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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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MÉMOIRES
DU
MUSEUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série Zoologie
TOME LI
-V )
V
FASCICULE UNIQUE
Claude COMBES
BIOLOGIE, ÉCOLOGIE DES CYCLES
ET BIOGÉOGRAPHIE DE DIGÈNES
ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
DANS L’EST DES PYRÉNÉES
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1968
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NAÏ10NAU
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME LI
FASCICULE UNIQUE
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1968
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Tome LI, Fasc. unique
BIOLOGIE, ÉCOLOGIE DES CYCLES
ET BIOGÉOGRAPHIE DE DIGÈNES
ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
DANS L’EST DES PYRÉNÉES
Claude COMBES
SOMMAIRE
Pages
Avant-propos. 2
Introduction. 4
Première partie. — MATÉRIEL ET MÉTHODES. 5
Deuxième partie. — BIOLOGIE ET COMPORTEMENT DES HOTES :
Chapitre I. — Rana temporaria L. 13
Chapitre II. — Pelobates cultripes (Cuv.). 20
Chapitre III. — Hyla meridionalis Boettg. 23
Troisième partie. — DIGENEA :
Chapitre I. — Description des espèces. 25
Chapitre IL — Cycles biologiques. 38
Chapitre III. — Écologie des cycles. 63
Quatrième partie. — MONOGENEA :
Chapitre I. — Description des espèces. 97
Chapitre II. — Cycles biologiques. 104
Chapitre III. — Écologie des cycles. 130
Cinquième partie. — BIOGÉOGRAPHIE COMPARÉE :
Chapitre I. — Caractéristiques épidémiologiques des stations. 173
Chapitre IL — Rapports entre la parasitofaune et les ensembles bio-climatiques 178
Conclusion. 179
Bibliographie. 183
Table des matières. 193
7 504024 6. 1 A
Source : MNHN, Paris
CLAUDE COMBES
AVANT-PROPOS
C’est un devoir très agréable pour nous d’exprimer notre profonde gratitude
à notre Directeur de Thèse, M. le professeur Louis Euzet, qui est à l’origine des idées
maîtresses exprimées dans ce travail. Que ce soit au laboratoire ou sur le terrain, il a
guidé nos recherches de très près, nous initiant aux méthodes de la parasitologie,
effectuant plusieurs séjours dans les montagnes pyrénéennes. Nous l’assurons de notre
respectueuse reconnaissance et souhaitons vivement continuer à bénéficier de ses cri¬
tiques comme de ses conseils.
Nous prions M lle le professeur 0 . Tuzet, de la Faculté des sciences de Mont¬
pellier, d’accepter nos remerciements les plus sincères pour avoir bien voulu présider
le jury de notre thèse, après avoir pris une part importante dans notre formation scien¬
tifique, depuis les premiers jours de nos études supérieures à Montpellier.
M. le professeur L. Gallien, membre de l’Institut, nous a conseillé dans les
problèmes touchant à la biologie des Monogènes et nous a fait l'honneur de bien
vouloir juger ce travail. Nous lui exprimons notre vive reconnaissance et le prions
d’accepter le témoignage de notre haute considération.
M. le professeur J. G. Baer, de l’Université de Neuchâtel, a suivi et encouragé
les progrès de nos recherches, nous aidant à résoudre les problèmes posés par les cycles
biologiques des Digènes. Nous sommes très sensible à sa présence dans notre jury
et le prions de croire à l’expression de notre profond respect.
M. le professeur J. A. Rioux, de la Faculté de médecine de. Montpellier, au
cours de conversations passionnées sur le terrain même de nos prospections, nous a
fait découvrir de nombreux aspects de l’Écologie et nous a communiqué beaucoup
d’idées que nous avons essayé de mettre en pratique. Nous lui exprimons nos vifs
remerciements pour avoir bien voulu participer à notre jury.
Nous sommes très reconnaissant envers M. le professeur R.-Ph. Dollfus,
du Muséum national d’histoire naturelle, qui n’a jamais ménagé son temps pour
nous apporter, par sa très grande expérience de l’Helminthologie, une aide infini¬
ment précieuse.
Nous remercions M. le professeur A. G. Chabauo, directeur au Muséum natio¬
nal d’histoire naturelle, qui nous a accueilli avec une extrême, amabilité dans son
laboratoire, chaque fois que nos recherches nous ont conduit à accomplir à Paris,
une part de notre travail.
Nous prions MM. les professeurs J. A. Timon-David, de l’Université de Mar¬
seille, K. Odening, de l’Université de Berlin, E. Lees, de l’Université de Bradford,
G. Pouansky, de l’Université de Leningrad, d’accepter nos remerciements pour l’aide
qu’ils nous ont apportée en différentes occasions.
Dans le domaine de la connaissance des Amphibiens, nous avons trouvé
auprès de notre ami L. Ph. Knoepffler, maître de recherches au C.N.R.S., la solu¬
tion de nos difficultés. En outre, les récoltes helminthologiques exceptionnellement
intéressantes qu’il a effectuées au cours de missions en Corse et en Afrique sont à
l’origine d’enrichissements très importants pour notre travail. Nous le remercions très
vivement.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE UE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’amPHIBIENS
Nous sommes très reconnaissant envers M. J. G. Kuiper, sous-directeur de
l'Institut néerlandais de Paris, qui a bien voulu déterminer toutes nos récoltes de
Mollusques Lamellibranches et envers M. le professeur A. Franc, de la Faculté des
sciences de Paris, qui a vérifié nos déterminations de Mollusques Gastéropodes.
Nous exprimons nos remerciements à M me le professeur C. Duboul-Razavet
qui nous a aidé pour les analyses d’eau, à M. le docteur Lagarde, qui nous a guidé
dans le choix des antibiotiques; à notre ami Y. Coineau, qui nous a conseillé en
matière de dessin scientifique, à M. et M mc Jourdane qui, pendant trois années,
nous ont permis de transformer en un laboratoire complet, une partie de leur maison
d’Estavar, à M. Callegari, qui nous a conduit dans des stations intéressantes de
l’Aude, à M. Babot, dont la connaissance des vallées d’Andorre nous a été très utile.
Nous remercions également M. Bene, président du Conseil général de l’Hérault,
qui nous a permis de travailler dans le domaine départemental du Château d’O,
et M. Quintin, directeur de la Protection civile des Pyrénées-Orientales, qui a facilité
l’étude biologique de la Haute-Vallée de Carença, grâce au transport du matériel
scientifique par hélicoptère.
C’est enfin une dette toute particulière que nous avons contractée envers nos
amis André Baudière, maître-assistant au C.S.U., René Grau, Joseph Jourdane,
Louis Gironell qui nous ont si souvent accompagné sur le terrain, que ce soit au
cours de nos prospections dans la montagne ou de nos chasses de nuit près du littoral.
A ces amis, à ceux qui nous ont accompagné moins régulièrement mais avec la même
spontanéité, à tous ceux qui nous ont aidé à quelque stade que ce soit de la réali¬
sation de ce travail, nous exprimons notre très vive et très sincère gratitude.
Source : MNHN, Paris
CLAUDE COMBES
INTRODUCTION
Notre but initial a été d’étudier, dans le département des Pyrénées-Orientales
aux aspects très variés, la distribution géographique des Digènes et Monogènes d’Ain-
phibiens et de tenter d’expliquer, par l’étude expérimentale et écologique de leurs
cycles, les caractéristiques de cette distribution.
A la suite de recherches préliminaires sur diverses populations d’Amphibiens,
le problème le plus intéressant s’est révélé être celui des populations de Rana tempo-
raria L., dans les rapports de leurs parasites avec le milieu. Certains traits de la biolo¬
gie du Monogène Polystoma integerrimum (Frohl.) se révélant nouveaux, nous avons
été amené à étudier les Polystomes de Pelobales cultripes (Cuv.) et llyla meridionalis
Boettg., dans le but d’effectuer des comparaisons sur la biologie et l’écologie de ces
Helminthes.
C’est donc sur ces trois Amphibiens que nous avons fait porter l’ensemble de
nos recherches. Au cours de celles-ci, nous avons élargi le cadre de notre prospection
à toute la région orientale de la chaîne pyrénéenne et à une fraction du Languedoc-
Roussillon.
Nous présentons les résultats de ce travail en cinq parties.
Dans la première partie, concernant le matériel et les méthodes, nous décrivons
succinctement les stations prospectées et les techniques utilisées.
La deuxième partie a pour objet les traits essentiels ou nouveaux touchant à
la biologie et au comportement des hôtes définitifs, c’est-à-dire des trois espèces d’Am¬
phibiens.
Dans la troisième partie est abordée l’étude des problèmes relatifs aux Digènes.
Nous décrivons chaque espèce, puis nous exposons le résultat de nos recherches sur
les cycles expérimentaux, en majorité non connus, et sur le déroulement de ces cycles
dans l’est des Pyrénées.
La quatrième partie traite des problèmes relatifs aux cycles biologiques et à
l’écologie des Monogènes, suivant un plan semblable à celui des Digènes. Le pro¬
blème de la néoténie chez les Polystomes occupe une place importante dans ces
recherches.
La cinquième partie est un essai de synthèse biogéographique, ayant pour but
de mettre en évidence des corrélations entre les aires de distribution des Helminthes
et les caractéristiques du milieu, d’après l’ensemble des résultats obtenus.
Dans cette science au développement tout récent qu’est l’écologie parasitaire
nous avons essayé, tout au long de ces recherches, de réaliser un équilibre entre la
description des formes et la relation des phénomènes, entre la recherche expérimentale
et l’observation sur le terrain.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOCÈNES d’aMPHIBIENS
PREMIÈRE PARTIE
MATÉRIEL ET MÉTHODES
STATIONS PROSPECTÉES
Nous avons effectué nos recherches dans la partie orientale des Pyrénées et les régions
voisines, depuis la frontière occidentale de la Principauté d’Andorre jusqu’à la Méditerranée.
Pour l’étude de R. temporaria, espèce de montagne, nous avons prospecté la chaîne
sur ses versants français et espagnol et pour l’étude de P. cultripes et H. mendionalis, espèces
de plaine, nous avons fait nos observations dans l’ensemble du Languedoc-Roussillon et
l’extrême Nord-Est de la Catalogne espagnole.
La carte n° 1 indique le cadre géographique de notre travail et les limites des régions
figurées avec plus de précision sur les cartes n 0B 2 à 9.
La partie la plus importante de notre étude a pour cadre la Cerdague et les régions
voisines (Capcir, Confient, Haute-Ariège, Andorre). La Ccrdagne et le Capcir sont des plateaux
élevés, d’altitude comprise entre 1.000 et 1.600 mètres, cernés par une série de massifs monta¬
gneux, dont le principal est celui du Carlit (2.921 m). Les massifs sont entaillés par de profon¬
des vallées : Aricge (versant Atlantique), Aude et Têt (versant méditerranéen français), Valira
del Orient et Sègre (versant méditerranéen espagnol). Au cœur des massifs montagneux, les
vallées gardent, sous forme de moraines ou de verrous, la trace des anciens glaciers, et les
étangs sont nombreux jusqu’à des altitudes de près de 2.500 mètres.
On pourra lire des renseignements détaillés :
— sur la géographie physique, dans Sorre (1913) et BirOT (1937);
— sur la géologie, dans Casteras (1933) et Cavet (1959);
— sur la climatologie, dans Gaussen (1934 o) et dans les « Annales climatologiques des
Pyrénées-Orientales » (1945 à 1966);
— sur la végétation, dans Gaussen (1926,1934 b) et Braun-Bi.anquet (1948) ;
— sur le peuplement animal, dans la « Faune terrestre des Pyrénées-Orientales »
(suppléments à la revue Vie et Milieu).
Il faut aussi rappeler qu’une « Histoire naturelle du département des Pyrénées-Orien¬
tales » a été écrite par Companyo (1861-1864). Enfin, une grande partie des lacs et des vallées
que nous avons prospectés sont décrits, avec plans et itinéraires détaillés d’excursions, dans
Gaurier (1934).
Les Amphibicns ont été étudiés ou récoltés dans une série de stations, réunissant des
conditions aussi variées que possible sur le plan géographique et sur le plan écologique.
Chaque station représente une surface spatialement définie dans laquelle une population
d’Amphibiens est considérée comme bénéficiant de conditions de milieu uniformes. Cette
définition n’exclut pas pour autant l’existence et l’étude de micro-milieux différents à l’inté¬
rieur d’une même station, micro-milieux qui trouvent leur importance dans le déroulement des
cycles parasitaires. En valeur absolue, le périmètre d’une station varie selon les cas de quelques
centaines de mètres à quelques kilomètres.
Une station peut être représentée par :
— un étang, avec éventuellement les parties les plus voisines des ruisseaux ou torrents
qui s’y jettent ou s’en échappent, ainsi que les pozzines voisines;
— un ensemble d’étangs trop voisins pour être distingués sur le plan de l’écologie des
Amphibiens;
— une vallée ou une fraction importante de vallée;
Source : MNHN, Paris
CLAUDE COMUES
— un ruisseau ou un ensemble de ruisseaux situés par exemple autour d’un village
ou d’un lieu-dit;
— un canal d’arrosage;
— une mare de type classique.
Parmi les termes employés ci-dessus, deux — étang et pozzine — doivent être définis.
Nous employons le mot « étang » pour toutes les étendues d’eau naturelles, dans le sens
adopte par Dussaut (1966). Cela nous conduit à éliminer le mot “ lac ", l’emploi des deux ter¬
mes nous paraissant une source possible de confusion dans notre région. Lorsqu’un petit étang
est désigné dans le pays sous le nom local d’« estanyol ", nous avons conservé ce terme qui donne
une indication très sommaire de dimension. Pour l’une de nos stations, nous avons utilisé le
terme également local de « gour », synonyme d’estanyol. Pour les étendues d’eau artificielles,
nous avons employé les mots « réservoir » ou « retenue ", le second s'appliquant à un volume
d’eau de faible importance.
Le terme de pozzine est utilisé pour désigner les petites mares à bords abrupts qui sont
fréquentes au voisinage des étangs pyrénéens ou dans les parties atterries des vallées (1). Elles
n’ont pas d’alimentation visible et sont relativement profondes (20 à 50 cm); leur fond est
vaseux et l’eau fortement acide (pH ~ 5,5). Ces pozzines, situées dans des zones tourbeuses,
et souvent entourées de Sphaignes, ont une forme allongée, parfois contournée, et des
dimensions restreintes (3 à 10 m sur 0,50 à 2 m). Certaines d’entre elles peuvent s’assécher
vers le milieu de l’été et montrent alors leur sol craquelé. Celles qui subsistent toute l’année
peuvent avoir une végétation pauvre de Sparganium. La planche 7 (en bas) montre une pozzine
typique.
Dans la plupart des cas, nous n’avons tenu compte que des stations où nous avons pu
faire des prélèvements suffisants (minimum : 30) dans les populations d’Ainphibiens. Dans
quelques cas cependant, nous avons tenu compte de stations où nous n’avons capturé qu’un
petit nombre d’Amphibiens, mais dans lesquelles nous avons, ou bien étudié un phénomène
particulier, ou bien observé la présence qualitativement importante d’un parasite.
Nous donnons un bref résumé des caractéristiques des stations d’étude de cliacun de
nos Ainphibiens.
1. Stations d’étude de Rana temporaria :
Ces stations, vu leur nombre, ont été numérotées. Elles sont indiquées par leur nom et
leur numéro sur la carte n° 9, à l’exception des stations 42 et 59, indiquées sur la carte n° 1.
Les cartes sont placées en fm de volume.
Le tableau I indique l’ensemble des stations avec leur altitude moyenne. Les stations
où ont été faites les recherches principales sont indiquées par un astérisque (*).
Nous avons sommairement distingué cinq groupes de stations d’après leur situation
géographique : Cerdagne, Cariit-Puymorens, Andorre, Bassin de l’Aude, .Stations périphéri¬
ques. Ce dernier groupe concerne les stations situées le plus à l’est dans la chaîne des Pyrénées
et dont les populations de grenouilles constituent des colonies relativement isolées.
La planche I représente deux biotopes typiques à Rana temporaria dans l’est des
Pyrénées.
a. Cerdagne :
1 Mont-Louis (1.600) : ruisseaux autour de Mont-Louis et du village voisin la Cabanassc.
2 Col de la Perche (1.550) : ruisseau à l’ouest du col, situé au milieu de prairies.
3 Bolquère (1.700) : ruisseaux au nord de Bolquère, situés partiellement en forêt, et petit
étang artificiel du Ticou.
4 Vallée d’Eyne (1.850) : torrent en forêt clairsemée, sur 3 km en amont du village d’Eyne.
5 Col Rigat (1.500) : ruisseau et canal d’arrosage voisin sur une longueur de 2 km de pari
et d’autre du col.
6 Estavar (1.300) : canal d’arrosage sur une colline à 1 km au nord-est du village.
7 Targasonne (1.590) : mare située à l’ouest du village, en bordure de la RN 618.
(1) Le terme de pozzine a été créé pur Briquet (1910) pour de» foi
qu’il décrit comme des tourbières avec Sphaignes « formunt seulement des
tourbières qui sont trouées « de marcs profondes». Ce sont essentiellement c
que nous désignons sous le terme de pozzine.
militions des montagnes corses
taches et manquant souvent»
:es zone» déprimées et inondées
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’aMPHI BIENS
Tableau I
Stations d’étude de Rana temporaria
Cerdagne
1 Mont-Louis. 1600
2 Coi de la Perche. 1550
3 Bolquère. 1700
■1 Vallée d’Eyne. 1850
5 *Col Rigat. 1500
6 ‘Estavar. 1300
7 Targasonnc. 1590
8 Caldegas. 1150
9 Canal de Dorres. 2000
10 Alp. 1100
Carlit-Puymorens
11 ‘Réservoir des Bouillouses.... 2000
12 ‘Étangs du Carlit. 2250
13 ‘Étang de Pradeilles. 1960
14 ‘Étang du Recou. 2170
15 Étang de la Llose. 2160
16 ‘Étang Bleu. 2350
17 ‘Étangs d’En Beys. 1960
18 Vallée de l’Oriègc. 1400
19 Estanyol de la Grave. 2300
20 Étang du Rouzet. 2220
21 Étang du Lanouzet. 2230
22 Étang de Castel-Izard. 2380
23 Réservoir du Lanoux. 2200
24 ‘Étang de Font-Vive. 1960
25 Retenue du Passet. 1690
26 ‘Porté. 1640
27 ‘Porta. 1500
28 ‘Étang de Bésines. 1990
29 Col du Puymorens. 1930
30 ‘Étang de Porté. 2030
Andorre
31 ‘Étang de Font-Nègre. 2290
32 Vallée de Manego. 2100
33 ‘Étangs de Fontargente. 2150
34 ‘Étangs de Joucla. 2300
35 Ransol. 1640
36 *Pla d’Envalira. 2000
37 ‘Étangs des Pcssons. 2310
38 Étangs de Vall-Civera. 2350
39 ‘Étang de Mont-Malus. 2340
40 Étang de Malniu. 2260
41 Étangs de la Pera. 2300
42 Étangs de Tristany. 2200
Bassin de l’Aude
43 Étang d’Aude. 2100
44 ‘Étang de Balcère. 1760
45 ‘Étangs de Camporcils. 2260
46 ‘Estanyol de La Lladure. 1920
47 Vallée du Galbe. 1850
■18 Rieutord. 1540
49 ‘Puyvalador. 1400
50 Étang du Laurenty. 1940
51 Vallée de Pailhères. 1400
Stations périphériques
52 Coldejau. 1500
53 Étangs de Nohèdes. 2000
54 ‘Vallée de Carença. 2200
55 Nuria. 2100
56 Vallée de Mantet. 1400
57 ‘Gours de Cadi. 2100
58 Molle. 1150
59 Mont-Capel. 950
8 Caldegas (1.150) : mare et ruisseau à l’est du village.
9 Canal de Dorres (2.000) : canal d’arrosage, sur le versant dénudé de la montagne dite
des Mattes Negres.
10 Alp (1.100) : ruisseaux et prairies au nord du village espagnol de Alp.
b. Carlit-Puymorens :
11 Réservoir des Bouillouses (2.000) : marécage situé au pied du barrage, devant le châlet-
laboratoire de l’Université de Paris.
12 Étangs du Carlit (2.250) : ensemble de neuf étangs (Vivé, Noir, Coumasse, Liât, Long,
Dougncs, Casteilla, Trebens, Soubirans) en terrain tràs peu boisé, s’étageant de 2.115
à 2.310 m.
13 Étang de Pradeilles (1.960) : à la limite de la forêt, à l’extrémité du Pla des Bones Aures,
qui le sépare de la station 11.
14 Étang du Recou (2.170) : au-dessus de la forêt, dans une cuvette latérale de l’importante
vallée de la Grave.
15 Étang de la Llose (2.160) : à la limite supérieure de la forêt; en voie de comblement; zone
atterrie riche en végétation sur la rive nord.
Source : MNHN, Paris
CLAUDE COMBES
16 Étang Bleu (2.350) : étang élevé, situé très au-dessus des forêts, à végétation nulle, d’où
s’échappe le torrent de la Têt, riche en zones atterries.
17 Étangs d’En Beys (1.960) : groupe, à la limite supérieure des forêts, formé par l’étang
d’En Beys proprement dit et quatre étangs très voisins : Gaudet, des Freg, des Herbes,
du Saut.
18 Vallée de l’Oriège (1.400) : torrent en forêt clairsemée provenant des étangs d’En Beys;
nombreuses zones atterries avec pozzines (prairies de Gaudu).
19 Estanyol de la Grave (2.300) : petit étang sauvage, pauvre en végétation, situé au-dessous
de la Porteille de la Grave; à ne pas confondre avec, l’étang de la Grave, situé plus au
nord, que nous avons prospecté mais qui n’abrite pas de grenouilles.
20 Étang du Bouzct (2.220) : étang encaissé, sauvage, mais riche en végétation sur sa rive
sud, fortement atlerrie; nombreuses pozzines au voisinage.
21 Étang du Lanouzct (2.230) : voisin du précédent (500 m) mais séparé de lui par un escar¬
pement prononcé; moins encaissé, plus pauvre en végétation; pozzines près de la rive
Ouest.
22 Étang de Caslel-Izard (2.380) : étang divisé en deux parties, situé au pied du pic très
abrupt du même nom; une pozzine unique entre les deux parties; végétation nulle,
grenouilles peu nombreuses.
23 Réservoir du Lanoux (2.200) : récemment surélevé par un barrage (1958), le Lanoux, aux
berges abruptes, n’abrite de grenouilles que sur sa rive sud et le bord des torrents
voisins (bas du ruisseau des Encantades notamment).
24 Étang de Font-Vive (1.960) : dans une cuvette latérale, de la vallée descendant du Lanoux;
assez riche en végétation.
25 Retenue du Passet (1.690) : petite retenue au fond de la vallée descendant du Lanoux.
26 Porté (1.640) : mare en lisière d’un bois de bouleaux, sur le bord de la vallée descendant
du Lanoux.
27 Porta (1.500) : mare sur le bord de la RN 20, juste en face de la gare S.N.C.F. de Porta.
28 Étang de Bésines (1.990) ; ancien étang périodique de Bésines, aujourd’hui surélevé par
un petit barrage, et zone atterrie très riche en pozzines, située en amont.
29 Col du Puymorens (1.930) : torrent et petit marécage situé au voisinage immédiat du col,
côté Ariège.
30 Étang de Porté (2.040) : petit étang dans une cuvette surélevée au-dessus de la vallée du
Carol ; peu profond et en voie de comblement, riche en végétation.
c. Andorre :
31 Étang de Font-Nègre (2.290) : étang constituant la source de l’Ariège, au pied du cirque
sauvage du même nom; très pauvre en végétation; zone atterrie avec rares pozzines à
500 m au sud-est.
32 Vallée de Manego (2.100) : torrent descendant du col de Fontargente, côté Andorran,
s’unissant au torrent de Joucla pour former la vallée d’Inclès.
33 Étangs de Fontargente (2.150) : trois étangs de dimensions inégales, à végétation très loca¬
lisée (rive nord de l’étang principal) et pozzines rares.
34 Étangs de Joucla (2.300) : deux étangs au fond d’un cirque sauvage et déversoir traver¬
sant deux zones atterries riches en pozzines.
35 Ransol (1.640) : rivière Valira del Orient sur 2 km en amont de Ransol.
36 Pla d’Envalira (2.000) : rivière Valira del Orient sur 2 km au-dessous des lacets de la route
du Col d’Envalira (côté Andorran).
37 Étangs de Pessons (2.310) : ensemble de petits étangs riches en végétation, juste au-dessus
de la forêt.
38 Étangs de Vall-Civera (2.350) : ensemble de quatre étangs au-dessus de la forêt dont les
trois inférieurs, en voie de comblement, sont riches en végétation.
39 Étangs de Mont-Malus (2.430) : deux étangs très inégaux, dans un cirque sauvage et forte¬
ment encaissé, pauvres en végétation.
40 Étang de Malniu (1.260) : à la limite supérieure de la forêt; assez riche en végétation; au
voisinage se trouve l’étang de Guils, où les grenouilles sont très rares.
41 Étang de la Pera (2.300) : deux étangs à la limite supérieure de la forêt, riches en végétation.
42 Étangs de Tristany (2.200) : trois étangs au-dessus de la forêt, très pnuvres en végétation ;
une vallée torrentueuse et une vallée riche en pozzines au sud des étangs.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE D1GÈNES ET MONOGÈNES d’aMI’HIBIENS
d. Bassin de l’Aude :
43 Étang d’Aude (2.100) : en forêt, riche en végétation; zone à pozzines un peu à l’ouest de
l’étang.
44 Étang de Balcère (1.760) : en forêt, très encaissé, riche en végétation.
45 Étangs de Camporeils (2.260) : deux étangs importants et plusieurs petits (plus ou moins
atterris), en forêt clairsemée; localement riches en végétation
46 Estanyol de la Lladure (1.920) : en forêt, très petit et peu profond; végétation très abon-
47 Vallée du Galbe (1.850) : torrent coupé de zones à pozzines, prospecté sur 5 km en amont
du village d’Espousouille.
48 Rieutord (1.540) : ruisseaux autour de Rieutord, au milieu de prairies.
49 Puyvalador (1.400) : rivière Aude juste en aval du barrage du Puyvalador.
50 Étang du Laurenty (1.940) : à la limite supérieure de la forêt, pauvre en végétation.
51 Vallée de Pailhères (1.400) : torrent au-dessous du col de Pailhères, versant Audois.
e. Stations périphériques :
52 Col de Jau (1.500) : ruisseaux au voisinage du col de Jau, versant est.
53 Étangs de Nohèdes (2.000) : trois étangs, dont deux importants, à la limite supérieure de
la forêt, localement riches en végétation.
54 Vallée de Carença (2.200) : torrent descendant du lac du même nom, coupé de zones alter-
ries et d’élargissements riches en végétation : le lac lui-même, dépourvu de végétation,
n’abrite que de très rares grenouilles.
55 Nuria (2.100) : torrents autour de Nuria, au-dessus de la forêt.
56 Vallée de Mantet (1.400) : torrent au niveau du village de Mantet et sur 1 km en aval.
57 Gours de Cadi (2.200) : groupe de très petits étangs au-dessus de la forêt, au sommet de
la vallée du même nom ; végétation abondante.
58 Mollo (1.150) : rivière (Tor) entre Mollo et Campcardos.
59 Mont-Capel (950) : torrent (affluent du Mondony) descendant du Mont-Capel, côté
français,
2. Stations d’étude de Pelobates cultripes :
Ces stations, moins nombreuses que celles qui concernent K. temporaria, n’ont pas reçu
de numéro et sont désignées dans le texte par leur nom :
Saint-Estève : mare périodique de 150 m sur 80, au milieu des vignes; entièrement tapissée
d’Isoetes.
San Clémente : grande mare périodique (300 m sur 100) entourée de garrigues et de vignes;
végétation de Juncus et d ’lsoetes.
Ouveillan ; petit groupe de mares de dimensions très modestes installées dans des anciennes
carrières.
Château d’O : citerne (80 m sur 50) du château d’O, dans la banlieue Nord de Montpellier.
3. Stations d’étude de Hyla meridionalis :
Ces stations sont également désignées par leur nom; certaines sont les mêmes que pour
P. cultripes.
San Clemenle, Saint-Estève, Château d’O : voir ci-dessus.
Le Chardonnet : petite mare périodique au milieu des garrigues, près du village de Cournon-
terrai.
Palaja : grande mare périodique & 1 km du village de Palaja.
HÔTES
Les Amphibicns Anoures sur la parasitofaune desquels nous avons travaillé appartien¬
nent à trois familles distinctes :
Ranidae : Rana temporaria L.;
Pelobalidae : Pelobates cultripes (Cuv.);
Hylidae : Hyla meridionalis Boettg.
Source : MNHN, Paris
10
CLAUDE COMBES
Ranci temporaria comprend deux sous-espèces : R. lemporaria temporaria L. qui sc
rencontre dans toute l’Europe septentrionale, les lies Britanniques, le Centre et le Nord de la
France, les Pyrénées, la Sierra de Gredos (Espagne), et R. temporaria parvipalinata Scoane,
qui habite le Nord-Ouest de l’Espagne. On trouvera une carte de répartition dans Savage (1961*
p. 2) et des indications complémentaires dans Balcei.i.s (1956), Knoepffler et Caiiet (1963)!
Bien que les populations des Pyrénées appartiennent à la sous-espèce lemporaria, il faut souli¬
gner qu’il existe un hiatus (Bassin d'Aquitaine et Languedoc-Roussillon) entre ces populations
et celles du reste de l’Europe. R. lemporaria s’élève à 2.965 ni dans les Pyrénées Centrales
(Beck, 1943).
Pelobates eultripes (Cuv.) est « commun dans la Péninsule ibérique, dans le Nord-Ouest
du Maroc et sur les côtes atlantiques et méditerranéennes de la France » (Knoepffler, 1960 a).
Il est remplacé dans le Nord de l’Europe par Pelobates fuscus (Laur.) ; les aires des deux espèces
ne paraissent pas se recouper.
Hyla meridionalis Bocttg., longtemps considérée comme une sous-espèce de H y la
arborea (L.), doit être considérée comme une espèce distincte à 1a suite de lu récente mise au
point de Paillette (1967). H. meridionalis habite le Sud de la France, la péninsule ibérique
et l’Afrique du Nord.
TECHNIQUES
Techniques microscopiques.
Dans l'étude des parasites eux-mêmes et de leur» stades lurvaires, nous avons surtout utilisé de»
techniques classiques :
— colorations vitales au rouge neutre, à l'alizarine et au bleu do crésyl brillant;
— fixation au liquide de Bouin aqueux ;
— coloration des préparations in loto au carmin boracique de Grenadier, au carmin do Gowcr et
a l’hémalun ;
— coloration des coupes sériées au glychémalun-éosine.
Pour l’élude des scnsilles (organes tactiles de» larves de Digèncs et de Monogènc») nous avons utilisé
la méthode de Ginetsinskaya et Dobrovolski. Elle consiste à projeter les larves vivantes dan» une solu-
lion aqueuse de NOaAg à 1 %, puis à exposer quelques instants à une vive lumière; le» boutuns cutieulaires
situés à la base des scnsilles se colorent dors en brun ; après lavage soigné (plusieurs bain» d'eau distillée)
et déshydratation, les larves ainsi traitées peuvent être montées en préparations au Baume du Canada
La planche 4 montre les résultats obtenus.
Pour l’étude des stades larvaires sur le vivant, nous avons utilisé constamment le microscope à
contraste de pliasc, qui rend les plus grands services dans la recherche des structures fines (flammes vibra-
tiles, prolongements sensitifs, fibrilles musculaires...).
Techniques expérimentales.
Les hôtes ont été maintenus au laboratoire soit dans des aquarium», soit dans des crisudlisoirs ou
bocaux de tailles variées. Nous avons disposé de quatre enceintes réfrigérées et ventilées permettant do
maintenir les animaux à des températures comprises entre 0 et 20“.
Les Amphibicns en expérience ont toujours été isolés dans des (ruraux en verre d'un dcini-litro
dont le couvercle était rabattu de manière à laisser passage à l'air, sans utilisation du joint de caoutchouc*
Sauf nécessité contraire, chaque bocal contenait une hauteur de 1 cm d'eau, lorsque nous avons dû nourrir
des Amphibiens au laboratoire, nous l’avons fait en nous inspirant des méthodes île lits (1%2 a).
Les têtards ont été élevés à partir des pontes recueillies dans la nature ou obtenues uu laboratoire
Ils ont été gardés dans des séries d'aquariums en verre moulé contenant un volume d'euu égal à 2 5 l"
3,5 1 ou 12,0 1. Les élevages ont été faits dans de l’eau de puits, provenant d’un forage situé à Perpignan’
l’eau distribuée dans la ville étant nocive pour ces animaux, notamment pour les têtards de l’élobate*
Los têtards «le toutes les espèces ont été nourris ù l’aido du produit ullemand « Tetra-Min » qui convient
parfaitement à leur croissance et ne trouble pas l’eau de» aquariums.
Les hôtes intermédiaires (Mollusques, larves d’inscclcs...) ont été gurdés dans des crislallisoirs e
verre. Toutefois, pour le triage des Mollusques parasités nous avons utilisé des petit» récipients en matièr
plastique de 30 mm de diamètre et 35 mm de hauteur, collés pur groupes de 20 sur des plaques de matièr
plastique noire. Chaque récipient renferme de l’eau et un seul Mollusque. Le» plaques sont regardées à
heures fixes sous la loupe binoculaire, ce qui permet de détecter aisément les ccrcaircs de Digènes. Nou
avons pu ainsi surveiller jusqu’à 500 Mollusques quasi simultanément.
Pour les infestations expérimentales, noua avons utilisé des crislallisoirs de dimensions variées-
celles-ci seront précisées pour chaque expérience. *
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
11
Les œufs de parasiles (Monogènes), recueillis dans l’eau des bocaux à Amphibiens, ont été triés
sous la loupe binoculaire suivant la méthode décrite par Gallien (1935) : un mouvement tournant imprimé
à une boîte de Pétri suffit à rassembler tous les œufs au centre de celle-ci.
C’est également dans des boites de Pétri que ces œufs ont été maintenus jusqu’à éclosion. Pour
empêcher l'apparition de bactéries pathogènes pour les œufs, nous avons parfois ajouté des antibiotiques
à l’eau dans laquelle ils se développaient : pénicilline, chloramphénicol, mycostatine, streptomycine; les
meilleurs résultats ont été obtenus avec la streptomycine à la concentration de 5 mg/1; éventuellement,
cette dose a pu être triplée sans dommage pour les œufs ou les larves. Pour débarrasser les œufs de dévelop¬
pements mycéliens parfois très gênants, nous avons, en certaines occasions, baigné les œufs pendant une
heure dans une suspension de mycostatine à 50 000 U/l.
Techniques de terrain.
Les Amphibiens ont été capturés suivant des méthodes propres à chaque espèce.
R. temporaria est chassée de jour, soit à la main, soit avec l’aide d’une épuisette.
P. cultripes, chassé de nuit, est détecté à l’aide d’un photophore puissant placé sur le front; dans
ces conditions les yeux des Pélobates brillent comme deux points rouges et sont visibles à plus de 50 m ;
l'animal, peu farouche, se capture alors à la main.
H. meridionalis est également chassée de nuit ; bien que leurs yeux ne réfléchissent pas la lumière,
les Rainettes sont facilement repérables à la surface des plantes aquatiques; accessoirement, cet Amphibien
peut être récolté de jour sur (ou sous) les feuilles des arbres et des roseaux.
Aussitôt capturés, les Amphibiens sont mis dans des « bourriches » à poissons en métal grillagé
(les poches en matière plastique ne conviennent pas). Pour transporter des Amphibiens depuis le lieu de
capture jusqu’au laboratoire sans variation de température nous avons utilisé des vases thermiques du
type « boites alimentaires ».
Les Mollusques, larves d’insectes, Insectes, sont capturés grâce à des méthodes adaptées à chaque
espèce (filets de mailles différentes, tamis...).
Nous avons effectué des marquages d’Amphibiens sur le terrain en utilisant la méthode de Martof
( 1953), préconisée par Benton et Werner (1956). Elle consiste à sectionner d’un coup de ciseaux deux
phalanges de certains doigts de 1*Amphibien, selon le code suivant (les doigts sont numérotés de l’intérieur
vers l’extérieur) :
patte avant gauche :
Doigt n» 1 : 900
Doigt n° 2 : 1600
Doigt n» 3 : 2400
Doigt n° 4 : 3200
patte arrière gauche :
Doigt n» 1 : 10
Doigt n® 2 : 20
Doigt n® 3 : 30
Doigt n® 4 : 40
Doigt n® 5 : 50
— patte avant droite :
Doigt n® 1 : 100
Doigt n® 2 : 200
Doigt n® 3 : 300
Doigt n® 4 : 400
— patte arrière droite :
Doigt n® 1 : 1
Doigt n® 2 : 2
Doigt n° 3 : 3
Doigt n® 4 : 4
Doigt n® 5 : 5
Ce code fournit près de 10.000 combinaisons différentes (il est recommandé de ne pas utiliser
les nombres pour lesquels un seul doigt serait sectionné).
Dans certains cas, nous avons pu détecter la présence de Polystomes chez les Amphibiens, en
dehors de la période de ponte, grâce à la méthode de Jennings (1956). Celle-ci consiste à ajouter à
l’urine de l’Amphibien quelques gouttes de la solution suivante :
— luminol (3-amino-phthal-hydrazide), 0,1 g;
— carbonate de sodium, 5 g;
— eau distillée, 100 ce;
— eau oxygénée à 3 %, 20 ce.
L'urine est recueillie « by gently squeezing the frog », suivant l’expression de Jennings.
Si l’Amphibien est parasité par un Polystome, l’hématine contenue dans son urine provoque une
vive recrudescence de la lumiucsccncc bleue du réactif, bien visible dans l’obscurité. Nous avons parfois
opéré en ajoutant l’eau oxygénée (à 10 volumes) en dernier dans le mélange urine-luminol en solution
alcaline : la luminescence obtenue est forte en présence d'hématinc, très faible dans le cas contraire.
Cette méthode peut être utilisée sur le terrain, à la seule condition d’observer la réaction à l’inté¬
rieur d’une boîte noire. On peut ainsi, suivant le but poursuivi, prélever seulement les individus adéquats.
Précisons enfin que les mesures de pH sur le terrain ont été faites à l'aide d’un pH-mètre portatif
à piles et que les prélèvements d’eau pour analyse ont été faits dans des bouteilles de 500 ce en polyéthy¬
lène, toujours entièrement remplies.
Source : MNHN, Paris
12
CLAUDE COMBES
ABRÉVIATIONS UTILISÉES DANS LES FIGURES
A. g.
B. c.
.... Bulbe copulateur.
B. i.
C. d.
c. g- i.
C. L.
E - g.
f. d.
f. v.
G. M.
G. M. d.
.... Glandes de Mehlis distales.
G. M. p.
.... Glandes de Mehlis proximules.
Mé.
Od.
CE.
.... Œuf.
Oo.
Ov.
P. C.
P- g.
R. s.
Te.
Ut.
Vd.
Vd. 1.
Vd. m.
Vd. t.
Vg.
V. s.
V. s. i.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DF. DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
13
DEUXIÈME PARTIE
BIOLOGIE ET COMPORTEMENT DES HOTES
CHAPITRE I
RA ISA TEM PO RA RI A
I-a biologie et le comportement de R. temporaria ont été étudiés en détail par Savage
(1961). Cet auteur donne pour l’Angleterre et l’Irlande, de nombreux renseignements sur la
nourriture, les déplacements, l’hibernation et la période de ponte de la grenouille rousse. Les
travaux de parasitologie de Gallien (1935) et Bychowsky (1958) donnent des indications sur
les mœurs de R. temporaria respectivement dans le Nord de la France et de PU.R.S.S.
Dans notre région, R. temporaria n’existe que dans les zones montagneuses, entre 1.000
et 2.400 m d’altitude en règle générale; elle peut descendre en quelques endroits jusqu’à l’alti¬
tude de 800 m, mais elle ne se rencontre qu’exceptionnellement dans l’aire de la grenouille
verte, Rana ridibunda, celle-ci ne s’élevant pas au-dessus de 900 à 1.000 mètres. La limite infé¬
rieure de distribution de R. temporaria dans l’Est des Pyrénées, d’après nos observations, est
indiquée sur la carte n° 9.
On sait à la suite des observations de Gallien (1941) et de Cambar et Carat (1960)
que les Rana temporaria des Pyrénées appartiennent à une race sexuellement différenciée (1).
Cette race, selon Witschi (1930), très répandue à l’époque glaciaire, aurait suivi le retrait
des glaciers et serait actuellement confinée aux régions septentrionales et aux régions de forte
altitude. Cambar et Garat écrivent que « dans les biotopes élevés, cette race devenue monta¬
gnarde serait ainsi soumise à un véritable isolement géographique. Elle y constitue désormais
une race biologique bien définie et de caractère héréditaire ».
Dès le début de notre travail, nous avons constaté que le comportement de cet Amphi-
bien dans les Pyrénées diffère notablement de son comportement en Grande-Bretagne et dans
le Nord de l’Europe où on le trouve à toutes les altitudes.
Nous étudierons successivement les problèmes de sa nourriture, de ses déplacements, de
son hibernation et de sa reproduction.
A. NOURRITURE
Il nous paraît superflu de revenir sur les données fondamentales concernant la nourriture
des Amphibiens, mais nous attirerons l’attention sur celles de nos observations qui présentent
un rapport avec le parasitisme.
1. LES PROIES
Analyse des contenus stomacaux :
Les Invertébrés, et plus spécialement les imagos d’insectes, constituent la source de
nourriture essentielle de nos Amphibiens. Les Mégaloptères, les Trichoptères, les Ephémerop-
tères y tiennent une place de choix, mais tous les ordres d’insectes se trouvant dans les bio¬
topes à R. temporaria sont représentés.
(1) Rappelons que Witscui (1930) distinguo trois types principaux de races sexuelles chez les
— Races sexuellement différenciées ( sex-ralio équilibrée au moment de la métamorphose);
— Races sexuellement indifférenciées (gonades de structure femelle chez tous les individus au
moment de la métamorphose):
— Races scmi-diiférenriéea (75 % de femelles. 25 % de mâles au moment de la métamorphose).
7 r>GA024 6. 2
Source : MNHN, Paris
14
CLAUDE COMBES
Nous signalons que les contenus stomacaux de R. temporaria nous ont aussi livré :
— des larves de libellules ( Cordulegaster sp., Aeschna sp.), de grande taille, que les grenouilles
avalent probablement lorsque ces Insectes sortent de l'eau pour accomplir leur dernière mue.
— des Arthropodes autres que des Insectes, tels qu’Arachnides ou Myriapodes;
— des limaces de petite taille (Agriolimax sp.) parfois en grande quantité (jusqu’i 12 dans l’estomac
d’un seul individu).
Parmi les Insectes de grandes dimensions, certains ne semblent pas pouvoir être avalés par la gre¬
nouille rousse; c’est le cas des Coléoptères appartenant aux genres Dytiscus et Hydrous. Les grosses libel¬
lules très courantes en Cerdagnc ( Aechna juncea, Cordulegaster annulants) ne doivent être consommées
que rarement bien que nous ayons identifié un thorax de Cordulegaster chez une femelle de grande taille
Libellula quadrimaculata et Sympetrum flaveola, eux aussi très courants, ne sont pas, bien que plus petits
consommés de manière très fréquente. Par coutro, les- Agrionidés (parmi lesquels Lestes dryns est le plus
abondant en Cerdagne) sont des proies habituelles.
Problème du cannibalisme :
Si, quantitativement, les Arthropodes et quelques autres Invertébrés constituent le
contenu stomacal habituel de la grenouille rousse, l’absorption par celle-ci de ses propres jeunes
au moment de leur passage à la vie terrestre, présente un grand intérêt qualitatif.
Il est bien connu (Savage, 1961) que l’Amphibien avale en principe tout objet d’impor¬
tance convenable qui bouge à sa portée; cela entraîne la possibilité pour l’adulte de pouvoir
avaler les jeunes dans leur première année et ce cannibalisme est un phénomène fréquent chez
la grenouille rousse (ainsi d’ailleurs que chez le crapaud commun).
Au moment où les jeunes Amphibiens s’évadent du milieu aquatique, sautant par
milliers au voisinage des points d’eau, ils sont la proie très courante des adultes et nous nous
étonnons que le fait ait été mis en doute par certains auteurs. D’après les autopsies avec examen
du contenu stomacal de grenouilles fraîchement capturées, nous avons essayé de chiffrer l’im¬
portance du cannibalisme. Pendant la période de la métamorphose, 10 grenouilles adultes sur
100 ont avalé au moins un de leurs jeunes à la fin de chaque journée; ceci est un nombre moyen
largement dépassé dans certains prélèvements. Sur ces 10 grenouilles cannibales, une ou deux
peuvent avoir avalé toujours à la fin d’une seule journée, 2 ou exceptionnellement 3 jeunes. Au
bout de 10 jours, une population de 100 adultes a donc pris en moyenne une centaine de jeunes
comme nourriture. Par ailleurs, nous estimons que la prolifération des jeunes dure au minimum
un mois, pendant lequel on peut compter 20 jours favorables à une activité normale des Am¬
phibiens et de leurs jeunes (jours ensoleillés). En utilisant ces données, un calcul de probabilité
indique que 88 % des adultes avalent au minimum une petite grenouille dans le cours de
chaque été.
Ce comportement joue un rôle capital dans les cycles biologiques de certains parasites
pour lesquels le jeune Amphibicn est lui-même un hôte intermédiaire.
2. NOURRITURE ET ENVIRONNEMENT
La nourriture des grenouilles est loin d’être homogène dans une région donnée; elle
varie essentiellement suivant le type d’environnement.
Au point de vue parasitologique (pour ce qui concerne les Digènes), l’intérêt principal
de la nourriture réside dans son origine, aquatique ou terrestre. En effet, toutes les cereaires
de Digènes d’Amphibiens de notre région se développent chez les Mollusques aquatiques (ou
sub-aquatiques) et seuls peuvent servir d’hôtes intermédiaires des organismes vivant au con¬
tact de ces Mollusques, donc aquatiques eux-mêmes à un moment de leur vie.
Nous avons donc classé les proies en deüx catégories :
— organismes à stades larvaires aquatiques (Trichoptères, Mégaloptères, Odonates
Coléoptères pro parte, jeunes Amphibiens) ;
— organismes entièrement terrestres (Orthoptères principalement, Coléoptères pro
parte, etc.).
L’examen des contenus stomacaux de grenouilles rousses capturées en fin de journée et
rapidement disséquées donne les résultats moyens exprimés dans le tableau 2. Le pourcentage
est calculé sur le nombre de proies identifiées et la statistique porte sur environ 50 grenouilles
de chaque type de biotope. Les numéros entre parenthèses sont ceux des stations où ont été
capturées les grenouilles.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
15
Il est important de retenir que, des que l’on.s’éloigne des points d’eau (prés, rhodoraies),
la nourriture des grenouilles est à base d’Orthoptères ou de Coléoptères terrestres. Ainsi, sur
toutes l’étendue du plateau cerdan dépourvu de lacs et de torrents, les grenouilles se nourrissent
principalement de criquets (parfois de dectiques ou même d’éphippigères) auxquels se mêlent
quelques Diptères et Coléoptères : un petit pourcentage d’organismes à larves aquatiques y est
représenté par des Trichoptèrcs et de rares Odonates Zygoptères.
Types de biotopes
Proies
à stades aquatiques
Proies sans stades
aquatiques
%
%
Bord d’étang ou de lac (30).
80
20
Bord de torrent (34) (32).
70
30
Bord de canal d’arrosage (6).
10
90
Prés ou rhodoraies (30).
5
95
Tableau 2
B. DÉPLACEMENTS
Nous envisageons sous cette rubrique les déplacements saisonniers des grenouilles,
à l’exclusion du déplacement depuis le lieu d’hibernation jusqu’au lieu de reproduction, qui
sera étudié en même temps que la ponte.
Une observation suivie de la population de R. temporia de la station 30 (Étang de Porté,
ait. 2.030 in), portant sur trois années, nous a montré le comportement particulier, jusqu’ici
mal connu, de cet Amphibien au cours de la saison chaude.
A la fin du mois de mai (période d’accouplement), les grenouilles sont extrêmement
nombreuses au bord du lac, et la sex ratio est équilibrée. A partir du 15 juin, et pendant les
mois de juillet et août, les grenouilles sont nettement moins nombreuses et la sex ratio est
fortement déséquilibrée (93,6 % de mâles en août 1965, 90,9 % en juillet 1966, 83,4 % en
août.1966).
A partir du 10-15 septembre, les grenouilles sont à nouveau très nombreuses et la sex
ratio redevient équilibrée.
Nous interprétons les faits de la manière suivante :
On peut distinguer, d’une manière schématique, deux fractions fictives dans la popu¬
lation de R. temporaria, fractions mêlées l’une à l’autre depuis la mi-septembre jusqu’à la mi-
juin, mais séparées pendant l’été. Nous qualifions l’une de ces fractions de migrante, l’autre
de sédentaire.
La fraction migrante s’éloigne de l’étang, parfois considérablement, à travers la rhodoraie
et même la pelouse alpine. Les grenouilles qui la composent se dispersent et peuvent vivre
tout l’été loin de l’écosystème aquatique-, nous avons souvent rencontré des individus à un ou
deux kilomètres de leur biotope de reproduction et presque toujours à une altitude supérieure
à celui-ci. Le cas extrême concerne une grenouille capturée à 600 m de dénivellation au-dessus
du point d’eau le plus voisin. Les grenouilles qui composent cette fraction migrante se nourris¬
sent principalement d’Orthoptères. Cette fraction est constituée de la quasi-totalité des
femelles et d’une certaine proportion de mâles.
La fraction sédentaire reste au bord même de l’étang. Les grenouilles qui la composent
absorbent une nourriture variée, où dominent les Insectes à larves aquatiques. Cette fraction
sédentaire est constituée presque exclusivement de mâles.
A l’appui de cette manière de voir, nous apportons les arguments suivants :
a. Une série de numérotages de grenouilles d’après la méthode de Martof (1953)
nous a montré que les grenouilles mâles du bord de l’étang, marquées en juillet, restent effec¬
tivement sédentaires, car nous les retrouvons en août au même endroit. Ce ne sont donc pas
des grenouilles migrantes ayant retrouvé le lac par hasard (une telle hypothèse ne rendrait
d’ailleurs pas compte de la prédominance des mâles). Ces numérotages ont montré également
que les grenouilles paraissent rester fidèles à leur biotope de reproduction même lorsqu’elles
s’en écartent fortement au cours de leur déplacement estival.
Source : MNHN, Paris
16
CLAUDE COMBES
b. Bien que la station 30 soit la seule qui, par son abondance, ait permis des prélève¬
ments mensuels importants sans trop affaiblir la population, des observations fragmentaires
réalisées dans d’autres stations nous ont montré que le phénomène du déplacement estival
s’y produit également.
c. Nous ajoutons le témoignage des bergers (Andorrans en particulier) qui, dès le début
de nos recherches, nous ont expliqué que, au cœur de l’été, il reste quelques grenouilles au
bord des lacs et des torrents tandis que les autres sont dispersées dans la montagne.
Pour comprendre l’incidence de ce comportement sur le parasitisme, il est important
de retenir les différences que nous avons notées quant à la nourriture des deux fractions sui¬
vant qu’au cours de l’été, elles prennent celles-ci dans l’écosystème aquatique ou dans l’éco¬
système terrestre.
C. HIBERNATION
1. PÉRIODE D’HIBERNATION
Les grenouilles entrent en hibernation au moment des premières gelées. Celles-ci se
produisent à une date assez peu différente pour les stations de haute et moyenne altitude de
sorte que l’entrée en hibernation intervient elle-même à une date relativement uniforme pour
l’ensemble des stations de Cerdagne. On peut considérer que la majorité des grenouilles cessent
leur activité entre le 15 et le 30 octobre. Cette cessation d’activité n’est cependant pas aussi
brutale que les apparences le laissent supposer : ainsi, le 15 novembre 1965, l’étang de Porté
était uniformément recouvert d’une couche de glace de 1 cm d’épaisseur, mais, sous cette
couche, on voyait encore nager un certain nombre de grenouilles.
La sortie d’hibernation est, par contre, très étalée : elle peut se produire vers le 20 fé¬
vrier dans les stations les plus basses (1.100 m) et tarder jusqu’au 15 juin dans les stations les
plus hautes (2.400 m). Nous étudierons ce décalage en même temps que la reproduction.
On notera que le retour de l’ensemble de la population au bord d’un étang (mi-septem¬
bre), à la suite du déplacement estival, ne s’accompagne pas de la mise immédiate en état
d’hibernation. Les grenouilles manifestent encore une activité normale pendant un mois à un
mois et demi ; elles se nourrissent normalement et leurs contenus stomacaux livrent alors de
jeunes Amphibiens, à côté des habituels Arthropodes.
2. LIEU D’HIBERNATION
Deux cas peuvent se produire : ou bien le lieu d’hibernation est confondu avec le lieu
de ponte, ou bien il est différent.
Dans le premier cas, les grenouilles hibernent sous les berges du lac ou du point d’eau
dans lequel elles se reproduisent (stations 30, 31, 33, 57); lorsqu’il s’agit d’un biotope maré¬
cageux, elles s’enfoncent sur place dans la vase (stations 26, 27).
Dans le second cas, le futur lieu de ponte est sec en automne et les grenouilles ne peuvent
y trouver refuge. Elles hibernent alors au point d’eau courante — berges de torrent_le pl us
proche du lieu de ponte (station 36). Il y aura au printemps une migration depuis le lieu d’hiber¬
nation jusqu’au lieu de reproduction (remis en eau par la fonte des neiges).
D. REPRODUCTION
1. MODALITÉS DE LA PONTE
Savage (1961) considère comme un fait constant en Grande-Bretagne, l’existence d’une
« migration " de Rana lemporaria depuis ses quartiers d’hiver jusqu’à la mare où se fait l a
reproduction. Il a mis en évidence l’arrivée précoce des mâles sur le lieu de ponte (une semaine
avant les femelles) et déterminé la durée de l'ensemble de cette migration, qui s’étend sur
plusieurs semaines.
Dans nos régions, comme nous l’avons dit plus haut, il existe des biotopes qui sont à la
fois lieu d’hibernation et lieu de ponte; dans ce cas, il ne sc fait aucune migration : les
grenouilles s’accouplent sur place, dans la glace et la neige fondantes.
Mais chaque fois que le biotope de ponte est une mare temporaire qui est à sec au
moment des premières gelées et ne se remplira qu’à la fonte des neiges, un déplacement des
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DICÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
17
grenouilles est nécessaire à la fin de l’hibernation. Malgré l’amplitude toujours limitée de ce
déplacement, nous lui conservons le nom de ■ migration ”, choisi par Savage.
Nous l’avons étudié dans la station 36 (vallée d’Envalira) à 2.000 m d’altitude. Iji
planche 2 montre le cirque des Pessons, devant lequel est située la station (en haut) et une vue
rapprochée de cette même station (en bas).
Plan de la station 36 (Pla d’Envalira). Lieu d'hibernation et lien de ponte de Rnna lemporaria
Ce biotope est représenté sur la planche II
Le lieu de ponte y est constitué par une série de vasques communiquant entre elles,
creusées dans une pelouse qui borde elle-même le fort torrent de la Valira del Orient. Ces
vasques sont alimentées moitié par une perte de la rivière, moitié par un petit affluent; le
plan (fig. 1) indique la disposition des lieux. En été, les vasques s’assèchent entièrement (en
7 564024 C. 2 *
Source : MNHN, Paris
18
CI.AUDE COMBES
1966, elles ont même disparu avant la métamorphose des têtards) ; il en résulte que la popula¬
tion de R. Icmporaria hiberne sous les berges du torrent. Lors de la fonte des neiges, on voit
apparaître progressivement les différentes vasques tandis qu'une couche de neige de 30 cm
d’épaisseur recouvre encore le paysage, y compris la bande de terre (30 à 40 m de largeur)
qui sépare le lieu de ponte du torrent.
Lorsque l’ensemble des vasques est rempli d’eau libre (soit 25 jours après l’apparition
de la première flaque en 1966), les grenouilles sortent de leur abri, escaladent la berge abrupte
(30 cm) puis la couche de neige et, à travers celle-ci, gagnent le lieu de ponte en laissant des
centaines de traces sub-parallèles. WoLTERSTORFF (1904) a rapporté le témoignage d’un de
ses correspondants qui a observé ce déplacement des grenouilles sur la neige dans les Pyré¬
nées; l’observation a été faite le 8 avril 1904, à 1.400 m. d’altitude, dans la province des
Asturies (Espagne).
Nous avons noté que les grenouilles hibernent sous la berge du torrent située du côté
du lieu de ponte; aucune ne vient de la rive opposée. Si on essaye de dérouter les grenouilles
pendant leur migration en les changeant de place ou d’orientation, elles reprennent invariable¬
ment la bonne direction et aboutissent dans les vasques. Nous avons observé la migration
une année par temps couvert, une autre année par temps ensoleillé.
Les faits les plus importants sont les suivants :
1° Les grenouilles émigrent pour la plupart accouplées : l’accouplement a lieu sous les
berges du torrent, et les femelles, au prix d’efforts délicats, escaladent la berge puis traversent
le champ de neige en portant le mâle. Les mouvements des deux partenaires sont parfaitement
synchrones : les animaux glissent plus qu’ils ne marchent sur la neige et progressent par exten¬
sions brusques de leurs pattes postérieures. Un certain nombre de mâles et de femelles émigrent
cependant en isolés. La migration complète d’un couple ou d’un individu isolé dure une heure
environ (pour un trajet de 30 à 40 m.);
2° La période de migration est de courte durée; l’ensemble de la population achève
son déplacement en trois ou quatre jours. Nous avons suivi le phénomène en détail à deux
reprises. En 1965, la migration commence le 2 mai; le 5 mai, il n’y a plus une seule grenouille
en migration et la ponte elle-même semble terminée. En 1966, la migration se produit le 16 et
le 17 avril; le 18, nous n’observons sur la neige que deux couples, deux mâles seuls et quatre
femelles seules; le 19, la migration est achevée. Les couples commencent à pondre aussitôt
entrés dans le lieu de ponte ou dans la nuit qui suit leur arrivée.
Nos observations sont fondamentalement différentes de celles faites en Angleterre
puisque dans les Pyrénées, d’une part, les deux sexes émigrent de concert et, d’autre part, là
durée totale de la migration est très réduite. Nous pensons que les très dures conditions de vie
qui régnent en altitude, et, en particulier, la relative brièveté de la saison cliaude, sont respon¬
sables de cette accélération du processus de reproduction. Cambar et Garat (1960) expri¬
ment un avis identique lorsqu’ils écrivent, à propos d’observations réalisées dans la région de
Font-Roineu : « en haute montagne, à l’issue d’une longue hibernation, la ponte de Rana
temporaria est tardive, mais soudaine et rapide. Elle se termine en peu de jours alors que, en
plaine, elle dure plus de deux semaines ».
2. DATE DE IA PONTE
La sortie d’hibernation, et par conséquent la ponte de R. temporaria se produit à une
date qui varie suivant le lieu et suivant l’année.
En 1965 et 1966, nous avons noté la date du début de la ponte dans une douzaine de
biotopes d’altitudes différentes. Ces dates sont reportées sur un graphique en fonction de l’alti¬
tude du lieu (fig. 2). Certains des points d’observation correspondent à nos stations; le numéro
en est indiqué entre parenthèses.
La ponte est d’autant plus tardive que l’on s’adresse à des biotopes d’altitudes plu a
élevées; le décalage peut atteindre trois mois entre les points observés les plus bas (1.100 m) el
les plus hauts (2.300 m). Bien entendu, il existe localement des variations qui sont en rapport
avec les conditions climatiques précises du lieu de ponte. Ainsi, les stations 7 (Targasonnei
et 35 (Ransol) fortement ensoleillées, sont « en avance « chaque année sur les stations 3 (Bol
quère) et 26 (vallée de Porté), d’altitude semblables mais moins bien exposées.
On note également qu’en 1966, la ponte a été plus précoce qu’en 1965 dans tous l ea
Source : MNHN, Paris a
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPIIIBIENS 19
7
,t. ni r l (M)
2000
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1500
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1000
1965
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2500
FEVRIER
MARS
AVRIL
MAI
JUIN
2000
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+ n :
1966
500
FEVRIER MARS AVRIL MAI JUIN
Figure 2
Date <lu début de lu ponte de Haria lemporaria eu fonction de l’altitude, eu 1965 et 1966
biotopes. Cette avance d’une année sur l’autre est plus marquée pour les stations élevées
(jusqu’à un mois de différence) que pour les stations basses (15 jours environ seulement).
Ce décalage d’ensemble est lié à des conditions météorologiques différentes, l’hiver 1964-1965
ayant été plus enneigé et plus froid que l’hiver 1965-1966. C’est ce que montre le tableau 3,
établi d’après les données du poste climatologique de Font-Romeu (Météorologie Nationale),
à l’altitude de 1.705 m.
Ce tableau montre en particulier que :
— pendant les mois de janvier, février et mars, les températures moyennes sont plus
basses en 1965 qu’en 1966, de 2° environ.
— l’enneigement est nettement plus fort en 1965 qu’en 1966 : pour le premier tri¬
mestre 1965, la hauteur d’eau correspondant à la neige tombée est de 103,4 4- 27,0 + 38,2
= 168,6 mm ; pour le premier trimestre 1966, elle est de 25,1 + 63,3 + 28,4 = 116,8 mm.
Des données semblables sont fournies par le relevé des autres postes climatologiques de
la région.
Source : MNHN, Paris
20
CLAUDE COMBES
Neige
Températures
Mo..
Moyenne
Moyenne
Moyenne
observée
des minima
des maxima
mensuelle
non
cm
•c
•C
•C
XI-1964
12,9
12
+ 0,6
i 10,5
1 5,5
XII-1964
71,9
37
5,1
r 2,6
- 1,2
1-1965
103,4
88
5,5
+ 2,9
1,2
11-1965
27,0
50
8,5
+ 1,3
- 3,6
III-1965
38,2
53
3,2
+ 6,0
+ 1,4
IV 1965
24,2
20
- 1,9
+ 7,8
+ 2,9
XI-1965
26,1
4
2,3
+ 5,6
+ 1,6
XII-1965
82,5
52
3,0
+ 4,9
t 0,9
1-1966
25,1
7
2,8
+ 4,8
+ 1,0
11-1966
63,3
20
1,1
1- 6,6
+ 2,3
III-1966
28,4
15
4,3
+ 6,5
+ 1,1
1V-1966
33,8
6
0,4
+ 9,1
+ 4,3
Tableau 3
Cette variation d’une année sur l’autre des conditions météorologiques influence les
cycles biologiques dont il sera question à propos de R. temporaria. C’est pourquoi nous indi¬
querons toujours l’année ou les années pendant lesquelles ont été faites les observations-
lorsque nous ferons une synthèse des résultats obtenus, il faudra considérer les dates avancées
comme des dates moyennes, susceptibles de décalages d’ensemble suivant les années.
CHAPITRE II
PELOBATES CULTRIPES
Le Pélobate est commun dans notre région, bien que peu connu des habitants, vraisem¬
blablement à cause de ses mœurs nocturnes. Nous l’avons rencontré sur tout le littoral, depuis
l’embouchure du Tech jusqu’à la limite septentrionale de nos investigations, dans la région de
Montpellier. Outre les stations littorales, il existe des stations à l’intérieur des terres : dans les
Pyrénées-Orientales à Saint-Estève (au nord de Perpignan), dans l’Aude à Ouveillan (au nord-
ouest de Narbonne) et à Palaja (au sud de Carcassonne), dans l’Hérault au Château d’O
(banlieue nord de Montpellier). En Espagne, nous avons étudié une station importante à San
Clémente (sur la route de la Junquera au golfe de Rosas).
Le Pélobate est un animal fouisseur vivant dans les sables littoraux ou la terre des
vignobles, sortant la nuit pour prendre une nourriture composée principalement d’insectes
11 hiverne à quelques décimètres de profondeur du 15 novembre au 15 février environ. Angel
( 1946) ne donne guère de précisions sur sa reproduction dont il dit seulement qu’elle a lieu
au printemps. Pujiula (1931) signale avoir observé la ponte de P. cultripes à Castctldcfels
(à 20 km de Barcelone) le 12 février 1931.
On sait, par ailleurs, que le Pélobate est responsable dans nos régions des « pluies de
crapauds » signalées certaines années par les journaux locaux et sur lesquelles Petit et Delabie
(1951), puis Petit et Lomont (1958) ont fourni de précieuses observations. Ces auteurs ont
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOCIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
21
noté, dans la région de Saint-Cyprien et Canet une pullulation extraordinaire de jeunes Pélo-
bates les 1 er , 15 et 21 juillet 1951, puis le 13 juillet 1956. Petit et Lomont estiment que, le
18 juillet 1956, il y avait 450.000 cadavres de Pélobates écrasés par les voitures sur 2,500 km
de la route Perpignan-Canet, et rapportent qu’ils ont recueilli des témoignages de migrations
plus anciennes. Cherchant une explication au phénomène. Petit et Delabie écrivaient :
« Nous rattachons la pullulation exceptionnelle des larves de Pelobates et leur dispersiorf
massive à l’extension des rizières au cours d’une année plus pluvieuse que les autres, c’est-à-dire
à la création d’un milieu nouveau humide et inondé, à la place d’un milieu normalement sec ».
Nous pouvons dire dès maintenant que nos observations personnelles nous ont montré
à quel point la reproduction du Pélobate est précisément liée à des facteurs météorologiques.
Modalités de la ponte :
Tous les biotopes à Pélobates que nous avons recensés sont des mares temporaires,
toujours à sec au milieu de l’été : chaque année, la mare de Saint-Estève sert en août-
septembre de terrain d’entraînement aux sportifs de la commune, tandis que celle de San
Clemente est soigneusement fauchée au motoculteur... / '
Nous nous sommes aperçus que la ponte des Pélobates est liée à la mise en eau de ces
mares. Il y a donc intervention d’un premier facteur météorologique. Les mares en eau (avril)
sont représentées sur la planche 3.
Selon les années, dans nos pays méditerranéens, où le maximum de pluviosité est autom¬
nal ou printanier, les marcs se remplissent, soit au mois d’octobre, soit au mois de février.
Ce phénomène est net et ne paraît guère souffrir de solutions intermédiaires, car il faut une forte
pluie de plusieurs jours pour provoquer ce résultat. Ainsi, en 1965, il tombe à Perpignan
446 mm du 6 au 10 octobre (la moyenne annuelle est de 594 mm) : les mares se remplissent
et restent dans cet état jusqu’à l’été; par contre, en 1964 et 1966, années à pluviosité automnale
modérée, les mares restent sèches jusqu’au printemps suivant. Dans tous nos biotopes, la
ponte de P. cultripes est liée de manière étroite à cette arrivée d’une masse d’eau importante (1).
Lorsqu’il y a une ponte automnale chez le Pélobate, il existe cependant une deuxième
ponte au printemps. Nous ne savons pas, pour l’instant, si ce sont les mêmes animaux qui
pondent deux fois, ou s’il s’agit d’animaux n’ayant pas pondu en automne.
Modalités du développement :
Les œufs de la ponte d’octobre éclosent au bout d’environ un mois, à la température
moyenne de novembre qui s’écarte peu de 11 °C. Les têtards en nombre très important gros¬
sissent lentement jusqu’à atteindre les dimensions impressionnantes caractéristiques de l’espèce
(10 cm de longueur), et, au début de juin, leurs pattes postérieures se développent.
Ici intervient pour la deuxième fois un facteur météorologique : si la mare se dessèche
avant la mi-juin, tous les têtards meurent sans s’être métamorphosés ; si la pluviosité du prin¬
temps permet à la marc de subsister jusqu’au 15 juin au moins, quelques têtards, parmi les
plus précoces, effectuent leur métamorphose, tandis que les autres meurent au soleil; si la mare
subsiste jusqu’au début de juillet, les têtards se métamorphosent en plus grand nombre et
les jeunes Pélobates se dispersent à la faveur d’un gros orage.
Les œufs de la ponte de février ont des chances plus réduites que ceux de la ponte
d’octobre, de donner des têtards arrivant à leur métamorphose.
Les éclosions ont lieu à partir du 15 mars environ et, au mois de juin, les têtards sont
nettement moins avancés dans leur croissance que ceux qui sont issus de la ponte automnale.
Nous pensons qu’il leur faut au minimum un mois supplémentaire pour parvenir à la méta¬
morphose. Bien que Angel laisse entendre que les jeunes sortent de l’eau au début du qua¬
trième mois, nous pouvons affirmer qu’il n’en est rien dans notre région, où l’eau des inares
se maintient cependant à des températures élevées. Le chiffre de six mois et demi à sept mois
est un minimum pour les têtards issus de la ponte d’automne, celui de quatre mois et demi
l’est probablement pour ceux de la ponte de printemps (le chiffre est inférieur au précédent à
cause du développement à des températures en moyenne supérieures). Encore beaucoup de
têtards semblent-ils moins précoces.
(1) Le phénomène est semblable pour Pelodyles punclalus, mais, chez ce dernier, un peu d'humidité
suflit à déclencher une ponte automnale; les Pelodytcs pondent dans les ornières des chemins, pour peu
qu’une pluie y fasse apparaître quelques flaques occasionnelles.
Source : MNHN, Paris
22
CLAUDE COMDES
Nous croyons tenir dans ce qui précède l’explication des pluies de Pélobates. Elles sont
liées a une subsistance des mares jusqu’au début de l’été et leur importance est probablement
fonction de l’existence d’une ponte automnale au cours de l’année précédente. Si les mares
subsistent jusqu’à la fin du mois de juin, il n'y aura de pullulation de Pélobates que s’il s’est
produit une ponte automnale. Si les marcs existent encore fin juillet, cette pullulation pourra
avoir lieu même s’il n’y a eu que la ponte de printemps.
La pluviosité au cours du premier semestre de l’annce est capitale pour le maintien en
eau des lieux de ponte; elle est en moyenne de 261,4 mm (moyenne calculée sur vingt-et-
un ans, de 1945 à 1966). Or :
— en 1951 (année de l’observation de Petit et Delabie), il est tombé 322,4 min d’eau
au cours du premier semestre;
— en 1956 (année de l’observation de Petit et Lomond), il est tombé 352,1 mm d’eau
au cours de ce même semestre;
— en 1966 (année au cours de laquelle nous avons observé quelques métamorphoses),
il est tombé 194,1 mm au cours du premier semestre; l’automne précédent — le plus humide
depuis le début des observations météorologiques à Perpignan en 1850 — avait donné aux
mares un volume d’eau exceptionnel, mais celui-ci n’a pas été suffisant pour maintenir les mares
inondées jusqu’au mois de juillet.
Nous pensons que la reproduction du Pélobate, très massive certaines années, nulle
certaines autres, suffit en moyenne à une survie de l’espèce dans notre pays. Cependant, nos
stations, actuellement mares temporaires, étaient, il y a quelques siècles, d’authentiques petits
étangs et il est possible que nous soyons en face de processus transitoires, conduisant à la
disparition progressive de cet Amphibien. Les prélèvements dans les nappes phréatiques supé¬
rieures, liés à l’alimentation des villages du littoral et à l’amélioration des procédés d’arrosage
(arrosage par aspersion) vont certainement dans le sens d’une accélération de ce processus. Il
est probable également que les produits chimiques déversés dans les mares dans le cadre des
opérations de « démoustication » et d'assainissement contribuent à hâter la disparition du
Pélobate dans nos régions, non seulement par action directe sur les têtards ou les adultes, mais
aussi par action indirecte due à la raréfaction des insectes.
Nous n’avons pas observé la reproduction du Pélobate dans des marcs pérennes, qui
sont absentes de notre région, mais il est probable que la reproduction du Pélobate n’y rencon¬
trerait pas les aléas que nous venons d’exposer. Signalons que dans un lot de têtards (nés en
novembre 1965) transportés dans un bassin de plein air et pourvus de nourriture, la métamor¬
phose s’est échelonnée depuis le début de l'été 1966 jusqu’à l’hiver de la même année.
En résumé, la biologie et le comportement de P. cultripes présentent dans nos régions
un ensemble de particularités en relation évidente avec le type de biotopes qui lui sont offerts
et avec les irrégularités du régime pluviométrique méditerranéen. Le développement très lent
des têtards de cette espèce les rend particulièrement dépendants des facteurs mésologiqu e8
d’ordre climatique.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
23
CHAPITRE III
HYLA MERIDIONALES
La Rainette est un Ampbibien très répandu dans la plaine du Languedoc-Roussillon,
principalement au voisinage des mares temporaires, des canaux d’irrigation, des prés inon¬
dables du littoral. Elle se reproduit dans les mares, les canaux d’irrigation à courant très réduit,
les prés inondés, les bassins d’arrosage, les citernes.
L’hibernation des Rainettes commence vers le mois d’octobre, mais se termine très tôt,
souvent à la mi-février. Au début de mars, les mâles commencent leur chant au cours des nuits
les moins froides (et surtout exemptes de vent du Nord). Nous avons recueilli les pontes les plus
précoces le 25 mars et les plus tardives le 15 mai. On doit en conclure que chez H. meridionalis,
la période de ponte est très étalée, contrairement à ce qui se passe chez la Grenouille rousse
et le Pélobate. Le développement dure deux mois environ et les têtards se métamorphosent
principalement pendant le mois de juin, de sorte que dans les stations à mise en eau temporaire
(Saint-Estève, San Clemente), ce phénomène intervient au moins partiellement avant le des¬
sèchement. En général, on rencontre les premières Rainettes venant de se métamorphoser
vers le début du mois de juin, en même temps que d’autres Amphibiens à développement
rapide, tels que Pélodyte ou Discoglosse.
La Rainette paraît donc adaptée à des biotopes assez divers dans lesquels elle est peu
contingente des irrégularités climatiques, grâce à la brièveté du développement larvaire.
Source : MNHN, Paris
24
CLAUDE COMBF.S
TROISIÈME PARTIE
DIGENEA
Nous avons rencontré cinq espèces de Digencu parasitant R. lemporaria dans notre
région. Par contre, nous n’avons jamais rencontré de Digcnea chez P. cultripes et H. meridio-
nalis.
Nos recherches sur les Digèncs s’adressent à chacune des cinq espèces de Digènes de
R. temporaria, que nous indiquons ci-dessous, avec leur position taxonomique.
Digenea Van Beneden, 1858.
Prosostomata Odhner, 1905.
Plagiorchiidae Ward, 1917 ;
Opisthioglyphinae R. Ph. Dollfus, 1949;
Opislhioglyphe raslellus (Olsson, 1876) I.ooss, 1907, parasite du tube
digestif (duodénum).
Plagiorchiidae Ward, 1917 ;
Plagiorchiinae Pratt, 1902 ;
Haplometra cylindracea (Zcder, 1800) Looss, 1899, parasite des poumons.
Haematoloechidae Odening, 1964;
Haematoloechinae Teixeira de Freitas et Lent, 1939;
Haematoloechus pyrenaicus Combes, 1965, parasite des poumons.
Gorgoderidae Looss, 1901 ;
Gorgoderinae Looss, 1899;
Gorgodera euzeti Lecs et Combes, 1967, parasite de la vessie urinaire.
Gorgoderidae Looss, 1901 ;
Gorgoderinae Looss, 1899;
Gorgoderina vilelUloha (Olsson, 1876) Looss, 1902, parasite de la vessie
urinaire.
Chacune de ces espèces fait l’objet dans les pages qui suivent :
— d’une brève discussion critique sur sa position systématique ;
— d’un rappel de sa distribution géographique et des hôtes connus;
— d’une description morphologique et anatomique.
Chacune également est figurée :
— sous la forme d’un dessin représentant de manière classique l’aspect de l’animal
en vue ventrale;
— sous la forme d’un schéma représentant les rapports exacts des différents organes
entre eux et notamment leurs positions relatives dans le corps. Ces schémas ont été construits
d’après l’étude approfondie de coupes histologiques, transversales et longitudinales; il 8
représentent également les animaux en vues ventrales.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE D1GENES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
25
CHAPITRE I
DESCRIPTION DES ESPÈCES
OPISTHIOGL YPHE RASTELLUS (Olsson, 1876) Looss, 1907
Opislhioglyphe rastellus a été décrit par Olsson (1876), sous le nom de Distoma
rastellus, d’après des exemplaires recueillis chez Rana temporaria L. et Bufo vulgaris Laur.
Looss (1907) place l’espèce dans le genre Opislhioglyphe Looss, 1899. Perkins (1928),
se fondant sur la position de la poche du cirre, propose pour cette espèce la création du genre
Lecithopyge. Ce statut est contesté par Thavassos (1930) qui transfère l’espèce dans le genre
Dolichosaccus Johnston, 1912. Cette manière de voir est acceptée par plusieurs auteurs, au
nombre desquels Dawes (1946), Yamaguti (1958) et Skrjabin (1964). Mais Dollfus (1949,
1957,1960) s’élève vivement contre l’initiative de Travassos et note que la diagnose du genre
Dolichosaccus ne convient nullement à l’espèce rastellus; il souligne, en outre, que les espèces
authentiques du genre Dolichosaccus sont exclusivement australiennes. Dollfus (1949)
propose de considérer comme sous-genre le genre Lecithopyge de Perkins: le statut de l’espèce
devient alors Opislhioglyphe ( Lecithopyge) rastellus (P. Olsson, 1876) Looss, 1907. Nous
renvoyons aux travaux de Dollfus pour la discussion de ce problème, et adoptons la position
de cet auteur.
Il faut ajouter que Perkins (1928) a divisé l’espèce en trois sous-espèces (O. rastellus
rastellus, O. rastellus subulatum, O. rastellus cylindriforme ) d’après les dimensions de la
poche du cirre et des oeufs. Dawes (1946) considère que la variation considérable de certains
caractères de l’espèce rend fragiles les distinctions de Perkins. Bien que les caractères
moyens de nos spécimens les rapprochent de la sous-espèce subulatum, nous pensons qu’il
importerait de multiplier les documents d’origine géographique différente, pour faire la part
exacte de la variation individuelle (ou même saisonnière en ce qui concerne la poche du cirre)
et d’éventuelles races géographiques authentiques.
O. rastellus est connu de Suède (Olsson 1876), d’Angleterre (Looss, 1907; Lees,
1962), de Suisse (André, 1912), de France (Joyeux et Baer, 1927 ; Dollfus, 1961 ; Combes,
1964), d’Allemagne (Travassos, 1930 b), d’Autriche (Travassos, 1930 b), de Pologne (Sandner,
1949; Grossman et Sandner, 1953; Grabda, 1956; Szulc, 1962), de Tchécoslovaquie (Pro-
kopic, 1957), d’Albanie (Prokopic, 1960), d’U.R.S.S. (Markov et Rogoza, 1949; Mazurmo-
vitch, 1951 ; Golikova, 1960).
Les hôtes connus sont R. temporaria (le plus courant), B. bufo, R. terrestris, R. ridi-
bunda, R. esculenla, B. variegata.
Description
Les dimensions sont données d’après 50 individus mûrs montés en préparations in loto.
Corps (fig. 3) :
Sur le vivant, le corps est allongé, un peu aplali dorso-ventralcrnent, déformable; il est en couleur
jaune citron clair (surtout chez le jeune), ou rose clair, ou incolore ; les deux extrémités sont semblablement
rétrécies chez le jeune, tandis que chez les individus âgés, l’extrémité postérieure est légèrement plus effilée.
Les dimensions du corps sont les suivantes :
— longueur : 1,30 à 3,90 mm (moyenne 2,50) ;
— largeur : 0,45 à 1,14 mm (moyenne 0,87);
— épaisseur : 0,20 à 0,50 mm (moyenne 0,39).
Cuticule :
Elle est mince (3 p) et partiellement spinulée : la spinuiation décroît d’avant en arrière régulière¬
ment et disparaît totalement au niveau du tiers postérieur de l’animal. Ces épines mesurent 4 à 5 p de
longueur.
Source : MNHN, Paris
Figure 3
üpiathioglyphc raslellus (Olsson, 1876)
Abréviations : voir page 12
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
27
Ventouses :
Elles sont circulaires et la ventouse ventrale est finement papilleuse.
La ventouse orale est subteruiinale; elle a un diamètre de 171 à 400 [A (moyenne 280).
La ventouse ventrale est située au niveau du tiers antérieur du corps : elle a un diamètre de 114 &
274 (A (175).
La distance entre le9 deux ventouses varie de 306 à 1.072 |A (730). Le rapport VO/VV est égal à
1,6 en moyenne.
Les parasites sont fixés avec solidité aux villosités intestinales.
Appareil digestif :
La cavité buccale est prolongée par un prépharynx de 80 ;a environ.
Le pharynx, sub-sphérique, mesure de 170 à 220 |A (198).
L’œsophage est court (250 [a).
Los caecums sont peu sinueux et de calibre régulier (160 |a). Ils se terminent pratiquement à l’ex¬
trémité du corps, l’un des deux étant toujours légèrement plus long que l’autre. On n’y voit pas de globules
sanguins en cours de digestion.
Appareil reproducteur femelle :
L’ovaire, pré-testiculaire, est situé latéralement dans la zone immédiatement post-acétabulaire; il a
une forme sub-sphérique, des bords réguliers; il mesure de 80 à 297 (A (174) sur 70 à 251 |A (160).
L’oviducte, court, prend naissance sur le bord « interne " de l'ovaire.
Le caïud de Laurer est court.
I/! réceptacle séminal est situé au voisinage de l’ovaire; il est sphérique et très réduit.
Les glandes de Mehlis sont normalement développées autour de l’ootype.
Les vitellogèncs sont formés de follicules petits et de taille irrégulière, répartis depuis le niveau de
l’œsophage jusqu’au voisinage de l’extrémité postérieure, dans les régions intracæeale et extracaecale. Ils
sont réunis à un système de vitclloductcs dont les troncs principaux ont la disposition classique : deux
vitelloductes longitudinaux, deux vitelloductes transverses, un court vitelloducte médian aboutissant à
l’ootype.
L’utérus, post-ovarien, va de l’ootype au pore génital; l’ensemble de l’utérus (à l’exception de la
partie terminale) forme do nombreuses sinuosités, à peu près contenues dans l’espace compris entre l’ovaire
et les testicules. La branche descendante est située côté ovaire, la branche ascendante côté opposé ; celle-ci
se termine par un métraterme net, avec fibrilles musculaires et glandes unicellulaires. Le métraterme
débouche au pore génital commun, qui est situé ventralement, juste en avant du bord antérieur de l’acéta-
bulum, mais toujours un peu à côté du plan de symétrie.
Læs œufs ont une couleur jaune paille à brun très clair; le clapet d’ouverture est bien visible. Ils
mesurent de 34 à 41 (A (39) sur 20 & 26 |A (23).
Appareil reproducteur mâle :
Les testicules sont disposés en diagonale au niveau du tiers postérieur du corps ; ils sont subsphé¬
riques, exceptionnellement un peu allongés dans le sens de l’axe de l’animal, de contour régulier. Les deux
testicules sont de taille très voisine :
Testicule antérieur :
— longueur, 126 à 354 |A (235);
— largeur, 126 à 400 p (251).
Testicule postérieur :
— longueur, 120 & 411 |A (266),
— largeur, 126 à 411 p (249).
Les canaux déférents prennent naissance sur le bord antérieur des testicules, un peu vers l'« exté¬
rieur ». Us aboutissent individuellement à l’extrémité postérieure de la poche du cirre.
Il n’y a pas de vésicule séminale externe.
La poche du cirre, grande, est courbée autour de l'acétabulum ; son extrémité postérieure est située
un peu en arrière du bord postérieur do l'acétabulum. Elle mesure 251 & 537 p (366) sur 80 à 149 p (126).
Elle renferme une vésicule interne contournée, des glandes prostatiques et un cirre évaginable, fin, cylin¬
drique, ni épineux, ni ponctué. Sur les préparations in toto, le cirre est souvent partiellement évaginé.
Appareil excréteur :
La vessie est visible sur certaines préparations in toto ; elle est du type en Y, avec bifurcation au
niveau du bord antérieur du testicule le plus antérieur et sommet des branches au niveau de l’ovaire. La;
pore excréteur est postérieur, médian, subterminal dorsal.
Source : MNHN, Paris
Ha/domrlra cylindracea (Zeder, 1800)
Abréviation» : voir page 12
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE r>E DIGÈNES ET MONOGKNES d’aM PHI BIENS
29
HAMOPLETRA CYLINDRACEA (Zeder, 1800) Looss, 1899
Le genre Haplometra Looss, 1899 comprend deux espèces :
II. cylindracea (Zeder, 1800) Looss, 1899.
IL brevicaeca Timon-David, 1961.
H. brevicaeca se distingue par lu brièveté constante des caecums digestifs, ceux-ci
étant toujours plus longs chez H. cylindracea, encore que d’extension assez variable (voir
Travassos, 1930).
Une sous-espèce, H. cylindracea allometra Baer, 1932 a été caractérisée par des cæcums
longs et des vitellogènes ne dépassant pas vers l’avant le niveau de la bifurcation intestinale,
tandis que les vitellogènes peuvent s’étendre jusqu’au niveau du pharynx chez des exemplaires
de Travassos.
Selon Dawes (1946), H. cylindracea serait le Trématode d’Amphibien le plus ancien
connu puisqu’il aurait été découvert en 1737 par Swammehdam et cité dans son traité « Biblia
naturae sive historia insectorium .
On trouvera dans Travassos (1930 a), p. 164, la liste des auteurs qui ont signalé ou étudié
ce Trématode jusqu’à cette date, liste à laquelle on doit ajouter André (1913).
Postérieurement à 1930, Baer (1932), Olsen (1937), Lopez-Neyra (1947), Sandner
(1949), Makkov et Rogoza (1949,1953 et 1955), Mazurmovitch (1951), Grossman et Sand¬
ner (1953), Grabda (1956), Prokopic (1957 et 1960), I.ees et Bass (1960), Golikova (1960),
Lees (1962), Combes (1964) ont donné des précisions systématiques ou faunistiques pour
l’espèce (au point de vue physiologique, on trouvera une bibliographie dans Timon-David,
1961).
Ces mentions assignent à H. cylindracea une répartition pan-européenne.
Il a été signalé chez R. temporaria (hôte le plus courant), Ii. esculenla, R. ridibunda,
R. arvalis, B. viridis.
Description
Les diinonsions sont données d’après 10 individus mûrs montés on préparations in loto.
Corps (ftg. 4) :
Il est allongé, arrondi aux extrémités, de section transversale circulaire, peu déformable et relative¬
ment peu mobile sur le vivant.
Los dimensions sont les suivantes :
— longueur : 7,60 à 9,65 mm (moyenne : 8,45);
— largeur : 2,05 à 2.20 mm (moyenne : 2,16);
— épaisseur : 1,85 à 2,10 mm ( moyenne : 2,00).
Cuticule :
Elle est mince (4 p) et spinuléc : la spinulation décroît d'avant en arrière. Les épines sont de plus
en plus rares à partir de la mi-longueur de l’animal et disparaissent totalement au voisinage de l’extrémité
postérieure. Les épines mesurent 5 à 6 (x de longueur.
Ventouses :
Elles sont circulaires et non papillcuses.
La ventouse orale, subtcrminale, a un diamètre de 570 à 840 [x (720).
La ventouse ventrale est située au niveau du quart ou du cinquième antérieur du corps; elle a un
diamètre de 460 à 610 (x (500).
La distance entre les deux ventouses varie de 1.800 à 2.500 [i (2.060).
Le rapport VO/VV est égal 4 1,4 en moyenne.
Appareil digestif :
Il n’y a pas de prépharynx. Le pharynx, subsphérique, mesure do 320 à 360 (x (340) de diamètre.
L'œsophago est très court (220 p).
Les caecums s’étendent sur les côtés du corps; üb sont peu sinueux et de calibre régulier (280 p).
Bs n'atteignent pas l’extrémité postérieure du corps : la distance terminaison des caecums-extrémité posté¬
rieure est égale en moyenne à 800 p, soit le dixième approximativement de la longueur du corps (contre
un cinquième à un quart chez H. brevicaeca).
Appareil génital femelle :
L’ovaire est situé latéralement, juste en arrière de In ventouse ventrale. Il est sphérique, de contour
régulier. Son diamètre est de 477 ù 535 p (510).
7 504024 0. 3
Source : MNHN, Paris
30
CLAUDE COMBES
L’oviductc est très court (35 p).
Le canal de Laurer est présent : il forme une boucle avant d'aboutir à un porc média-dorsal, visible
uniquement sur coupes sériées.
Il n’y a pas de réceptacle séminal; sur coupes sériées, le début de l’utérus se montre toujours bourré
de spermatozoïdes; il joue manifestement le rôle de réceptacle.
La glande de Mehlis est présente autour de l’ootype.
Les vitellogèncs se présentent sous la forme de rosettes comprenant mie vingtaine de follicules
chacun. Chaque rosette possède un court canal relié i un système de vitclloductrs dont la disposition
s’apparente au système classique (3 vitclloductes longitudinaux, 2 vitclloductcs transvcrscs, 1 vitelloducte
médian). Cependant, nous avons eu la surprise de constater que cet appareil vitellin est fortement dissy¬
métrique, la moitié postérieure de chaque vitelloducte longitudinal recevant d'un côté 12 rosettes (groupées
par paires) et l’autre 3 seulement. Cette étonnante disposition est nette et constante chez tous nos
exemplaires.
D’après nos recherches bibliographiques et l’examen de tous les dessins, aussi détaillés fussent-ils,
qui paraissent avoir été donnés pour ce Trématodc — le plus ancien connu d’Amphibion, avons-nous
rappelé — cela ne semble pas avoir été signalé.
Nous ne pensons pas que cette disposition soit l’indice que nous ayons affaire à une espèce inconnue,
car, dans tous les dessins en question, il est impossible de découvrir la topographie précise des vitello-
ductes, donc de baser sur ce caractère une quelconque diagnose différentielle.
Les moitiés antérieures des vitelloductes longitudinaux sont symétriques et reçoivent le même
nombre de rosettes (3) de chaque côté.
L’utérus occupe une place très importante; la branche descendante et la branche ascendante, toutes
deux de fort calibre, décrivent de larges sinuosités entre les autres organes ou autour d’eux, de sorte qu'elles
parviennent à les dissimuler plus ou moins complètement. Ijs branche ascendante aboutit nu pore génital
commun qui est ventral, médian, immédiatement pré-acétabulaire.
Les œufs sont de couleur brun clair à brun foncé dans la branche descendante, ils deviennent brun
très foncé à presque noir dans la branche ascendante. Ils possèdent un clapet d’ouverture. Ils mesurent do
33 à 40 sur 17 à 23 p.
Appareil reproducteur mâle :
Les testicules sont disposés l’un derrière l’autre; le testicule le plus antérieur est situé au niveau
de la mi-longueur du corps ou un peu en arrière de ce niveau. Chez les exemplaires jeunes, les deux
testicules sont au contact, ou presque, l’un de l’autre; chez les exemplaires plus âgés, à utérus fortement
gravide, ils sont plus ou moins séi>arés par les circonvolutions de cet organe.
Ils sont sphériques et de contour régulier. Leur diamètre est :
Testicule antérieur : 840 à 1.110 p (940);
Testicule postérieur : 860 & 1.148 p (960).
Les canaux déférents prennent naissance à l’avant des testicules et rejoignent individuellement
l’extrémité postérieure de la poche du cirrc. 11 n’y a pas de vésicule séminale externe.
La poche du cirre est située sur le côté do l’acétabulum quelle contourne. Ses dimensions sont mo¬
destes (800 sur 260 p en moyenne) et son extrémité postérieure ne dépasse guère le bord postérieur de
l’acétabulum (comme c’est le cas chez certains des exemplair.» étudiés par TbAVASSOS). Elle renferme une
vésicule séminale interne, des glandes prostatiques et un cirrc évaginablr.
Appareil excréteur :
La vessie, visible uniquement sur les coupes sériées, est du type en Y. La bifurcation a lieu à mi-
chemin entre le testicule antérieur et l’ovaire; le sommet des branches, qui sont tri» courtes, est situé nu
niveau de l’ootype.
HAEMA TOLOECHUS PYRENAIGUS Combes, 1965
H. pyrenaicus a été décrit par nous-mêmes (1965), d’après des exemplaires recu eilli,,
chez R. temporaria et B. bufo.
Description
Les dimensions sont données d’après 45 individus mûrs montés en préparations in loto.
Corps (fig. 5) :
Sur le vivant, le corps est allongé, aplati dorso-vent râlement, très déformable, surtout dans la régi on
antérieure qui peut s’étirer jusqu’à devenir presque filiforme. Sur les préparations in loto (animaux fixés,
on état de légère compression), le corps présente un aspect en lancette caractéristique : les deux extrémités
sont effilées régulièrement, l'extréinitc postérieure étant à peine plus élargie que l’extrémité antérieure
Les dimensions du corps sont les suivantes ( longueur et largour mesurées sur des préparations i n
toto\ épaisseur sur coupes transversales et longitudinales sériées) :
— longueur : 7,60 à 13,70 mm (moyenne 10,10),
_ largeur : 1,80 à 3,20 mm (moyenne 2,30),
_ épaisseur ; 0,50 à 0,90 mm (moyenne 0,70).
Source ; MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
31
FlGUHE 5
llucmulolocchus pyreaaicus (Combes, 1905)
Abréviations : voir page 12
Source : MNHN, Paris
32
CLAUDE COMBES
Cuticule :
Mince (4 àS il.), lisse; aucune «pinulation n’a été conalalw, ni sur le vivant, ni sur lot préparations
in loto, ni sur les coupes histologiques.
Ventouses :
Elles sont circulaires et non papillcuscs.
la ventouse orale est suli-terminale ; son diamètre est île 390 à 670 |x (moyenne : -180 |i).
\a ventouse ventrale est située un |>cu en arrière ilu tiers antérieur du corps; son diamètre est J«» -
260 à 430 il (320).
I_a distance entre les deux ventouses varie de 2,76 à 4,98 min (3,41). le rapport VO/VV est égal ù
1,50 eu moyenne; il varie peu autour do ce chiffre; le rapport le plus lias que nous avons observé est égal à
1,36, le plus haut à 1,72. Sur le vivant, nous avons constaté que les parasites se fixent très faiblement
à lu paroi pulmonaire et se laissent extraire avec lu plus grande facilité.
Appareil digestif :
Il n’existe pas de prépharynx. Le pharynx a nu diamètre transversal do 180 ù 2411 p. (220) ot un dia¬
mètre antéro-postérieur de 160 à 230 |X (200). L'œsopliagc est court (250 |t environ), étroit (70 |x).
Les caecums s’étendent sur les côtés du corps, en suivant un tracé sinueux dû A la présence des autres
organes (testicules, utérus); leur calibre est peu vurinble (140 ù 200 p) sauf a leur extrémité où ils se dilatent
légèrement. Ils se terminent A environ 1 mm de l’extrémité postérieure du corps, mais ils ont rarement la
même longueur; l’un dos deux, soit le gauche, soit le droit, s'approche généralement davantage de l’extré¬
mité du corps que son voisin. Ils sont toujours bourrés de globules sanguins en cours do digestion.
Appareil reproducteur femelle :
L’ovaire est situé juste en arrière de lu ventouse ventrale, latéralement, soit dans la moitié droite
soit dans la moitié gauche du corps. Celle variation ne nous parait obéir & aucune statistique précise; sur
45 individus nous en avons noté 26uvec l’ovaire A gauche et 19 avec l’ovaire A droite. La longueur de l’ovaire
varie de 1.100 A 1.300 |x (moyenne : 1.180), sa largeur, de 570 A 650 |i (610). Il est profondément lobé
sur son bord externe, presque régulier sur son bord interne; le nombre des lobes vuric do 2 à 10; | tt
profondeur des entailles dépasse la moitié do la largeur «le l’organe.
L'oviducte, court et étroit, prend naissance dans la région interne do l’ovaire.
Los coupes sériées ne nous ont pus permis «le mettre en évidence un canal de Ijuirer. Cola est eu
accord avec les indications données par OtiENlNO (1958) pour l'ensemble dos llaematolochidae, mais non
avec lo travail de Ebkaiiimzadeii (1966) qui a observé un canal «le Laurcr «le nature euticulaire chez llaenui-
tolocchus varie gatus Looss, 1899.
Le réceptacle séminal est très développé (jusqu’A 1.200 sur 920 |i); il est situé au même niveau
«|uc l’ovaire, dans lo côté opposé du corps, mais s'avance venlraleincnt au-dessous «le lui. Sur les coupes
sériées, on observe, du côté dorsal, le canal du réceptacle séminal, très court (20 |i) et étroit (3 |i).
La glande «le Mohlis est bien développée; ollo est située au voisinago de l’ovaire, A peu près dans l c
plan de symétrie du corps.
Les vilcllogènes se présentent sous forme de groupes (ou rosettes) do follicules qui sont situés à
droite et A gauche du corps, dorsalemenl, entre les limites suivantes : vers l'avant, ils s’approchent jusqu’à
1 mm environ de In ventouse buccale; vers l’arricre, ils se terminent au niveau du milieu du testicule posté¬
rieur. Ces limites peuvent être légèrement dépassées, mais il n’existe jamais «le vilcllogènes «luns l’espacu
post-testiculaire.
La disposition «les vitelloductcs est très particulière cl constante : lo schéma fondamental
(2 vitelloductcs longitudinaux, 2 vitelloductes transverses, 1 vilolloducto médian) est classiquo, muis h,
partie postérieure des vitelloductcs longitudinaux ne reçoit pas le même nombre de rosettes de chaque côtt ;
du côté opposé à l’ovaire, il y a 3 groupes do 2 rosettes, donc 6 rosettes au total; du côté «le l’ovaire, il y a
seulement 3 rosettes isolées. La région antérieure «le l'appareil vitclliu est symétriipic : 3 groupes de 2 ro¬
settes do chaque côté. Il y a donc un total de 21 rosettes de follicules. Cotlo disposition, qui nous avait
échappé en partie lors de notre description initiale, ne semble pas avoir été mentionnée chez les autres
espèces du genre. Une pareille dissymétrie n’est pus sans rappeler celle que nous uvons mise en évidence
chez //. cylindracca.
L'utérus occupe un volume très important : il possède une branche descendante et une branche
ascendante, qui forment de très nombreuses boucles, on particulier dans la région post-testiculaire; ij
existe, «l’une manière constante, des boucles utérines extra-caecales qui remontent depuis l’extrémité
postérieure jusqu’au niveau du milieu du testicule postérieur; dans quclipios «-as, ces boucles extra-cac-
cales atteignent le niveau du bord antérieur du testicule postérieur, mais elles ne le dépassent jamais vers
l'avant. L’utérus aboutit au pore génital commun «pii est ventral, médian, situé exactement au niveau du
bord antérieur du pharynx. .
Les œufs sont de couleur brun clair A brun foncé presque noir, la limite du clupet d'ouverture est
bien visible. Ils mesurent de 22 à 25 1 1 (23) sur 14 à 17 p (16).
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
33
Appareil reproducteur mâle :
Les testicules sont disposés en diagonale dans la région située en arrière de la ventouse ventrale;
l’un des testicules est toujours nettement décalé en avant par rapport à l’autre ; si l’ovaire est à gauche du
corps, c’est le testicule droit qui est en avant ; si l’ovaire est à droite, c'est le testicule gauche.
Les deux testicules sont allongés dans le sens de l’axe de l’animal et leur longueur est toujours supé¬
rieure au double de leur largeur. Le testicule postérieur est toujours le plus développé.
Testicule antérieur :
— longueur, 1.800 à 4.170 p (2.220);
— largeur, 610 à 1.570 p (930).
Testicule postérieur :
— longueur, 1.990 à 4.670 p (2.680);
— largeur, 570 à 1.300 p (840).
Les testicules sont lobés, principalement sur leur bord externe (le bord interne est soit lisse, soit
faiblement lobé). Le nombre des lobes varie de 3-4 à plus de 15; il dépasse 10 assez souvent. La profondeur
des entailles peut atteindre la moitié de la largeur du testicule: plus généralement, elle est égale au tiers de
Les canaux déférents prennent naissance à l’extrémité antérieure des testicules, se dirigent vers
l’avant et se jettent au même point, à l’extrémité postérieure de la vésicule séminale.
La vésicule séminale, très longue, flexueuse, s’étend depuis le niveau de l’ovaire jusqu’au niveau
du pharynx, où elle rejoint la partie postérieure de la poche du cirre; son diamètre est régulier (105 p
d’après les coupes sériées).
1-a poche du cirre, ventrale, mesure 440 p de longueur sur 75 p de diamètre ; elle débouche au pore
génital.
Appareil excréteur :
La vessie n’est pas visible sur les individus montés in loto. Par contre, on l’observe très bien sur
les coupes sériées. Elle forme un Y dont la branche médiane est beaucoup plus longue que les branches
paires, la bifurcation se faisant au niveau du bord postérieur du réceptacle séminal. Par rapport à ce der¬
nier, les branches paires sont en position latéro-ventrale; vers l’avant, elles se terminent à 1 mm environ
du pharynx.
GORGODERA EUZETI Lecs et Combes, 1967
G. euzeti a été décrit par Lees et Combes (1967), d’après des exemplaires recueillis
chez R. temporaria et B. bufo.
Description
Les dimensions sont données d’après 30 individus mûrs, montés en préparations in toto.
Corps (fig. 6) :
Il est très allongé, aplati dorso-ventralemenl, extrêmement déformable sur le vivant.
Ses dimensions sont les suivantes (l’épaisseur est mosurée sur coupes sériées) :
— longueur : 3,80 à 11,50 mm (moyenne 5,9);
— largeur : 0,73 à 1,80 mm (moyenne 1,12);
— épaisseur : 0,30 (au niveau de l’ovaire) à 0,55 mm (au niveau de la ventouse ventrale).
Cuticule :
Elle est mince (4 p) et lisse.
Ventouses :
Elles sont circulaires et légèrement papilleuscs.
La ventouse orale a un diamètre de 297 à 754 p (410).
La ventouse ventrale est approximativement située au 1/6 antérieur du corps; elle a un diamètre de
320 à 903 p (585).
Le rapport ventousaire VO/VV est égal i 0,71.
La distance entre les ventouses (mesurée entre l’ouverture buccale et le centre de l’acétabulum)
est de 630 à 1.486 p (992).
Le rapport distance entre ventouses/longueur du corps est égal en moyenne à 0,17.
Appareil digestif :
La cavité buccale donne directement accès à l’œsopliage ; il n’existe pas de pharynx.
L’œsopliage est court : 126 à 686 p (440).
La bifurcation intestinale est située à peu près à mi-chemin entre les deux ventouses.
Les caecums latéraux, peu sinueux, se terminent à une distance assez variable de l’extrémité posté¬
rieure du corps.
Source : MNHN, Paris
34
CLAUDE COMBES
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPIIIBIENS
35
La distance entre l’extrémité du cæcum situé du côté de l’ovaire et l’extrémité postérieure du corps
varie de 57 à 709 [X (286). La distance entre l’extrémité du cæcum situé du côté opposé à l’ovaire et l’extré¬
mité postérieure du corps varie de 69 à 537 [i (234).
Sur coupes sériées, les cæcums, de section sub-circulaire, montrent un épithélium fortement aplati.
Appareil reproducteur femelle :
L’ovaire, de forme un peu irrégulière, est en général faiblement lobé, parfois réniforme. 11 est situé
juste en arrière des vitellogèncs.
Son diamètre antéro-postérieur varie de 240 à 697 |i (390), son diamètre transversal de 137 à 537 p.
(287).
L’oviducte mesure de 200 à '100 [t de longueur.
Les vitellogènes comprennent 6 à 9 follicules de chaque côté, le nombre 8 étant le plus courant.
Ils sont situés en arrière de la ventouse ventrale, à une certaine distance de celle-ci (environ 1 mm). Chaque
follicule mesure en moyenne 130 sur 80 pL. Il existe 2 vitelloductes transverses et 1 vitelloduclc médian,
tous très courts, aboutissant à l’ootype.
La glande de Mehlis est situéo entre les deux paquets de follicules vitcllins, autour de l’ootype.
Le canal de Laurer, long et rectiligne, s’ouvre par un pore latéro-dorsal en arrière de la zone des
vitellogènes.
La partie descendante et la partie ascendante de l’utérus forment de nombreuses sinuosités dans la
région post-ovarienne. La branche ascendante se continue en avant de l’ovaire et aboutit au pore génital
commun; sa partie terminale est ciliée. Le pore génital, médian, est situé entre le niveau de la bifurcation
intestinale et celui du bord antérieur de l’acétabulum.
Les œufs, de couleur jaune paille, mesurent de 20 à 37 |Z (moyenne 27) sur 17 à 25 |X (19). Ils sont
dépourvus de clapet : les œufs de la portion terminale de l’utérus renferment des miracidiums bien formés
qui s’échapperont après la ponte par éclatement de la coque; cet éclatement est consécutif à une variation
de pression osmotique (passage do l’œuf, de l’urine dans l’eau du milieu extérieur).
Appareil reproducteur mâle :
Il existe 9 testicules, 5 côté ovaire, 4 côté opposé. Ce nombre peut se réduire : l’un de nos exem¬
plaires, entièrement normal par ailleurs, présente un seul testicule, du côté opposé à l'ovaire. D’autres pré¬
sentent des testicules en nombre compris entre 2 et 8.
Le testicule le plus antérieur est situé immédiatement en arrière du niveau du bord postérieur de
l’ovaire. Lo testicule le plus postérieur est toujours situé en avant de la terminaison des cæcums. Les deux
rangées de testicules sont franchement séparées; la rangée qui comprend quatre testicules est toujours
décalée vers l'avant par rapport & l’autre; dans quelques cas, la rangée de 4 testicules est même entière¬
ment en avant de la rangée de 5 testicules.
La forme des testicules est irrégulière, surtout chez les individus jeunes; elle tend à devenir plus
arrondie chez les individus âgés.
Chaque testicule mesure :
— diamètre transversal : 126 à 583 |z (303);
— diamètre antéro-postérieur : 137 â 514 |i (229).
Un canal déférent relie entre eux les testicules d’un mente côté du corps. Les deux canaux se réu¬
nissent dans la région posl-acétabulaire pour former un canal déférent commun qui se renfle en une vési¬
cule séminale globuleuse située juste en avant de la ventouse ventrale. De cette vésicule s’échappe ventra-
lemcnt un canal très court qui aboutit au pore génital. II n’y a pas d’appareil copulateur différencié.
Appareil excréteur :
La vessio est un tube sub-rcctilignc, étroit, de section circulaire, s’étendant dorsalcment depuis la
région post-ovarienne jusqu'au pore excréteur; celui-ci est postérieur, sub-terminal dorsal. A l’avant, la
vessio reçoit deux canaux collecteurs conformément au schéma donné pour le genre Gorgodera par Byrd,
Venard et Reiber (1940).
GORGODERINA VITELULOBA (Olsson, 1876) Looss, 1902
Le genre Gorgoderina a été divisé en deux sous-genres, d’une part par Pereira et
Cuocolo (1940), d’autre part par Pigulevsky (1953), puis en trois sous-genres par Fernandes
(1958).
Pereira et Cuocolo distinguent les sous-genres Gorgoderina et Neogorgoderina',
le premier de ces sous-genres possède des vitellogènes à lobes parfaitement libres, le second
possède des vitellogènes à lobes compacts ou superficiellement lobés.
Pigulevsky distingue les sous-genres Gorgoderina et Gorgorimma; le premier a des
3 a.
Source : MNHN, Paris
36
CLAUDE CUMULS
vitellogènes très éloignés (le l’acétabuluni; le second très rapprochés ou au contact de l’acéta-
buium.
Fehnandes (1958) a ajouté aux sous-genres de Pigulevsky, le sous-genre Mctagorgo-
derina, caractérisé par des acini vitellins totalement individualisés. Cet auteur a résumé dans
des tableaux les caractéristiques des espèces connues en 1958.
L’espèce vitelliloba se placerait dans le sous-genre Gorgoderina de Pereir a et Cuocolo,
dans le sous-genre Gorgoderina également de Pigui.evski ou de Fernandes.
Nous renvoyons à Dollkus (1958), p. 553 à 556, pour une discussion critique de ces
divisions taxonomiques.
G. vitelliloba est une des deux espèces européennes du genre, la seconde étant G. skja-
bini Pigulevsky, 1953. G. vitelliloba est connue du Nord de l’Europe (Suède, Allemagne,
Pologne, U.R.S.S.) de Grande-Bretagne, de France, également d’Asie (Sibérie) et Afrique
(Maroc).
Description
Les dimensions sont données d’après 20 individus mûrs montes en préparations in loto.
Corps (fig. 7) :
Très allongé, aplati dorso-ventralcment, il est très déformable sur le vivant.
Scs dimensions sont les suivantes (l'épaisseur est mesurée sur coupes sériées) :
— longueur : 4,00 à 11,95 mm (7,20);
— largeur : 0,86 à 1,82 mm (1,25);
_ épaisseur : 0,30 mm au niveau de l’ovaire & 0,60 mm au niveau do la ventouse ventrale.
Cuticule :
Elle est mince (3 p) et lisse.
Ventouses :
Elles sont circulaires et finement papilicuscs.
La ventouse orale a un diamètre qui varie de 389 à 700 p (490).
La ventouse ventrale est située approximativement au niveau du 1/6 antérieur de l’animal; son dia¬
mètre varie de 514 à 1.050 p (820).
U rapport ventousaire VO/W est égal à 0.60 en moyenne.
La distance entre les ventouses est de 910 à 2.060 p (1.257).
Le rapport distance entre ventouses/longueur du corps est approximativement de 0,18.
Appareil digestif :
La cavité buccale donne directement accès à l’œsophage; il n’existe pas de pharynx.
L’œsophage est court : 331 à 629 p (405).
La bifurcation intestinale est plus proche de la ventouse orale que de la ventouse ventrale sur la mujo-
rité des individus.
Les cæcums latéraux, peu sinueux, sont de calibre assez régulier : 80 à 160p(119). Ils se terminent
à peu de distance de l’extrémité postérieure du corps : 229 à 1.030 p (556).
Appareil reproducteur femelle :
L'ovaire est grossièrement sphérique, de contour peu irrégulier, jamais lobé. Il mesure de 286 à
651 p (450) sur 207 à 411 p (370).
L’oviducte est long, l’ootype (situé entre les vitellogènes) se trouvant nettement en avant de l’ovaire
Les vitellogènes forment deux masses lobées qui prennent place loin en arrière (1 à 1,2 mm) dé
l’acétubulum. Chaque masse comprend do 2 à 7 lobes; ces lobes sont profonds, mais les follicules ainyj
formés no sont pas parfaitement distincts à leur base; 2 vitclloduetes transverscs et 1 vitelloducS
médian aboutissent à l’ootype.
la glande de Mehli» se trouve autour de l’ootypo, entre les doux masses de l'appareil vitcllin.
Le canal de Laurcr, long, prend naissance sur l’oviducte à mi-chemin entre l'ovairo et l’ootyp 0
L’utérus est très développé; ses branches descendante et ascendante forment des sinuosités irré KU '
lières et serrées les unes contre les autres, dans toute ia région post-ovarienne. En avant de l’ovaire, jé
branche ascendante forme encore quelques sinuosités, dont la dernière aboutit au pore génital ; la part;*
terminale de l’utérus a une lumière ciliée. Le pore génital, ventral et médian, est situé juste en avant
l’acétabulum.
Les œufs de couleur jaune-paille à brun clair, mesurent de 25 à 33 p (moyenne 31) sur 16 à 22
(19). Ils sont dépourvus de clapet (l’éclosion se fait dans les mêmes conditions que chez G. euxeli). **
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES
MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
37
Source : MNHN, Paris
38
Appareil reproducteur mâle :
Il existe 2 testicules, situés l'un derrière l'autre, légèrement en diagonale, dans la moitié posté¬
rieure de ranimai. Ils sont allongés dans le sens rie l’axe du eorps. de eontour toujours irrégulier, quelque¬
fois lobé. Leurs dimensions sont : ‘WM) à 1.063 |i (714) sur 250 à 571 p (.155) pour le testicule antérieur;
629 à 1.257 p (980) sur 297 A 537 p (370) pour le testicule postérieur.
Les canaux déférents prennent naissance A l'avant des testicules et confluent en un canal unique
dans la région post-acétabuluire. Ce canal se renfle en une volumineuse vésicule séminale Hiluéo entre la
bifurcation intestinale et l'ueétabulum. La vésicule donne naissance A un canal très court qui débouche au
pore génital.
Appareil excréteur :
La vessie u la forme d'un tube sub-rectiligne dorsal se terminant en avant par deux petits lobes repré¬
sentant l’aboutissement dilaté des canaux collecteurs, conformément au schéma indiqué par Byrd,
Venabd et Ruser (1940).
CHAPITRE II
CYCLES BIOLOGIQUES
Pour chacune des cinq espèces de Digenea rencontres chez R. temporaria, nous avons
étudié expérimentalement le cycle biologique depuis le premier hôte intermédiaire jusqu’à
l’hôte définitif, c’est-à-dire le cycle complet à l’exclusion de la phase d’infestation primaire du
Mollusque. Les stades larvaires des parasites étant, soit inconnus à ce jour, soit incomplète¬
ment étudiés, font l’objet d’une description morphologique, aussi précise que possible, à
l’exception des miracidiums.
Pour chacune de nos cercaires, nous ferons une place à la description topographique
des sensilles (« papilles tactiles » de Baer et Joyeux, 1961); « sensillae » de Ginetsinskaya
et DOBROVOLSKI, 1963). Ces soies très fines, insérées chacune au centre d’un bouton cuticulairc
en relief, ont été figurées sur de nombreuses cercaires et même par plusieurs auteurs du xix"
siècle. Mais, bien que, dès 1934, Gordon, Davey et I’easton aient proposé une méthode de
coloration des sensilles (■ sensitive hairs »), peu d’auteurs sc sont attachés à leur topographie
précise jusqu’à ces dernières années. Nous pensons, à la suite de Ginetsinskaya et Dobro-
volski, que la répartition des sensilles à la surfucc du corps est un élément important d’iden¬
tification. Utilisant la méthode extrêmement simple décrite par ces auteurs, nous avons pu
constater que, pour une espèce donnée, la disposition des sensilles est caractéristique. Le pre¬
mier travail donnant une description complète de ce système sensoriel pour une cercaire par¬
faitement identifiée d’un Trématodc d’Amphibien est celui de Dobuovolski (1965) qui a
étudié la cercaire d’O. ranae.
Il sera utile, après l’exumen de nombreuses cercaires appartenant à des unités systéma¬
tiques variées, de définir des termes de chaetotaxic concernant la disposition de ces soies. A ce
moment, il sera d’ailleurs nécessaire de pousser plus loin que nous ne le faisons la mise en
évidence de groupes, et de rechercher par des méthodes plus fines les soies qui peuvent nous
avoir échappé.
Les cercaires décrites et utilisées dans les expériences ont été obtenues à partir d’hôtes
naturellement infestés.
Pour la recherche du cycle expérimental des Digcnea il y a lieu d’effectuer deux séries
d’expériences : une première série d’expériences utilise un certain nombre d’organismes
susceptibles d’abriter la métacercaire. Chaque tentative d’infestation est faite de manière isolée,
c’est-à-dire que l’on leste la possibilité d’évolution ou d’enkystement dans ces hôtes; nous
appellerons cette série recherche des hôtes possibles.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
39
Une deuxième série met en compétition les hôtes possibles, pour déterminer, parmi eux,
celui ou ceux qui, toujours expérimentalement, et placés dans des conditions identiques, sont
les plus « concurrentiels »; nou9 appellerons cette série recherche des hôtes préférentiels.
Nous notons dès maintenant qu’il existe une troisième étape de cette approche, étape
qui sera plus spécialement envisagée dans les chapitres suivants et aboutira à dresser la liste
des hôtes effectivement parasités dans ia nature; nous l’appelons recherche des hôtes effectifs.
Une échelle spatiale pourra être donnée à cette notion d’hôte effectif, par exemple à l’échelle
d’une région géographique, ou, mieux, d’un foyer naturel.
Parmi ces hôtes effectifs, ime étude dynamique de la population pourra enfin permettre
de distinguer l’hôte habituel et les hôtes accidentels : l’hôte habituel, au sens de Ch. Nicolle,
est celui qui, dans un biotope donné, suffit à maintenir le cycle en équilibre; les hôtes acciden¬
tels sont ceux qui, dans ce biotope, ne suffisent pas à eux seuls, à maintenir le cycle en équili¬
bre. Cette distinction parmi les hôtes effectifs est souvent très difficile à établir. Ajoutons qu’on
pourra appeler hôte vicariant un hôte accidentel que la transformation des conditions écologi¬
ques élève, dans une localité particulière, au rang d’hôte habituel.
L’ensemble de nos recherches expérimentales est exposé pour chaque Helminthe sui¬
vant le plan :
1. Généralités. — Bilan des travaux antérieurs à nos recherches, réalisés sur l’espèce consi¬
dérée ou sur des espèces voisines.
2. Recherches expérimentales :
Schéma du cycle. — Étapes essentielles du cycle biologique, d’après nos résultats expé¬
rimentaux.
Stades larvaires. — Description des sporocystes, cercaires et métacercaires.
Hôtes expérimentaux. — Recherche des hôtes possibles et préférentiels, et des processus
de leur infestation.
A. — CYCLE BIOLOGIQUE
DE OPISTHIOGLYPHE RASTELLUS
1. GÉNÉRALITÉS
Joyeux et Baer ont publié en 1927, avec les résultats de leurs propres recherches sur
Opisthioglyphe rastellus, une mise au point détaillée sur les travaux concernant le cycle bio¬
logique de ce Digène. Il ressort de cette mise au point que jusqu’en 1907 on a confondu plu¬
sieurs fois O. rastellus et O. ranae, de sorte que les recherches antérieures à cette date (dont
certaines paraissent au surplus entachées d’erreur) ne peuvent guère être prises en considéra¬
tion. Nous renvoyons à ces auteurs pour un historique détaillé de la question.
Joyeux et Baer ont étudié le cycle du véritable O. rastellus dans la région parisienne.
A l’aide de cercaires émises par Limnaea auric.ularia L. et L. slagnalis L., ces auteurs ont tenté
en vain d’infester toute une série de larves d’insectes, de Crustacés, d’Hirudinées et de Mollus¬
ques. Les seuls résultats positifs ont été obtenus chez les têtards d ’Alytes obstetricans et de
Bufo sp., et, avec un succès très inférieur, chez des larves d’Urodèles. A partir des métacercaires
formées. Joyeux et Baer ont pu infester des Amphibiens adultes ( Rana esculenta, Bufo sp.)
en leur faisant ingérer les têtards.
Nous n’avons connaissance d’aucun travail ultérieur sur le cycle d’O. rastellus, mais il
n’est pas sans intérêt de mentionner les recherches concernant le cycle de l’espèce voisine
O. ranae.
Brumpt (1943) a publié une mise au point sur les travaux concernant ce dernier Tréma-
tode. Carrère (1933), Joyeux et Baer (1953 et 1958 a et b) ont précisé des modalités importantes
de son cycle. Chez O. ranae les métacercaires peuvent se former dans la cavité buccale et la
région branchiale du têtard, puis se libérer à la métamorphose; elles peuvent aussi s’enkyster
dans la muqueuse intestinale de l’adulte et se libérer au bout de quelques jours. Ce cycle à deux
hôtes coexiste avec un cycle à trois hôtes, faisant intervenir la prédation par les adultes de jeunes
Amphibiens encore porteurs de métacercaires.
Source : MNHN, Paris
40
CLAUDE COMBES
2. RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
Schéma du cycle :
Nos propres recherches sur le cycle d’O. rastellus dans les Pyrénées nous ont permis
d’observer la pénétration de la cercaire dans des organismes très variés, mais d’une manière
générale, le cycle se limite aux possibilités suivantes :
a. Cycle à deux hôtes :
— l’œuf est évacué dans le milieu extérieur et éclot dans l’eau;
— le miracidium pénètre chez le Mollusque gastéropode Iiadix limosa (L.) var. pla-
cinlis Dupuy où il donne naissance à un sporocyste, puis à des sporoeystes (ils;
— les xiphidiocercaires, produites par les sporoeystes, s’échappent du Mollusque et
pénètrent activement dans le tégument de la cavité buccale des Amphihiens (têtards, jeunes ou
adultes) où elles s’enkystent superficiellement;
— les métacercaires formées se dékyatent au bout de quutrc à cinq jours et les jeunes
Digènes poursuivent leur maturation dans le tube digestif, aussi bien chez le têtard que chez
le jeune ou l’adulte.
b. Cycle à trois hôtes :
Début du cycle comme précédemment, mais :
— les xiphidiocercaires pénètrent chez les larves aquatiques d’un Insecte (presque
toujours Sialis lutaria)',
■— les métacercaires formées demeurent dans le corps de l’Insecte jusqu’au stade imago
et l’Amphibicn s’infeste en consommant celui-ci.
Stades larvaires (fig. 8) ;
Sporocyste (fig. 8 a).
La dissection des Limnées permet de rencontrer en très grand nombre les sporoeystes
dans l’hépatopancréas; les coupes sériées dans cet organe montrent un envahissement quasi-
total du tissu glandulaire.
Les sporoeystes mesurent jusqu'à 2,0 mm sur 0,4 mm et ont l’aspect de sacs contournés, de section
circulaire, très peu mobiles. Ils sont blancs, et non jaune-citron comme ceux observés par Joyeux et
Baer; cette différence dans la couleur est peut-être en rapport avec la différence d'hôte, la variété glarialis
de R. limosa paraissant une forme bien caractérisée.
Chaque sporocyste contient des bourgeons cellulaires et plusieurs cercaires bien formées.
Cercaire (fig. 8 b-f) :
Morphologie générale :
C’est une xiphidioccrcaire classique (stylet antérieur do pénétration, queue non hifurquée, absence
de taches ocellaires).
Ses mensurations principales sont les suivantes (dimensions moyennes d'après 20 exemplaires
montés en préparations).
— longueur : 340 p,
— largeur : 190 p.
Queue :
— longueur : 220 p,
— largeur : 27 p.
Ventouse orale : 80 p.
Ventouse ventrale : 59 p.
Rapport VO/VV : 1,35.
Stylet : 38 p.
Sur le vivant, la longueur du corps atteint 460 p et celle de la queue 345 p.
La cuticule est spinulée dans sa moitié antérieure, avec disparition progressive des épines v
l'arrière. Mais nous avons noté qu'il existe, dans la région du corps entourant lu base do la queue, uii revê¬
tement de petites épines de 5 p de longueur, analogues à celles observées pur SlNITZIN (1907) chez Ccrca i
gibba. Ces épines péri-caudales n'ont pas été vues par Joyeux et Baer (1927) mais l’utilisation du micr**
scope à contraste de phase les met parfaitement en évidence.
Source : MNHN,
41
ÉCOLOGIE DE D1GÈNES LT MONOGÈNES D AMPHIBIENS
Organisation interne :
Appareil digestif : lo pharynx de petite taille (42 |i de diamètre) est précédé par un prépharynx de
20 à 251 l de longueur. L’œsophage est court (20 p.). Les cæcums, longs, se terminent au voisinage de l'extré¬
mité postérieure du corps.
Glandes de pénétration : nous avons souvent compté 14 cellules glandulaires (7 de chaque côté);
Iiarfois, nous avons compté 6 glandes seulement sur l’un des côtés, mais nous n’avons pu être certain qu’uuo
septième n’échuppait pas à l’observation; nous retenons donc le nombre 14 comme typique. Les glandes
Cycle biologique de Opisthioglyphc raatellus :
n. Sporocystcs;
b. Cercaire, morphologie générale;
e. Cercaire, système excréteur;
il. Cercaire, sensilles «le la face ventrale;
«•• Cercaire, sensilles de la face dorsale;
/. Cercaire, stylet;
g. Métacercaire.
Source : MNHN, Poris
42
CLAUDE COMBES
ont un contenu granuleux et un noyau liyulin. Le» canaux des glande.» cheminent, étroitement groupés, do
chaque côté de la cercaire, jusqu a lu base du stylet.
Glandes kystogenas : dispersée» daim le parenchyme et assez abondantes, elles gênent considérable¬
ment l’observation des organes; pour situer leur importance, précisons quelles sont toutefois beaucoup
moins développées que chez la cercaire bien counuo tic Fasciola hepatica (L.).
Appareil excréteur : la formule des flammes vibratiles est : 2|(6) | (6)| - 24. Nous avons soigneu¬
sement vérifie ce nombre, mais il ne nous est pas possible de donner, sans extrapoler dangereusement, la
disposition exacte des canaliculcs excréteurs. Les deux canaux collecteurs transverses aboutissent suivant
le schéma classique aux extrémités d’une vessie en Y qui s’ouvre à 1 extérieur par un pore postéro-dorsaL
Dans la figure représentant le système excréteur, les flammes dorsales sont en noir, les flammes ventrales
en blanc. 11 en sera de même pour toutes los cercaire» étudiées.
Topographie des sensilles :
Nous avons essayé de répartir les sensilles on une série do groupes, pour la commodité de leur des¬
cription. Dans les figures, nous avons réuni pur des traits les sensilles ayant une disposition constante et
caractéristique.
11 est possible de schématiser comme suit la disposition des sensilles chez la cercaire d’O. raslellua
(fig. 8 d-e) :
Groupe péri-buccal : revêtement du nombreuses sensilles entourant I orifice du stylet et couvrant
une partie de la ventouse orale. Il semble exister un premier cercle de 4 sensilles autour de la bouche, puis
un deuxième cercle d’une vingtaine de sensilles, un amas important tout à fait antérieur cl quatre petits
amas latéraux.
Groupe antéro-dorsal : ligne en forme de U comportant 16 sensilles, auxquelles on peut rattacher do
chaque côté 3 sensilles plus latérales.
Groupe médio-dorsal : 2 petits groupes du 4 sensilles chacun.
Groupes latéro-vcntraux : deux lignes se dirigeant vers la région péri-caudale, en passant de part et
d’autre do la ventouse ventrale; chaque ligne comporte do 8 à III sensilles.
Groupes latéro-dorsaux : deux lignes irrégulières, allant de lu région bucculc à lu région caudale,
comprenant chacune de 25 à 30 sensilles.
Groupe acétabulairo : sur la ventouse ventrale, 9 sensilles centrales et 6 sensilles périphériques.
Groupe caudal : deux sensilles l’une derrière l’autre, sur la partie dorsale de la queue.
La planche 4 (en liaut) montre le groupe antéro-dorsal et le groupe médio-dorsal des sensilles de l u
cercaire d’O. rastellus. Sur la partie inférieure île la planche 4, figurent les sensilles d'une larve de P. inlegcrri -
mum. On note que les sensilles des üigenes cl des Monogènoa sont d’aspects très voisins.
La disposition que nous venons do décrire se rapproche beaucoup de celle observée par Ginet-
sinskaya et Doiirovolski (1963) chez Xiphidioeercaria 1 GineUinskaya, 1959. On y retrouve en particu-
lier, les 2 sensilles caudales ainsi que la curieuse et constante disposition des 15 sensilles de l’acétabulum.
Chez O. ranae, d'après DOBROVOLSKI (1965, p. 217) la disposition générale est également très voisine !
tous les groupes que nous avons décrits chez O. rastellus se retrouvent chez O. ranae, avec d’infimes modi¬
fications de détail, ce qui pourrait attester une parenté étroite entre les doux espèces.
Métaceucaire (fig. 8 g) :
La métacorcaire est ouferméc dans un kyste sphérique mesurant 200 à 220 [X de diamètre. Lu paroi
du kysto est très fine (4 à 5 p) et transparente, que lu métacercaire se trouve chez un têtard ou chez ui lo
Sia lis. La spinulation de la cuticule est bien visible. Le stylet flotte librement à l'intérieur du kyste.
Hôtes expérimentaux des métaccrcaires.
Recherche des hôtes possibles :
En mettant au contact des ccrcuires (que l’on obtient facilement par milliers) «les orga¬
nismes aussi variés que des Mollusques, des Crustacés, des Insectes et de jeunes Poissons, noi, 8
avons constaté qu’il y a possibilité d’enkystement chez de -multiples hôtes, les résultats négatifs
étant la minorité.
Résultats négatifs :
Ceux-ci concernent principalement les Mollusques; qu’il s’agisse de la Limnée-hôte
R. limosa, var. glacialis ou des autres espèces à notre disposition, Galba truncalula (O. p 1 ’
Muller), Ancylus Jluvialilis O. F. Mülicr, Pisidium de diverses espèces, nous n’avons jamais
observé’ de pénétration, ni obtenu de métacercaire, même par des tentatives d’infestation m. a
sive. Cela est un point important, puisqu’on sait que les cercaires de O. ranae peuvent s’enkys¬
ter dans la musculature du pied des Limnées.
Un autre résultat négatif concerne les Hydracariens, fréquents dans les lacs de montagn e
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
43
Résultats positifs :
Nous avons obtenu sans difficulté la pénétration des cercaires et la formation des méta-
cercaires chez les animaux suivants :
Crustacés : Gammarus sp.
Insectes : larves de Mégaloptères ( Sialis lut aria);
larves de Trichoptères ( Limnophilus sp.);
larves d’Ephémernptères (Ephemerella sp., Baetis sp.);
larves d’Odonates ( Acschna sp.);
larves de Diptères ( Aedes sp.).
Vertébrés : têtards d’Anoures (R. lemporaria, B. bufo, A. obstetricans);
adultes d’Anoures (R. lemporaria, B. bufo);
têtards d’Urodèles (S. maculosa),
Poissons (Gambusia affinis).
Nous pensons qu’il suffirait de multiplier les expériences pour allonger démesurément
cette liste.
Ce fait est important, car il diffère des résultats obtenus par Joyeux et Baer (1927)
dans la région parisienne.
Les points de pénétration et d’enkystement des cercaires sont les suivants :
Chez les Crustacés et les larves d’insectes, les cercaires pénètrent en tous les points
d’articulation, mais parfois avec une préférence marquée pour certaines zones; ainsi, chez les
Sialis, la très grande majorité des cercaires se rassemble à la base des branchies abdominales
dont elles percent le tégument articulaire basal. Une fois dans la place, et leur queue laissée à
l’extérieur, les cercaires se déplacent dans le corps de l’insecte, de sorte que finalement une
partie d’entre elles s’enkystent dans l’abdomen et une partie dans le thorax; les organes d'élec¬
tion sont la paroi interne des tergites, la paroi du tube digestif et le tissu adipeux. Nous n’avons
pas observé d’infestation par voie buccale.
Chez les Amphibiens, il ne se manifeste un tropisme net que pour le têtard : dans les
infestations massives, les cercaires viennent s’enkyster en groupes serrés dans les lèvres du
têtard, déformant la bouche et bousculant les rangées de dents labiales; il n’y a de pénétration
nulle part ailleurs dans la peau. Mais si on réalise une infestation plus raisonnable, presque
toutes les cercaires se retrouvent dans la cavité buccale, la région branchiale et le tube digestif
lui-même. Le processus d’aspiration des cercaires avec le courant d’eau respiratoire joue donc
un rôle de premier plan. C’est un phénomène identique qui entraîne la pénétration des cer¬
caires dans la même région du corps chez les Amphibiens adultes; l’expérience montre que,
chez un adulte indemne mis dans un cristallisoir contenant des cercaires, il se forme des kystes
dans les muqueuses buccale et intestinale, et là seulement; il n’y a pas de pénétration par voie
cutanée.
Il importe de préciser que les inétacercaires sont très superficielles, y compris celles du
tube digestif : celles-ci ne traversent pas la paroi intestinale, mais s’enkystent au niveau même
des villosités.
Recherche des hôtes préférentiels :
Dans les expériences ci-dessus, nous avons pu noter que deux catégories d’hôtes parais¬
saient attirer les cercaires beaucoup plus vivement que tous les autres; il s’agit des larves de
Sialis d’une part, des têtards d’Anoures d’autre part.
Une autre série d’expériences nous a montré que si on met avec un lot de cercaires l’un
de ces deux organismes associé à n’importe quel autre de la liste citée plus haut, toutes les
cercaires sans exception se retrouvent dans les Sialis ou dans les têtards.
Nous nous sommes demandé si le tropisme des cercaires les guide plutôt vers les Sialis
ou plutôt vers les têtards dans le cas où ces deux hôtes sont à leur tour mis en compétition.
Nous avons réalisé dans ce but, les deux expériences suivantes :
a. Infestation le 248-1966 :
500 cercaires d’O. rastellus fraîchement sorties d’un lot de R. limosa, var. glacialis
sont mises dans un volume de 200 cc d’eau avec ;
— 10 têtards R. lemporaria, indemnes (vérification sur lot-témoin);
— 10 larves de Sialis lutaria de 2 ans, indemnes (même remarque).
Source : MNHN, Paris
<14
I.AlinF. COMBES
Dissection le 26-8-1966 :
A cette date, plus aucune cercaire ne nage dans le eristullisoir; il y a sur le fond quelques
cercaires mortes. Le tableau 4 indique le nombre de métaeercuirc* identifiées; nous les avons
sommairement classées suivant leur position (cavité buccale ou tube digestif pour les têtards,
tête, thorax ou abdomen pour les Sialis). Les animaux sont classés pur ordre décroissant d’in¬
festation.
Têtards de R. temporaria
Larves de Siulis lutaria
Numéro
Cuv. bucc.
Tubedig.
Total
Numéro
Tête
Thorax
Abdomen
Total I
6
6
1.
28
39
67
3
1
4
2.
30
36
66
3
3
3.
22
29
51
2
2
4.
1
18
28
47
1
1
5.
19
27
46
1
1
6.
23
17
40
1
1
7.
19
13
32
0
8.
11
18
29
0
9.
12
12
24
10.
0
10.
7
12
19
Total gé-
13
5
18
néral. .
421
Tableau 4
b. Infestation le 20-6-1966, à 18 h :
Un têtard et une larve de Sialis de 2 ans, tous deux indemnes (vérification sur lots,
témoins) sont mis dans un cristallisoir contenant un nombre, indéterminé de cercaires d’O.
rastellus.
Dissection le 21-6-1966, à 10 h :
Nous retrouvons 4 métacercaires dans la cavité buccale du têtard et 1.800 ± 50 méta-
cercaires dans le corps de la larve de Sialis. Celle-ci présente une vitalité diminuée, mais est
toujours vivante.
Nous avons renouvelé ces expériences avec des têtards d’âges variés et des larves de
Sialis de 1 ou 2 ans. Tous les résultats montrent qu’il existe lin tropisme préférentiel très net
en faveur de la larve de Sialis. Il semble que les cercaires ne soient guère capables de s’enkyste^
que dans la muqueuse bucco-intestinale (ou à la rigueur labiale) du têtard lorsqu’elles y sont
attirées par le courant d’eau; s'il existe des larves de Sialis au voisinage, un très petit notnbr e
de cercaires échappe à l’attraction infiniment plus forte exercée par les Sialis.
Destinée des métacercaires :
La destinée des métacercaires est totalement différente suivant qu’elles participent au
cycle à deux h êtes (enkystement chez l’Amphibien) ou au cycle à trois luîtes (enkysleinent ch e *
l’Insecte).
Cycle à deux hôtes :
Les métacercaires qui se trouvent dans les muqueuses du tube digestif des Amphibien
(têtards ou adultes) se dékystcnt dans les quatre à cinq jours qui suivent la pénétration. L e
jeunes Trématodes se rassemblent dans l’intestin et commencent leur développement. S
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
45
Il y a là une analogie importante avec le cycle de O. ranae que nous avons rappelé
plus haut, mais il existe aussi une différence :
Chez O. ranae, le dékystement n’est rapide (quatre à cinq jours également) que chez
l’Amphibien adulte. Chez le têtard, la métacercaire, profondément enfoncée dans les téguments
buccaux, n’évolue qu’au moment de la métamorphose en se rapprochant progressivement du
tube digestif pour finir par s’y libérer (Joyeux et Baer, 1953 et 1958).
Chez O. rastellus, le dékystement intervient aussi bien chez le têtard que chez l’adulte;
les jeunes Trématodes apparus dans l’intestin de têtards même jeunes, y commencent un déve¬
loppement normal et nous avons noté à plusieurs reprises l’apparition d’œufs chez le parasite,
avant que le têtard ne soit métamorphosé. Ces parasites subsistent sans dommage dans les
jeunes Amphibiens à la suite de la métamorphose, ce qui explique que, parmi les petites gre¬
nouilles à peine transformées dans la nature, on rencontre des O. rastellus adultes. Nous avons
obtenu ces résultats chez les têtards de R. temporaria et B. bufo, mais également chez ceux
d ’Alytes obstetricans qui n’est jamais parasité en Cerdagne par O. rastellus, ses biotopes de
ponte n’étant jamais voisins des biotopes à R. limosa var. glacialis.
Notons enfin qu’il n’est pas rare de rencontrer, après les infestations massives, quelques
jeunes Trématodes errant dans la cavité générale, le plus souvent à la surface du foie; il s’agit
selon toute vraisemblance de Trématodes issus de métacercaires qui se sont enkystées du côté
opposé à la lumière du tube digestif. Nous avons observé ce fait à plusieurs reprises chez des
grenouilles infestées dans la nature, et ces Opisthioglyphe, s’ils ne semblent pas parvenir à une
totale maturité, n’en subissent pas moins un accroissement de taille tout à fait sensible (jusqu’à
2,0 mm de longueur).
Cycle à trois hôtes :
Les métacercaires qui se trouvent dans le corps des larves de Sialis montrent la desti¬
née la plus classique des métacercaires : elles restent au repos jusqu’à ce que l’insecte, devenu
imago, soit avalé par un Amphibien dans le tube digestif duquel seront libérés les jeunes
Digènes.
L’expérience montre que, une douzaine d’heures après le repas infestant, toutes les
métacercaires sont déjà libérées dans la lumière intestinale.
Il importe d’ajouter que les cercaires qui ont pénétré chez les têtards peuvent faire
l’objet d’un cycle à trois hôtes, dans des conditions assez peu orthodoxes. Nous avons, en effet
montré expérimentalement, que si une petite grenouille, porteuse de jeunes Opisthioglyphe
récemment libérés des kystes, est ingérée par un adulte indemne, les Opisthioglyphe passent
du tube digestif de la proie dans celui du prédateur.
B. — CYCLE BIOLOGIQUE
DE HAPLOMETRA CYLINDRACEA
1. GÉNÉRALITÉS
A notre connaissance, le cycle biologique d 'Haplometra cylindracea a fait l’objet d’un
seul travail d’ensemble, celui de LlNSTOW (1890). Celui-ci décrit les différents stades larvaires
de ce Trématode et mentionne un cycle à deux hôtes intermédiaires, le Pulmoné Limnaea
ovata et le Coléoptère aquatique Ilybius fuliginosus. En fait, Linstow n’a pas réalisé expéri¬
mentalement l’infestation d’/. fuliginosus-, il a retrouvé chez cet insecte des métacercaires
qui! a identifiées aux cercaires émises par la Limnée; ces métacercaires, avalées par des gre¬
nouilles, se dékystent dans le tube digestif et donnent de jetmes H. cylindracea qui gagnent les
bronches et les poumons. Malheureusement la description de la cercairc est assez vague, notam¬
ment en ce qui concerne les glandes de pénétration.
LtlliE (1909) parle à son tour de la cercaire d 'H. cylindracea, mais rapporte simplement
les observations de Linstow.
Enfin, Wesenberg-Lund (1934) décrit sous le nom de Cercaria Haplometrae cylin-
draceae Zed. une cercaire émise par Limnaea stagnalis et dans quelques cas Limnaea palustris.
Il obtient sa pénétration immédiate chez les larves d’un Moustique appartenant au genre Core-
thra, mais ne poursuit pas le cycle jusqu’à obtention de l’adulte. La figure de Wesenberg-
7 56403* 6. 4
Source : MNHN, Paris
46
CLAUDE COMBES
Lund rappelle celle de Linstow mais ne s’y identifie pas complètement; on note qu’elle montre
quatre glandes de pénétration de chaque côté.
L’ensemble de ces travaux laisse donc planer un doute sur le véritable cycle de ce
Digène. Timon-David (1961) a souligné le désaccord sur l’enkystcmcnt.
Nos recherches expérimentales, confirmées par l’observation du cycle dans une série
de biotopes, nous ont montré que, dans le cadre géographique de notre travail, la biologie
d 'H. cylindracea n’a guère de points communs avec les données ci-dessus. Cependant, la mor¬
phologie de la cercaire étant elle-même en désaccord avec la description de Linstow, noua
nous demandons si les recherches de cet auteur, acceptées jusqu'ici sans vérifications, ne sont
pas entachées d'erreur. Il est possible — et même normal — que le cycle d’un Trématode
Digène se fasse suivant des modalités différentes en des lieux différents : mais nous concevons
difficilement que la morphologie d’un stade larvaire ne reste pas, dans ce cas, semblable à elle-
même.
2. RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
Schéma du cycle :
D’après nos recherches, le cycle se déroule schématiquement comme suit :
— l'œuf est évacué dans le milieu extérieur et éolot dans l’eau ;
— le miracidium pénètre chez le Mollusque gastéropode Galba truncalula (O. F. Mill¬
ier) où il donne naissance à un sporocyste puis à des sporocystesfils;
_ l ea xiphidiocercaires, produites par les sporocystcs, s’échappent du Mollusque et
pénètrent activement dans le tégument de la cavité buccale des Amphibiens (têtard ou adulte)
où elles s’enkystent;
— les métaccrcaircs formées se dékystent en moins de 48 h et le jeune Digène gagne
directement les poumons.
Stades larvaires (fig. 9).
Sporocyste (fig. 9 a).
Les sporocystes envahissent en très grand nombre Phépatopancréas du Mollusq Ue>
Ils ont une forme très classique : sac long et contourné, de section transversale sub-rirculaire. J| a
mosurent île 2,0 à 2,8 mm do longueur sur 0.5 inm de largeur. Ils sont de couleur blanche et sont faible,
ment mobiles lorsqu’on les isole dans le liquide physiologique. Ils montrent une puroi mince et contiennent
de nombreuses cercaires à tous les stades de leur morphogénèse.
Cercaire (fig. 9 b-f) :
Morphologie générale :
La cercaire d 'H. cylindracea est une xiphidioceroaire typique, non ocellée, pourvue d’une que u -
simple, sans membrane ondulante. Elle est très déformable sur le vivant : la queue en particulier est capable
de s’allonger considérablement.
Dimensions principales (d’après préparations in tnto).
Corps :
— longueur : 420 p,
— largeur : 250 p.
Queue :
— longueur : 305 p,
— largeur 60 p.
Vontouse orale : 90 p.
Ventouse ventrale : 88 p.
Rapport VO/W : 1,02.
Stylet : 32 p.
La cuticule est spinulée sur toute la surface du corps, mais plus densément dans lu région antérieur
Sur le pourtour de la dépression postéroventrale oit s’insère la queue, on observe un groupe d’épines
peu plus importantes dont la longueur atteint 6 p. La cuticule mesure 3 p d’épaisseur. n
La ventouse orale est subterminale ventrale.
La ventouse ventrale est située un peu en arrière du milieu du corps.
On remarque que le rapport VO/W est très voisin de l’imité.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGÈNES d’AMPUIBIENS
47
Organisation interne :
Tube digestif : le pharynx globuleux (35 |X de diamètre) est précédé par un bref prépharynx (10 |i);
l’œsophage long (65 |i) conduit à des cæcums latéraux atteignant presque l’extrémité postérieure.
Glandes de pénétration : il existe 22 cellules glandulaires (11 de chaque côté du corps), à un niveau
compris entre la bifurcation des cæcums et le bord postérieur de l’acétabulum. Chaque cellule mesure
environ 30 |x de diamètre ; son cytoplasme granuleux entoure un noyau clair de 8 |x. Le nombre de 2 X 11
glandes, extrêmement facile à observer sur toutes nos cercaires, nous éloigne beaucoup des 2x4 (ou 5 ?)
Source : MNHN, Paris
CLAUDE COMBES
glandes figurées par Linstow (1890, pl. 8, fig. 34). Les canaux des glandes, groupes de chaque côté du
corps, cheminent jusqu’à la hase du stylet.
Glandes kystogènes : elle» sont dispersée» dans le parenchyme, peu nombreuses et difficilement
visibles; cette discrétion rend la cercaire particulièrement claire et permet une étude très aisée de l'anatomie.
Appareil excréteur : la formule des flamme» vibratiles est : 2|(3 ■ 3 I 3) t (3 3 + 3)] = 36.
Dans chaque groupe de 3 flammes, il existe une flamme dorsale et doux flammes ventrales. Les canaux col¬
lecteurs latéraux aboutissent de chaque côté à un canal transversal ut les deux canaux transversaux se réu¬
nissent en un canal médian qui débouche dans la vessie. Cette dornièro, très dilatablo et contractile s'ouvre
à l’extérieur par un pore postéro-dorsal.
Topographie des sensilles :
Chez cette espèce, les sensilles sont nombreuses, mais les boutons cuticulaires situés à leur base
sont de petite taille. Les boutons se répartissent de la manière suivante (les groupe» sont homologues do ceux
que nous avons cités pour O. rastellus) :
Groupo péri-oral : environ 80 sensilles, uutour de l’orifice du stylet et sur la ventouse orale, montrant
une disposition très voisine do celle que nous avons observée sur la cercaire d'O. rastellus.
Groupe anléro-dorsal : ligne en forme de U, comportant 12 sensilles.
Groupe médio-dorsal ; nul.
Groupes latéro-ventraux : réduits à 4 sensilles île chaque côté.
Groupes latéro-dorsaux : deux lignes irrégulières comprenant chacune 21) à 25 sensilles.
Groupe acétabulaire : 12 sensilles, à boulons cuticulaires très petits, difficiles à compter.
Groupe caudal : apparemment nul.
Métacercaire (fig. 9 g) :
La métacercaire est enfermée dans un kyste sphérique, mesurant on moyenne 400 |t de diamètre.
La paroi du kyste est extrêmement fine (2 à 3 [4 et transparente. La spinulation de lu cuticule, le stylet, leA
glandes do pénétration permettent une identification aisée de cette métacercaire.
Hôtes expérimentaux de» métacercaircs.
Recherche des hôtes possibles :
Nous avons obtenu les Limitées parasitée» par le» sporocystcs ci’//, cylindracea avec l a
plus grande facilité et nous avons tenté d’infester par les cercaires de nombreux organismes 8e
trouvant à notre disposition.
Résultats négatifs :
Parmi les Invertébrés, nous avons mis en contact avec les ccrcuires :
Mollusques : Galba truncatula;
Radix limosa var. glacialis;
Ancylus fluviatilis;
Pisidium casertanum.
Insectes : larves de Mégaloptères (Sialis lutaria)-,
larves de Trichoptères ( Limnophilus sp.);
larves d’Ephémeroptères (Ephemerella sp., Baelis sp., Ileptagoenia sp .).
larves d’Odonates (Gomphus sp., Aeschna xp., Cordulcgaster sp., Sympd
trumsp .);
larves de Diptères (Simulium sp.)-,
larves de Coléoptères (Ilyltius fuliginosus)-.
Coléoptères adultes (llybius fuliginosus, Hydropurus paluslris).
Les résultats ont été négatifs, en ce sens que nous n’avons obtenu ni pénétration, nj
enkystement, mais encore que nous n’avons observé aucune affinité des cercaires pour Cea
organismes. Il est arrivé souvent que les cercaires se trouvent directement au contact des ani¬
maux en expérience (à cause d’un phénomène que nous exposerons au paragraphe suivant),'
mais nous n’avons jamais noté un quelconque surcroît d’activité des cercaires ou la moindrè
tentative réelle de pénétration. , , , ,
En ce qui concerne les larves d’Odonates Anisoptèrc», le résultat négatif est ù souligne*
tout particulièrement ; nous avons mis les larves dans des cristallisons contenant de nombreuse
cercaires d’H. cylindracea : certaines de celles-ci pénètrent dans In chambre, rectale entraî¬
nées par le courant d’eau respiratoire; d’autres sont ingurgitées par les larves (la vue perça Qte
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
49
de celles-ci et la grande taille des cercaires permettent cette prédation). Dans aucun cas, nous
n’avons rencontré de métacercaires à la dissection, ni obtenu (VH. cylindracea en faisant ingérer
ces larves à des Amphibiens indemnes.
Résultats positifs :
Les seuls résultats positifs ont été obtenus avec les Amphibiens eux-mêmes, têtards et
adultes.
Infestation des têtards :
Si l’on met dans un cristallisoir contenant les cercaires des têtards de R. temporaria
et de B. bufo, il ne faut que quelques minutes pour que l’ensemble des cercaires se trouve
rassemblé à la surface des têtards, et que certaines d’entre elles commencent leur pénétration
(le phénomène est particulièrement spectaculaire avec les têtards de B. bufo, sur la peau noire
desquels les cercaires sont bien visibles à l’œil nu). En même temps, de nombreuses cercaires
pénètrent dans la bouche avec le courant respiratoire, et perforent les téguments des régions
bucco-œsophagienne et branchiale.
Quel que soit l’endroit, la pénétration des cercaires est rapide (10 à 15 mn). Lorsqu’il
s’agit de la paroi de la cavité buccale, la pénétration est limitée à l’épithélium et les mélacer-
caires formées sont très superficielles. Par contre, lorsque la cercaire pénètre à travers la peau
du corps, elle traverse le derme et les muscles pour aboutir dans la cavité générale où elle
s’enkyste. Chose curieuse, les queues des cercaires pénètrent souvent dans la cavité générale
et s’agitent encore au voisinage des kystes plusieurs heures après l’infestation.
Les points de pénétration et d’enkystement se résument ainsi :
Pénétration dans le tégument de la cavité buccale, de la région branchiale ou du début
de l’œsophage; enkystement sur place.
Pénétration dans la peau (à l’insertion des pattes postérieures, au voisinage de la bouche
et des narines, plus rarement des yeux, jamais dans la queue); enkystement dans la paroi dor¬
sale de la cavité générale (plus rarement dans le mésentère).
Avant de suivre la destinée des métacercaires, nous devons revenir sur le processus
d’attraction des cercaires par le têtard. Il ne fait pas de doute qu’il existe un tropisme d’origine
biochimique (chimiotaxie) car les cercaires manifestent une activité particulièrement vive au
contact des têtards. Mais la rencontre est aidée par un phénomène curieux, très délicat à mettre
en évidence.
Les cercaires émettent dans l’eau des filaments extrêmement ténus, d’origine très vrai¬
semblablement glandulaire et chaque cercaire reste attachée à son filament. Si l’on promène
une aiguille dans l’eau, on entraîne avec elle la plupart des cercaires. Lorsqu’on met un têtard
dans l’eau, il suffit donc qu’il exécute quelques mouvements pour qu’il ait de nombreuses
cercaires collées à sa peau ; aussitôt, celles-ci se mettent à ramper, à la recherche d’une zone de
pénétration. Bien entendu, un processus identique se produit pour d’autres organismes, mais
dans ce cas, les cercaires ne pénètrent pas et se remettent rapidement à nager.
Nous avons pu « voir » le filament dans quelques cas exceptionnels grâce à de fines parti¬
cules qui peuvent y adhérer; par contre, nous n’avons pu le mettre en évidence au microscope,
sa fragilité ne résistant pas aux manipulations nécessaires.
Précisons que nous nous sommes demandé si ces filaments n’auraient pas leur origine
dans le mucus du Mollusque. Après avoir effectué plusieurs lavages successifs pour l’éliminer
et avoir continué à observer la présence des filaments, nous croyons pouvoir conclure à l’exis¬
tence réelle de ceux-ci.
Infestation des adultes :
Lorsqu’une grenouille est introduite dans un cristallisoir où nagent des cercaires
A'H. cylindracea, le phénomène d’« accolement » dû à la sécrétion filamenteuse amène les cer¬
caires au contact de la peau de l’Amphibien. Mais chez l’adulte, les cercaires ne pénètrent jamais
à travers la peau : elles rampent à la surface de l’animal, et, bien qu’il soit difficile de suivre
statistiquement les déplacements de ces cercaires, on peut affirmer que certaines au moins abou¬
tissent à la bouche ou aux narines. D’autres cercaires, probablement nombreuses, pénètrent
directement dans la cavité buccale, lorsque l’Amphibien avale de l’eau. Quoi qu’il en soit,
comme dans le cas du têtard, on retrouve peu après l’infestation de nombreuses métacercaires
dans la cavité buccale et la région œsophagienne.
Source : MNHN, Paris
50
CLAUDE COMBES
Destinée des métacehcaires :
Les métacercaires sont particulièrement transparentes et nous avons déjà signalé la
finesse de l’enveloppe kystique.
Au bout de 36 à 48 h, le kyste va libérer son contenu, auquel on doit attribuer déjà la
valeur d’un jeune Haplometra. Cependant, si l’on excepte la perle de la queue et du stylet, il
faut reconnaître que ce jeune Digène est presque identique à la cercaire; en particulier, les
2x11 glandes de pénétration, éléments précieux d’identification, sont toujours visibles.
La destinée du jeune Trématode va être différente suivant la position de la métacercaire.
En effet, celle-ci peut se trouver dans le tégument de la cavité buccale et se dékyste donc « vers
l’extérieur », mais lorsqu’elle se trouve — chez le têtard seulement sur la paroi de la cavité
générale, elle se dékyste « vers l’intérieur ».
Dans le premier cas, les jeunes Haplometra rampent en direction des poumons où l’on
retrouve les plus précoces 48 h environ après l’infestation. Précisons qu’à ce stade les 2 > Il
glandes de pénétration sont toujours identifiables et que le jeune Trématode présente les carac¬
téristiques essentielles de son espèce. 11 ne tarde pas à avaler quelques globules sanguins et
grandit lentement; vingt jours environ après l’infestation, on voit upparaître les gonades du
jeune Haplometra.
Dans le deuxième cas, on se rend compte que les jeunes Trématodes sont prisonniers
dans la cavité générale. Ont-ils une possibilité d’évolution ? Nous avons tenté de suivre leur
destinée : certains d’entre eux subsistent une dizaine de jours dans la cavité générale ; ils se
déplacent, grossissent légèrement et absorbent même du sang (présence de globules de l’Ainphi-
bien dans leurs cæcums), mais nous n’avons pu mettre en évidence ni pénétration directe dan»
le poumon, ni migration par voie sanguine. Il doit s’agir là d’une impasse parasitaire à l’échelle
de l’organe; on retrouve dans la cavité générale des amas blanchâtres en cours d’élimination,
qui sont les restes des jeunes Trématodes n’ayant pu évoluer.
Nous avons signalé ce phénomène, car il est fréquent ou cours des infestations, souvent
trop massives, que l’on effectue en laboratoire. En fait, plus on réduit le nombre des cercaires,
plus grande est la proportion que l’on en retrouve dans la région bucco-pharyngienne. Nous
pensons que la pénétration dans la cavité générale est peut-être une anomalie d’origine expéri¬
mentale.
D’autre part, bien que les poumons des têtards de R. lemporaria et B. bufo soient suffi,
samment formés pour permettre le développement des jeunes parasites et leur survie à la méta¬
morphose que nous avons vérifiée expérimentalement, nous pensons que l’infestation au stade
têtard n’est pas l’origine principale des Trématodes de l’adulte. L’ingestion des cercaires avec
l’eau par les grenouilles de tout âge (comparable à celle que nous avons décrite pour O. raslellus )
doit être considérée comme le mode habituel de 1 infestation.
C. — CYCLE BIOLOGIQUE
DE HAEMATOLOECHUS PYRENAICUS
1. GÉNÉRALITÉS
Actuellement, les cycles de six espèces du genre Haematoloechus sont partiellement o u
complètement connus. Il s’agit île :
H. variegalus variegatus (Rudolphi, 1819) :
1 er hôte : Planorbis vortex (L.), d’après Van Thiel (1922, 1930).
2 e hôte : Anophèles maculipennis Meigen, d’après Van Thiel; ce 2» hôt e
paraît confirmé par des observations fragmentaires de ECKSTON (1922)
Caloptcryx virgo L., d’après Sinitzin (1907).
Hôte définitif ; R. lemporaria, R. esculenta, R. ridibunda, R. arvalis, B. buf 0
B. variegata, B. bombina, Triturus alpestris.
H. similis similis Looss, 1899 :
1 er hôte : Planorbis planorbis (L.) d’après Grabda (1961).
2 e hôte : Cœnagrion haslulalum Charp., C. armatum Charp., d’après Grabda
H ôte définitif : R. lemporaria, R. esculenta, R. ribidunda.
Source : MNHN, Paris
’ampiiibiens
51
ÉCOLOGIE DE DICÈNES ET MONOGÈNES D*
H. sibiricus faponicus (Yamagutl, 1936) :
1 er hôte : ?
2 e hôte : Sympetrum fret/ueuse Selys, Deielia phaon Sclys, d’après Ocata (1943).
Hôte definitif : R.ana nigromaculata Hallowell.
H. parvipiexus (Irwin, 1929) :
1 er hôte : Gyraulus par rus (Say), d’après Kkui.i. (1930, 1931).
2*' hôte : Sympetrum rubicundulum (Say), S. oblusum (Hagen), d’après Kkull.
Hôte définitif : Rana clamitans Latreille.
H. longiplcxus longiplexus Stafford, 1902 :
1 er hôte : ?
2 e hôte : Lestes vigilax llagcn, d’après Kkull (1932).
Hôte définitif : Rana catesbeiana Shaw, R. grylio Slejneger.
H. asper asper Looss, 1899 :
1 er hôte : Galba truncatula (O. F. Müller), d’après Dollfus, Doby et Laurent
(1961), sans certitude de la part de ces auteurs en ce qui concerne l’espèce
exacte d 'Haematoloechus.
2 1 ' hôte : Calopleryx virgo L., d’après Sinitzin (1905, 1907).
Pyrrhosoma minimum (Harris), Agrion pulchellum (Vanderlinden), Lestes
fuscus (Vanderlinden), d’après Odening (1958 b) sur identification des dessins
de Villot (1870).
Cutex hortensis Ficalbi, Culex apicalis Adams, Anopheles maculipennis
Meigcn, et expérimentalement Culex torrentium Martini, Aedes aegypti (L.),
Theobaldia sp., d’après Dollfus, Doby et Laurent (même remarque qu’à
propos du 1 er hôte).
Hôte définitif : R. temporaria, R. esculenta, R. ridibunda, R. arvalis, B. bufo,
B. bombina.
Pour les trente-cinq autres espèces décrites du genre, les hôtes intermédiaires ne sont
pas connus.
Si on dresse un bilan des données rapportées ci-dessus on constate que :
— le premier hôte est généralement un Planorbidae, exceptionnellement un Limnei-
dae. Signalons cependant que certaines cercaires du groupe « prima » — qui sont probablement
des cercaires d’ Haematoloechidae — parasitent des Physidae (on en trouvera la liste dans
Rothschild, 1940, ou Dollfus, Doby et Laurent, 1961), et que Smith (1959) a cru identifier
une même cercaire d’Haematoloechus à la fois chez un Ancylidae, Ferissiaparallela (Haldman)
et chez un Planorbidae, Planorbula armigeura (Say.), en Amérique du Nord;
— le deuxième hôte est, soit un Odonate (ont été citées 8 espèces de Zygoptères et
4 espèces d’Anisoptères), soit un Diptère Nématocère (6 espèces citées).
2. RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
Schéma du cycle.
Le cycle de H. pyrenaicus peut, d’après nos recherches, se schématiser ainsi :
— l’œuf, évacué dans le milieu extérieur, éclot dans l’eau;
— le miracidium pénètre chez le Mollusque Ancylus fluviatilis (O. F. Müller) où il
donne naissance à im sporocyste, puis à des sporocystcs-fils ;
— les xiphidiocercaircs, produites par les sporocystes, s’échappent du Mollusque et
pénètrent dans les branchies d’insectes Odonates Anisoptèrcs ( Cordulegaster annulatus,
Gomphus sp., Aeschna sp.) ou de Plécoptères (Perla sp., Nemura sp.).
— les Amphibiens s’infestent en consommant les insectes.
Vu les connaissances actuelles sur les cycles d’ Haematoloechidae, ce cycle présente un
intérêt particulier.
Source : MNHN, Paris
52
CLAUDE COMUES
C’est le premier cycle à’Haemaloloechus passant de manière authentique par un Ancy-
lidae. Il fait donc exception à tous les cycles (ou fragments de cycle) européens connus chez cette
famille de Trématodes. En outre, la mention comme 2 e hôte intermédiaire de Plécoptères, peu
courante chez les Trématodes, est également nouvelle pour cette famille.
Stades larvaires (fig. 10).
Sporocyste (fig. 10 a ).
Les sporocystes sont contenus en très grand nombre dans l’hépatopancréas du Mollus¬
que, qui est souvent totalement envahi par les parasites.
Ce sont des sacs contournés, de section subcirculaire, mesurant jusqu’à 1,5 sur 0,3 mm, peu mobiles,
de couleur blanche. Leur paroi est épaisse de 3 à 5 [i. Ils contiennent des masses cellulaires indifférenciées,
des cercaires à différents stades de leur morphogénèse et un petit nombre do corcaires entièrement consti¬
tuées. Il y a jusqu’à 10 cercaires possédant leur stylet bien formé par sporocyste; ces cercaires se déplacent
d’un bout à l'autre de celui-ci.
Cercaire (fig. 10 b-f) :
Morphologie générale :
C’est une petite xiphidioccrcaire appartenant au groupe » prima » do SlNITZIN (1905) ou au sous-
groupe du même nom de Sewell (1922), caractérisés par la présence à l’extrémité de la queue d’une mem¬
brane ondulante dissymétrique!» fm-fold » des auteurs anglophones). Cette cercaire est dépourvue d’ocelles.
Ses mensurations principales (sur préparations in loto) sont les suivantes :
Corps :
— longueur : 160 |i,
— largeur : 105 |t.
Queue :
— longueur : 80 |A,
— largeur : 25 g.
Ventouse orale : 37 p.
Ventouse ventrale : 25 |A.
Rapport VO/W : 1,48.
Stylet : 24 [A.
La cuticule est spinulée avec une oxtrême finesse sur toute la surface du corps, bien que moins
densément dans la région postérieure. La spinulation des cercaires d Hacmatoloechidac doit en conséquenc
être regardée comme un élément très suspect pour leur identification spécifique puisque l’adulte d'il,
pyrenaicus possède une cuticule lisse.
La ventouse orale est sub-terininale ventrale.
La ventouse ventrale est située un peu on arrière du milieu du corps.
La membrane ondulante de la queue est fortement dissymétrique; sur la face ventrale elle s’étend
sur le tiers postérieur de l’organe, sur la face dorsale, sur 1/8° postérieur seulement. Elle est finement pli s .
sée; on compte environ 5-6 plis ventralement et 2 plis dorsalement.
Organisation interne :
Tube digestif : le pharynx est petit (14 [A de diamètre), précédé par un prépharyux de 7 à 8 p..
L’œsophage mesure 12 |A de longueur; la bifurcation intestinale prend place dans la région pré-acétabulairo.
Les cæcums digestifs, toujours délicats à observer, se terminent au voisinage de l’insertion caudale.
La présence d’un prépharynx chez la cercaire (alors qu’il n’apparaît pas chez l’adulte) est en accord
avec les autros descriptions de cercaires d'Ilaemaloloechidae.
Glandes de pénétration : elles sont au nombre de 10 et bien visibles; il y a 5 cellules glandulaires de
chaque côté du corps, dont 2 antérieures et 3 postérieures, se distinguant par l’opacité de leur cytoplasme
(plus sombre chez les antérieures). Cela est conforme à ce que 1 on connaît des autres cercaires d'Haemato.
loechidae; en particulier, la description très détaillée d’une cercaire attribuée à H. asper par Dollfus
Doby et Laurent (1961) montre la même disposition; chez la cercaire d H. similis cependant il y a 4 gl ai ,’
des antérieures et 2 postérieures, d’après la description de Grabda (1961). les canalicules des glandes sont
contournés et accolés les uns aux autres de chaque côté; Us aboutissent à la base du stylet.
Glandes kystogènes : elles sont très discrètes et vraisemblablement dispersées en divers endroits
du par ^pp^' excré(eur . ia f ornlu ie des flammes vibratiles, relativement facile à établir, est 2[(3 + 3
i 3) + (3 3 + 3)] = 36. C’est la formule classique des Uaematoloechidae. les canalicules des
flammes vibratUes aboutissent dans des canaux collecteurs longitudinaux qui se déversent dans la vessie
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE UE D1GÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
53
par deux courts canaux transverses. La vessie est en Y, le sommet des branches étant au niveau de l’acétabu-
lum; sur'le vivant, la branche médiane montre une forte dilatation pulsatile et aboutit au pore excréteur
sub-terminal. La dilatation de la branche médiane, très caractéristique, a été également signalée par Doll-
fus, Doby et Laureut chez la cercaire attribuée & H. asper.
Topographie des sensilles :
Les sensilles sont nombreuses, mais, peut-être en raison de la petite taille de cette cercaire, il est
difficile d’y mettre en évidence des ensembles aussi précis que chez les espèces précédentes. On peut cepen¬
dant y distinguer les groupes déjà envisagés :
Groupe péri-oral : environ 75 sensilles, autour de l’orifice du stylet et sur la ventouse orale.
Source : MNHN, Paris
54
CLAUDE COMBES
Croupe antéro-dorsal : nul.
Croupe médio-dorsal : nul.
Groupes latéro-ventraux : une dizaine de sensiiles de cliaque côté, très irrégulièrement alignées
Groupes latéro-dorsaux : très voisins des précédents, mais possédant chacun environ 20 sensiiles'
Groupe acétabulaire : apparemment nul.
Groupe caudal : apparemment nul.
Métacercaire (fig. 10 g) :
La métacercaire est enfermée dans un kyste sphérique do 160 |i de diamètre en moyenne. La paroi
du kyste est fine (4 |x) et transparente. On voit distinctement la spinulation de la cuticule, la vessie, bourrée
de grains réfringents et le stylet, libre à l’intérieur du kyste.
Hôtes expérimentaux des métacercaires.
Recherche des hôtes possibles :
Comme nous l’avons souligné à propos de la description de l’adulte, H. pyrenaicus
est de beaucoup le plus rare des Trématodes dont nous avons eu à rechercher le cycle. Bien que
nous ayons pu identifier la cercaire en plusieurs stations, une seule de celles-ci (station 49)
nous a fourni les Ancylus parasités en nombre suffisant pour des recherches expérimentales-
encore faut-il signaler que la station réellement exploitable recouvre une dizaine de mètres
carrés, et qu’en 1965, nous avons été très près d’épuiser le biotope. Sans doute doit-il exister
des gîtes que nous n’avons pas découverts, mais on ne saurait oublier que sur plus de 3.000
Amphibiens (R. temporaria et B. bufo) examinés dans la région, 20 seulement nous ont livré
H. pyrenaicus.
Il en résulte que nous avons eu pour ce Digène des possibilités expérimentales infé¬
rieures à celles que nous avons eu pour les autres. Le nombre d’espèces que nous avons p u
tenter d’infester s’en trouve réduit, et certains hôtes intermédiaires possibles nous ont peut
être échappé.
Résultats négatifs :
Nous avons mis en contact avec les cercaires :
Mollusques : Ancylus fiuviatilis. Galba truncatula, Radix limosa, var. glacialis.
Insectes : larves de Mégaloptères ( Sialis lularia );
larves de Trichoptères (Limnophibus sp., Rhyacophila sp,);
larves d’Ephéméroptères (Cloeon sp., Ephemerella sp.; Heptagenia sp ) •
larves d’Odonates Zygoptères (Agrion sp.);
larves de Diptères ( Simulium sp., Aedes sp., Chirononus sp.);
Vertébrés : têtards de R. temporaria, B. bufo, A. obsletricans.
Pour aucun des organismes qui précèdent, on n’a observé ni tropisme des cercaires
ni enkystement de celles-ci ; l’ingestion de ces organismes par des grenouilles indemnes n’ *
donné lieu à aucune découverte du parasite.
Résultats positifs :
Nous avons obtenu des résultats positifs avec des larves d’Odonates Anisoptères
Acschna sp., Cordulcgasler annulatus, Gomphus sp., et avec des larves de Plécoptèrcs : Perl "
sp. et Nemura sp.
Infestation des larves d’Odonates :
Les cercaires sortant des Mollusques, très agiles et nageant en pleine eau, sont aspirées
par le courant d’eau de la chambre rectale et se fixent sur les filaments branchiaux dont celle- ;
est tapissée. Lorsqu’on laisse les larves d’Odonates dans un cristallisoir contenant des Ancyl Cs
parasités, au bout de deux ou trois jours, les branchies rectales renferment de nombreuses
métacercaires. Cela ne signifie pas cependant que toute cercaire ainsi aspirée ait nécessairement
le temps de se fixer, car on voit souvent des cercaires qui sont violemment refoulées par le cou
rant de sortie; on a même l’impression que la présence des cercaires entraîne des mouvements
respiratoires plus brusques de la part de l’insecte, mouvements qui peuvent aboutir à chass er
certains parasites.
Nous n’avons jamais observé de métacercaires au niveau du tube digestif proprement dit.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
55
Infestation des larves de Plécoptères :
Après infestation expérimentale, nous avons retrouvé de nombreuses métacercaires
fixées sur les touffes de branchies des larves de Nemura et de Perla, dans les mêmes conditions
que sur les branchies rectales des larves d’Odonates.
Il n’est pas certain que les Plécoptères soient des hôtes naturels du parasite; cependant,
il faut remarquer l’affinité — au moins apparente — de structure qui existe entre les branchies
rectales des Odonates et les branchies externes des Plécoptères. Ce sont précisément ces organes
que parasitent les métacercaires, alors que les branchies des larves A'Agrion bien différentes de
structure, ne les attirent nullement. C’est davantage la structure de l’organe que la position
systématique de l’hôte, qui parait déterminer la pénétration de cette cercaire.
Destinée des métacercaires :
Avalées par des adultes de R. lemporaria ou B. bufo, les métacercaires donnent de
jeunes Haematoloechus qui émigrent vers les poumons, parfois rapidement (quelques jours),
parfois au bout de plusieurs semaines seulement (nous avons trouvé de très jeunes Haematoe-
chus dans le tube digestif trois semaines après l’infestation).
La croissance des parasites paraît très lente, observation déjà faite par Dollfus, Doby
et Laurent (1961) pour //. asper.
D. — CYCLE BIOLOGIQUE DE GORGODF.RA EUZETI
1. GÉNÉRALITÉS
Bien que les Gorgoderidae, et en particulier les espèces du genre Gorgodera soient des
parasites très communs vivant au surplus chez des hôtes faciles à se procurer, les espèces dont
les cycles ont été étudiés sont peu nombreuses et il règne encore beaucoup de confusion dans
la distinction des stades larvaires.
Le cycle de Gorgodera le mieux connu est celui de l’espèce nord-américaine Gorgodera
amplicava Looss, 1899, qui a été étudié par Krui.l (1933, 1935, 1936), Martin (1937) et Good-
child (1945,1948).
Le premier hôte de G. amplicava est un Mollusque Lamellibranche Sphaeriidae,
Musculium partumeium (Say), pour lequel la spécificité parait étroite, puisque Goodchild
(1948) a observé que deux autres Sphaeriidae, dont un du genre Musculium, vivant dans le
même biotope que les M. partumeium infestés, n’étaient jamais parasités.
Le deuxième hôte est, au contraire, très variable. Il peut être :
— un Mollusque Gastéropode appartenant aux genres Helisoma, Physa, Limnaea,
Pseudosuccinea (Krull, 1935, 1936; Goodchild, 1943);
— un Crustacé du genre Cambarus (Martin, 1937);
— un têtard d’Amphibien Anoure, Rana catesbeiona Shaw, R. clamitans Latreille,
R. palustris Leconte, Hyla versicolor Lecontc (Goodchild, 1943).
L’hôte définitif est un Amphibien Anoure, R. catesbeiana, R. clamitans, R. palustris,
R. pipiens brachycephala (Schreber), R. pipiens sphenocephala Cope, Bufo americanus
Holbroock ou un Amphibien Urodèle, Ambystoma maculatum (Shaw) [Goodchild, 1943).
Ce que l’on sait des autres cycles de Gorgodera, particulièrement d’après les travaux
de Sinitzin (1905) sur G. pagenstecheri et G. varsoviensis et de Wesenberg-Lund (1934)
confirme que le premier hôte est un Sphaeriidae et que le deuxième hôte peut être un Odonate.
Des stades larvaires de Gorgoderidae ont été signalés et décrits dès le milieu du
xix® siècle sous le nom de Cercaria macrocerca par De Filippi (1854), Wagener (1857) et
Thjry (1859). Sinitzin (1905) a établi la relation entre les cercaires « macrocerques » et les
Gorgoderidae. Par la suite, divers auteurs ont essayé de classifier les différents types reconnus
de cercaires macrocerques. Les travaux principaux sont ceux de Luhe (1909), Sewell (1922),
Miller (1936), Goodschild (1943). Ce dernier auteur donne (p. 71) une clé de détermination
des cercaires de Gorgoderidae.
Source : MNHN, Paris
56
CLAUDE COMBES
2. RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
Schéma du cycle.
D’après nos recherches expérimentales, le cycle de G. euzeti se déroule comme suit :
_ l’oeuf, évacué dans le milieu extérieur, éclol dans l’eau;
— le miracidium pénètre dans les filaments branchiaux d’un Mollusque Sphaeriidae,
Pisidium casertanum, où il donne naissance à deux générations de sporocystes;
_ les cercaires macrocerques s’échappent des sporocystes et sont mangées par un e
larve d’insecte (Sialis lutaria) ou par un têtard d’Anoure, chez lesquels elles s’enkystent;
— les métacercaires formées demeurent dans le corps de l’insecte ou du têtard jusqu’à
leur métamorphose; l’Amphibien adulte s’infeste en consomment les organismes porteurs de
métacercaires.
Stades larvaires (fig. 11).
Sporocyste (fig. 11 o) :
Les sporocystes sont en nombre relativement restreint (jusqu’à 25 par Mollusque).
Ils se présentent comme des sacs incolores, très peu mobiles, mesurant de 0,8 à 2,0 mm de lon¬
gueur sur 0,3 à 0,6 mm de largeur. Us sont fixés par une de leurs extrémités aux filaments branchiaux du
Mollusque, principalement dans la région basale de ceux-ci. 11 n est pas certain que 1 épithélium des fila,
ments branchiaux recouvre les sporocystes.
Chaque sporocyste contient de très nombreuses cercaires & différents stades de leur morphogénèse ;
ces stades sont en tous points identiques à ceux que Goodchii.» a minutieusement décrits chez. G. iinplicnva,
(1943, p. 420-421).
Cercaire (fig. 11 b-f) :
Le corps de la cercaire est enfermé dans une chambre d’invagination formée par la région antérieure
de la queue; celle-ci, démesurément développée, comprend une dilatation proximale et une longue partie
distale terminée par un petit renflement. Vu son importance, l’étude de la queue fera l’objet d’u n
paragraphe particulier, à la suite de la description du corps eerenrien.
Morphologie générale :
Us mensurations principales sont les suivantes (dimensions moyennes d’après 20 exemplaires
montés en préparations) :
Longueur : 290 (A.
Largeur : 120 p.
Ventouse orale : 52 p.
Ventouse ventrale : 65 p.
Rapport VO/VV : 0,80.
Stylet : 22 p.
Sur le vivant, lorsque la cercaire sort de la chambre d’invagination, sa longueur peut atteindre l e
double de la longueur moyenne indiquée ci-dessus.
La cuticule est lisse, mais les ventouses portent, & leur ouverture, de petits prolongements en bâton
nets mesurant 12 à 13 p do longueur; ces prolongements ont été figurés par SlNlTZlN (1905) chez diverse*
cercaires de Gorgoderidae et par plusieurs auteurs à sa suite. Ces prolongements sont toujours immobile*,
ils sont très densément insérés sur toute la zone qui ferme la concavité de chacune îles doux ventouse**
Il n’existe pas de bouton cuticulaire à la base de ces prolongements en bâtonnets comme c’cst le cas pou r
les sensilles.
Organisation interne :
Appareil digestif : il n’existe pas de pharynx; l'oesophage est long; les cæcums, peu apparent*
s’étendent jusqu’au voisinage de l’extrémité postérieure du corps.
Glandes do pénétration : on compte 12 glandes de pénétration (6 de chaque côté), difficilement
visibles. Les canaux des glandes vont déboucher i la base du stylet ; auparavant, les deux groupes de canaux
correspondant à chacun des côtés du corps, se rapprochent du plan de symétrie au niveau de l'œsophag»
Glandes kystogènes : elles sont abondantes et gênent beaucoup l’observation des autres organe*
Appareil excréteur : les flammes vibratiles sont très nombreuses et, vu l’opacité du parenchyme'
il est très délicat de les compter. Nous croyons pouvoir affirmer cependant, d'après nos observations, qn ’
le système excréteur comprend 2[8(4)] - 64 flammes, comme chez les autres Gorgoderidae pour lesq Uel
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
57
Cycle biologique de Gorgodcra cuzeli :
a. Sporocytes;
b. Cercaire complète, morphologie générale;
c. Corps cercaricn seul, morphologie générale;
a. Ccrcaire, sensillcs de la face ventrale
e. Cercaire, sensillcs de la face dorsale;
/. Cercaire, stylet;
g. Métacercaire.
Source : MNHN, Paris
58
LAUDE COMBES
cette formule a été recherchée, et en particulier,
Reiber ( 1940)- I/» canaux collecteurs aboutissent
cytoplasme finement granuleux, disposition caract
comme chez G. amplicava, d’après Byrd, Venard et
à une vessie tubulaire, bordée par de grandes cellules à
cristiquo chez cotte variété de cercaires.
Topograhie des sensilles :
Chez cette espèce, les sensilles sont peu nombreuses, mais les boutons cuticulaires sont relativement
gros - Us se mettent très bien en évidence par la méthode de Ginetsinskaya et Dobrovolski, même lors¬
que le corps cercarien est à l’intérieur de la chambre d’invagination.
Deux groupes de sensüles seulement sont représentés :
Groupe péri-oral : il existe autour de l’ouverture buccale, un cercle de 10 sensilles, auxquelles se
rattachent quatre groupes de deux scnsiUes chacun, deux au-dessus de la bouche et deux sur les côtés;
serrées autour de l’orifice du stylet, on observe un amas de 12 à 15 sensilles.
Groupes latéro-ventraux : do chaque côté du corps, il existe une ligne de 10 à 12 sensilles, formant
trois sous-groupes à peu près égaux : pré-acétabulairc, post-acétabulaire et péri-caudal.
Tous les autres groupes, définis chez les précédentes cercaires. sont nuis, y compris le groupe caudal.
Cette disposition est assez voisine de celle (pie l’on retrouve dans les figures de SlNITZIN (1905) pour
diverses cercaires macroccrgucs, et de celle qu’indique Goodchild (1939) pour Cercaria conica, cercaire
de Phyllodistomum solidum, autre Corgoderidae. Cependant, Sinitzin d’une part, Goodchild d’autro
part, observent deux cercles de 10 sensilles autour de l’orifice buccal (alors qu’il n’existe jamais qu’un seul
cercle chez la cercaire de G. euzeti) et 6 sensilles sur l'acétabulum (qui n existent pas ici).
Structure de la queue :
De l’extrémité antérieure de la chambre d’invagination jusqu a sa terminaison postérieure, la queue
mesure entre 2,9 et 3,2 mm. En arrière de la chambre d’invagination, il existe un renflement proximal
mesurant en moyenne 250 [X de largeur. En arrière de ce renflement, la largeur de la queue est d’environ
195 iz ; elle décroît régulièrement jusqu’au voisinage de l’extrémité distalc où elle n’est plus que de 70 à
80 |X. La queue se termine par un petit renflement globuleux, particulièrement visible sur les cercaires qu,
viennent de s’échapper du sporocyste, et déjà présent sur la cercaire à l’intérieur même du sporocyste.
Ce renflement et la partie de la queue qui le précède immédiatement possèdent des propriétés adhésives*.
la cercaire peut ainsi se fixer sur la coquille de Pisidium ou à défaut sur tout autre objet. Lorsqu’on examiné
une cercaire évacuée depuis quelques heures, cette région de la queue est toujours couverte de débris variés •
elle prend un aspect boudiné, à la suite probablement des mouvements rythmiques effectués par la cercairè
fixée.
La queue est constituée par un manchon de fibrilles musculaires enserrant un réseau très lâche de
cellules étoilées. Les fibrilles musculaires sont, les unes longitudinales internes, les autres transversales
périphériques. La planche 5 (en haut) représente une photographie de ces fibrilles.
Les fibrilles longitudinales partent du point où la queue se rattache au corps cercarien; vers l’arrière
elles se raréfient jusqu’à disparaître au niveau du renflement sphérique terminal. Elles sont extrêmement
fines (2 |x) et séparées les unes des autres par des espaces réguliers de 10 |X environ. Tout le long de la queu e
sauf au niveau de la dilatation basale, il existe dans la zone médio-dorsale et dans la zone médio-ventrale un
espace plus large (80 |x) dépourvu de fibrilles longitudinales. 11 se forme des anastomoses entre les fibrili es
longitudinales sur le parcours desquelles on observe des renflements nucléés.
Les fibrilles transversales sont encore plus fines que les précédentes (1/3 p. ?) et plus rapprochées
(écartement : 5 |x) ; elles sont présentes d’un bout à l’autre de la queue, et anastomosées entre elles par en¬
droits (voir planche 5). ...
Le réseau situé au-dessous des fibrilles est extrêmement lâche; il est constitué de cellules très irrég u .
lières mesurant jusqu’à 30 [X dans leur plus grande dimension, à gros noyau (7 jx), à cytoplasme finemenï
granuleux, réunies les unes aux autres par de très fins prolongements. Ces cellules ont l’aspect de neurones
dans leur schéma le plus classique. Il semble qu’un prolongement issu de ces cellules chemine sur la fa Co
dorsale et sur la face ventrale, au milieu de l’espace dépourvu de fibrilles longitudinales (planche 5).
La dilatation proximale de la queue renferme do grosses cellules (20 p) à noyau clair, rattachées à l a
paroi de la queue par certains points de leur membrane ; ces cellules, selon l’étal de contraction de la que Ue>
peuvent apparaître sphériques ou polyédriques.
Métacercaire (fig. 11 g) :
La métacercaire est enfermée dans un kyste sphérique do 190 |x de diamètre environ, à paroi mine*
(3-4 |i); la vessie, bourrée de granules réfringents, et parfois les cæcums digestifs sont visibles, mais 0n
n’observe pas d’ébauche des organes génitaux.
Hôtes expérimentaux «les métacercaire».
Les cercaires, fixées par l’extrémité de la queue à une valve du Pisidium ou sur un q Ue ^
conque support, ne vont pas à la rencontre de l’hôte dans lequel elles doivent s’enkyster. Il est
nécessaire qu’elles soient mangées par l’organisme adéquat.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
59
L’étude expérimentale du cycle est ainsi rendue délicate, car la captivité au laboratoire
peut modifier le comportement de certains des animaux que l’on met en contact avec les cer-
caires. D’autre part, un Pisidium parasité fournit, au mieux, cinq à six cercaires par 24 h
et le plus souvent une ou deux seulement. Il est donc difficile d’affirmer qu’une tentative
d’infestation est négative, car on peut parfois douter que des corps cercariens aient été
effectivement ingérés. La cercaire ne manifestant pas de tropisme décelable pour les orga¬
nismes chez lesquels elle s’enkyste, on peut parler de recherche des hôtes possibles, mais non
des hôtes préférentiels.
Recherche des hôtes possibles :
Résultats négatifs :
Les organismes suivants ont ingéré des cereaires sans que nous puissions mettre en
évidence une évolution ultérieure du parasite :
— larves de Cordulegaster sp.
— larves d 'Aeschna sp.
— larves d ’Agrion sp.
Résultats positifs :
Nous avons obtenu la formation de métacercaires d’une part chez les larves de Sialis,
d’autre part chez les têtards de R. temporaria et de B. bufo.
Chez les Sialis, les métacercaires se trouvent dans les tissus qui entourent le tube diges¬
tif, souvent dans le tissu adipeux de l’insecte, soit dans le thorax, soit dans l’abdomen. Il n’est
pas rare de rencontrer les métacercaires par petits groupes de deux ou trois.
Chez les têtards, les métacercaires sont situées contre la tunique séreuse du tube digestif,
presque toujours à son début, parfois même dans la région pharyngienne.
On peut penser que, aussitôt ingérées, les cercaires sortent de leur chambre d’invagi¬
nation, pénètrent dans la muqueuse du tube digestif et traversent celui-ci pour s’enkyster à son
voisinage.
Chez les têtards comme chez les Sialis, les métacercaires subsistent sans altération
après la métamorphose de l’hôte.
Destinée des métacercaires :
Lorsque les Sialis ou les jeunes grenouilles sont ingérées par les Amphibiens adultes,
les métacercaires se libèrent de leurs kystes et gagnent la vessie urinaire. Les ébauches des
organes génitaux deviennent visibles au bout de deux semaines et, à la fin du premier mois,
les jeunes Digènes mesurent jusqu’à 2,0 mm de longueur.
En aucun cas, les métacercaires ne se dékystent spontanément chez le jeune Amphibien.
E. — CYCLE BIOLOGIQUE
DE GORGODERINA VITELLILOBA
1. — GÉNÉRALITÉS
Le cycle de Gorgoderina vitelliloba a fait l’objet d’un petit nombre de travaux qui
montrent qu’il y a accord général sur le premier hôte intermédiaire. Mollusque lamellibranche
de la famille des Sphaeriidae, Sphaerium ou Pisidium.
L’accord n’existe plus à propos du deuxième hôte : selon Sinitzin (1905), les cercaires
s’enkystent chez une larve d’Odonate; selon Lees (1953), elles s’enkystent chez les têtards
d’Anoures. Joyeux et Baer (1948) ont décrit une cercaire de Gorgoderidae qu’ils supposent
être celle de G. vitelliloba, et qui s’enkyste également chez les têtards d’Anoures.
Chez l’espèce américaine Gorgoderina attenuata (Stafford, 1902), dont le cycle a été
élucidé par Rankin (1939), les métacercaires se forment également chez les têtards.
En dehors des travaux concernant l’ensemble du cycle, ou du moins ne laissant aucun
doute quant à l’identité du Trématode, de nombreux auteurs ont signalé des stades larvaires
Source : MNHN, Paris
6Q CLAUDE COMBES
de Gorgoderidae (cercaires de type macrocerque), dont certains appartiennent peut-être à
G.vitelliloba. Nous renvoyons au chapitre précédent pour les mises au point qui les concernent.
L’hôte définitif de G. vitelliloba est soit un Amphibien Anoure, soit plus rarement,
un Amphibien Urodèle. Lees et Mitchell (1964) ont montré qu’avant de gagner la vessie,
les jeunes Digènes peuvent faire un détour par l’appareil rénal.
2. RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
Schéma du cycle.
D’après nos recherches expérimentales, le cycle de G. vitelliloba se déroule comme suit ;
_ l’œuf, évacué dans le milieu extérieur, éclot dans l’eau;
_ le miracidium pénètre dans les filaments branchiaux d’un Mollusque Sphaeriidae
du genre Pisidium où il domie naissance à deux générations de sporocystes;
_ les cercaires macrocerques s’échappent des sporocystes et sont mangées par v»n
têtard d’Anoure ou par une larve d’insecte (Sialis lutaria ), chez lesquels elles s’enkystent-
— les métacercaires demeurent dans le corps du têtard ou de l’Insecte jusqu’à leu t
métamorphose; l’Amphibien adulte s’infeste en consommant les organismes porteurs
métacercaires.
Stades larvaires (fig. 12).
Sporocyste (fig. 12 a) :
On rencontre ordinairement de 10 à 25 sporocystes par Mollusque parasité.
Les sporocystes sont des sacs incolores, allongés, peu contournés, de section transversale subcir.
ciliaire, fixés à la base des filaments branchiaux du Mollusque. Ils sont très semblables aux sporocystes dè
G. euzeti mais leurs dimensions sont moins élevées : 0,7 à 1,4 mm de longueur sur 0,2 & 0,5 mm de largeur.
Cercaire (fig. 12 b-f) :
L’allure générale rappelle beaucoup celle de la cercaire de G. euzeti : le corps ccrcarien est enfermé
dans une chambre d’invagination formée par la partie antérieure de lu queue; celle-ci comprend une dil a .
tation proximale et une longue partie distale; mais celle-ci est simplement arrondie à son extrémité et
comporte pas de renflement terminal comme chez G. euzeti.
Morphologie générale :
Les mensurations principales concernant le corps cercarien sont les suivantes (dimensions moyenne»
d’après 20 exemplaires montés en préparations) :
Longueur : 350 p.
Largeur : 140 p.
Ventouse orale : 65 p.
Ventouse ventrale : 94 p.
Rapport VO/VV : 0,70.
Stylet : 27 p.
La cercaire vivante peut s’allonger jusqu’à atteindre une longueur de 700 p.
La cuticule est lisse. Les ventouses portent, sur le pourtour de leur concavité, des prolongements
bâtonnets identiques à ceux que nous avons décrits chez G. euzeti.
Organisation interne :
L’appareil digestif, les glandes de pénétration, les glandes kystogènes et l’appareil excréteur nou
ont paru en tous points semblables à ceux de la cercaire de G. euzeti. En particulier, le nombre des proto
néphridics, très difficile à établir, nous parait être de 64. Chez aucune des deux cercaires, on ne voit d’éba^'
ches génitales, susceptibles d’aider à leur identification.
Topographie des sensilles :
Ici encore, nous renvoyons à la description donnée pour C. euzeti ; les groupes latéro-ventraux g 0
simplement un peu moins fournis (8 à 10 sensilles seulement de chaque côté).
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOCIF, DE DIGENES ET MONOGÈNES d’AMPHIBIENS
61
Structure de la queue :
La queue mesure de 2,8 à 3,0 mm de longueur. La dilatation proximale, moins marquée en général
que chez G. euzeti, mesure environ 220 p de diamètre. En arrière de cette dilatation proximale, la largeur
de la queue est de 180 p; elle diminue régulièrement vers l’arrière et n’est plus que de 50 p au voisinage de
l’extrémité postérieure ; nous rappelons que celle-ci est arrondie, sans renflement globuleux. La région dis¬
tale de la queue ne se fixe pas à la coquille du Pisidium ou & des particules de vase, comme dans le cas
de G. euzeti : la cercaire est libre et nageante.
Cycle biologique «le Gorgoderina vitelliloba :
a. Sporocyste;
b. Cercaire complète, morphologie générale;
c. Corps cercarien seul, morphologie générale;
d. Cercaire, sensilles de lu face ventrale;
e. Cercaire, sensilles de la face dorsale;
f. Cercaire, stylet;
g. Métaccrcuirc.
Source : MNHN, Paris
62
CLAUDE COMBES
La structure de la queue est semblable dans ses grandes lignes & celle de la cercaire de G. euzeti ;
on retrouve les fibrilles musculaires longitudinales et transversales, le réseau de cellules étoilées, les cellule»
qui remplissent le renflement proximal. Nous avons noté les légères différences suivantes :
— les noyaux des fibrilles musculaires forment des dilatations plus marquées que chez G. euzeti ;
ces dilatations sont comme suspendues à l’intérieur de la queue;
— les cellules étoilées sont en général plus grosses et leur cytoplasme est davantage granuleux chez
G. vitelliloba ; ces cellules sont visibles sur la planche 5 (en bas).
— les cellules de la dilatation proximale sont plus lâches chez G. vitelliloba.
La planche 5 montre deux photographies prises sur le vivant et représentant la structure de la queu e
des cercaires de G. euzeti (en haut) et de G. vitelliloba (en lias). On y voit les différences concernant les
noyaux des fibres musculaires et les dimensions des cellules étoilées.
Caractères distinctifs des cercaires de G. euzeti et G. vitelliloba :
Si on résume les caractères distinctifs des cercaires de G. euzeti et G. vitelliloba *
on constate qu’il peut y avoir une réelle difficulté à les distinguer lorsqu’on les utilise dans
des expériences d’infestation. On dispose des trois caractères principaux suivants :
' G. euzeti
G. vitelliloba
Cercaire fixée
Queue avec extrémité pourvue
d’un petit renflement
Rapport ventousaire = 0,80
Cercaire libre
Queue avec extrémité arrondie
Rapport ventousaire = 0,70
Les autres caractéristiques (longueur du stylet, structure histologique de la queue)
sont pratiquement impossibles à utiliser lorsqu’on ne peut pas monter les cercaires en pré-
paradons microscopiques.
Encore doit-on ajouter que l’aspect de la queue des cercaires varie sensiblement sui.
vant leur nombre d’heures de vie : les renflements nucléés décrits chez G. vitelliloba ont
tendance à s’estomper au bout de quelques heures.
Le caractère « fixé » ou « libre » de la cercaire est lui-même susceptible d’exceptions ;
il arrive que des cercaires de G. euzeti nagent librement, faute de s’être fixées sur des débris
suffisamment volumineux; il arrive aussi que des cercaires de G. vitelliloba puissent adhérer
par accident à des particules de vase plus ou moins muqueuses, rejetées par les Pisidies.
Nous pensons qu’il est bon de souligner les ressemblances très grandes qui existent
entre des cercaires appartenant à deux genres différents; ces ressemblances nous font paraître
très illusoires toutes les hypothèses de détermination qui peuvent être faites sur des cercaires
macrocerques sans expérimentation jusqu’à obtention de l’adulte correspondant.
Métacercaire (fig. 12 g) :
La métacercaire est enfermée dans un kyste sphérique de 190 p. de diamètre, à paroi mince (3-4 p).
la vessie est bourrée de granules réfringents. Même si l’on croit pouvoir apprécier le rapport ventousaire à
travers la paroi du kyste, il nous semble impossible de distinguer de manière catégorique les métaeercai res
de G. vitelliloba de celles de G. euzeti.
Hôtes expérimentaux des métacereaircs.
Bien que libres, les cercaires ne paraissent manifester aucun tropisme vers les organisme»
susceptibles de permettre leur enkystement. Comme dans le cas de G. euzeti, la recherche
des hôtes possibles est donc délicate et il est possible que les seconds hôtes intermédiaires
convenables soient plus nombreux que nous ne les avons découverts.
Un autre écueil de ces expériences réside dans une confusion possible des cercaire»
de G. euzeti et de G. vitelliloba. Pour éviter cette source d’erreur nous avons toujours dét et .
miné les cercaires utilisées avec le plus grand soin et, en ce qui concerne G. vitelliloba, no„ a
avons effectué les expériences avec des lots de cercaires provenant de la station 57 où n0s
examens et prélèvements ont tous fourni G. vitelliloba comme seul Gorgoderidae.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE UE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
63
Recherche des hôtes possibles :
Résultats négatifs :
Les organismes suivants ont ingéré des ccrcaircs sans que nous puissions mettre en
évidence une évolution ultérieure du parasite :
— larves de Cordulegaster sp;
— larves de Aeschna sp.
Résultats positifs :
Nous avons observé l'enkystement des cercaires chez les têtards d’Anoures {R. tem-
poraria et B. bufo) et chez les larves de Sialis. Chez ces deux types d’hôtes, les mêmes que
ceux que nous avons déterminé pour G. euzeti, les zones d’enkystement sont identiques à
celles de l’espèce précédente. Chez les têtards, on parvient à obtenir, en multipliant les infes¬
tations un véritable manchon de métaccrcaires autour du tube digestif et dans le tissu conjonctif
voisin. Chez les Sialis, les métacercaires sont presque toujours dans le tissu adipeux des régions
thoracique et abdominale.
Les métacercaires ne subissent aucune altération au moment de la métamorphose de
l’hôte intermédiaire.
Destinée des métacercaires :
Lorsque les jeunes Amphibiens ou les Sialis sont ingérés par un Amphibien adulte,
les métacercaires se libèrent des kystes et gagnent l’appareil urinaire. Les ébauches des organes
génitaux ne devenant clairement identifiables qu’au bout de deux semaines environ, comme
chez G. euzeti , nous avons toujours pratiqué les autopsies des grenouilles 15 jours au moins
après les tentatives d’infestation expérimentale, de manière à être certain de ne pas confondre
les deux espèces.
CHAPITRE III
ÉCOLOGIE DES CYCLES
A. — GÉNÉRALITÉS
1. DIFFÉRENTS ASPECTS DE L’ÉCOLOGIE D’UN CYCLE
Classification des facteurs écologiques.
Parler d’« écologie d’un cycle », c’est envisager l’étude des facteurs écologiques inter¬
venant au cours des étapes successives de ce cycle. Ces facteurs agissent non seulement sur
le parasite, mais également sur les hôtes, c’est-à-dire l’ensemble des organismes vivants direc¬
tement et nécessairement impliqués dans le cycle. Nous proposons donc de désigner de manière
pratique parasite et hôtes sous le nom d’ « organismes du cycle ».
Les facteurs intervenant sur les organismes du cycle relèvent soit de la mésologie,
soit de l’éthologie.
Par mésologie, nous entendons l’étude des « facteurs extrinsèques, abiotiques et
biotiques » (Rioux, 1958), qui influent favorablement ou défavorablement sur les organismes
du cycle. Il s’agit de caractéristiques macro-climatiques, micro-climatiques et physico-chi¬
miques, de la végétation, des proies, des prédateurs, des agents pathogènes, etc. L’action de
ces facteurs extrinsèques, sur le parasite d’une part, sur chacun des hôtes d’autre part, devra
être formellement distinguée. On peut remarquer dès maintenant que pour le parasite une
partie des facteurs extrinsèques est le fait de l’hôte (physico-chimie d’un organe en tant que
niche écologique) et que pour l’hôte une partie des facteurs extrinsèques est le fait du parasite
(effets pathologiques).
Source : MNHN, Paris
64
CLAUDE COMBES
Par éthologie, nous entendons l’étude des particularités présentées par le comporte¬
ment des organismes’du cycle et conditionnant certains processus de ce dernier. Comme pré¬
cédemment, on distinguera le comportement du parasite lui-même (tropisme par exemple)
et le comportement de chacun des hôtes (prédation d’un hôte intermédiaire par l’hôte définitif
par exemple). Souvent les comportements de deux ou plusieurs organismes distincts con-
courrent, bien qu’indépendants, à la réalisation d’un même processus du cycle (mouvements
d’un stade libre du parasite attirant un hôte par exemple).
Il est bon de remarquer que certains facteurs, plus spécialement responsables de i a
répartition et de la dispersion du parasite, peuvent être considérés comme relevant de l a
chorologie; il s’agira par exemple du pouvoir d’expansion de l’espèce, de l’existence de bar¬
rières écologiques, biotiques ou abiotiques, la chorologie étant l’étude de la répartition et de
la dispersion des êtres vivants.
L’étude écologique d’un cycle représente une tentative d’intégration des études éco¬
logiques partielles concernant chaque stade de développement du parasite et chacun des hôtes.
Bien que chacune de ces analyses écologiques doive être abordée séparément, préalablement
à toute tentative de synthèse, le but poursuivi (écologie du cycle dans son ensemble) ne doit
pas être perdu de vue. Pour cette raison, nous pensons qu’il est souhaitable de grouper l ea
problèmes écologiques concernant le cycle d’après leurs affinités, en distinguant :
— l’écologie des organismes, qui relève principalement de la mésologic et comprendra
essentiellement l’étude des biotopes (biotopes des stades libres, des stades parasites, des
hôtes); . .
_ l’écologie de la transmission, qui relève principalement de l éthologie et sera en
quelque sorte l’étude des changements de milieu.
On doit noter qu’un cycle parasitaire se déroulant nécessairement dans une série de
milieux souvent très complexes, son étude devrait être placée d’emblée sous le signe de l’éco¬
logie. En ce sens, l’expression » écologie d’un cycle » semble superflue. Toutefois, dans leur
grande majorité, les cycles d’Helminthes ne sont connus qu’expérimcntalement, c’est-à-dire
Han« un environnement fondamentalement artificiel. C’est aux études réalisées conjointement
au laboratoire et sur le terrain, donc replaçant les diverses parties du cycle dans leurs biocé¬
noses respectives, que nous réservons l’appellation d’« écologie du cycle ».
Dans ce qui suit, nous prendrons le plus souvent comme référence pratique le cycl e
d’un Trématode Digène de type classique, c’est-à-dire comportant trois stades libres (œuf
miracidium, ccrcaire) dans le milieu aquatique, et trois stades parasites (sporocyste ou rédi e ’
métacercaire, adulte) dans des milieux hôtes différents.
Nous envisagerons successivement, ainsi que nous l’avons proposé, l’écologie des
organismes et l’écologie de la transmission.
Ecologie des organismes.
ÉCOLOGIE DU PARASITE :
La succession des milieux :
Les Trématodes occupant au cours de leur développement une série de milieux diffé¬
rents, leur étude écologique nécessite une analyse particulière des biotopes correspondant 4
chaque stade du cycle biologique.
D’après le caractère fondamental de ces milieux (milieu extérieur ou milieu-hôte), 0u
distingue :
_ les stades libres, au cours desquels le parasite est directement soumis aux influences
du milieu extérieur. Ainsi, un miracidium ou une cercaire font partie du plancton : à ce ti tre
ils subissent des influences physico-chimiques et des prédations de la part d’organisrn e à
étrangers au cycle proprement dit;
_les stades parasites, chez lesquels le milieu est représenté par l’hôte ou plus exac¬
tement par un de ses organes (parfois successivement plusieurs). Les facteurs essentiels
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DICÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS 65
milieu y sont d'ordre biochimique. Notons cependant qu’un facteur du milieu extérieur peut
atteindre un stade parasite aussi directement que s’il s’agissait d’un stade libre : c’est le cas
de la température pour les parasites d’organismes poïkilothermes.
L'exigence vis-à-vis des milieux :
Au cours de ses stades libres comme au cours de ses stades parasites, chaque espèce
admet une certaine variabilité des conditions de milieu, et son exigence peut être très diffé¬
rente suivant les cas : c’est pourquoi, au cours de son cycle biologique, une même espèce
d’Helminthe peut être successivement eurytope ou sténotope (1), suivant le stade considéré.
En ce qui concerne plus spécialement les stades parasites, on parle de spécificité para¬
sitaire plus ou moins étroite, suivant leur exigence plus ou moins grande pour une espèce ou
un groupe d’espèce d’hôtes. Cette spécificité, que l’on a coutume de désigner sous le nom de
spécificité systématique, dépend en principe de facteurs intrinsèques propres au parasite et
non de facteurs extrinsèques, tels que le milieu dans lequel évoluent les hôtes ou le compor¬
tement de ces derniers.
La spécificité systématique, quelle que soit son origine, reflète fréquemment les faibles
potentialités adaptatives des organismes parasites, mais ces potentialités sont difficiles à éva¬
luer lorsque l’évolution n’a laissé subsister d’un phyllum qu’un petit nombre d’hôtes dispo¬
nibles.
Dubinina (1964) s’est attachée à dégager des idées générales concernant la spécificité
systématique chez les divers groupes d’Helminthes, à leurs différents stades de développement.
Nous renvoyons à cet auteur qui a résumé (p. 9 à 11) sous forme de tableaux les carac¬
téristiques de la spécificité (« wide specifity », « narrow specifity », » relatively limited specifi-
ty ») principalement chez les Monogènes, les Cestodes, les Digènes et les Acanthocéphales.
On doit remarquer que :
— lorsque l’infestation de l’hôte est le fait du parasite (infestation active), elle se tra¬
duit par un comportement sélectif (tropisme) : sauf cas d’« impasse », le parasite parvient
alors dans un milieu convenable;
— lorsque l’infestation de l’hôte est le fait de ce dernier (infestation passive), le para¬
site est livré aux hôtes défavorables dont le comportement est semblable à celui de l’hôte
favorable : il y a alors disparition de ceux des parasites qui se trouvent prisonniers dans un
milieu ne répondant pas à leur exigence.
Il n’est pas exclu cependant que, dans une population parasitaire, quelques individus
soient doués de facultés adaptatives supérieures à celles de l’ensemble. Ces individus pour¬
raient être à l’origine de races géographiques dont le cycle paraîtrait en contradiction avec
certaines données expérimentales.
Écologie des hôtes :
En tant qu’être vivant, chacun des hôtes, intermédiaire ou définitif, possède ses exi¬
gences écologiques propres. Ces dernières peuvent n’avoir que des rapports lointains avec
celles du parasite, mais doivent être étudiées avec autant de soin pour la compréhension de
l’écologie du cycle, puisque tel facteur du milieu, agissant sur l’un des hôtes, peut orienter
ou même conditionner le déroulement du cycle.
Il est donc essentiel d’analyser, comme à propos de l’écologie du parasite, à la fois la
succession des milieux (milieu aquatique, puis milieu aérien, par exemple) et l’exigence vis-à-
vis des milieux (qualité de la végétation par exemple).
L’intérêt de l’écologie des hôtes dans le cycle du parasite n’est pas seulement d’ordre
qualitatif, mais également d’ordre quantitatif : c’est ainsi que la richesse en éléments minéraux
(facteur abiotique) de la vase dans un lac peut déterminer l’abondance d’une limnée et par là
même conditionner la population minimale de cette limnée, nécessaire au déroulement du
(1) Nous cntcmlons par espèce (ou stade) eurytope ou sténotope, un organisme manifestant une
tolérance soit importante, soit faillie à l'égard des variations tle milieu; une espece eurytope sera donc sus¬
ceptible de coloniser un certain nombre de biotopes mésologiqueiuent distincts (plusieurs hôtes ou plu¬
sieurs organes s’il s’agit d’un parasite); à l'inverse, une espèce sténotope sera confinée à un nombre très
réduit de biotopes (un seul hôte ou un groupe d'hôtes très voisins s’il s’agit d’un parasite).
7£S64024 8. 5 a
Source : MNHN, Paris
CLAUDE COMBES
cycle. L’influence d’un prédateur étranger au cycle (facteur biotique) est encore plus évidente
puisqu’il peut détruire une fraction des hôtes parasités.
Enfin le parasite lui-même et son rôle pathogène interviennent comme facteur extrin¬
sèque, avons-nous rappelé, dans l’écologie de chacun des hôtes.
Écologie «1e la transmission.
Par écologie de la transmission, nous entendons, non seulement l’étude — classique —
des processus utilisés par le parasite pour passer d’un milieu dans un autre, mais aussi celle
des rapports existant ou se créant entre les divers milieux au moment de la transmission.
Nous étudierons en premier lieu ce problème des rapports des milieux entre eux.
Rapports des milieux entre eux :
Chez les Trématodes Digènes, le cycle peut se dérouler, soit entièrement dans le milieu
aquatique (cas fréquent lorsque l’hôte définitif est un Poisson), soit entièrement dans le milieu
terrestre (cas de Dicrocoelium dentriticum, de Dollfusinus frontalis...), soit alternativement
dans le milieu aquatique et le milieu terrestre (cas le plus fréquent chez les parasites de Tétra¬
podes). Sur le plan écologique, cette constatation nous paraît primordiale car, dans le dernier
cas, le cycle comporte un processus singulier, celui du passage d’un écosystème aquatique
dans un écosystème terrestre et vice versa. Il est donc fondamental de distinguer deux grands
types de cycles, ceux qui se déroulent en totalité dans un même écosystème et ceux qui s e
déroulent dans deux ou plusieurs écosystèmes.
a. Cas où le cycle se déroule en totalité dans un même écosystème :
Dans le cas — le plus général — où il s’agit d’un écosystème aquatique, le milieu où
doit parvenir un stade déterminé du parasite se trouve immédiatement à sa portée, ainsi q Ue
l’a souligné Baer (1964). Cela n’est vrai toutefois que si, à l’intérieur de l’écosystème, stade
libre du parasite et hôte ont (au moins à un certain moment) les mêmes exigences écologiq Ues
et par suite occupent le même biotope.
Ainsi dans le cycle d’Opisthioglyphe ranae, Styczynska-Jurewicz (1962) a montré que les «-ercairea
évoluent dans une strate bien déterminée des mares, celle précisément où se trouvent habituellement l ea
têtards; l’auteur a démontré que cette cohabitation n'est pas le résultat il un tropisme dépendant de 1 H
présence des hôtes, mais d’une géotaxie négative des cercaircs.
On doit ajouter que, malgré leur contiguité, les milieux sont isolés dans beaucoup de
cas par une ou plusieurs barrières (épithélium, cuticule...).
Parfois cette barrière contrarie, du moins dans les conditions naturelles, le changement de milieu -
RlOUX et Quezel (1948) ont montré qu'en amincissant la cuticule de certains insectes aquatiques, on p ou I
vait y voir pénétrer des cercaires (Opislhioglyphe ranae ) qui, normalement, ne s’y trouvaient jamais.
Si, dans le cas précédent, stades libres et hôtes sont tous adaptés au milieu aquatiq Ue
par contre lorsque le cycle se déroule dans des biotopes terrestres, on doit tenir compte du
fait que, d’une manière générale, les Trématodes ne sont pas adaptés à la vie libre aérienne
Il en résulte que la colonisation de l’écosystème terrestre n’est possible qu’à la faveur du par a l
sitisme : au plus cxiste-t-il dans ce cas, des stades libres évoluant dans la rosée ou dans de s
gouttes de mucus.
b. Cas où le cycle se déroule dans deux ou plusieurs écosystèmes :
Si le cycle se déroule en partie dans le milieu aquatique, en partie dans le milieu t etv
restre, on se trouve ramené, suivant le moment du cycle, à l’un des cas précédents. Mais
fait le' plus important est alors le passage de l’écosystème aquatique où se déroule ordinaire
ment le début du cycle, à l’écosystème terrestre, où il se poursuit. Certains Insectes et certai,^
Vertébrés jouent un rôle capital dans ce passage. Les cas de ce genre sont infiniment nombreux
Par exemple, chez les Haematoloechidae, la cercairc peut passer du . milieu-eau » dans le « mR;
larve d'Odonate » parce que ces deux milieux font partie du inêmc^écosystcnie ; par la suite et pour u
raison identique, la métaccrcaire peut passi
r du « milieu-imago d'Odona
adulte». Mais c’est à la faveur du passage de l’insecte du milieu aquatique dans le milieu aérien que le p a ^
issu d’un hôte aquatique (le Mollusque) aboutit à un hôte terrestre (I Amphibion). On peut dire q u '
« métamorphose, l’insecte » transporte » le parasite d un écosystème dans un autre.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DICÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIUIENS 67
On remarque que les Amphibiens, par leur écologie successivement aquatique et ter¬
restre comme celle de certains Insectes, peuvent jouer le même rôle dans les cycles de leurs
propres parasites. Les deux processus peuvent alors coexister sans pour autant avoir nécessaire¬
ment la même efficacité sur le plan de la transmission.
Nous avons montré que les cereaircs d ’Opisthioglyphe rastcllus sont attirées de préférence par les
larves de Sialis (hôte préférentiel) mais peuvent également s'enkyster chez les têtards. Les facteurs du
milieu peuvent éventuellement rétablir, voire inverser l’équilibre des deux processus, sélectionnant en
définitive l’hôte habituel.
Si la biologie de l’hôte intermédiaire est incompatible avec un changement d’écosys¬
tème, le parasite a des chances très réduites de parvenir à son hôte définitif terrestre.
Dans l’exemple précédent, c’est le cas lorsque la cercaire d’O. rastcllus s’enkyste chez un Crustacé
(Gant mare).
Quant au passage du milieu terrestre au milieu aquatique, il est évidemment lié aux
contacts qui existent entre l’hôte définitif et l’eau (facteurs éthologiques et mésologiques).
Ces contacts permettent aux œufs du parasite évacués (phénomène passif, nous le verrons au
paragraphe suivant), d’avoir des chances plus ou moins grandes d’aboutir dans un milieu
aquatique convenable.
Dans certains cas, les biotopes d’un même écosystème (ou bien les écosystèmes eux-
mêmes) nécessaires au cycle peuvent présenter entre eux une solution de continuité relative¬
ment importante. Rebecq (1964) a défini comme épidémiotopes partiels chacun des biotopes
où peut se réaliser une partie du cycle, par opposition à un épidémiotope complet qui offre,
juxtaposés, tous les milieux nécessaires.
En outre, l’intervention d’hôtes effectuant des déplacements notables, soit de façon
habituelle, soit de façon accidentelle, est le moteur essentiel de la dispersion du parasite et
permet d’expliquer les variations observées dans les aires de répartition. Si ce mode de dis¬
persion est en principe actif, il peut être passif ou mixte (insectes mauvais voiliers transportés
à longue distance par le vent, par exemple).
Si on envisage sur le plan de l’évolution le problème des rapports des milieux, rien
n’interdit de supposer que le cycle tel que nous l’observons est issu de l’adaptation d’un
organisme à une succession de milieux qui, initialement, se trouvaient fortuitement à la fois
contigus et convenables.
Passage du parasite d’un milieu a un autre :
Le cycle biologique d’un parasite n’est toutefois pas fondé sur une rencontre purement
fortuite de milieux successifs; il existe, au moment du passage d’un milieu à un autre, des
processus dynamiques qui mettent en jeu le comportement du parasite ou celui des hôtes.
On doit distinguer le cas où le parasite passe dans un milieu-hôte (infestation) et le cas
où le parasite passe dans le milieu extérieur.
a. Passage dans un milieu-hôte :
Chez les Tréinatodes Digènes à cycle classique, on peut dire d’une manière générale
que :
— l’infestation du premier hôte est très souvent liée au comportement du parasite
(chimiotaxie), plus rarement à celui de l’hôte (prédation des œufs dans certains cycles ter¬
restres) ;
— l’infestation du deuxième hôte est liée, soit au comportement du parasite (tropisme),
soit à celui de l’hôte (prédation de la cercaire);
— l’infestation de l’hôte définitif est généralement liée au comportement de l’hôte
(prédation du deuxième hôte), plus rarement à celui du parasite (cas des cycles « abrégés “
où la cercaire pénètre directement chez l’hôte définitif; celui-ci est alors en position de
deuxième hôte et l’on est ramené au cas précédent).
Quant aux migrations à l’intérieur d’un hôte, elles sont ordinairement le résultat de
tropismes de la part du parasite, mais ces tropismes peuvent être complétés par un processus
mécanique dépendant de la physiologie de l’hôte (flux sanguin par exemple).
Dans certains cas, le comportement du parasite et de l’hôte interviennent tous deux
dans le processus d’infestation; c’est le cas par exemple lorsque les mouvements de la cer¬
caire attirent une larve d’insecte prédatrice.
Source : MNHN, Paris
CLAUDE COMBES
68
Ainsi chez les Gordodcridae, les cercaires, pourvues d’une queue de grande taille,
effectuent des mouvements rythmiques qui déclenchent un réflexe de prédation chez cer¬
taines larves d’insectes.
b. Passage dans le milieu extérieur :
Toujours chez les Trématodes à cycle classique, on peut avancer que :
— l’évacuation des œufs est un phénomène passif pour le parasite;
— la sortie des cercaires est, en principe, un phénomène actif lié à un tropisme;
dans certains cycles terrestres, cette sortie est peut-être partiellement passive (élimination
des cercaires avec le contenu digestif, voir Timon-David, 1965).
2. IMPORTANCE DES FACTEURS ÉCOLOGIQUES
Nous venons de rechercher les facteurs qui, selon nous, interviennent dans l’ccologie
d’un cycle d’Helminthe. Cependant, d’accord avec J. A. Rioux (1958), nous pensons q Ue
« l’écologiste n’a pas le droit d’analyser sans distinction tous les caractères d’un biotope. H
doit trier et hiérarchiser les facteurs écologiques primordiaux, c’est-à-dire ceux qui influencent
directement et activement les organismes étudiés ».
Dans l’étude de l’écologie d’un cycle, ce tri devra être fait aux deux niveaux que noua
avons envisagés : écologie des organismes, écologie de la transmission.
Mais le biogéographe y ajoutera un tri supplémentaire, consistant à rechercher, parmi
tous les facteurs, ceux qui ont une influence prépondérante sur la répartition du parasite ;
tel facteur, dont l’influence sera prépondérante ici, peut n’être ailleurs qu’un facteur d’influence
secondaire. .
Nous essaierons d’apprécier successivement 1 importance habituelle des facteurs
d’ordre mésologique et des facteurs d’ordre éthologique.
Importance des facteurs mcsologiques.
Sachant que le cycle a besoin d’une chaîne de milieux, il faut se demander quels sont
les maillons qui ont le plus de chances de se modifier dans un sens favorable ou défavorable.
Nous ferons la distinction habituelle entre le cas des stades libres et le cas des stades para¬
sites.
Influence des facteurs mésologiques sur les stades libres :
Il importe dams beaucoup de cycles que l’œuf parvienne dans le milieu uquatiq Ue>
Pour une part, cette éventualité dépend évidemment de la surface relative offerte par le milieu
aquatique à l’intérieur du biotope de l’hôte définitif. C’est l’un des cas où le phénomène d e
transmission est lié, statistiquement, à un facteur mésologique.
L’œuf, une fois évacué, peut éclore aussitôt dans le milieu aquatique (c’est le cas chez
les Gordodcridae où la coque s’ouvre par suite de la différence de pression osmotique entre
l’urine de l’hôte et l’eau douce) ou bien se développer pendant un certain temps dans l’eau.
Dans ce dernier cas, d’une part il subit l’influence de la température quant à sa durée de
développement, d’autre part, il subit vraisemblablement l’influence de caractéristiques physico-
chimiques de l’eau conditionnant son éclosion, comme cela a été démontré chez d’autres
organismes. , . . , . ..
Les milieux aquatiques nécessaires a la vie du miracidium et de la ccrcaire paraissent
a priori assez peu sélectifs : en effet, ces stades libres, à durée très courte, sont étroitement
liés au stade parasite qui les précède, dont l’hôte est lui-même déjà inféodé à un milieu aq Ua .
tique convenable; d’autre part, il s’agit là de stades de transition, à activité anabolique p ro .
bableinent nulle. Cependant, on ne saurait nier que les caractéristiques du milieu aquatiq üe
(pH, oxygène dissous, température, salinité) jouent un rôle dams 1 équilibre des populations
de parasites en intervenant directement sur les stades libres, ni que ceux-ci soient la proi e
d’autres organismes (nous en verrons un exemple chez Haemaloloechus pyrenaicus).
Nous ne pensons pas que l’environnement comporte de facteur primordial influençant
les stades libres dans beaucoup de cycles, et notamment dans ceux que no.is avons étudiés
mais dans certains milieux (milieu marin par exemple), on sait que les variations des caracté!
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE I)E DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS 69
ristiques physico-chimiques affectent de manière indiscutable la vitalité des stades libres de
certains parasites.
Il faut enfin se souvenir que si, chez les Trématodes, tout stade libre mobile présente
habituellement un comportement conditionné d’emblée en vue d’une infestation, ce n’est
pas le cas chez tous les organismes parasites : beaucoup de Nématodes présentent des stades
dont aucun comportement ne relève du parasitisme. Ces stades libres à durée importante,
sont évidemment sensibles à l’influence des divers facteurs du milieu extérieur.
Influence des facteurs mésologiques sur les stades parasites :
En ce qui concerne les stades parasites, les facteurs mésologiques interviennent sur le
parasite lui-même et sur les hôtes.
Pour le parasite, les variations du biotope constitué par la niche écologique sont pro¬
bablement négligeables dans beaucoup de cas. Mais parfois, la physiologie de l’hôte ou son
comportement retentissent sur le micro-milieu qui est offert au parasite : on connaît chez les
Digènes (Schistosomes) l’influence des hormones de l’hôte sur le parasite; on sait aussi que,
pour les parasites intestinaux, il peut se produire des modifications physico-chimiques nui¬
sibles, pouvant entraîner — périodiquement ou accidentellement — leur élimination.
Plus importants pour l’écologie du cycle sont les facteurs mésologiques qui influencent
le cycle au niveau des stades parasites, en agissant sur les hôtes eux-mêmes.
En effet, l’environnement intervient pour fournir le milieu-hôte convenable, milieu-
hôte pour lequel le cycle manifeste des exigences qualitatives et quantitatives.
Sur le plan qualitatif, tous les stades parasites présentent, avons-nous admis, une
certaine spécificité systématique qui traduit en principe leurs possibilités adaptatives : c’est
donc au niveau des stades parasites, et d’autant plus que la spécificité est étroite, que l’existence
d’un milieu défini (en l’occuirence l’hôte possible) est la plus fortement sélective. Nous pré¬
cisons « d’autant plus que la spécificité est étroite ”, car moins nombreux seront les hôtes
possibles pour un stade donné, et plus le cycle sera déterminé par leur présence ou leur
absence. Si l’espèce d’hôte possible est unique, comme c’est le cas pour le premier hôte inter¬
médiaire de certains Digènes, sa présence est rigoureusement nécessaire. Dès lors, c’est
l’écologie de cet hôte qui, expliquant sa répartition, rend compte en partie de la chorologie
du parasite : l’aire géographique de ce dernier ne peut en effet dépasser celle de l’hôte.
D’autre part, l’environnement, agissant sur l’hôte, peut retentir sur le parasite abrité par
celui-ci (facteur défavorable à l’alimentation de l’hôte et responsable de la modification du
micro-milieu intestinal).
Sur le plan quantitatif, l’abondance de chacun des hôtes est un des facteurs qui tiennent
sous leur dépendance la fréquence du parasite ainsi que sa densité à l’intérieur de l’hôte.
II peut exister un seuil d’abondance minimale, au-dessous duquel le cycle est déséquilibré
jusqu’à la disparition du parasite. Ces rapports peuvent aussi être de sens inverse : une forte
reproductivité de l’un des hôtes peut être à la base de la pullulation d’un stade parasitaire,
dont la conséquence sera, au stade ultérieur, la plus grande mortalité de l’hôte correspon¬
dant; comme dans le cas précédent, mais à cause d’un phénomène initial opposé, on obser¬
vera un déséquilibre du cycle. D’un point de vue très général, on doit donc toujours tenir
compte des effets pathogènes du parasite sur ses hôtes pour la compréhension de l’écologie
du cycle.
Par ailleurs, comme les stades libres, les stades parasites possèdent leurs prédateurs, « par
organisme interposé » pourrait-on dire. Ainsi, une partie importante des métacercaires d’un
Digène d’Amphibien localisées chez un Insecte, va être « détournée » par les autres préda¬
teurs de ce même Insecte (Arthropodes divers, Poissons, Mammifères Insectivores) non impli¬
qués dans le cycle. Il n’est certes pas facile d’évaluer la part de ce » gaspillage », mais elle
est un élément incontestable de l’écologie du cycle, probablement plus important que la
prédation au niveau des stades libres. Il devra en être tenu compte dans toute étude dyna¬
mique de population.
Importance des facteurs cthologiques.
On peut poser a priori que :
— le comportement du parasite est nécessairement favorable au cycle dans son
ensemble même si certains de ses stades peuvent s’égarer dans des impasses. Il est possible,
d’ailleurs, que les chimiotaxies manifestées par le parasite n’exploitent pas la totalité des hôtes
Source : MNHN, Paris
70
CLAUDE COMBES
convenables, car on ne peut tenir pour certain que des animaux pour lesquels ne se mani¬
feste pas de chimiotaxie ne seraient pas, cependant, des hôtes convenables;
— le comportement des hôtes possibles peut être favorable, neutre ou défavorable
pour leur infestation. C’est le plus souvent ce comportement des hôtes « possibles > qui sélec¬
tionne parmi eux les hôtes « effectifs » et se trouve à l’origine de la spécificité éthologique.
C’est pour cette raison que, aux yeux du parasitologiste, les hôtes définitifs sont à rechercher
et à grouper, du moins chez certaines classes d’Hclminthes, d’après leur comportement
et non d’après leur systématique. Rebecq (1964) souligne « .. .les faits montrent que la diver¬
sité des hôtes possibles, sensibles, voire énorme, au niveau de la systématique, est insigni¬
fiante au niveau de l’écologie : l’exemple des Heterophyidae, adultes chez des Oiseaux aqua¬
tiques ou des Mammifères mangeurs de Poissons est très significatif à ce point de vue ».
Il est clair cependant que le comportement des hôtes ne joue plus ce rôle de sélection lorsque
la spécificité systématique est trop étroite. Chez des Cestodes d’Oiseaux, et même de Mammi¬
fères et de Poissons (voir Baf.r, 1957 et 1964) par exemple, chaque espèce de parasite est
inféodée à une espèce d’hôte, par suite de l’existence de barrières biochimiques; on ne peut
alors parler de spécificité éthologique. Ajoutons que la spécificité peut être très étroite à
l’échelle de l’espèce, tout en étant très large à l’échelle du groupe, taxonomique; les Mono-
gènes nous en fourniront plus loin un exemple remarquable : chaque espèce de Polystoma-
tidae présente une spécificité systématique étroite, ayant pour origine une barrière bio¬
chimique, tandis que la famille elle-même manifeste une spécificité éthologique, liée au mode
de vie des hôtes.
Le comportement de l’hôte au moment de l’infestation est donc d’une importance
variable mais parfois capitale pour l’écologie des cycles.
Outre ce rôle dans l’infestation, le comportement des hôtes peut être favorable ou défa¬
vorable à la dissémination du parasite (aboutissement des œufs dans un milieu convenable,
dispersion des métacercaires, etc.); ce comportement peut être fondamental en matière
d’étude chorologique.
Enfin, des modifications du micro-milieu intestinal, néfastes pour le parasite, peuvent
avoir leur origine dans un changement du comportement de l’hôte.
Si on cherche à présent à hiérarchiser les organismes du cycle d’après leurs possibi-
lités de réaction aux fluctuations des facteurs du milieu, il apparaît ici que ces possibilités
sont les plus grandes chez l’hôte définitif, c’est-à-dire l’animal taxonomiquement le plus élevé.
On peut citer l’exemple de l’homme, victime ou non de maladies parasitaires suivant ses
coutumes, ses goûts, ses déplacements, ses mesures de prophylaxie, qui sont autant de mani¬
festations de son comportement.
Nous croyons donc que c’est à ce comportement de l’hôte définitif qu’il faut apporter
la plus grande attention dans l’étude de l’écologie des cycles chez de nombreux group es .
nous en apporterons une illustration à propos des cycles de Digènes chez Rana temporaria
Il résulte de ce qui précède que le comportement du parasite, peu susceptible de
variation, peut s’étudier en laboratoire, à condition, cependant, de se rapprocher autant qn e
possible des conditions naturelles (en particulier dans la densité comparée des parasites et
des hôtes que l’on met en présence).
Par contre, le comportement des divers hôtes et tout spécialement de l’hôte définitif
(nourriture, déplacements, reproduction...) ne peut s’étudier que sur le terrain. H doit
l’être en fonction de l’âge et du sexe de l’hôte; il doit l’être aussi à travers ses réponses au*
variations du milieu, qu’elles soient cycliques (saison. ..) ou accidentelles (sécheresse...).
Le comportement est donc un facteur essentiel, et c’est en étudiant l’influence de»
facteurs éthologiques que l’on constate à quel point la réalisation expérimentale d’un cy c j e
laisse dans l’ombre de nombreuses modalités de son déroulement dans la nature. Dans Ul -
cycle expérimental, la main de l’expérimentateur sc substitue au comportement des hôt e
quand elle ne va pas jusqu’à modifier le comportement du parasite lui-même.
En conclusion, il nous semble que la présence du parasite, c’est-à-dire la réussite ,1
son cycle en un lieu donné est particulièrement influencée par :
_ l’abondance des hôtes et notamment de ceux pour lesquels il manifeste la spé c j
ficité systématique la plus stricte;
_ l es facteurs biotiques et abiotiques qui entraînent une réduction de la populati 0
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGÈNES d’aMPIIIBIENS 71
parasitaire, principalement au niveau des stades parasites, accessoirement au niveau des
stades libres;
— le comportement des hôtes et tout spécialement celui de l’hôte définitif.
Parmi ces trois groupes de facteurs, une hiérarchisation plus poussée ne peut être
tentée qu’à propos de tel ou tel cycle déterminé.
3. FLUCTUATION DE LA POPULATION PARASITAIRE
Comme le cycle de tout être vivant, le cycle d’un Helminthe présente une succession
de processus favorables ou défavorables, les premiers étant des facteurs d’accroissement de
la population, les seconds des facteurs de réduction.
La différence qu’il présente avec le cycle biologique d’un organisme libre réside dans
la complexité des facteurs qui interviennent. En fait, chacun des stades successifs du parasite,
possédant son écologie propre, est confronté avec des facteurs favorables et avec des facteurs
défavorables spécifiques.
Parmi les facteurs intrinsèques, dépendant du parasite lui-même, le facteur favorable
essentiel est la très forte reproductivité, le facteur défavorable essentiel est la multiplication
des changements de milieu associée à une faible potentialité adaptative de certains stades
parasites.
Parmi les facteurs extrinsèques, nous avons vu que les facteurs essentiels, favorables
ou défavorables, sont liés à la mésologic et à l’éthologie des hôtes.
L’équilibre de la population parasitaire subit ainsi des variations saisonnières et des
variations accidentelles.
Les variations saisonnières pour chaque stade sont en relation avec le caractère sai¬
sonnier des phénomènes biologiques (reproduction, métamorphose, migration).
Les variations accidentelles (fluctuation importante d’une année à l’autre), souvent
signalées et délicates à expliquer, doivent leur fréquence au nombre et à la diversité des
facteurs écologiques extrinsèques.
11 nous semble donc que le maintien à un niveau régulier pendant plusieurs années
d’une population parasitaire peut être l’indice de conditions mésologiques stables, de même
que la fluctuation de cette population peut être l’indice de la modification d’un ou de plu¬
sieurs facteurs écologiques. A ce titre, il est probable que les cycles d’Helminthes représentent
des intégrateurs sensibles et précis — sinon pratiques — du milieu au sens le plus large.
L’ensemble des considérations que nous venons d’exposer montre à quel point la
tâche de l’écologiste est délicate lorsqu’il envisage l’étude écologique d’un cycle ou, plus
encore, de l’ensemble des cycles passant par des hôtes déterminés.
Cela amène Rebecq (1964) à parler au conditionnel lorsqu’il dit : « Il ne faut pas se
dissimuler les difficultés qu’on rencontrerait à vouloir définir toutes les conditions nécessaires
à la réalisation des cycles biologiques, tant internes qu’externes ».
Nous pensons que cela est possible à condition d’accepter au départ un certain choix,
fondé sur la hiérarchie des facteurs que nous avons dégagée. Cela entraîne un risque d’erreur
par omission, mais lorsque l’étude de ces facteurs satisfait l’épidémiologiste et le biogéographe,
on peut penser que le choix effectué n’a pas laissé dans l’ombre de facteur fondamental.
C’est pourquoi, connaissant expérimentalement les cycles biologiques des cinq Digènes
qu’abrite R. lemporaria dans notre région, nous avons recherché comment ces cycles se
déroulent effectivement dans la nature et quels en sont, autant que possible, les facteurs
écologiques essentiels.
Nous avons fait porter nos recherches dans trois directions principales :
1° Nous avons recherché pourquoi certaines espèces présentent une abondance très
variable suivant les stations. Telle espèce, abondante ici, est rare ou absente là, ces caracté¬
ristiques étant semblables d’année en année. Pour cela, nous avons tenté d’établir des corré¬
lations entre la présence du parasite et les facteurs du milieu, en nous fondant sur la hiérarchie
que nous avons exposée (influence prépondérante au niveau des stades parasites) ;
Source : MNHN, Paris
72
CLAUDE COMBES
2" Lorsque le cycle d’un Digène présente plusieurs possibilités, on peut dire qu’il
existe plusieurs cycles pour ce parasite. Par exemple, nous avons démontré qu’il existe deux
cycles pour 0. rastellus :
R. limosa glacialis — Sialis — Amphibien adulte
R. limosa glacialis — têtard — Amphibien adulte.
L’écologie des Sialis et des têtards n’étant pas identique, il est particulièrement inté¬
ressant de rechercher les facteurs qui favorisent l’un ou l’autre cycle, c’est-à-dire d’analyser
le pouvoir sélectif du milieu sur les possibilités expérimentalement reconnues. Il va de soi
que les phénomènes liés au comportement des organismes dans la nature peuvent occuper
une place de chtix dans cette sélection.
Sur le vu de nos cycles expérimentaux, ce problème se pose principalement pour
O. rastellus, G. euzeti et G. vitelliloba ;
3° En comparant les statistiques obtenues dans l’ensemble de nos stations (soit 59)
nous nous sommes penchés sur la biogéographie de nos parasites, ce qui nous permet, pour
certains d’entre eux, d’observer des corrélations entre leur répartition et les grandes caracté¬
ristiques biocliniatiques de. la région.
Nous exposons les résultats de ces recherches séparément pour chacun de nos Digènes,
à l’exception des deux Gorgoderidae qui méritent d’être étudiés côte à côte. Nous terminons
en exposant les observations d’ensemble faites dans l’une de nos stations au cours du
cycle saisonnier et qui mettent en évidence le rôle particulier que joue le comportement de
l’hôte définitif.
Nous avons schématisé chaque cycle (figures 13 à 17) en représentant les passages d u
parasite dans la succession des milieux (hôtes successifs, milieu extérieur). Ces schémas
permettent de se rendre compte immédiatement à la fois de la complexité du cycle et des
mécanismes de transmission. Chaque fois que le changement de milieu a pour origine l e
comportement du parasite, nous l’avons indiqué par la lettre P. Chaque fois que ce change¬
ment est le fait de l’hôte, nous l’avons mentionné par la lettre H. Si le comportement du
parasite et celui de l’hôte sont tous deux nécessaires, nous avoiw superposé les lettres P et
H. Ces schémas n’ont pas d’échelles spatiale ni temporelle. Les hôtes indiqués s’inspirent d e
l’ensemble de nos recherches.
B. OPISTHIOGLYPHE RASTELLUS
1. HÔTES EFFECTIFS
Nos recherches sur le terrain nous ont permis de rencontrer le parasite chez les hôtes
suivants (les hôtes infestés à titre exceptionnel sont entre parenthèses).
1 er hôte :
Radix limosa, var. glacialis.
2 e hôte :
Sialis lutaria.
(Limnophilus sp.).
Têtards de R. temporaria et B. bufo.
Hôte définitif :
R. temporaria ; B. bufo.
Le cycle est schématisé figure 13.
2. SPÉCIFICITÉ VIS-A-VIS DU PREMIER HÔTE
Parmi les Mollusques présents dans notre région, O. rastellus admet une seule espè c
comme premier hôte intermédiaire : Radix limosa (L.) var. glacialis Dupuy(l). Cette Limné^
possède une aire de dispersion particulièrement discontinue et nous avons constaté q Ue , e
répartition du parasite recouvre de manière parfaite celle du Mollusque : on se trouve en
sence d’un exemple où l’écologie d’un hôte peut expliquer la chorologie du parasite. Tout s ~
(1) R. limosa - R. pereger = R. ouata.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOCÈNES d’aMPHIBIENS
74
CLAUDE COMBES
passe comme si la présence de L. limosa glacialis était une condition à la fois nécessaire et
suffisante au déroulement du cycle dans le cadre géographique de nos recherches.
A notre connaissance R. limosa vur. glacialis n’a fait l’objet d’aucune élude écologiq Ue
détaillée. Cependant, on sait depuis longtemps qu’elle habite des étangs bien déterminés
à l’exclusion d’autres, voisins et apparemment très semblables. Cela ressort des listes de station^
dressées par Astre (1922, 1925) et des indications fournies par Dussart (1952); ce derni er
auteur cite le cas de deux lacs voisins des Hautes-Pyrénées : lac Blanc d’Escoubous et lac de
Tracens; le premier est riche en Limitées, tandis que le second ne paruit pas en abriter; mieux
encore, le lac de Tracens est alimenté partiellement par l’émissaire d’un laquet voisin, peuplé
de Limnées.
Nous avons fait les observations suivantes :
R. limosa glacialis vit dans des étangs de dimensions variables ou dans des élargi SSe .
ments de cours d’eau, toujours dans des eaux calmes, claires cl froides. Nous sommes d’ac
cord avec les limites altitudinales assignées à l'espèce par Astre (1922), soit 1.400 à 2.600
mètres, notre station la plus basse est à 1.950 mètres (station 24), la plus haute à 2.350 mètres
(station 38). L’espèce n'est jamais présente dans les vallées purement torrentueuses; en up e
seule station (U), nous l’avons trouvée dans une eau à courant assez sensible, devant le Chalet
laboratoire de l’Université de Paris aux Bouillouses.
Cette Limnée n'existe que dans des eaux riches en végétation ; nous avons noté q Ue
Ranunculus aquatilis L. existe dans les, 12 biotopes à Limnées que nous avons recensés, alo*-'
qu’elle est rare ou absente dans les 47 autres; il n’est pas impossible qu’il faille y voir ply
qu’une coïncidence, bien que le Mollusque ne se trouve pas sur les Renoncules elles-mêmes S
Par exemple, si on compare la station 37 avec lu station 31, géographiquement proches
d’altitudes voisines, on constate que lu première, riche en végétation (Isoctcs, Carex, Sparg^
ilium, Ranunculus...), abrite une importante population de Limnées, tandis que la second
pauvre en végétation, en est dépourvue. Ces deux stations sont représentées sur la planche Q
Les caractéristiques des stations citées par Dussart paraissent en accord avec nos observations'
Bien que les bords vaseux paraissent convenir souvent à ce Mollusque, ils ne sont r».
indispensables, car ils n’existent pas dans certains étangs de la station 12 et dans la station 4 s, S
toutes deux riches en Limnées. Parfois R. limosa glacialis se tient nettement dans la zone d *
déversoir (stations 40 et 45), dans d’autres cas, en n’importe quel point de l’étang (stations 37
et 38 par exemple).
La qualité de l’eau parait intervenir fort peu, ainsi qu’en témoignent les analyses r.
nous avons effectuées pour cinq étangs à Limnées (11, 14, 24, 37, 54) et pour cinq étau °
dépourvus de Limnées (28, 30, 31, 34, 39). 8s
Source : MI JHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
75
Le tableau 5 indique quelques caractéristiques physico-chimiques de l’eau recueillie
dans ces stations, avec la date du prélèvement. Le pH a été mesuré sur place à l’aide d’un pH-
mètre de terrain.
On voit que ni la réserve alcaline, ni la teneur en calcium, très faibles dans toutes les
eaux de nos régions, ne paraissent les responsables de la présence des Limnées.
II est probable cependant que R. Limosa glacialis ne supporte pas de pH trop bas,
car nous ne l’avons jamais rencontré dans l’eau des pozzines, à pH compris entre 5,9 et 4.
3. CHOIX DU DEUXIÈME HÔTE
Nous savons d’après nos recherches sur le cycle biologique, que la cercaire d’O. rastel-
lus manifeste un tropisme net vis-à-vis des larves de Sialis, mais peut s’enkyster également
chez les têtards d’Amphibiens et accessoirement chez d’autres animaux aquatiques.
Nous avons tenté d’infester des R. temporaria indemnes (vérification sur lots-témoins)
avec des organismes susceptibles d’abriter des métacercaires d’O. rastellus, capturés dans les
biotopes à R. limosa glacialis.
Les résultats ont été négatifs avec le Mollusque R. Limosa glacialis lui-même, diverses
larves d’Odonates, d’Éphémères, de Coléoptères. Ils ont été positifs avec Sialis lutaria (Mé-
galoptère), les têtards de R. temporaria et B. bufo et, à titre exceptionnel, des larves de Lirnno-
philus (Trichoptère).
Le changement d’écosystème du parasite est donc ici le fait, soit d’un Insecte, soit de
l’Amphibien lui-même.
Nous avons comparé le taux d’infestation des têtards ou des très jeunes grenouilles
dans plusieurs stations. Cette comparaison fait ressortir des différences très importantes pour
des stations où le taux de parasitisme des grenouilles adultes est comparable.
C’est le cas, par exemple, pour les stations 11 et 12.
Les jeunes grenouilles venant juste de se métamorphoser de la station 11 ont été cap¬
turées le 20-VI1I-1966, au voisinage du Chalet-laboratoire de l’Université de Paris, aux
Bouillouses. Les jeunes grenouilles de la station 12 ont été capturées le même jour entre l’étang
du Vivé et l’étang de la Coumasse. Les stations 11 et 12 sont toutes deux des stations à O. ras¬
tellus.
Les résultats (résumés dans le tableau 6) sont les suivants :
Stalion 11 : sur 42 individus, 34, soit 81 %, sont parasités par des Opisthioglyphe
vivant dans le tube digestif ; au total, nous recueillons 236 parasites, ce qui représente une den¬
sité moyenne de près de 7 Opisthioglyphe par petite grenouille.
Station 12 : sur 50 individus, aucun ne renferme d’ Opisthioglyphe.
Sachant que les fréquences d’O. rastellus chez les grenouilles adultes sont respective¬
ment de 57 % et 70 % pour ces stations 11 et 12, cette observation est étonnante.
Fréquence de 0. rastellus dans le tube digestif
Stations
R. temporaria
venant de
se métamorphoser
R. temporaria
adultes (plus de 3 ans)
11.
81%
57%
12.
0
70%
Tableau 6
Nous avons remarqué que :
— dans certaines stations (11, 37 par exemple) les grenouilles pondent dans le biotope
même où se trouvent les Limnées (ou bien dans un biotope en communication directe avec lui).
Dans ce cas, les têtards avalent des cercaires; celles-ci se dékystent rapidement dans la lumière
du tube digestif, de sorte que les jeunes grenouilles sont déjà fortement infestées.
Source : MNHN, Paris
76
CLAUDE COMBES
— dans d’autres (12, 45 par exemple), les grenouilles pondent dans des flaques ou
pozzines sans communication avec le biotope à Limnées. Dans ce cas, les jeunes grenouilles
sont indemnes.
Ces observations et celles que nous avons faites sur la reproduction de R. temporaria
permettent de penser que :
— si la station comporte des flaques et pozzines en dehors de l’étang à Limnées, les
grenouilles y pondent de préférence. Dans ce cas, les têtards ne s’infestent pas : les Insectes
sont seuls responsables du changement d’écosystème de O. rastellus;
— si la station ne comporte que l’étang à Limnées, les grenouilles y pondent et l’i n .
festation par O. rastellus se fait au stade têtard. Le cycle passe par cette voie supplémentaire
importante puisque nous savons que les Opislhioglyphe s’accroissent normalement et devien"
nent ovigères avant même le moment de la métamorphose : le changement d’écosystème se
fait ici par les deux voies possibles (Insectes et Amphibiens).
L’influence du milieu sur les modalités du cycle doit être ici mise sur le compte d
Venvironnement proprement dit. C’est la présence ou l’absence de (laques et pozzines à proxi
mité des étangs à Limnées qui conditionne le stade de leur vie auquel les grenouilles so
infestées.
4. SITUATION DU PARASITE DANS SA NICHE ÉCOLOGIQUE
Dans un organe tel que l’intestin, il est bien connu que les conditions physico-chimia
ne sont pas identiques en tous points. Nous avons remarqué que les Opisthioglyphe se tienn 163
toujours en majorité dans la première moitié de l’intestin, avec maxitmim de densité dans 1
premier ou le deuxième centimètre, souvent au niveau où débouche le canal cholédoque 6
En dénombrant les O. rastellus, centimètre par centimètre, nous avons pu const"
que ce type de répartition est tout à fait constant. er
Nous citons l’exemple d’une grenouille de la station 11 (les nombres sont ceux d
O. rastellus rencontrés dans chaque centimètre depuis la région pylorique jusqu’à l’amn ? S
rectale comprise) : Ule
44, 26, 25,18,13,10,12, 6, 7, 3, 0, 0, 0, 0, 2, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0, 0.
5. BIOGÉOGRAPHIE
Différents types de stations.
Les douze stations où nous avons recensé R. limosa glacialis hébergent des populati
de R. temporaria parasitées par O. rastellus. 0l *8
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
77
Le tableau 7 indique :
Numéros : numéros des stations;
n R. t. : nombre de grenouilles sur lequel est fondé la statistique;
i R. t. : nombre de R. temporaria infestées par O. rastellus;
% O. r. : fréquence de O. rastellus (% de Rana infestées);
d O. r. : densité moyenne de O. rastellus par grenouille parasitée.
Fréquence et densité ne sont calculées que pour les échantillons supérieurs à 30.
On voit que, fréquemment, plus de la moitié des grenouilles sont parasitées. La densité
est également très forte ; certaines grenouilles abritent jusqu’à 250 O. rastellus.
Dans une autre station (13) où n’existe pas R. limosa glacialis, nous obtenons une
fréquence d’O. rastellus voisine des précédentes :
50,8 % de grenouilles parasitées (29 sur 57), densité moyenne des parasites = 9,3.
Cela s’explique facilement car cette station est située à 1 km de la station 11 et à 2,5 km
de la station 12; ces trois stations ne sont séparées par aucun relief et les communications y sont
faciles pour les Sialis et même pour les grenouilles.
Dans toutes les autres stations, O. rastellus est absent ou exceptionnel. Les cas excep¬
tionnels mettent en évidence le rôle probable du vent comme transporteur d’insectes :
Station 9 : 1 Opisthioglyphe chez une Rana (sur 66); nous pensons que le vent est
capable d’entraîner quelques Sialis depuis la région des Bouillouses jusqu’au canal de Dorres
par la vallée très large de l’Angoustrine.
Station 19 :1 Opisthioglyphe chez une Rana (sur 30) ; un Insecte a pu être facilement
transporté le long de la vallée de la Grave.
Station 22 : 1 Opisthioglyphe chez une Rana (sur 20); l’Insecte a pu venir de la station
20, dont la station 22 est séparée par une large zone plate.
Station 23 : 3 Opisthioglyphe chez une Rana (sur 62) ; même remarque que pour la
station 22.
Station 25 : 2 Opisthioglyphe chez une Rana (sur 33) ; station 26 : 20 et 2 Opisthio¬
glyphe chez deux Rana (sur 60); station 27 : 1 Opisthioglyphe chez une Rana (sur 21); station
30 : 1 et 1 Opisthioglyphe chez deux Rana (sur 618); pour ces quatre stations les Insectes
vecteurs proviennent vraisemblablement de la station 24, par la grande vallée de Porté.
Station 32 ; 44 Opisthioglyphe chez une Rana (sur 31); ici, l’Insecte à dû franchir
le col de Fontargente (2.252 m), col relativement bas, fortement marqué dans la chaîne mon¬
tagneuse.
On notera que nous faisons appel aux Sialis comme vecteurs probables de cet Hel¬
minthe; en effet, les Pliryganes sont des hôtes très exceptionnels de O. rastellus et nous pensons
que les grenouilles, par leurs déplacements saisonniers, ne changent de stations que dans des
cas particuliers comme celui de la station 13, déjà signalé. 11 n’est pas impossible toutefois
que des migrations exceptionnelles de l’Amphibien soient responsables de certaines des infes¬
tations que nous qualifions d’accidentelles.
Distribution géographique des stations.
La carte n° 2 indique l’emplacement des stations où se fait le cycle d’O. rastellus
(épidémiotopes complets au sens de Rebecq) et, sous forme de flèches, l’origine hypothé¬
tique des infestations accidentelles.
On remarque que ces stations sont toutes dans les massifs montagneux : massif du
Carlit au centre de la carte, massifs de Fontargente au nord-ouest, de Pessons-Campcardos
au sud-ouest, de Carença au sud-est; nous rappelons que la station la plus basse (24) est à
1.950 m. C’est par infestation accidentelle seulement — donc en des lieux où, faute de Limnées,
le cycle ne peut s’installer — qu’on peut trouver O. rastellus plus bas (1.700 m à la station 27).
On ne rencontre jamais O. rastellus chez les grenouilles des vallées uniquement torrentueuses,
par suite de l’absence du premier hôte.
Si on circonscrit la zone où se trouvent les foyers à O. rastellus, on obtient une ligne
assez voisine de l’isohypse 2000. Bien entendu, à l’intérieur de cette ligne, il existe des stations
dépourvues du parasite, puisque celui-ci reproduit fidèlement l’aire très morcelée de R. limosa
glacialis.
Source : MNHN, Paris
78
CLAUDE COMBES
On peut ainsi définir deux zones d’après le parasitisme dû à O. rastellus :
— zone des hauts plateaux et vallées à moins de 2.000 m : populations de grenouilles
indemnes ou accidentellement parasitées. Cela ne serait plus valable dans des vallées où existe
rail une forme typique de R. limosa ou tout autre Mollusque susceptible d’être un hôte inter¬
médiaire convenable.
— zone des massifs montagneux à plus de 2.000 m : mosaïque de populations indemnes
et de populations contaminées, suivant la présence de R. limosa glacialis, qui reflète elle-
même les caractéristiques mésologiques que nous avons essayé de définir. O. rastellus se coin
porte dans notre région comme un indicateur valable de certaines conditions de milieu.
Nous pensons que, sur une échelle plus vaste, l’étude biogéographique du cycle de
O. rastellus présenterait un grand intérêt.
En effet, le cycle de ce Trématode ne se déroule pas de manière identique dans la région
parisienne (Joyeux et Baer, 1927) et dans les Pyrénées; il est possible que, dans d’autres
régions, il présente encore des modalités nouvelles. D’autre part Wright (1960, 1966), exa
minant » The rôle of Molluscan hosts in Trematode spéciation » a souligné qu’il existe des
races biochimiquement distinctes de Lymnaea peregra (= R. limosa), races dont l’écologie
la biogéographie et la parasitofaune (Trematodes) sont différentes. 11 n’est donc pas impossibl *
que l’adaptation d’un Trématode, en des régions différentes, à telle ou telle espèce (ou race)
de Mollusque, entraîne des variations dans la suite de son cycle. Cela expliquerait que dans J
région parisienne et dans les Pyrénées, les cercaires issues des Mollusques présentent des poterT
tialités différentes dans le choix du deuxième hôte intermédiaire.
C. HAPLOMETRA CYIJNDRACEA
1. HOTES EFFECTIFS
Nous avons rencontré H. cylindracea dans la nature chez les hôtes suivants (les hôt
infestés à titre exceptionnel sont entre parenthèses) :
1 er hôte : G. truncatula.
Hôte définitif : R. temporaria : têtards et adultes;
(B. bufo).
Nous considérons B. bufo comme un hôte exceptionnel, car nous avons rencontré sei 1
ment 3 individus parasités sur 500.
Le cycle est schématisé figure 14.
2. SPÉCIFICITÉ VIS-A-VIS DU PREMIER HÔTE
Dans le cycle A'H. cylindracea, la présence de Galba truncatula est apparemm
aussi indispensable que celle de R. limosa glacialis dans celui de O. rastellus. nt
Mais autant la présence de L. limosa glacialis paraît liée à des facteurs écologiques préc'
autant celle de G. truncatula paraît peu dépendante de tels facteurs. ,a »
Parlant de cette espèce, Astre (1922), la qualifie de « si commune dans les torrents
les ruisseaux élevés », tout en précisant qu’elle n’est rencontrée qu’exceptionncllcment dans 1^
lacs. En 1925, cet auteur suppose que ces Limnées existent cependant dans les lacs «m
qu’elles y sont localisées aux seuls endroits dont le régime se rapproche de celui de leur hab' 8 * S
de prédilection (pied des cascades latérales, débouché des déversoirs) ». III ajoute : « Les L'* 8 *
nées vivent sur les bords du lac, rampant sur les pierres; elles font partie de la faune litto
pendant la belle saison ». Stefansky (1958) signale qu’en Pologne, G. truncatula est surt C
abondant dans les aires montagneuses où il souligne son « terraqueus character »; il ajoute 0llt
les populations de cette Limnée sont fragmentées en îlots et qu’il est rare qu’on la trouve^ 6
toute l’étendue d’un pâturage. Styczynska-Jurewicz (1965) note également (p. 152) q Ue
rencontre G. truncatula dans des biotopes assez différents ; cet auteur, tout comme BoYcr» 0 * 1
(1936), Chowaniec et Drozdz (1959), Bf.dnarz (1960), souligne le mode de vie « amnhik^
de ce Mollusque. ,e *
Source : MNHN, Paris
80
CLAUDE COMBES
Nos propres observations sont en accord avec ces données; nous les résumons ainsi •
G. Iruncalula existe pratiquement partout dans l’est des Pyrénées, mais il est toujours
localisé de manière très line. Lorsqu’on recherche ce Mollusque dans une station, on peut pros¬
pecter beaucoup de terrain avant de le rencontrer.
Cette espèce se trouve dans des conditions de vie extrêmement variées. Nous l’avons
rencontrée dans des sources (par exemple station 49), des canaux d’arrosage (station 8), des
prés ou des mares (station 7), des pozzines (station 20), des prairies à Sphaignes (station 281
des cours d’eau en forêt (station 58), des étangs (station 46). Nous confirmons cependant
l’opinion de Astre : G. Iruncalula est rare dans les étangs eux-mêmes ; lorsqu’il s’y trouve
(station 46) il est strictement localisé au débouché du cours d’eau qui alimente l’étang.
3. BIOGÉOGRAPHIE
Nous pensons qu’il faut voir dans cette écologie très plastique du premier hôte, l’un
des raisons de la présence A'H. cylindracea dans la plupart de nos stulions.
La carte n° 3 indique la fréquence de ce Digène dans toutes les stations où nous avon
examiné un minimum de 30 R. temporaria.
Elle montre que l’espèce est présente à peu près partout, et à des altitudes très variées
On remarque toutefois qu’elle n’est très abondante ni dans les zones basses de Cerdagne ni
cœur des massifs montagneux. C’est à la périphérie de ceux-ci qu’on observe le parasitismeV*
plus marqué. Certaines stations orientales (57. 58, 59) concernant des colonies relalivem
isolées de R. temporaria, ne nous ont pas livré //. cylindracea, qui paraît donc se raréfier
les limites d’aire de son hôte.
Le cycle étant, d’après nos recherches expérimentales, du type « à deux hôtes » on d
supposer que les fluctuations de cette fréquence sont en rapport avec des conditions variabl U
de promiscuité entre l’Amphibien et le Mollusque, suivant le biotope précis où se tr 68
ce dernier. Nous devons ajouter que nous avons retrouvé dans la nature, des têtards et de t a*
jeunes grenouilles infestées, ce qui confirme notre travail expérimental.
Pour H. cylindracea, on peut conclure que les conditions de déroulement du
sont réunies à peu près partout dans notre région, l’infestation atteignant les fréquences 1 ^
plus élevées sur le pourtour des massifs montagneux.
D. HAEMATOLOECHUS PYRENA1CUS
1. HÔTES EFFECTIFS
Nous avons rencontré les hôtes suivants effectivement parasités dans la nature •
1 er hôte : Ancylus fluviatilis.
2 e hôte : Cordulegasler annulants.
Hôte définitif : R. temporaria;
B. bufo.
Si nous avons rencontré les Ancylus parasités sans difficultés, nous n’avons rec
dans la nature qu’un seul deuxième hôte intermédiaire effectivement parasité : il K ’aei ° •
d’une larve de Cordulegasler annulatus. N’ayant pu travailler que dans un seul biot***
(voir p. 54) il n’est pas étonnant que nous n’ayons pas trouvé couramment les hôtes port ° Pe
des métacercaires de ce parasite rare. En particulier, nous ne pouvons confirmer au nomh* 8
de ceux-ci les Plécoptères des genres Perla et Nemura. Le cycle est schématisé figure 15
2. SPÉCIFICITÉ VIS-À-VIS DU PREMIER HÔTE ET BIOGÉOGRAPHIE
Sachant que sur près de 2.600 R. temporaria de notre région, 18 seulement nous
livré H. pyrenaicus, nous pensons qu’il faut considérer ce Digène comme rare, ce qui y °.***
les possibilités d’étude des modalités naturelles de son cycle. ^te
Nous avons cependant établi une corrélation entre la présence d
et celle de ce Trématode, à quatre exceptions près. Nous avons trouvé
Avylus
Je. Anyl m „ ^
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE
DICÈNES ET MONOCÈNES d’aMPHIBIENS
81
(voir pf?2)^ 88101
Figure 15
Schéma du cycle biologique de Haemaloloechus pyrenaicus :
des milieux et rôle du comportement des organismes dans les changements de milieu
5C1024 C.
82
CLAUDE COMBES
Rana parasités dans l’Aude à la station 49, dans les déversoirs des étangs de la Pera et de
Malniu (stations 41 et 40), dans l’étang de FontVive (station 24). Mais il existe aussi des
stations où A.fluviatilis est présent, mais où le parasite ne semble exister ni chez le Mollusque
ni chez l’Amphibien ; ce sont les lacs supérieurs de la station 12 (lac de Casteilla et de Trebens)*
l’étang de Mont-Malus (station 39), le ruisseau du Col Rigat (station 5), l’estanyol de la Lladurè
(station 46). \a carte n u 4 indique les stations à H. pyrenaicus et montre que dans les stations 27
et 30, il y a eu vraisemblablement infestation accidentelle par suite du déplacement du
deuxième hôte.
Il semble confirmé que V Ancylus est l’hôte indispensable de H. pyrenaicus, puisque
celui-ci n’a été rencontré que dans des stations à Ancylus. Mais en certains endroits où tous
les hôtes nécessaires (y compris Odonates et Plécoptères, présents pratiquement en toutes
stations) sont réunis, le cycle de ce Trématode ne paraît pas se dérouler. Nous avons noté
que les Ancylus vivent une année seulement : la reproduction a lieu vers le mois de mai et
les individus meurent en septembre de l’année suivante. L’infestation par les miracidiums
la croissance des sporocystes et la libération des cercaires se produisent donc pendant ce
laps de temps.
Le petit nombre de stations à Ancylus ne permet pas de définir clairement les limites
écologiques de ce Mollusque dans notre région. Il se trouve aussi bien dans les torrents et
déversoirs d’étangs que dans les étangs eux-mèmes. Dans certains cas, les Ancylus présentent
un sommet de coquille aminci et blanchi (station 39), peut-être en rapport avec un déficit
en calcaire.
H existe un curieux phénomène de prédation des cercaires par un Annelide Oli
chète : Chaetogaster limnaei; ce dernier, fixé en abondance sous le rebord de la coquUJ '
des Ancylus paraît se nourrir en grande partie de cercaires d ’H. pyrenaicus. Le tube digestif
de cet Annelide renferme souvent de très nombreuses cercaires à des degrés divers de diir
tion, mais bien identifiables. Nous avons même souvent utilisé cette particularité pour détect
de manière pratique les Ancylus parasités, les cercaires en voie de digestion formant d *"
masses blanches très visibles.
E. GORGODERIDAE :
GORGODERA EUZETI
GORGODERINA VITELLILOBA
1. HÔTES EFFECTIFS
Nos différentes stations nous ont fourni les hôtes effectifs suivants des Gorgoderidae
a. G. euzeti :
1 er hôte : Pisidium caserlanum (Poli).
2 e hôte : Sialis lutaria F. ;
Têtards de R. temporaria.
Hôte définitif : R. temporaria;
B. bufo.
b. G. vitelliloba :
1 er hôte : Pisidium hibernicum Westcrhmd;
Pisidium lilljeborgii Clessin;
Pisidium caserlanum (Poli);
Pisidium nitidum Jenyns.
2 e hôte : têtards de R. temporaria;
Sialis lutaria F.
Hôte définitif : R. temporaria;
B. bufo.
Nous avons groupé ensemble G. euzeti et G. vitelliloba à cause de la parenté de 1
cycles expérimentaux. Ur ®
Nos recherches sur le terrain nous ont permis de mettre en évidence d’importa
différences dans l’écologie de ces cycles, ce qui permet une continuelle comparaison. I ****
cycles sont schématisés figures 16 et 17. ‘ L-ea
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
83
84
CLAUDE COMBES
2. SPÉCIFICITÉ DES GORGODERIDAE POUR LE PREMIER HÔTE
Les Gorgoderidae de nos R. lemporaria se trouvant dans une aire où le genre Sphaerium
limité à de basses altitudes (800 m), n’existe pas, tous les cycles utilisent comme premier
hôte intermédiaire les espèces du genre Pisidium.
Nous avons récolté dans la région prospectée huit espèces de Pisidium :
P. casertanum (Poli) ;
P. hibernicum Westerlund;
P. lilljeborgii Clessin;
P. milium Held ;
P. nitidum Jenyns;
P. subtruncatum Malm;
P. obtusale Pfeiffer;
P. personatum Malm.
Sur ces huit espèces, les six premières font partie de la faune
montagneuses, tandis que les deux dernières, espèces de plaine ou de
rencontrées qu’exceptionnellemcnt, respectivement au nombre de un et
un total de 12.150 Pisidies recensées. Nous négligeons donc P. obtusale et P. personaturn
dans notre travail (1).
Vu le nombre élevé d’espèces de Pisidium présentes dans les mômes localités ou dans
des localités voisines, il est particulièrement intéressant de rechercher de manière statistiq ue
si G. euzeti et G. vilelliloba présentent une spéciBcité parasitaire pour leur premier hôt
intermédiaire.
Pour savoir si un Pisidium est parasité par une cercairc donnée, il est nécessaire d
l’isoler pendant plusieurs jours et de l’observer biquotidiennement pour repérer et déter
miner les cercaires émises. Nous avons opéré uniquement de cette manière, car c’est la seul '
qui permette une détermination exacte des cercaires de nos deux Gorgoderidae; nous pe *
sons, en effet, qu’il est actuellement impossible d’être certain d’une détermination effectué"
sur des sporocystes ou sur des cercaires immatures, la détermination des cercaires complète*
ment développées étant elle-même très délicate. Son inconvénient est que l’on peut dout
d’avoir effectivement détecté tous les Mollusques parasités, mais en disséquant des lots*
témoins de Pisidies après quatre ou cinq jours d’observation, nous avons constaté que tou '
les Mollusques contenant des sporocystes avaient émis des cercaires pendant ce laps de temn
Nous considérons donc cette méthode — malheureusement très longue — comme correct "
Elle permet, en outre, une détermination ultérieure précise des Pisidies par un spécialiste *
Au mois d’août 1966, nous avons ainsi isolé et trié :
— 3.865 Pisidies provenant de 13 stations différentes (11, 12, 15, 17, 19, 20 22 24
33, 37, 40, 41, 45) où les grenouilles sont parasitées à la fois pur G. euzeti et G. vitefàïob ’
— 1.392 Pisidies provenant d’une station (57) où les grenouilles sont seulem ***"
parasitées par G. vitelliloba. en *
a. Stations à G. euzeti et G. vitelliloba :
Le tableau 8 indique pour chaque espèce :
n Pis. : le nombre total de Pisidies examinées ;
i G. e. : le nombre de Pisidies parasitées par G. euzeti;
% G. e. ; le pourcentage de Pisidies parasitées par G. euzeti;
i G. v. : le nombre de Pisidies parasitées par G. vitelliloba;
% G. v. : le pourcentage de Pisidies parasitées par G. vilelliloba.
Le X 2 pour la distribution de G. euzeti (en groupant ensemble les espèces pour lesquell
l’effectif calculé est inférieur à 10) est égal à 20. Le X* pour la distribution de G. vitellil 0 ^ a
(même remarque) est égal à 110.
Il semble, ces tests étant très hautement significatifs, que Ton puisse conclure que n
deux espèces de Gorgoderidae ne parasitent pas indifféremment n’importe quelle espèce d*
normale des régions
marécages, n’ont été
cinq exemplaires si,-
(1) Signalons que, depuis la mise sous presse de ce mémoire,
relativement abondante de P. obtusale dans l’un des étangs de la i
décc
'erl une population
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGENES d’aMPHIBIENS
85
86
CLAUDE COMBES
Pisidium. Entre P. casertanum et P. lilljeborgii, G. euzeti paraît avoir une spécificité pré¬
férentielle pour P. casertanum; G. vitelliloba paraît avoir une spécificité préférentielle pour
P. lilljeborgii, et peut-être pour P. kibernicum dont le pourcentage d’individus parasités
est très voisin de celui qui concerne P. lilljeborgii, mais est établi sur un nombre trop faible
(190) de Mollusques.
n Pis.
iC. e.
% G. e.
iC. v.
% G. v.
P casertanum
1890
30
1,5
19
P. kibernicum .
190
0
-
15
P. lilljeborgii .
1284
0
-
119
P. milium .
99
0
-
0
P. nitidum .
247
0
-
6
P. subtruncalum .
155
0
0
Tableau 8
Nous nous gardons cependant de conclure à une spécificité stricte de G, euzeti
P. casertanum, car vu le taux très faible du parasitisme, une espèce (dus rare peut être paras t h?
mais nous avoir échappé. Par exemple, si l’on tient compte que le pourcentage de P. C a ^
lanum parasité est de 1,5 %, il est possible que P. milium ou P. subtruncalum (99 et 155 ex
plaires recueillis) soient parasités à un taux semblable, malgré nos examens négatifs II f 01
ajouter que, dans ce qui précède, nous calculons des effectifs sur un ensemble de stations
l’homogénéité est imparfaite. Cela affaiblit le sens des tests de signification, ceux-ci n’étant ***
principe valables que si on puise les effectifs dans une « urne » homogène. Or, isolées ai 611
des stations ci-dessus ne nous a fourni des effectifs suffisants de Pisidies parasitées' Enfl**
on ne peut être rigoureusement certain, une fois démontré que les distributions observée* 111 ’
sont pas dues au hasard, qu’elles reflètent une différence dans le chimiotactisme des - 1 **
cidiums. Des différences dans le comportement des Pisidies (préférence de certains
milieux de la vase par exemple) ne peuvent être rejetées o priori. r °~
b. Station à G. vitelliloba :
Dans la station 57 (planche 1, en haut), où les Pisidies (limitées à trois espèces!
remarquablement abondantes et remarquablement parasitées, nous nous sommes liw#»^
un test supplémentaire portant sur 1.392 Pisidies. Ce test nous a permis d’obtenir des résuit *
plus précis concernant la spécificité de G. vitelliloba vis-à-vis de P. casertanum P hit,* . ts
et P. lilljeborgii. ’ ' nibern **m
Les résultats ont été les suivants :
— sur 753 P. casertanum, 2 sont parasités, soit 0,3 %;
— sur 497 P. kibernicum, 128 sont parasités, soit 25,7 %;
— sur 142 P. lilljeborgii, 17 sont parasités, soit 12,0 %.
Ces résultats, hautement significatifs d’une différence dans l’infestation (>.;« p OU r C ett
distribution = 191) montrent que, pour G. vitelliloba
— P. kibernicum et P. lilljeborgii sont des hôtes très favorables avec une préfér
pour le premier;
— P. casertanum est un hôte presque exceptionnel.
L’ensemble des résultats précédents démontre de manière
e Hce
— que des ccrcaires de Gorgoderidae ne présentent pas de spécificité stricte vis-à
du Mollusque-hôte intermédiaire, puisque G. vitelliloba se développe chez P. casert VlS
P. kibernicum, P. lilljeborgii, P. nilidum; n **m t
— que les populations des différentes espèces de Pisidies ne sont pas équival
pour le développement des parasites : il semble se manifester une spécificité préférentielle^^
— G. euzeti pour casertanum; :
— G. vitelliloba pour P. kibernicum et P. lilljeborgii.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
87
Un travail expérimental, nécessitant des élevages de Pisidies, malheureusement très
délicats à réaliser, permettrait seul d’affirmer que cette spécificité est du type qualifié de
systématique.
Les phénomènes sont plus clairs en ce qui concerne l’infestation du deuxième hôte.
3. RÔLE DU COMPORTEMENT DU DEUXIÈME HÔTE
DANS SA PROPRE INFESTATION
Nous avons montré expérimentalement que les cercaires de G. euzeti et G. vitelliloba
peuvent s’enkyster toutes deux, soit chez les larves de Sialis, soit chez les têtards, après inges¬
tion par ces organismes.
Cependant, les expériences faites avec des Sialis et des têtards capturés dans des
biotopes riches en Pisidies porteurs de sporocystes, nous ont montré que ces animaux jouent
un rôle très dilféienl.
Nous citons une expérience réalisée avec des Sialis et têtards pris exactement en un
même point de la station 33.
50 larves de Sialis ont été données, par lots de 5, à 10 R. temporaria indemnes (véri¬
fications sur lot-témoin).
50 têtards ont été donnés, par lots de 5 également, à 10 R. temporaria indemnes (même
remarque).
L’infestation a eu lieu le 13-9-1966, la dissection des grenouilles le 15-10-1966, soit
un mois après, délai qui permet une identification indiscutable des Trématodes.
Le tableau 9 donne les résultats de l’expérience.
R. temporaria
ayant avalé des larves de Sialis
R. temporaria ayant avalé les têtards
Numéros
G. euzeti
G. vitelliloba
Numéros
G. euzeti
G. vitelliloba
2.
3
1
2.
0
12
,
Q
10.
1
0
10.
0
0
Total. . ..
20
3
Total....
0
53
Tableau 9
Dans toutes nos expériences (une centaine d’infestations), nous avons constaté, comme
dans celle-ci, que les inétacercaires de G. euzeti se trouvaient quasi-exclusivement chez les
Sialis et que celles de G. vitelliloba se trouvaient principalement chez les têtards.
Nous avons recherché, dans la nature et au laboratoire, les processus qui pouvaient
être à l’origine de cette différence statistique. Sachant que l’infestation se fait par ingestion
de la cercaire, sans que celle-ci manifeste un tropisme, nous avons fait porter nos observations
sur 1 éthologie de l’ensemble des organismes en jeu :
o. Les Pisidies vivent le plus souvent à l’intérieur de vases très légères, dans une zone
comprise entre 2 et 15 mm au-dessous de la surface de la vase; elles ne sont jamais à la surface
même de celle-ci. Au-dessus du siphon respiratoire de chaque Pisidium se trouve une sorte
de « puits » étroit où se fait une circulation d’eau. Si on met des Pisidies dans un cristallisoir
et si on a soin de ne pas agiter la vase, on voit se former ces « puits » et l’on peut même, à la
loupe binoculaire, apercevoir au fond de ceux-ci l’extrémité du siphon du Mollusque;
Source : MNHN, Paris
CLAUDE COMBES
b. Si on dispose dans les conditions précédentes des Pisidium parasités par G. euzeti
on ne voit apparaître aucune cercaire à la surface de la vase. Par contre, toujours à la loupé
binoculaire, on peut les apercevoir, par groupes de 3, 4 ou davantage, au fond des « puits »
s’agitant rythmiquement et fixées sur le rebord de la coquille du Mollusque. Si on promène
alors à travers la vase une pipette en aspirant fortement, on ne ramène de cercaire qu’excep¬
tionnellement, ce qui prouve qu’elles sont en majorité fixées sur les Pisidium et y sont fixées
solidement;
c. Si on dispose, toujours dans les conditions précédentes, des Pisidium parasités
par G. vitelliloba, on voit apparaître de nombreuses cercaires qui s’agitent rythmiquement
et se déplacent à la surface de la vase; aucune ne reste au fond des « puits ». Lorsqu’elles
s’échappent des valves du Lamellibranche, les cercaires montent par le « puits » et sortent de
la vase; si les « puits » ont été détruits (par agitation de la vase par exemple), les cercaires
n’étant retenues à rien, finissent quand même par s'extraire de la couche vaseuse, grâce à
leurs mouvements continuels;
d. Les larves de Sialis, habitantes de la couche de vase, mangent les cercaires de
Gorgoderidae grâce à un mouvement réflexe assez particulier. Tout d’abord, il faut préciser
que la vue de la cercaire en mouvement ne joue aucun rôle; une cercaire s’agitant à quelques
millimètres des yeux, d’ailleurs rudimentaires, d’une larve, ne provoque aucune réaction de
celle-ci, quelles que soient les conditions de fond ou d’éclairage. C’est par le sens du toucher
que la larve de Sialis détecte sa proie. Mais nous avons établi qu’il n’y a prédation que lorsque
la larve heurte la cercaire en mouvement par la région thoraco-ventrale ; la larve se replie
alors brusquement vers le bas, coupe la cercaire en deux fractions d’un coup de mandibule
et avale l’une des fractions. Le phénomène ne se produit pas si la larve heurte la cercaire avec
les pattes, l’abdomen ou même la région céphalique; il est réellement limité au cas où 1»
cercaire passe entre les pattes de l’Insecte. Cette observation est facile à faire, à conditio
d’opérer avec un minimum d’épaisseur de vase, condition qu’on ne peut guère suspecte
de fausser l’expérience. On remarque que la larve de Sialis ne semble avoir qu’une chan
sur deux de s’infecter, puisque le corps même de la cercaire ne se trouve que dans l’une de*
fractions dues au coup de mandibules; il est possible que dans la vase profonde, la fracti
contenant le corps étant vers le haut, ce soit celle-ci qui soit systématiquement avalée • 011
e. Les têtards dans la nature vivent à la surface de la vase et ne s’y enfoncent pas H
prennent leur nourriture dans sa pellicule tout à fait superficielle en aspirant les particule 3
principalement végétales; leur instestin livre un grand nombre d’algues unicellulaires. 3
A la lumière de ce complexe d’observations, nous interprétons les faits de parasitis
de la manière suivante : e
— les larves de Sialis, qui vivent normalement dans l’épaisseur de la couche de v
et s’y déplacent continuellement, rencontrent les cercaires de G. euzeti, fixées sur les coau'H C
des Pisidium et avalent ces cercaires. Elles ont beaucoup moins de chances de rencont 68
les cercaires de G. vitelliloba qui naissent au même niveau que les autres, mais n’y demeu *
pas, puisqu’elles sortent de la couche de vase; 111
— les têtards qui parcourent en tous sens la surface de la vase avalent, avec d’am
microorganismes, les cercaires de G. vitelliloba qui s’y agitent. Ils ont beaucoup moins <? S
chances d’avaler celles de G. euzeti qui, non seulement se trouvent à un niveau pl lls k e
mais encore sont solidement fixées aux coquilles de Pisidium; pour les avaler, il faut q Ue «’
têtard « broute » la surface du Mollusque, ce qui ne doit guère se produire dans la natu r ^
Ce9 phénomènes sont schématisés dans la figure 18.
Bien que les faits dont nous venons de parler résultent d’observations menées à la f •
sur le terrain et au laboratoire, il serait intéressant de réaliser artificiellement une expérie * 3
reproduisant les deux possibilités d’infestation. Il suffirait théoriquement de mettre dans °°
même aquarium des Pisidium parasités par G. euzeti et des Pisidium parasités par G. vitell 'î**
ba, des larves de Sialis et des têtards. Malheureusement, l’expérience est pratiquement inr?'
lisable, car les têtards en captivité souffrent de paniques subites et dévastatrices, de sorte o » *
retrouve vite Sialis et Pisidium bousculés et ramenés à la surface de la vase, et que l’on ne 0ïl
comparer ces conditions aux conditions qui régnent dans la nature. Peut
Source : MNHN, Paris
Lj2js>
ÉCOLOGIE UE DIGENES
MONOGENES d’aMPHIBIENS
89
Figure 18
Rôle «lu comportement «le» organismes dans les cycles de GorgoderiJae
A gauche : infestation du deuxième hôte intermédiaire dans le cycle de Gorgodera euzeli.
A droite : infestation du deuxième hôte intermédiaire dans le cycle de Gorgoderina viteUiloba.
4. BIOGÉOGRAPHIE
Differents types de stations.
D’après les statistiques concernant la fréquence de G. euzeli et G. vilelliloba chez R.
temporaria, nous pouvons classer nos stations en quatre catégories :
1. Stations sans Gorgoderidae ou à Gorgoderidae accidentels :
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8,10, 25, 26, 27, 32, 35, 48, 51.
2. Stations où G. euzeti domine nettement G. viteUiloba :
U, 12,15,16, 24, 30, 33, 37, 38, 39, 40, 43, 45.
Source : MNHN, Paris
90
CLAUDE COMBES
3. Stations où G. euzeti et G. vilelliloba sont approximativement équivalents :
14,19, 20, 21, 22, 23, 31, 34, 41, 42,4*, 49, 53.
4. Stations où G. vitelliloba domine nettement G. euzeli •
9, 13, 17, 18, 28, 29, 36, 44, 47, 50, 52, 54, 55, 56, 57, 58, 59.
Dans les stations 9 et 57 à 59, G. vitelliloba est le seul Gorgodcrinac présent.
Les stations sans Gorgoderidae ou à Gorgoderidae accidentels sont des stations de
faible altitude (moins de 1.800 m); elles comprennent en particulier toutes les stations de Cer-
dagne. Ce sont des stations éloignées de tout étang à riche faune de Pisidies. Dans les régions
basses, plus ou moins cultivées, sans étang naturel, ne vivent que des populations très réduites
de P. casertanum (stations 2, 5, 6, 27) ; ces Pisidies vivent dans des zones atterries de ruisseaux
ou canaux d’arrosage, ou dans des marigots plus ou moins asséchés en été, toutes conditions
qui ne favorisent guère la transmission des parasites. Un cas particulier est présenté par la sta¬
tion 25 qui est une retenue d’eau artificielle; cette étendue d’eau, au fond caillouteux, ne nous a
livré que quelques rarissimes Pisidies, ce qui explique la quasi-absence de Gorgoderidae
(1 unique G. euzeti pour 33 R. lemporaria).
Pour l’ensemble des autres stations, on peut se demander quelle est la raison des pro¬
portions variables des deux Gorgoderidae, qui vont parfois jusqu’à 1a disparition de G. euzeti.
11 paraît naturel, à la suite de nos observations sur la spécificité, de rechercher si la
distribution géographique des espèces de Pisidium n’est pas responsable de celle des Tréma-
todes. Nous avons récolté, dans douze stations, un échantillonnage aussi complet que possible
de Pisidies, en prospectant non seulement les étangs, mais encore les pozzines, marigots ou
méandres atterris voisins. Nous avons fait cet échantillonnage d’après 7.729 Pisidies recueillies
— 5 stations où G. euzeti domine : 11, 30, 33, 37, 45;
— 2 stations où les deux espèces s’équilibrent : 14, 31.
— 5 stations où G. vitelliloba domine : 13,17, 28, '14, 57.
Le tableau 10 indique :
n R. t. : nombre de R. lemporaria autopsiées.
% G. e. : fréquence de G. euzeti chez les grenouilles.
% G. v. : fréquence de G. vitelliloba chez les grenouilles.
n Pis. : nombre de Pisidies récoltées.
%P.c. : % de P. casertanum.
% P. h. : % de P. hibcrnicum.
% P. I. : % de P. lilljeborgii.
% P. m. : % de P. milium.
%P. n. : % de P. nitidum.
% P. s. : % de P. subtruncalurn.
Dans ce tableau, il ne paraît guère exister de rapport entre la fréquence du parasitisme
par Gorgoderidae et la composition des populations de Pisidium. Ainsi, pour G. vitelliloba
on s’attendrait à voir l’espèce dominer dans les stations où P. lilljeborgii est abondant (14*
30,37), mais il n’en est rien. Il ne semble pas davantage que l’abondance relative de P. caserta !
num influence la fréquence de G. euzeli, bien qu’à la station 13, où P. casertanum est très
rare (il est signalé par Kuiper, 1964, mais nous ne l’avons pas recueilli nous-mêmes), la fré.
quence de G. euzeli soit relativement faible.
Ces résultats, bien que négatifs, sont intéressants car ils démontrent que la spécificité
préférentielle que nous avons mise en évidence au niveau du premier hôte n’est pas de nature à
influencer profondément la fréquence des parasites chez leur hôte définitif.
En outre, nous avons pu mettre en évidence certains traits de l’écologie des Pisidies, q u j
montrent que ces Mollusques 11 e fréquentent pas indifféremment tous les biotopes à eaux cal¬
mes : tandis que les bords de lacs (pl. 7, en haut) abritent généralement plusieurs espèces, l es
pozzines (pl. 7, en bas) abritent seulement P. casertanum. Il est certain que cette répartition,
qui permet de classer P. casertanum comme espèce eurytope, peut avoir son importance dans
le déroulement des cycles biologiques de Gorgoderidae.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
91
Station
n
%
%
n
%
%
%
%
%
%
R.t.
R. t.
G. e.
Pis.
P.c.
P. h.
P. 1.
P.m.
P. n.
P. s.
11
37
46
16
841
2,4
7,4
25,4
5,1
47,0
12,7
30
618
56
21
1003
21,7
1,2
76,7
0
0,4
0
33
40
40
12
1081
60,8
0
39,2
0
0
0
37
68
37
1
263
13,0
2,6
62,8
10,6
3,8
7,2
45
30
55
10
330
63,9
0
36,1
0
0
0
14
38
18
18
630
6,4
0,3
93,0
0,3
0
0
31
85
18
20
71
100
0
0
0
0
0
13
57
19
70
198
0
53,5
1,0
11,1
33,9
0,5
17
32
25
41
222
83,8
7,2
9,0
0
0
0
28
63
3
16
566
100
0
0
0
0
0
44
30
3
40
248
19,8
2,0
13,3
12,5
24,6
27,8
57
52
0
36
2276
57,6
36,3
6,1
0
0
0
Tableau 10
Distribution géographique des stations.
Nous avons indiqué sur la carte n° 5, nos stations à R. temporaria en distinguant les
quatre catégories que nous avons établies plus haut.
La carte permet les constatations suivantes :
a. Les stations sans Gorgoderidae ou à Gorgoderidae accidentels se trouvent en Cerda.
gne les dans vallées de la Valira del Orient (Andorre) du Carol et de l’Aude, donc dans les
régions les plus basses, éloignées des étangs. Une seule station basse (49) a donné, pour 50 R.
temporaria, 14 % d’individus parasités par G. euzeti et 14 % également d’individus parasités
par G. vitelliloba.
b. Les stations où G. euzeti domine nettement paraissent former trois noyaux :
— un dans le massif du Carlit : 11,12,15,16, 43, 45;
— un dans le massif de Fontargente (frontière Andorrane Nord) : 33;
— un dans le massif de Pessons-Campcardos (frontière Andorrane Sud) : 30, 37, 38,
39, 40.
c. Les stations où G. vitelliloba domine nettement sont plutAt situées sur le pourtour
de ces massifs ou entre eux :
— autour du massif du Carlit : 9, 13, 17, 18, 28, 44, 47, 50;
— entre les massifs de Fontargente et de Pessons-Campcardos : 29, 36.
d. Les stations où les deux espèces s’équilibrent sont situées apparemment dans une
zone plus ou moins intermédiaire entre les deux précédentes, sans qu’évidemment, il soit
possible d’attribuer à cette zone une aire parfaitement régulière.
Si on trace la limite approximative entre la zone où G. euzeti domine et celle où G'
vitelliloba domine, on constate que cette limite passe dans la zone où les espèces s’équilibrent.
Il y a donc passage progressif du type de population b. au type de population e.
Le tracé obtenu est, par ailleurs, étonnamment voisin de celui que nous avons établi
pour les limites de la zone à O. rastellus.
Nous concluons qu’il existe une corrélation entre les caractéristiques de l’infestation par
Gorgoderidae et les grandes unités géographiques de la région, G. euzeti étant, en règle géné¬
rale, celui des deux parasites qui domine au cœur des massifs montagneux. II va de soi qu’il
faudrait multiplier les documents à l’infini pour obtenir une limite d’aire véritable; encore
Source : MNHN, Paris
92
CLAUDE COMBES
celle-ci resterait-elle imprécise, une telle statistique, fondée sur un critère de dominance et
non d’exclusivité étant soumise aux fluctuations, même réduites, du parasitisme.
Signalons enfin que l’abondance des Sialis dans les étangs de haute altitude n’est peut-
être pas, vu les modalités du cycle de G. euzeti dans la nature, étrangère aux fréquences élevées
de ce parasite dans le centre des massifs montagneux. C’est également la zone où le type de
biotope que nous qualifions sous le nom de pozzine est le plus largement représenté.
F. — FLUCTUATION ANNUELLE ET SAISONNIÈRE
DU PARASITISME DE L'HOTE DÉFINITIF
1. FLUCTUATION ANNUELLE
Dans toutes les stations où nous avons effectué plusieurs années de suite à des dates
semblables, des prélèvements de R. temporaria, nous avons constaté une stabilité très grande
des fréquences et densités de chaque parasite. A plusieurs années d’intervalle, les caractéristi
ques d’une station restent semblables à elles-mêmes, qualitativement et quantitativement
Nous citons quelques exemples, en indiquant pour chaque parasite successivement l e
nombre d’hôtes infestés, la fréquence en pourcentage, la densité moyenne par hôte parasité
Station 16 :
Août 1963. — 42 R. temporaria examinées :
H. cylindracea . 1 F=2% d = l
G. euzeti . 20 F = 47 % d = 9
G. vitelliloba . 6 F=14% d = 2
O. rastellus , H. pyrenaicus : néant.
Août 1966. — 37 R. temporaria examinées :
H. cylindracea . 1 F=3% d = l
G. euzeti . 18 F = 48% d = 6
G. vitelliloba . 3 F=8% d = l
O. rastellus, H. pyrenaicus : néant.
Station 30.
Octobre 1964. — 50 R. temporaria examinées :
H. cylindracea . 23 F 46 % d = 2
G. euzeti . 20 F=40% d = 6
G. vitelliloba . 14 F = 28 % d = 3
O. rastellus, H. pyrenaicus : néant.
Octobre 1965. — 44 R. temporaria examinées :
H. cylindracea . 18 F=41% d = 2
G. euzeti . 13 F = 30 % d = 10
G. vitelliloba . 10 F = 22 % d= 5
O. rastellus, H. pyrenaicus : néant.
Octobre 1966. — 53 R. temporaria examinées :
H. cylindracea .... 26 F = 49 % d 2
G. euzeti . 24 F=45% d = 9
G. vitelliloba . 16 F=30% d = 3
O. rastellus, H. pyrenaicus : néant.
Bien que sur des lots parfois moins importants, nous avons vérifié la faible arnplit„j
des fluctuations dans d’autres stations et pour l’ensemble de nos Trématodes. e
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
93
2. FLUCTUATION SAISONNIÈRE
Nous nous fonderons sur l’exemple de la station 30; il s’agit de l’étang de Porté (alti¬
tude 2.030 m) voisin du col du Puymorens. C’est un étang de petites dimensions (250 m de
diamètre), peu profond (2 à 3 m), à végétation importante ( Carex , Menyanthes, Subularia,
Isoetes ), abritant une popidation très abondante de R. temporaria.
Par des prélèvements mensuels de 40 à 60 individus, nous avons étudié la variation
de la fréquence et de la densité des Digènes présents. Ceux-ci sont H. cylindracea, G. euzeli
et G. vitelliloha. Accidentellement, nous avons également recueilli O. rastellus et H. pyrenai-
cus par suite de la dissémination du 2° hôte. Nous limiterons notre étude aux trois premières
espèces, pour lesquelles la station 30 constitue un épidémiotope complet au sens de Rebecq.
Variation de fréquence et de densité des parasites.
En effectuant notre série de prélèvements parmi les grenouilles qui fréquentent le bord
du lac, nous avons constaté que chacun des parasites présentait son propre type de variation
annuelle, aussi bien en ce qui concerne sa fréquence (pourcentage d’Amphibiens parasités)
qu’en ce qui concerne sa densité (nombre moyen de parasites par Ainphibien infesté).
Le tableau 11 groupe les résultats obtenus en 1965 et 1966, l’année étant divisée en trois
périodes, mai-juin, juillet-août, septembre-octobre (les grenouilles entrent en hibernation fin
octobre et en sortent vers le 10 mai dans cette station). Pour chaque parasite, le premier nom¬
bre indique la fréquence, le deuxième (entre parenthèses) la densité. Chaque statistique, portant
sur deux mois, est fondée sur un minimum de 90 R. temporaria autopsiées.
Parasites
(F = fréquence, D — densité)
1965
1966
Mai
Juillet
Sept.
Octobre
Mai
Juillet
Août
Sept.
Octobre
98
45
Gorgodera euzeti.... ^ p
(5,7)
(12,7)
(10,5)
(5,1)
(15,0)
(8,7)
Gorgoderina vitelli-i F- • •
28
6
23
23
14
31
loba. | D...
(2,8)
(1.0)
(4,7)
(3,6)
(1,8)
(2,6)
Haplometra cylindra- \ F • • ■
44
48
41
36
45
49
cea. 1 D...
(1,5)
(1,9)
(2,1)
(1,8)
(2,5)
(2,4)
Tableau 11
Ce tableau montre que, chez Us grenouilles capturées au bord de l’étang, on observe
chaque année :
— une très forte hausse de la fréquence de G. euzeti en été, suiv.e en automne d’un
retour à un niveau voisin de celui du printemps.
— à l’inverse, une baisse estivale de la fréquence de G. vitelliloha suivie d’une forte
remontée automnale;
— une fréquence peu variable de H. cylindracea.
Interprétation (fig. 19).
Les statistiques précédentes peuvent s’interpréter en fonction du comportement estival
de R. temporaria. Nous rappelons qu’en juillet-août, ne se trouve au bord de l’étang qu’une
fraction de la population, que nous avons qualifiée de « sédentaire », l’autre fraction, « migrante »,
se trouvant dispersée dans les rhodoraies (voir p. 15).
7 564024 6. 7
Source : MNHN, Paris
94
CLAUDE COMBES
Nous rappelons aussi que la fraction sédentaire est constituée principalement de mâles.
Ainsi, dans les prélèvements analysés, nous avons dénombré les proportions de mâles du
tableau 12.
Proportion île mâles
Mai-juin
Juillet-août
Sept.-octobre
%
%
%
1965.
48,0
93,6
47,6
1966.
54,0
90,9
58,5
Tableau 12
Nous interprétons ainsi les fluctuations saisonnières du parasitisme :
Cas de Gorgodera euzeli :
Parmi les Trématodes concernés par les chiffres cités, seul G. euzeli possède un cycle
dont le mode habituel comprend im insecte à larves aquatiques (Sialis lutaria). Cela expliq Ue
que les grenouilles qui restent au bord du lac, se nourrissant abondamment de Sialis, au prin.
temps et au début de l’été, subissent une véritable inflation du parasitisme par Gorgodera.
Par contre, comme nous l’avons exposé flans l’étude de leur comportement, les grenouiH e g
de la fraction migrante ont une nourriture composée principalement d’Orthoptères qui ne leur
transmettent aucun stade larvaire d’Helminthe ; elles s’infestent donc beaucoup moins que l es
mâles restés au voisinage de l’eau.
Lorsqu’au début de septembre, les deux fractions se réunissent, l’arrivée des grenouilles
migrantes peu parasitées, parmi les grenouilles sédentaires très parasitées, fait baisser brusque,
ment le taux moyen (fréquence et densité) d’infestation de l’ensemble. Ajoutons qu’à partir d u
mois d’août, il n’y a plus de Sialis adultes, et l’infestation de l’Amphibien ne se fait plus.
Quand la population de R. temporaria est tout entière rassemblée à l’automne, la sur-
charge parasitaire subie par les mâles sédentaires se traduit par une différence sensible de para-
sitisme entre les sexes : l’ensemble des prélèvements de septembre-octobre 1965 et 1966 donne
les fréquences et densités suivantes pour Gorgodera :
Mâles : 45 % (7,9);
Femelles : 33 % (6,5).
La différence concernant la nourriture prise par les deux fractions de la population a été
vérifiée par l’examen de nombreux contenus stomacaux; ces examens, effectués à la fin des
mêmes journées pour des grenouilles des deux fractions, ont donné comme pourcentages
moyens de proies :
— fraction sédentaire : 80 % d’insectes à larves aquatiques (parmi lesquels des Sialis ),
20 % d’Orthoptères et divers;
— fraction migrante : 95 % d’Orthoptères, 5 % d Insectes à larves aquatiques et divers.
Cette étude montre que les variations de fréquence et de densité de G. euzeli sont liées
non seulement à la fluctuation de la population parasitaire elle-même, mais encore à des chan¬
gements de volume et de composition de la population de l’hôte.
En outre, la différence de parasitisme suivant les sexes n est pas en relation directe av ec
un phénomène de nature hormonale.
Une telle différence (infestation par des Digènes plus forte chez les mâles de grenouill e
rousse que chez les femelles) a été déjà rapportée par Mazurmovitch (1951), Markov et R OGo .
ZA (1955) et Iæes (1962 b). Ce dernier auteur suppose que « the female sex hormones depre 8a
the level of parasitization by helminths » et ajoute : « The mechanism by which this is achieved
is not yet known ».
Source : MNHN, Paris
95
ÉCOLOGIE DF. DICF.NES ET MONOGENES D*AMPHIBIENS
Phénomènes d'infestation chez Rana lemporaria ,
d’après les observations réalisées ù la station 30
De bas en haut :
— variation de lu fréquence des Helminthes;
— variation de la sex-ratio;
— déroulement des cycles de Gorgoderidae.
Source : MNHN, Paris
96
CLAUDE COMBES
Sans nier une possible action directe des hormones sur le niveau de l’infestation para¬
sitaire, nous pensons que toute conclusion de ce genre doit être subordonnée à une étude très
fine du comportement : un antphibien prend une nourriture i/ui varie fortement avec son
éloignement de l’écosystème aquatique.
Nos recherches s’ajoutent aux exemples déjà connus sur les rapports entre la nourriture
des animaux et leur parasitisme, mais les auteurs ont surtout fait des rapprochements entre le
type de nourriture d’une série d'espèces d'hôtes et la composition de leur parasitofaune. Ainsi
Ginetsinskaya (1949) a-t-elle pu mettre en parallèle la nourriture des oiseaux avec les fréquen¬
ces de Trématodes et de Ccstodes; les travaux de Peahse (1930), Kirshenblat (1938), Vasilev
(1949) sur les Rongeurs, de Gorbunova (1936) sur les Poissons et Bykhovskaya-Pavlovskaya
sur les Poissons (1940) et les oiseaux (1966), mettent en évidence de pareilles différences entre
espèces.
Noble (1966) souligne : « The diet of fishes and amphibians '.s the most important of
ail biotic features in determining the nature of their parasite faunas... Those frogs and sala
manders that move between land and water, but arc predominantly aquatic, possess nior"
kinds of parasites tlian the more terrestrial spccics becausc of the more varied habitats encoun
tered by the former groups. »
Il est remarquable qu’à ces différences entre espèces, s’ajoutent des différences à l'i n
térieur d'une même espèce, suivant le comportement des fractions de sa population.
A notre connaissance, l’influence sur l’helminthofaune d’un comportement saisonni
et lié au sexe de l’hôte définitif, n’avait pas été soupçonnée jusqu’à ce jour.
Cas de Gorgoderina vitelliloba :
G. vitelliloba a comme deuxième hôte intermédiaire habituel le jeune Amphibien
les adultes s’infestent par cannibalisme à partir du moment de la métamorphose (fin aoûti*
cela explique l’augmentation de fréquence et de densité de ce parasite en scptembre-octobr •
l’infestation a lieu au moment où les grenouilles des deux fractions se réunissent, de sorte *
le phénomène de la migration n’intervient pas pour modifier la courbe générale du parasitUm* 6
Elle paraît intervenir légèrement sur le parasitisme comparé des sexes, puisque une statistia *'
portant sur 146 R. temporaria (66 mâles et 80 femelles) capturées en octobre donne les fréa " 6
ces et densités suivantes : H«en-
Mâles : F = 31,8 % d = 2,7;
Femelles : F = 25,0 % d = 3,5.
Cela s’explique par la période de la métamorphose (fin août) : les mâles de la fracti
sédentaire se trouvent en contact avec les jeunes grenouilles une quinzaine de jours avant l° n
femelles de la fraction migrante; il est normal qu’ils s’infestent un peu plus. Mais cette inll 8
est ici limitée.
Cas de Haplometra cylindracea :
Nous savons que ce Trématode comporte un seul hôte intermédiaire, G. truncat /
dont la dispersion dans des biotopes très divers (entre autres, avons-nous dit, ruissellem °’
prairies à Sphaignes et pozzines) explique que les grenouilles s’infestent à peu près égalem S *
en tous lieux. Nous pensons, par ailleurs, que ce parasite possède une longévité imnort ***
ce qui limite l’effet des éventuelles fluctuations de l’infestation. e »
Dans la figure 19, nous avons indiqué, à côté des fréquences des Digèncs, celles d
Polystoma inlegerrimum. Monogène dont l’écologie est étudiée Quatrième partie, chapitre 111°
Les phénomènes que nous venons de décrire dans la station 30 sont l’illustration d’
phénomène général dans les stations-étangs. Le comportement des grenouilles et son influ UQ
sur les taux de parasitisme a été vérifiée dans nos autres stations. et *ce
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DI GÈNES ET MONOGÈNES D’AMPWBIENS
97
QUATRIÈME PARTIE
MONOGENEA
A côté des Digenea, nous avons rencontré chez R. temporaria un Monogène Polysto-
matidae, Polystoma integerrimum (Frôhlich, 1798), parasite commun de la vessie urinaire.
Nous avons étudié en détail la biologie et l’écologie de ce parasite, ce qui nous a permis
de préciser des modalités jusqu’alors inconnues ou mal connues de son cycle. Nous avons
donc recherché parmi les Amphibiens de nos régions s’il existait d’autres espèces de Mono¬
gènes susceptibles de confirmer ou d’approfondir ces observations.
Nous avons rencontré des Polystomes chez Pelobates cultripes (Cuv.) et chez Hyla
mcridionalis Boetlger. Nous avons étudié leur cycle expérimental et l’écologie de leur cycle
dans la nature; les résultats de ces recherches permettent de multiples comparaisons avec le
cycle du Polystome de R. temporaria et nous ont fourni des enseignements précieux à propos
du problème de la néoténie chez ces parasites.
C’est pourquoi nos recherches sur les Monogènes s’adressent conjointement à trois
espèces de Polystoma, que nous indiquons ci-dessous, dans le cadre de leur systématique :
Monogenea Carus, 1863;
Polyopisthocotylea Odhner, 1912;
Polystomatoidea Price, 1936;
Polystomatidae Camble, 18%;
Polystomalinae Gamble, 18%;
Gen. Polystoma Zcder, 1800.
Polystoma integerrimum (Frôhlich, 1798), parasite de R. temporaria L.;
Polystoma gallieni Price 1938, parasite de H. meridionalis Bocttg.;
Polystoma pelobatis (Euzct et Combes, 1966), parasite de P. cultripes (Cuv.).
CHAPITRE I
DESCRIPTION DES ESPÈCES
Parmi les trois espèces de Polystomatidae que nous avons rencontrées, deux
(P. integerrimum et P. gallieni) ont été déjà décrites de manière détaillée par plusieurs
auteurs, la troisième (P. pelobatis) a été décrite par Euzet et nous-mêmes (1966) sous le
nom de P. integerrimum pelobatis et élevée par la suite au rang d’espèce (Combes, 1966 b).
Pour la description complète de P. integerrimum, on se reportera aux travaux de
Zei.ler (1872), Halkin (1902), Gallien (1935) et Williams (1960 a et b), pour celle de
P . gallieni au travail de Gali.ien (1947), pour celle de P. pelobatis à notre note de 1966.
Nous ne donnons ci-dessous qu’un résumé de leurs principales caractéristiques, en
insistant sur les points qui les différencient. Toutes les dimensions sont données d’après les
exemplaires récoltés dans notre région de recherches.
7 664024 6. 7 a
Source : MNHN, Paris
COMBES
98 CLAUDE
POLYSTOMA INTEGERRIMUM (Frôhlich, 1798)
Hôte : Rana lemporaria L.
Morphologie (fig. 20) :
Nos exemplaires mesurent en moyenne 10,1 mm de longueur sur 3,4 mm de largeur.
Ils ont une forme classique de Polystomatidac : corps aplati, déformable, plus effilé à l’avant, pro¬
longé postérieurement par le hapteur. Celui-ci porte six ventouses circulaires et des crochets chez lesquels on
distingue :
— une paire d'hamuli,
— huit paires de crochets larvaires se répartissant en :
1 paire de crochets postérieurs,
1 paire de crochets postéro-latéraux,
6 paires de crochets latéraux numérotés de 1 à 6, d'arrière en avant ; les paires n os 1 2 et 3
sont intraventousaires.
Les hamuli mesurent en moyenne 524 p de longueur. Fis comprennent une lame prolongée par u
manche et une garde, manche et garde étant séparés par une encoche; l’extrémité distale de la lame se p ro
longe par la pointe (située hors du corps de l’animal) en arrière de laquelle se voit une oncosité do ** l "
servant & l’insertion des muscles. Chez cette espèce, le manche est arqué, la garde nettement plus large a *
le manche. Le rapport a/g (voir Euzet et Comiies, 1966), c’est-à-dire longueur totale du crorhct/longue^
de la garde est égal à 1,9 d'après les mesures de 40 hamuli.
Les crochets larvaires sont du type » à conducteur » (Baer et Euzet, 1960) encore appelés « à dom
(Llewellyn, 1962). Us comprennent une pointe recourbée, à l’extrémité d’un manche rectiligne à •"
longueur duquel s’insère une garde courte. Les crochets sont qualifiés de larvaires car ils existent d?Â"
identiques en forme et dimensions, chez la larve de l'animal.
Appareil digestif :
II comprend la bouche, située au centre d’une ventouse antérieure subtcrminale ventrale le D h
rynx musculeux, des glandes post-pharyngiennes, le canal bucco-intcstinal, un œsophage court'et d
branches intestinales latérales. eux
Les branches intestinales sont réunies par une grande dilatation postérieure située dans le haut
et par plusieurs anastomoses transverses post-ovariennes. Celles-ci sont fondamentalement au nomh
trois, mais il a déjà été dit (Euzet et Combes, 1966) que cela n’est pas rigoureux; il peut y avoir deux anaT
lastomoses, il peut même exis-
tomoses seulement, il peut se former un réseau de
ter, quoique rarement, une anastomose supplémentaire pré-ovarienne.
Vers l’extérieur, les branches intestinales émettent de petits cæcums plus
confluent souvent pour former ui
:e de canal marginal. Celui-ci
» ramifiés qui
marginal. Dans la région antérieure, il existe aussi quelques petits cæcums vers l’intérieur mais n .
ne confluent ordinairement pas entre eux. ’ ceu x-ci
L’ensemble de cet appareil digestif présente l’aspect d’une fine dentelle chez les individus aplatis
Appareil génital femelle :
L’ovaire est situé latéralement au quart antérieur du corps. C’est une masse renflée, claviforme
présente vers l’avant une zone rétrécie où se fait la multiplication des ovogonies. ’
L’oviducte prend naissance dans la région postérieure de l’ovaire. II reçoit un vitelloducte rr
et aboutit à l’ootypc. Il est en communication avec l’une des branches digestives par l’in
canal génito-intestinal.
A la base de l’ootype débouchent les canalicules des glandes uniccllulaires de Mehlis chez les
on distingue un groupe proximal, à canalicules très courts, et un groupe distal, à canalicules longs ** 6,les
L’utérus lui fait suite, et, après trois ou quatre boucles, aboutit à l’atrium génital ; il p
plusieurs œufs (jusqu’à une vingtaine). L’œuf mesure 180 sur 100 p.
L’atrium génital s’ouvre à l’extérieur par le porc génital medio-ventral, situé juste en arrière d
bifurcation intestinale. e e
L’appareil vitellin est constitué par de petits follicules occupant la plus grande partie du c
l’exclusion de la région péri-ovarienne. Deux vitclloductes longitudinaux, au trajet irrégulier d ™ 8 ’ ^
naissance à deux vitelloductcs transversos qui confluent eux-mêmes en un vitelloducte médian en 'a***
de l’ovaire. ’ arnèr *
Sur le trajet de chaque vitelloducte transverse aboutit un canal vaginal. Chaque canal s’n
l’extérieur par des pores très fins situés sur un petit bourrelet latéral. Les deux bourrelets sont situé»* *
niveau du bord antérieur de l’ovaire. 8 a U
e médian
crrnédiaire du
d peut contenir
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
99
Source : MNHN, Paris
UlUi |
100
CLAUDE COMBES
Appareil génital mâle :
Le testicule est divisé en de très nombreux eystes testiculaires qui s’étendent contre la paroi ven¬
trale du corps, depuis le niveau des vitelloductes transverses jusqu’à celui du bord antérieur du hapteur.
A l’avant de l'ensemble se détache un canal déférent qui aboutit au bulbe copulatcur, musculeux et muni
de huit épines mesurant chacune 30 p de longueur. Le bulbe s'ouvre dans l’atrium génital, juste en avant
de l’utérus.
Appareil excréteur :
Les canaliculcs excréteurs aboutissent de chaque côté du corps à un canal collecteur qui sc jette dans
une ampoule pulsatile au niveau de la bifurcation intestinale. Les deux ampoules s’ouvrent cltacunc à
l’extérieur par un porc latéro-dorsal.
POLYSTOMA PELOBATIS (Euzet et Combes, 1906)
Hôte : Pelobates cultripes (Cuv.)
Morphologie (fig. 21) :
Nos individus mesurent en moyenne 10,2 mm de longueur sur 3,8 min de largeur.
La morphologie du corps et du hapteur est tout à fait comparable à celle de P. integerrimum
Toutefois, sur un ensemble important de préparations in tolo, P. pelobatis apparaît un peu plus trap
un peu plus massif que P. integerrimum. ** ’
En outre, la morphologie des hamuli présente des particularités. Dans l'hamulus de P. pelobatis
qui mesure en moyenne 514 p de longueur, le manche est allongé, rectiligne, assez étroit; la garde est
toujours un peu plus courte et un peu plus large que le manche; chez les individus mûrs, l’oncosité 8
nettement dorsale, toujours très saillante, et son importance donne l’illusion d’un rétrécissement dans*? 1
silhouette du manche. De profil, cette partie tcrminalo de l'hamulus a l’aspect d'une tète d'oiseau de p
Le rapport a/g, d’après la mesure de 40 hamuli, est ici égal à 3,5, donc nettement supérieur à celui observé
chez P. integerrimum (1,9). rv ®
Anatomie :
Appareil digestif :
En 1938, Gallien, parlant du l’olystomc qu'il a découvert chez P. cultripes, note qu’il «a une i
phologie très comparable à celle do P. integerrimum » mais que son * tube digestif présente des caecum"
moins nombreux, moins profondément découpés ». *
Commo chez P. integerrimum, la bouche s’ouvre au centre de la ventouse antérieure et donne a •'
au pharynx, puis à l’œsophage. Les glandes post-pharyngiennes et le canal bucco-intcstinal sont présent^
Les deux branches intestinales, qui présentent sur leur bord extérieur de nombreux caecums latéra
sont réunies par des anastomoses post-ovariennes transverses et confluent postérieurement au niveau "cT’
hapteur où elles forment une dilatation. u
Mais si cette topographie générale paraît conforme à celle do P. integerrimum, il existe des diffé
renees dans l'importance et la forme des caecums latéraux d'une part, des anastomoses transverses d’aut U "
Les caecums latéraux de P. pelobatis sont larges, courts, faiblement ramifiés, et surtout ne
jamais anastomosés en canal marginal. En outre, il n’y a pas d'ébauche de caecums axiaux dans la résiné
utérine. Blon
Les anastomoses transverses sont en nombre variable ; sur 42 individus :
2 ont une anastomose,
17 ont deux anastomoses,
13 ont trois anastomoses,
10 ont quatre anastomoses.
Les ramifications des anastomoses sont peu nombreuses, peu divisées, et les quelques lirai I
formées sc terminent en courts caecums volumineux. L'ensemble de cet appareil digestif ne raimelL, 1C8
de très loin une dentelle. <IUe
Appareil génital femelle :
11 est très semblable à celui de P. integerrimum ; le canal génito-intestinal est présent; les bourr 1
portant les ouvertures vaginales sont, comme précédemment, au niveau du bord antérieur de f’ ov .- 8
L'œuf mesure 180 sur 100 |i. ,re '
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DICENES ET MONOGENES d’aMPHIBIENS
Figure 21
Polyatomu pelobalis (Euzet cl Combes, 1966) [d’après Fuzet et Combes, 1966]
Vue ventrale.
102
CLAUDE COMBES
Appareil génilal mâle :
U est également très semblable à eelui «le P. integerrimum; en particulier les épines «lu bulbe
copulateur sont identiques eu nombre et dimensions.
Appareil excréteur :
Il n’existe aucune différence par rapport à la description donnée pour P. integerrimum.
POLYSTOMA GALL1ENI Price, 1938
Hôte : Hyla meridionalis Boettg.
Morphologie (fig. 22) :
Nos exemplaires mesurent en moyeiuic 5,5 mm de longueur sur 1,1 mm do largeur.
P. gallieni se distingue avec netteté des «leux especes précédentes, en plus do sa petite taille, par
sa silhouette générale : celle-ci montre un élargissement peu prononcé «le la région moyenne du corps,
de sorte que sur les préparations in tolo, les bords de l'anima! sont subparallèles, avec un rétrécissement
limité aussi bien vers l’avant que vers l’arrière. Le hapteur lui-même est à la fois moins important et moins
distinct que chez les espèces précédentes; bien que parfaitement individualisé, il s’inscrit presque dans
l’alignement du corps proprement dit. Il occupe seulement le dixième de la longueur totale de l’animal.
Ventouses et crochets larvaires présentent la disposition classique.
I/» hamuli mesurent en moyenne 145 |i do longueur; ils sont caractérisés par l’absence d’encoche,
la garde et le manche étant réunis l’un à l’autre sur toute leur longueur; tout au plus quelques indentations
peuvent-elles s'observer à la partie profonde du crochet. La lame est forte et la pointe brusquement recour¬
bée vers l’avant.
Anatomie :
Appareil digestif :
Bouche, pharynx, glandes post-pharyngiennes, canal bucco-intestinal et «csopliage ne présentent
aucun caractère particulier.
Les branches intestinales sont caractérisées par l’absence constante de toute anastomose transverse-
seule l’anastomose haptoriale existe, moins nettement dilatée cependant que chez les doux espèces précé!
dentes.
Sur le bord extérieur et sur leur bord intérieur, les branches intestinales émettent des caecums assez
peu ramifiés, et qui ne s’anastomosent jamais entre eux.
Appareil génital femelle :
La disposition générale est conforme à celle que nous av«)ns décrite chez les espèces précédentes.
En particulier, l’ovaire possède une région antérieure rétrécie, il existe un canal génito-in tes filial, des glandes
de Mehlis proximales et distales, un utérus contourné, des papilles vaginales donnant naissance à des con-
duits vaginaux qui se jettent dans les vitelloductes transverses. L œuf mesure 180 sur 100 p.
Appareil génital mâle :
Le testicule est formé de cystes nombreux formant une nappe ventrale, ayant la même exten¬
sion que chez les espèces précédentes. Canal déférent, bulbe copulateur et épines génitales ne présentent
aucun caractère original.
Appareil excréteur :
Il n’existe aucune différence par rapport à la description donnée pour P. integerrimum.
DISTINCTION DES TROIS ESPÈCES
La distinction pratique des trois espèces peut se faire à l’aide de la clé suivante qui
résume leurs caractéristiques majeures :
1. Appareil digestif montrant des anastomoses transverses. 2
2. Appareil digestif à ramifications fines et nombreuses;
hamuli à manche courbé, à peine plus long que la garde... P. integerrimum
2'. Appareil digestif à ramifications grossières et peu nom¬
breuses; hamuli à manche droit nettement plus long que
la garde. P- pelobatis
1'. Appareil digestif sans anastomoses transverses . P. gallieni
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
103
Source : MNHN, Paris
104
CLAUDE COMBES
CHAPITRE II
CYCLES BIOLOGIQUES
A. — GÉNÉRALITÉS
La plupart des données relatives au cycle des Polystomalidac se rapportent à l’espèce
Polystoma inlegerrimum.
Bychowsky (1958) ayant synthétisé les connaissances acquises sur cette espèce, nous
noms bornerons à rappeler quelques étapes essentielles.
1° Zeller (1872, 1876) décrit le processus d’infestation : la larve du Polystome se
fixe sur les branchies du têtard, mais ne s’y nourrit pas; à la métamorphose, elle émigre dans
la vessie, s’y nourrit de sang, s’accroît et devient adulte à la puberté de la grenouille. Si l a
larve se fixe sur un têtard très jeune, elle se nourrit sur les branchies et se développe immédia,
tement en une forme ovigère. Cette forme, différente de l’adulte, n’émigre pas dans la vessie
2° Gallien (1932 a et b, 1933,1934,1935) reprend de manière expérimentale la totalité
du problème et confirme en partie les travaux de ZELLER. Gallien démontre expérimentale¬
ment que les larves issues des œufs pondus par les Polystomes de vessie sont effectivement
capables, en présence de conditions trophiques définies liées à l’âge des têtards, d’évoluer
suivant deux directions bien différentes : ou bien la larve subit très peu de changements et
donne ultérieurement un adulte, ou bien elle évolue sur les branchies elles-mêmes du têtard
en une forme ovigère que Gallien appelle néoténique. C’est l’absorption de sang dans les
heures qui suivent la fixation qui entraîne ce développement en forme néoténique. Gallien
étudie, en outre, le cycle sexuel annuel des Polystomes, ses rapports avec le cycle de l’hôte
et distingue les potentialités ontogéniques des larves issues des œufs des adultes (qu’il nomme
larves gyrodnetyloïdes I) et des larves issues des œufs des néoténiques (qu’il nomme larv
gyrodactyloïdes II); il démontre que ces dernières ne peuvent pas donner de nouveaux néo
téniques. Enfin, Gallien situe le cas des Polystomes dans les problèmes de morphogénès
que pose le règne animal.
3° Bychowsky (1958) se livre à une intéressante comparaison entre le déroulement
du cycle observé par Gallien en France et celui observé par lui-même en U.R.S.S. Il observ
des décalages dans les phases successives du cycle annuel.
4° Savage (1950) d’après des statistiques d’infestation des têtards dans la région d
Londres, pense qu’il y a deux périodes d’éclosion de gyrodactyloïdes I : une première périod* 2
correspondant aux œufs pondus par les Polystomes des grenouilles mâles, venues à l’eau av °
les femelles; une deuxième période correspondant aux œufs pondus par les Polystomes de.
grenouilles femelles. Les gyrodactyloïdes I de la première période donneraient des néoténiques"
les autres des larves à croissance lente. ’
D’autres chercheurs (Miretski, 1951; Williams, 1961; Gorshkov, 1964) ont apn 0
des précisions sur la biologie de P. inlegerrimum, mais sans étudier le cycle dans son ensemble
Il faut ajouter qu’on connaît également, mais de manière beaucoup moins complèt
le cycle biologique d’autres Polystomatidae : e »
— dans le genre Polystoma, on sait qu’il existe une forme néoténique chez P. near / •
cum, d’après les travaux de Paul (1938), chez P. pelobatis et P. gallieni d’après nos pr0 nr *
recherches (1966, 1967); cs
— les cycles de Diplorchis ranae, Polystomoides oris et Protopolystoma xen
d’après les travaux respectifs de Ozaki (1935), Paul (1938), Thurston (1964), ne semble* 1 *
pas comporter de phase néoténique.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES
MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
105
B. - DESCRIPTION DES STADES LARVAIRES
1. STADES LARVAIRES DE POLYSTOMA INTEGERRIMUM
Larve gyrodactyloïde nageante (fig. 23, 1 a - 1 d).
Morphologie et anatomie générales :
La larve de P. inlegerrirnum est la seule de nos trois espèces connue à ce jour (Zeller,
1872; Hai.kin, 1912; Gallien, 1935; Byciiowsky, 1958; Williams, 1960 6); encore l’est-clle
de manière incomplète, car les auteurs n’ont pas utilisé de technique permettant l’étude de
la topographie des sensilles, topographie sur laquelle nous nous sommes déjà penchés à propos
des cercaires de Digenea.
Nous n’avons relevé aucune différence morphologique ou anatomique entre les larves
gyrodactyloïdes I et les larves gyrodactyloïdes II (voir Gallien, 1935).
Le corps est très déformable, allongé (300 sur 90 p en moyenne), aplati dorso-ventralement, prolongé
par un hapteur à concavité ventrale portant huit paires de crochets. 11 existe deux paires d’ocelles dorsaux
au quart antérieur du corps. La cuticule est interrompue par de grosses cellules ciliées disposées en cein-
La bouche, antérieure, sub-terminale, ventrale, donne accès à un pharynx sphérique et à un tube
digestif sacciforme. Deux groupes do glandes céphaliques débouchent à l’extrémité antérieure du corps.
L'appareil excréteur est du type protonéphridien.
Armature du hapteur :
Le haptour ne porte pas do ventouse, mais 16 crochets larvaires, du type « à conducteur », plus
l'ébauche de deux hamuli.
Les crochets larvaires ont les dimensions suivantes (d’après 50 larves gyrodactyloïdes 1 provenant
de lots variés) :
— crochets postérieurs. 28-29 p.
— crochets postéro-latéraux. 22-23 p
— crochets latéraux des paires n os 1 à 5. 22-23 p
— crochets latéraux de la paire n° 6 . 25-26 p
L«s hamuli ne sont encore que deux petites griffes, mesurant 8 à 10 p.
Nous n’avons relevé aucune différence morphologique ou anatomique entre les larves gyrodacty-
loîdes I et II en ce qui concerne ces crochets.
Cellules ciliées (fig. 23, 1 a-1 b) :
Le corps porte des cellules ciliées, parfaitement individualisées, en nombre constant et disposées en
ceintures régulières.
Ces cellules sont présentes sur la face dorsale et la face ventrale de la larve. Nous proposons de les
classer en cinq groupes :
A. Groupe apical : une seule cellule, médiane et impaire;
B. Groupe cépliatiquc : 2 X 12 cellules, dorsales et ventrales;
C. Groupe médio-antérieur : 2 X 3 cellules, toutes dorsales ;
D. Groupe médio-postérieur :2 X 6 cellules, dorsales et ventrales ;
E. Groupe haptoriul : 2 X 6 cellules, toutes dorsales.
Soit au total 55 cellules.
Topographie des sensilles (iig. 23, 1 c-1 d) :
La méthode de Ginetsinskaya et Dobrovolski (1963) permet l’étude des sensilles aussi bien chez
les larves de Monogènes que chez celles des Digènes. Elle donne des résultats nets et constants. Les sensilles
apparaissent comme de fines soies insérées chacune au centre d’un bouton cuticulaire en relief, certains
de ces boutons étant d’une taille supérieure à celle des autres.
Les sensilles n’ayant jamais reçu un début d'étude ni de chaetotaxie chez les Monogènes, nous pro¬
posons un système de groupage basé sur les structures constantes que nous avons observées. Il va de soi
que ce groupage n’a pour l’instant qu’un but descriptif pratique; lorsque d'autres larves de Monogènes
seront connues et si la topographie de ces sensilles se révèle d’intérêt phylétique, il conviendra de reprendre
le problème sur la base de données plus générales.
Source : MNHN, Paris
106
CLAUDE COMBES
Nous distinguons :
a. Face dorsale :
— groupe interoculairc de 2 X 6 sensiilcs, dont 2x3 sont nettement plus grosses que les autres-
— groupe paraoculaire de 2 X 4 sensiilcs;
— groupe dorsolatéral de 2 X 3 sensiilcs;
— groupe dorsohaptorial de 2 X 2 sensiilcs ;
b. Face ventrale :
— groupe péribuccul de n sensilles, l'ensemble dessinant la lettre H, et la barre horizontale du 11
étant située juste au-dessus de la bouche; il y a deux sensilles plus grosses que les autres dans la barre
du H. Quelques sensiilcs de ce groupe débordent sur la face dorsale;
— groupe antéro-latéral de 2 X 2 sensilles;
— groupe médian do 2 X 3 sensilles, dessinant à elles six un rectangle parfait sur le milieu de la face
veutrale;
•— groupe postérolatéral de 2 X 2 sensilles ;
— groupe haptoriul do 2 X 4 sensilles.
La figure 23 montre los sensilles réunies par des traits ù l’intérieur des groupes. Cette dispositioi
« en constellations », comme dans le cas des cercaires de Digcnes, est d’un intérêt purement pragmatiq
La planche 4 (en bas) montre le groupe interoculairc à un grossissement de 2.000. On voit la forme « '
anneau » des boutons cuticulairos et les différences de taille entre ces boutons. Nous avons groupé côt^à
côte les photographies d’une ccrcaire de Digène et d’mic larve gyrodaclyloïdc de Monogène, pour montrer
qu’il existe une certaine similitude d’aspect.
I.nrve à croissance lente.
On désigne sous ce nom (< slowly growing larvac ») les larves qui, sans évoluer en néo¬
téniques, subissent de très faibles transformations sur les branchies du têtard et émigr "
au moment de la métamorphose dans la vessie du jeune Amphibien.
Les transformations en question concernent :
— les cellules ciliées, qui disparaissent dans les heures qui suivent la fixation
— les hamuli qui s’accroissent lentement et parviennent a mesurer au moment de la migration
— l’apparition, également très lente, de ventouses autour des crochets latéraux de la paire n° 1
(aussitôt après la migration, les autres ventouses apparaîtront autour des crochets latéraux des paires n« 2
— le changement d’aspect des glandes céphaliques qui deviennent très réfringentes.
La croissance des hamuli et des veutouses n’est perceptible que sur des larves âgées, fixées d
plusieurs semaines sur les têtards. Pms
Larve néoténique (fig. 24 et 25 A).
La larve gyrodactyloïde peut évoluer en une forme ovigire parasite des branchies d
têtard, appelée forme néoténique. Celle-ci est connue par les travaux déjà cités de Zeli U
Gallien et Williams, cl nous nous limitons à un rappel de ses principaux caractères r ’
figure 24 indique les éléments principaux de la morphologie et de l’anatomie du néoléniô ^
Le schéma est valable pour les néoténiques de nos trois espèces. 1
Morphologie :
Petite taille (au plus 3,2 sur 1,0 mm). Aspect général trapu. L’animal est toujours fortement go
par le sang absorbé, qui lui donne, en outre, mie couleur sombre. °
Le corps, peu aplati, est efiilé vers l’avant. En arrière, le hapteur à six ventouses est peu dis '
du reste du corps, au point que les ventouses paraissent parfois insérées directement sur celui-ci Ch UlCl
ventouse mesure 120 à 160 |i de diamètre. Les crochets sont identiques à ceux de lu larve nageante a<, ^°
les crochets latéraux des paires 1, 2 et 3 sont devenus intraventousaires. Les hamuli ont légèrement ’ mais
(15 à 25 g). gross >
La bouche est antérieure, sub-terminale ventrale. Le pore génital s’ouvre ventralcinent au tiers
rieur du corps. 11 n'y a pas d’ouverture vaginale. a *Ué-
Les ocelles restent présents sans changement.
Anatomie :
Appareil digestif :
11 comprend bouche, pharynx, oesophage, canal bucco-intestiual, deux branches intestinales 1
raies réunies par deux (rarement 3 ou 4) anatomoses.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÉNES d’aMPHIBIENS
107
Figure 23
Larves gyrodactyloldcs nageantes de Polystomes :
1. P. inlegerrimum ;
2. P. pelobalis;
3. P . gallieni .
Pour chaque espèce :
a. Cellules ciliées de la face ventrale:
b. Cellules ciliées de la face dorsale;
c. Scnsillcs de la face ventrale;
d. Scnsillcs de la face dorsale.
Source : MNHN, Paris
108
CLAUDE COMBES
Cet appareil digestif prend une place énorme dans l’animal, au point qu’il a été qualifié de sacci-
forme, les régions comprises entre les anastomoses étant alors considérées comme do simples travées de
parenchyme.
L’épithélium digestif est bourré de granules noirâtres, tandis que la lumière du tube digestif contient
de grands cristaux allongés, signalés par Zei.ler (1872), Gallien (1935) et Williams (1961). Nous avons
nous-mêmes rencontré ces cristaux, aussi bien chez les néoténiques obtenus expérimentalement que chez
les rares exemplaires recueillis dans la nature.
Appareil génital femelle :
L’ovaire, situé au tiers antérieur du corps, est allongé et de section transversale circulaire.
L’oviducte prend naissance à la partie postérieure de l'ovaire et aboutit à l’ootype. Sur son trajet
il reçoit un vitelloducte impair et entre en rapport avec l’une des branches intestinales par un canal génito-
intestinal.
Nous avons noté que le canal génito-intestinal du néoténique renfermo toujours des faisceaux de
spermatozoïdes dans la région voisine de l’oviductc; il pourrait donc jouer le rôle d’un réceptacle séminal
car il existe des épaississements ressemblant à des sphincters à sa jonction avec l’oviducte et à sa jonctio *
avec la branche digestive. Les régions épaissies se voient également chez l’adulte, mais le canal génito-int
tinal n’y renferme pas de spermatozoïdes.
Les vitellogènes comprennent de nombreux follicules situés dans les espaces laissés libres par l’appa-
reil digestif, à l’exception de la région ovarienne. Des vitelloductes longitudinaux puis des vitclloductes
transverses conduisent les cellules vitellines au vitelloducte impair.
Comme chez l’adulte, les glandes de Mehlis forment deux groupes (proximal et distal) dont les cana
licules débouchent à la base de l’ootype.
L’utérus, très court, contient au maximum deux œufs; il va de l’ootype à l'atrium génital L’tr f
mesure 180 sur 100 n. -ut
L’atrium génital s’ouvre au pore génital.
Appareil génital mâle :
Le testicule, ventral et post-ovarien, est en forme d'ampoule, donc non divisé en cystes.
Le canal déférent aboutit i l’atrium génital, au centre d’un bulbe copulateur à faible musculatur»
muni de huit petites épines, mesurant chacune 15 p. ' re
Il n’existe pas de relation directe entre l’appareil génital femelle et l’appareil génital mâle.
Appareil excréteur :
Sur les coupes sériées, les sections des canalicules excréteurs sont en position latéro-ventrale A
niveau de la partie moyenne de l’ovaire, il se forme do chaque côté du corps un canal collecteur qui S e di **
vers l’avant; ce canal, pourvu d’une fine musculature, devient progressivement latéro-dorsal et se
dans une ampoule dilatée, exactement au niveau de la bifurcation intestinale. L’ampoule s’ouvre à p JOU .°
rieur par un pore latéro-dorsal. xle '
L’ensemble de l’appareil excréteur n’est donc pas morphologiquement différent de celui du P t
storae adulte.
2. STADES LARVAIRES DE POLYSTOMA PELOBATIS
Larve gyrodactyloïde nageante (fig. 23, 2 a - 2 d).
Il n’existe aucune différence profonde entre la larve de P. pelobatis et celle de P. integerri
Les crochets larvaires montrent cependant des longueurs un peu supérieures (d’après 50 larves prov Um ‘
de lots variés) : nant
— crochets postérieurs. 36-37
— crochets postéro-latéraux... 2K.TO **
— - crochets latéraux des paires n°* 1 è 5. 28-29 **
— crochets latéraux de la paire n° 6. 32 33 **
Les hamuli restent très réduits (8-10 p).
Cette larve de P. pelobatis étant inconnue à ce jour, nous donnons un schéma complet de la di
sition des cellules ciliées et des sensilles. On remarquera que ces cellules ciliées sont un peu plus ISpt> *
que chez P. integerrimum-, ce caractère, bien que peu apparent, ost constant. II est intéressant de m>t SS | 8
disposition quasi-identique des sonsilles. T * a
Larve à croissance lente.
Les mêmes différences que précédemment séparent la larve & croissance lente de la larve
dactyloldo nageante chez cette espèce. 6yro-
Source : MNHN, Paris
F.COLOCIE DE DI GÈNES ET MONOGÈNES d’amPHIBIENS
109
Larve néoténique (fig. 24 et 25 B).
Nous avons démontré par l’expérience et l’observation dans la nature l’existence cou¬
rante d’une forme néoténique chez cette espèce, forme déjà entrevue pHr Gai.i.ien (1938).
L’intérêt de cette nouvelle forme néoténique nous autorise à en donner une description
détaillée.
Morphologie :
Les néoténiques de P. pelobntis possèdent une taille nettement supérieure à celle des néoténiques
de P. integerrimum. Par étirement extrême du corps, ils atteignent sur le vivant une longueur «le 15 mm.
D’après les préparations in loin et les exemplaires fixés au Bonin aqueux par agitation, la longueur des néo-
Ficube 24
Anatomie de la forme néoténique chez les Polystomes :
a. Anatomie générale (d'après Combes, 1967 6);
b. Appareil reproducteur vu île profil (d’après Combes, 1966 a);
c. Dispositif des crochets larvaires et îles ébauches d'hamuli sur le hnptcur.
Abréviations : voir page 12
Source : MNHN, Paris
110
CLAUDE COMBES
téniques ovigères varie île 4,0 à 6,2 mm et leur largeur «le 0,7 à 1,0 mm. Leur épaisseur, mesurée sur coupes
sériées pour des exemplaires fixés par agitation, ne dépasse pas 0,4 nun.
Le corps est aplati, effilé vers l’avant, pourvu en arrière d’un liapteur à 6 ventouses. Sa couleur
suivant le volume du sang ingéré, varie de l'ocre clair au rouge brun.
A l’extrémité antérieure et ventralemcnt s’ouvre la bouche. Ventralement encore, mais au tiers
antérieur de la longueur totale du corps, s’observe le pore génital, en arrière duquel la présence d'un ou de
deux œufs détermine un renflement très visible. 11 n’y a pas d’ouverture vaginale.
La face dorsale porte dans la région tout à fait antérieure les deux paires d’yeux que l'on observ
déjà sur la larve gyrodactyloide. De même persistent les sensilles, présentes en particulier dans la régio
péri-orale et la région dorsale.
Figure 25
Néoténiques de :
A. Polyatoma integerrimum ;
B. Polyatoma pelobalis;
C. Polyatoma gallUni.
Vues ventrales.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE D1GÈNES ET MONOGÈNES ü’aMPHIBIENS
111
Le hapteur est moins distinct du reste du corps que chez les Polystomes adultes ; il n’en est pas moins
parfaitement individualisé, comme en témoignent l’observation sur le vivant et les coupes sagittales. Il
porte trois paires de ventouses, apparues successivement d’arrière en avant, mais dont le diamètre est iden¬
tique (170 ji) chez les individus parfaitement mûrs. Chacune de ces ventouses est portée par un pédoncule
dont l'étirement sur le vivant atteint cinq fois le diamètre de la ventouse, donnant un aspect irrégulièrement
étoilé à l’ensemble du hapteur.
L’étirement de chacun des pédoncules ventousaires est indépendant de celui de ses voisins.
Le hapteur porte huit paires de petits crochets, identiques à ceux de la larve nageante.
Les hamuli conservent une taille réduite (31 |X de longueur) et sont formés d'une simple griffe recour¬
bée; on ne peut y distinguer les différentes parties classiques d’un hamuli; en particulier, ils n’acquièrent
jamais une garde. Chez les individus âgés (2 à 3 mois), ces crochets persistent, mais sans avoir dépassé la
taille qu'ils avaient à l’âge de un mois.
Anatomie (fig. 26) :
Appareil digestif :
Il comprend la bouche, le pharynx, l’œsophage, un canal bucco-intestinal, deux branches intestinales
latérales réunies par des anastomoses.
La bouche s’ouvre au centre d’un entonnoir musculeux de 200 à 230 |X de diamètre. Elle est en posi¬
tion sub-terminale ventrale.
Immédiatement en arrière, se trouve le pharynx, sphérique, mesurant en moyenne 250 de dia¬
mètre. Des glandes uniccllulaires volumineuses débouchent dans le tube digestif exactement au niveau du
bord postérieur du pharynx.
L'œsophage mesure 400 |i de longueur sur 60 |i de diamètre.
Dans la brève cavité buccale prend naissance ventralcment le canal bucco-intestinal. Il est parfaite¬
ment visible, aussi bien sur les préparations in loto que sur les coupes sériées. Nous avons noté que sur sa
moitié antérieure, il est bordé par un épithélium aplati, n’ayant son équivalent nulle part ailleurs dans
l’appareil digestif, tandis que sa moitié postérieure montre des cellules hautes et irrégulières, pigmentées
en noir, semblables à celles qui limitent i’ossophage et les branches intestinales. Sur les individus montés
in toto et aplatis qui ont, au moment de la fixation, régurgité une partie de leur contenu digestif, on peut
remarquer que celui-ci a pris le chemin du canal bucco-intestinal et non celui du pharynx. Ceci est d’ailleurs
valable aussi bien pour les adultes que pour les néoténiques et a été noté par Bovet (1967) chez Diplozoon
paradoxum.
Les branches intestinales cheminent à droite et à gauche du corps, émettant latéralement, sur toute
leur longueur, de nombreux caecums aveugles et non ramifiés. Dans la moitié postérieure de l’animal, elles
sont réunies par une ou plus généralement deux anastomoses transverses (respectivement chez 40 % et
60 % de nos exemplaires), auxquelles il faut ajouter une grande anastomose postérieure qui sc prolonge
dans le hapteur. Cette disposition nous paraît constante : sur 40 exemplaires, aucun ne montre trois
anastomoses transverses, ni une disposition en réseau.
L’appareil digestif n’est jamais développé au point d’apparaître sacciforme.
Comme nous l’avons dit plus haut, les cellules épithéliales du tube digestif, à l’exception de celles
du pharynx et de la partie antérieure du canal bucco-intestinal, présentent un pigment noirâtre. Ce pig¬
ment apparaît dès les premières journées de la fixation du jeune néoténique sur les branchies du têtard.
Nous n’avons jamais observé, chez les néoténiques de P. pelobatis, les cristaux allongés signalés
chez les néoténiques de P. integerrimum.
Appareil génital femelle :
L’ovaire, sub-cylindriquc, très allongé (770 sur 210 p. en moyenne), presque médian, prend place
entre les branches intestinales, un peu en avant de la mi-longueur du corps; sa région antérieure est inclinée
vers la face ventrale, mais la majeure partie de l’ovaire est dorsale (fig. 26 a et b). Il est légèrement renflé
dans sa région postérieure, où les ovocytes sont les plus gros, mais la région antérieure, où se fait la
multiplication des ovogonies, n’est pas morphologiquement très distincte, comme c’est le cas chez les
Polystomes de vessie.
L’oviducte forme une courte boucle en arrière de l’ovaire, reçoit un vitclloducte impair médian,
forme un nouveau coude vers l’avant, reçoit les conduits des glandes de Mehlis et aboutit à l’ootype. Juste
avant le carrefour du vitclloducte, l’oviducte entre en communication avec l’appareil digestif par l’inter¬
médiaire du canal génito-intestinal.
L’appareil vitellin est constitué par de très nombreux follicules qui s’étendent depuis le niveau du
milieu de l’œsophage jusqu’à l’intérieur même du hapteur. Ils sont absents toutefois dans la région qui
entoure l’ovairo et les carrefours génitaux ; partout ailleurs, ils se développent dans les espaces libres, aussi
bien ventralcment que dorsalcmcnt, aussi bien entre les anastomoses de l’appareil digestif que latéralement.
De chaque côté du corps, extérieurement aux branches intestinales, circule un vitelloducte longitudinal,
très irrégulier et difficile à suivre, même sur les coupes sériées. Au niveau du bord postérieur de l’ovaire,
il se forme deux vitelloductes transverses, ordinairement bourrés de cellules vitellines, qui se réunissent
en un vitclloducte médian, mesurant 200 (x de longueur environ (fig. 26 c et d).
Source : MNHN, Paris
112
CLAUDE COMBES
Les glandes de Meldis, comme chez l'adulte, comprennent des glandes proximales, i canal court
situées tout contre l’ootype et des glandes distales, à canal long et Hcxueux, dont les corps cellulaires
prennent place de part et d'autre de la base do l'ovaire. Les canolicules aboutissent & la base de l'ootype oit
se voit généralement un œuf en formation.
L’utérus va de l’ootype à l’atrium génital : il renferme un ou doux œufs bien formés, indépendam¬
ment do l’œuf éventuellement en formation dans l’ootype. Bien qu’infiniment plus court que celui de l’adulte
normal, l’utérus du néoténique ne nous parait pas négligeable, puisque sa longueur atteint 250 p ot que la
présence de deux œufs est fréquente. Son épithélium est mince, non glandulaire, d’aspect identique sur
coupe liistologique à celui des l’olystomes de vessie. L’utérus aboutit à l’atrium génital qui s’ouvre lui-
meme à l’extérieur par un porc inédio-ventral. L’œuf mesure 180 sur 100 p.
Le canal génito-inteslinal prend naissance sur l’oviducte juste avant le carrefour du vitclloducte
médian, donc dans la région dorsale du néoténique; il se dirige rapidement vers la face ventrale, forme un
coude on direction de la branche intestinale (droite ou gauche) et se jette dans cclle-ci (fig. 26 e et f)
Nous avons noté, d’après l’observation de douze individus débités en coupes sériées, que ce canal génito-
inlcstinal, comme chez le néoténique du P. integerrimum, est dilaté dans su partie médiane, tandis que
les extrémités sont rétrécies par des régions épaissies qui présentent l’apparence de sphincters. Sur tous
nos sujets, la région dilatée est bourrée de spermatozoïdes. Nous avons déjà suggéré que cet organe pour¬
rait jouer chez le néoténique (qui est dépourvu de vagin) le rôle d’un réceptacle séminal. Les spermato¬
zoïdes, sur la provenance desquels on peut s’interroger, viendraient, soit après l'accouplement, soit après
autofécondation, s’accumuler dans le canal génito-inlcstinal ; ils y forment des faisceaux ordonnés et n
paraissent guère ou cours d’élimination, à l’inverse des cellules vitellines que l'on observe parfois à côté
d’eux. Rappelons que chez les Polystomes adultes, les spermatozoïdes, après l’accouplement ou l'auto-
fécondation, s’accumulent duus les conduits vaginaux.
Appareil génital mâle :
Le testicule, en forme d'ampoule allongée, de section transversale sub-cylindriquc (iig. 26) f no
divisé en cystes multiples, s'étend vcutralcment depuis lo niveau de l'oviducte jusqu’au niveau de là nre'
mière anastomose digestive. Il mesure environ 400 p do longueur sur 200 p do largeur. 1
Le canal déférent le prolonge vers l’avant en direction de l’atrium génital où il se jette après
parcours de 500 à 700 p. Son diamètre est égal à 15 à 20 p. Il est bordé de cellules snb-quadranguluircs et'
surtout au voisinage de l’atrium, sa lumière est très réduite (fig. 26 b). Cclle-ci contient des spermato’
zoïdes; le canal déférent est indiscutablement fonctionnel.
U musculature du bulbe copulateur parait peu développée, mais les huit épines classiques paraissent
— elles aussi - parfaitement fonctionnelles. Chacune d'entre elles mesure 30 p de longueur (fig. 26 a)
A aucun moment, cet appareil génital mâle ne prend de relation interne avec l'appareil génital
femelle. Le canal génito-intcstinal bourré de spermatozoïdes passe tout contre le testicule, mais il n’
aucune communication à ce niveau. Notre matériel, vu sa grande taille, se prête très bien a cetto observation*
Appareil excréteur :
Les canalicules excréteurs se jettent dans deux canaux collecteurs latéraux qui alimontent chacun
une vésicule pulsatile antérieure qui s'ouvre à l'extérieur par un pore latéro-dorsul.
3. STADES LARVAIRES DE POLYSTOMA GALLIENI
Larve gyrodactyloïdc nageante (fig. 23, 3 a - 3 il).
Lu larve de P. gallieni, inconnue à ce jour, est morphologiquement et anatomiquement très voisine
de celles des deux espèces précédentes.
Toutefois, les crochets larvaires sont plus longs que chez les larves de integerrimum et P. , )e l 0 .
bâtis : d’après 50 larves provenant de lots variés, leurs longueurs sont les suivantes :
— crochets postérieurs. 36-45
— crochets postéro-latéraux. 23-24 ^
— crochets latéraux des paires n 0 ’ 1 à 5. 23-24 **
— crochets latéraux de la paire n° 6. 33-41 ^
Les liamuli mesurent de 10 à 22 p.
Nous n’avons relevé aucune différence morphologique ou uuaioimquc enlru les larves gyrodaei
loïdes I et IL
Larve à croissance lente.
Les mémos différences que chez le» espèces précédentes séparent la larve à croissance lente
la larve gyrodactyloïdc nageante chez P. gallieni.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DF. DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
113
Figure 26
Néoténique de Polysloma pelobalis, ûgé de 82 jours. Coupes transversales il différents niveaux (d’après
Combes, 1966 a) :
o. Niveau de l’atrium génital;
b. Niveau de l'utérus et du canal déférent;
d. Niveau du carrefour oviducte-vitelloducte médian;
e. Niveau du carrefour oviducte-eanal génito-intestinal;
/. Niveau du testicule et de la jonction du canal génito-intestinal avec le tube digestif.
Abréviations : voir page 12
Source : MNHN, Paris
114
E COMBES
Larve néoténique (fig. 24 et 25 C).
Nous avons démontré par l’expérience et l’observation dans la nature l’existence d’une
forme néoténique chez cette espèce. C’est la première fois qu’une telle forme est découverte
chez une espèce du genre Polystoma franchement différente de /’. integerrimum. Il ne faut
pas oublier, en effet, que P. nearcticum et P. pelobalis, initialement décrits comme sous-
espèces de P. integerrimum, forment avec celui-ci un groupe morphologiquement homogène.
P. gallieni par contre, ainsi que nous l’avons souligné dans la description, est une espèce
tout à fait distincte.
C’est pourquoi nous donnons de cette espèce sous sa forme néoténique, une descrip¬
tion détaillée.
Morphologie :
Les néoténiques de P. gallieni, très déformables, atteignent sur le vivant une longueur de 11 0 nun
D’après les exemplaires fixés au Bouin aqueux par agitation, la longueur des individus mûrs varie'de 4 À
& 4,7 mm, leur largeur maximum de 1,2 à 1,7 mm, leur épaisseur de 0,3 à 0.4 mm.
Le corps est effilé à l’extrémité antérieure. L’extrémité postérieure .
prolonge par le bapteur à six ventouses. La buuche est antérieure, sub-terrr
s’ouvre ventralemenl au niveau du tiers antérieur. la face dorsale porte den
voisinage immédiat de l’extrémité antérieure.
Le bapteur se présente comme une rosette presque circulaire, formée par les six ventouses, qui en
occupent presque toute la superficie. Les ventouses s’ouvrent ventralemenl. Chacune mesure 115 o ,i
diamètre. Contrairement à ce que nous avons observé chez les néoténiques de P. pelobalis, on peut à pei n °
parler ici de pédoneides ventousaires, les ventouses étant étroitement serrées sur le hapteur, meme che
(t également rétrécie, mais se
ventrale. Le pore génital
oculaires au
- .le taches
l’animal vivant.
Le hapteur porte les huit paires de
inchangées et une paire d’hamiüi dont la ci
crochets d’origine larvaire, doi:
ce est réduite (25 it 30 p).
dimensions restent
Anatomie :
Appareil digestif :
On peut distinguer la bouche, le pharynx, l’œsophage, le canal buceo-intcstinal, et les hrancl
intestinales. ’ ,es
la bouche s’ouvre au centre d’un entonnoir musculeux de 230 g de diamètre.
Le pharynx mesure 290 p de diamètre. Au niveau de son bord postérieur se trouvent de nombreuses
glandes unicellulaires.
L’œsophage mesure en moyenne 510 g de longueur pour un diamètre de 110 p.
Le canal bucco-intestinal est présent; il relie la cavité buccale à l'œsophage en passant au-dessn
du pharynx et possède les caractéristiques que nous uvons notées chez les néoténiques de P. pelobalis
Les deux branches intestinales se détachent do l’œsopliage et cheminent à droite et à gauche duc'
émettant sur leur trajet de nombreux caecums dont la forme est variable, mais qui ne sont jamais véritahl
ment ramifiés. Ces deux branches digestives sont réunies, au niveau du hapteur, par une anastomose posté"
rieure plus ou moins dilatée. Cette anastomose pénètre dans le hapteur lui-mème. Le fait l e p| U8 import ' "
est la présence d’une ou de deux anastomoses transverses dans la région située entre le niveau du
génital et celui du hapteur. Ces anastomoses transverses (qui n’existent pus chez lu forme adulte) P ° rC
constantes : nous avons vérifié leur existence sur coupes sériées transversales et longitudinales et 80111
n’avons rencontré aucun exemplaire qui en soit dépourvu. 1,0 tube digestif ne prend jamais un as"° US
sacciforme. PCct
Les cellules épithéliales de l’œsophage et des branches digestives sont colorées par des grains 1
pigment lirun-noir. Par contre, nous n’avons pas observé les cristaux losangiques signalés par divers autei °
et par nous-mêmes dans le tube digestif des néoténiques de P. integerrimum. Kappelons que nous
déjà constaté l’absence .le ces cristaux chez les néoténiques de P. pelobalis.
Appareil génital femelle :
L’ovaire est situé dans la moitié antérieure de l’animal. Il a la forme d’un sac allongé dont la ré •
postérieure se dilate progressivement, tandis que l’extrémité antérieure, où se multiplient les ovon '^° n
peut montrer aussi un petit renflement. L’ovaire mesure en moyenne 820 p sur 230 p. 8°nies,
La base de l’ovaire se rétrécit pour donner naissance à l'oviducto. Celui-ci dessine une courh
arrière de l’ovaire et aboutit à l'ootypc. Peu avant l’oolype, l’oviducle reçoit un vitelloducte impair méd ^
et, à la base même do l’ootype, les nombreux canaliculrs des glandes de Mehlis. Juste avant le car
du vitelloducte, l'oviducto entre en communication avec l’une des branches intestinales par le canal é ° UF
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGENES d’aMPIUBIENS
115
Los nombreux follicules vitellius occupent la plus grande partie du corps depuis le niveau de l’œso¬
phage jusqu’au hapteur, à l'exception de la zone péri-ovarienne. Deux vitelloductes longitudinaux irrégu¬
liers donnent naissance, un peu en arrière de l’ovaire, à deux vitelloductes transverses qui se réunissent
en un court vitelloducle médian.
Les glandes de Mchlis forment un bouquet qui entoure la base de l’ovaire ; on distingue les habi¬
tuelles glandes proximales et distales.
L’œuf se forme dans l’ootype cl gagne l’atrium génital par un utérus court, qui renferme au maxi¬
mum deux œufs formés. L’œuf mesure 180 sur 100 p. L'atrium génital s’ouvre à l’extérieur par le pore
génital médio-ventral.
Le canal génito-intcslinul unit l'oviduclc à l'une des branches intestinales, en formant une sinuosité.
Nous confirmons l’existence des rétrécissements que nous avons observés à scs extrémités chez les néoté¬
niques de P. integerrimum et de P. pclobatis. Nous nous trouvons donc renforcés dans l’idée que ce
canal joue le rôle de réceptacle séminal pour les néoténiques, car sa lumière est remplie de spermatozoïdes,
spécialement au voisinage de l’oviducte. Ces particularités ne sont guère visibles sur les individus montés
in loto mais s’observent facilement sur coupes sériées. Sur celles-ci, on voit que des cellules vitellines
peuvent occuper également la lumière du canal génito-intcstiual, mais elles ne sont pas mélangées avec les
spermatozoïdes.
Appareil génital mâle :
Le testicule est une ampoule simple, située vontralcmcnt dans la région postérieure à l’ovaire,
c’est-à-dire à peu près vers le milieu de l'animal. Il mesure approximativement 500 p. de longueur sur 250 p
de largeur.
La région antérieure du testicule se rétrécit en un canal déférent qui aboutit à l'atrium génital, au
centre d’un bulbe copulateur sub-sphérique pourvu de huit épines. Le bulbe a un diamètre de 35 p;
chaque épine mesure 11 p de longueur.
Il n’existe pas de relations internes entre l'appareil génital mâle et l’appareil génital femelle.
Appareil excréteur :
Bien visible sur les coupes sériées, il est semblable à celui du néoténique de P. integerrimum, à
savoir : caualiculcs latéro-ventraux ; deux canaux collecteurs latéro-dorsaux ; deux ampoules pulsatiles au
niveau de la bifurcatiou intestinale, s’ouvrant cliacunc à l’extérieur par un pore dorsal.
C. RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
Nous avons étudié expérimentalement le cycle biologique de nos trois espèces de Poly-
stomes.
En premier lieu, nous avons cherché à comparer les modalités suivant lesquelles une
meme larve de Polystome est capable d’évoluer sur les branchies du têtard :
— soit en larve néoténique qui disparaîtra à la métamorphose du téturd;
— soit en larve à croissance lente qui donnera ultérieurement un adulte dans la vessie
de l’Amphibien.
C’est le problème de la dualité évolutive des larves.
Ensuite, nous avons pu démontrer qu’en dehors du cycle classique, il existe une pos¬
sibilité de reproduction directe des Polystomes à l’intérieur même de la vessie de l’Amphibien,
en évitant le passage, jusqu’ici considéré comme indispensable, sur les branchies du têtard.
Nous avons appelé cycle interne celte forme de reproduction dans laquelle, à aucun stade,
le parasite ne sc trouve à l’extérieur de son hôte.
1. DUALITÉ ÉVOLUTIVE DES LARVES
Le problème du déterminisme de la dualité évolutive des larves de P. integerrimum
a été étudié expérimentalement par Gali.ien. Nous nous sommes donc bornés pour cette
espèce, à vérifier que les résultats exposés par cet auteur s’appliquent au Polystome des Gre¬
nouilles rousses pyrénéennes. Par contre, chez P. pelobatis et P. gallieni, nous nous sommes
efforcés de déterminer dans quelles conditions la larve gyrodactyloïde évolue ou non en néo-
témqufc sur les branchies du têtard. Nous précisons que nous avons rencontré dans la nature
les formes néoténiques de nos trois espèces, ce qui prouve que la dualité que nous nous pro¬
posons d’étudier n’est, chez aucune d’elles, un phénomène seulement expérimental.
Source : MNHN, Paris
116
CLAUDE COMBES
Il peut être intéressant (cas de P. pelobatis en particulier) d’cfTcclucr deux séries
d’expériences, l’une en utilisant les larves issues des œufs de l’adulte (gyrodactyloldes I),
l’autre en utilisant les larves issues des œufs du néoténique (gyrodactyloldes II). Les métho¬
des sont identiques pour les deux séries d’expériences.
Méthodes :
Chaque expérience a été faite en utilisant un lot de têtards (généralement 10) élevés
depuis la ponte au laboratoire, donc exempts de toute contamination (vérification sur lots-
témoins). Les têtards étaient mis dans un cristallisoir contenant 500 cm 3 d’eau. Dans ce cris-
tallisoir étaient ensuite introduites les larves nageantes (généralement 100), recueillies à l’aide
d’une pipette dans les récipients où se développaient les œufs. Nous soulignons le fait que
toutes les expériences ont été faites à l’aide de larves triées et comptées, et non en utilisant
des œufs sur le point d’éclore. Cela permet d’éviter les causes d’erreur dues à un éventuel
pourcentage d’avortements dans le développements des œufs.
L’âge des têtards, sauf indication contraire, concerne des individus élevés à 15 °C.
Nous distinguons pour chaque espece les expériences sur la descendance des adultes
(c’est-à-dire utilisant les larves gyrodactyloldes 1) et les expériences sur la descendance des
néoténiques (utilisant les larves gyrodactyloldes II).
Pour éviter de surcharger le compte-rendu «les expériences nous indiquons par l’abré¬
viation » c.s. » les larves qui se sont fixées du côté du spiraclc et par l’abréviation « c.o.s. »
les larves qui se sont fixées du côté opposé au spiracle.
Polystoma integerrimum.
Expériences sur la descendance des adultes :
Gallien considère que, dans des élevages réalisés à 20 °C :
_sur les têtards âgés de moins de 8 joins, les larves évoluent normalement en néo¬
téniques ;
_ sur les têtards de 8 à 13 jours (seuil de virage), les larves peuvent ou non évoluer
en néoténiques;
_ sur les têtards âgés de plus de 13 jours, les larves n’évoluent pas en néoténiques.
Gallien obtient également des évolutions en métagyrodactyloïdes, principalement
pendant la période de virage. Ce sont les larves, qui, tout comme les jeunes néoténiques,
absorbent du sang, mais paraissent, peu après, brusquement arrêtées dans leur développement.
Nous avons effectué une série d’expériences identiques à celles de Gallien, pour savoir
si nos Polystomes, récoltés dans les Pyrénées, possèdent des potentialités exactement sem¬
blables à celles des Polystomes du Nord de l’Europe. En effet, contrairement à ce qu’ont
observé Gallien (1935), Savace (1950) et Bychowsky (1958), ce n’est qu’exceptionnellement
que nous avons rencontré la forme néoténique dans la nature. Cette rareté aurait pu avoir pour
cause une modification fondamentale des modalités qui règlent la dualité évolutive des larves.
Nos expériences ont montré qu’il n’en est rien : nos résultats sont en tous points
conformes à ceux de Gallien. Sur les têtards très jeunes on obtient pratiquement toujours
des néoténiques; sur des têtards, élevés à 15 °C, âgés de 10-15 jours et au-delà, cela devient
de plus en plus exceptionnel. Les larves fixées pendant la période de virage nous ont égale¬
ment fourni des métagyrodactyloïdes. Chez des têtards élevés à des températures plus basses,
le seuil de virage s’élève et en même temps s’étale considérablement. Pour des têtards élevés
à 10°, nos expériences montrent qu’il s’étend depuis l’àge de 10 jours jusqu’à l’âge de
20-22 jours. Il est d’ailleurs parfaitement logique que les possibilités de développement
néoténique dépendent de l’âge physiologique du têtard et non de son âge absolu.
Expériences sur la descendance des néoténiques :
Gallien a montré que les larves gyrodactyloldes II, issues des œufs pondus par les
néoténiques, placées en présence de têtards de moins de 10 jours, ne paraissent pas pouvoir
dépasser le stade métagyrodactyloïdc; elles absorbent un peu de sang, mais ne se développent
pas en néoténiques.
Nous n’avons pas renouvelé ces expériences, car U est impossible, dans quelque biotope
que ce soit, que les larves gyrodactyloldes II rencontrent des têtards n’ayant pas dépassé l e
seuil de virage. Gallien (1935) a souligné «[ue ces expériences « ne sont réalisables qu’au labo¬
ratoire, à la suite d’artifices d’élevages et n’ont aucune chance de se produire dans la nature ».
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGÈNES ü’aMPHIBIENS
117
Polyatoma pelobalis.
Expériences sur la descendance des adultes :
Résultats :
Nous avons effectué des expériences différentes avec des lots de têtards âgés (en jours)
de :
6,12,13, 14,15, 19, 27, 30, 60,115,130, 165, 180.
Toutes les expériences effectuées avec des têtards âgés de 6 à 115 jours inclus ont
fourni des néoténiques sans une seule exception. Le pourcentage de fixation est toujours
important (jusqu’à 77 % des larves introduites). Même si les néoténiques sont nombreux (jus¬
qu’à 20 par têtard), ils se développent parfaitement et deviennent ovigères. Dans des élevages
réalisés à 15 °C, la maturité intervient entre le 25 e et le 30 e jour après l’infestation. Chaque
néoténique pond alors jusqu’à 20 œufs par 24 h.
Les expériences réalisées avec des têtards de 130 jours ont donné encore sans excep¬
tion des néoténiques. Cependant, l’une de nos expériences laisse à penser que ce développement
est moins favorisé que précédemment : nous avons infesté simultanément dans le même bac
des têtards âgés de 15 jours (L 12-13 mm) et des têtards âgés de 130 jours (L = 60-63 mm);
l’infestation a été réalisée le 24-3-1966. La dissection des têtards, effectuée le 28-3-1966, a
montré de manière indiscutable que le développement néoténique des larves sur les têtards de
130 jours avait débuté d’une manière moins rapide, moins franche que sur les têtards de
15 jours.
Dans les expériences réalisées avec des têtards de 165 et 180 jours (têtards presque
en métamorphose, à pattes postérieures bien développées), nous n’avons pas obtenu de dévelop¬
pement néoténique ; les larves restent du type à croissance lente.
Interprétation :
Ces expériences, renouvelées deux années de suite, montrent sans contestation possible
que ce qu’on savait du déterminisme de la dualité évolutive chez P. integerrimum n’est pas
valable pour P. pelobalis.
Chez P. pelobalis, on peut dire que les larves gyrodactyloïdes se fixant sur les têtards
de P. cultripes évoluent en néoténiques, sauf si elles se fixent au cours des trois à quatre
semaines qui précèdent le passage à la vie terrestre.
On voit que chez cette espèce, c'est le non-développement néoténique plutôt que le
développement néoténique qui apparaît comme l’exception.
Expériences sur la descendance des néoténiques.
Résultats :
Première expérience :
9-5-1966 : 20 larves, issues d’œufs pondus le 28 avril par des néoténiques de P. pelobalis,
sont mises en contact avec deux têtards de P. cultripes, âgés de 66 jours (L = 32 et 34 mm).
Dissection le 14 avril :
— têtard n° 1 : 5 larves c.o.s. ayant très nettement commencé leur développement
néoténique; 1 larve c.o.s. n’ayant pas absorbé de sang;
— têtard n° 2 : 4 larves c.o.s. ayant très nettement commencé leur développement
néoténique.
Deuxième expérience :
11-5-1966 : 20 larves, issues d’œufs pondus le 30 avril par des néoténiques de P. pelo-
batis, sont mises en contact avec deux têtards de P. cultripes (L = 58 et 59 mm).
Dissection le 10 avril :
— têtard n° 1 : 3 néoténiques c.o.s., 1 néoténique c.s., tous ovigères;
— têtard n° 2 : 1 néoténique c.o.s., ovigère.
Troisième expérience :
19-7-1966 : 20 larves, issues d’œufs pondus le 8 juillet par des néoténiques de P. pclo-
bâtis, sont mises eu contact avec deux têtards de P. cultripes (L = 70 et 74 mm).
Source : MNHN, Paris
118
CLAUDE COMBES
Dissection le 1 er août :
— têtard n° 1 : 3 jeunes néoténiques, bien caractéristiques, c.s.;
— têtard n" 2 : 1 jeune néoténique, bien caractéristique, c.s.
Interprétation :
D’après ces expériences, il est clair que les larves gyrodaclyloldes II, issues des œufs
pondus par les néoténiques de P. pelobatis sont capables d'évoluer à leur tour en néoténiques
Cela permet de supposer, avec beaucoup de vraisemblance, que les néoténiques dé
P. pelobatis sont théoriquement capables de perpétuer l’espèce sans intervention de la form >
adulte. Celle-ci n’intervient qu’à la suite d’une modification de nature écologique, due au
sage à la vie terrestre de l’Amphibien.
Les conditions de cette production de « néoténiques-fils » sont parfaitement réalisées
dans la nature, puisque d’après ce que nous savons du comportement de l’hôte et de la biolotri
du parasite, il est certain que les larves gyrodactyioïdes II rencontrent des têtards assez éloL
gnés de la métamorphose pour permettre le développement néoténique.
Polystoma gallieni.
Expériences sur la descendance des adultes :
Résultats :
Nous avons effectué des expériences distinctes avec des lots de têtards âgés (en jours) 1
3,4,5,6,7,9,10,13,16,17,21. ’
— sans exception, toutes les expériences sur des têtards âgés de 3 à 7 jours ont donn &
des néoténiques. Hne
— pour les têtards âgés de 9 jours, nous avons obtenu quelques néoténiques i •
surtout des larves à croissance lente. ’ nais
— pour les têtards âgés de 10 jours et au-delà, nous n’avons obtenu que des larv
croissance lente, à une exception près (développement néoténique d’une I irve sur ',. es a
de 17 jours). Un letard
Interprétation :
Nous concluons que le déterminisme de la dualité évolutive est ici de même tvn
chez P. integerrimum : les larves gyrodactyioïdes évoluent eu néoténiques lorsqu'elle.' 1Ue
fixent sur des têtards très jeunes, le seuil de virage se situant à 8-9 jours pour îles têtards élevés
Particularités de l'infestation :
Deux particularités sont à citer concernant les caractéristiques de l’infestation N
prenons comme exemple une expérience réalisée avec des têtards âgés de 5 jours ■ ° Us
10 têtards II. meridionalis ; infestation (100 larves) le 8 -4-1966; dissection le 27-4-1
les résultats sont donnés dans le tableau 13. 00 :
C. 0. s.
c. s.
Total
1 néoténique
0
1 néoténique
1
0
1
1
0
1
1
1 —
0
0
1
1 —
1 —
1
0
0
1
1
1
0
1
0
0
0
0
0
0
8 néoténiques
0
8 néoténiques
Tableau 13
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DICÈNES ET MONOCÈNES d’aMPHIBIENS
119
On remarque que :
— tous les néoténiques sont fixés du côté opposé au spiraclc; cela est d’un intérêt
modéré, mais nous précisons que c’est également le cas dans les autres expériences concernant
P. gallieni;
— détail plus curieux, il n’y a jamais qu’un seul néoténique par têtard. Cependant,
lorsqu’on dissèque, ou observe par transparence, des têtards au lendemain de l’infestation,
on compte souvent plusieurs larves fixées. 11 faut en déduire que toutes les larves disparaissent
sauf une, ce qui est très inattendu pour un parasite branchial.
Nous donnons encore trois précisions :
— chez les têtards plus âgés, les larves à croissance lente subsistent en nombre quel¬
conque et il n’y a pas de phénomène d’élimination. Ce dernier est donc limité aux néoténiques;
— la présence d’un néoténique sur un têtard n’empêche nullement la fixation ultérieure
de larves à croissance lente en nombre quelconque;
— ainsi que nous le préciserons plus loin, les statistiques effectuées dans la nature vont
à l’appui du résultat expérimental : tous les têtards parasités par la forme néoténique le sont
pratiquement par un seul individu. Une seule fois nous avons trouvé deux néoténiques sur le
même têtard; encore faut-il indiquer qu’ils étaient jeunes et non ovigères.
Expériences sur la descendance des néoténiques :
Les expériences précédentes montrent que, comme dans le cas de P. integerrimum, les
larves gyrodactyloïdes II n’ont, dans la nature, aucune chance de jouer un rôle dans la produc¬
tion de néoténiques. Nous avons donc simplement vérifié que ces larves se fixent et demeurent
sans évoluer sur les branchies des têtards. Elles passent ensuite dans la vessie de l’adulte.
Conclusion.
Le fait le plus important est que chez P. pehhatis, les larves gyrodactyloïdes 1 ou II
évoluent en néoténiques sur des têtards d’âges très différents, jusqu’aux approches de la mé¬
tamorphose (donc sur des têtards pouvant être âgés de 6 à 8 mois).
Le cas de P. gallieni par contre, est du même type que celui de P. integerrimum :
l’évolution néoténique n’est possible que sur les têtards très jeunes.
Les expériences et observations concernant P. gallieni révèlent, en outre, que chez
cette espèce un seul néoténique arrive à maturité chez chacun des hôtes infestés.
2. DÉMONSTRATION DE L’EXISTENCE D’UN CYCLE INTERNE
Dimensions des polystomes d'une même vessie.
Notre attention a été attirée, à la suite des travaux de Gallien (1935) et de nos propres
observations, par le problème que pose la présence de plusieurs Polystomes dont la taille
n’est pas identique, dans la vessie urinaire d’un même Amphibien.
Gallien a noté cette particularité pour P. integerrimum chez R. temporaria. A notre
tour, nous avons observé plusieurs cas semblables chez cette espèce, mais également, avec un
taux de fréquence nettement supérieur, pour P. pelobalis chez P. cultripes.
Gallien propose comme explication du phénomène, une vitesse de croissance plus ou
moins inégale pour les Polystomes d’une même vessie, inégalité qui pourrait être en rapport
avec une migration non simultanée des jeunes parasites dans l’organe. Cependant, les données
de ce problème nous paraissent aujourd’hui modifiées, car nous avons découvert l’existence
d’un cycle direct des Polystomes à l’intérieur même de la vessie des Amphibiens. Ce cycle
interne (ou endoxène) met en jeu un processus d’ovoviviparité et de fixation sur place de la
larve éclose.
Observation «le Povoviviparilé.
Ovoviviparité chez Polystoma pelobalis :
Au cours de la période qui suit la ponte du Polystome, nous avons observé dans des
cas nombreux, la persistance d’un œuf dans l’utérus du parasite, œuf qui suit in situ un déve¬
loppement apparemment normal et ne tarde pas à être embryonné.
Source : MNHN, Paris
120
CLAUDE COMBES
A la suite d’autopsies nombreuses, nous avons pu observer et monter en préparations
un certain nombre de Polystomes chez lesquels l’œuf en question renfermait une larve parfai¬
tement développée, bien vivante, et montrant tous les mouvements qui précèdent habituelle¬
ment l’éclosion. Lors d’autopsies pratiquées dans une période plus tardive, nous avons rencon¬
tré à plusieurs reprises, dans la vessie d'un même Pélobate adulte, un ou plusieurs Polystomes
de grande taille auprès desquels une ou plusieurs très jeunes larves, fixées par leur hapteur aux
parois de l’organe commençaient leur développement; dans chacun de ces cas, nous avons
retrouvé des coques d’œufs vides, avec leur clapet détaché, dans 1 utérus des Polystomes adultes ;
il en existe une seule au maximum par Polystome; ces coques vides sont éliminées ultérieure-
ment. ^ nQUS n ’ ayons pa8 observé la “ naissance » de la larve dans la lumière de l’utérus,
nous concluons à un phénomène d’ovoviviparité authentique.
Nous soulignons que cette ovoviviparité concerne, pour chaque période de ponte, au
maximum un œuf par Polystome adulte; la larve issue de cet œuf se fixe dans la vessie et donne
naissance sur place à un jeune Polystome. La larve du cycle interne a pu être photographiée
in vivo (pi. 8).
Dans les mois qui suivent la fin de la période de ponte, nous avons vérifié la présence
de ces jeunes Polystomes. Nos observations nous laissent à penser que ces Polystomes arrivent
à maturité plus rapidement que ceux provenant des larves ayant pénétré dans la vessie au
moment de la métamorphose. Si ce fait, très délicat à affirmer, était vérifié, il consoliderait
l’hypothèse selon laquelle des phénomènes hormonaux dépendant de la maturité de l’hôte,
ne sont pas étrangers à la maturité du parasite.
Certaines différences de taille des Polystomes rencontrés dans une même vessie peuvent
donc s’expliquer par le processus du cycle interne. Nous noterons cependant que chez les
Amphibiens âgés de deux ans (chez lesquels aucun Polystome ne peut être parvenu â maturité,
donc chez lesquels le cycle interne n’a pu se produire), il existe une certaine inégalité de taille
chez les parasites d’une même vessie; il s’agit vraisemblablement dans ce cas, d’une manifes¬
tation de la concurrence vitale, comme l’a supposé Gallien (1935).
Ovoviviparité chez Polystoma integerrimum :
La présence d’un œuf dans l’utérus de Polystoma integerrimum après la fin de la période
de ponte est un phénomène rare. Elle s’observe cependant et, dans trois occasions, nous avons
découvert la larve complètement développée et vivante, à l’intérieur de l’œuf intra-utérin. Nous
pensons que les processus décrits chez P. pelobalis se déroulent également chez P. integerri¬
mum, mais d’une manière moins fréquente. Comme nous l’avons précisé plus haut, les inéga¬
lités de taille des Polystomes sont d’ailleurs plus rares chez la grenouille rousse que chez le
Pélobate, du moins dans la région où ont lieu nos observations.
Expériences de contrôle.
1° Les observations ci-dessus concernent des Amphibiens soigneusement gardés à
l’abri de toute contamination éventuelle par voie cloacale, chaque animal étant isolé dans un
bocal lavé quotidiennement. Mais nous avons pensé que dans la nature une pénétration des
larves nageantes par le rectum de l’Amphibien pourrait intervenir et nous avons cherché à la
réaliser au laboratoire.
Les Amphibiens, isolés dans des bocaux contenant 50 cc d eau ont été mis en contact
avec des lots de 100 à 500 larves nageantes fraîchement écloses.
Toutes ces expériences ont échoué : chez ces animaux, autopsiés de 2 à 15 jours après
la tentative d’infestation, nous n’avons trouvé de larve, ni dans la vessie, ni dans les reins et
uretères examinés par précaution. , . . ,
2» Nous avons cherché à savoir si les larves issues îles œuls normalement pondus étaient
potentiellement aptes à se développer directement dans la vessie des hôtes adultes, sans passer
par le stade habituel sur les branchies des têtards.
Dans ce but, nous avons injecté dans la vessie d Amphibidis adultes et indemnes des lots
de cent larves fraîchement écloses; l’opération se fait à l’aide d’une canule de verre introduite
dans la vessie par voie rectale. L’expérience est d'un succès toujours problématique, car
l’Amphibien ainsi manipulé urine violemment à plusieurs reprises dans les minutes qui sui _
vent et très peu de larves doivent se fixer immédiatement. Nous avons obtenu des résultats
positifs trois fois (chez Rana temporaria)-, deux des autopsies, effectuées un mois après l’i n .
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGENES d’aMPHIBIENS 121
festation ont révélé la présence de deux et douze larves ayant déjà acquis deux paires de ven¬
touses; la troisième, effectuée au bout de huit mois a livré six jeunes Polystomes mesurant
2,15 mm de longueur. Cela indique que les larves à développement classique (ou au moins
certaines d’entre elles) ont des potentialités semblables à celles des larves écloses dans
l’utérus. 7,e stade de vie branchial n'est donc pas nécessaire à une morphogénèse normale.
Interprétation du phénomène.
Si l’existence d’un cycle interne chez les Polyslumalidae permet d’expliquer les dif¬
férences de taille dont il est question plus haut, il nous semble que ce phénomène présente
d’autres motifs de discussion ou d’intérêt.
1. Le cycle interne représente un processus de reproduction et d’infestation tout à fait
exceptionnel chez un organisme parasite, mais il faut remarquer que ce cycle n’est pas vérita¬
blement surprenant dans le contexte de la biologie des Polystomes. Si l’on considère une larve
qui se fixe sur les branchies du têtard peu de temps avant la métamorphose, on se rend compte
qu’elle ne subil que de très faibles modifications entre sa naissance et le moment où elle émigrera
dans la vessie pour commencer son véritable développement. Il suffit alors d’imaginer que le
bref laps de temps passé sur les branclùcs se réduise encore et tende vers zéro; rien ne s’oppose
formellement à la disparition du stade de fixation sur les branchies. C’est ce processus que réa¬
lise le cycle interne, confirmant uinsi que la période de fixation sur le têtard n’apporte aucune
transformation morphologique ou métabolique indispensable.
2. L’hypothèse est couramment acceptée (cf. Dogiel, 1962) selon laquelle les Polysto-
mes auraient pour ancêtres des Monogènes parasites de Poissons qui, devenus parasites des
têtards d’Anoures, se seraient adaptés à la survie dans la vessie de leur hôte, à la suite de la
métamorphose. Le cycle interne devient le terme le plus élevé de cette évolution : le parasite
se multiplie sur place, dans son hôte à écologie terrestre. Si l’on considère que le cycle interne
peut aboutir à doubler une ou plusieurs fois le nombre de parasites présents dans une vessie,
on se rend compte qu’il est peut-être, pour la survie de l’espèce, d’une importance comparable
à la production d’œufs par les individus néoténiques. La forme classique de reproduction reste
cependant indispensable pour la transmission du parasite, d’hôte à hôte.
3. Le cycle interne réduit singulièrement la valeur des conclusions sur la longévité
des Polystomes, tirées de leur présence chez des Amphibiens âgés. On ne peut plus considérer
comme évident que le parasite ait l’âge de son hôte.
4. Chez un Polystomatidae africain, Eupolystoma alluaudi (De Beauchainp, 1913),
l’utérus est bourré d’œufs embryonnés dont les plus âgés contiennent une larve parfaitement
formée (voir Euzet et Combes, 1967 a). D’après les dessins de Beverley-Burton (1962) concer¬
nant ce parasite, des larves sont écloses et libres dans l’utérus. Il n’est pas impossible que le
phénomène que nous avons décrit comme relativement exceptionnel chez les Polystomes de
nos régions, soit un processus courant chez cette espèce.
Nous mentionnons pour mémoire que nous avions pensé à une autre origine possible
pour les différences de taille des Polystomes d’une même vessie : il aurait pu se produire une
infestation tardive de l’adulte à la suite de la prédation de ses propres jeunes, les larves en
période de migration chez la grenouille en fin de métamorphose gagnant la vessie du prédateur
par le tube digestif. Nous avons réalisé plus de cent expériences en utilisant' des têtards en
cours de métamorphose et de très jeunes grenouilles, provenant de lots fortement infestés.
Nous n’avons jamais retrouvé de larve dans la vessie de l’adulte prédateur. Ce mode d’infes¬
tation tardive est donc à considérer comme hautement improbable.
D. CORRÉLATIONS PHYSIOLOGIQUES ENTRE LES CYCLES SEXUELS
DE L’HOTE ET DU PARASITE
Il existe un double problème concernant une liaison humorale éventuelle entre les
Aiuplùbicns d’une part, les Polystomes qu’ils abritent dans leur vessie urinaire, d’autre part.
En effet, Gallien a montré que :
1° La maturité sexuelle de Polysloma integerrimum (Frôhlich, 1798) intervient à
l’âge de trois ans, c’est-à-dire à l’âge où son hôte, Rana temporaria L., devient lui-même
pubère.
Source : MNHN, Paris
122
CLAUDE COMBES
2° Le cycle sexuel annuel du parasite apparaît comme calqué sur celui de son hôte •
il y a correspondance entre les périodes de ponte, de repos, de gainétogénèse.
Devunt ce concours de corrélations, on peut se demander si l’ensemble de la physio¬
logie sexuelle du Polystome n’est pas déterminé par les hormones de l’hôte, celles-ci agissant
directement ou non sur les gonades et glandes annexes du parasite.
Cette manière de voir a reçu un début de confirmation avec les travaux de Miretski
et de Stunkard. Mihetski (1951) déclenche en hiver la ponte simultanée de la grenouille
et du Polystome en injectant une suspension d’hypophyse dans la cavité abdominale de
l’hôte. Stunkard (1959), ayant implanté, dans le sac lymphatique dorsal d’une Hyla septen-
trionalis immature, des hypophyses de Raria pipiens adultes, pense avoir déclenché la gamé-
togénèse à la fois chez la rainette et chez son parasite, Polysloma stellai. Une théorie diffé¬
rente est soutenue par Gorshkov (1964) qui pense qu’il y a indépendance entre ontogénèse
et cycle sexuel du Polystome d’une part, hormones de l’hôte d’autre part. Cet auteur se fonde
tout d’abord sur le fait que, chez des grenouilles de 45 à 50 mm de longueur, capturées dans
la nature et qu’il pense âgées de 18 mois, des Polystomcs ont pondu en novembre, par simpl
exposition à la température du laboratoire. Mais il faut signaler qu’un fait de même ordr
observé par Zeller (1872) et par Gallien (1935) a été discuté par ce dernier auteur (p. 61) et
classé au rang des exceptions. Gorshkov a réalisé par ailleurs une série d’expériences au demeu
rant peu nombreuses qui, nous semble-t-il, ne démontrent pas l’absence de corrélation hum
raie entre l’hôte et le parasite. Gorshkov montre seulement le rôle de la chaleur dans le décl
chement de la ponte du parasite et l’uction incertaine des injections hypophysaires. Il n
semble que Gorshkov attache trop d’importance au fait très précis que constitue la ponte *
que celle-ci soit déclenchée par la chaleur lorsque tous les éléments sexuels sont mûrs
démontre pas que les processus de gamétogénèse, bien plus importants, ne soient pas
le parasite, en relation avec le cycle hormonal de la grenouille.
Nous avons étudié les corrélations existant entre les cycles sexuels de l’hôte et d
parasite chez nos deux espèces, P. pelobatis et P. gallieni. u
1. CORRÉLATIONS DES CYCLES SEXUELS DE POLYSTOMA PELOBATIS
ET DE PELOBATES CULTR1PES :
Les autopsies montrent que les Pélobates impubères n’abritent que des par •
impubères. Comme chez P. integerrimum, la puberté de l’hôte et du parasite coïncident CS
D’autre part, nous savons que le Pélobate peut posséder deux périodes de no
l’une au printemps (fin février-début mars), l’autre en automne (fin octobre). Or, les P
stomes possèdent aussi deux périodes de ponte, correspondant aux memes dates : les mil!’
d’œufs de P. pelobatis recueillis en octobre ou novembre sont identiques à ceux du n ***
temps et fournissent les mêmes larves gyrodactyloïdes. Ce double cycle se produit dans!"
nature ainsi qu’en témoignent des statistiques d’infestation effectuées sur les têtards II f *
rappeler cependant (voir p. 21), que la ponte automnale de l’hôte est soumise à des exige ° Ut
écologiques strictes : les années à faible pluviosité, les marcs (toujours asséchées en été! CCS
se remplissent pas en octobre : les Pélobates n’ayant pas d’eau à leur disposition, la n ***
automnale est supprimée. Les autopsies réalisées à ce moment-là nous ont montré qu e
gonades de ces Amphibiens sont cependant mûres. Il est probable que les Polystoines 68
pondent pas non plus, bien que leurs gonades soient, elles aussi, dans l’état qui précèd *1°
ponte. Pélobates et Polystoines restent alors probablement dans cet état jusqu’au print ° **
Si toutefois, au mois d’octobre de ces années sèches, les Pélobates sont mis au contacté?"
l’eau, à + 20°, les Polyslomes pondent, ce qui est conforme aux observations de Gau. de
et de Gorshkov chez P. integerrimum. IEN
Chaque ponte du parasite dure de 35 à 55 jours; chaque Polystome pond de 1 onn
2.900 œufs (moyenne : 2.450). ^
2. CORRÉLATIONS DES CYCLES SEXUELS DE POLYSTOMA GALLIFNi
ET DE HYLA ME1UDIONAUS 1
Polystomcs également impubères. Ici aussi, maturité de l’hôte et maturité du parasite cot
dent. c, ‘
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DICÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS 123
D’autre part, dans le cycle sexuel annuel, la ponte de l’hôte et du parasite coïncident
aussi et, sur coupes histologiques, on retrouve, à de légers décalages près dans le temps,
les états successifs des organes glandulaires du parasite, décrits par Gallien.
Si les périodes de ponte coïncident, cela ne signifie pas cependant que la ponte effective
de l’hôte et celle du parasite se déclenchent exactement au même moment. Il semble (et
cela est également valable pour les autres espèces) que le parasite commence toujours la pro¬
duction des œufs avant l’accouplement des Amphibiens. C’est cependant chez la rainette que
cette réserve prend le plus de valeur, car la ponte du parasite commence dès la sortie d’hiber¬
nation de l’hôte, tandis que celui-ci ne se reproduit qu’au cours des semaines qui suivent.
Dans nos régions (Perpignan) la ponte des parasites débute vers le 15 mars et s’étale
sur 25 à 28 jours; chaque Polystome pond de 320 à 800 œufs (moyenne : 560).
Conclusion.
Dans le contexte des relations humorales Vertébrés-Invertébrés et plus spécialement
des relations humorales hôte-parasite, il est important que le cas de P. inlegerrimum ne soit
nullement isolé : les corrélations entre le cycle sexuel de l’hôte et celui du parasite paraissent
être le mode habituel chez ces Monogènes, le cas du Pélobate et de son parasite, avec leurs
deux pontes annuelles, étant particulièrement frappant.
II n’est pas sans intérêt de rappeler que la forme néoténique des Polystomes pond en
l’absence probable de toute stimulation hormonale, ou du moins de toute stimulation cyclique;
or, la ponte de cette forme néoténique est précisément continue. Au contraire, chez la forme
adulte, parasite d’un hôte adulte présentant des phénomènes cycliques de sexualité, on observe
un cycle de reproduction calqué sur celui de cet hôte. Si l’on admet que néoténique et adulte
sont deux écomorphoses du même animal, on doit convenir qu’il n’y a rien d’étonnant à ce
que le milieu-hôte influence la physiologie d’un organisme dont il influence aussi profondé¬
ment la morphogénèse.
Le problème abordé étant essentiellement d’ordre physiologique, il est souhaitable
cependant qu’une démonstration expérimentale soit faite de la corrélation humorale entre
l’Amphibien et le Polystome. A la suite des exceptions invoquées par Gorshkov, on peut
d’ailleurs s’attendre à des résultats montrant une certaine souplesse dans la réponse du para¬
site aux stimulations hormonales de son hôte.
E. LA NÉOTÉNIE DANS LE CYCLE BIOLOGIQUE
1. ORIGINALITÉ MORPHOLOGIQUE DES FORMES NÉOTÉNIQUES
Le dimorphisme évolutif est désormais étudié chez les trois espèces européennes de
Polystoma et signalé chez une espèce américaine. Ce phénomène se produisant chez des
hôtes appartenant à des genres d’Anoures aussi différents que Rana, Hyla et Pelobates,
on doit répondre à deux questions :
Quelles sont les affinités des néoténiques entre eux?
Quelles sont leurs affinités avec les formes adultes?
Comparaison des formes néoténiques entre elles.
Il n’est pas dans notre intention d’analyser en détail la variation des organes chez les
néoténiques actuellement connus (P. integerrimum, P. nearcticum, P. pelobatis et P. gallieni),
mais d’attirer l’attention sur les points qui nous paraissent les plus intéressants.
1° Les dimensions des différents néoténiques ne sont pas identiques. Cependant,
elles ne paraissent pas en rapport direct avec celles des têtards qu’ils parasitent. Ainsi, les
néoténiques du Pélobate et de la Rainette sont de taille semblable alors que le têtard du premier
atteint 90 mm de longueur et celui de la deuxième 45 mm seulement (sans que cela constitue
une explication satisfaisante de ce phénomène, nous rappelons que les têtards de Rainettes
parasités portent un seul néoténique ovigère, tandis que ceux du Pélobate en abritent un
nombre quelconque). On trouvera une comparaison plus détaillée concernant les dimensions
dans Combes (1967).
2° Les hapteurs des néoténiques de P. pelobatis et P. nearcticum ont des ventouses
pédonculées; chez les néoténiques de P. gallieni, les pédoncules sont extrêmement réduits;
Source : MNHN, Paris
124
CLAUDE COMBES
cher les néoténiques de P. integerrimum, les ventouses sont scssiles et le hapteur lui-même
est peu distinct du reste du corps. Nos observations sur le vivant dans les cavités branchiales
des têtards de Grenouille rousse, Félobate et Rainette nous font penser que les facultés d’élon¬
gation des pédoncules ventousaires sont adaptées à la fixation cl au déplacement sur les bran¬
chies, en fonction de l’écartement de deux arcs branchiaux contigus. Cela est conforme à la
plasticité évolutive de l’appareil de fixation telle qu’on la connaît chez beaucoup de Monogènes
parasites du système branchial des Poissons.
3" La morphologie de l’appareil digestif ayant une certaine valeur dans la systématique
du genre Polystoma, il est bon de rappeler que les adultes de P. integerrimum, P. nearcticum
et P. pelohatis possèdent des anastomoses digestives transverses, l’adulte de P. gallieni
étant au contraire du type s sans anastomose ». Il est donc surprenant d’observer des anasto-
moses transverses chez tous les néoténiques y compris chez celui de P. gallieni. Sous ce
rapport, les adultes diffèrent nettement, mais les néoténiques sont semblables.
Si l’on tient compte que les petites différences concernant les dimensions du hapteur
ou des pédoncules ventousaires ne sont pas immédiatement décelables, on constate par exemnl
qu’il est difficile de distinguer entre eux les néoténiques de P. pelohatis et de P. gallieni
alors que les adultes se séparent au premier coup d’oeil.
On peut conclure à une très grande homogénéité morphologique des néoténiques
En raison de la structure de l’appareil digestif, cette homogénéité est supérieure à celles d
adultes. es
Les petites différences observées sur le hapteur des néoténiques ne vont pas à l’encontr
de cette affirmation, la longueur des pédoncules ventousaires reflétant une simple adaptati
à des conditions un peu différentes de fixation. n
Comparaison des formes néoténiques avec les formes adultes.
Nous résumons les différences et les analogies les plus remarquables concernant l
morphologie générale, l’appareil digestif, les appareils génitaux femelle et mâle i’anns u
excréteur. * 1 rei ‘
Morphologie générale :
Les dimensions du néoténique sont toujours inférieures à celles de l’adulte. Le né
nique est moins aplati, moins foliacé que l’adulte. Les hamuli sont très réduits chez le nr ■ *"
bien développés chez le second. er ’
Chez les deux, il existe un hapteur à six ventouses; celles-ci peuvent être pédonc 1 a„ 0
ou non chez le néoténique tandis qu’elles sont toujours sessiles chez l’adulte. Les cro b 8
larvaires demeurent identiques chez les deux formes. ets
Appareil digestif :
Le néoténique possède toujours une ou deux (plus rarement trois ou quatre) anast
moses transverses. L’adulte peut avoir une à quatre anastomoses trausverses ou
(P. gallieni). ' "
L’anastomose haptorialc et le canal bucco-intestinal sont présents chez les deux forme
Appareil génital femelle :
Le néoténique possède un ovaire à région antérieure peu différenciée, un utérus
court; il n’a pas de vagin. L’adulte possède un ovaire à région antérieure rétrécie, un uté^ 8
long; il montre deux vagins. ’ Us
Le canal génito-intestinal est présent chez les deux formes, mais paraît servir de ré
tacle séminal uniquement chez le néoténique. Vitellogèncs et glandes de Mehlis sont ***'
blables. cn *'
Appareil génital mâle :
Le testicule du néoténique est formé d’une ampoule unique, celui de l’adulte est d‘ •
en cystes multiples. ‘ 1Vlsé
Le bulbe copulatcur est moins iiiuacuIcux chez le néoténique que chez l’adulte
il est pourvu chez tous deux de huit épines. ’ 111818
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DF. DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS 125
Appareil excréteur :
Il est identique chez les deux formes.
Adulte et néoténique sont donc deux formes réellement différentes.
Sur le plan anatomique, la différence essentielle concerne l’apparition de deux vagins
chez l’adulte, vagins qui n’ont aucun homologue, fut-il vestigial, chez le néoténique.
Chez l’adulte, la voie de la fécondation est représentée par les vagins, les sperma¬
tozoïdes restant en réserve dans les conduits vaginaux. Chez le néoténique, on peut supposer
que la voie de la fécondation est l’utérus, les spermatozoïdes allant se mettre en réserve dans
le canal génito-intestinal.
2. DÉTERMINISME DU DÉVELOPPEMENT NÉOTÉNIQUE
Les différences, mises en évidence par nos recherches expérimentales, entre les condi¬
tions de base nécessaires au développement néoténique chez nos espèces, sont importantes.
Chez P. integerrimum et P. gallieni, le développement néoténique n’est possible que
chez des têtards jeunes, n’ayant pas dépassé, suivant les conditions de température, un âge
de 10 à 20 jours.
Chez P. pelobatis, le développement néoténique se produit sur des têtards âgés de
quelques jours à plusieurs mois, les larves à croissance lente n’apparaissant guère que dans
les semaines qui précèdent la métamorphose de l’Amphibien.
Cette différence ne se superpose nullement à la séparation morphologique des espèces,
puisque ce sont les adultes de P. integerrimum et P. pelobatis qui sont systématiquement
très voisins, tandis que P. gallieni se distingue nettement.
Nous croyons voir, nu contraire, une corrélation entre ces phénomènes et la biologie
de l’hôte.
En effet, R. temporaria et //. meridionalis (hôtes respectifs de P. integerrimum et
P. gallieni) ont des têtards à développement rapide : deux mois à deux mois et demi dans
notre région. Par contre, les têtards de P. cultripes (hôte de P. pelobatis) sc développent bien
plus lentement, en huit mois très souvent; nous avons dit comment, quand les mares se
dessèchent trop tôt, les têtards périssent en grand nombre, dans l’incapacité d’accélérer leur
développement.
Il semble y avoir corrélation entre la durée de la période favorable à la néoténie et la
durée du développement des têtards :
— période longue favorable à la néoténie chez les têtards à développement long;
— période courte favorable à la néoténie chez les têtards à développement court.
Cette corrélation bouleverse celle que l’on a admis jusqu’ici sur le seul exemple de
P. integerrimum (développement néoténique lié à la période des branchies externes du têtard
ou à une brève période au-delà).
Nous fondant sur cette nouvelle corrélation, nous proposons une hypothèse explica¬
tive, que des recherches biochimiques doivent venir confirmer. Cette hypothèse se décompose
en deux propositions :
a. Connaissant la sensibilité des larves aux facteurs biochimiques (tropisme de fixa¬
tion, tropisme de migration, spécificité stricte) on peut penser que l’absorption de sang par
la larve est liée à im facteur de ce type plutôt qu’à un facteur physique (tel que la finesse de
l’épithélium branchial par exemple);
b. Nous pensons que ce facteur pourrait être en rapport, pour un têtard donné, non
pas avec son âge absolu, mais avec le temps qui le sépare de sa métamorphose. En d’autres
termes, le développement néoténique se produirait sur des têtards non parvenus à une certaine
période critique précédant la métamorphose. Des substances humorales liées à la préparation
de la métamorphose, pourraient apparaître chez le têtard de tel Anoure, beaucoup plus tôt
que chez le têtard de tel autre. Ces substances inhiberaient le développement du néoténique
à son début.
Cela rend très bien compte de l’existence des larves métagyrodactyloïdes : larves
ayant commencé à absorber du sang sur les branchies, mais chez qui le développement néo¬
ténique, non encore suffisamment avancé, paraît avoir été brutalement inhibé.
7 564024 6. 9
Source : MNHN, Paris
126
CLAUDE COMBES
Notre hypothèse a l’avantage d’une certaine logique : des néoténiques qui se dévelop¬
peraient pendant la période critique précédant la métamorphose des têtards, seraient con¬
damnés, sur quelque hôte que ce soit, à mourir avant d’avoir achevé ou même commencé
leur période de ponte.
Nous tenons cependant à souligner que :
— la corrélation entre la période de possibilité de néoténie et la durée du développe¬
ment de l’Amphibien doit être vérifiée chez de nouvelles espèces;
— seule une étude biochimique du phénomène peut transformer notre hypothèse
en probabilité.
En résumé, la période favorable à la néoténie des larves de Polystomes est variable
suivant les espèces; brève chez les parasites de R. lemporaria et H. mcridionalis, elle est
très longue chez celui de P. cultripes. Ces conditions apparemment différentes d’apparition
sont peut-être liées à des facteurs humoraux dépendant de la biologie de l’hôte.
3. SIGNIFICATION ÉCOLOGIQUE ET PHYLÉTIQUE DU DIMORPHISME ÉVOLUTIF
Les Monogènes sont dans leur quasi-totalité des parasites externes de Poissons (marins
ou dulcidoles), bien que les Polystomes, qui sont une des exceptions, aient été plus d’une
fois proposés comme exemple de ce groupe.
Mais, sur le plan écologique, ces Polystomes ut les genres voisins qui font également
exception, sont du plus haut intérêt. Ils parasitent tous des animaux amphibies ou sub-aqu a
tiques, sans distinction de classification, c’est-à-dire que leur caractère commun n’est plus U
systématique de l’hôte, mais son écologie. On rencontre ces Monogènes, taxonomiquement
très voisins, chez des Vertébrés aussi différents que les Dipneustes, les Urodèles, les Anoures
les Chéloniens et les Mammifères.
Cette conquête de l’hôte ainphihie ne s’est produite qu’en milieu dulcicole; elle se
manifeste chez les deux groupes de Monogènes : Monopislhocotylea et Polyopisthocotylea
(fig. 27).
Parmi les monopisthocotylea, deux Gyrodactylidae sont parasites d’Amphibiens
Gyrodactylus sp., ectoparasite des têtards de Rana calcsbeiana d’après Stunkahd et Dunihuv
(1933); Gyrdicotylus gallieni Vercammen-Grandjean, 1960, endoparasite (tube digestif) R e
Xenopus laevis victorianus.
En outre, deux espèces de découverte très récente ont une biologie semblable à cell
des Polystomes :
— chez les Urodèles :
Euzetrema knoepffleri Combes 1965, parasite de la vessie urinaire de Euproctus rrio
tanus, en Corse;
— chez les Chéloniens :
Iagolrema uruguayensis Mane-Garzon et Gil, 1962, parasite de la vessie urinaire d
Hydromedusa tectifera, en Amérique du Sud.
Ces deux espèces, malgré la différence d’hôte et l’éloignement géographique sont 1
seuls représentants d’une même famille, les lagolrcmatidac, et d’une même super-famill^
les Iagotrematoidea. ’
Parmi les polyopisthocotylea, genre et espèces sont plus nombreux ;
— chez les Dipneustes ( Neoceralodus ) [sur la peau et les branchies] :
Pseudopolystoma (1 espèce) [1];
— chez les Urodèles dans la vessie urinaire ou sur la peau] ;
Pseudopolystoma (1 espèce) ;
Sphyranura (4 espèces) ;
(1) Pstudopolytoma auslraUnsit (Reirhenbach-Klinke, 1965) F.uzet et Cnmliea, 1967„.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’aMPHIBIENS
siJOd 'NHNW •• aojnos
gsiisSouojv sa] J8d saïqiqduiB xmmiiUB sap uoijmsajuij jiiunuoiii euiÿqag
U annoij
128
:laude combes
— chez les Anoures [dans la vessie urinaire] :
Polystoma (15 espèces);
Protopolystoma (1 espèce);
Parapolystoma (1 espèce) ;
Eupolystoma (2 espèces) ;
Diplorchis (2 espèces) ;
Pseudodiplorchis (1 espece);
Neodiplorchis (1 espèce) ;
Riojatrema (1 espèce);
— chez les Chéioniens [dans l’œsophage ou la vessie urinaire| :
Polyslomoules (10 espèces) ;
Neopolystorna (9 espèces) ;
Polyslomoidella (3 espèces);
— chez les Mammifères ( Ilippopolamus ) [sous les paupières];
Oculolrema (1 espèce) [1].
Toutes ces espèces se groupent dans la super-famille des Polystomatoidea en deux
familles, Sphyranuridae (un seul genre, Sphyranura) et Polyslomalidae (les treize autres
genres).
Il est tout à fait remarquable qu’un Dipneusle, mi Triton, un Hippopotame, qui n’ont
en commun que leur situation à la limite des milieux aquatique et terrestre, soient préci
sèment parasites par des Monogènes extrêmement voisins. Il est encore plus étonnant a
cette évolution se soit produite dans les deux grands phylums des Monogènes, à la fois ch
les Monopisthocotylea et les Polyopisthocotylea, et dans des conditions très semblable 6 *
La ligure 27 schématise cette évolution chez les deux phylums.
Cela montre à quel point, dans certains cas, la faune parasitaire d’un animal puise
son origine dans l’écologie de cet animal, plutôt que dans sa position systématique
Il n’est guère moins intéressant de noter que chez les animaux amphibies qui mener
une vie active terrestre pendant une partie de l’année (Urodèlcs et Anoures), ces Monogènes
tant Monopisthocotylea que Polyopisthocotylea, habituellement parasites externes, soie t
devenus internes en se réfugiant dans le milieu urinaire, physiquement le plus voisin d
milieu aquatique extérieur. Il fuut ajouter qu’il existe des convergences nettes entre Mono
pisthocotylea et Polyopisthocotylea ayant subi celte évolution : dès 1965, nous précisio "
dans notre description de EuzeUema knocpffleri ( Monopisthvcotylca) : « la forme générale "
rappelle de manière frappante celle des Polystoines de vessie, parasites habituels des Aninh -
biens Anoures » et « la forme de ces crochets est à très peu de chose près superposable à c H '
des hamulis chez les espèces du genre Polystoma ».
Quel est, dans ce contexte, l’intérêt des formes néoténiques chez les Polyslomalidae"*
Nous pensons que la forme néoténique et la forme adulte représentent deux écomor
phoses. Dans l’existence simultanée de deux formes ovigères d’une même espèce, l’une
développant sur les branchies du têtard, l’autre dans la vessie de l’adulte, nous voyons ^
exemple remarquable où une même information génétique permet deux constructions diffiT
rentes, entre lesquelles le choix est opéré par le milieu.
Il est clair que la même larve d’un Polyslome, mise en présence de deux écolo >.
distinctes, est capable de deux adaptations morphologiques et deux adaptations phy-sUdlT
giques différentes :
Adaptations morphologiques :
— corps fusiforme; haplcur permettant la fixation sur des filaments branchiaux ( h
le néoténique); 62
— corps foliucé, lmplcur permettant lu fixation sur une paroi membraneuse t \
l’adulte). ' hez
(1) Rappelons que Oculolrema hippopolami, découvert et nomme pur S-
de» exemplaires provenant (lu Jardin Zoologique du Caire, a été retrouvé pur
eu Ougunda où ce Monogène vit sou» le» paupières de 76 % des llippupotam
sur 1263 examinés).
pur S-.
Source : MNHN; Paris
ÉCOLOGIE DE DICÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
129
Adaptations physiologiques :
— ponte continue chez un organisme aquatique (cas du néoténique);
— ponte limitée à la période de vie aquatique chez un organisme amphibie (cas
de l’adulte).
Cette « plasticité » serait représentative d’un état transitoire dans l’évolution des Poly-
stomalidae, le néoténique rappelant le parasite ancestral de Poisson, l’adulte représentant
le parasite moderne d’Amphibien.
Nous donnons à l’appui de cette thèse les arguments suivants :
а. Chez le Pélobate, les néoténiques de P. pelobatis se développent et se reproduisent
sans limitation, exactement dans les conditions d’un Monogène parasite des branchies d’un
Poisson. Par « sans limitation », nous entendons qu’il n’y a pas de limitation dans le temps
ayant son origine chez le parasite. Lorsque le cycle se modifie ou s’interrompt, cela est dû
à des circonstances extérieures (changements intervenus chez l’hôte, ou dans le biotope).
Nous pensons que dans une mare pérenne qui serait peuplée toute l’année de têtards de
Pélobate, il y aurait succession indéfinie de générations néoténiques. Il va de soi que cela
reste tout de même à découvrir dans la nature.
б. Toujours chez le Pélobate, seules les larves fixées sur des têtards très proches de
la métamorphose, échappent à l’évolution néoténique. Statistiquement, ces larves deviennent
l’exception. Tous les bilans réalisés dans nos biotopes montrent que la forme néoténique est,
en ce qui concerne la masse des individus, beaucoup plus importante que la forme adulte.
Dans les biotopes situés au voisinage de Perpignan, nous avons les chiffres moyens
suivants :
100 Pélobates adultes abritent au total 42 Polystomes adultes;
100 Pélobates têtards abritent au total 250 Polystomes néoténiques.
c. Si le cas de P. integerrimum fournit une statistique inverse (poussée à l’extrême
dans nos stations de Ccrdagne où le néoténique n’apparaît plus), nous interprétons cet état
de fait comme un terme plus élevé dans l’évolution biologique des Polystomes, sous la dépen¬
dance d’une variation écologique. Le néoténique reste susceptible d’apparition exceptionnelle
(si les conditions d’environnement le permettent) ou expérimentale.
Un stade plus élevé serait la disparition de la potentialité d’évolution néoténique
elle-même. Celte disparition reviendrait à une réduction de la plasticité adaptative que nous
venons d’envisager. Même si ce cas existe chez certaines espèces, il n’est pas démontré pour
l’instant que le tropisme « ancestral » de la larve vers la branchie du têtard puisse disparaître
totalement, au profit du tropisme « moderne » vers la vessie urinaire. Ce tropisme moderne
n’apparaît chez nos espèces qu’après passage sur la branchie et le tropisme vers la branchie
n’est éliminé que dans le cas tràs particulier du cycle interne ou bien lorsqu’on injecte expé¬
rimentalement les larves nageantes dans la vessie.
Il est remarquable que le cycle biologique des Polystomes que nous avons étudiés
présente un véritable état de transition dans l’évolution du groupe. En effet, la forme néo¬
ténique des têtards de Pélobate se comporte comme un authentique parasite de Poisson,
et paraît représenter le stade initial de l’évasion des Monogènes hors de leurs hôtes-Poissons.
Ce stade ancestral voit son importance biologique réduite chez le Polystome de R. tempo -
raria et disparaît totalement dans certaines conditions de milieu.
Source : MNHN, Paris
130
CLAUDE COMBES
CHAPITRE III
ÉCOLOGIE DES CYCLES
A. GÉNÉRALITÉS
L’élude écologique des cycles de Monogènes Polystomatidae présente des données
sensiblement différentes de celle des cycles de Digènes.
1. ÉCOLOGIE DES ORGANISMES
Ecologie <lu parasite.
Il faut envisager comme trois problèmes différents l’écologie des stndes libres, l’écologie
des stades parasites des branchies du têtard et l’écologie des stades purusites de la vessie de
l’Amphibien adulte.
o. L’écologie des deux stades libres (œuf et larve gyrodaetylolde nageante) est ana¬
logue à celle des stades libres de Digènes.
b. L’écologie des stades vivant sur les branchies du têtard se rapproche de l’écologie
des Monogènes parasites des branchies de Poissons : nutrition, déplacements, fixation sur
les arcs branchiaux, spécificité. Deux stades différents des Polystomcs vivent ainsi sur les
branchies du têtard : larve à croissance lente et larve néoténique; chacune d’elles u sa propre
écologie : nous verrons que la recherche de micro-milieux définis dans la cavité branchiale
n’est pas identique chez ces deux stades.
c. L’écologie des stades vivant dans la vessie urinaire de l’Amphibien adulte est l’étude
du milieu où vit le parasite évoluant en adulte d’une part, la larve du cycle interne d’autre
part. A ces stades, le Monogène possède une écologie voisine «le celle des Gorgoderidae adultes,
avec qui il partage cette niche écologique (vessie).
Ecologie de Phôte.
Comme dans le cas d’un Digène, l’écologie de l’hôte est l’un des éléments de l’écologie
du cycle d’un Monogène. Le milieu dans lequel évolue l’Amphibien est à même de procurer
au parasite un ensemble de conditions favorables ou défavorables. La place exacte que tient
l’écologie de l’hôte dans l’écologie du cycle d’un Polystome est cependant très délicate à
caractériser.
2. L’ÉCOLOGIE DE LA TRANSMISSION
Bien que l’on ait affaire à un cycle apparemment plus simple que celui des Digènes,
puisqu’il ne comporte qu’un seul hôte, la transmission du parasite d’un milieu à un autre
pose des problèmes complexes.
o. L’infestation du têtard est le résultat d un tropisme du parasite. Mais elle n’a pas
la même valeur suivant l’âge du têtard. On peut dire qu’une larve nageante de P. integerrimum
ne trouve pas un milieu identique suivant «pi’elle pénètre dans la cavité branchiale d’un têtard
âgé de 5 jours ou dans celle d’un têtard âgé de 30 jours. Dans le premier cas, elle trouve des
conditions favorables au développement néoténique; dans le second, elle trouve des condi¬
tions qui déterminent une croissance lente aboutissant ultérieurement à un adulte. Il faut
donc savoir quelles sont les conditions mésologiques et écologiques, ces dernières dépendant
soit de l’hôte, soit du parasite, qui favorisent la rencontre des larves avec des têtards de
tel ou tel âge. . ....
b. Pour la larve à croissance lente, il se produit un changement de milieu au moment
de la métamorphose du têtard. Il est remarquable qu’au moment précis oà l’hôte « s’élève »
du milieu aquatique au milieu aérien, il y ait corrélativement changement de l’écologie
du parasite par changement de niche écologique. Tout se passe comme si le purasite « recher¬
chait », dans son hôte en cours de transformation, un milieu convenable â sa survie et à son
Source : MNHN, Paris
ECOLOGIE
E DICÈNES ET MONOGENES d’aMPHIBIENS
131
développement. Il est intéressant de connaître les phénomènes qui déterminent ce chan¬
gement de milieu. Rappelons que ce changement n’intervient pas pour les larves néoténiques
qui meurent sans exception au moment de la métamorphose du têtard.
c. L’existence du cycle interne montre que le parasite peut échapper à ces change¬
ments écologiques successifs; du moins peut-on affirmer que ceux-ci sont réduits au maximum
lorsqu’une larve, issue de l’utérus d’un Polystome adulte, se fixe à côté de lui et poursuit
sur place son développement. On peut dire que dans ce cas, l’écologie du Polystome est plus
monotone encore que celle d’un organisme libre effectuant un cycle complet de reproduction
sans sortir de sa niche écologique.
R. FACTEURS ÉCOLOGIQUES DE L'INFESTATION
1. POLYSTOMA INTEGERRIMUM
Extrême rurclc des néoténiques dans les stations pyrénéennes.
L’importance du problème de l’apparition des néoténiques dans la nature est liée à
leur rôle dans l’épidémiologie des Polystomes. En effet, Baek et Euzet (1960), d’accord avec
Savage (1950), pensent que l’apport des larves nées de la génération néoténique est indispen¬
sable à la survie de l’espèce. Dans cette optique, la génération néoténique, loin d’être un
phénomène accessoire, serait un maillon statistiquement nécessaire à la réalisation indéfinie
du cycle.
L’ensemble de nos statistiques, portant sur les dissections, étalées sur quatre ans,
d’un peu plus de 2.000 têtards, montre que la génération néoténique est pratiquement
absente du cycle de F. integerrimum dans notre région. Les prélèvements de têtards ont été
faits, à différents stades de leur développement, dans la série de stations suivantes :
2, 3, 7, 8, 9, 11, 17, 26, 27, 30, 31, 36.
Parmi ces stations, seules les stations 26 (vallée de Porté) et 27 (mare de Porta) nous
ont fourni des néoténiques :
— station 26 :1 néoténique en juin 1965, sur un prélèvement de 200 têtards examinés;
2 en mai 1966, sur un prélèvement de 120 têtards;
— station 27 : 2 néoténiques en mai 1966, sur un prélèvement de 100 têtards; 2 en
juin 1966, sur un prélèvement de 100 têtards également.
L’ensemble des stations qui précède nous ayant fourni pour les mêmes dissections
environ 4.000 larves à croissance lente, on se rend compte qu’une larve sur 500 à 600 devient
néoténique, tandis que le pourcentage des têtards porteurs de néoténiques atteint au mieux
1 “ 2 %.
Par rapport aux chiffres connus dans les autres régions où le Polystome a été étudié
(voir en particulier Gallien, 1935, p. 72), il faut conclure à une extrême rareté de la forme
néoténique dans nos stations et à sa disparition quasi-certaine dans une partie d’entre elles.
Facteurs conditionnant l’apparition des néoténiques.
Données expérimentales :
Nous savons que la génération néoténique apparaît lorsque les larves de Polystome
sc fixent sur des têtards très jeunes; il est donc nécessaire qu’il y ail présence simultanée
dans un biotope de larves nageantes et de très jeunes têtards pour qu’on voit apparaître des
néoténiques dans ce biotope.
Nous avons vérifié par ailleurs qu’en infestant les têtards de nos grenouilles pyré¬
néennes par les larves issues des œufs de leurs Polystomes, on obtient des néoténiques chaque
fois que cette condition de base est expérimentalement réalisée. Il n’est donc pas question,
pour expliquer l’extrême rareté des néoténiques dans nos stations, de mettre en cause un
affaiblissement quelconque des potentialités ontogéniques du parasite ou une immunité
partielle de l’hôte.
Un peut poser a priori que si le néoténique u’apparaît qu’exccptiounellemcnt dans
nos stations, ce sont des conditions extrinsèques et non intrinsèques, qui en sont responsables.
» A.
Source : MNHN, Paris
132
CLAUDE COMBES
Four apprécier l'influence de facteurs extrinsèques sur les possibilités d’infestation
de très jeunes têtards, il faut connaître les durées du développement, en fonction de la tem¬
pérature, des œufs du parasite d’une part, des œufs de l’Amphibien d’autre part. C’est d’après
ces durées de développement que l’on pourra apprécier les chances d’une présence simul¬
tanée de larves du Polystome et de très jeunes têtards de son hôte.
Méthodes :
Nous avons utilisé quatre enceintes réfrigérées et ventilées donnant au demi-degré près, toutes les
températures comprises entre 0° et la température ambiante (soit 20 & 25°). Nous avons fractionné des
pontes de R. temporaria et do /'. inlegcrrimum et déterminé leur temps de développement & des tenmé
ratures diverses (les œufs de l’hôte et du parasite proviennent d’animaux recueillis à la station 26 '
1.640 m d’altitude). Nous avons établi les courbes de la figure 28 (échelle arithmétique pour la tempé¬
rature, logarithmique pour le temps). ^
Résultats :
Il ressort de ce tableau que, pour une température donnée, le temps de développement
d’un œuf de Polystome est toujours nettement supérieur au temps de développement d’un
œufs de Rana.
Nous exprimons cela en disant qu’il existe un « décalage ” entre l’éclosion d’un ceuf
de Polystome et l’éclosion d’un œuf de Rana, ces deux œufs ayant été pondus en mêm
temps et étant maintenus à la même température. On se rend compte, si on compare les durées
de développement de la figure 28, que ce décalage est d’autant plus grand que la température
commune de développement est plus basse.
En fonction de la température, ce décalugc varie approximativement de la manièr
suivante : e
Températures
Décalages
•C
jour.
25
4
20
6
18
7
15
13
12
20
10
28
8
35
5
> 50
Interprétation :
De ces résultats, nous pouvons tirer les propositions suivantes :
a. Si, dans un biotope donné, les œufs de Polystome et les œufs de grenouille
déposés en même temps et se développent dans les mêmes conditions, les larves du n a 8 ° nt
écloront alors que les têtards auront dépassé le seuil de virage et on n’observera pas de né °
téniques;
b. Si, dans un biotope donné, certains œufs du Polystome sont pondus avant certa’
œufs de la grenouille, et si ce décalage dans la ponte est approximativement égal au décal ^
du développement que nous avons défini, certaines larves se trouveront en présence de têt a ^ C
fraîchement éclos et on observera des néoténiques; ards
c. Si, dans un biotope donné, certains œufs de Polystome se développent, par s '
de conditions microclimatiques, plus vite que certains œufs de la grenouille, et si 'cette SW ^ e
lération leur permet de rattraper le décalage de développement, des larves issues de ces
« accélérés » se trouveront en présence de très jeunes têtards et il apparaîtra des néoténiqii *
Ces propositions, déduites de l’expérimentation montrent que, pour qu’il y a j £
sence simultanée de très jeunes têtards et de larves nageantes, une compensation de facte^'
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DICÈNES ET MONOGÈNES d’àMPHIBIENS
133
ponte).
faut que le retard pris dans leur développement par les œufs de P. inle-
ux de R. temporaria soit rattrapé :
•t un facteur élhologique (décalage des pontes) ;
ir un facteur mésologique (hétérogénéité micro-climatique du biotope de
Source : MNHN, Paris
134
CLAUDE COMBES
Observations dans la natuhe :
Facteurs éthologiques :
Il faut étudier le décalage éveuluel entre la ponte du Polystome et la ponte de lu gre¬
nouille, d’abord à l’échelle du couple, ensuite à l’échelle de la population.
A l’échelle du couple :
Nous savons que dans nos stations, les couples de Ii. temporaria pondent dans la nuit
ou la joinnée qui suivent leur arrivée sur le lieu de ponte. Nos dissections sur place des gre¬
nouilles nous ont montré que la ponte des Polystomes était également déclenchée à ce moment-
là, mais il est évident qu’elle ne peut précéder que de quelques heures au plus la ponte des
Amphibiens. 1-a ponte du parasite se poursuit pendant 5 à 6 jours, pendant lesquels les gre¬
nouilles, épuisées, sont toujours dans le biotope de ponte. Nous en concluons que les œuf»
du parasite et de l’hôte sont déposés pratiquement de manière simultanée.
A l’échelle de la population :
Les observations de Gallien (1935) et de BYCHOWSKY (1958) montrent que, dans le
Nord de la France et de l’U.R.S.S., l’étalement dans le temps de la ponte de l’Amphibicn et de
la ponte du Polyslome est important. Gallien, dans le chapitre intitulé « Éthologie des Poly¬
stomes dans la nature » écrit, à la suite d’observations dans la région parisienne : « 1 ji ponte
s’effectue du 25 février au 25 mars; elle est faible aux dates extrêmes, elle est optima entre le
5 et le 15 mars... Parallèlement, R. temporaria pond pendant tout le mois de mars, l’intensité
optima de la ponte se situant du 15 au 20 mars ».
Pour Bychowsky (1958), la ponte des Polystomes dans la région de Léningrad se
produit du 25 avril au 10-15 mai, celle des grenouilles du 25 avril au 10 mai, donc pratiquement
pendant la même période.
Dans les deux cas, les premiers œufs de Polystomes sont déposés longtemps avant les
dentiers œufs de grenouille, 30 à 35 jours avant d’après Gallien, 15 jours avant d’après
Bychowsky. Si on suppose que les têtards se développent à une température moyenne de 10 u ,
on peut calculer d’après notre tableau de développement (fig. 28) que :
— dans la région parisienne (observation de Gallien) le décalage de développement
à 10" (27 jours) est entièrement rattrapé;
— dans la région de Léningrad (observations de Bychowsky), le décalage est partielle¬
ment rattrapé : les larves rencontreront des têtards âgés approximativement de 12 jours,
donc encore largement capables, ayant grandi à la température de 10", de permettre l’appari¬
tion de néoténiques.
Dans nos stations enfin, où l’étalement de la ponte de R. temporaria (voir page 18)
est très faible (6 à 8 jours), notre tableau permet de calculer que, théoriquement, on est juste
à la limite des conditions d'apparition des néoténiques, puisque les premières larves écloses
pourraient rencontrer des têtards âgés d’une vingtaine de jours.
Mais ces calculs sont théoriques, puisque nous avons supposé une température de
développement uniforme et n’avons tenu aucun compte pour l'imitant des conditions méso¬
logiques réelles.
Facteurs mésologiques :
L’étude des conditions qui régnent dans l’eau îles biotopes de ponte nous a montré
que la température varie de façon importante suivant la profondeur d’une part, la topographie
d’autre part.
Pendant la journée, la différence de température est importante entre la couche d’eau
superficielle d’une mare et la vase du fond. L’écart maximum est atteint entre 14 heures et
15 heures; au cours d’une journée ensoleillée et pour une profondeur de 30 cm, il atteint
couramment 10". Or, les pontes de R. temporaria sont flottantes (généralement), tandis q Uc
les œufs du Polystome tombent sur le fond. Les œufs de grenouille sont donc « accélérés »
par rapport aux œufs de. Polystome et l’on se rend compte que ce phénomène va dans le sens
d’une aggravation du retard de développement des œufs de Polystome par rapport ,i ceux
de grenouille, par conséquent diminue encore les chances d une présence sinndtanée de
larves gyrodactyloïdes nageantes cl de très jeunes têtards.
Il faut préciser que les œufs de Polystome u ont que peu de chances d’être déposés
sur le bord de la mare, où la profondeur est faible, car les grenouilles pondent dans les zones
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
135
où la profondeur atteint au moins 20 cm; après leur ponte, — et alors que des oeufs de Poly-
stome sont encore évacués elles se réfugient même aux endroits les plus profonds. Au
contraire, les têtards aussitôt éclos se rassemblent dans les zones de faible profondeur, les
plus chaudes, où ils atteignent rapidement l’âge physiologique du seuil de virage (voir pl. 9).
Notons que l’influence thermique de la profondeur est sensible à l’intérieur même
d’une ponte de grenouille : les œufs situés les plus bas prennent un retard de plusieurs jours
sur les œufs situés en surface.
D’autre part, les différents points d’un biotope de reproduction, même s’il est de dimen¬
sions modestes, sont loin de présenter des conditions uniformes. On observe d’importantes
différences de température, liées à l’ensoleillement, à la proximité de la neige ou à une alimen¬
tation en eau froide.
Nous avons particulièrement étudié la variation de ces conditions dans les stations 26
et 27, les seules où nous ayons observé des néoténiques.
a. Station 26 (vallée de Porté) [fig. 29 et planche 9].
Cette station comprend une mare formée par la fonte des neiges et coupée en deux
par une petite route qui la divise en une partie Ouest et une partie Est. Sous la route, il existe
une large communication entre ces deux parties. Ijj profondeur varie de 15 à 25 cm.
La partie Est, située au pied d’un abrupt, mesure 6 m sur 5; elle est abritée par des
bouleaux touffus; bien que ceux-ci soient défeuillés lors des observations, ils ajoutent leur
ombre non négligeable à celle de l’abrupt. C’est là que subsiste le plus longtemps la neige
et que se fait l’alimentation (discrète) en eau froide.
La partie Ouest mesure 20 m sur 4; elle est au soleil et se trouve à l’opposé de l’alimen¬
tation en eau froide.
Nous décrivons les phénomènes observés en 1966 :
27 mars : une flaque où l’eau est à + 4° existe côté soleil; nous y trouvons deux mâles
de R. lemporaria; côté ombre encore enneigé.
1 er avril : côté soleil, nombreuses grenouilles et nombreuses pontes dont les œufs
sont en début de segmentation; côté ombre, apparition d’une flaque.
4 avril : côté soleil, encore de nombreuses grenouilles et de nouvelles pontes; côté
ombre, premières pontes.
8 avril : rares grenouilles, mais pontes nombreuses des deux côtés : côté soleil, 53 pontes
sont au stade morula ou début de gastrulation, 12 sont en fin de gastrulation (bouchon vitellin);
côté ombre, 20 pontes au total, toutes au stade début de segmentation ou morula.
11 avril : côté soleil, les pontes les plus avancées ont dépassé le stade neurula et montrent
des embryons nettement allongés; côté ombre, la plupart des pontes sont en début de gastru¬
lation, mais il y a encore quelques pontes fraîches, ayant tout juste achevé leur gonflement.
18 avril : côté soleil, nombreuses éclosions; côté ombre, stade neurula en général,
sauf les pontes les plus récentes.
25 avril : côté soleil, beaucoup de têtards ont dépassé le stade branchies externes;
côté ombre, les œufs les plus avancés sont à un stade proche de l’éclosion.
Pendant la période qui précède, du 4 au 25 avril, nous avons placé les sondes thermiques
de deux appareils enregistreurs au milieu des pontes de grenouilles, à la profondeur de 15 cm,
l’une côté Est (point A, fig. 29), l’autre côté Ouest (point B, fig- 29).
Nous avons obtenu les courbes des figures 30 et 31.
Si on relève sur ces courbes les températures toutes les deux heures, pendant la période
centrale de l’observation, c’est-à-dire la semaine du 11 au 18 avril, la moyenne des chiffres
obtenus est :
— pour la partie Est : 5° 6;
— pour la partie Ouest : 8° 2.
Bien qu’une telle température moyenne n’ait probablement pas un effet rigoureusement
identique à celui de la même température uniforme , nous pouvons calculer la durée de déve¬
loppement approximative des œufs de Rana et de Polystoma, d après notre figure 28.
Source : MNHN, Paris
136
CLAUDE COMBES
On obtient :
— pour la partie Est :
développement des œufs de Polystoma : 78 jours ;
développement des œufs de Rana : 25 jours.
— pour la partie Ouest :
développement des œufs de Polystoma : 54 jours;
développement des œufs de Rana : 19 jours.
Les croix indiquent les emplacement» des Mondes des enrcgi»trcurs thermiques.
Point A : sonde ayant fourni l'enregistrement de 1a figure 30.
Point B : sonde ayant fourni l'enregistrement de la figure 31.
Source : MNHN, Paris
CIE 1>E DICÈNES ET MONOGENES d’AMPHIBIENS
137
Si enfin on reporle ces données sur un graphique (fig. 32), on voit que les dernières
éclosions d’œufs de Rana peuvent avoir lieu une dizaine de jours avant les premières éclo¬
sions d’œufs de Polystoma. Ayant admis, dans l’étude expérimentale du cycle, que l’âge de
20 jours (aux températures voisines de 10 °C) est l’âge limite des têtards pour l’apparition des
néoténiques, il est clair que les processus que nous venons d’exposer ont pu favoriser l’appari¬
tion de néoténiques dans cette station. En effet, nous avons observé que les jeunes têtards
se déplacent en groupes nombreux depuis les zones froides vers les zones chaudes de la mare,
donc vers l’endroit où éclosent les larves les plus précoces de Polystome.
Les différences de température liées à la topographie du biotope de ponte vont donc
dans le sens de l’apparition possible de néoténiques.
FlGUHK 30
Enregistrement thermique réalisé à ta station 26, côté est, au point
(voir fig. 29)
Source : MNHN, Paris
138
CLAUDE COMBES
On voit que, dan» un pareil biotope, l’existence d’une génération néoténique est liée
à un ensemble de conditions qui se soustraient ou s’ajoutent pour rattraper le décalage théo¬
rique qui existe entre l’éclosion des œufs de l’hôte et l’éclosion des œufs du parasite. On se
trouve dans des conditions limites pour l’apparition des néoténiques et celle-ci peut tenir
à une condition microclimatique, à un déplacement de têtards ou même à la ponte d’un
îouple de grenouilles retardataire.
Ficure 31
Euregislreincnt thermique réalisé à la station 26, côté ouest, au point B, (voir fig. 29;
b. Station 27 (Porta) [fig. 33 et planche 10] :
Cette station, plus étendue que la précédente, comprend une série de marigots j
fossés communiquant entre eux, l’ensemble couvrant une surface de 70 m sur 50 Elle prés 1 ^
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE !»E DICÈNES ET MONOGÈNES d’aMPIIIBIENS
139
aussi une partie Nord ombragée de bouleaux, par où se fait l’alimentation en eau froide, et
une partie Sud largement ensoleillée.
La station étant située juste en face de la gare de Porta, nous n’avons pu y placer
d’enregistreurs à sonde. Mais, à chacune de nos visites, nous avons constaté que les différences
de température dans la journée étaient au moins aussi marquées qu’à Porté (jusqu’à 12°
d’écart entre l’eau de la partie Nord et l’eau de la partie Sud). I^e développement rapide des
pontes au Sud et bien plus lent au nord en est le témoignage.
Stotion 26 , côté Esf ( à l’ombre )
Schéma théorique des phénomènes d'infestation pouvant provoquer rnpparition de néoténiques
à la station 26, d'après les observations effectuées en 1966
Les communications entre les différentes régions de la mare sont largement ouvertes.
Un courant très léger entraîne de proche en proche d’innombrables très jeunes têtards et nous
pensons que leur infestation se fait dans les mêmes conditions qu’à Porté.
Les autres biotopes de ponte que nous avons étudiés, et où la génération néoténique
ne semble pas exister, présentent des conditions beaucoup plus uniformes; c’est le cas, par
exemple, de la station 36, que nous avons décrite plus haut (p. 17), et de toutes les stations
où les grenouilles pondent dans l’eau même de l’étang.
Source : MNHN, Paris
140
CLAUDE COMBES
En résumé, pour que ia génération néoténique apparaisse dans le cycle de P. inlegerri-
mum, il est nécessaire qu’un processus particulier permette aux larves nageantes de rencontrer
les très jeunes têtards. Ce processus suivant les régions, doit être réalisé :
— soit par l’étalement des arrivées de grenouilles dans le lieu de ponte;
— soit par une hétérogénéité thermique de l’eau du biotope.
Plan partiel et coupe .le lu station 27
Nous avons montré, à la fois par l’expérience et par l’observation sur le terrain
dans les stations pyrénéennes, les chances de développements néoténiques sont très f -T? 0 ’
car la première de ces conditions n’est normalement pas remplie et la seconde ne peut l’a ° S
que par une disposition particulière du lieu de ponte, tre
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS 141
On doit en conclure que, statistiquement, la génération néoténique n’est pas néces¬
saire à la survie de P. integerrimum, certaines stations, parmi les plus riches en parasites,
ne nous ayant jamais livré un seul néoténique.
Caractéristiques de l'infestation par les larves à croissance lente.
Nous avons effectué à intervalles réguliers des prélèvements de têtards dans nos bio¬
topes habituels. Ces têtards ont été disséqués et les larves comptées.
Les résultats obtenus pour les diverses stations sont homogènes, les différences se
limitant à des décalages dans le temps en fonction de l’altitude (voir p. 18 et fig. 2).
D’une manière générale, les larves à croissance lente apparaissent environ un mois
après les premières éclosions de têtards et l’intensité de l’infestation s’accroît régulièrement.
Début
Début poule Aina
Début éclosions
métamorphosas
T
T
T
Z L
LU L
| j
Figure 34
Polystoma integerrimum
Caractéristiques de l'infestation por les larves à croissance lente,
d’après les prélèvements effectués à la station 27
7.564024 6. 10
Source : MNHN, Paris
142
CLAUDE COMBES
pendant le mois qui suit, c’est-à-dire jusqu’au moment des premières métamorphoses. La
figure 34 indique la courbe obtenue d’après les prélèvements effectués à la station 27 (mare
de Porta); chacun des prélèvements comportait 100 têtards. Nous n’avons jamais observé
la courbe à deux maxima dessinée par Savage dans la région londonienne, ce qui confirme
que les très rares néoténiques apparus dans nos stations ne jouent aucun rôle important dans
l’épidémiologie du Polystome.
Comparaison avec le cycle dans le» autres régions de PEurope.
Nous avons schématisé (fig. 35) l’ensemble des phénomènes que nous avons observés
dans nos stations situées aux environs de 1.600 m d’altitude sans tenir compte des exception¬
nels néoténiques. Cette figure est inspirée de la représentation que Bychowsky (1958) a
donné pour le cycle de P. integerrimum, d’une part d’après les indications de Gallien (1935)
pour la France, d’autre part d’après ses propres observations dans le Nord de l’U.R S S
Nous reproduisons ces deux schémas de Bychowsky (fig. 36 et fig. 37) pour permettre là
comparaison du cycle de P. integerrimum suivant les régions où il a été étudié. Cette compa
raison fait ressortir que le cycle dans les Pyrénées est caractérisé par :
a. La disparition de la génération néoténique;
b. Une période de ponte des grenouilles débutant environ 15 jours plus tard que dans
la région parisienne mais environ 45 jours plus tôt que dans la région de Léningrad ;
c. Une période d’infestation des têtards survenant environ 30 jours plus tard que dans
la région parisienne, et à peu près à la même date que dans la région de Léningrad.
Les différences entre les observations de la région parisienne et les Pyrénées (à 1.600 m)
sont conformes à la logique; elles traduisent, aussi bien pour la ponte des grenouilles que pour
l’éclosion des larves du parasite, l’influence du climut rigoureux des régions montagneuses 1
Dans celles de nos stations qui sont situées aux alentours de 1.400 m d’altitude, les observa
lions sc rapprochent beaucoup de celles de Gai.uen ; au contraire, dans les stations plus élevées
(à 2.200 m la ponte de R. temporaria a lieu vers le 10 juin), le retard de l’ensemble des phéno¬
mènes est aggravé.
Par contre, il existe une contradiction entre les observations faites en France (Gallien
et nous-mêmes) et les observations faites en U.R.S.S. par Bychowsky. La comparaison des
figures 35, 36 et 37 montre que cette contradiction provient de In durée de développement
indiquée pour les œufs de Polystome dans la nature :
— d’après Gallien (1935), cette durée est de 50 à 55 jours;
— d’après l’ensemble de nos observations, nous la fixons à 50 à 80 jours, suivant les
caractéristiques du biotope;
— d’après Bychowsky (1958), elle serait de 18 à 20 jours.
Ajoutons que Zei.ler (1872) estime que cette durée va de 8 à 12 semaines (56 à 84 jours)
en Allemagne, et qu’on peut déduire des graphiques de Savage (1950, 1961) qu’elle serai
de 45 à 75 jours en Angleterre.
Dans cet ensemble de données, celles de Bychowsky sont franchement en désaccord
avec celles des autres auteurs (Bychowsky a pris conscience de la différence entre les chiffr
qu’il indique et ceux de Gallien, puisqu’il souligne que les données de ce dernier ante.* 8
lui semblent improbables). r
Il nous semble que ce sont les données de Bychowsky qui sont peu vraisemblabl
car ime durée de développement des œufs de Polystome égale à 20 jours correspond (fig 281
à une température moyenne de 16° environ. Nous doutons que l’eau des marcs de la régi
de Léningrad soit, en avril-mai, & une température aussi élevée.
Il faut cependant se garder d’une comparaison trop rigide entre les observations fait
dans des régions différentes. La comparaison, qu'il s’agisse de l’apparition des néoténia ^
ou des caractéristiques générales de l’infestation, doit être faite à l’échelle du biotope a v **
d’être faite à l’échelle de la région. Gallien, qui avait déjà observé des différences dans ?
cycle suivant les lieux et suivant les années, écrivait : « Ces variations s’expliquent par d
causes locales, dont les éléments sont très complexes... Les influences locales peuvent décal*" 8
les différents processus de reproduction dans un sens ou dans l’autre. Les variations annuell* 1
de la température, la nature du climat et la latitude modifient donc l’allure de ce processus T
Source : MNHN, Paris
I
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGENES d’aMPHIBIENS 143 ^
l
144
CLAUDE COMBES
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ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOCÈNES
’amphidiens
145
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564024
Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août
146
CLAUDE COMBES
2. POLYSTOMA PEL0BAT1S
Le problème essentiel que nous avons envisagé à propos de P. inlegerrimum ne se
pose pas pour P. pelobatis. Chez ce dernier, la production de néoténiques n’est pas soumise
à des conditions strictes de comportement ou d’environnement, puisque les larves gyrodac-
tjdoïdes I ou II suivent l’évolution néoténique, sur des têtards d’âges très variés.
Nous savons que le cycle sexuel de cet Amphibien peut comporter deux pontes annuelles
l’une en octobre, l’autre en février-mars. Nous savons également que le Polystome du Pélo-
bate montre lui aussi deux pontes annuelles, aux mêmes périodes que son hôte.
Cette double ponte annuelle de l’hôte et du parasite entraîne des phénomènes d’infes¬
tation complexes, que nous décrivons d’après nos observations dans les mares de Saint-Estève
(France) et de San Clemente (Espagne).
Pour clarifier le problème, nous envisagerons d’abord séparément la destinée de la
ponte d’automne et la destinée de la ponte de printemps. Les dates que nous indiquons sont
données principalement d’après nos observations de 1965-1966; il va de soi que des décalages
d’ensemble peuvent se produire suivant les années. Nous limitons la précision de ces dates
à la quinzaine, toute précision plus grande risquant d'être très fragile.
a. Destinée de la ponte automnale (hôte et parasite) :
— Ip octobre : ponte simultanée du Pélobate et du Polystome; la ponte de ce dernier
se poursuit pendant deux à trois semaines.
— fin novembre : éclosion des œufs du Pélobate (têtards A, fig. 38);
— début janvier à début février : éclosion des œufs du Polystome et infestation des
têtards. Ces larves donnent toutes des néoténiques;
— début février à fin mars (au moins) : maturité et ponte des néoténiques (le néoté¬
nique ovigère le plus précoce a été recueilli le 8 février) ;
— mi-avril à juin (au moins) : éclosion des larves issues des œufs des néoténiques et
infestation des têtards. Ces larves, ou bien donnent des néoténiques sur les têtards de la ponte
de printemps (2 e génération), ou bien restent, au moins en partie, des larves à croissance lente
sur les têtards de la ponte d’automne. Les œufs pondus par la deuxième génération de néoté
niques donnent des larves à croissance lente sur l’ensemble des têtards.
b. Destinée de la ponte printanière (hôte et parasite) :
— fin février : ponte simultanée du Pélobate et du Polystome; la ponte de ce derni
se poursuit pendant deux à trois semaines;
— mi-mars à fin mars : éclosion des œufs du Pélobate (têtards P, fig. 38);
— mi-avril à fin mai : éclosion des œufs du Polystome et infestation des têtards Ces
larves donnent des néoténiques sur les têtards de la ponte de printemps et, au moins en partie
des larves à croissance lente sur les têtards de la ponte d’automne;
— mi-mai à juillet : maturité et ponte des néoténiques;
— à partir de mi-juin : éclosion des larves issues des œufs de néoténiques et infesta
tion des têtards. Ces larves donnent des larves à croissance lente, sur l’ensemble des têtards"
Dans la réalité, on se rend compte à quel point les phénomènes s’interpénétrent puisai
les phénomènes décrits en a et b ont lieu côte à côte dans le même biotope. A un certain mome
les têtards issus des deux pontes et des larves issues tant de la ponte des parasites adultes q u
de celle de néoténiques de diverses générations se trouvent en présence les uns des autres
Lorsqu’on dissèque un lot de têtards vers la fin du printemps, on rencontre des larves
à tous les stades, au point qu’on ne peut distinguer à la dissection les larves gyrodactyloïd
récemment fixées, qui vont peut-être évoluer en néoténiques des éventuelles larves à crois
sance lente. Pour citer un exemple de cette coexistence de stades très différents, nous don
nons les résultats d’une statistique réalisée le 27-5-1966 à San Clemente, portant sur 144 para
sites recueillis sur 100 têtards (dont 68 infestés). Nous avons dénombré :
— larves gyrodactyloïdes récemment fixées ou bien du type à croissance lente... 23
— larves ayant absorbé du sang mais n’ayant pus encore de ventouses (ressem¬
blant à des métagyrodactyloïdes). g,
— larves montrant un début de formation des deux premières ventouses. ^
— larves montrant deux ventouses. .
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
147
Représentation schématique du cycle biologique de Polysloma pelobalis, dans le Sud de la France (Roussillon)
10 a.
148
CLAUDE COMBES
— larves montrant deux ventouses et un début de formation de deux autres- 4
_ larves montrant quatre ventouses. 29
_ larves montrant quatre ventouses et un début de formation de deux autres.. 8
— larves montrant six ventouses (néoténiques non ovigères). 24
— néoténiques ovigères. 6
L’ensemble du cycle tel que nous le décrivons est le résultat d’une succession d’obser¬
vations sur le terrain et de dissections au laboratoire. Nous avons vérifié qu'il est en accord
avec les durées de développement des œufs de Pélobatc et des œufs de P. pelobatis; ces durées
ont été recherchées expérimentalement comme dans le cas de P. integerrimum et sont traduites
par les courbes de la ligure 28.
Nous avons résumé dans la figure 38, de même inspiration que celles de Bychowsky,
le déroulement complexe du cycle de P. pelobatis dans notre région, dans le cas où une ponte
de printemps succède à une ponte automnale, donc en année humide. On peut voir à quel
point, à certaines périodes, de nombreux processus différents se déroulent conjointement
dans le même biotope.
3. POLYSTOMA G A LUE NI
Le cas de P. gallicni, à la suite de nos recherches expérimentales, se présente comme
susceptible de poser des problèmes analogues à ceux que nous a posé P. integerrimum, puisque
comme chez celui-ci, les larves n’évoluent en néoténiques que sur des têtards très jeunes.
Dans tous nos biotopes (mares de Saint-Estèvc, de Palaja, du Chardonnet), la forme
néoténique est abondante (18 à 30 néoténiques ovigères recueillis pour 100 têtards).
Nous pensons qu’il ne faut pas chercher l’explication de leur présence ailleurs que dans
la non-simultanéité des pontes du parasite et de l’hôte et dans l’étalement de la ponte de la
rainette, que nous avons déjà signalés.
En effet, on a :
_ d’une part, un parasite dont les larves n’évoluent en néoténiques que sur des têtards
très jeunes (cas identique à celui de P. integerrimum ) ;
— mais d’autre part, un hôte dont la ponte commence après celle du parasite et s’étale
sur un mois et demi (cas différent de celui de R. temporaria dans nos régions).
Le décalage des éclosions permet aux larves de Polystomes issus des œufs les premiers
pondus d’infester les jeunes têtards issus des pontes tardives.
C’est ici le comportement de l’Amphibien qui permet le développement des néoténiques
de P. gallieni, tout comme le comportement de R. temporaria (étalement de la ponte) le
permet à P. integerrimum dans le Nord de l’Europe. L’environnement n’intervient pas comme
facteur déterminant dans l’apparition de la génération néoténique.
En tenant compte de nos observations sur le comportement de l’hôte et des dissections
de têtards provenant des stations citées plus haut, on peut résumer ainsi le cycle de P. gallieni
dans nos régions (comme pour les cycles précédents, nous ne cherchons pas à atteindre une
précision supérieure à la semaine) :
— fin février-début mars : sortie d’hibernation des ruinettes et ponte dos Polystomes •
celle-ci bc poursuit deux à trois semaines;
— fin mars à mi-mai : ponte des rainettes;
— mi-avril à fin mai : éclosion des œufs de rainettes;
— fin-avril à fin mai : éclosion des œufs de Polystomes. Ces larves donnent des néo¬
téniques sur les têtards très jeunes et restent des larves à croissance lente sur les autres;
— à partir de fin mai : maturité et ponte des néoténiques;
— à partir du 10 juin : éclosion des œufs de néoténiques. Les larves restent du type
à croissance lente.
Ces données sont résumées dans la figure 39. Elles sont en accord avec les recherches
expérimentales (courbes de la fig. 28).
Source : MNHN, Paris
ECOLOGIE DE DI GENES ET MONOGENES d'aMPHIBIENS
149
D!*H
Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août
150
CLAUDE COMBES
Mais nos statistiques nous ont permis de faire deux remarques supplémentaires :
a. Au mois de mai, avant que ne soient apparues les larves gyrodactyloïdes II, on s’atten¬
drait à trouver, aux côtés des néoténiques, un certain nombre de larves à croissance lente
issues des larves gyrodactyloïdes I fixées sur des têtards trop âgés. Or, ce pourcentage est très faible!
Le 31-5-1966, sur 100 têtards provenant de la mare du Chardonnet, 44 sont parasités
par, au total :
18 néoténiques ovigères;
23 néoténiques impubères;
2 larves ô croissance lente.
Nous en concluons que la plupart des larves gyrodactyloïdes I qui n’évoluent pas en
néoténiques finissent par disparaître avant la métamorphose des têtards. Pratiquement, on
peut supposer que tous les Polystomes adultes sont issus de larves gyrodactyloides II. Le
fait est important et nouveau, pour la compréhension de la biologie des Polystomes. Nous
l’avions soupçonné d’après les résultats des infestations en laboratoire, mais nous avions
pensé que la disparition progressive des larves gyrodactyloïdes I pouvait être due à des condi¬
tions expérimentales plus ou moins défectueuses.
b. Dès la mi-juin, il se produit, en même temps qu’une brutale inflation du nombre
de larves à croissance lente (dûe aux gyrodactyloïdes II), une diminution très nette du nombre
de néoténiques. On peut en déduire qu’après leur ponte, les néoténiques sont rapidement
éliminés.
Le 17-6-1966, soit 18 jours après l’observation précédemment citée, sur 100 têtards
provenant du même biotope, 78 sont parasités par :
8 néoténiques ovigères;
7 néoténiques impubères;
395 larves à croissance lente.
U figure 42 traduit en un graphique frappant, d’une part l’apparition des larves à
croissance lente, d’autre part la disparition des néoténiques.
On voit que chez P. gallieni, dont la biologie est très voisine de celle de P. integerri-
mum, la génération néoténique paraît beaucoup plus importante dans notre région que chez
cette dernière espèce, pour la réalisation du cycle, puisque tous les Polystomes adultes
raissent provenir des larves gyrodactyloïdes IL p
S’il est aisé d’étudier les variations de l’infestation au cours de la vie du têtard il est
beaucoup plus délicat d’étudier celte variation chez l’adulte.
En effet, une fois le ou les Polystomes parvenus dans la vessie, deux processus contra¬
dictoires interviennent : défaunation par accident ou par vieillissement des parasites, appari
lion de nouveaux parasites à la suite du cycle interne.
La difficulté de connaître l’âge exact des Amphibiens au-delà de la troisième anné
empêche de donner pour l’instant une réponse à ce problème.
En ce qui concerne l’infestation des Amphibiens adultes, on ne peut bien entend
parler de variation saisonnière. Cependant, nos recherches à la station 30 (voir p. 216) montr
(fig. 19) que P. integerrimum est moins abondant chez les R. temporaria de la fraction sédentair
que chez celles de la fraction migrante. Nous ne donnons pas d’explication à ce phénomèn*
qui n’est sûrement pas lié directement au sexe. La statistique portant sur 2.580 R. lempora '
indique en effet que 23,31 % des mâles et 24,67 % des femelles (différence non significative)
abritent des Polystomes dans notre région. '
C. COMPORTEMENT DES LARVES DANS LA CAVITÉ BRANCHIALE
Les larves de Polystomes sont capables de so déplacer dans la cavité branchiale et don
théoriquement, de passer d’un côté à l’autre de celle-ci. Cependant, à la dissection on se ri
compte que les larves occupent préférentiellement certains emplacements. Nous avons cher bz
à préciser statistiquement cette répartition.
La position des larves chez chaque têtard disséqué a été notée par un schéma de 1
cavité branchiale vue par la face ventrale. Par la suite, nous avons regroupé sur un seul sché *
les résultats de tous les têtards d’un même prélèvement. Le schéma cumulatif ainsi éal'
permet de voir d’un simple coup d’oeil les endroits qui sont occupés le plus fréquemment ^
les larves. par
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DI GÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS
151
1. LARVES DE POLYSTOMA INTEGERRIMUM
Pour les larves de P. integerrimurn, cette statistique concerne seulement les larves à
croissance lente, vu l’extrême rareté des néoténiques (précisons que nous avons rencontré
ceux-ci du côté opposé au spiraclc).
Des observations ont été faites pour quatre prélèvements successifs à la station 27
(mare de Porta), prélèvements dont les caractéristiques générales sont groupées dans le
tableau 14; nous rappelons que les abréviations c.o.s. et c.s. signifient respectivement « côté
oppoeé au spiracle » et « côté du spiracle ».
P. integerrimurn
Distribution des larves dans la cavité branchiale (toutes les larves indiquées sont du type à croissance lente)
La figure 40 représente les schémas cumulatifs obtenus pour ces quatre prélèvements
d’après la situation des larves dans la cavité branchiale. Elle montre que les larves sont plus
nombreuses du côté du spiracle que du côté opposé au spiracle (au total, 301 larves du côté
du spiracle contre 193 du côté opposé, soit approximativement 3/5 contre 2/5). Cette obser¬
vation n’est valable que dans les infestations naturelles, car, dans les infestations réalisées au
Source : MNHN, Paris
152
CLAUDE COMBES
laboratoire, nous avons, comme Gallien (1935, p. 57), compté la majorité des larves du côté
opposé au spiracle. En gardant plusieurs semaines au laboratoire des têtards infestés dans la
nature, nous avons cherché à savoir si certaines larves allaient changer de côté; il n’en est
rien, et, à la dissection de ces têtards, nous avons continué à observer la majorité des larves
du côté du spiracle. Cela permet de supposer que le « choix » de l’un des côtés de la cavité
branchiale se fait au moment de l’infestation d’une manière définitive pour la plupart des
larves.
Date
de têtards
examinés
de têtards
parasités
Nombre
de larves
Nombre
de larves
fixées c. s.
Nombre
total île larves
15-V-1966.
100
9
3
10
13
23-V 1966.
100
55
36
67
1 -VI 1966.
100
56
43
76
119
16-VI-1966...,
100
76
111
148
259
Tableau 14
Dans les prélèvements les plus tardifs, la majorité des larves se trouve vers l’avant
de la cavité, souvent même en dehors des arcs branchiaux. Il semble, à mesure que le têtard
grandit, que les larves cherchent refuge dans les endroits les moins fortement touchés par
le courant d’eau; on remarque, en effet, un certain nombre de larves également en dehors
des arcs branchiaux, mais tout à fait en arrière de la cavité branchiale. Nous pensons que ce
« déplacement ■■ vers l’avant n’a rien à voir avec le processus de migration des larves en direc¬
tion de la vessie, mais indique le choix momentané par les larves des micro-milieux les plus
favorables. Il est d’ailleurs possible que les larves ne se déplacent guère une fois parvenues
à un emplacement donné. L’impression du « déplacement collectif » vers l’avant peut provenir
du rassemblement à cet endroit des larves fixées les dernières. On peut penser que suivant
l’âge du têtard, et peut-être la violence des courants autours des arcs branchiaux, les larves
au moment de l’infestation, ne vont pas s’installer aux mêmes endroits.
L’ensemble de ces observations laisse penser que la situation des larves à croissance
lente dans la cavité branchiale (soit d’un côté, soit de l’autre, soit sur les arcs branchiaux
soit en dehors), dépend des micro-milieux qui régnent dans cette cavité au moment, de l’infes’
tation, et non pendant la suite de la vie branchiale.
Des prélèvements périodiques effectués dans les stations 3, 7, 8, 9, 26, 30, 31, on -
donné des résultats en accord avec ceux de la station 27.
2. LARVES DE POLYSTOMA PELOBATIS
Pour les larves de P. pelobalis, nous avons noté la position, d’une part de l’ensemble
des larves, d’autre part des néoténiques ovigères.
Les observations ont été faites pour deux prélèvements successifs à la station de San
Clémente (Espagne) prélèvements dont les caractéristiques générales sont groupées dans 1
tableau 15.
Pour chacun des côtés de la cavité branchiale nous donnons deux chiffres; le premier
indique l’ensemble des larves recensées, le second (entre parenthèses) indique le nombre de
néoténiques ovigères. Par ensemble des larves nous entendons les larves à croissance lente
les néoténiques en voie de développement et les néoténiques ovigères eux-mêmes. ’
I-a figure 41 montre les schémas cumulatifs obtenus pour ces deux prélèvements d’une
part d’après la situation de l’ensemble des larves, d'autre part d’après la situation des seule
néoténiques ovigères.
Ces schémas permettent de faire trois remarques :
a. Statistiquement, il y a davantage de parasites du côté opposé au spiracle que d
côté du spiracle; "
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DICÈNES ET MONOGÈNES ü’aMPHIBIENS
153
Nombre
Nombre
Nombre
de larves
Nombre
de larves
Nombre
total de larves
Date
de têtards
de têtards
fixées c. s.
examinés
parasités
Néoténiques
Néoténiques
Néoténiques
ovigères (...)
ovigères (...)
ovigères (...)
27-V-1966 ....
10Ü
68
77 (6)
67 (0)
144 (6)
22-VI-1966....
100
93
124 (60)
84 (0)
208 (60)
Tableau 15
Station de San Clemente. 27-V-66
Station de San Clemente. 22-VX-66
Ficure 41
P. pelobatis
Distribution des larves dans la cavité branchiale
Source : MNHN, Paris
154
CLAUDE COMBES
b. Les arcs branchiaux n° 2 et n° 3 portent beaucoup plus de parasites que les arcs 1
et 4;
c. Les néoténiques ovigères paraissent être toujours du côte opposé au spiracle-
d. Il n’y a pas de déplacement tardif vers l’avant de lu cavité brachiale comme chez
P. inlegerrimum.
Les remarques a, b et c sont l’indication manifeste de l’existence de micro-milieux
très définis à l’intérieur de la cavité branchiale. En ce qui concerne la position des néoténiques
ovigères, nous croyons pouvoir proposer l’explication suivante : sur le vivant, nous avons
constaté que les néoténiques mûrs ont très fréquemment le corps engagé dans le spiracle
et leur région céphalique fait elle-même souvent saillie à l’extérieur; cela s’observe facilement
dans un aquarium contenant des têtards porteurs de néoténiques. Leur situation est alors
celle que nous indiquons en pointillé dans l’un des schémas de la figure 41. On peut voir
que le néoténique a ainsi une position qui paraît plus « naturelle » et lui offrant davantage de
place que s’il était fixé du côté du spiracle.
Des prélèvements périodiques effectués dans les stations de Soint-Estèvc (Pyrénées-
Orientales) et Ouvcillan (Aude) ont donné des résultats en accord avec ceux de la station de
San Clemente.
3. LARVES DE POLYSTOMA GALUENl
Comme pour l’espèce précédente, nous avons noté la position de l’ensemble des larves
et, séparément, celle des néoténiques ovigères.
Les observations concernent deux prélèvements successifs à la station du Chardon
net (Hérault), prélèvements dont les caractéristiques générales sont groupées dans le tableau 16
Date
Nombre
de têtards
examinés
Nombre
de têtards
parasités
Nombre
de larves
fixées c. o. s.
Néoténiques
ovigères (...)
Nombre
de larves
fixées C. 8.
Néoténiques
ovigères (...)
Nombre
total de larves
fixées
Néoténiques
ovigères (...)
31-V-1966 ....
17-VI-1966....
100
100
44
74
38 (18)
219 (8)
5 («)
191 (0)
43 (18)
410 (8)
Tableau 16
La figure 42 représente les schémas cumulatifs obtenus pour les deux prélèvement
d’après les positions notées pour l’ensemble des larves et les positions notées pour les néoté^
niques ovigères. Toutefois, vu le nombre de larves recueillies, le schéma concernant le d é
lèvement du 17-6-1966 porte seulement sur les 50 premiers têtards disséqués (soit 44 têtad"
parasités ayant livré 135 larves c.o.s., dont 5 néoténiques, et 127 larves c.s.). F 8
On remarque que :
a. Les larves dans leur ensemble sont situées aussi bien du côté du spiracle qu e d
côté opposé au spiracle; u
b. Les néoténiques ovigères paraissent être toujours fixés du côté opposé au spira 1
c. Il n’y a pas de déplacement vers l’avant de la cavité branchiale, bien que le deuxiè
prélèvement ait été fait au moment où certaines Rainettes achevaient déjà leur métamorph ^
Par contre, d’assez nombreuses larves sont fixées sur les pattes antérieures en formati
Un dernier fait, que ne traduisent pas ces schémas, est à noter : nous n’avons i
rencontré qu’un seul néoténique ovigère par têtard; dans un seul cas, nous avons renc* 11131 *
deux néoténiques bien développés, mais non encore ovigères, chez un même têtard- il ’ ™
pas certain que cette coexistence uurait été durable. Cette observation du « néoténique solita' ***
chez P. gallieni rejoint parfaitement nos résultats expérimentaux. Sachant, d’après ces der
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
155
niers, que plusieurs larves peuvent cependant se fixer en même temps, on peut supposer,
soit que tous les néoténiques — sauf un — disparaissent avant leur maturité, soit que la pré¬
sence de deux ou plusieurs néoténiques parvenus à maturité est léthale pour les têtards.
Ces observations montrent qu’une niche écologique comme la cavité branchiale d’un
têtard est loin de présenter des conditions de milieu rigoureusement homogènes : les arcs
branchiaux ne sont pas équivalents entre eux, pas plus que ne le sont leur région antérieure
Station du Chardonnet. 31-V-66
ensemble des larves néoténiques ovigères seulement
Station du Chardonnet. I7-VI-66
Figure 42
P. gallieni
Distribution de» lurves dans la cavité branchiale
et leur région postérieure, le côté du spiracle et le côté opposé au spiracle. Ces micro-milieux
paraissent varier au cours de la croissance du têtard, comme le montre l’exemple de P. inte-
gerrimum. Dans le cas des néoténiques, il semble que la position latérale du spiracle soit
responsable de la dissymétrie observée dans la fixation. Ces observations rejoignent des statis¬
tiques concernant des Monogènes adultes parasites de Poissons. Ainsi, Marc (1964, non
publié) a montré que certaines espèces du genre Microcotyle, parasites de Poissons de mer,
se localisaient principalement sur les régions supérieure et inférieure des deux premiers arcs
branchiaux.
Source : MNHN, Paris
156
CLAUDE COMBES
D. COMPORTEMENT DES LARVES A LA MÉTAMORPHOSE
Au moment où l’écologie de l’Amphibien se modifie, le têtard aquatique faisant place
à un jeune plus ou moins terrestre, l’écologie du parasite se modifie également.
Tout se passe comme si la larve à croissance lente, jusqu’alors fixée sur les branchies
du têtard, se mettait à la recherche d’un milieu liquide à l’intérieur même de son hôte et abou¬
tissait de la sorte à la vessie. Mais, bien que le milieu urinaire soit en effet, le plus voisin (au
point de vue physique s’entend) du milieu constitué par la cavité branchiale, il va de soi
que cette explication est insuffisante.
Pour comprendre ce phénomène, il est indispensable de connaître avec certitude les
modalités de la migration et d’observer comment celle-ci se déclenche.
1. MODALITÉS DE LA MIGRATION
Nous envisagerons la migration dans l’espace, puis dans le temps :
— en ce qui concerne le chemin suivi, deux voies peuvent être proposées a priori •
par « l’intérieur », en suivant le tube digestif; par « l’extérieur » en rampant sur la peau;
— pour ce qui est du moment de la migration, il y a moins matière à controverse :
c’est celui de la métamorphose du têtard, les auteurs s’accordant dans l’ensemble à le faire
coïncider avec le début de l’histolyse des filaments branchiaux. Peu de précisions ont een
dant, été données sur sa durée globale, aucune sur sa durée individuelle.
Voie de la migration.
Dans de rares cas, Gallien a rencontré, à la dissection des têtards, des larves vivantes
qui paraissaient se trouver dans le tube digestif. Frappé par le caractère exceptionnel de cette
observation, Gallien s’est montré partisan de la migration par le tube digestif, mais en conser
vant un doute sur cette solution.
A notre tour, possédant un matériel très abondant, provenant tant de
que des biotopes recensés, nous avons repris l’étude de cette question.
infestations
Autopsies des têtards en cours de métamorphose :
500 autopsies de têtards de R. temporaria, parasités par des larves de P. integerr'
mum, ont été effectuées pendant la période de métamorphose de ces têtards. Suivant le deeré
d’avancement de cette métamorphose, nous avons rencontré :
— soit des larves uniquement sur les branchies (chez les têtards_120 _ dont 1
pattes antérieures n’avaient pas encore percé la cavité branchiale) ;
— soit des larves à la fois sur les branchies et dans la vessie (chez les têtards_envi
280 — dont les pattes antérieures étaient en train de percer, ou avaient percé depuis moi °
de 4 jours la cavité branchiale);
— soit des larves uniquement dans la vessie (têtards plus âgés, — une centaine_à
queue déjà en voie de régression).
Aucune de ces dissections ne nous a livré de larve, vivante ou non, dans le tube diirc t’f
Or, dans l’hypothèse d’une migration par celui-ci, il est peu concevable que chez les 280 têtard
qui nous ont livré des larves à la fois sur les branchies et dans la vessie (donc de toute évide
pendant la période de migration), nous n’ayons surpris aucune larve en cours de déplaceme ^
celui-ci, vu la longueur de l'intestin, devant nécessairement durer un certain temps ’
300 autopsies de têtards de P. cultripes et 60 de H. meridionalis également paras'téa
et en cours de métamorphose, nous ont donné le même résultat négatif.
Ces résultats nous conduisaient à la quasi-certitude que les larves n’effectuaient
leur migration par le tube digestif. Le problème n’était pas résolu, car nous n’avions
davantage vu la moindre larve rampant sur la peau des têtards, examinée cependant
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS 157
Préparation des larves k i.a migration :
Certaines des dissections de têtards de P. cultripes et H. meridionalis dont il vient
d’être question nous ont permis une observation non dénuée d’intérêt. Chez les têtards dont
les pattes antérieures sont juste sur le point de faire saillie, tendant la paroi de la cavité bran¬
chiale, nous avons observé à plusieurs reprises une partie des larves, parfois la totalité, fixées
sur les pattes elles-mêmes, cl non sur les branchies voisines. On pouvait avoir l’impression
que les larves « attendaient » la déchirure de la paroi.
Observation directe de la migration :
Il devenait ainsi de plus en plus probable que les larves devaient émigrer par la peau
et nous avons pensé que cela devait se produire à une heure ou dans des conditions particu¬
lières.
La solution fut trouvée dès le premier soir où nous avons laissé pendant plusieurs
heures dans l’obscurité totale un lot de têtards de R. temporaria en métamorphose et où nous
avons ensuite porté ces têtards le plus rapidement possible sous la loupe binoculaire. Trois
d’entre eux sur 20 nous ont montré respectivement 1, 1 et 2 larves émigrant sur la peau du
ventre; bien que dérangées par le retournement du têtard sur le dos et par la lumière, elles
ont continué à se déplacer de la cavité branchiale vers l’anus.
Nos observations ultérieures ont confirmé que les larves émigrent pendant la nuit,
au moment où les têtards sont rigoureusement immobiles.
Le chemin suivi est le suivant :
Déchirure de lu cavité branchiale (ou spiracle pour les larves les plus précoces) — peau
de la région ventrale (entre les pattes antérieures, puis les pattes postérieures) — cloaque
vessie.
Nous n’avons mis en évidence aucun détour par l’appareil rénal entre la pénétration
dans le cloaque et l’installation dans la vessie.
Le plus curieux est que J.B. Williams (1961) a vu, dans des conditions il est vrai par¬
ticulières (têtards non encore en métamorphose) deux larves se déplacer sur la peau et pénétrer
dans le cloaque. Elle a intitulé sa courte note » abnormal migration in Polystoma intepern-
mum » et, inexplicablement, n’a tiré aucun parti de cette observation.
Effet de l’interruption chirurgicale du tube digestif :
Parallèlement aux recherches précédentes, nous avons prouvé la réalité de la migra¬
tion par l’extérieur, en empêchant chirurgicalement le passage éventuel par le tube digestif.
Nous avons utilisé des lots de têtards (minimum 60) infestés naturellement, chaque lot — provenant
d’un lieu déterminé — étant constitué de têtards à pattes postérieures développées, mais sans début de
saillie des pattes antérieures, donc à un stade où la migration des larves n’est pas commencée. L’expérience
a été faite pour R. temporaria et P. cultripes.
Le lot initial est divisé en trois groupes :
— le premier groupe est disséqué au début de l’expérience, pour vérifier que toutes les larves sont
encore sur les branchies, donc que la migration n'est pas commencée. ,
— le deuxième groupe est gardé sans changement pour servir dé lot témoin à la fin do I expé¬
rience, dans le but de détecter une éventuelle défeunation accidentelle,
— le troisième groupe est opéré : chaque têtard, non anesthésié, maintenu sur du coton unn e
voit sa cavité abdominale ouverte à l’aide de ciseaux fins, le tube digestif tiré à l’extérieur et sectionne.
Suivant les expériences, ou bien nous avons simplement sectionné l’intestin, ou bien (le plus souvent), nous
en avons enlevé une grande partie. Us têtards résistent parfaitement à ce traitement. Bien que cessant de
s’alimenter, ils se métamorphosent et nous avons gardé des petites grenouilles vivantes jusqu à deux mois
après l'opération (le déchet est inférieur à 10 %). Nous avons utilisé des antibiotiques pour nos premières
expériences, mais les avons supprimés sans inconvénient par la suite.
Trois évolutions du tube digestif opéré peuvent se produire :
— un anus artificiel authentique se forme; c’est évidemment l’issue idéale, atteinte dans un peu
moins d’un tiers des cas.
— la plaie se referme, et. dans la cavité abdominale, les deux sections du tube digestif se cicatrisent
séparément en se fermant. C’est le cas le plus fréquent, encore favorable, à condition d’éliminer, par une
dissection très fine, tous les cas où il y aurait des doutes sur la fermeture effective et rapide des sections de
7 5C4024 C. H
Source : MNHN, Paris
158
CLAUDE COMBES
l’intestin. Nous avons vérifié que les transformations histologiques liées à la métamorphose ne s’opposent
pas à cette cicatrisation. ,
_ l es deux sections de 1 intestin se cicatrisent en s unissant 1 une a I autre (un tiers des cas environ).
On ne tient évidemment pas compte de ces animaux, puisque le tube digestif y retrouve sa continuité.
Résultats et interprétations :
En ne conservant rigoureusement que les cas où, sans nul doute, la liaison cavité
buccale-cloaque, avait été effectivement interrompue, nous avons retrouvé les larves des
Polystomes dans la vessie, à la dissection des jeunes grenouilles. Nous considérons ce résultat
comme une preuve supplémentaire de la migration par voie cutanée, la migration par voie
digestive ayant été rendue expérimentalement impossible.
Dans le tableau 17, nous indiquons les résultats chiffrés d’une expérience portant sur
un lot initial de 60 têtards de R. temporaria, provenant de notre station 17. Ces têtards
avaient tous les pattes postérieures en cours de développement, mais aucun indice d’appari¬
tion des pattes antérieures.
Les groupes répondent aux définitions exposées dans le paragraphe précédent.
Numéros des individus
Groupe I
(groupe-témoin n° 1)
Groupe 11
(groupe-témoin n° 2)
Groupe III
(groupe subissant
l'opération le l-X-66)
Dissection le 1-1X-66
Dissection le 30-1X-66
Branchies
Vessie
Branchies
Branchies
Vessie
1.
44
0
0
28
0
57
2.
23
0
0
20
0
12
3.
18
0
0
14
0
6
4.
17
0
0
14
0
3
5.
15
0
0
12
0
2
6.
11
0
0
11
0
2
7.
8
0
0
10
-
_
8.
8
0
0
9
-
_
9.
8
0
0
8
-
_
10.
7
0
0
6
-
_
11.
7
0
0
6
-
-
12.
6
0
0
5
-
13.
6
0
0
4
-
-
14.
6
0
0
4
-
-
15.
6
0
9
4
-
-
16.
4
0
0
2
-
-
17.
3
0
0
2
-
-
18.
3
0
0
0
-
-
19.
3
0
-
-
-
20.
1
0
“
Tableau 17
Les têtards n° 19 et n" 20 du groupe II sont morts pendant la métamorphose; les
têtards n° 8 7 à 20 du groupe III sont les individus éliminés pour insuccès de l’opération chi-
rurgicale, d’après les critères exposés.
Le groupe témoin n° 1 montre qu’au moment de l’opération la migration n’est pas
commencée, ce qui est normal, vu l’état de développement des têtards.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGENES ET MONOGÈNES d’AMPHIBIENS
159
La comparaison du groupe témoin n° 2 avec les individus conservés du groupe opéré
montre que le taux d’infestation est du même ordre.
Les larves retrouvées dans les vessies urinaires des têtards opérés n’ont pu émigrer
que par la voie cutanée, ce qui ajoute une démonstration expérimentale à nos observations
sur le déplacement des larves à la surface du corps des têtards.
Notons que le chiffre de 57 larves pour l’un des individus en expérience ne doit pas
surprendre : nous avons souvent rencontré dans les populations de têtards, quelques individus
dont le parasitisme était nettement supérieur à celui de l’ensemble du lot.
Durée de la migration.
La durée individuelle du déplacement d’une larve depuis la cavité branchiale jusqu’au
cloaque est brève, environ une minute, d’après nos observations in vivo. La larve ne s’arrête
pratiquement pas en chemin ; elle arpente la peau du têtard comme une chenille, en se fixant
tantôt par son hapteur, tantôt par sa région céphalique. Il est probable que le changement
d’aspect des glandes céphaliques chez la larve à croissance lente est lié au rôle que la sécré¬
tion de ces glandes doit jouer dans l’adhérence de la larve à la peau du têtard.
La durée globale de, la migration, pour la totalité des larves d’un têtard, s’élève à
3-4 jours, à partir du moment où percent les pattes antérieures (ou très peu avant), d’après
1 ensemble des observations que nous avons effectuées.
2. DÉCLENCHEMENT DE LA MIGRATION :
Quelle est la nature du tropisme qui fait quitter aux larves la cavité branchiale, dans
les conditions et au moment que nous venons de déterminer ?
Sans avoir systématiquement tenté de répondre à cette question, nous avons remarqué
qu’un simple état de promiscuité des têtards et de sous-oxygénation, provoque un déplace¬
ment anticipé des larves sur les bourgeons des pattes antérieures.
En divisant un lot de 20 têtards de P. cultripes en deux groupes égaux, l’un maintenu
dans des conditions normales, l’autre dans des conditions défavorables, nous avons observé
quarante-huit heures plus tard, à la dissection, un déplacement net des larves appartenant
au deuxième groupe vers les pattes antérieures.
On peut donc penser que c’est une modification physico-chimique, plutôt que mor¬
phologique, qui déclenche le processus migratoire.
Nous devons signaler enfin, que si on infeste, avec des larves nageantes fraîches, des
têtards chez qui les larves anciennes sont en cours de migration, ces larves fraîches se dirigent
toutes vers la cavité branchiale. En quelque sorte, elles « croisent » les larves qui émigrent
en cette même période vers le cloaque. On peut en déduire que le tropisme de migration
ne peut se manifester qu’après un séjour dans la cavité branchiale. Au cours de sa vie, la larve
(mis à part le cas où elle évolue en néoténique) manifeste donc de façon nécessaire deux tro¬
pismes; le premier en direction de la cavité branchiale au moment de l’infestation, le second
en direction du cloaque au moment de la métamorphose du têtard; même si les conditions
apparemment nécessaires au déclenchement du second tropisme sont réunies au moment de
l’infestation, le premier tropisme se manifeste préalablement.
Il est important de noter que si un stade de vie sur les branchies est indispensable
à l’acquisition du tropisme de migration, il ne l’est pas pour le développement ultérieur de
la larve, comme le montrent nos expériences sur le cycle interne.
E. SPÉCIFICITÉ PARASITAIRE
Chez nos trois Polystomes — seuls représentants européens du genre — il nous a
paru nécessaire de vérifier dans quelle mesure les deux formes les plus voisines, P. inte-
gerrimum et P. pelobatis, ne constituaient pas deux écomorphoses d’une seule et même
espèce. Il pourrait paraître en effet que les arguments purement descriptifs n’autorisent pas
de manière formelle à séparer spécifiquement le Polystome du Pélobate de celui de la Gre-
nouille rousse. Nous avons effectué dans ce but une série d’expériences en utilisant les larves
des deux Polystomes pour infester tour à tour et comparativement les têtards des deux espèces
d’Amphibiens.
11 .
Source : MNHN, Paris
160
CLAUDE COMBES
A côté de ces expériences destinées à résoudre un problème précis de distinction
spécifique, nous avons cherché à étendre l’expérimentation sur le plan général de la spéci¬
ficité parasitaire des Polystomes. A l’aide des larves de nos trois espèces de Polystomes,
nous avons tenté l’infestation des têtards de divers Amphibiens Anoures vivant dans notre
région.
Nous envisagerons successivement ces deux problèmes :
— spécificité des Polystomes de R. lemporaria et P. cultripes vis-à-vis de ces deux
_ spécificité des Polystomes de R. lemporaria, P. cultripes et H. meridionalis vis-à-
vis de divers hôtes.
1 RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LA SPÉCIFICITÉ DES POLYSTOMES
'DE R. TEMPORARIA ET P. CULTRIPES VIS-À-VIS DE CES DEUX HÔTES :
Les têtards utilisés dans les expériences proviennent de pontes recueillies au labora¬
toire et ont été élevés à l’abri de toute contamination (vérifications sur lots-témoins).
Les larves gyrodactyloïdes de chacun des deux Polystomes proviennent d’œufs recueillis
au laboratoire. Nous avons utilisé directement les larves, triées et comptées sous la loupe
binoculaire au moment de leur éclosion dans des lots importants, et non les œufs. Comme
dans nos recherches expérimentales sur les cycles biologiques, cela permet de connaître le
nombre de larves effectivement présentes dans l’expérience, sans avoir à tenir compte d’un
éventuel pourcentage d’échecs dans l’éclosion des œufs. Dans chaque cas, des expériences-
témoins ont été réalisées en mettant en présence une fraction des larves du lot utilisé avec
les têtards de leur hôte normal, afin de vérifier leur pouvoir infestant; ces expériences-témoins
ont toujours été positives, et la persistance des larves jusqu’à la métamorphose des têtards
a été contrôlée.
Lors de la dissection des têtards, la recherche des larves est faite par les méthodes
habituelles : ouverture de la cavité branchiale et examen approfondi des branchies. Mais,
dans certains cas, nous avons pratiqué un examen in vivo des têtards; cet examen permet,
grâce à la loupe binoculaire, d’apercevoir par transparence les larves fixées; le nombre ainsi
déterminé doit être considéré comine minimum, car il va de soi que certaines larves peuvent
échapper à ce mode d’observation. Il n’est pus nécessaire d’endormir les animaux pour se
livrer à cet examen : il suffit d’immobiliser le têtard dans du coton humidifié et convenable¬
ment disposé dans une boîte de Pétri.
Dans chacune des expériences, nous précisons la date de l’infestation, le nombre et
l’âge des têtards, le nombre de larves nageantes utilisées, les dates des observations ou dissec¬
tions, le nombre de larves fixées respectivement du côté opposé au spiracle (c.o.s.) et du côté
du spiracle (c.s.). Le volume d’eau est pour toutes les expériences de 250 cm*, la tempéra¬
ture de 18 ± 1°.
Dans chaque tableau, les têtards sont rangés par ordre décroissant de densité du para¬
sitisme.
Infestation des têtards de R. lemporaria par les larves de Polysloma pclobatû.
Les conditions et les résultats de l’expérience sont résumés dans le tableau 18.
Sur les 55 larves fixées sur les têtards 3 jours après l’infestation une seule subsiste
13 jours plus tard. Cette larve présente un début de développement (ingestion de sang
et pigmentation de quelques cellules digestives) mais la teille ne dépasse pas 400 fr; il n ’y a
aucun indice d’apparition des ventouses du hapteur.
Dans d’autres expériences identiques, nous n’avons jamais observé de larve survivant
au-delà de 15 jours. En élevant les têtards jusqu’à la métamorphose, nous n’avons enregistré
aucune migration dans la vessie. L’utilisation de têtards très jeunes n a pas entraîné l’appari¬
tion de néoténiques viables.
Infestation des têtards de P. cultripes par les larves de Polysloma inleger-
rimum.
Les conditions et les résultats de l’expérience sont résumés dans le tableau 19.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOCÈNES D’AMPHIBIENS
161
15—III-66
10 têtards R. temporaria
(âge : 12 jours)
100 larves de P. pelobatis
Examen in vivo le 18
III-66
Dissection le 31-11
-66
*■“
0 ..
Total
e. o. s.
c. s.
Total
9
2
11
0
1
1
7
3
10
0
0
0
5
4
9
0
0
0
4
4
8
0
0
0
3
4
7
0
0
0
0
3
0
0
0
2
3
0
0
0
1
2
0
0
0
1
1
0
0
0
0
1
1
0
0
0
33
22
55
0
1
1
Tableau 18
l-IV-66
10 têtards P. cultripes
00 larves de P. integerrimum
(âge : 20 jours)
Examen in vivo le 4-
V-66
Dissection le 20-1 V-66
e. ,
Total
e. o. s.
e. s.
Total
4
3
7
2
3
5
3
3
6
3
1
4
2
4
6
2
1
3
2
3
5
2
0
2
2
2
4
1
0
1
3
1
4
1
0
1
2
1
3
0
0
0
2
1
3
0
0
0
1
0
1
0
0
0
1
0
1
0
0
0
22
18
40
11
5
16
Tableau 19
7 564024 h *
Source : MNHN, Paris
162
CLAUDE COMBES
Au total, 40 larves au moins sont fixées sur les têtards 3 jours après l'infestation (ce
nombre est probablement en dessous de la vérité car l’observation in vivo est ici difficile);
16 larves subsistent 16 jours plus tard. Ces larves ne présentent aucun indice de développe¬
ment néoténique. ......
Dans d’autres expériences identiques, nous avons observé un têtard qui portait encore
4 larves 30 jours après l’infestation, un autre qui portait 2 larves 75 jours après l’infestation.
Ces deux dernières larves montrent une paire de ventouses et des hamulis fortement accrus.
En élevant les têtards jusqu’à la métamorphose, nous n’avons enregistré cependant aucune
migration dans la vessie. Aucune larve n’est devenue néoténique.
Infestntion simultanée «les têtards de It. temporaria et P. cultripes par les
larves «le Polystoma pelobalis.
Les conditions et les résultats de l’expérience sont résumés dans le tableau 20.
16-111-66
5 têtards R. temporaria (âge : 20 jour
s) 100 larves de P. pelobalis
5 têtards P. cultripes (âge : 13 jours)
Têtards de P. cultripes disséqués le 18-111-66
Têtards de R. temporaria disséqués le 18-111-66
c. o. s.
CS.
Total
......
....
Total
13
9
22
1
0
1
10
4
14
0
0
0
9
1
10
0
0
0
5
2
7
0
0
0
3
1
4
0
0
0
40
17
57
1
0
1
Tableau 20
Au total, 57 larves sont fixées sur les têtards de P. cultripes contre une seule chez ceux
de R. temporaria. Dans deux autres expériences, réalisées le 20-IV-1965 (têtards de P. cul.
tripes âgés de 21 jours, têtards de R. temporaria âgés de 18 jours) et le 16-III-1966 (têtards de
P. cultripes et R. temporaria âgés de 13 jours), nous avons obtenu les rapports 31 contre 6
et 32 contre 2. Pour le rapport 31 contre 6 (le moins net) le X 2 est égal à 18; la différence
d’infestation est donc très hautement significative.
Inf«‘station simultanée «les têtar«ls «le K. temporaria et P. cultripes par les
larves de Polystoma integerrimum.
Les conditions et les résultats de l’expérience sont résumés dans le tableau 21.
Au total, 43 larves sont fixées sur les têtards de R. temporaria contre 25 sur ceux
de P. cultripes. Le X* pour cette distribution est égal à 4,76 (différence significative à 3 %
environ). Dans deux autres expériences nous avons obtenu les rapports 38 contre 14 (X* = 11,07,
différence significative à 1 % environ) et 17 contre 7 (X ! = 4,16, différence significative à 3 %
environ).
Ces expériences montrent que :
_ un certain nombre de larves sont capables de se fixer sur les branchies de l’hôte
inhabituel, mais elles disparaissent progressivement et, en aucun cas, n’émigrent dans l a
vessie lors de la métamorphose. Leur survie sur l’hôte inhabituel paraît un peu plus longue
pour les larves de P. integerrimum que pour celles de P. pelobalis ;
Source : MNHN Paris
ECOLOGIE
E DI GENES ET MONOCENES d'aMPHIBIENS
163
1-1V-66 5 têtards R. temporaria (âge : 20 jours) 100 larves de
5 têtards P. cultripes (âge : 20 jours) P. integerrimum
Têtards de P. cultripes disséqués le 3-IV-66
Têtards de R. temporaria disséqués le 3-IV-66
c.,.
O.
Total
0. O. ..
c.
Total
5
2
7
6
6
12
2
4
6
5
6
11
2
4
6
5
5
10
2
1
3
3
5
8
1
2
3
1
1
2
12
13
25
20
23
43
Tableau 21
— lorsque les têtards de l’hôte habituel et les têtards de l’hôte inhabituel sont mis
conjointement à la disposition des larves, celles-ci manifestent un tropisme préférentiel vis-
à-vis des têtards de l’hôte habituel. Les différences entre le nombre de larves fixées sur l’hôte
habituel et le nombre de larves fixées sur l’hôte inhabituel, sont significatives dans tous les
cas, mais ce comportement préférentiel est tout spécialement marqué dans le cas des larves
de P. pclobalis.
Gallien (1938) rapprochait le Polystome du Pélobatc de l’espèce P. integerrimum
« sous réserve d’une vérification expérimentale de la spécificité ». Celle-ci permet d affirmer
que P. integerrimum et P. pelobatis sont deux espèces distinctes et que leur spécificité est
étroite.
2. RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LA SPÉCIFICITÉ DES POLYSTOMES
VIS-À-VIS DE DIVERS AMPHIBIENS :
Nous avons ou à notre disposition des têtards d’Amphibiens appartenant aux familles
et espèces suivantes :
Ranidae :
Rana temporaria L.
Rana ridibunda Pallas.
Pelobatidae :
Pelobates cultripes (Cuvier).
Pelodytes punctatus (Daudin).
Rylidae :
Hyla meridionalis Bocttger.
Bufonidae :
Bufo bufo L.
Discoglossidae :
Discoglossus pic tus Otth.
Alytes obstetricans (Laurenti).
Nous avons tenté d’infester les têtards de ces Amphibiens par les larves des trois espèces
européennes de Polystomes. Cependant, en raison des difficultés éprouvées à avoir toujours
il A.
Source : MNHN, Paris
164
CLAUDE COMBES
simultanément têtards et larves convenables, nous n’avons pas réulisé toutes les infestations
possibles.
Le tableau 22 mentionne les expériences effectivement réalisées (R = expérien
réalisée, NR = expérience non réalisée). e
Larves de
P. integerrimum
P. pelobatis
P. gallieni
R*
B. bufo .
R
R
N R
A. obsletricans .
N R
R
N R
• Ces cas ont été envisagés dans le paragraphe précédent.
Tableau 22
Pour toutes les expériences qui suivent, les comptions sont les mêmes que pour cell
du paragraphe précédent. En particulier, une infestation témoin a été effectuée chaque f •
des têtards de l’hôte normal de la larve utilisée, de manière à vérifier le pouvoir infestant
des larves.
Nous n’indiqut
s forme d’u
tableau les résultats des infestations q Ue lorsm.e
lecture présente un intérêt particulier. Les cas d’expériences négatives ou très faibl 4
positives sont simplement décrits. Dans toutes les expériences, nous avons utilisé
cations contraires, des lots de 10 têtards. ’ m< “'
Spécificité de Polystoma integerrimum.
Rana ridibunda :
Têtards âgés de 10 jours. Infestation (100 larves) le 26-IV-1965. Dissection le 27-1V •
3 têtards sur 10 infestés respectivement par 3, 2 et 1 larves.
Aucune expérience ne nous a permis d’obtenir une survio des larves au-delà de 10 jours.
Pelodytes punctatus :
Têtards âgés de 22 jours. Infestation (100 larves) le 2-1V-1966. Dissection le 5-IV
3 têtards sur 10 infestés respectivement par 2,1 et 1 larves.
Aucune expérience ne nous a permis d’obtenir une survie des larves ou delà de 20 jours.
Hyla meridionalis :
Têtards âgés de 5 jours. Infestation (100 larves) le 20-IV-1966. Dissection le 22 IV ■ r /, i.
le tableau 23. • résultats dans
Malgré le pourcentage de fixations relativement important, trois autres expériences >1 i
les têtards ont été disséqués au bout de 10, 27 et 35 jours ont montré que les larves disparabS {20**
sivement : 12 larves ont été recueillies au bout de 10 jours, 1 seulement au bout de 27 l'rogres-
35 jours. 1 ’ aucune «Près
Bufo bufo :
Résultats entièrement négatifs.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGENES d’aMPHIBIENS
165
Nous concluons que les larves de P. integerrimum possèdent une attirance notable
pour les têtards de H. meridionalis, une très faible attirance pour ceux de R. ridibunda
et P. punctatus et une attirance apparemment nulle pour ceux de B. bufo.
Dans aucun cas, nous n’avons obtenu de développement durable.
L’insuccès des tentatives d’infestation est plus prononcé qu’avec les têtards de P.
cultripes (voir p. 161-162).
Spécificité de Polystonui prlohatis.
Rana ridibunda :
Têtards âgés de 4 jours. Infestation (100 larves) le 20-IV-1965. Dissection le 21-1V :
3 têtards présentent chacun une larve.
Deux autres expériences semblables ont donné des résultats négatifs.
Pelodytes punctatus :
Têtards âgés de 13 jours. Infestation (100 larves) le 17-III-1966. Dissection le 18-111. Résultats dans
le tableau 24.
Source : MNHN, Paris
166
CLAUDE COMBES
Dans une expérience semblable (mais ayant débuté le 8-111-1966 et utilisant des têtards âgés de
4 jours) nous avons disséqué les têtards à des dates variables :
Les 11, 16 et 21-III, 3 têtards montrent respectivement 3, 2 et 1 larves qui ont nettement absorbé
du sang et ont légèrement grossi (jusqu'à 550 p). H y a «loin- un début do développement de type néoténique.
Le 28-11 et le 6-IV, 2 têtards portent chacun une larve dont le développement néoténique, attesté
par la coloration nette du tube digestif et la taille (600 p), s’est cependant manifestement arrêté.
Le 17-1V (donc 40 jours après l'infestation), un têtard, qui mesure alors 30,0 mm, livre encore deux
néoténiques à développement arrêté. Ces parasites mesurent 650 p. L’un d’eux possède une paire de<vcn-
touscs bien développées et mérite l’ouverture d’une parenthèse.
Normalement, lorsqu’une paire de ventouses appareil, son développement se poursuit en même
temps qu’apparaissent progressivement les deux autres paires de ventouses. Ici, une seule paire est apparue
et a terminé son développement sans qu’apparaissent les doux autres paires. Normalement, il est impossible
de voir dans le développement des I’olystoincs un pareil stade à 2 ventouses (et 2 seulement) qui paraissent
totalement développées. L’intérêt de cette larve est que les deux ventouses occupent de la sorte la pl us
grande partie du hapteur, lui donnant d'une manière frappante l’allure d’un hapteur de Sphyranuridae.
La figure 43 montre côte à côte la larve anormale, le stade normal à 2 ventouses chez la même espèce et un
Sphyranura adulte.
Sans doute ne faut-il pas en déduire que les Sphyranuridae (parasites d’Urodèles) puisent leur ori¬
gine chez des Polyslomalidac ayant changé d'hôte, mais le fuit que nous n'avons pas vu se reproduire
dans d’autres expériences pourrait peut-être, étayé par de nouvelles observations, permettre de coin
prendre les rapports entre ces deux familles de Monogènes.
Les résultats des deux expériences précédentes étant relativement positifs, nous avons cherché '
comparer le tropisme des larves de P. pelobatis vis-à-vis de leur hôte normal, P. cultripes, avec leur tr
pisme vis-à-vis de P. punctatus : les résultats de l’expérience sont donnés dans le tableau 25. °"
17—III—66
5 têtards P. cultripes (âge : 13 jours) 100 larves de P. pelobatis
5 têtards P. punctatus (âge : 15 jours)
Têtards de P.
ultripes disséqués le 18-III-66
Têtards de P.punctatus disséqués le 18-111-66
......
«...
Total
«. O. ..
c. s.
Total
17
2
19
4
1
14
0
14
3
1
13
0
13
1
1
8
3
11
1
0
8
1
9
0
0
0
60
6
66
9
3
12
Tableau 25
Le tropisme reste nettement en faveur de l’hôte normal. (X 2 pour cotte distribution = 37)
Hyla meridionalis :
Résultats entièrement négatifs.
Bufo bufo :
Résultats entièrement négatifs.
Discoglossus pictus :
Têtards âgés de 10 jours. Infestation le 15-111-1966. Dissection le 17-111-1966 : résultats dai 1
tableau 26. 0118 e
Le résultat étant relativement positif, nous avons cherché à comparer le tropisme des larv d
P. pelobatis vis-à-vis de leur hôte normal, P.cultripes, avec leur tropisme vis-à-vis de D. pictus. Les résulta
de l’expérience sont donnés dans le tableau 27. 18
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
167
0,2 mm
Figure 43
n. Larve do Polysioma pclobaiis, fixée sur un têtard de Pelodytcs punctnlus, montrant une paire de ventouses
liien développées, sans indice d'apparition des deux autres paires.
o. Larve de Polysioma pelobaiis, développée sur un têtard de son hôte normal, Pelobales cultripes.
c. Sphyranyra polyorchis, adulte, d’après Alvcy (1936).
Source : MNHN, Paris
168
COMBES
Tableau 26
17—III—66
5 têtards P. cultripes (âge : 19 jours) 100 larves de P. pelobatis
5 têtards D. pictus (âge : 13 jours)
Têtards de P. cultripes disséqués le 19-III-66
Têtards de D. pictus disséqués le 19-III-66
CO...
c.
Total
CO...
e. s.
Total
13
6
19
3
1
12
4
16
2
1
8
2
10
1
2
6
3
9
2
0
2
0
2
1
1
2
41
15
56
9
5
14
Tableau 27
Ici aussi, le tropisme reste nettement en faveur de l'hête normal.
Aucune expérience ne nou9 a permis d'obtenir une survie des larves supérieure à 21 jours
têtards de D. pic tus, ni la migration dans la vessie. Aucun néoténique n’a été observé mais des larves^ é
sur des têtards très jeunes (5 jours) ont montré un tube digestif légèrement coloré.
Alytes obstetricans :
Résultats entièrement négatifs.
Nous concluons que les larves de P. pelobatis possèdent une affinité notable pour 1
têtards de P. punctatus et D. pictus, nulle ou presque nulle pour ceux de R. ridibunda H
meridionalis, B. bufo et A. obstetricans. ’
Dans aucun cas, nous n’avons obtenu de développement durable.
Les têtards de P. punctatus sont les seuls à donner un résultat comparable à 1 •
obtenu pour les têtards de R. temporaria (voir p. 162). e 111
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE UE PICÈNES ET MONOGÈNES d’aMPMBIENS
169
Spécificité <l(* Polyitoma giillicni.
Rana lemporaria :
Têtards âgés de 5 jours. Infestation (100 larvos) le 14-111-1966. Dissection le 28-111 :
2 têtards sur 10 sont infestés chacun par 1 larve.
Aucune expérience ne nous a permis d’obtenir une survie des larves au dolà de 6 jours.
Pelobates cullripes :
Têtards âgés de 8 jours. Infestation (100 larves) le 24-111-1966. Dissection le 27-111 :
3 têtards sur 10 présentent chacun une larve.
Aucune expérience n’a pomiis d’obtonir une survie des larves au delà de 9 jours.
Pclodytes punclalus :
Têtards âgés do 29 jours. Infestation (100 larves) le 24-111-1966. Dissection le 27-111 :
6 têtards sur 10 présentent respectivement 3, 2,1,1,1,1 larve.
Aucune expérience n’a permis d'obtenir une survie des larves au delà de 9 jours.
Discoglossus piclus :
Résultats entièrement négatifs.
Nous concluons que les larves de P. gallieni manifestent une attirance faible ou nulle
pour les tôtards de R. lemporaria, P. c.ultripes, P. punclalus et D. pictus. On note en parti¬
culier que, lorsque quelques larves de P. gallieni se fixent sur les têtards d’un hôte inhabituel,
leur survie y est extrêmement réduite.
L’ensemble de ces expériences montre :
— «lue la spécificité de nos espèces de Polystomcs est très étroite; les larves ne parais¬
sent capables de survivre que sur les têtards de leur licite habituel;
— «lue cette spécificité se manifeste déjà au niveau du tropisme des larves gyro-
dactyloïdcs nageantes, ce tropisme étant toujours préférentiel pour les têtards de 1 hôte
habituel.
Il est donc vraisemblable que les caractéristiipies biochimiques régnant au niveau
des filaments branchiaux constituent l’un des facteurs importants de l’écologie des larves de
Polystomcs. Dans beaucoup de cas, ces caractéristiques doivent être responsables de 1 exis¬
tence d’une barrière biochimique, telle que la conçoit Baer (1964). On voit à quel point
cette spécificité systématique étroite de nos espèces de Polystomalidae, contraste avec la
très large spécificité d’origine éthologiquc de la famille elle-même, dont nous avons discuté
plus haut (voir p. 128 et fig. 27).
F. BIOGÉOGRAPHIE
1. POLYSTOMA INTEGERRIMUM :
Differents types de stations.
Il existe des stations où le parasite est manifestement absent. Nous considérons comme
telles les stations pour lesquelles un certain nombre d’adultes (minimum : 30) et de têtards
proches de la métamorphose (minimum : 100) ont fourni des autopsies entièrement négatives.
Parmi les stations où le parasite est présent, certaines montrent des pourcentages
d’infestation élevés; nous avons observé la fréquence maximum à la station 6 : 57 % (43 gre¬
nouilles adultes parasitées sur 75, densité moyenne de Polystomes par hôte - 2,8). D’autres
stations montrent des pourcentages beaucoup plus bas : 5 % par exemple à la station 11
(2 grenouilles adultes parasitées sur 37, densité =* 1,0).
Source : MNHN, Paris
170
CLAUDE COMBES
Nous pensons que même si un Monogène est rare dans une station déterminée, on
ne peut pas parler d’infestation accidentelle, dès lors que certains têtards sont infestés et
que le cycle se déroule de manière indiscutable dans la station.
Distribution géographique des stations.
La carte n° 6 indique les stations où nous avons rencontré P. integerrimum, quelle
qu’en soit la fréquence, et celles où nous n’avons jamais rencontré cette espèce, ni à l’état
adulte, ni à l’état larvaire.
Dans la Cerdagne et les régions avoisinantes, P. integerrimum est présent dans toutes
les stations de basse altitude (au-dessous de 1.900-2.000 m en règle générale) et dans les
vallées importantes jusqu’à des altitudes plus élevées (2.200 m aux stations 23 et 42, 2.290 à
la station 31). 11 est absent au centre des grands massifs montagneux (Carlit, Fontargente,
Pessons-Campcardos, Carença); la station "sans Polystome » la plus basse est la station 13
(1.980 m).
Dans les stations situées plus à l’Est de la chaîne (58, 59), qui représentent des colonies
isolées de R. temporaria, le Polystome est également absent, malgré l’altitude modeste de
ces stations (1.150 et 950 m). La station à P. integerrimum la plus orientale paraît être la
station 52 (1.500 m).
Lorsqu’on examine une série de stations situées dans une vallée importante à des
altitudes variées, on constate que P. integerrimum se raréfie au fur et à mesure qu’on s’élève.
Nous donnons plusieurs exemples de cette variation de fréquence et de densité.
Chacun des tableaux qui suivent indique :
Altitude : altitude moyenne de la station;
n R. t. : nombre de R. temporaria examinées ;
i R. t. : nombre de R. temporaria infestées par P. integerrimum;
% P. i. : fréquence de P. integerrimum (pourcentage arrondi à l’unité);
d P. i. : densité moyenne de P. integerrimum.
a. Vallée de Lanoux-Font-Vive-Carol (tableau 28, fig. 44a)
Numéros des stations
Altitude
n R. t.
iP.f.
%P-i.
d P. i.
2.380
30
0
2.200
62
4
1.930
34
3
91)
1.690
33
6
l’t
1.640
30
6
1.500
30
11
37
1,6
Tableau 28
b. Vallée de la Valira del Orient (tableau 29, fig. 44b).
Numéros des stations
Altitude
n R. t.
i R. t.
% P- i.
- 1
37.
2.310
66
0
0
■
36.
2.000
50
18
36
M 1
Tableau 29
Source : MNHN, Paris
écologie de digènes et monogènes d’amphibiens
171
c. Vallée de la Lladurc (tableau 30, fig. 44c).
Numéros des stations
Altitude
n R. t.
i R.t.
% P- *•
d P. ».
46.
1.920
30
12
40
4,4
Tableau 30
d. Vallée de la Têt (tableau 31, fig. 44d).
Numéros des stations
Altitude
n R. t.
i R. t.
%P.i.
dP.i.
16.
2.350
79
0
0
0
14.
2.170
38
0
0
0
12.
2.250
54
0
0
0
11.
2.000
37
2
5
1,0
1.
1.600
45
14
31
2,0
Tableau 31
La figure 44 montre les profils de ces quatre vallées avec l’emplacement des différentes
stations, les fréquences de P. integerrimum et l’indication des stations à O. rastellus.
Sans qu’on puisse lier de manière rigoureuse la fréquence de P. integerrimum à ime
altitude précise en raison d’autres caractéristiques stationnelles qui peuvent influer sur cette
fréquence, il est certain que, dans l’Est des Pyrénées, l’espèce rencontre les biotopes les
plus favorables dans les parties basse et moyenne des vallées. En règle générale, les grenouilles
capturées dans l’étage alpin sont indemnes de ce parasite. Par contre, on note dès maintenant
que c’est à la limite supérieure de la zone k P. integerrimum que peut exister O. rastellus.
Si une corrélation entre les différents milieux de montagne et la répartition de P. inte¬
gerrimum paraît ainsi établie dans notre région, nous ne proposons aucune explication caté¬
gorique du phénomène. Cette explication est à rechercher dans un ensemble de causes parmi
lesquelles l’influence de la température ou de la durée d’enneigement peuvent tenir un rôle
important.
2. POLYSTOMA PELOBATIS :
Toutes les stations à P. eultripes que nous avons étudiées bénéficient de conditions
extrêmement voisines. Ce sont toutes des mares de plaine, asséchées en été. Il n’est donc pas
étonnant que P. pelobatis soit présent dans toutes ces stations, avec des caractéristiques
épidémiologiques semblables. Le taux d’infestation des adultes oscille entre 5 % et 15 %.
En dehors de notre région, nous rappelons que le Polystome du Pélobate a été vu par
Gallien (1938) aux environs de Toulouse, de sorte qu’on peut assigner pour 1 instant à cette
espèce la répartition suivante : région toulousaine, Languedoc-Roussillon et Nord-Est de
l’Espagne.
3. POLYSTOMA GALLIENI :
Ce que nous venons de dire à propos des stations à P. eultripes est valable pour les
stations à //. meridionalis : conditions de milieu peu différentes et caractéristiques semblables
du parasitisme; P. gallieni est présent dans toutes nos stations et le taux d’infestation des
rainettes adultes varie de 5 % à 12 %.
Source : MNHN, Paris
172
CLAUDE COMBES
Nous ne pensons pas qu’une étude biogéographique soit, par conséquent, possible à
l’échelle de la région que nous avons prospectée. Seule, une comparaison avec des pays diffé¬
rents ou des biotopes offrant des conditions de milieu particulières, permettra d’entreprendre
une étude dans ce domaine. Il serait particulièrement intéressant de comparer la biologie de
cette espèce en France, où il est connu à Toulouse (Gali.ien, 1938), à Bordeaux (Bailenger
et Chanseau, 1954), et dans le Languedoc-Roussillon, avec sa biologie an Maroc, où il a été
signalé près de Rabat (Euzet et Combes, 1967).
Les rectangles situés au-dessous des stations indiquent les fréquences de /’. intigerrimum.
а. Vallée de I.anoux-Font-Vive-Carol.
б. Vallée de la Valira del Orient,
c. Vallée de La Lladure.
A. Vallée de lu Tét.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE PE 111 CÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
173
CINQUIÈME PARTIE
BIOGÉOGRAPHIE COMPARÉE
Si la comparaison des stations à P. cultripes et H. meridionalis pose peu de problèmes
sur le plan biogéographique, l’étude des stations à R. lemporaria nous a montré que la para-
sitofaune de cette espèce dépend étroitement du biotope dans lequel elle se trouve : pour
chacune des espèces de Plathelminlhes qui parasitent cet Amphibien dans notre région,
l’étude biogéographique individuelle a permis de dégager des limites ou gradients de répar¬
tition, et la chorologie du parasite a été mise en corrélation avec certains facteurs du milieu.
Cependant, lorsque nous avons parlé, jusqu’ici, de » station à O. rastellus » ou de
« station à P. integerrimum » par exemple, nous l’avons fait en tenant compte du seul parasite
envisagé, sans référence aux autres espèces.
Nous nous proposons de tenter une synthèse biogéographique de ces données en cher¬
chant, d’une pari à caractériser les stations d’après l’ensemble des Plathelminlhes rencontrés,
d’autre part à dégager les rapports existant entre la parasitofaune et les ensembles bio-
dimatiques.
CHAPITRE I
CARACTÉRISTIQUES ÉPIDÉMIOLOGIQUES DES STATIONS
Si l’on compare entre elles les cartes de répartition obtenues pour chacun des para¬
sites de R. lemporaria (cartes n" 8 2 à 6) on constate que les aires de répartition de certaines
espèces se recoupent, tandis que d’autres sont, au contraire, sensiblement complémentaires.
Dans la carte n° 7, nous avons reporté :
— la zone dans laquelle se trouvent les stations à P. integerrimum;
— les stations où se déroule le cycle de O. rastellus;
— la limite entre la zone à G. euzeti dominant et la zone à G. vitelliloba dominant
(d’après les critères définis p. 91).
Nous n’avons pas indiqué sur cette carte les données qui concernent H. cylindracea
et H. pyrenaicus, la première de ces espèces étant présente à peu près dans toutes nos stations
(avec cependant une fréquence toujours assez faible au-dessus de 2.000-2.100 m), la seconde
ayant à l'inverse une répartition très sporadique.
Cette carte met en évidence deux faits importants :
— d’une part, les stations à O. rastellus sont situées en dehors de la zone à P. inte¬
gerrimum ou juste à sa limite supérieure;
— d’autre part, la limite de dominance concernant les Gorgoderidae a un tracé voisin
de la limite supérieure de la zone à P. integerrimum.
On doit conclure que, statistiquement, les caractéristiques épidémiologiques d’une
station sont en rapport avec sa situation géographique et répondent à un nombre défini de
possibilités, qui tiennent compte des exigences écologiques globales de chacun des parasites.
Ces possibilités permettent de classer de manière pratique nos stations en plusieurs
groupes, d’après les associations des espèces d’Helminlhes. Nous distinguons ainsi cinq grands
7 5C4024 G. 12
Source : MNHN, Paris
174
CLAUDE COMBES
types de stations, principalement d’après la présence de /’. inlegerrimum, de O. rastellus
et des Gorgoderidae, H. cylindracea (présent presque partout) jouant un rôle accessoire et
H. pyrenaieus (trop sporadique) n’étant pas pris en considération.
Ces groupes sont caractérisés par :
1° P. inlegerrimum seul ou associé seulement avec //. cylindracea;
2° P. inlegerrimum associé avec des Gorgoderidae (plus //. cylindracea)-,
3° P. inlegerrimum associé avec O. rastellus (plus Gorgoderidae et II. cylindracea) •
4" O. rastellus, sans P. inlegerrimum (plus Gorgoderidae et //. cylindracea)-,
5° Gorgoderidae, sans P. inlegerrimum, ni O. rastellus (plus éventuellement'//, cylin¬
dracea).
De manière à montrer que ces groupes correspondent à des entités biogéographiques
nous citerons quelques exemples parmi chacun d’eux, concernant des prélèvements ému»
ou supérieurs à 30 R. temporaria.
Dans les tableaux qui suivent, nous avons indiqué :
Numéros : numéros des stations où ont été faits les prélèvements;
Altitude : altitude des stations en mètres;
n R. I. : nombre de R. temporaria examinées;
O. r. : O. rastellus;
H. c. : H. cylindracea;
H. p. : H. pyrenaieus;
G. e. : G. euzeti;
G. v. : G. vitelliloba;
P. i. : P. integerrimum.
Dans chaque colonne, le premier chiffre indique la fréquence en pourcentage 1
second (entre parenthèses), la densité. Le signe signifie : présence considérée comme
accidentelle ou très rare.
1" Stations à P. inlegerrimum seul ou associé seulement avec //. cylindracea : tableau 32.
Ces stations sont toutes des stations de; Cerdagnc ou des vallées relativement b
Les stations 2, 3, 4, 7, 8, 10, 35, 51 sont du même type que les exemples cités. Ses '
2° Stations à P. inlegerrimum associé avec des Gorgoderidae (plus //. cylindrace 1
tableau 33. ' '
Source : MNHN, Paris
ÉCOI.OGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES D’AMPHIBIENS 175
Numéros
Altitude
n R. t.
O. r.
H.c.
H.p.
G.e.
G.v.
P.i.
9.
2.000
100
+
21
(2,4)
0
0
20
(3,6)
8
(2,1)
23.
2.200
62
+
16
(1,9)
0
11
(4,8)
10
(5,1)
6
(1,0)
28.
1.990
63
0
25
(3,1)
0
3
(5,5)
16
(2,8)
19
(1,8)
30.
2.030
618
+
44
(2,0)
+
56
(10,8)
21
(3,1)
28
(1,9)
31.
2.290
85
0
29
(2,5)
0
18
(5,5)
20
(4,7)
9
(1,7)
36.
2.000
50
0
52
(1,9)
0
2
(1,0)
18
(1,7)
36
(1,4)
42.
2.200
85
0
43
(2,1)
0
18
(4,3)
20
(5,0)
18
(1,4)
46.
1.920
30
0
34
(2,5)
0
24
(3,4)
31
(2,7)
41
(4,4)
49.
1.400
50
0
36
(2,7)
16,0
(14,4)
14
(2,0)
14
(1,6)
20
(1,8)
50.
1.940
32
0
31
(3,2)
0
9
(4,0)
28
(4,2)
19
(1,3)
Tableau 33
Ces stations sont d’altitude plus élevée que les précédentes en règle générale (jusqu’à
2.290 ni). Aucune ne fournit les conditions de milieu nécessaires à Radix limosa var. gla-
cialis, premier hôte de O. rastellus. Les stations 18, 29, 44, 47, 52, 53 appartiennent à ce type.
3° Stations à P. integerrimum associé avec O. rastellus (plus Gorgoderidae et H. cylin-
dracea) : tableau 34.
Numéros
Altitude
nft. t.
O.r.
H.c.
H.p.
G. e.
G.v.
P.i.
11.
2.000
37
57
(24,2)
19
(1,7)
0
46
(4,0)
16
(2,8)
5
(1,0)
17.
1.960
32
19
(9,3)
6
(1,0)
0
25
(2,2)
41
(5,0)
16
(2,4)
24.
1.960
34
44
(9,1)
35
(1,8)
3,0
(2,0)
32
(4,4)
9
(3,0)
9
(2,0)
Tableau 34
Ces stations sont situées à des altitudes semblables aux précédentes mais elles consti¬
tuent des biotopes à R. limosa, var. glacialis, donc à O. rastellus.
Ce sont les trois seules stations (sur 59) où nous avons rencontré P. inlegerrimum
et O. rastellus; P. inlegerrimum y est présent at>ec une fréquence très faible. Elles représentent
donc une zone très limitée où se recouvrent les aires de P. integerrimum et O. rastellus,
aires qui sont partout ailleurs sensiblement complémentaires.
A l’échelle des individus, trois grenouilles seulement abritaient à la fois P. integerrimum
et O. rastellus, et nous nous sommes demandé s’il n’existait pas un antagonisme entre les
deux parasites. Mais les pourcentages moyens de P. integerrimum et O. rastellus dans ces
12 .
Source : MNHN, Paris
176
CLAUDE COMBES
trois stations étant respectivement de 10 et 43 %, il n’existe <iue 4,3 chances sur 100 de ren¬
contrer les deux parasites associés; l’effectif observé (3 sur 103) est donc tout à fait conforme
aux probabilités. Il est certain que si l’on s’en tenait à une statistique régionale, l’association
de ces deux parasites communs n’étant rencontrée que trois fois sur plus de 2.500 autopsies,
on concluerait de manière erronée à un antagonisme. L'antagonisme existe, mais il a pour
origine un facteur écologique extrinsèque, ce qui lui donne un sens tout différent.
4» Stations à O. raslellus, sans P. integerrimum (plus Gorgoderidae et H. cylindracea) :
tableau 35.
Numéros
Altitude
n R. L
O.r.
n.c.
H.p.
G.e.
G. v.
P. i.
2.250
54
70
5
0
59
17
0
(1542)
(1.3)
(6,1)
(2,3)
2.170
33
37
18
0
18
18
0
(6,8)
(1.7)
(3,4)
(4.2)
2.150
40
62
5
0
40
12
0
(21,6)
(3.0)
(8,5)
(2,0)
2.310
68
73
6
0
37
1
0
(42,7)
(1.0)
(6,6)
(1,0)
2.260
31
70
13
13
29
16
0
(60,6)
(1.2)
(U)
(2,4)
(1.4)
2.260
30
47
10
0
55
10
0
(19,9)
(1.0)
(3,8)
(3,0)
2.200
88
79
39
0
0
41
0
(45,0)
(1.2)
(3,3)
Tableau 35
Ces stations, toutes situées au-dessus de 2.100 ni d'altitude, au-dessus de la zoue à
P. integerrimum. sont des biotopes convenant à H. limosa, var. glacialis. Ce sont les plus
importants des « foyers » à O. raslellus (voir carte n° 2). On remarque que si l’on met à part
la stulion 54, la plus orientale du groupe, ces stations se trouvent dans la zone où G. euzeli
égale ou domine G. vitelliloba.
Les stations 20, 38 et 41 appartiennent à ce même type.
5“ Stations à Gorgoderidae, sans P. integerrimum ni O. raslellus (plus, éventuelle¬
ment, H. cylindracea) : tableau 36.
Numéros
Altitude
n R. t.
O.r.
11. c.
11. p.
G. e.
G.v.
P.i.
16.
2.350
79
0
2
(2.5)
0
48
(7.7)
11
(1,0)
0
32.
2.100
31
+
15
(1.6)
°
9
(9,0)
6
(1.0)
0
34.
2.300
32
0
16
(1.4)
0
(H.0)
12
(1.5)
0
57.
2.100
52
0
0
0
0
36
(8,6)
0
—
Tableau 36
Ces stations sont celles qui, situées en dehors de la zone à P. integerrimum, ne consti¬
tuent pas davantage des biotopes favorables à II. limosa var. glacialis.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
177
Les stations 13,15, 19, 21, 22, 39, 43, 55, 56, 58 et 59 ne nous ont également livré que
des Gorgoderidae, éventuellement associés à H. cylindracea. Parfois, ces Gorgoderidae eux-
mêmes sont très rares (station 32).
Le cas de la station 57, dépourvue de G. euzeti, est à rapprocher de celui de la station 54
(tableau 35) ainsi que des stations 56, 58 et 59, où G. vitelliloba est également le seul Gorgo¬
deridae présent. Ces stations sont celles de la partie la plus orientale de la chaîne, pyrénéenne,
où nous avons déjà souligné l’absence de P. integerrimum. Il semble que, près de ses limites
d’aire, R. temporaria présente une parasitofaunc appauvrie par la disparition de P. integerri¬
mum, G. euzeti et parfois H. cylindracea.
Les exemples que nous venons de citer montrent que la parasitofaunc de nos stations
répond à im certain nombre de types bien définis et que ces types résultent de la distribution
géographique propre à chacune des espèces parasites, ainsi qu'en témoigne la carte n° 7.
Les tableaux 32 à 36 offrent plusieurs exemples de stations remarquablement proches
sur le plan géographique, mais dans lesquelles la parasitofaune de R. temporaria c st différente.
C’est le cas pour les stations 36 (voir tableau 33) et 37 (tableau 35) situées sur le trajet
du même cours d’eau, à 2,500 km l’un de l’autre : les grenouilles de la station 36 sont parasitées
en grand nombre (36 %) par P. integerrimum, jamais par O. rastellus, celles de la station 37
sont parasitées par O. rastellus (73 %) jamais par P. integerrimum. Les deux stations sont
séparées par un verrou glaciaire de plus de 200 mètres de hauteur, recouvert d’une forêt de
pins à crochets. La photographie de la planche 2 (en haut) montre la station 37 (à la croisée
des deux petites flèches), la pente abrute couverte d’arbres, au-dessous le pla d’Envalira et
tout à fait en bas, à droite, la station 36. Non seulement il est vraisemblable que le verrou
constitue un obstacle aux déplacements estivaux des grenouilles, donc à tout mélange des
populations, mais encore que la présence de la forêt empêche la dissémination des Sialis
porteurs de métacercaires d’O. rastellus. Le profil de la rivière entre les stations 36 et 37 est
indiqué sur la figure 44 b.
La différence est aussi nette pour les stations 46 (tableau 33) et 45 (tableau 35), séparées
par 1,700 km de cours d’eau seulement : 41 % des grenouilles de la station 46 sont parasitées
pur P. integerrimum, aucune par O. rastellus; 48 % des grenouilles de la station 45 sont para¬
sitées par O. rastellus, aucune par P. integerrimum. Ici aussi, il existe une zone abrupte de
près de 300 m de hauteur et couverte de forêts, entre les deux stations (voir figure 44 c).
Ces exemples montrent que les limites d’aires des Digènes sont d’autant plus nettes
que les conditions de milieu varient brusquement. Chaque fois que cette variation brusque
est réalisée (relèvement marqué d’un profil de vallée) les aires de P. integerrimum et O. ras¬
tellus sont réellement complémentaires. Elles ne se recouvrent légèrement (stations du ta-
beau 34) que dans des vallées à profil plus doux, où les migrations des grenouilles permettent
peut-être un certain brassage des populations.
Ces exemples sont à opposer à celui des stations 11 et 13, séparées par 1,200 km de
prairies et qui montrent un pourcentage très voisin de parasitisme par O. rastellus (respec¬
tivement 57 % et 51 %), bien que le cycle se déroule seulement dans la station 11 (voir p. 78).
Source : MNHN, Paris
178
Cl.AUDE COMBES
CHAPITRE II
RAPPORTS ENTRE LA PARASITOFAUNE
ET LES ENSEMBLES BIOCLIMATIQUES
Nous avons à plusieurs reprises situé nos stations, ou bien l'aire de tel parasite, par
rapport aux vallées, aux massifs montagneux, à îles gradients d’altitude.
En cartographiant la répartition des Helminthes dans l’est des Pyrénées, nous avons
vu apparaître des tracés qui s’apparentent de près à ceux des grandes caractéristiques géo¬
graphiques, climatiques et biologiques des différentes parties de la chaîne. Les plateaux élevés
de Cerdagne et du Capcir, les grandes vallées de l’Aude, de l’Ariège, du Carol, du Sègre ou
de la Valira del Orient, les massifs du Carlit, de Fontargentc, de. Pcssons-Campcardos ou de
Carença, prennent place très naturellement dans la plupart des curies de répartition ou de
dominance des parasites.
La comparaison de ces cartes « éco-parasitologiques » avec des cartes hypsoinétriques,
pluviométriques ou thermiques permettrait déjà de saisir les caractéristiques d’ensemble
du milieu qui sont les plus favorables au déroulement du cycle de chaque Helminthe. Carac¬
téristiques du milieu dont, à cette échelle, on ne préjuge plus du mode «l’action, mais qu’on
envisage sous leur aspect global, dans leur corrélation avec la maladie parasitaire.
Mais nous pensons que la comparaison lu plus naturelle peut se faire avec la végétation,
intégrateur précis et fidèle de l’ensemble des conditions de milieu.
Nous avons reproduit (carte n" 8) le tracé des « étages altitudinaux des Pyrénées-
Orientales », d’après Braun-Bi.anquet (194)!). Si on compare nos cartes de répartition et notam¬
ment la carte n" 7 avec la carte de Braun-Bi.anquf.t, on voit qu’il existe entre elles d’indiscu¬
tables affinités : ce sont les mêmes ensembles qui apparaissent sur les deux cartes et la limite
inférieure de l’étage des pelouses alpines n'est pas loin — si l’on fait abstraction de la diffé¬
rence de précision dans le tracé — de correspondre à plusieurs de nos limites d’aires parasi-
tologiques.
Nous ne nous étendons pas davantage sur cette comparaison, car il serait certainement
prématuré d’écrire que dans l’est des Pyrénées, P. inteperrimum disparaît à la limite supé¬
rieure de l’étage subalpin à Pinus uncinata (nommé Pin mugo par Braun-Bi.anquet) ou que
O. rastellus caractérise la buse de l’étage alpin. Mais il est manifeste que la végétation peut être
un indicateur du milieu en matière d’éco-helminthologio, que ce soit à l’échelle du biotope,
comme nous l’avons montré à propos de O. rastellus, ou à l’échelle de l’étage, ainsi qu’il vient
d’être indiqué.
Ce qui paraît le plus caractéristique, c’est que les parasites que nous avons étudiés
sont, par l’ensemble des phases de leurs cycles, plus sensibles au milieu que l’hôte définitif
qui les héberge : R. temporaria forme des colonies très semblables dans une aire aux altitudes
et aux conditions de milieu nettement variables, tandis que ses Helminthes ne trouvent des
conditions favorables à leurs cycles que dans certaines portions de celle aire.
Nous pensons qu’il faut voir dans cette sensibilité au milieu l’addition, l’intégration
de l’ensemble des facteurs écologiques qui interviennent dans le cycle, que ce soit sur le para-
site lui-même ou sur chacun de ses hôtes. Cette sensil.ilité du cycle à lu variation des condi¬
tions de milieu est d’autant plus grande qu’il comporte un plus grand nombre d’écologies
successives et que ces écologies sont plus étroitement définies.
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE UE DIGÈNES ET MONOGÈNES d’aMPHIBIENS
179
CONCLUSION
Nous avons étudié, expérimentalement et sur Le terrain, les cycles biologiques de cinq
especes de Digènes, tous parasites de Rana temporaria et de trois espèces de Monogènes,
parasites respectifs de Rana temporaria, Pelobates cultripes et Hyla mcridionalis.
Sur le plan systématique, trois des Digènes de R. temporaria appartiennent à des espèces
déjà connues : il s’agit de Opislhioglyplie rastellus (Olsson, 1876 ), Haplometracylindracea
(Zcder, 1800) et Gorgoderina vitelliloba (Olsson, 1876). Les deux autres ont été décrits d’après
le matériel récolté au cours de ce travail : Haemaloloechus pyrenaicus Combes, 1965 et Gor-
godera euzeti Lecs et Combes, 1967.
Chez les Monogènes, deux des espèces étudiées sont déjà connues : Polysloma inle-
gerrimum (Frôhlicb, 1798) et Polysloma gallieni Price, 1938; la troisième, Polysloma
pelobatis (Ëuzet et Combes, 1965) a été décrite à la suite de nos recherches.
Sur le plan biologique, nous avons réalisé expérimentalement les cycles biologiques des
cinq Digènes et des trois Monogènes.
Les cycles des Digènes ont été suivis depuis le premier hôte jusqu’à l’hôte définitif :
— le cycle de O. rastellus, déjà connu dans la région parisienne, présente dans les
Pyrénées des modalités nouvelles : le premier hôte intermédiaire, Radix limosa glacialis
est différent et les métacercaires admettent de nombreuses catégories d’hôtes possibles au
lieu d’une seule. Le cycle peut être du type à deux ou à trois hôtes : dans le premier cas,
la cercaire s’enkyste chez l’Amphibien (têtard ou adulte) et se dékyste sur place en quelques
jours; dans le second cas, elle s’enkyste chez les larves de Sialis (Insecte Mégaloptère) et se
dékyste seulement dans le tube digestif d’un Amphibicn prédateur.
— le cycle de II. cylindracea, mal connu jusqu’ici, se révèle d’un type nouveau pour
un parasite pulmonaire, le deuxième hôte intermédiaire étant supprimé : les cercaires s en¬
kystent directement dans la cavité buccale de l’hôte définitif, puis se dékystent et gagnent
les voies pulmonaires;
— le cycle de H. pyrenaicus, décrit pour la première fois, est le premier cycle d Hae-
matoloechidae européen utilisant un Mollusque Ancylidae comme premier hôte, le cycle d une
espèce américaine seulement ayant été pressenti, mais non démontré comme tel. Le deuxième
hôte est soit un Odonate, hôte classique, soit un Plécoptère, hôte nouveau pour cette famille
de Digènes;
— le cycle de G. euzeti, également nouveau, est de type classique : le premier hôte
est un Mollusque Sphaeriidae du genre Pisidium, le deuxième hôte peut être un Insecte
Mégaloptère ( Sialis) ou un têtard d’Anoure;
— le cycle de G. vitelliloba se déroule dans les Pyrénées tel qu’il est connu dans d autres
régions : l’espèce admet un Pisidium comme premier hôte intermédiaire et l’enkystcment
a lieu dans les mêmes hôtes que chez l’espèce précédente.
Les cycles des Monogènes ont permis de mettre en lumière une série de faits nouveaux
sur la biologie de ces parasites. _ . , .
Nous avons obtenu et décrit les stades larvaires, jusqu’ici inconnus, de P. pelobatis
et de P. gallieni. La découverte de formes néoténiques chez ces deux espèces autorise à
considérer le phénomène de la néoténie comme beaucoup plus répandu chez ces organismes
qu’on ne le soupçonnait. Les néoténiques présentent des caractères morphologiques et bio¬
logiques originaux.
Nous avons montré que le déterminisme du développement néoténique chez P. pelo¬
batis est très différent de celui qui est connu chez P. integerrimum puisqu’il se produit chez
des têtards âgés de quelques jours à plusieurs mois. Nous avons fait chez P. pelobatis la démons¬
tration expérimentale de l’existence de néoléniques-fils, issus des œufs de la génération néoté¬
nique.
Un cycle de type endoxène qui se déroule dans la vessie de l’hôte et que nous appelons
12 A.
Source : MNHN, Paris
180
CLAUDE COMBES
cycle interne a été découvert. Ce cycle met en jeu un phénomène d’ovoviviparité avec fixation
sur place des larves gyrodactyloïdes. Il permet d’expliquer plusieurs aspects de la biologie
des Polystomalidae.
Aux corrélations déjà connues chez P. mtegerrimum entre le cycle sexuel de 1 hôte
et celui du parasite, nous ajoutons les exemples de P. gallieni et P. pelobatis : chez P. gallieni,
il existe une période de ponte correspondant à la ponte annuelle unique de son hôte; chez
p pelobatis, on observe deux pontes annuelles synchronisées avec les deux pontes de l’hôte.
L’existence d’une ou de deux périodes de ponte chez le Pélobate est liée, d’après nos recherches,
à des facteurs mésologiques.
L’ensemble de ces nouveaux aspects de la biologie des Polystomalidae nous amène
à proposer une interprétation de la néoténie fondée sur les rapports entre l’évolution de ces
parasites et l’écologie de leurs hôtes amphibies : le néoténique est considéré comme une forme
ancestrale représentant un stade initial de l’évasion des Monogènes hors de leurs hôtes-poissons.
Cette interprétation permet de saisir en partie quelle a pu être l’évolution du groupe. Il est
remarquable qu’un même organisme ait gardé la possibilité de deux écomorphoses parfaite¬
ment distinctes, qui représentent, selon nous, deux stades, l’un ancestral, l’autre moderne.
de son évolution.
Sur le plan écologique, nous avons cherché à savoir, lorsque le problème se posait,
quels sont les facteurs du milieu qui interviennent principalement dans le cycle biologique
des Helminthes.
Chez les Digènes, la recherche sur le terrain des hôtes effectivement parasités conduit
à considérer le problème sous des angles différents suivant les espèces.
Nous avons étudié les rapports entre la chorologie du premier hôte et celle du para¬
site chez les espèces manifestant pour ce premier hôte une spécificité étroite. Lorsque le pre¬
mier hôte est représenté par une espèce unique, nous nous sommes attachés à définir certains
traits de son écologie ; c’est le cas pour O. raslellus (premier hôte : Radix limosa glacialis),
H. cylindracea (premier hôte : Galba truncatula), H. pyrcnaicus (premier hôte : Ancylus
fluvialilis). Chez les Gorgoderidae, nous avons démontré que la spécificité vis-à-vis du pre¬
mier hôte est différente suivant les espèces; en outre, lorsqu’une espèce admet plusieurs
hôtes possibles (cas de Gorgoderina vitelliloba ), la statistique montre qu’ils ne sont pas para¬
sités avec les mêmes fréquences.
Nous avons recherché le processus selon lequel le deuxième hôte est infesté et les
raisons, d’ordre éthologiquc le plus souvent, pour lesquelles l’un des hôtes possibles est géné¬
ralement plus parasité que les autres. A la recherche expérimentale des hôtes possibles (orga¬
nismes où peut évoluer le parasite) et des hôtes préférentiels (organismes chez lesquels, à
conditions d’expériences égales, le parasite évolue de préférence), nous ajoutons la recherche
des hôtes effectifs (organismes chez lesquels le parasite évolue réellement dans un biotope
donné). Dans le cycle de O. raslellus, les facteurs écologiques déterminent l’orientation vers
un cycle à deux hôtes ou vers un cycle à trois hôtes; chez cette espèce, nous avons pu rattacher
cette orientation à la fois à l’écologie du premier hôte, au comportement de l’hôte définitif
et uux caractéristiques du biotope. Chez les Gorgoderidae, c’est le comportement des ccrcaires,
différent selon les espèces, qui détermine leur prédation par un organisme déterminé (têtard
ou larve de Sialis) et leur évolution ultérieure dans celui-ci.
Certains aspects de l’éthologie de R. lemporaria se sont révélés différents suivant le
sexe; nous avons établi un rapport entre cette éthologie et les variations saisonnières dans
l’infestation par les Digènes.
Chez les Monogènes, après une étude des conditions précises de développement des
œufs d’Amphibiens et des œufs de Polystomes, nous avons montré comment le comportement
de R. temporaria et les caractéristiques mésologiqucs du lieu de ponte interviennent favora¬
blement ou défavorablement sur l’apparition de la génération néoténique de P. inlegerrimum.
Cette génération est très rare, et souvent absente, dans l’est des Pyrénées. Par contre, les néo¬
téniques de P. pelobatis et P. gallieni ont été découverts en abondance dans la nature, car
leurs conditions de développement, déduites de l’expérimentation, les rend peu contingents
du milieu dans notre région.
Le comportement des larves dans la cavité branchiale des têtards a été étudié chez nos
trois espèces, ce qui a permis de constater que, selon quelles sont ou non néoténiques, les
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE DIGÈNES
MONOGÈNES d’aMHHIBXENS
181
larves recherchent des micro-inilicux différents de la cavité. Nous avons pu élucider les moda¬
lités du changement de niche écologique des larves (migration depuis la cavité branchiale
jusqu’à la vessie par la peau) au moment de la métamorphose du têtard.
La spécificité des larves de Polystomes pour les têtards de différentes espèces d’Amphi-
biens a fait l’objet d’une série d’expériences qui permettent de conclure à une spécificité
très étroite.
Une étude biogéographique, fondée sur les recensements effectués dans une série de
65 stations, a donné des résultats apparemment uniformes pour les parasites du Pélobate
et de la Rainette, mais a permis de déterminer des aires particulières pour les Helminthes de
Rana lemporaria. Chez les Digènes, O. rastellus est limité à une série de foyers bien définis,
en corrélation avec la présence de R. limosa glacialis. H. cylindracea est présent dans presque
toutes les stations, mais se raréfie dans les massifs les plus élevés. H. pyrenaicus est une espèce
sporadique, présente dans quatre stations seulement. G. euzeli et G. vitelliloba coexistent
dans beaucoup de stations, mais avec une dominance du premier sur le second aux fortes
altitudes et une dominance inverse aux altitudes moyennes. Chez les Monogènes, P. integerri-
mum, absent au centre des massifs montagneux, est une espèce de hauts plateaux et de vallées
dans notre région.
Un essai de biogéographic comparée, d’après la distribution des Digènes et Monogènes
de R. temporaria a permis de rechercher des corrélations entre les aires de ces parasites;
nous avons constaté par exemple, que les aires du Digène 0. rastellus et du Monogène P. inte-
gerrimum sont presque partout complémentaires, sans qu’un antagonisme authentique en
soit la cause. Nous avons mis en évidence le rôle des variations du relief dans la sélection
écologique des Helminthes et nous avons cru pouvoir rapprocher les tracés de nos cartes épi¬
démiologiques des limites bio-climatiques définies dans la région, en nous référant notamment
aux zones de végétation.
Ces recherches nous ont ainsi permis de mener parallèlement une étude expérimentale
des cycles biologiques et une observation de ces mêmes cycles tels qu’ils se déroulent réelle¬
ment en fonction des facteurs écologiques. Nous pensons qu’une étude de ce type permet
de comprendre de nombreux aspects des relations des êtres vivants entre eux et avec l’ensemble
des facteurs du milieu, et dans certains cas, de soupçonner l’évolution des groupes par adap¬
tation biologique. Que le cycle d’un Helminthe se déroule différemment au laboratoire et
dans la nature, que dans la nature même, le milieu sélectionne des modalités variées, laisse
soupçonner quelle peut être l’origine des processus actuels de transmission. Que la distribu¬
tion des parasites d’Amphibiens dans une région définie présente des rapports indiscutables
avec les variations d’ensemble du milieu, prouve combien il est nécessaire d’intégrer les
parasites dans l’étude des biocénoses.
Cette étude doit relever à la fois de l’écologie qualitative et de l’écologie quantitative.
Si la première, associée à l’étude des problèmes purement biologiques, permet de connaître
les processus fondamentaux de transmission des maladies parasitaires, la seconde seule per¬
met de cerner avec précision les relations existant entre les populations des organismes envi-
On doit ajouter que les comparaisons d’ordre biogéographique prendront tout leur sens
lorsqu’elles pourront se faire dans un cadre spatial beaucoup plus vaste que celui de notre
travail. Nous pensons que les recherches ne doivent pas s’arrêter, mais se multiplier lorsqu un
cycle biologique est connu. C’est en accumulant les résultats dans des régions différentes
que l’on comprendra les relations profondes des cycles avec le milieu et peut-être les mécanis¬
mes de leur évolution.
Enfin, si nous pensons qu’entre 1961 et 1966, les cycles de Plathelminthes de nos trois
Amphibiens répondent, dans l’est des Pyrénées, à la description que nous en avons donnée,
cette stabilité apparente et peut-être momentanée ne doit pas faire perdre de vue 1 éventualité
d’une transformation progressive. Il est nécessaire de rechercher comment, avec le temps,
des changements peuvent se produire, de découvrir le sens et le pourquoi de ces changements.
Cet aspect dynamique sera dans beaucoup de cas le plus difficile à saisir, car, à 1 échelle
humaine, le travail d’un chercheur dissimule souvent la lente transformation des phénomènes
biologiques, de même qu’un « coup de flash » photographique immobilise les objets en mou¬
vement.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE !>E DICF.NES
MONOCÈNES D’AMPniBIENS
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DE D1GÈNES
MONOCÈNES d’aMPHIBIENS
193
TABLE DES MATIÈRES
Sommaire. 1
Avant-propos. 2
Introduction. 4
Première partie. — MATÉRIEL ET MÉTHODES.
3
Deuxième partie. — BIOLOGIE ET COMPORTEMENT DES HÔTES. 13
Chapitre I. -- Rana tcmporaria . 13
Chapitre II. — Pelobates cultripes . 20
Chapitre III. — Hyla meridionalis . 23
Troisième partie. — DIGENEA.
Chapitre I. — Description des espèces.
Opisthioglyphe rastellus (Olsson, 1876) Looss, 1907 ..
llaplomel.ru cylindracea (Zcdcr, 1800) Looss, 1899....
Haematoloechus pyrenaicus Combes, 1965.
Gorgodera euzeli Ixos et Combes, 1967.
Gorgoderina vitelliloba (Olsson, 1876) Looss, 1902 ...
Chapitre II. — Cycles biologiques.
A. Cycle biologique de Opisthioglyphe rastellus .
1. Généralités.:.,
2. Recherches expérimentales.
B. Cycle biologique de Haplomeua cylindracea .
1. Généralités.
2. Recherches expérimentale*.
C. Cycle biologique de Haematoloechus pyrenaicus. - -
1. Généralités.
2. Recherches expérimentales.
1). Cycle biologique de Gorgodera euzeti .
1. Généralités.
2. Recherches expérimentales.
E. Cycle, biologique de Gorgoderina vitelliloba .
1. Généralités.
2. Recherches expérimentales.
Chapitre III. — Écologie des cycles.
A. Généralités.
1. Différents aspects de l'écologio d’un cycle.
2. Importance des facteurs écologiques.
3. Fluctuation de la population parasitaire.
B. Opisthioglyphe rastellus .
1. Hôtes effectifs.
2. Spécificité vis-à-vis du premier hôte.
3. Choix du deuxième hôte.
4. Situation du parasite dans sa niche écologique.
5. Biogéographie.
C. Ilaplometra cylindracea .
1. Hôtes effectifs.
2. Spécificité vis-à-vis du premier hôte.
3. Biogéographie.
7 504024 U.
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Source : MNHN, Paris
194
CLAUDE COMBES
D. Hacmatoloechus pyrenaicus . 80
1. Hôte» effectif». 80
2. Spécificité vis-à-vis du premier hôte et biogéographie. 80
E. Gorgoderidae : Gorgodera euzeti, Gorgoderina vilelliloba . 82
1. Hôtes effectifs. 82
2. Spécificité des Gorgodcridao pour le premier hôte. 84
3. Rôle du comportement du deuxième hôte dans sa propre infestation. 87
4. Biogéographie. 89
F. Fluctuation annuelle et saisonnière du parasitisme de l’hôte définitif. 92
1. Fluctuation annuelle. 92
2. Fluctuation saisonnière. 93
Quatrième partie. — MONOGENEA.
Chapitre I. — Description des espèces.
Polysloma integerrimum (Frôhlich, 1798).
Polystoma pelobalis (Euzel et Combes, 1965).
Polysloma gallieni Price, 1938.
Chapitre II. — Cycles biologiques.
A. Généralités.
B. Description de» stades larvaire».
1. Stades larvaires de Polysloma integerrimum .
2. Stades larvaires de Polysloma pelobalis . .
3. Stade» larvaire» de Polysloma gallieni ..
C. Recherchée expérimentale».
1. Dualité évolutive des larve».
2. Démonstration de l'existence d’un cycle interne.
D. Corrélations physiologiques entre les cycles sexuels de l’hôte et du jiarasite.
1. Corrélations des cycles sexuels do Polysloma pelobalis et de Pclobnles cullripes.
2. Corrélations physiologiques dos cycio» sexuels de Polysloma gallieni et de Ilyla
meridionalis .
E. La néoténie dans lo cycle biologique.
1. Originalité morphologique des formes néoténiques.
2. Déterminisme du développement néoténique.
3. Signification écologique et phylétique du dimorphisme évolutif..
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Chapitre III. — Écologie de* cycle*..
A. Généralités.;.
1. L’écologie des organismes..
2. L’écologie de la transmission.
B. Facteurs écologique» de l'infestation.
1. Polysloma integerrimum . '
2. Polysloma pelobalis .
3. Polysloma gallieni ...
C. Comportement îles larves dans la cavité branchiale.
1. Larve» de Polysloma integerrimum .
2. Larves île Polysloma pelobalis ... .
3. Larve* de Polysloma gallieni ...'
D. Comportement de* larve» à la métamorphose.
1. Modalités de la migration.'
2. Déclenchement de la migration.’ '
E. Spécificité parasitaire.
1. Recherches expérimentale» sur la spécifi. ité parasitaire de» l’olystomes de Raiia
lemporaria et Pelobates cullripes vis-à-vis do ce» deux hôtos.
2. Recherches expérimentales sur la spécificité parasitaire des Polystomes vis-à-vis dé
divers Amphibiens.
F. Biogéographie.
1. Polystoma integerrimum ..
2. Polysloma pelobalis .
3. Polysloma gallieni .'
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171
Source : MNHN, Paris
ÉCOLOGIE DF. DIGÈNES ET MONOGÉNES d’aMPIIIBIENS
195
Cinquième partie. — BIOGÉOGRAPHIE COMPARÉE. 173
Chapitre I. — Caractéristiques épidémiologiques des stations. 173
Chapitre II. — Rapports entre la parasitofaune et les ensembles bio-climatiques. 178
Conclusion.
Bibliographie. 1®®
Table des matières. 193
Source : MNHN, Paris
CARTE
V
CARTE NtZ
REPARTITION GEOGRAPHIQUE DES STATIONS
HAEMATOLOECHUS PYRENAtCUS
V
REPARTITION GEOGRAPHIQUE DES STATIONS
REPARTITION GEOGRAPHIQUE DES STATIONS
V
/:«' 0 >* m
CARTE Nf '
ETAGES ALTITUDINAUX DES PYRÉNÉES ORIENTALES
fl lTTTTT^
•W\. V -'-^- ’—f- --y-- \ - -f --
FÆl-^
STATIONS D' ETUDE DE R AN A TEMPORARIA
yii
V
CARTE N?9
MÉMOIRES DU MUSÉUM.
FASCICULE UNIQUE
PLANCHE I
Planche 1
Biotopes pyrénéens typiques à Kana lemporaria
En haut : les Cours de Cadi (station n° 57) dans le massif du Canigou. formés d'un groupe de petits étangs
à 2.200 mitres d'altitude, très riches en végétation ( Sparganium ). I.es Grenouilles rousses y constituent
une population isolée mais très abondante. Les Mollusques présents sont : Pisidium cascrlanum,
P. hibernicum, P.lilly eborgii.
En ban : le torrent de Las Encantades (station n" 23) dans le massif du Carlit, au voisinage immédiat du
réservoir du l.anoux. Les Grenouilles rousses sont nombreuses sur les bords des torrents pendant la
période estivale île dispersion; au moment de ta reproduction, elles sont rassemblées dans les biotopes
de ponte (eaux calmes des zones atterrics).
7 5C4024 fi. l'i
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME 1.1. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE III
Planche III
Biotopes à Pelobales cullripes et Hyla meridionalis
En haut : Mare de Saint-Eslèvc (Pyrénées-Orientales) au mois d’avril.
En bas : Mare de San Clémente (Espagne) au mois d'avril.
Source : MNHN, Paris
X1000 _ X 2000
PLANCHE IV
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME LI. —- FASCICULE UNIQUE
20 p
- ’ t»
»
0 0 o »
0 0 â *
Planche IV
Disposition tics scnsillcs sur une ccrcaire tic Digenra cl une larve gyrodartylolde tic Monogcnca
En haut : face dorsale (partie antérieure) tle la eerrairc île Opisthioulyphe raslrllns (l)igcnca).
En bus : face dorsale (partie antérieure) de la larve gyrodactylolde de Polysloma integerrimum (Monogenen)
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME 1.1. — FASCICULE UNIQUE PLANCHE V
Planche V
Ccrcaires dp Gorgoderidar (photographies prise» sur le vivant, au microscope à contraste de phase)
I'ji haut : fragment «le la queue d'une cercairc île Gorgodrra citzeli; la mise au point esl laite sur le réseau
superficiel de fibrilles musculaires.
En bas : fragment de la queue d'une ccrcaire de Gorgoderina vitelliloba ; la mise au point est fuite sur le réseau
PLANCHE VI
MÉMOIRES DU MUSÉUM.
TOME U. — FASCICULE UNIQUE
Planche VI
Comparaison de deux biotopes différant pur lu présence de Radix limosa vur. glaciali»
En Inuit •' lue des Pcssons (sti
est riche en végétation
Pisidium lilljeborgii, P.
En bas : lac de l'ont-ÎNègi
2.290 mètres d'altitude
lanum.
utiou 11 ° 37), biotope à R. limosa glaciali». U lac, situé il 2.307 mètres d'allitu<le,
(Ranunculus mpuuilis. Currx, Sparganium). Il abrite (par ordre d'abondance)
caserlanum, I’. milium , P. lublruncaliim , l‘. nitidum, P. bibernicum.
re (station n° 31), biotope dépourvu de II. limosa glaciali». la- lac, situé à
est extrêmement pauvre cil végétation aquatique. Il nous u livré P. caser-
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM.
TOME Ll. — FASCICULE UNIQUE
PLANCHE VII
Planche VII
Types de biotopes différant de manière constante par leur faune de Pisidics
En haut : bord de lae (ici, étang des Freg, station n° 17) : la vase abrite fréquemment plusieurs espèces de
Pisidium, ici (par ordre d'abondance) P. casertanum, P. lilljeborgii , hibernicum.
En bas : pozzine (ici à la station n° 20), : la vase n'abrite jamais que casertanum, généralement en grande
quantité; cette pozzine nous a également livré, dans la mousse des berges, Galba truncatula.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE VIII
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME Ll. — FASCICULE UNIQUE
Planche VIII
Polysloma pvlobatis
ve «lu cycle interne (embryonnée dans l'utérus de l’un des Polystomcs et éclose sur place) cl Polystom es
de différentes tailles dans lu vessie d’un niciiic Pélobale. I.a photographie est prise sur le vivant, i,
travers la paroi de l’organe. I.a larve, récemment éclose et dont on distingue bien le hapteur.est dé-igné,.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM.
TOME LI.
FASCICULE UNIQUE
PLANCHE IX
Planche IX
Mare <lc Porté (station n° 26)
En haut : partie ouest, ensoleillée; voir enregistrement thermique figure 31.
En bns : partie est. à l'ombre; voir enregistrement thermique figure 30.
A ilroite : rassemblement des têtards dans les zones chaudes.
Source : MNHN, Paris
UNIQUE
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris