vers l’Afrique.
Pour Linton (1943), un groupe négroïde pygmée aurait précédé l’invasion
indonésienne venue indirectement par l’Afrique, et imprégnée de sang afri¬
cain. En outre une infiltration de Noirs de l’Afrique Nord-orientale se serait
produite ultérieurement.
Ces dernières hypothèses diffèrent assez peu en réalité de la théorie
africaine ; que l’élément noir soit venu directement de l’Afrique ou qu’il
appartienne k un rameau détaché d’une vaste migration noire en route vers
l’Afrique, ces auteurs n’en considèrent pas moins qu'il appartient au groupe
africain.
En résumé , l'état des connaissances actuelles sur le peuplement de Mada¬
gascar est donc très pauvre :
a) Population pygmoïde, les Kimosy (?), antérieure aux invasions noires
ou jaunes, autochtone ou émigrée d’Afrique : théorie basée seulement sur les
traditions des populations malgaches et des témoignages indirects d anciens
voyageurs.
b) Vazimba (?), population ayant précédé les envahisseurs indonésiens
et dont il resterait des traces d’après certains auteurs ; la majorité des
auteurs les considèrent comme ayant appartenu au groupe noir. Les Merina,
par contre, les considèrent soit comme des ancêtres, soit comme des popu¬
lations, qu’ils auraient combattues et repoussées.
c) Élément noir, origine africaine (?). Les partisans de cette théorie se
basent : sur l’analogie entre certaines formes de faune subfossile découvertes
<» Madagascar et des formes purement africaines ; sur la proximité du conti¬
nent africain ; sur la ressemblance entre l’élément noir malgache et des popu¬
lations d’Afrique orientale. ; sur l’analogie des groupes sanguins entre cer¬
taines populations d’Afrique orientale et celles de l’Ouest de Madagascar ;
sur l'identité de certaines formes techniques.
Origine mélanésienne (?). Théorie relativement récente par rapport à la
précédente ; A. et G. Grandidier en furent les promoteurs et firent école.
Ils apportèrent à l’appui, des arguments d’ordre ethnographique, linguistique,
Source : MNHN, Paris
14
INTRODUCTION
anthropologique, géographique, que tentèrent de réfuter par la suite un
certain nombre de partisans de la théorie adverse.
Date d’arrivée ( ?). Les uns penchent vers l’hypothèse d’un peuplement
noir très antérieur à l’ère chrétienne, d’autres vers celle d’un peuplement
datant des premiers siècles de l’ère, enfin d’autres vers celle d’un peuplement
plus récent. Cependant certaines découvertes archéologiques, industrie
humaine associée à des restes de faune disparue, démontre la réalité d’un
peuplement ancien.
d) Élément jaune. Tous les auteurs s'accordent pour voir dans l’apport
xanthodcrme à Madagascar une origine malaise ou indonésienne. Ils étaient
essentiellement représentés par les Merina du Plateau central, dont l’influence
s’est étendue peu à peu sur l’île tout entière. La date de leur arrivée est
contestée : invasion des premiers siècles de l’ère, ou invasion du xm e siècle?
La seule date historique certaine est le xvi e siècle, correspondant à la dernière
invasion indonésienne, époque à partir de laquelle on peut suivre la chrono¬
logie des souverains Merina.
e) Autres éléments plus ou moins récents. Les Makoa amenés comme
esclaves par les Arabes négriers au xvn® siècle. Ils sont localisés surtout au
Nord-Ouest de l’île. Éléments arabes du Yemen : les boutres du Yemen
semblent avoir trafiqué sur la côte orientale africaine depuis une période
assez lointaine. Ils auraient poussé jusqu’à Madagascar (Grandidier), et
auraient laissé des traces : ruines dites arabes sur les côtes orientale et
occidentale, traditions orales, documents écrits en caractères arabes, sépul¬
tures dites arabes de Vohémar. Leur mélange avec les Indigènes est assez
localisé. Éléments indiens : Grandidier se base sur les récits des anciens
historiens portugais et sur les traditions locales, pour admettre l’arrivée
accidentelle d’un petit contingent de matelots du Goudjerat, à la suite de
naufrages survenus au cours du xiv® siècle. Éléments européens : ils sont
incontestables. Portugais et Hollandais, dès le début du xvi® siècle, ont
abordé Madagascar, ainsi que les pirates des xvn® et xvm® siècles qui infes¬
taient l’océan Indien.
Cependant tous ces apports ont été assez peu importants pour qu’on n’en
retrouve plus trace actuellement. L’anthropologie physique des Malgaches
est caractérisée principalement par un élément noir dominant et un élément
jaune secondaire dont un noyau assez pur a subsisté sur le Plateau central
de l’Imcrina.
Malgré tout, l’étude de l’origine des populations noires de Madagascar
doit être basée sur une analyse anthropologique précise de ces populations,
et sur une comparaison étroite entre les deux éléments mélanodermes
principaux du monde, les Noirs d’Afrique et les Noirs d’Océanie ; et, puisque
ceux-ci possèdent un certain nombre de caractères physiques en commun,
c’est sur l’étude de leurs caractères différentiels qu’on pourra établir un
rapprochement entre l’un ou l’autre groupe et les Noirs de Madagascar.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE II
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE ACTUELLE
DES POPULATIONS DE MADAGASCAR
Bien que d’une superficie supérieure à celle de la France, 590.000 km2,
Madagascar est remarquablement peu peuplée : 4 millions d’habitants
environ, avec des densités extrêmement variables selon les régions, allant
de moins de 5 habitants au km2 à l’Ouest, à 20-30 dans les régions centrale
fit orientale. On peut diviser en gros la répartition des différentes populations
en tranches longitudinales, suivant à peu près les divisions géographiques.
Cependant la multiplicité des groupements correspond en réalité à d’anciens
royaumes, et non, semble-t-il, à des groupements raciaux, parfois même
ils répondent à des désignations d’ordre géographique, à un genre de vie
particulier (Deschamps, 1947). . . ,
Les cartes de répartition des populations de Madagascar étaient jusqu à
une époque récente calquées sur les cartes du temps de la pénétration
française, établies par Grandidier, où « les limites des groupes malgaches,
souvent hostiles les uns aux autres étaient facilement repérables »
(Molet, 1953).
Mais les phénomènes de migrations intérieures, le mélange des groupes,
ont abouti à un chevauchement des anciennes frontières ethniques, et on
se trouve souvent en face de mêmes groupes répartis dans plusieurs régions
différentes, de populations mêlées, de limites mouvantes et théoriques.
La carte établie par L. Molet répond à l’actuelle répartition, sans tenir
compte des limites historiques qui ne répondent plus à cette répartition,
ni de celle des Européens, des Asiatiques et des Comoriens, (fig. 1).
I. — L’Ouest
Les Sakalaoa, pasteurs. Le pays Sakalava occupe près du tiers de 1 île
tout le long de la côte occidentale, mais se trouve être la région la moins
Peuplée de toute l’île. Les Sakalava formaient autrefois une dynastie puissante
qui subit les assauts des Merina mais ne fut jamais complètement soumise.
Vezo et Massikoro de l’extrême Sud sont considérés comme des sous-tribus
Sakalava. L’unité du pays Sakalava n’existe pas. Sous cette dénomination
Source : MNHN, Paris
16
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES MALGACHES
on englobe plusieurs groupes appartenant aux différentes tribus qui furent
soumises par les conquérants, et de multiples croisements se sont opérés
avec les populations du centre.
Les Makoa sont disséminés le long de la côte Ouest et surtout au Nord-
Ouest. Ils sont considérés comme issus de purs types sud-africains, récemment
amenés comme esclaves par les Arabes. Ils ont peu de rapports avec les autres
habitants de l’île.
SAKALAVA
Makoa
MERINA
SAKALAVA
ANTANKARA
VOHÉMAB
(crânes anciens)
TSIMISARAKA
Tsimihety
Sihanaka
BARA
Tamalave
Bezanozano
BETSIMISARAKA
Vahinankaratra
ANTANALA
Antaimoro
Antaifasa
ANTAISAKA
ANTAVARATRA
ANTANOSY
ort-Dauphin
ANTANDROY
p. m. populations mêlées
T.n.o. territoire non occupé savict de museoiooe ou musee m ihohmi
Fig. 1. — Répartition actueUe des populations malgaches. En grisé, les groupes étudiés.
Source : MNHN, Paris
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES MALGACHES 17
II. — Le Sud
Les Bara, pasteurs, occupent un vaste plateau ondulé de la partie médi-
dionale de l'île. D’une façon générale, le pays Bara a été moins entamé par
la colonisation que le pays Sakalava. Les Bara ne se dispersent pas, ils
répugnent aux contacts extérieurs, et les Merina n’auraient jamais possédé
sur eux qu’une autorité nominale (Decary, 1947). On en rencontre cependant
un petit groupe au Nord-Ouest du pays Betsileo.
Les Tanala, agriculteurs semi-nomades, à civilisation basée sur le végétal,
occupent la zone sylvestre orientale. Leur pays aurait été successivement
habité par les Betsimisaraka, les Antaimorona et les Betsileo, puis tomba
sous l’hégémonie Merina. Actuellement cette région est très isolée et fournit
peu d’éléments migrateurs.
Les Anlairnorona, Aniaifasy, et Antaisaka, populations denses et proli¬
fiques qui s’expatrient volontiers temporairement. Les premiers se disent
descendants des Arabes, alors que les deux autres ne sont pas considérés
par Ferrand comme islamisés.
Les Antanosy, agriculteurs, se déclarent de descendance arabe, malgré
leur teint noir et leur nez épaté. Il ont été administrés par les Merina au début
du xix® siècle. Peu d’étrangers viennent se mêler à eux, sauf un certain
nombre d’Antandroy.
Les Anlandroy occupaient l'extrême Sud à climat sub-désertique à
épineux, dans un grand isolement du fait de la nature de la végétation.
Celle-ci fut détruite il y a une trentaine d’années, et, depuis, les
Antandroy ont changé leur genre de vie et s'éloignent temporairement.
Les Mahafaly occupent l’extrême Sud-Ouest : groupements à migrations
temporaires, ils étaient considérés comme une population arriérée.
III. — L’Est et le Nord
Les Belsimisaraka occupent une étroite bande de la côte orientale et
on les retrouve au Nord-Est. Ils ne sont pas considérés comme de type pur,
mais ont subi des mélanges dûs à leur situation maritime, avec les populations
des îles voisines. Ils sont concentrés dans les basses vallées des fleuves et
sont cultivateurs ou planteurs.
Les Bezanozano sont enserrés entre les Merina qui les ont pénétrés
progressivement et les ont plus ou moins absorbés, et les Betsimisaraka.
Les Sihanaka, peuple de pasteurs et de pêcheurs qui vit autour du lac
Alaotra ; ils sont composés surtout d’un mélange d’éléments Merina,
Bezanozano et Betsimisaraka.
Les Tsimihely sont d’origine Sakalava et constituent une population
en voie d’extension, débordant sur les Sakalava, les Antankara et les Betsimi¬
saraka. Ce sont surtout des agriculteurs.
Les Anlankara(na) occupent l’extrémité Nord de l’île et ne constituent
pas une race homogène. Selon les uns, ils seraient le produit de croisements
de Noirs et d’une population autochtone ancienne ; selon les autres, le fond
en serait Sakalava, mêlé de Betsimisaraka et d’éléments arabes.
Mémoires du Muséum. — Zoolooie, t. XIX.
Source : MNHN, Paris
18
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES MALGACHES
IV. — Le Centre
Les Merina. Ils représentent la partie la plus évoluée de l’ile et constituent
près du quart de la population totale. Ils émigrent dans l’île tout entière.
Dandouau et Chapus (1952) ne les considèrent pas comme différents des
autres populations de l’île, mais composés de couches sociales diverses :
les Andriana, d’origine malaise certaine, arrivés au xv® siècle ; les Hova ou
roturiers, hommes libres ; les Mainty, caste intermédiaire entre les Hova et
les esclaves, noirs, et réputés descendants des Vazimba ; les Andevo ou
Esclaves, également noirs. Les théories au sujet de l’ancienneté de l’apport
indonésien varient notablement. C’est un problème épineux, dont la solution
pourrait apporter quelques éclaircissements sur l’anthropologie physique
des Malgaches : apports anciens et importants mêlés à toute l'île, ou apports
récents et peu mélangés ?
L’expansion Merina. La poignée d’envahisseurs malais arrivée au
xv® siècle (Andriana) s’établit d’abord sur le Plateau central puis entreprit
une politique de conquête sur l'île tout entière, repoussant les populations
non encore assujetties vers d’autres territoires non encore occupés : ainsi
les Betsileo s’enfuirent vers l’Est et le Sud ; Tanala, Antaisaka, Bara, vers
l’Ouest. Puis la conquête européenne provoqua la dislocation de leur empire
et l'effondrement de leur société. Cependant les migrations continuèrent
et les groupes s’interpénétrèrent, temporairement ou définitivement. « Avec
ces migrations, les caractères tribaux fixés par les rois disparaissent. Les
Malgaches ont encore le sentiment de former de très grandes unités, plus
larges que les royaumes : celles des pays merina, des paysans betsileo, des
pasteurs sakalava, des tribus du Sud» (Faublée, 1946).
Les Betsileo, agriculteurs ou commerçants. Au Sud de l'Imerina, le pays
Betsileo est une contrée de population dense, groupée autour de centres
importants. Indépendamment de leur région d’origine, on les rencontre dans
l’Ouest et le Sud; ce sont des émigrants définitifs comme les Merina. La
pénétration Merina chez les Betsileo semble avoir été assez importante,
surtout au Nord.
Les mélanges entre les groupes ethniques ont donc été assez nombreux,
et le brassage s’intensifie actuellement. Pourtant on a pu voir que certains
groupes se caractérisent par une certaine stabilité dans leur pays d’origine,
s’opposant à d’autres, migrateurs temporaires ou définitifs qui viennent plus
ou moins imprégner les premiers. Cette interpénétration, nous le verrons
au cours de notre étude, est suffisamment ancienne pour que l’analyse de
notre matériel crânien, (qui date déjà du milieu et de la fin du xix e siècle,
et parfois bien antérieurement), révèle que si certains caractères propres à
chaque groupe ont subsisté, il se dégage une certaine homogénéité de l’en¬
semble des populations étudiées.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE III
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES POPULATIONS DE MADAGASCAR
(Betsileo, Sakalava, Merina, crânes de Vohémar, Antankara,
Bara et populations de l'extrême Sud) ( l )
I. — Matériel utilisé
Les collections du Musée de l’Homme comprennent un matériel crânien
malgache important, représentant environ une demi-douzaine de populations
bien déterminées, provenant des régions Nord, Ouest, Sud et Centre de
Madagascar.
Parmi elles, le matériel Betsileo en est le plus important : 80 crânes
et calvariums dont la plus grande part (52), recueillie par Catat en 1890,
provient de la caverne d’Ifandana ; 28 autres crânes et calvariums, sans
localisation précise et 53 maxillaires inférieurs, isolés, de la caverne
d’Ifandana, viennent s’y ajouter. Le recueil de ce matériel remontant déjà
à 1890, il semble qu’on puisse dater le matériel lui-même d’une des périodes
principales de l’expansion des Merina vers le Sud, et de leurs luttes contre les
Betsileo (fin xvm e siècle : à la suite d’un siège du village d’Ifandana par les
Merina, les Betsileo auraient été tués et jetés dans la caverne, selon Catat).
Certains crânes se trouvant trop détériorés, et écartés les sujets trop
âgés ou trop jeunes, le matériel étudié s’est trouvé réduit à 64 crânes et
calvariums comprenant 40 hommes et 24 femmes adultes, que nous avons
différenciés selon les critères classiques : moindre volume général du crâne
chez la femme, et adoucissement des reliefs et insertions musculaires (arcades
sus-orbitaires, inions, arcades zygomatiques, mastoïde, etc.).
La série de crânes Sakalava se compose de 29 crânes et calvariums,
provenant de diverses régions de l’Ouest et du Sud-Ouest, auxquels viennent
s’ajouter 7 crânes de la collection Broca, 9 crânes présumés Sakalava, enfin
13 crânes de Vezo et de Massikoro, sous-tribus méridionales des Sakalava :
le total s’élève à 58 sujets où nous avons distingué 31 hommes et 27 femmes.
(1) D’une manière générale, les données craniologiques concernant les populations
de Madagascar sont très pauvres et ne comprennent pour la plupart qu’un nombre restreint
de sujets (3 à 15 crânes) Seule l'étude récente de P. Marquer mérite d’être retenue.
«hoca (1872, 15 crânes) ; Ouatrefages et Hamy (1882, 16 crânes) ; Ciiudzinski (1886,
6 crânes); Trucy (1886, 8 crânes); Duckworth (1896, 3 crânes); Verneau (1923,
1° crânes) ; P. Marquer (1948, 71 crânes).
Source : MNHN, Paris
20
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALCACHES
Le matériel Merina se compose de 31 crânes et calvariums, provenant
de diverses régions, et de 4 crânes Hova de la collection Broca ; en tout
35 crânes que nous avons séparés en 18 hommes et 17 femmes âgés de 20 à
50 ans.
Une série de 71 crânes, assez bien conservée, provenant de l’ancien cime¬
tière de Vohémar a été étudiée par P. Marquer et R. Hartweg (1948).
Une partie du matériel ayant été renvoyée à Madagascar, nous avons effectué
les mesures complémentaires sur 36 crânes seulement (8 femmes et
28 hommes), restés au laboratoire d’Anthropologie du Musée de l'Homme.
Aussi une partie de nos résultats portera-t-elle sur la totalité du matériel,
empruntée au travail de P. Marquer, une autre partie sera le résultat de
mesures personnelles sur la moitié du matériel (*).
Nous avons séparé le petit groupe d’Antankara de la série de Vohémar,
car il constituait un ensemble plus homogène et plus récent. Nous avons
pu réunir 20 crânes provenant de l’extrême Nord de l’île et comprenant
11 hommes et 9 femmes, déterminés selon les critères classiques.
Au Sud des Betsileo, le groupe Bara est représenté par un petit nombre
de sujets, 17 crânes et calvariums que nous avons répartis en 9 hommes et
8 femmes. Les Bara ont attiré l’intérêt des anciens auteurs et ont fait l’objet
de plusieurs études de Le Barbier et de Verneau (1923). Ce dernier souligne
notamment que les Bara sont restés indépendants, non envahis par les Merina,
et que leurs caractères physiques se rapprochent de ceux des Noirs d’Afrique
sud-orientale.
Enfin nous avons groupé un petit nombre de crânes appartenant aux
populations de l’extrême Sud de l’île, les considérant comme susceptibles
d’être étudiées ensemble : ce sont 6 crânes d’Antanosy 2 de Mahafaly et
2 d’Antandroy, soit 10 crânes dont un féminin.
Notre étude portera donc sur un matériel total de 275 crânes et
calvariums.
IL — Étude des crânes
A. — Caractères généraux
1° Les sutures. Le plus souvent simples d’aspect, les sutures de la voûte,
chez les Betsileo, sont plus rarement sinueuses et très rarement compliquées.
Chez un grand nombre de sujets, la synostose, non ébauchée, indique un
âge relativement jeune, en accord avec la faible abrasion de la dentition.
Un certain nombre de sujets offrent cependant une discordance entre l’état
de synostose avancée des sutures et la faible abrasion des dents, qui rend
difficile l’évaluation de l’âge.
Chez les Sakalava, les sutures sont le plus souvent non synostosées ou
en voie de fermeture, leur dessin est soit simple, soit dentelé, mais plus
(1) Les caractères descriptifs sont empruntés au travail de P. Marquer et de
H. Hartweg. Les résultats des indices crânien, hauteur-longueur, hauteur-largeur, facial,
nasal, fronto-pariétal ont pu être utilisés grâce à la publication des données individuelles
réparties pur classes. Les observations odontologiques, les notes sur la pathologie des
crânes sont tirées d'une étude de R. Hartweg.
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
21
souvent simple. La synostose achevée n'est pas toujours en accord avec
le degré d’usure de la dentition qui est le plus souvent peu abrasée.
Les sutures chez les Merina., sont fréquemment non synostosées, ou bien
en voie de fermeture. Rares sont les sutures totalement oblitérées. La
correspondance entre les sutures et le degré d’abrasion des dents est géné¬
ralement normale. Le dessin des sutures présente deux formes, simple (la
majorité) et dentelée.
Également peu sinueuses, les sutures chez la série de Vohémar offrent
un retard fréquent à la fermeture, et une dizaine de sujets adultes présentent
un relâchement complet des connexions osseuses, probablement dû à une
décalcification considérable.
Antankara, Bara et populations du Sud offrent également des sutures
généralement simples et en voie de fermeture (surtout au niveau de la suture
sagittale ; les sutures coronales sont rarement oblitérées, les lambdoïdes,
le plus souvent ouvertes).
2° Épaisseur des parois crâniennes. Mesurée en quatre points ( 1 ), bosse
frontale gauche, bregma, bosse pariétale gauche, et obélion, l’épaisseur de
•a voûte s’est révélée plus forte chez les Betsileo au niveau de l’obélion, la
plus faible au niveau des bosses frontales, et légèrement plus élevée aux bosses
pariétales qu’au bregma. L’épaisseur augmente donc d’avant en arrière,
chez cette population. Les femmes présentent une épaisseur des parois
moindre en général, quoiqu'au niveau des bosses frontales et pariétales,
leur moyenne soit légèrement supérieure à celle des hommes.
Épaisseur des parois crâniennes, moyennes (en mm)
N
b. frontale
H. F.
bregma
H. F.
b. pariétale
H. F.
obélion
H. F.
Betsileo
40-24
5,7 6,2
6,4 5,8
6,8 6,9
7,9 7,3
Sakalava.
31-27
6 6
6,3 5,9
6,1 6,2
6,7 6,4
Merina
18-17
6,1 6,3
6,1 4,9
6,8 6,6
6,3 4,6
Vohémar....
36
7,2
6,7
8,4
8,8
Antankara....
11-9
6 5,6
6 6,1
7,1 6,3
7,4 6 7
Bara...
17
5,3
5,1
6,7
6,5
Sud...
9
5,3
6
5,6
6,7
Chez les Sakalava on trouve l’épaisseur la plus forte au niveau de l’obélion,
mais elle est nettement plus faible que celle des Betsileo ; l'épaisseur la
Plus faible, également aux bosses frontales, et une épaisseur légèrement
P us forte au bregma qu’aux bosses pariétales, sauf en ce qui concerne les
Chez les Merina, l'épaisseur maximum se trouve au niveau des bosses
Pariétales, contrairement aux populations précédentes ; l’épaisseur la plus
exni'i P ,° Ur l ensC[ nble des mensurations, la technique employée est celle de R. Martin,
P see dans la première partie du t. 2 du Lehrbuch der Anthropologie.
Source : MNHN, Paris
22
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALCACHES
faible au niveau du bregma et des bosses frontales (hommes), et au niveau
de l’obélion (femmes). L’épaisseur des parois est en gros plus faible que chez
les Betsileo et les Sakalava, et le dimorphisme sexuel plus prononcé.
Pour Vohémar, les valeurs des quatre épaisseurs croissent de l’avant
à l’arrière. L’épaisseur la plus faible se trouve au niveau du bregma, la plus
forte au niveau de l’obélion. Les moyennes sont plus fortes que celles des
autres populations, caractère qui répond à une plus grande massivité des
crânes.
Nous retrouvons chez les Antankara l’augmentation d’avant en arrière
de l’épaisseur des parois. Les Bara offrent également ce caractère, mais
avec un maximum au niveau des bosses pariétales. Les populations du Sud
dirent dans l’ensemble une épaisseur plus faible, mais croissante, des bosses
frontales à l’obélion.
3° Poids du calvarium. L’évaluation du poids du calvarium a été faite
sur 24 hommes et 14 femmes Betsileo en raison de la détérioration assez
fréquente des crânes. Une différence d’une centaine de grammes a été trouvée
entre les poids masculins et féminins, valeurs qui rentrent dans les marges
classiques observées chez les Noirs en général, supérieures â celles des
Européens.
Poids du caloarium, moyennes (en grs)
N
Hommes
Femmes
Différence
Betsileo.
24-14
580
472
108
Sakalava.
31-27
650
570
80
Merina.
18-17
588
500
88
Betsileo et Merina se montrent tout à fait analogues, bien que le dimor¬
phisme sexuel soit plus accentué chez les premiers. Par contre les Sakalava
se différencient nettement de ces deux populations ; le poids du calvarium
est beaucoup plus élevé chez les deux sexes.
4° Capacilé crânienne■ La capacité a été mesurée aux grains de plomb,
suivant la méthode de Broca, ou calculée, en cas de détérioration des crânes.
Chez les Betsileo les valeurs moyennes indiquent un dimorphisme sexuel
assez fort, mais classent les hommes et les femmes dans la catégorie aristen-
céphale de Sarasin. La répartition des valeurs indique cependant une majo¬
rité de fortes capacités.
Capacité crânienne, moyennes et sériations (en %)
N
M
Hommes
Femmes
x-1300
1301-1450
1451-x
M
X-l150
1151-1300
1301-x
Betsileo.
33-20
1485
42,4
57,5
1350
35
65
Snkalavn.
29-26
1440
13,7
34,4
51,7
1300
15,3
42,3
42,3
Merina.
18-17
1473
5,5
38,8
55,5
1295
11.7
47
41,1
Vohémar.
26- 8
1353
26,9
53,8
19,2
1292
12,5
50
37,5
Antankara.
10- 9
1392
20
10
40
1308
22,2
22,2
55,5
Bara.
8- 7
1439
62,5
37,5
1300
14,2
42,8
42,8
Sud.
9
1323
33,3
66,6
—
—
—
—
—
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
23
La capacité des Sakalava se montre un peu plus faible que celle des
Betsileo, et se classe dans la catégorie limite euencéphale/aristcncéphale,
non loin cependant des Betsileo dont les valeurs sont voisines de cette
limite.
Les Merina se placent entre les deux premières populations ; les hommes
flans la catégorie limite aristencéphale/euencéphale, les femmes dans la
catégorie euencéphale proche de l’aristencéphale.
Pour Vohémar, la capacité mesurée sur 28 hommes répond à une moyenne
Lien plus faible que celles des autres populations et franchement euencéphale.
Il en est de môme pour la petite série masculine Antankara dont la capacité
est relativement faible. Les Bara se classent parmi les populations à tendance
aristencéphale. Les 9 hommes du Sud offrent une moyenne très faible, proche
de l’oligencéphalie.
B. — Caractères descriptifs
1° Chez les Betsileo, vue en norma verticalis, la forme du crâne varie
chez les hommes de l’ellipsoïde à la pentagonoïde, en passant par l'ovoïde.
En effet on observe une répartition égale entre une forme allongée, au front
et à l’occiput étroits, aux pariétaux sans bosses apparentes (ellipsoïde),
une seconde forme qui trahit un élargissement sensible de l’avant à l’arrière,
souligné par une certaine saillie des bosses pariétales (ovoïde), et enfin,
chez certains sujets, une troisième forme où on observe une saillie accentuée
des bosses pariétales accompagnée d’un élargissement du front (pentagonoïde).
Chez les femmes, les sujets se partagent entre les formes ellipsoïde et ovoïde.
(Tableau I).
En norma lateralis, le front est légèrement fuyant en majorité chez les
hommes. Chez les femmes les fronts sont soit droits, soit bombés. L’aspect
fuyant des fronts masculins semble dû surtout à une certaine saillie des
arcades sus-orbitaires qu’on ne retrouve pas chez la femme. En effet une
hétérogénéité s’observe dans le degré de saillie des arcades, telle qu’on trouve
des groupes égaux à saillie nulle, moyenne et forte. Chez les femmes, la grande
majorité des arcades est à peine visible. Ce caractère tiendrait donc chez
les hommes à un caractère sexuel accusé plus qu’à une réelle saillie des
arcades sus-orbitaires, puisqu’on ne la retrouve pas chez la femme. La racine
du nez n’est pas déprimée, la voûte forme souvent une belle courbe arrondie,
Lien qu’on observe parfois un certain aplatissement en arrière du bregma.
L’occiput est saillant ou arrondi, rarement aplati.
En norma occipitalis, les os wôrmiens sont souvent nombreux et localisés
le long de la suture lambdoïde, parfois sur la suture sagittale. La formation
* ^pactale # n’apparaît que sur deux sujets, accompagnée de nombreux os
Wôrmiens. Le crâne offre un aspect en maison, souvent légèrement surélevé
en raison d’une faible carène sagittale. L’inion forme une légère saillie, les
empreintes musculaires sont peu accentuées.
En norma facialis, le front paraît large ainsi que la face. Les faces étroites
sont rares. Souvent la face semble aplatie au niveau des malaires et offre
un faciès proche du faciès mongoloïde. Environ 50% des sujets présentent
une carène sagittale, franche ou à l'état d’ébauche. Les orbites sont carrées
°u rectangulaires, rarement hautes ou arrondies, l’épine sous-nasale plus
Source : MNHN, Paris
24
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
ou moins accentuée, le rebord sous-nasal en majorité émoussé. Les formes
tranchantes, en gouttière, ou les fosses prénasales se trouvent en nombre
égal et faible.
2° Chez les Sakalava, outre les trois formes de crâne observées chez les
Betsileo, on rencontre une forme plus fréquente encore, la forme dite rhom¬
boïde, aux bosses pariétales très accusées et au front relativement étroit,
surtout chez les hommes. Les femmes se montrent nettement plus ovoïdes.
En norma lateralis, le front est le plus souvent droit, chez les hommes
comme chez les femmes. On rencontre en outre la forme bombée chez les
femmes, et la forme fuyante chez les hommes ; celle-ci est surtout due à la
saillie des arcades sus-orbitaires. La saillie des arcades est nettement moins
accentuée que chez les Betsileo : la majorité des sujets n’oITre pas ou peu
de saillie, chez les hommes. A cette majorité correspond une majorité de
sujets féminins à saillie nulle. Un groupe, faible, comprend des sujets mascu¬
lins à arcades moyennes ou fortes, auquel correspond un groupe féminin
à arcades légères ou fortes. La racine du nez n’est pas déprimée, la voûte
crânienne est bien arrondie en général. L’occiput est plus souvent arrondi
que saillant, contrairement aux Betsileo dont l’occiput est surtout saillant.
Chez ces derniers, la saillie de l’occiput semble exister en corrélation avec
la saillie des arcades sus-orbitaires, caractère qu’on ne retrouve pas chez les
Sakalava.
Les os wôrmiens sont nombreux et comprennent plus de la moitié des
sujets. Inion et empreintes musculaires offrent un aspect adouci, parfois
tout à fait effacé. Vus en norma occipitalis, les crânes présentent souvent une
forme en maison surélevée. Cette ébauche de carène (il n’y a pas de carène
proprement dite mais un développement en hauteur général) se retrouve
très fréquemment tout le long de la suture sagittale.
Les faces sont en majorité hautes et larges, munies d'un front large et
élevé. Elles offrent un aspect robuste, rappelant la massivité et les reliefs
accentués de la face chez les Cafres. Le rebord inférieur de l'ouverture
piriforme présente deux aspects principaux caractéristiques des races noires :
la forme en gouttière et la fosse prénasale. Les formes émoussées ou tran¬
chantes s'observent plus rarement.
3° Chez les Merina, c’est la forme ellipsoïde du crâne qui est la plus
fréquente, rapprochant donc ce groupe davantage des Betsileo que des
Sakalava. Les bosses pariétales ne sont pas particulièrement accusées, le
front et l’arrière-crâne montrent un léger rétrécissement.
Le front se montre droit chez les hommes, le plus souvent bombé chez
les femmes ; peu de fronts fuyants, sauf chez les hommes. La voûte crânienne,
contrairement aux Betsileo et au Sakalava, montre souvent un aplatissement
assez marqué du bregma à l’obélion. Cet aplatissement est confirmé par le
petit nombre de carènes sagittales. L’occiput est souvent saillant, plus rare¬
ment arrondi, et analogue â celui des Betsileo. Les arcades sus-orbitaires
sont nulles ou légères, parfois un peu saillantes chez les hommes, la racine
du nez n’est pas déprimée.
En norma occipitalis, les os wôrmiens sont loin d’être absents et plus
fréquents chez les hommes que chez les femmes. Les empreintes sont faibles
chez les hommes.
Source : MNHN, Paris
25
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
De face, le front est large et arrondi, rarement surélevé ; la face est large
et basse ou haute, rarement aplatie, les orbites rectangulaires, les malaires
prononcés, les fosses canines souvent assez creusées, la racine du nez diver¬
sement élargie. Le rebord sous-nasal est en gouttière chez la majorité des
hommes, émoussé le plus souvent chez les femmes. La forme tranchante et
la fosse prénasale sont rares.
4° La série de Vohèmar a été considérée dans son ensemble, toute dis¬
tinction sexuelle écartée. La moitié des crânes a une forme ellipsoïde, rappe¬
lant la forme du crâne chez les Merina.
Le profil du front est en majorité droit, la saillie des arcades, très atténuée,
souvent à peine amorcée, même chez les hommes. La racine du nez est
généralement non déprimée. La voûte crânienne est plus souvent arrondie
qu'aplatie, l’occiput forme une saillie souvent assez marquée qui contribue
à donner aux crânes une forme ellipsoïde accentuée.
Contrairement aux autres groupes, on constate chez Vohémar une rareté
des os surnuméraires. La voûte crânienne présente une forme en maison
non surélevée, les empreintes musculaires sont peu accentuées, l’inion peu
saillant.
En norma facialis, on peut répartir la population en deux groupes prin¬
cipaux, un groupe à face basse et large, un autre à face haute et large,
celui-ci comprenant des sujets d'aspect robuste et massif à face très développée
en hauteur et en largeur. Près des deux-tiers des crânes, comme chez les
Merina, ne présentent aucune surélévation de la région sagittale. Le rebord
sous-nasal présente en majorité la gouttière des races noires, plus rarement
la fosse prénasale. Le prognathisme est souvent accentué, la voûte palatine
profonde en général.
5° Chez les Anlankara, la forme crânienne la plus courante est la forme
ellipsoïde, puis la forme pentagonoïde (due à une déformation artificielle).
La voûte est bien arrondie, l’occiput, saillant le plus souvent, mais il n’est
pas rare d’observer des occiputs arrondis ou plats. Les arcades sus-orbitaires
sont peu saillantes, souvent effacées, le rebord sous-nasal en gouttière, les
°s wbrmiens, absents le plus souvent.
6° Les Bara offrent, pour la plupart, des crânes assez volumineux et
Passifs, une voûte allongée et ellipsoïde, à l’occiput saillant, une face robuste,
surtout chez les hommes, haute et large.
L’ensemble des crânes du Sud présente également une face robuste et
grande, à glabelle peu saillante et occiput proéminent. Le crâne est ellipsoïde.
La voûte ne présente aucune surélévation sagittale ; les orbites sont rectan¬
gulaires, l’ouverture piriforme peu élargie, les fosses canines, profondes.
Anomalies. Chez les Betsileo, un sujet présente une suture métopique,
c, nq sujets, une plagiocéphalie antéro-postérieure droite plus ou moins
accentuée. Les Sakalava offrent trois cas de plagiocéphalie, les Merina un
cas d’assymétrie cranio-faciale accentuée chez un homme ; la série de
’ohémar sc distingue par des plagiocéphalies fréquentes et souvent accentuées
(1/5 des crânes).
Quant aux déformations de l’occiput, aplatissement tabulaire plus ou
jnoins marqué, on les remarque chez tous les groupes, mais en nombre
Source : MNHN, Paris
26 ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
(norra verti cal l.r )
ellipsoïde ovoïde por.tn30r.olde rhomboïde ephônoïde
Betslloo (40-24)
SaKalava (51-27)
Narine (18-17)
Vohdner ( 56 )
20.8 45
25.8 55.«
it (nom» latéral la)
(40-24)
(51-27)
(18-17)
54,1 50
89.5 55
Portée da la voûta (norme lstaralle)
VohAoar ( 56
81,7 40,9
85.2 57.8
a l'occiput (norme loterells)
arrondi oalllant
(40-24)
(51-27)
(18-17)
50 47,8
55.5 50
58,8 52.5
Tabl. I. — Répartition des caractères descriptifs (en %).
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
-UIH do. arcade» (nom» Utowllal
Bot a 11 oo
Sakalaw
(40-21»)
(>1-27)
(18-17)
21.7 4o
17.6 82.5
BetoUoo
Sakalavo
(40-24)
(>1-27)
(18-17)
( >6 >
Surélévation do la voOt» 1 norro frclfcUo
(40-24)
(>l-27>
(18-17)
( >6 ) I
(40-24)
01-27)
08-17)
(40-24)
01-27)
(18-17)
( >6 )
46.8 47,>
29.4 4>.7
Tabl. I (suite). — Répartition des caractères descriptifs (en %).
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALGACHES
C. — Indices du crâne et de la face (fig. 2 à 8 et 9 à 14)
1° Indice crânien. Chez les Betsileo, le diamètre aïitéro-postérieur est
assez élevé et le dimorphisme sexuel, faible. Le diamètre transverse montre
un dimorphisme analogue ; comparé à la première mesure, il est relativement
élevé, les bosses pariétales étant assez développées chez cette population.
Aussi l’indice crânien est-il proche de la mésocranie et analogue chez les
hommes et chez les femmes ; cette tendance à la mésocranie se manifeste
de façon encore plus évidente dans la sériation des valeurs masculines
(47% de mésocrânes contre 37% de dolichocrânes). Les femmes, par contre se
classent en majorité dans la catégorie dolichocrâne, contrairement à la théo¬
rie classique d’une dolichocranie moins affirmée chez la femme que chez
l’homme j 1 ).
Diamètre antéro-postérieur et diamètre transuerse, moyennes
N
D. A. P.
D.
T.
H.
F.
H.
F.
Betsileo.
38-21
183mm
177mm
137mm
132mm
Sakalava.
29-26
181
175
135
132
Merina.
17-16
180
172
137
129
Vohémar.
26- 8
180
173
135
131
Antankara.
10- 9
180
173
135
129
Bara.
9-8
184
176
132
127
Sud.
9
179
—
131
—
Indice crânien, moyennes et sériations (en %)
N
Moyennes
H F
hyperdoli-
chocrânes
x-69,9
H F
dolichocrânes
70-74,9
H F
mésocrânes
75-79,9
H F
brachycrânes
80-x
H F
Betsileo.
38-21
74,2 73,5
10,5 4,7
36,8 61,9
47,3 23,8
5,2 9,5
Sakalava....
29-26
74,6 74.4
6,8 —
44,8 50
41,3 42,3
6,8 7,6
Merina.
17-16
75,8 74,7
— 6,2
47 43,7
52,9 43,7
— 6,2
Vohémar....
75,9
5,7
36,2
40,5
17,3
Antankara...
10-9
74,2
5,2
57,8
31,5
5,2
Bara.
9-8
71,5
—
100
—
—
Sud.
9-1
72,1
20
50
30
—
Chez les Sakalava les dimensions absolues sont légèrement plus faibles
pour les deux sexes que chez les Betsileo, excepté toutefois pour le diamètre
(1) L'existence, dans le tracé de la courbe, d’un groupe plus dolichocrâne, répondrait,
d'après Kappers (1936), à un phénomène général qu’il a étudié chez un certain nombre
de groupes raciaux, et correspondrait à un stock en régression, plus ancien que le groupe
principal (moins dolichocrâne).
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALGACHES 29
transverse féminin qui se trouve ainsi plus élevé proportionnellement que
le diamètre masculin correspondant. L’indice crânien est analogue, aussi
bien à l’intérieur du groupe Sakalava qu’entre les groupes Sakalava et
Betsileo. La répartition des valeurs révèle une division en deux groupes à
peu près semblables, appartenant aux catégories dolicho et mésocrânes, aussi
bien pour les femmes que pour les hommes. Peu ou pas d’hyperdolichocrânes,
très peu de brachycrânes.
-Betsileo ..Sakalava _Merina
-Vohémar-Bara et populations du Sud
Fig. 2. — Répartition de l'indice crânien.
Cette division ne se retrouve pas dans le tracé de la courbe collective qui
montre une parfaite homogénéité. Nous serions donc en présence, non pas
de deux groupes bien diversifiés, mais d’un groupe uniforme, à cheval entre
les deux catégories et dont la majorité des sujets se situe entre les valeurs 74
e t 76. Cette observation ne s’applique pas aux Betsileo chez qui les deux
groupes restent distincts dans le tracé de la courbe.
Chez les Merina, les dimensions antéro-postérieures sont plus faibles,
surtout chez les femmes qui offrent un dimorphisme sexuel bien plus
prononcé. Par contre les dimensions transversales ne suivent pas la même
décroissance et restent (en ce qui concerne les hommes) dans le même ordre
de valeurs que celles des Betsileo. Les femmes, là encore, offrent un écart
sexuel important. A un diamètre antéro-postérieur plus faible et à un dia¬
mètre transverse proportionnellement plus élevé, correspondra un indice
crânien plus fort chez les Merina (influence malaise plus importante chez
eux ?).
La division apparente en deux lots analogues, d’après le tableau de séria-
u °us, ne se trouve pas confirmée par la courbe qui est caractérisée par un
seu * mode, allié à une dispersion des valeurs.
Pour Vohémar, les moyennes des dimensions absolues ne s’éloignent pas
des moyennes générales. L’indice crânien, quoiqu’un peu plus élevé, reste
Source : MNHN, Paris
30
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
dans le cadre d’une dolicho/mésocranie générale et la sériation des valeurs
ne sort pas non plus des marges de variations déjà étudiées.
Quant aux trois derniers groupes, le petit nombre de sujets ne permet
pas de faire une étude des dimensions absolues ni du dimorphisme sexuel.
Les Antankara présentent un indice crânien analogue à l’ensemble des groupes
malgaches et leur moyenne se classe dans la catégorie limite dolicho/méso-
crâne. Par contre, en calculant l’indice crânien des Bara, nous nous sommes
aperçue que non seulement leur moyenne différait totalement de celles de
tous les autres groupes, avec 71,5, correspondant à une très franche dolicho-
cranie jamais encore observée, mais que les indices, pris individuellement,
diffèrent si peu entre eux que l’écart entre les valeurs extrêmes se réduit à
3 unités environ, ce qui prouve une homogénéité particulièrement grande.
Et une hypothèse peut être formulée à cet égard : les Bara, restés indépen¬
dants et non influencés par les Merina, comme le souligne Verneau, repré¬
senteraient-ils un échantillon ancien non métissé?
Cette faible valeur de leur indice peut être attribuée aux dimensions
longitudinales et transversales : à un diamètre antéro-postérieur particuliè¬
rement élevé correspond un diamètre transverse particulièrement étroit.
Le petit nombre de crânes de l’extrême Sud a révélé un caractère analogue
à celui des Bara, une dolichocranie franche. Cependant les Mahafaly et les
Antandroy semblent moins dolichocrânes que les Antanosy. Le diamètre
transverse de ces populations est exceptionnellement étroit, mais leur
diamètre antéro-postérieur ne diffère pas de celui des autres groupes.
-Betsileo _Sakalava _Merina
-Vohémar-Bara et populations du Sud
Fig. 3. — RépartiUon de l'indice moyen de hauteur.
2° Indices de hauteur. La hauteur du crâne est moins élevée chez la
femme Betsileo que chez l’homme. Cette dimension, rapportée au diamètre
antéro-postérieur donnera l’indice de hauteur-longueur, analogue en moyenne
Source : MNHN, Paris
31
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
chez la femme et chez l’homme, par suite du dimorphisme sexuel identique
entre les mesures de hauteur et de longueur. La répartition des valeurs
individuelles montre une majorité de sujets dans la catégorie moyenne,
orthocrâne. La courbe collective olTre deux sommets correspondant aux
deux groupes observés dans le diamètre antéro-postérieur.
Un léger écart caractérise l’indice de hauteur-largeur chez les groupes
masculin et féminin. La répartition des valeurs souligne l’existence de deux
groupes, l’un acrocrâne, l’autre métriocrâne.
L’indice moyen de hauteur, où la hauteur est rapprochée à la demi-
somme de la longueur et de la largeur, est plus valable que les deux indices
précédents, et plus explicite. Il est très analogue chez les hommes et chez
les femmes, indiquant une hauteur du crâne moyenne par rapport aux dimen¬
sions longitudinales et transversales. La courbe collective est régulière, avec
un mode principal correspondant à la moyenne, et privée des deux sommets
caractéristiques des deux premiers indices de hauteur.
Hauteur basi-bregmalique, moyennes
H.
F.
Betsileo.
33-21
133 mm.
Sakalava.
29-24
136
130
Merina.
18-17
132
128
Vohémar.
26-8
133
127
Antankara.
11-9
135
130
Bara.
9-8
135
127
Sud.
9
132
Indice de hauteur-longueur, moyennes et sériations (en %)
N
Moyennes
H F
chainaecrânes
x-69,9
H F
orthocrânes
70-74,9
H F
hypsicrânes
75-79,9
H F
hyperhypsi-
crânes
80-x
H F
Betsileo..
Sakalava....
Merina.
Vohémar....
Antankara...
33-21
29-24
18-17
67
19
72 71,8
75.2 73,8
73.2 74,4
74,5
75,3
24,2 28,5
8,3
11,1 5,8
5,9
5,2
51.5 47,6
48,2 50
66.6 52,9
46.2
47.3
24.2 19
51,7 41,6
22.2 41,1
43,2
36,8
4,7
4,4
10,5
Sud.
10
73^9
io'
4o'
50‘
—
La hauteur du crâne apparaît sensiblement plus forte en moyenne chez
,es Sakalava que chez les Betsileo. Aussi leur indice de hauteur-longueur
sera-t-il plus élevé. Les sujets se répartissent dans les catégories hypsicrâne
orthocrâne, en groupes à peu près équivalents. Par rapport à la largeur,
les moyennes indiquent également un fort développement en hauteur, avec
toujours un indice un peu plus bas chez la femme. Les groupes sont surtout
acrocrânes.
Source : MNHN, Paris
32
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
Les valeurs de l’indice moyen de hauteur se répartissent surtout dans la
catégorie haute pour les hommes et moyenne pour les femmes, mais la
courbe collective est homogène : les groupes se situent surtout de part et
d’autre de la limite moyenne/haute.
Le développement en hauteur est assez analogue chez les Merina et les
Betsileo. Mais rapportée au diamètre antéro-postérieur, la valeur de l’indice
de hauteur-longueur se trouvera plus élevée chez les Merina, en raison du
moindre développement antéro-postérieur de leur crâne. Pour le groupe
féminin, la hauteur du crâne est proportionnellement plus élevée que pour
le groupe masculin. De ce fait, la valeur de l’indice féminin s’en trouvera
encore augmentée. La majorité des valeurs pour les deux groupes se situe
dans la catégorie orthocrâne et les hypsicrânes féminins sont plus nombreux
que les masculins.
Indice de hauteur-largeur, moyennes et sériations (en %)
N
Moyennes
H F
tapéinocrflnes
x-91,9
H F
métriocrânes
92-97,9
H F
acrocrânes
98-103,9
H F
hyperacro-
crânes
104-x
H F
Betsileo.
33-21
96,3 95,3
15,1 23,8
45,4 33,3
30,3 33,3
9 9,5
Sakalava....
27-27
100,3 98,9
22,2 37
77,7 62,9
Merina.
18-18
96,5 99,7
5,5 5,5
66,6 11,1
27,7 77,7
— 5,5
Vohémar... .
67
98,4
8,9
46,2
34,3
10,4
Antankara...
19
99,7
26,3
63,1
10,5
Bara.
17
101,1
5,8
17,6
58,8
17,6
Sud.
10
102,2
10
10
40
40
Le diamètre transverse et la hauteur étant analogues chez les Merina
et chez les Betsileo, l'indice de hauteur-largeur ne se trouvera pas modifié
chez les premiers. Par contre les femmes Merina offrent un indice plus élevé
dû à un diamètre transverse plus faible. La répartition des valeurs montre
une majorité de métriocrânes chez les hommes, mais une forte majorité
d’acrocrânes chez les femmes, confirmant les valeurs des moyennes.
L’examen de l’indice moyen va confirmer ce dimorphisme sexuel,
accentué chez les Merina. Le groupe masculin s’inscrit ainsi nettement dans
la catégorie moyenne, le groupe féminin dans la catégorie haute, à la limite
de la moyenne.
La hauteur absolue chez Vohémar reste dans les marges de variations
observées chez les Betsileo et les Merina. Les indices de hauteur-longueur et
hauteur-largeur sont assez peu différents de ceux des autres groupes, avec
cependant une tendance légère vers une augmentation de la hauteur du
crâne, confirmée par l’indice moyen de hauteur. Betsileo, Merina, Vohémar
et Sakalava s’ordonnent ainsi par ordre de valeurs croissantes en ce qui
concerne cet indice chez les groupes masculins.
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
33
Indice moyen de hauteur, moyennes et sériations (en %)
N
Moyennes
II F
x-79,9
H F
moyens
80-84,9
H F
H F
très hauts
90-x
H F
Betsileo...
32-20
82,2 82,9
15,6 30
65,6 40
18,7 20
— 10
29-27
86,2 85
24,1 48,1
75,8 44,4
— 7,4
Merina.
18-17
5,5 5,8
61,1 41,1
33,3 52,5
Vohémar..
34
2,9
67,6
26,4
Antankara...
19
86,1
5,2
26,3
57,8
10,5
17
84,3
5,8
41,1
52,5
10
85,7
10
40
40
10
Les Antankara se rapprochent nettement des Sakalava, c’est-à-dire
'ont montre d’une franche hypsicranie : les trois indices de hauteur sont
analogues chez ces deux populations. L’indice moyen de hauteur, avec 84, 3,
révèle chez les Bara une hauteur moyenne comparable à celle de la plupart
des groupes, hormis les Sakalava. Les populations du Sud se classent dans
les groupes hauts, avec une moyenne de 85, 7.
3° Combinaison des indices crânien et moyen de hauteur. L’intérêt de
la combinaison de ces indices ne ressort que si l’on compare un nombre
suffisant de sujets. Les indices combinés s’ordonnent selon une direction
positive : à des indices crâniens de faible valeur (dolichocrânes) correspondent
surtout des indices de hauteur moyens, et l’indice de hauteur s’élève à mesure
qu augmente la valeur de l’indice crânien. La mésocranie chez les populations
Malgaches s’accompagne assez régulièrement d’une élévation marquée de
*a voûte crânienne.
Cependant un certain nombre de Betsileo semble se détacher des autres
groupes et se caractériser par une hauteur du crâne basse ou moyenne,
indépendante des valeurs de l’indice crânien.
4° Indice du trou occipital. Cet indice varie assez peu pour toutes les
Populations, les valeurs moyennes oscillent entre 80 et 84, caractéristiques
des trous occipitaux mésomèses, dont les dimensions longitudinales et
transversales sont équilibrées et en corrélation avec la dolicho/mésocranie
des populations.
Indice du trou occipital, moyennes et sériations (en %)
N
Moyennes
H F
microsèmes
x-81,9
H F
mésosèmes
82-85,9
H F
mégasèmes
86-x
H F
Betsileo.
83,3 81,7
31,2 45
28,1 35
40,6 20
Sakalava
28-25
83,5 82,4
50 52
14,2 24
35,7 24
Merina.
17-17
83,9 82,8
23,5 41,1
41,1 29,4
35,2 29,4
' ohèmar ...
81,7
45,7
37,1
Antankara.
10-9
84,8
26.3
36,8
36,8
Bara.
8-6
82,3
57,1
21,2
21,2
Sud..
10
84,1
30
40
40
Mémoires du Muséum. — Zoolooie, t. XIX. 3
Source : MNHN, Paris
34
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALGACHES
5° Périmètres et courbes crâniennes. Le périmètre horizontal est assez
élevé chez les hommes Betsileo, plus faible chez les femmes. La différence,
15 mm., ne trahit pas cependant un dimorphisme sexuel très accentué ( 1 ).
Les Sakalava, par contre, dont le périmètre horizontal est un peu plus
faible, offrent un écart sexuel plus élevé. Chez les Merina le dimorphisme est
très accentué (27 mm.) et la moyenne générale plus faible. Les périmètres
transverses montrent des différences sexuelles beaucoup moins accentuées.
Chez Vohémar les dimensions générales sont plus petites. Celles des Antan-
kara leur sont très proches.
Périmètres horizontal et transoerse, courbe sagittale
N
P. horizontal
H F
P. transverse
H F
C. sagittale
H F
Betsileo.
38-21
517
502
310
297
372
360
Sakalava.
29-26
514
496
310
297
370
358
Merina.
17-16
514
487
305
292
370
357 ;
Vohémar.
27-7
509
492
303
291
367
357
Antankara.
10-9
504
487
303
288
366
350
Rapports entre les
courbes frontales
et pariétales
(en %)
N
F>P
F = P
F<P
H
F
H
F
H
F
Betsileo.
37-23
62,1
39,1
8,1
8,6
29,7
52,1
Sakalava.
30-27
53,3
55,5
13,3
7,4
33,3
37
Merina.
17-17
52,5
52,5
11,7
11,7
35,2
35,2
Vohémar.
24
37,5
—
4,1
—
58,3
—
Antankara.
19
73
6
5
2
21
Bara et Sud.
25
52
4
44
On constate une forte majorité pour toutes les populations, sauf Vohémar,
en faveur des courbes frontales supérieures aux courbes pariétales. Martin
a émis l’hypothèse d’une corrélation entre l’indice crânien et les rapports
entre les deux courbes, la brachycranie s’accompagnant de courbes frontales
supérieures aux courbes pariétales. Cependant, s’il est vrai que les popu¬
lations malgaches se remarquent par une tendance à la mésocranie et à des
courbes frontales supérieures, les hommes et les femmes Betsileo ne montrent
(1) Une forte dolichocranie s'accompagne peut-être d’un dimorphisme sexuel prononcé,
quand elle est due à une saillie particulière de la glabelle et de l'inion, toujours plus forte
chez l'homme ; par suite une dolichocranie proche de la mésocranie, supprimant ou
diminuant ces caractéristiques sexuelles, s'accompagnerait d'un moindre dimorphisme.
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALGACHES
35
pas une si grande différence dans les valeurs de l’indice crânien pour justifier
le grand écart constaté dans le tableau ci-dessus. Par ailleurs, la série de
Vohémar, avec 58 % de F<P est aussi caractérisée par une mésocranie
plus forte que les autres groupes.
- Répartition de l'indice fronto-pariétal.
6 ° Indices frontaux.
Diamètres frontaux maximum et minimum, moyennes
N
diamètre
H
maximum
F
diamètre
H
minimum
F
Betsileo.
37-23
117 mm.
113 mm.
97 mm.
95 mm.
Sakalava..
29-27
114
109
96
94
Merina..
17-17
115
108
96
92
Vohémar.
27-8
111
109
95
92
Antankara ....
10-9
112
106
96
92
Bara....
9-7
112
107
97
90
Sud ..
9
110
—
94
—
Indice frontal transversal, moyennes et sériations (en %)
N
Moyennes
H F
x-79,9
H F
80-99,9
H F
100-x
H F
Betsileo....
83,3 84,3
10,8 8,6
89,2 91,3
Sakalava.
29-27
85,2 85,8
6,8 3,7
93 96,2
_
Merina..
11,7 5,8
82,2 94,1
_
Vohémar.
8,5
91,4
Antankara
86,2
_
100
Bara..
85,4
_
100
_
Sud...
10
85,4
—
100
—
Source : MNHN, Paris
38
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALGACHES
Angle du profil lolal, moyennes et sériations (en %)
N
Moyennes
H et F
prognathes
70-79,9
H et F
mésognathes
80-84,9
H et F
orthognathes
85-x
H et F
Betsileo.
47
82,3
19,1
59,5
21,2
Sakalava.
50
84,6
10
48
42
Merina.
29
84,4
6,8
44,8
48,2
Vohémar.
33
85,4
6
39,3
54,5
Antankara.
15
81,5
33,3
53,5
13,3
Bara et Sud...
22
79,3
72,7
22,7
4,5
Angle
lu profil nasal, moyennes el sériations (en %)
Moyennes
70-79,9
80-84,9
85-x
H et F
H et F
H et F
H et F
Betsileo.
47
85,2
48,9
51
Sakalava.
54
86,9
3,6
25,5
70,7
Merina.
31
87,6
—
22,5
77,4
Vohémar.
33
88,1
—
18,1
81,8
Antankara.
15
83
6,6
46,6
46,6
Bara et Sud. ..
22
81,9
22,7
54,5
22,7
Si l’on considère l’indice gnaihique, les Sakalava se montrent au premier
abord moins prognathes que les Betsileo : les moyennes et les sériations sont
significatives d’un abaissement de la valeur de l’indice, surtout chez les
femmes. La projection du massif facial montre aussi une proportion plus
forte d’orthognathes chez les Sakalava que chez les Betsileo, accompagnée
d’un moindre pourcentage de prognathes. Chez les premiers, la majorité des
hommes reste cependant mésognathe, tandis que la majorité des femmes est
orthognathe.
L’angle du profil nasal montre encore une atténuation du prognathisme
avec une forte majorité d’orthognathes contre une faible majorité chez les
Betsileo.
La considération de l’angle du profil alvéolaire fait ressortir une contra¬
diction entre les données de l’indice gnathique et celles de l’angle alvéolaire
mesuré directement. En effet la moyenne de celui-ci démontre un progna¬
thisme très franc. La faible projection du massif facial total allié à la forte
projection du massif alvéolaire donnait lieu à un indice gnathique atténué.
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MAX-GACHES
39
Angle du profil alvéolaire, moyennes et sériations (en %).
N
Moyennes
H et F
x-69,9
H et F
70-79,9
H et F
80-84,9
H et F
85-x
H et F
Betsileo.
45
73,6
20
62,2
15,5
2,2
Sakalava.
46
75,9
19,8
60,5
17,3
2
Merina.
27
74,5
11.1
81,4
3,7
3,7
Vohémar.
33
73,5
24,2
69,6
6
_ |
Antankara.
14
67,4
71,4
21,2
7,1
_
Bara et Sud.
22
69,1
63,6
36,3
—
—
Chez les Merina, les dimensions absolues sont plus faibles que chez les
deux autres populations, mais les rapports entre les deux longueurs sont de
même ordre et les valeurs de l’indice les classent entre les Sakalava et les
Betsileo, ainsi que celles de l’angle alvéolaire. L’angle du profil nasal corres¬
pond à un orthognathisme net, celui de l’angle facial total, A un mésognathis-
me très atténué, proche de l’orthognathisme (la majorité des valeurs se
place dans cette catégorie).
Les valeurs de l’indice gnathique ne s’éloignent pas chez Vohémar de
1 ensemble des Malgaches : la saillie du massif facial est très atténuée. Le
calcul de l’angle alvéolaire, comme pour les groupes précédents, a révélé un
prognathisme un peu plus marqué de la région alvéolaire. L’angle du profil
nasal est très orthognathe et caractéristique d’un aplatissement de la région
naso-spinale plus accentué que chez les autres groupes.
L’indice gnathique chez les Antankara est caractéristique d’un méso-
gnathisme analogue aux Sakalava. Les Bara se montrent un peu moins
nxésognathes sans toutefois atteindre le prognathisme franc. Les gens du
Sud se rapprochent de nouveau des Bara. Par contre les angles des trois
profils révèlent pour ces populations une saillie du massif facial plus accen¬
tuée que chez tous les autres groupes, et particulièrement au niveau de la
région alvéolaire.
Indice facial supérieur
44 46 48 50 52 54 56 58 60 62 64 66
- Betsileo _Sakalava _Merina
— Vohémar _Bara et populations du Sud
Fig. 6. — Répartition de l'indice facial supérieur.
Source : MNHN, Paris
40
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
8° Indice facial supérieur. Les hommes Betsileo offrent une face nette¬
ment plus haute que les femmes. Ce dimorphisme est lié en grande partie
aux proportions générales du crâne plus fortes chez les hommes. Pour les
deux groupes la face est haute en valeur absolue. Mais la face est aussi
développée en largeur avec un diamètre bizygomatique élevé ; ces deux
mesures donnent un indice facial relativement faible qui classe les Betsileo
dans la catégorie mésène à tendance leptène. La courbe de l’indice confirme
cette tendance à l’élévation de la face. L’élargissement de la face par rapport
à l’ensemble du crâne peut s’exprimer d’une manière plus nette par l’indice
cranio-facial transversal. Les groupes sont cryptozyges : le diamètre trans¬
verse est supérieur au diamètre bizygomatique (ce qui n’écarte pas pour
autant l'hypothèse d’une face large).
Hauteur de la face el diamètre bizygomatique, moyennes.
N
hauteur face
H. F.
N
diamètre bi/.ygomatique
H F
Betsileo ...
32-21
71 mm
66 mm.
32- 9
132 mm.
125 mm.
Sakalava ..
28-26
69
64
23-27
131
125
Merina.
16-15
68
61
15-16
130
118
Vohémar ..
23- 5
68
65
25- 5
130
121
Antankara .
8- 8
66
66
10- 9
131
125
Bara.
9- 7
69
63
9- 7
128
121
Sud.
8
68
—
9
127
—
Indice facial supérieur, moyennes et sériations (en %)
N
Moyennes
H F
x-44,9
H F
euryènes
45-49,9
H F
mésènes
50-54,9
H F
ieptènes
55-59,9
H F
hyperlepténes
60-x
H F
Betsileo...
36
53,6
2,7
8,3
61,1
22,2
5,5
Sakalava..
23-26
53,1 51,6
— 3,8
21,7 19,2
46,8 69,2
26 7,6
4,3 —
Merina....
15-15
53 51,6
— —
13,3 26,6
66,6 66,6
20 6,6
— —
Vohémar..
34
54
—
11,7
50
38,2
—
Antankara.
15
52
6,6
26,6
26,6
40
Bara.
16
53,6
14,2
50
28,5
7,1
Sud.
8
54,2
—
11,1
44,4
33,3
11,1
La hauteur supérieure de la face est plus faible en valeur absolue chez
les Sakalava, mais l’écart sexuel reste le même. Par contre le diamètre
bizygomatique est légèrement plus élevé relativement à la hauteur de la
face,aussi l’indice facial est-il un peu plus bas chez eux,surtout chez la femme,
La répartition des valeurs individuelles confirme l’abaissement de l’indice
chez les Sakalava : on trouve un pourcentage plus élevé dans la catégorie
euryène que chez les Betsileo. Le groupe féminin offre une face moins large
par rapport à l’arrière-crâne que le groupe masculin. En effet si 66 % des
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALCACHES 41
hommes sont cryptozyges, plus d’un tiers cependant est phénozyge, alors
qu'on trouve 88 % de femmes cryptozyges, pour 11 % de phénozyges.
Indice cranio-facial transuersal, moyennes el sériations (en %)
N
Moyennes
H F
cryptozyges
x-99,9
H F
phénozyges
100-x
H F
Betsileo.
33
96,8
75,7
24,2
Sakalava.
24-27
96,8 95,3
66,6 88,8
33,3 11,1
Merina..
15-16
95,2 92,1
93,3 100
6,6 —
Vohémar.
28
95,4
82,1
17,8
Antankara.
18
96,9
66,6
33,3
Bara.
16
95,4
80
20
Sud ...
10
97
90
10
Les Merina montrent dans les mesures de hauteur de la face un dimor¬
phisme sexuel très accentué : 7 mm. d’écart dans les moyennes. On observe
®n outre une diminution générale de la hauteur de la face par rapport aux
deux autres populations. Un écart plus élevé encore sépare les valeurs du
diamètre bizygomatique féminin et masculin. La femme Merina a donc en
valeur absolue une face plus basse et moins large que l’homme et un indice
acial un peu plus faible. En effet si la majorité des valeurs féminines et
Masculines se classe dans la catégorie mésène, on trouve une proportion
P us forte de sujet féminins dans la catérogie euryène.
Hommes et femmes Merina se montrent un peu plus cryptozyges que
es autres groupes mais la différence est peu accentuée.
La hauteur de la face, chez Vohémar, ainsi que le diamètre bizygomatique,
s °nt analogues aux Merina et la moyenne de l’indice facial, très proche, et
caractéristique d’une face mésène. Les quatre populations offrent ainsi une
Parfaite homogénéité que souligne le tracé des quatre courbes : même dis¬
persion, modes peu différents et homogénéité au sein de chaque groupe.
L’indice cranio-facial transversal rapproche également Vohémar des
autres séries : il n’est pas particulièrement élevé et les phénozyges restent peu
nombreux.
Les trois derniers groupes se rangent dans la catégorie mésène et leurs
Moyennes ne s’écartent pas de la moyenne collective. Les Antankara se
Montrent toutefois plus proches de Vohémar et se rangent parmi les groupes
a indice plus bas, alors que les tribus du Sud et les Bara se caractérisent par
u ne élévation de la face.
9° Indice orbitaire. Une face mésène s’accompagne généralement d’orbites
Mésoconques : la hauteur de la face semble régler la hauteur de l’orbite,
n effet chez les Betsileo, les orbites sont rectangulaires à carrées et le
'Morphisme sexuel peu marqué. Aussi l’indice orbitaire est-il le même pour
as deux sexes et se classe dans la catégorie mésoconque avec près de 80%
es sujets. La courbe montre, en accord avec la courbe de l’indice facial,
u ne tendance à l’élévation de l’indice.
Source : MNHN, Paris
42 ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
-Betsileo «.Sakalava _Merina
. Vohémar _Bara et copulations du Sud
Fig. 7. — Répartition de l'indice orbitaire.
Hauleur et largeur de l’orbite, moyennes
(largeur prise au maxillo-frontal).
N
Hauteur
H. F.
Largeur
H. F.
Betsileo.
41-23
35mm
34mm
44mm
43mm
Sakalava.
30-27
34
33
44
43
Merina.
19-16
34
33
43
42
Vohémar.
28- 7
34
32
43
42
Antankara.
11- 9
34
34
45
43
Bara.
9- 7
33,7
34
44
42
Sud.
9
34
—
44
—
Indice orbitaire, moyennes et sériations (en %)
N
Moyennes
H F
chamae-
conques
x-75,9
H F
mésoconques
76-84,9
H F
hypsiconques
85-x
H F
Betsileo.
41-23
79,6 79,4
9,7 13
78 73,9
12,1 13
Sakalava....
30-27
77,1 77,6
50 40,7
46,6 51,8
3,3 7,4
Merina.
19-16
78,5 78,8
31,5 25
57,8 68,7
10,5 6,2
Vohémar....
35
77,5
34,2
57,1
8,5
Antankara...
20
77,6
30
70
—
Bara.
16
78,7
35,7
50
14,2
Sud.
10
78,8
20
80
—
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES 43
La hauteur de l’orbite est plus faible chez les Sakalava que chez les
Betsileo, par contre la largeur moyenne est identique, ainsi que l’écart sexuel.
Malgré cette faible différence, les moyennes des deux populations révèlent
des différences plus accentuées, mais dans le sens indiqué par les valeurs
absolues. L’indice des Sakalava est plus bas et tend vers la cliamaeconquie.
Le tableau de sériations révèle l’existence chez eux de deux groupes, l’un
chamaeconque, l’autre mésoconque.
Chez les Merina, les dimensions absolues varient peu de celles des autres
groupes et le dimorphisme sexuel est très peu marqué. Le groupe entier se
place entre les moyennes Sakalava, plus faibles, et les moyennes Betsileo,
plus élevées. Les trois populations restent dans la catégorie mésoconque.
Vohémar s'apparente au groupe Merina : les pourcentages sont analogues
dans chaque catégorie.
Les Antankara se rapprochent encore une fois des Sakalava, avec un
indice orbitaire très similaire. Les Bara restent dans le cadre d’une méso-
conquie dominante, identique à celle des gens du Sud, et très peu différente
4e celle des autres groupes.
10° Indice nasal. L’ouverture piriforme est large à sa base, chez les
Betsileo, et les os nasaux, aplatis et relativement larges. Le dimorphisme
sexuel est faible dans les mesures de hauteur et de largeur. L’ouverture
est large, sinon très haute, et l'indice nasal fortement platyrhinien. Le tableau
4e sériations montre, chez les femmes, une tendance à l’augmentation des
sujets platyrhiniens, peut-être due à une face plus courte relativement, qui
entraînerait une hauteur naso-spinale plus faible?
Source : MNHN, Paris
44
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
Hauteur et largeur de l’ouverture piriforme, moyennes
N
Hauteur
H F
Largeur
H F
Betsileo.
40-21
49mm
48mm
28mm 27mm
Sakalava.
30-27
50
47
27
26
Merina.
16-16
49
45
27
26
Vohémar.
23- 5
49
46
26
25
Antankara.
11- 9
48
47
27
27
Bara.
9- 7
51
47
27
26
Sud.
9—
49
—
26
—
Indice nasal, moyennes el sériations (en %)
N
Moyennes
H F
leptorhiniens
x-47,9
H F
mésorhiniens
48-52,9
H F
platyrhiniens
53-57,9
H F
hyperplaty-
rhiniens
58-x
H F
Betsileo.
40-21
56,6 56,7
5 —
20 9,5
42,5 52,3
32,5 38
Sakalava....
30-27
53,5 55,4
13,3 3,7
39,9 29,6
20 33,3
26,6 33,3
Merina.
16-16
55 57,7
6,2 6,2
18,7 12,5
50 18,7
25 62,5
Vohémar....
63
55,1
3,1
34,9
33,3
28,5
Antankara...
20
57,6
5
20
35
40
Bara.
16
53,7
14,2
28,5
35,7
21,5
Sud.
10
53,8
10
40
20
30
La hauteur de l’ouverture piriforme chez les hommes Sakalava est plus
forte que celle des Betsileo ; celle du groupe féminin est plus faible, l’écart
sexuel est donc plus grand. En outre, la largeur de l’ouverture est plus faible
chez les hommes et chez les femmes, aussi l’indice tendra-t-il davantage
vers la mésorhinie. Cependant les moyennes restent platyrhiniennes, avec
un degré plus accentué de platyrhinie chez les femmes, conformément à une
hauteur relative plus faible. La courbe manifeste une extrême variabilité
que soulignent également les sériations qui s’échelonnent de la catégorie
leptorhinienne à l’hyperplatyrhinienne. Les Betsileo se montraient plus
franchement platyrhiniens.
L’indice nasal est plus élevé chez les femmes Merina que chez les
hommes, dû plus à un abaissement de la hauteur naso-spinale qu’à un réel
élargissement de l’ouverture piriforme. La majorité des sujets féminins se
classent dans la catégorie hyperplatyrhinienne.
Pour une hauteur sensiblement analogue aux autres groupes, la largeur
de l’ouverture est un peu plus faible chez Vohémar. L’indice est semblable
à l’indice des Merina et caractéristique d’une tendance à la mésorhinie.
Le tableau de sériations accuse en efTet une majorité de mésorhiniens (à la
limite de la platyrhinie).
Alors que les Antankara s'apparentent aux groupes les plus platyrhiniens,
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALGACHES 45
les Bara et les gens du Sud, par contre, se rapprochent des Sakalava et de
Vohémar, avec une nette diminution de la platyrhinie. Ce fait confirme la
description de Le Barbier, qui décrit le nez des Bara comme droit et peu
épaté.
11° Indice palatin. Les valeurs moyennes de l’indice palatin chez les
Betsileo sont caractéristiques d’une mésostaphylie proche de la leptosta-
Phylie pour les hommes et d’une mésostaphylie franche pour les femmes,
dimorphisme classique que l’on retrouve chez les races noires ; les hommes
montrent moins une tendance à l’élargissement du palais qu’à une réduction
de la longueur.
Les dimensions du palais sont plus faibles chez les Sakalava, et la
moyenne de l’indice, mésostaphylienne également. Les sériations offrent une
très grande diversité de formes et vont de la catégorie hyperlepto à la
brachystaphylienne.
Longueur et largeur du palais, moyennes
N
Longueur
H F
Largeur
H F
Betsileo.
31-18
50mm
47mm
41mm
39mm
Sakalava.
26-26
48
46
39
37
Merina.
16-13
48
44
40
36
Vohémar.
25- 7
47
45
39
37
Ahtankara.
8
48
_
39
_
Bara...
7 6
49
47
39
36
Indice palatin, moyennes el sériations (en %)
N
Moyennes
hyperleptos-
taphylins
x-74,9
leptosta-
phylins
75-79,9
mésosta-
phylins
80-84,9
brachysta-
phylins
85-x
H F
H F
H F
H F
H F
Betsileo
Sakalava....
Merina
Vohémar....
Antankara...
Bara..
31-18
26-26
16-13
32
14
80,5 82,1
82 81,7
84,8 82,3
82,9
82,5
16.1 5,5
19.2 23
25 7,6
12,5
21,2
22,5 33,3
19,2 15,3
6,2 23
16,6
14.2
36.3
44.4
29 22,2
34,6 26,9
12,5 46,1
31.2
50
27.2
22.2
32.2 38,8
26,9 34,6
56.2 23
40,6
14,2
Sud.
8
79^5
IM
22,2
Les dimensions absolues de la voûte palatine, chez les Merina, présentent
e ntre les hommes et les femmes, le même écart en longueur et en largeur,
ai *quel devraient correspondre des indices palatins identiques. Or l’indice
“msculin est plus brachystaphylin que l'indice féminin. La majorité des
nommes se classe dans la catégorie brachystaphylienne et la majorité des
femmes dans la mésostaphylienne.
Les dimensions absolues du palais sont encore de même ordre chez
Source : MNHN, Paris
46
ÉTUDE CRANIOLOCIQUE DES MALCACHES
Vohémar que celles observées plus haut, et l’indice entre dans le cadre d’une
mésostaphylie générale. Il semble bien que l’indice palatin suive à peu près
les valeurs de l’indice crânien, car on observe un ordre de croissance régulier,
et dans le même sens entre ces indices, des Bara aux Merina. L’examen de
la répartition des valeurs révèle une tendance vers la brachystaphylie car
on trouve 40% de sujets dans cette catégorie.
Si les Antankara s’intégrent parmi les autres groupes avec une mésos¬
taphylie de 82, 5, les Bara et les gens du Sud s’éloignent franchement des
autres groupes avec une leptostaphylie certaine, en corrélation avec l’étroi¬
tesse de leur boîte crânienne.
12° Les dénis. Le calcul de l’indice dentaire de Flower n’a pu être
effectué que sur trois populations. La moyenne chez les Betsileo est carac¬
téristique d’une mésodontie à la limite de la mégadontie. Celle des Sakalava
est nettement mésodonte ; par contre les Merina offrent une moyenne très
supérieure à celle des deux autres groupes se traduisant par une majorité
de sujets dans les catégories méga à hypermégadonte.
Indice dentaire de Flower, moyennes el sériations (en %)
N
Moyenne
H et F
dontes
x-41,9
H et F
méso-
dontes
42-43,9
H et F
méga-
dontes
44-45,9
H et F
hypermé-
gadimtes
46-x
H et F
Betsileo.
19
43,5
31,5
26,3
21
21
Sakalava.
18
42,4
38,8
38,8
16,6
5,5
Merina.
12
45,4
8,3
33,3
—
58,3
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOI.OGIQUE DES MALGACHES
47
Fig. 11. — Carte de répartition
de l'indice facial supérieur.
Fig. 12. — Carte de répartition
de l'indice orbitaire.
L’abrasion des dents est assez peu marquée généralement chez les
Betsileo. Cette faible usure peut s’expliquer par le mode d’articulé dentaire,
qui montre une certaine surocclusion. Également chez les Sakalava et les
"* e rina, l’usure de la dentition est à peine amorcée. Selon R. Hartweg (1948),
abrasion est modérée dans la série de Vohémar et l’usure se fait selon un
Plan oblique externe.
L’absence congénitale de la troisième molaire est assez fréquente chez
’ es Betsileo et les Merina. Nous avons constaté en outre le caractère résiduel
ue cette dent chez la plupart des sujets. Par contre, les Sakalava n’offrent
qu’un seul cas d’absence de M3. Enfin chez Vohémar, on observe cette
Particularité chez 6% des sujets.
Les caries, loges d’abcès et lésions alvéolaires s’observent assez fréquem¬
ment sur les mâchoires Betsileo et Merina, à l’inverse des Sakalava et de
"ohémar dont la dentition est généralement saine et les caries rares et peu
étendues. On remarque souvent une opposition entre le peu de fréquence
ue la carie et la plus grande fréquence des lésions alvéolaires, fait assez
répandu chez les races mélanodermes. Différents des autres groupes par
une abrasion dentaire souvent très poussée, les Antankara sont remarquables
également par une rareté des caries et des lésions. L’absence de M3 est
relèvement fréquente. Quant aux Bara, ils tendent à se rapprocher des
sakalava et présentent les mêmes caractéristiques d’une dentition saine et
faiblement abraséc.
Source : MNHN, Paris
48
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
D. — Le maxillaire inférieur
C’est chez les Betsileo que nous avons pu étudier le plus grand nombre
de maxillaires inférieurs, isolés pour la plupart et non déterminables sexuelle¬
ment. La majorité comprend des maxillaires minces d’aspect, à menton
marqué, au rebord inférieur sinueux, à branche montante mince et courte,
à l’apophyse coronoïde et au condyle petits. Chez les Sakalava, les mâchoires
sont soit frêles, hautes et minces, soit robustes et massives. Les Merina
offrent des maxillaires le plus souvent minces et grêles, comprenant des
branches étroites, au gonion peu apparent. Par contre, chez Vohémar les
mandibules sont souvent robustes et massives, la branche montante, large
et basse.
Chez ces quatre groupes, l’éminence mentonnière est bien dessinée et
l’angle symphysien, faible. Par contre, chez les Bara et les populations du Sud,
le menton ne forme pas de saillie bien prononcée, et l’angle est moins aigu.
L’angle goniaque varie légèrement selon les groupes : la branche montante
est en effet plus redressée chez les Betsileo, Vohémar, Antankara et Sakalava
que chez les Merina et les gens du Sud (*).
Angles symphysien et goniaque, moyennes
N
A. symphysien
N
A. goniaque
Betsileo.
47
74°,3
52
12lo,l
Sakalava.
16
77°,3
16
122°, 1
Merina.
16
73o,6
15
124o,2
Vohémar.
25
73o,l
22
119°
Antankara.
12
77o,2
9
119o,5
Bara et Sud.
15
79»
14
124°
1° Indice de longueur-largeur (bicondylienne). Cet indice diffère très peu
chez tous les groupes, et varie autour de 88. Il est cependant plus élevé
chez les Bara, et plus proche de celui des Betsileo que des autres groupes.
Il en est de même pour l’indice des largeurs (bigoniaque-bicondylienne) :
les Bara s’écartent notablement des moyennes observées pour les autres
séries.
(1) Selon Renard (1880) l'inclinaison de la branche montante dépendrait du volume
dentaire : plus les dents sont grosses, plus la branche est redressée.
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
2° Indice de robustesse. La hauteur et l’épaisseur de la branche hori¬
zontale ont été prises au niveau du trou mentonnier. Cet indice est particu-
u ernent élevé chez Vohémar, Antankara et Bara, et assez faible chez les
Merina dont les mâchoires sont dans l’ensemble très frêles.
Longueur, largeurs bicondylienne el bigoniaque, moyennes
N
Longueur
N
1. bicondy-
N
1. bigoniaque
Betsileo.
52
104,8 mm.
50
52
97,7 mm.
kakalava....
22
103
22
116
22
96
Merina..
16
101,9
16
115,7
16
94,6
Vohémar..
25
104
22
111
23
96
Antankara.
12
100
10
115,5
11
93,7
Bara et Sud.
16
101
16
111
16
94
u Muséum. — Zoologie, t. XIX.
Source : MNHN, Paris
50
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
Indice de longueur-largeur, indice des largeurs, moyennes
N
I. longueur-
largeur
N
I. des largeurs
Betsileo.
50
89,6
50
83,3
Sakalava.
21
88,2
22
81,8
Merina.
16
88,3
16
81,8
Vohémar.
22
88,5
22
81,6
| Antankara.
10
88
10
81,8
Bara et Sud.
16
90,4
16
84,6
Dimensions absolues el indice de robustesse, moyennes
N
Hauteur
N
Épaisseur
N
I. de
robustesse
Betsileo.
51
29,7 mm.
51
14,4 mm.
51
47,7 mm.
Sakalava.
20
30
20
13
20
46,2
Merina.
16
28,6
16
12,8
16
44,9
Vohémar.
26
29
26
14
26
49,5
Antankara ....
12
27,4
12
13,5
12
49,7
Bara et Sud ...
13
27
13
13,5
13
49
3° Indice de la branche montante. Cet indice est caractéristique, chez
les Betsileo, d’une hauteur assez faible de la branche alliée à un élargissement
peu accentué. La branche montante est plus mince et plus haute chez les
Sakalava, ainsi que chez les Merina. Chez Vohémar, par contre, la branche
est nettement plus large, et l’indice est plus élevé. Enfin les mâchoires
des Antankara se montrent assez proches de celles de Vohémar.
Dimensions absolues el indice de la branche monlanle, moyennes
N
Hauteur
N
Largeur
minimum
N
Indice
| Betsileo.
52
55,7 mm.
52
34,4 mm.
52
61,5 mm.
Sakalava.
21
56
21
33
21
58,8
Merina.
16
55
16
31,1
16
56,8
Vohémar.
24
56
24
35
24
63,2
Antankara ....
11
55,4
11
34,5
11
62,5
Bara et Sud ...
14
54,7
14
32,7
14
59,9
1
13353 3 53 SSSSsS ' IH
.
tüHHSHSÎS! ■ m
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h
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a
S !3 S S S S
s
225323S32522S52 5sS
2 2 2 S S 2
b
mi3Ss!Is3!I§5 11!
22552!
II
HIüsIsIIIiIII HI
11S111111111111 111
S 1 S * ? E
A A ~ A A A
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a
£ £ £ £ Si £ S S 5 ^ S 3 S 553
| s a S K S K
1
îiiîîlîîiîihîi iii
iiiliü
I!
Source : MNHN, Paris
Indices
Betsileo
Sakalava
Merina
Vohémar
Antankara
Bara ,
pop.Sud
H et P
H et P
H et F
H et P
H et P
H et P
H et P
crânien
dolichocr.
dolichocr.
dolichocr.
mésocrâne
dolichocr.
dolichocr.
dolichocr.
(lim.méso)
(lim.méso)
(lim.méso)
(lim.doll)
(lim.méso)
{francs)
(francs)
haut.-long.
orthocr.
orthocr.
orthocr.
orthocr.
hypsicr.
orthocr.
orthocr.
haut.-larg.
métriocr.
acrocr.
acrocr.
acrocr.
acrocr.
acrocr.
acrocr.
moyen de haut.
moyen
haut
moyen
moyen
haut
moyen
haut
sag.-frontal
bombé
moyen
bombé
moyen
moyen
bombé
bombé
front.-transv.
moy.diver.
moy.diver.
moy.diver.
moy.diver.
moy.diver.
moy.diver.
moy.diver.
front.-pariét.
mégasème
mégasème
mégasème
mésosème
mégasème
mégasème
mégasème
trou occipit.
mésosème
mésosème
mésosème
microsème
mésosème
mésosème
mésosème
gnathique
mêsognathe
mêsognathe
mêsognathe
mêsognathe
mêsognathe
mêsognathe
mêsognathé
facial supêr.
mésône
mésène
mésène
mésène
mésène
mésène
mésène
cr.fac.-trans.
cryptozyge
cryptozyge
cryptozyge
cryptozyge
cryptozyge
cryptozyge
cryptozyge
orbitaire
mésoconque
mésoconque
mésoconque
mésoconque
mésoconque
mésoconque
mêsoconque
nasal
platyrhin.
platyrhin.
platyrhin.
platyrhin.
platyrhin.
platyrhin.
(lim.méso)
platyrhin.
(lim.méso)
palatin
mésostaph.
mésostaph.
mésostaph.
mésostaph.
mésostaph.
leptostap.
leptostap-
dentaire
mésodonte
mésodonte
mégadonte
_
_
_
_
capacité cran.
aristenc.
euencéph.
aristenc.
euencéph.
euencéph.
euencéph.
-
angle total
mêsognathe
mêsognathe
mêsognathe
orthognat.
mêsognathe
prognathe
(lim.méso)
angle nasal
orthognat.
orthognat.
orthognat.
orthognat.
mêsognathe
mêsognathe
angle alvêol.
prognathe
prognathe
prognathe |prognathe
hyperprog.
hyperprogn.
(lim.progn.)
Tabl. III. — Caractères crâniens des Malgaches.
Source : MNHN, Paris
ÉTUDE CRANIOLOGIQUE DES MALGACHES
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE IV
CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET AFFINITÉS
DES POPULATIONS MALGACHES (Craniologie)
I. — Diagnose des principaux groupes
Nous pouvons établir ainsi la diagnose de chacun des groupes étudiés :
Les Belsileo sont dolichocrânes à la limite de la mésocranie (sauf un petit
groupe franchement dolichocrâne). Ils ont un crâne de hauteur moyenne et
de forte capacité, un front bombé et large par rapport à P arrière-crâne, une
face moins large que le crâne et de hauteur moyenne. Le massif facial tout
entier est légèrement projeté en avant, et la région alvéolaire, prognathe.
Les orbites sont mésoconques, l’ouverture nasale très large, le palais moyenne¬
ment allongé, les dents de volume moyen. Le maxillaire inférieur est assez
robuste, l’éminence mentonnière bien dessinée, la branche montante assez
redressée et relativement basse.
Les Sakalava, comme les Betsileo, sont dolichocrânes à la limite de la
mésocranie, offrent une voûte crânienne élevée, une capacité moyenne, un
front moins bombé que celui des Betsileo, et large par rapport à 1 arrière-
Çrâne. Leur face est moins large que le crâne, de hauteur moyenne, non pro¬
jetée en avant, mais fortement prognathe dans la région alvéolaire. Les
°rbites sont mésoconques, l’ouverture nasale, large, mais moins large que
ce lle des Betsileo, le palais relativement large, les dents de volume moyen.
Le maxillaire inférieur est moins allongé que celui des Betsileo, et plus étroit
a u niveau des gonions ; les branches horizontale et montante sont relative¬
ment minces et hautes.
Les Merina ont des dimensions générales plus petites que celles des deux
Premiers groupes. Les hommes sont mésocrânes à la limite de la dolicho-
c fanie. La voûte crânienne est moyennement élevée, comme celle des Bet-
8il eo, la capacité crânienne est forte, le front bombé et large, la face encore
moins large que le crâne, de hauteur moyenne, orthognathe dans son ensemble,
mais prognathe dans sa région alvéolaire. Les orbites sont mésoconques,
•'ouverture nasale très large, analogue à celle des Betsileo, le palais, mésos-
taphylin à la limite de la brachystaphylie, les dents fortes. Le maxillaire
inférieur est plutôt frêle d’aspect, l’éminence mentonnière bien dessinée,
• angle goniaque, ouvert.
Source : MNHN, Paris
54
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES MALGACHES
La série de Vohémar est mésocrâne à la limite de la dolichocranie, la
voûte est de hauteur moyenne (limite haute), le crâne, de capacité moyenne,
le front peu bombé et moins large que chez les précédents groupes. La face
est moins large que le crâne et de hauteur moyenne, le prognathisme modéré,
les orbites mésoconques, l’ouverture nasale assez large, mais moins large
que chez les Merina ou les Betsileo, la voûte palatine tend vers la brachys-
taphylie. Le maxillaire inférieur est robuste, l’éminence mentonnière est
bien marquée, la branche montante large et relativement redressée.
Les Anlanliara, malgré leur proximité des gens de Vohémar, montrent
une certaine divergence, témoignant de la diversité du peuplement de la
région Nord de Madagascar. Ils restent cependant dans les grandes lignes
générales esquissées ci-dessus, et sont caractérisés par une dolichocranie
proche de la mésocranie, une voûte crânienne assez élevée, proche des
Sakalava (dont ils sont plus proches que des gens de Vohémar), un front peu
bombé et large, un prognathisme facial peu accentué et un prognathisme
alvéolaire marqué. Leur face est moins large que le crâne, et de hauteur
moyenne, les orbites sont relativement basses par rapport aux autres popu¬
lations, mais analogues à celles de Sakalava. L'ouverture nasale est très
élargie et l’indice palatin mésostaphylin. L’éminence mentonnière n'est pas
très marquée, la branche montante assez redressée.
Les Bara et les Iribus du Sud, dont nous avons souligné la grande simi¬
litude, ont en commun certains caractères qui les différencient assez nette¬
ment des autres populations et qui sont essentiellement : une dolichocranie
très franche, loin de la dolicho/mésocranie des autres groupes, une voûte
crânienne relativement élevée, un front bombé et large, plus large par
rapport à l’arrière-crâne que chez les autres groupes. La saillie du massif
facial est assez marquée, surtout dans la région alvéolaire, la face est moins
large que le crâne et relativement haute. Les orbites sont mésoconques,
l’ouverture nasale n’est pas très élargie comparativement aux autres groupes,
mais reste cependant dans les limites d'une certaine platyrhinie. Le palais
est allongé. Le maxillaire inférieur, assez robuste, ne présente pas une
éminence mentonnière très bien marquée, la branche montante est large et
oblique.
Diagnose du type moyen. Nous avons rassemblé dans un même tableau
d’ensemble les combinaisons individuelles des indices crânien, moyen de
hauteur, facial supérieur, orbitaire et nasal (flg. 16).
Au premier abord, il semble qu’on puisse distinguer deux groupements
essentiels, différenciés uniquement par leur indice crânien, un groupe doli-
chocrânc et un groupe mésocrâne. Cependant nous avons vu au cours de
notre étude qu’il ne fallait accorder aucune attention à cette division appa¬
rente, plus arbitraire que réelle, puisque les sujets se groupaient surtout autour
de la limite des catégories dolicho et mésocrâne, ainsi qu’en témoignait
l’homogénéité des courbes de répartition.
Si l’on veut donc obtenir un tracé de la physionomie générale de la
population malgache, on peut relever un certain nombre de caractères
communs, expression d’une certaine unité anthropologique, malgré la relative
diversité de types que nous avons signalée. Notamment les différents groupes
étudiés ont en commun : une dolichocranie proche de la mésocranie (sauf
Source : MNHN, Paris
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES MALGACHES
55
les Bara), un front développé en largeur, un prognathisme facial modéré,
mais un prognathisme alvéolaire plus alTirmé, une face de hauteur moyenne
et moins large que le crâne, un indice orbitaire mésoconque et une platyrhinie
plus ou moins accentuée.
Dimorphisme sexuel. L’étude différentielle des groupes sexuels n'a pu
être pratiquée de façon complète que sur les Betsileo, les Sakalava et les
Merina, les autres groupes comprenant un matériel trop insuffisant pour
différencier les hommes et les femmes.
Chez ces trois populations, toutes les dimensions sont plus faibles chez
les femmes que chez les hommes, et proportionnellement plus faibles encore
chez la femme Merina. Le crâne est plus brachycrâne chez les femmes Merina
et Sakalava, plus dolichocrânc chez la femme Betsileo. La voûte crânienne est
plus basse chez tous les groupes féminins, le front plus large dans la région
stéphanique et plus bombé, le prognathisme, moins accusé, l’indice facial plus
bas et la face plus étroite que chez l’homme. Les dimensions des orbites sont
équivalentes, l’ouverture nasale est nettement plus large chez la femme Saka-
lavaet la Merina, légèrement plus large chez la Betsileo. Le palais est plus bra-
chystaphylin chez la Betsileo, mais plus allongé chez la Merina et la Sakalava.
Dans l’ensemble, les Betsileo hommes et femmes offrent des dimensions
générales presque toujours plus élevées que celles des deux autres populations,
et les Merina, des dimensions presque toujours plus faibles.
IL — Affinités des groupes entre eux
Nous exposerons tout d’abord une brève étude de la variabilité comparée
des indices pour l’ensemble des groupes, puis nous rechercherons dans
quelle mesure et dans quelles proportions se manifestent les affinités des
différents groupes (tabl. II).
L’indice le plus variable pour tous les groupes est, de loin l’indice palatin.
L’indice nasal le suit de près avec des coefficients allant de 7,9 à 9,5. L’indice
le moins variable est l’indice sagittal-frontal : le degré de bombement du
front varie peu dans l’ensemble des groupes. Les coefficients de variation
de l’indice crânien sont assez inégaux : les moins variables sont les Merina,
les plus variables, le groupe Vohémar. En hauteur, la voûte crânienne
varie suffisamment, les Betsileo se montrant les plus variables : nous avions
8 ouligné en effet, chez eux, l’existence d’un groupe à voûte moyenne et d un
autre â voûte haute. L’indice facial se classe parmi les indices à forte variation,
mais de valeur analogue chez tous les groupes. Il en est de même pour l’indice
orbitaire.
Les Bara qui nous avaient semblé exempts de métissage et assez
homogènes, ne sont pas caractérisés par des coefficients de variation bien
différents de ceux des autres groupes. Ainsi que l’a rappelé récemment
E. Schreider ( J ), la fluctuation des coefficients ne semble pas constituer
une preuve de pureté ou de métissage, et les populations dites pures, ne sont
Pas moins variables que les populations mélangées. En outre, en général,
(1) Schreider (E.). Étude de quelques signes de métissage dans une population
amérindienne. Bull, el Mim. Soc. d'Anthropologie de Paris, t. 6, 10 e série, 1955, pp. 223-234.
Source : MNHN, Paris
56
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES MALGACHES
« pour un caractère donné, la plupart des populations donnent des coeffi¬
cients de même ordre ». La comparaison des coefficients de variation ne pré¬
sente donc d’intérêt que sous l’angle des différences de variabilité que
présentent les caractères entre eux.
Nous obtiendrons un premier aperçu des affinités des groupes malgaches
entre eux par la méthode graphique. Les profils des indices sont établis
pour tous les groupes par rapport aux Betsileo (fig. 15). Ces profils sont
basés sur le calcul de la différence entre les moyennes effectué en % des
écarts-types des indices Betsileo, soit : -rr^-. Les résultats sont
(T Ml
positifs ou négatifs selon que l’indice de la population comparée est supérieur
à l’indice correspondant Betsileo.
150
+<yi 100
50
1 er
m h
l h
1 tw,
h «
.fr fr
Jr fr
P* ir
occ jn
A fe
JS or
ira
J 14
“’vT 1
50
-cri 100
150
/
.... Bara _Sakalava _Marina _Vohémar
Fig. 15. — Profils graphiques comparant les Bara, Sakalava, Merina et Vohémar
aux Betsileo.
Dans l’ensemble, le schéma confirme la ressemblance des populations
entre elles. Les profils d’aucune série ne s’écartent notablement de la ligne de
base. Nous considérerons trois points successivement :
la situation particulière du profil Bara,
la ou les populations qui se rapprochent le plus des Betsileo,
la ou les populations qui s’éloignent le plus des Betsileo.
L’indice crânien des Bara se place dans les écarts négatifs, les indices
crâniens de tous les autres groupes, dans les écarts positifs, supérieurs à
l’indice Betsileo. Ce qui signifie que l’indice Betsileo semble former le lien
entre les populations du Sud et les autres groupes, bien que beaucoup plus
près des seconds que des premières. Par ailleurs, seuls les indices de hauteur-
largeur, frontal et nasal des Bara diffèrent des Betsileo, alors que leurs
autres indices sont très proches de la ligne de base.
Le profil le plus proche de la ligne de base est celui des Merina. Aucun
de leurs indices ne s’éloigne de cette ligne. Les profils Sakalava et Vohémar
viennent ensuite à égalité, et sont également éloignés ou rapprochés de la
ligne, mais pour des indices différents. Les Bara offrent une situation, nous
l’avons dit, particulière, et sont plus proches des Betsileo pour certains
indices, et plus éloignés, pour d’autres.
La situation géographique des populations semble donc, au premier
abord, se calquer sur leur parenté anthropologique. Les Merina ont influencé
Source : MNHN, Paris
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES MALGACHES 57
les Betsileo beaucoup plus que les autres populations et les Betsileo ont
formé écran entre les Merina (et une influence mongoloïde éventuelle) et les
Bara, plus isolés. Par ailleurs, Sakalava et populations du Nord, les premiers
éloignés par les conditions de milieu et une certaine résistance à 1 intégration
Source : MNHN, Paris
58
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES MALCACHES
qui a subsisté pendant longtemps (*), les seconds éloignés par leur situation
même, se montrent moins proches des Betsileo que les Merina.
Si nous voulons définir de façon plus précise encore les affinités de chacun
des groupes, le calcul de la signification statistique de la différence entre les
moyennes va nous permettre de dégager quelques hypothèses intéressantes
sur l’évolution anthropologique des Malgaches. Soit D = M 1-M 2.
\[â M1'+°’M2>
Les résultats du tableau IV, confirment les données déjà avancées :
les Merina, avec 9 caractères identiques sur 11 se trouvent les plus proches
des Betsileo ; puis les Bara (7 caractères), les Sakalava (5 caractères), et
enfin le groupe Vohémar (4 caractères).
Merina et Betsileo : chez ces deux groupes, presque tous les indices sont
analogues. Seuls les indices moyens de hauteur et cranio-facial présentent
des différences significatives. En effet, si on compare les moyennes de
l’indice de hauteur avec celles des autres groupes, on constate le caractère
insolite d’abaissement de la voûte chez eux. Quant à l’indice cranio-facial,
ce sont les Merina qui s’éloignent de la norme des autres groupes, alors
que l’indice Betsileo s’intégre dans le cadre des variations normales cons¬
tatées chez les Malgaches.
Bara et Betsileo : quatre caractères les séparent. Dolichocranie, hauteur
du crâne plus basse chez les Betsileo, front plus étroit chez les Betsileo, nez
à la fois plus large chez les Betsileo et plus étroit chez les Bara que chez les
autres groupes.
Sakalava et Betsileo : six caractères diffèrent. Voûte plus haute chez
les Sakalava, particulièrement basse chez les Betsileo. Front un peu plus
bombé et plus étroit chez les Betsileo. Indice gnathique plus accentué chez
eux, indice orbitaire plus élevé également. Enfin le nez est le plus large chez
les Betsileo, le plus étroit chez les Sakalava.
Vohémar et Betsileo : sept caractères différent. Le groupe Vohémar est
plus mésocrâne, a un crâne plus haut, un front moins bombé, et plus étroit,
des orbites plus chamaeconques, et un nez moins large que chez les Betsileo.
Nous avons vu que les Bara diffèrent relativement peu des Betsileo. Si
on les compare aux Sakalava, on s’aperçoit qu’ils sont encore plus proches
de ce groupe que des Betsileo (8 caractères analogues).
Pour le groupe Vohémar, un certain nombre de caractères les rapprochent
des Sakalava (7 caractères). Par ailleurs ils se montrent extrêmement
proches des Merina (9 caractères analogues).
En résumé, si l'on tente de dresser un tableau d’ensemble des affinités
des principaux groupes étudiés, on constate que :
1° Le groupe Vohémar se rapproche beaucoup du groupe Merina, est
encore assez proche du groupe Sakalava, mais s’éloigne notablement des
Betsileo.
(1) Il n'en est pas de même pour les résultats somatologiques qui concernent des
mensurations plus récentes.
Source : MNHN, Paris
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES MALGACHES
59
2° Le groupe Merina est apparenté à la fois au groupe Vohémar et au
groupe Betsileo, ainsi qu’aux Sakalava.
3° Le groupe Betsileo est plus proche des Merina que des Sakalava dont
il est relativement éloigné. 11 s’apparente également, mais moins franchement
aux Bara.
4° Le groupe Sakalava offre des affinités à la fois avec Vohémar et avec
les Bara.
5° Le groupe Bara ne s’apparente vraiment étroitement avec aucune
population, mais est encore assez proche de tous les groupes à la fois.
Certaines populations semblent donc se différencier du Nord au Sud.
Ainsi les Merina forment un groupe intermédiaire entre Vohémar et Bet¬
sileo. Les Sakalava sont en même temps proches du groupe Vohémar et du
groupe Bara. Il est remarquable par ailleurs que deux groupes s’apparentent
à la fois à tous les autres groupes : ce sont les Merina et les Bara, alors que
Sakalava, Betsileo et Vohémar s’éloignent plus ou moins les uns des autres,
mais procèdent à la fois des Bara d’une part et des Merina, d’autre part. On
peut ainsi supposer que certains groupes du Sud, longtemps isolés, restent
les témoins d’une population non modifiée par les immigrations indoné¬
siennes. Le pays des Merina aurait servi de point de départ aux modifications
ultérieures plus ou moins importantes qui ont donné lieu dans toute l’île à
une certaine unité anthropologique, quoique composée de types inégalement
modifiés. C’est pourquoi, également, les Bara s’éloignent plus des Merina
fiue des autres groupes. Historiquement ces hypothèses semblent valables.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE V
NOIRS DE MADAGASCAR, NOIRS D’AFRIQUE DU SUD
ET NOIRS DE MÉLANÉSIE (Craniologie)
I. — Les éléments de comparaison
L'étude précédente a mis en valeur la parenté anthropologique des
Populations de Madagascar. Cependant nous avons pu constater qu’autour
uu type moyen idéal, caractérisé par certains traits généraux qu’on retrouve
dans l’île tout entière, se groupent un certain nombre de variétés, corres¬
pondant arbitrairement aux différentes populations, dont les dénominations
semblent plus politiques que raciales (•). Il nous sera donc impossible de
comparer «le » Malgache aux autres groupes mélanodermes d’Afrique et de
Mélanésie, mais bien « les » types malgaches, et nous continuerons de séparer
•es différents groupes dans notre étude comparée.
Nous envisagerons par la suite dans quelle mesure l’apport xanthoderme
a Pu venir modifier le type originel, atténuer ou intensifier certains caractères
Propres aux Mélanodermes. Le seul fait de cette immixtion jaune, qui a abouti
« des métissages ;i tous les degrés dans l’île tout entière, va créer un obstacle
e neux à notre étude comparée. Les populations malgaches (sauf les Bara)
•je seront pour la plupart ni très proches des Noirs d’Afrique, ni très proches
es Noirs de Mélanésie. La discrimination des caractères purs et des carac-
èi-es modifiés se posera donc également. En outre, le choix des populations
e comparaison, en Mélanésie aussi bien qu’en Afrique, présente un côté
arbitraire que nous ne pouvons éviter.
. En effet, les Mélanésiens offrent une grande diversité de types. Le type
classique, dolichocrâne, à voûte haute, au front fuyant, aux arcades sour-
jjjhères proéminentes, à la face massive, est surtout représenté en
.’Ouvelle-Calédonie. En Nouvelle-Guinée, par contre, on rencontre une
^ ès grande hétérogénéité dans la population, surtout chez les habitants des
c Çtes. L’intérieur du pays est considéré comme le refuge de populations
P Us pures, petites et brachycéphales. Les traits des populations côtières
s °nt souvent moins rudes que ceux des Néo-Calédoniens, leur taille et leur
(•) Il serait plus exact, racialement parlant, de distinguer dans la population
a| gache, des groupes du Centre, du Sud, de l'Ouest et de l'Est.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
indice céphalique très variables. Au Sud, elles se rapprocheraient davantage
du type négroïde classique.
Notre choix s’est porté sur des représentants du type dolichocéphale
de la côte Nord de la Nouvelle-Guinée (51 hommes et 32 femmes de la baie
de Humboldt, étudiés par Wirz en 1926), du type à tendance mésocéphale
de la côte Sud (62 hommes et 26 femmes étudiés par Wirz en 1926), et enfin
du type de la Nouvelle-Calédonie (97 hommes et 56 femmes, étudiés par
Sarasin et Roux en 1916-22) (*).
Les Noirs d’Afrique du Sud semblent plus homogènes dans leurs carac¬
tères physiques. Nous avons trouvé cependant quelques divergences chez
les principaux représentants de cette sous-race sud-africaine. Ainsi les Cafres
diffèrent des Zoulous par une dolichocéphalie plus accentuée, un front plus
large, une face plus basse et un nez moins large. Plus au Nord, certains
groupes du Mozambique représentent un type plus petit et plus dolichocé¬
phale. Nous avons donc emprunté les données de Shrubsall sur 40 Cafres
hommes (1898), sur 24 Zoulous hommes auxquels nous avons ajouté 25 crânes
d’Angoni du lac Nyassa (les Angoni descendent des envahisseurs Zoulous
du lac Nyassa). Enfin parmi les populations côtières du Mozambique, nous
avons rassemblé les données concernant 49 Noirs masculins étudiés par
différents auteurs (P. de Lima, 1924, L. de Pina, 1931, Cl. Massari, 1932,
Shrubsall, 1898) (®).
Nous débuterons cette étude comparée par une mise en parallèle générale
des principaux caractères descriptifs et métriques chez les trois grands
groupes, d’Afrique du Sud, de Mélanésie et de Madagascar. Nous procéderons
ensuite à une analyse plus détaillée en opposant chacun des groupes malgaches
à chaque groupe d’Afrique du Sud et de Mélanésie.
II. — Mise en parallèle générale
A. — Caractères descriptifs et secondaires
1° L’épaisseur des parois crâniennes a été peu étudiée, aussi bien pour
les crânes d’Afrique que pour ceux de Mélanésie. Nous emprunterons des
chiffres de comparaison aux données de Twiesselmann, extraites de son
étude sur l’épaisseur des parois crâniennes (1941).
(1) Ce sont les études ostéologiques les plus utilisables. Bondy-Horowitz a bien
étudié une série de 71 crânes Kai de la côte Nord, mais cette population est de petite
taille et brachycéphale. Nous les avons donc écartés.
(2) Pour tous ces groupes, nous avons calculé les moyennes statistiques, les valeurs
des écarts types et les variations des indices.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
63
Epaisseur des parois crâniennes, moyennes
N
bregma
b. frontale
b. parié¬
tale
obélion
Néo-Calédoniens.
25 H.
6,9
6,4
7,3
7,5
Noirs en général.
Malgaches :
Betsileo.
64 H.
6,7
6,5
7,7
8
Sakalava.
Merina.
Bara.
107 H.
5,9
5,6
6,4
6,8
Vohémar.
28 H.
6,7
7,2
8,4
8,8
Les parois crâniennes, chez les Néo-Calédoniens, ne se montrent pas
plus épaisses (sauf au niveau du bregma) que celles des Noirs d’Afrique.
Par contre, chez les Malgaches, les parois sont nettement plus minces, à
l’exception de Vohémar, chez qui l’épaississement est exceptionnel. Chez
les trois grands groupes, de Mélanésie, d’Afrique et de Madagascar, l’épaisseur
des parois augmente d’avant en arrière.
2° Saillie des arcades sus-orbitaires. Le type mélanésien classique,
représenté surtout par les Néo-Calédoniens, est caractérisé souvent par des
traits accentués, soulignés par des arcades saillantes qui peuvent former
un véritable bourrelet. On retrouve cette caractéristique chez l’ensemble
des Mélanésiens, puisque, selon Wirz, arcades et glabelles sont saillantes
chez les hommes du Nord et du Sud de la Nouvelle-Guinée : 60% des premiers
e t 55% des seconds présentent des arcades fortes, contre 16% et 28%
d’arcades seulement distinctes.
En ce qui concerne les Noirs d’Afrique du Sud, tous les auteurs s’accordent
Pour constater chez eux une certaine proéminence des arcades, mais cepen¬
dant beaucoup moins accentuée que chez les Mélanésiens.
Chez les Malgaches, les arcades forment rarement une saillie prononcée
e t dans tous les cas jamais en majorité. Elles sont le plus souvent légèrement
saillantes.
3° Saillie de l’occiput. Elle n’est jamais très marquée chez les Mélanésiens
de la Nouvelle-Guinée. L’occiput est souvent plein et arrondi. Egalement
c hez les Cafres et les Zoulous, la forme est arrondie et différente de celle
des Noirs en général. Chez les Malgaches, l’occiput est arrondi ou saillant,
rarement aplati. Les deux formes existent également chez les Noirs du
Mozambique.
4° Poids du caloarium. Les données manquent pour les Noirs d’Afrique
du Sud, mais avec les valeurs fournies par Broca sur les Noirs
Ç n général, nous obtenons un ordre de grandeur qui nous permet d’établir
le tableau suivant :
Source : MNHN, Paris
64
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
Poids du calvarium, moyennes
H.
F.
différence
Nord-Guinéens.
727 gr.
543 gr.
184 gr.
Sud-Guinéens.
607
560
47
Néo-Calédoniens.
734
569
165
Noirs en général.
672
576
96
Malgaches.
580 à 650
472 à 570
80 à 108
Les différences sexuelles observées ne sont pas très significatives. Le
poids du calvarium chez les Néo-Calédoniens et les Nord-Guinéens est
élevé, alors que celui des Sud-Guinéens s’apparente à celui des Noirs d’Afrique
ou des Malgaches.
5° Capacité crânienne. L’hétérogénéité des populations mélanésiennes se
traduit par l’existence de deux groupes, l’un à faible capacité (Sud Nouvelle-
Guinée, 1265cc chez les hommes), l’autre à forte capacité (Nord Nouvelle-
Guinée, 1442cc, et Nouvelle-Calédonie, 1426cc). Les Malgaches tendent en
général vers les fortes capacités ainsi que les Noirs d’Afrique du Sud (1432 à
1569cc).
B. — Caractères crâniens (tabl. V à VIII).
1° L’ensemble des Malgaches (sauf les Bara) s’éloigne à la fois des
Mélanésiens et des Noirs d’Afrique du Sud pour les valeurs de l'indice
crânien, avec une dolichocranie proche de la mésocranie. En effet l’indice
crânien est très dolichocrâne chez les Mélanodermes d’Afrique et de
Mélanésie. La répartition des valeurs de l’indice crânien est à peu près
équivalente chez ces derniers, et assez différente de celle des Malgaches.
Les Bara échappent à la règle avec 100% de sujets dolichocrânes.
2° L’indice moyen de hauteur de la voûte, chez les Noirs d'Afrique,
tend vers les fortes valeurs, mais n’est pas très accentué. Les Mélanésiens
sont plus hétérogènes et leurs indices varient d’une valeur moyenne à une
valeur élevée, caractéristique de la carène. Chez les Malgaches, l’hétérogénéité
est effective, mais les valeurs de l’indice ne vont jamais jusqu’à la carène.
Deux populations sur trois chez les Noirs d’Afrique du Sud et les Noirs de
Mélanésie se classent dans la catégorie à voûte haute, le reste dans la catégorie
moyenne. Chez les Malgaches, Antankara, Sakalava et Bara se groupent
dans les catégories moyenne à élevée, alors que Merina et Betsileo montrent
une tendance à l’abaissement de la voûte.
3° Proportions du front. Chez les Malgaches, les courbes frontales sont
en majorité plus longues que les courbes pariétales. Par contre chez les
Néo-Guinéens du Nord et du Sud, la majorité des courbes fontales sont plus
courtes que les courbes pariétales. Les groupes d’Afrique du Sud ne se
différencient pas d’une manière particulière.
Source : MNHN, Paris
I
I
X
Tront.-parlée,
trou occipital
gnathlque
facial aupér.
cr.fac.-transe,
orbitaire
nasal
palatin
angle prof.tôt.
angle prof.al».
dentaire
72,054
71.95
100,062
84,029
87,402
85.16
75.572
80,2
100,116
52.195
97.762
75.426
56.506
79.59
79.502
82,6
67.95
40,894
*
75,429 1.0 0}
74.785 0,885
105,8 1,489
86,298 0,899
85,885 0,942
75,08 1,027
80,258 1,728
.00,95 0,968
55,296 1,872
92,95 2,141
58,176 1,599
71.659 0,856
75.065 0,948
101,758 0,752
85,145 1.109
85.506 0,97
72,2 1.299
79,56 1,485
101,408 1,215
55.754 1.164
96,814 1,46
84,494 1,88
64,092 2,974
5,054
5,592
5.278
5,965
125,25 2,771 I 5,922
Tabl. V. — Moyennes, écarts-types, variabilité des indices chez les Noirs d’Afrique du Sud.
4.64
5.19
4.65
6,56
6,46
4.25<
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
Rapports entre les courbes frontales et pariétales (en %)
N
F>P
F = p
F<P
Mozambique.
18
5,5
94,4
Zoulous.
46
56,5
2,1
41,3 |
Cafres.
38
47,3
5,2
47,3
Betsileo.
60
53,3
8,3
38,3 1
Sakalava.
57
54,3
10,5
35
Merina.
34
52,9
11,7
35,3
Vohémar.
24
37,5
-U
58,3
Sud Nouvelle-Guinée.
88
27,2
7,9
64,7
Nord — —
83
25,3
2,4
72,2
Par ailleurs les proportions générales du front chez les Mélanésiens, les
Noirs d’Afrique et les Malgaches diffèrent assez peu. En effet l’indice frontal-
transversal accuse de faibles écarts entre les trois groupes et reste dans les
mêmes limites de variation. Chez toutes ces populations, le front est large
au niveau des crêtes latérales. Le développement du front par rapport à
l’arrière-crâne est analogue également et la majorité des sujets se situe dans
la catégorie mégasème de Schwalbe.
C. — Caractères faciaux
1° Les proportions de la face par rapport au crâne vont révéler des
aspects différents dans notre étude comparée. Nous avons vu que les
Malgaches se classaient parmi les populations franchement cryptozyges.
Les populations du Sud de l’Afrique, quoiqu’un peu plus hétérogènes, sont
également cryptozyges. Par contre, deux des populations de la Mélanésie
montrent une tendance nette à la phénozygie (136 mm d’écartement bizygo-
matique contre 126 chez les Noirs d’Afrique, le diamètre transverse du crâne
étant analogue). Le groupe du Sud de la Nouvelle-Guinée est plus cryptozyge.
Le tableau de sériations confirme cette tendance à l’élargissement de la
face chez les Mélanésiens. En effet il reste encore 33% de sujets du Sud de
la Nouvelle-Guinée dans la catégorie phénozyge (dont 42% des hommes),
alors que ni les Malgaches, ni les Noirs d’Afrique ne dépassent le taux de
30% environ.
2° Indice facial. Nous avons constaté que l’indice facial est assez peu
variable chez les Malgaches. Les Noirs d’Afrique du Sud se montrent encore
plus homogènes, et les valeurs de leur indice sont très analogues à celles des
premiers. Par contre, l’ensemble des Mélanésiens montre une tendance très
nette à l’abaissement de l'indice et, ce qui offre plus d’intérêt, une remarquable
homogénéité. Les Malgaches et les Noirs d’Afrique se répartissent surtout
Source : MNHN, Paris
SUD Nelle-GÜINES
NORD Nello-BUINEB
NOUVELLE- CALEDONIE
Indice*
N
M
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N
M
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N
M t
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crânien
86
75.602
0,964
4,57
6,21
81
71.759
0,727
5.545
4,66
152
71.654
0,691
4,352
6,07
haut.-long.
55
72,051
0,927
5.51
4,87
79
75.952
0,55 7
2.459
5.5
141
75.458
0,503
5.054
4,05
haut.-larg.
55
98,406
1,272
4,816
4.89
81
102,208
l.lEl
5.45
5,51
141
105,252
0.813
4,952
4.69
moyen de haut.
1*0
82,725
1.152
5.661
4.45
48
85.909
0,742
2.65
5.06
141
87,861
0,429
2,601
2,96
sag.-frontal
79
87.589
0,515
2.545
2.67
77
87.475
0,351
1.486
1.7
90
88,784
0,37
1,801
2.05
front.-transe.
a*
85.958
0,768
5.597
4.28
81
85.524
0,605
2.789
5,23
148
86,086
0.591
5.676
4,27
front.-parlét.
87
70,294
0,856
4,082
5.81
85
72.698
0,87
4.046
5.56
147
72.504
0,65
4,032
5,58
gno chique
4î
103,114
1,289
4,518
4,19
78
101,206
0,872
5.956
5.89
119
105,698
0,668
5.726
5.52
facial supér.
54
50,876
1.079
4.054
7.97
77
51,026
0,917
4,108
8,05
152
51,1
0,57
5.554
6.56
or.fac.-transe.
57
96,142
1.969
7.594
7.9
80
99.274
0,97 2
4,444
4.48
142
101.892
0,772
4,698
4,61
orbitaire
78
81,258
1.125
5,064
6,23
82
80,998
0,96 7
4,568
5.64
147
78,882
0.711
4.408
5.59
nasal
75
52.65
1.095
4.834
9.18
79
51.66
1,02 7
4,666
9.03
145
55.55
0.672
4,142
7.46
palatin
54
85.155
1,926
5.755
6,75
71
85.755
1.55 2
6,594
7.87
-
-
-
-
-
angle prof.tôt.
72
78.895
0,705
5.059
5,88
72
82,116
0,68 6
2,977
5.62
129
76.837
0,566
5.288
4,28
Angle prof.nés.
67
85.561
0,764
5.199
5.84
77
86,891
0,75 6
5.594
5.91
-
-
-
-
-
angle prof.ale.
Maxillaire lnfér
60
leur
66,65
1,601
6,554
9,5
68
66,334
1.72 8
7.278
10,97
125
67.954
1,158
6,614
9.75
Ind.de Long-larg
-
-
22
86.77
2.579
5,82
6,71
60
90,45
1,162
4.598
5.08
■ des largeurs
-
-
-
21
80,426
2.55 5
5.174
6.45
61
79.096
1,168
4,658
5.89
’ branche mont.
-
-
-
22
56,13
2,12 7
4,814
8,58
75
62,512
1,105
4,822
7.71
angle synphys.
-
-
-
-
-
17
91,422
5.08
5,992
6,55
-
-
-
angle gonlaque
-
-
-
-
-
22
112,406
3,486
7.862
6,99
69
115,458
1.397
5.95
5.23
Tabl. VI.
— Moyennes, écarts-types,
ariabilité des indices chez les Noirs de Mélanésie.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
68
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
Tabl. VII. — Sériations des principaux indices du crône chez les Malgaches,
les Noirs d’Afrique du Sud et les Mélanésiens (en %, sexes réunis).
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
INDICE ORBITAIRE INDICE NASAL
N
*-75.9
76-84.9
85-*
N
*-47.9
48-52.9
55-57.9
58-*
Cafr»,
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34.5
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54.4
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INDICE PALATIN
Cafroa
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54.6
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56.3
56,8
50,7
27.5
51.2
27.2
26.3
SK
40.6
9
15.7
Tabl. VII (suite). — Sériations des principaux indices du crâne chez les Malgaches,
les Noirs d'Afrique du Sud et ies Mélanésiens (en %, sexes réunis).
Source : MNHN, Paris
70
COMPARAISONS CRANIOI.OGIQUES
entre les catégories mésène et leptène, alors que les Mélanésiens se groupent
dans les catégories mésène et euryène.
3° Le prognathisme. Nous passerons rapidement sur les valeurs de l'indice
gnathique pour considérer surtout les valeurs des différents angles faciaux.
Les Malgaches, si l’on considère les seules données de l’indice gnathique,
ne sont pas caractérisés par un prognathisme très affirmé. Les Noirs
d’Afrique olTrent également un prognathisme peu notable. Les Mélanésiens
semblent présenter une saillie du massif facial plus accusée.
Si l’on étudie les données respectives fournies par les angles du profil
total, du profil nasal et du profil alvéolaire, on remarque une certaine diffé¬
renciation à l’intérieur des groupes. Ainsi les Bara s’éloignent des autres
populations malgaches, dont les angles total et nasal montrent une certaine
tendance à l’orthognathisme, pour se caractériser par un mésognathisme
de l’ensemble de la face. De plus, le massif alvéolaire est hyperprognathe
chez les Bara. Les valeurs des différents angles des profils des Cafres se
rapprochent de celles des Bara, avec un mésognathisme du massif facial
allié à un hyperprognathisme du massif alvéolaire.
Chez les Mélanésiens, l’hétérogénéité se manifeste surtout dans les valeurs
fournies par les angles de profil total et nasal, et les groupes se scindent en
trois types : l’un (Néo-Calédoniens) chez qui le massif facial fait une assez
forte saillie ; un second (Sud-Guinéens) dont le prognathisme total est un
peu moins accentué, enfin un troisième (Nord-Guinéens), caractérisé par une
face mésognathe. Chez ces trois populations, le massif alvéolaire est fortement
projeté en avant.
En gros, la plupart des groupes malgaches (sauf les Bara), s’éloignent
des Noirs d’Afrique du Sud et de ceux de Mélanésie, sous l’angle du progna¬
thisme, plus atténué chez eux que chez les autres grands groupes.
4° L'indice orbitaire. 11 se traduit par une mésoconquie vraie chez tous
les groupes malgaches. Chez les Cafres, l'indice indique une tendance à la
chamaeconquie. Les Mélanésiens sont mésoconques, et offrent des valeurs
plus élevées que celles des Malgaches, sauf les Néo-Calédoniens dont l'indice
est bas.
Les Malgaches se situeraient donc entre les Noirs d’Afrique et les
Mélanésiens pour l’indice orbitaire. Le tableau de sériations montre que les
Malgaches tendent à la chamaeconquie, alors que les Mélanésiens sont très
nettement mésoconques.
5° L'indice nasal. Nous avons vu que les Malgaches sont plus ou moins
platyrhiniens et jamais mésorhiniens (sauf Vohémar). Chez les Noirs d’Afrique
du Sud, la platyrhinie est accentuée et les indices varient entre 56 et 58.
Par contre, si les Néo-Calédoniens se caractérisent également par une
certaine platyrhinie, les deux populations de la Nouvelle-Guinée se classent
franchement parmi les groupes mésorhiniens. En effet, les deux tiers des
sujets se trouvent dans les catégories lepto et mésorhinienne, alors que les
Noirs d’Afrique appartiennent aux catégories platy et hyperplatyrhinienne,
et que les Malgaches sont surtout dans les catégories méso et platyrhinienne.
6° L'indice palatin. Cet indice sépare également les Noirs d’Afrique de
ceux de la Mélanésie. Les premiers sont leptostaphylins/limite méso, les
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
71
seconds sont méso-brachystaphylins. Quant aux Malgaches, ils sc classent
entre ces deux groupes et sont très variables.
D. — Le maxillaire inférieur
Dans l’ensemble, les auteurs se sont assez peu attachés aux caractères
de la mâchoire chez les Noirs d'Afrique et chez ceux de la Mélanésie.
1° L’indice de longueur-largeur. Cet indice est assez homogène chez les
Malgaches. Chez les Mélanésiens, il varie entre des valeurs plus faibles et
des valeurs plus fortes. Les données manquent sur les Noirs d’Afrique.
2° L’indice des largeurs tend à être légèrement plus faible chez les
Mélanésiens que chez les Malgaches ou les Noirs d’Afrique.
3° L’indice de la branche montante est assez variable au sein même des
groupes et ne donne pas de résultats très positifs.
4° Angle de la symphyse. Chez la seule population mélanésienne qui
offre quelque donnée sur ce point (Nord Nouvelle-Guinée), l’angle est très
ouvert, c'est-à-dire, correspond à un menton très effacé.
Pour les Noirs d’Afrique, les données fournies par Martin sur les Noirs
e n général, indiquent des moyennes plus faibles (82° contre 91° chez les
Mélanésiens).
Les Malgaches semblent se diviser en deux groupes : l’un à angle sym-
Physien assez faible, dénotant un menton saillant, et un autre, où les valeurs,
Plus fortes, indiquent un menton plus elTacé. Aucune population ne se
rapproche de la moyenne des Néo-Guinéens.
5° Angle goniaque. Le degré de redressement de la branche montante
semble isoler également les Mélanésiens des autres groupes mélanodermes.
L’angle goniaque est chez eux peu ouvert, la branche est redressée, et les
valeurs vont de 112 à 113°. Les Malgaches ne descendent pas au-dessous
de 119», et leurs valeurs s’étalent entre 119 et 124°. Chez les Noirs du Mozam¬
bique, l’angle est de 123° et caractéristique d’une branche oblique.
6° Indice dentaire. Cet indice, étudié par S. de Félice (1948) chez les
Néo-Calédoniens, présente une valeur moyenne de 42,7. Les Noirs d Afrique
diffèrent peu de ce chiffre. Par contre, l’indice, chez les Malgaches, tend vers
les valeurs élevées.
En résumé, les Noirs d’Afrique du Sud et les Noirs de Mélanésie présentent
un certain nombre de caractères communs, notamment, outre une épaisseur
des parois crâniennes analogue et un occiput assez arrondi, une dolichocranie
franche, une voûte crânienne moyenne (Cafres et Sud-Guinéens) ou élevée
(Zoulous, Mozambique, Nord-Guinéens, Néo-Calédoniens), un front large
Par rapport au crâne, une face de hauteur moyenne et un prognathisme
alvéolaire accentué. .
Par ailleurs, différents caractères éloignent les Noirs d Afrique et de
Mélanésie : les arcades sus-orbitaires sont moins saillantes chez les premiers,
la capacité crânienne est plus élevée et le poids du calvarium plus faible.
Le prognathisme facial est moins accentué, la face moins large par rapport
Source : MNHN, Paris
72
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
au crâne, la platyrhinie plus affirmée. Les orbites sont plus basses, le palais
plus allongé. Sur la mâchoire inférieure, la symphyse est moins effacée et
la branche montante plus oblique.
Les Malgaches semblent se diviser en deux groupes : un groupe relative¬
ment homogène et comprenant les Betsileo, les Merina, les Sakalava et la
série de Vohémar, et un groupe comprenant les Bara. Le premier s’éloigne
des types d’Afrique du Sud et des types de Mélanésie avec une dolichocranie
proche de la mésocranie.un prognathisme facial et alvéolaire plus atténué et un
palais moyen. Mais chez eux, comme chez les Noirs d’Afrique et de Mélanésie,
la voûte crânienne est moyenne ou élevée, le front est large, la face moyenne.
En outre, comme les Noirs d’Afrique, leur face est moins large que leur crâne,
leur platyrhinie est plus accentuée, leur menton plus saillant et la branche
montante plus oblique que chez les Mélanésiens.
Quant aux Bara, par contre, presque tous leurs caractères semblent les
rapprocher davantage des Noirs d’Afrique du Sud que des Mélanésiens.
Leurs orbites sont cependant plus hautes et leur nez moins platyrhinien.
Cependant les caractères des Noirs d’Afrique du Sud ne sont pas assez
franchement éloignés de ceux des Noirs de Mélanésie pour qu’une simple
vue d’ensemble apporte une solution à notre problème. Aussi une étude
plus approfondie basée sur la comparaison de chaque groupe malgache à
chacun des groupes d’Afrique du Sud et de Mélanésie s’avère-t-elle nécessaire.
III. — Comparaison des Malgaches et des Mélanésiens
Cette étude sera basée sur la signification statistique de la différence
entre les moyennes (tabl. IX) (*).
A. — Malgaches et néo-calédoniens
Dans l’ensemble le nombre des caractères différents est très nettement
supérieur au nombre des caractères analogues. Ainsi les Betsileo offrent
13 caractères différents, sur un total de 10 caractères ; les Sakalava,
11 caractères sur 15 ; Vohémar, 10 sur 15. Quant aux Bara, le nombre des
caractères différents égale le nombre des caractères analogues, et les valeurs
de D sont très élevées, de 3,2 à 7. Nous pouvons faire la même observation
pour les autres groupes : non seulement le nombre des caractères différents
est plus élevé, mais la valeur numérique de ces différences est très forte
(D = 2 à 14), ce qui signifie que les caractères différents, quand ils existent,
sont extrêmement marqués.
Parmi les plus éloignés des Néo-Calédoniens, se trouvent les Betsileo.
La différence la plus caractéristique porte sur la saillie du massif facial qui
est très atténuée chez les Betsileo. Parmi les principaux caractères diffé-
(1) Nous avons séparé les caractères dont les différences n'étaient pas significatives,
c'est-à-dire inférieures à 2, des caractères dont les différences étaient supérieures à 2,
donc significatives. Les premiers se trouvent rassemblés dans la colonne des caractères
analogues, les seconds dans celle des caractères différents.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
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Comparaison des caractères crâniens des Malgaches, des Noirs d’Afrique du Sud et des
fies Merina, peu différents des Belsileo, ont ili supprimés du tableau).
74
COMPARAISONS CUANIOLOGIQUES
rentiels, on peut noter un indice crânien plus mésocrâne chez les Betsileo,
une voûte plus basse, un front plus bombé et moins large, une face plus haute
et plus étroite, un nez plus large, un massif facial beaucoup moins saillant,
un prognathisme alvéolaire moins marqué. Viennent ensuite les Sakalava :
également chez eux, on constate que c’est la saillie du massif facial qui offre
le plus de divergence (D = 13,9) ; l’indice crânien est plus mésocrâne, la
voûte moins élevée, le front moins plat mais aussi large, la face plus haute
et plus étroite, le massif facial moins saillant, le prognathisme moins marqué.
La saillie du massif facial présente aussi chez Vohémar le plus de différence ;
l’indice crânien est plus mésocrâne, la voûte plus basse, le front moins aplati
et plus étroit, la face plus haute et plus étroite, le prognathisme moins
accentué et le massif facial moins saillant.
B. — Malgaches et sud-guinéens
Le nombre des caractères différents l’emporte sur celui des caractères
analogues, bien qu'on puisse observer une augmentation générale du nombre
de ces derniers. En effet les Sud-Guinéens semblent se rapprocher beaucoup
plus du type mélanoderme classique que les Néo-Calédoniens dont les traits
rudes sont très éloignés du type africain.
Entre les Betsileo et les Sud-Guinéens, il reste 8 caractères différents
et les différences sont moins accentuées (D = 2 à 5,8). On trouve 9 caractères
différents chez les Sakalava, 10 chez Vohémar et les Bara.
Ce sont donc les Betsileo qui offrent le moins de différence. L’indice
crânien est analogue, ainsi que la faible hauteur de la voûte — tout à fait
aberrante chez les Betsileo par rapport aux autres groupes malgaches — ;
le développement du front est identique ainsi que l’élargissement de la face.
Celle-ci est en effet beaucoup moins large chez les Sud-Guinéens que chez
les autres groupes mélanésiens. Par contre, le front est plus bombé chez les
Betsileo, la face est plus haute, les orbites plus basses, le nez bien plus large,
le palais plus allongé, le massif facial moins saillant et le prognathisme
moins marqué.
Comparés aux Sud-Guinéens, les Sakalava offrent le même indice crânien,
le même bombement du front, l’indice facial est analogue, et la face aussi
large. Mais la voûte crânienne est beaucoup plus haute chez eux, les orbites
plus basses, le nez plus large, le palais plus allongé, le massif facial moins
saillant et le prognathisme alvéolaire moins marqué.
Les caractères différentiels chez Vohémar sont aussi nombreux : méso-
cranie, voûte plus haute, front plus large, face plus haute, orbites plus basses,
nez plus large, massifs facial et alvéolaire plus atténués. Mais le degré de
bombement du front et son élargissement, la largeur de la face et l’indice
palatin sont équivalents.
Les Bara se classent parmi les groupes les plus éloignés des Sud-Guinéens :
bien que leur face soit aussi large, leur nez de largeur analogue, la saillie
du massif facial et le prognathisme très équivalents, un indice crânien plus
dolichocrâne, une voûte crânienne plus élevée, un front plus bombé et plus
large, une face plus haute, des orbites plus basses et un palais moins large,
font des Bara également un groupe caractéristiquement différent des popu¬
lations du Sud de la Nouvelle-Guinée.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
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Source : MNHN, Paris
76
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
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Fig. 17. — Tableau de combinaison de quelques
indices chez les Mélanésiens.
Source : MNHN, Paris
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Pig. 18. — Tableau de combinaison de quelques indices chez les Noirs d'Afrique
sud-orientale
Source : MNHN, Paris
78
COMPARAISONS CRANIOLOCIQUES
C. — Malgaches et nord-guinéens
Comparées aux Nord-Guinéens les populations malgaches offrent un
certain nombre de caractères différents : ainsi les Betsileo avec 15 caractères
différents sur 19, Vohémar avec 12 caractères sur 19, et les Bara avec 9
caractères sur 14, se différencient notablement des Nord-Guinéens. Par
contre les Sakalava offrent un peu plus de caractères analogues que de
caractères différents, 9 sur 17, parmi lesquels tous les indices de la mâchoire
inférieure, la hauteur de la voûte crânienne, certains indices frontaux, les
indices facial et palatin. Mais il subsiste encore un nombre élevé de caractères
différents, tels que l’indice crânien, plus mésocrâne chez les Sakalava, la
face moins large, les orbites plus basses, l’ouverture nasale plus élargie et
le massif facial beaucoup moins saillant.
Comparés aux Nord-Guinéens, les Bara ont un indice crânien analogue,
une voûte crânienne aussi élevée, un front aussi large. Mais leur front est
plus bombé, leur face plus haute et plus étroite, leurs orbites plus basses,
le nez plus large, le palais plus allongé, le massif facial plus saillant dans
son ensemble, mais moins prognathe dans la région alvéolaire.
Chez la série de Vohémar, la très grande majorité des caractères les
éloignent radicalement des Nord-Guinéens. Ils sont en effet plus mésocrânes,
ont une voûte crânienne moins élevée, une face plus haute et bien plus étroite,
des orbites plus basses, un nez plus large, un massif facial plus orthognathe
dans son ensemble, et moins prognathe dans la région alvéolaire, le menton
plus saillant et la branche montante de la mâchoire inférieure plus oblique.
Quant aux Betsileo, tous leurs caractères sauf 4 les différencient profon¬
dément des Nord-Guinéens. C’est ainsi qu’ils sont plus mésocrânes, ont
une voûte beaucoup plus basse, un front plus bombé et moins large, une
face plus haute et plus étroite, des orbites un peu plus basses, un nez plus
large et un prognathisme alvéolaire moins accusé ; en outre tous les carac¬
tères de la mâchoire inférieure différent, notamment une branche montante
plus haute et plus oblique, un menton plus saillant et des gonions plus
marqués.
IV. — Comparaison des Malgaches
et des Noirs d’Afrique du Sud (tabl. IX)
A. — Malgaches et Cafres
Chez trois populations malgaches sur quatre (Vohémar, Sakalava,
Betsileo), nous trouvons encore une prédominance des caractères différents.
Cependant le déséquilibre est nettement moins accusé que pour les Méla¬
nésiens en général, et le nombre des caractères analogues est pour la plupart
presque équivalent au nombre des caractères différents.
Par ailleurs le tableau comparatif des Bara et des Cafres fait ressortir
pour la première fois une parenté manifeste entre ces deux populations :
sur 14 caractères comparés, nous obtenons 12 caractères équivalents pour
2 caractères différents, mais où les différences ne sont pas très mar-
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
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Fig. 19. — Profils graphiques des Mélanésiens comparés aux Betsileo.
Fig. 20. — Profils graphiques des Noirs d'Afrique du Sud comparés aux Betsileo.
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^*8. 21- — Profils graphiques des Noirs d'Afrique du Sud et des Mélanésiens comparés
aux Bara.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS CRANIOLOCIQUES
quées (D = 2 et 2,9). Ainsi presque tous les indices des Bara se confondent
avec ceux des Cafres. Seuls le bombement du front, plus plat chez les Cafres,
et leurs orbites plus basses, empêchent une identification totale entre les
deux populations.
Les Sakalava, dont le nombre des caractères différents égale celui des
caractères analogues, se classent après les Bara, avec 8 caractères différents
sur 16. Ils sont en effet plus mésocrânes, ont une voûte plus élevée, un front
moins large, des orbites plus hautes et surtout un prognathisme de la face
beaucoup moins marqué.
Ces différences essentielles entre les indices crâniens et les prognathismes
se retrouvent chez les deux autres populations, outre une face plus haute et
plus étroite chez Vohémar et un front plus bombé chez les Betsileo.
Nous pouvons donc remarquer dès maintenant, que si les Bara, dans
l’étude comparée avec les Mélanésiens, s’alignaient avec les autres groupes
malgaches — sans accuser d’analogies ou de différences plus marquées —,
dans leur comparaison avec les Cafres (puis nous le verrons plus loin avec les
Noirs du Mozambique), ils se détachent des populations voisines pour se
rapprocher tout à fait franchement des groupes noirs d’Afrique du Sud.
B. — Malgaches et Zoulous
Ici les tendances sont inversées, et le nombre des caractères différents
égale le nombre des caractères analogues chez les Bara, quoique le petit
nombre de caractères comparés ne permette pas d’aboutir à des conclusions
bien nettes. La voûte crânienne est plus basse chez les Bara, la face est plus
large et le nez moins large.
Les autres groupes se comportent de façon diverse. Les Sakalava s’éloi¬
gnent assez franchement des Zoulous et ne s’en rapprochent guère que par
la hauteur de la voûte et l’indice facial. Les Betsileo, par contre, malgré
4 caractères différents sur 10, dont une hauteur de voûte plus faible, une face
plus large et un front moins développé, tendraient à se rapprocher des
Zoulous : analogie de l’indice crânien, du prognathisme, des indices facial,
nasal et dentaire.
Chez Vohémar, le nombre des caractères différents et analogues s’équi¬
libre, quoique les principaux caractères comme les indices crânien, moyen de
hauteur et nasal, diffèrent assez nettement. La mésocranie est plus marquée
chez Vohémar, la voûte crânienne plus basse, le front plus étroit et le nez
moins large, bien que franchement platyrhinien cependant.
Dans l’ensemble, les populations malgaches tendraient à se différencier
des Zoulous.
C. — Malgaches et noirs du Mozambique
Si l’on considère l’ensemble des tableaux de comparaison des Malgaches
et des Mozambique, un point commun et essentiel s'en dégage : chez tous
les groupes, les caractères analogues l’emportent sur les caractères différents,
ce que nous n’avions observé avec aucune autre population d’Afrique ou de
Mélanésie.
Source : MNHN, Paris
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Muséum. — Zoologie, t. XIX.
Tabl. IX (7). — Signification statistique de la différence entre les moyennes chez les Malgac
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
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Tabl. IX (4). — Signification statistique de la diftérence entre les moyennes, chez les Malgac
COMPARAISONS CRANIOLOGIQUES
85
Ce sont les Bara, avec un seul caractère différent sur 8 caractères envi¬
sagés, l’indice nasal, qui offrent le maximum de similitude. La dolichocranie,
la hauteur de la voûte, les proportions du front, celles de la face et le pro¬
gnathisme sont extrêmement rapprochés chez les deux groupes et les valeurs
de D ne dépassent pas 0,8. L’indice nasal lui-même, plus faible chez les Bara,
n'offre qu’un écart de 2,25, donc peu accentué. L’analogie de ces deux popu¬
lations est tout à fait évidente (le graphique de Mollison illustre bien leurs
affinités raciales, fig. 21).
Les Betsileo et la série de Vohémar, avec 4 caractères différents sur 12,
peuvent également se classer parmi les groupes apparentés aux Noirs du
Mozambique, bien qu’ils se situent assez loin derrière les Bara, fait dû sans
doute à l’intervention de l’élément xanthoderme. Les Betsileo dilïèrent
essentiellement des Mozambique par leur tendance à la mésocranie, l’abaisse¬
ment de la hauteur de leur voûte et un certain rétrécissement du front. De
même, la série de Vohémar en diffère par leur mésocranie, leur front plus
étroit et quelques caractères de la mâchoire inférieure.
Les Sakalava sembleraient s’éloigner davantage des Noirs du Mozam¬
bique : tendance à la mésocranie, prognathisme plus atténué, ouverture
nasale moins large.
En résumé , l’étude des tableaux de comparaison fait ressortir plusieurs
faits essentiels :
а) Les populations malgaches dans l’ensemble différent davantage des
poupes noirs de Mélanésie que des groupes noirs d’Afrique du Sud.
б) Le groupe Bara et avec lui peut-être une partie des populations du
Sud de Madagascar, s’éloigne franchement des types mélanésiens pour se
rapprocher et presque s’identifier aux Cafres et surtout aux Noirs du Mozam¬
bique. Les affinités raciales des Bara avec le type noir d’Afrique du Sud sont
donc extrêmement nettes.
c) Si les autres groupes malgaches s’éloignent de façon assez marquée
en général des populations mélanésiennes, par contre, ils offrent moins de
critères de similitude raciale avec les Noirs d’Afrique du Sud que les Bara.
fis ne sont pour la plupart pas très éloignés des Noirs d’Afrique, mais pas
sssez proches pour permettre une conclusion aussi nette que celle offerte
Par les Bara. Cependant pour les trois populations envisagées, une certaine
affinité avec les Noirs du Mozambique semble s’esquisser : le nombre des
caractères analogues pour les trois groupes l’emporte sur le nombre des
caractères différents.
d) L’influence de l’élément xanthoderme qui n’a apparemment pas
bouché les Bara, paraît avoir modifié suffisamment et d’une manière inégalé,
le type noir originel, pour expliquer le comportement ambigu de presque
toutes les populations de Madagascar. En effet certains caractères de meso-
oéphalisation et d’atténuation du prognathisme, notamment, qui éloignent
ces populations du type noir — modifications que ne présentent pas les
Bara — ) peuvent se trouver justifiés par l’intervention, historiquement
Incontestable, d’éléments indonésiens plus ou moins anciens. C’est ce pro¬
blème que nous envisagerons dans le chapitre suivant.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE VI
L’ÉLÉMENT XANTHODERME A MADAGASCAR (Craniologie)
Nous avons vu dans le chapitre précédent qu’un certain nombre de
caractères différencient la plupart des groupes malgaches des groupes du
Mozambique auxquels nous avions rattaché étroitement les Bara. Tous ces
caractères différentiels ne se retrouvent pas à la fois dans chaque groupe,
mais sont inégalement répartis dans l’ensemble des populations considérées.
Et une question immédiatement se pose : dans quelle mesure 1 élément
migrateur indonésien mêlé aux populations malgaches depuis une époque
indéterminée, est-il venu modifier les caractéristiques raciales de ces popu¬
lations, c’est-à-dire pratiquement, et ce sera la base de notre étude, l’apport
des caractères spécifiques d’une population quelconque indonésienne — à
déterminer —, est-il en mesure d’expliquer cette différenciation observée
chez les Malgaches?
Le principal obstacle dans cette étude provient de l’ignorance où nous
sommes de l’origine précise des éléments migrateurs indonésiens. Or l’Asie
du Sud-Est est un creuset de races diverses, les unes ayant refoulé les autres
e t s'étant plus ou moins intriquées par la suite. Trois couches raciales au
moins peuvent être distinguées dans l’archipel malais : les Negrito, les
Proto-Malais et les Deutero-Malais. Nous écarterons les premiers, complè¬
tement différents des Malgaches, et non navigateurs. Les Proto-Malais,
mésocéphales, offrent des caractères mongoloïdes atténués et correspondent
à la race indonésienne proprement dite, très complexe et diverse. Les Deutero-
Malais, à caractères plus franchement mongoloïdes, résulteraient de la
fusion des Indonésiens avec un élément mongol venu par mer. Ils forment
une population de navigateurs qui ont parcouru les océans, et on pourrait
voir en eux les colonisateurs de Madagascar. Cependant, selon Ten Kate
(1881), les Merina correspondraient aux Battak de Sumatra, représentants
du type proto-malais. Cette population a été étudiée par A. Frank en
1937 (80 crânes masculins), et nous utiliserons ses données.
Par ailleurs, dans l’impossibilité de trouver une série suffisante de repré¬
sentants du type deutero-malais dans les sources bibliographiques, nous
avons dû pratiquer nous-mêmes des mesures sur une série de 35 crânes
masculins de Javanais appartenant aux collections du Musée de l’Homme.
Le sont les caractères crâniens de ces deux populations, Battak et Javanais,
que nous confronterons avec ceux des séries malgaches (Betsileo, Sakalava,
Merina, Vohémar).
Source : MNHN, Paris
l’élément xanthoderme (craniologie)
I. — Comparaison des Malgaches et des Indonésiens
L’examen du tableau X révèle que les caractères différentiels que nous
avons relevés, se répartissent en caractères intermédiaires entre les Noirs
d'Afrique et les Jaunes, et en caractères spécifiques de chaque groupe. Nous
examinerons séparément l’évolution de chaque indice chez les Malgaches.
1° Indice crânien. Cet indice est analogue chez les Indonésiens et proche
de la brachycranie, dolichocrâne franc chez les Noirs, dolicho/mésocrâne
chez les Malgaches et assez peu variable. Les moyennes se situent pour
ces derniers à mi-chemin entre les Noirs et les Jaunes et pourraient être
attribuées, semble-t-il au premier abord, à un fait de métissage, si la question
de la mésocéphalisation des populations actuelles ne se posait pas. Ce phéno¬
mène, observé et étudié par nombre d’auteurs, est universellement reconnu
et a donné lieu à diverses interprétations que nous n’exposerons pas ici (*).
Mais il est un fait que la mésocéphalisation est reconnue chez des populations
même endogames où n’intervient pas le facteur métissage.
A Madagascar, le problème est difficile à trancher, mais il faut observer
que, si par hypothèse, ce phénomène avait réellement lieu au sein des popu¬
lations, il devrait également s’appliquer sans distinction aux populations
Bara, et la mésocéphalisation serait générale, puisque l’isolement ou l’endo¬
gamie n’empêche pas sa manifestation. Or il n'en est rien, les Bara sont doli-
chocrânes francs et semblent avoir conservé la pureté de leur origine raciale.
Il semble donc que la mésocranie des Betsileo, Sakalava, Merina et
Vohémar, résulte bien d’un phénomène d'hybridation, et que l’indice crânien,
hérité de deux souches parentales très différentes, offre un caractère inter¬
médiaire. Les auteurs qui se sont intéressés aux effets du métissage entre
races différentes, notamment, bien que très rarement, entre les Jaunes et
les Noirs, s'accordent pour observer le caractère le plus souvent intermédiaire
des hybrides (Fisher 1913, Trevor 1953, Schreider 1955). Trevor a
notamment mis en lumière non seulement le fait que « la moyenne de chaque
caractère de la population hybride est intermédiaire entre les valeurs corres¬
pondantes des populations parentales », mais qu'elles sont « plus proches de
la valeur moyenne de celle des populations parentales qui a le plus contribué
au croisement. Trevor insiste particulièrement sur l’importance numérique
de chaque groupe » ( 1 2 ). Si l’on applique cette dernière constatation aux Mal¬
gaches, on s'aperçoit que ce sont les Merina qui se rapprochent le plus, sous
l’angle de l’indice crânien, des Indonésiens.
Cependant il est difficile d’admettre que les caractères crâniens s’héritent
en bloc, et, selon Weidenreich (1945), l’indice crânien n'est que la traduc¬
tion d’une relation entre deux dimensions qui peuvent s’hériter séparément
et indépendamment. C’est pourquoi nous avons mis en parallèle les dimensions
absolues, diamètre antéro-postérieur et diamètre transverse, des différents
groupes envisagés.
(1) D. Ferembacii les a exposées dans un chapitre consacré à l'origine et l’évolution
de la brachycranie. Bull, el Mém. Soc. d'Anthropologie de Paris, 1956, t. 7, pp. 1-131.
(2) Gessain (R.). Aspects ethniques et individuels des mélanges de populations.
La Progenèse, 1955, p. 118.
l’élément xanthoderme (craniologie)
89
Ainsi les Betsileo offrent un diamètre antéro-postérieur analogue à celui
des Noirs du Mozambique et un diamètre transverse proche de celui des
Indonésiens. Ils auraient donc hérité à la fois du crâne allongé des Mélano-
dermes et du crâne large des Xanthodermes, les deux dimensions, tempérées
l'une par l'autre, donnant lieu à un indice crânien intermédiaire. Les Sakalava
sc comportent comme les Betsileo, mais avec une atténuation de la longueur
du crâne parallèle à une diminution de son diamètre transverse. Les Merina
offrent aussi une longueur plus proche des Noirs que des Jaunes et une
largeur plus proche des Jaunes, ainsi que la série de Vohémar. L étroitesse
de la boite crânienne des Mélanodermes ne semble pas avoir joué un rôle de
facteur dominant, mais plutôt récessif par rapport au diamètre transverse
élevé de la souche xanthoderme. Inversement, le grand allongement de
leur tête semble avoir joué un rôle de facteur dominant (*).
2° Indice moyen de hauteur. Les faits sont ici moins clairs et les carac¬
téristiques malgaches moins homogènes. Une grande diversité de 1 indice
rooyen de hauteur les oppose. En outre, Battak et Javanais offrent deux ten¬
dances : les premiers ont un crâne de hauteur moyenne, les seconds un crâne
élevé. Aussi peut-on considérer deux hypothèses : l’abaissement de la voûte
chez les Betsileo, les Merina et Vohémar serait dû soit à un caractère spé¬
cifique de ces populations (mutation?) — dû à un facteur écologique ou
à d’autres facteurs —, soit â une souche parentale correspondant aux Battak,
auquel cas les Malgaches se comporteraient en hybrides à caractères inter¬
médiaires — mais alors comment expliquer l’élévation particulière du crâne
des Sakalava, normale si les on considère influencés par la souche javanaise?
La question reste en suspens tant que l’origine indonésienne ne se dégagera
Pas de façon plus précise de cette étude.
3° Indices frontaux. Si on ne considère que la série des Javanais, les
indices des Malgaches répondent à un caractère intermédiaire, en gros,
entre les deux souches. Par contre la similitude des indices Battak et Mozam¬
bique n’expliquerait pas la variété des indices malgaches. Le même problème
9ue pour l'indice de hauteur se pose donc, mais inversement.
Par ailleurs, il subsiste un caractère spécifique chez les Malgaches, si 1 on
considère les dimensions absolues du front, maximum et minimum, presque
généralement plus élevées que celles des Noirs ou des Indonésiens. II s’est
Produit ainsi un élargissement général du front chez les Malgaches par
rapport aux souches parentales.
L’indice fronto-pariétal se montre assez différent chez les Indonésiens
et les Noirs, plus petit, chez les premiers par suite de l'influence d’un diamètre
transverse élevé du crâne qui abaisse la valeur de l’indice. Comparés à eux,
le s Malgaches se montrent homogènes et offrent un caractère intermédiaire.
4° Indice cranio-facial transversal. L’élargissement de la face par rapport
f l’arrière-crâne n’est très marquée ni chez les Noirs ni chez les Javanais, et
leur s indices diffèrent peu de ceux des Malgaches, plus ou moins înter-
(1) Cette hypothèse va 0 rencontre .le celle de Wkidbnreicii qui pense que « les
grandes labeurs de In tfito dominent sur les petites et que les courtes longueurs de Mc
* a lhrmenl aux dépens de Licteurs héréditaires rendant In tête longue ..
Source : MNHN, Paris
90
l’élément xanthoderme (craniolocie)
médiaires entre ces deux souches. Par contre, l’écart est beaucoup plus
élevé si on considère isolément le diamètre bizygomatique et sa valeur plus
faible chez les Mozambique. Les Malgaches oITrent bien une valeur inter¬
médiaire, mais plus proche des Javanais que des Noirs, et ce caractère irait
peut-être de pair avec l’élargissement de leur crâne.
5° Indice gnathique. Cet indice est identique chez les Battak et les
Javanais qui sont des mésognathes très atténués, alors que les Mozambique
tendent vers le prognathisme. Sakalava, Merina et Vohémar se comportent
en hybrides intermédiaires, mais les Betsileo manifestent une tendance
plus affirmée au prognathisme. Les valeurs des angles faciaux montraient
pour tous les groupes un caractère très atténué, certainement dû à l’inter¬
vention du facteur xanthoderme.
6° Indice orbitaire. Cet indice est très différent chez les Cafres et les
Javanais : ces derniers ont des orbites plus arrondies et plus hautes. De
nouveau les Malgaches se situent à mi-chemin entre ces deux groupes,
quoiqu’ils soient pour la plupart plus proches des Jaunes que des Noirs.
L’influence des Javanais s’est manifestée surtout sur la hauteur de l’orbite,
plus haute chez les Malgaches que chez les Cafres, sans diminuer sa largeur.
7° Indice nasal. Platyrhinien chez les Battak, mésorhinien chez les
Javanais, très platyrhinien chez les Noirs, l’indice nasal est assez variable
chez les Malgaches, mais platyrhinien. L’indice des Battak est trop pla¬
tyrhinien pour expliquer l'atténuation de celui des Sakalava ou de Vohémar,
par contre la mésorhinie des Javanais alliée à la platyrhinie des Mozambique
serait parfaitement susceptible d’expliquer tous les indices intermédiaires
que nous constatons chez les Malgaches, avec prédominance de l'une ou
l’autre souche, si le problème de l’indice nasal des Bara ne se posait pas. En
effet, rappelons que cet indice, chez cette population non touchée par le
métissage, est d'une platyrhinie très atténuée, et représente le seul caractère
qui la différencie des Mozambique. Aussi deux hypothèses se présentent elles :
Soit que les Bara correspondent à une population noire plus ancienne
que les Mozambique, et à ouverture nasale moins élargie — et ce caractère
se conserverait chez quelques populations malgaches —,
Soit que les variations observées chez les Malgaches correspondent à un
phénomène d'adaptation au milieu, dont l’existence a été prouvée par
quelques auteurs. Thomson et Buxton (1923) constatent en effet une
corrélation entre les isothermes et l’indice nasal qui différerait au hasard
des migrations chez une même race. Davies (1932) remarque aussi ce phéno¬
mène, bien que très atténué, et Millot (1952) considère l’influence du
milieu comme indéniable, mais fortement exagérée par Thomson, et très
lente. Il ne nous est pas possible de trancher en cette matière et nous pouvons
seulement remarquer que les Noirs du Mozambique, à nez large, vivent en
climat humide et chaud, et que les Bara, au nez plus étroit, vivent en climat
sec (et chaud).
Quoi qu’il en soit, l’indice nasal est considéré comme un caractère très
instable, dont la variabilité est très accentuée chez toutes les races humaines.
8° Indice palatin. Cet indice ne pose aucun problème, le caractère inter-
91
l’élément xanthoderme (craniolocie)
médiaire des Malgaches est très net : mésostaphylins, ils se situent, à des
degrés divers, entre les Noirs, leptostaphylins, et les Indonésiens, fortement
brachystaphylins. L’évolution de cet indice par rapport aux Noirs, porte
surtout sur un élargissement du palais associé à un certain raccourcissement
(sauf pour les Betsileo).
9° Capacité crânienne. Les Javanais sont assez peu différents des Noirs,
alors que les Battak offrent une capacité franchement plus faible. Les Mal-
Indices
AFRIQUE
47 h.
Betsl.
40 H.
MADAOA
akal.
}1 H.
SCAR
Kerln.
18 H.
yohém.
28 H.
INDON
Battak
80 H.
ESIE
Javanais
55 H.
crânien
71,6
74.2
74,6
75.8
75.1
79
79.4
"»yen de haut.
85.1
82,2
86,2
8),2
84.5
84,4
87.4
front.-trans».
85,5
85,5
85.2
85,5
85,5
85
82,8
front.-parlée.
72.2
70,8
71.5
70,2
70,4
68.)
67.2
cr.fac.-trsnsv.
96.8
96.8
96.8
95.2
96.6
-
95.6
gnathlque
ioi,4
102,2
99.8
100,8
100,5
98,1
98.8
orbitaire!Cafres) 75.4
79.6
77.1
78,5
78,2
-
80,5
nasal
56.9
56,6
55.5
55
55.4
54.5
51.2
Palatin! Cafres)
79.5
80,5
82
84,8
85
88.4
89.6
capacité cran.
I4îî
1485
1440
1475
1555
1551
1455
D.A.P.
18}
185
181
180
180
174
175
D.T.
1}1
157
155
157
155
1)8
159
H.bas.-bregm.
154
155
1)6
152
155
1)2
157
Pr. maximum
110
117
114
115
lll
lll
il)
p r. minimum
94
97
96
96
95
94
95
Diam.blzygom.
126
1)2
1)1
150
150
-
155
t.basion-nasion
10)
100
101
97
98
97
98
L. bas ion-pros th
on 102
10}
100
98
98
95
97
H.orbite
52
55
54
54
54
52
54
1.orbite
45
44
44
45
45
-
42
H.nez
49
49
50
49
49
50
51
l.nez
27
28
27
27
26
27
26
L * Palais
49
50
48
48
47
47
45
1 .palais
58
41
1 39
40
59
41
4o
Tabl. X. — Comparaison des caractères métriques chez les Noirs d’Afrique du Sud,
les Malgaches et les Indonésiens (craniologie).
Source : MNHN, Paris
92
l’élément xanthoderme (craniologie)
gâches se comportent diversement : Vohémar se situe entre les Battak et
les Mozambique, les Sakalava entre les Javanais et les Mozambique. Mais les
Betsileo et les Merina manifestent une tendance très affirmée à l’augmen¬
tation du volume du crâne.
Ainsi les populations malgaches (sauf les Bara) offrent généralement
des caractères intermédiaires entre ceux des races mélanoderme et xantho¬
derme, et plus spécialement intermédiaires entre le type noir du Mozam¬
bique et le type deutéro-malais représenté par les Javanais.
Quelques caractères cependant peuvent être considérés comme spécifiques,
c’est-à-dire ne correspondant ni au type noir ni au type jaune : ainsi l'abaisse¬
ment de la voûte crânienne chez les Betsileo et les Merina, le plus grand
développement général du front chez toutes les populations malgaches, une
capacité crânienne plus forte ; par ailleurs une ouverture nasale relativement
plus étroite chez les Bara en particulier.
II. — Diversité et variabilité des types malgaches
Si elles représentent un type intermédiaire entre les Jaunes et les Noirs,
les populations malgaches n’en offrent pas moins cependant une certaine
diversité dans leurs types de métissage. C’est ainsi que certains caractères
les rapprochent davantage de l’une ou de l’autre souche ainsi qu’en témoigne
le tableau ci-dessous, et qu’elles présentent chacune, outre des caractères
hybrides, des caractères spécifiques.
Effets du métissage ches les populations malgaches
Caractères
INTERMÉDIAIRES
Caractères spécifiques
proches des Noirs
proches des Jaunes
Betsileo
I. crânien
I. front.-transvers.
1. moyen de hauteur
plus petit
I. front.-pariétal
I. orbitaire
Capacité crânienne
plus forte
I. cran, fac.-transv
I. nasal
lr„„t
plus large
I. palatin
Sakalava
I. crânien
I. gnathique
front
plus large
I. front.-transv.
I. front.-pariétal
I. cran, fac.-transv.
I. orbitaire
I. palatin
I. moyen do haut.
Capacité crânienne
Merina
!. front.-pariétal
I. crânien
I, moyen de hauteur
plus petit
I. gnathique
I. front.-transv.
1. cran, fac.-transv.
plus petit
I. orbitaire
Capacité crânienne
plus forte
I. palatin
Front
plus large
Vohémar
I. crânien
I. orbitaire
1. moyen de hauteur
plus petit
I. front.-transv.
I. nasal
Capacité crânienne
plus faible
I. front.-pariétal
I. cran, fac.-transv
I. palatin
piathique
Source : MNHN, Paris
l’élément xanthoderme (craniologie) 93
Ces données viennent confirmer l’instabilité des métis observée par
Trevor (1953), dont nous avons rappelé les conclusions plus haut, et qui
insiste sur l'importance numérique relative des populations parentales.
Ce fait est certainement important, et l’aspect du tableau le souligne par¬
faitement, puisque à Madagascar, où l’élément noir était de beaucoup
supérieur à l’élément jaune, les populations malgaches sont généralement
Plus proches des Noirs. Seuls les Merina conservent davantage de caractères
jaunes. Ils étaient en elîet réputés représenter les descendants des envahis¬
seurs malais. Peut-être Malais d’origine, ils n’en offrent pas moins actuelle¬
ment des caractères de métissage qui les apparentent au reste des popu¬
lations de Madagascar.
Outre le facteur quantitatif intervient également le problème de la
dominance de certains caractères. Ainsi à Madagascar, on peut observer la
dominance de quelques caractères crâniens propres aux Jaunes. Nous les
avons signalés.
Récemment E. Schreider (1955), étudiant quelques signes de métissage
entre des Noirs et une population amérindienne, conclut ainsi : « Les lois
de l’hérédité assurent la persistance des caractères, mais ne garantissent à
aucun titre la pérennité de leurs combinaisons. Bien entendu il existe des
signalements qui se transmettent en bloc, mais il en existe beaucoup d’autres
qui se séparent dans la suite des générations. Persistance et séparation
expliquent ce paradoxe apparent du type reconnaissable à des taux et à
des moyennes... ». Par ailleurs cet auteur observe que malgré les modifi-
cations qu’il a pu subir, il subsiste un type moyen indien qui se laisse recon¬
naître et qui comprend une collectivité, mais ne situe pas les individus,
chez qui varient les caractères dissociés des groupes parentaux. C'est ce que
nous avons pu observer chez les Malgaches. « Recombinaison d’une mosaïque
d’éléments indépendants », rappelle Gessain (1955) qui ajoute : «L'hybride
n e peut plus être considéré comme une matière homogène nouvelle stable.
1* n’est qu’une recombinaison d’unités préexistantes, arrangement essen¬
tiellement instable... #.
Le problème de la variabilité du métis a donné lieu à un certain nombre
de controverses où ont prévalu tour à tour des opinions contraires. Boas
en 1894 conclut à une variabilité plus grande chez les métis que chez les
souches parentales (Européens/Amérindiens). Pour Fisher (1913), au
contraire, la variabilité des Bastards de Rehoboth ne dépasse pas celle des
groupes parents (Hottentots/Bocrs). Herskovits (1927) revient à la varia¬
bilité plus grande des métis (Noirs/Blancs). Pour Davenport et Stegger-
n * (1929), pour Trevor (1953), variabilité analogue. Pour Schreider,
la variabilité du métis ne diffère pas des souches parentales, et les taux de
variation de chaque caractère évoluent dans des marges plus ou moins
étroites, analogues dans toute l’espèce humaine. C’est ce qu’il nomme « la
variabilité spécifique ». C. Stern (1950), alliant les deux thèses, pense que la
Ségrégation des caractères, semble augmenter la variabilité de la population
*nétis, pour certains caractères, et la diminuer pour d autres.
Nous avons déjà étudié les taux de variations comparés des caractères
crâniens chez les populations malgaches et nous avons fait remarquer le peu
de divergence de ces taux entre les Bara et les autres groupes, les premiers
étant considérés comme « purs ». Si nous prenons au hasard un quelconque
Source : MNHN, Paris
94
l’élément xanthoderme (craniolocie)
groupe malgache métissé, les Betsileo par exemple, et que nous mettons en
parallèle les coefficients de variation de leurs principaux caractères avec ceux
des Mozambique et des Javanais, nous obtenons le tableau suivant :
Comparaison des coefficienis de variation des indices
chez les Jaunes, les Noirs el les Malgaches
Indices
Mozambique
V %
Betsileo
V %
Javanais
V %
crânien.
4,23
4,55
3,97
moyen de hauteur.
4,65
4,42
3,13
frontal-transversal.
3,48
3,14
3,82
fronto-pariétal.
6,36
4,94
5,76
gnathique.
4,23
4,16
3,86
cran. fac.-transversal.
5,11
4,17
4,3
nasal.
9,31
7,94
9,39
orbitaire.
3,16 (Cafres)
4,98
5,78
palatin.
6,82 (Cafres)
8,4
7,9
Les coefficients de variation sont très analogues chez les trois populations
pour chaque caractère, les écarts sont faibles et peu significatifs. Les Bet¬
sileo ne manifestent pas de variabilité supérieure dans l’ensemble ; bien au
contraire, leurs coefficients sont le plus souvent même légèrement en régres¬
sion par rapport à ceux des deux autres groupes — sauf l’indice palatin et
peut-être l’indice crânien, ce qui rejoindrait la théorie de C. Stern —.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE VII
ETUDE SOMATOLOGIQUE DES POPULATIONS DE MADAGASCAR
(régions orientale, centrale, occidentale et méridionale)
I. _ Les données somatoscopiques et somatométriques
Depuis E. Flacourt les nombreux voyageurs qui se sont succédés à
Madagascar n’ont pas manqué à la description traditionnelle des popu-
■ations qu’ils ont visitées. Mais l’absence de toute observation méthodique,
,e s études parfois superficielles, l’optique souvent toute personnelle des
auteurs, ont abouti à une confusion, parfois à une certaine contradiction
dans les descriptions qu’ils nous ont livrées. Dés qu’il s’agit de mettre à jour
des données plus précises, des mensurations qui permettraient d’établir la
diagnose des divers types physiques caractéristiques des populations mal¬
gaches, on se heurte à des sources bibliographiques étonnamment pauvres.
Et à cause de cette pauvreté des sources, les ouvrages généraux sontassez
^efs sur l’Anthropologie physique des Malgaches.
Deniker (1900) penche vers un métissage à peu près général de toute la
population (sauf une poignée de Merina, et les Sakalava noirs de la côte
occidentale), caractérisée par des traits intermédiaires : teint brun-chocolat,
cheveux frisés, taille moyenne, les autres traits étant modifiés dans le sens
Merina ou Sakalava. Le type noir se rapprocherait des Bantous de l’Est
af ricain (Cafres et Zoulous). L’auteur ajoute à sa description quelques mesures
Prises sur le vivant, surtout chez les Merina.
Montandon (1933) passe quasiment sous silence l’Anthropologie des
Malgaches.
H. V. Vallois (1951) rapproche les Noirs de Madagascar de la sous-race
8u d-africaine ou zambézienne, à peau relativement claire avec prédo¬
minance d’une teinte chocolat, une stature légèrement sur-moyenne, une
^te dolichocéphale à nez large et prognathisme modéré, à traits souvent
assez fins. Le corps est beaucoup moins élancé que celui des Soudanais, et
la iargeur relative du bassin donne au tronc une forme trapue.
Si l’on Lente de retrouver quelques descriptions des groupes en parti-
Cu üer, on relève, nous l’avons dit, une certaine contradiction parmi les
auteurs, et des observations souvent inexactes, comme nous l’avons constaté
P ar la suite. Ainsi Dubois (1926) et Rouquette ne s’accordent pas sur la
Source : MNHN, Paris
96
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
taille des Antandroy ; le premier les trouve grands, le second les voit moyens.
Chez les Bara, le nez est large et les lèvres épaisses, pour Dubois ; le nez est
peu épaté et la bouche non lippue, pour Le Barbier. Dubois voit les cheveux
des Betsileo crépus, leur nez large, leur taille moyenne, tandis que Shaw(1892)
les trouve grands et que pour Besson (1897), leurs cheveux sont frisés et
leur nez non épaté, etc...
Cette imprécision semble trouver sa cause dans cette juxtaposition de
deux éléments raciaux très différents, ce métissage quasi général, déjà rela¬
tivement ancien semble-t-il, entre les Mélanoderines et les Xanthodermes,
qui aboutit à cette mosaïque de types dont nous avons déjà parlé. C’est ce
qui explique que Dubois considère les Betsileo comme crépus et que Besson
les voit frisés : les deux types coexistent en effet dans cette population. Le
premier, à cheveux crépus et au nez platyrhinien correspondrait à une
dominance du type mélanoderme, alors que le second « frisé, aux yeux
parfois à demi-bridés, au nez droit non épaté » correspondrait à un mélange
du type mélanoderme et xanthodermc, où dominerait le type xantho-
derme? Ainsi en est-il pour la grande majorité des groupes malgaches. Les
descriptions des auteurs anciens ne sont contradictoires qu'en apparence.
Elles contiennent toutes une part de vérité.
Ce n’est guère qu'en 1914 que Rouquette publie la première enquête
anthropométrique à grande échelle sur des groupements de la région de
Fort-Dauphin (environ 580 Antandroy, 635 Antanosy, et 365 Antaisaka et
Antavaratra). Malheureusement l’auteur a parfois utilisé des techniques
de mensurations non classiques dont les résultats sont diflicilement utili¬
sables pour les comparaisons ultérieures. Mais dans l’ensemble, l’auteur a
dégagé très nettement les traits essentiels de ces populations et surtout
souligné les différences qui existent entre des populations voisines comme
les Antandroy et les Antanosy, alors qu’une analogie très grande apparaît
entre les Antanosy et les Antaisaka, également voisins, observations qui
nous seront d’une très grande utilité pour délimiter les frontières raciales
du Sud de Madagascar.
En 1939, David publie les mensurations de 40 Mahafaly chefs et de
106 sujets du Sud de Madagascar. Si l'auteur s’est attaché sérieusement à
l’étude méthodique des caractères descriptifs, par contre, seules sont uti¬
lisables les données concernant la taille, l’indice céphalique et l’indice nasal,
par suite de l’emploi de méthodes non classiques. En outre l’auteur fournit
les moyennes concernant la stature d’un grand nombre de groupements du
Sud de Madagascar, recueillie dans les Fichiers de la Maison d'Arrêt de
Tuléar.
En 1940, R. Ratsimamanga étudie très succinctement 4.846 sujets n'accor¬
dant d’importance qu’aux seuls caractères des cheveux, de la peau et de lu
tache pigmentaire congénitale.
Enfin en 1943, L. Pales et C. Chippaux étudient d’une façon appro¬
fondie les statures de 66 Malgaches (dont 48 Merina) qu’ils comparent aux
données publiées.
Pour notre part, H. V. Vallois et nous-même avons fait récemment
l’analyse (1957) de données recueillies par M. De Sousa sur 24 Merina et
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
97
17 Betsimisaraka (*). Nous avons pu utiliser en outre les données d un cer¬
tain nombre d’auteurs, conservées dans les Archives du Laboratoire
d’Anthropologie du Musée de l’Homme. Ces données ont été le plus souvent
publiées par les auteurs eux-mêmes, mais rarement complètement. L’analyse
des données individuelles nous a permis de rassembler des documents iné¬
gaux en quantité selon les populations, qui nous aideront fi établir les pre¬
miers éléments d’une étude somatologique des populations malgaches.
C’est ainsi que Marie et Mac Auliffe ont relevé la stature, la taille assis,
'a largeur et la longueur de la tête, le diamètre bizygomatique, la longueur
du pied, d’après lesquels nous avons pu calculer différents indices, chez
44 hommes et 65 femmes Merina, 17 hommes Sakalava, 7 hommes Betsimi¬
saraka, 17 hommes et 19 femmes Betsileo.
Deniker, en collaboration avec Bonifacy et Collignon, recueillit la
stature et l’indice céphalique de 43 hommes Merina, la stature et les princi¬
paux indices de la face de 15 hommes et 12 femmes Betsimisaraka.
Poutrin releva les principales mensurations du corps et de la tête de
6 Merina et 4 Betsileo. Grandidier, la stature, la taille assis et les indices
de la tête de 24 hommes et 11 femmes Sakalava.
En outre, nous avons pu obtenir du Service d Identité Judiciaire de
Tananarive (*) un important matériel de fiches d’empreintes palmaires et
digitales de 993 sujets appartenant à 11 groupes malgaches différents ; ces
empreintes étaient accompagnées des tailles et des photographies indivi¬
duelles, d’après lesquelles nous avons pu relever quelques caractères des¬
criptifs comme les types de cheveux, le prognathisme, l’épaisseur des lèvres,
•a présence éventuelle de la bride mongolique et de l’épicanthus, la forme
du nez etc. Par ailleurs, L. Molet a bien voulu nous communiquer les
empreintes digitales et palmaires effectuées par lui-même sur 74 Tsimihety
d Indiens de Madagascar, que nous avons jointes aux premières.
Enfin nous avons rassemblé les divers travaux qui ont été publiés sur
•es groupes sanguins des populations malgaches et tenté de coordonner
•eurs différents résultats.
Nous étudierons donc successivement la somatoscopie comparée de
quelques groupes malgaches (caractères descriptifs classiques, y compris la
tache mongolique et les dermatoglyphes), les caractères somatométriques et
•es groupes sanguins.
Après une vue d’ensemble des caractères généraux des populations
Malgaches, tant du point de vue craniologique que somatologique, et une
analyse de la répartition géographique des principaux types sous-raciaux,
nous aborderons de nouveau le problème de l’origine des Noirs de Madagascar,
s °us l’angle somatologique, et selon le plan envisagé dans la première partie
de notre étude.
B) Nous avons écarté ici les 2 Betsileo que nous avions réunis aux Merina dans
ce travail, mais nous avons conservé les 4 Bezanozano et les 2 Sihanaka.
, (2) Nous remercions M. le Professeur Millot qui a bien voulu intervenir en notre
Javeur auprès de M. le Directeur des Services de Police de Tananarive auquel nous devons
l 'mportant matériel que nous avons pu étudier. Qu'il eu soit également remercié très
v ! Ve monl. Nous sommes également reconnaissante envers M. Molet qui nous a commu-
mqué les empreintes de Tsimihety et d'indiens.
^hoires du Muséum. — Zoologie, t. XIX. 7
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
II. — Somatoscopie
A. — Principaux caractères descriptifs
(Couleur de la peau, pilosité, forme des cheveux, bride mongolique et
epicanthus, forme du nez et des lèvres, prognathisme).
1° Couleur de la peau. D’une façon générale, les auteurs se sont peu
attachés à l'étude de ce caractère. La plupart du temps ils se sont contentés
de décrire approximativement, par l’emploi de systèmes de comparaison,
et globalement, la teinte de la peau sans utiliser aucune échelle colorimétrique.
Les anciens auteurs opposaient généralement la majorité des populations
malgaches, de teinte brun foncé au groupe des Merina, plus clair, de teinte
jaune/brun (apparentée à celle des Malais et des Indonésiens). A l’intérieur
des groupes mêmes, ils ont souvent distingué les familles de chefs des sujets,
soulignant la teinte beaucoup moins foncée des premières. Ils ont remarqué
également la teinte plus foncée des groupes occidentaux que celle des
groupes orientaux.
Les archives du Muséum nous ont fourni les teintes individuelles d'une
trentaine de Sakalava, évaluées selon l'échelle de Broca. Elles varient du
jaune/brun (n 08 21-22-30) au brun plus ou moins foncé (27-28-29), avec une
majorité de teintes intermédiaires (28 et 29 : 21 sujets sur 29).
En 1940, R. David, employant l’échelle de Schultz, oppose les sujets
Mahafaly (n os 20 à 23, marron clair) aux chefs (n 08 19 à 22, jaune foncé),
mais sans indication des proportions relative».
Le seul auteur qui se soit penché sur ces questions de proportions relatives
des teintes de la peau chez les Malgaches, est Ratsimamanga. En fait,
utilisant une classification fantaisiste, il se contente de distinguer trois types
fondamentaux : à peau claire, à peau bronzée et à peau foncée. Par ailleurs
il n’indique pas si ces observations portent sur des enfants ou des adultes.
Dans l’ensemble les populations varieraient surtout du type jaune/brun
des Malais, au type foncé, avec une plus grande fréquence de ce dernier
type chez la majorité des groupes, due à la prédominance du type mélano-
derme à Madagascar.
2° Couleur des cheveux el des yeux. La définition de la teinte des
cheveux des Malgaches ne pose aucun problème, Mélanodermes et Xantho-
dermes présentant une teinte de cheveux analogue.
La couleur de l’iris est un peu plus variée et évolue entre le brun clair
des Xanthodermes et le brun foncé des Mélanodermes (n 08 11 et 13 de
Schultz, d’après David chez les Mahafaly).
Pour l’ensemble des groupes, les différentes proportions relatives de la
couleur des yeux ont été relevées récemment par 4 auteurs effectuant un
travail sur la répartition des groupes sanguins et de la sicklémie à Madagascar
(Singer, Budtz-Olsen, Brain et Saugrain, 1957). Ils ont trouvé les
résultats suivants :
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
Répartition de la couleur des yeux ( en %).
N
brun clair
bran
brun foncé
noir (î)
Merina.
247
46
31
22
1
Betsileo.
64
11
14
47
28
Tsimihety.
32
19
28
44
9
Sakalava.
79
4
17
37
42
Bara....
28
_
7
29
64
Comoriens.
108
14
6
41
39
3° Pilosité. « Pilosité faible, barbe rare, barbe irrégulière », telles sont
les descriptions des auteurs qui se contentent de cette approximation sans
étude quantitative. Grandidier signale pourtant l’existence d’une pilosité
un peu plus forte chez certains groupes comme les Antaimorona, tranchant
avec la faible pilosité du reste des populations. C’est là un de ses arguments
e n faveur de l’origine mélanésienne de l’élément noir de Madagascar ( 1 ).
4° Forme des cheveux. La forme des cheveux présente un intérêt parti¬
culier à Madagascar, et son étude a été l’une des bases essentielles de l'argu¬
mentation de Grandidier en faveur des Mélanésiens. A Madagascar on
trouve tous les types de cheveux, depuis les cheveux droits jusqu’aux
cheveux crépus courts, en passant par les types ondulés, frisés et crépus
(le plus fréquent), de longueur différente.
Les archives du Laboratoire d’Anthropologie du Musée de l’Homme
nous ont livré l’inventaire des types de cheveux de 27 Sakalava qui se
répartissent de la façon suivante :
droits
longs et frisés
longs et crépus
crépus courts
li 7 [
David par ailleur
“ahafaly et de 106
7 | 16
■s, classe en 3 types principaux les c
ujets :
• Il
aeveux de 40 chefs
lisses
ondulés
crépus et frisés
chefs...
sujets.
20%
10,4
25%
17
55%
72,6
U) Les Antaimorona sont considérés comme un groupement très islamisé. Il est
Possible que leur plus grande pilosité provienne de leur contact avec les Arabes.
Source : MNHN, Paris
100 ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
Il est dommage que l’auteur n’ait pas distingué les cheveux frisés des
cheveux crépus.
Ratsimamanga emploie également la classification insuffisante en trois
catégories ; ses résultats sur des enfants de 0 à 1 an sont difficilement
valables.
Nous avons pu relever les différents types de cheveux sur les photo¬
graphies envoyées par l’Identité Judiciaire de Tananarive, d’un certain
nombre de groupements. La forme du cheveu y est très bien visible et nous
n’avons eu de difficulté qu’en ce qui concerne la distinction entre crépus
longs et crépus courts, tous nos sujets portant les cheveux coupés. Nous les
avons cependant séparés d’après le critère suivant : les cheveux crépus longs
forment une sorte de touffe, de couronne, autour ou au-dessus de la tête,
et les crépus courts sont nettement plus sporadiques. Mais la différenciation
reste arbitraire. Nous avons aussi distingué les cheveux très frisés des cheveux
simplement frisés, intermédiaires entre le type ondulé et le type frisé.
Répartition de la forme des cheveux (en %) chez les hommes
N
droits
ondulés
frisés
crépus
frisés
très frisés
longs
courts
Antankara.
21
19
80,9
Betsileo.
92
3,2
4,3
6,5
26
34,7
25
Merina.
100
22
24
12
13
10
19
Vezo.
49
4
6,1
32,6
14,2
42,8
Antandroy.
24
—
—
—
20,8
33,3
45,8
Mahafaly.
24
—
—
16,6
25
20,8
37,5
Antanosy.
25
—
—
4
32
24
40
Bara.
97
—
—
1
15,4
20,6
62,8
Dés l’abord, on constate que les proportions du type droit (ou ondulé)
ne sont importantes que chez les Merina. Les Betsileo en comportent encore
une infime proportion. Les autres groupes n’en comportent pas. Cette
constatation corrobore les données classiques, d’après lesquelles l’élément
malais à cheveux droits, pourrait s’être conservé assez pur au sein des
Merina. Par ailleurs le type crépu est de loin le plus fréquent chez la plupart
des groupes (chez les Merina il reste également en légère majorité). Le type
intermédiaire frisé et très frisé se rencontre encore dans une certaine propor¬
tion, notamment chez les Merina, les Betsileo (à un taux sensiblement
identique), les Mahafaly et les Antanosy.
Pour les Mahafaly, les résultats de David diffèrent légèrement des nôtres,
en ce qui concerne ses deux séries de chefs et de sujets. Alors que nous ne
trouvons pas de type droit ou ondulé, cet auteur en trouve 20 et 25% chez
les chefs, 10 et 17% chez les sujets. Pour la série des chefs Mahafaly, les
différentes proportions indiquées par David se rapprochent singulièrement
des proportions que nous avons trouvées chez les Merina (en tenant compte
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
101
des trois catégories seulement de David). Les Chefs, en effet, chez ^ les
Mahafaly, sont considérés comme appartenant au groupe Merina qui s’est
imposé à cette population. ... ,
Pour les Betsimisaraka, nous n’avons eu à notre disposition qu un petit
nombre de photographies appartenant à la Photothèque du Musée de
l’Homme : chez 18 femmes, on trouve une totalité de cheveux longs et crépus
qu’elles coiffent en nattes enroulées en boules.
5° Bride mongolique et epicanthus. Nous avons recherché ce caractère
sur les photographies qui nous ont été communiquées, et nous avons constaté
que l’œil mongolique typique caractérisé par la petitesse, l'obliquité, la
bride interne et le boursouflement, s’observait extrêmement rarement.
Les caractères de forte obliquité et de boursouflement sont absents (sauf
pour un ou deux cas), seuls subsistent un certain étirement de l’œil et la
bride interne plus ou moins caractérisée. Nous avons ainsi divisé nos obser¬
vations en deux types : la bride mongolique et la tendance à la bride.
Répartition de la bride mongolique et de l epicanthus (en %)
N
tendance
à la bride
bride
epicanthus
Antankara.
22
4,5
4,5
9
Betsileo.
100
—
5
9
100
7
9
11
Vezo.
50
18
14
18
Antandroy.
25
12
8
12
Mahafaly.
24
29
12
8
Antanosy.
25
16
8
Bara.
100
6
3
On voit ainsi que chez tous les groupes, l’influence xanthoderme s’est
faite sentir, le plus chez les Vezo, les Merina et les Mahafaly, le moins chez les
Hara. Cette dernière constatation confirme les observations que nous avons
faites précédemment sur cette population et leur intégrité raciale caracté¬
ristique.
Une autre formation, non raciale, est celle de l’epicanthus, ou abaissement
du pli recouvrant de la paupière supérieure, uniquement limité dans la région
externe de l’œil, chez les Malgaches, et non dans la région médiane. Les
Proportions de cette formation sont relativement élevées chez les différents
SToupes.
6° Forme du nez. Vu de profil, le nez peut présenter 3 types principaux,
concave, droit, convexe. En outre, il peut être court, moyen ou long (méthode
8c °pique). Nous obtenons donc un tableau à double entrée.
Source : MNHN, Paris
102
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
Répartition de la forme du nez ( en %)
court
moyen
long
court
moyen long
Anlankara (n
= 22)
Belsileo (n = 100)
concave.
13,6
4,5
_
19
9 1
droit.
45,4
31,8
—
35
28 2
convexe.
4,5
—
—
3
3 —
Merina (n =
98)
Veto (n = 50)
concave.
32,6
10,2
—
16
18 —
droit.
36,7
13,2
—
22
30 4
convexe.
4
3
—
4
2 4
Anlandroy (n
= 26)
Mahafaly (n = 24)
concave.
16
20
—
20,8
12,5 —
droit.
40
24
—
29,1
16,6 4,1
convexe.
—
—
12,5
4,1 —
Anlanosy (n = 23)
Bara (n = 99)
concave.
26
8,6
—
30,3
12,1 —
droit.
30,4
26
4,3
31,3
14,1 1
convexe.
4,3
—
—
6
3 2
Dans l’ensemble il y a une proportion infime de nez longs, et très peu de
nez convexes (quand ils existent ils sont associés à un ensemble de caractères
sud-orientaux). La grande majorité des sujets a un nez court, droit pour
la plupart ou concave.
7° Forme des lèvres. De l’ensemble de nos séries photographiques, nous
avons pu distinguer 3 types principaux (les lèvres fines étant absentes) :
ce sont les lèvres moyennes analogues à celles du type méditerranéen oriental
(Égypte par exemple) ; les lèvres épaisses, analogues à celles du type malais ;
les lèvres très épaisses, analogues à celles du type noir d’Afrique du Sud.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
103
Répartition de la forme des lèvres (e,n°/ 0 )
N
moyennes
épaisses
très épaisses
Antankara.
22
13,6
40,9
45,4
Betsileo.
100
9
43
Merina.
100
3
49
Vezo.
50
18
48
Antandroy.
25
4
36
60
Mahafaly.
24
8,3
33,3
58,3
Antanosy.
25
4
24
Bara.
99
22,2
Dans l’ensemble, les lèvres très épaisses dominent nettement chez les
populations du Sud en général, sauf les Vezo et les Bara. Plus au Nord, elles
sont moins épaisses et les proportions des types épais et très épais se partagent
de façon à peu près équivalente.
8° Prognathisme. A défaut de toute possibilité d’évaluation métrique
sur le vivant, nous nous sommes bornée à une évaluation personnelle basée
sur l’ensemble des séries. 11 nous a paru que, en dehors de la présence de
quelques sujets orthognathes et hyperprognathes, les séries se répar¬
tissent entre un type de prognathisme faible (ou moyen, ou modéré), limité
^ la région alvéolaire (type malais), et un type de prognathisme plus marqué
(type sud-africain), concernant non seulement la région alvéolaire, mais
Parfois également la face tout entière, quoique assez peu prononcé cependant.
Aussi avons-nous distingué 4 types principaux : prognathisme nul, modéré,
t°rt, très fort.
Répartition des types de prognathisme (en%)
N
nul
modéré
Tort
très fort
Antankara.
22
22,7
59
18,1
—
Betsileo.
100
22
51
23
Merina.
KM)
6
70
23
1
Vezo.
50
44
42
12
Antandroy.
25
12
56
16
Mahafaly.
24
16,6
61,5
—
23
—
69,5
26
4,3
Bara.
92
31,5
41,3
23,9
Le prognathisme est dans l’ensemble assez peu marqué chez tous les
groupes.
Source : MNHN, Paris
104
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
B. — La tache pigmentaire congénitale
Les premières observations de la tache pigmentaire congénitale à
Madagascar remontent à 1899 où Chemin en signale l’existence sans s’y
attarder. En 1910, Fontoynont l’étudie chez 138 Merina purs ou métissés,
âgés de plus de 4 ans, et en fournit les fréquences selon les castes. En 1937,
P. Champion, utilisant une importante documentation recueillie par le
Service de Santé de la France d'Outre-Mer, fait état de 4.282 cas de cette
formation sur 12.831 enfants examinés, de la naissance à 10 ans. Enfin en
1940, R. Ratsimamanga releva 872 cas positifs sur 1.769 enfants examinés,
de la naissance â 6 ans. Ce sont les résultats de ces deux dernières enquêtes
que nous examinerons parallèlement.
Nous en avons dressé deux tableaux comparatifs par catégories d’âge
et par populations, en calculant la fréquence des cas positifs par rapport
au nombre total des sujets examinés (tabl. XI).
D’une façon générale, les documents des deux auteurs concordent sur
la fréquence moyenne de la tache, pour l’ensemble de la population, chez
les enfants de 0 à 1 an (66%). Par contre, quand on entre dans le détail
des comparaisons par catégories d’âge, et pour les mêmes populations, on
se trouve fréquemment en présence de divergences notables, qui laissent
quelques doutes sur les possibilités d’utilisation des résultats. En effet les
fréquences de la tache n’y varient pas toujours en raison inverse de l’âge,
contrairement aux observations classiques, et on trouve parfois une augmen¬
tation importante de la fréquence chez les enfants de 6mois à 1 an, par rapport
à la naissance (Sihanaka, Sakalava, Antankara, tableau A). Sur le tableau B,
seuls les Merina se comportent à peu près normalement (60% à la naissance,
47% à 1 an).
Il est possible que ces divergences soient dues à la difficulté d’observation
de la tache chez les populations à pigmentation foncée (*). Selon L. Pales
(1932), elle ne serait guère observable que dans les premiers jours qui suivent
la naissance, où la peau est plus claire : « la forte pigmentation de l’enfant
noir masque peut-être bon nombre de taches mongoliques, et condamne
dés lors toute statistique à l’erreur ».
Comparaison des fréquences observées à la naissance. Les Sihanaka :
le tableau A leur attribue 75% de fréquence, le tableau B, 100%. La dis¬
proportion est trop grande, même compte tenu de l’inégalité des séries.
Les Merina : 60% selon le tableau A, 82 à 100% selon le tableau B (à 1 an,
l’écart est encore plus grand entre les deux tableaux). Les Betsileo : fréquences
analogues, 74 et 79%. Chez les Sakalava, les fréquences passent de 0 à 33%-
Enfin chez les Antandroy, les cas positifs passent de 57 à 73%.
Il ne semble donc pas possible de retenir de façon formelle les résultats
obtenus par l'un ou l'autre auteur. Les fréquences des cas positifs observées
pour les mêmes populations sont le plus souvent différentes.
Cependant, dans l'ensemble, les résultats mentionnés par le tableau A
semblent plus homogènes que ceux du tableau B. C’est ainsi qu’il est possible
(1) Et dues également à la diversité des observateurs.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
105
B.» D’apria RATSXMAMANOA
Tabl. XI. — Répartition de la tache pigmentaire congénitale chez les Malgaches.
Source : MNHN, Paris
106
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
de rapprocher certains groupes que nous avons reconnus (étude craniomé-
trique) et que nous reconnaîtrons au cours de l’étude somatométrique,
comme très analogues. La catégorie 0-1 an du tableau A (où les sujets
examinés sont plus nombreux que dans celle des nouveaux-nés) montre que
les pourcentages des Betsimisaraka et ceux des Merina sont à peu près
identiques, et plus élevés que ceux des autres populations. Or ces deux
groupes sont très proches l’un de l’autre.
De même les Betsileo se montrent relativement proches des Merina,
comme nous l’avions observé au cours de notre étude craniométrique, ainsi
que les Sihanaka, et peut-être les Tsimihety.
Les populations du Sud-Est, Antaimoro et Antanosy, offrent des fré¬
quences analogues entre elles, mais assez éloignées de celles des Betsimisaraka
(il nous a été possible de constater effectivement par la suite que les Antanosy,
en particulier, forment un groupe assez différent des Betsimisaraka).
Il semble donc qu’on puisse observer au moins deux tendances chez les
populations malgaches. La première qui se traduit par une fréquence élevée
de la tache pigmentaire, se trouve principalement chez les populations de
l’Est (sauf le Sud-Est), du Nord et du Centre. La seconde, de fréquence
nettement moins élevée, se trouve chez les populations de l’Ouest, du Sud
et du Sud-Est.
C. — Dermatoglyphes digitaux et palmaires
Nous avons récemment publié l’analyse détaillée ( l ) d'un important
matériel de fiches d’empreintes digitales et palmaires envoyé par les Services
d’identité Judiciaire de Madagascar et comprenant 13 populations provenant
des principales régions de l’île. L’étude de ce matériel portait sur 1067 sujets
comprenant 802 hommes et 265 femmes. Nous rappellerons ici les principaux
résultats auxquels nous sommes parvenue. (Nous laisserons de côté les
Indiens).
1° Les dermatoglyphes digitaux. Les dessins des crêtes digitales ont été
relevés selon la notation classique en Arcs, Boucles (cubitales, Bu, et
radiales, Br), et Tourbillons (simples, T, et ù deux centres, Ts), et analysés
en fonction des variations selon le doigt, la main, le sexe et le groupe
ethnique (fig. 22).
a) Variations selon le doigt. La fréquence des arcs, toujours très faible,
est classiquement maximum au 2 e doigt, sauf chez les Bara où elle est
équivalente au 2 e et au 3 e doigt, et chez les Antanosy où nous n’avons
relevé aucun arc.
Le nombre de boucles radiales, également très faible, est partout maxi¬
mum au 2 e doigt. Celui des boucles cubitales est partout maximum au 5®
doigt, minimum au 1 er et au 2 e doigt.
La fréquence des tourbillons simples, généralement plus élevée que celle
des tourbillons à deux centres (sauf dans quelques cas au 1 er doigt), est
(I) Cham i .a (M.-C.). Les empreintes digitales et palmaires des Malgaches, Bull.
Mim. Soc. d'Anlhrop. de Paris, 1957, t. VIII, 10* série, pp. 383-404.
Source : MNHN, Paris
pouce “♦ pouce
I
|
5
108
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
maximum au 4 e doigt et minimum au 3 e ou au 5 e doigt. Celle des tourbillons
à deux centres est de loin la plus forte au 1 er doigt pour tous les groupes.
En résumé, le nombre des boucles est le plus fort au 5 e doigt, et celui des
tourbillons, au 4 e ou au 1 er doigt. Ces variations ne s’écartent pas, dans
l’ensemble, des variations généralement observées.
b) Variations selon la main. Le nombre d’arcs est le plus souvent plus
élevé à la main gauche qu’à la main droite, sauf chez les Mahafaly et les
Antanosy.
Les boucles radiales ont tendance à prédominer à la main gauche, sauf
chez les Sihanaka, où les proportions sont équivalentes aux deux mains, et
chez les Tsimihety, les Vezo, les Antandroy et les Antanosy, où elles sont
plus nombreuses à la main droite (fréquence classique). Les proportions des
boucles cubitales tendent à être un peu plus élevées à la main gauche en
général.
Les tourbillons simples sont un peu plus fréquents à la main droite pour
toutes les populations, alors que les tourbillons à deux centres sont dans
l’ensemble plus fréquents à la main gauche.
En gros, les proportions des boucles en général, sont à peu près équi¬
valentes aux deux mains, ainsi que celles des tourbillons considérés dans
leur ensemble.
c) Variations selon le sexe. Le nombre d’arcs est plus élevé chez les
femmes, ainsi que le nombre de boucles cubitales, et le nombre de boucles
en général.
A l’inverse, le nombre des tourbillons, simples et à deux centres est plus
élevé chez les hommes. Ces observations rejoignent les données classiques.
d) Variations selon le groupe ethnique. Nous nous attarderons davantage
sur ces variations. Le tableau ci-dessous rassemble les différentes fréquences
observées selon les groupes ; nous y avons conservé les distinctions sexuelles,
classiques et assez importantes généralement.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
109
Variations des crêtes digitales selon le groupe ethnique (en %)
I. —
Groupes masculins.
Populations
A
Br
Bu
e B
T
Ts
‘T
N.
Betsimisaraka..
3,1
2,8
62,1
65
22,1
9,6
31,8
820
Betsileo.
2,6
2,4
59
61,4
30
6
36
1.000
Merina ..
3,7
2
52,7
54,7
26,9
14,7
41,6
1.000
Sihanaka .
4,1
2,4
54,3
56,7
30
9,2
39,2
1.000
Tsimihety....
2,6
3,1
51,7
54,8
33,1
9,3
42,4
450
Vezo.
4
2,6
56,8
59,4
30,5
5,9
36,4
880
Bara ., .
3,8
2,7
52,6
55,3
35,1
5,7
40,8
999
Antandroy... .
2
2,8
62,4
65,2
27,6
5,2
32,8
250
Mahafaly ....
2,6
1,9
60,4
62,3
28,4
6,5
34,9
569
Antanosy.
—
2
48,4
50,4
42
7,6
49,6
250
Comoriens ....
4,2
2
60,6
62,6
27
6,2
33,2
500
II. —
Groupes féminins.
Betsimisaraka..
3,7
4,1
70,3
74,4
18,2
3,4
21,7
290 |
Betsileo....
4
3,2
63,2
66,4
23,6
6
29,6
250
Merina .
4
2,2
57,9
60,1
26,5
9,4
35,9
1.000 1
Sihanaka ...
4,4
1,5
62,2
63,8
23,1
8,5
31,7
630
Mahafaly ..
6,6
1,8
64,4
66,2
23,7
3,3
27
270
Pour la majorité des groupes masculins, les fréquences des arcs varient
surtout enLre 2 et 4 %, le maximum se trouvant chez les Sihanaka et les
onioriens, le minimum chez les Antanosy. Chez les 5 groupes féminins, les
r èquenees, un peu plus élevées, sont maximum chez les Mahafaly.
S* l'on considère les boucles en général, chez les hommes, on trouve le
'uaximum de fréquence chez les Betsimisaraka et les Antandroy, le minimum
I z les Antanosy. Les autres groupes s’échelonnent entre 50 et 60 %. Chez
es femmes, les Betsimisaraka l’emportent de loin sur les 4 autres groupes,
avec près de 75 % de fréquence contre 60 à 66 %.
Comparées aux fréquences des boucles, celles des tourbillons sont beau-
COu P moins élevées. Elles varient entre 30 et 50 %, mais la majorité des
poupes masculins s’échelonne surtout entre 30 et 40 %. Betsimisaraka et
I tandroy présentent le plus faible taux, les Antanosy, le plus fort. Chez
es femmes, la fréquence des tourbillons est également la moins forte chez
es Betsimisaraka.
Ce sont les tourbillons qui offrent la gamme de variations la plus étendue
1 qui, de ce fait, sont susceptibles de fournir davantage d’intérêt que les
°ucles, moins variables, et surtout les arcs, peu variables.
Source : MNHN, Paris
110
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
Fréquence en tourbillons
30-35 %
36-40 %
41-45 %
46-50 %
Betsimisaraka
Betsileo
Merina
Antanosy
Antandroy
Sihanaka
Tsimihety
Mahafaly
Bara
Comoriens
Vezo
La plus faible fréquence de tourbillons rassemble dans une même colonne
les Betsimisaraka, les Antandroy et les Mahafaly. L’analyse somatométrique
de ces populations montrera en effet que, d’une part Antandroy et Mahafaly,
toutes deux populations voisines, se révèlent comme assez analogues, et que,
d’autre part, elles semblent s’apparenter, quoique légèrement modifiées au
contact des populations des Hauts-Plateaux et de la région occidentale, aux
populations orientales, représentées principalement par les Betsimisaraka.
La fréquence 36-40 % rassemble quelques populations des Hauts-
Plateaux et rapproche les Betsileo des Bara, populations voisines, et des
Sihanaka, situés plus au Nord. L’analyse des caractères métriques ne confirme
pas cependant cette constatation, tout au moins en ce qui concerne les Bet¬
sileo et les Bara, assez différents physiquement. Les Sihanaka n’ont pas été
analysés au point de vue métrique. Par contre les Merina, que nous verrons
assez proches des Betsileo, présentent une plus grande fréquence de tour¬
billons et sont associés aux Tsimihety, leurs voisins au Nord (*).
Le maximum de fréquence est en principe présenté par les Antanosy.
Ils sont donc situés à l’écart de tout groupement, quoique, géographiquement,
ils se trouvent entre les Antandroy et les populations orientales. Il semble
qu’on puisse incriminer le petit nombre de sujets examinés, puisque par
ailleurs, nous avons trouvé une absence tout à fait anormale d’arcs. Nous les
écarterons jusque plus ample information (®).
En résumé, la fréquence des tourbillons semble croître :
a) des régions côtières vers les Hauts-Plateaux,
b) du Sud au Nord et de l’Est à l’Ouest,
c) plus particulièrement vers un centre de haute fréquence représenté
par les Merina et les Tsimihety. C’est là en effet qu’on trouve la plus forte
proportion d’éléments xanthodermes où il est classique d’observer une
haute fréquence de tourbillons (fig. 24).
Les Comoriens se comportent comme les populations de l’Est de Mada¬
gascar, c’est-à-dire offrent une fréquence relativement faible de tourbillons.
(1) Ces deux populations sont considérées comme présentant des caractères physiques
analogues. Nous n’avons pas eu cependant l’occasion de le vérifier.
(2) L'analyse des caractères physiques montre qu’ils sont intermédiaires entre les
Antandroy et les Antaisaka. N'ayant pas eu l'occasion d'étudier les dermatoglyphes de
ces derniers, quoiqu'ils nous intéressent tout particulièrement, nous ne pouvons nous
prononcer à leur égard.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
111
Sihanaka
39.2%
Merina.
41,6%
Betsimisaraka
31,8%
^ahafaly'
34.9%
Antandroy
32,8 %
Tsimihety
42,4%
Antanosy
49,6% (?n trop faible)
30 - 34 , 9 %
40 - 44 , 9 %
35 - 39 , 9 %
45 - 49 , 9 %
Fig. 24. — Répartition des tourbillons chez les Malgaches.
Source : MNHN, Paris
112 ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
La proportion d’arcs assez élevée, et celle des boucles, ne diffèrent pas sen¬
siblement de celles des populations malgaches en général.
2° Les dermaloglyphes palmaires. La terminaison des 4 lignes prin¬
cipales de la paume (A, B, C, D, fig. 23) a été relevée selon la notation classi¬
que (méthode de Cummins), de 1 à 13, ainsi que les formes vestigiales (X, x)
et les triradii absents (O). Les variations selon la main, le sexe et le groupe
ethnique ont été analysées. Nous les rappelerons brièvement.
a) Variations selon la main. Dans l’ensemble, main droite et main gauche
présentent des terminaisons analogues. Cependant, chez quelques popu¬
lations, on peut observer une certaine anarchie dans l’aspect des lignes de
la main droite, comparativement à celles de la main gauche qui sont le plus
souvent homogènes et correspondent à une formule normale (7.5.5., géné¬
ralement). En effet chez les Betsimisaraka, à la main droite, on obtient la
formule 9.9.5. ; chez les Sihanaka, les formules 7.5.5. et 7.9.5. ; chez les
Vezo, la formule 7.9.5. Enfin d’autres groupes présentent une formule qui,
bien que classique, est différente et plus élevée que celle de la main gauche :
11.9.7. pour les Mahafaly et les Comoriens. Cette observation est courante,
Wilder l’avait démontrée dès 1904.
b) Variations selon le sexe. Compte tenu seulement des maximums de
fréquence observés pour chaque ligne principale, la comparaison des groupes
masculins et féminins a donné des formules très analogues. Les différences
sexuelles sont inexistantes, fait que nous n’avions pas observé pour les crêtes
digitales.
c) Variations selon le groupe ethnique. Pour faciliter la comparaison
entre les groupes, nous n’avons retenu que les 3 formules classiques des
points d’aboutissement des 3 lignes D, C, B, laissant de côté la ligne A (for¬
mules 11.9.7, 9.7.5., et 7.5.5.). Sont classées à part sous la rubrique « autres
formules » celles qui se présentent sous une forme différente des formules
classiques.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
113
Variations des crêtes palmaires selon le groupe elhnique
Grandes lignes les plus fréquentes (en %).
Populations
N. paumes
11.9.7
9.7.5
7.5.5
autres
formules
Betsimisaraka..
H.
163
17,7
31,9
35,5
14,7
F.
58
12
46,5
12
Antankara.
H.
44
13,6
31,8
38,6
15,9
Betsileo.
H.
193
15,5
27,4
45
11,9
F.
50
16
30
42
12
Merina.
H.
199
19,5
29,1
40,2
11
F.
198
13,6
31,8
38,8
15,6
Sihanaka.
H.
198
19,1
25,2
38,3
17,1
F.
123
20,3
26
40,6
13
Tsimihety.
H.
89
16,8
24,7
42,6
15,7
Vezo.
H.
170
23,5
25,2
34,7
16,4
Bara. .
H.
193
12,4
29,5
43,5
14,5
Antandroy.
H.
39
17,9
20,5
48,7
12,8
Mahafaly....
H.
F.
108
54
24
22,2
33,3
24
32.4
42.5
10,1
11,1
Antanosy.
H.
42
14,2
26,1
40,4
19
Comoriens.
H.
93
19,3
27,9
27,9
24,7
La formule la plus fréquente est 7.5.5, correspondant à une prédominance
® s grandes lignes obliques. Les fréquences présentées par cette formule
chez les différents groupes s’échelonnent entre 25 et 48 %, les Comoriens
Présentant le minimum de fréquence, et les Antandroy, le maximum :
20-30 %
31-40 %
41-50 %
Comoriens
Betsimisaraka
Betsileo
Antankara
Bara
Merina
Antandroy
Sihanaka
Vezo
Mahafaly
Antanosy
Tsimihety
I La formule 11.9.7 est celle où l’on observe les plus faibles fréquences,
minimum étant présenté par les Bara, le maximum par les Mahafaly.
a formule 9.7.5. présente des fréquences intermédiaires.
En bref, si l’on considère la formule la plus fréquente, 7. 5. 5, il semble
^éaoiREs du Muséum. — Zoologie, t. XIX. 8
Source : MNHN, Paris
114
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
qu’on n’observe pas de grosses divergences chez les groupes de Madagascar :
les différences entre les groupes extrêmes ne sont pas très importantes. La
répartition des crêtes palmaires montre donc plus d’homogénéité chez les
Malgaches que celle des crêtes digitales.
III. - Somatométrie
A. — Le corps
1° Stature. Les données concernant la stature sonL certainement les
plus nombreuses que nous ayons à notre disposition. En 1943, L. Pales et
C. Chippaux, dans un travail sur la stature des Indigènes de Madagascar
avaient déjà rassemblé, à côté de leurs matériaux personnels, ceux publiés
antérieurement ; ils avaient procédé à une analyse intéressante d’un certain
nombre de groupes de Madagascar (Antaisaka, Betsimisaraka, Betsileo,
Merina, populations du Sud), accompagnée d’une carte de répartition de
la stature. Ils avaient conclu, temporairement, à l’existence d'un partage
de l’île en deux régions : le plateau et le versant Est d’une part (comprenant
une partie de la zone Sud) où se trouvent représentés des types mésosomes
sous-moyens (Betsimisaraka, Antanosy), et le versant occidental avec les
Sakalava, auquel s’ajoute la zône Sud, avec les Bara, Mahafaly, Antandroy,
de type mésosome sur-moyen, d’autre part. Sur le plateau, les Merina seraient
divisés en deux groupes, les Merina purs, qui constitueraient un noyau de
taille assez basse, et les Merina nigritisés, dont les « représentants ont grandi
en stature par métissage ».
Nous avons ajouté à ces éléments, les données fournies par M. de Sousa
(Merina et Betsimisaraka) et que nous avons analysées en collaboration
avec H. V. Vallois, celles de Marie et de Mac Auliffe (Merina, Sakalava,
Betsimisaraka, Betsileo), celles fournies par le Service d’identité Judiciaire
de Tananarive, et enfin celles, toutes récentes et inédites, de Meyer et
d’AüJARD ( J ).
Nous procéderons directement à l'analyse par groupements géographiques
que nous avons délimités dans les conclusions de notre étude craniologique,
à savoir : groupes de l’Est (Betsimisaraka, Antaisaka, Antavaratra, Antana-
la) ; groupes du Centre (Merina et Betsileo) ; groupes de l’Ouest (Sakalava,
Vezo, Massikoro) ; groupes du Sud (Antanosy, Antandroy, Mahafaly, Bara).
a) Groupes de l’Est. Le nombre de sujets masculins mesurés est très
inégal selon les populations. Les moyennes de la stature chez ces groupes
sont extrêmement proches les unes des autres, et se classent dans la caté¬
gorie mésosome sous-moyenne.
La confrontation de la répartition des sujets dans les différentes caté¬
gories révèle une certaine divergence entre les Antaisaka et les Betsimisaraka,
malgré leurs moyennes très équivalentes. La majorité des Antaisaka se
classe dans la catégorie chamaesome, et un quart respectivement dans les
(1) Meyer (G.) et Aujard (C.). Les principales constantes biochimiques du sérum
de différents groupes ethniques malgaches et comoriens en rapport avec leur écologie-
inédit. Nous remercions les auteurs d'avoir bien voulu nous communiquer ces résultats.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
115
catégories mésosomes sous et sur-moyennes, alors que la majorité des Bet-
simisaraka se classe dans la catégorie sous-moyenne, avec un quart des sujets
dans la catégorie chamaesome. Il existe donc une tendance à l’abaissement
de la stature chez les populations du Sud-Est. Les Antanala par contre olTrent
une taille un peu plus élevée. Si l’on compare la situation géographique de
ces trois populations, Antaisaka et Betsimisaraka se trouvent sur le versant
oriental côtier, alors que les Antanala occupent une région non située en
bordure de côte, mais déjà sur le rebord des Hauts-Plateaux.
à) Groupes du Centre. Merina et Betsileo montrent dans leurs moyennes
globales une analogie frappante. Ces deux populations se trouvent également
dans la catégorie mésosome, mais sur-moyenne, donc manifeste d’une
tendance à l’élévation de la taille par rapport aux groupes de l’Est. L’examen
des sériations confirme l’existence d’une majorité de sujets dans la catégorie
sur-moyenne chez l’un et l’autre groupe (50 et 36 %). Cependant les Betsileo
montrent plus nettement une tendance à l’élévation de la taille que les
Merina qui semblent osciller entre les catégories sur et sous-moyennes, et se
scinder en deux groupes distincts.
c) Groupes de l’Ouest. Les Sakalava occupent une étroite bande côtière
occidentale, les Vezo et les Massikoro leur sont considérés comme apparentés.
Le groupe Sakalava présente la moyenne la plus élevée, 168,7, et une
ré partition dans les diverses catégories bien différente de celle des populations
do Centre ou de l’Est. En elTet, la majorité des sujets se classe dans la caté¬
gorie hypsisome, et un quart dans les catégories sous et sur-moyenne. Par
contre les Vezo sont plus petits et leur taille s’apparente en moyenne à celle
des Betsileo. Les Massikoro se classent entre les Sakalava et les Vezo. Tous
ces groupes sont nettement mésosomes sur-moyens.
d) Groupes du Sud. Les moyennes des Antandroy et des Mahafaly sont
® ss ez peu différentes, et peu différentes des moyennes des Vezo et des Massi-
2 0r °. Par contre les Bara se détachent de ces groupes avec une taille plus
él evée et analogue à celle des Sakalava. La grande majorité des sujets se
Source : MNHN, Paris
116
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
trouve dans la catégorie hypsisome. Par ailleurs les Antanosy offrent deux
moyennes différentes selon les deux séries étudiées.
Les Antandroy présentent une faible majorité de sujets mésosomes sur¬
moyens. Mais un tiers se trouve encore dans la catégorie hypsisome et
moins d’un tiers dans la catégorie mésosome sous-moyenne. Chez les Antanosy
la situation est inversée, la majorité des sujets sont mésosomes sous-moyens,
près d’un tiers, sur-moyens et moins d’un tiers, chamaesomes. On trouve
peu d’hypsisomes chez les Antanosy, de même qu’on trouve peu de chamae¬
somes chez les Antandroy. La situation géographique des Antanosy pourrait
expliquer cette tendance à l’abaissement de la taille. Ils occupent en effet
l’extrême Sud-Est de l’île et s'apparenteraient, semble-t-il, aux Antaisaka,
leurs voisins ; on trouve en effet un pourcentage assez important de chamae¬
somes chez ces deux groupes, qu’on ne trouve pas chez les Antandroy.
Les Mahafaly s’apparentent de très près aux Antandroy : chez eux, peu
de chamaesomes et près d’un tiers d'hypsisomes.
Une modification dans la répartition de la stature peut donc être suivie
de près dans la région du Sud-Est où vivent les Antanosy et leurs voisins
Antandroy. Les premiers feraient le lien entre les groupes de l’Est, plus
petits, et les groupes du Sud, de taille plus élevée.
L. Pales avait distingué aux termes de son étude deux tendances géo¬
graphiques différentes dans la répartition de la stature chez les Malgaches.
En fait, avec l'augmentation du nombre des populations analysées ici, des
observations plus nuancées peuvent être formulées. Il est bien certain que
deux tendances tout à fait nettes se dégagent de la carte de répartition
(fig. 28) : les bordures côtières orientale et occidentale sont marquées, la
première par des statures relativement faibles, la seconde par des statures
nettement plus élevées. Le plateau et les régions du Sud présentent des types
variés, tendant selon les populations vers l'un ou l'autre de ces types
« extrêmes ». Si l’on excepte les Bara qui, ainsi que nous l’avions remarqué,
semblent former une sorte de région réservée, à type de taille élevée, le centre
du Plateau représente des types intermédiaires, mais plus près du type
oriental, semble-t-il. Les Merina offrent pour leur part deux types, un type
petit et un type plus élevé. Les Betsileo sont déjà plus grands que les Merina,
mais encore très proches. Dans les régions du Sud vivent des populations
également intermédiaires, mais plus proches du type occidental (Mahafaly!
Vezo, Massikoro, Antandroy). Dans l’extrême Sud-Est enfin, les Antanosy
(ainsi que l’a remarqué L. Pales), représentent le lien entre les types plus
peLits de l’Est et plus élevés du Sud.
Il n'est pas question cependant de considérer les types orientaux ef
occidentaux comme des types tout à fait différents : le métissage s’est
effectué dans tous les sens et partout, mais comme le définit Pales, les deux
types dégagés correspondent peut-être à un type malais dominant et à un
type africain dominant ; l’un ou l’autre tendrait à prévaloir selon les régions,
mais aucun d’eux n'est représenté à l’état pur, excepté chez certains Merina
et chez les Bara vraisemblablement.
Pour les femmes, les résultats concordent tout à fait avec ceux auxquels
nous étions parvenue pour le matériel masculin. Des quatre groupes, ce sont
les Betsimisaraka qui offrent les statures les plus basses. Les Merina viennent
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOC1E
117
I.- HOMMES
Mésosomes
sous-moy.sur-moy
Hypsi-
somee
Populations
Auteurs
N
M
125-159
160-164
165-169
170-x
Antalaaka
Llnell
Pales.Chippaux
52
6
58
163.9
164,5
163.9
Antalaaka et
Antavaratm
Rouquette
366
163.7
30
25.9
26,2
17.7
Antanala
Tuléar
}8j
164.4
Betsimlsarakn
Llnell
Poutrln
Virchow
Mac Aullffe
Pales.Chippaux
Vallola.Chamla
6
5
1
2
17
49
164.7
169.5
160.5
16}
164.9
162.8
165.8
22,4
38,7
20,4
18,5
Xd.Judiciaire
Meyer,Aujard
77
198
163,3
161,2
ggtslleo
Bouehereau
Llnell
Mac Aullffe
Pales.Chippaux
Poutrln
Vallola.Chamla
2
7
*2
U
2
}8
166
164.2
164.7
164.8
171.5
168.9
165.8
13.1
18,4
50
18,4
Id. Judiciaire
Meyor.Aujard
81*
16}
164.4
162,3
Bouehereau
Deniker
Llnell
toc Aullffe
Pal es,Chlppaux
Poutrln
Vallola.Chamla
12
4}
18
1*4
L"
6
24
15}
161,5
164,4
160.7
!65
165,9
168.7
163
165,1
17,6
27.4
36,6
18,3
Id.Judiciaire
Meyer,Aujard
44
12}
161,7
163,5
Nota. Las chiffras soulignés correspondent aux moyennes calculées statisti¬
quement, Les autres moyennes sont arithmétiques.
Tabl. XII. -— Stature des Malgaches, moyennes et sériations (en %).
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
I.- HOMMES (suite)
*-149
150-154
155-159
160-x
Qrandidler
2
14
149.5
151.2
42,8
42,8
7.1
7.1
he.tqUe 0
Mac Aullffe
19
152,5
56,8
26,5
56,8
Merlrw
Mac Aullffe
65
151.9
55.9
51.2
28,1
4.6
»
Qrandidler
11
156
9
56,5
56,5
18
Tabl. XII (suite). — Stature des Malgaches, moyennes et sériations (en %)■
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS I>E SOMATOLOGIE
119
ensuite avec une taille moyenne légèrement supérieure et une fréquence, plus
élevée de mésosomes sur-moyennes, associée à une réduction des chamae-
somes. Chez les Betsileo, nous retrouvons la tendance à l’élévation de la
taille observée pour la série masculine. Enfin la moyenne des Sakalava se
classe résolument dans la catégorie sur-moyenne.
2° Hauteur du buste et indice cormique. Les données concernant ce
caractère sont notablement moins nombreuses. En outre nous nous sommes
heurtée à des problèmes de méthode. En effet non seulement les résultats
pour une population donnée diffèrent sensiblement selon les auteurs, pour
la mesure absolue de la hauteur du buste, mais, ce qui est plus important,
le calcul de l’indice cormique offre également des résultats inégaux, compte
tenu des faibles variations normales de cet indice. Beaucoup d auteurs ont
en effet négligé d’effectuer le redressement des sujets en position assise,
et souvent oublié d’indiquer leur méthode.
Hauteur du buste et indice cormique, moyennes
Populations
auteurs
Hauteur
N
du buste
M
Indice cormique
N M
Vallois et Chamla
17
840
17
51,5
Merina.
_
24
835
24
51,2
—
Mac Auliffe
44
866
44
52,5
Betsileo.
_
17
850
17
52,2
Sakalava.
Grandidier
26
821
26
48,7
— .
Mac Auliffe
17
885
17
51,8
Répartition de l’indice cormique
(en %, séries Vallois et Chamla). Hommes
N
brachycormes
x-50,9
métriocormes
51-52,9
macrocormes
63-x
17
35,2
52,9
11,7
Merina....
30
46,6
40
13,3
Nous nous contenterons donc d’utiliser intégralement nos propres résul-
tats, et nous n’utiliserons les données des autres auteurs que dans la mesure
°ù elles fourniront une échelle de comparaison entre les différentes populations.
Nous avons déjà fait dans un travail précédent une étude comparative
d es Merina et des Betsimisaraka (1957). Si nous ajoutons à nos 24 sujets
Merina G sujets de Poutrin, nous obtenons une moyenne de 51,2 pour
30 sujets. Les Merina, tout en étant métriocormes en moyenne, tendent
Source : MNHN, Paris
120
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
franchement vers la brachycormie, ainsi qu’en témoigne la répartition des
sujets dans les différentes catégories. Les Betsimisaraka sont plus définiti¬
vement. métriocormes que les Merina. Ils ont le buste plus long par rapport
à la taille, en raison, semble-t-il de leur stature plus faible : les individus
plus petits ont classiquement le buste plus long.
Chez les Sakalava, selon les chiffres de Mac Auliffe, le buste semble
plus court. Les valeurs fournies par Grandidier, quoique différentes,
indiquent également une tendance à la brachycormie chez cette population.
Les Betsileo semblent intermédiaires entre les Merina et les Sakalava
(si l’on compare les seules valeurs de Mac Auliffe).
3° Longueur relative du membre inférieur. L’étude du membre inférieur
complète celle de la taille assis et peut remplacer dans une certaine mesure
les données parfois incertaines de l’indice cormique. Ainsi les individus
brachycormes sont également macroskèles (buste court, jambes longues,
type mélano-africain). Inversement les macrocormes sont brachyskèles, à
jambes courtes (type xanthoderme).
Malheureusement les données concernant les dimensions du membre
inférieur chez les Malgaches sont encore moins nombreuses que celles de
l’indice cormique. Cependant les quelques données que nous avons à notre
disposition soulignent le parallélisme entre l’indice cormique et l’indice
skélique.
Les moyennes de l’indice chez les Merina et les Betsimisaraka sont assez
proches l’une de l’autre et se classent dans la catégorie intermédiaire, métrio-
skèle. Mais la hauteur du point ilio-spinal au-dessus du sol est cependant
plus faible chez les Betsimisaraka en valeur absolue et relativement à la
taille. Les Merina ont les membres inférieurs plus longs. Cette différence est
soulignée par la mise en sériations ( x ).
Hauteur ilio-spinale et indice skélique,
moyennes et sériations (en°/ 0 )
N
Hauteur
Indice
l'imiiN -
kèles
x-54,9
métrios-
55-56,9
macros¬
kèles
57-x
IVallois
Merina.
)Chamla
IPOUTRIN
Grandidier
i Vallois
32
905
55,5
34,3
50
15,6
Betsimisaraka.
jChamla
jPoUTRIN
(Grandidier
20
892
55
50
40
10
(1) La comparaison de la hauteur du buste et de la hauteur ilio-spinale chez ces
groupes montre que la plus faible stature des Betsimisaraka est due à un raccourcissement
des membres inférieurs (13 millimètres de différence dans les valeurs absolues), corrélative
avec un léger allongement du tronc (& millimètres en plus chez les Betsimisaraka).
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
121
Des autres groupes, les données sont trop restreintes pour obtenir des
résultats intéressants. Soulignons cependant la tendance chez les Betsileo
à un certain allongement des membres inférieurs, par rapport aux Merina.
4° Longueur relative du membre supérieur. Les données, moins variables
selon les auteurs, ont été mêlées. Pour 28 Betsimisaraka une moyenne de
45,7 les classe dans la catégorie métriobrachion avec la majorité des sujets.
Les 32 Merina également restent dans cette catégorie, mais la répartition
des sujets est différente : deux types caractérisés peuvent être observés, l’un
métriobrachion, l’autre brachybrachion. Il est vraisemblable que le second
type, légèrement dominant, soit le reflet de l’apport xanthoderme plus
marqué chez cette population. Sakalava et Betsileo sont également métrio-
brachions.
Longueurs absolue et relative du membre supérieur,
moyennes el sériations (en%)
brachy-
métrio-
macro-
N
brachion
brachion
brachion
o a
1 2
x-44,9
45-46,9
47-x
IVallois
25
Betsimisaraka. <Chamla
28
745
45,7
25
50
/ Deniker
IVallois
Merina.
/PoUTRIN
1 Vallois
32
746
45,2
43,7
37,5
18,7
Betsileo....
IChamla
1 Deniker
(POUTRIN
IVallois
8
45,5
"
16
Sakalava...
12
—
45,6
33
50
(Virchow
Comparaison des membres inférieurs et supérieurs, indice intermembral.
Cet indice ne montre pas de différences appréciables entre les Betsimisaraka
et les Merina, mais une valeur plus élevée chez les premiers (84,3) confirme
•'existence, chez eux, de membres supérieurs plus longs par rapport aux
membres inférieurs, que chez les Merina. Ceux-ci offrent une valeur assez
exceptionnelle de 82,6, surtout due au fait qu’ils ont, non pas des membres
supérieurs beaucoup plus courts, mais des membres inférieurs plus longs
ffui abaissent la valeur de l’indice.
5° Largeur des épaules el du bassin. Les données sont, plus nombreuses.
La largeur absolue des épaules, prises d’un acromion à 1 autre, diffère assez
Peu chez tous les groupes. En valeur relative, ce sont les Betsimisaraka et
•es Antavaratra qui ont les épaules les plus larges, les Antandroy, les moins
lar ges. Les Antanosy sont intermédiaires entre les groupes orientaux et
Source : MNHN, Paris
122
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
méridionaux mais plus proches des premiers que des seconds. Les Merina
offrent une moyenne assez proche de celle des Betsimisaraka.
Largeurs absolue el relative des épaules, moyennes
N
largeur
absolue
N
largeur
relative
Betsimisaraka.
Vallois
Chamla
POUTRIN
20
376
20
22,7
Antavaratra.
et
Grandidier
Rouquette
365
371
368
22,8
Antaisaka.
Merina.
Vallois
Chamla
29
370
29
22,5
Antandroy.
Poutrin
Rouquette
440
364
380
22
Antanosy.
Rouquette
578
370
625
22,7
Pour la largeur du bassin nous avons dû éliminer quelques auteurs en
raison de la diversité des méthodes employées. En effet la plupart des anciens
auteurs utilisaient de préférence le diamètre bi-iliaque. Actuellement c’est
le diamètre bicrête qui prévaut, mais malheureusement les résultats des
deux méthodes ne sont pas comparables. Il n’a donc subsisté que les données
concernant les Merina, les Betsimisaraka, les Antandroy, les Antavaratra
et les Antanosy.
En valeur absolue, l’écart entre les valeurs moyennes extrêmes suit de
près l’écart offert par la largeur des épaules.
En valeur relative, les résultats sont légèrement plus variables pour les
groupes du Sud et du Sud-Est. Les Antavaratra et les Antanosy montrent
une légère divergence dans leurs moyennes, mais restent cependant à majorité
sténopyèles (à bassin étroit). Les Antavaratra manifestent pourtant une
tendance à l’élargissement du bassin : chez eux 42% des sujets sont métrio-
pyèles pour 37% chez les Antanosy. Les premiers font ainsi la liaison entre
les Betsimisaraka, chez qui la totalité des sujets est métriopyéle, et les Anta¬
nosy. Les Antanosy font la liaison entre les populations orientales et les
Antandroy qui sont franchement sténopyèles. Quant aux Merina ils se
rapprocheraient davantage des Betsimisaraka. Mais on trouve encore chez
eux un tiers de sujets sténopyèles, alors que leurs voisins orientaux n’en
possèdent qu’une proportion négligeable.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
123
Largeurs absolue el relalive du bassin,
moyennes el sériations (en %)
sténo-
métrio-
N
L. abs.
L. rcl.
pyèles
pyèles
pyèles
x-15,9
16-17,9
18-x
Betsimisaraka
Vallois
Chamla
17
269
16,4
5,8
94
_
Antavaratra..
Rouquette
366
257
15,8
57
42
_
Merina.
Vallois
Chamla
24
265
16,2
29,1
66,6
4,1
Antandroy...
Rouquette
388
255
15,3
84
15
—
Antanosy....
Rouquette
612
257
15,7
62
37,4
— |
Comparaison des diamètres biacromial et bicrête, indice acromio-iliaque.
Ces proportions en largeur du tronc sont mises en évidence par cet indice
qui rapporte le diamètre du bassin à celui des épaules. Des moyennes de
'1,6 et 71,5, pour les Merina et les Betsimisaraka, les classent dans la catégorie
“tronc intermédiaire » c’est-à-dire ne correspondant ni à l’étroitesse du bassin
«es Noirs, ni à la largeur de celui des Jaunes. Les sujets se répartissent dans
,es catégories intermédiaire et trapézoïde, avec une majorité dans la première.
Pour les groupes du Sud, nous avons évalué approximativement l’indice
acromio-iliaque, ce qui nous a permis de constater que les Antavaratra et
es Antanosy tendraient à se ranger dans la catégorie trapézoide, à épaules
•arges et bassin étroit. Les Antandroy se trouvent à la limite des deux
catégories. Ainsi dans l’ensemble, les valeurs de cet indice confirment les
données relatives, acromiale et bicrête, à savoir, le rétrécissement du bassin
Vers les régions du Sud.
Indice acromio-iliaque, moyennes el sériations
N
trapézoïde
x-69,9
intermé-
70-74,9
rectan¬
gulaire
75-x
Betsimisaraka...
^ Vallois
17
71,5 17,6
82,3
_
Antavaratra.
... | Rouquette
—
env. 69,2
—
—
Merina.
i Vallois
| Chamla
24
71,6 33,3
50
16,6
Antandroy.
... 1 Rouquette
—
env. 70
—
—
Antanosy.
... Rouquette
—
env. 69,4
—
—
Source : MNHN, Paris
124
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOG1E
6° Développement du thorax, indice thoracique et périmètre thoracique.
L’indice thoracique qui mesure le degré d’aplatissement du thorax n’a guère
été recherché par les auteurs ( 1 ). L’indice est plus fort chez les
Merina, correspondant non pas à un thorax plus développé antéro-postérieu-
rement, mais à un thorax plus étroit transversalement que chez les Betsimi-
saraka.
Le périmètre thoracique n’a pas été non plus étudié par les auteurs.
Chez les Merina et les Betsimisaraka, les valeurs du périmètre (correspondant
à la moyenne inspiration/expiration) confirment les valeurs fournies par
l’indice. Les Betsimisaraka offrent un thorax plus développé en valeur absolue
et en valeur relative.
Dimensions absolues et indice du thorax, moyennes
N
D.A.P.
D.T.
Indice
Pér. absolu
Pér. relatif
Betsimisaraka.
17
190
272
69,4
940
57,2
Merina.
24
189
266
71,2
912
55,7
7° Périmètre abdominal. Caractère très variable, le périmètre pris au
niveau de l’abdomen va de 71 à 87 cm chez les Merina, et de 70 à 84 cm chez
les Betsimisaraka. La moyenne absolue et surtout la moyenne relative à
la stature sont plus fortes chez les seconds que chez les premiers (47,2 et
46,7).
8° Développement du mollet et de Vavant-bras. Chez les 30 Merina que
nous avons à notre disposition, la moyenne du périmètre du mollet est de
21,1 : comparée à celle des Betsimisaraka (22,1), elle répond chez eux à une
faible saillie du mollet. L’avant-bras est également plus développé chez les
Betsimisaraka.
Périmètres relatifs du mollet et de l’avant-bras
Mollet
Avant-bras
N
M
N
M
Betsimisaraka.
20
22,1
17
16,6
Merina.
30
21,1
27
15,9
9° Longueur relative et indice du pied. Nous avons eu communication,
grâce à l’obligeance du D r Pales d’un certain nombre de mesures de longueur
et de largeur du pied, qui viennent s’ajouter aux mesures fournies p ar
Mac Auljffe et Rouquette.
(1) Papillault l’a étudié chez les Malgaches, mais ses méthodes de prise de mesure
sont différentes de celles employées actuellement. Celles-ci se prennent au niveau des
4'"" côtes.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
125
a) Longueurs absolue et relative du pied. Les moyennes des dimen¬
sions absolues différent très peu selon les populations. Merina et Antandroy
se situent aux deux extrêmes. Avec les Antandroy se classent les Sakalava.
Les groupes de l’Est sont peu différents les uns des autres (et peu différents
des Merina), mais parmi eux, ce sont les Betsimisaraka qui ont le pied le
Plus long comparativement à la taille. La longueur du pied chez les groupes
orientaux est bien homogène, des Antanosy aux Betsimisaraka. Merina et
Betsileo offrent des valeurs légèrement plus faibles, les Antandroy des
valeurs plus fortes.
b) Indice du pied. De même qu’ils ont le pied plus petit par rapport à
à la taille, les Merina et les populations orientales ont le pied plus étroit par
rapport, à la longueur que les populations du Sud. Les Betsileo ont un pied
plus large que les Merina.
Dimensions absolues et indice du pied, moyennes
N
Longueur
Largeur
Indice
Betsimisaraka.
Pales
Mac Auliffe
10
7
257
247
105
41
Antavaratra.
Rouquette
297
252
—
—
Merina.
Pales
Mac Auliffe
59
44
256
250
105
Betsileo.
Pales
9
256
106
41,3
Sakalava.
Mac Auliffe
17
259
—
—
Antandroy.
Rouquette
208
260
—
—
559
253
—
—
Groupes du Sud....
Pales
13
—
—
41,7
Longueur relative du pied, moyennes
Hommes
Femmes
N
M
N
M
Betsimisaraka.
Pales
Mac Auliffe
13
15,2
-
-
Antavaratra.
Rouquette
297
15,4
—
—
Merina.
Pales
Mac Auliffe
46
44
15,4
15,1
65
14,9
Betsileo.
Pales
Mac Auliffe
22
15,2
19
15,1
Sakalava.
Mac Auliffe
17
15,1
—
—
Antandroy.
Rouquette
208
15,7
—
—
Antanosy.
Rouquette
558
15,5
10» Poids el indices de constitution. Nous avons eu à notre disposition,
Outre les données de notre série, celles de Meyer et Aujard.
Source : MNHN, Paris
126
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
Meyer et Aujard
Vallois et Cham la
N
Poids
Stature
N
Poids
Stature
Betsimisaraka.
198
55,5
161,2
17
63,9
162,8
Antanala.
123
52,5
159,9
Tsimihety.
160
54,4
164,4
Bezanozano.
128
57
162,5
Sihanaka.
128
55,9
159,6
Merina.
123
53,9
163,5
23
60,1
163
Betsileo.
163
56,4
162,3
Sakalava.
126
56,7
165,8
Mahafaly.
123
58,4
166,1
Bara.
131
59,2
167,1
Antandroy.
142
58,3
165
Comoriens.
100
57,5
160,7
Comme on peut le constater, les moyennes des deux groupes comparables
sont très différentes. Mais il ne faut pas oublier que les sujets appartenant à
notre série étaient des soldats cantonnés en France et soumis à un régime
alimentaire différent du régime normal (excès de féculents par ex.). En effet
par le moyen de l’indice de constitution de Pignet, il est possible d’évaluer
la constitution de nos soldats Merina et Betsimisaraka, et de constater leur
exceptionnelle robustesse : pour 23 Merina nous obtenons une moyenne de
12,7 (constitution forte) ; pour 17 Betsimisaraka, une moyenne de 6,7 (consti-
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
127
tution très forte). Chez les seconds, le poids dépasse souvent la stature, et
•es indices de Pignet sont alors inférieurs à 0. On ne saurait donc retenir ces
derniers résultats. Par contre, à comparer les différentes moyennes obtenues
Par Meyer et Aujard pour le poids et la stature, on constate que le premier
est particulièrement faible par rapport à la seconde, les poids relatifs les
plus faibles étant ceux des Merina et des Tsimihety.
B. — La tête.
10 Indice céphalique. Les données concernant cet indice sont presqu’aussi
nombreuses que celles concernant la stature.
a) Groupes de l’Est. Chez les Betsimisaraka, à une valeur moyenne de
189 mm. pour le diamètre antéro-postérieur, correspond une valeur de
•46,5 mm. de diamètre Lransverse. Chez les Antavaratra la tête est un peu
P'us allongée mais nettement moins large. L’indice céphalique retrace cette
divergence : la mésocéphalie des Betsimisaraka s’oppose à la dolichocéphalie
des Antavaratra (et Antaisaka).
L’analyse des sériations révèle cependant chez les Betsimisaraka une
Ce rlaine proportion de dolichocéphales alliée à une majorité de mésocéphales
Source : MNHN, Paris
128
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
et à un petit nombre de brachycéphales, alors que les Antavaratra possèdent
une forte majorité de dolichocéphales. Il semble donc en réalité que les
Betsimisaraka se trouvent à cheval entre la dolichocéphalie et la méso-
céphalie, alors que les Antavaratra sont purement dolichocéphales.
Longueur el largeur de la lête, moyennes
Hommes
Femmes
N
D.A.P.
D.T.
N
D.A.P.
D.T.
Betsimisaraka
Vallois et
Chamla
17
189
146
Mac Auliffe
7
188
147
Antavaratra .
Rouquette
508
190
139
Vallois et
24
187
149
Mac Auliffe
44
189
148
65
177
141 l
Betsileo.
Mac Auliffe
17
189
146
19
177
142
Sakalava ....
Mac Auliffe
17
185
146
Grandidier
24
181
149
10
177
140 :
Antandroy...
Rouquette
493
186
146
Mahafaly ....
David, chefs
sujets
40
106
187
188
147
146
Antanosy....
Rouquette
721
190
141
b) Groupes du Centre. Le diamètre antéro-postérieur diffère peu
chez les Merina de celui des groupes orientaux. Par contre le diamètre trans¬
verse est en augmentation par rapport aux Betsimisaraka.
Chez les Betsileo, le diamètre antéro-postérieur diffère peu aussi de celui
des Merina, mais le diamètre transverse est moins élevé et comparable à
celui des Betsimisaraka. Aussi la moyenne de l'indice céphalique est-elle
plus élevée chez les Merina que chez les Betsileo, chez qui le crâne est moins
large.
La répartition des sujets est marquée chez les Merina par un assez fort
pourcentage de brachycéphales que nous n’avions pas observé chez les autres
groupes. La majorité du groupe est cependant mésocéphale. Par contre,
chez les Betsileo, la proportion des brachycéphales se révèle infime, alors
que croît celle des dolichocéphales et des mésocéphales.
c) Groupes de l’Ouest. Ils ne sont guère représentés que par les Saka-
Iava. Chez ce groupe une augmentation du diamètre transverse s’associe à
un raccourcissement du diamètre antéro-postérieur. La moyenne de l’indice
exprime une réelle augmentation par rapport aux autres groupes. Les bra¬
chycéphales sont en effet en progression et représentent la majorité des
sujets, alors que les dolichocéphales ont diminué. Quant aux mésocéphales,
ils sont encore nombreux et leur proportion presque équivalente à celle des
brachycéphales.
d) Groupes du Sud. Des Mahafaly, David a distingué les chefs, pl uS
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
129
brachycéphales, des sujets, plus dolichocéphales. La moyenne des chefs
se rapproche de celle des Merina, ainsi que les proportions respectives dans
chaque catégorie. Il semble qu’on puisse les rapprocher sans erreur et consi¬
dérer que la chefferie chez les Mahafaly, est aux mains des Merina et ne se
mélange pas au reste de la population.
La moyenne des sujets ne se rapproche pas de celle des Antandroy, plus
franchement mésocéphales.
Quant aux Antanosy, la moyenne de leur indice céphalique correspond
à leur situation géographique : entre les Antaisaka, très dolichocéphales, et
•es Antandroy, mésocéphales, les Antanosy se montrent dolicho/mésocéphales
se rapprochant davantage cependant des premiers que des seconds.
D'une façon générale, en ce qui concerne l’indice céphalique, les subdi¬
visions géographiques que nous avions définies pour la stature, méritent
quelques corrections : la carte de répartition de l’indice céphalique révèle
que, à l’exception de quelques groupements semble-t-il isolés, comme les
Antaisaka (et les Bara), — et au contact des Antaisaka, les Antanosy —
•es moyennes de l’indice céphalique sont révélatrices d’un métissage actuelle¬
ment assez généralisé de toute l’île. En effet, les populations de la côte
orientale, comme les Betsimisaraka, dont la stature différait suffisamment
de populations plus grandes (comme les Merina, les Betsileo ou les groupes
du Sud), offrent sensiblement la même valeur moyenne pour l’indice cépha-
••que. Les Sakalava qui se groupaient parmi les populations les plus grandes,
offrent un indice plus brachycéphale, se rapprochant davantage du noyau
xanthoderme du centre de l’Imerina.
Chez les femmes, le dimorphisme sexuel pour le vivant est beaucoup
Plus marqué que pour le crâne. Les femmes Merina sont plus mésocéphales
que les hommes. Cette différence est surtout due à une diminution des
dolichocéphales au profit des mésocéphales et non des brachycéphales.
Les femmes Betsimisaraka offrent une moyenne légèrement inférieure à
Ce lle des hommes, ainsi que les Sakalava.
2° Indice de hauteur-largeur. Si on compare nos séries Merina et Betsi-
uiisaraka, on constate une légère différence dans la hauteur de la tête entre
Ce s groupes. Les Betsimisaraka ont la tête plus haute que les Merina. Les
deux groupes sont acrocéphales, mais tandis que chez les Merina on trouve
une proportion encore importante de métriocéphales, chez les Betsimisaraka,
• e nombre des métriocéphales décroît en faveur de celui des acrocéphales.
Ces Merina se partagent en deux groupes, l’un à tête haute, 1 autre à tête
Moyenne.
Mé “oib E8
Muséum. — Zoologie, t. XIX.
Source : MNHN, Paris
130
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
I.- HOMMES
iîyper-
dollcho-
Dolicho¬
céphales
Méso-
céphales
céphâles
Populations
Auteurs
N
M
x-70,9
71-75.9
76-80,9
8l-x
Antalsaka et
Rouquette
508
75.7
8,2
72
18,8
0.7
Orandldler
Mae Aullffe
Poutrln
Vallols.Chamla
1
7
2
17
43
•77. «
78.2
77.7
77.4
2Li
37.2
48,8
13.9
Bétail»o
Denlker
Orandldler
Mao Aullffe
Poutrln
Vallols.Chamla
1
1
1 4
2
25
77.5
77
77.5
75.4
77.6
76.8
36
56
8
Merlna
Bouchereau
Denlker
Mac Aullffe
Poutrln
Vallols.Chamla
12
5°
44
6
21*
101*
85.2
78,9
78,}
78.4
79.5
78.7
22,1
49
28.7
Sakalava
Denlker
Orandldler
Mae Aullffe
Vallols.Chamla
Virchow
1
25
17
2
6
51
81
81,1
r
82,2
80.8
7.8
39.2
52.8
Antandroy
Rouquette
49}
78,9
0,8
19.8
58.4
20,8
Mahafaly
David, chefs
sujets
40
106
73.7
77.5
17.5
39.6
50
40,5
32.5
19.7
Antanoey
Rouquette
721
2UL
5.9
46,6
40,6
6,7
II.- FEMMES
Betslmlsaraka
Orandldler
2
75.5
Denlker
11
13
77.5
77.2
46,1
30,7
23
Marina
Mac Aullffe
65
79.8
10,7
58.4
29,2
Bet8lleo
Mac Aullffe
19
80,2
10.5
47.3
42
Sikalav.
Orandldler
10
79.6
10
50
40
Tabl. XIII. — Indice céphalique des Malgaches, moyennes et sériations (en %)■
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
131
Indice de hauteur-largeur, moyennes et sériations (en %).
N
M
tapinocé-
métriocé-
acrocé-
pbales
phales
phales
Poutrin
Betsimisaraka..
Deniker
Vallois
Chamla
34
89
—
26,4
73,5
Grandidier
Merina.
Poutrin
Vallois
Chamla
32
85,9
6,2
40,6
53,1
3° Le front. Les moyennes de l’indice frontal diffèrent peu chez les Merina
et les Betsimisaraka. L’élargissement du front par rapport à l’arrière-tête
est donc sensiblement le même et assez marqué.
Dimensions absolues et indice du front, moyennes
N
M
indice
Betsimisaraka.
Vallois
Chamla
34
73,1
Merina.
Deniker
Poutrin
Vallois
Chamla
31
108
73,4
Poutrin
4° Indice transverso-zygomalique. Cet indice offre des valeurs moyennes
tr ès proches chez les Merina et les Betsimisaraka. Les deux groupes sont
faiblement macropsides, leur face est large par rapport à la tête. Chez les
Betsileo, la moyenne de l’indice est analogue à celle des Merina, mais la
proportion des macropsides est en nette augmentation chez eux.
Chez les Sakalava, l’indice a diminué et se classe dans la catégorie inésop-
si( fe ; l a proportion des micropsides y est très forte comparativement à
4 celle des autres groupes, et correspond à des sujets à tête plus large, et non
4 face plus étroite que l’ensemble de la série (le diamètre bizygomatique est
8e nsiblement identique à celui des autres groupes).
Les Antandroy s’apparentent aux populations déjà décrites et l’indice
(calculé approximativement) est très proche de celui des groupes de l’Est ou
du Centre.
Source : MNHN, Paris
132
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
Mais quand on passe aux Antavaratra qui se sont déjà distingués des
autres groupes par des caractères très différents, le diamètre bizygomatique
chez eux a franchement diminué. Mais, rapporté à la moyenne du diamètre
transverse, le diamètre bizygomatique se révèle au contraire un peu plus
élevé comparativement aux autres groupes. Le groupe Antavaratra (et
Antaisaka) serait donc loin de posséder une face plus étroite, mais plus large
que les autres séries.
Il en est de même pour les Antanosy qui possèdent une face plus étroite
en valeur absolue, mais plus large en valeur relative ; ils se classent cependant
entre les Antandroy et les Antavaratra.
Chez l’ensemble des groupes malgaches, la face est large par rapport à
l’arrière-tête et varie peu dans Loute l’île, sinon qu’elle est plus large chez
quelques populations du Sud-Est. Ses variations en valeur absolue sont liées
en général aux variations du diamètre transverse de la tête.
Les femmes présentent naturellement un écartement bizygomatique
beaucoup plus faible que celui des hommes, en valeurs absolue et relative.
Par ailleurs, ce sont les femmes Betsileo qui présentent le maximum d’élar¬
gissement de la face, les Sakalava, le minimum (91,7 et 89,3 ; 90 pour les
Merina et 91,9 pour les Betsimisaraka.)
Diamètre bizygomatique et indice transuerso-zygomatique
diam.
mi-
mésop-
crop-
bizyg.
x-89,9
90-92,9
93-x
Deniker
M. Auliffe
Betsimisaraka...
38
137
93,5
7,8
34,2
57,8
ChAMla
Antavaratra.. ..
Rouquette
M. Auliffe
453
132
94,9 env.
Merina.
Poutrin
Vallois
Chamla
M. Auliffe
Poutrin
75
138
93,2
18,6
33,3
48
23
137
93,3
8,6
26
65,2
Chamla
Grandidier
M. Auliffe
Sakalava. .Vallois
(Chamla
53
137
92
30,1
20,7
49
Virchow
Antandroy.
Rouquette
794
137
93,8 env.
Antanosy.
Rouquette
644
133
94,2 env.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
133
5° Indice facial. La face est plus allongée chez les Betsimisaraka, plus
courte chez les Merina, mais les deux groupes restent dans la catégorie
mésoprosope, aux limites inférieure et supérieure. La face est aussi plus
large chez les Merina, ce qui contribue à diminuer la valeur de leur indice.
L’analyse des sériations montre que les Merina sont loin de se montrer
homogènes, et chez eux deux tendances s’ailirment : l’une euryprosope,
l’autre leptoprosope, avec fléchissement dans la catégorie mésoprosope. Les
Betsimisaraka sont au contraire homogènes et pour la plupart, mésoprosopes.
L’indice facial, chez les populations du Sud, n’a pas été étudié par Rou¬
quette qui s’est contenté d’indiquer la hauteur physionomique moyenne
de ses séries (trichion-gnathion). En calculant les moyennes approximatives
de l’indice facial correspondant, on constate que les hauteurs absolues et
surtout les indices, diffèrent entre les Antandroy d’un côté et les AnLaisaka
et Antanosy de l’autre. Nous avions évoqué plus haut les rapports du dia¬
mètre bizygomatique et de l’arrière-tête chez ces populations, et constaté
que la face restait toujours plus large que le crâne. Mais l’indice facial vient
upporter des données supplémentaires et modifier ces résultats. La face,
considérée seule chez les Antaisaka et les Antanosy, se révèle plus étroite et
Plus longue que chez les Antandroy. En effet non seulement le diamètre
Zygomatique est beaucoup plus faible en valeur absolue, mais la hauteur
Physionomique est un peu plus grande. Aussi l’indice diffère-t-il notable¬
ment.
Hauteur morphologique el indice facial morphologique, moyennes
el sériations (en %).
eury-
mé 80 -
lepto-
N
hmt.
Indice
x-78,9
prosopes
prosopes
84-87,9
prosopes
88-92,9
87,3
6
6
49
35
6
Merina...
24
117
84,5
8,3
37,5
20,8
29,1
Hauteur physionomique el indice facial physionomique, moyennes
N
Hauteur
Indice
Betsimisaraka.
17
186
135,5
443
182
137,8 env.
24
186
134,5
Antandroy.
684
179
130,6 env.
Antanosy.
612
183
137,5 env.
Les rapports entre les différents plans de la face, rapports entre l'écar¬
tement des pommettes et le diamètre frontal, d’une part, et la saillie des
mâchoires d’autre part, sont traduits par les indices jugo-frontal et jugo-
mandibulaire (diamètre bigoniaque).
Source : MNHN, Paris
134
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
6° Indice jugo-frontal. Cet indice diffère peu chez les Merina, les Betsi-
misaraka et les Betsileo (malgré le petit nombre de sujets représenté chez
ces derniers). Les valeurs du diamètre frontal sont assez homogènes, ainsi
que celles du diamètre bizygomatique chez ces populations. Aussi les rapports
entre ces deux mesures ne varient-ils guère, et leurs valeurs impliquent un
front relativement plus rétréci que les pommettes, qui sont elles-mêmes
assez larges.
7° Indice jugo-mandibulaire. Il révèle par contre un dimorphisme plus
accentué entre les Merina et les Betsimisaraka. Les seconds ont en effet une
mâchoire plus étroite au niveau des gonions, les premiers l’ont nettement
plus saillante. L’écartement bizygomatique étant analogue, les valeurs
moyennes de l’indice montreront donc un écart important.
Ainsi chez les Merina, les mâchoires sont bien développées en général,
les angles goniaques accentués et le visage dans l’ensemble carré ou tra-
pézoïde. Les Betsimisaraka ont une face plus ovale, aux angles plus émoussés,
et aux mâchoires moins fortes.
Indices jugo-fronial et jugo-mandibulaire, moyennes
N
I. jugo-frontal
Largeur
bigoniaque
I. jugo-
mandibutaire
Betsimisaraka...
33
77,9
112
80,4
Merina.
30
77,8
116
82,4
Betsileo.
7
77,9
—
—
8° Le nez et l'indice nasal. Les résultats de l’indice nasal calculé sur le
vivant sont généralement considérés comme très variables. Les populations
malgaches n’échappent pas â la règle. Des différences de technique se trou¬
vent à la source d’écarts souvent considérables. Aussi semble-t-il préférable
de ne retenir que les séries d’un même auteur ou les séries comparables
entre deux auteurs différents.
En valeur absolue, les Betsimisaraka ont le nez plus large et plus haut
que les Merina. Les Sakalava l’ont aussi large mais beaucoup moins haut
que ces derniers. Ils tendraient donc à la platyrhinie, et les Betsimisaraka à
une mésorhinie moins atténuée que celle des Merina, également mésorhi-
niens.
Chez les Mahafaly, David a observé une platyrhinie moindre chez les
chefs que chez les sujets. Des données fournies par Rouquette, nous ne
retiendrons que celles concernant la largeur du nez (différence de technique
dans la prise de mesure de la hauteur). La largeur moyenne des Antavaratra
se rapproche de celle des Betsimisaraka. Des trois populations du Sud, ce
sont les Mahafaly qui offrent le maximum d’élargissement du nez, et les
Antandroy le minimum.
Source : MNHN, Paris
136
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
Dimensions absolues du nez, moyennes.
N
ï
largeur
Hauteur
Betsimisaraka.. Vallois
Chamla
Antavaratra..
Merina. (Vallois
(Chamla
Sakalava....
Antandroy..
Mahafaly....
Antanosy...
Grandidier
Rouquette
David
' 17
| 371
! 24
24
478
40
106
565
43.5
42.5
41
42
41
42,9
43.5
42.5
52,5
51
47
Indice nasal, moyennes el sériations (en %)
lepto-
méso-
platy-
N
M
rhiniens
rhiniens
rhiniens
100-X
x-69,9
70-84,9
85-99,9
Betsimisaraka.
Vallois
17
83,1
_
64
29
5
Merina.
POUTRIN
Bouchereau
Vallois
28
81,7
3,4
62
31
3,4
Chamla
\Grandidier
Sakalava.
Vallois
Chamla
25
87,1
—
44,4
33,3
22,2
IV. - Groupes sanguins
A. — Système A, B, O.
Les premiers travaux qui traitent de la répartition des groupes sanguins
à Madagascar remontent à 1918 où H. et L. Hirszfeld l’ont recherchée
chez les Malgaches envoyés à Salonique. Il faut ensuite attendre 1931 pour
trouver les résultats de la première enquête intéressante que A. HérivauX
et R. Rahoerson menèrent chez une population bien déterminée, les Merina,
appartenant aux trois castes principales (Andriana, Hova, Mainty). En
1940, David poursuit une enquête anthropologique et sérologique sur des
chefs et des sujets Mahafaly, ainsi que sur des Malgaches du Sud de Tuléar.
Enfin, en 1957, Singer, Budtz-Olsen, Brain et Saugrain publient les
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
138
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
résultats d’une enquête sur les groupes sanguins et la sicklémie parmi les
populations de l’Ile. Leurs données ont été rassemblées sous la rubrique
« Merina et non Merina ».
Le tableau ci-dessous compare les résultats fournis par ces différents
auteurs.
Répartition des groupes A, B, O chez quelques groupes de Madagascar
/‘n %).
N
A
B
AB
0
P
q
-
P+
q+l
Malgaches.
Hirszfbld
342
26,2
23,7
4,5
45,8
.168
.154
.675
.997
« non Merina ».
Singer, etc.
156
20,5
27,6
3,2
48,7
.132
.174
.694
1
Andriana.
Hérivaux
61
31,6
16,6
18
33
.282
.185
.591
1.058
Hova.
et
m
26,7
25,8
23,2
24,1
.293
.287
. 490
Mainty.
Raiioerson
mu
30
23
5
42
. 194
.152
.648
Merina.
Singer, etc.
157
26,1
25,5
7
41,4
. 179
.175
.646
1
Mahafalv chefs.
56
14,2
32,1
10,7
42,8
.134
.245
.654
DAVlü
112
17,8
25
1,7
55,3
.104
.145
. 744
Malgaches Sud.|OAViD | 55
16,3
30,9
—
52,7
.086
.169
.726
Dans l’ensemble les résultats portent sur des nombres relativement
faibles d’individus, qui peuvent expliquer les différences assez fortes dans
les taux présentés par certains groupes.
Cependant les populations du Sud (Mahafaly et Sud de Tuléar) semblent
caractérisées par des valeurs assez faibles de A (14 à 17 %). Les pourcentages
de B sont assez homogènes et ceux du groupe O rapprochent ces populations ;
par contre une diminution du groupe O alliée à une augmentation du groupe
AB caractérise les chefs Mahafaly, que David considère comme apparentés
aux Merina (Andriana). En eiTet chez ceux-ci, nous observons un taux plus
faible de O et plus fort de AB que chez les populations du Sud. Par contre
les proportions des groupes A et B chez les Andriana ne sont pas comparables
à celles des chefs Mahafaly : leurs valeurs sont inversées.
Chez les Merina, les Mainty (anciens esclaves noirs) et les Merina de
Singer et collaborateurs se différencient notablement des Andriana avec une
augmentation des groupes O et B et une diminution du groupe AB, alors
que le groupe A reste sensiblement identique. Augmentation du groupe O et
diminution du groupe AB ont déjà été constatées plus haut chez les tribus
Mahafaly.
Les Hova, si l’on en croit les données fournies par HéhivauX,
se comportent de façon bien différente de tous ces groupes : non seulement
ils présentent un pourcentage de O fortement diminué par rapport à tous le s
groupes, mais le taux de AB est très élevé.
Quant aux Malgaches en général, les résultats de Hirzsfeld et de Singer
se rapprocheraient surtout de ceux des « non Merina » et des Mainty.
En résumé les groupes sanguins chez les Malgaches se répartissent ainsi :
a) A<B, O fort, AB faible à très faible : Mahafaly chefs et tribus, Mal¬
gaches du Sud.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
139
b) A>B, O moins fort, AB important : Andriana.
A>B, O assez fort, AB faible : Mainty et Merina en général
c) A#B, O assez fort, AB faible : Malgaches en général.
A^B, O peu élevé, AB fort (?) : Hova.
B. — Système rhésus
La détermination des sous-groupes du système Rhésus ainsi que les
Séquences chromosomiques correspondantes ont été effectuées par Singer
et collaborateurs sur 170 sujets Malgaches dont ils ne fournissent pas l’ori-
gine précise. Ils ont trouvé les fréquences suivantes (sera anti-C, anti-D,
anti-E) :
a) Génotypes ( d’après Singer)
CDee
90
ccDee
54
ccDE
7
Cddee
CDE
14
ccddee
4
CddE
0
N
170
52,9
31,79
4,12
0,59
8,24
2,35
—
%
b) Fréquence des Chromosomes
cde
CDe
RI
cDE
R2
Cde
R’
cdE
R"
cDe
Ro
• 1532
.3253
.0640
.0567
.0000
.4308
Les fréquences en % des trois chromosomes les plus importants sont les
suivantes :
cde
CDe
cDe
i r
RI
Ro
1 « %
32%
43%
Ces fréquences ont été comparées d’une part aux Bantous d’Afrique du
u u, d’autre part aux Javanais. Nous reprendrons plus loin cette question.
V. — Sicklémie
Les premières recherches sur l’existence de la sicklémie à Madagascar
été poursuivies par J. Saugrain (1954) qui trouva une proportion de
>96 % de sicklémiques sur 1.061 sujets examinés appartenant à divers
Poupes. La sicklémie serait plus marquée sur la côte que sur le Plateau (les
“etsileo n’auraient pas révélé de porteurs), mais elle serait moins élevée
jl u on Afrique, selon Saugrain. Par ailleurs elle n’est pas génératrice de
roubles hématologiques, dystrophiques ou neuro-psychiques, comme en
‘rique. L’anémie est rare et le porteur sain est de règle. Les hématies en
au cille se comportent comme des hématies normales.
Source : MNHN, Paris
140
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOGIE
Plus récemment, Gavarrino (1956) donne les résultats d’une enquête
sur la drépanocytose qu’il mena chez 60 Massikoro où il trouva 6 % de
porteurs du trait ; chez 70 Vezo, 2,8 % et chez 108 Bara, 7,4 %. Selon cet
auteur, la sicklémie serait donc relativement élevée sur le Plateau puisqu’on
trouve plus de 7 % de porteurs chez les Bara.
Enfin nous trouvons dans le travail récent de Singer et collaborateurs les
éléments d’une enquête systématique parmi les principales populations de
Madagascar. Les fréquences des porteurs de l’hémoglobine S sont les
suivantes :
Taux de Sicklémie chez les Malgaches ( d’après Singer)
N. sujets
examinés
Porteurs
%
Merina
1.004
33
3,3
Betsileo
130
6
4,6
Sihanaka
45
3
6,7
Hauts-Plateaux..
Tsimihety
43
7
16,2
Bezanozano
19
1
5,2
Vakainankaraka
26
—
—
Bara
37
4
10,8
Betsimisaraka
47
3
6,4
Antaisaka
14
2
—
Côte orientale....
Antaimoro
13
—
—
Antanala
7
3
—
Antanosy
11
1
—
Côte méridionale.
Antandroy
22
—
—
Côte occidentale.
Sakalava
90
10
11,1
Divers
38
3
7,8 J
Total.
1.546
76
4,9
Si l’on groupe les populations par régions, Hauts-Plateaux, côtes orientale
et occidentale, on obtient les résultats suivants :
N
Porteurs
%
Hauts-Plateaux.
1304
54
4,1
Côte orientale.
92
9
9,7
Côte occidentale.
90
10
11,1
Pour l’ensemble de l’île, la fréquence des sicklémiques est donc légère¬
ment plus élevée que celle trouvée par Saugrain : 4,9 % contre 3,9 %. P ar
ailleurs les résultats de Singer et collaborateurs chez les différents groupes
confirment ceux proposés par Saugrain : la sicklémie semble plus marquée
sur les côtes que sur les Hauts-Plateaux.
Source : MNHN, Paris
ÉLÉMENTS DE SOMATOLOCIE
141
Mais tous ces résultats ne semblent pas pouvoir être considérés comme
définitifs, surtout en ce qui concerne les groupes où n’a été observé qu’un
Petit nombre de sujets. En effet les 16 % de porteurs trouvés chez les Tsimi-
hety ne s’accordent pas avec les 3 % trouvés chez les Merina, alors que ces
deux groupes sont très proches l’un de l’autre (anthropologiquement). Par
ailleurs les 7 % de porteurs Bara trouvés par Gavarrino ne s’accordent pas
avec les 10,8 % trouvés par Singer chez cette même population. Enfin il
est frappant qu’on ne trouve que 2,8 % de porteurs chez les Vezo de Gavarri¬
no, alors que les Massikoro en comportent 6 %, ces deux populations étant
cependant voisines et très proches racialement l’une de l’autre.
D’une façon générale, il faut souligner l’importance des facteurs quanti¬
tatifs de l'échantillonnage, le taux de sicklémie pouvant varier considé¬
rablement avec le nombre des sujets testés. En effet, G. A. Heuse, récem¬
ment (1956-57), a comparé les résultats obtenus par des auteurs sur des
échantillons variés au sein de mêmes populations. C’est ainsi que chez 98
sujets nilotiques, on trouve 7 % de sicklémiques alors que 105 Nilotiques en
accusent. 17 %. Le taux tombe de 6,9 % à 2,9 % quand on passe de 58 à
*134 sujets Sérères, etc. Il semble donc que le nombre minimum de sujets
à Partir duquel l’échantillonnage se trouve être valable doit être sulïisamment
élevé pour ne pas fausser les résultats.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE VIII
LES CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES POPULATIONS
MALGACHES ET LES PRINCIPAUX TYPES SOUS-RACIAUX
I. - Les caractères généraux des Malgaches
(Récapitulation des caractères ostéologiques et somatologiques).
Dans l’ensemble, les populations malgaches se distinguent par les carac¬
tères physiques suivants :
1° La couleur de la peau varie du jaune plus ou moins foncé au brun très
*°ncé. Les teintes les plus foncées se trouvent dans les régions méridionale,
°ccidentale et orientale, les moins foncées sur les Hauts-Plateaux.
2° La forme des cheveux va du type droit des Xanthodermes au type
® ré Pu des Mélanodermes, en passant par les types ondulé et frisé. Le type
r oit se rencontre le plus fréquemment sur les Hauts-Plateaux dans la région
e 1 Imerina. Les autres groupes n’en présentent que peu ou pas du tout.
e type ondulé ne se rencontre également que chez les Merina. Le type frisé
8e révèle encore assez important chez tous les groupes, mais c’est le type
^fép u q U j res te la forme dominante chez les populations autres que les
Merina et les Betsileo.
3° Les lèvres sont généralement épaisses ou très épaisses, mais rarement
Versées. Elles sont parfois peu épaissies, mais pour des proportions ne
dépassant pas 20 %.
, 4° Le degré de prognathisme est assez variable, mais généralement limité
la région alvéolaire, et plus souvent modéré que très marqué. Mais on
re ncontre cependant chez tous les groupes une certaine proportion de pro¬
gnathisme absent (le maximum chez les Vezo).
. 5° Le nez est court et droit ou concave, les narines larges, sans atteindre
a dilatation de celles des Noirs soudanais. Les nez convexes sont rares (le
Maximum chez les Vezo, imprégnés par les éléments arabes).
^ o° La bride mongolique vraie ne se rencontre qu’exceptionnellement.
Mais on en trouve des formes plus atténuées, où l’obliquité ainsi qu’un repli
P*us ou moins accentué de la paupière, subsistent. Les semi-brides s'observent
‘Salement.
Source : MNHN, Paris
144
PRINCIPAUX TYPES SOUS-RACIAUX
7° Pour l’indice céphalique, nous avons observé l’existence de deux
centres de dolichocéphalie situés dans la région méridionale, l’un au Centre,
l’autre h l’Est, et représentés par les Bara et. les Antaisaka (et Antavaratra).
Tous les autres groupes présentent actuellement un indice céphalique
s’échelonnant entre la dolicho/mésocéphalie et la mésocéphalie franche (*)•
8° La stature est variable. Les zones de petite taille sont limitées dans
la région orientale, celles de taille moyenne dans les régions centrale et méri¬
dionale, et celles de grande taille dans la région occidentale, outre un centre
isolé dans la région Bara.
9° Les épaules sont larges dans l’ensemble de l’ile. Ce sont les Merina qui
ont les épaules les plus larges, les Antandroy, les moins larges. Les bassins
sont plus étroits au Sud qu’au Centre et à l’Est de l’île, et le tronc affecte
dans l’ensemble une forme trapézoïde dans le Sud, plus rectangulaire dans
les régions centrale et orientale.
Nous avons pu établir la diagnose des principaux groupes, en nous
basant à la fois sur les caractères ostéologiques et somatologiques examinés
au cours de ce travail.
A. — Région de l'est.
1° Les Belsimisaraka ont le teint foncé, les cheveux très crépus. Ils sont
de taille sous-moyenne, leur buste est moyennement allongé, leurs jambes
relativement courtes et leurs bras assez longs. Leurs épaules sont larges, le
bassin tend à être large. Le thorax est bien développé, les mollets et les avant-
bras sont saillants, le pied est court et de largeur moyenne. Dans l'ensemble
les Betsimisaraka représentent une population petite, robuste et trapue,
aux reliefs accusés.
Ce sont des mésocéphales atténués. Leur tête est relativement haute,
leur front large, leur face, large et ovale, leurs pommettes bien développées
et leur mâchoires peu saillantes. Les lèvres sont d’épaisseur variable, le
prognaLhisme, variable, le nez large sans être platyrhinien. Ce groupe présente
des caractères homogènes, sans variationt de types très marquée, semble-t-il-
2° Les Antaisaka et les Antavaratra ont le teint foncé, les cheveux crépus-
Ce sont également des mésosomes sous-moyens, mais à tendance chamae-
some. Leurs épaules sont larges et leur bassin assez étroit. Leur pied est moins
court que celui des Betsimisaraka et très étroit.
Leur tête est très dolichocéphale, caractère qui les distingue franchement
de leurs voisins du Nord et de l’ensemble de l’île (sauf les Bara, leurs voisin 3
(1) L'indice céphalique nous est apparu plus élevé que l'indice crânien, pour presque
tous les groupes que nous avons étudiés, compte tenu de l'unité de différence classique
entre ces deux indices. Notamment les Merina, de 74.9 de moyenne pour le crâne, passent
à 78,7 pour la tête ; les Betsileo, de 74,5 à 76,8 ; les Sakalava, de 74,9 à 80,8. Une méso-
brachycéphalisation croissante semble donc s'observer, les crânes étant beaucoup p' uS
anciens que les sujets mesurés depuis ces vingt dernières années.
Par ailleurs une augmentation de la stature ne semble pas douteuse, tout au inoin
chez les Merina, seul groupe dont nous uvons pu comparer les résultats obtenus avec on
■ li: ; • i >• ations environ. Ce phénomène a été observé par nombre d'auteur»
i 11 i ; ; I : / erses solutions, dont aucune définitive.
Source : MNHN, Paris
PRINCIPAUX TYPES SOUS-RACIAUX
145
à l’Ouest). Leur face est moins large que celle des autres groupes et assez
allongée, leur nez modérément élargi. Ils semblent n’avoir pas été touchés
Par le métissage avec l'élément malais.
B. — Région du nord
1° La population de la région de Vohèmar n’est définie que par les carac¬
tères crâniens d’une série assez ancienne. Il est donc possible que ces carac¬
tères ne s’apparentent que dans une certaine mesure à la population actuelle
de la même région. Ils ont été plus longuement développés antérieurement
(chap. IV). Cette série est mésocràne à la limite de la dolichocranie, la voûte
crânienne est de hauteur moyenne, le front peu bombé et assez étroit, la
face large et de hauteur moyenne, le prognathisme, modéré, l’ouverture
nasale assez large.
2° Les Anlankara, malgré leur proximité des gens de Vohémar montrent
une certaine divergence. Us sont caractérisés par des cheveux crépus, une
dolichocranie proche de la mésocranie, une voûte crânienne assez haute, un
front large, un prognathisme modéré, une face de hauteur moyenne, un nez
court, droit et assez large, des lèvres très épaisses.
C. — Région du centre
1° Les Merina représentent une des populations les plus hétérogènes de
j’He. C’est chez eux qu’on trouve le plus de représentants de l’élément
indonésien (quoique métissé), outre l’élément mélanoderme et une majorité
d’individus métissés à tous les degrés. C’est ainsi que la teinte de leur peau
Va rie du jaune foncé au brun foncé et que leurs cheveux oflrent toutes les
Va riétés de formes.
On trouve chez eux deux types principaux de stature, l’un chamaesome
el - l’autre, mésosome sur-moyen. Ils ont un buste court ou moyen. Les mem¬
bres inférieurs sont courts ou moyennement allongés. Les épaules sont assez
* ar ges, le bassin de largeur moyenne. Le thorax est peu développé ainsi que
mollets et les avant-bras. Le pied est court et étroit f 1 ).
L’indice céphalique varie de la dolicho/mésocéphalie à la brachycéphalie,
av ec une majorité du premier groupe. Leur tête est de hauteur moyenne ou
faiblement élevée, leur front large, est soit droit soit bombé. La face est
Va riable sur le vivant, mais uniformément mésène sur le crâne. Les pommettes
s °nt bien développées et les mâchoires saillantes. Les orbites sont méso-
conques sur le crâne, le nez platyrhinien sur le crâne et mésorhinien sur la
tëte. Le palais est moyen et les dents fortes. Le prognathisme, chez eux très
(1) Il est possible que cette variété manifestée surtout pur les résultats des données
8 °matologiques corresponde à une multiplicité de types relativement récente, duc ù cette
ré gion-carrcrour qu’est le plateau de l'imerina. surtout depuis ces dernières années.
Par ailleurs les caractères du crâne et de la tête différant parfois légèrement, les
["«sures prises sur le vivant étant moins précises que celles prises sur le crâne, notamment
*«s indices nasaux pris sur la tête et sur le crâne diffèrent très souvent.
a **omBg nu Muséum. — Zoologie, t. XIX. 10
Source : MNHN, Paris
PRINCIPAUX TYPES SOUS-RACIAUX
variable, est toujours apparent dans la région alvéolaire. La bride mongolique
est assez peu représentée.
2° Les Beisileo. Nous avions signalé l’analogie frappante que présen¬
taient les séries crâniennes Merina et Beisileo. Les quelques données soma-
tologiques que nous possédons montrent que le corps chez les Betsileo,
n’olTre pas la même gracilité que chez les Merina. Leur charpente est plus
robuste, leur taille un peu plus élevée. Leurs cheveux sont crépus ou frisés,
leur nez court ou moyen et droit, leurs lèvres épaisses ou très épaisses.
On ne trouve pas chez eux le type brachycéphale rencontré chez les
Merina. Ils appartiennent au type dolicho/mésocéphale, leur tête n’est pas
très haute, leur front bombé et large, leur face moyenne, leurs pommettes
développées, leur nez platyrhinien ; le prognathisme est le plus souvent
modéré.
D. — Région de l’ouest
1° Chez les Sakalava, la teinte de la peau varie du jaune-brun au brun
plus ou moins foncé, avec une majorité de teintes intermédiaires. Les cheveux
sont le plus souvent longs et crépus. Ils se classent parmi les groupes de
grande taille, ils sont mésosomes sur-moyens et hypsisomes. Leur buste est
relativement court, leurs membres moyennement longs.
Comme les Merina, les Sakalava semblent avoir subi un métissage intense
qui se manifeste par une augmentation de la variété des types. En effet ils
sont dolicho/mésocéphales à brachycéphales, leur tète est haute, leur front
large et droit, leur face moyenne et assez large, leur nez méso et platyrhinien-
Les dents sont de volume moyen. Le prognathisme n’est marqué que dans la
région alvéolaire.
2° Pour les Vezo, nous n’avons guère que les données concernant la
stature et quelques caractères descriptifs. Ils sont mésosomes sur-moyens,
mais plus petits que leurs voisins Sakalava. Leurs cheveux sont frisés â
crépus, leur nez court ou moyen et droit, leurs lèvres épaisses à très épaisses,
leur prognathisme modéré. Il faut signaler chez eux la présence de types sud-
orientaux (arabes) métissés, assez nombreux et caractérisés par un nez
convexe et un visage allongé et étroit.
E. — Région du sud.
1° Les Bara. Cette population, comme les Antaisaka, diffère très nota¬
blement, par certains caractères, des autres populations de l’île. Ce sont
de purs représentants du type mélano-africain de l’Afrique sud-orientale.
De teinte sombre, les cheveux crépus, les lèvres épaisses, ils forment le groupe
le plus haut de taille de Madagascar, à l'inverse des Antaisaka qui se classent
parmi les populations de petite taille. Mais comme eux, ils sont très dolicho¬
céphales, ont la tête haute, le front bombé et large, la face large et relati¬
vement haute, le prognathisme prononcé sur le crâne mais plus modéré sur
le vivant. Leur nez est modérément platyrhinien, court et concave.
Comme les Antaisaka, les Bara ne semblent pas avoir été touchés p ar
le métissage qui s’est manifesté dans toute l’Ile.
Source : MNHN, Paris
PRINCIPAUX TYPES SOUS-RACIAUX
147
2<> Les Mahafaly et les Anlandroy sont très proches les uns des autres.
De teinte plus ou moins foncée, les cheveux en grande majorité crépus, le
nez court et droit, les lèvres très épaisses, le prognathisme modéré, ils forment
un groupe de taille assez élevée (mésosomes sur-moyens), mais moins élevée
que celle des Sakalava ou des Bara.
Chez les Antandroy, les épaules et le bassin sont assez étroits, le pied est
grand et large. Ce sont des mésocéphales, leur face est large et courte, leur
nez faiblement épaté.
Les Mahafaly (en l'absence des mensurations du corps) sont des méso¬
céphales atténués, le nez est large chez les sujets, moins large chez les chefs
(qui s’apparentent aux Merina).
3° Les Antanosy forment la transition par leurs caractères physiques
entre les Antaisaka et les Antandroy. Ce sont des mésosomes sous-moyens,
leurs épaules sont assez larges, leur bassin étroit, leurs cheveux sont frisés à
crépus.
Ce sont des dolichocéphales atténués, leur tête est étroite et. leur face pas
très large et assez allongée. Le nez est modérément épaté (comme les Antai¬
saka) et droit, leurs lèvres épaisses, leur prognathisme modéré.
II. — Les principaux types sous-raciaux.
De même que nous avions pu déterminer aux termes de notre étude
cranioiogique, l’existence d’un isolat anthropologique constitué par les
Dara du Sud de Madagascar, de même l’étude somalologique nous a apporté
de précieux éléments d’information sur l’Anthropologie de l'Est de l’île.
Nous avons pu ainsi dégager l’existence d’un second isolat, situé à l’Est du
Premier et formé par les Antaisaka et les Antavaratra.
Le principal critère de leur « pureté » raciale vis-à-vis de l’élément xantho-
derrne est, assurément, comme pour les Bara, cette dolichocéphalie franche
de la très grande majorité des sujets, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs
dans toute l’île. Mais alors que les Bara se distinguaient en outre par une
stature plus élevée que celle de la plupart des autres groupes — mais appa¬
rentée à celle des Sakalava — les Antaisaka, eux, sont remarquables par la
Petitesse relative de leur taille, que souligne non pas tant la valeur de leur
Moyenne globale, que la présence, chez eux, d'une forte proportion de chamae-
somes.
CeB deux populations voisines, proches sous l’angle de l’indice cépha¬
lique, s’éloignent incontestablement sous celui de la stature. Nous avions
souligné cette particularité qu’offre la côte orientale de Madagascar de
«'héberger, du Nord au Sud, que des populations de petite taille, alors que
sur les Hauts-Plateaux, dans le Sud-Ouest et à l’Ouest de l’île, vivent des
Populations plus grandes ou notablement plus grandes. Nous avons retrouvé
e » effet cette petite taille chez les Betsimisaraka, les Antanala et les Antanosy
(Plus grands car mêlés d’Antandroy). Le fait, d’une part, que les petites
statures se trouvent cantonnées sur toute la bordure orientale, et d’autre
Part que cette région soit considérée comme la plus insaluble de l’île, permet
^'avancer l’hypothèse suivante : ces populations orientales sembleraient
Source : MNHN, Paris
148
PRINCIPAUX TYPES SOUS-RACIAUX
correspondre à un type noir plus ancien que le type noir représenté par les
Bara. Elles auraient recouvert autrefois une plus grande partie de l’île (*)
et auraient été refoulées par les invasions successives (noires et jaunes)
dans les régions insalubres de l’Ile. Les Antaisaka en resteraient les plus
purs représentants, alors que les Betsimisaraka se seraient plus ou moins
mêlés par la suite avec les habitants des Hauts-Plateaux.
On peut discerner chez les Betsimisaraka quelques caractéristiques qui
les différencient à la fois des Jaunes et des Mélano-Africains (du type
«récent»), notamment cet aspect robuste et trapu, ce thorax développé,
ces mollets et ces avant-bras saillants que nous avions soulignés lors d’un
travail récent (1957) et qui semblent être les caractéristiques, outre la petite
stature, de certains éléments mélano-africains considérés comme descendants
de populations antérieures à l’élément actuel ( 2 ).
Donc, outre les deux grands types d’invasions qui ont amené à Mada¬
gascar, des représentants du type mélano-africain récent (comparable aux
types du Mozambique) et des représentants du type deutero-malais d’Indo¬
nésie, il est possible qu’il se soit produit une invasion plus ancienne de
petits mélanodermes correspondants peut-être au type mélano-africain
ancien ( 3 ), repoussés par les envahisseurs ultérieurs dans des régions moins
habitables : phénomène humain classique qui s’est produit notamment en
Afrique du Sud à la suite des invasions bantoues.
Ces types non métissés forment la minime partie de la population de
Madagascar. La grande majorité est composée de groupes qui ont subi
manifestement un métissage à tous les degrés, qui se sont mélangés aux
envahisseurs successifs, et dont les descendants actuels ont hérité des
(1) On peut rapprocher ce fait des traditions répandues à Madagascar, que nous
avions relatées au début de ce travail, sur l'existence ancienne d’habitants de petite
taille, noirs et crépus, appelés Kimosy. Ils ne correspondraient ni à des nains ni à '1®*
Pygmées, comme le veut lu légende, mais fi des gens de petite stature par comparaison
avec celle des Mélauo-Africnins qui ont envahi ultérieurement Madagascar. On trouverait
également, chez les Mahafaly, d'après David, un élément de petite taille, les Mik ea
sylvestres du district de Morombe, au Nord de Tiiléar.
(2) Singer et coll. émettent une hypothèse un peu différente de celle énoncée ci-dessus,
sur l'origine de petites populations du Sud-Est (Tanala) : ces auteurs pensent qu'elle*
peuvent provenir d'une origine pygmée mélangée aux Malais du Sud-Est asiatique ou
de Malaisie, et qu'elles ont pu représenter les premiers iinigranls ù Madagascar. Nous
contestons pour notre part l'origine * pygmée • dont les caractères, très particuliers,
n’offrenl aucune analogie uvec ceux des populations malgaches, exceptée la petite stature
(et encore est-elle beaucoup plus faible chez les Pygmées).
(3) R. Biasutti, dans son ouvrage récent (1954), sur les Races et Peuples de la Terre,
fait allusion à la possibilité d'un peuplement d'origine veddolde, en raison de la petitesse
de la taille et de la face relativement courte de certains groupes comme les Sihannkn-
Ces invasions veddoldes auraient été contemporaines des migrations indonésiennes.
Nous avons envisagé cette question sous l'angle anthropologique mais deux caractères
essentiels nous ont arrêtée : ce sont, en premier lieu, le caractère extrêmement crépu d®
la chevelure chez les populations orientales de Madagascar, alors que les Vedda ou h' 9
Veddoldes ont les cheveux faiblement ondulés ; en second lieu, la moyenne de la stature
chez ces derniers groupes ne dépasse pus 155 ù 157 centimètres. Cependant, effectivement,
en l'état actuel des connaissances sur l'origine des anciens Noirs d’Afrique, certaine*
théories tendent à les rapprocher des Vedda, ou tout au moins, à leur attribuer une origin®
commune.
David admet également (1939) l'éventualité d'invasions négroïdes anciennes de tyP®
• primitif », précédant une immigration d'éléments veddoldes.
Source : MNHN, Paris
PRINCIPAUX TYPES SOUS-RACIAUX
149
caractères souvent dissociés, mais parfois aussi intermédiaires entre les deux
grandes souches parentales que sont les Mélanodermes et les Xanthodermes.
Cette catégorie de types métissés comprend certaines populations de la
côte orientale (Belsimisaraka, faiblement métissés), des régions septen¬
trionale (Vohémar), centrale (Merina, Betsileo,) occidentale (Sakalava,
actuellement très composites), et méridionale (Mahafaly, Antandroy,
Antanosy). A chaque groupe correspond, outre une variété infinie de métis,
Une majorité d’éléments plus proches de l’une ou l’autre souche, selon les
régions. C’est ainsi que le Sud et l’Est de Madagascar sont surtout composés
d éléments plus proches du type mélanoderme, et que, dans le Centre, on
trouve en plus grand nombre des éléments plus proches du type indonésien.
H semble donc qu’on puisse définir à Madagascar un certain nombre de
types sous-raciaux, que nous classerons selon deux caractères distinctifs
Principaux (stature et indice céphalique), et où nous distinguerons deux
catégories : une catégorie « non métissée » et une catégorie « métissée »
(% 31).
Zone des petits dolichc/mèsocèphales de l'Est.
Zone des dolicho/mèsocèphales de taille moyenne du Centre.
Zone des dolicho/mèsocèphales détaillé moyenne du Sud.
Zone des grands dolicho/mèsocèphales de l'Ouest.
Noyau des grands dolichocéphales du Sud.
Noyau des petits dolichocéphales du Sud-Est.
Type secondaire intermédiaire du Sud-Est.
A. Groupes non métissés
Parmi les groupes non métissés se classent :
1° Les petits dolichocéphales du Sud-Est, à caractères peut-être
ttrélano-africains « anciens » : ce sont les Antaisaka et les Antavaratra.
2° Les grands dolichocéphales du Sud, appartenant à la sous-race
8 ud-africaine (Mozambique) : ce sont les Bara.
Source : MNHN, Paris
150
PRINCIPAUX TYPES SOUS-RACIAUX
B. Groupes métissés
Parmi les groupes métissés, on trouve :
1° Les petits dolicho/mésocéphales de l’Est, probablement analogues aux
petits dolichocéphales du Sud-Est, mais légèrement modifiés au contact
des Merina : ce sont principalement les Betsimisaraka.
Dans l’extrême Sud-Est, on retrouve des petits dolicho/mésocéphales,
analogues également aux petits dolichocéphales de l’Est, mais modifiés
au contact des dolicho/mésocéphales du Sud, et dont les caractères sont
intermédiaires entre ces deux derniers groupes : ce sont les Antanosy.
2° Les dolicho/mésocéphales de taille moyenne du Centre, chez qui ont
subsisté le plus les caractères des envahisseurs malais, mais où les caractères
mélanodermes sont cependant largement représentés : ce sont les Merina et
les Betsileo.
3° Les grands dolicho/mésocéphales de l’Ouest, appartenant à la même
sous-race que les Bara, mais où est intervenu pour une certaine part l’élément
malais : ce sont les Sakalava.
4° Les dolicho/mésocéphales de taille moyenne du Sud (mais plus grande
que celle du centre), qui tiennent à la fois des types orientaux et occi¬
dentaux, et où on trouve une dominance des caractères mélanodermes •
ce sont les Mahafaly et les Antandroy.
Enfin les auteurs ont beaucoup parlé d’un noyau de Malais purs conservé
intact parmi le groupe Merina. Les groupes de stature plus basse, à tête pl uS
large et nez plus étroit que nous avons pu observer chez eux, en seraient-ils
les représentants?
Si l'on compare quelques-unes des données métriques des sujets de petite
stature à celles des sujets de stature plus grande, on obtient le tableau suivant:
Au-dessous
de 1 m. 60
Au-dessus de
1 m. 65
N
M
N
M
Ind. céphalique.
22
78,9
51
79,1
Ind. nasal.
8
84,7
12
79,9
L’indice céphalique est non seulement très analogue chez les deux groupe 8 ,
mais surtout il est légèrement plus élevé chez le groupe de taille plus grande-
Par ailleurs, l’indice nasal est notablement plus fort chez le groupe pl u ®
petit. Il semblerait donc que le groupe le plus grand serait, lui, le représenta*! 1
du noyau pur, avec un indice céphalique un peu plus élevé et un nez moi** 9
large ('). Aucune conclusion ne peut être tirée. Mais l’examen de la corré¬
lation de certains caractères descriptifs propres aux Noirs et aux Jaunes,
comme la forme droite ou crépue des cheveux, le prognathisme léger ou pl uS
accentué, l’épaisseur des lèvres, nous a permis de constater l’existence
effective d’un élément formé de Jaunes purs, semble-t-il. Nous en reparlerons
plus longuement au cours du chapitre X.
(1) Cotte hypothèse est loin d’être impossible, la stature étant un des caractère?
physiques les plus mouvants et dépendant beaucoup du facteur nutritionnel.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE IX
NOIRS DE MADAGASCAR, NOIRS D’AFRIQUE DU SUD
ET NOIRS DE MÉLANËSIE. ( Somatologie)
I. — Les éléments de comparaison
Pour la Nouvelle-Guinée nous avons retenu deux séries étudiées par
E. Bondy-Horowitz en 1930 : la série de Potsdamhafen (population située
entre Potsdamhafen et l’embouchure de la rivière Sepik, au centre Nord de
* île et comprenant 55 sujets dont 36 hommes) ; et la série du Cap Nelson de
la côte Nord-Est, 142 sujets dont 90 hommes ( ces chiffres sont théoriques,
1® plupart des mesures concernent un bien plus petit nombre de sujets).
Ces deux populations sont assez différentes l’une de l’autre, notamment en
ce qui concerne la stature et l’indice céphalique.
Pour la Nouvelle-Calédonie, nous nous sommes référée de nouveau à
* étude de Roux et Sarasin et avons choisi des séries de la côte Nord com¬
prenant 67 hommes (106 pour la stature).
Pour l’Afrique du Sud, le choix a été beaucoup plus aisé pour le vivant
9 u e pour le crâne. En effet, dos Santos Jr. a publié en 1944 une importante
étude sur des populations du Mozambique, parmi lesquelles 166 Nhunguès
(«20 hommes et 46 femmes) et 20 hommes Atandes, que nous retiendrons
comme représentants, les premiers de groupes de grande taille, les seconds
de groupes de petite taille.
Par ailleurs, Cipriani publia en 1930 les résultats et les mesures indi-
v jduclles concernant une série de 39 Zoulous adultes (plus 9 adolescents) du
district d’Eshowe (près du Natal), ainsi que l’examen de quelques caractères
descriptifs.
II. — Mise en parallèle générale
A. Caractères descriptifs
1° Pilosité. Classiquement une pilosité assez abondante du tronc et des
Membres chez les Mélanésiens, passe pour un des caractères qui les différen¬
cient des Mélano-Africains. En effet, Sarasin signale une forte pilosité chez
'es Néo-Calédoniens, ainsi que Bijlmer chez les Néo-Guinéens (1913).
Source : MNHN, Paris
152
COMPARAISONS SOMATOLOCIQUES
Mais Bondy-Horowitz relève une pilosité partout modérée chez ses Néo-
Guinéens, et plus faible au Cap Nelson.
Chez les Noirs d’Afrique du Sud, Cipriani relève sur 39 Zoulous 23 cas
de pilosité absente et 16 cas de pilosité rare. Santos n’a pas étudié la pilosité
corporelle, mais a relevé la pilosité du menton : dans 21 cas sur 120, la barbe
est abondante, et rare dans 57 cas.
Nous avons vu qu’à Madagascar, en général, les auteurs n’ont pas été
frappés par une pilosité abondante chez les populations, sauf Grandidier
qui la signale chez les Antaimoro (peut-être due à l'influence des éléments
arabes).
2° Forme des cheveux. Nous nous arrêterons plus spécialement sur ce
sujet, car le problème de la chevelure chez les Malgaches constitue un des
principaux arguments de Grandidier. Nous avions en effet signalé au
début de ce travail que cet auteur, observant le type crépu long et non crépu
court de la chevelure chez eux, les apparente au type mélanésien plutôt
qu’au type africain.
Or, tout d’abord, cette observation répond beaucoup plus à une vue
d’ensemble d’un type malgache moyen, plus ou moins idéal, qu’à une obser¬
vation réelle des types. Il convient en effet de distinguer non seulement les
types moyens (correspondant à une majorité) au sein de chaque population,
mais les différentes variétés que présentent ces populations. C’est ainsi,
que contrairement aux assertions de Grandidier, ce n’est pas, nous l’avons
vu, le type crépu long, mélanésien, qui domine chez les différents groupes,
mais le plus souvent le type crépu court, classique, mélano-africain. Cette
majorité n’exclue pas la présence de formes frisées et crépues longues, n>
même ondulées ou droites chez certains groupes.
Chez les Noirs d’Afrique du Sud, les auteurs s’accordent sur la nature
généralement crépue courte de la chevelure (« laineuse » pour les Zoulous
de Cipriani, et formes H (crépue) à K (grain de poivre) de Martin pour les
Nhunguès et les Atandes de Santos). La longueur des cheveux peut atteindre
5 pouces de long chez l’homme selon Bryant (1949), qui signale que les
Zoulous affectionnaient autrefois la coiffure en vadrouille, et l’obtenaient
en peignant et en ébourifTant leurs cheveux.
On a été longtemps sans pouvoir caractériser le type exact des cheveux
chez les Mélanésiens. L'aspect en vadrouille caractéristique de la chevelure
chez ces populations suscitait un intérêt particulier. C’est ainsi que Bey
(1877) pensait qu’on trouve chez eux deux types naturels de cheveux, les
uns en touffes, les autres en vadrouille. Van der Sande (1907) tranche la
question en confirmant l’existence du type crépu long (avec enroulement
en spirale du cheveu seul) ; l’aspect en vadrouille est donné artificiellement
en échevelant les boucles, ce qui aboutit à des touffes dites « en vadrouille »■
La longueur des cheveux peut atteindre un pied ( J ).
(1) Sarasin s’étend assez longuement sur les types de cheveux chez les Néo-Calé"
doniens et s’attarde notamment sur une particularité offerte par les enfants au-dessous
de 5 ans : non seulement la chevelure est plus claire chez eux, mais elle serait sensihlement
moins crépelée. L'apparition du crépeiage se ferait après 5 ans. Chez les Malgaches, nous
n'avons relevé aucune indication de ce phénomène. Une enquête à ce sujet serait donc
intéressante, puisqu'on sait que, par ailleurs, le crépeiage, chez les Mélano-Africains,
se fait très précocement.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
153
En réalité le problème, soulevé par Grandidier, de la chevelure chez les
Malgaches se heurte à la question du métissage actuel des populations.
La multiplicité des types de cheveux rencontrée à Madagascar semble surtout
répondre au mélange du type droit des Malais avec le type crépu des Noirs.
L’hérédité de la forme des cheveux a été étudiée par un certain nombre
d’auteurs, notamment, Davenport (1908), Bean (1911), Keers (1934),
bien qu’ils ne se soient pas particulièrement attachés aux résultats de
métissages avec les cheveux crépus. Dans l’ensemble, les observations
des trois auteurs sont assez concordantes. Keers admet la prédomi¬
nance des formes intermédiaires, Bean constate la présence de formes
intermédiaires et de formes ségrégées. Enfin, selon Davenport, les cheveux
droits seraient récessifs par rapport aux cheveux spiralés. Le type ondulé
semblerait correspondre plus à un type hétérozygote qu’à un stade inter¬
médiaire entre droit et frisé : des cheveux droits+des cheveux ondulés don¬
nent fréquemment des frisés aussi bien que des ondulés et des droits.
Chez les Merina, où nous pouvons relever les différentes proportions de
tous les types de cheveux, on constate que les formes intermédiaires sont plus
nombreuses que les formes extrêmes (frisée et crépue longue par rapport
aux types droit et crépu court), et que ces formes extrêmes sont à peu près
équivalentes. Après de multiples générations on peut donc constater effecti¬
vement. qu’il y a coexistence de formes ségrégées et de formes intermé¬
diaires (comme le constate Bean) et que celles-ci sont plus nombreuses
(comme l’admet Keers).
Chez les autres groupes de Madagascar, l'influence de l'élément xantho-
derme s'est beaucoup moins ressentie que chez les Merina, et les cheveux
droits sont en régression par rapport aux types frisés et crépus. Il semble bien
qu’on ne puisse retenir comme certaine l’hypothèse d’une influence mélané¬
sienne à type crépu long, à Madagascar. Il est vraisemblable qu'on se trouve
en présence d’un métissage plus ou moins accentué selon les régions entre
type droit (vraisemblablement récessif) et type crépu court, dont les deux
formes intermédiaires seraient les types frisés et crépus longs.
3° Bride mongolique. Cette formation n’existe ni chez les Noirs d’Afrique
du Sud, ni chez les Mélanésiens. Chez les premiers, Santos constate parfois
une certaine obliquité de l’ouverture palpébrale, qu'il ne faut pas confondre
av ec le pli mongolique proprement dit. Par contre, chez les Malgaches,
nous avons constaté la présence de celle-ci, due à l’intervention de l’élément
xanthoderme.
4° Forme du nez. En ce qui concerne la forme du dos du nez vue de
Profil, nous trouvons pour les Néo-Guinéens et les Noirs d’Afriques du Sud,
les proportions suivantes, comparées aux Malgaches :
Source : MNHN, Paris
154
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
Profil du nez chez les Mélanésiens, les Noirs d'Afrique et les Malgaches (en %)
N
concave
droit
convexe
Cap Nelson.
90
20
67
12
Potsdamhafen.
36
?
55
?
Zoulous.
48
45
45
8
Nhunguès.
120
16
72
10
Merina.
98
42
50
7
Betsileo.
100
29
65
6
Groupes du Sud.
122
34
57
8
Bara.
99
42
46
11
Les proportions des différents types sont assez peu variables chez tous
les groupes. Le nez est droit le plus souvent, aussi bien chez les Mélano-
Océaniens que chez les Mélano-Africains et chez les Malgaches (sauf chez
les Bara, les Merina et les Zoulous chez qui il est très souvent concave)-
Quant à la forme convexe réputée fréquente chez les Mélanésiens de
Nouvelle-Guinée, elle n’apparaît pas plus que chez les Nhunguès ou les
Zoulous et est très peu fréquente. A ce sujet Bondy-Horowitz est formelle
ainsi que Van der Sande, qui affirment que le nez convexe n’est pas carac¬
téristique de la race mélanésienne, et qu’il existe en proportions infimes ou
pas du tout.
5° Forme des lèvres. Classiquement, chez les Mélanésiens, les lèvres
sont épaisses mais non éversées, et en tous cas pas aussi épaisses que celles
des Noirs d’Afrique. En Nouvelle-Guinée elles sont épaisses dans 73 % des
cas au Cap Nelson et 63 % à Potsdamhafen.
En Afrique du Sud, Cipriani a distingué 39 cas de lèvres épaisses, 8 de
lèvres moyennes et 1 cas de lèvres minces. Chez les Nhunguès nous trouvons
15 cas de lèvres moyennes, 74 d’épaisses et 31 de très épaisses. Chez les
Atandes les proportions sont analogues aux Nhunguès.
Nous avons donc aussi bien pour les Mélanésiens que pour les Mélano-
Africains du Sud, une majorité de lèvres épaisses, et en outre un quart de
lèvres très épaisses chez les Noirs du Mozambique, qu’on ne trouve pas chez
les Mélanésiens.
Pour notre part nous n’avons pas trouvé de formes vraiment éversées
chez les Malgaches, mais généralement des lèvres très fortes qui, semble-t-il*
ne s’apparentent pas aux lèvres relativement moins épaisses des Mélanésiens-
6° Prognathisme. Nous avons vu qu’un très fort prognathisme se rencon¬
tre rarement chez les Malgaches. Le prognathisme seulement accentué se
rencontre moins rarement. Dans l’ensemble il est en majorité modéré pour
des proportions allant de 40 à 70 %.
Du prognathisme des Mélanésiens, nous n’avons trouvé aucune obser¬
vation chez les auteurs. Pour les Noirs d'Afrique du Sud, Cipriani relève
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS SOMATOLOCIQUES
155
différents types de prognathisme parmi lesquels il distingue un prognathisme
total (22 cas), sous-nasal (10 cas), léger (11), absent (5), mais sans définir
si les deux premiers types sont très accusés ou non. Chez les Malgaches, le
prognathisme concernait surtout la région alvéolaire, rarement le massif
facial tout entier.
B. Tache pigmentaire congénitale
En l’absence de tout document concernant cette formation chez les
Mélanésiens, nous ne pouvons guère comparer les populations malgaches
qu’aux populations noires d’Afrique. Nous avons vu que la répartition de la
tache chez les Malgaches semble plus fréquente chez les groupes de l’Est,
du Nord et du Centre (autour de 80%?), moins fréquente chez celles de
l'Ouest, du Sud et du Sud-Est (autour de 60 %?).
En Afrique noire, les recherches ont été sporadiques et révèlent d'assez
fortes variations : en gros de 40 % (Ouolof) à 85 % (Bambara). En Afrique
du Sud, Matux a trouvé (1941) une fréquence de 75 % sur 100 sujets exa¬
minés.
En général, la tache pigmentaire semble moins fréquente en Afrique
qu’en Extrême-Orient et il est possible que les variations observées à
Madagascar correspondent à une influence prédominante, soit de l’élément
mélanoderrne (Ouest, Sud, Sud-Est de Madagascar), soit de l’élément
xanthoderme (Centre, Est, Nord).
C. Dermatoglyphes
D’une façon générale les études sur les crêtes digitales sont beaucoup
plus nombreuses que celles sur les crêtes palmaires, et plus nombreuses pour
l’Afrique que pour la Mélanésie.
1° Crêtes digitales. Aux populations malgaches, nous opposerons les
résultats obtenus sur les Noirs en général par Dankmeijer (1938), et ceux
que M. Gessain (1957) a groupés sous la rubrique « Noirs d’Afrique du
Sud » (rassemblant les données publiées par différents auteurs) dans un
travail d’ensemble sur les dermatoglyphes des Noirs d’Afrique.
Nous opposerons d’autre part aux Malgaches, 35 Mélanésiens des Iles
Loyauté étudiés par Hesch en 1932, et 18 Néo-Guinéens, étudiés par Wirz
en 1924.
Les races mélanodermes sont caractérisées surtout, par rapport aux
autres races, par une haute fréquence d’arcs, alors que les leucodermes le
sont par une haute fréquence de boucles, et les xanthodermes par une haute
fréquence de tourbillons. Chez les Noirs d’Afrique du Sud en général, la
fréquence des arcs va de 3,2 à 6,7 % chez les hommes et de 8,2, à 9,7 % chez
■es femmes. La fréquence des boucles, peu différente chez les deux sexes,
Va de 62,4 à 68,3 %. Enfin la fréquence des tourbillons, un peu plus faible
c bez les femmes que chez les hommes, va de 26,5 à 31,7 % pour les deux
sexes.
Chez les Bantous du Natal, les arcs, les boucles et les tourbillons sont peu
différents de ces proportions. Les séries du Mozambique de Santos ne
Source : MNHN, Paris
156
COMPARAISONS SOMATOLOCIQUES
varient pas en ce qui concerne les arcs, mais les proportions des boucles et
des tourbillons varient davantage.
Par contre, les deux petites séries mélanésiennes apparaissent totalement
différentes : la fréquence des arcs a notablement diminué, ainsi que celle des
boucles, alors que la proportion des tourbillons passe à 40,9 et 59,2 %•
Si les séries sont vraiment trop petites pour faire totalement crédit à ces
résultats, il n’en reste pas moins que ceux-ci tendent à s’écarter des résultats
offerts par les Noirs d’Afrique, pour se rapprocher de ceux ollerts par les
races jaunes en général (haute fréquence des tourbillons, et faible fréquence
des arcs).
Comparaison des crêtes digitales chez les Malgaches,
les Mélanésiens et les Noirs d'Afrique du Sud (en %)
Populations
Auteurs
N
Arcs
e Boucles
e Tourbillons
Noirs en général
Bantous Natal
Mozambique
Noirs Afriquedu Sud
Dankmeijer
(1)
Pons
Santos
Gessain
11
F
104 H
44 F
950 H
247 F
H
F
6 à 7 %
9 à 10
5,9
4.6
9.7
3.2 à 6,7
8.2 à 9,7
50 à 60 %
62,4
67,6
65,3
67,5 à 75,9
65,3 à 74,3
30 à 40 %
31.7
27,6
24.8
19.2 à 27
17.3 à 25
Nouvelle-Guinée
Iles Loyauté
WlRZ
H ESC H
18 ?
35 «
0,6
1,1
58,5
39,7
40,9
59,2
Malgaches en général
(sauf Comoriens)
Chamla (2)
722 H
256 F
2 à 4
3,7 à 6,6
50,4 à 65,2
60 à 74,4
31,8 à 44
21,7 à 36
En général la fréquence des arcs est moins élevée chez les Malgaches que
chez les Noirs d’Afrique, mais plus élevée que chez les Mélanésiens. Celle
des boucles est moins élevée chez les hommes malgaches que chez les hommes
d’Afrique du Sud, mais analogue chez les femmes des deux groupes. P ar
ailleurs la fréquence des boucles chez les Mélanésiens paraît plus faible que
celle des Malgaches.
Pour les tourbillons, les fréquences sont variables mais faibles en général
chez les Noirs d’Afrique, notamment chez les Mozambique. Celles des
Malgaches sont également très variables et passent de 31 à 44 % (49 % chez
les Antanosy ?). Elles se trouvent donc plus élevées que l’ensemble des
Noirs d’Afrique. Chez les Mélanésiens on trouve une tendance à l’augmen-
(1) D'après plus de 200 séries étudiées par Dankmeijer (1938), cité par M. Gessain-
(2) Nous avons écarté les Comoriens et les Indiens des résultats que nous rappelo® 8
ci-dessus.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
157
tation des fréquences, c’est-à-dire que les tourbillons sont beaucoup plus
nombreux que chez les Noirs d’Afrique et plus nombreux que chez les
Malgaches.
Ainsi, il semble que les Malgaches présentent là encore des caractères
Particuliers qui ne les apparentent étroitement ni aux Noirs d’Afrique du
Sud, ni aux Mélanésiens : chez eux les arcs sont moins nombreux que chez
les premiers, et plus nombreux que chez les seconds. Les proportions des
boucles auraient tendance à s’apparenter à celles des Noirs d’Afrique. Enfin,
•es tourbillons sont à la fois plus nombreux que chez les Noirs d’Afrique et
moins nombreux que chez les Noirs de Mélanésie. Nous verrons plus loin
8 » l’influence des populations xanthodermes n’explique pas en partie ces
différences observées.
2° Crêtes palmaires. Pour les crêtes palmaires nous ne pourrons opposer
aux résultats obtenus sur les Malgaches que les données fournies par
Cummins (1930) sur 200 Noirs d’Afrique occidentale (cité par Kanaseki,
•938), par Wildiîr (1913) sur 101 Noirs du Liberia et de la Sierra-Leone,
et par Pons sur 98 hommes et 42 femmes du Natal (1953). Les données sur
•es Mélanésiens font totalement défaut.
Comparaison des crêtes palmaires chez les Malgaches et les
Noirs d'Afrique (en %)
N
11.9.7
9.7.5
7.5.5
Noirs Afrique occiden-
53,7
taie.
200 11
11,3
34,8
101 H
7,9
23,8
68,3
Bantous Natal.
98 H
42 F
22.5
17.5
40.4
52.5
37,1
30
Boschiman.
«?
37,3
39,2
23,5
Hottentots.
10O ”
39,4
28,7
31,9
Malgaches en général.
744 H
256 F
12,4 à 24
12 à 22,2
20,5 à 33,3
24 à 31,8
32,4 à 48,7 i
38,8 à 46,5
Chez les Noirs d’Afrique il se dégage trois principaux types parmi les
poupes représentés ici : un type où domine la formule 7.5.5. à lignes obliques
et parmi lequel on peut compter les Noirs d’Afrique occidentale et les Noirs
du Liberia. Un second type se dégage avec les Boschiman et les Bantous du
Natal chez qui la formule 9.7.5 prédomine. Un troisième type, intermédiaire,
est représenté par les Hottentots dont les lignes obliques et transversales
8 °nt à peu près équivalentes. Ces observations vont de pair avec les connais¬
ses actuelles sur l’Anthropologie physique de ces groupes. Il n’est pas
®tonnant de constater que les Boschiman diffèrent des Mélano-Afncams
Source : MNHN, Paris
158
COMPARAISONS SOMATOLOCIQUES
proprement dits sous l'angle des empreintes palmaires, car ils sont considérés
comme un groupe particulier, formant une race bien déterminée. Les Bantous
du Natal, bien que ne leur ressemblant pas, offrent le même type d’emprein¬
tes, mais il ne faut pas oublier, d’une part, que ce sont des groupes voisins
géographiquement, et d’autre part, que les dermatoglyphes sont des carac¬
tères héréditaires assez stables, semble-t-il, qui peuvent s’être peu différenciés
chez certains groupes, à partir d’une souche commune aux Boschiman et
aux Mélanodermes, contrairement à la plupart de leurs autres caractères
physiques. Enfin les Hottentots sont souvent considérés comme le produit
d’un métissage entre Boschiman et Noirs. C’est peut-être la raison pour
laquelle leurs formules oscillent entre les types de lignes obliques et transver¬
sales.
Chez les Malgaches, nous avons vu une dominance de la formule 7.5.5.
Mais la différence entre les fréquences de la formule 9.7.5 et de la formule
7.5.5 sont moins fortes que celles observées chez les Noirs d’Afrique occi¬
dentale, correspondant plus à une diminution de la fréquence 7.5.5 qu’à une
augmentation de la fréquence 9.7.5. Parallèlement, on observe chez les
Malgaches une augmentation du taux de la formule 11.9.7 qui s’apparente
dans une certaine mesure à celle des Bantous du Natal.
La pauvreté des données comparatives ne nous permet donc pas de
rapprocher définitivement les Malgaches des populations d’Afrique, mais
d’une façon générale, les formules de leurs empreintes palmaires s'appa¬
rentent à celles des races mélanodermes.
D. Caractères somatométriques
L’insuffisance des données somatologiques concernant les populations
malgaches et celles souvent incomplètes fournies par les auteurs qui ont
analysé les différentes séries de Mélanésiens et de Noirs d’Afrique du Sud
que noos avons retenues, ne nous permettront pas d’établir de comparaisons
systématiques très poussées entre les groupes de Madagascar, de Mélanésie
et d’Afrique du Sud, comme nous avions pu le faire avec les données cranio-
logiques. Notamment, les données concernant les caractères du corps sont
beaucoup plus incomplètes que celles concernant les caractères de la tête.
1° Comparaison des principales mesures du corps (tabl. XV à XVII)
a) La stature. Nous avons vu que la stature varie notablement chez les
Malgaches (de 163 cm. 7 à 168 cm. 8), les moyennes les plus fréquentes
oscillant autour de 165 centimètres.
Parmi les trois groupes d’Afrique du Sud, deux se classent parmi les grou¬
pes de grande taille (168 à 170 centimètres) avec une majorité d’hypsisomcs
pour les Zoulous et de mésosomes sur-moyens pour les Nhunguès. Mais l fl
troisième population, les Atandes, pourtant voisins des Nhunguès, se classe
résolument parmi les groupes de petite taille avec 162,6 de moyenne et une
majorité de chamaesomes.
Chez les Mélanésiens, l’hétérogénéité est moins marquée, et l'ensemble
des groupes se montre mésosome sous-moyen (160 à 164 cm. 9 de moyenne)-
Ce sont les Néo-Calédoniens et les Néo-Guinéens du Sud, qui représentent
Source : MNHN, Paris
POTSDAllWfKI
EO-CALEDOKIEKS
168,531» 1
51.984 O
170.05? 1,65
50.501 O.J54
21.779 0,507
ptr.rel.a
pér.rel.fn
Jugo-mndltul,
46,717 o.3|
71,175 0,8;
15.075 0.0
19,993 0,3.
15,81 0,1
51,564 0,952
15.752 0,58
30,68 0,57
72,818 0,4
95.95 0,7
76,094 0,6
96.163 0,5
86,458 1,1
159.583 1,3
79.6 0,5
76,954 0,7
97,15 1.5
93,366 1,36
86,103 1,752
156,078 3,558
80,06 1,536
84,85 1,791
69,782 0,801
95.578 0,951
84,283 1,716
4,45 1,77
4,226 5.714
Tabl. XV. — Principaux indices du corps et de la tête chez les Noirs d’Afrique du Sud et les
98,428 0
81,872 0
64 101,075 1,7
Mélanésiens.
Source : MNHN, Paris
160
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
les groupes les moins petits, ceux du Cap Nelson et de Potsdamhafen, les
plus petits. Les groupes majoritaires se placent dans les catégories mésosomes
sous-moyennes et chamaesomes.
b) L’indice cormique. Pour les Malgaches, nous ne possédons que les
données sur les Merina et les Betsimisaraka, tous deux mélriocormes. Mais
une majorité de brachycormes, chez les Merina, et plus d’un tiers chez les
Betsimisaraka, reflétait une certaine hétérogénéité dans la hauteur du buste.
Les Noirs d'Afrique du Sud se groupent en trois catégories : la première
comprend les Atandes à buste court en forte majorité, la seconde les Zoulous
en majorité brachycormes mais métriocormes également, la troisième, les
Nhunguès franchement métriocormes.
La série mélanésienne de Potsdamhafen s’apparente au groupe Nhunguès,
métriocorme.
c) Longueur relative du membre supérieur. Les longueurs absolues sont
trop variables chez tous les groupes pour permettre des comparaisons utiles,
mais l’examen de la longueur relative à la stature révèle des différences assez
frappantes entre les Malgaches et les Mélanésiens.
L’ensemble des Mélanésiens se caractérise par un membre supérieur long
par rapport à la taille. Les moyennes sont équivalentes chez les Néo-
Calédoniens et les Néo-Guinéens du Nord. Le groupe de Potsdamhafen est
celui qui possède les membres les plus longs.
Les Malgaches, par contre, ne sont jamais macrobrachions, mais tendent
vers une métriobrachie très atténuée puisque les proportions de brachy-
brachions sont encore importantes chez eux. Les valeurs qu’ils représentent
n’approchent donc pas de celles des Mélanésiens.
Quant aux Noirs d’Afrique du Sud, ils tendent, selon les groupes, à
une métriobrachie atténuée comme celle des Malgaches ou à une certaine
macrobrachie (Nhunguès).
d) Largeur des épaules. La largeur des épaules en valeur absolue n’offre
pas un intérêt particulier au point de vue comparatif, car les différences de
taille chez les divers groupes entraînent des différences notables dans les
mesures absolues du corps : généralement plus petits, les Mélanésiens ont
un diamètre biacromial absolu plus petit que celui des Noirs d’Afrique, pl uS
grands.
En valeur relative, les moyennes se montrent assez peu variables chez les
Mélanésiens comme chez les Noirs, et les deux séries restent dans le même
cadre de variations (de 21 à 22).
Les Malgaches se montrent un peu plus variables, mais dans l’ensemble
sont peu différents des groupes auxquels nous les comparons. Chez tous, l eS
épaules sont larges par rapport à la taille.
e) Largeur du bassin. Nous avions vu que chez les Malgaches, la largeur
bicrêtre se montrait assez variable, que les bassins étroits étaient localisé 3
au Sud de Madagascar, chez les groupes très mélanoïdes, et qu’ils s’élargi 3 "
soient vers le Centre, l’Est et le Nord-Est de l’île.
Des Noirs d'Afrique du Sud, nous ne possédons que les données d’un seul
groupe, les Nhunguès, dont la moyenne est significative d’une nette sténo-
pyélie. (95 % de bassins étroits).
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
161
Les Mélanésiens, dont nous pouvons comparer les moyennes, ont le
bassin plus large que celui des Nhunguès, mais encore en majorité sténopyèle.
I) Développement du thorax. L’indice thoracique ne peut être comparé
qu’entre Nhunguès et Malgaches. Leurs moyennes respectives sont très
analogues.
Le périmètre relatif du thorax des populations malgaches peut être
comparé avec un groupe de Mélanésie et un groupe d’Afrique du Sud. Ni
le premier avec 53,3, ni le second, avec 51,5 ne peuvent se comparer avec les
moyennes respectives des Merina (55,7) et des Betsimisaraka (57,2) dont les
valeurs indiquent un thorax bien développé, différent de celui de populations
purement mélanodermes comme les Mélanésiens ou les Noirs d’Afrique,
chez qui le thorax est relativement aplati.
g) Développement du mollet et de l’avant-bras. Les populations
d’Afrique et de Nouvelle-Guinée offrent des moyennes comparables, corres¬
pondant à des muscles peu saillants au mollet et à l’avant-bras (19 à 20).
Mais le périmètre relatif de l'avant-bras chez les Néo-Calédoniens est beau¬
coup plus élevé que chez les autres Noirs de Mélanésie ou d’Afrique.
Chez les Malgaches, de nouveau, nous voyons apparaître une divergence
réelle, comparativement aux Noirs d’Afrique ou de Mélanésie. Les Merina
et les Betsimisaraka offrent un développement du mollet et de l’avant-bras
bien plus fort que chez ces deux groupes. Leurs moyennes dépassent nette¬
ment les moyennes maximum trouvées chez les Mélanésiens et les Noirs
d’Afrique. C’est là un effet, semble-t-il, de l’influence du facteur xanthoderme
dans ces régions de Madagascar.
h) Le pied, longueur relative et indice. La longueur du pied par rapport
à la stature est sensiblement la même pour les groupes d’Afrique et de
Mélanésie : les moyennes évoluent entre 15,5 et 15,9.
Par contre l’ensemble des Malgaches manifeste une divergence certaine
Par rapport à ces deux séries : leur pied est nettement plus petit par rapport
la stature.
En largeur, cependant, le pied chez les Malgaches, est plus large par
■■apport à la longueur que celui des Mélanésiens ; les moyennes de l’indice du
Pied varient de 40,9 à 41,7, alors que celles des Mélanésiens ne dépassent
Pas 40,1. Nous ne possédons aucune donnée concernant les Noirs d’Afrique
du Sud.
2° Comparaison des principales mesures de la lèle. Les dimensions de la
tête variant moins avec la stature que les dimensions du corps, il nous sera
Possible de comparer les différentes mesures absolues de la tête chez les
trois séries que nous étudions.
0 ) Indice céphalique. La tête est longue et relativement étroite chez
•es Noirs d'Afrique du Sud et les moyennes de l’indice toujours dolicho-
cé phales. Les Atandes et les Nhunguès sont en effet en majorité
dolichocéphales (60 et 68 %) mais les Zoulous tendent à la mésocéphalie
( 5l %).
Chez les Mélanésiens, l'indice est extrêmement variable et passe d’une
franche dolichocéphalie chez les Néo-Calédoniens à une mésocéphalie à la
^moires du Muséum. — Zoologie, t. XIX. 11
Source : MNHN, Paris
162 COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
limite de la brachycéphalie chez les populations de Potsdamhafen. Le
diamètre antéro-postérieur est variable ainsi que le diamètre transverse.
Chez les Malgaches, nous avions opposé la dolichocéphalie des Bara et
et des Antaisaka à la mésocéphalie franche ou atténuée des autres groupes
à la mésobrachycéphalie des Sakalava.
b) Hauteur de la tête. Chez les Malgaches, la tête est moyenne à haute,
et l’indice de hauteur-largeur se classe dans la catégorie acrocéphale. Par
Tabl. XVI. — Sériations des principaux indices du corps et de la tête chez les Malgaches,
les Noirs d’Afrique du Sud et les Mélanésiens (en%).
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
163
INDICE FACIAL MORPHOLOGIQUE INDICE TRANSV.-ZYGOMATIQUE
N
*-78,9
79-83,9
84-87,9
88-*
N
x-89,9
90-92,9
93-*
Nhunguès
Néo-Calédon.
Cap Kelaon
Fotsdamhafen
Betaimlsar.
SakaUva
59
20
60
66
18
J6
17
10,2
20
6,6
18,1
22,2
11,1
6
8,3
17.9
25
30
59
33.3
36.1
6
57.5
38,4
25
26,6
19.6
16,1
25
49
20,8
55.2
30
56.6
3
27.7
27.7
41
33.2
38
20
65
19
36
58
75
53
30,7
10
0,8
10,5
5.5
.!:!
30,1
25.6
20
15
3
îî»5
54.2
33.3
20.7
43,5
îî.i
96,9
S:!
49
*-69,9
INDICE NA
70-84.9
85-99,9
100-x
Zoulous
Atandes
Nhunguès
Néo-Col«don.
Cap Nelson
Fotsdninhafen
Betslmlaar.
Zakalava
39
20
120
67
19
23
17
29
27
2.5
3.4
12,8
5
5
53.5
56.5
64
62
44.4
64,1
5°
62.5
57.3
30.4
29
31
33.3
20.5
45
32.5
62.6
15*
5
3,4
22,2
Tabl. XVI (suite). — Sériations des principaux indices du corps et de la tête
chez les Malgaches, les Noirs d’Afrique du Sud et les Mélanésiens (en%).
contre, les Mélanésiens offrent des moyennes moins élevées, caractéristiques
d’une tête, sinon basse, du moins de hauteur moyenne, ou à la limite de
l’acrocéphalie.
A l’autre extrême, les Noirs d’Afrique offrent des valeurs dans l’ensemble
Plus fortes que celles des Malgaches, quoique la moyenne des Zoulous se
rapproche de celle des Betsimisaraka. En valeur absolue, la faible hauteur
de la tête, chez les Mélanésiens, tranche avec celle, très forte, des Noirs
d'Afrique du Sud : chez les premiers et les seconds, les valeurs sont très
différentes fout en variant faiblement à l’intérieur des groupes (120 à 122
Pour les Mélanésiens, 130 à 131 pour les Noirs d’Afrique). Les Malgaches
(Merina et Betsimisaraka) offrent des valeurs intermédiaires (126).
c) Le front. La largeur minimum du front diffère de nouveau chez les
Mélanésiens et les Noirs d’Afrique. Les premiers ont un front plus étroit
en valeur absolue que les seconds (100 à 105 millimètres contre 106 et
107 millimètres). Les Malgaches, avec 108 millimètres, dépassent ces deux
groupes.
Les valeurs relatives du diamètre frontal par rapport au diamètre
transverse de la tête, modifient les données fournies par les valeurs absolues.
Les Malgaches ayant une tête plus large que les Noirs d’Afrique du Sud,
auront un indice frontal plus faible (73 contre 75 et 76) ; par ailleurs, bien
ffue le diamètre transverse de la tête chez les Malgaches soit peu différent
de celui des Mélanésiens, l’indice frontal reste encore plus élevé chez eux
(73 contre 69 à 71), si grande est la différence entre les diamètres frontaux
absolus chez ces deux groupes.
Source : MNHN, Paris
164
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
d) Indice transverso-zygomalique. La largeur de la face au niveau
des pommettes est très variable chez les Mélanésiens. Les valeurs vont de
133 4 142 millimètres, alors que chez les Noirs d’Afrique elles se montrent
homogènes et inférieures (133 à 135 millimètres) à celles des Mélanésiens.
Les Malgaches sont également hétérogènes, mais les valeurs du diamètre
bizygomatique sont moins fortes (132 à 138 millimètres), dans l’ensemble,
que celles des Mélanésiens.
L’indice transverso-zygomatique chez les Mélanésiens reflète d’une
façon caractéristique leur tendance à un élargissement notable de la face ;
chez eux les macropsides sont en forte majorité (78 à 96 %). Chez les Noirs
d’Afrique du Sud, l’indice est moins élevé, mais encore manifeste d’un
certain élargissement au niveau des pommettes (92 a 96). Les macropsides
y sont encore en majorité, mais on voit une augmentation des mésopsides et
des micropsides, comparativement aux Mélanésiens qui en comprennent
une infime proportion. Chez les Malgaches, par contre, l’indice est nettement
plus faible que chez ces deux groupes, et varie entre 92 et 94,9 : chez eux
les macropsides ont diminué au profit des mésopsides.
e) Indice facial. La hauteur faciale morphologique varie assez chez les
Mélanésiens : elle passe de 112 à 118 millimètres. Les trois populations
d'Afrique montrent également une certaine variabilité de ce caractère :
112 à 117 millimètres. Les valeurs absolues sont donc peu différentes chez
ces deux groupes. Les Merina et les Betsimisaraka présentent une face pl uS
longue en valeur absolue, avec 117 et 120 millimètres.
En valeur relative, la hauteur de la face, rapportée au diamètre bizy-
gomatique, révèle une face caractéristiquement plus basse chez les
Mélanésiens que chez les Noirs d'Afrique : les moyennes chez eux varient entre
81 et 84, valeurs qui correspondent à une euryprosopie certaine. Par contre,
les groupes d’Afrique se classent parmi les groupes mésoprosopes, mais les
proportions dans les différentes catégories sont très variables. Les valeurs
moyennes chez les Malgaches sont analogues à celles de ces derniers.
I) Indice jugo-frontal. Cet indice diffère sensiblement chez les Noirs
d’Afrique et chez ceux de Mélanésie. Les valeurs moyennes chez les premiers
sont homogènes, plus variables chez les seconds et beaucoup plus faibles
que chez les premiers. Les Malgaches sont intermédiaires entre ces deux
groupes, et homogènes. Les moyennes plus faibles des Mélanésiens sont
dues surtout à la faible largeur de leur front, beaucoup plus rétréci que celui
des Noirs d’Afrique et des Malgaches.
y) Indice jugo-mandibulaire. La largeur des mAchoires prise au niveau
des gonions se révèle peu différente chez les Noirs d'Afrique et I e3
Mélanésiens : 100 à 103 millimètres pour les premiers et 101 à 106 millimètres
pour les seconds. Par contre les Malgaches s’éloignent à la fois des premiers
et des seconds, avec des moyennes plus fortes. L’effet de cette divergence
se retrouve dans les valeurs de l’indice jugo-mandibulaire. Le diamètre
bizygomatique étant peu différent chez les trois groupes, nous obtiendrons
des moyennes analogues chez les Noirs d’Afrique et de Mélanésie, ma* 9
différentes de celles des Malgaches, dont les mAchoires semblent plus dévelop'
pées.
Source : MNHN, Paris
Tabl. XVII. — Comparaison des principaux caractères du corps et de la tête chez les Noirs d’Afrique du Sud, les Malgaches et les Mélanésiens (bâtie sur les sériationt el le* moyennes).
Source : MMHN, Paris
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
165
h) Indice nasal. En comparant les valeurs absolues en hauteur et en
largeur du nez chez les Noirs d'Afrique et chez les Mélanésiens (Néo-
Guinéens), on remarque que ces deux dimensions diffèrent notablement.
Les premiers ont à la fois un nez beaucoup moins haut et un peu plus large
que les seconds (en hauteur, 46 à 48 millimètres contre 51 à 53 millimètres ;
en largeur, 44 à 45 millimètres contre 43 à 44 millimètres). Les Néo-
Calédoniens se comportent très différemment : leur nez est non seulement
différent de celui des Néo-Guinéens, mais il s’éloigne également de celui des
Noirs d’Afrique : il est en même temps très bas et beaucoup plus large que
chez ces derniers : 46 millimètres en hauteur et 47 millimètres en largeur ;
il esL donc plus large que haut.
De nouveau les Malgaches diffèrent !\ la fois des Noirs d’Afrique et de
ceux de Mélanésie. Chez les Merina et les Bctsimisaraka, la hauteur du nez
es t analogue à celle des Mélanésiens, mais les narines sont moins écartées :
41 à 43 mm. 5. Chez les Sakalava, par contre, le nez est plus bas, mais de
largeur identique. Aussi les Merina et les Bctsimisaraka auront-ils un indice
nasal plus faible que celui des Mélanésiens et beaucoup plus faible que celui
des Noirs d’Afrique. Par ailleurs les sériations indiquent que les Merina et
les Betsimisaraka sont surtout mésorhiniens ; les Néo-Guinéens, à la fois
mésorhiniens et platyrhiniens ; les Néo-Calédoniens, platyrhiniens et hyper-
platyrhiniens ; les Noirs d’Afrique du Sud, platyrhiniens et hyperplatyrhi-
n >ens. Par ailleurs les Sakalava présentent un indice plus élevé que celui
des Mélanésiens et plus faible que celui des Noirs d’Afrique.
E. — Groupes sanguins
1° Système A B O. Dans un travail sur les groupes sanguins des Néo-
Galédoniens et des Océaniens (1949), Avias a souligné expressément que
Mélanésiens et Noirs d’Afrique occupent la même position diagrammatique
(représentation triangulaire de la fréquence des gènes p, q, r, d’après la
méthode de Streng).
Nous avons repris ce schéma en le simplifiant et en le complétant avec
•es résultats obtenus par différents auteurs sur quelques populations de la
Nouvelle-Guinée et de l’Afrique du Sud.
Pour l’Afrique du Sud nous avons retenu les séries du Mozambique
étudiées par Santos en 1937 (28 Antumbas, 110 Nhunguès et 155 Noirs du
Mozambique en général) ; deux séries de « Bantous » du Sud étudiées par
P'Jper (1930, 880 sujets) et par Elsdon-Dew (1939, 1.000 sujets) ; une
série de Bantous de la côte étudiée par Wohlgemuth (cité par Smith,
1935, 100 sujets) ; une série de Makoa analysée par Alberto et Barreto
(1953-54, 141 sujets).
Pour la Mélanésie, nous avons retenu des représentants de la Nouvelle-
Guinée (deux séries étudiées par Bijlmer en 1935,144 sujets de Boven-Digoel,
500 de Mimika) ; l’ensemble des Néo-Calédoniens étudiés par Simmons,
Avias et Graydon en 1949 (558 sujets de différentes régions) ; et des repré-
se nlants d’une île de l'archipel des Moluques (2.146 sujets de Halmaheira)
étudiés par Bijlmer en 1935.
Le tableau ci-dessous compare les résultats des groupes A B O et la
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
répartition des gènes p, q, r, chez ces différentes populations. Nous avons
également reporté ces données sur le schéma préconisé par Streng, en y
inscrivant en outre les données concernant les Malgaches (fig. 32).
Répartition des groupes A B O chez les Noirs de Mèlanèsie
et les Noirs d’Afrique du Sud (en %) (’)
D’après le schéma de répartition on constate que :
a) Les Noirs de Mélanésie sont beaucoup plus éparpillés que les Noirs
d’Afrique du Sud.
b) Les groupes de Mélanésie n’occupent pas en général la même position
diagrammatique que les groupes d’Afrique du Sud — notamment les deux
populations de la N lle Guinée étudiées par Bijlmer (qui par ailleurs sont bien
différentes entre elles), ainsi que les groupes de N Ue Calédonie étudiés pa r
Avias —. Ces groupes de Mélanésie présentent soit une répartition de p
plus élevée et de q plus faible, soit une répartition de p bien plus élevé*!
de q un peu plus faible, et de r plus faible. Seule la population des Moluques
coïncide avec les populations d'Afrique du Sud.
c) Les groupes d’Afrique du Sud, en général homogènes, sont carac¬
térisés par un taux de p relativement faible par rapport au taux de r (élevé
à très élevé). Le taux de q est moyen.
d) Les Malgaches se comportent de façon très variable. Les Malgaches
(1) Pour les Malgaches se reporter p. 138.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
167
en général, les « non Merina » de Singer, les Mahafaly (tribus), les Malgaches
du Sud, les Mainty, et les Merina, se rapprochent plus des populations
d’Afrique du Sud que des Néo-Guinéens ou des Néo-Calédoniens. Mais les
Mahafaly (chefs), les Andriana et les Hova occupent une situation éloignée
à la fois des Noirs d’Afrique du Sud et des Noirs de Mélanésie. Notamment
la position des Hova semble très aberrante par rapport à celles de tous les
autres groupes de Madagascar.
En bref, il est nécessaire de souligner que si les Malgaches s’éloignent des
Mélanésiens sous l’angle des groupes sanguins, ils ne se confondent pas pour
autant de façon très positive avec les Noirs d’Afrique du Sud actuels,
quoiqu’on observe une tendance dans ce sens.
A ce sujet, Mourant (1954), analysant précisément les données
sérologiques obtenues par David, rapproche la combinaison des fréquences
obtenues chez les Mahafaly, de celles des Mangwato du Bechuanaland, des
Rotse de Rhodésie du Nord, des Cewa et des Nkonde de Nyasaland, qu’il
considère comme des groupes anciens, très peu nombreux en Afrique et
descendant de populations établies antérieurement aux invasions bantoues.
Ce serait ce groupe qui aurait, selon Mourant, émigré depuis longtemps à
Madagascar. Cette hypothèse tend à confirmer la proposition que nous avions
avancée sur l’existence d’un élément mélano-africain ancien à Madagascar.
2° Système Rhésus. La répartition des trois principaux chromosomes
de Rh chez les populations que nous comparons, est la suivante (en %) :
Auteurs
CDe
RI
cDe
Ro
cde
Néo-Guinéens...
Simmons, 1944
93
Bantous Sud....
Shapiro, 1951
6
65
15
Ruanda.
Hiernaux,1953
4 à 7
63 à 68
19 à 21
Malgaches.
Singer, 1957
32
43
15
Si l’on compare les différentes proportions des trois chromosomes pré¬
pondérants chez les Malgaches avec celles des mêmes chromosomes chez les
Mélanodermcs de Mélanésie et d’Afrique, on constate les faits suivants :
a) Le chromosome cde (Rh négatif) est présent pour une proportion de
Près de 20 % chez les populations d’Afrique du Sud, de 15 % chez les
Malgaches, et est totalement absent chez les Néo-Guinéens.
b) La proportion de cDe est très importante chez les Mélano-Africains :
Plus de 60 % (taux qui n’est comparable à aucune autre population non
mélano-africaine connue, selon Singer). Les Malgaches en offrent un taux
®ncore important : 43 %. Les Néo-Guinéens n’en comportent pas.
c) Le chromosome CDe est très peu représenté chez les Mélano-Africains
(4 à 7 %), relativement important chez les Malgaches (32 %) et prépondérant
°hez les Néo-Guinéens (93 %).
La présence chez les Malgaches des chromosomes r et Ro, alors que
les Néo-Guinéens n’en comportent pas, constitue un fait important et un
Source : MNHN, Paris
168
COMPARAISONS SOMATOLOCIQUES
• Malgaches A Noirs de l'Afrique du o Noirs de û Javanais
Sud Mélanésie
Fig. 32. — Répartition des gènes p, q, r, chez les Malgaches, les Noirs d'Afrique du Sud,
les Mélanésiens et les Jaunes d'Asie du Sud-Est (selon la méthode triangulaire de Streng)-
supplémentaire en faveur de leur origine africaine. C’est la conclusion à
plus loin laquelle aboutissent Singer et ses collaborateurs Par ailleurs, nous
verrons que le taux assez important du chromosome RI chez les Malgaches,
alors que les Noirs d’Afrique en comportent peu, s’explique aisément par
l’intervention du facteur xanthoderme à Madagascar.
F. — Sicklemie
L’ampleur des recherches sur la sicklémie en Afrique contraste avec
l’absence totale de données pour la Mélanésie. Nous nous bornerons donc
à des comparaisons avec les Mélano-Africains.
D’une façon générale, les taux de sicklémie en Afrique sont très variables,
le plus faible en Afrique méridionale, le plus fort en Afrique centrale.
Source : MNHN, Paris
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
169
En Afrique méridionale, les auteurs s’accordent pour constater
l’étonnante frontière tracée par le fleuve Zambèze dans la répartition de
la sicklémie. Le taux, très élevé au Nord du Zambèze (Afrique orientale,
45 %), tombe brusquement pour ne pas dépasser 3 % en Rhodésie du Sud,
au Sud du Mozambique et en Union sud-africaine proprement dite (pas
plus de 1 %, Budtz-Olsen et Burgers, 1955).
Répartition de la sicklémie en Afrique du Sud
Auteurs
N
%
Griffiths, 1954
252
2
Noirs du Cap.
Esrachowitz, 1952
1555
0,58
Travailleurs mines Bantous.
Griffiths, 1954
1741
0,1
Bantous du Sud.
Shapiro, 1951
4000
5,15
Selon Lehmann (1953), la sicklémie aurait été amenée par les Veddas
en Afrique (par l’Arabie du Sud), par la Somalie, puis vers l’Ouest et le Sud,
après l’établissement des races noires en Afrique. Pour Allison (1954),
la présence de la sicklémie serait en rapport avec la résistance à la malaria
(cependant la malaria a sévi chez les Zoulous qui ne sont pas porteurs du
Lrait). Plus précis que Lehmann, Budtz-Olsen met en parallèle l’arrivée du
z ébu à corne courte (d’origine indienne) avec celle de la sicklémie en Afrique
à Madagascar.
Les taux de 3,96 % et 4,9 % observés à Madagascar par Saugrain et
Singer et ses collab. se classent parmi les taux de sicklémie peu élevés,
comparables à ceux que Shapiro a trouvés sur ses 4000 sujets de langue
bantoue, et se rapprochent plus des groupes situés au Nord du Zambèze
que de ceux du Cap.
En résumé : 1° En ce qui concerne les caractères somatoscopiques,
certains groupes de Madagascar se différencient à la fois des Mélano-Africains
des Mélanésiens par une teinte plus claire de la peau, alors que d’autres
SToupes offrent la teinte sombre classique des races mélanodermes.
La pilosité qui semble plus accentuée chez les Mélanésiens que chez les
Noirs d’Afrique, n’apparaît pas à Madagascar comme une caractéristique
frappante.
La présence sporadique du type de cheveu dit crépu long, chez les
Malgaches, ne semble pas due à l'influence d'un apport mélanésien, mais à
Un métissage, plus ou moins accentué selon les régions, entre type droit
(le moins fréquent) et type crépu court (le plus courant), dont les deux formes
intermédiaires seraient les types frisé et crépu long.
La présence de la bride mongolique constitue chez les Malgaches une
marques caractéristiques de l’influence de l’élément xanthoderme,
c «tte formation n’existant chez aucune race mélanoderme.
La fréquence de la tache pigmentaire congénitale apparaît plus élevée
°hez certains groupes malgaches que chez les Noirs d'Afrique du Sud, due,
Source : MNHN, Paris
170
COMPARAISONS SOMATOLOC1QUES
semble-t-il, à l’apport des éléments indonésiens. Nous ne possédons aucun
renseignement sur la répartition de cette formation chez les Mélanésiens.
En ce qui concerne la répartition des dermatoglyphes, les Malgaches
présentent là encore des caractères particuliers qui ne les apparentent ni aux
Noirs d'Afrique du Sud ni aux Mélanésiens : les arcs sont moins nombreux
que chez les premiers et plus nombreux que chez les seconds, les proportions
des boucles tendent à s’apparenter à celles des Noirs d’Afrique, enfin les
tourbillons sont à la fois plus nombreux que chez ces derniers, et moins
nombreux que chez les Mélanésiens. Pour les dermatoglyphes palmaires,
les formules générales de leurs empreintes semblent apparenter les Malgaches
aux races mélano-africaines, avec une dominance de la formule 7. 5- J
(aucune comparaison n’a pu être effectuée avec les Mélanésiens).
2° En ce qui concerne les principaux caractères du corps que nous avons
pu comparer, les groupes d’Afrique du Sud diffèrent essentiellement de ceux
de Mélanésie par :
Une taille généralement plus élevée (sauf les Atandes).
Des membres supérieurs plus courts.
Un bassin plus étroit.
Un thorax un peu plus aplati.
Par contre, nous avons relevé un certain nombre de caractères communs :
La hauteur du buste est sensiblement analogue pour certains groupes.
Les épaules sont aussi larges.
Les mollets et les avant-bras offrent un développement comparable.
Le pied est aussi long par rapport à la taille.
Les Malgaches, de leur côté, se montrent assez variables selon les régions.
La région du Sud abrite des populations de grande taille ou de taille moyenne,
à bassin étroit, à épaules larges, à pied relativement petit et large. Dans les
régions du Centre et de l’Est, les Merina et les Betsimisaraka offrent souvent
des traits originaux comparativement aux Noirs d’Afrique ou de Mélanésie.
C’est ainsi que leur taille est intermédiaire entre celles de ces deux groupes,
leur buste généralement plus long, leur bassin plus large, leur thorax pl uS
développé ainsi que leurs mollets et leurs avant-bras, leurs pieds plus courts
et plus larges.
Pour les caractères céphaliques, les groupes d’Afrique du Sud diffèrent
des groupes de Mélanésie par les caractères suivants :
Une tête plus haute.
Un front plus large.
Une face moins large et relativement plus haute (ou moins basse).
Un nez généralement plus large (sauf pour les Néo-Calédoniens hyper*
platyrhiniens).
Par contre les deux groupes ont en commun :
Une certaine hétérogénéité de l'indice céphalique.
Un diamètre bigoniaque analogue.
Les Noirs d’Afrique du Sud et les Mélanésiens diffèrent donc davantage
pour les caractères de la tête que pour les caractères du corps.
COMPARAISONS SOMATOLOGIQUES
171
Quant aux populations malgaches (Merina et Betsimisaraka), nous avons
Pu remarquer qu’elles offrent fréquemment des caractères assez différents
de ceux de ces deux groupes, parmi lesquels on relève notamment : une tête
plus haute que celle des Mélanésiens et moins haute que celle des Noirs
d’Afrique ; un front beaucoup plus large que celui des Mélanésiens et plus
large (en valeur absolue) que celui des Noirs d’Afrique ; une face moins large
que celle des deux groupes, et plus haute que celle des Mélanésiens (mais
analogue à celle des Noirs d’Afrique) ; enfin les mâchoires sont plus dévelop¬
pées et le nez moins large chez les Malgaches que chez les deux autres séries
que nous leur comparons.
3° En ce qui concerne la répartition des groupes sanguins, le système
A B O, chez les Malgaches, tout en s’éloignant franchement de celui des
Mélanésiens, ne se confond pas exactement (mais s’en rapproche beaucoup)
avec le système correspondant des Noirs d’Afrique du Sud actuels (sauf
certains éléments comme les sujets Mahafaly, proches du groupe du
Mozambique). Les Malgaches possèdent le plus souvent leurs caractères
propres, où l’apport xanthoderme a probablement joué un rôle important.
L’analyse de la répartition des différents chromosomes du système
Rhésus a montré des différences importantes entre les Noirs d’Afrique du
Sud et les Mélanésiens. Chez les Malgaches, on trouve une fréquence de r
analogue à celle des Bantous, une fréquence de Ro, moins élevée, et une
fréquence de RI plus élevée, ces dernières modifications imputables à l’in¬
tervention de l’élément xanthoderme. La présence chez les Malgaches des
chromosomes r et Ro, alors que les Néo-Guinéens n’en comportent pas,
constitue un argument sérieux en faveur de leur origine africaine (nous
verrons plus loin que les Indonésiens en sont également dépourvus).
4° Enfin les taux de sicklémie relevés à Madagascar sont comparables
é ceux que l’on observe chez les groupes d’Afrique du Sud situés au Nord
du Zambèze.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE X
L’ÉLÉMENT XANTHODERME A MADAGASCAR (somatologie)
Nous avions analysé sur la base de données craniologiques, au cours
du chapitre VI, l’importance de l’intervention de l’élément xanthoderme
>d Madagascar, et constaté qu’elle était surtout forte dans la région des
Hauts-Plateaux, chez les Merina en particulier, mais que cet élément s’était
également manifesté chez presque toutes les populations de l’île, l’élément
niélanoderme restant cependant constamment prédominant, quoique souvent
niétissé (importance du facteur quantitatif).
Nous avions également conclu à l’origine deutero-malaise de l’élément
migrateur indonésien à Madagascar, et utilisé une série de crânes Javanais
comme base de comparaison avec nos séries crâniennes malgaches.
Nous aborderons maintenant l’aspect somatologique de ce même
Problème, et nous retiendrons les résultats obtenus par Kleiweg de
^waan (1942) sur une série importante de Balinais (très proches des
Javanais). Nous n’avons pas trouvé de séries satisfaisantes de Javanais.
Nous examinerons donc dans quelle mesure l’influence de l’élément
xanthoderme a été effective sur les Hauts-Plateaux et à l’Est de Madagascar
n °tamment (Merina et Betsimisaraka pour lesquels nous possédons le plus
Je données). Puis nous rechercherons dans quelles proportions s’est manifesté
cet élément, c’est-à-dire, pratiquement, nous tenterons de définir approxima¬
tivement les proportions des différentes tendances raciales au sein des
Principaux groupes malgaches.
I. — Comparaison des caractères descriptifs
Les principaux signes de l'influence du facteur xanthoderme à Madagascar
s °nt, nous l’avons dit, pour les caractères descriptifs : la couleur plus claire de
* a peau, la forme droite à frisée des cheveux, la présence de la bride
jnongolique, l’atténuation du prognathisme, la présence plus importante de
* a tache mongolique chez certains groupes que chez les Noirs d’Afrique.
1° La couleur de la peau. Chez les Noirs d’Afrique, elle est toujours
nombre. Chez la population de Bali, elle va de jaune clair à jaune très foncé
( n ° 4 à 18 de Schultz). Chez les Malgaches, nous avons vu que l’échelle des
Source : MNHN, Paris
174
l’élément xanthoderme (somatolocie)
couleurs s’étendait du jaune clair (surtout les Andriana) au brun plus ou
moins foncé, en passant par toutes les teintes intermédiaires, avec, pour
l’ensemble de la population, une majorité de brun clair.
2° La forme des cheveux, crépue courte chez les Noirs, est en majorité
ondulée (96 % des hommes) chez les Balinais. L’auteur remarque qu’on
n’observe jamais chez ces derniers la forme complètement droite des
populations de la Chine ou du Japon, mais une chevelure souple qu’il appelle
« ondulée ». Il a relevé également pour une proportion de 3,4 % le type qu'il
nomme « bouclé ». Chez les Malgaches nous avons vu qu’on observait toutes
les formes de cheveux, en proportions diverses selon les populations, et que
la forme droite et ondulée des Xanthodermes était surtout importante chez
les Merina, la forme crépue chez les groupes du Sud et les Bara ; tous les
groupes présentaient en outre des formes intermédiaires que nous avions
considérées comme des signes de métissage entre les éléments mélanodermes
et xanthodermes.
3° La présence du repli mongolique est, avec la forme des cheveux, le
principal signe de l’intervention de l’élément xanthoderme. Nous avions
constaté en effet qu’on pouvait l’observer chez tous les groupes malgaches
(au total 15,3 % pour 446 sujets observés). Chez les Balinais, comme chez
toutes les populations du Sud-Est asiatique, le repli mongolique n’existe
jamais en proportions aussi importantes que chez les populations d’Asie
du Centre ou du Nord et il est rarement aussi caractérisé. En effet Kleiweo
de Zwaan a relevé un taux de 4,4 % de replis nets pour 22,7 % de semi-
brides chez 878 hommes observés. Au total 27,1 % d’individus présentaient
cette formation, ce qui représente un taux plus élevé que chez les Malgaches,
chez qui cependant le taux est moins faible que celui auquel on aurait p u
s’attendre de la part d’une population où l’élément mélanoderme domine
(peut-être ce caractère présente-t-il une dominance génique particulière?
C’est ce que W. Boyd (1952) signale comme probable).
4° Le degré de prognathisme n’est jamais très fort chez les Noirs d’Afrique
du Sud, mais il est cependant très net et il affecte en majorité la région faciale
tout entière. Chez les Balinais, par contre, comme chez toutes les populations
xanthodermes, le prognathisme est également apparent, mais limité à le
région alvéolaire seule. Il est en outre plus souvent modéré que fort : 45,8 /o
de modérés contre 43,7 % de neLs, et 10,5 % d'orthognathisme. Chez les
Malgaches nous avons vu que le prognathisme est assez peu prononcé chez
tous les groupes (54,8 % de modéré sur 436 sujets, limité à la régi° n
alvéolaire). L’orthognathisme n’y est pas rare non plus (20,8 %). Cette
atténuation peut être due à l’intervention du fadeur xanthoderme. La quasi
disparition du prognathisme facial total chez certains groupes pourrait être
attribuée à ce même facteur.
5° En ce qui concerne la tache pigmentaire congénitale, nous avons vu
qu’on observe au moins deux tendances chez les Malgaches. La première q ul
se traduit par une fréquence élevée de cetLe formation se trouve principal®'
ment chez les groupes de l’Est (sauf le Sud-Est), du Nord et du Centre-
La seconde, de fréquence moins élevée, se trouve chez les groupes de l’Ouest,
du Sud et du Sud-Est. En Afrique noire, les fréquences relevées sont assez
Source : MI'IHN, Paris
l’élément xanthoderme (somatologie)
175
importantes, mais moins fortes que celles qu’on peut observer en Extrême-
Orient (90-99 %). Il est possible que les fortes proportions relevées dans
quelques régions de Madagascar soient le fait de l’intervention des
Xanthodcrmes. Mais ces proportions n’atteignant jamais celles de ces derniers
groupes, il est possible que le taux moins fort, propre aux races mélanodermes,
a| t joué en faveur d’un abaissement de celui observé chez les Malgaches.
6° Les dermaloglyphes a) Crêtes digitales. Nous avons vu que les
Malgaches offraient des caractères particuliers par rapport aux Noirs
^'Afrique du Sud. En réalité ils semblent intermédiaires entre ceux des
Indonésiens et ceux de ces Noirs. En effet, pour les arcs, les Malgaches
offrent des fréquences plus faibles que celles des Noirs d’Afrique du Sud et
plus élevées que celles des Indonésiens (2à4%;3à6%;l à 2 %). Il en
e8 t de même pour les boucles (Noirs : 67,5 à 76 % ; Malgaches : 50 à 65 % ;
Indonésiens : 50 à 60 %). Pour les tourbillons, les fréquences des Malgaches
sont à la fois plus élevées que celles des Noirs et plus faibles que celles des
Indonésiens (32 à 44 % ; 19 à 27 % ; 36 à 48 %) (').
Davenport qui étudia en 1929 les effets du métissage sur la population
de la Jamaïque, en ce qui concerne les dermatoglyphes, compara les résultats
obten us sur les Noirs, les Blancs et les Métis, et obtint des fréquences
a hsolument intermédiaires chez ces derniers.
b) Crêtes palmaires. Nous avions constaté la variété des formules chez les
Noirs d’Afrique, allant d’ une prédominance nette de la formule 7. 5. 5 à une
faible prédominance de la formule 9. 7.5. Chez les Malgaches, la formule 7. 5. 5
Prédomine, mais beaucoup moins nettement que chez les Noirs d’Afrique
occidentale par exemple.
Les fréquences des différents types de formules semblent varier assez
jaiblement chez les populations jaunes d'Extrême-Orient, du Sud au Nord.
I-a formule 7. 5. 5 y esL dominante (42 à 43 %).
On n’observe donc pas de différences notables entre les Malgaches, les
Aoirs d’Afrique et les Jaunes. En général, pour toutes les formules, les
Malgaches offrent une assez grande variabilité dans les fréquences observées,
ffoi contraste avec l'homogénéité des Jaunes d’Asie et se rapprocherait
de l’hétérogénéité observée chez les Mélano-Africains.
Keith s’est attaché à observer (1924) les effets du métissage à Hawaï
entre Chinois et Hawaïens, et Blancs et Hawaïens, en ce qui concerne les
**gnes palmaires. Les métis Blancs/Hawaïens montrent une variété un peu
plus grande que les Blancs et les Hawaïens seuls. Les métis Chinois/Hawaïens
dj°ntrent au contraire moins de variété que les Hawaïens purs. Il semble,
d après cet auteur, que le mélange n'ajoute pas à la variété des formules,
d'aïs que la variabilité spécifique (ou l’absence de variabilité) de l’une des
r aces qui se mélange, affecte le degré de variabilité du résultat.
(I) Les Mélanésiens qui offrent des fréquences comparables à celles des Xanlhodermes,
® v «c une faible fréquence d'arcs et une haute fréquence de tourbillons, ne pourraient
°nc en aucune façon expliquer cette différenciation des Malgaches par rapport aux
w °irs d’Afrique et aux Jaunes.
Source : MNHN, Paris
176
l’élément xanthoderme (somatologie)
AFRIQUE du SUD
MADAGASCAR
INDO NESI
Nhunguèa
Zoulous
Merina
Betslmlsar.
Balinais
Stature
1685
1700
1651
16}8
1614
Larg.blacrom.
58}
569
570
576
584,5
Long.membre sup.
784
772
746
755
728
Long.pied
264.7
-
256
257
241
Larg.blacrom.rel.
22,5
21,7
22,5
22.7
23,7
Long.rel.memb.sup
46.7
45.3
45.2
45.7
45.1
Long.rel.pied
15.8
-
15.5
15.2
14.9
Ind.Intermerabral
84.9
-
82,6
84.5
84.1
D.A.P.
195
195
187
I89
188
D.T.
140
147
149
146
155
Haut.auriculaire
1}0
151
126
126
119
Larg.blzygomat.
155
155
159
157
142
Larg.front.mlnlm.
107
-
108
108
105
Larg.blgonlaque
-
105
116
112
106
Haut.morph.face
115
117
117
120
119
Haut.nez
46,5
48
51
52.5
50,5
Larg.nez
45
44
41
45.5
59
Ind.céphalique
72,8
75.5
78.7
77.5
82,4
" front.-parlét.
76
-
75,4
75.1
67.9
■ transv.-zygom.
96,1
92,2
95.2
95,5
92,1
" Jugo-mandlbul.
76,9
-
82,4
80,4
74.5
" facial morphol
86,4
86,1
84,5
87,5
83,9
" nasal
97.1
92.2
81.7
8},1
77.6
Tabl. XVIII. — Comparaison des caractères métriques chez les Noirs d'Afrique du Sud,
les Malgaches et les Indonésiens (somatologie).
II. - Comparaison des caractères métriques
Nous étudierons la position des Merina et des Betsimisaraka par rapp or "
aux Balinais et aux Noirs d’Afrique du Sud (tabl. XVIII).
1° La stature, chez les Noirs d’Afrique du Sud que nous avons p r î®
comme points de comparaison, est élevée (168 à 170 centimètres) et »*
contraste avec la petite taille des Balinais (161). Merina et Betsimisara
offrent des valeurs intermédiaires correspondant à une taille moyenne.
Source : MNHN, Paris
l’élément xanthoderme (somatologie) 177
2° Chez les populations xanlhodermes, les épaules sont larges en valeur
absolue et relativement à leur faible stature (384 mm. 5 et 23,7), tandis que
les Noirs d’Afrique ont des épaules moins larges. Les Malgaches, sans être
tout à fait intermédiaires entre ces deux groupes, tendent à présenter des
épaules à la fois plus larges que celles des Noirs, et moins larges que celles
des Balinais, en restant cependant plus proches des premiers que des seconds.
3° Il est classique d'observer des membres supérieurs courts chez les
Xanthodermcs et des membres longs chez les Mélanodermes. Les groupes
que nous comparons n'échappent pas à la règle. Les moyennes des valeurs
relatives sont plus faibles chez les Balinais (45) que chez les Noirs (45,3 à
46,7), tandis que les Malgaches oscillent entre les deux tendances.
4° Nous avions signalé chez les Merina la petitesse du pied, comme un
des caractères qui les distinguaient des Mélano-Africains, chez qui le pied
est grand. Chez les Balinais la longueur relative est de 14,9, chez les Noirs
de 15,8. Les Malgaches occupent une position intermédiaire.
5° L’indice céphalique est plus élevé, aussi bien chez les Merina que chez
•es Betsimisaraka, que chez les groupes d’Afrique du Sud. A l’inverse, il
se trouve plus faible que la moyenne des Balinais, franchement bra¬
chycéphales. Il est donc intermédiaire chez les Malgaches. En général
les différences sont beaucoup plus marquées entre les diamètres transverses
des différents groupes qu'entre leurs diamètres antéro-postérieurs
(15 millimètres pour les premiers et 5 millimètres pour les seconds entre les
Noirs d'Afrique et les Balinais). Il semble donc que les divergences observées
en tre les indices concernent plus un élargissement plus ou moins marqué
de la tête qu’un allongement significatif. Les deux dimensions sont
cependant intermédiaires chez les Malgaches, plus proches des Balinais pour
les Merina, moins proches pour les Betsimisaraka.
6° La hauteur prise au tragion (hauteur auriculaire) est basse chez les
Balinais, élevée chez les Noirs d’Afrique, moyenne chez les Malgaches qui se
s *tuent à peu près à mi-chemin entre ces deux groupes.
7° L’indice fronto-pariétal, caractéristique de l’élargissement du front,
assez élevé chez les Noirs d’Afrique, beaucoup plus faible chez les Balinais,
sc montre une fois de plus intermédiaire chez les Malgaches, malgré leur front
Plus large en valeur absolue que chez les deux groupes auxquels nous les
comparons.
8° L’élargissement de la face par rapport à la tête (indice transverso-
z ygornatique) n’est pas très différent chez les groupes que nous comparons
(sauf les Nhunguès dont la tête particulièrement étroite met en valeur une
lace plus large relativement, mais non absolument). Par contre, si on
considère le seul diamètre bizygomatique, on constate qu'il est le plus
l 0r ge chez les Balinais, le moins large chez les Noirs, et de nouveau inter¬
médiaire chez les Malgaches.
9° L’indice nasal est intermédiaire chez les Merina et les Betsimisaraka,
plus proche des Balinais que des Noirs d’Afrique (surtout les Merina).
Mais les différences portent plus sur la hauteur du nez que sur sa largeur :
en effet chez les Malgaches, le nez, tout en étant moins large, est surtout
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XIX. 12
Source : MNHN, Paris
178 l’élément xanthoderme (somatolocie)
beaucoup plus haut que chez les Noirs d’Afrique et même que chez les
Balinais. Quant à la largeur du nez, elle est plus proche des Balinais chez les
Merina, plus proche des Noirs chez les Betsimisaraka.
10° Enfin un dernier caractère éloigne les Malgaches des Noirs
d’Afrique : l'indice jugo-mandibulaire qui, de 76,9 chez les Nhunguès, passe
à 80 et 82 chez les Malgaches. L’intervention de l’élément xanthoderme
n’est cependant pas en mesure d’expliquer cette modification, puisque
Kleiweg obtient une moyenne de 74,5 chez ses Balinais. En effet le diamètre
bigoniaque est notablement différent chez les Malgaches. Il semble qu’on
puisse incriminer une différence de méthode dans la prise de mesure de la
largeur bigoniaque, toujours difficile à évaluer, plus qu’un réel développement
des mâchoires chez ces derniers.
Ainsi nous pouvons confirmer l’importance de l’intervention du facteur
xanthoderme parmi les populations Merina et Betsimisaraka. Un certain
nombre de leurs caractères physiques les classent entre les Noirs d’Afrique
du Sud et les populations deutero-malaises représentées ici par les Balinais
(la comparaison des caractères crâniens des Malgaches de l’Ouest et des
Hauts-Plateaux avec ceux des Javanais avait abouti à des constatations
analogues). Le tableau ci-dessous rassemble les principaux éléments de ces
observations :
Effets de l'apport xanthoderme chez les Merina et les Betsimisaraka
I. Merina
Caractères spécifiques
Front plus développé en valeur
absolue
Nez plus haut
Caractères intermédiaires
Stature
Largeur des épaules
Longueur membre supérieur
Longueur pied
Indice céphalique
Hauteur tête
Indice fronto-pariétal
Largeur bizygomatique
IL Betsimisaraka
Stature Front plus large en valeur absolue
Largeur des épaules Nez plus haut
Longueur du pied
Indice céphalique
Indice fronto-pariétal
Hauteur de la tête
Largeur bizygomatique
Source : MNHN, Paris
l’élément xanthoderme (somatologie) Î79
Il nous a semblé intéressant de rechercher dans quelles proportions on
pouvait constater l’effet de l'intervention de cet élément xanthoderme chez
les principaux groupes de Madagascar, et d’évaluer en même temps, de façon
approximative, les proportions relatives des différentes tendances raciales
que l’on peut rencontrer chez eux. Le meilleur critère de base était
évidemment la nature de la chevelure (en dehors de la couleur de la peau
impossible à distinguer sur les photographies) : droite ou ondulée chez les
Jaunes ; crépue chez les Noirs ; frisée chez les individus intermédiaires.
Un autre caractère spécifique xanthoderme que forme le repli mongolique,
Pouvait être également utilisé, mais nous l’avons rejeté, en raison de sa faible
fréquence chez les Indonésiens. Deux autres caractères nous ont semblé
pouvoir être analysés en corrélation avec la forme des cheveux : le degré
de prognathisme, assez fort chez les Noirs d’Afrique, moyen et très localisé
chez les Indonésiens, et l’épaisseur des lèvres toujours beaucoup plus épaisses
chez les Noirs d’Afrique.
La corrélation de ces trois caractères a donc été analysée chez
100 hommes Merina, 94 hommes Betsileo, 96 hommes Bara et 71 hommes
appartenant aux groupes du Sud (Antandroy, Mahafaly, Antanosy). Les
conclusions que nous en tirerons ne pourront pas être considérées comme
définitives, mais nous les proposons seulement à titre d’essai.
De la comparaison des 4 tableaux de corrélation que nous avons dressés
(%. 33 et 34), se dégagent un certain nombre de types qui nous ont semblé
être représentatifs des différentes tendances qu’on peut observer au sein des
principaux groupements de Madagascar :
I) Type à dominance xanthoderme, caractérisé par des cheveux droits
ou ondulés, un prognathisme modéré et alvéolaire, des lèvres plus
souvent épaisses que très épaisses. Une seconde tendance se dessine au
sein de ce groupe, caractérisée par un prognathisme plus affirmé
(type I bis).
II. Type à dominance mélanoderme, caractérisé par des cheveux crépus,
un prognathisme fort ou très fort, des lèvres épaisses à très épaisses.
Un type secondaire offre un prognathisme plus atténué (type II bis).
III) Type intermédiaire (Jaune/Noir), caractérisé par des cheveux frisés,
un prognathisme moyen à fort, des lèvres généralement épaisses à très
épaisses (type III).
IV) Type probablement sud-oriental (IV) et type sud-oriental méla-
noïde (IV bis). Le premier est caractérisé par des cheveux ondulés ou
frisés, un prognathisme nul, des lèvres moyennes à épaisses (en outre
pour la plupart, un visage allongé et un nez aquilin ou droit, et mince).
Le second offre les mêmes caractéristiques, mais des cheveux crépus,
des lèvres plus épaisses (et un nez plus large).
Ces 4 types sont rassemblés dans le tableau ci-dessous avec les différentes
Proportions que nous avons trouvées pour chacun des groupes (en %) :
Source : MNHN, Paris
l’élément xanthoderme (somatologie)
N
I I bis
II
Il bis
III
IV
IV bis
Merina.
100
36 8
13
16
21
6
Belsileo.
94
3,1 1
20,2
30,8
22,3
12,7
9,5
Bara.
96
— —
19,7
34,3
11,4
6,2
28,1
Types du Sud.
71
—
18,3
46,4
25,3
7
2,8
Le type xanthoderme n’existe guère, en proportions importantes que chez
les Merina ; on peut considérer que chez 44 % des sujets, les caractères
xanthodermes que nous avons envisagés l’emportent sur les caractères
mélanodermes. Parmi eux se rencontrent probablement des individus de race
« pure # ; l'évaluation de la teinte de la peau pourrait être décisive à ce sujet.
A l'inverse, 29 % des sujets présentent surtout des caractères mélanodermes,
et 21 %, des caractères intermédiaires.
Chez les Betsilco, la proportion des types à dominance xanthoderme
s’est réduite à 4 % au profit des types à dominance mélanoderme qui
comprennent 51 % des sujets. Les types intermédiaires se retrouvent dans
les mêmes proportions que chez les Merina. Enfin le type IV que nous avons
considéré comme imprégné par une influence arabe sud-orientale, métissé
ou non avec l’élément mélanoderme, se rencontre en proportions plus
importantes que chez les Merina (22 % contre 6 %).
Chez les Bara, il n’est pas étonnant de ne plus rencontrer d’individus
à dominance xanthoderme : nous avions considéré cette population comme
à peu près exempte de cette influence. C’est chez elle qu’on rencontre le
plus faible taux de types intermédiaires, 11 %, pour 54 % de types à
dominance mélanoderme. Par contre l’influence sud-orientale semble y avoir
été importante, mais elle est actuellement très mêlée au reste de la population
(28 % de Sud-Orientaux très mélanoïdes contre G % de » non imprégnés »)•
Enfin chez les populations de l’Extrême Sud, nous retrouvons trace de
l'influence xanthoderme puisqu’on trouve, sinon des types à dominance
xanthoderme, tout au moins îles types intermédiaires, pour une proportion
de 25 %. Le type mélanoderme reste encore largement prédominant
(64,7 % de la série considérée). Par contre l’influence sud-orientale 11
fortement diminué, puisque seulement 9 % peuvent être considérés comme
appartenant à ce type.
Toutes ces observations viennent dans l’ensemble appuyer quelques-uns
des résultats auxquels nous étions parvenue au cours de notre travail,
à savoir : que l’élément xanthoderme avait surtout imprégné la population
Merina, que cette influence diminuait vers le Sud chez les Belsileo, et
disparaissait presqu’entièrement chez les Bara pour réapparaître chez
les populations de l'Extrême Sud, mais de façon relativement P eU
importante ; que l’élément mélanoderme dominait partout, sauf chez l eS
Merina ; enfin nous voyons aux termes de ce chapitre, que l'élément arabe
a joué un certain rôle surtout chez les Bara, par l'intermédiaire, semble-t-n*
de la région sud-occidentale de Madagascar (région Vezo). En effet on
trouve, chez les Vezo, 21 sujets sur 49 qui présentent des caractéristique»
d’influence arabe.
Source : MNHN, Paris
l’élément xanthoderme (somatolocie)
181
MERINA BETSILEO
CHEVEUX CHEVEUX
droits
ondulés
frisés
crépus
droits
ondulés
frisés crépus
i
wBi/,
Wà
M
Hiîff
mm
lîii <n
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B
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J
i
1
I1|§1
mm
|l N
*
IVVoJv
awWW
S
&
■
■
■
Mm
N = 100 N = 94
lièvres moyennes.2lèvres épaisses.3lèvres très épaisses
Fig. 33. — Les principales tendances raciales chez quatre groupes malgaches :
I et I bis, type à dominance xanthoderme ; 11 et 11 bis, type à dominance mêlanoderme ;
III, type intermédiaire ; IV et IV bis, type sud-oriental plus ou moins mélanotde.
III. Comparaison des groupes sanguins
Nous emprunterons à Buining (1933-34) les données sérologiques
concernant 400 sujets de la côte Est de Java et 1.126 sujets de Modjokerto ;
à M l >e van der Made 1684 sujets de l’Ouest de Java (Soemedang) ; enfin
à Bais et Verhoeff (1924) 1.364 sujets javanais en général.
En reportant les différentes fréquences des gènes p, q, r, de ces 4 groupes
8Ur le schéma comparatif commun (fig. 32), on constate qu’ils sont
caractérisés (par rapport aux Noirs d’Afrique) par une fréquence de p
analogue ou plus faible, de q plus élevée ou beaucoup plus élevée, et de r
Nettement plus faible.
Source : MNHN, Paris
182 l’élément xanthoderme (somatologie)
BARA EXTREME-SUD
CHEVEUX CHEVEUX
droits
ondulés
frisés crépus
droits
ondulés
frisés | crépus
| - m
g !
îj ‘^C'4
g '
(t £ y-
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Bpl
I»
% — <N
CL
mm
*■
N = 96 N = 71
lièvres moyennes - 2lèvres épaisses-3lèvres très épaisses
Fig. 34. — Les principales tendances raciales chez quatre groupes malgaches (suite)-
Répartition des groupes A B O chez les Indonésiens (en %)
Source : MNHN, Paris
l’élément xanthoderme (somatologie)
183
Or, si l’on excepte les Andriana (qui forment une caste très fermée et
endogamique, pouvant présenter de ce fait des modifications sérologiques
particulières), et les Hova dont les données semblent très aberrantes, la
position diagrammatique de la majorité des groupes malgaches se situe entre
celle des Noirs d’Afrique du Sud et celle des Javanais ; les deux points
extrêmes sont représentés par les Mahafaly (chefs), proches du groupe
Modjokerto, d’une part, et les Mahafaly (sujets) proches des Mozambique,
d'autre part. Il est intéressant de remarquer également que ce sont les
Merina de Singer qui se rapprochent le plus des Javanais en général.
Pour les groupes du système Rhésus, nous avions vu que le taux assez
important du chromosome RI chez les Malgaches, alors que les Noirs
d'Afrique en comportent peu, peut s’expliquer par l’intervention du facteur
xanthoderme à Madagascar. CDe constitue en effet le chromosome
caractéristique des Indonésiens actuels, dans des proportions de plus de
80 %. De même, la diminution du chromosome Ro chez les Malgaches par
rapport aux Mélano-Africains peut s’expliquer par l’intervention de l’élément
indonésien qui en présente des proportions assez faibles (7 %, d’après Simmons
et Graydon, 1947). Singer affirme non seulement la présence du sang
africain chez les Malgaches, mais il souligne que cet élément prédomine sur
l’élément indonésien. A l’appui l’auteur applique une formule préconisée par
Glass et Li (1953), servant à mesurer le degré d’hybridation d’une popula¬
tion, soit : ——(où Q et q représentent les fréquences de l’allèle particulier
étudié chez les populations parentales, et qx celle de l’allèle étudié chez
la population hybride). Selon cette formule et pour le chromosome cDe, les
Malgaches auraient 62 % de sang « bantou » et 38 % de sang indonésien.
Pour le chromosome CDe, 67 % de bantou et 33 % de Javanais (d’où en
gros, 2/3 de sang bantou et 1/3 de sang indonésien).
Sicklémie. Chez les Jaunes, la sicklémie (observée seulement chez les
Amérindiens) est totalement absente. Le métissage avec des éléments
mélanoïdes fait apparaître une certaine proportion de porteurs du trait chez
les sujets testés (1,8 % chez 166 métis du Brésil, Da Silva 1948, et 8 % chez
300 « Black Coloured » du Honduras, Mac Gavack et German 1944) J 1 ).
(1) H buse, 1956.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ ET CONCLUSION
Les premiers voyageurs qui avaient abordé Madagascar, frappés par
l’apparence physique très mélanoïde de ses habitants, n'avaient jamais mis
e n doute l’idée d’un peuplement d’origine africaine de la Grande Ile. Il faut
attendre la fin du xix® siècle pour voir surgir une théorie nouvelle qui fit
école, celle d’un peuplement venu de Mélanésie ; A. et G. Grandidier en
furent les précurseurs. Actuellement, la plupart des auteurs ont tendance à
abandonner cette dernière théorie pour revenir à celle d’un peuplement
d’origine africaine. Cependant la question reste pendante et n’a jamais
été tranchée de façon très formelle.
Nous rappellerons brièvement les différents arguments proposés par
A. et G. Grandidier et leurs successeurs, à l’appui de leur thèse. Sans avan-
cer d’opinions personnelles sur les disciplines pour lesquelles nous ne
sommes pas qualifiée, nous nous contenterons d’exposer, en regard de ces
ar guments, les différentes controverses auxquelles ils ont donné lieu.
Partisans de la théorie mélanésienne
A) Arguments d’ordre géographi¬
que.
La traversée du canal du Mozam¬
bique est difficile.
Les Noirs ne sont pas navigateurs.
La pirogue à balancier (seule
d’origine océanienne pour Gran-
Di dier) existe à Madagascar.
La mousson du Nord-Est et le
courant équatorial du Sud a facilité
* a migration des Néo-Guinéens.
Partisans de la théorie africaine
Expéditions de pillages fréquentes
et anciennes dirigées par les Mal¬
gaches contre Comores et côte
africaine (Hornell).
Trafic commercial intense ancien
entre côte africaine et côte orientale
malgache (Guillain).
La pirogue à balancier est utilisée
par les Noirs d’Afrique sur le lac
Victoria et sur la côte orientale
africaine (Hornell).
Une migration transocéanique
sans escales, aurait présenté des
difficultés insurmontables pour les
Mélanésiens dont les moyens de
navigation sont relativement primi¬
tifs. A écarter l’hypothèse de débar-
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ ET CONCLUSION
B) Arguments d’ordre linguistique.
Les Malais, trop peu nombreux, ne
peuvent avoir imposé leur langue à
une population tout entière. Cette
langue, à affinités malayo-polyné-
siennes, était celle d’immigrants
antérieurs aux Malais et d’origine
mélanésienne. L’absence de Sanscrit
dans la langue malgache serait un
argument en faveur de l’antériorité
d’une immigration d’éléments non
malais. Présence de mots mélanésiens
dans le malgache.
C) Arguments d’ordre ethnogra¬
phique.
Phénomènes juridiques, économi¬
ques, moraux, religieux, techniques et
esthétiques se rapprochent de la
culture mélanésienne.
Impossibilité pour le petit nombre
de Malais débarqués ù Madagascar
d’imposer langue et civilisation.
D) Arguments d’ordre anthropo¬
logique.
Les Malgaches et les « Papous » de
Nouvelle-Guinée présentent des ca¬
ractères physiques analogues.
quements involontaires, dûs à des
naufrages éventuels, vue l’impor¬
tance numérique de l’élément noir
de Madagascar (Hornell).
Présence de sanscrit dans les
dialectes malgaches (Ferrand,
Razafintsalama). La langue mal¬
gache se rattache au groupe occi¬
dental des langues malayo-polyné-
siennes (Ferrand). Pour Faublée,
elle serait dérivée d’une langue-mère
d’où se sont détachés divers rameaux
(explication de la présence des mots
mélanésiens, vocables anciens indo¬
nésiens). Pour Cohen, le malgache
est composé d’un vocabulaire ancien
indonésien, peu modifié, peut-être
proche du javanais.
Ces phénomènes sont communs
pour la plupart à une grande partie
de l’Asie sud-orientale. Les civili¬
sations sud-asiatiques se sont large¬
ment diffusées à travers l'Océanie-
Selon Faublée, la civilisation
malgache est proche des civilisations
indonésiennes archaïques. La musi¬
cologie (Rouget) présente deux
systèmes, africain et océanien.
Les phénomènes d’acculturation
(Herskowitz) peuvent aussi bien
provenir d’un groupe important que
d’un petit groupe. Ni la durée ni
l’étendue du contact ne sont des
facteurs significatifs. Mais la doiM'
nation à la fois politique et sociale
(imposée par les Merina par exemple
sur les autres groupes) peut être
un facteur d’accélération de l’échange
culturel.
Les arguments sont peu nombreux,
faibles et basés sur des caractères
communs aux Noirs d’Afrique et aux
Mélanésiens.
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ ET CONCLUSION
187
Quatrefages et Hamy se basent
sur l’analyse de 15 crânes malgaches
pour appuyer la théorie de Gran-
didier.
Pour Ratsimamanga, la fréquence
très élevée de la tache pigmentaire
congénitale chez la plupart des
populations malgaches, contribuerait
également à soutenir cette thèse.
E) Arguments d’ordre paléontolo-
gique.
A l’inverse, Verneau s’appuie
également sur 11 crânes Bara pour
soutenir la théorie africaine.
Dart apparente les groupes san¬
guins des Malgaches à ceux des
Noirs sud-africains. Mourant les
rapproche de ceux des populations de
Rhodésie et de Nyasaland. Pour
Singer et ses collab., la présence de
certains chromosomes du groupe
RH (r et Ro) chez les Malga¬
ches et les Bantous, et leur absence
chez les Mélanésiens, représente un
argument important en faveur de la
théorie africaine.
Selon Petit, ancienneté de la
présence de l’Homme à Madagascar
(vestiges d’industrie associés à faune
disparue). Présence de faune subfos¬
sile domestique (chat, suidé) appa¬
rentée à celle d’Afrique orientale,
qui aurait été importée ancienne¬
ment par l’Homme venu d’Afrique.
Ainsi, la plupart des arguments émis par Grandidier et les partisans
de sa théorie se sont trouvés réfutés par un certain nombre d’auteurs. Mais
e n ce qui concerne le domaine anthropologique, la pauvreté des connais¬
sances sur les caractères physiques des populations malgaches n’avaient
jusqu’ici permis d’étayer que très faiblement les arguments des partisans
de l’une ou l’autre théorie.
C’est pourquoi il a été tenté, au cours de ce travail, en procédant à une
analyse anthropologique systématique des différents groupements de
Madagascar, au double point de vue craniologique et somatologique, et
Parallèlement, à une étude comparative de ces groupements avec des
représentants des races mélano-africaine (Afrique du Sud) et mélanésienne
(Nouvelle-Guinée et Nouvelle-Calédonie), d’apporter quelques éclaircis¬
sements sur l’origine du peuplement noir de Madagascar.
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ ET CONCLUSION
Caractères généraux des Malgaches, esquisse et répartition
des principaux types sous-raciaux
Dans l’ensemble, les populations malgaches sc distinguent par les carac¬
tères physiques suivants :
La couleur de la peau varie du brun foncé au jaune plus ou moins foncé.
Les teintes les plus foncées se trouvent dans les régions méridionale, occi¬
dentale et orientale, les moins foncées sur les Hauts-Plateaux.
La forme des cheveux va du type droit des Xanthodermes au type crépu
des Mélanodermes, en passant par les types ondulés et frisés. Le type droit
se rencontre le plus fréquemment sur les Hauts-Plateaux dans la région
de l'Imerina (20 %). Les autres groupes n’en présentent que peu (3 %)
ou pas du tout. Le type ondulé ne se rencontre également que chez les
Merina. Le type frisé se révèle encore assez important chez tous les groupes,
mais c’est le type crépu qui reste la forme dominante chez les populations
autres que les Merina et les Betsileo.
La stature est également variable. Les zones de petite taille sont limitées
dans la région orientale, celles de taille moyenne dans les régions centrale
et méridionale, et celles de grande taille, dans la région occidentale, outre
un centre isolé dans la région Bara. Il est isolé, car il voisine à l’Est avec un
groupe de très petite taille, les Antaisaka, et au Nord et au Sud, avec des
groupes de taille moyenne.
Les épaules sont larges dans l’ensemble de l'île : ce sont les Merina qui
ont les épaules les plus larges, les Antandroy, les moins larges. Les bassins
sont plus étroits au Sud qu'au Centre et à l’Est de l'île, et le tronc affecte
dans l’ensemble une forme trapézoïde dans le Sud, plus rectangulaire dans
les régions centrale et orientale.
Pour l’indice céphalique, nous avons observé l’existence de deux centres
de dolichocéphalie situés dans la région méridionale, l’un au Centre, l'autre
à l’Est, représentés par les Bara et les Antaisaka. Tous les autres groupes
présentent un indice céphalique s'échelonnant entre la dolicho/mésocéphahe
et la mésocéphalie franche.
Les lèvres sont généralement épaisses ou très épaisses, mais très rarement
éversées comme chez les Noirs Soudanais. Elles sont parfois peu épaissies,
mais pour des proportions ne dépassant pas 20 %.
Le degré de prognathisme est assez variable mais généralement limité
à la région alvéolaire, et plus souvent modéré que très marqué. Mais on
rencontre cependant chez tous les groupes une certaine proportion d'ortho¬
gnathisme, la plus élevée se trouvant chez les Vezo.
Le nez est court et droit ou concave, les narines larges sans atteindre la
dilatation de celles des Noirs soudanais. Les nez convexes sont rares mais
jamais totalement absents, le maximum se rencontrant chez les Vezo que
les éléments arabes semblent avoir imprégnés dans une certaine proportion-
La bride mongolique typique particulière à certains groupes jaunes
ne se rencontre qu'exceptionnellement. Mais on en trouve des formes pl uS
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ ET CONCLUSION 189
atténuées, où l’obliquité ainsi qu’un repli plus ou moins accentué de la
paupière subsistent.
La tache pigmentaire congénitale. Il semble qu’on puisse observer au
moins deux tendances chez les populations malgaches. La première qui se
traduit par une fréquence élevée de cette formation, se trouve principalement
chez les populations de l'Est (sauf le Sud-Est), du Nord et du Centre. La
seconde, de fréquence nettement moins élevée, se trouve chez les populations
de l’Ouest, du Sud et du Sud-Est.
Les dermatoglyphes. En ce qui concerne les dermatoglyphes digitaux,
la fréquence des tourbillons semble croître : a) des régions côtières vers les
Hauts-Plateaux ; b) du Sud au Nord, et de l’Est à l’Ouest ; c) plus particu¬
lièrement vers un centre de haute fréquence représenté par les Merina et les
Tsimihety. C’est là en effet qu’on trouve la plus forte proportion d'éléments
xanthodermes où il est classique d’observer une haute fréquence de tour¬
billons. En ce qui concerne les dermatoglyphes palmaires, la formule la
plus fréquente est la formule 7.5.5, suivie par la formule 9.7.5, la formule
•1.9.7 étant celle où l’on observe les plus faibles fréquences. Dans l’ensemble,
si on considère la formule la plus fréquente, 7.5.5, il semble qu’on n’observe
pas de grosses divergences chez les groupes malgaches, et la répartition des
crêtes palmaires montre plus d’homogénéité que celle des crêtes digitales.
Les groupes sanguins. Les résultats sont très sporadiques et concernent
souvent un nombre insuffisant de sujets. Les Malgaches en général sont
caractérisés par une fréquence du groupe A peu différente de celle du groupe
H, et une fréquence relativement forte du groupe O. Les groupes du Sud
8 °nl caractérisés par une fréquence de B plus forte que de A, et les Andriana
(caste Merina des Hauts-Plateaux), par une fréquence de A plus forte que
de B.
De l’ensemble de nos observations, nous avons tenté de dégager les
Principaux types sous-raciaux qui nous ont paru exister à Madagascar.
Tout d’abord l’élément mélanoderme nous a semblé être composé de deux
types principaux : un type de petite taille et un type de haute taille. Cette
hypothèse nous est venue à la suite de l'observation que nous avons faite
sur la différence de taille entre deux groupes très voisins, qui nous ont semblé
dégagés par ailleurs de toute imprégnation de l'élément jaune : ce sont les
Hara et les Antaisaka. Le principal critère de leur « pureté raciale » est cette
dolichocéphalie franche que l’on ne rencontre pas chez les autres groupes.
Mais alors que les lîara se distinguent par une haute taille, les Antaisaka,
a u contraire, sont petits, et contrastent étrangement avec leurs voisins Bara.
Par ailleurs, ces deux groupes présentent des caractères communs propres
aux races mélanodermes.
On retrouve cette divergence soulignée par les statures, dans le contraste
lue présentent également, sur une plus vaste échelle, les zones orientale et
occidentale de Madagascar : la zone orientale héberge des populations de
petite taille, alors que la zone occidentale est le domaine des groupes de
8 r andc taille.
Il est donc possible que la Grande Ile ait été l’objet d’au moins deux inva¬
sions successives de groupes noirs différents, la première correspondant à des
éléments de petite taille qui auraient été refoulés ultérieurement par une
Source : MNHN, Paris
190
RÉSUMÉ ET CONCLUSION
seconde invasion d’éléments de grande taille, dans les régions orientales,
plus insalubres que les Hauts-Plateaux : ce fait correspond à un phénomène
humain classique.
Ces types non métissés forment la minime partie de la population de
Madagascar. La grande majorité est composée de groupes qui ont subi mani¬
festement un métissage à tous les degrés, qui se sont mélangés aux enva¬
hisseurs successifs, et dont les descendants actuels ont hérité des caractères
souvent dissociés, mais parfois aussi intermédiaires entre les deux grandes
souches parentales que sont les races mélanoderme et xanthoderme. Cette
catégorie de types métissés comprend certaines populations de la côte orien¬
tale (Betsimisaraka, faiblement métissés), des régions septentrionale (Vohé-
mar), centrale (Merina, Betsileo), occidentale (Sakalava, actuellement très
composites), et méridionale (Mahafaly, Antandroy, Antanosy). A chaque
groupe correspond, outre une variété infinie de métis à tous les degrés, une
majorité d’éléments plus proches de l’une ou l’autre souche, selon les régions.
C’est ainsi que leSud et l’Est deMadagascar sont surtout composés d’éléments
plus proches du type mélanoderme, et que dans le Centre, on trouve, en
plus grand nombre, des éléments plus proches du type indonésien.
On peut donc compter à Madagascar une demi-douzaine de types sous-
raciaux que nous avons classés selon deux caractères distinctifs principaux,
la stature et l'indice céphalique. Ce sont :
a) Les petits dolichocéphales du Sud-Est, représentés par les Antaisaka
et les Antavaratra.
b) Les grands dolichocéphales du Sud, représentés uniquement par les
Bara.
c) Les petits dolicho/mésocéphales de l’Est, probablement analogues aux
petits dolichocéphales du Sud-Est, mais légèrement modifiés au contact des
Merina : ce sont les Betsimisaraka.
d) Les dolicho/mésocéphales de taille moyenne du Centre, chez qui ont
subsisté le plus les caractères des envahisseurs jaunes, mais où les caractères
inélanodermes sont cependant largement représentés : ce sont les Merina et
les Betsileo.
e) Les grands dolicho/mésocéphales de l'Ouest, appartenant à la même
sous-race que les Bara, mais où est intervenu pour une certaine part l’élément
indonésien : ce sont les Sakalava.
I) Les dolicho/mésocéphales de taille moyenne du Sud (mais plus grand 3
que ceux du centre), qui procèdent à la fois des types orientaux et occi¬
dentaux, et où on trouve une dominance des caractères mélanodermes :
ce sont les Mahafaly et les Antandroy.
Enfin les auteurs ont beaucoup parlé d’un noyau de Malais purs conservé
intact parmi le groupe Merina, chez les Andriana notamment. Ce noyau
ne semble pas douteux, mais il est extrêmement réduit, et uniquement
protégé par la barrière des castes. Peut-être ne tardera-t-il pas à se fondre
parmi la population si composite que forment actuellement les Merina-
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ ET CONCLUSION
191
Origine du peuplement noir de Madagascar
I. Comparaisons osléologiques
La comparaison systématique des principaux indices du crâne et de la
face entre 4 séries malgaches (Betsileo, Sakalava, Bara, Vohémar), 3 séries
d'Afrique du Sud (Cafres, Zoulous, Noirs du Mozambique), et 3 séries de
Mélanésie (Néo-Calédoniens, Sud-Guinéens, Nord-Guinéens) a montré les
résultats suivants :
1° Malgaches et Mélanésiens. Malgaches et Néo-Calédoniens. Le nombre
des caractères différents est très nettement supérieur au nombre des carac¬
tères analogues. Parmi les plus éloignés des Néo-Calédoniens se trouvent les
Betsileo.
Malgaches et Sud-Guinéens. Le nombre des caractères différents l’em¬
porte encore sur celui des caractères analogues, bien qu'on puisse observer
une augmentation générale de ces derniers. En effet, les Sud-Guinéens sem¬
blent se rapprocher beaucoup plus du type mélanoderme classique que les
Néo-Calédoniens dont les traits sont rudes et très éloignés du type africain.
Les Bara se classent parmi les groupe les plus éloignés des Sud-Guinéens.
Malgaches et Nord-Guinéens. Le nombre des caractères différents est
également supérieur au nombre des caractères analogues. Ce sont les
Betsileo qui s’éloignent le plus des Nord-Guinéens.
2° Malgaches el Noirs d'Afrique du Sud. Malgaches et Cafres. Chez 3
Populations malgaches sur 4, nous trouvons une prédominance du nombre
des caractères différents sur celui des caractères analogues. Cependant le
déséquilibre est nettement moins accusé que pour les Mélanésiens en général,
et le nombre des caractères analogues est souvent presque équivalent au
nombre des caractères différents. Par ailleurs le tableau comparatif des
Bara et des Cafres fait ressortir pour la première fois une parenté manifeste
entre ces deux populations (12 caractères analogues sur 14).
Malgaches et Zoulous. Dans l’ensemble, les Malgaches tendraient plutôt
è se différencier des Zoulous, même les Bara où on trouve un nombre équiva¬
lent de caractères différents et de caractères analogues.
Malgaches et Noirs du Mozambique. Pour tous les groupes observés,
les caractères analogues l’emporlenl sur les caractères différents, ce que nous
n’avons observé avec aucune autre population d’Afrique ou de Mélanésie.
Le sont les Bara qui, avec un seul caractère différent, offrent le maximum
de similitude. Les Sakalava semblent s’en éloigner davantage.
Ainsi l'étude comparée des crânes a fait ressortir plusieurs faits essentiels :
a) les populations malgaches dans l’ensemble différent davantage des
groupes de Mélanésie que des groupes d’Afrique du Sud.
b) Le groupe Bara s’éloigne franchement des types mélanésiens pour se
rapprocher et presque s’identifier aux Cafres et surtout aux Noirs du Mozam¬
bique. Les affinités raciales des Bara avec le type noir d’Afrique du Sud
sont donc extrêmement nettes.
c) Si les autres groupes malgaches s’éloignent de façon assez marquée
Source : MNHN, Paris
192
RÉSUMÉ ET CONCLUSION
en général des populations mélanésiennes, cependant ils offrent moins de
critères de similitude raciale avec les Noirs d’Afrique du Sud que les Bara.
Ils ne sont pour la plupart peut-être pas très éloignés des Noirs d’Afrique du
Sud, mais pas assez proches pour permettre une conclusion aussi nette que
celle offerte par les Bara. Cependant pour les trois populations envisagées,
une certaine allinité avec les Noirs du Mozambique semble s’esquisser.
d) L’influence de l’élément xanthoderme, qui n’a apparemment pas
touché les Bara, paraît avoir modifié suffisamment et d’une manière inégale
le type noir malgache originel pour expliquer le comportement ambigu
de presque tous les groupes malgaches étudiés.
II. Comparaisons somalologiques
En raison de la documentation très sporadique concernant la somatologie
des populations malgaches, l’analyse comparative des caractères somato-
métriques a été moins poussée que celle des caractères ostéométriques, et
nous nous contenterons de rappeler les résultats généraux auxquels nous
sommes parvenue.
En ce qui concerne les caractères somatoscopiques, certains groupes de
Madagascar se différencient à la fois des Mélano-Africains et des Mélanésiens
par une teinte plus claire de la peau, alors que d’autres groupes offrent la
teinte sombre classique des races mélanodermes. La pilosité qui semble
plus accentuée chez les Mélanésiens que chez les Noirs d’Afrique, n’apparaît
pas k Madagascar comme une caractéristique frappante. La présence spora¬
dique du type de cheveu dit « crépu long », chez les Malgaches, ne semble pas
être due à l’influence d'un apport mélanésien, mais à un métissage, plus ou
moins accentué selon les régions, entre type droit et type crépu court. Le
type le plus courant reste le type crépu court analogue au type mélano-
africain. La fréquence de la tache pigmentaire congénitale apparaît plus
élevée chez certains groupes malgaches que chez les Noirs d’Afrique du Sud,
alors que chez d’autres groupes, les fréquences semblent être comparables
à celles que l’on observe chez les groupes mélano-africains ( ?). Pour les
dermatoglyphes digitaux, les Malgaches présentent des caractères parti¬
culiers, intermédiaires entre les caractères des Indonésiens et ceux des Noirs
d’Afrique du Sud (les dermatoglyphes des Mélanésiens étant assez proches
de ceux des Indonésiens, ne pourraient expliquer les différences présentées
par les Malgaches, alors que ces différences s’expliquent quand on les compe re
aux dermatoglyphes des Noirs d’Afrique du Sud). Les dermatoglyph 08
palmaires sont analogues à ceux des Mélano-Africains et des Indonésiens.
Pour les caractères du corps, les Malgaches se montrent assez variable®
selon les régions. La région du Sud abrite des populations un peu différentes
eL plus mélanoïdes que celles de la région du Centre et de l’Est où on trouve
des traits souvent originaux comparativement aux Noirs d’Afrique ou o
Mélanésic (dûs à l’influence plus marquée dans cette région de l’élémen
indonésien).
Pour les caractères de la tête, les populations malgaches envisagée®
(Merina et Betsimisaraka) offrent fréquemment des caractères assez différen
de ceux des deux groupes auxquels elles ont été comparées, ayant été forte-
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ ET CONCLUSION
193
ment imprégnées par l’élément xanthoderme : en effet un certain nombre de
caractères les classent entre les Indonésiens (deutéro-malais) et les Noirs
d’Afrique du Sud (pour le corps, stature, largeur des épaules, longueur
du membre supérieur, longueur du pied ; pour la tête, indices céphalique,
fronto-pariétal, largeur des pommettes et du nez.)
En ce qui concerne les groupes sanguins, les Malgaches, tout en s’éloignant
franchement des Mélanésiens, ne se confondent pas exactement avec les
Noirs d’Afrique du Sud actuels. Us possèdent le plus souvent leurs caractères
propres qui les classent en général entre les Indonésiens et les races mélano-
africaines du Sud. Quant au système Rhésus, on trouve, chez les Malgaches,
une fréquence de r analogue à celle des Bantous, une fréquence de Ro,
moins élevée et une fréquence de RI, plus élevée, ces deux dernières modifi¬
cations imputables probablement à l’intervention de l’élément xanthoderme.
La présence, chez les Malgaches, des chromosomes r et Ro, alors que les
Mélanésiens (Néo-Guinéens) en sont totalement dépourvus, et que les
Indonésiens en présentent de très faibles proportions, constitue un fait
important, que seul un apport d’origine mélano-africaine peut expliquer.
Ainsi, aux termes de ce travail, il nous semble indéniable que les carac¬
tères physiques des populations malgaches ne relèvent en aucune façon des
caractères particuliers que l’on peut observer chez les populations mélané¬
siennes : notamment ni les caractères du crâne, ni la forme des cheveux,
m les dermatoglyphes, ni les groupes sanguins ne sont analogues. Les seules
caractéristiques qui pourraient les en rapprocher, sont des caractéristiques
Propres à toutes les races mélanodermes, qu’elles soient africaines ou méla¬
nésiennes.
Comparés par ailleurs aux populations noires d’Afrique du Sud, certains
groupes de Madagascar se sont révélés leur être très proches, en particulier
les Bara qui forment un groupe purement mélano-africain, implanté à
Madagascar (où seuls sont intervenus pour une petite part des éléments
arabes). Chez d'autres groupes, les caractères physiques, bien qu’encore très
mélanoïdes, ont montré une certaine intrusion de l’élément jaune immigré
à Madagascar à une date probablement postérieure aux premiers éléments
africains. Ces premiers éléments, repoussés, semble-t-il, vers la côte orientale
de l’île par les envahisseurs successifs, ne paraissent pas relever du même type
sous-racial que les éléments mélano-africains plus récents (type Bara) que
Ion trouve au Sud et à l’Ouest de Madagascar. Il est possible qu’ils soient
les représentants d’un vieux stock mélano-africain très anciennement immi¬
gré, plus ou moins imprégné actuellement par l’élément xanthoderme (sauf
peut-être dans le Sud-Est de l’île). Cette imprégnation, ainsi que le brassage
■ntense entre les différents groupes qui se produit dans l’île tout entière,
explique la difficulté d’une mise en évidence de types raciaux distincts.
L’évolution interne actuelle aboutit à la création de types nouveaux, mixtes,
e l* spécifiquement malgaches.
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13
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Source : MNHN, Paris
IMPRIMÉ PAR A. BONTEMPS, LIMOGES (FRANCE)
Dépôt légal : 3* trimestre 1958
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MARIE-CLAUDE CHAMLA
PRINCIPAUX TYPES MALGACHES
Fig. 1 et 2.
Merina. Type xanthoderme pur (taille : 1,65m, cheveux droits, face aplatie et
large, nez droit, court et moyennement large, prognathisme léger, lèvres moyen¬
nes, probablement brachycéphale).
Fig. 3 et 4.
Merina. Type mélanoïde métissé (taille : 1,42 m, cheveux crépus longs, nez con¬
cave, court et large, prognathisme accentué, lèvres épaisses, menton fuyant, face
courte).
Fig. 5 et 6.
Betsileo. Type probablement métissé (taille : 1,61m, cheveux frisés, nez droit,
court et très large, lèvres épaisses, menton fuyant, prognathisme assez fort).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série Z. Tome XX
PRINCIPAUX TYPES MALGACHES
PI. I
Source : MNHN, Paris
Fig. 7 et 8.
Betsileo. Type mélanoderme (taille : 1,62m, cheveux crépus courts, nez moyen¬
nement droit et très large, lèvres épaisses, prognathisme moyen).
Fig. 9 et 10.
Vezo. Type mélanoïde métissé (taille : 1,64m, cheveux crépus courts, nez con¬
cave, moyen et large, lèvres très épaisses, prognathisme léger, yeux étirés, face
large et arrondie).
Fig. 11 et 12.
Vezo. Type probablement sud-oriental mélanoïde (taille : 1,72m, cheveux crépus,
nez long, convexe et moyennement large, lèvres épaisses, prognathisme léger, fa ce
longue et étroite. Traces d’apport xanthoderme dans l’obliquité des yeux et une
tendance à la bride interne).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES du MUSÉUM. Série Z. Tome XX
PRINCIPAUX TYPES MALGACHES
Source : MNHN, Paris
Fig. 13 et 14.
Bara. Type mélanoderme (taille : 1,78m, cheveux crépus courts, nez droit, court
et large, lèvres très épaisses, prognathisme moyen, face massive et assez longue).
Fig. 15 et 16.
Bara. Type mélanoderme (taille : 1,67 m, cheveux crépus, nez concave, court et
large, lèvres très épaisses, prognathisme fort, menton fuyant).
Fig. 17 et 18.
Mahafaly. Type mélanoderme métissé (adolescent), (cheveux crépus, nez droit,
court et large, lèvres très épaisses, prognathisme modéré, bride mongolique nette,
face large et arrondie).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série Z. Tome XX
PI. III
A. Barry, imp. Pari,
PRINCIPAUX TYPES MALGACHES
Source : MNHN, Paris
Fig. 19 et 20.
Antandroy. Type mélanoderme (taille : 1,65m, cheveux crépus, nez concave,
court et large, lèvres moyennes, prognathisme modéré, face large).
Fig. 21 et 22.
Antandroy. Type mélanoderme (taille : 1,58m, cheveux crépus, nez concave,
moyen et large, lèvres très épaisses, prognathisme très fort, menton fuyant, face
large).
Fig. 23 et 24.
Antanosy. Type mélanoderme métissé (taille : 1,63m, cheveux crépus, nez droit,
moyen et large, lèvres moyennes, prognathisme modéré, epicanthus).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES
DU MUSÉUM. Série Z. Tome XX
PI. IV
PRINCIPAUX TYPES MALGACHES
Source : MNHN, Paris