Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
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NOUVELLE SÉRIE
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Série A, Zoologie
TOME LUI
FASCICULE UNIQUE
J.-C. LÉONIDE
, RECHERCHES SUR LA BIOLOGIE
DE DIVERS DIPTÈRES
ENDOPARASITES D’ORTHOPTÈRES
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue GeofFroy-Saint-Hilaire (V®)
1969
Source : MI-IHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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MÉMOIRES
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MESÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série Â, Zoologie
TOME LUI
FASCICULE UNIQUE
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue GeofFroy-Saint-Hilaire (V®)
1969
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
. RECHERCHES SUR LA BIOLOGIE
DE DIVERS DIPTÈRES
ENDOPARASITES D’ORTHOPTÈRES
par
Jean-Claude LÉONIDE
SOMMAIRE
AVANT-PROPOS. 3
Chapitre I. — INTRODUCTION AUX MÉTHODES ET TECHNIQUES D’ÉTUDE. 9
Chapitre II. — LES ANTHOMYIIDÉS, ÉTUDE D'ACYGLOSSA POLUNOSA
VILLENEUVE. 21
Chapitre III. — LES ACEMYIINA, ÉTUDE DE TROIS ESPÈCES FRANÇAISES. 61
Chapitre IV. — LES ORMIINI, ÉTUDE DE PLESIOŒSTRUSLEONIDEI MESNIL. 123
Chapitre V. — LES NÉMESTRINIDÉS, ÉTUDE DE SYMMICTüS COSTATUS
LOEW. 139
Chapitre VI. — CARACTÈRES BIOLOGIQUES ET PARASITOLOGIQUES DES
DIPTÈRES ACRIDIOPHAGES. 178
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS. 220
BIBLIOGRAPHIE. 228
TABLE DES MATIÈRES. 240
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
AVANT-PROPOS
L’ordre des Orthoptères tel qu’il est défiai par Chopabd (1949) se compose des sous-
ordres Ensifera (avec les super-familles Gryllaaidoidea, Prophalangopsoidea, Tettigonioidea
et Gryllodea) et Caelifera (avec les super-familles Tridactyloidea et Acridoided).
Mes investigations se sont limitées aux super-familles des Tettigonioidea et Acridoidea
qui, avec les Gryllodea^, représentent la quasi-tot^té des Orthoptères vivant en France;
j’ai étendu mes recherches bibliographiques au super-ordre des Orthoptéroides.
Les prédateurs et les parasites qui attaquent les œufs, les stades jeunes et les adultes
des Orthoptères sont nombreux et divers (Bactéries, Champignons, Protozoaires, Helminthes,
Insectes, Arachnides, Vertébrés) ainsi qu’en témoignent les revues de Grassé (1924), Uvarov
(1928), Séguy (1932), Thompson (1950), Greathead (1963) et Corbel (1967).
Parmi cette multitude d’ennemis, les Diptères occupent une place importante par le
nombre et la variété des espèces qui infestent les Orthoptères et par la spécificité dont ils
témoignent vis-à-vis de ces hôtes. Dès 1924, Grassé écrivait : « Les ennemis les plus redoutables
des Criquets appartiennent incontestablement à l’ordre des Diptères > et quelques années
après SÉGUY (Le.) confirmait cette opinion : » Les Insectes Orthoptères sont peut-être les ani¬
maux qui attirent aux différents stades de leur développement le plus grand nombre de Diptères
parasites et prédateurs >.
Parmi ces Diptères, certains (Bombyliidés, Calliphoridés, Sarcophagidés, etc.) s’attaquent
aux œufs, d’autres (Némestrinidés, Phoridés, Anthomyiidés, Sarcophagidés, Tachinidés)
infestent larves et imagos. Ce second groupe — qui nous intéresse ici — compte des parasites
obligatoires mais aussi des parasites occasionnds polyphages ou même sarcophages.
Une discrimination nette entre ces divers statuts biologiques s’imposerait.
Elle sera difficile à faire — voire impossible à l’heure actuelle — pour certains Diptères, vu la
confusion introduite entre ces espèces, dans des publications où les données souvent fragmen¬
taires proviennent d’observations fortuites, partielles, de récoltes parfois réalisées dans des
conditions déplorables. Une distinction a été établie par Séguy (1932). Mais nombre de para¬
sites ont été signalés depuis. Je vais tenter, d’une manière qui ne sera exhaustive que pour les
Diptères endoparasites obligatoires (à l’exdusion des Sarcophagidés), un classement biologique
des Mouches acridiophages connues. Le statut biologique d’une espèce peut être défini dans
le cas où elle a été élevée h plusieurs reprises ou lorsque son élevage a fourni l’occasion d’une
étude biologique suffisa mm ent précise.
Je mettrai, provisoirement, à port des Diptères obtenus d’Orthoptères dans des conditions telles
que l’on ne peut actuellement préciser avec certitude leur mode de vie. Ce sont des Muscidés ou des Sarco-
phagidés : Musca domestiea (L.), Muscina stabularu Fall., Pegomyia futdeeps Zen., Stomoxys nebu-
losa F., etc., mentionnés par Künckel d’Hercvlais (1893-1905) ou Lahille (1907), qui sont saprophages
ou sarcophages et qui provenaient, aana doute, de cadavres de Sauterelles. C’est aussi le cas des Milto-
gramminae sign^és d’Orthoptères et qni sont habituellement deptoparasites : Pachyophtalmus lignatus
Meig. élevé i’Âiolopus strepens (Latr.) [cf. Théodobidès 1954], Helicobia rapax (Walk.) [cf. Bdckell
& Spencer 1945, Spencer 1958], Hilarella hilarella (Zett.) [cf. Ségüy 1941, Abnadd 1954), Metopia
leucocephala Rossi (cf. Séguy 1932-1941), etc.
U faut également laisser en suspens des Diptères obtenus par des élevages isolés et que l’on ne peut
dasser définitivement, bien qu’ils puissent être acridiophages, faute de renseignements biologiques suf-
Parmi oeux-d, il faut citer :
1® Hypoatena seliventris élevé de Teltix bipunclatus par Rodzianko (1905 : 696-697) et déter¬
miné par Jarochevsxy; l’on ignore l’identité exacte de cette Tachinaire car, bien que H. setiventris
soit considéré comme un synonyme de Arrhitwmyia (= Apatelia) ijtnoxia (Mg,), Belanovsky (1953 :
206) a montré que l’exemplaire mâle élevé de Tettix n’est pas A. irmoxia-,
2® Oedenatocera dampfi Aid. et Oe. flaveola (Coq.), Tachinaires Blondeliina, obtenues par
Aldmch (1927 a et b, 1928) de Schistocerta paranentis et par Eades (1964 : 82) du Gryllacrididé Ceato-
pkilus guttulosua Wdk;
1. J’ai néÿigé i’étude des GryUodea faute de pouvoir recueillir im matériel suffisant.
Source : MNHN, Paris
J.-C. LÉONIDE
30 Gilvella gilvipes (Coq.). Tachinaire Blondeliina, parasite de Gryllidés selon AiBRtCH (1928 :
301);
4» Megaselia giraudii Egger, Phoridé élevé de Tettigonta viridùsima L. par Timok-David
(1938) ».
Les Diptères dont le statut biologique est connu se rangent en deux catégories :
1. Des Diptères endoparasites occasionnels et facultatifs des Orthoptères.
2. Des Diptères endoparasites obligatoires, inféodés aux Orthoptères.
Les Diptères parasites occasionnels ont un statut difficüe à définir. Il existe des degrés
intermédiaires entre le saprophage exclusif, le saprophage parasite occasionnel (et facultatif)
et le parasite obligatoire polyphage ou oligophage. De plus, chez ces Diptères, qui sont ubi-
quistes et dont la taxinomie est mdaisée, l’incertitude des déterminations est grande.
Je placerai dans cette première catégorie des espèces dont le comportement de parasite
occasionnel a été démontré, souvent après de minutieuses recherches. L’exemple le plus
typique est fourni par Sarcophaga {Kelîymyia) kellyi (Aid.). Cette espèce élevée en grand
nombre de divers Acridiens par Kelly (1914) fut retrouvée chez des Orthoptères par différents
auteurs (Smith H.E. 1915 : 7-11, Hayes & de Coürsey 1937, Smith R. W. 1944, Buckell
1945; Spencer & Buckell 1957). En 1958, Smith R. W. reconnaît que ce Diptère lorsqu’il
est abondant contribue à limiter la population de son hôte mais que les femelles sont capables
de pondre sur le corps des Sauterelles mortes, et les larves de se développer dans du foie de
porc. A l’instar de S. kellyi, le statut de parasite facultatif et occasionnel a été reconnu à Sarco¬
phage destructor Mail. (cf. Wood 1933), Helicobia australis J & T (cf. Füller 1938 b), Sarco-
pkaga minuta Lah. (= Doringiaacridiorum Weyenb.) [cf. CrOüzel & Salavin 1961], JFohl-
fartia euvittata Will. (cf. Schalkwijk 1939), etc.
J’incluerai ensuite, dans cette catégorie, des Diptères dont la biologie n’a pas été
précisée par des observations de laboratoire mais qui ont été élevés d’Orthoptères et, en outre,
d’hôtes divers et a fortiori de matières organiques en décomposition. C’est, par exemple, le
cas de Sarcophaga kaematodes Meig. signalé d’Acridiens (Callot 1937, Sécuy 1941) mais
également de Coléoptères et d’Escargots morts (Séguy 1941). Il y a des chances pour que cela
soit également le cas, comme le pense Creathead (1963 : 464), de la majorité des espèces de
Sarcophaga obtenues d’Orthoptères dans le vieux monde, de Muscidés [Fannia canicularis
L., Chortopkila cana Macq. (cf. Séguy 1932)], de Sarcophagidés [Agria affinis (FaU.) cf. Séguy
1932, 1941].
La deuxième catégorie comporte des Diptères élevés uniquement d’Orthoptères. Leur
étude biologique suffisamment approfondie autorise une opinion fondée sur leur statut biolo¬
gique d’endoparasite obligatoire. Ce groupe, plus facile à circonscrire, comporte à l’heure
actuelle des représentants de quatre grandes familles.
1. Les Sarcophagidés.
Les espèces que l’on peut classer ici se développent exclusivement aux dépens d’Orthop¬
tères vivants *. Ce sont des parasites vrais qui ne doivent pas être confondus avec les espèces
dont nous avons parié dans les catégories précédentes et dont le statut biologique est fort
différent. Parmi les Sarcophagidés endoparasites obligatoires, on peut, citer, dang l’ancien
monde, les espèces des genres Blaesoxipha et Gesneriodes et, dans le nouveau monde, des
espèces appartenant à toute une série de genres (leur nomenclature est assez confuse, voir
à ce sujet Robdendorf 1937 et Rosace 1954) : Acandotheca, Acridiophaga, Protodexia,
1. Par suite d’erreurs de détermination ou en raison de confusions d’élevage, d’autres Tachinaires,
aaridiophages ou abusivement considérée comme telles, sont citées sous des noms d'espèces qui ne sont pas
acridiophages. Ces erreurs figurent sous les noms de : Tachina anonyma Riley (= Fronlina frenchii Will.
ap. CoovJLLEr 1897 :107) dans RaEY (1878 : 319-323) (contestation dans Greathead 1963 : 467]; Tricko-
poda ptumiptM Fabr. dans COQUILLET (1897 : 21, 23) [contestation dans Dupuis 1963 : 64-65]; Meigenia
floralit FalL dans Kueine (1909) [contestation dans Hebtinc 1960 ; 45]; Gymnosoma rotundatum (L.) [contes-
Ution dans CbassE 1924 et Dupuis 1963 : 63); Tricholyga tp. dans COMMON (1948) [contestation dans Gbea-
TBEAD 1963 : 467]; ParadUnaea atra (Towns.) dans SsiiTH & Finlayson (1950 : 100) [critique dans DUPÜIS
1953 6 ; 67-68, 1963 : 65 et rectification dans SsnTH 1958 : 244].
2. Elles constituent l’essentiri de la sous-tribu Servaûiina de ROBACK (1954 ; 83).
Source : MNHN, Paris
DIPTèRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
Servaisia, Tephromyiella. La biologie de ces espèces commeoce à être bien connue grâce aux
observations qui se sont succédées depuis celles de Loew (1861) sur Blaesoxipka grylloctona
(Loew) jusqu’à celles de Baranov (1924) en Serbie, OtsouriEV (1929), Rdkavishnikov (1930),
2UKHVATKIN (1954) en Russie, Salavin (1958), Crouzel & Salavin (1961) en Argentine,
HowiTT (1951), Middlekauff (1959) aux Etats-Unis, Smith (1958) au Canada, M“« J. Léonide
(1964-1965-1967) en France.
2. Les Ânthomyiidés.
Dans cette famille, les acridiophages n’étaient jusqu’ici représentés que par deux
espèces : Acridomyia sacharovi Stack. découverte en 1929 et étudiée en 1930 et A. canadensis
Snyd. dont la biologie a été précisée en 1958.
3. Les Némestrinidés.
Six espèces sont connues comme parasites obligatoires d’Orthoptères. Mais si les pre¬
mières larves furent obtenues d’Âcridiens dès 1892, leur biologie n’a fait l’objet de recherches
importantes qu’à partir de 1943 et surtout 1952.
4. Les Tachinidés.
Plusieurs espèces peuvent être considérées comme inféodées aux Orthoptères. Elles
appartiennent à quatre groupes taxinomiques différents :
La sous-tribu Acemyiina. Les quatorze représentants dont la biologie est plus ou moins
connue depuis 1897, date à laquelle Coquillet obtint Ceracia dentata Coq. à partir d’un
Oithoptère, sont acridiophages.
La tribu Gynandromyiini. Deux espèces ont été levées d’Orthoptères : Phorocerosoma
forte T.T., étudiée par Uchida & Ehara (1953) et Iwata & Nagatom (1954) au Japon et
P. pilipes Vill. à Madagascar (Mesnil 1957).
La tribu Ormiini. L’acridiophagie a été établie pour une espèce au moins : Euphasio-
pteryx brevicornis Towns. (cf. Nutting 1953).
tribu Glaurocarini. L’acridiophagie vient d’être démontrée dans l’espèce Glaurocara
fiava Thom. par Swaine (1964) et Crosskey (1965).
D’après cette revue, on constate, en définitive, que relativement peu d’espèces sont
connues comme endoparasites obligatoires d’Orthoptères et que plusieurs ont été signalées
à une date récente. En France, en particulier, quatre espèces seulement avaient été citées :
les Sarcophagidés Blaesoxipka lineata Fall. (cf. Vayssière 1921, Remaudière 1947, Roeh-
RICH 1951) et B. ungulata (Pand) [cf. Ségüy 1941], VAcemyiina Acemyia aeuticornis Meig.
(cf. Callot 1937) et l’Anthomyiidé Acridomyia sacharovi Stack. (cf. Arnoux & Remau¬
dière 1946, Roehrich 1951). Seules d’ailleurs B. lineata et A. sacharovi avaient donné lieu
à quelques travaux.
C’est sur l’étude de la biologie des espèces parasites obligatoires que j’ai fait porter
mes efforts d’investigations Ce sujet n’était pas « neuf » lorsque je l’ai abordé. Il existait
déjà sur le plan diptérologique de nombreuses contributions taxinomiques, et sur le plan
biologique diverses données émanant souvent de praticiens. Mais j’ai envisagé ce sujet d’un
point de vue tout autre, le point de vue parasitologique et naturaliste, c’est-à-dire avec le souci
de porter la lumière sur tous les aspects de la biologie des Diptères rencontrés, qu’ils parasitent
ou non des Orthoptères d’importance économique.
Les recherches que j’ai poursuivies de 1959 à 1966 m’ont permis de retrouver en France
des représentants de tous les groupes de Diptères endoparasites obligatoires connus * dans le
monde, à l’exception des Gynandromyiini * et Glaurocarini.
1. Je n’ai, en fait, exclu, à aucun moment, les Diptères endoparasites occasionnels de mes rcckerches
sachant l’intérêt que leur étude présente pour la connaissance de la genèse du parasitisme. Mais il s'est
révélé que ces parasites sont rares lorsque les Orthoptères sont récoltés vivanU. J’ai disséqué plus de 11 000
Orthoptères et obtenu plue de 1 000 hôtes infestés par des Diptères endoparasites obligatoires pour un seul
cas de parasitisme occasionnel (par Sarcophaga misera Walk., déterminée par SéGUY).
2. J'ai découvert en 1966, à la Station de Richelieu (Indre-et-Loire) chez des Tetrigidae, des larves
d’un Tachinidé indéterminé.
3. J’ai eu, toutefois, l'occasion d’étudier des Locusla migraloria L. infestés par le Diptère Phoro-
cerosama pilipes provenant de Madagascar et qui m’avaient été aimablement communiqués par le docteur
Tétepoht.
Source : MNHN, Paris
J.>C. LioNlDE
Les Sarcophagidés, représentés par plusieurs espèces de Blaesoxipha, montrent des
comportements particuliers des plus instructifs sur le plan parasitologique (LéoNIDE 1966).
Leur étude constitue une tâche que je n’ai pu mener de front avec celle des autres Diptères et
qui est poursuivie par M“® J. LÉONIDE.
Les endoparasites sur lesquels j’ai concentré mes efforts ont été ;
— l’Anthomyiidé Acyglossa pollinosa ViU. 1908 dont j’ai découvert l’acridiophagie;
— le Némestrinidé Symmictus costatus Loew 1858 [et en partie Neorhynckocephalus
tauscheri (Fisch.) 1811];
— les Acemyiina, Acemyia acuücomis Meig. 1824, Ceracia mucronifera Rond. 1865
et Myiotkyria benoisCi Mesn. 1959. Pour cette dernière espèce, tout au moins, la biologie
était ignorée;
— rOrmiini PUsioœsUus leonidei Mesn. 1964 dont j’ai découvert le mode de vie.
Deux de ces espèces (C. mucronifera et M. benoisti) sont nouvelles pour la France et
une troisième (P. leonidei) nouvelle pour la Science.
Une de mes préoccupations initiales fut l’inventaire des Diptères acridiophages de
la faune qm m’était accessible. Ce but n’a pas été atteint (des découvertes sont encore possibles,
voir note 2, p. 5). J’en ai été détourné par l’importance qualitative des faits observés les
premiers et dont il a fallu tirer d’emblée le maximum de renseignements.
Pour cette raison, le présent mémoire se limite à l’exposé des résultats de mes études
sur la biologie des six-sept espèces de Diptères signalées ci-dessus. Il se subdivise comme suit.
Le chapitre i présente les méthodes et techniques employées. Les quatre chapitres suivants
sont consacrés à l’étude monographique des parasites obtenus. Le chapitre ii traite des Antho*
myiidés, le chapitre ni des Acemyiina, le chapitre iv des Ormiini, le chapitre v des Némestri-
nidés.
Dans ces chapitres, chaque espèce est étudiée d’une manière aussi exhaustive que pos¬
sible. D est d’abord fait un historique du groupe taxinomique auqud l’espèce appartient et
une revue des connaissances biologiques déjà acquises. La référence à ces données est rappelée
dans le dévdoppement des chapitres, chaque fois que je l’ai jugé utile, à titre de comparaison.
Un rappel succinct des caractéristiques taxinomiques, morphologiques, écologiques, biologi¬
ques des hôtes, indispensables à la compréhension de la description détaillée de la vie des
parasites, est parfois ann exé. Une première section traite de la morphologie préimagin^e
du parasite et mentionne, le cas échéant, les éléments utilisés pour la diagnose des larves.
Chaque espèce est ensuite envisagée aux différentes phases de son existence, ce qui, chez les
parasites protéliens où l’adulte mène une vie libre saits grand rapport avec celle des larves,
conduit à opposer, dans deux sections, la vie imaginale à la vie larvaire. Les autres sections
sont réservées à l’examen des problèmes propres au couple hôte-parasite (interactioiis, spéci¬
ficité). Une condusion dégage, autant que cela se peut, les caractéristiques biologiques et para-
sitologiques des entomophages considérés.
Le dernier chapitre, consacré à la comparaison des différents modes de vie que présentent
les divers Diptères endoparasites obligatoires d’Orthoptères connus (par le présent travail et
dans la littérature), tente de dégager la physionomie de ces Diptères et constitue ime mise
au point des connaissances sur ce groupe.
La condusion générale, qui met l’accent sur les progrès que notre étude a fait accomplir
à la connaissance des Diptères acridiophages, et la liste des publications dtées terminent ce
mémoire.
Avant d’exposer les réstdtats de mes recherches, j’ai l’agréable devoir d’exprimer ma reconnais¬
sance à toutes les personnes qui m'ont aidé à mener à bonne fin ce travail.
Ma première pensée ira à mon maître, ie professeur J. Tiicon-David, qui m’a honoré de sa confiance
en m’attribuant, dans son service, les fonctions d’assistant puis de maître-assistant et en orientant mes
recherches sur ks Diptères parasites des Orthoptères, sujet dont il avait, par plusieors travaux personnels
et en véritable naturaliste et parasitologisie, pressenti tonte la richesse. Je lui stds particidièrement rede¬
vable de l’esprit libéial avec lequel il a bien voulu laisser progresser mes investigations selon mes goûts,
tout en me préservant des faux pas par ses avis attentifs et qualifiés. Je lui témoigne de ma profonde recon¬
naissance et de mon respectueux et indéfectible attachement.
M. le proféssenr M. Abeloos a bien voulu accepter de présider ie jury chargé d'examiner mon travail
de thèse. R s lu mon manuscrit avec la hauteur de vue et l’esprit de synthèse que ses élèves, dont j’ai en
l’honneur et le très grand plaisir d'étre, ont pu apprécier. Je lui dois égdement le sujet de la question
proposée par la Faculté. Je lui exprime ma vive gratitude et ie témoignage de ma profonde estime.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
M*”* M.-L. FüRNESTIN, professeui, a accepté de &ire partie du jury de ma thèse avec une sponta¬
néité dont je suis honoré et à laquetle j'ai été très sensible. Les correctioDS qu’elle a apportées à mon texte,
avec sa compétence coutumière, ont grandement contribué à l'am^oration de ce mémoire. Je la prie d’ac¬
cepter l’expression de ma très sincère reconnaissance et mes hommages respectueux.
M. C. Dupuis, maître de conférences au Muséum et sous-directeur de la Station de Parasitologie
expérimentale et comparée de Richdieu (Indre-et-Loire), a témoigné à mes investigations, dès leur début,
un grand intérêt de spécialiste dans lequel j’ai puisé une source permanente d’encouragements et de
conseils. Je dois à sa complaisance d’avoir pu accomplir dans son laboratoire et à la Station de Richelieu
divers séjours aussi agréables que productif. Je lui suis particulièrement redevable de la part considérable
qu'il a prise dans la rédaction de la thèse; il a été lors de nos multiples échanges de vue è l'origine de
nombreuses idées et suggestions qui ont grandement amélioré, tant dans le fond que dans la forme, la
présentation de mes résultats. Je lui voue mon amitié.
M. le professeur A. S. Balacbowsky, membre de l’Institut, m’a fait le très grand honneur de s’in¬
téresser à mon travail et de permettre sa publication in extenso dans les Afémoires du Muséum. Je lui
témoigne respectueusement de ma très profonde gratitude et de ma grande estime.
Je prie le docteur H. W. Prxscott (Entomologist in Charge, Forest-Grove, U.S.A.), qui m’a fait
bénéficier avec spontanéité et libéralité de son expérience de vingt années de recherches sur les Némes-
trinldés, d'accepter le témoignage de ma très sincère gratitude.
J’évoquerai avec respect et reconnaissance la mémoire du regretté professeur L. Face, membre
de l’Institut, qui a bien voulu présenter les notes préliminaires de mes travaux à l’Académie des Sciences.
Je suis heureux d’exprimer mes plus vi& remerciements à tous les naturalistes qui m’ont aidé
■isris le cadre de leur spécialité :
Aux taxinomistes de réputation mondi^e qui ont déterminé ou décrit mes Diptères, L. Mesnil
et B. Herting pour les Tachinaires, W. Hennig pour les Anthomyiidés.
A M. P. T. Haseell, directeur de l’Anti-Locust Research Centre et à ses collaborateurs qui ont
&cilité mes recherches bibliographiques en m'adressant leurs revues (Anti-Locust Bulletin, Acridological
AbsUact, etc.) et en me permettant d’utiliser la bibliothèque du Centre.
Aux naturalistes qui m’ont aimablement communiqué du matériel ou qui m'ont prodigué conseils
et encouragements : E. Séguy (professeur honoraire au Muséum), L. Chopard (professeur honoraire au
Muséum), Retté Mounier et Roger Mounier (professeurs à la Faculté des Sciences de Marseille),
A. Bdttner (directeur adjoint de la Station de Parasitologie de Richelieu), E. Biuorn (directeur de la
Station de Lutte biologique d’Antibes), J. Rebecq (maître de conférences à la Faculté des Sciences de
Rennes), G. Le uasne (Institut de Neurophysiologie et Psychophysiologie de Marseille), G. Rehaüdière
(chef de service à l’Institut Pasteur), J.-R. Steppan (maître de conférences au Muséum), D. J. Gbeathead
(Anti-Locust Research Centre), L. Téteeort (directeur de Recherches à la Station de Recherches acri-
diennes, Betioky Sud, Madagascar), R. Deluas (professeur à l'École d’Agriculture de Montpellier),
J. C. CoKDEL (maître-assistant à la Faculté des Sciences de Paris), R. W. Smith (Entomology Research
Institute for Biological Controi, Belleville, Canada).
Qu’il me soit enfin permis d’adresser une pensée affectueuse à M*”^ LÈONIDE, assistante en zoologie,
qui m’a apporté son aide précieuse avec un dévouement inlassable.
A ma femme, à notre fille, à mon père et à ma mère, je dédie ma thèse.
Source ; AlfJHW, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE I
INTRODUCTION AUX MÉTHODES
ET TECHNIQUES D’ÉTUDE
SOMMAIRE
A. ÉTUDE LORSQUE LE MATÉRIEL INITIAL EST L’HÔTE. 10
I. Obtention des hôtes. 10
1. Recherche et récolte. 10
2. Transport et conservation.. 11
II. Étude des hôtes. 11
1. Examen externe. 11
2. Dissection. 11
III. Élevage des larves parasites. 12
B. ÉTUDE LORSQUE LE MATÉRIEL INITIAL EST LE PARASITE. 12
I. Obtention du matériel d’étude. 13
1. Récolte et élevage des hôtes indemnes. 13
2. Obtention des imagos ou planidia de l’entomophage. 13
n. Techniques de contamination. 14
1. Par l’imago. 14
2. Par le planidium. 15
III. Devenir des hôtes infestés. 15
1. Examen après contamination. 15
2. Utilisation des hôtes infestés. 15
G. OBSERVATIONS SUR LE TERRAIN. 15
D. MÉTHODES EXPÉRIMENTALES. 16
E. MATÉRIEL ÉTUDIÉ. 16
I. Nature, origine, importance numérique. 16
II. Détermination. 16
III. Indexation. 19
INTRODUCTION
Comme l’a souligné DuPUis (1963 : 11) : « les recherches concernant la systématique,
la morphologie préimaginale, les hôtes, l’écologie, l’éthologie et le dévdoppement des Tachi-
naires ne font appel à aucune méthode compliquée ou délicate. Encore doit-on les conduire
de manière à recueillir des données aussi complètes, significatives et comparatives que
possible... >. Cette remarque quant à la simplicité des méthodes, qui n’exdut en rien la rigueur
de leur conduite, demeure applicable aux Diptères que j’ai étudiés.
J’ai, pendant sept ans, effectué le plus grand nombre possible de dissections d’Orthop-
tères de toutes espèces, provenant de localités variées et récoltés en toutes saisons.
Les premières dissections, réalisées sommairement, m’ont servi à dresser une liste
Source : MNHN, Paris
10
J.-C. LÉONIDE
des espèces acridiophages en Provence et à connaître leur abondance, leurs hôtes, leurs stations
et leur phénologie iraaginale et larvaire, données indispensables à une étude approfondie.
Les dissections ultérieures, plus minutieuses, des espèces précédemment reconnues comme
hôtes probables m’ont permis de recueillir, à partir de ceux effectivement infes^ dans la
nature, le maximum d’üfformations biologiques sur les parasites. J’ai, de cette manière, étudié
les parasites à partir de leurs hôtes.
Par ailleurs, je me suis efforcé d'obtenir in vitro la propagation du parasite, c’est-à-dire
d’étudier ce dernier en partant de l’imago — ou du stade infestant. Cette méthode permet l’in¬
festation d’hôtes en nombre théoriquement illimité et procure un matérid important, ce qui
n'est pas toujours le cas dans les conditions naturelles. Elle rend possible l’observation détaillée
du comportement d’infestation et son étude expérimentale. La contamination, pratiquée
dans des conditions déterminées, fournit des renseignements que l’on ne pourrait recueillir
par la première méthode et toute donnée requérant une chronologie précise.
Cependant les conditions de l’expérimentation peuvent modifier le comportement des
parasites. Certains points de la biologie ne peuvent être précisés que dans la nature (cas de
bien des aspects de la vie imaginale). Les hôtes infestés sont susceptibles de présenter des
comportements particuliers seulement décelables sur le terrain. Pour ces raisons, je me sub
efforcé de vérifier et de compléter dans b nature les résultats établb in vitro.
Au gré des circonstances et selon le matériel, j'ai donc combiné au mbux les trob
démarches suivantes :
Étude du parasite par dissection des hôtes infestés dans la nature (Section A);
Étude réalisée in vitro par contamination d’hôtes sains (Section B);
Vérification, dans les conditions naturelles, de b validité des résultab précédemment
établis, notamment en ce qui concerne b vie imaginale (Section C).
Dans quelques cas, j’ai eu recours à des méthodes expérimentées particulières qui
sont mentionnées dans la Section D.
Le matériel recueilli a été déterminé et indexé selon des normes que je définis dans
b Section E.
A. ÉTUDE LORSQUE LE MATÉRIEL EVITIAL EST L’HÔTE
Cette phase d’investigations consbte à récolter un grand nombre d’hôtes infestés dans
b nature et à tirer de leur dissection le manmum d’informations en utilisant le parasite et
les traces laissées par ce dernier (exuvies, siphon, etc.). Ce procédé renseigne sur b vie endo-
parasitaire mab peut également donner un aperçu de b vie imaginale tel le mode d’infestation
(œufs pondus sur ou dans le corps de l’hôte, planidb assurant eux-mêmes la contamina¬
tion, etc.).
Si l’on obtient l’imago à partir de ces hôtes, il devient possible de rattacher les bib
biologiques constatés ainsi que les formes prénymphales à l’espèce déterminée. L’identification
a lieu en remontant de l’adulte aux stades préimaginaux. C’est la méthode * ascendante >
d’identification des matérbux (DüPUiS 1963 : 18).
Cette méthode devrait être plus utilisée car les cas de parasitbme sont souvent rares
et il suffit éors d’obtenir un imago pour déterminer tout le matériel larvaire et biologique
extrait de l’hôte.
I. OBTENTION DES HÔTES
1. Recherche et récolte.
La recherche des hôtes suppose un minimum de connaissances quant à leur écologie.
Les Orthoptères sont des Insectes liés à des biotopes variés (Chopard 19M : 43 et 1949 : 694),
mab bien déterminés (Dreux 1962 : 326). Ces biotopes sont, en France et notamment en
Provence, assez bien connus (Azau & Finot 1888, Chassé 1929, Randon 1932, Soyer 1949,
Chopard 1952, Dreux 1962, Favahd 1962, etc.) et de toute façon on acquiert rapidement,
avec b pratique, une connaissance empirique des sbtions et de leur faune.
La récolte se fait de manière simple.
Les Acridiens, assez faciles à repérer, se capturent au filet.
Source : MhtHhl, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
11
Les Enaifètes édiappent au regard. Leur recherche exige une connaissance pius appro¬
fondie de leur micro-écologie et de leur chant, leur repérage se faisant surtout à l’ouie. Leur
capture se fait diversement. Les espèces se tenant à découvert ou sur les sommités de la végé¬
tation sont récoltées au filet. Les jeunes larves de Barbitistes fischeri sont recueillies en nombre
par battage sur carreau. Les Ephippiger qui se trouvent sur les arbustes sont ramassées, après
repérage à vue, en secouant les branches sur le filet tenu horizontalement. Les B. Jischeri
adultes se laissant choir au fond des fourrés touffus, j’ai eu recours au ramassage à la main
à l’aide de gants.
L’heure des récoltes varie. On a avantage à ramasser Dociostawus maroccanus tôt le
matin alors qu’il est engourdi. B. Jischeri est plus facile à repérer pendant les heures chaudes
de la journée.
Selon le but de la récolte, le ramassage se fait au hasard ou orienté vers une espèce
dont on peut prendre tous les individus ou s^ectionner, lorsqu’il existe des signes extérieurs,
ceux qui sont infestés.
2. Transport et conservation.
J’utilise, selon les besoins, quatre modèles de cages en contreplaqué, vitre et toile
métallique en fil de laiton (maille à vide linéaire de 0,3 mm).
Le transport et la détention des Orthoptères à mœurs cannibdes (Ensifères) et l’élevage
isolé des hôtes s’effectuent dans de petites cages (10 X 10 X 5 cm). Ces dernières ne sont
grillagées que sur l’une des deux grandes faces. Sur l’un des petits côtés se trouve une trappe
(5x2 cm) qui se ferme grâce à ime lame de verre (modèle utilisé pour les préparations micro¬
scopiques) coulissant dans deux rainures.
Le transport et la conservation en nombre moyen (20 à 50) d’hôtes non cannibales
a lieu dans des cagea plus allongées (10 X 15 X 30 cm).
Des cages mesurant respectivement 35 X 50 X 45 cm et 45 X 50 X 80 cm servent
au transport et surtout à la conservation d’un nombre d’hôtes plus élevé (50 à 500) «fin d'obtenir
une grande quantité de larves ou d’avoir quelques chances d’en recueillir quelques-unes lorsque
le taux de parasitisme est bas. Ces cages sont grillagées sur les faces supérieure et postérieure.
La face antérieure est fermée par une vitre coulissante. Dans l’un des côtés est aménagé un
trou (2 cm de diamètre, fermé par un bouchon) qui sert à l’introduction des Orthoptères
un à un. H existe un double fond constitué d’un grillage à maille s uffisamm ent grande (vide
linéaire de 0,5 cm) pour permettre le passage des larves de Diptères et non celui des Orthop¬
tères. Cela permet la séparation rapide des hôtes et de leurs parasites et d’éviter à ces derniers
d’être dévorés. Un tiroir placé sous le double fond sert à recueillir les larves.
II. ÉTUDE DES HÔTES
Les hôtes peuvent être disséqués sans délai ou, au contraire, gardés vivants jusqu’à la
sortie des parasites. Que ce soit immédiatement après la récolte ou plus tardivement, tous les
hôtes font l’objet, sous la loupe binoculaire, d’un examen externe et d’une dissection* égale¬
ment minutieux.
1. Examen externe.
n doit permettre de découvrir tous les signes extérieurs de parasitisme : œufs collés
sur le corps de l’hôte; planidia engagés, en partie ou en totalité, dans des formations tégumen-
taires et visibles de l’extérieur; pores respiratoires; cicatrices d’orifices de pénétration ou de
sortie: déformations ou lésions.
2. Dissection.
Elle complète l’examen externe et doit être minutieuse car l’on doit, par ce procédé,
trouver tous les parasites et leurs traces sans exception. Ce n’est qu’à ce prix que la dissection
d’un hôte peut s’avérer féconde. L’animal est, pour des raisons de commodité, ouvert par la
1. Les donnies sur la morphologie et l'anatomie des Orthoptères ont été extraites d'ouvrages
généraux {UvABOv, 1928; Chopabd, 1949) ou monographiques (Albrecht, 1953).
Source : MNHN, Paris
12 J--C- LÉONIDE
face ventrale selon une incision longitudinale médiane, puis épmÿé. L'examen a lieu d’abord
à sec, ensuite dans l’eau.
n y a lieu de rechercher avec soin les formations suivantes :
1° Les larves, vivantes ou mortes, encore présentes dans l’hôte. H faut noter leur stade,
leur localisation, leur état, voir si elles sont libres ou fixées, saines ou parasitées (hyperparasi-
tées), si elles présentent des blessures, cicatrisées ou non, et, lorsqu’elles sont mortes, noter
la présence ou l’absence d’encapsulement, de mélanisation, de momification;
2° Les exuvies constituées d’un tissu transparent, correspondant au tégument larvaire
avec sa spinulation, des stigmates et surtout des pièces buccales qui les rendent reconnaissables
et facilitent leur recherche. Ces exuvies ne sont, en général, ni encapsulées ni mélanisées.
Le nombre d’exuvies de chaque stade doit correspondre à cdui des larves hébergées ayant
dépassé ce stade. Le nombre total des exuvies que l’on doit découvrir est fonction du nombre
de larves hébergées et de leur stade respectif. Pour chaque larve mûre, on doit trouver deux
exuvies chez les Sarcophagidés, Anthomyiidés et Tachinidés, trois chez les Néraestrimdés.
Leur position doit être précisée;
3° Les œufs, preuve d’une ponte à l’intérieur du corps de l’hôte;
4° Les siphons respiratoires dont il convient d’indiquer la zone d’insertion, la loc^-
sation, la forme, l’état. S’ils ne sont pas fonctionnels, il faut voir s’ils sont abandonnés,
obstrués, etc.;
5° Les déjections des parasites;
6° L’état de développement des différents organes de l’hôte;
7° L’existence, l’importance des lésions subies par l’hôte;
8® Et d’une manière générale, toute particularité susceptible d’apporter un quelconque
renseignement relatif à la vie du parasite et de ses interactions avec l’hôte.
Un tel examen nécessite évidemment une dissection détaillée de tous les organes sans
exception. Si nécessaire, il est pratiqué une dernière prospection de l’hôte par écrasement
des différents organes entre deux lames de verre et leur examen à la loupe ou au microscope.
III. ÉLEVAGE DES LARVES PARASITES
Les larves à terme, c’est-à-dire ayant quitté l’hôte naturellement, sont placées directe¬
ment en élevage. Certaines d’entre elles, après avoir déambulé quelques heures, s’empupent,
d’autres demeureront pendant des mois au stade larvaire. Larves ou pupes sont placées isolé¬
ment dans de petits piluliers de verre étiquetés et obturés par un voile ou une capsule de
plastique perforée. Les larves sont enterrées dans du sable qui emplit les piluliers aux deux
tiers; les pupes sont placées dans du sable ou laissées à même le fond du récipient.
L’élevage des pupes d'AcemyUna n’a pas présenté de difficultés majeures. Conservées
à la température du laboratoire, ^es donnent des imagos avec un pourcentage d’échec faible.
Je ne saurais en dire autant des pupes d’Ormiini, d’Anthomyiidés et des larves des Némes-
trinidés. Là, les échecs ont été importants et même totaux chez les Anthomyiidés (v. Chap.
Il, IV et v), malgré les divers traitements — atmosphère humide ou sèche, température élevée
ou basse — auxquels je les ai soumises. Les récipients contenant pupes ou larves furent exami¬
nés régulièrement. Dans certain cas, j’ai noté Theure précise des éclosions.
L’élevage des larves obtenues avant terme (lors de dissections par exemple) pose des
problèmes techniques compliqués. Le seul moyen de permettre à ces larves de se dévdopper
réside dans leur transplantation sur un hôte de même espèce. J’ai mî» au point et utilisé avec
succès cette technique avec des Sarcophagidés (Léonide 1961 b).
Dans le cadre des recherches qui sont exposées ici, j’ai réalisé des transplantations
d’œufs et de larves I d’Acyglossa poUinosa (afin de prouver — avant d’avoir pu le faire à
partir des imagos — la filiation des stades larvaires de l’œuf à la pupe) et de larves d'Ace-
myiina.
B. ÉTUDE LORSQUE LE MATÉRIEL INITIAL EST LE PARASITE
Cette méthode consiste à réaliser in vitro la propagation du parasite, à partir de i’imago
ou du planidium, dans des hôtes sains. L’histoire du parasite et son développement larvaire
sont alors suivis dans un ordre de déroulement naturel de l’imago à la pupe. L’identification
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
13
des formes préimaginales ae fait à partir de l’adulte — eomiu dès le départ — vers les stades
larvaires dans leur ordre de succession. C’est ce que Dupuis (1963 : 23) a qualifié de méthode
• descendante • d’identification des matériaux.
I. OBTENTION DU MATÉRIEL D’ÉTUDE
Pour pouvoir propager les parasites il faut disposer au moment opportun d’hôtes
définis, indemnes, en quantité sufiisante et d’imagos féconds — ou des planidia — de l’ento-
mopbage.
1. Récolte et élevage des hôtes indemnes.
Les hôtes indemnes ont été, chaque fois que cela a été possible, récoltés dans la nature.
Ce fut le cas pour les Barbiüstes fischeri, hôtes d’Acyglcssa pollinosa, qui peuvent être
obtenus indemnes en procédant à leur récolte tout de suite après leur apparition (vers le
15 mars) c’est-à-dire environ quinze jours avant l’éclosion des premiers imagos du parasite
et le début des infestations. Les jeunes Barbitistes, stockés au stade I, sont suivis au laboratoire,
ce qui permet de co nnaî tre les dates auxquelles se produisent leurs mues et, par suite, leur âge.
Les Dociostaurus maroccanus (hôte principal de Symmictus costatus) furent récoltés
et stockés dans des conditions analogues, environ quinze jours à un mois avant leur infestation,
soit vers la fin mai, date à laqueUe ces Acridiens sont à l’état larvaire ou nymphal.
Les jeunes larves d’Anacridium aegyplium étant quasi introuvables dans la nature,
j’ai été amené à réaliser leur élevage au laboratoire. Pour cela, les criquets adultes sont récoltés
l’hiver et au début du printemps et détenus dans de grandes cages. Des accouplements se
produisent tout l’hiver. Vers le milieu du mois de mai, j’introduis dans les cages des pondoirs
que j’ai composés avec des cristdlisoirs de 15 cm de diamètre et de 8 cm de profondeur, remplis
de terre tassée dont la surface est indinée d’environ 30°. Au point le plus bas, un tube de verre
enfoncé jusqu’au fond permet d’humidifier régulièrement. L’eau se répand par capillarité et
déter min e un gradient d’humidité décroissant du point bas vers le point haut. Les pontes sont
recueillies, du début mai à la mi-juin. Aussitôt la ponte constatée, les pondoirs sont isolés et
placés à l’étuve (t = 28 °C et HR = 75 %). La durée du développement est de l’ordre d’un
mois (25 à 36 jours). Pour réaliser la synchronisation du cycle de l’hôte et de son parasite je
me suis efforcé d’obtenir une série de pontes étalées dans le temps. A Téclosion, les larves sont
placées dans des cages moyennes et nourries avec de la salade. Bien que le taux de mortalité
soit important, j’obtiens ainsi un matériel suffisant. Les adultes apparaissent, après avoir subi
six mues, quarante jours après l’éclosion. L’élevage du Criquet égyptien, indispensable, permet
une connaissance rigoureuse du stade et de l’âge de chaque hôte au moment de l’infestation et
par suite rend possible la comparaison du développement des hôtes indemnes et des hôtes
parasités de même âge, élevés dans des conditions identiques.
2. Obtention des imagos ou planidia de Fentomophage.
Les imagos comme les planidia ont été, selon les espèces et les difficultés techniques,
obtenus in vitro ou récoltés dans la nature.
a. Obtention d'imagos féconds de Ceracia mucronifera.
La propagation de C. mucronifera s’est avérée difficile à réaliser. L’imago, rarement
rencontré dans la nature (voir Chap. iii) n’est pratiquement connu que par élevage à partir
de son hôte. D a dû être élevé in vitro, ce qui a impliqué d’obtenir de nombreux individus
de différents âges, de parvenir à les faire accoupler et de les conserver en vie au moins le temps
nécessaire à la maturation des œufs et à la ponte.
De nombreux hôtes sont récoltés afin de s’assurer un nombre important de pupes (entre
100 et 300 par an) qui sont isolées et répertoriées.
Les Mouches ont été maintenues en vie grâce à des conditions d’élevage appropriées.
Les techniques de Biliotti (1956:55) et de Dupuis (1963 :20) sont insuffisantes pour maintenir
le baut degré d’humidité nécessaire à ce Tachinidé. La solution adoptée consiste à placer isolé-
ment chaque Mouche dans un petit pilulier de 10 cm® dont le fond est tapissé de papier filtre
et l’ouverture obturée par un voile. Ce dernier est humecté tous les jours, sans exception,
avec de l’eau glucosée à 10 %. Une quarantaine de ces piluliers sont enfermés dans un crist^-
8 564018 6 2
Source : MNHN, Paris
14
J.-C. LÉONIDE
lisoir complètement clos par une vitre. Dans ces conditions et à la température moyenne de
20 oC l’hygrométrie relative se maintient aux alentours de 95 %.
L’accouplement a été obtenu en plaçant dans un couvercle de tube Borrel tapissé de
papier filtre et recouvert d’un verre de montre, deux conjoints élevés isolément et d’âge défini
(voir Chap. ni). Cette dernière nécessité implique de connaître l’âge de chacun des partenaires
et surtout de disposer au moment opportun des individus de l’âge requis. J ai dû, d une part,
établir une indexation précise permettant de savoir pour chaque Mouche les date et heure
d’éclosion, et par suite leur âge et, d’autre part, disposer au laboratoire d’ime population
suffisamment importante pour avoir à tout moment des individus de différents âges,
b. Obtention d'imagos féconds d’Acyglossa poUinosa.
Après avoir rétdisé de nombreuses et minutieuses dissections de l’hôte {Barbitistes
fiseheri) j’avais accumulé de multiples données sur la biologie larvaire à’Âcyglossa pollinosa
et appris que les imagos, ovipares, déposaient leurs œufs dans les Sauterelles, comme l’attestait
la présence d’œufs à l’intérieur de leur cavité générale. Mais aucune des pupes mises en éle¬
vage n'ayant éclos, malgré les traitements variés auxquels je les avais soumises. Je me trouvais
dans l’impossibilité de propager ce parasite et de le nommer. Prenant le problème à l’envers,
je recherchais ce Diptère inconnu dans la nature. D’après la morphologie larvaire, je supposais
que cette espèce appartenait à la famille des Anthomyiidés. Connaissant les localités fréquentées
par le parasite (grâce au pourcentage de parasitisme larvaire), sachant que la femelle devait
introduire ses œufs dans l’hôte — donc sauter sur ce dernier — sachant que cela devait se
passer entre la date d’apparition des Sauterelles et celle à laquelle les parasites se rencontrent
dans les hôtes, j’essayais d’observer l’infestation sur le terrain. De plus, je capturais les Antho-
myiidés que je rencontrais pour les mettre en présence des B. fiseheri. Je parvins ainsi à récolter
un Anthomyiidé qui, enfermé avec un B. fiseheri, lui sauta dessus et l’infesta. Disséqué, cet
hôte montra des œufs identiques à ceux obtenus antérieurement. L’expérience refaite, et après
développement du parasite, je pus constater l’entière similitude de ce matériel larvaire et de
celui recueilli par dissections.
Cette méthode, imposée par les circonstances, permit l’identification de ce Diptère et
me fournit le seul moyen actuel d'obtenir des imagos en vue de la propagation du parasite.
Les Mouches sont recherchées du 1®^ au 30 avril, capturées au filet et transportées dans des
piluliers obturés par un voile. Au laboratoire, dans un couvercle de tube Borrel tapissé de papier
filtre et recouvert d’un verre de montre, elles vivent une semaine environ. Une bande de papier
ffitre est humectée deux fois par jour d’eau glucosée. Les Mouches capturées sont fécondées et
prêtes à pondre. On ignore leur âge et la date de leur fécondation, aussi, certains aspects de la
vie imaginale ne peuvent être précisés. Cependant la connaissance de la date de l’infestation
permet de suivre chronologiquement la vie larvaire.
c. Obtention des imagos et planidia de Symmictus costatus.
Le Némestrinidé 5. costatus est une espèce localisée qui dépose des œuis non incubés
sur des supports déterminés. Une fois la station connue, il n’y a auctme difficulté à récolter
imagos et œufs.
Je ne suis parvenu ni à conserver en vie ni à faire accoupler les imagos.
J’ai donc ramassé, sur les supports de ponte, quantité d’œufs qui, rapportés au labo¬
ratoire, éclosent facilement et donnent des planidia infestant. Des paquets d’œufs agglomérés
sont détachés et transportés dans des piluliers. Au laboratoire, ils peuvent être placés à l’étuve
humide ou conservés dans les conditions ambiantes. Après édosion, les planidia sont maintenus
à la température du laboratoire pendant une semaine, ou plus longtemps à basse température;
ils sont alors réchauffés avant utilisation.
II. TECHNIQUES DE CONTAMINATION
1. Par l'imago (Acemyiina et Acyglossa pollinosa).
Un hôte, d’espèce, de stade, de sexe et de taille convenablement choisis et déterminés,
est mis en présence d’une femdle féconde du parasite dont la vie antérieure est la mieux connue
poanble (âge, date de fécondation, date du début de la ponte, nombre de pontes déjà effectuées,
etc).
Les deux Insectes sont placés dans un couvercle de tube Borrel dont le fond est tapissé
d'un p^ner filtre qui facilite la sustentation de la Mouche et de l’hôte et absorbe les régurgi-
Source ; MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
15
tâtions fréquentes de ce dernier. Le récipient d’expériences est fermé par un verre plan et
transparent qui permet de suivre, sous la loupe binoculaire, le déroulement de l'infestation*.
Les diverses phases peuvent être chronométrées.
2. Par le planidium ('iVéïneatrmùfés.}.
Des planidia, manipulés à l’aide d’un pinceau humide, sont placés en divers points
de la surface du corps d’un hôte déterminé et immobilisé par deux bandes de papier adhésif.
Le comportement est suivi sous la loupe et chronométré jusqu’à la pénétration complète ou la
mort de la larve.
III. DEVENIR DES HÔTES INFESTÉS
1. Examen après contamination.
Tout de suite après l’infestation l’hôte est retiré de l’enceinte, anesthésié au CO2 et soumis,
à l’aide de la loupe binoculaire, à un examen détaillé qui permet de préciser, entre autres, le
nombre, la nature, l’emplacement des ceufs déposés (dans le cas d’infestation par Ceracia
mucronifera), le nombre et la localisation des perforations (dans le cas d’infestation par Acy-
glossa pollinosa). Je complète ainsi les informations apportées par l’observation directe de
l’infestadon.
2. Utilisation des hôtes infestés.
Selon le but de l’infestation, les hôtes peuvent être disséqués tout de suite ou placés
en observation. Dans ce cas, chaque individu est isolé dans une petite cage portant le numéro
de l’expérience.
Les jeunes Orthoptères (larves de Barbitistes fischeri et d’Ancuridium aegyptium)
furent conservés dans des boites de Pétri de 5 cm de diamètre ou des couverdes de tube Borrel
dos par un verre de montre et tapissés sur le fond de papier filtre. Ces petits rédpients facilitent
le maintien d’un degré élevé d’humidité favorable aux mues et présentent le grand avantage
de permettre — du fait de leur transparence — un examen rapide.
Ces hôtes sont inspectés deux fois par jour afin de noter les dates de leurs mues, de leur
mort et des sorties éventuelles de larves.
Après la première mue qui suit l’infestation par des Acemyiina, l’exuvie est étudiée
attentivement afin d’établir la destinée des œufs qui avaient été collés sur le tégument. De
même, les exuvies des hôtes qui montrent un pore respiratoire s’ouvrant à l’extérieur sont
observées avec soin.
L’autopsie de l’hôte, qu’elle soit pratiquée immédiatement après l’infestation ou différée,
est faite dans les mêmes conditions que précédemment. Elle est facilitée par le fait de savoir
à l’avance le nombre d’œufs qui ont été déposés ou le nombre de larves qui ont pénétré et par
conséquent le nombre de larves et d’exuvies qu’il y a lieu de rechercher.
C. OBSERVATIONS SUR LE TERRAIN
En dehors de la récolte des hôtes, des observations aussi nombreuses et précises
que possible ont été révisées sur le terrain, en vue d’an^yser tous les aspects du parasitisme
qui ne peuvent être étudiés au laboratoire.
En particulier, ces observations sont indispensables pour connaître divers aspects de la
vie imaginale des Diptères (dates d’apparition et de disparition, activité nycthémérale, compor*
tement de relation, comportements trophique et génésique, etc.), pour diagnostiquer l’existence
des comportements particuliers des hôtes contaminés, pour préciser les conditions écologiques
des biotopes, etc.
Lors de chaque sortie, l’ensoleillement et les vents ont été appréciés de manière subjec¬
tive, la température et l’humidité mesurées au niveau du sol à l’aide d’un thermohygrographe.
Dans ce qui suit, les heures des observations biologiques et météorologiques sont exprimées
en temps légal.
1. C’est, & quelque chose près, la technique de Dupuis (1963 ; 20 et 214).
Source : MhlHN, Paris
16
J.-C. LÉONIDE
D. MÉTHODES EXPÉRIMENTALES
En dehors de la simple infestation des hôtes, j’ai procédé à diverses études expérimen¬
tales au laboratoire. Cette expérimentation assez variée a fait appel à des méthodes relativement
^ — le comportement d’infestation a été testé en mettant en présence des parasites
normaux avec des hôtes expérimentaux (hôtes camouflés, peints à la gouache, amputés de
diverses parties du corps, voire sectionnés) ou avec des leurres ou bien en plaçant des hôtes
normaux avec des parasites expérimentaux (parasites à yeux vernis, à antennes sectionnées);
_la spécificité parasitaire a été étudiée en présentant aux femelles des hôtes divers,
en essayant de déposer des œufs ou des larves sur le corps d’hôtes inhabituels, en procédant à
la transplantation opératoire de larves d’un hôte à un autre (Léonide 1961 b), etc.
Ces méthodes seront précisées, à propos de leur utilisation en vue de résoudre des
problèmes particuliers, dans les chapitres correspondants.
E. MATÉRIEL ÉTUDIÉ
I. NATURE, ORIGINE, IMPORTANCE NUMÉRIQUE
Nature : par matériel étudié, il faut entendre non seulement tous les stades (œufs, larves,
pupes, imagos) et toutes les formations annexes (exuvies) des parasites mais aussi les hôtes
infestés qui nous intéressent par les lésions et les réactions diverses (pores, siphons) liées au
parasitisme.
Origine : dans sa majorité, ce matériel provient de récoltes faites en Provence, parti¬
culièrement dans les départements du Var et des Bouches-du-Rhône. Les zones prospectées
comprennent une bande littorale s’étendant de Hyères au Rhône (régions de Toulon,
Marseille, plaine de Crau) et diverses localités situées plus à l’intérieur des terres (haut Var,
Vaucluse). Une partie du matériel est originaire d’autres régions de France, en particulier de
la Station de Parasitologie expérimentale et comparée de Richelieu (Indre-et-Loire) ; quelques
récoltes ont été faites dans les Hautes-Alpes (Saint-Véran) et divers matériaux m’ont été
adressés de la Loire, la Creuse et la Nièvre par des collègues.
Importance numérique : les listes des Orthoptères disséqués et infestés par les divers
parasites, des Diptères capturés ou obtenus in vitro, des hôtes infestés in vitro, des expériences
de comportement et autres sont données dans les Tableaux I A, 1 B et IL
J’ai disséqué, en outre, sans résultat les espèces suivantes ^ :
Acridoidea : Paratettix meridionalis (Ramb.) (8), Prionolropis rhodanien Uv. (3),
Podisma pedestris (L.) (32), Psophus stridulus (L.) (4), Locusta migratoria L. (76), Aiolopus
thalassinus (F.) (3), A. strepens (Latr.) (179), Acrida mediterranea Dirsh (3), Stenobothrus
lineatus (Panz.) (26), Stenobothrus sp. (4), Chortkippus dorsatus (Zett.) (1), Myrmeleotettix
maculatus (Thtmb.) (1), Arcyptera kheili Azam (46), Arcyptera sp. (21), Ramburiella hispa-
râca (Ramb.) (1).
Ensifera : Tylopsis liliifolia (F.) (66), Phaneroptera quadripunctata Brun. (20), Meco-
nema thalassina (De Geer) (2), Conocephalus fuscus (F.) (3), Homorocorypkus nitidulus
(Scop.) (15), Tettigonia viridissima L. (80), Antaxius pedestris (F.) (59), Yersinella raymondi
(Yers.) (8), Pholidoptera grisoaptera (De Geer) (4), Platycleis tesseilata (Charp.) (15), Platy-
cleis sp. (larves) (6), Decticus albifrons (F.) (155), Saga pedo (Pall.) (5), Ephippiger terrestris
(Vers.) (15), Ensifera sp. (larves) (68).
Au totJ, j’ai disséqué 3 325 Ensifera et 8 316 Caelifera soit 11 641 Orthoptères et
obtenu 1103 hôtes infestés dans la nature.
II. DÉTERMINATION
La détermination des Orthoptères adultes, réalisée à l’aide de la Faune de Chopabd
(1952) *,n’a pas posé de problème majeur. Un certain nombre de mes déterminations ont
d’ailleurs été vérifiées par cet auteur.
1. J'indiqae entre parenthieets, pour chaque espèce, le nombre d'individns diaséquéa.
2. Pour préciser leur position systématique, j'ai utilisé le travail de Chofard (1949) et celui de
Dibsh (1961).
Source : MNHN, Paris
DIPTèRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
17
Tableau IA. — Matériel utilisé
1
Nombre d’individus parasités
par
Espèces hôtes
CAELIFERA
g
1
■■S
.a
■i
•z.
1 Symmictua coatatua Loew |
1 Ceracia mucromfera Bond.
1 Acemyia tuiulicornia Meig.
1
'a
1
1
1
1
I
1 Tachinaire ao. 1
F.TETRIGIDAE :
Tetrix subalata (L.).
49
_
-
-
12
Tetrix vittata Zett.
222
-
-
18
F.PYRGOMORPHIDAE :
Pyrgomorpha conica (Oliv.) .
110
-
-
9
-
-
F.CÂTANTOPIDAE :
Pexotettix ^omat (Rossi).
473
-
-
4
-
-
-
Anacridium aegypüum (L.).
331
-
109
-
-
-
-
Caüiptamus ilalicus (L.).
1.341
115
-
7
-
-
-
F.ACRIDIDAE ;
Sub/am. OEDIPODINAE :
Oedaleui decorus (Germ.).
478
14
-
6
-
-
-
Oedipoda coeruleacena (L.).
938
74
-
8
-
-
-
Oedipoda germanica (Latr.).
359
-
-
43
-
-
-
Sphingonotua coemlans (L.).
132
-
-
2
-
-
-
Acrotylua insubricua (Scop.).
190
-
-
-
-
4
-
SiA)/am.ACRWINAE ;
Omocestua ventralis (Zett.).
143
-
-
2
-
-
-
Staurodema scalaria (Fisch. Waldh.).
78
-
-
-
-
1
-
ChoTtkippus g .mollis-bicolor .
742
-
-
28
-
-
-
Chorthippua biguttulus (L.).
74
-
-
2
-
-
-
Chorthippua longitorTiia (Latr.).
113
-
-
10
-
-
-
Chorthippua ap .
209
-
-
4
1
-
-
Euchorth^pua decîivua (Bris.).
153
-
-
7
-
-
-
Euchorthippua pulvinatua (h'.W.).
457
-
-
1
-
-
-
Gomphocerua rufua (L.).
338
-
1
-
-
-
Docioataurua maroccanua (Tbnnb .).
892
242
-
-
-
-
Docioataurua genei (Osck.).
86
2
-
-
-
Total.
7.908
447
109
135
10
5
3
Source : AlfJHW, Paris
18
J.-C. LÉONIDE
Tableau I B. = Matériel utilisé
1
■S
Nombre d’individus parasités
Espèces hdtes
ENSIFERA
1 Nombre d’indi
disséqués
1.
r
Z
Acyglosia
pollinosa Vül.
h
1
1 8
•| ■§
.^cemyiina sp.
F.PHANEROPTERIDAE ;
Leptopkyes punctatissiTna (Bosc).
6
1
-
-
BarbitUtes fiseheri (Vers.).
1.923
-
-
Orphania de/iticauda (Cbarp.).
1
"
-
F.TSmGOmDAE :
Pfiolidoplera diaineri (Chsrp.).
27
-
1
-
noiiJcptm femorata (Fieber).
29
-
1
-
Pia^ftUi» denticulata (Pans.).
157
-
1
-
PiatycUis <^aia F)ri>er.
156
-
1
-
F EPOPPiGERWAE :
fy/kippiger pnoineialit (Vos.).
55
-
5
-
Epàippiger ephippiger (Fkbig).
450
1
32
-
Totau.
2.804
8
309
3
41
1
Tableau II. — Matériel utOisé
Nombre
II
S
a.
1 Ceracia
1 mucronifera Rond
acuticomis Meig. |
Myiothyria 1
1 benoitti Meen.
â|
Il
“"J
Symmictiu
costatus Loew
D'ezpètiefsees de transplantation.
42
93
_
_
_
1
P^espéiieiicea d’accouplement.
7
420
-
-
1
De femefles accouplées.
0
92
-
-
-
0
D’e^)ériRPces d’infestation.
364
310
-
-
40
D'bdtes rédement infestés in vitro .
182
209
12
-
17
D’œufs déposés.
2.000
1.646
64
-
De mooches obtenues en élevage.
507
10
14
De mouches capturées Hans la nature.
148
501
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
19
La détermination des Orthoptères larraires a été plus d^cate. J'ai été conduit, pour
plusieurs espèces {Barbitistes fischeri, Epkippiger provincialis, Dociostaurus maroccanus,
Oedipoda coerulescens) à réaliser des élevages afin d'obtenir une collection de référence avec
échantillons des différents stades et sexes et h définir des caractères morphologiques propres à
chaque stade et facilement utilisables. Cette dernière étude a été entreprise en détail pour
Barbitistes fischeri (cf. Chap. ii).
La détermination des imagos de Diptères a été faite, au début de mes recherches, par
les divers spéci^stes (Hennig pour les Anthomyiidés, Tihon-David pour les Némestrinidés,
Mesnil et Herting pour les Tachinidés). Par la suite, j’ai déterminé mon matériel par compa¬
raison avec les imagos (et leur genitalia en préparation microscopique) nommés par les spécia¬
listes et à l’aide des ouvrages de Mesnil (1965), Sack (1933) et Séguy (1923).
Pour tous les Diptères, la détermination àl’état larvaire revêt dans le cadre des recherches
parasitologiques une importance primordMe. En effet, lorsqu’à l’ouverture d’un Orthoptère
on trouve ime larve parasite, l’on n’a pas d’autre moyen d’identification que celui d’utiliser
les caractères de sa morphologie — l’adulte ne pouvant plus être obtenu. Cette détermination
n’est possible qu’après avoir établi au préalable la filiation — par les méthodes ascendante ou
descendante — des différents stades de l’œuf à l’adulte d’une espèce donnée, entrepris la
description de ces différents stades préimaginaux et nommé l’imago. Il importe de rechercher
les structures morphologiques particulières aux diverses entités systématiques et propres à
chacun — ou tout au moins à l’un — des stades. Cela est plus ou moins réalisable. Au niveau
famili^ ou tribal, la détermination est aisée (voir Section « morphologie préimaginMe • de chaque
chapitre). Au niveau générique ou spécifique, la détermination des stades larvaires reste, à
l’heure actuelle, aléatoire tant que la morphologie comparée des diverses espèces congénères
n’aura pas été établie. Ces questions de morphologie larvaire seront étudiées dans les chapitres
relatifs aux divers Diptères acridiophages.
III. INDEXATION
Vu l’abondance et les origines variées du matériel étudié, une indexation précise a été nécessaire.
J’ai enregistré le matériel obtenu dans la nature de la manière suivante : sur les pages de droite
d’un cahier, j’ai porté les dissections quotidiennes des Orthoptères sous forme de tableaux dans lesquds
figurent : le nom de l’espèce disséquée, le sexe et le stade, le nombre d'individus, les localité et date de
capture et le résultat. Lorsque i’Orthoptère n’héberge pas de parasite, on porte la mention ■ sain > dans la
colonne < résultats >. Dans le cas contraire, on indique une référence d’enregistrement et nn seul individu
est inscrit.
Sur les pages de gauche sont reportées les références désignant l’appartenance de l’échantillon au
matériel récolté sur le terrain et le numéro d’enregistrement. Chaque référence est accompagnée des rensei¬
gnements se rapportant au cas enregistré tant en ce qui concerne l’hôte (résultat de l’examen externe et
de l’autopsie) que le parasite lui-même (heures et dates de sortie des larves, de formation des pupes, des
éclosions).
J’ai également consigné les comptes rendus des observations faites dana U nature et indexé, à l’aide
de combinaison de lettres, les Diptères capturés.
Les comptes rendus d’expériences et le matériel expérimental ont été référencés à l’aide de la
lettre < E > suivie du numéro d’enregistrement. Le compte rendu comporte les renseignements suivants :
— origine du matériel (larve ou imago obtenu à partir d’hôtes ou capturé sur le terrain);
— but, technique et déroulement de l’expérience;
— résultats immédiats (description du comportement) et à long terme (dans les cas d’infestation
in vitro, histoire de l’hôte et du parasite, croissance, mues, durées de vie, autopsie, etc.).
J’ai dû également établir un véritable • état civil • des imagos. Chaque Mouche y est enregistrée
à l’aide de sa référence en lettres pour celles capturées Han» la nature et par la référence de Itiôte — avec
en indice un numéro individuel lorsque plusieurs parasites proviennent du même Orthoptère — pour celle
obtenues à partir d’un hôte. Cette référence permet de retrouver l’origine de l’imago et tout renseignement
8 y rapportant. J’indique pour chaque Mouche : le sexe, tes dates et heures d’édosion et d’accouplement,
la référence et l’âge du conjoint, la date du début de la ponte — avec référence des expériences — la date
de la mort, la durée de vie, le résultat de l’autopsie (pour les femelles, en particulier : nombre et état des
œufs contenus, le cas échéant, dans l’appareil génital).
En résumé, l’application des méthodes définies dans le présent chapitre a permis
d accumuler de nombreux renseignements originaux sut la biologie des Diptères acridiophages
qui avait fait l’objet, à travers le monde, de travaux antérieurs. Cela prouve qu’une recherche
menée systématiquement à l’aide de méthodes simples mais bien conduites peut aboutir à des
Source : MI'tHN, Paris
J.-C. LÉONIDE
20
^Uluts posidfe. m
dèe le ‘*^“; ^^7auS( c.’: 31) estimait que ses méthodes pouvaient être applicables
de DuPVts (1^). f^^'Ta;hinaire,. Si donc les données que je vais exposer sur des
âitéres ont quelques valeurs qu’il veuille bien y voir une confirmatron
de son opimon.
Source : MNHN, Paris
DIPTiRES FAHASITES D’OBTHOPTÈRES
21
CHAPITRE II
LES ANTHOMYIIDÉS
ÉTUDE D’ACTGLOSSA POLLINOSA VILLENEUVE
SOMMAIRE
INTRODUCTION . 22
A. DONNÉES PRÊUMINAIRES. 22
B. MORPHOLOGIE PRÉIMAGINALE. 24
C. VIE IMAGINALE. 26
I. Acyglosia poUiaosa dans son milieu naturel. 27
1. Chotologie. 27
2. Phénologie. 27
3. Activité journalière. 27
4. Comportement de relation. 27
5. Comportement de nutrition. 28
6. Abondance. 28
II. Sexualité et physiologie de la reproduction. 28
1. Sez'iatio. 28
2. Accouplement. 29
3. Anatomie et physiologie de l’appareil génital femelle. 29
III. Comportement de ponte. 30
1. Description du comportement. 30
2. Variantes du comportement de ponte. 40
3. Réactions de rhôte. 41
4. Perforation et nutrition. 42
5. Signification du comportement de ponte. 43
D. VIE PRÉIMAGINALE. 44
I. Vie prénymphale. 44
1. Phase endoparasitaire. 44
2. Phase libre. 49
3. Particularités de la vie larvaire. 49
n. Nymphose et hivernage. 51
E. INTERACTIONS DANS LE COUPLE HOTE/PARASITE. SI
I. Influence du parasite sur le développement de l’hôte. 51
1. Étude en laboratoire. 52
2. Étude dans la nature. 52
II. Influence du parasite sur l’activité génitale de l’hôte. 53
1. Activité ovarienne de l’hôte sain. 53
2. Action du parasite sur l’activité génitale femelle. 53
3. Action du parasite sur l’activité génitale mâle. 55
ni. Influence du parasite sur le comportement de l’bôte. 56
IV. Lésions internes. 56
F. SPÉCIFICITÉ PARASITAIRE. 57
I. Spécificité taxinomique . 57
II. Stades et sexes de l’hôte infesté. 58
G. CONCLUSIONS. 58
Source : MNHN, Paris
J.-C. LiOMDE
INTRODUCTION
Le présent chapitre est consacré à l'étude de la biologie de l’Anthomyiidé Acyglossa
polUnosa Vill. * parasite de Barbitistes fiscJieri (Yers.).
Toutefois, préalablement à l’exposé des faits relatifs à cette espèce, je rappellerai quels
sont les Anthomyiidés acridiophages déjà connus et ce que l’on sait de lem biologie. Dans mon
étude, je ferai également une place à part aux divers caractères de Thôte 6^Acyglossa pollinosa.
A. DONNÉES PRÉLIMINAIRES
I. LES ANTHOMYIIDÉS ACRIDIOPHAGES
Diverses espèces d’Anthomyiidés (ou Muscidés) ont été signalées comme parasites
d’Acridiens. In plupart sont parasites d’oothèques ou parasites occasionnels des larves et des
imagos (voir Avant-Propos). Des résumés synthétiques de nos connaissances sur les Antho¬
myiidés entomophages et acridiophages ont été donnés par Clausen (1940 : 418) et Gréa-
THEAD (1963). Chez ce dernier, les Anthomyiidés acridiophages vrais se réduisent à deux
espèces.
Acridomyia sackarovi Stack., première espèce reconnue comme endoparasite véritable,
fut élevée de Locusta migratoria L. en U.R.S.S. par Olsoufiev (1929) et Rukavisbnikov
(1930). Elle a été retrouvée en France dans les Landes de Gascogne lors de l’invasion de L.
migratoria de 1945 à 1950 par Arnoux & Reuaudière (1946), Reuaudièbe (1947), Roehrich
(1951), Chaboüssoü & coll. (1947,1948 o, 1948 b, 1949). Je n’ai pas observé cette espèce en
Provence.
Acridomyia canadensis Snyd. fut recueillie de divers Acridiens en Amérique par
Smith (1944,1950,1958,1961) et par Newton (1954). Les principdes données sur la biologie
de cette espèce ont été établies par le premier auteur (1958).
A ces espèces, il convient d’en ajouter deux autres obtenues récemment d’Orthoptères
Ensifères. L’une, espèce nouvelle *, a été signalée de Tettigonia viridissima L. en Israël
par KtrcLER (in litt.). J’ai élevé l’autre, Acyglossa pollinosa dont la biologie était inconnue
de Barbitistes fisckeri.
Acridomyia canadensis est une espèce univoltine dont les imagos se rencontrent de
la mi-juin à la fin septembre. A. sacharovi présente trois générations : deux estivales et
une hivernante.
Les renseignements concernant l’activité des imagos, l’accouplement, la nutrition,
l’activité journalière sont quasi inexistants. La physiologie de la fonction femelle est mal
connue; la productivité d'A. sacharovi est d’environ deux cents œufs, la période de maturation
des œufs de trois à cinq jours.
Le comportement de ponte, observé chez A. sacharovi par Rukavishnikov (1930) et
chez A. canadensis par Smith (1958), est intéressant. Ces deux espèces sont ovipares. La
femelle, placée à côté de l’abdomen de l’hôte, perce une membrane intersegmentaire à l’aide
de sa trompe munie d’un appareil perforateur manquant chez le mMe. Cette perforation, qui
permet au parasite de se nourriraux dépens de rhémolymphe(RüKAVigHNiKOV l.c. et Smith l.c.),
est mise à profit pour l’introduction de l’oviscapte et la ponte, dans le corps de l’hôte, de plu¬
sieurs œufs non incubés.
La vie larvaire ne montre pas de manifestations biologiques complexes. Les larves
des trois stades, non fixées, ne présentent pas de loc^sation définie. Elles sont grégaires.
Smith (1958 : 249) en a dénombré jusqu’à 70 dans un hôte d^A. canadensis; chez A. sacharovi
Rukavishnikov (1930 : 256) en a compté jusqu’à 157 et Remaudière [d’après Roehrich
(1951 ; 489)J 185 dans une femelle. En moyenne, on trouve une trentaine de larves d’A. sacha¬
rovi par hôte. La durée du développement est de 11 à 14 jours chez A. sacharovi (cf. Ruka¬
vishnikov 1930). Elle n’est pas connue chez A. canadensis, Smith (1958) n’ayant pas réussi
1. Détermination dn docteur Hbnnic. Ce diptôre avait été précédemment nommé Acroslüpna $p.,
nom »ou8 lequel j’ai publié une note préliminaire (1963). Cf. Hennic (1966 : 73-75).
2. Hennic (in liu.) vient de la nommer Tsuigoniomyia kugleH n. gen., n. ip. Sa description est
Source : MNHN, Paris
DiniRES PARASITES D’ORTHOPTiRES
23
à propager ce parasite. Les diverses larves d'A. sackarovi hébergées par un hôte se développent
en même temps (Olsoufiev 1929 et Reuaudière 1946). Roehrich (1951 : 489) a observé
le contraire. Nous verrons ce qu’il y a lieu d’en penser. Les renseignements sur la nutrition
sont peu nombreux.
Les lésions provoquées chez l’hête semblent faibles ounidles. En fait, les données biblio¬
graphiques sont contradictoires (voir Chap. vi). Arnoux & Remaudière (1946 : 58) notent une
atrophie des sacs aériens abdominaux.
La sortie des larves mûres d'A. sackarovi, qui s’effectue à travers les membranes inter-
segmentaires de l’abdomen (Olsoufiev, 1929, remarque que la membrane coiiaire n’est jamais
ui^ée), provoquerait une grande mortalité parmi les hôtes (voir Chap. vi).
Chez A. canadensis, les pupes se forment inunédiatement et passent un ou plusieurs
hivers danei le sol. Chez A. sackarovi, les pupes constituées en juillet donnent des adultes la
même année. La durée de la vie nymphale est, d’après Rukavishnikov (1930 : 257), de 22
à 26 jours. Les pupes de septembre et octobre passent l’hiver en terre. Chez ces espèces, il
existe une forme de résistance : la pupe en diapause. Cette dernière peut être longue et diffi¬
cile à rompre. Roehrich (1951 :489) a obtenu des éclosions d'A. sackarovi au bout de 19 mois.
Suite (1958) note que des traitements à basse température ne sont pas efficaces pour rompre
la diapause. Il a pu obtenir des édosions d'A. canadensis au bout de 637 jouis.
IL INFORMATIONS SUR LA CONNAISSANCE
DE BARBITISTES FISCHERI (YERS.)
1. Données sur la biologie.
Barbitistesfisckeii{Ensi/era Pkaneropteridae) est une espèce localisée, signalée du Sud de la Fiance,
de l’Espagne, du Portugal par Brunneb (1882), Kirby (1906), Busr (1910), Chopard (1952); on ne la
trouve ni en Allemagne (Zacber 1917), ni en Yougoslavie (Miksic 1962).
H n’y a pas lieu de rapporter ses caractères taxinomiques; je rappellerai seulement qu’il s’agit
d'une espèce aptère (die présente deux rudiments d’élytres qui difiérencient un appareil stridulant fonc-
tionnel chez le mâle), remarquable par le développement de son abdomen mou qui donne à la Sauterelle
son aspect lourd et • ventru >.
Cette espèce n’est pas rare en Provence au mois de mai, en particulier dans les régions marseillaise,
toulonnaise et des Maures (Favard 1962 : 67). Certaines années on observe de véritables pullulations
dans divers petits bassins qpie délimitent les inaaaifa cristallins des Maures (région de la Motte, Cogolin,
Grimaud). Finot (1890), Chopard (1952) rapportent les invasions notoires de 1888 et 1935.
En 1888, Valéry Mayet a décrit sous le nom de berenguieri une forme caractérisée par la pigmen¬
tation foncée et noire du tégument. On la considère généralement comme résultant du grégarisme (Korsa-
KOFP 19^, Chopard 1952, Favard 1962). Je n’en ai pas tenu compte dans mes déterminations — le
parasite ne faisant aucune différence entre celle-ci et ta forme typique.
On trouve des renseignements biologiques concernant B. fischeri dans Korsaeopf (1945), Cho¬
pard (1952) et Favard (1962). J’ai étudié en détail certains aspects insuffisamment connus de la biologie,
en pardcuUer différents aspects de la vie larvaire (durée de chaque stade), de l’éthologie et de l’écologie,
dans les localités où j’ai travaillé.
Voici résumé, à partir des données bibliographiques complétées pat mes observations,
l’essentiel du cydc de cette Sauterelle.
L’éclosion débute en mars et s’écheloime jusqu’en avril. Les larves I et II se tieiment
immobiles au soleil sur les fleurs, quelquefois sur les feuilles et les tiges de la végétation.
Au bout d’un certain temps, ces jeunes larves émigrent sur la végétation arbustive parmi
laquelle les espèces les plus fréquentées, dans les régions marseiilmse et toulonnaise, sont
Quercus eoccifera L., Q, ilex L., Q. pubescens Wiild., Cistus monspeliensis L., C. salviaefolius
L, C. albidus L., Erica arborea L., Calycotome spinosa Link, Phillyrea angusti/olia L., etc.
Cette migration, liée à un phototropisme négatif s’accroissant avec l’âge, avait déjà été constatée
(Favard 1962 : 67). Après avoir subi cinq mues, et non quatre chez le mâle comme le pensait
Korsaxoff (1945 : 75), les B.fisckeri des deux sexes deviennent adultes. Chaque « intermue »
dure en moyenne 8 jours à la température du laboratoire (20 ®C). Sur un lot de 50 individus,
la durée moyenne des stades II, III, IV et V a été respectivement de 8,3; 7; 7,2 et 9,1 jours.
Cependant, certains individus muent au bout de 6 jours, d’autres au bout de 10. Ces variations
sont indépendantes du sexe. La mue intervient in vitro à n’importe quelle heure du jour et de
la nuit. I^ adultes apparaissent fin mai et se rencontrent jusqu’en juillet, parfois en août
Source : MNHN, Paris
J.-C. LÉONIDE
24
^,Ti« les localités élevées (massif de la Sainte-Baume). La ponte a lieu dans le sol et l’éclosion
au mois de mars de l’année suivante. La physiologie de la fonction femelle sera évoquée p. 53.
2. Détermination des stades larvaires.
Pour les besoins de l’étude biologique à'Àcyglossa poUinosa, j’ai dû préciser les caractères mor¬
phologiques qui permeHent d’identifier rapidement les divers sudes larvaires de l’héte. Les descriptions
qui suivent ont été réalisées d’après des Barbitistesfitekeri conservés au laboratoire. Les caractères donnés
sont ceux correspondant, pour chaque stade, à une Sauterelle venant de muer.
Les larves sont de couleur verte, du vert tendre au vert foncé, ponctuée de noir. Leur allure générale
ressemble à ctile de l’adulte, les pattes et les antennes étant, toutes proportions gardées, beaucoup plus
grandes.
Sude I : pronotum plus court que large; métafémurs deux fois plus longs que 1 abdomen; ovis-
capte, non encore constitué, réduit à six expansions bmellaires non contigaSs.
Sude II : pronotum sub-carré; fémurs ne dépassant plus l’abdomen que du tiers de leur longueur;
oviscapte constitué par l’accolement de six lamelles ne dépassant pas l’extrémité abdominale.
Sude III : pronotum plus long que large; pas de ptérothèques bien individualisées; oviscapte
dépassant de 2 à 3 mm l'extrémité de l’abdomen.
Sude IV : apparition des ptérothèques vert clair; pronotum et oviscapte plus longs que dans le
sUde précédent; cerques du mile ne se touchant pas à leur extrémité.
Sude V : ptérothèques antérieures noires et débordant plus nettement sous le pronotum ; oviscapte
fresque aussi long qu’àl’éut adulte, mais extrémité disule non dentée; chez le mile, plaque sous-génitale
fortement carénée et cerques se touchant i leur extrémité.
B. MORPHOLOGIE PRÉIMAGDVALE
Je décrirai les stades préimaginaux d'Acyglossa pollinosa qui n’ont encore jamais fait
l’objet d’une étude morphologique.
I. L’ŒUF (fig. 1)
Les œufs, obovales — la section est circulaire—non arqués, de couleur blanc laiteux,
mesurent de 500 à 625 (i de long et 200 à 250 p dans leur grand diamètre.
Fie. 1-3. — Stades préimaginaux d’Acyglo$$a poUinota
1. Œuf; noter le mictopyle. — 2. Larve I; observer la ramification antérieure et postérieure du tronc
trachéen latéro-longitttdinal figuré et les « oreillettes» postérieures. - 3. Pièces buccales U
vue d<sso-iatérale.
Le cfaorion est de faible épaisseur (inférieure à 1 et on ne distingue ni crypte respira¬
toire ni réticulation.
Le micropyle est bien visible, dans les œufs non embryonnés, sous forme d’un entonnoir
large de 6 fi, situé au pôle le plus large qui est donc le pôle antérieur.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
25
U. LA LARVE I (fig. 2)
La larve I, petite, translucide, est longue de 370 à 500 p à la naissance et de 1,75 à
1,9 mm, au terme de son développement. La largeur passe de 200 à 500 (i.
Le tégument transparent ne montre aucune spinulation. La segmentation est peu visible.
On compte cependant le pseudocéphalon et onze segments. Le mamelon maxillo-antennaire
est très saillant.
Deux particularités sont à noter. In larve est apneustique et l’on ne relève aucun
vestige de stigmates, même non fonctionnels; il existe deux troncs trachéens longitudinaux
qui se ramifient à leurs extrémités, antérieure et postérieure. Dans la région postéro-ventr^e,
l’anus s’ouvre sous forme d’une fente longitudinale entre deux grosses « oreillettes » hémisphé¬
riques (d’un diamètre de 100 fi) dont j’ignore la signification; divers examens microscopiques
m’ont permis de constater l’absence de troncs trachéens ou de réseaux trachéolaires dans ces
formations.
L’armature bucco-pharyngienne est typique (fig. 3). De très petite taille (longueur variant
de 83 à 96 fj), elle est réduite à un crochet médian impair constitué par l’accoleraent antérieur
de sdérites Congés représentant, sans doute, les pièces intermédiaires. En arrière, on trouve
deux ailes dorsales et ventrales, rudimentaires, courtes, étroites, faisant entre elles un angle
ouvert. Toutes ces parties sont étroitement soudées.
III. LA LARVE II
La larve II est blanche. Sa longueur passe de 1,75 à 3,854 mm et son diamètre de
0,5 à 1,7 mm.
Le tégument est transparent, dépourvu de spinulation; la segmentation est bien visible.
Le pseudocéphalon comporte un mamelon antennaire fortement saillant.
La larve parait apneustique. Je ne suis pas parvenu à trouver trace d’une formation
stigmatique, même non fonctionnelle.
Fie. 4-5. ^ Pièces baccalea des larves iiAcyglosta poUinosa
4. Stade II. - S. Stade III.
L’anus s’ouvre toujours entre deux « oreillettes » hémisphériques situées dans la région
postêro-ventrde de l’abdomen.
Les pièces buccales, particulières, comportent plusieurs pièces mobiles, grossièrement
sclérifiées (fig. 4) : ime paire de crochets buccaux en forme de « sabot », arrondis à l’extrémité,
une paire de pièces intermédiaires ayant une indinaison opposée à celle des crochets et réunies
entre elles par un pont ventral, les ailes dorsales et ventrales de forme assez fluctuante ; l’aile
ventrde est généralement plus développée que l’aile dorsale.
Source : AlfJHM, Paris
26
J.-C. UÉONIDE
IV. LA LARVE lU
Ij larve III mesure au terme de sa croissance 7,5 X 3 mm. Sa couleur est blanche.
Ia segmentation est bien visible, le tégument transparent inenne. Le pseudocéph^on
porte un mamelon antennaire saillant.
Le huitième segment abdominal est aplati dorso-ventrdement et arrondi. L anus,
visible à la face ventrue, est immédiatement précédé d’une plaque tégumentaire.
Fie. 6. — Stigmate postérieur de la larve III d’Aeyglosia polUnoia
La larve est amphipneustique. Les stigmates antérieurs, sur le premier segment et les
stigmates postérieurs (fig. 6), sur le huitième segment, sont saillants à l’extérieur du tégument.
Aplatis, hémisphériques, ils portent sur leur pourtour une frange de nombreuses papilles respi¬
ratoires.
La portiou hémisphérique du stigmate parait criblée de perforations.
L’armature bucc^e (âg. 5) se caractérise par sa paire de crochets buccaux très robustes,
sa paire de pièces intermédiaires et ses ailes postérieures qui sont peu sclérifiées, même chez
la larve à terme.
V. LE PUPARIUM
Le puparium mesure en moyenne 7 mm de long et 2,5 mm de diamètre. 11 est sensi¬
blement fusiforme. Ses extrémités, antérieure et postérieure, sont nettement plus étroites
que le centre, arrondies dans le plan frontal, aplaties dorso-ventrdçment. La face ventrale du
puparium est assez plane, la face dorsale convexe. Les cornes stigmatiques antérieures et
postérieures sont saillantes. La plaque préanale noire de la larve est bien visible.
C. VIE IMAGBVALE
L’observation et la capture de femelles dans la nature, leur dissection et l’obtention
du comportement de ponte me permettent d’apporter des données inédites sur bien des aspects
de la vie imaginée. Une connaissance plus complète de la biologie imaginale d’Acyglossa
pollinosa supposerait l’obtention d’imagos d’élevage, c’est-à-dire que l’on sache rompre la
diapause nymphaie. Faute d’y être parvenu, je n’ai pu étudier l’accouplement, pas plus que
divers aspects de la physiologie de la fonction femelle (durée de préoviposition, instant de la
fécondation).
Source ; MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
27
I. ACYGLOSSA POLUNOSA DANS SON MIUEU NATUREL
1. Chorolo^e.
Les renseignements que l’on possède sur la distribution géographique et altitudinde
d’Acyglossa pollinosa sont succincts.
Villeneuve (1908 : 204) l’a signalée en Yougoslavie (Croatie) et en Suisse. Sègdy
( 1923 : 139) l’indique en France méridionale : Var.
En Provence, je l’ai observée, au moins à l’état larvaire, à peu près dans toute l'aire
géographique du Barbilistes fischeri, c’est-à-dire dans la zone littorale du département du Var
et dans l’est du département des Bouches-du-Rhône : plateau du Camp-du-Casteliet, régions
d’Hyères (mont Fenouillet), du Pradet-Carqueiranne (massif de la Colle-Noire); environs de
Marseille (chaîne de l’Etoile), de Cuges-les-Pins, de Saint-Zacharie, ainsi que dans le massif
des Maures (Cogolin).
Sa distribution altitu dinal e est encore moins connue. Ni Villeneuve (1908 : 204),
ni SÉGUY (1923 :139) n’en font mention. J’ai récolté A. pollinosa à prosimité de la mer jusque
vers 400 m d’^titude (col situé sur la route de Saint-Zacharie à Trets). En revanche, je ne l’ai
pas trouvée dans le massif de la Sainte-Baume.
2. Phénologie.
Les observations rétdisées dans la nature (captures de Mouches, dissections des hôtes)
et les résultats des élevages du parasite en laboratoire démontrent runivoltinisme de ce Diptère.
En Provence, les imagos se rencontrent dans la nature pendant une courte période,
du début du mois d’avril aux premiers jours du mois de mai. D’après Villeneuve (l. c.),
A. pollinosa, en Croatie et en Suisse, vole en mai.
Les larves se trouvent dans les hôtes dans le courant de la deuxième quinzaine d’avril
et jusqu’aux environs de la fin juin, époque à laqueUe elles les abandonnent, s’enterrent et se
transforment en pupe. A. pollinosa passe sous cette forme l’été, l’automne et l’hiver.
En 1965, des individus mâles purent être capturés dès le 2 avril. Les premières femelles
ne le furent que le 15, mais elles étaient déjà fécondées et aptes à pondre. La période de ponte,
au cours de laquelle on capture le plus grand nombre d’individus, s’échelonne approximative¬
ment du 10 avril au 10 mai. C’est au cours de ce mois que l’on constate l’élévation progressive
du taux de parasitisme de l’hôte.
La période active, tant imaginde que larvaire, de ce parasite est donc très précoce,
uniquement printanière.
3. Activité journalière.
Les renseignements que j’ai recueillis lors d’observations sur le terrain, au cours des¬
quelles 150 Mouches ont été capturées, sont les seuls que l’on ait sur l’activité diurne de ce
Diptère.
Les Mouches ne se montrent pas ou peu lorsque le temps est couvert ou froid. Par
contre, un vent violent et une forte humidité ne semblent pas perturber leur activité. J’ai pu
capturer des individus, une ou deux heures après la pluie pour peu que le soleil brillât.
L’ensoleillement et la chdeur apparaissent essentiels à l’activité diurne, surtout chez
les femeUes. Lorsque le temps est beau, les Mouches commencent à voleter vers 9 heures du
matin, dès que la température de l’air, à 50 cm au-dessus du niveau du sol, approche 25 “C
au soleil. Avant cette heure, cdles rencontrées sont rares et peu actives, le plus souvent immo¬
biles, posées sur les tiges et les feuilles des arbustes. Après 9 heures, le nombre d’individus
observés s’accroît brusquement avec l’élévation de la température et vers 10 heures leur acti¬
vité est déjà bien marquée. Cette dernière, importante toute la journée, se ralentit et s’arrête
dès que le soleil commence à descendre dans le ciel. Au cours de mes observations, où j’ai pu
voir des Mouches actives, la température à 1 m au-dessus du sol n’a jamais été inférieure à
20 ®C. L’humidité relative, beaucoup plus fluctuante, a varié entre 45 et 65 %.
4. Comportement de relation.
Les Mouches, pendant la journée, restent rarement immobiles. Elles sont peu farouches
et volettent d’un vol « mou » et court, caractéristique. Elles « sautent », pendant les heures
Source : MNHN, Paris
J.-C. liONIDE
chaudes, de feuille en feuille et de branche en branche. Les femelles survolent ainsi, presque
anna jjjgt dc nombrcux arbustes. Il n’est pas invraisemblable de présumer dans cette conduite
une recherche de l’hôte.
Les mides se tiennent plus facilement immobiles sur les sommités élevées des arbustes.
De la, ils se jettent sur tout ce qui bouge. Je n’ai pu savoir si cette attitude correspondait à
la recherche du partenaire sexuel.
Lorsque les Mouches se posent, elles le font sur des fleurs, et plus fréquemment sur des
arbustes dont la hauteur varie entre 30 cm et 1,50 m au-dessus du sol. J’ai rarement vu des
Mouches s’élever plus haut; je n’en ai jamais vu à même le sol. Elles reposent, la plupart du
temps, horizontalement, sur la face supérieure des feuilles. Accidentellement on peut les voir
s’accrocher verticalement sur une branche.
Les fleurs sur lesquelles j’ai vu des imagos d'A. pollinosa sont celles à’Euphorbia
characias L, de Daphné gnidium L. et une fleur de Composée non identifiée. Les autres
végétaux sur lesquels on rencontre les imagos sont des plantes ligneuses qui reflètent la
composition floristique de la localité et sur lesquelles se tiennent les Barbitistes fischeri (voir
p. 23).
5. Comportement de nutrition.
Le problème de la nutrition des imagos revêt chez Acyglossa pollinosa un intérêt
particulier vu le comportement de la femelle. Lors de l’infestation de l’hôte in vitro, celle-ci
perfore le tégument avec sa trompe et fait sourdre de l’hémolymphe qu’elle lèche (voir p. 42).
Mais il était intéressant, dès à présent, d’étudier le comportement de cette Mouche
dans la nature, du point de vue de la nutrition. Je n’ai aperçu qu’une fois une femelle attaquant
un Barbitistes fischeri. En revanche, j’ai observé, àdemultiples reprises, mâles et femelles
butiner les exsudations des inflorescences d^Euphorbia characias et de Daphné gnidium.
Les individus des deux sexes se rencontrent, dès 9 heures du matin et tout au long de la matinée
et du début de l’après-midi, sur les inflorescences. Pendant la prise de nourriture, la Mouche
est immobile, seule la trompe dévaginée se promène sur les fleurs. Cela peut durer 15 minutes
«ani interruption. Puis la Mouche s’en va sur une autre fleur ou une autre inflorescence. Au
laboratoire, elles acceptent l’eau glucosée.
6. Abondance.
L’estimation de l’abondance de la population, chez Acyglossa pollinosa, par dénom¬
brement des imagos — bien que ce soit là le moyen le plus précis — s’est avérée peu réalisable,
le repérage des Mouches étant passablement difficile. Les seules indications recueillies sont
celles établies par dissection des hôtes, c’est-à-dire par l’établissement des taux de parasitisme.
Le taux de parasitisme des Barbitistes fischeri dans une locdité déterminée, s’élève
progressivement de la mi-avril — époque du début de l’infestation — à la mi-mai — date à
laquelle tous les parasites ont déposé leurs œufs et sont morts. Après cette date, où il a atteint
son maximum, il décroît, d’abord lentement, puis rapidement à la suite de la mort des hôtes
infestés — et cela jusque vers la fin juin. Passé ce temps, seulement quelques individus, ayant
survécu à la sortie des parasites, montrent des traces du parasitisme. Leur nombre relativement
faible constitue le taux de parasitisme résiduel.
Les taux de parasitisme élevés (jusqu’à 33 %) se rencontrent à l’ouest de Toulon dans
les zones de garrigues (terrains calcaires). Ds sont plus faibles (2 à 10-% à l’est de Toulon, dan»
la zone des maquis (sur terrains siliceux). Le taux le plus bas a été observé dans les Maures
lors d’une pullulation de l’hôte (Cogolin : 0,7 % en 1961). En moyenne, dans les stations
prospectées et au moment où l’infestation atteint son maximum, le taux de parasitisme est de
l’ordre de 10 %. Si l’on considère qu’^. pollinosa se rencontre Huns presque toutes les sta¬
tions du B. fischeri, espèce commune en Provence, on peut admettre que ce parasite est abon¬
dant dans cette région et en particulier dans la région marseillabe.
IL SEXUALITÉ ET PHYSIOLOGIE DE LA REPRODUCTION
1. Sex-ralio.
Parmi les individus capturés, les représentants de chaque sexe apparaissent en nombre
sensiblement égal (65 mâles contre 55 femelles).
Source : HNHM, Pans
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
29
Les piemières Mouches rencontrées appartenaient aux deux sexes, peut-être les mâles
étaient-ils légèrement plus nombreux.
Les dernières aperçues appartiennent également aux deux sexes, avec une légère prédo-
minence des femelles.
2. Accouplement.
Je n’ai observé l’accouplement qu’une fois (un 30 avril vers 10 heures du matin) et
incomplètement. Lorsque je les aperçus, sur une feuille de chêne, les deux conjoints étaient
appariés. Le couple, très actif, se déplaçait fréquemment, sautant, sans se séparer, de feuille en
feuille.
Les premières femelles que j’ai pu capturer, de bonne heure dans la saison, étaient
fécondées. Il faut donc penser que l’accouplement a lieu très tôt, vraisemblablement dès l’éclo¬
sion, et se produit dans le biotope et sur la végétation qui héberge l’hôte.
M^es et femelles se rencontrent également réunis sur les fleurs aux dépens desquelles
ils se nourrissent. Un tel rapprochement doit faciliter la découverte du partenaire sexuel.
3. Anatomie et physiologie de TappareU génital femelle.
L’oviscapte d'Acyglossa pollinosa, de type Muscidae, difière sensiblement de celui
à’Acridomyia sackarovi décrit par RüKavishnikov (1930 : 207, fig. 9). Inerme, constitué de
deux aimeaux qui s’emboîtent dans les derniers segments abdominaux, il forme un stylet déva-
ginable, télescopique (Hennig 1966 : 74 et fig. 80 C et D).
Les ovaires assez volumineux, en grappe, débouchent dans deux oviductes pairs, assez
courts, qui s’unissent en un oviducte médian un peu plus long. Ce dernier reçoit dans sa partie
distale deux grandes accessoires et trois spermathèques.
La fécondité a été difficile à déterminer, la plupart des femelles capturées pouvant avoir
pondu. Cependant j’ai récolté une femelle vraisemblablement vierge (femelle capturée tout au
début de la période d’apparition des Mouches et dont les trois spermathèques étaient vides)
chez laquelle j’ai dénombré 266 ovules et 12 à 14 ovocytes à divers stades. Dans ce cas, on
voit que la fécondité doit être légèrement supérieure à 280 œufs. Mais nous savons qu’il est
aléatoire d’estimer la fécondité par dénombrement statique des œufs contenus dans un ovaire
à un moment déterminé, et forcément limité, de la vie d’une femelle (DuPUiS 1963 : 207).
La dissection des femelles capturées ayant montré qu’avant la ponte aucun œuf ne se
trouve dans les oviductes, on peut penser que la descente des œufs dans les voies génitales, et
par suite, la fécondation n’interviennent — et uniquement pour le lot d’œufs déposés — qu’au
moment de l’ovojection. D’ailleurs, tous les œufs déposés en une fois, dans un hôte, peuvent se
développer simultanément; et si, souvent, il y a un échelonnement du développement (voir
p. 44), celui-ci s’efi'ectue avec une absence totale de régularité; on ne note pas, comme l’a
décrit Dupuis (1963 : 200) chez les Phasiinae, que le premier œtif déposé lors d’une ponte
soit en avance dans son développement.
La durée de la période de préoviposition n’est pas connue.
Il était intéressant d’estimer, dans les conditions expérimentales où les hôtes peuvent
être fournis à profusion, la capacité journalière et le rythme de ponte. Pour cela, j’ai présenté
à la femelle un hôte, qui, aussitôt l’infestation révisée, a été enlevé et remplacé; ceci jusqu’à ce
que le parasite refuse de pondre. Les résultats obtenus, assez fluctuants, prouvent que de nom¬
breux facteurs président à ce rythme (importance des pontes rédisées les jours précédents, état
de maturité sexuelle et âge de la femelle, longueur de la phase de repos entre les pontes succes¬
sives).
De cinq à sept hôtes, au maximum, ont pu être infestés dans une journée par la même
femelle; cinq pontes ont pu être obtenues successivement en 1 heure 35 minutes avec des
arrêts de 15 à 20 minutes entre deux pontes. La plupart du temps, les femelles pondent deux à
quatre fois puis refusent de le faire pendant une demi-journée à une journée; mises en présence
d’un hôte, elles lui sautent dessus pour l’abandonner aussitôt et répètent ces attaques de nom¬
breuses fois mais sans suite.
Lors d’une ovojection, les femelles déposent plusieurs œufs à la fois. Ce nombre varie
en moyenne de 6 à 15, avec 8 comme mode; mais il peut s’élever jusqu’à la trentaine qui
est rarement dépassée (chiffres établis d’après un recensement de 1 916 œufs déposés in vitro).
Lorsqu’une femelle réalise, dans un bref laps de temps, une série d’attaques aboutissant à
8 584018 6 3
Source : MNHN, Paris
30
J.-C. LÉONIDE
plusieurs ovojections, le nombre total d’œufs déposés n’est en moyenne guère plus élevé que
lors d’une infestation umque.
III. COMPORTEMENT DE PONTE
Acyglossa pollinosa, détenue au laboratoire, pond avec facilité sur son bôte larvaire
habituel. Ceci, joint à l’originalité du comportement d’infestation et à l’intérêt de sa significa¬
tion, m’a semblé justifier une étude aussi approfondie que possible.
De plus, ce parasite accepte de pondre même sur des tronçons de Barbitistes fraîche¬
ment sectionnés, sur des Barbitistes inertes, endormis, voire fraîchement empaillés et sur
d’autres leurres dont je parlerai en temps voulu. Une telle facilité m’a permis de compléter la
simple observation du comportement de ponte par une étude expérimentale et de la soumettre
à une analyse détaillée.
1. Description du comportement de ponte.
Dès qu’une femdle gravide est mise en présence de l’hôte convenable, elle l’attaque
selon des modîdités déterminées et constantes que j’ai observées — sous la loupe binoculaire —
plusieurs centaines de fois.
La femelle saute sur le dos de la Sauterdle, recherche une membrane intersegmentaire
qu’elle trouve dans la région postéro-dorsale de l’abdomen, la perfore à l’aide de sa trompe,
se retourne, introduit son oviscapte dans cet orifice et dépose un paquet d’œufs.
Une femelle vierge (spermathèques vides) présente quelques vdléités d’attaques mais
je n’ai jamais noté de perforation, prélude de la ponte.
Je vais décrire en détail, dans l’ordre chronologique de leur apparition, les différentes
phases de ce comportement confrontant, au fur et à mesure et chaque fois que cela me sera
permis, la simple observation aux résultats de l’expérimentation.
a. Prise de contact avec Vhôte.
a. Déroulement de l’attaque.
Une larve de Barbitistes fischeri, introduite dans l’enceinte où se tient le Diptère,
est attaquée avec plus ou moins d’instantanéité, en général rapidement. Selon l’activité et la
position de l’hôte, la Mouche grimpe sur son dos soit lentement et en marchant, soit en sautant
brusquement ou en courant. Il s’ensuit parfois une courte lutte confuse au cours de laquelle
l’hôte tente de s’échapper et de se débarrasser de l’assaillant. La plupart du temps la femelle
s’accroche et le B. fischeri finit par s’immobiliser.
L’obUgation pour le parasite de n’attaquer l’hôte que par sa face dorsale, sur laquelle
il se maintient — comme nous le verrons — pendant la durée de toutes les opérations de la
ponte, a été observée dans les infestations réalisées au laboratoire et démontrée expérimenta¬
lement.
Des B. fischeri, anesthésiés au COj et couchés sur le dos, sont inspectés ; mais l’infes¬
tation n’a lieu que si la Mouche arrive à se placer sous le corps de l’hôte ou à le basculer afin
d’atteindre la face dorsale. Si on immobilise l’hôte, le dos contre le sol, en exerçant une pression,
la Mouche, ne parvenant pas à se glisser dessous, ne pond pas. Les tentatives pour s’insinuer
sous le B. fischeri sont nombreuses mais jamais la femelle ne monte sur le ventre de la Saute-
rdie.
Lorsqu’on présente un B. fischeri suspendu le dos en bas, la Mouche lui saute dessus de
bas en haut, s’accroche sur son dos et se comporte comme dans les conditions normales. Cette
expérience, reprise plusieurs fois, s toujours été conduante. La Mouche attaque par la face dor¬
ade même si celle-ci est tournée vers le sol, ce qui l’oblige à rédiser l’infestation, suspendue
par les pattes et le dos en bas.
La direction et le sens de la trajectoire d’attaque sont fonctions des conditions de ren¬
contre. Sur un sol horizontd, la Mouche, générdement, grimpe sur l’hôte par derrière, surtout
lorsqu’elle le fait en courant. Elle monte dors sur l’abdomen, le parcourt sur toute sa longueur
et vient s’immobiliser sur le pronotum. Là elle s’agrippe et attend la fin des premières réactions
de l’hôte. Mais si les attaques par l’arrière sont fréquentes, elles n’excluent pas les prises
de contact antérieures ou latérdes, voire vertiedes.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
31
p. Facteurs de reconnaissance de l’hôte.
J’ai étudié au laboratoire les facteurs de la reconnaissance à courte distance ^ de l'hôte
par le parasite. Pour cela, j’ai fait varier ou j’ai supprimé successivement les divers facteurs qui
étaient présumés jouer un rôle dans cette reconnaissance (mouvement, couleur, forme) afin de
constater si l’infestation se produisait ou non. Lorsque l’infestation a lieu, l’hôte est reconnu
et le facteur modifié, voire supprimé, ne joue pas un rôle déterminant dans l’identification.
Lorsque l’infestation ne se produit pas, il est déatoire de tirer une conclusion à moins que
l’expérience, reprise de nombreuses fois, s’avère toujours négative. En fait, les réponses sont
souvent nuancées et il est nécessaire d’estimer le degré de la réponse en tenant compte de
l’intérêt plus ou moins fort que suscite, chez la femelle, l’hôte expérimentai présenté.
1® Reconnaissance visuelle de l’hôte.
Rôle de la couleur. — Dans une certaine mesure la couleur peut attirer l’attention du
parasite, comme semble l’indiquer le fait que la Mouche saute facilement sur un hôte inhabituel,
approximativement de mêmes taille et forme qu’un Barbitistes fischeri et de codeur verte poin-
tiilée de noir. On obtient le même résultat en présentant une boulette de pâte à modeler verte
parsemée de points noirs faits à l’encre de Chine. Evidemment la Mouche abandonne ces hôtes,
ou ces leurres, dès qu’elle entre en contact.
Cependant, la coloration artificielle des larves de B. fischeri peintes en noir à l’encre de
Chine ou à la gouache en rouge vif, bleu, marron, jaune ou vert émeraude, n’a pas empêché leur
infestation. B. berenguieri fortement mélanique est bien accepté.
On peut donc penser que si la couleur est un élément de discrimination sommaire,
elle ne joue qu’un rôle limité dans la reconnaissance effective de l’hôte.
Rôle du mouvement. — Que le mouvement puisse être, dans la nature, im facteur effi¬
cace de repérage de l’hôte parait probable; mais dans la reconnaissance à courte distance, il
ne joue pas un rôle déterminant.
La plupart des B. fischeri présentés complètement immobdes (anesthésiés au COj,
ou même morts depuis 24 heures) ont été infestés.
L’immobilité n’empêche donc ni la reconnaissance de près ni l’infestation de l’hôte.
Cette conclusion n’est pas sans signification lorsqu’on se souvient que dans la nature les
B. fischeri larvaires demeurent de longues heures immobiles.
Rôle de la forme. — La taille a une influence certaine dans la stimulation du compor¬
tement de ponte des femelles comme nous le verrons (p. 58). J’envisagerai ici uniquement le
rôle de la forme.
Pour essayer d’établir dans quelle mesure la forme générale ou c^e des diverses
parties du corps pouvaient servir à l’identification de l’hôte, j’ai eu recoturs à des expériences
de ponte sur des larves de Barbitistes fischeri amputées (sur lOS expériences, 55 ont abouti à
l’infestation).
J’ai estimé les variations d’intérêt suscitées chez le parasite par les divers tronçons de
B. fischeri. E faut tout de suite dire que les sections de B. fischeri, aussi importantes fussent-
elles, n’ont jamais suscité un intérêt aussi marqué que l’hôte entier : lorsque l’infestation a Eeu,
elle se produit au bout d’un temps plus long que dans les conditions normées.
Un animal sans tête (8 expériences positives sur 10), voire sans tête ni prothorax (5 sur 5)
ou même sans tête ni prothorax ni mésothorax, ni pattes pro- et mésothoraciques (6 sur 8)
a été souvent reconnu et infesté. Un animal sans patte l’est également bien (4 sur 5). Un animal
sans abdomen (7 sur 13) ou un abdomen isolé (12 sur 28) s’ils ont pu être infestés ne l’ont été
qu’assez rarement. Un abdomen encore rattaché à ime paire de pattes semble mieux accepté
qu’un abdomen sans pattes. Une tête isolée (6 expériences), une moitié d’abdomen (12 expé¬
riences), le segment prothoracique avec ses pattes (5 expériences) n’ont jamais été infestés.
Un animal entier mais partiellement écrasé et aplati n’a, en aucun cas, attiré l’attention du
parasite.
1. Ce mode de repérage étant le plus important : l’identi&cation d’un hôte à courte distance devant
obligatoirement compléter un éventuel repérage de loin. De plus, ce mode est vraisemblablement le seul
dtei Acyglotsa poüinosa commeen témoigne le comportement des femelles; le vol de feuille en feuille (v. p. 28)
ttadnit vraisemblablement une recherche de l’hôte à courte distance. Par ailleurs, alors qn' A. poUinoso,
u> euro, attaque rapidement un hôte dans une enceinte d'espace restreint, elle le fait rarement dans une
enceinte dépassant 30 à 40 cm’.
Source : MNHN, Paris
J.-C. LÉONIDE
Les résultats de ces expériences — en nombre limité — n’autorisent que les quelques
conclusions suivantes :
La forme joue un rôle certain dans la reconnaissance de l’hôte; l’existence même d’une
variation d’intérêt suscitée par les divers tronçons de l’hôte suffit à affirmer cette influence.
Cependant aucune partie du corps n’apparaît vraiment indispensable à la reconnaissance,
bien que l’abdomen et les pattes semblent avoir une action plus grande que le reste du corps.
L’impression qui se dégage est qu’un fragment d’hôte sera d’autant plus volontiers
accepté — donc reconnu — qu’il sera équilibré c’est-à-dire qu’il se rapprochera davantage de
la silhouette normale. Le fragment le plus réduit et pourtant infesté comprend une partie de
l’abdomen et une partie du thorax avec une ou deux paires de pattes (4 expériences positives
sur 4) ; des B.fisckeri amputés des sept derniers segments abdominaux ont toujours été infestés
(9 sur 9).
Cette impression semble confirmée par les résultats des expériences réalisées avec des
leurres.
Noua avons vu qu’une boule en pâte à modeler de la forme et de la couleur d’un B.
fischeri attire U Mouche qui l’abandonne, sa méprise reconnue seulement à son contact.
Une expérience intéressante a été réalisée avec le leurre suivant : on sectionne un
B. fischeri en arrière du pronotum par une coupure oblique de manière à isoler la partie antéro-
ventrale de la Sauterelle (tête, prothorax, p térostemum et les six pattes) et on accole à ce tronçon
antérieur une masse ovoïde de pâte à modeler verte de dimension identique à la portion thorax-
abdomen supprimée. Le parasite mis en présence de ce leurre mi-artificiel mi-naturel lui saute
dessus et essaye pendant un long moment de percer avec sa trompe « l’imaginaire » membrane
intersegmentaire au point de parvenir à lacérer et même à excaver la pâte à modeler. Cette expé¬
rience répétée à plusieurs reprises a toujours été aussi concluante.
Le même résultat a été obtenu en joignant à la pâte à modeler le segment prothoracique
pourvu de ses deux pattes. Une Mouche essaya durant 4 minutes de perforer la pâte à modeler
et après avoir réussi à faire un petit trou elle se retourna et tenta d’introduire son oviscapte
djTig cet orifice. La ponte fut même effective une fois où la femelle parvint à glisser l’oviscapte
entre l’anneau prothoracique et la pâte à modeler. Cela montre à quel point le parasite est
<r convaincu > de l'identification de l’hôte.
Les résultats de ces expériences renforcent mon opinion selon laquelle j’attribue à la
silhouette équilibrée (et ici le mot silhouette prend son plein sens, la pâte à modeler ne pouvant
donner qu’une idée floue et approximative de la forme exacte de l’abdomen) un rôle déterminant
dans la reconnaissance visuelle de l’hôte.
Les limites du rôle de la vision. — Le facteur visuel n’est pas seul à entrer en jeu et à
assurer l’identification de l’hôte comme le laisse présumer le fait qu’un leurre entièrement arti¬
ficiel est abandonné par la Mouche dès que le contact est réalisé et comme le démontrent les
expériences de vernissage des yeux du parasite.
Le vernissage fut réalisé avec de la gouache épaisse ; la Mouche anesthésiée au COj
est placée sous la loupe binoculaire; à l’aide d’un poil je dépose sur l’œil une gouttelette de
peinture. La durée de l’anesthésie étant brève je suis obligé de m’y reprendre à cinq ou six
fois pour obtenir le dépôt, sur les deux yeux, d’une calotte complète. femdles traitées ont
survécu au moins 5 jours. Leur comportement n’a pas paru très affecté. Elles se déplacent faci¬
lement et avec vivacité, se frottant tout au plus les yeux avec les pattes antérieures.
De telles Mouches, mises en présence des hôtes, ont réagi diversement. Le comportement
s’est progressivement modifié avec le temps. Pendant les quelques héures qui suivent l’opéra¬
tion, la Mouche ne semble pas prêter attention aux Barbitistes fischeri passant à proximité.
Douze à 15 heures après, elle commence à se mouvoir en direction des B. fischeri les plus
proches, à monter sur leur dos et même à ébaucher une perforation. Une journée après, elle
attaque nettement ceux passant à proximité. Les résultats de ces attaques sont divers et souvent
la Mouche ne parvient pas à ses fins. Parfois elle réalise une perforation mais n’arrive pas à la
retrouver. J’ai observé une femelle qui, après avoir pratiqué la perforation, se retourna du
mauvais côté, apportant ainsi une preuve du rôle de la vision dans l’orientation de la Mouche.
Fréquemment la femelle abandonne ses attaques dès que l’hôte réagit, donnant l’impression que
son agressivité a nettement décru. Dans 4 cas cependant, les femelles aux yeux peints parvinrent
à infester l’hôte selon le comportement normal. Cela fut réalisé avec des femelles n’ayant plus
pondu depuis 2 à 3 jours.
Pour faible que soit le nombre d’infestations positives obtenu, il est « nffiian t pour
démontrer que la vision n’entre pas seule en jeu dans la reconnaissance de l’hôte et que dans
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
33
certains cas die n’apparait pas indispensable. En fait, la faible agressivité des femelles, les diffi'
cidtés qu’dles seiriblent éprouver à infester des hôtes témoignent également en faveur du
rôle habituel non négligeable de la vision dans l’identification — et par suite l’infestation —
de l’hôte.
2® Reconnaissance olfactive de l’hôte.
Théoriquement le moyen le plus probant pour démontrer le rôle de l’olfaction dans la
reconnaissance de l’hôte eût été d’étudier les réactions de la Mouche après ablation des trois
articles antennaires. Malheureusement, toutes les tentatives de destruction des antennes par
section, écrasement ou cautérisation ont été vouées à Técbec. Après ce traitement, la Mouche
présente des troubles de la locomotion et de l’équilibration : elle s’incline du côté opposé où
a eu lieu l’opération, titube, tombe sur le dos et ne se relève plus. Dans ces conditions toute
expérimentation devient impossible dans le domaine du comportement qui nous intéresse.
Les Mouches dont les antennes furent accidentellement sectionnées par les mâchoires
de l’hôte eurent des réactions analogues et s’avérèrent incapables de poursuivre l’infestation.
Le rôle de l’olfaction a été supputé par des raisonnements déductifs. Seule la reconnais¬
sance olfactive permet d’expliquer la facilité avec laquelle des Barbi$tistes fischeri sectionnés
sont infestés, et permet également de comprendre pourquoi un hôte non habituel — ou un
leurre — de forme et de couleur identiques à celles des B. fischeri est, lorsqu’il est attaqué,
aussitôt relâché.
En fait, la seule expérience probante et indirecte de la détermination du rôle de l’olfaction
a été celle du vernissage des yeux. La vision ne pouvant plus être mise en cause dans la recon¬
naissance de l’hôte, il faut bien admettre que cette dernière est assurée par la mise en œuvre
des stimuli olfactifs; le toucher ne pouvant intervenir qu’au moment de la prise de contact.
Or la spontanéité de l'attaque, déclenchée avant même ce contact, ne laisse aucun doute quant
à la faiblesse de l’influence des stimuli tactiles.
L’olfaction seule ne permet pas toujours le diagnostic spécifique de l’hôte. Ainsi un
B. fischeri caché au s regard » du ptarasite par une feuille de papier n’attire pas l’attention de la
Mouche. N’importe quel fragment de B. fischeri trop informe, voire même une moitié d’abdomen
ou un de ces Ensifères entier mais partiellement écrasé n’attire pas la Mouche. Un coton imbibé
d’hémolymphe et présenté à la Mouche n’a pas d’effet, même si on le fait entrer en contact
avec la tête du Diptère.
3® Coopération des stimuli visuels et olfactifs dans la reconnaissance de Thôte.
La coopération des stimuli visuels et ol&ctifs dnna la reconnaissance de l’hôte a été
démontrée grâce à une expérience consistant à prendre deux éléments, l’un visuel, l’autre
olfactif — qui isolément attirent tout juste l'attention du parasite — et à voir si réunis ils
déclenchent le comportement de ponte.
L’expérience a été réalisée avec une boule de pâte à modeler verte — qui, isolée, attire
suffisamment l’attention de la Mouche pour que cette dernière se jette sur ^e, pour l’aban¬
donner aussitôt sa méprise reconnue — et un segment prothoracique qui, également isolé,
capte l’intérêt de la Mouche au point que celle-ci l’inspecte en détail sans cependant se décider
à pondre. Lorsque l’on fixe la boule de pâte à modeler sur l’anneau prothoracique les tentatives
d’infestation sont très nettes. Les stimuli visuels et les stimuli olfactifs agissant séparément
n’ont pas abouti à une reconnaissance, mais agissant conjointement leur action s’est révélée
positive *.
A la suite de ce qui a été démontré en laboratoire, on peut supposer que dans la nature
les stimuli visuels produits par la forme, la couleur et le mouvement permettent au parasite
de reconndtre à moyenne distance un hôte probable. Les stimifli olfactifs assurent le diagnostic
spécifique au voisinage immédiat ou au contact de l’hôte.
b. Perforation buccale du tégument de l’hôte.
a. Description de cette phase.
Dans le cas fréquent d’une attaque par l’arrière, la Mouche qui s’est immobilisée sur le
dos de l’hôte, le corps orienté dans le même sens, pivote de 100 à 180®. Cette rotation presque
complète la place dans une posture constante et caractéristique que j’appellerai « de perfora¬
tion ». La femelle, tournée en direction caudale, se tient en travers du thorax de l’hôte, le corps
1. Ceci, contrairement à ce qu’a observé Picard (1921 : 1619) avec un Hyménoptère entomopbage
cher qui la vision s’intervient pas.
Source : A^NHN, Paris
J.-C. LÉONIDE
faisant avec celui de l’hôte, un angle de 30 à 90° ouvert vers l’arrière, les trois pattes d’un même
côté accrochées à l’avant de l’Orthoptère (rebord antérieur du pronotum, des hanches ou
artides quelconques des pattes) et les trois symétriques embrassant l’abdomen.
Si l’attaque se produit par la région craniale, la posture de perforation peut être acquise
d’emblée, «mus retournement de l’avant vers l’amère; cela est rare.
La constance de cette position qui assure le centrage correct de la perforation suppose
une reconnaissance de l’axe antéro-postérieur de l’hôte. J’envisagerai plus loin les facteurs
grâce auxquels la Mouche parvient à s’orienter.
Dans cette posture, la Mouche abaisse sa tête sur le côté et ^isse tangentiellement sa
trompe en extension sous le repli formé par la membrane molle unissant deux tergites abdo-
minaux, repli qu’elle parcourt à plusieurs reprises. Cela donne l’impression d’une recherche
d’un point favorable qui est trouvé parfois rapidement, parfois après quelques tâtonnements.
Pois la trompe, animée de mouvements qui traduisent le travail de perforation et qui
jusqu’ici ne disparaissait que partiellement sous le tergite, s’enfonce complètement. La Mouche
demeure dans cette position un temps, et, brusquement, elle retire sa trompe. Une goutte
d’hémolymphe suinte de la plaie et forme une perle de liquide à la surface du corps de l’hôte.
Au cours de la phase de perforation, l’oviscapte dévaginé est continuellement en mou¬
vement. Son extrémité ^isse, comme l’avait frit la trompe, dans divers replis des membranes
intersegmentrires et les parcourt en les longeant. Ces mouvements sans but au cours de la
phase de perforation peuvent prendre une importance notable lors de pontes multiples (voir
p. 40).
Localisation des perforations.
La perforation — et par suite la ponte — a lieu à travers une membrane molle de la
région dorso-latérrie de l’abdomen et plus particulièrement à travers la membrane unissant
deux tergites abdominaux, parfois à travers la membrane articulaire des cerques, des para-
proctes ou de l’épiprocte. Mais j’ai noté une perforation située en position médio-dorsale à
travers la membrane unissant deux tergites et quelques perforations laléro-ventrales ou même
ventrales à travers la membrane unissant deux stemites, en générri, au voisinage de la mem¬
brane pleurrie de l’abdomen.
Le caractère hautement modri de la position dorso-latérrie des perforations est déter¬
miné, semble-t-il, par la constance même des attaques de l’hôte par la face dorsale (voir supra).
Les variations de la localisation des points de perforation résultent en partie de la taille
de l'hôte par rapport à celle du Diptère. Au stade 1, la taille de i’bôte, en général plus petite
que celle de la Mouche, s’oppose à de grandes variations du lieu de centrage de la perforation.
La tête ou l’abdomen de la Mouche dépasse l’extrémité postérieure du corps de l’hôte et la
perforation a lieu très postérieurement ou postéro-ventrriement. Lorsque l’bôte est plus grand
(stade II, III) la marge de variation devient importante. La Mouche peut se déplacer vers
l’avant ou vers l’arrière, et on peut la voir, par exemple, perforer dans une région moyenne
lors d’une première attaque et plus postérieurement lors d’une deuxième.
La détermination du point de perforation en fonction de la taille de l’bôte a été illustrée
dans une série d’expériences de ponte sur des hôtes tronçonnés. Lorsqu’une partie de la région
postérieure de l’abdomen est supprimée (ic corps de l’hôte est alors raccourci) et lorsque l’ovis¬
capte n’entre pas accidentellement en contact avec la section, la femelle pond normriement
mais en un point qui a été déplacé vers l’avant. La ponte peut avoir lieu à la limite postérieure
du métathorax, ce que je n’ri jamais observé dans les conditions normales. Il y a en quelque
sorte « réajustement » du lieu de ponte après raccourcissement expérimental de l’hôte.
Sur environ 180 perforations et pontes rériisées an laboratoire, toutes ont eu lieu dans
la région de l’abdomen sauf 4 qui se sont produites à travers la membrane coHaire. Encore
s agissait-il de cas particuliers. Dans 2 d’entre eux, l’hôte présenté était anesthésié et couché
sur le côté et, si la membrane collaire a été perforée, les tentatives de ponte ont échoué, l’orifice
n’ayant pas été retrouvé par l’oviscapte. Le troisième cas a été consécutif à une réaction de
l’hôte qui s était couché sur le dos; la femelle perfora la membrane collaire et déposa seule¬
ment 2 œufs. Le quatrième cas s’est produit dans des conditions normries mais la femelle
n’arriva pas à trouver la perforation.
Le parasite mis en présence de tronçons de Barbitistes fischeri a pu également perforer
la membrane articulaire du acape antennaire et des coxa.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTERES
35
■y. Morphologie de la trompe.
Ia trompe A'Aeyglosaa pollinosa (fig. 7), qui assure la perforation du tégument de l’hâte, montre
une structure de Diptère Thécostomate, mais ^ se rapproche de celles d’Aaidcmyia sacharovi décrite
par RUKATISHNIKOT (1930 : 2534, fig. 10-21) et des Stomoxyidinae par divers caractères qui en font un
organe vuinérant.
Le cône buccal présente un fidcrum bien développé, prolongé en arrière par un appendice posté¬
rieur non bifurqué comme chez A. sacharovi, des mariiies et surtout des palpes maxillaires, absents chez
les Acridomyia.
La trompe proprement dite ou haustellum est assez allongée, fortement chltinisée, luisante et
rigide, soutenue par un puissant sclérite labial.
Le canal alimentaire chemine dorsalement dans la gouttière du sclérite hypopharyngien fermée
dorsalement par les sclérites lamellaires du labre et de l’épipharynx. A la partie proximale de ces forma¬
tions se trouve la théca.
Fie. 7. — Trompe buccale d’4<5^Iotso poUinoso, vue latérale
Noter en particulier le système perforateur constitué par les dents des labelles
L’hypopharynx se termine dans sa ré^on distale par une partie effilée formant un véritable stylet
qui &il saillie entre les labelles.
Les labelles, sdér i fiés sur leur bord ventral, sont soutenus par une furca mais leur particularité
réside dans ia possession de dents, les « prestomal teeth > de Ruxavishnikov, constituant le système perfo¬
rant. Chez la femelle ÿAcyglossa pollinosa chaque labelle porte dans sa région médio-inteme un groupe
de six dents volumineuses et bifides, toutes indépendantes et ne reposant pas comme chez Acridomyia
sacharovi sur une forte plaque sdérifiée. Cher le mâle, les dents sont rudimentaires, réduites en taille et
en nombre (on n’en compte que deux ou trois par labelle). In trompe des mâles i'A. sacharovi est égale¬
ment dépourvue de processus perforateur (Rdeavishnikov 1930).
la structure de la trompe d'Acyglossa pollinosa diffère donc sensiblement de cdle d'Acridomyia
sacharovi, en particulier par la présence des palpes maxillaires et l’absence de sdérites soutenant les dents.
Le point commun également propre au Stomoxyidinae, la possession des dents du labdle, n’est, peut-être,
qu’un caractère de convergence.
c. Retournement et prise de la posture de ponte.
a. Description de cette phase.
Sitôt la trompe retirée, la Mouche effectue une nouvelle rotation de 180°, inverse de la
première, de telle sorte que sa tête est ramenée dans la région cranide de l’hôte et l’oviscapte
dans la région caudde. Son corps fait un an^e de 30 à 45° avec l’axe de l’hôte mais ouvert
vers l’avant. Ciette rotation a lieu sur place et l’extrémité de l’abdomen se trouve placée au
Source : MNHN, Paris
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I.'C. LÉONIDE
niveau de la perforation pratiquée par la trompe. Les pattes prothoraciques de la femelle sont
accrochées sur le rebord antérieur du pronotum, et en maintes occasions les griffes percent la
membrane coHaire, provoquant une hémorragie notable. Les pattes mésothoraciques étreignent
le corps en avant ou en arrière des pattes sauteuses et la troisième paire de pattes enserre
complètement l’abdomen de l’hôte. 11 n’est pas rare de voir les griffes des deux pattes méta-
thoraciques s’accrocher entre elles sous le ventre de la Sauterelle.
Je qudifie cette position, non moins caractéristique que cdle de perforation, de « pos¬
ture de ponte », l’ovojection s’effectuant dans cette attitude.
p. Facteurs de la reconnaissance de l’axe antéro-postérieur de l’hôte.
Dans les 150 pontes obtenues au laboratoire, les postures de perforation et de ponte ont
été respectées avec constance (2 exceptions seulement ont été constatées). En particulier, la
femelle a toujours été tournée vers l’arrière de la Sauterelle dans la posture de perforation
et vers l'avant dans la posture de ponte.
Cela implique de la part du parasite une reconnaissance et une orientation de l’axe
antéro-postérieur de l’hôte.
11 était intéressant de savoir jusqu’à quel point ces directions seraient conservées si
l’on présentait à la Mouche des sections de larves de Barbitistes Jischeri. Ces expériences
pouvant peut-être, en outre, mettre en évidence les parties du corps de l’hôte grâce auxquelles
la Mouche se centre. J’ai, pour cela, analysé les résultats des expériences de ponte sur les
fragments de B. Jischeri dont j’ai parié (voir p. 31), en ne tenant compte que des 55 expé¬
riences positives (où l’infestation a eu lieu, c’est-à-dire la reconnaissance de l’hôte réalisée).
Ponte sur fragments postérieurs de l’hôte (à section transversale et crâniale) [19 expé¬
riences]. Ces fragments comportent un abdomen entier et une partie plus antérieure d’impor¬
tance variable, avec au moins une paire de pattes. En présence d’un tel fragment, la Mouche
s’est comportée normalement, montant sur le dos de l’hôte, perforamt une membrane interseg¬
mentaire de l’abdomen, se retournant et déposant ses œufs. L’orientation et le comportement
de ponte sont restés normaux. La section antérieure n’a jamais été utilisée pour le dépôt des
œufs. Donc ni la tête, ni le prothorax, ni même la tête, le prothorax, le mésothorax et les
pattes correspondantes réunis ne semblent indispensables à l’orientation.
Ponte sur fragments antérieurs (à section transversale et caudale) [16 expériences].
Les résultats varient selon l’importance du tronçon supprimé.
Lorsqu’il a été enlevé jusqu’aux sept derniers segments abdominaux (9 expériences),
les trois segments abdominaux restants, joints au méso- et au métathorax, peuvent suffire
pour que la Mouche se pose normalement sur le dos. L’orientation n’est pas mise en défaut.
Mais notons dès à présent que si le comportement de ponte a pu être normal (3 cas), on peut
également assister à la ponte directe dans la section postérieure (6 cas). Il n’y a pas là erreur
d’orientation mais, comme nous le verrons (p. 38), modification du comportement dédenchée
par le contact de l’oviscapte avec l’hémolymphe de la section.
Si la section supprime au moins tout l’abdomen, le comportement devient aberrant
(7 expériences). Le tronçon antérieur le plus court infesté était rédmt à la tête, au prothorax
et aux pattes pro- et mésothoraciques. La Mouche s’avançant vers ce tronçon et se mettant à
tourner en rond, son oviscapte finit par entrer accidentellement en contact avec l’hémo-
lymphe de la section postérieure, ce qui y induit la ponte sans qu’une perforation ait été faite
avec la trompe. D’autrefois la femelle cherche à perforer en n’importe quel point : sur la cap¬
sule céphalique, le pronotum, la membrane collaire, etc. Elle y parvint à travers la membrane
collaire, la membrane articulaire du scape antennaire, la menïbrane coxale.
Les troubles paraissent ici certains; la perforation ayant dans plusieurs cas été réalisée
dans une région antérieure de l’hôte, il y a eu manifestement inversion de l’orientation des
postures de perforation et de ponte. II semble donc que l’abdomen serve à l’orientation mais
il^convient de souligner que ces expériences ont posé à la Mouche, non seulement im problème
d orientation, mais encore un problème tout différent lié à la disparition de la partie du corps
de l’hôte dans laquelle la ponte a lieu normalement.
L animal sans patte (4 expériences) peut être attaqué et infesté selon les modalités habituelles,
sans erreur d orientation. Une fois cependant, une femelle hésita et ébaucha une perforation
dans la région thoracique, son corps dirigé vers la région crâniale de l’hôte — donc orienté à
1 envers mais elle abandonna sans insister. Les pattes, et en particulier leur situation,
pourraient donc, dans une certaine mesure, guider la Mouche dans son orientation.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
37
La Mouche étant désorientée devant un hôte sans abdomen, il était intéressant de savoir
comment elle se comporterait en présence d’un abdomen entier mais isolé, avec ou sans
patte. Cette portion du corps fut assez difficdement infestée (probablement par non-reconnais¬
sance de l’hôte) mais lorsque l’attaque eut lieu elle se déroula dans des conditions normales
dans 10 des 12 e^ériences réalisées.
J’ai observé un cas oh l’infestation a été effectuée dans une direction opposée à la nor¬
male : une Mouche s’oriente convenablement, perfore et se retourne, mais l’hôte sectionné
étant exsangue elle ne parvient pas à découvrir l’orifice et se met à tournoyer. L’oviscapte entre
alors en contact avec l’hémolymphe de la section antérieure ce qui déclenche la ponte. Il n’y a
pas erreur formelle d’orientation mais méprise dans la découverte du lieu de perforation résul¬
tant du contact de l’hémolymphe avec l’oviscapte. J’ai constaté une erreur manifeste (la seule
sur 12 cas) ; une Mouche en présence d’un abdomen isolé se mit à perforer orientée vers l’avant
et, se retournant pour pondre, dirigea son corps vers la région crâniale de l’hôte. Ici toutes les
phases du comportement ont été réalisées à contre sens. Ce cas, bien qu’isolé, montre que
l’abdomen seul ne permet pas toujours à la Mouche d’orienter correctement l’axe antéro¬
postérieur du corps.
Ponte sur tronfons médians (à sections transversales crâniale et caudale). Une seule
expérience a été réalisée sur un animal sans tête et sans les sept derniers segments abdominaux,
la ponte a eu lieu directement dans la section caud^e, sans erreur d’orientation.
E ressort de ces expériences que les positions de perforation et de ponte sont rigoureu¬
sement déterminées, que la reconnaissance par la Mouche de l’axe antéro-postérieur de l’hôte
est précise et n’est pas facüement perturbée par la suppression d’une portion de l’hôte. Aucune
partie du corps n’est apparue vraiment indispensable à cette orientation. Cependant des erreurs
peuvent se produire lorsque les pattes sont enlevées. Les troubles les plus importants ont été
consécutifs à la suppression de l’abdomen mais E est difficile de dire si ces troubles résultent
d’une erreur d’orientation ou de la disparition de l’organe dans lequel a lieu normalement la
ponte. L’orientation semble donc résulter de la reconnaissance globale d’une somme d’élé¬
ments morphologiques (pattes et abdomen essentieUement) et de l’identification des positions
relatives de ces différents déments.
d. Recherche de l’orifice préalablement pratiqué,
et. Description de cette phase.
La posture de ponte réalisée, la femeEe replie son abdomen en direction antéro-ventrale
et recherche, du bout de son oviscapte, la perforation préalablement pratiquée avec la trompe.
L’extrémité de l’oviscapte est insinuée entre les replis des membranes intersegmentaires
unissant les tergites abdominaux qui sont parcourus sur une certaine longueur par des mou¬
vements de pissements. Au début, la recherche est méthodique et la zone explorée limitée
et déterminée par la rotation de 180° qui amène approximativement l’oviscapte à l’empla¬
cement de la perforation. Mais si l’orifice n’est pas découvert rapidement, la femeUe change
de zone de prospection.
p. Rôle de l’hémolymphe.
Le contact de l’hémolymphe sur l’oviscapte joue un rôle important dans la découverte
de l’orifice de ponte, déjà évident lors de la simple observation des modalités de la ponte.
Lorsque l’oviscapte, au coturs de sa prospection, entre en contact avec l’hémolymphe suintant
de la plaie, les investigations sont Emitées à la zone humidifiée, ce qui conduit en générP très
vite à la découverte de l’orifice.
Cette fonction de l’hémolymphe a reçu une première démonstration lors d’un événe¬
ment imprévu qui résulta d’une réaction de l’hôte. Une femeEe infestant un Barbitistes fischeri
avait réalisé la perforation et se retournait pour pondre lorsqu’une ruade de la SautereUe
déplaça la goutte d’hémolymphe qui avait suinté de la plaie, loin en arrière sur l’abdomen
de l’hôte. La femelle, après quelques recherches, découvrit la goutte qui avait subi la transla¬
tion et se mit à l’explorer. Cherchant en vain à faire pénétrer son oviscapte, eEe prolongea ses
investigations un temps anormalement long, avant de prospecter aEletirs et de découvrir la
blessure où avait perlé une nouvdle goutte d’hémolymphe.
Source : MNHN, Paris
J.-C. LÉONIDE
L’étude expérimentale a mis en relief le rôle du contact de l’hémolymphe sur i’ovia-
capte dans la découverte de l’orifice pratiqué par la trompe.
Les expériences d’infestation des hôtes sectionnés ont en effet montré que lorsque
l’oviscapte arrivait accidentellement au contact de l’hémolymphe suintant de la section, cela
déterminait immédiatement la ponte dans la plaie. Ainsi s’expliquent les erreurs constatées
lors de la recherche de la perforation : une femelle qui infeste un tronçon de B. fischeri peut
perforer normalement et, après s’être retournée, pondre dans la section si l’oviscapte parvient
d’abord au contact de l’hémolymphe cpû l’humidifie.
Inversement, lorsque le parasite n’entre pas accidentellement en contact avec la plaie,
il éprouve souvent des difficultés à découvrir l’orifice qu’il a pratiqué, la quantité d’hémolymphe
qui en suinte étant réduite chez ces Barbitistes sectionnés qui ont subi une hémorragie notable.
Cela est rendu plus démonstratif en présence d’un B. fischeri exsangue. On vide l’abdomen de
ses viscères par ime incision ventrale et on bourre de coton après avoir séché au papier
filtre. Si l’on présente à la Mouche un tel hôte fraîchement « empaillé », elle se jette dessus aussi-
tôt, perfore et se retourne pour pondre. Mais elle éprouve des difficultés à découvrir l’orifice
et souvent n’y arrive pas. Après avoir persévéré dans sa recherche, elle se retourne à nouveau
et pratique avec sa trompe une autre perforation. Ce comportement se répète jusqu’à ce que
la Mouche découvre l’orifice et y ponde effectivement. J’ai pu ainsi obtenir jusqu’à sept perfo¬
rations consécutives avant que l’une d’elles soit retrouvée!
Le contact de la goutte d’hémolymphe suintant de la perforation représente le processus
normal du mécanisme qui guide l’oviscapte dans sa recherche de l’orifice. Mars il n’est pas
absolument indispensable comme en témoignent tous les artefacts expérimentaux réalisés
dans le but de troubler ou de supprimer le rôle de l’hémolymphe, qui ont pu retarder la décou¬
verte de l’orifice, mais l’ont rarement empêchée. La goutte d’hémolymphe n’est pas seule
à intervenir dans la découverte de l’orifice : le repli des membranes intersegmentaires de
l’abdomen facilite également la prospection. Ains i, lors des perforations de la membrane col-
laire, l’oviscapte n’étant pas guidé par un repli, la prospection n’est plus linéaire mais s’étend
sur toute une surface et souvent, même en présence de la goutte d’hémolymphe, la plaie n’est
pas retrouvée. Dans les conditions normales, lorsque l’orifice n’est pas localisé rapidement, la
prospection continue assez longtemps à l’intérieur de la zone humectée. Mais si la perforation
n’est pas découverte, la femelle abandonne cette goutte et va chercher ailleurs.
e. Ovojection et abandon de l’hôte.
Aussitôt l’oviscapte introduit dans la perforation, l’ovojection a lieu, comme permettent
de le constater les dissections réalisées immédiatement : les œufs, en nombre variable (voir
p. 29), groupés en paquets, se rencontrent dans le corps de l’hête au voisinage de l’orifice.
La ponte terminée, la Mouche abandonne l’hôte.
Le contact de l’oviscapte avec l’hémolymphe, qui facilite le repérage de la perforation,
ne suffit pas à déclencher la ponte. Celle-ci n’a pas lieu lorsque l’oviscapte entre en contact
avec une goutte d’hémolymphe artifiddlement déplacée. L’ovojection ne se produit qu’après
introduction de l’oviscaple dans la blessure. Au stimulus provoqué par le contact avec l’hémo¬
lymphe doit nécessairement, pour induire à la ponte, s’en ajouter un autre telle la pression
qui s’exerce sur l’oviscapte au moment de son introduction dans la plaie. C’est ce que Picard
(1921 :1619) a nommé la « sensation tactile de vide ou de plein ».
Il serait intéressant de savoir si le contact oviscapte/hémolymphe'ne sert qu’au guidage
ou intervient également dans le déclenchement de la ponte; autrement dit, les stimuli prove¬
nant de la pression exercée sur l’oviscapte après introduction dans la plaie suffisent-ils à induire
le dépôt des œufs? Je n’ai réalisé aucune démonstration rigoureuse apportant ime solution
défimtive à cette question. Je rapporte une expérience qui jette cependant quelques lueurs sur
ce problème. Un Barbitistes est incisé selon une ligne ventrale, vidé, asséché et bourré de
coton. Laissé 24 heures à l’air, son tégument devient sec et dur. La Mouche mise en présence
de cet hôte « naturalisé » l’attaque aussitôt et pendant 12 minutes essaie de perforer le tégu¬
ment. Elle fimt par introduire sa trompe dans le coton qui paraît à travers les bords de l’inci¬
sion. Hle se retourne, introduit son oviscapte mais ne pond pas. Si je recommence l’expérience
après avoir imbibé d’eau le coton la Mouche y dépose ses œufs. D semble bien que l’humidité
de la plaie soit nécessaire pour, qu’en conjonction avec les stimuli d’origine mécanique (pres¬
sion?) soit déclenchée l’ovojection. On ne peut cependant donner trop d’importance à une
conclusion basée sur une expérience unique, si intéressante soit-elle.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈBES PARASITES D’OBTHOPTiHES
f. Durée des diverses phases.
T-a durée des diverses phases du comportement d’infestation a été chronométrée plu¬
sieurs fois.
La durée tot^e de l’infestadon, qui va de la prise de contact à la Sndel’ovojecdon, est
intéressante à connaître puisqu’elle nous donne une idée du temps durant lequel la Mouche
doit se maintenir sur l’hôte. Ce temps relativement variable est de 3 minutes 9 secondes au
maximum, avec comme mode environ 1 min ute (voir Tableau III). L’ovojection s’étend sur
une période assez bien déterminée qui va de 10 à 30 secondes, fréquemment de 16 à 20 secondes
et dans qu^ques exceptions jusqu’à 1 minute 10 secondes.
temps qui s’écoule du début de l’attaque à la fin de la perforation peut être réduit à
10 secondes mais il s’élève couramment à plus d’une minute.
Le temps de la découverte de l’oriâce va de la quasi-instantanéité (quelques fractions
de secondes) à plus d’une minute.
Tableau III. — Ehirée de rinfestation
g. Pontes multiples.
Dans les conditions expérimenUdes où l’hôte ne peut se soustraire aisément aux attaques
du parasite, il n’est pas rare que la Mouche opère deux, trois et même quatre attaques succès*
sives.
De même, un hôte venant d’être infesté par une femelle mis en présence d’un autre
pwasite est aussitôt attaqué. Tout se passe comme si Acyglossa pollinosa était incapable de
distinguer un hôte parasité d’im hôte sain, ou que l’état de l’hôte lui soit indifférent.
Source ; MNHN, Paris
40
J.-C. LÉONIDE
Au laboratoire, cinq et même six Mouches ont pondu successivement dans le même hôte
qui hébergea de ce fait jusqu’à 94 œufs.
Lorsqu’une femelle réalise plusieurs attaques successives sur le même hôte, les modalités
de ces attaques répétées sont souvent normales avec perforation à l’aide de la trompe, retourne¬
ment et ovojection dans l’orifice pratiqué. Mais dans certains cas, elles peuvent subir des varia¬
tions (voir infra).
2. Variantes du comportement de ponte.
Le déroulement des phases du comportement de ponte montre — tant dans les condi¬
tions naturelles qu’expérimentales — diverses variations dont l’examen apporte des lueurs
sur le déterminisme de ces dernières et une confirmation de celui des différents actes de l’infes¬
tation.
a. Répétition d’une phase du comportement.
Une femelle qui a effectué ime perforation et ne la découvre pas après quelques investi¬
gations ira prospecter ailleurs sur l’abdomen. Mais après une nouvelle recherche mfiructueuse,
la femelle se retournera vers l’arrière et pratiquera une seconde perforation avant de pouvoir
pondre — c’est-à-dire recommencera une partie du cycle du comportement de ponte. Cette
nouvdle perforation peut également intervenir lorsque des réactions de 1 hôte empêchent ou
gênent l’utilisation de la première.
Ainsi, au laboratoire en 1963-1964, les Mouches, pour arriver à pondre une fois, ont
pratiqué une seule perforation dans 91 cas. Il en a fallu deux dans 19 cas, trois dans 12 cas,
et, H «Tl g 1 cas, quatre ont été nécessaires. Ces chif&es montrent que la Mouche peut pratiquer
deux ou même plusieurs perforations avant de trouver un orifice et d’y déposer ses œu&.
Les expériences de ponte sur des hôtes exsangues — rendant difficile la découverte de
la perforation — ont confirmé ce résultat, puisque, nous l’avons vu, jusqu’à sept perforations
consécutives ont été effectuées avant que l’une d’elles soit retrouvée.
b. Suppression d’une phase de l’attaque.
Lors d’infestations réitérées, il peut arriver qu’au cours de la 2® ou attaque, la
Mouche supprime la phase de perforation et ponde directement dans l’orifice foré précédem¬
ment. Cela peut se produire dans des circonstances naturelles aussi bien qu’expérimentées.
K. Dans les conditions naturelles.
1® Suppression de la perforation par acte réflexe. Lors de la deuxième attaque, la
Mouche ébauche une perforation avec sa trompe, mais au cours de ce travél, son oviscapte,
toujours animé de mouvements de recherche, se trouve accidentellement au contact de la
première blessure. Ce contact déclenche aussitôt l’introduction de l’oviscapte dans cet orifice,
i’ovojection, et suspend la perforation en cours.
Le contact oviscapte/hémolyraphe déclenche, par acte réflexe, l’ovojection et cet acte
réflexe prévaut sur le comportement habituel instinctif.
2® Suppression de la perforation réalisée d’emblée. La Mouche, soit lors d’une 2* ou
n®“® attaque, soit lors d’une première attaque interrompue par une réaction de l’hôte après la
perforation et reprise après un certain laps de temps, recherche directement avec son ovis¬
capte l’orifice rééisé lors de la première infestation et y pond.
La constatation, faite à plusieurs reprises, de la suppression « d’emblée » de la perfora¬
tion réalisée avec la trompe et de la recherche « directe » avec l’oviscapte de l’orifice préalable¬
ment perforé lors d’une précédente attaque conduit à reconnaître à la Mouche un certain " sou¬
venir » de la perforation. Ce • souvenir » ne subsiste qu’un temps court ne dépassant pas —
autant que j’ai pu le constater — une à deux minutes au maximum.
La suppression de la perforation n’est pas rare (12 cas sur environ 200) et revêt par là
même une importance dans l’interprétation du comportement de ponte qui mérite d’être
d’ores et déjà soulignée.
p. Dans les conditions expérimentées.
La suppression de la perforation a été observée, lorsqu’on présente au paurasite un
Barbitistesflscheri dont une partie postérieure de l’abdomen a été sectionnée, dans trois types
de circonstances :
1* Le parasite attaque, perce le tégument et se retourne. Més son oviscapte entre
Source ; MtJHtJ, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
41
acddentellement en contact avec ia section dans laquelle il pond. Il n’y a pas suppression de
la perforation mais erreur dans la découverte du lieu de ponte, induite par le contact de l’ovis-
capte avec la section humide (4 cas observés);
2° Le parasite s’apprête à réaliser une perforation avec sa trompe lorsque celle-ci entre
en contact avec la section. Le parasite se retourne alors immédiatement et pond dans la section
(8 cas observés). Tout se passe comme si « la femelle se rendait compte que l’hôte est perforé
ou croyait avoir perforé ». De toute façon, cette constatation a été faite par la trompe, la perfo¬
ration n’a pas eu lieu et le contact de la trompe avec l’hémolymphe a immédiatement déclenché
le retournement et la ponte;
3° Le parasite pond directement dans la section (5 cas observés). Cela se produit lorsque
l’oviscapte entre directement en contact avec l’hémolymphe de la section, comme je l’m claire¬
ment vu lors de l’expérience suivante. Une femelle, mise en présence d’un Barbilistes à partie
postérieure sectionnée, se précipite sur ce dernier par l’arrière, lui grimpe sur le dos en courant
et se dirige vers le pronotum (manœuvre classique, voir p. 30). Au cours de ce déplacement,
l’oviscapte entre en contact avec la section; la Mouche s’arrête aussitôt et dépose ses œufs dans
la blessure. La ponte a été déclenchée par le contact de l’oviscapte avec la blessure sans qu’il
y ait eu au préalable ni perforation ni contact de la trompe avec l’hémolymphe.
La phase de perforation peut donc être supprimée ou maintenue, selon que la Mouche
constate ou non la présence de la section. La découverte de ia section résulte d’une mise en
contact, évidemment accidentelle, de l’hémolymphe suintant de la plaie avec la trompe ou
avec l’oviscapte. Le contact réalisé avec la trompe déclenche le retournement et ia ponte dans
la section, sans perforation préalable. Le contact lédisé avec l’oviscapte induit directement la
ponte et supprime les phases de retournement et de perforation.
L’expérience confirme les résultats de la simple observation. Le contact hémolymphe-
oviscapte est le stimulus dominant parmi ceux déterminant ia séquence des actes réflexes du
comportement de ponte.
c. Erreur de localisation lors de la recherche de l’orifice de ponte.
n arrive, lorsqu’au cours d’attaques successives, la femelle réalise plusieurs perforations,
qu’elle se trompe d’orifice au moment de l’ovojection. Ainsi une femelle, après avoir pondu et
abandonné l’hôte quelques instants, lui saute dessus, perfore à nouveau, se retourne, cherche
l’orifice et trouvant le premier, y pond. La deuxième perforation a été inutile.
Il en est parfois de même lorsque deux Mouches attaquent successivement le même hôte :
la deuxième femelle peut perforer, se retourner et rencontrer avec son oviscapte Torifice réalisé
par la femelle précédente dans lequel elle pond. De même, si, pendant qu’elle fore le tégument
de l’hôte avec sa trompe, une femelle découvre du bout de son oviscapte Torifice récemment
pratiqué par une autre femelle, elle y dépose ses œufs et suspend la perforation en cours.
3. Réactions de l’hôte.
Les réactions de l’hôte à l’attaque du parasite sont diverses. Pour les comprendre
il faut d’abord rappeler certains aspects du comportement des Barbitistes fisckeri dans la
Les larves et les imagos de cet Ensifère se tiennent de longues heures immobiles sur la
végétation. Lorsqu’ils sont au repos, leur posture est remarquable. Leurs pattes métathora-
ciques — tibia et fémur repliés l’un sur l’autre — inclinées vers l’avant font un angde d’envi¬
ron 45® ouvert vers la région craniale de l’animal (voir dessin de Korsakofp 1945 et photo
de Pesson 1958 :139). Cette position cache partiellement la tête et le prothorax et découvre le
thorax aptère et l’abdomen.
Lorsqu’ils sont inquiétés, ils se laissent tomber et s’enfouissent au fond des taillis où
ils s’immobilisent dans la posture décrite ci-dessus.
a. Réactions de Vhdle au moment de l’attaque.
Les réactions, au moment de l’attaque, des hôtes enfermés dans une enceinte dose et
de volume limité peuvent être partiellement différentes de celles qui se produisent dans la
nature. Les Sauterelles ne peuvent se laisser choir et leur fuite est limitée à quelques tours de
récipient. Cependant, Je pense que ces expériences nous en donnent im aperçu vdable bien
qu’incomplet.
Source : MNHN, Paris
42
J.*C. LÉOMDE
Le plus souvent, lorsque la femelle saute sur un hôte au stade II, celui-ci s’enfuit par
bonds. Tout en se frottant vigoureusement et d’un mouvement rythmique l’abdomen avec ses
pattes postérieures, il emporte sur son dos la Mouche qui ne lâche pas prise. Quelquefois
les deux adversaires roulent au sol dans une courte lutte. En général, le Barbitistes ne tarde pas
à s’immobiliser dans la position coutumière décrite plus haut. Il est assez fréquent, au cours de
ce combat, de voir des appendices du parasite, amenés par hasard au voisinage des mandibules
de l’hôte, être sectionnés. J’ai observé des tarses, des antennes, le tibia même, amputés par un
coup de mâchoires.
L’hôte de grande taille (grosse larve III) a moins tendance à s’immobiliser. E fuit plus
facilement, s’agitant violemment, essayant à l’aide de ses pattes de ae débarrasser de l’assaillant.
Les réactions défensives d’un B. fischeri très petit (stade I) sont semblables mais plus
efficaces, Tabdomen étant proportionneEement réduit par rapport aux pattes, dont l’impor¬
tance relative rend difficile l’approche de la Mouche.
Mais en dernier ressort, l’issue de la lutte est fonction de la réactivité des adversaires.
Une femeEe en pleine période d’oviposition et qui n’a pas pondu depuis 24 bernes fait preuve
d’une agressivité supérieure à une Mouche qui vient de pondre plusieurs fois. Un B. JUckeri
inquiété par une première attaque, ou par d’autres parasites, réagit plus violemment ou diffé¬
remment. Souvent, la SautereEe assaEEe dans cet état se retourne et se couche sur le dos,
reposant dors sur le sol par la « tête-pronotum > et les pattes postérieures repEées. EEe présente
ainai à la Mouche U face ventrde de l’abdomen et les six tarses des pattes qui se débattent à
son approche. Je n’d presque jamds vu ime Mouche parvenir à infester l’hôte dans cette posi¬
tion. L’efficacité de cette parade, démontrée par l’étude expérimentde, tient àce que le parasite
attaque et infeste l’hôte exclusivement par sa face dorade. En fdt, sur plus de 200 expériences,
une seule fois une Mouche, en dépit de cette réaction de l’hôte, parvint à infester un B. fischeri
à travers la membrane coilaire.
Pour en terminer avec les réactions de l’hôte attaqué, je signderai la régurgitation du
Equide contenu dnna le jabot, qui d’aüleurs n’inquiète nullement la Mouche.
b. Réactions pendant et après la ponte.
Pendant le déroulement de l’infestation l’hôte peut se tenir immobEe, se déplacer len-
tement ou se débattre violemment, essayant de chasser le parasite avec ses pattes. Pendant la
phase de perforation et pendant l’ovojecdon, l’hôte se frotte avec ses pattes au niveau de la
blessure. E arrive qu’E pose sa patte en cet endroit, ce qui empêche l’introduction de l’ovis-
capte.
Les réactions après la ponte et le départ de la Mouche sont minimes. Le B. fischeri
couché sur le dos ou immobEe demeure dans cette position un instant encore et reprend son
activité normée. Parfois, E frotte son abdomen avec ses pattes postérieures.
4. Perforation et nutrition.
Les imagos femeEes A'Âcridomyia sacharovi et À. canadensis se nourrissent, lors de
l’infestation, aux dépens de l’hémolymphe de leur hôte (Rukavishnikov 1930 : 253; Smith
1958 : 249). On ignore, par contre, le mode de nutrition des mâles (Rukavishnikov l. c. :
256).
Mâles et femeEes d’Acyglossa pollinosa sont floricoles et se nourrissent de nectar et
d’exsudations diverses (voir p. 28).
Les mâles, même à jeun, placés en présence d’hôtes ne les ont pas attaqués et n’ont
jamais essayé de perforer leur tégument en vue d’une ponction d’hémolymphe; ils ne doivent
d’ailleurs pas pouvoir le faire, les dents des labeEes de leur trompe étant réduites. E semble
donc que chez les mâles A’A. pollinosa, comme sans doute chez ceux A'Acridomyia, la nutri¬
tion imaginale ne s’effectue pas aux dépens de l’hémolymphe de l’hôte.
En revanche, bien que floricoles, les femeEes prélèvent une certaine quantité d’hémo-
iymphe lorsqu’au cours de l'mfestation de l’hôte, eUes réaEsent la perforation avec leur trompe.
Diverses observations l’attestent :
Lorsqu’une femeEe, qui n’a pas pondu depuis 24 heures au moins, introduit sa trompe
dans le corps d’un hôte, eUe s’attarde beaucoup plus dans cette attitude que lors des infestations
successives. Cette impression est nettement renforcée par l’observation des agissements de la
femelle mise en présence d’un hôte exsangue. Avec un tel hôte, le temps durant lequel la trompe
plonge au sein de la plaie s’allonge anormalement. Tout cela conduit à penser que la femeEe
pompe une certaine quantité d’hémolymphe.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D>ORTHOPTÈEES
Dans quelques cas j’ai vu la femelle aspirer l’hémolymphe suintant extérieurement de la
perforation. En revanche, je ne suis pas arrivé à capter l’attention d’une femelle avec un papier
imbibé d’hémolymphe.
De cet ensemble de constatations, je crois pouvoir conclure que la femelle d'Acyglossa
polUnosa se nourrit aux dépens de l’hémolymphe lors de la réalbation de la perforation du
tégument préalable à la ponte. Ces deux actes — perforation et nutrition aux dépens de l’hémo.
lymphe — sont intimement liés. Ce mode de nutrition ne semble plus pouvoir être dissocié
de l’acte de ponte. Je n’ai effectivement jamais obtenu expérimentalement de perforations en
dehors de la ponte.
lie comportement nutritionnel d'A. polUnosa et des Acridomyia est, parmi ceux observés
chez les entomophages, des plus originaux. Je préciserai au Chapitre vi (voir p. 183) en quoi il
se singularise.
5. Signiffcation du comportement de ponte.
Le comportement imaginai, qui préside à l’infestation, comprend plusieurs phases
essentieUes : reconnaissance de l’hôte, attaque, perforation du tégument à l’aide de la trompe,
retournement, recherche de l’orifice de ponte, introduction de l’oviscapte, ovojection.
Ces différentes phases apparaissent comme une série d’actes réflexes stéréotypés
déclenchés par divers facteurs tels les stimuli olfacto-visuels coopérant à la reconnaissance et
l’orientation de l’hôte, le contact hémolymphe/oviscapte guidant la découverte de la perfo¬
ration, etc.
Normalement ces stimuli se produisent dans l’ordre, entraînant le déroulement des
diverses phases selon un mode déterminé.
Mais des inversions accidentelles dans l’ordre d’apparition des divers stimuli, dont
certains (tel celui du contact hémolymphe/oviscapte) sont dominants, peuvent entraîner des
modifications de l’enchaînement habituel des phases du comportement, voire même la suppres¬
sion de certaines d’entre elles (phases de perforation et de retournement).
La suppression de la phase de perforation peut être, égdement, « intentionnelle », non
dédenchée par acte réflexe. Cette dtemative nous oblige à reconnaître l’existence d’un contrôle
de la séquence des actes réflexes par le système nerveux central. Ce contrôle est d’ailleurs apparu
avec netteté lorsque la Mouche placée expéiimentdement dans des situations particulières
(impossibilité de découvrir l’orifice de perforation chez un hôte exsangue) suspend la séquence
en cours pour en commencer une autre.
n est toujours hardi de vouloir assigner une signification phylogénétique à un acte de
comportement, mais il me paraîtrait regrettable d’avoir pu constater certains phénomènes
biologiques aussi particuliers et de ne pas en souligner l’intérêt.
Il était ici tentant d’essayer d’établir un rapport entre le comportement imaginai des
femelles d’Acyglossa polUnosa et les étapes probables de la genèse du parasitisme chez cet
entomophage. Dans ce comportement, deux points peuvent avoir une signification particulière :
—■ le premier réside dans l’acceptation par la femelle de déposer ses œufs dans des
tronçons de Barbitistes Jischeri destinés à se décomposer à brève échéance, et je me dois d’in¬
sister sur la facilité avec laquelle on obtient la ponte sur de tds fragments bien qu’aucun œuf
déposé dans ces hôtes sectionnés et conservés dans des conditioiiB diverses n’ait jamais subi
le moindre commencement de développement;
— le deuxième réside dans la facilité avec laqueUe la phase de perforation ré^ée avec
la trompe est supprimée lorsque l’oviscapte entre en contact avec la plaie de l’hôte.
Ces deux particularités, spécialement la première, semblent du point de vue biolo¬
gique dénuées de sens. Elles pourraient mieux se comprendre si on les considérait comme un
comportement vestigial inscrit dans le patrimoine héréditaire de l’évolution de l’espèce. On
expliquerait mieux, par exemple, ces faits si l’on imaginait que la femelle, d’abord sarcophage
et pondant ses œufs dans des cadavres frais partiellement écrasés, soit devenue parasite à
l’occasion d’un phénomène nouveau qui aurait été la réalisation de la ponte à travers l’orifice
pratiqué avec la trompe, celui-ci ayant peut-être été initidement utilisé dans un simple but de
nutrition aux dépens de l’hémolymphe de l’hôte. La perforation rédisée avec la trompe, mise
à profit pour la ponte, aurdt permis l’infestation d’un hôte non lésé. La ponte et la perfora¬
tion d’abord indépendantes aurdent acquis, de ce fdt, des rapports de plus en plus étroits.
Source : MNHN, Paris
44
J.-C. LÉONIDE
Le parasitisme serait alors apparu par la voie maternelle et comme la conséquence de son com'
portement nutritionnel
H ne faut voir dans cette opinion qu’une hypothèse de travail qui pourra peut-être
s’avérer féconde le jour où, d’une part, un plus grand nombre d’espèces se nourrissant aux
dépens de l’hôte seront connues et permettront une étude comparative, et, où, d’autre part, une
expérimentation plus poussée précisera complètement le déterminisme de ce comportement
nutritionnel et du comportement de ponte auquel il est lié. Alors, il y aurait peut-être là une
voie nouvelle pour aborder le problème de la genèse du parasitisme dont seule, à l’heure
actuelle, l’étude des parasites occasionnels et facultatifs peut nous donner ime idée.
D. VIE PRÉIMAGINALE
Les données sur la vie préimaginale i'Acyglossa pollinosa ont été établies par dissection
de 259 hôtes infestés dans la nature et 182 au laboratoire qui m’ont procuré 2 343 larves para¬
sites aux divers stades.
Les renseignements les plus complets résultent des dissections, réalisées de 24 heures
en 24 heures après infestation au laboratoire, des hôtes élevés dans des conditions identiques
et déterminées. J’ai pu ainsi suivre, chronologiquement à partir de l’infestation, l’évolution des
divers phénomènes biologiques concernant le développement des œufs, la vie des larves
(longévité, croissance, nutrition, etc.) ou résultant d’interactions dans le couple hôte/parasite
(actions du parasite sur la mue, l’appareil génital et la durée de vie de l’hôte, etc.).
Les résultats obtenus grâce aux infestations faites in vitro ont été contrôlés par l’obser¬
vation des modalités parasitaires telles qu’elles se rencontrent dans les conditions naturelles.
I. VIE PRÉNYMPHALE
1. Phase endoparasitaire.
Bien que la vie endoparasitaire se définisse par l’établissement d’interactions entre le
parasite et l’hôte (voir Chap. vi) qui ne sauraient exister avant le premier stade larvaire, j’étu¬
dierai id — pour faciliter l’exposé — la biologie des œufs. En effet, ces derniers, déposés par
groupe par la femelle à l’intérieur' de l’hôte — donc appartenant à la phase endoxénique
(voir Chap. vi)—présentent les uns par rapport aux autres un étalement du développement qui
se répercute sur toutes les phases de la vie préimaginale.
a. L’œuf.
a. Localisation.
Lorsqu’on dissèque un hôte, tout de suite après l’infestation, on rencontre les œufs,
réunis en paquets, dans la zone sous-jacente à l’orifice de ponte. Les dissections plus tardives
montrent plus rarement les œufs ainsi agrégés. Une certaine dispersion se produit donc, peut-
être, par suite de l’action des courants hémolymphatiques et des mouvements des viscères.
La localisation des œufs demeure cependant influencée par l’emplacement où a eu lieu
la ponte. Lorsque celle-d a été dorsale, et cela arrive souvent, les œufs demeurent dans le sinus
péricardique. Quand la perforation a été réalisée dans la région latérale de l’abdomen de l’hôte,
les œufs se retrouvent au milieu des lobules du corps gras sous-jacents. Un certain nombre
d’entre eux adhèrent à ce tissu. Quelques œufs tombent au fond du sinus péri-viscérd.
De toute façon, la dispersion des œufs est limitée et dans les conditions normales on les
retrouve uniquement dans la cavité abdominale.
p. Étalement du dévdoppement embryonnaire.
Les divers œufs pondus (voir Tableau IV) lors d’une ovojection ne se développent pas tous
avec la même vitesse. Cet étidement du développement embryonnaire m’est d’abord apparu
lorsque j’ai constaté, à la dissection d’hôtes n’ayant reçu qu’ime ovojection, la coexistence
de larves néonates et d’œufs non complètement incubés. J’ai pu l’observer, ensuite, de près en
comparant — dans les divers œufs pondus en une seule fois — les changements morpholo¬
giques visibles qui traduisent les progrès de l’ontogenèse.
1. L’ongine imagioale du parasitisme est, chez cette espèce, confirmée par le comportement des
larves (voir infra).
Source : MNHN, Paris
Tableau IV. — Détermination de la longévité des divers stades préimaginaux. Mise en évidence du développement échelonné
(d’après 130 dissections d’hôtes infestés in vitro)
Journées écoulées depuis l’infestation
Q
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
à
19
20
22
23
25
26
à
28
29
à
31
32
à
34
35
à
37
38
à
40
41
à
43
44
à
46
47
et
48
Nombre de dissections.
15
2
2
6
5
3
4
5
2
3
6
5
7
15
10
5
5
1
2
4
7
2
2
2
Nombre de
Œufs non embryonnéa.
168
5
7
63
55
28
56
47
37
14
48
25
44
59
50
16
5
0
0
0
0
1
0
0
Œufs embryonnés..
-
10
8
24
8
24
4
24
3
4
13
6
21
57
27
9
4
0
0
0
10
0
0
0
Larves 1 (dans l’œuf).
-
-
-
-
-
-
9
8
1
1
1
3
11
11
10
3
4
0
0
1
0
0
0
0
Larves I écloses.
-
-
-
-
-
-
-
1
5
11
9
18
16
44
26
13
11
3
8
1
5
0
1
0
larves 11.
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
2
6
12
20
12
8
2
7
8
6
1
0
0
Urves (II-III).
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
1
2
-
1
-
1
-
-
-
-
-
larves III.
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
2
7
5
9
18
6
14
13
17
5
6
3
.
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
4
23
17
17
6
13
5
1
Mort de l’hôte.
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
+
+
+
+
+
+
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
46
J.-C. LÉONIDE
entrer dans le détail du développement embryonnaire, j’ai distingué poux les besoins
de la cause :
_des œufs ne présentant pas de début de développement visible, c’est-à-dire à struc¬
ture homogène;
— des œufs partiellement incubés, montrant une structure hétérogène (présence de
formations sphériques, apparition d’un étrangement céphalique ou de la segmentation abdo¬
minale);
_des œufs contenant une larve inerte;
_des œufs renfermant une larve mobile *.
A la dissection des hôtes, effectuée à divers moments régulièrement espacés après l’infes¬
tation, les différents œufs déposés lors d’une ovojection ne se présentent presque jamais à la
même phase de développement. Cet étalement ne montre aucune régularité; en effet je n’ai
pas noté qu’un seul œ»ff, ou qu’un petit nombre d’œufs, soit toujours en avance ou en retard
flATii son développement par rapport à celui des autres ou qu’il y ait une progression régulière
le décalage du développement des divers œufs. L’étalement apparaît anarchique. L’éche¬
lonnement, riana le temps, du développement embryonnaire n’est pas un phénomène excep¬
tionnel maia un proccssus constaut, que j’ai observé plus d’une centaine de fois mais auquel je
ne suis pas parvenu à trouver une explication valable. H semble que l’instant de la fécondation
ne puisse être mis en cause puisque les œufs ne demeurent pas dans les voies génit^es dans
lesquelles ils ne descendent — en passant devant le débouché des spermathèques — qu’au
moment de l’ovojection. Tout laisse donc présumer que les œufs d’un même lot sont tous
fécondés en même temps.
Ce n’est pas la première fois que des phénomènes plus ou moins similaires à un retard
dans le développement préimagintd sont signalés chez les Anthomyiidés. Rusieurs auteurs
(Thompson 1937, Tripp 1954 :185, Tate 1960 : 529) ont remarqué que des Anthomyiidés
parasites ou même phytophages ne présentaient que deux, voire qu’un seid, stades larvaires.
Tripp (1954 :189) a pu montrer que ces exceptions au trimorphisme larvaire n’étaient qu’appa¬
rentes et dues au fait que Tédosion de l’œuf pouvait se produire très tard et libérait des larves
déjà au stade II ou au stade III; les stades précédents ne se rencontraient pas à l’état libre,
mais existaient dans l’œuf où avaient eu lieu les mues.
Le retard du développement embryonnaire ou le retard à l’éclosion sont des phéno¬
mènes biologiques peu courants qui se rencontrent chez des Diptères appartenant à la famille
des Anthomyiidés. Actuellement, je ne suis pas en mesure de savoir si l’étalement du dévelop¬
pement des œufs d'Acyglossa pollinosa traduit une particularité de la physiologie propre à
cette espèce, résulte d’une interaction parasitaire ou est, au contraire, un phénomène biolo¬
gique propre à certains représentants des Anthomyiidés.
Y- Durée d’incubation.
L’échelonnement du développement embryonnaire rend difficile l’estimation du délai
d'incubation.
Aucun œuf ne présente de début de développement visible avant le 5* jour après l’infes¬
tation et ce n’est que vers le 9® jour que des larves bien formées mai» encore immobiles peuvent
être aperçues. A partir du 10® jour, les premières larves remuent dans l’œuf. Les premières
écloses apparaissent 11 jours après l’infestation, ce qui représente la durée minimale d’incu¬
bation.
La durée maximale est difficüe à déffnir, car, lorsqu’on trouve des œufs, embryonnés
ou non, on ne peut savoir s’ils sont en voie d’évolution ou morts. J’ai pu cependant me faire
une opinion de la valeur de cette durée en considérant des œu& contenant des larves mobiles,
donc vivantes. De tels œufs se rencontrent jusqu’au 27® jour après l’infestation et même au
36® jour. Ce dernier chiffire représente la durée d’incubation la plus longue que j’ai notée.
L’échelonnement du développement peut donc s’étaler sur 36 jours. bWs, en moyenne,
la période d’incubation des œufs dure de 10 à 25 jours.
8. Échecs du développement de l’œuf.
On ne peut, étant donné l’étalement des éclosions, se faire une idée de l’importance
des échecs du développement des œufs que pat dissection de l’hôte au moins 40 jours après
l’infestation.
1. Les pièces buccales sont toujours orientées vers le micropyle. H n’y a pas de retournement de
la larve dans l'œuf.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
47
Ces échecs semblent rares. Cependant la recherche des œufs dans un hôte adulte est
délicate et il n’est pas impossible qu’un certain nombre d’œufs n’ayant pas évolué aient pu
passer inaperçus.
Lorsque les échecs se produisent c’est, en général, au début du développement (stade
homogène ou à l’apparition de la phase hétérogène). Ils n’aüFectent qu’un petit nombre des
œu& déposés lors d’une infestation. Je n’ai relevé que deux cas où tous les œufs contenus dans
l’hôte étaient encore au stade hétérogène respectivement 47 et 58 jours après l’infestation.
b. La larve au stade /.
L’étalement du développement embryonnaire et l’échelonnement consécutif des
édosions rendent difficiles l’établissement de la durée de vie des divers stades larvaires.
D’après les données réunies dans le Tableau IV, on peut voir que les larves I apparaissent
11 à 12 jours après l’infestation et les larves II entre le 15« et le 16® jour. Le délai de 4 jours
représente la durée la plus courte de la vie du stade I.
La durée maximale ne peut plus être précisée du fait de l’échelonnement des éclosions.
On trouve des larves I jusqu’au 30* jour et exceptiozmellement jusqu’au 40® jour, des larves I
vivant encore dans l’œuf le 36® jour, et des éclosions à 33 jours.
La croissance est nette; la larve I, au cours de son existence, quadruple sa taille. La
longueur de la larve à l’éclosion varie de 0,37 à 0,5 mm et c^e des individus âgés atteint au
maximum 1,75 à 1,9 mm. La largeur passe de 0,2 à 0,5 mm.
Les larves I vivent librement dans l’hémocoœle mais se rencontrent presque uniquement
dans l’abdomen et bon nombre dans le sinus péricardique.
Leur tube digestif, transparent à l’éclosion, devient, chez les larves plus âgées, op^es-
cent maia reste incolore. Il présente, tout au plus, un reflet bleuâtre ou jaunâtre à peine pro¬
noncé. On peut supposer que le régime est plasmophage. La larve I accumule déjà des réserves.
Le corps gras se constitue sous forme de lobules blanchâtres donnant à la larve, d’abord hyaline,
un aspect opaque et légèrement blanchâtre.
Faute d’avoir pratiqué de nombreux examens microscopiques, je n’ai pu que rarement
observer des larves I en train de muer ou présentant dans leur organisation la coexistence des
structures propres au stade I et II. Les exuvies I sont extrêmement difficiles à découvrir. Cer¬
taines ont été trouvées au niveau du septum péricardique.
c. La larve au stade IL
Les premières larves II sont apparues (voir Tableau IV) avec certitude 15 jours après
l’infestation et les larves III, à ime exception près (apparue le 17® jour), se montrèrent vers le
19® jour. La durée minimale du stade II est donc supérieure à 4 jours. Les larves II vivantes
se voient du 15® au 41® jour après l’infestation.
Ces larves, libres pendant toute leur vie, se déplacent davantage que les larves I. Elles
séjournent moins fréquemment dans le sinus péricardique (bien que bon nombre d’exuvies II
se trouvent dans cette région attestant la fréquence non né^igeable de leur locdisation en ce
lieu). En revanche, on en observe dans toute la cavité générale de l’hôte (y compris les régions
thoracique et céphalique) à l’exclusion des appendices.
La longueur des larves II passe de 1,75 à 3,85-4,5 mm et leur largeur de 0,5 à 1,5-1,7 mm.
Le tube digestif, incolore chez les jeunes, devient jaunâtre à la fln de la vie. La nutrition
doit vraisemblablement devenir plasmo-hématophage. Le corps gras continue à se développer.
J’ai pu observer des larves III encore revêtues de l’exuvie du stade II et des larves II
présentant superposées les structures morphologiques propres au stade II et III (pièces buccales
et stigmates). L’apparition des stigmates précède celle des ébauches des pièces buccales.
Les exuvies demeurent un peu partout dans la cavité thoraco-abdominale de l’hôte
et en particulier au-dessus du septum dorsd, dans le sinus péricardique où on les voit parfois
groupées par 2, 3 ou 4 côte à côte. J’en ai trouvé, en partie ou totalement, engagées dans
l’épaisseur de la paroi septfde, contre le tube digestif, adhérentes au jabot, au g^ier ou aux
tubes de Malpighi, quelquefois sur l’œsophage, dans la capsule céphalique, contre les parois
latérales de l’abdomen, au milieu du corps gras.
d. La larve au stade IIL
Les premières larves III se montrent exceptionnellement le 17® jour après l’infestation
mais c’est à partir du 19* jour qu’on les observe régulièrement (voir Tableau IV). On en voit
jusqu’au 48® jour. Les premières larves mûres quittent l’hôte le 28® jour. La durée minimale
du stade III est de l’ordre de 9 à 11 jours.
Source : MNHN, Paris
48
J.-C. liONIOE
Les larves III, jamais fixées, ne sont pas plus localisées que les larves II.
Les larves III venant de muer (encore revêtues de l'exuvie II mesiuent en moyenne
4 X 1,6 mm et les larves à terme 7,5 X 3 mm. Leur taille n’a pas tout à fait doublé au cours de
leur vie. Le tube digestif devient franchement jaune. Les follicules de corps gras sont abondants
et blanchâtres.
Au moment de quitter l’hôte, il n’y a pas dépôt de cordons de déjection et on ne
constate aucune lésion. Dans le cadre de nos observations, Acygîossa pollinosa, à aucun
moment de sa vie larvaire ne passe par ime phase de sarcophagie. Le régime doit rester exclusi¬
vement plasmo-hématophage. C’est là une constatation qui mérite quelques réflexions. Elles
seront évoquées Chapitre Vi.
e. Aspects globaux.
a. Inégularité de la croissance larvaire.
Durant les trois stades, la croissance ne s’accomplit pas d’une manière régulière :
l’accroissement relatif en longueur —j— (1 éUnt la longueur de la jeune larve venant de muer,
L la longueur en fin d’existence, L - / l’accroissement linéaire absolu) de chaque stade diminue
progressivement du stade I au sUde III. D est respectivement de 2,8; 1,1 et 0,87.
L’accroissement relatif du diamètre est, pour les larves des stades I à III, de 1,5 ; 2,4 et
0,87. n est le plus élevé pendant la vie du stade II.
Étalement de la vie larvaire.
L’aspect le plus particulier de la vie larvaire réside dans l’étalement dans le temps du
développement des divers individus issus d’une même infestation.
Ce n’est pas une différence de vitesse de croissance des larves, mais les retards successifs
dans l’éclosion des œufs (voir supra) qui provoquent, au départ, un décalage du développement
des larves.
Lorsqu’on dissèque un hôte environ 20 jours après l’infestation, on trouve tous les
stodes, de l’œuf embryonné àlalarve III (voir Tableau IV). Cette situation est pratiquement
générale et il est rare de trouver des hôtes hébergeant des parasites qui soient tous, ou presque
tous, au même stade; il est même rare d’en rencontrer deux au même stade de développement
(même stade et même taille).
L’étalement qui peut se produire, entre le parasite le plus avancé et le plus retardé,
est souvent extrême. J’ai pu voir, chez un hôte, éclore un œuf 8 jours après qu’une larve mûre
soit sortie. La vie endoparasitaire voit, de ce fait, sa durée s’échelonner de 28 jours pour les
larves les premières écloses jusqu’à 48 jours pour les dernières.
y. Grégarisme larvaire.
Le nombre d’œufs déposés par une femelle lors d’une ovojection, est de l’ordre d’une
dizaine en moyenne (voir Tableau IV) et peut s’élever jusqu’à 35 lors d’attaques répétées.
Ce chiffre s’accroît encore lors d’infestations multiples. J’ai pu in vitro obtenir le dépôt
dans un seul hôte de 54 œufs à la suite de Tovojection de 3 femelles, de 58 œufs par 4 femelles
et 94 œufs par 6 femelles. Au cours de mes expériences, 1 916 œufs ont été déposés dans
176 hôtes ce qui représente une moyenne de 10,2 œufs par hôte.
Dans la nature, le nombre de parasites hébergés par hôte, établi par dissectioiiB des
Barbitistes, a été de 1 à 30, avec 6 comme mode (109 hôtes m’ont procuré 1 010 parasites,
soit en moyenne 9,3 par hôte).
Le grégarisme larvaire est donc de rè^e chez Acygîossa pollinosa mais le nombre
moyen (9-10) de parasites hébergés y est plus faible que ch« Acridomyia canadensis et A.
sacharovi (20 à 30).
n est fréquent de voir invoquer, dès que plusieurs parasites sont hébergés par un
même hôte, la question de la concurrence vitale. Abnoux & Remaudière (1946 : 57) ont, à
propos d’A. sacharovi, attribué l’échelonnement du développement larvaire à une accumula¬
tion de parasites responsable, d’après Roehhich (1951 : 489), de la « concurrence alimentaire ».
Mes observations ne me permettent pas de retenir cette hypothèse chez Acygîossa
pollinosa. La disparité d’âge, observée à un instan t donné, des larves vivant dans un même
hôte ne résulte pas d’une concurrence alimentaire mai.» de l’étalement du développement
embryonnaire. D n’est d’ailleurs pas possible d’invoquer l’épuisement des ressources aiim en.
taires chez A. pollinosa où l’échelonnement du développement larvaire se produit même si
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
49
l’on ne rencontre que quatre ou cinq parasites dans un hôte qui est capable d’en héberger
une vingtaine.
La cohabitation des larves d’A. poUinosa est naturelle et pacifique. Sur près de 2 000
stades larvaires observés, je n’ai pas souvent constaté chez l’un d’eux des traces de blessure.
Il est rare de trouver des larves mortes avant l’émergence des premières larves mûres et leur
mort ne résulte ^ors ni de traumatisme accidentel ni de « déplétion tdimentaire >. Quelques
larves de divers stades paraissent s’affaiblir et finissent par mourir avant l’hôte. Mais c’est là
le fait d’nne minorité et leur mort ne se produit qu’après des sorties répétées de larves ayant
atteint la maturité avant elles. Il devient alors difficile de connaître les causes exactes de cette
mortalité. Ces larves ne présentent aucune trace de traumatisme.
2. Phase libre.
A la fin de la période trophique, les larves à terme abandonnent l’hôte en perforant,
à l’aide de leurs crochets buccaux, la partie dorsale de la membrane collaire.
La sortie des larves s’effectue la nuit ou de bonne heure le matin. Au laboratoire, les
premières sorties ont lieu à partir du 28® jour d’infestation et se poursuivent jusqu’au 48® jour.
Pour un même hôte, la sortie des diverses larves s’échelonne sur plusieurs jours (jusqu’à
18, étalement maximum observé) avec une cadence variable d’ime ou deux larves toutes les
24 ou 48 heures, parfois plus. Nous retrouvons donc, dans la sortie des larves, l’échelonnement
constaté tout au long du développement larvaire. Plusieurs larves peuvent sortir à fa file par
le même orifice.
Le stade de l’hôte au moment où les premières larves émergent est variable. Cela est
fonction de la synchronisation plus ou moins bien établie, chaque année, des cycles de l’hôte
et du parasite et surtout de la date de l’infestadon. Certaines années, les larves émergent
alors que l’hôte est au stade IV alors que d’autres, aucune larve n’a émergé lorsqu’il atteint le
stade adulte. Assez souvent, les sorties commencent lorsque l’hôte est au stade larvaire et se
poursuivent après la mue imaginée.
Les larves glissent le long du corps de l’hôte auquel elles adhèrent grâce à leur tégument
humide et se retrouvent sur le sol.
La perforation de la membrane collaire qui s’accompagne d’une hémorragie importante
est obstruée quelques heures après la sortie. La i cicatrice >, de forme arquée, disparaît à la
mue de l’hôte.
3. Particularités de la vie larvaire.
a. Conséquences de l’échelonnement du développement.
L’étalement du développement des divers individus-parasites hébergés dans un hôte
pose le problème des chances de survie des larves retardataires, en particulier après la sortie
des premières. Pour répondre à cette question, j’ai essayé de savoir, au laboratoire d’une part,
et dans la nature d’autre part, quel était le nombre des larves arrivant au terme de leur dévelop¬
pement par rapport au nombre total des parasites hébergés dans chaque hôte.
Dans les conditions du laboratoire. — De 2 à 11 larves ont pu atteindre le terme de
leur développement et sortir d’un seul hôte. Le temps écoulé entre la sortie de la première et
celle de la dernière larve a varié de 1 à 16 jours.
Après chaque sortie, la membrane collaire se « cicatrise », mais l’hôte finit par succomber
après la sortie d’un certain nombre de larves. L’autopsie a montré que la mort survient avant
que tous les parasites aient atteint leur complet développement. Les retardataires, alors con¬
damnés à périr, se trouvent aux stades les plus divers (de l’œuf à la larve III). Dans quelques
cas, la majorité ou la totdité des parasites ont pu assurer leur complet développement.
Les chances de succès du développement des larves retardataires sont fonction de l’am¬
plitude de l’étdlement du développement embryonnaire et de la résistance — et par suite,
du délai de survie — de l’hôte (nous envisagerons plus loin la durée de cette survie).
Il n’y a pas toujours un rapport net entre le nombre total de larves ayant infesté un
hôte, la survie de ce dernier et le nombre de larves atteignant le terme de leur croissance (par
exemple, 11 larves ont abandonné un hôte qui en renfermait 18, et 2 larves ont abandonné un
hôte n’en renfermant que 9).
Vingt hôtes infestés in vitro livrèrent passage à 76 larves à terme ; l’autopsie révéla que
le nombre total de parasites hébergés était de 206. Le taux moyen du succès du développement
a été, dans cet exemple, de 76/206 soit environ 33 %.
Source : Mt-JHN, Paris
50
J.-C. LÉONIDE
Un nombre variable de parasites arrive donc à assurer son complet développement
mais U majorité d’entre eux voit leurs chances de survie compromises par la mort de l’hôte.
Dans la nature. — 11 était intéressant de soiunettre ces résultats établis in vitro à un
contrôle d»"* des conditions naturelles.
Pour cela, des Barbitistes Jischeri infestés dans la nature sont récoltés juste avant la
période de la sortie des larves et conservés au laboratoire. Pour chaque cas, je note le délai de
survie de l’hôte, le nombre de parasites arrivant au terme de leur croissance, le taux de succès
du développement, la durée de l’échelonnement des sorties, etc.
L’étalement du développement larvaire et de l’émergence des parasites observé dans les
conditions expérimentales se retrouve d’une manière quasi générale chez les hôtes infestés
<^aT'a la nature. De 1 à 9 larves à terme ont été obtenues à partir d’un hôte, leur sortie s’étalant
sur 1 à 18 jours, parfois davantage. Au moment de la mort de l’hôte, un certain nombre de
larves à divers stades voient leur existence compromise; par exemple, 20 hôtes isolés ont donné
83 larves à terme alors qu’ils hébergeaient, en tout, 216 parasites. Le taux de succès du déve¬
loppement a été, dans ce cas, de 83/216 soit environ 37 %, chif&e voisin de celui établi dans
les conditions expérimentées.
La période d’étalement des sorties parét toutefois ici plus longue et le taux de succès
légèrement plus élevé. En moyenne, un peu plus du tiers des parasites contenus dans un hôte
arrive à son complet développement. On trouve cependant des cas où la majorité, voire la
totalité, des parasites contenus dans l’hôte parviennent à terme, et inversement des cas où un
nombre faible de parasites arrivent à accomplir leur cycle.
Pour préciser encore le taux de succès du développement dans les conditions naturelles,
j’é essayé de l’établir, après la période de sortie des larves, en dénombrant, par dissections
d’hôtes présentant une cicatrice coUaire et récoltés tardivement sur le terrain, le nombre d’exu-
vies II demeurées dans la cavité générée et en le comparant au nombre toté des parasites
hébergés. J’é constaté que de tels hôtes ne contenéent plus de larves vivantes, peu ou pas de
larves mortes, mais renferméent des exuvies en nombre parfois élevé (de 1 à 15 et même
20 exuvies II). Les récoltes tardives sur le terrain, où il s’est effectué une sélection naturelle,
montrent donc que chez des Barbitistes ayant survécu plus longtemps que la majorité des indi¬
vidus parasités, le développement échelonné de toutes les larves a pu se poursuivre jusqu’à
son terme. L’étéement du développement embryonnaire et l’échelonnement du développement
larvaire qui en réséte n’entralnent donc pas obligatoirement la mort des larves retardataires
dans la mesure où l’hôte survit suffisamment longtemps.
L’étéement des éclosions des œufs d'Acyglossa pollinosa déposés au même mo¬
ment, par une femelle dans un seé hôte, est un processus normé qui se répercute sur le déve¬
loppement des larves jusqu’à leur sortie et à la formation des pupes. Si la majorité ou la totalité
des larves cohabitantes arrive parfois à se développer, dans la plupart des cas une grande partie
d’entre elles est condamnée à périr par suite de la mort de l’hôte résultant de la sortie des
premiers parasites. L’étéement du développement ne compromet donc les chances de survie
des larves retardataires qu’indirectement.
b. Coparasitisme.
La cohabitation des larves à'Acridomyia sacharovi avec des larves de Gesneriodes
lineata Fél. {Diptera Sarcophagidae) a été signéée par Rehaudière (1947 :118).
Les cas de coparasitisme chez A. pollinosa ont été exceptionnels.
Cependant, au cours des mois de mé, juin 1965, j’é assisté’à une recrudescence
simétanée des taux d’infestation d’A. pollinosa et du Sarcophagidé Blaesoxipha ungulata
(Pand.) qui se sont respectivement élevés jusqu’à 33 et 13 % (sur 100 individus). Ces circons¬
tances m ont permis d’observer une quinzaine de cas de coparaétisme et en particulier un
hôte qui, ayant été infesté par 8 larves d'A. pollinosa, a survécu à leur sortie et a pu héberger
ensmte un Sarcophagidé jusqu’à son complet développement.
Le nombre d’individus cohabitant étét éevé, du fét du grégarisme larvaire d'A. pollU
rtosa. Dans les cas extrêmes, j’é dénombré jusqu’à 24 larves d’Anthomyüdés (6 à terme)
et 2 larves II de Sarcophagidés dans le même hôte, ou 20 larves d’Anthomyiidés (9 à terme)
vivant avec 6 larves de Sarcophagidés (2 à terme).
Le plus souvent, les deux espèces de larves vivéent ensemble sams que l’on puisse dis¬
tinguer de prépondérance de l’une sur l’autre. J’é pu voir les deux parasites atteindre la matu¬
rité et qmtter l’hôte ensemble.
Sur 182 larves d Anthomyiidés vivant avec celles de Sarcophagidés, une seule montrét
Source : MNHN, Paris
DIPTÂRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
51
des biessures. En revanche, sur les 25 larves de Sarcophagidés, 7 étaient blessées, mourantes
ou mortes. H ne m’a pas toujours été possible de savoir si ces traumatismes ont été le fait des
larves d’Anthomyiidés ou d’autres larves de Sarcophagidés — lorsqu’il y en avait plusieurs —
l’élimination des larves surnuméraires n’étant pas rare chez les Sarcophagidés parmi des
individus de la même espèce. Cependant, j’ai observé à trois reprises une larve 111 de Blaesoxi-
pha ungulata qui, bien que seule de son espèce, mais cohabitant avec des larves III d'A-pollU
nosa, était morte et présentait des blessures.
La cohabitation des larves de B. ungulata et d'A. pollinosa apparaît possible jusqu’au
développement complet des individus des deux espèces. Les Anthomyiidés, en particulier,
ne souffrent pas de la présence des Sarcophagidés ; ces derniers, dans certains cas tout au moins,
seraient davantage incommodés par la cohabitation. C’est là une condusion d’autant plus sur¬
prenante que les larves III de Sarcophagidés sont sarcophages alors que celles d’Anthomyiidés
ne le sont pas et que l’élimination par traumatisme des larves surnuméraires, fréquente chez
les larves de Sarcophagidés entre elles, n’existe pas chez celles d’Anthomyiidés.
Usuellement, les Tachinidés ne semblent pas se rencontrer, en Provence, chez BarbU
listesfischeri. J’ai noté une fois une larve I vivante d'Acemyiina sp. chez un B.fisckeri qui héber¬
geait déjà 7 larves III d'A. pollinosa.
IL NYMPHOSE ET HIVERNAGE
Une fois parvenues au sol, les larves s’abritent dans des anfractuosités (je les ai rarement
vues s’enterrer) et se transforment en pupes dans les heures qui suivent pour passer l’hiver
et peut-être une période plus longue.
Je dois signder l’échec de l’étude de la vie nymphede d'Acyglossa pollinosa. Je n’ai
pas pu trouver de puparia dans la nature; par contre, j’ai obtenu plusieurs centaines de pupes
au laboratoire; c’est en vain que j’ai essayé d’en faire édore une seule. La plupart se sont dessé¬
chées. Celles placées en atmosphère humide ont survécu plus lontemps mais ont fini par
mourir. Je n’ai pu déterminer systématiquement les conditions microclimatiques qui assurent
la survie des pupes, n’étant pas outillé pour cela, et les essais empiriques réalisés dans les condi¬
tions écologiques variées (froid, chdeur, humidité, sécheresse) ont été sans résultat.
La diapause doit être difficile à rompre. C’est ce qu’on avait signalé pour Acridomyia
sacharovi (cf. Roebricb 1951 : 4S9) et A. canadensis (cf. Smith 1958 : 250).
E. INTERACTIONS DANS LE COUPLE HÔTE/PARASITE
La vie des larves dans un hôte s’accompagne habituellement d’actions rédproques
directes et indirectes.
la présence des larves d’Acyglossa pollinosa ne semble pas provoquer de réactions
visibles de la part de son hôte. Les phénomènes d’encapsulement sont id exceptionnels. Les
quelques larves mortes que j’ai pu rencontrer n’apparaissaient pas altérées — quelques-unes
présentaient tout au plus une légère mélanisadon. Il n’y a jamais édification de siphon respi¬
ratoire.
Les actions du parasite sur son hôte sont plus manifestes. Parmi les actions indirectes,
j’étudierai successivement l’inSuence du parasite sur le développement, l’activité génitale et
le comportement de l’hôte. J’envisagerai ensuite les actions directes pratiquement limitées
aux lésions consécutives à la sortie des larves. Je traiterai à ce propos la question de la survie
de l’hôte.
I. INFLUENCE DU PARASITE SUR LE DÉVELOPPEMENT DE L’HOTE
L’infestation a lieu alors que les Barbitistes fischeri sont à l’état de larves I à III; lorsque
les parasites sortent, ils ont atteint un stade larvaire âgé ou le stade imaginai. La présence du
parasite n’empêche donc pas la mue de l’hôte de s’effectuer et le développement de se dérouler
normalement ou presque. Cependant n’influencerait-elle pas la vitesse de ce développement,
c est-à-dire soit le nombre des mues soit la durée des intermues?
Source : MNHN, Paris
52
J.-C. LÉONIDE
1. Étude en laboratoire.
J’ai ^evé, au laboratoire, dans des conditions similaires, deux lots de B. fischeri, i’un
sain, l’autre infesté à une date connue et j’ai noté, aux fins de comparaison, pour chaque indi¬
vidu, les dates auxquelles se sont produites les mues successives, la sortie des parasites et la
mort de l’hôte. Les résultats des autopsies ont complété ces renseignements.
Le nombre des mues de l’hôte n’est pas modifié, mais lœ certain retard du développe¬
ment se traduisant par l’allongement de la durée des intermues peut apparaître chez les
Sauterelles parasitées. Ce retard est en général faible. Il a été, en moyenne, de 0,7 jour pour
le stade III {sur 46 mesures), de 2 jours pour le sUde IV (sur 30 mesures) et de 1,4 jour pour le
stade V (sur 16 cas) par rapport à la moyeime établie sur les individus sains. Cela représente,
au moment de la mue imaginale, un retard ^obal moyen de 3 à 4 jours.
Sur le plan individueL certains hôtes parasités ne présentent pas de ralentissement
de leur croissance alors que chez d’autres celui-ci peut dépasser 8 jours; mais de telles varia¬
tions existent chez les Orthoptères sains et indépendamment de leur sexe (la vitesse de crois¬
sance étant en moyenne identique pour les mâles et les femeUes).
Ce retard apparaît assez brutalement, c’est-à-dire affecte un ou deux stades larvaires
au maximum et presque toujours les derniers (stade IV et V). Cela pourrait provenir du fait
que le parasite n’est susceptible d’avoir une action notable que lorsqu’il atteint une certaine
taille, ce qui nécessite un certain temps durant lequel l’hôte peut atteindre son avant-dernier
ou dernier stade larvaire. J’ai tenté de voir s’il apparaissait un rapport entre l’allongement
de l’intermue d’un stade donné et le délai écoulé entre l’infestation et le moment de la mue
correspondante, c’est-à-dire avec la précocité de l’infestation par rapport à cette mue. Les
données que j’m rassemblées — sur 15 cas — laissent ressortir un allongement de la durée
du stade IV (pris comme exemple) d’autant plus grand que le délai écoulé entre l’infestation
et la date de la 5® mue est important. Ainsi , si la mue intervient avant le 18® jour de l’infesta¬
tion, la durée du IV* stade larvaire (6,7 jours en moyenne) n’est pas modifiée. Si la mue se
produit entre le 18® jour et approximativement le 23® jour, cette durée devient plus élevée
en moyenne (7,6 jours). Si la mue a lieu après 24 jours d’infestation, la durée du IV® stade
s’allonge sensiblement (10,2 jours en moyenne).
Il est intéressant de remarquer qu’il y a correspondance entre le temps nécessaire
à l’apparition des larves III d’Acyglossa pollinosa (24 à 25 jours en moyeime) et les délais
d’infestation, indiqués d-dessus, compatibles avec l’apparition d’un allongement sensible de
l’intermue. On peut donc admettre qu’un dlongement de la durée des intermues de l’hôte
se produit lorsque le parasite qu’il héberge est parvenu à une certaine taille (vraisemblablement
le stade III), celle-d est généralement atteinte après 24 jours d’infestation, l’hôte se trouvant
dors au stade IV ou V L
Il y a des exceptions; par exemple un hôte subit sa 5® mue 33 jours après l’infesta¬
tion et la durée du IV* stade ne s’est pas allongée (7 jours). Diverses causes peuvent les
expliquer : le nombre des parasites hébergés, l’irrégularité de l’échelonnement du dévelop¬
pement.
2. Élude dans la nature.
J’ai essayé de vérifier sur le terrain l’existence du retard dans l’apparition de la mue
chez les derniers stades larvaires de l’hôte parasité, mis en évidence irk vitro. Pour cela, j’ai
suivi de près l’évolution de la population au moment de la mue imaginde, période oùle retard
accumulé est le plus important.
Si, au moment où la majorité de la population mue, le taux de parasitisme est plus
élevé chez les individus au stade préimaginai que chez les individus adultes, ü est évident
que le parasitisme aura été la cause d’un retard à la mue. J’ai pu vérifier cette relation en 1965
dans des conditions favorables, le Uux de parasitisme ayant atteint 30 %. Le 21 mai, toute
la population de Barbitistes fischeri était à l’état préimaginal. Le 28 mai, la majorité des indi¬
vidus étaient adultes à l’exception de quelques retardataires demeurés au stade V ou au stade
IV. A cette date, 206 B. jischeri furent disséqués. Les individus au stade IV montrèrent un
taux de parasitisme de 92 % (12 individus sur 13), ceux au stade V un taux de 32 % (11 sur
34) et les adultes de 19,8 % (31 sur 156). Ces chiffres font dairement ressortir un taux de
1. Cela n’exciut pas l’exiatence éventuelle d’une sensibilité de l’hôte variable selon le stade.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
53
parasitisme d’autant plus élevé que les individus sont en retard dans leur développement.
U a donc bien été enregistré, dans la nature et au moment de la mue imaginde, un allonge¬
ment de la durée des derniers stades larvaires des hôtes parasités.
IL INFLUENCE DU PARASITE
SUR L’ACTIVITÉ GÉNITALE DE L’HOTE
A priori, le couple Barbitistes fischeri-Acyglossa pollinosa devrait permettre l’étude
de l’influence du parasite sur l’activité génitale de l’hôte. Celui-ci est infesté à un stade lar¬
vaire et les parasites, souvent nombreux, y séjournent plus d’un mois. L’action du parasite
s’exerce donc d’une manière durable et importante. De plus l’hôte, dans quelques cas, survit
assez longtemps pour que l’on constate les effets du parasitisme.
Pour étudier l’influence du parasite, j’ai récolté des B. fisckeri larvaires et je les ai
placés isolément en élevage. Pour chaque cas, j’ai noté, éventuellement, les dates de la mue
imaginale et de la dissection, l’état de l’appareil génlt^ de l’hôte, le nombre et les dates de
sortie des parasites. J’ai pratiqué parallèlement des dissections, de 24 en 24 heures, après la
mue imaginale, pour suivre chronologiquement l’activité génitale des hôtes soins et les effets
de la castration des hôtes parasités. J’ai noté, en particulier, chez les hôtes indemnes et chez
les hôtes parasités, aux fins de comparaison, l’accroissement linéaire journalier des ovocytes
vitellins ou l’augmentation quotidienne du nombre d’œufs mûrs présents dans les ovaires
et les voies génitales (voir fig. 8 et 9).
Avant d’exposer les résultats de mes observations je rapporterai les princip^es phases
de l’activité ovarienne des hôtes sains.
1. Activité ovarienne de l’hôte sain.
Au cours de la vie préimaginale on assiste à l’organogenèse de l’ovaire et à la multi¬
plication des cellules germinales dans la partie ter minal e des ovarioles (germarium).
Au moment qui nous intéresse, c’est-à-dire à l’époque de la mue imaginée, la matu¬
ration est loin d’être commencée. La vitellogenèse n’a pas débuté ou à peine. Les ovocytes
basaux (ovocytes I) ne sont pas vitellins et leur taille est inférieure à 0,5 mm. Si l’on applique
la nomenclature de Phipps (1949 : 541 et 1966: 80) établie chez Locusta migratoria, l’activité
ovarienne est au stade I (phase immature). Chez certaines femelles où quelques ovocytes
légèrement vitellins atteignent 1,3 à 1,5 mm, la phase II — préreproductrice — a débuté.
C’est durant la première semaine qui suit l’imaginalisation que l’on assiste à l’installa¬
tion progressive de la phase de préreproduction : chez toutes les femelles, le nombre des
ovocytes basaux devenant vitellins et dont la taille dépasse 1,5 mm, s’accroît jusqu’à atteindre
le chiffre 17 (ce qui correspond à 1 ovocyte par ovariole). Il y a quelques variations individudles.
J’ai observé des femelles âgées de 5 jours chez qui les ovocytes non vitellins n’atteignent pas
le millimètre. En moyenne, la phase préreproductrice de l’ovaire — caractérisée par l’état
vitellin et la taille allant de 2,5 à 4 mm de la plupart des ovocytes basaux — est atteinte entre
le 8« et le 10® jour.
Entre le 12* et le 15® jour qui suit la mue imaginale débute la phase reproductrice
caractérisée par ses ovocytes basaux marrons, aplatis latéralement, à chorion induré et dont
les dimensions en longueur ont atteint 4,5 mm. Ces « œufs » mûrs commencent à descendre
dans les oviductes latéraux. A partir des 18*-20® jours, chaque oviducte contient une quinzaine
d’œufs, ce qui correspond grosso modo à une ponte ovidaire par ovariole. La ponte ovulaire
marque la fin de la phase prépubertaire de l’activité ovarienne et le début de la phase post¬
pubertaire.
2. Action da parasite sur l’activité génitale femelle.
L’action du parasite sur l’activité génit^e femelle a varié — dans une large
mesure — en fonction de l’époque de sortie des larves hors de l’hôte.
De ce point de vue, trois cas se sont présentés :
1® Dans le premier, le plus fréquent, les parasites ont quitté l'hôte et entraîné sa mort
avant qu’il n’ait pu accomplir sa mue imaginale. L’ovaire étant dans la phase de multiplica¬
tion de ses ovocytes, l’action parasitaire ne pourrait s’exercer qu’au niveau du germarium
Source : MNHN, Paris
54
J.-C. LÉONIDE
et ne pourrait être étudiée en détail que par des examens microscopiques que je n’ai pas réa¬
lisés. Nous verrons, ci-dessous, qu’il n’y a pas, en feit, action notable sur la multiplication
des "cellides germin^es; aucun effet de castration n’a été constaté;
6
5
Nombre de jours écoulés depuis
l'imaginaiisation.
Pic. 8. — Graphique de la croissance linéaire quotidienne des ovocytes de l’hôte sain
comparée à celle des ovocytes de l'hôte parasité par Acyglosso poUinoia
ongueur des
ivocytes I en mm
+ hôtes indemnes
O hôtes parasités
Nombre d'œuls mûrs contenus + hôtes indemnes
dans un ovaire o hôtes parasités
O
25 30
35
O
40
Nombre de jours écoulés depuis
l'imaginaiisation.
Fie. 9. — Graphique de l'angmentatian jonmaliire du nombre d'tsufs mûrs
dans l’appareil génital des hôtes sains et parasités par Aeyglotaa poUinota
2° Dans le second cas (âg. 8 et 9), les parasites sont sortis avant la mue imaginée
des hôtes mais ces derniers ont survécu assez longtemps pour que des observadons soient
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRSS PiUUSITES D’ORTHOPTiUBS
55
possibles. On assiste, dans les jours qui suivent l’imaginalisation, à une croissance des ovo¬
cytes, une viteüogenèse et une choriogenèse ndenties. Cette constatation permet de penser
qu’il n’y a pas eu d’influence du parasite sur la multiplication des cellules germinales puisque,
le parasite sorti, l’activité ovarienne, dès la mue imaginde, suit son évolution normde. Dans
deux cas (fig. 9, ronds noirs) où l’hôte a survécu suffisamment longtemps, des œufs à terme
ont été produits en nombre identique ou presque à celui des femelles saines;
30 Dans le 3® cas (ne représentant qu’une petite partie de la population infestée) les
parasites sortent après que les hôtes aient subi leur mue imaginale (fig. 9, ronds blancs). Un
eS'et de castration se manifeste avec plus ou moins de netteté — par ralentissement ou
arrêt de la viteüogenèse, de la croissance ovoc3rtaire et de la choriogenèse — sdon que le
nombre des parasites hébergés est grand et surtout que leur sortie est tardive (c’est-à-dire
que l’action parasitaire s’exerçant au cours de la phase prépubertaire de l’activité ovarienne
de l’hôte a été importante et durable). Comme la sortie des parasites se produit, en général,
entre 1 et 4 jours après la mue imaginale l’effet de castration est faible; on assite à un simple
ralentissement de la maturation des œufs. C’est seulement lorsque le parasite est sorti 10
à 15 jours après la mue imaginale de l’hôte que j’ai constaté une castration notable, la crois¬
sance ovocytaire étant arrêtée et la viteüogenèse n’ayant pas ou à peine débuté.
En outre, l’étude de l’effet de castration est compliquée par l’existence de l’échelon¬
nement de la sortie des parasites, qui souvent débute avant l’imagindisation et se poursuit
après. L’effet de castration appardt dors d’autant plus marqué que le nombre de parasites
ayant quitté l’hôte après l’imaginalisation est grand et que les sorties sont tardives.
En pratique, l’action A’Acyglos$a pollinosa sur l’activité ovarienne de Barbitistes
fischen est fcible, soit parce que l’hôte meurt avant l’imaginalisation, c’est-à-dire avant que
ne commence vraiment l’activité ovarienne (phase de croissance ovocytaire), soit parce que
la sortie des parasites s’effectuant, pour la majorité d’entre eux, tôt après la mue imaginale,
la croissance des ovocytes n’est alors que ralentie. Dans quelques cas seulement où les para¬
sites sortent tardivement on constate des castrations effectives qui se traduisent par un arrêt
de la viteüogenèse et de la choriogenèse.
La faiblesse de l’effet de castration, établie in vitro chez des hôtes dont la date d’ima-
ginalisation était connue, fut corroborée par des observations faites dans la nature, chez des
hôtes dont j’ignorais l’âge :
— une femeUe ayant hébergé 4 parasites dont 2 au moins sortirent après la mue
imaginale montra à la dissection 10 ovocytes vitellins d’une taille supérieure à 3,5 mm et
7 œufs mûrs;
— une autre femeUe ayant hébergé 12 parasites jusqu’à leur complet développement
et 5 au moins ayant quitté l’hôte après la mue imaginale présentait 9 ovocytes vitellins de
plus de 3,5 mm et 3 œufs mûrs dont 1 dans l’un des oviductes;
— une femeUe adulte présentant une cicatrice coUaire (1 larve au moins étant sortie
après U mue imaginale) contenait 8 jeux d’exuvies d’A. pollinosa et 17 œufs dans les oviductes.
Ces observations montrent que lorsque les sorties précoces du parasite n’entraînent
pas trop rapidement la mort de l’hôte, une production d’œufs — peut-être amoindrie — est
possible.
In présence de spermatozoïdes dans les réceptacles séminaux des femelles parasitées
prouve que le comportement génésique n’est pas supprimé et que la fertilisation des femeües
a heu.
Il ne m’a pas été donné d’observer la ponte des femeües parasitées.
3. Action du parasite sur l’activité génitale mâle.
Chez Barbitistes fischeri la spermatogenèse est nettement plus précoce que i’ovogenèse.
Des spermatozoïdes nombreux et actifs sont présents dans les tubes séminilères des jeunes
larves V venant de muer.
Les hôtes parasités, disséqués aussi bien au stade V qu’au stade imagina!, montraient
tous dans les parties basales de leurs tubes séminilères de nombreux spermatozoïdes actifs
groupés en spermatodesmes. L’action du parasite sur la spermatogenèse apparaît donc nulle,
n est, certes, difficüe de comparer la productivité des mâles sains et parasités. Mais l’examen
microscopique des tubes spermatiques n’a pas laissé voir de différence nette dans la desisité
des spermatozoïdes.
Source : MNHN, Paris
56
J.*C. LÉONIDE
1^ structure de l’appareil génitd o’est pas modifiée, les glandes génitdes accessoires
ont un développement normal. Le comportement génésique n’a pas été observé.
III. INFLUENCE DU PARASITE SUR LE COMPORTEMENT DE L’HÔTE
N’ayant pas étudié systématiquement l’influence du parasite sur le comportement de
l’hôte, j’indiquerai seulement quelques observations fragmentaires.
Les hôtes infestés se nourrissent normalement au laboratoire, le chant n’est pas annihilé.
On ne note pas, chez l’individu parasité, de posture particulière et anormale. Cependant,
une étude, portant sur 160 B. fischeri, entreprise au moment de la mue imaginde, a montré que
le taux de parasitisme était plus élevé dans un lot d’individus récoltés au sol (70 % d’un lot
de 55) que dans celui provenant d’individus capturés sur la végétation (20 % d’un lot de 105).
IV. LÉSIONS INTERNES
Aucun signe extérieur ne traduit la présence du parasite. La perforation réalisée par la
femelle lors de la ponte n’est pas visible, dlle disparaît à la mue; le bourrelet cicatriciel demeure
sur Texuvie et rien n’appardt sur le nouveau tégument.
Les lésions internes sont faibles ou nuües. On ne constate aucun traumatisme; il n’y
a pas de trace mélanisée visible à l’autopsie. Tous les organes apparaissent macroscopiquement
intacts, le corps gras n’est pas réduit. La perforation de la membrane collaire, réalisée lors de la
sortie des larves, et l’hémorragie qui en résulte, constituent les seuls traumatismes notables;
encore que cette perforation s’obture rapidement et puisse même dispardtre si l’hôte mue ulté¬
rieurement.
Cependant les perforations répétées de la membrane collaire et les hémorragies chaque
fois renouvelées peuvent affaiblir l’hôte et provoquer sa mort. J’ai essayé de connaître quelles
étaient les chances et les délais de survie de l’hôte aux sorties réitérées du parasite.
La survie d’un certain nombre d’hôtes est facile à constater par la dissection d’individus
récoltés dans la nature bien après la fin de la période de sortie du parasite. A cette époque, on
ne relève plus, chez certains individus, que la présence d’exuvies qui attestent le parasitisme
et la survie à la sortie des larves. Le nombre variable d’exuvies, pouvant dler jusqu’à 20, montre
que les survivants ne sont pas uniquement les moins parasités. En 1965, le 24 juin, 9 hôtes sur
65 (soit 14 % du lot) présentaient une cicatrice collaire et leur dissection montra qu’ils ne
renfermaient plus que des exuvies.
Les observations sur le terrain ne peuvent nous renseigner sur la durée exacte de la
survie ni sur le pourcentage réel de la population parasitée susceptible de siUTrivre. Pour
essayer de préciser ces deux aspects, j’ai isolé des hôtes infestés expérimentalement et des
hôtes recueillis dans la nature chez qui j’avais constaté la sortie d’une larve ou la présence d’une
cicatrice collaire. J’ai noté les dates de sortie des diverses larves, établi leur échelonnement et
estimé la durée et le pourcentage de survie :
— 88 % des individus d’un lot de 50 hôtes parasités, mis en observation, n’ont pas
survécu plus de 10 à 15 jours à la sortie de la première larve et, du fait de l’échelonnement des
sorties, n’ont pas survécu ou peu à la dernière constatée. J’attribueaux traumatismes consécutife
à la sortie répétée des parasites la responsabilité de la mort de l’hôte. Selon la précocité de
Tinfestation et l’étalement plus ou moins grand du développement des larves, la mort peut
intervenir alors que l’hôte est encore au stade IV ; plus fréquemment elle survient au stade V
ou même au stade imaginai;
— 12 % seulement des hôtes ont vécu plus de 15 jours après la sortie de la première
larve et, dans ce pourcentage, une petite minorité (4%) a pu survivre plus longtemps (plus d’un
Une manière plus précise d'estimer les délais de survie, mais seulement applicable à des
fi. fi$cheri parasités en laboratoire, a consisté à situer les dates de sortie des larves et
la mort de l’hôte par rapport à celle de l’infestation. Si l’émergence larvaire a été constatée,
dans ses limites extrêmes du 28* au 48* jour d’infestation, en moyeime, les premières larves
commencent à sortir du 28* au 34* jour et les dernières du 34® au 45® jour d’infestation. La mort
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
57
de i’hôte survient, pour la majorité des cas, entre les 30® et 45® jours d’infestation. Seule une
minorité d’individus parasités a survécu au-delà du 45® et, dans des cas extrêmes, des 50® et
82® jours d’infestation. Ce sont les représentants de cette minorité que l’on rencontre dans la
nature après la période de l’émergence larvaire.
En résumé, dans le cas du couple Barbithtes fischeri/Acyglossa pollinosa les réactions
de l’hdte à l’infestation apparaissent macroscopiquement milles : absence de phénomène
d’encapsulement, d’édification de siphon.
L’action du parasite sur les divers aspects de la physiologie de l’hôte demeure faible :
— la croissance est à peine ralentie,
— les lésions sont quasi nulies,
— l’activité génitale n'est pas ou peu perturbée.
Seules les sorties répétées des parasites, échelonnées sur plusieurs jours, entraînent la
mort des hôtes au bout d’un temps plus ou moins long.
L’action parasitaire d'A. pollinosa est bénigne et, si la femelle a un comportement de
parasite, la larve ne diffère guère d’un saprophage.
F. SPÉCIFICITÉ PARASITAIRE
La spécificité parasitaire, qui traduit le fait qu’un parasite n’infeste que certains hôtes
taxinomiquement et le cas échéant sexuellement et stadialement bien déterminés, sera succinc¬
tement envisagée sous ses trois aspects.
I. SPÉCIFICITÉ TAXINOMIQUE
En Provence, m^gré mes nombreuses dissections d’Acridiens et d’Ensifères d’espèces
diverses (voir Chap. i) je n’ai jamais obtenu de larves d’Acyglossa pollinosa ailleurs que chez
Barbitistes fischeri. En fait, je n’ai pas eu l’occasion de disséquer de nombreux individus
appartenant à des espèces ou à des genres systématiquement voisins de cette Sauterelle.
Par ailleurs, A. pollinosa existant en Suisse et Croatie (Villeneuve 1908 : 204), il
faut bien qu’il se développe dans un hôte appartenant à une espèce différente de B. fischeri,
strictement méditerranéen occidental (voir supra). Il existe effectivement dans ces régions plu¬
sieurs espèces voisines de B. fischeri; ce sont, par exemple, Barbitistes ocskayi Charp. et B.
yersini Brun. (cf. Brunner 1882 : 269, Kirby 1906, Miksic 1962, Cejcean 1963) et B. serri-
cauda Fab. en Suisse (Brdnner 1882 : 268, Bürr 1910 :83).
J.-C. CoRBEL m’a aimablement communiqué des larves de Diptères rencontrées, au
cours de ses dissections, dans deux espèces d’Ensifères Phanéropteridés [Orphania denticauda
(Charp.) et Leptophyes punctatissima (Bosc)] provenant du centre de la France, départements
de la Nièvre et de la Loire. Ces larves voisines de notre espèce de par leur morphologie (en parti¬
culier celle des stigmates et pièces buccales de la larve III) et leur biologie (grégarisme larvaire,
hôtes systématiquement proches des B. fischeri) appartiennent au genre Acyglossa. Mais
comme il existe en France, outre A. pollinosa, une autre espèce : A. atramentaria Meigen
(cf. SécUY 1923 : 139) dont la biologie et la morphologie larvaires sont inconnues, il m’est
impossible, pour le moment, de dire à laquelle des deux espèces ces larves appartiennent.
Quoi qu’il en soit, en Provence et dans la limite des hôtes testés, la spécificité parasi¬
taire d'A. pollinosa paraissant stricte, il était intéressant d’essayer d’en connaître les causes.
Le comportement maternel est l’une des premières d’entre elles.
Les larves de divers Acridiens attirent très peu l’attention des femelles gravides quelle
que soit leur activité. Certaines larves d’Ensifères utilisées [Teltigonia viridissima, Decticus
alhifrons (F.),Ephippigerprovincialis Fers.] le font à peine mieux. Les Mouches leur sautent
dessus, pour les relâcher aussitôt. Je n’ai jamais observé la moindre velléité de perforation,
encore moins de ponte.
J'ai rédisé diverses expériences permettant d’analyser les facteurs de cette spécificité
maternelle.
Source ; MNHN, Paris
58
J.-C. LÊOMDE
Des iarres de Sauterelles vertes imBibêes d’hémolymphe de Barbitistes fischeri ne
provoquent pas de réaction de la part du parasite. Lorsqu’on colle un bout de peau fraîche
de B. fischeri sur l’hôte inhabituel, les réactions difi^rent selon l’importance du fragment uti¬
lisé. Si ce dernier est petit, les réactions ne sont pas modifiées ; s’il couvre toute la face dorsale
de l’abdomen, il pourra provoquer des visites fréquentes. Une fois, une Mouche perfora la
peau de camouflage et déposa ses œufs dessous, sur l’abdomen de la Sauterelle.
Ces expériences ont été ré^ées avec un nombre d’espèces faible. On peut cependant
retenir que, comme dans le cas de l’hôte normal, les facteurs de discrimination spécifique
d’origine mar gmellft sont la vision agissant à distance et l’olfaction agissant de près.
La spécificité d’origine larvaire n’a pratiquement pas été étudiée. Diverses expériences
de transplantation d’œufs dans des Tettigonia viridissima ont été tentées. Mais les résultats
ne sont pas apparus concluants.
II. STADES ET SEXES DE L’HÔTE INFESTÉ
Les Barbitistes fischeri sont infestés, dans la nature, aux stades larvaires auxquels ils
se rencontrent au moment de la période de ponte des Mouches, c’est-à-dire du stade I au
stade III, le stade II étant le plus représenté.
Au laboratoire, j’ai pu obtenir l’infestation des trois premiers stades et même du qua¬
trième lorsqu’on arrive à disposer de ce dernier en élevage avant la disparition des Mouches.
Mais ces expériences ont ég^ement montré qu’en pratique les hôtes du stade II étaient les
plus infestés, car plus vulnérables que ceux des stades I, III et à plus forte raison du stade IV,
plus vigoureux.
D’autre part, j’ai pu mettre en évidence l’attirance marquée des femelles d'Acyglossa
pollinosa pour les hôtes au stade II, grâce à deux séries d’expériences.
La première a consisté à placer, avec une femelle gravide, deux hôtes, l’un au stade II,
l’autre au stade III ou l’un au stade II, l’autre au stade I et à voir quel était celui préféré. Très
généralement, c’est le stade II qui est d’abord attaqué et infesté.
Une autre expérience a consisté à utiliser une particularité du comportement des femelles
d'A. pollinosa : après avoir pondu à plusieurs reprises au cours d’une journée, une femelle
mise en présence d’un hôte lui saute dessus pour l’abandonner aussitôt et répète ce compor¬
tement sans déposer d’œufs. Utilisant cette particularité, j’ai placé en présence d’une telle
femelle, deux hôtes répondant aux combinaisons suivantes : stade II et stade I, stade II et
stade III, stade I et stade III et j’ai compté le nombre d’attaques réalisées sur chaque hôte pen¬
dant 5 minutes. Ce nombre (sur environ 200 observations) est, en moyenne, deux fois plus
élevé sur les hôtes au stade II que sur les hôtes aux stades I et III; aux stades I et III, il est
approximativement égal. La longueur moyenne des trois premiers stades étant respectivement
de S, 8 et 12 mm, on voit que l’influence attractive de la taille de l’hôte sur les femelles apparaît
bien réelle.
Les dissections d’hôtes infestés dans la nature ne laissent pas ressortir de différence
significative du taux de parasitisme des hôtes mâles et des hôtes femelles. Au laboratoire, A.
pollinosa attaque indifi’éremment les individus des deux sexes qui, à un stade donné, sont de
taille similaire. On ne peut donc pas parler ici de spécificité liée au sexe.
G. CONCLUSIONS
Les recherches que j’ai entreprises sur Acyglossa pollinosa m’ont permis d’obtenir in
vitro la plus grande partie du cycle biologique de cette espèce et de l’étudier en détail, me met¬
tant en mesure de dégager les caractères biologiques et parasitologiques de ce Diptère.
J’envisagerai ensuite leur comparaison avec les caractères biologiques des Acridomyia
et je poserai le problème des rapports entre les genres Acyglossa et Acridomyia.
1. Caractères biologiques et parasitologiques d^Acyglosêa pollinosa.
Le cycle est univoltln.
La vie imaginale est marquée par le comportement de ponte fort élaboré. A l’aide de sa
trompe, la femelle réalise, dans le tégument de l’hôte, une perforation qui est mise à profit
pour l’introduction de Toviscapte et le dépôt des œufs. Lors de la perforation, la femelle
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
59
absorbe i’hémoiymphe qui suinte de la blessure. Ce prélèvement, obligatoirement lié à l’acte
de ponte, constitue un apport nutritif complémentaire de la floricolie. Plusieurs œufs sont
déposés à l’intérieur du corps de l’hôte en une seule ovojecdon.
La vie préimaginale est simple. On ne note pas de fixation ni de localisation précise des
larves. Leur régime dimentaire est essentiellement bématophage. Il n’y a pas de sarcopbagie.
Deux particularités confèrent à la vie larvaire une certaine fi riginali té ; le grégarisme résultant
du mode de ponte de cette espèce, l’échelonnement du développement embryonnaire des
œufs provenant d’une ovojection. Ce dernier qui se répercute sur les éclosions, le développement
et la sortie des larves, est également responsable de la disparité d’âge constatée chez les divers
parasites hébergés par un même hôte. 11 n’a pas été démontré que cet échelonnement du déve¬
loppement embryonnaire soit un phénomène parasitée. Il rappelle certains retards de l’éclo¬
sion connus chez divers Anthomyiidés phytophages. L’hivernage a lieu dans le sol sous forme
de pupe en diapause.
Les interactions dans le couple hôte/parasite sont faibles. Il n’y a pas ou peu de réaction
de l’hôte (absence de siphonogenèse) et les actions du parasite sur l’hôte sont peu marquées.
On assiste à un simple ralentissement du développement des hôtes et de l’activité ovarienne
des femelles. La plupart du temps, les parasites, vivant chez un hôte préimaginai dont l’ovaire est
dans une phase juvénile, n’ont aucune influence sur l’activité génitale. Dans les quelques cas où
les individus sont parasités plus tardivement, la vitellogenèse se déroule avec lenteur, mais les
cas de castration sont rares.
Du point de vue parasitologique, on retiendra le contraste extrême qui existe entre le
comportement maternel complexe et la vie larvaire simple et dépourvue d’exigences spéciales.
Je rappellerai ég^ement la facilité avec laquelle A. pollinosa accepte de déposer direc¬
tement ses œufs — sans perforation préalable — sur des tronçons d’hôte — expérimentalement
sectionnés.
2. Comparaison des caractères biologiques û'Acyglotta pollinosa et des
Acridomyia.
La comparaison du mode de vie d'Acyglossa pollinosa et de ce que nous savons de ceux
des Acridomyia fait ressortir de grandes similitudes.
La biologie des Acridomyia ressemble à celle d'Acyglossa pollinosa par :
— le comportement de ponte élaboré avec réalisation à l’aide de la trompe d’une perfo¬
ration du tégument de l’hôte mise à profit pour l’absorption d'hémolymphe et pour le dépôt
des œufs à l’intérieur de l’hémocede;
—' la vie préimaginale marquée par la simplicité de la phase endoparasitaire (pas de
fixation, ni de locidisation précise des larves, régime essentiellement hématophage) et l’exis¬
tence d’un grégarisme larvaire;
— l’hivernage dans le sol sous forme de pupe en diapause.
Les différences que l’on peut relever sont peu nombreuses et portent sur des détails.
Ainsi pendant l’infestation, les femelles d'A. pollinosa se tiennent sur le dos de leur
hôte alors que celles des Acridomyia se placent à côté.
Les larves d'Acyglossa pollinosa quittent l’hôte à travers la membrane coUaire, celles
d'Acridomyia à travers les membranes intersegmentaires de l’abdomen.
Acyglossa pollinosa est un parasite d’Ensifères, les Acridomyia paraissent inféodés
aux Acridiens.
De telles andogies posent le problème de la parenté taxinomique de ces Diptères.
Jusqu'ici, les Acridomyia et les Acyglossa ont occupé au sein des Anthomyiidés des
places provisoires mais n’ont jamais été rapprochés.
Acyglossa pollinosa est incorporée par Séguy (1923 : 65) aux Hylemyiinae et en 1937
(p.45 et 246) aux Antkomyiinae alors que les Acridomyia figurent parmi les Pkaoninae.
Le genre Acridomyia a été rapproché des Stomoxyinae par Rükavishnikov (1930 :255)
et ZiuiN (1951) L’absence de pdpes maxillaires chez les Acridomyia (ils sont présents chez
Acyglossa pollinosa) est tenue par ces auteurs comme un caractère secondaire, dors que
Snyder (1940) considère que l’absence de pdpe et de vibrisse sufiit à distinguer ce genre de
tous les autres Muscidae.
1. Cette position est contestée par Hennig (1964 : 62S) qui pense qne ce genre serait à rapprocher
des Hydrotaeini (Muscidae) soit plus vraiseinblableiaent à incorporer à tes Anthomyiidés.
Source : MNHN, Paris
60
J.-C. LÉONIDE
L’étude de la morphologie larvaire ne fait pas ressortir de ressemblance marquante.
Les larves i'Acndomyia sackarovi ont été décrites par Olsoufiev (1929 : 90-92),
Abnoux & Remaudière (1946 : 54-57) et Zimin (1951: 280-281), celles d’A. canadensis par
Smith & Finlayson (1950 :102; fig. E, 17 et 42) et Suite (1958 : 249). Les ressemblances
avec les larves d’Acyglossa pollinosa (voir supra) sont superficielles :
— allure générale des pièces buccides de la larve I (petite dimension, crochet simple,
ailes rudimentaires fortement écartées);
— stigmates de la larve III de forme hémisphérique avec papilles radiales.
Les différences sont notables :
— la larve II des Acridomyia est amphipneustique (Smith 1958 : 249) ;
— le nombre de papilles radiales est plus faible [11-12 au stigmate antérieur, 9 à 13
au stigmate postérieur de la larve III d'Acridomyia sackarovi (cf. Olsoufiev 1929 :91, fig. 34-
35; Arnoux & Reuaüdière 1946 :55)];
— les oreillettes postérieures n’ont pas été signalées.
B est donc difficile de statuer actuellement sur le degré de parenté de ces Diptères.
Si l’éloignement taxinomique des Acyglossa et des Acridomyia se trouvait confirmé, il faudrait
expliquer les similitudes de leur biologie par un phénomène de convergence résultant chez des
espèces, tout de même relativement voisines, d’un mode de vie analogue, à savoir le parasitisme
des Orthoptères.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE III
LES ACEMYIÎNA
ÉTUDE DE TROIS ESPÈCES FRANÇAISES
SOMMAIRE
INTRODUCTION. 61
A. MORPHOLOGIE PRÉIMAGINALE. 62
B. BIOLOGIE DE CERÂCIA MUCRONIFERÂ ROND. 71
I. Donaéea préliminaires.. 71
1, Travaux antérieurs sur le genre Ceracia . 71
2. Informations sur le cycle Â'Anacridiuni aegyptium (L.). 72
II. Vie imagiiiale. 73
1. Caractéristiitues spatio-temporeilea et numériques. 73
2. Sexualité, physiologie de la renroductioa. 75
3. Comportement de ponte. 82
III. Vie préimaginale. 88
1. Phase préparasitaire. 88
2. Phase endoparasitaire. 92
3. Phase post-parasitaire. 103
IV. Interactions dans le couple bôte/paraaite. 106
1. Réactions de l'hôte. 106
2. Actions du parasite. 107
3. Valeur tropÛque de l’hôte. 110
V. Spécificité parasitaire. 110
1. Dans la nature. 111
2. Au laboratmre. 111
3. Origine de la monophagie constatée Hans la nature. 112
C. AUTRES ACEMYIINA . 113
I. Biologie i’Acemyia etcuticornis Meig. 113
1. Doimées des auteurs. 113
2. Observations personnelles. 114
II. Biologie de Myiothyria benoüti Mesn. 119
D. CARACTÉRISTIQUES BIOLOGIQUES ET PARASITOLOGIQUES DES ACEMYIINA .120
INTRODUCTION
Le » Unter-Gruppe >, puis « Gnippe Acemyidae » de Brauer & Bergenstamm (1889 :
80,1891:308), aujourd’hui tribu des Acemyiini, compte un petit nombre de genres et d’espèces
disséminés sur les cinq continents, du bord de la mer jusqu’à une ^titude ^evée (3 600 m
dans les Andes d’après Townsend, 1936, IV : 75).
Selon les auteurs, cette tribu aberrante et isolée a été placée dans l’une des grandes sous-
familles de Tachinidés : Phasiinae (cf. Vilixneuvk 1924 :18, Mesnil 1939 : 60), Dexiinae
(cf. Townsend 1936, IV ; 71, 1939, IX : 254), Exoristinae (voir infra). Sa position taxino¬
mique n’est peut-être pas encore définitivement fixée.
Source : MNHhl, Paris
62
J.-C. LÉONIDE
Parmi les auteurs récents, HertinG (1960 : 57-58) place ses « Acemyüni » dans la sous-
famille des Exoristinae. Verseke (1962 : 127) après une étude des genit^ia rapproche les
Acemyüni des Ethillini (qui comptent le genre acridiophage Phorocerosoma). Mesnil (1965 :
780-795) subdivise la tribu en deux sous-tribus : Acemyina et Thrixionina qu’il incorpore aux
Larwievorinae Exoristini.
Les Thrixionina se caractérisent, entre autres, à l’état imaginai, par l’absence de mucron
au troisième article de l’antenne. On connut la biologie d’une seule espèce : Thrixion hali-
dayanum parasite de Phasmoptères (Leptynia) [cf. Pantel 1898 et 1910].
Les Acemyiina forment un groupe homogène tant du point de vue de la morphologie
imaginale et larvaire que de celui de la biologie. L’adulte possède un troisième article antennaire
mucroné et la larve I des pièces buccales particulières. Les espèces dont la biologie est connue
sont parasites d’Orthoptères. Elles se rangent actuellement dans les genres Acemyia, Ceracia,
Myiothyria, Euacemyia et Hemithrixion.
Biologiquement parlant, la séparation en Thrixionina et Acemyiina paraît justifiée,
non seulement par la nature taxinomique différente des hôtes, mais encore par divers caractères
de la vie larvaire (absence de siphon chez Thrixion halidayanum, etc.). Par ailleurs, la
morphologie larvaire des Thrixionina, notamment celle de la larve I, s’écarte de celle des
Acemyiina. Mais le verdict définitif ne pourra être prononcé que lorsque l’on connaîtra la
biologie de toutes les espèces et particulièrement celle des genres Coquillettina et Eoacemyia
qui sont, du point de vue de la morphologie imaginde, des Acemyiina et des genres Euha-
lidaya, Halidayopsis, Medinacemyia et Prosheliomyia qui sont des Thrixionina. Ces derniers
devraient donc être recherchés chez des Phasmoptères. Quelques indications tendent à confir¬
mer cette séparation biologique. Ainsi Townsend (1936, IV : 74) note qu’une espèce du
genre Coquillettina a été élevée d’un Acridien non identifié et une espèce du genre Euhali-
daya obtenue du Phasmoptère : Diapheromera.
Les Acemyiina déposent sur le corps des hôtes des œufs courts, macrotypes et s’appa¬
rentent au groupe « parasitique » I de Pantel (1910). Cependant Townsend (1936, VI : 73)
remarquait que les œufs étaient incubés. En fait, les données biologiques sont succinctes. La plu¬
part des autemrs se sont bornés à signaler le fait du parasitisme avec parfois mention de l’hôte.
Deux espèces sont mieux connues : Acemyia acuticornis Meig. étudiée par Zakhvatkin
(1954) en Sibérie et Ceracia dentata Coq. étudiée par Smith (1958) au Canada.
En réalité, nos connaissances étaient limitées aux observations qu’il a été possible de
(aire dans la nature et d’après la dissection des hôtes parasités, aucun auteur n’ayant réussi
jusqu’ici à propager un Acemyiina in vitro.
J’indiquerai, au fur et à mesure de l’étude, la liste des espèces connues et leur biologie.
Je citerai ici les genres Euacemyia et Hemithrixion sur lesquels je n’aurai pas l’occasion de
revenir.
Le genre Euacemyia (Townsend 1912) a été créé pour l’espèce Acemyia tibialis Coq.
Elle a été élevée de divers Acridiens au Canada par Smith (1944-1958 : 24) qui se contente
d’indiquer que le système reproducteur est similaire à celui de Ceracia dentata et les moddités
de l’infestation et du dévdoppement dans l’hôte sans doute identiques. A. tibialis a ég^ement
été citée des États-Unis (Newton 1954 : 936, Lavigne & Pfadt 1966 : 9).
Hemithrixion oestriforme B.B. a été obtenu de divers Acridiens canadiens par Smith
(1944-1958) qui suppose sou cycle identique à celui de C. dentata. L’appareil reproducteur
de la femelle est semblable à celui de cette espèce. H. oestriforme est également signalé par
Newton (1954) et Paul & Putnam (1960), du Nord des États-Unis.
A. MORPHOLOGIE PRÉIMAGINALE
Les stades préimaginaux des Acemyiina * n’ont donné lieu qu’à peu de travaux mor¬
phologiques.
Greene (1921 : 23) a décrit la pupe de Ceracia dentata. Ségüy (1932 : 34, fig. 31-34)
a dessiné le puparium (que sa légende donne par lapsus pour l’œuf) et les pièces buccales
de la larve III à.'Acemyia acuticornis Meig. St-Amand & Cloyd (1953 : 83-84, pl. I, fig. 1-
13) ont brièvement représenté les stades préimaginaux de C. dentata. Il existe deux études
détaillées, celle de Smith & Finlayson (1950 : 99-101, fig. 24-27 et 48-51) sut les larves I de
1. J’exclus ici l’étude de Pantel (1898) sur le Thrixion holydayanum Rond, qui est un Thrixionina
et dont la morphologie larvaire s’écarte nettement de celle des Acemyiina.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
63
C. dentata, Euacemyia tibialis (Coq.) et Hemitkrixion oestriforme B.B. et celle de Zakhvatkin
(1954) qui a figuré l’œuf, divers stades larvaires et la pupe d'Acemyia acuticornis. En 1961
(p. 32, fig. 1-10), j’ai publié une première description des stades préimaginauz de Ceracia
mucronifera Rond. Chapuan (1962 :69) a figuré les larves II et III et la pupe de Ceracia noma-
dacridis Van Emden.
Vu l’insuffisance des données anciennes et poiu: les besoins de mon étude biologique,
je traiterai d’une manière détaillée de la morphologie préimaginale de C. mucronifera, A. acutU
cornis et Myiothyria benoisti en soulignant les caractères d’après lesquels j’ai effectué
mes déterminations de larves.
I. L’ŒUF »
1, L'œuf de Ceracia mucronifera (fig. 10).
L’œuf de C. mucronifera n’a fait l’objet d’aucune description antérieure. Il présente
tous les caractères classiques d’un œuf macrotype. Plan convexe, elliptique, sa partie ventrale,
aplatie, très mince, différencie une surface adhésive grâce à laquelle il est collé sur le tégument
de l’hôte. Sa partie dorsale, convexe, présente un chorion épais (5 à 8 p).
Ses dimensions varient de 370 à 430 p de longueur, 180 à 260 p de largeur et 50 à
80 P de hauteur. Le rapport de la longueur à la largeur, au maximum voisin de 2, en fait un
œuf court.
Sa couleur est blanche avant l’éclosion, ensuite l’œuf devient transparent.
Le micropyle, difficile à distinguer, apparaît, dans les meilleures conditions, à l’une
des extrémités de l’œuf, sous la forme d’une légère dépression du chorion (vu en coupe optique).
Le chorion différencie dans ses régions antéro-dorsale et postéro-dorsale de nombreuses
cryptes (ou plages au sens de Pantel 1910 :106) respiratoires disposées en lignes irrégulières.
Le nombre des cryptes est variable, mais il est toujours plus grand au pôle antérieur (Le. micro-
pylaire) qu’au pôle postérieur.
Void le nombre de cryptes de quelques œufs : pôle antérieur : 24, 23, 22, 20, 20,19,
17,17,16,13,12,11,10,10, et au pôle postérieur respectivement : 13,10,13,11,10,10,10,
8,15,12, 7,10, 9, 7.
n n’y a pas de proportionnalité entre le nombre des cryptes antérieures et celui des
cryptes postérieures. Le diamètre des cryptes est de l’ordre de 9 ja.
2. L'œuf d'Acemyia acuticornis.
La seule description de l’œuf d'A. acuticornis est ceUe de Zakhvatkin (1954) qui n’a
cependant « rien vu qui puisse ressembler à une formation micropylaire ».
L’étude que j’ai pu réaliser (en contraste de phase interférentiel) m’a permis d’aper¬
cevoir dans quelques cas une légère dépression du chorion (vu en coupe optique), à l’extrémité
de l’œuf, qui représente le micropyle.
1. L’œaf de Myiothyria benoisti n’eit pas connu.
Source ; MNHN, Paris
64
J.'C. LÉONIDE
L’œuf d’^. acuticornis est seoiblable à celui de Ceracia mucronifera. Il n’en diffère
que par ses ■4im<.Ti<mna légèrement plus élevées (longueur 480 à 550 n, largeur 280 à 300 |i).
Le chorion dorsal assez épais (9 à 10 n) présente des cryptes en nombre variable mais
parfois plus élevé que chez C. mucronifera, cryptes disposées en lignes irrégulières dans les
régions antérieure et postérieure de l’œuf.
Voicd le dénombrement des cryptes de 4 œufs :
Pôle antérieur
31
26
18
17
Pôle postérieur
10
12
17
15
IL LA LARVE I
1. La larve I de Ceracia mucronifera (fig. 11).
La seule description est celle, succincte, que j’ai publiée en 1961.
FlG. 11*13. — Larve 1 de Ceracia mucronifera
11. Larve encore dans l’Œuf (I'œuI n’est pas représenté ici); noter les stigmates postérieurs, la spinulatioD
générale et du segment V, les ébauches des pièces buccales et du plateau in&a-buccal.
12. Pièces buccales du stade I, vue latérale (a. d. = aile dorsale, a. v. = aile ventrale, c. m. = crochet
médian, p. i. » plateau in£ra-buccal, p. l. = pièce latérale).
13. Ibid., vue ventrale (d = dents).
Translucide ou blanchâtre, subcylindrique, arrondie aux deux extrémités, cette larve
mesure 0,5 X 0,1 mm à l’éclosion et 5*6 X 1-1,25 ram en fin de croissance.
Le corps ne montre pas de segmentation accusée. On dénombre onze segments en arrière
du pseudocéphalon qui porte un complexe maxilio-antennaire peu développé. La fente anale
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
65
iongitudiiiaie s’ouvre dans une papille circulaire, d’un diamètre de 330 (a chez la larve âgée,
située ventraiement entre le 10® et le 11® segment.
Les stigmates postérieurs (la larve est métapneustique) sont de petite taille et bilobés;
ceux que j’ai figurés (1961, fig. 2) — par erreur — comme étant les stigmates de la larve I
étaient en réalité les stigmates de la larve II en voie de formation.
Les pièces buccales (fig. 12 et 13) sont, par leur allure générée, caractéristiques et propres
à la sous-tribu des Acemyiina. Elles comportent un crochet médian impair dont la marge anté¬
rieure est finement dentée; les ailes dorsales assez laiges, longues et fortement sdérifiées,
prolongent le crochet vers l’arrière. Vues de dessus, les ailes dorsales s’écartent vers l’extérieur
et vers l’arrière et forment un « V » caractéristique (fig. 13). Les ailes ventrales, plus courtes
et plus étroites, sont peu sdérifiées. Il existe un sclérite ventral, impair, isolé : le plateau
infra-buccal, également caractéristique des Acemyiina. Sa forme générale (fig. 13 et 14a) est
variable. Sur sa marge antérieure, il porte une série de dents plus ou moins perpendiculaires
au plan du plateau et dirigées dorsriement. Chez Ceracia mucronifera, les dents, de taiüe
inégde, sont distribuées d’une manière propre à cette espèce, seule du genre à montrer des
dents « hétérodontes ». Cette disposition ne se retrouve pas chez C. dentata (cf. Smith &
Finlayson 1950 et Suite in litt.) où les dents, au nombre de 24 à 28, de même taille, sont
Fig. 14. — Plateaux infra-buccaux des larves I de divers Acemyiina
a. Ceratia mucronifera; — b. Aeemyia ocuticornis; c. Myiothyria benoisti. — Échelle commune.
réparties en quatre rangées régulières. Chez C. mucronifera, on trouve deux groupes de 2 ou 3
grosses dents, réunies en protubérances qui font saillie de chaque côté du bord antérieur du
plateau infra-buccal, à ime distance des extrémités égale au tiers de la largeur totale du bord
antérieur du plateau. Entre ces deux protubérances et en retrait on peut compter deux rangées
de 8 petites dents égales. Au total, on dénombre de 20 à 22 dents mais l’opacité du plateau
rend difficile leur examen et, en vue ventrue ou dorsale, on ne voit que la silhouette des deux
protubérances séparées par 3 ou 4 petites dents (fig. 13).
La spinulation est fine et son observation est plus ou moins difficile selon l’âge de la
larve. Elle est visible chra la larve néonate ou contenue dans l’œuf (fig. 11). Sur la face dorsale
de chaque segment, on note de 6 à 7 rangées de microspinules punctiformes. Sur la face ventrale,
on observe, sur la marge antérieure des segments V à X, de deux à trois rangées d’épines
plus ou moins triangulaires de 1 à 2 p de long. Sur les segments II à V, cette spinulation est
réduite. Sur les parties latéro-ventrales du segment V, on note une plage de 11 à 14 épines trian¬
gulaires, effilées (5 à 6 p. de long), très visibles.
Dans la larve contenue dans l’œuf, les ailes dorsdes et ventrdes des pièces buccales
ne sont pas sdérifiées. Le plateau infra-buccal n’est pas visible mais l’on distingue dans la
région médio-ventrale du corps de la larve, en arrière de l’orifice buccal (i.e. sur le bord mar¬
ginal dusegment II) une série d’épines assez grandes et triangulaires (14-15 petites et 4-6 grosses)
1. Ce qui a conduit Smith & Finlayson (1950) à décrire quatre stades larvaire» chez C. deniaia,
erreur qui a été rectifiée par Smith (1958 : 245).
Source : MNHN, Paris
66
J.-C. LÉOmDE
qui représentent les ébauches des dents du plateau in^>bucca! (fig. ISa), dont on peut voit
les débuts de la sdérification chez une larve néonate âgée de 12 heures (fig. 16).
Chez la larve I en fin de croissance et sur son exuvie, la spinulation (ait penser davantage
à des papilles qu’à des épines. Elle est de ce fait difficile à discerner. Les épines des parties
latértdes du segment V sont encore visibles mais dispersées sur une plus grande plage que chez
la larve néonate, par suite de l’accroissement du tégument.
Fie. 1S<18. — Larves I des Actmyii/ia
15. Dents repr&entant les ébauches du plateau infra-buccal. — a. Ceracia mueronifera ; — b. Ace-
myia oeuticonii. — Échelle commune — 16. Plateau infra-buccal de C. mucronifera, début de
edéridcation. — 17. Larve 1 d'Acemyia ocuticornit, vue ventrale; noter la spinulation génitale
et des segments V et VI et l’anus. — 18. Segment V de la larve I de Myiothyric benoitti, vue
ventrale.
Les dimensions des pièces buccales sont variables. J’ai, sur l’exuvie (où la croissance
est achevée), mesuré trois directions de l’atmature buccale : la plus grande longueur (L) du
crochet supra-oral (de l’extrémité antérieure du crochet impair à Vextrémité postérieure de
l’aile dorsale), la plus grande longueur (a) de l’axe longitudin^ du plateau infra-buccal et sa
plus grande largeur (é).
» L • a varié de 240 à 288 jz; < a > de 81 à 110 |x et « 6 » de 72 à 104 [i. Le rapport o/i
a donc fluctué de 0,92 à 1,6.
2. La larve I d'Acemyia acuticorni» (fig. 17).
La larve I d’Acemyia acuticornis n’a jamais été décrite, Zakhvatkin (1954 : 259) ne
l’ayant pas rencontrée.
Dans son allure générale, elle ressemble — comme toutes les larves I d’Âcemyiina —
à celle de Ceracia mucronifera. Elle s’en distingue par des détails, telles les dimensions de
l’armature buccale : L varie de 180 à 292 p, a de 88 à 114 (i et i de 88 à 144 p; le rapport o/i
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
67
de 0,7 à 1,2. Les dents du plateau mfra*bucc^ sont toutes de taille sensiblement identique
(espèce isodonte), et régulièrement réparties sur le bord antérieur. On distingue trois rangées
de dents mais seule la plus antérieure est visible et l’on y dénombre de 8 à 9 dents parfois 10
(fig. 14 b).
Chez la larve 1 dans l’œuf ou fraîchement éclose, le plateau infra-buccal manque et les
ébauches des dents, visibles sur la marge antérieure du segment II, sont de taille identique
(fig. 15i>). distribution des épines ne diffère guère de celle de C. mucronifera. On note la
présence de trois quelquefois quatre rangées d’épines sur le bord antéro-ventral des segments
V à X. Sur les segments II à IV, la spinulation ventrale est réduite. Sur les parties latéro-
ventrales du segment V, on trouve une plage de 10 à 15 épines triangulaires et effilées de 6 à
10 |i de long. On trouve également sur les parties latéro-ventraies du segment VI une petite
plage de 2 à 6 épines de même dimension que les précédentes. Ce qui distingue nettement la
spinulation de cette espèce, c’est sa forte sclérification. La spinulation de la larve I d’A. acuti-
cornis, très visible sur la larve néonate, le demeure sur la larve âgée et sur l’exuvie. En particu¬
lier, les épines des ceintures ventrales, qui mesurent de 1 à 2 p chez la larve néonate et attei¬
gnent de 8 à 10 P chez la larve âgée, deviennent remarquablement visibles sur l’exuvie.
3. La larve I de Myiothyria benoislL
La larve I de M. benoisti était inconnue mais le matériel dont je dispose ne me permet
qu’une description sommaire. L’allure générale est celle des larves d'Acemyiina dont le plateau
infra-buccal est de type « isodonte » (fig. 14 c). En silhouette, on dénombre 9 dents. Les dimen¬
sions de l’armatuie buccde, bien que variables, sont plus faibles que chez les deux espèces
précédentes. L a varié de 104 à 240 p, a de 42 à 72 p et 6 de 63 à 98 p et le rapport ajb de
0,66 à 0,74.
Les épines marginales du segment V, au nombre de 7 à 10, de forme triangulaire et
effilée, mesurent de 6 à 8 p de long (fig. 18).
In spinulation ventrale de distribution analogue à ceUe des espèces précédentes, bien
visible chez la larve néonate, s’estompe au point de ressembler à des papilles chez la larve
âgée et sur l’exuvie. Les stigmates sont identiques de taille et de forme à ceux de C. mucronifera
et A. acuticornis.
III. LA LARVE II
La larve II des Acemyiina est métapneustique, trapue, blanc opaque, à segmentation
bien visible. L’anus, situé ventralement en arrière du pénultième segment, se présente sous la
forme d’une protubérance circulaire, fendue longitudinalement. Il n’y a pas de spinulation
nette, cependant à fort grossissement on peut discerner des ceintures de saillies tégumentaires
peu sclérifiées. Les stigmates postérieurs, plus gros que ceux des larves I, ont une chambre
feutrée bifurquée qui s’ouvre à l’extérieur par deux fentes stigmatiques, plus ou moins réni-
formes, au voisinage desqudles on trouve des soies sensorielles isolées (fig. 19a, b et c). Chez
Fig. 19. — Stigmates postérieurs de la larve II de divers Acemyiina (un seul stigmate)
t. Ceracia mucronifera. — b. Acemyia aculicornU. — c. Myiolhyria benoUti. — Noter la forme des
fentes et les seneilles isolées. — Échelle commune.
C. mucronifera, les fentes stigmatiques sont courtes, à peine plus longues que larges (fig. 19o).
Chez A. acuticornis, dles sont plus allongées (fig. 19è). Les fentes stigmatiques de M. benoisti
sont voisines de celles de C. mucronifera (fig. 19c).
Source : MNHN, Paris
68
J.-C. LÉONIDE
Les pièces buccales sont fortement et grossièrement scléiifiées. Leurs différentes parties
sont soudées entre elles et non mobiles; les ailes dorsales et ventrales bien développées et élar¬
gies. La partie antérieure se termine par une paire de crochets à pointe plus ou moins bifide.
La forme générale est sensiblement identique dans les trois espèces. J’ai représenté les pièces
bucctdes de la larve II de C. mucromfera (£i^. 20 et 21). Celles d'A. acuticornis ont été figurées
Fie. 20-21. — Pièces buccales de la larve II de Ceracia murronifera
20. Vue dors^e. — 21. Vue latérale.
par ZakhVatein (1954 : 260, fîg. 15 et 16). Les dimensions des pièces buccales sont en longueur
de 280 à 320 p. chez C. mucroni/era, 260 à 310 p chez A. acuticornis, 285 p chez M. benoistL
En définitive, les larves II des Acemyiina étudiés montrent peu de caractères spécifi¬
ques. Seuls, les stigmates postérieurs présentent quelques différences.
IV. LA LARVE III
La larve III des Acemyiina a été décrite en détail chez A. acuticornis (cf. Zaehvatkin
1954, fig. 17-18) et chez C. mucronifera (cf. Léonide 1%1, fig. 7, 8 et 10) et plus sommairement
chez C. nomadacridis (cf. Chapman 1962 : 69). Ce stade est une grosse larve de couleur blanche,
à segmentation marquée et dont l’anus s’ouvre en arrière de l’avant-demier segment. Sa taille
oscille en fin de croissance entre 8 et 10 mm de long et 2 à 3 mm de diamètre. Elle est méta-
pneustique; il n’y a pas de stigmates antérieurs fonctionnels. .
Le stade III des Acemyiina se caractérise par des stigmates postérieurs qui s’ouvrent
à l’extrémité d’un pédoncule stigmatique (constitué en réalité par la coalescence de 2 pédon¬
cules) allongé et fortement sclérifié. Ce pédoncule et les fentes stigmatiques montrent des dif¬
férences spécifiques.
Le pédoncule stigmatique est long chez C. mucronifera où il atteint de 0,7 à 0,9 mm.
Chez A. acuticornis et chez M. benoisli, il ne dépasse pas 0,4 à 0,6 mm (pour des larves de
même taille que précédemment). Les fentes stigmatiques, au notable de deux fois trois,
forment des lignes courbes, ondulées, mais non ramifiées ch^ C. mucronifera (fig. 22), des
lignes courbes, fiexueuses et ramifiées chez A. acuticornis (fig. 23) et des plages criblées chez
M. benoisti (fig. 24).
la spinulation est extrêmement réduite et peu sdérifiée. Les pièces buccales, repré¬
sentées pour C. mucronifera (fig. 25), diffèrent de celles du stade II par leur forme et par leurs
dimensions plus grandes (440-480 |x de long chez C. mucronifera', 440 p chez M. benoisti).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
69
Fig. 22-27. — Stades préimaginaux des Acemyiina
22. Stigmates postérieurs de la larve III de Ctracia mucronifera. — 23. Ibid., Acemyia aeuticoTTÛs.
24. Ibid., Myiothyria benoàli. — 25. Pièces buccales de la larve III de C. mueronifera. — 26. Puparium
de C. mucronifera. — 27. Phase finale de la sdérification du plateau infra-buccal de M. benoisli.
V. LE PUPARIUM (fig. 26)
Le puparium des Acemyiina est subcylindrique, arrondi à son extrémité antérieure qui
laisse voir la trace de l’orifice buccal de la larve III ; il n’y a pas de cornes stigmatiques anté¬
rieures. L’extrémité postérieure est prolongée par le pédoncule stigmatique à la base duquel
on peutvoir, du côté ventral, la trace de l’orifice anal. Les caractères spécifiques du pédoncule
de U larve III se retrouvent mais dans le puparium l’allure des fentes stigmatiques est difficile
à discerner. La longueur du pédoncule est, par contre, utilisable pour distinguer les espèces.
Source : MNHN, Paris
70
J.-C. LiONIDE
La taille des puparia est variable. Sa v^eur moyenne (pédoncule exclu) est de 5,5 à
5,6 mm de long et 2 à 2,5 de diamètre. Le pédoncule stigmatique de C. mucronifera atteint
le 1/5 ou le 1/6 de U longueur du puparium. Chez A. acuticornis et M. benoisti, il ne représente
que le 1/9 ou le 1/10 de la longueur.
VI. DIAGNOSE SPÉCIFIQUE DES LARVES
La reconnaissance de la sous-tribu des Acemyiina est aisée au stade préimaginai grâce :
_ aux œufs macrotypes à nombreuses cryptes respiratoires disposées en lignes irré-
gidières ;
_aux larves I avec pièces buccales en « V » et plateau inira-buccal caractéristique;
_ aux larves III et aux pupes pourvues d’un pédoncule stigmatique allongé.
La diagnose des espèces pose des problèmes non complètement résolus. Une tentative
d’élaboration d’une def de détermination basée sur la morphologie des larves I a été entreprise
par Suite & Finlayson (1950 : 99). Elle s’est révélée aléatoire (Smith 1958 : 244), la forme
des pièces buccales, et du plateau infra-buccal en particulier, étant éminemment variables.
J’ai, à mon tour, tenté d’élaborer une def de détermination des larves que j’ai étudiées.
Je me suis essentiellement basé sur les larves I qui présentent le maximum de diversité des
éléments morphologiques, telle, par exemple, la spinuladon, pratiquement absente dans les
autres stades. De plus, le stade I ou son exuvie se retrouve toujours dans l’hôte. Enfin, on a tout
intérêt à faire une diagnose le plus tôt possible afin de déterminer l’espèce même lorsqu’il y a
échec précoce du développement. Les résultats que j’ai obtenus, sans être négatifs, ne sont
pas toujours concluants et utüisables. Il y a deux raisons à cela. D’abord, il existe en France
des Acemyiina (Acemyia pyrrkoeera Vill.) connus à l’état imaginai mais dont on n’a pas encore
décrit les larves. Ensuite, on a constaté chez les espèces décrites des variations de forme et
de dimensions des divers éléments morphologiques.
Ces variations résultent, en premier Eeu, de la croissance des larves. Dans la larve I
contenue dans l’œuf, le plateau infra-buccal n’est représenté que par les ébauches des dents,
et les ailes postérieures sont réduites (fig. 11). Au cours de la vie de la larve I, la sdérificatioii
se poursuit progressivement. Dans le plateau infra-buccal, eUe débute par la région des dents
comme cela est visible chez une larve néonate âgée de quelques heures (fig. 16), puis elle se
poursuit selon une zone médio-longitudinde perpendiculaire au rebord denté. A ce stade, le
plateau infra-buccal affecte la silhouette d’un « T » ou d’une ancre de marine (fig. 27). La scléri-
fication s’achève par un élargissement variable de ces deux régions. La sclérification des pièces
buccales se continue par l’accroissement des ailes dorsales et ventrales.
L’accroissement des épines se fait également de manière progressive, de l’édosion à la
mue. Chez Acemyia acuticornis, les épines des ceintures ventrales s’allongent de 1-2 à 10 (a.
Cet accroissement s’accompagne d’un changement de forme. Les épines de la zone marginale
du segment V, rapprochées sur une petite plage tégumentaire chez la larve néonate, s’écartent
les unes des autres au cours de la croissance. Chez la larve âgée, cette formation est souvent
difficile à retrouver.
n est donc évident que la configuration et la dimension des divers sdérites (pièces buc-
cdes, spinulation) ne pourront être utilisées à des fins de détermination qu’à certains âges
de la larve, à l’édosion ou en fin de croissance par exemple.
En second Eeu, les variations morphologiques et dimensiorineUes revêtent souvent un
caractère individuel. En effet, au moment de la mue, le processus de sclérification devrait être
achevé, or l’examen des pièces buccdes exuviales révèle des différences de forme et de dimen¬
sions traduisant des degrés de sdérification divers. D est probable que ces différences sont Eées
à la durée de vie de la larve I — et par suite, à celle de la croissance — éminemment variable,
comme nous le verrons, d’un individu à l’autre.
Ces réserves faites, la séparation des espèces que j’ai étudiées est possible, dès le stade I,
en utilisant les caractères suivants :
1. Larve I (ou Exuvie I) à plateau infra-buccal hétérodonte (ou ébauches des
dents inégales). Cerada mucronifera
2. Larve I (ou Exuvie I) à plateau infra-buccal isodonte (ou ébauches des
dents égales). a-j
Source : élfJHW, Paris
DinilŒS PARASITES D’OETHOPriRES 71
a. SpinulAtioa veatrale très marquée, épines ventrales, chez la larve âgée,
de taille supérieure à celle des épines latérales du segment V. Une petite plage
d'épines sur les bords du segment VI. ^cemj-itt aeuticornis
b. Spinulation ventrale peu marquée, surtout chez la larve âgée, épines
ventrales plus grandes que les épines latérales du segment V. Myiotkyria benoUti
Actuellement ces caractères n’ont qu’une valeur relative (à l’exception de ceux de C. mit-
croni/era dont la diagnose paraît, dans la limite des espèces connues, assez sûre) et ne peuvent
être utilisés pour la séparation des autres Acemyiina décrits dans le monde. Pour ces raisons,
j’ai évité de baser des déterminations uniquement sur des larves I. Par contre, l’utilisation
conjointe des caractères tirés de la morphologie de ia larve I et des larves II et 111 (fentes stig-
manques) permet une diagnose spécifique plus sûre.
B. BIOLOGIE DE CERACIA MVCRONIFERA ROND.
1. DONNÉES PRÉLIMINAIRES
Pré^ableraent à l’étude de ia biologie de Ceracia mucronifera, je rappellerai succinc¬
tement les principales données connues sur la vie des diverses espèces de Ceracia ainsi que
celles se rapportant au cycle d’Anacridium aegyptium (L.), hôte principal de cet Acemyiina.
1. Travaux antérieurs eur le genre Ceracia,
Le genre Ceracia Rond, sensu Mesnil (1965 :781) [i. e. à l’cxdusion de Myiotkyria Van
der Wulp 1890 = Pamphagophaga End.) renferme sept espèces dont ia biologie est connue, au
moins partiellement. Toutes ont été élevées de Caeli/era.
Ceracia dentata Coq., espèce néarctique (États-Unis, Canada) la mieux connue jusqu’ici,
a été signdée de divers Acridiens par Coqüillet (1897 : 9), Trehene & Buckzll (1924),
Smith (1944,1958, 1961, 1965 : biologie), Smith & Finlayson (1950 : 100-1, morphologie
larvaire), St Amand & Cloyd (1954, biologie). Newton (1954), Arnaud & Rente (1965).
C. mucronifera Rond., a été décrite, avec le genre, en 1865 par Rondani. C’est proba¬
blement cette espèce que Ribaga (1902) a signalée d'Anacridium aegyptium sous le nom
d'Acemyia aeuticornis Meig. Callot (1936) l’obtint de cet Orthoptère (sous le nom d’A. calloti
Séguy (1936) tombée en synonymie] et apporta les premiers renseignements sur la biologie
larvaire. Elle a été mentionnée depuis du même Orthoptère par Péris (1956), LÉONIDE (1961)
et Kücler (1963 : 32).
C. aurifrons Aid., obtenue par Aldrich (1933) puis par Lopez (1934) d’un Orthoptère
indétenniné aux Iles Philippines.
C. subandina Bl., a été citée de Dichroplus arrogans Stal. et D. maculipennis Blanch.,
en Argentine, par Blanchard (1943), Lloyd (1951 : 217), Lieberuann (1960 :18).
C. maldonadoi Bl., a été obtenue de divers Acridiens en Argentine par Lloyd (1951),
Liebermann (1960).
C. uncinata Thoms., a été élevée de Tmethis pulchripennis Uv. par Shulov (1952 : 253)
et Kücler (1963 : 32) d’Israël.
C. nomadacridis van Emden, a été signalée en 1960 par Emden et en 1962 par Chapman
de Nomadacris septemfaciata Serville au Tanganyika.
Cette liste montre la large répartition géographique de ce genre dont les espèces ont
été signalées en Amérique du Sud et du Nord, en Europe, en Afrique et aux lies Philippines.
Certaines de ces espèces viennent à peine d’être signalées, telle C. nomadacridis.
La biologie de ces espèces est connue, la vie imaginale, l’accouplement et la ponte
sont quasi ignorés. Notre savoir se réduit grosso modo à ce qui a été établi par Smith (1958 :
244-246) chez C. dentata dont je rapporte les grandes lignes du cycle.
Les Mouches vivent peu en laboratoire.
D’après Townsend (1936, IV : 73), dies déposeraient des œufs macrotypes incubés.
L’ovaire comporte généralement 12 ovarioles. L’appareil génitd présente un utérus allongé
formant deux boucles dans lequel 200 œufs ont pu être dénombré.
Source : MNHN, Paris
72
J.-C. LÉOrODE
Le premier stade larvaire vit librement dans i’bémocœle de rhôte, les deux autres sont
fixés, par l'intennédiaire d’un siphon respiratoire aux trachées de l’hôte au voisinage d’un
stigmate.
La larve après sa sortie se transforme rapidement en pupe. La période nymphale dure
de 8 à 13 jours (à 24 ®C).
C. dentata se rencontre dans ses hôtes de la mi-juin jusqu’à la mi-septembre. Il y a
quatre générations. L’hivernage a lieu non sous forme de pupe comme l’avait publié Smith
(1958 : 245) mais à l’état larvaire dans l’hôte (Smith 1965 :192 et Arnaud & Rentz 1965 : 205).
2. Informations sur le cycle d'Anacridium aegyptium (L.).
Le Criquet égyptien, Acridien de grande taille, appartient à la famille des Catantopidae.
Sa distribution géographique est typiquement méditerranéenne. Il est connu d’Afrique
du Nord, d’Europe méridiotmale, d’Asie occidentale (Turquie, Israël, Arabie), d’Égypte, de
Libye, etc. (Dirsh & Uvarov 1953 : 45). En France, il n’est commun que dans le Midi, mais
E se rencontre parfois dans des régions plus septentrionales (Chopard 1952: 229).
Son cycle qui a donné lieu à de nombreuses études (Grassé 1922; Fedorov 1927;
VoLKONSKY 1937; Colombo 1950, 1952, 1953, 1955, 1956; Alvarez 1964; Nohris 1965)
est caractérisé par un hivernage à l’état imaginai et l’absence de diapause de l’œuf, ce qui le
distingue nettement de cdui de la grande majorité des Acridiens français.
La ponte a lieu en avril ou mai et l’éclosion des jeunes larves en juin ou juUlet. Le
développement embryonnaire dure de 1 à 2 mois. Après 6 ou 7 mues (en général 6 chez les
mâles, 7 chez les femelles, parfois 7 dans les deux sexes), les Criquets deviennent adultes en
août ou septembre. Le développement larvaire dure de 1 mois et demi à 3 mois. La durée de
chaque stade est amplement variable : entre 5 et 15 jours
L’accouplement a Ueu à la fin de l’été et au printemps suivant. Durant l’hiver, l’ovrire
entre en diapause à un stade immature; l’activité génitale de la femelle ne reprend qu’au prin¬
temps.
Ces Orthoptères meurent l’été après avoir vécu de 12 à 14 mois. Le cycle est univoltin.
Mais l’on peut, dans certaines conditions d’^evage, provoquer la rupture de la diapause ova¬
rienne et obtenir deux générations annueUes (Volkonsky 1937 : 740; Colombo 1950 : 443).
In photopériode constitue le facteur principal de la régtdation de cette diapause (NoRRis
1965 : 25-28).
Ce cycle, bien connu par des élevages de laboratoire, l’est beaucoup moins dans la nature.
En particulier, en Provence, le Criquet égyptien adulte abondant l’hiver et au printemps dis¬
paraît en juin-juillet et E faut attendre les mois d’août-septembre pour rencontrer des larves
déjà âgées ou de jeunes imagos. Colombo (1956 :277) note également l’abondance relative du
Criquet égyptien en Italie durant l’hiver et le printemps. Les jeunes larves, à part quelques
rencontres fortuites, sont quasi introuvables. Cela tient à notre ignorance de leur écologie.
L’on sait que l’adulte est arboricole (ce qui a valu au genre Anacridium le nom de » tree locust »).
Dirsh & Uvarov (1953 : 9) ont écrit : « AU members of the genus are arboresd bolh in the
nymphal and adult instars... >, mais font remarquer à propos d'A. aegyptium que « remarkably
litde bas been published on its ecology ». Grassé (1922) a noté que cette espèce ne semble pas
avoir un habitat bien déterminé. L’adulte a été signalé sur les arbustes et les buissons comme
sur les grands arbres (Volkonsky 1943 :253; Chopard 1952 : 229; Dirsh & Uvarov 1953 :
46-8; Alvarez 1964 : 193). J’ai capturé l’adulte un peu partout dans la Provence littorale,
notamment dans les collines de la Nerthe (ouest de Marseille) où il vit sur les buissons de ronces
ou les arbres (Amandier, Chêne Yeuse, Troène). II n’est pas rare sur les haies de fusain dans
les jardins de banlieue. Mais on le rencontre aussi bien dans les vergers qu’en campagne, dans
le maquis comme dans la garrigue.
En ce qui concerne les larves, j’ai, au cours de la première quinzaine d’août 1962, décou¬
vert à Carqueiranne (Var) une station assez riche en Criquets égyptiens larvaires (stade IV à
l’adulte). Ces larves se tenaient surletronc d’Ormeaux formant un bosquet important le long
d’un ruisseau. Au pied de ces arbres j’ai retrouvé des dépouilles exuviales des stades IV à VI.
Cette découverte rend plausible l’existence des mœurs arboricoles des larves âgées.
1. Cda m’a obligé à disposer de lots témoins d’hôtes pour étalonner la durée du développement
dans des conditions d’élevage identiques à celles des hôtes parasités.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
73
II. VIE IMAGINALE
Je ne suis pas parvenu à observer un adulte de Ceracîa mucronifera dans la nature.
Les imagos paraissent tares et leur capture exceptionnelle (Rondani 1865 : 222, en a récolté
2 exemplaires). La plupart des auteurs qui traitent de cette Mouche l’ont obtenue d’élevage.
Les indications que je vais donner sur la vie imaginide ont été établies grâce à l’élevage
de plus de 500 Mouches in vitro provenant de quelques 600 pupes recueillies à partir des hôtes
infestés dans la nature. Certains aspects de la vie imaginale (sexualité, physiologie de la repro¬
duction et comportement) seront, de ce fait, étudiés en détail et dans des conditions précises,
biais d’autres aspects indissociables du milieu naturel se ressentent de l'absence de données
naturelles. En particulier aucune information n’a pu être recueillie en ce qui concerne l’éco¬
logie, les comportements de relation et de nutrition.
1. Caractéristiques spatio-temporelles et numériques.
La durée de vie a pu être estimée au laboratoire. Les informations sur la chorologie, la
phénologie et l’abondance se réduisent à un simple aperçu.
a. Durée de vie.
La longévité de Ceracia mucronifera, établie in vitro, est liée aux conditions d’élevage.
Un degré élevé et constant d’humidité de l’air (80 à 95 %) et une température voisine de 20 °C
semblent essentiels à la vie des Mouches au laboratoire.
Les dmées de vie, basées sur les observations de 1964 et portant sur les trois généra¬
tions estivales, furent les suivantes sur une population de 286 Mouches :
59,3 % des mâles et 73,5 % des femelles vécurent de 0 à 15 jours,
24,7 % des mâles et 21,8 % des femmes vécurent de 16 à 20 jours,
14,1 % des mâles et 3,8 % des femelles vécurent de 21 à 25 jours,
1,9 % des mâles et 0,9 % des femelles vécurent de 26 à 30 jours.
La durée moyenne de vie des individus fut de deux semaines ; les mâles vécurent un peu
plus longtemps que les femdles.
Un dénombrement portant sur 250 Mouches n’a pas laissé ressortir de différence entre
la longévité des individus mâles ayant copulé et ceux ne l’ayant pas fait, ni entre celle des
femelles vierges, ou la rétention des œufs est forcée, et celle des femelles fécondées ayant
pondu.
b. Chorologie.
Les renseignements concernant la distribution géographique de C. mucronifera, espèce
considérée comme circaméditerranéeime (Hertinc 1960 : 58), sont fragmentaires.
Signalée d’Itdie par Rondani (1865), de Tunisie par Callot (1936) et SÉGDY (1936)
sous le nom A'Acemyia calloti, cette espèce a été trouvée en Espagne (Péris 1956), dans le
Sud de la France (Léonide 1961 a) et récemment en Israël par Kugler (1963 : 31). On ignore
si elle existe dans les autres pays méditerranéens où se trouve l’hôte.
En Provence, je l’ai ^evée de Criquets égyptiens provenant de la région toulonnaise
(département du Var) : jardins de Toulon, la Vdette du Var, SoUiès-Ville, Méounes, Hyères
(massif du Fenouillet), Carqueiranne. Monsieur Biliotti m’a co mmuni qué des individus
élevés de Criquets égyptiens capturés au cap d’Antibes (département des Alpes-Maritimes).
Dans le département des Bouches-du-Rhône, les Criquets égyptiens parasités par ce Tachinidé
se sont révélés rares. Dans la banlieue marseillaise, sur plus de 300 Criquets qui ont été soit
disséqués, soit conservés en élevage en laboratoire, deux seulement étaient parasités.
En ce qui concerne la distribution altitu dinal e, les renseignements sont quasi inexistants.
En Provence, toutes les localités citées ont une faible altitude.
c. Phénologie.
La phénologie a été établie dans la nature par la dissection d’hôtes parasités récoltés
et, au laboratoire, par l’élevage des générations successives.
K. Éléments de la phénologie dans la nature.
Les données sur la phénologie de Ceracia mucronifera dans la nature sont réduites
puisque ni les Mouches ni les hôtes dans leurs plus jeunes stades n’ont pu être découverts.
Source : MNHN, Paris
74
J.'C. LÉONIDE
La partie du cyde la plus facile à observer, par dissection, est la phase larvaire en hiver¬
nage dans l’hôte adidte, qui se déroule de septembre à mai. Tout au long de cette période,
les hôtes ne renferment que des larves I.
Au mois de mai, on assiste à la sortie des larves et à la formation des pupes. On rencontre
en effet quantité d’hôtes prostrés, inertes, mourants ou morts, l’abdomen criblé de trous de
sortie et plein d’exuvies. Passée cette époque, le Criquet égyptien, jusque là abondant, dis-
pandt presque complètement.
La sortie des larves peut, dans des cas exceptionnels, s’étendre jusqu’au début juillet.
Les imagos les plus tardifs de cette génération auront donc vu le jour à la mi-juillet! De tds
retardataires ayant été obtenus à partir d’hôtes conservés au laboratoire appartiennent incon¬
testablement à la génération en hivernage.
Après ces émergences, on perd toute trace du parasite jusqu’au début septembre où
l’on trouve une nouvelle génération en hivernage dans l’hôte. Il ne m’a pas fallu moins de
cinq ans d’observations suivies pour recueillir quelques informations sur la vie de ce parasite
pendant la période estivale. Je n’ai retrouvé trace de l’hôte qu’à la mi-août sous forme de rares
larves III, de quelques larves IV et V, essentiellement de nymphes et de jeunes adultes. Leur
dissection révéla la présence du parasite aux trois stades larvaires, preuve de l’existence,
/tan» la nature, d’au moins une seconde génération. Des sorties larvaires ont été constatées à la
mi-août et des éclosions à la fin août et début septembre. Il s’agit là d’individus appartenant à
une des générations estivdes.
De la mi-mai à la mi-août je n’ai pu trouver ni l’hôte ni son parasite.
Pour fragmentaires que soient ces observations, elles sont cependant suffisantes pour
prouver l’existence d’au moins une génération estivale et d’une génération en hivernage,
au premier stade larvaire, dans l’hôte.
Au lahoratoire.
J’ai obtenu quatre générations annuelles dont l’une peut être partielle.
Les premiers imagos apparaissent vers la mi- m ai. In phase imaginale de cette génération
s’étend jusqu’au milieu de juin et au maximum jusqu’au début juillet. La descendance larvure
se développe dans les larves de Criquets égyptiens des stades I et II. Dans la nature, où cette
phase du cycle est inconnue, les imagos de cette génération peuvent sans doute rencoutrer les
jeunes larves comme les vieux adultes du Criquet égyptien. La ponte peut-elle avoir lieu dans
ces derniers individus, condamnés à moiuir à brève échéance? Au laboratoire, les femelles gra¬
vides y déposent leurs œufs, mais les larves s’avèrent souvent incapables de pénétrer. Si elles
y parviennent, le cyde endoparasitaire s’accomplit normalement dans la mesure où il n’est pas
interrompu par la mort de l’hôte.
Les imagos de la deuxième génération émergent de la mi-juin à la mi-juillet et se main¬
tiennent jusqu’en août. Leur descendance se développe dans les larves de Criquets égyptiens
des stades II à V.
Les premiers imagos de la troisième génération apparaissent fin juillet et vivent du
mois d’août au début septembre. Ces Mouches déposent leurs œufs sur des hôtes dont certains
sont encore au 3® et 4® stade larvaire mais dont la majorité sont au 5* stade larvaire et au stade
nympbal et une minorité au stade imaginai.
Une partie des larves issues de ces œufs peuvent se développer et donner des imagos
qui émergent fin août-début septembre. Ils constituent la quatrième génération estivde partielle
et vont pondre sur des hôtes qui sont pour la majorité à l’état nymphd et adulte.
L’autre partie des larves issues de la troisième génération, et le cas échéant celles issues
de la quatrième génération, demeurent au stade I dans leur hôte jusqu’au printemps suivant
Les imagos qui en résulteront seront ceux qui se rencontrent à la mi-mai.
Ce cyde quadrivoltin a été établi in vitro, par la propagation du parasite de génération
en génération. Mais il n’est pas prouvé que ce nombre de générations, atteint dans les conditions
du laboratoire (température constante) le soit effectivement et toujours dans la nature.
Nous verrons (p. 97) que le cycle d’une génération dure au minimum 25 jours.
Quatre générations peuvent donc se succéder de la mi-mai à la mi-septembre. Mais ce cyde
peut être plus long, ce qui se traduit par un recouvrement des générations successives,
effectivement constaté in vitro (où j’ai pu obtenir l’accouplement entre individus de deux géné¬
rations successives) et pourrait également aboutir à la suppression d’une ou plusieurs géné¬
rations.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
75
d. Abondance.
Il est difficile de donner une idée de l’importance de la population de Ceracia mucro-
nifera puisque l’imago demeure introuvable dans la nature. Les seules indications que je puisse
avancer résultent de la considération des taux de parasitisme.
D importe en premier lieu de remarquer que le nombre de parasites qui se développent
chez l’hôte adulte est relativement important (voir p. 100).
En second lieu, j’insisterai sur le fait que dans certaines localités le taux de parasitisme
demeure constant et assez élevé. La seule époque où j’ai pu établir ce taux dans des conditions
valables a été celle durant laquelle le parasite hiverne dans l’hôte, de septembre à mai. Pendant
cette période, les populations hôtes et parasites à l’état larvaire sont à peu près stables. Dans la
région marseillaise, ce taux fut bas, inférieur à 1 %. Dans la région toulonnaise, en revanche,
ce taux s’est maintenu entre 15 et 35 %. Le taux moyen, qui fut de 30 %, est relativement impor¬
tant pour un parasite d’hôtes sédentaires.
2. Sexualité, physiologie de la reproduction.
La propagation du parasite in vitro m’a permis d’étudier dans des conditions précises
les divers aspects de la sexualité (sex-ratio, accouplement) et de la physiologie de la ponte (des¬
cente des œufs dans les voies génitides, fécondation, incubation, etc.), puisque outre l’âge des
femelles, les date et heure de l’accouplement, et par suite le temps écoulé depuis la fécondation,
étaient connus.
a. Sexualité.
oc. Sex-ratio.
Entre 1962 et 1964, sur 457 Mouches élevées, j’ai obtenu 234 mMes pour 223 femelles.
Cette sex-ratio, déterminée dans les seules conditions valables c’est-à-dire au moment de l’ima-
gintdisation, est voisine de 1. Le déterminisme du sexe est de toute évidence génétique.
Les pupes formées à partir d’un même hôte, quel que soit son sexe, donnent des indi¬
vidus mâles et femelles souvent en nombre égal. On ne peut donc parler d’une influence phéno¬
typique du sexe de l’hôte sur celui du parasite.
Anatomie génitale.
1“ L’appareil génital mâle comporte deux testicules sensiblement arrondis, relative¬
ment volumineux (diamètre de 300 à 340 p.) de couleur jaune orangé vif.
De chaque testicule part, d’une zone renflée, large de 80 |i, longue de 250 [z et qui joue
le rôle d’une vésicule sémimde, un spermiducte ou can^ déférent. Les deux spermiductes se
réunissent en un large « canal médian » qui reçoit dans sa zone proximale deux glandes génitales
accessoires, rondes, de 80 (Z de diamètre. Le can^ éjaculateur qui fait suite mesure 1,2 mm de
long, 68 [Z de diamètre.
Fig. 28. — Appareil génital femelle de Ceraeta mucronifera ; un seul ovaire a été représenté
Noter l’utérus, le récessus de fécondation
2° L’appareil génital femelle (fig. 28) montre deux ovaires ovoïdes (2,2 à 2,3 X 1,1 à
1,3 mm) comportant chacun 12 ovarioles, quelquefois jusqu’à 16.
Source : MNHN, Paris
T6
J.-C. LÉONIDE
rencontré deux femelles qui présentaient un seul ovaire développé; l’autre était
réduit é une petite masse informe de tissu à l’extrémité proximale de l’oviducte pair.
Chaque ovariole comporte de 4 à 6 ovocytes, 4 ou 5 à la naissance, 6 au bout de quelques
jouis.
De chaque ovaire part un court oviducte pair (0,6 mm) qui converge avec son homo¬
logue pour constituer un oviducte commun presque deux fois plus long (1,1 mm). Ce dernier,
duts sa partie distale, se renfle en une petite chambre : le récessus de fécondation où débouchent
les canaux de trois spermathèques et ceux de deux volumineuses glandes accessoires allongées
(2,2 mm).
Le tractus génit^ se termine par un utérus cylindrique musctdeux et fortement tra-
chéolisé. Chez la femelle vierge, cet utérus contracté, vide, est de longueur modeste (2
à 4,5 mm). Après la fécondation, il se remplit d’œufs, s’allonge et forme un tube cylindrique
rétréci à son extrémité et s’enroulant sur lui-même. Il peut alors faire un tour et demi de spire
et mesurer jusqu’à 8 mm de long. Sa partie étranglée se termine par l’oviscapte assez court.
Cette description corrobore celle donnée, à propos des Ceracia en général, par Townsend
(1936, IV : 73).
Y. Accouplement.
L’accouplement a pu être obtenu au laboratoire à toutes les heures de la journée, le
matin comme l’après-midi.
l® Conditions nécessaires à l'accouplement — L’édaireraent artificiel ou naturd,
la température, l’humidité, dans les limites courantes ne semblent pas avoir une action stimu¬
lante dans l’accouplement. En revanche, le rapprochement des sexes dans un espace limité
favorise l’accouplement et cela d’autant plus que les conjoints n’ont eu aucun contact anté¬
rieur avec d’autres adultes, quel que soit leur sexe. L’isolement des individus avant l’accouple¬
ment est un facteur de succès et les chances de voir l’accouplement se produire sont faibles
lorsque mâles et femelles cohabitent depuis leur émergence.
L’accouplement ne peut s’accomplir que dans des limites d’âge déterminées, comme l’ont
laissé ressortir les 405 exp^ences révisées en vu d’obtenir l’accouplement et dont 92 ont été
positives.
Dans la majorité des cas (79 sur 89), les femelles se sont accouplées dans les 24 heures
qui ont suivi l’imaginalisation. B n’est pas rare de voir le coït se produire quelques minutes
après l’émergence, alors que les ailes ne sont pas étalées. Le colt avec des femelles âgées de
moins de 24 heures se produit avec facilité, comme cela apparaît dans le nombre élevé de
colts obtenus dans ces conditions (79 sur 258 expériences de 1964 soit 30 %), mais également
dans la rapidité (quelques minutes) avec laquelle il intervient dès que les conjoints sont mis en
présence.
L’accouplement peut encore se produire avec des femelles âgées de 2,3 et même 4 jours.
Mais je n’ai pas pu l’obtenir avec des femelles plus âgées. Seulement 10 % (5 sur 55) et 13 %
(4 sur 30) des expériences d’accouplement ont eu un dénouement positif avec des femelles
de 2 et 3 jours. Ce chiffre tombe à 5 % (1 sur 23) avec des femelles de 4 jours.
L’amplitude d’âge compatible avec l’accouplement est plus grande chez les mifles.
J’ai pu faire féconder des jeunes femelles par des mâles dont l’âge allait de 1 à 15 jours. Avec
des mâles de 14 jours, les femelles ont toujours été fécondées. Dans l’unique expérience avec
un mMe de 15 jours, une seule des trois spermathèques contenait quelques spermatozoïdes,
n est possible que la sénilité puisse être mise en cause. J’ai obtenu des ampiexus avec des m^es
de 17 jours mais je n’ai pu obtenir d’intromission.
D’autre part, il semble que pendant les premières heures de la vie du mâle l’accouple¬
ment soit impossible. Je ne suis pas parvenu, même en insistant, à faire accoupler un mâle
âgé de moins d’un jour. On peut reconnaître l’existence d’un délai de maturation sexuelle de
24 heures (dans la seule exception, le mâle avait plus de 23 heures). Les mMes de 1 et 2 jours
s’accouplent avec moins d’ardeur que les mâles plus âgés. Toutefois, la dissection des imagos
mâles ne laisse pas ressortir d’impossibilité physiologique de l’accouplement; leurs tuto
spermatiquea renferment des spermatozoïdes actifs, de l’instant de leur émergence à celui de
leur mort.
Les pourcentages et les vitesses des colts positifs que j’ai obtenus dan» mes expériences
1. 1.8 réalité de l’insémination a toujours été vérifiée soit pat ia ponte d’œufs incubés, soit paris
présence de spermatozoïdes dans les spermathèques.
Source ; MUHH, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
77
montrent que les combinaisons optimales de l’âge des conjoints présidant à l’accouplement sont
de moins de 24 heures pour les femelles et 3 à 12 jours pour les mâles.
La protandrie dans un lot de pupes issues d’un même hôte (voir p. 106) va donc jouer un
rôle de premier plan. Cette condition doit permettre aux individus d'une petite colonie de
Ceracia mucronifera provenant d’un seul hôte (ce qui est possible vu le grégarisme larvaire)
de s’accoupler entre eux et de procréer.
Les mâles peuvent s’accoupler avec plusieurs femelles; j’ai fait féconder 6 femelles par
le même mâle en 3 heures. Par contre, je n’ai jamais réussi à faire copuler 2 fois la même
femelle.
2° Comportement de copulation. — Comme l’a fait Dupuis (1963 : 188), je distin¬
guerai dans l’accouplement deux phénomènes différents : l’amplexus — ou ensemble des
actes par lesquels le mâle se juche sur la femelle et s’y maintient — et l’introraission.
L’amplexus. Le mâle in vitro se juche brutalement sur le dos de la femelle et il s’ensuit
souvent une courte lutte avant que la femelle s’immobilise.
Le mâle se tient très droit et son corps fait im angle, d’environ 30® ouvert vers l’avant,
avec celui de la femelle. Les tarses de la première paire de pattes du mâle s’appuient sur la
tête de la femelle, sur les yeux ou sur les orbites, au niveau des antennes. In deuxième paire
de pattes enserre la femelle au niveau des ptéropleures thoraciques, juste à la base des ailes.
Les pattes postérieures font le tour de l’abdomen au niveau des deuxième et troisième segments.
Les ailes du mâle sont repliées en arrière; celles de la femelle sont souvent plaquées contre
le corps par les pattes moyennes et postérieures du mMe.
Entre deux partenaires maintenus ensemble, j’ai pu obtenir la répétition des amplexus
avant que se produise l’intromission. Sur 244 observations, j’ai constaté que, dans 42 % des
cas, il y avait eu plusieurs amplexus, leur nombre pouvant ^Icrde 2 ou 3 jusqu’à 11. Je n’ai
pas relevé de rapport précis entre la durée de chaque amplexus et leur nombre; mais assez
souvent les amplexus nombreux sont brefs.
Dans la majorité des cas (58 %) l’intromission s’effectue au cours du premier et unique
amplexus. La durée de l’amplexus qui précède l’introinission a été inférieure à la minute
(de 1 à 45 secondes) dans environ 70 % des cas ; dans 20 % des cas elle a varié entre 45 secondes
et 2 minutes, et ce n’est que dans quelques cas (10 %) qu’elle a dépassé 2 minutes et atteint
exceptionnellement plus de 10 minutes.
Lorsque l’intromission n’a pu être réalisée, le nombre des amplexus fut plus élevé.
Dans 50 % des cas, ils ont été en nombre supérieur à3 et ont pu atteindre 15. Leur durée
variable, parfois très brève, a pu dépasser 25 minutes.
L’intromission. Je n’ai pu analyser en détail le phénomène de l’introraission. Celle-ci,
simplement constatable lorsque les extrémités de l’abdomen des deux conjoints se rejoignent
à se toucher, a souvent été vérifiée sous la loupe binoculaire.
Généralement il n’y a qu'une seule intromission (78 cas sur 89); exceptionnellement,
l’intromission peut être interrompue et reprise à deux, trois ou quatre fois, sans que l’amplexus
soit rompu.
La durée de l’intromission fut, dans 94 cas (sur 112), comprise entre 4 et 11 minutes
et dans 11 cas, entre 11 et 21 minutes. Dans 7 cas, la durée de l’intromission fut inférieure
à 4 minutes et n’a pas assuré la fécondation de la femelle (comme l’a montré l’examen des
spermathèques). L.orsqu’il y a plusieurs intromissions successives, une au moins dure plus
de 4 minutes.
Le nombre des intromissions réalisées au cours d’un seul accouplement paraît indé¬
pendant de l’âge respectif des deux conjoints. La question de l’influence de l’âge sur la durée
des intromissions est moins facile à trancher. L’âge de la femelle ne semble pas intervenir
directement. Plus la femelle est âgée, plus elle réagit violemment, rendant l’accouplement
agité; la durée de l’amplexus peut être alors allongée mais celle de l’intromission ne l’est pas.
L’âge du mâle, entre 1 et 12 jours, n’influe pas sur la durée de l’intromission. Au-delà de
12 jours, les résultats sont fluctuants. Avec un mÜede 15 jours, l’intromission n’a duré que
5 minutes mais la femelle a montré que deux des spermathèques étaient vides, la troisième
ne contenait que quelques spermatozoïdes. Un mMe de 13 jours réalisa un colt de 20 minutes,
mais la femelle ne fut pas fécondée. Avec deux mâles de 14 jours, l’intromission dura 12 minutes
pour l’un, 9 minutes 40 secondes pour l’autre et la fécondation fut effective. Il semble que
l’on assiste à un allongement de la durée de l’intromission et que quelquefois la fécondation
n’ait pas lieu ou soit partielle.
8 S64018 6 s
Source : MNHN, Paris
78
J.-C. LÉONIDE
b. Physiologie de la ponte.
O. Maturation des œufs
Je n’ai pas envisagé l’ovogenèse et les différents aspects morphogénétiques de la matu¬
ration des œufs (choriogenèse, différenciation des cryptes respiratoires, de la couche adhésive).
Je me bornerai à donner un aperçu de la situation de la maturation des œufs au moment
de l’imagindisation et son évolution chronologique.
Au moment de l’éclosion, la dissection des femelles montre que les œufs, tous contenus
rlflna les ovaiies, sont mûrs, c’est-à-dire prêts à être fécondés.
La maturation des œufs se déroide durant la vie nymphale. J’ai, par dissection d’un
lot de pupes_dont la période nymphale a été de 16 jours —, établi la chronologie sommabe
de cette maturation : 9 jours avant l’émergence on ne trouve rien qui ressemble macrosco¬
piquement à un appareil génital, S jours avant, les différentes parties de l’appareil génitd
sont reconnaissables à l’exception des ovarioles encore très petits; 3 jours avant, les ovarioles
sont bien constitués et contiennent chacun déjà 5 à 6 ovocytes de 350 (i de long, c’est-à-dire
pratiquement de la taille de l’œuf.
La possibilité pour les œufs d’être fertilisés dès l’imaginalisation est attestée notamment
par la dissection des femelles qui ont copulé quelques minutes après leur émergence. Par
exemple, 16 heures après l’imaginalisation et le colt, une femelle présente 132 œufs dans
l’utérus et 20 seulement dans les ovaires. 5 jours après, les ovaires ne renferment plus que
1 ou 2 œufs et 4 ou S ovocytes.
Descente des œufs dans les voies génitdes.
Chez la plupart des femelles vierges, quel que soit leur âge, les œufs demeurent dans
les chambres ovariennes. En revanche, l’on assiste à la descente des œufs dans l’utérus après
le colt. J’ai cherché à en préciser la vitesse, ce qui est aisé au laboratoire, en réalisant la dissec¬
tion des femelles à des intervdles de temps régtiliers après la fin de l’accouplement (voir
Tableau V).
Tableau V. — Vitesse de descente des œufs
dans les voies génitales
Temps écoulé depuis le colt
Nombre d’œufs
descendus
Nombre d’œufs
encore dans l’ovaire
5 minutes.
1 dans l'oviducte pair.
Tous
30 minutes.
15 dans Tutéras.
Presque tous
1 h 30.
48 - —
120
2 h 30.
63 — —
100
4 h.
70 — —
#100
7 h.
84 — —
26
8 h.
138 — —
34
16 h.
132 — —
20
1 jour.
120 — —
20
.
170 — —
4-5
La ponte ovulaire, le passage dans le récessus de fécondation et la descente dans Tuténis
débutent dans la première demi-heure, pour ne pas dire les premières minutes qui suivent
la fin de l’accouplement; 4 heures apr^, environ la moitié des œufs sont déjà accumulés
dans l’utérus; moins d’une demi-journée après l’accouplement (et souvent en fait après l’ima-
ginalisation) la presque totdité des œufs sont descendus dans l’utérus. A ce stade, ce dernier
s’est allongé et spir^é, l’ovaire de taille réduite ne contient plus que quelques œufs et ovocytes.
1. J'entenda par œuf mûr, comme cela est fréquent en entomologie, non on zygote mais un ovule
prêt à être fécondé et qui mérite le nom d'œuf en raison de ses dimensions, de sa forme, de sa structure
identiques à celles de l’œuf pondu.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
79
Dans les ovarioles, les ceufs sont disposés dans le sens de la longueur, le pôle micro-
pylaire situé du côté distal. Au moment de la ponte ovidaire, l’œuf s’engage dans les oviductes,
toujours orienté en long, le pôle postérieur le premier. Les œufs sortent du récessus de fécon¬
dation leur pôle postérieur en avant (leur grand axe dans la même direction que celui des
voies génitales) et basculent de manière à s’accumuler en travers dans l’utérus. Ils sont alors
disposés leur grand axe perpendiculaire à celui de l’utérus et empilés les uns sur les autres,
leur face convexe tournée vers le récessus de fécondation. 11 se forme deux colonnes d’œufs
s’imbriquant l’une dans l’autre, comme cela avait été noté par Townsend (1936, IV : 73)
chez les Acemyiini en général. Tous les œufs d’une colonne montrent leur pôle antérieur
d'un même côté. Il m’a été donné d’observer, très rarement, certains œufs qui se sont placés
en parallèle de l’axe longitudin^ de l’utérus, en marge des colonnes. Dans la région distale,
les œufs basculent à nouveau et s’engagent en long, le pôle micropylaire en arrière, dans la
partie rétrécie de l’utérus puis dans l’oviscapte.
y. Fécondation.
La fécondation des œufs se fait successivement, lors de leur descente dans les voies
génitales, au moment du passage dans le récessus de fécondation. Cela est attesté par le déve¬
loppement des œufs qui se produit progressivement et d’une manière quasi continue d’un
bout à l’autre de l’utérus, les œufs les plus avancés dans leur développement étant les plus
près de l’oviscapte.
La fécondation des œufs débute donc, die aussi, quelques minutes après l’accouple¬
ment, et est achevée pour la quasi-totalité des œufs en moins d’une demi-journée.
Le rythme de la fécondation est continu et de l’ordre — tout à fait approximatif —
d'ime quinzaine d’œufs à l’heure.
§. Déterminisme de la ponte ovulaire et de la descente des œufs.
Dans les processus normaux, la ponte ovulaire et la descente des œufs dans l’utérus
sont déclenchées par l’accouplement. Mais le facteur déterminant est-il l’amplexus, l’intro¬
mission ou la fertilisation de la femelle? Je ne puis répondre catégoriquement et me bornerai
aux remarques suivantes ;
Il m’a été donné d’observer le colt d’une jeune femelle avec un mâle âgé de 13 jours.
La dissection réalisée 13 jours après montra que la femelle n’avait pas été fécondée (3 sperma-
thèques vides), le mâle étant vraisemblablement sénile. Un seul œuf se trouvait dans l’utérus,
tous les autres étaient demeurés dans les ovaires.
Les accouplements au cours desquels, soit de nombreux amplexus (30 cas), soit même
de brèves intromissions ont été réalisés sans assurer la fécondation (7 cas), n’ont pas provoqué
la descente des œufs.
Ces exemples montrent que ni la présence du mâle, ni l’amplexus, pas même l’intro¬
mission ne sont suffisants à déclencher la ponte ovulaire et la descente des œuffi dans l’utérus.
Seule la fertilisation de la femelle parvient à provoquer ces phénomènes.
Dans les cas de femelles fécondées et ayant pondu normalement, j’ai souvent remarqué
la présence des spermatozoïdes dans les trois spermathèques, mais quelquefois une seule
était emplie. Cela a été suffisant pour que la descente des œufs se produise.
L’action déterminante de la fertilisation dans la ponte ovulaire est encore attestée
par la rétention des œufs dans les ovaires des femelles vierges. Chez la majorité d’entre elles,
même lorsqu’elles sont âgées, tous les œufs demeurent dans les ovaires et les voies génitdes
sont vides (dans 28 cas). Il arrive cependant, même assez souvent, que quelques
œufs (jusqu’à 3) se rencontrent dans les oviductes pairs et impairs et le récessus de féconda¬
tion (20 cas), voire dans l’utérus (3 cas). Le blocage des œufs a donc lieu au niveau du récessus
de fécondation et la descente de quelques œufs jusqu’à ce niveau n’est pas en contradiction
avec notre opinion. Le passage de rares œufs dans l’utérus des femelles vierges peut être
interprété comme le résultat d’une action mécanique due à des contractions utérines.
n y a cependant quelques cas inexpliqués qui font exception et méritent d’être consi¬
dérés. Dans quatre cas, de nombreux œufs, voire la totalité, ont pu s’accumuler dans l’utérus
de femdles non fertilisées (spermathèques vides, œufs non embryonnés) *. Deux des femelles,
jamais mises en présence d’un mâle, étaient réellement vierges. L’une disséquée à l’âge de
11 jours contenait 8 œufs dans l’utérus; l’autre, disséquée à l’âge de 15 jours, en montrait 20.
1. Betbedeh-Matibet (1967 ; 164) considère que chez le Tachinidé Exoristiné, Diairaeophaga
Mntttalit Town., la descente de tous les œufs se produit même chez la femelle vierge.
6 .
Source : MNHN, Paris
J.-C. LÉONIDE
Les deux autres femelles avaient eu des contacts avec un mâle, mais aucune intromission
de durée normale ne s’est produite comme j’ai pu le constater de visu et comme l’a attesté
l’absence de spermatozoïdes dans leurs spermathèques et le non développement des œufs.
La première, mise à deux reprises en piésenced’un mMe, n’avait pas subi d’amplexus. Dissé¬
quée à 15 jours, elle laissa voir 32 œufs dans l’utérus. La deuxième avait subi 7 amplexus.
Autopsiée à 17 jours, elle montra la totalité de ses œufs non embryonnés dans l’utérus. L’âge
avancé de ces femelles ne semble guère pouvoir être retenu car de nombreuses femelles vierges
du même âge n’ont pas montré d’œufs dans l’utérus.
De ces exemples, il serait intéressant de retenir, comme hypothèse de travail, la possi¬
bilité d’une certaine influence de la stimidation de la femelle par la présence du mâle (et à
plus forte raison par l’amplexus ou par une intromission de durée brève et insuflisante pour
assurer la fertilisation) dan<i le déclenchement de la ponte ovulaire et dans la descente des
œufs dans l’utérus. Il importe cependant de souligner que cette stimulation seule est généra¬
lement insuffisante puisque nombre de femelles ayant subi des amplexus non suivis d’intro¬
mission ne montraient pas une descente des œufs.
e. Fécondité des femelles.
Chez Ceracia mucroni/era où la quasi-totJité des œufs sont mûrs dès l’imaginalisation,
il est aisé d’estimer sans grande erreur possible, contrairement aux espèces où la maturation
se poursuit durant une partie de la vie, la fécondité par le dénombrement des œufs dans
l’ovaire ou dans l’utérus.
Le nombre moyen d’œufs contenus dans les deux ovaires de 27 femelles fut environ
de 120, le chiffre maximum de 175 et le minimum de 72. On arrive à des chiffres identiques
en dénombrant les œufs contenus dans l’utérus (voir Tableau V).
J’ai constaté dans le cas d’un petit hôte ayant donné 36 pupes et des adultes de taille
réduite que sur 18 femelles obtenues 8 eurent une productivité normale, 3 une productivité
faible (30 à 80 œufs pour les deux ovaires) et 7 furent stériles — les ovaires avortés ne com¬
portaient pas un ovariole distinct. Chez ces femelles à productivité amoindrie la descente
des œufs dans l’utérus, après le coït avec un mâle normal, se déroula lentement et la fécon¬
dation se fit mal ou pas. Une d’entre eUes, comportant 36 œufs dans les ovaires, disséquée
6 jours après l’accouplement, ne contenait pas un œuf dans l’utérus. Une autre, disséquée
à 7 jours, révéla 8 œufs non embryonnés dans l’utérus et rien dans les ovaires. La physiologie
sexuelle des mâles issus du même hôte ne fut pas itérée; accouplés avec des femelles saines,
provenant d’un autre lot, ils les fécondèrent normalement.
Incubation et développement des œufs.
Comme l’accouplement, la ponte ovidaire et la fécondation, l’incubation qui suit
cette dernière débute le plus souvent dans les premières heures qui suivent l’imaginalisation
et se déroule dans l’utérus (où presque tous les œufs sont parvenus 8-10 heures après le colt
et y demeureront jusqu’à ce que les larves soient prêtes à édore).
J’ai déterminé la durée de la période d’incubation en disséquant des femelles à des
intervalles de temps réguliers après le colt.
Quatre jours après, les œufs examinés au microscope ne laissent pas reconnaître les
ébauches des pièces buccdes de la larve. Dès le cinquième jour, les deux tiers des œufs en
moyenne (les plus proches de la sortie de l’utérus) présentent des pièces buccales visibles.
A 6 jours, les femelles montrent dans tous leurs œufs, sauf les quelques derniers, des larves I
mobiles. L’apparition des pièces buccdes se produit environ 24 heures avant que la larve
commence à se mouvoir d ans l’œuf. Ces ébauches évoluent rapidement si l’on en juge par
le fait que, dans un utérus contenant des œufs en voie de développement, il ne s’intercale
que3 ou4œufe entre celui ne présentant aucune trace de pièces buccdes et celui qui les montre
nettement.
Dans les conditions du laboratoire, en juin-juillet, la pvériode d’incubation des œufs
de Ceracia mucroni/era dure environ 5-6 jours. Mais il existe une certaine marge de variation.
Certaines femelles, sollicitées dès la fin du troisième jour après la fécondation, ont pu déposer
quelques œufs embryonnés contenant des larves I prêtes à éclore. D’autres disséquées à
6 jours ne montrèrent que 7-8 œufs complètement développés.
L’élévation de la température, dans certaines limites, raccourcit la durée de l’incuba¬
tion. Des femelles maintenues à 33 ®C révélèrent une qxtarantaine d’œufs embryonnés dès
le quatrième jour suivant l’accouplement.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
81
Lorsque les ébauches des pièces buccales deviennent visibles, on constate que les
14-15 dernières formées (celles des œufs situés dans la partie proxim^e de l’utérus) sont
toutes orientées vers le micropyle de l’œuf. Les autres, les plus anciennement sclérifiées
(celles des œufs situés dans une partie distde de l’utérus plus proche de l’oviscapte) montrent
par rapport à l’œuf, et par suite par rapport à l’utérus, une orientation anarchique. On observe
des séries de quelques œufs (1 à 8) dans lesquels les larves sont orientées d’un côté, alternant
avec d’autres séries d’œufs plus longues ou plus courtes dans lesquels les larves sont orientées
en sens inverse.
n y a donc, comme l’a constaté DüPüiS (1963 : 245) chez les Pkasiinae, un retourne¬
ment des larves dans l’œuf. Mais ici, le retournement serait facultatif ou s’effectuerait avec
des vitesses variables selon les œufs. On retrouve en effet encore des œufs avec des larves
orientées vers le micropyle et d’autres en sens inverse dans la partie distale de l’utérus et
dans la partie basale de l’oviscapte. Le retournement ne parait même pas effectué dans tous
les œufs au moment de leur dépôt sur l’hôte (voir infra). Il pourrait également se produire
plusieurs retournements: la larve, dans certains cas, reprenant son orientation initiaie.
T], Période de gestation et nature des œufs expulsés.
En présentant des hôtes journellement à des femelles, après accouplement, j’ai pu
constater que la ponte débute vers le cinquième ou sixième jour et que les œufs expulsés
sont complètement incubés.
Dans la majorité des cas, les femelles refusent de pondre tant que la plupart des œufs
ne sont pas complètement embryonnés. Lorsque la ponte débute, elle peut être massive :
le tiers ou la moitié des œufs descendus dans l’utérus, parfois davantage, peuvent être déposés
dans la journée, et tous contiennent des larves. Des femelles, ouvertes tout de suite après
le dépôt de leurs premiers œufs, ont montré que la majorité, voire la totalité, des œufs accu¬
mulés dans l’utérus renfermaient des larves prêtes à éclore.
Mais il y a quelques exceptions. Une femelle journellement mise en présence d’un
hôte, depuis le colt, pond le sixième jour. Sa dissection aussitôt pratiquée révèle que tous
les œufs situés dans l’utérus, sauf les 5 derniers, laissent voir les pièces buccales de la larve;
seuls les 7-8 premiers contiennent des larves I qui remuent. La ponte a débuté environ 24 heures
avant que la quasi-tobdité des œufs soient incubés. Certaines femelles fécondées, précoce¬
ment sollicitées par la présence de l’hôte, ont pu, dès le troisième jour, pondre quelques œufs
embryonnés, voire non complètement incubés, dont certains ont achevé avec succès leur
incubation sur le corps de l’hôte. Une femelle, sollicitée à plusieurs reprises, dépose 3 jours
après l’accouplement 3 œufs contenant des larves I. Le lendemain, elle dépose 2 œufs non
embryonnés. Le sixième jour, le ponte reprend abondante avec 15 œufs contenant des larves
prêtes à éclore et se poursuit à cette cadence élevée les jours suivants.
Chez Ceracia mucronifera, la période de gestation se confond donc grosso modo avec
celle de l’incubation de la quasi-totdité des œufs. Cette dernière s’achève, à la température
moyenne de 20 ®C, entre le cinquième et le sixième jour qui suit le coït. Comme ce dernier
survient le plus souvent dans la journée qui suit l’imaginalisation, la ponte peut commencer
dès l’âge de 5 jours. Les œufs déposés contiennent normalement des larves prêtes à éclore.
Si les hôtes sont abondants, le nombre d’œufs pondus peut être d’emblée élevé. Certaines
femelles sollicitées par la présence de l’hôte peuvent exceptionnellement déposer quelques
œufs, embryonnés ou non, dès le troisième jour.
Ces résultats ont été établis pour la première génération estiv^e. Chez les femelles
de la deuxième génération et surtout de la troisième, la période d’incubadon des œufs et
celle de la gestadon se réduisent à 4 jours. Ces différences trouvent, sans doute, leur origine
dans l’élévation de la température du laboratoire passée de 20 “C, en juillet, à 28-30 °C en août.
6. Rythme de ponte.
1" Durée de la période de ponte. — Au laboratoire, j’ai pu obtenir le dépôt des œufs
avec des femelles âgées de 3 à 15 jours, mais la période de la ponte va normalement du sep¬
tième au treizième jour environ. Au-delà de 15 jours, je n’ai pu provoquer la ponte et la dis¬
section des femelles à cet âge confirme l’épuisement de leur stock d’œufs.
Tous les œufs peuvent avoir été déposés dès le onzième jour et le sont tous à partir
du seizième. Lorsque la mort survient avant le seizième jour, les femelles peuvent encore
contenir dans leur utérus un nombre variable d’œufs. Les durées de la période de ponte.
Source : MNHN, Paris
J.-C. LÉOHmE
de l’évolution de la physiologie de la fonction femelle et de la vie concordent. Cela m’autorise
à penser que les données chronologiques établies à ce sujet, au laboratoire, sont valables.
2® Capacité journalière de ponte. — Je n’envisagerai pas, ici, le nombre d’œufs déposés
par hôte ni celui des attaques quotidiennes; ces deux aspects se rattachant au comportement
de ponte (voir infra). Je considérerai seulement la quantité maximale d’œufs qui peut être
émise en une journée par une femelle.
Pour étudier cette capacité, j’ai placé des femelles, fécondées depuis 7 à 12 jours, en
présence d’un nombre « illimité » d’hôtes et j’ai recensé les œufs déposés. 20 à 40 œufs (c’est-à-
dire du 1/6 au 1/3 de la productivité totale), parfois davamtage, peuvent être pondus dans
une journée. Parmi les records, une femelle déposa 41 œufs en 8 minutes, une autre 63 en
40 minutes; le maximum fut de 73 dans la journée, ce qui représente plus de la moitié des
œufs contenus dans l’utérus. Il est difficile de dire si la capacité totide de ponte d’ime femelle
peut être épuisée dans 12 heures; cela ne paraît pas impossible, mais doit être rare, tout
particulièrement dans la nature.
3. Comportement de ponte.
Le comportement de ponte a été étudié en laboratoire, par l’observation directe de
310 infestations (voir tech. Chap. i) au cours desquelles 209 Acridiens ont été parasités et
environ 1 700 œufs déposés et par une méthode indirecte consistant à relever la position
des œufs placés sur le corps des hôtes afin d’en déduire les modalités de dépôt. Ce dernier
procédé est seul utilisable pour avoir une idée des moddités de ponte sur le terrain; vu le
nombre faible d’œufs relevé sur des hôtes récoltés, il ne m’a permis de réunir, dans les condi¬
tions naturelles, que des informations succinctes.
a. Étude en laboratoire.
a. Description du comportement.
Le comportement de ponte a été observé directement à de multiples reprises, mais
les manœuvres se déroulent si rapidement que l’analyse détaillée s’est révélée difficile.
On n’assiste à aucune manœuvre préliminaire à l’attaque. La femelle mise en présence
d’un Criquet ne semble pas y prêter attention. Puis au bout d’un temps variable et lorsqu’elle
se trouve à proximité, elle se précipite sur l’hôte en courant ou par petits bonds, rarement
en volant. Sur sa lancée, elle passe par dessus ou par dessous son corps, le balaye du bout
de son abdomen et y dépose une série d’œufs. J’ai pu la voir avancer l’abdomen incurvé
en direction antéro-ventr^e, entre ses propres pattes, mais je ne peux affirmer si cette position
est adoptée dans tous les cas. Quelquefois elle saute sur l’hôte pour l’abandormer aussitôt,
le harcelant ainsi plusieurs fois de suite. En aucun cas, la Mouche ne reste au contact de l’hôte
plus de quelques secondes.
Pour compléter les informations précédentes, j’ai, à l’instar de Dopuis (1963 : 213),
procédé à un relevé méthodique de la position des œufs.
Dans notre cas, la petite taille du micropyle et des cryptes, invisibles même au stéréo-
microscope, rend indiscernable le pôle antérieur du pôle postérieur de l’œuf sans préparation
spéciale. Le seul moyen d’orienter la trajectoire de la ponte a été de coupler l’observation
directe avec une notation de la position des œufs. Le système utilisé a consisté à porter, pour
chaque attaque, sur un schéma représentatif de l’hôte, l’emplacement précis des œufs et
à y indiquer par une flèche le sens de la trajectoire d’attaque. La comparaison des rdevés
effectués au moment de l’infestation des hôtes permet de dégager les conclusions suivantes.
La Mouche dépose toujours un certain nombre d’œufs à la fois, le plus souvent dis¬
posés selon une ligne qui matérialise la direction de la trajectoire suivie lors de l’attaque.
La trajectoire peut être droite ou courbe.
Son incidence (dans le plan horizontal) peut varier à l’extrême de 0® à 360®, mais affecte
souvent un angle quelconque avec l’axe de symétrie de l’animal; quelques attaques ont été
menées perpendiculairement ou parallèlement à l’axe longitudinrf du corps de l’hôte.
La trajectoire peut être essentiellement contenue dans le plan dorsal, le plan ventud
ou les plans latéraux de l’hôte ou, au contraire, s’étendre sur deux ou plusieurs plans à la
fois; ainsi une Mouche plaça en une attaque 21 œufs disposés selon une ligne spiralée, qui
aborda l’hôte par la face dorsale de la tête, s’infléchit progressivement sur le côté du thorax
pour se terminer sous la face ventrde de l’abdomen.
Source : MNHN, Paris
DtPTàRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
83
L’incidence par rapport à la verticale va de l'attaque • rasante > à celle * en piqué >
quasi verticale, cette dernière est rare.
L’hôte peut donc être assailli de toutes les directions, allant de la face dorsale aux faces
ventrale et latérde et être abordé par les régions craniale, caudale ou latérale.
La série d’œufs lignés ne repose pas obligatoirement sur ime seule partie du corps
de l’hôte, et si les œufs peuvent être tous placés sur l’abdomen ou le thorax, il n’est pas moins
fréquent de les voir disposés sdon une trajectoire passant, par exemple, par la patte, le thorax
et la tète.
Les œufs peuvent donc être déposés aussi bien sur la face supérieure qu’inférieure
de l’hôte, mais uniquement sur les faces découvertes (renru Dupuis, 1963 : 213), c’est-à-dire
à l’exclusion des parties tégumentaires cachées sous les ptérothèques ou le pronotum.
Le nombre d’œufs dignés selon une trajectoire est générdement supérieur à 4, il
oscille en moyenne entre 5 et 10 et peut dépasser exceptionnellement la vingtaine.
Divers facteurs inâuent sur ce nombre : la taille de l’hôte, l’incidence de l’attaque
(ces deux aspects conditionnent la longueur de la trajectoire); la vitesse du passage de la
Mouche qui détermine l’espacement des œufs; l’écartement parfois égal ou supérieur à la
largeur de l’œuf peut être inférieur et il n’est pas rare de voir 2 et même 3 œufs ou davantage
se chevaucher par leur extrémité.
Plusieurs attaques en » trajectoire ‘ peuvent se succéder donnant des alignements
d’incidence variable, plus ou moins parallèles ou se recoupant.
L’infestation ne se fait pas toujours selon une trajectoire mais parfob par harcèlement
au cours duquel plusieurs œufs sont déposés anarchiquement sur le corps de l'hôte.
Le parasite ne fait aucune distinction entre les hôtes sains et les hôtes contaminés.
Une petite larve II (8 X 3 mm) de Criquet égyptien laissée pendant 48 heures avec deux
femelles gravides reçut 41 œufs.
Un aspect du comportement qui mérite attention réside dans le nombre d’attaques
qu'une femelle peut réaliser consécutivement et dans une journée. Dans la nature, un des
fréteurs responsables du nombre des attaques journalières ou consécutives réside dans la
densité de la population de l’hôte qui détermine la fréquence des rencontres. Au laboratoire,
en provoquant des rencontres multiples de femelles gravides avec des hôtes habituels et dans
un espace restreint, j’ai pu obtenir l’infestation de 8 hôtes différents en 40 minutes (dépôt
de 63 œufs). Plus généralement j’ai assisté à 3 ou 4 attaques, après quoi les femelles s’arrêtent
de pondre. Elles recommencent après une période de repos de quelques heures. Je n’ai pu
obtenir plus de 8 infestations quotidiennes.
p. Facteurs de la reconnaissance de l’hôte.
Les expériences entreprises dans le but de connaître les facteurs de la reconnaissance
de l’hôte ont consisté à offrir soit des Orthoptères de taille, de forme, de couleur et d’espèces
variées (voir § Spécificité) soit le Criquet égyptien à ses différents stades et artifid^ement
peint de diverses manières.
Ces hôtes ont été infestés. La Mouche ne présentant, in vitro, qu’une faible spéd-
ficité dans son comportement maternel, il ne m’a pas été possible d’analyser le rôle de l’odeur
pas plus que celui de la forme, de la taille ou de la couleur dans la reconnaissance spéciâque.
Le seul facteur qui se soit montré efficace a été le mouvement. Aucun hôte immobile,
mort ou anesthésié, n’a été inspecté. Si l’on parvient à faire bouger le Criquet inerte, en tapo¬
tant le récipient, la Mouche lui saute dessus mais l’abandonne aussitôt. En revanche, l’infes¬
tation se produit au réveil.
Y- Adhérence des œufs.
L’œuf, dès qu’il entre en contact avec le corps de l’hôte, adhère à sa surface grâce
à la substance collante différendée par la partie ventrale du chorion.
Les forces de tension superfidelle de cette matière happent et plaquent l’œuf, même
lorsqu’il entre en contact par le côté ou l’extrémité, ce qui n’est pas exceptionnel. L’œuf
bascule dors dans une direction variable en fonction des diverses forces qui s’exercent sur
Im (vitesse, pesanteur, tension superficielle). Ceci explique que les œufs dignés n’ont pas
tous leur grand axe confondu avec celui de la trajectoire mais peuvent au contraire accuser
des angles divers d’inclindson.
Certains œufs peuvent se chevaucher, d’autres être md collés (voir p. 90).
Source ; MNHN, Paris
femelle lors d’une ovojection
Tableau VI. — Fréquence des divers nombres d’œufs déposés in vitro par une
(chez un hâte larvaire)
Tableau VIL — Relation entre le nombre moyen d’œufs déposés et la taille et l’espèce de l’hôte
Espèce — Hôte
Stade de l’hôte
moyenne
de l’hôte
(en mm)
Nombre
d’hôtes infestés
Nombre total
d’oeufs déposés
Nombre moyen
d’ceufs déposés
par hôte
Pesotettix eiomni .
I-III
8-12
40
196
4.9
Anacridium aervntiiim
8
57
397
6,9
Anacridium aesvpiiiim .. ,, , ,
lU-lV
12-20
25
263
10,5
Dociostaimu maroccanus .
IV-nymphe
12-20
20
172
8,2
Anacridium aeerotium .
Adulte
40-60
3
52
17,3
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
85
Tous les œufs alignés ont la même orientation alors que les larves ont souvent des
orientations inverses, comme on peut le constater grâce aux pièces buccries des larves visibles
à travers le chorion (voir p. 81).
Nombre d’œufs déposés par une femelle sur le même hôte.
Que l’infestation s’effectue selon les modalités « en trajectoire » ou « en harcèlement »
les œufs ne sont pas — ou exceptionnellement — déposés isolément.
Le Tableau VI donne les résultats du dénombrement de 1 517 œufs déposés in vitro
sur 216 hôtes, d’espèce, de sexe et de taille diôérents. Le nombre d’œufs déposés au cours
d’une ovojection varie de 1 à 25 et plus fréquemment de 1 à 11. Le mode est de 3.
La quantité d’œufs déposés au cours de chaque ponte peut être modifiée sous l’action
de facteurs liés à l’hôte (espèce, taille, réactivité) et à l’état physiologique de la femelle (matu¬
rité, âge, rythme de ponte).
Au début de la période de ponte, les ovojections sont rares et les œufs déposés peu
nombreux.
Les femelles ne pondent pas avec la même facilité sur les différentes espèces d’Orthop-
tères : à côté des hôtes bien acceptés, sur lesquels de nombreux œufs sont déposés, et à côté
de ceux qui sont systématiquement refusés, il en est d’autres sur lesquels les Mouches pondent
accidentellement et un nombre faible d’œufs (voir Section V).
Lorsque l’on ne considère que les diveis hôtes bien acceptés ou le même hôte à ses
différents stades, on constate que tout se passe comme si la femeüe < dosait » le nombre d’œufs
déposés en fonction de la taille de l’Orthoptère. Certes les facteurs qui agissent sur la quantité
d’œufs émis sont trop nombreux à interférer pour que la relation taille-nombre d’œufs se
vérifie toujours. Ainsi, dans ime série de 40 expériences, des hôtes de taille sensiblement
identique (larves I de Criquet égyptien âgées de 24 heures) ont reçu de 2 à 19 œufs.
Mais cette relation se justifie nettement au niveau des moyennes. Le Tableau VII, établi sur
145 hôtes, met en évidence d’une part, l’influence de la taille sur le nombre moyen d’œufs
déposés — nombre d’autant plus important que l’hôte est grand (exemple : Anacridium
aegyptium à ses différents stades) — et d’autre part, l’influence de l’espèce — à taille à peu
pr^ identique l’hôte habituel reçoit une série d’œufs plus grande qu’un hôte accidentel.
La passivité de l’hôte favorise le dépôt d’une somme importante d’œufs. Ses réactions,
en gênant l’infestation, peuvent en provoquer la diminution.
La quantité d’œufs émis dépend également du rythme de ponte. J’ai couramment
constaté qu’après une période de rétention (repos nocturne, par exemple) la première ponte
est plus importante que les suivantes. En général, on peut voir, au cours des pontes succes¬
sives réalisées dans un bref laps de temps, diminuer progressivement le nombre d’œufs
déposés.
Voici, à titre d’exemple, le nombre d’œufs placés, au cours d’une séquence de ponte,
sur des hôtes de même espèce et de même taille :
Expériences 471 à 474 : 16, 11, 9, 5;
Expériences 483 à 486 : 13, 7, 6, 2;
Expériences 489 à 492 : 11, 4, 9, 3;
Expériences 493 à 497 : 8, 6, 7, 6, 2.
n y a évidemment des exceptions, mais en moyenne la diminution du nombre d’œufs
lors de pontes consécutives demeure vdable.
e. Lieu de dépôt des œufs.
Une étude portant sur la locdisation de 1 606 œufs émis au laboratoire par Ceracia
mucronifera sur des hôtes divers et résumée dans le Tableau VIII permet de dégager les
remarques suivantes :
— les œufs peuvent être placés sur n’importe quelle partie du corps pourvu qu’elle
ne soit pas trop protégée et si aucun œuf n’a été déposé sur la face ventrale du pronotum,
par exemple, c’est uniquement parce que cette zone ne peut être atteinte du fait du mode de
ponte « en balayage » de la femelle.
On ne note aucune finalité dans le choix du lieu de dépôt; ainsi le parasite, mis en pré¬
sence d’im hôte adulte, pond sur les élytres des œufs qui sont condamnés à périr, aucune
pénétration n’ayant été observée dans pareil cas;
Source ; MNHN, Paris
86
J.-C. liONIDE
Tableau VIII. — Noœire d’œnfs déposés (A), mal collés (B),
enlevés par réactions immédiates de l’hôte (C), non retrouvés sur l’emvie (D)
et constatés éclos sur l’exuvie (£)
Lieu de dépôt des œufs
A
B
C
D
E
TÊTE :
Vertex + occiput.
3
-
3
39
-
50
8
-
14
12
2
-
-
-
-
Clypéus + labre.
13
-
3
7
1
Mâchoires.
1
-
-
-
1
10
1
-
1
Total..
222
14
12
80
52
Membrane coUaire.
6
1
1
4
-
THORAX :
259
26
9
59
95
7
1
19
18
Métanotum.
41
2
1
10
Métapleuies.
22
-
-
1
-
Total.
458
42
11
88
92
PATTES:
Pro :
Hanche.
19
-
-
4
5
28
1
-
7
5
Tibia.
11
-
-
2
6
Tarse.
3
-
-
2
-
Méio ;
Hanche...
22
-
_
4
9
irimii-p
51
2
1
7
23
Tibia.
22
1
_
5
5
Tarse.
6
-
1
1
3
Méta :
Hanche.
15
-
_
5
2
RAtniir
314
26
7
49
98
Tibia.
108
22
4
25
17
Tarse.
14
-
-
2
3
Total .
613
52
13
113
176
ABDOMEN :
Segments I + II.
89
3
1
27
15
— III + IV.
78
3
5
25
8
V + VI.
62
1
5
18
14
— VII + vm .
42
_
1
10
3
— IX + X.
22
2
_
10
3
Épi + paraproctee + cerquea.
14
-
-
1
4
Total.
307
9
12
91
47
Total général .
1.606
118
49
376
367
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRZS PARASITES D’ORTHOPTÈRES
87
— i’emplacemeot de l’œuf parait acquis fortuitement par la position de l’hôte au
moment où le parasite le frappe. Comme aucune préférence ne se m anif este dans le choix
des trajectoires d’attaque, une zone particulière du corps de l’hôte recevra lœ nombre d’œufs
déterminé en fonction de sa plus ou moins grande exposition. Ainsi, le dépôt d’œufs sur la
face sternale, notamment dans la zone médio-ventr^e, est exceptionnel bien que non aberrant.
D se produit lorsque l’hôte est suffisamment grand (Criquet égyptien adulte) pour que la
Mouche puisse, au hasard de ses attaques, lui passer sous le ventre ou lorsqu’au moment de
l’attaque l’hôte se trouve incliné sur le côté. Inversement, le dépôt des œufs sur les parties
latérales et dorsales du corps de l’hôte est extrêmement fréquent.
Pour une exposition identique, le nombre d’œufs déposés apparaît approximativement
proportionnel à la surface de la partie du corps considérée. Si les surfaces comparées sont
égales, le nombre se révèle sensiblement le même; ainsi la quantité d’œufs déposés sur la
tête (222) est à peine inférieure à celle qui l’a été sur le pronotum (259) de surface et d’expo¬
sition relativement identiques ’. En revanche, le ptérothorax et l’abdomen (d’hôtes larvaires,
donc sans ailes) ont, proportioimellement à leur surface, reçu un nombre d’œufs nettement
plus faible que le pronotum, étant partiellement protégés par les pattes, particulièrement
les postérieures qui font barrière. Par contre coup, les pattes métathoraciques, mMgré leur
faible surface, reçoivent un nombre d’œufs élevé (plus de 450 dans nos observations, soit
le 1/4 des œufs déposés — le métafémur à lui seul en a reçu plus de 300).
n ne faut cependant ptas conclure à un dépôt des œufs effectué strictement au hasard
et si C. mucronifera donne cette impression, cela tient sans doute au fait que l’hôte de ce
Tachinidé est larvaire et qu’en l’absence d’élytres toutes les régions du corps sont aptes à
recevoir des œufs. Leur centrage s’effectue sur une vaste zone modale qui s’étend pratique¬
ment aux régions dorso-latérales de la tête, du thorax et de l’abdomen; les pattes ne recevant
un nombre Mevé d’œufs que par suite de leur situation exposée.
Ç. Réactions de l’hôte.
Au moment de la mise en présence, les Criquets ne semblent pas prêter attention au
Diptère et la soudaineté de l’attaque est telle que je n’ai jamais observé un hôte s’y dérober.
En revanche, après l’attaque, les réactions de l’hôte sont aussi rapides qu’énergiques.
Le plus souvent il fuit par bonds puis frotte vigoureusement ses pattes postérieures contre son
abdomen. Une fois, une violente ruade du Criquet atteignit le parasite et le tua sur le coup.
Les premières réactions passées, l’animal cherche à enlever les œufs en se frottant plus
méthodiquement. Il passe ses pattes antérieures sur sa tête et sur ses antennes, les pattes se
nettoient réciproquement. Le thorax, y compris la partie dorsMe du pronotum, et tout l’abdo¬
men sont « balayés » par les pattes. Nous verrons (p. 91) que ces réactions de nettoiement ne
sont pas sans effet.
Qudquefois, lors d’attaques frontales, l’hôte régurgite.
b. Obsenations dans la nature.
Les modalités du comportement de ponte dans la nature peuvent plus ou moins se
déduire de l’emplacement des œufs découverts sur les hôtes. Malheureusement, les seuls
hôtes parasités que j’ai rencontrés étant des larves âgées ou des adultes, ta plupart des œufs
avaient disparu soit à la mue, soit, pour ceux déposés plusieurs mois plus tôt, à la suite d’actions
physiques et mécaniques. Dans quelques cas, des œufs ont été retrouvés Mignés ou se chevau¬
chant, ce qui me conduit à penser que le comportement de ponte dans la nature ne doit pas
différer foncièrement de ce qu’il a été ici et nous verrons (p. 101), par dissection des hôtes
infestés sur le terrain, que le nombre de parasites hébergés ne s’écarte pas sensiblement de
celui des œufs déposés sur les hôtes in vitro. Les quelques œufs relevés sur des hôtes capturés
ne montrent pas de localisation différente de celle observée in vitro : 16 œufs étaient sur le pro-
nolum, 6 sur les pleures thoraciques, 1 sur la tête et 1 sur la ptérothèque.
1. Le rapport de la surface de la tête à celle du pronotum au stade III, approximativement calculé
en assimilant ces parties à des figures géométriques classiques ~ tête = 1/2 sphère et pronotum =2 tra-
pises — est de 1,05, et le rapport des surfaces abdomen/pronotum est de 2,17.
Source : AlNHtJ, Paris
J.'C. LÉONIDE
Le comportement de ponte de Ceracia mucroni/era est simple. On n’assiste à aucune
manœuvre particulière d’approche de l’hôte. L’attaque est brève et le dépôt des œufs s’effectue
selon un mode variable et, même lorsque les œufs sont dignés selon une trajectoire, aucune
direction privilégiée ne se manifeste.
L’absence de caractère modal précis traduit une certaine labilité du comportement
de ponte.
Les œufs sont déposés à peu près n’importe où et, si certaines parties du corps sont spé¬
cialement atteintes, cela tient davantage à leur exposition, facile d’accès, qu’à un mode parti¬
culier.
n n’y a aucune relation entre le lieu de dépôt des œufs et les chances de succès qu’il
offre pour la pénétration des larves.
La simplicité, U labilité, l’absence de finalité sont les caractères propres du comporte¬
ment de ponte de C. mucronifera qui se révèle donc peu élaboré.
III. VIE PRÉIMAGINALE
La vie préimaginale comporte trois phases distinctes se déroulant dans trois milieux
différents :
— la phase préparasitaire, qm se passe dans le milieu « surface de l’hôte » et comporte
l’éclosion et la pénétration;
— la phase endoparasitaire durant laquelle le parasite larvaire se développe dans le
milieu hôte;
— la phase post-parasitaire pendant laquelle le parasite mène une vie libre et directe¬
ment soumise aux influences du milieu extérieur.
La première phase a été étudiée par l’observation directe du devenir des œufs déposés
in vitro. Les deux autres phases, par l’observation et la dissection de 100 hôtes infestés dans la
nature et hébergeant 1 639 parasites et surtout par la dissection, récdisée à des intervalles de
temps réguliers après l’infestation au laboratoire, de 175 hôtes qui avaient reçu 542 parasites.
1. Phase préparasitaire.
Bien que la vie préimaginale débute avec le dévdoppement de l’œuf qui a lieu dans
l’utérus maternel (voir Section II), je ne considérerai ici que les évènements qui se déroulent
à partir du dépôt de l’œuf (c’est la phase paraxénique qui sera définieauC^p. vi), c’est-à-
dire l’édosion et la pénétration — qui constituent la phase préimaginale antérieure à l’établisse¬
ment des rapports parasitaires s. st.
a. Éclosion de l’œuf et pénétration.
L’éclosion et la pénétration s’effectuent chez Ceracia mucronifera en une même opé¬
ration, le tégument de l’hôte étant perforé à la suite du chorion comme il est de règle dans le cas
des œufs indéhiscents collés sur le corps de l’hôte.
Sous ce rapport, C. mucronifera diffère de Thrixion halidayanum qui, selon Pantel
(1910 :44), au lieu de pénétrer sur place, va chercher ailleurs, au moins exceptionnellement, un
point d’entrée à sa convenance.
Je considérerai d’abord l’édosion et la pénétration sous leurs divers aspects : descrip¬
tion, durée, mécanisme, facteurs. J’étudierai ensuite les échecs qui peuvent se produire
avant, comme pendant l’éclosion, par suite de causes diverses (non développement, perte
d’œufs, etc.). Pour des raisons de commodité, j’envisagerai tous les échecs de l’œuf dont quel¬
ques-uns sont directement liés à la vie maternelle mais dont la majorité intéresse les processus
de l’éclosion et de la pénétration.
a. Description.
La pénétration débute par le forage du tégument et s’achève lorsque la larve s’est
introduite dans le corps de l’hôte.
Sitôt que l’œuf adhère au tégument, la larve commence à éroder la partie ventrale
du chorion. Ses pièces buccales, incitées à 45® de la vertic^e, sont animées de mouvements
de « grattage » qui s’effectuent presque sur place par des allées et venues d’avant en arrière. Au
bout d’un temps variable, les pièces bucc^es ne sont plus visibles, plus tard encore c’est la
Source : MUHhi, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
larve elle-même qui ne l’eet plus; puis l’œuf s’emplit d’hémolymphe de l’hôte. Cette montée
de l’hémolymphe dans l’œuf éclos est bien visible chez les larves d'Anacridium aegyptium et
Pezotettix giornai où elle est colorée en vert.
Si à ce stade on décolle l’œuf, on aperçoit presque à l’extrémité de sa face ventrde
un orifice plus ou moins circulaire d’environ 180 p. Sous cet orifice, correspond, au niveau du
tégument, un puits vertical de même diamètre, quelquefois bordé par une zone concentrique
décolorée. L’orifice du puits ne tarde pas à être obturé par un caillot cicatriciel de couleur
marron.
J’ai constaté ta réalité de la pénétration de deux manières. L’une, indirecte, a résidé en
la recherche siur l’exuvie de l’hôte (la grande majorité ayant été infestée à l’état larvaire) des
œufs qui ont éclos, et, en l’observation, sur l’exuvie vue par l’intérieur, du point précis du
tégument qui a été perforé. L’autre, directe, a consisté à suivre de visu sous le stéréomicroscope
la pénétration elle-même.
Les points de pénétration sont les plus divers ; sur la tête : à travers le front, les joues,
le vertex, les yeux composés — où le trou s’étend sur plusieurs ommatidies — le clypéus, les
palpes, les antennes, les paraglosses et même les mandibules ; sur le thorax : à travers le pro-
notum, les pleures; sur les pattes : à travers tous les artides (coxa, fémur, übia et même taise) ;
sur l’abdomen : à travers les tergites, les stemites, le tympan, la plaque sous-génitde. J’ai même
observé l’éclosion d’un œuf déposé sur la carène supérieure, haute et mince, du métafémur,
et n’adhérant que par son tiers antérieur, les deux tiers postérieurs dépassant le rebord étaient
Hans le vide.
p. Durée.
Il est malaisé de déterminer rigoureusement le moment où s’achève la pénétration de
la larve, car ni la disparition de ses pièces buccdes, jusque là visibles à travers le chorion, ni
l’emplissage de l’œuf par l’hémolymphe, ne sont exactement synchrones de l’entrée de la larve
Hana le corps de l’hôte. Je situe ce terme à mi-temps de l’un et l’autre phénomènes. En consé¬
quence, j’indique comme durée de pénétration le temps qui s’écoule entre la ponte et ce terme
ainsi dé^.
La durée de pénétration, comparée à celle des autres Diptères acridiophages (voir
Chap. vi), est assez longue; par rapport à celle des autres Tachinaires (Herreboüt 1966 : 350),
elle est moyenne. Elle est éminemment variable en fonction du lieu de pénétration et de
divers autres facteurs peu ou pas connus.
Voici, à titre d’exemple, quelques durées :
— à travers le VI« tergite abdominal : 5 minutes,
— à travers la carène supérieure du métafémur : 27 minutes,
— à travers la face externe du métafémur : 28 minutes, 1 et 3 heures,
— à travers le métatibia : 1 heure 35 minutes,
— à travers le disque du pronotum : 4 heures.
Malgré cette longueur relative, la pénétration débutant tout de suite après le dépôt de
l’œuf est achevée quelques heures après la ponte. De ce fait, les chances de pénétration de la
larve demeurent importantes, bien que les œufs soient déposés sur des hôtes larvaires qui
peuvent muer d’un instant à l’autre. De même, les réactions de l’hôte, les frottements méca¬
niques susceptibles d’enlever les œufs ne diminuent le degré d'infestation que dans la mesure
où ils se produisent dans les premières heures qui suivent le dépôt.
y. Mécanismes.
Par quels mécanismes les larves néonates parviennent-elles à percer le tégument dur et
épais du pronotum ou de la capsule céphdique par exemple?
Le travail incessant de forage réalisé par les crochets buccaux constitue une action méca¬
nique indéniable. Mais il est peu probable qu’elle soit seule à agir.
L’observation d’une zone concentrique décolorée autour du trou de pénétration de
Ceracia mucroni/era laisse présumer une modification de la structure du tégument. Cette obser¬
vation rejoint celle de Pantel (1910 : 48) chez Thrixion halidayanum. Cet auteur invoque le
ramollissement de la cuticule par action digestive des sucs salivaires qui, agissant simultané¬
ment, facilitent le travail mécanique. Cela reste à démontrer.
La larve néonate de C. mucronifera s’avère capable de perforer n’importe quel point du
tégument de l’hôte larvaire. La pénétration peut également s’effectuer à travers le pronotum
Source : AlfJHW, Paris
90
J.-C. llONlDE
de jeunes adultes; mais les larves néonates, issues d’œufs déposés sur celui plus induré des
adultes de la vieille génération, ont été, pour la plupart, retrouvées mortes au fond d’un puits
peu profond et inachevé, creusé dans le tégument.
8. Facteurs.
Outre la dureté, l’épaisseur et plus généralement les propriétés mécaniques du tégument,
d’autres facteurs interviennent dans la pénétration.
L’observation directe m’a permis de mettre en évidence la nécessité pour la larve
de rencontrer d’emblée l’hémolymphe de l’hôte et de ne pas être mise en contact avec le milieu
extérieur (différence avec Thrixion halidayanum). Ces deux facteurs impliquent que l’œuf ;
1° Soit collé sur une partie du corps à irrigation sous-jacente suffisante. Quand une larve,
en perçant le chorion, se trouve au contact d’une atmosphère sèche, elle périt. Ainsi s’explique
l’étiec à la pénétration des œufs adhérant mal. In vitro même les larves contenues dans des
œufs placés en atmosphère humide sont mortes sans sortir, peu de temps après avoir percé le
chorion.
2“ Soit placé sur une surface suffisamment grande, plane et lisse pour permettre une
adhérence correcte; cette condition avait déjà été remarquée par Dupuis (1963 : 256) chez les
Pkasiinae. En fait, l’exemple, que nous avons indiqué, d’un œuf uniquement collé par son
tiers antérieur à une carène fémorale montre que ce qui importe dans la pénétration est l’adhé¬
rence correcte, non pas de l’œuf entier, mais de la région où la larve sortira.
b. Les échecs de l’œuf.
a. Non développement des œufs.
Je n’ai observé que dans deux circonstances des œufs qui ne se sont pas développés.
Certains œufs non incubés, exceptionnellement déposés par des femelles précocement
sollicitées, ont pu se dessécher sans évoluer.
Un autre cas, non élucidé, est celui d’une femelle de la deuxième génération estivale,
fécondée par un mâle de la première génération (tous deux à l’âge de la maturité sexudle),
qui déposa des œufs dont les uns étaient embryonnés les autres non.
Chez les autres femelles fécondées, je n’ai pas noté l’existence d’un pourcentage même
faible d’œufs stériles.
p. Perte d’œufs.
La quantité d’œufs fertiles perdus avant l’éclosion est, chez Ceracia mucronifera,
notable. Ces pertes, dont les causes sont multiples, peuvent se produire avant, pendant ou après
le dépôt des œufs.
Quelques œufs manquent leur but au moment où la femelle cherche à les placer sur le
corps de l’hôte et tombent sur le sol. Cela explique, à mon avis, le dépôt d’un œuf solitaire
qui peut paraître aberrant au regard des modalités de ponte observées chez ce Diptère.
Un nombre non négligeable d’œufs sont perdus par suite d’une adhérence défectueuse
tenant à deux causes principales. La première résulte du dépôt par la femelle d’œufs parfois
anarchiquement collés entre eux et constituant des amas qui n’adhèrent pas et tombent plus
ou moins rapidement. La deuxième réside dans une mauvaise adhérence ° proprement dite >
des œufs déposés sur le corps de l’hôte : œufs collés par la tranche ou à l’envers. In vitro,
118 sur 1 300 œufs, soit près de 10 %, ont été mal fixés (colonne B du Tableau VIII). Les œufe
mal collés se rencontrent partout. Le pronotum et les métafémurs en ont reçu un nombre
important mais normalement proportioimel au nombre total d’œufs déposés dans ces régions.
Sur le métâtibia, en revanche, plus de 20 % ont été m^ collés.
Les défectuosités de collage se rattachent à deux causes essentielles ; fa première est liée
à l’inaptitude du tégument de certaines régions à assurer une adhérence correcte de l’œuf :
surfaces trop faibles ou insuffisamment planes pour contenir intégralement la face de fixation
de l’œuf (œuf collé en travers des articles de l’antenne, des palpes, des tarses, sur les paraproctes,
les cerques ou sur des carènes diverses), sclérites contigus sur lesquels les œufs sont déposés
en équilibre ou à cheval (deux tergites abdominaux consécutifs par exemple), zones dont Is
rugosité, la pilosité ou tout autre micro- ou macrosculpture s’opposent à une adhérence
normale (épine du tibia, pilosité du pronotum et des pleures de l’adulte, etc.); la deuxième
cause, la plus importante, est à rechercher dans le comportement maternel de ponte : la plupart
des aberrations de collage résultent d’une mauvaise présentation des œufs au moment de leur
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
91
dépôt (œufs collés pai la tranche ou à l’envers) ou de leur agglomération en paquet au sortir
de l’oviscapte.
Aucune larve contenue dans les œufs dont la face plane n’était pas en contact avec le
tégument n’a édos. Celles contenues dans les œufs déposés en paquet n’y sont pas parvenues
davantage. Si, cependant, l’un des œufs du paquet adhère normalement à l’hôte, la larve pourra
pénétrer. J’ai constaté l’éclosion d’un œuf dont la face adhérente était collée sur un autre
œuf; la larve après avoir percé les chorions s’introduisit à l’intérieur de l’œuf sous-jacent dans
lequel deux larves furent trouvées mortes.
Les œufs adhérant correctement peuvent être éliminés par suite d’actions mécaniques
ou physiques accidentelles : frottement contre un support, décollement par l’eau (vérifié
in vitro), etc. Si de telles actions peuvent expliquer la disparition de la plupart des œufs pondus
sur des hôtes adultes en août-septembre et récoltés au printemps suivant, elles ne sauraient
être invoquées comme un facteur responsable de la perte des œufs avant l’éclosion.
Il n’en est pas de même des actions mécaniques ou physiques résultant des réactions de
l’hôte dont j’ai étudié l’influence dans l’éli mina tion des œufs, par l’observation directe.
La régurgitation n’a de conséquence que si le liquide vient au contact d’un œuf. Dans
ce cas, il peut soit le décoller, soit l’engluer, ce qui s’oppose à l’éclosion. Les œufs exposés à
cette réaction sont évidemment ceux placés à proximité de la bouche : sur le labre, le clypéus,
les palpes, etc. et quelquefois aussi les pattes antérieures qui au cours de leurs mouvements
peuvent venir au contact du liquide régurgité.
Les frottements exercés sur les diverses régions du corps par les pattes sont plus effi¬
caces. Ces frottements peuvent être accidentels et résulter de contacts entre difiérentes parties
du corps. Mais ce sont souvent des actions réflexes qui apparaissent quelques secondes après
l’infestation : l’animal > frotte » avec ses pattes la zone du dépôt des œufs. Les régions vulné¬
rables aux frottements sont représentées par presque toutes les parties de la tête, les parties
latérdes du pronotum, les parties distales des pattes et de l’abdomen. Les régions difficiles à
atteindre correspondent au ptérothorax, aux parties proximales des pattes en particulier des
métafémurs, aux régions antéro-latérales de l’abdomen.
Les résultats des réactions de l’hôte sont divers. L’œuf peut être éliminé et comme les
réactions se produisent tout de suite après la ponte, il l’est avant que la larve ait pu pénétrer.
Mais il est des cas où la réaction de l’hôte ne provoque pas l’élimination des œufs.
Ainsi lorsque le cément de collage est encore frais, l’œuf peut n’être que déplacé : simple
pissement d’un sciérite à un autre, ou transport d’une partie du corps à une autre. Dans certains
cas même, les réactions de l’hôte aboutissent à la récupération d’œufs md collés, les mouve¬
ments de frottement pouvant provoquer leur adhérence correcte.
En pratique, les réactions de l’hôte se traduisent surtout par l’élimination des œufs
mais les observations directes ne m’ont pas permis de chiffrer le pourcentage de ces pertes.
Pour les évaluer, j’ai comparé la position et le nombre des œufs pondus sur l’hôte larvaire
avec ceux des œufs retrouvés sur l'exuvie après la première mue *. La colonne D du Tableau
VIII recense 376 œufs éliminés. La comparaison des chiffres qui y sont indiqués avec ceux rela¬
tifs aux œufs déposés sur les diverses régions du corps permet d’estimer le pourcentage d’œufs
décollés et par suite la vulnérabilité des diverses régions du corps de l’hôte. En moyenne
25 % des œufs pondus n’ont pas été retrouvés. La région la plus vulnérable semble être la
tête où 36 % des œufs ont disparu puis l’abdomen (29 %) *, le thorax (20 %) et les pattes
(18%).
Y- Échecs à la pénétration.
Étant donné le mode de ponte qui aboutit à une distribution des œufs sur toutes les
parties du corps de l’hôte, il était intéressant de savoir, pour les œufs correctement collés,
s’ü pouvait exister une relation entre le lieu de ponte et les chances du succès de pénétration
de la larve.
L’observation directe, forcément limitée, nous a montré qu’en dehors de certains tégu¬
ments trop durs (pronotum, pleurites indurés des vieux adultes) ou à irrigation sous-jacente
insuffisante (élytres) il n’existait pas d’impossibilité à l’éclosion et à la pénétration des larves
quel que soit le lieu de dépôt des œufs.
1. Un tel procédé ne peut évidemment pas nous renseigner sur ie moment de l’élimination et, par
note, sur l’efficacité réelle de la réaction; de plus, un certain nombre d'œufs ont pu être arrachés par des
frottements autres que ceux provoqués par l'hôte.
2. Voir la note p. 92.
Source ; ftins
92
J.-C. LÉONIDE
Le rccensemeat de 367 œufs retrouvés éclos sur les exuvies des hôtes \ confirmant
l’observation directe, montre que l’éclosion de l’œuf et la pénétration larvaire peuvent s’effec¬
tuer partout (le Tableau VIII, colonne E, donne une idée de la diversité de ces lieux) et qu’il
n’existe pas, chez l’hôte larvaire, de zone privilégiée à travers laquelle les chances de succès
de la pénétration sont plus grandes.
2. Phase endoparasitaire.
La phase endoparasitaire, qui se déroule dans le milieu intérieur de Thôte, débute dès
U pénétration de la larve et s’achève avec sa sortie.
a. Biologie des larves à leur différents stades.
a. La larve au stade I.
Déplacements et localisation. — Les dissections des hôtes infestés montrent que les
larves I, une fois pénétrées, vivent librement et se rencontrent un peu partout dans le corps
de l’hôte, notamment dans la cavité thoraco-abdominale (218 sur 281 larves I vivantes réper-
toriées).
Si l’on considère que plus du tiers des œufs ont été déposés sur les pattes, on est obli-
gatoirement conduit à admettre l’existence d’un déplacement des larves I des appendices
vers la cavité thoraco-abdominale. Je n’ai d’ailleurs jamais rencontré à l’intérieur des pattes
ni larves âgées ni exuvies I (à l’exception d’une seule).
Ceracia mucroni/era est, à ce point de vue, intéressant, les Tachinidés déposant les
œufs sur les pattes de l’hôte étant assez rares. Ce sont, par exemple, Trieholyga major B.B.
(cf. Pantel, 1910 : 43) et l’acridiophage Phorocerosoma forte (cf. Iwata & Na&atomi 1954 :
26).
L’observation directe de ces déplacements a été d’autant plus instructive que le lieu
de dépôt de l’œuf était éloigné du thorax et de l’abdomen de l’hôte. J’ai disséqué à des intervdles
de temps réguliers après l’infestation des hôtes sur lesquels avait été déposé un œuf, ou un
petit nombre d’œufs, et dont un au moins l’avait été sur les appendices. La migration vers le
thorax est constatée lorsque l’on ne retrouve plus la larve dans la patte ou que l’on en découvre
im nombre inférieur à celui des œufs éclos déposés sur die. La migration des larves vers le
thorax a, en outre, été suivie de visu, par transparence, pour celles nombreuses qui ont pénétré
à travers des métafémurs que j’avais isolés en provoquant l’autotomie de la patte.
Par ces deux méthodes, j’ai estimé la durée du déplacement qui s’effectue avec des
vitesses extrêmement variables. Parfois la migration est achevée en quelques heures (le mini¬
mum observé fut de 3 h. 30 mn). Une heure après la ponte, j’ai rencontré des larves dans la
métacoxa, ce qui montre que le franchissement de l’articulation coxo-pleurale nécessite un
temps assez long. Parfois, la migration n’est pas terminée au bout de plusieurs jouis (8,10
et même 12 jours après la ponte) ; exceptionnellement, elle n’a pas lieu et les larves I demeurent
dans le fémur jusqu’à leur mort comme en témoigne la présence de leur cadavre.
J’ai également constaté la réalité de la migration à partir des métatarses, des tibias
(pro-, méso- et métathoraciques) et des fémurs (pro- et mésothoraciques) vers le thorax. Le
passage de la larve d’un artide à l’autre ne s’effectue pas toujours avec le même succès. Si le
passage des fémurs vers la cavité thoraco-abdominale ne semble pas se heurter à de grandes
difficultés, on ne saurait en dire autant de celui des tarses vers les tibias et des tibias vers les
fémurs. Quelques cas de réussite ont été notés, mais les échecs ne sont pas rares. Sur le tibia,
en particulier, l’éclosion et la pénétration s’effectuent correctement mais la larve parvenue à
l’intérieur semble éprouver qudques difficultés à avancer comme l’indique la lenteur avec
iaqudle elle le fait. Dans un cas, il n’a pas fdlu moins de 20 heures à la larve pour parcourir
5 mm. Mais l’obstacle le plus grand réside dans le fmnchissement de l’articulation tibio-
fémorale. C’est, en effet, à ce niveau que l’on retrouve beaucoup de larves vivantes plusieuis
jours après le dépôt des œufs sur le tibia et également des larves mortes.
Il m’a également été donné d’observer indirectement, à plusieurs reprises, des déplace¬
ments de la cavité thoraco-abdominale vers les appendices. Des pattes, sur lesquelles aucun œuf
n’avait été déposé, contenaient une ou plusieurs larves I, ou bien le nombre de larves contenue»
1. Ce procédé qui ne considère que la pénétration en elle-mêrae, sans tenir compte du devenir de»
arves, donne des résultats partiellement faussés par la disparition d'œufs ayant pn survenir avant oa
après l'éclosion sous l'influence d’actions diverses. Par exemple, le» œufs déposé» sur la partie dorsale de
1 abdomen éclosent très bien, mais tombent souvent à la mue par suite du plissage du tégument è ce niveaa.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
93
dans l’appendice était supérieur à celui des œufs pondus dessus. J’ai ainsi noté des migrations
des larves I de la cavité thoiaco-abdominale vers les pro-, les méso- et les métafémurs (plus de
10 cas), et jusque dans les protibias (3 cas).
Ces déplacements dans le sens cavité tboraco-abdominale/pattes laissent supposer
que les larves I effectueraient des déplacements en tout sens et si la migration des appendices
vers la cavité générale est considérablement plus fréquente que celle en sens inverse, c’est peut-
être parce qu’il est — dans le cas de déplacements non orientés — plus facile de sortir d’un
appendice que d’y entrer. L’absence de sens privilégié dans les déplacements apparaît égale¬
ment dans le fait que l’on peut rencontrer des larves, à l’intérieur des appendices, orientées à
l’opposé du thorax.
Il serait cependant excessif de penser que les déplacements sont totdement voués au
hasard. Les migrations en tout sens, limitées en nombre, le sont également dans te temps.
Toutes les larves I finissent pas se rassembler dans la cavité générale du thorax, de l’abdomen
et de la tête. Celles demeurées dans les appendices périssent sans se développer. Il est possible
qu'elles soient guidées dans leurs déplacements par des gradients chimiques. On peut égale¬
ment supposer que lorsqu’une larve atteint une certaine taille, elle doit sortir de l’appendice,
faute de quoi elle meurt; elle ne peut plus y retourner ensuite; sa taille ayant, entre temps,
augmenté s’oppose au franclùssement de l’articulation coxale.
Une fois parvenues dans la cavité thoraco-abdominale, les larves reposent sur le tissu
conjonctivo-adipeux ventral, elles se fissent parfois sous ce feuillet ou entre les ovarioles, les
tubes de Malpighi, les muscles thoraciques, contre le tube digestif, autour de l’cesophage,
au fond de l’abdomen comme dans la capsule céphalique. Il est rare de les observer à l’intérieur
d’un organe; les seules larves apparues dans une telle situation furent celles qui, après avoir
perforé la membrane péritonéale, s’insinuèrent entre les tubes séminifères du testicule. Je ne
les ai presque jamais rencontrées dans le sinus péricardique. Cependant, lorsque les hôtes
hébergent un nombre élevé de parasites, ces derniers envahissent tous les espaces libres, y
compris le sinus dorsal, ce fut le cas d’un hôte ayant hébergé 82 larves.
2° Durée de vie. — Elle a été établie par dissection des hôtes effectuée journellement
après l’infestation (voir Tableau IX).
Pour les générations estivales, la durée de vie de la larve I la plus brève — temps écoulé
depuis l’infestation à l’apparition des larves I présentant les pièces buccales des stades I et
n ou des larves II — a été de 6 jours. La longévité maximale fut de 18 jours, mais dans ces cas
extrêmes il est difficile de savoir s’il s’agit de larves saines ou débiles et en état de survie. Des
larves 1 furent, en effet, observées vivantes 20 jours et même 25 jours après la pénétration mais
elles présentaient des cicatrices accusant les traumatismes reçus.
La durée moyenne de la vie de la larve I se déduit du Tableau IX. Jusqu’au 5* jour
inclus, les dissections révèlent uniquement des larves I. Du 6® au 9®jour inclus, 80 % des larves
recueillies sont au stade I. Du 9® au 12® jour, 50 % des larves ont subi leur première mue.
Au-ddUi du 12® jour, 75 % des larves sont au stade II. On peut donc recoimaitre comme
vrieur moyenne de la durée de vie des larves I le chiffre de 9 à 12 jours, ce qui représente,
comme nous le verrons, plus de la moitié de la durée tot^e de la vie endoparasitaire.
La longévité de la larve I hivernante est considérablement plus longue; du début
septembre jusqu’au mois de mai, la vie de cette larve s’étend sur 8 à 9 mois.
3° Nutrition et croùsarKe. — Le tube digestif, d’abord transparent, devient jaune dès
l'âge de 2 jours; aucune lésion macroscopique n’est visible chez l’hôte quel que soit le nombre
de parasites hébergés; le régime est essenti^ement hématophage.
Les larves I n’ont pas toutes la même vitesse de croissance. Les différentes larves issues
d’une même infestation, même si elles sont peu nombreuses, n’ont pas toutes une longueur
identique. Eu portant sur im graphique les coordonnées longueur-temps mesurées lors des
dissections, j’ai pu voir que tous les points se groupent autour d’une ligne droite qui représente
l’accroissement linéaire moyen. Ce dernier est de l’ordre du demi-millimètre par jour. La larve
multiplie plus de dix fois sa taille initiale qui passe de 0,4-0,5 mm à 5-6 mm. L’accroissement
relatif* de l’ordre de 10 à 12 est important.
4® Besoins et exigences particuliers. — Les larves I de Ceracia mucronifera ne peuvent
êtte considérées comme un stade transitoire assurant simplement la pénétration. Leur longé¬
vité, leur croissance importante témoignent d’une vie endoparasitaire active.
1. Difini au Chapitre II. Section VI.
8 SM018 6 T
Source : MNHN, Paris
;g
Tableau IXi — Établieeement de la durée du cycle larvaire par diseectione des hôtes réalisées de 24 eu 24 heures après l’infestation
(sur 174 hôtes, soit 540 parasites)
Délai d'infestation au moment de la dissection (en jours)
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
5
6
5
8
5
5
11
10
9
7
11
11
13
12
11
8
9
12
5
5
1
-
-
2
1
2
24
27
18
26
18
12
24
22
22
8
16
15
9
8
6
9
3
13
8
3
-
-
-
-
1
-
Nombre de larves I-II.
-
-
-
-
-
1
1
Nombre de larves 11 libres ....
-
-
-
-
-
3
1
2
1
2
2
1
2
3
2
5
7
5
-
3
-
-
-
1
-
-
Nombre de larves II fixées ....
-
-
-
-
-
-
8
1
-
4
2
3
4
3
1
1
2
-
-
1
-
-
-
-
4
-
Nombre de larves III.
-
-
-
-
-
-
-
-
-
1
-
4
2
12
3
-
8
9
1
10
-
-
-
11
6
-
Nombre de pupes.
-
-
-
-
-
-
-
-
3
8
3
22
10
14
10
7
22
7
4
-
-
-
2
2
Apparition des imagos.
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
*
Source : MNHN, Paris
Z. LÉONIDE
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
95
En dépit de l’absence de locdisation nette et de fixation, les larves I montrent des exi*
gences précises qui doivent traduire des besoins déterminés, encore inconnus.
Deux observations étayent cette opinion. La première repose sur la constatation, faite
à maintes reprises, d’une vitesse de croissance plus faible cbez les larves I demeurées dans les
pattes par rapport à celle des larves I de même âge, localisées dans la cavité thoraco-abdominale.
L’absence ou la déficience de certains éléments nutritifs dans les pattes (corps gras, hémo-
lymphe, oxygène ?) pourraient expliquer bien des aspects de la vie larvaire de ce parasite tels
le ralentissement de la croissance des larves localisées en ce lieu, la mort de celles qui y de¬
meurent, la migration des larves des appendices vers la cavité thoraco-abdominale. Cette obser¬
vation représente en tout cas un des motifs (autre que le surparasitisme) qui explique le retard
de croissance de certaines larves provenant de l’unique infestation d’un hôte.
Les exigences larvaires apparaissent en second dans les échecs de la grande majorité
des expériences de transplantation des larves I quel que soit l’hôte utiiisé(voir Section V, §25).
5° Mue. — L’examen des larves I en train de muer — c’est-à-dire des larves présen¬
tant la superposition des structures des crochets buccaux propres aux deux stades — a
montré que la formation des stigmates précède l’apparition des fauches des pièces buccales
du stade II.
Au moment de la mue, le tégument exuvial, auquel restent attachées les pièces bue-
edes, et les stigmates postérieurs sont rejetés séparément.
L’étude de la répartition de 300 exuvies dont 200 provenant d’hôtes larvaires et 100
d’hôtes adultes permet de se faire une idée de la localisation de la larve au moment de la mue
(voir Tableau X).
Tableau X. — Localisation des exuvies I
Emplacement des exuvies
Tête
Cou
Pattes
Thorax
Abdomen
Antérieur
Moyen
Postérieur
1
/ En v^eui
15
1
1
48
9
27
99
■c
Ch« l'hste )
X
J
1
( Eii%
7,5
0,5
0.5
24
67,5
1
/ Envdeur
0
0
20
15
36
27
1
m 1.1 .. \ absolue
Cbez 1 hôte j
larvaire j
{ En %
20
78
Plus de 90 % des exuvies reposent dans la cavité thoraco-abdominale. Nous retrouvons
ici la preuve de la migration des larves vers cette région où elles sont presque toutes parve¬
nues au moment de la mue. La présence d’exuvies dans la tête n’est pas rare, tandis que dans
les pattes, die est exceptionnelle.
Dana la cavité thoraco-abdominde les exuvies se trouvent dans les diverses parties de
l’hémoccele, adhérant parfois au corps gras, au tube digestif, aux tubes de Malpighi. Dans la
plupart des cas elles sont éloignées du siphon respiratoire et, si quelquefois elles se trouvent à
proximité, elles n’y sont jamais incorporées.
Ces indications sur la locdisation des exuvies sont cependant rdatives. Il n’est pas cer¬
tain que les exuvies ne subissent pas, à l’intérieur du corps de l’hôte, des déplacements dus aux
courants hémolymphatiques, aux mouvements des viscères et des larves elles-mêmes. Cette
hypothèse semble corroborée par la concentration des larves mortes et des exuvies à l’extré¬
mité postérieure de l’abdomen. Cela paraît nettement chez les individus à petit abdomen,
tels les hôtes larvaires (stades I à III) où le nombre d’exuvies accumulées au fond de l’abdomen
Source : MNHN, Paris
96
J.-C. LiONIDE
atteint 50 % du nombre total contre 27 % seulement chez l’hôte adulte dont l’abdomen est
vaste.
p. La larve au stade II.
1° Mode de vie et localisation. — Après la mue, la larve du deuxième fige demeure
libre pendant un certain temps, comme j’ai pu le constater de visu (les larves I en train de
muer sont toujours libres, les larves II quelquefois, les larves I ne sont jamais attachées aux
trachées de l’hôte).
La larve II, au cours de sa période de vie libre, n’a pas de localisation précise. Toutefois
je n’en ai jamais observé dans les pattes de l’hôte. On peut en rencontrer dans la capsule cépha¬
lique c’est généralement dans le thorax et l’abdomen qu’on les trouve, sur ou sous les
feuillets du corps gras. Exceptionnellement, on peut voir une larve II insinuée entre les mus¬
cles, les tubes séminifères ou les ovarioles.
Au bout d’un temps assez bref, la larve II se trouve fixée par ses stigmates postérieurs
sur une trachée de Thôte, par l’intermédiaire d’un siphon respiratoire (c entonnoir secondaire «
de Pantel). Les larves sont alors localisées au voisinage des lieux de fixation du siphon que
nous étudierons plus loin (voir p. 97).
2° Durée de vie. — La dissection quotidienne d’hôtes infestés à date connue ne permet
plus de définir la durée de vie de la larve II avec autant de précision que pour le stade précédent
Les rares larves I-II (avec superposition des pièces buccales I et II) et les premières larves II
libres apparaissent le 6^ jour après la ponte, les premières larves II fixées le 7° jour et dès le
10« jour des larves III et même des pupes peuvent être aperçues. Comme la larve ï vit 9 à
12 jours et davantage, il n’y a rien de surprenant à rencontrer des larves II jusque vers le 18'
jour et au-delà. Il faut reconnaître une plus grande brièveté à la vie decestade, 2-3 jours tout
au plus. Cette faible longévité est confirmée par la rareté des larves IL
3° Nutrition et croissance. — En utilisant les mêmes critères que précédemment (cou¬
leur du tube digestif de la larve parasite et lésions visibles sur les organes de l’hôte), on peut
penser que le régime est plasmo-stéatophage.
En dépit de la fixation de la larve qui limite, dans une certaine mesure, les tissus sus¬
ceptibles d’être atteints, aucune lésion macroscopique n’est visible. Mais le tube digestif de la
larve est déjà empli d’une substance assez épaisse et dont la couleur jaune rappelle celle du
corps gras de l’hôte. Cette substance commence à être rejetée et à s’accumider sur le pour¬
tour du siphon, notamment à proximité de l’anus.
La larve s’allonge mais s’épaissit surtout et accumule des réserves qui constituent les
lobules blanchâtres et vacuolaires du corps gras péri-intestinal.
4® La mue. ~ La mue n’a été observée qu’assea rarement.BUe se produit sans rupture
de la connexion avec le siphon respiratoire. On assiste à la différenciation progressive, chez la
larve II âgée, des ébauches des stigmates puis des pièces buccales.
L’exuvie est rejetée ultérieurement en deux morceaux, l’antérieur qui comprend le tégu¬
ment exuvid et les pièces bucctdes se retrouve adhérant à la face externe du siphon, le pos¬
térieur, réduit aux stigmates, tombe dans la lumière du siphon et est visible contre sa &ce in¬
terne (fig. 29).
y. La larve au stade III.
Le stade III succède au stade II sans qu’il y ait déplacement.
La durée de ce stade est aussi difficile à déterminer avec précision que celle du précédent.
Je l’estime (voir Tableau IX} à 2 à 5 jours en moyenne, ce qui est bref.
La larve III parachève la croissance. Elle s’allonge et s’dargit, atteignant 10 mm de
long et 3,5 mm de diamètre.
Les tubercules stigmatiques terminaux constitués dès la mue se sdérifient progressi¬
vement, comme on peut le constater en sortant de leur siphon des larves III de divers âges.
La nutrition larvaire s’intensifie. Le régime devient nettement stéatophage puis sarco¬
phage. Le prélèvement nutridonnd est limité aux organes environnant la tête de la larve et
s’effectue aux dépens du corps gras, de l’hypoderme et de la musculature. La sarcophagie se
traduit par une intensification du dépôt des déjections de couleur jaune orangé tout autour
du siphon respiratoire. Cette localisation originale mérite d’être soulignée. Il n’y a pas, ici et
au moment de la sortie de la larve, dispersion des cordons de déjection à travers tout le corps de
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
97
i’kôte, comme cela est chez d’auties Tachinidés (voir Chap. vi). L’élimiaatioii de ces déjections
par l’anus, qui s’ouvre en lisière du siphon, débute durant la vie de la larve II et se poursuit
durant celle de la larve III. C’est là un phénomène commun aux Acemyiina et que j’ai étudié
en détail chez Acemyia acutkornis (voir p. 117).
A la fin du stade III, la larve abandonne le siphon respiratoire et demeure libre à l’in¬
térieur de l’hôte pour quelques heures, avant de s’échapper à l’extérieur. Pendant cette période
elle se voit indifféremment dans l’abdomen, le thorax ou la cavité céphalique.
b. Aspects globaux et particularités de la vie endoparasitaire.
a. Durée totale et étalement du dévdoppement larvaire.
Pour les générations estivales, au laboratoire, la durée totale du dévdoppement lar¬
vaire, qui va de la date d’infestation à celle de la sortie des larves mûres, apparaît éminemment
variable, même dans des conditions d’élevage similaires, chez des individus de même âge et
appartenant à l’espèce hôte habituelle. Ainsi , certaines larves ont pu accomplir leur dévelop¬
pement complet en 10 jours, d’autres en 25 jours. En moyenne, la durée de la vie endoparasi¬
taire a été de 12 à 16 jours.
Par ailleurs, l’existence d’un décalage dans le développement des diverses larves issues
d’œufs pondus sur un hôte, au même moment par la femelle, est fréquemment apparue à la
dissection. Dans les cas extrêmes, une larve peut atteindre la maturité et quitter l’^te, alors
que d’autres sont encore au stade I. Les raisons de cette absence de synchronisme dans le
développement larvaire sont mal connues. La pénétration ayant lieu à peu près en même temps
pour toutes les larves néonates, les décalages dans le développement ne peuvent résulter que
d’une différence de vitesse de croissance. Le surparasitisme, qui, dans certains cas, peut être
invoqué avec certitude (voir p. 100-03), ne parait pouvoir être mis en cause pour expliquer les
disparités d’âge observées quand il y a 2 ou 3 larves dans un hôte qui peut en héberger bien
davantage. Les différences de croissance constatées chez des larves diversement situées (dans
les pattes et la cavité thoraco-abdominale) laissent supposer une influence de la localisation,
c’est-à-dire des caractéristiqueB physiologiques propres à chaque région du corps de l’hôte.
En dehors de ces cas particuliers, j’ignore les raisons de la croissance rapide d’une partie des
larves hébergées par le même hôte.
p. Fixation et siphonogenèse.
La formation d’un siphon est un des aspects obligatoires de la vie endoparasitaire de
ce Diptère, comme chez la plupart des autres Tachinidés.
Chez Cerocia mucronifera, c’est la larve II qui assure la fixation sur les trachées de
l'hôte. La siphonogenèse débute durant la vie de cette larve et se poursuit durant celle de la
larve III. Mais ici, à l’inverse de ce que l’on observe chez les hôtes de Pkasiinae par exemple
(Dofuis, 1%3 :332-333), l’édification du siphon se produit indépendamment du stade de l’hôte :
elle a lieu aussi bien chez l’hôte larvaire que chez l’hôte adulte.
L’acte de fixation a été rarement observé. J’ai vu quelques jeunes larves II, la partie
postérieure du corps enchâssée dans une dépression creusée au sein des tissus — plus ou moins
tassés — de l’hôte, au fond desquelles passait une trachée non encore perforée. En revan¬
che, je n’ai jamais rencontré de larve I ou II séjournant dana les lumières trachéennes ou s’at¬
taquant aux trachées à l’aide de leurs crochets buccaux. Ces observations laissent supposer que
la larve ouvre son pore respiratoire par un mouvement de recul et à l’aide de la partie post^
lieure de son corps, selon un mode assez général chez les Tachinidés (voir Chap. vi).
Le siphon sensiblement identique à c^ui A’Acemyia acuticomis forme un cône relati¬
vement court (le rapport diamètre moyen/longueur est à peine supérieur à 2) et évasé (fig. 29).
A la base, un orifice très petit (environ 60 p), dont le bord est « mélanisé >, représente le point
d’abouchement avec la trachée. L’ouverture distale légèrement hétérostome est bordée d’abon¬
dants éléments excrémentiels jaune-orai^é. La paroi, épaisse, cohérente, striée concentrique¬
ment est homogène de la base au sommet; le proximum est, tout au plus, rembruni et le distum
dair et dilacérable.
1® Lieu de fixation chez l’hôte larvaire. — Chez les hôtes larvaires, l’insertion du siphon
respiratoire se fait sur les trachées mais il m’a été donné d’observer quelques cas d’adhésion
tégumentaire.
Une étude portant sur 262 cas a montré que, chez l’hôte larvaire, les siphons peuvent se
former sur toutes les trachées, grandes ou petites, situées dans les régions du cou, du thorax
Source : MNHN, Paris
J.'C. LÉONIDE
et de l’abdomen. Cependant la fixation se produit générdement sur les gros troncs trachéens,
au voisinage des stigmates dont ils sont issus. Les troncs les plus firéquentés sont ceux débou-
chant aux stigmates pio-mésothoraciques (127 cas, soit plus de 50 % des observations), aux
stigmates tympaniques (premiers abdominaux) [11 %] et aux deuxièmes stigmates abdominaux
(8 %). Des siphons, en nombre moindre, s’attachent sur à peu près toutes les trachées abdo¬
minales. L’abouchement a lieu sur les deux troncs longitudinaux ou sur les courts troncs trans¬
versaux qui les réunissent aux stigmates. Les trachées du cou, du tube digestif comme c^es
issues du stigmate raétathoracique peuvent être exceptionnellement utilisées.
n semble que l’on puisse reconnaître l’existence de rapports entre le lieu d’ouverture
d’un siphon d’une part, le nombre des parasites et la taille de l’hôte d’autre part.
Fie. 29. — Siphon tespiratoire trachéen de Ceraeia mueroni/era ; noter l’ouverture sur la trachée, les pièces
buccale! (sur le bord) et les atigmates (à l'intérieur) de l'ezuvie de la larve II, les veatigea des éléineota
excrémentiels.
Quelle que soit la taille de l’hôte, lorsqu’il n’héberge qu’un seul parasite, ce dernier
s’établit généralement sur la trachée issue d’un des deux stigmates pro-mésothoraciques. Lors¬
qu’il 7 a deux parasites. Os sont rattachés aux deux trachées issues des stigmates pro-mésotho¬
raciques droit et gauche. Au fur et à mesure que le nombre de parasites augmente, les autres
trachées sont alors employées les unes après les autres : d’abord celles issues des stigmates
tympaniques, puis celles des autres stigmates abdominaux antérieurs. Un exemple démons*
tratif est celui des hôtes hébergeant six parasites où l’on voit les larves attachées sur les trachées
issues des deux stigmates pro-mésothoraciques, des deux stigmates tympaniques et de deux
autres stigmates abdominaux antérieurs (les seconds ou les troisièmes). Lorsque les larves
cohabitent en nombre, certaines trachées, qui ne sont pas utilisées habituellement, reçoi¬
vent à leur tour leur siphon. C’est le cas des trachéoles de la musculature thoracique, du
tube digestif, des organes génitaux, etc. Il n’est pas rare dans une telle situation de voir deux ou
trois siphons adhérer côte à côte, parfois au même point, sur la même trachée. Les trachées
issues des stigmates pro-mésothoraciques et tympaniques reçoivent la plus grande partie de ces
siphons juxtaposés.
Un gradient préférentiel se manifeste dans le choix des trachées. Cela montre que, chez
l’hôte larvaire, la fixation modale est celle qui a lieu sur les troncs trachéens pro-mésothoraciques
et que le surparatisme est responsable des dérogations.
Ce mode de répartition n’est évidemment pas absolu; en particulier, on a parfois
l’impression, lorsque l’espace vital est limité (petite taille de l’hôte), que tout se passe comme si
les larves tendaient à s’éloigner les unes des autres. Ainsi chez les petits hôtes, au premier ou
au deuxième stade larvaire hébergeant quatre parasites, deux sont souvent attachés sur les
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
99
trachées issues des stomates pro>mésothoraciques et ies deux autres localisés à l’extrémité
postérieure de l’abdomen.
Sur les 262 siphons répertoriés chez les hôtes larvaires, 11 s’ouvraient à l’extérieur,
directement à travers le tégument. Malgré leur rareté, ces cas méritent attention. Il y a là,
à première vue, une exception à la règle, jusqu’ici toujours confirmée, selon laquelle les larves
d’Acemyiina se fixent uniquement sur des trachées, ou plus généralement encore, à la règle
qui veut qu’une espèce ait toujours des siphons de même type.
L’ouverture tégumentaire du siphon respiratoire a été notée trois fois dans les parties
dorsales ou latérales de la membrane collaire et trois fois dans la membrane mésothoracique.
Dans les autres cas (pores ouverts à travers la membrane articulaire mésocoxale, les membranes
pleurales abdomindes au niveau des segmenta IV, V-VI, VII-VIII et la membrane unissant
les paraproctes à la plaque sous-génitde) les observations ont été isolées.
L’étude détaillée de ces cas, seidement rencontrés en laboratoire, conduit aux remarques
suivantes :
— la fixation tégumentaire s’est produite exceptionnellement et uniquement chez des
hôtes de petite taille (larve I ou II d'Anacridium aegyptium)',
— dans les cas des pores ouverts dans les membranes pro-mésothoraciques et pleurales,
respectivement situées au voisinage des stigmates mésothoraciques et abdominaux, une véri¬
fication précise a permis de constater que le siphon, avant de s'ouvrir à travers le tégument,
avait traversé de part en part un tronc trachéen. La larve, dont le diamètre des stigmates est
supérieur à celui de la lumière trachéenne, a cherché à s’attacher normalement mais a passé à
travers et perforé le tégument sous-jacent jusqu’au contact avec l'extérieur. Il n’y a pas là une
exception à la règle mais une conséquence nouvdle due à la petite taille de l’hôte et de ses tra¬
chées et à la minceur de son tégument.
Ce point de vue est corroboré par l’examen des cas d’abouchement trachéen chez ces
hôtes de petite taille. Lorsque l’on détaille les cas d’insertion sur le tronc trachéen issu du stig¬
mate pro-mésothoradque, on s’aperçoit que le pore est visible de l’extérieur, par transparence, à
travers la mince membrane pro-mésothoradque à laquelle il est souvent accolé. On imagine
que, dfltia pareil cas, il aurait suffi que la larve approfondisse tant soit peu son forage pour que
la connexion réalisée selon les modalités de la fixation trachéenne soit devenue tégumentaire.
Cette explication ne paraît pas vrdable pour les autres cas, pourtant constatés chez
l’hôte naturel. Les ouvertures à travers la membrane collaire ou la membrane articulaire de la
plaque sous-génitde, la membrane mésocoxale ne correspondent pas à l’emplacement d’un tronc
trachéen habituellement perforé. Ici le lieu est nouveau et les modalités de fixation doivent
différer quelque peu.
2'’ Lieu de fixation chez l’kôte adulte. — L’étude de la répartition des siphons respi¬
ratoires chez l’hôte adulte a porté sur 440 cas. Les résultats ne diffèrent pas sensiblement de
ceux mentionnés chez l’hôte larvaire. Il faut cependant insister sur le fait que la fixation tégu¬
mentaire n’a jamais été trouvée id.
L’ouverture sur les trachées thoraciques atteint 36 % seulement des cas observés et le
tronc trachéen issu du stigmate pro-mésothoracique perd de son importance au profit des nom¬
breuses trachées de la musculature ptérothoracique (45 cas contre 57). Au niveau abdominaL
les trachées issues des stigmates tympaniques et des deuxièmes stigmates abdominaux sont
encore deux fois plus utilisées que celles des stigmates plus postérieurs. Mais la connexion au
niveau des troncs trachéens issus des divers stigmates abdominaux apparaît nettement plus
fréquente que chez l’hôte larvaire et devient prépondérante (65 %) par rapport à la fixation
thoradque.
3® Déterminisme de la localisation des siphons. — Le point d’insertion n’est pas tou¬
jours déterminé d’emblée. La localisation définitive de la larve s’effectue souvent après plusieurs
essais comme en témoignent les traces de perforations trachéennes abandonnées.
La comparaison des observations effectuées respectivement chez les hôtes adultes et
larvaires conduit à penser que la taille du tronc trachéen détermine l’emplacement de la fixa¬
tion. Chez le jeune hôte larvaire, les troncs trachéens issus des stigmates pro-mésothoraciques et
des premiers stigmates abdominaux sont ceux qui, par leur taille rdativement grande, facilitent
l’abouchement, encore que leur taille insuffisante entrée parfois l’ouverture tégumentaire.
Au fur et à mesure que la taille de l’hôte et des troncs trachéens croit, la larve trouve de nou-
Source : MUHtJ, Paris
100
J.-C. LÉONIDE
velles trachées dont le diamètre est devenu suffisant pour permettre une adhésion convenable.
Ainsi chez l’adulte, la localisation des siphons devient moins exdusive, car presque toutes les
régions du corps présentent des trachées d’un diamètre suffisant; les trachées issues des
stigmates pro-mésothoraciques, tyrapaniques et des deuxièmes abdominaux perdent leur pré¬
pondérance aux dépens des trachéoles de la musculature ptérothoracique et abdominale.
La difiérence de taille des trachées peut être une explication satisfaisante de l’évolution
des localisations des points de fixation chez l’hôte larvaire et adulte mais elle ne permet pas de
comprendre pourquoi le gros tronc trachéen issu du stigmate métathoracique est peu utilisé.
Je pense que la mise à l’écart de ce tronc est purement mécanique. La base de ce large tronc
enfoncée entre les faisceaux de la musculature ptérothoracique n’est pas accessible aux larves.
Seules les ramifications éloignées qui courent en surface de la musculature du côté de la cavité
générde peuvent être utilisées lorsque leur taille le permet — ce qui se passe chez l’hôte adulte.
La localisation élective des siphons dépend donc du diamètre et de l’accessibilité des
troncs trachéens. Comme ces deux facteurs varient avec la taille, c’est4-dire le stade de l’hôte,
les points de fixation changent au fur et à mesure de la croissance de celui-ci.
Y. Grégarisme larvaire.
Ceracia mucwnifera est VAcemyiina dont les larves présentent le plus haut degré de
grégarisme.
1® Origine et importance. — Le grégarisme larvaire tient en majeure partie aux moda¬
lités de la ponte, chaque femelle déposant plusieurs œufs en une attaque, mais peut également
résulter d’infestations multiples.
Pour se faire une idée de ce multiparasitisme on peut se rapporter au Tableau VI qui
donne une indication du nombre d’œufs déposés sur les hôtes. Il est plus précis de déterminer
le nombre de larves qui ont pénétré dans le corps de l’hôte et qui, par conséquent — quel que
soit leur stade et leur état — ont cohabité un certain temps au moins. Toutes les larves sont donc
prises en considération dans ce dénombrement (voir Tableau XI). Chez l’hôte larvaire, le nombre
moyen de larves hébergées est de l’ordre de 1 à 8 (moyenne théorique : 883/190 = 4,6) dors
que chez l’hôte adulte, il est de 1 à 35 larves (moyenne théorique : 1 639/100 = 16 larves par
hôte). Les nombres les plus élevés ont été de 20 chez l’hôte larvaire et de 57,62 et 82 chez l’hôte
adulte.
Le nombre des larves hébergées par l’hôte adulte est plus élevé que celui rencontré chez
l’hôte larvaire. Cela rejoint nos observations sur le comportement de ponte selon lesquelles
tout se passait comme si la femelle déposait ses œufs en quantité proportionnée à la taille de
Thôte. Cependant l’existence de contaminations répétées est probable, particulièrement dans
les cas de surparasitisme net chez l’hôte i maginai infesté dans la nature.
Chez Ceracia dentata, St-Amand & Cloyd (1954 :84) dénombrèrent au maximum
6 larves chez un hôte nymphd et Chapman (1962 : 70) en compta 24 au maximum chez C.
nomadacridis dans un hôte adulte.
2® Conséquences. — Le grégarisme larvaire reconnu, la première question à résoudre
était de savoir si toutes les larves arrivaient au terme de leur développement.
J’d pour cda établi (sur 613 pupes provenant de 101 hôtes) la fréquence des divers
nombres de pupes issues à partir de chacun des hôtes adultes et larvaires. Chez un hôte adulte,
ce nombre est fréquemment élevé, souvent compris entre 10 et 20, il peut dépasser 40. Dans les
conditions naturelles 24 hôtes m’ont donné 590 pupes, soit, en moyenne, 24 pupes par hôte.
Chez l’hôte larvaire — de taille plus petite — quelle que soit la quantité d’oeufs d^osés, le
nombre de pupes formées reste faible : une seule dans 60 %, deux dans 18 % et trois dans
moins de 10 % des cas. Exceptionnellement, j’ai pu en obtenir Jusqu’à une dizaine.
La cohabitation, jusqu’à terme, de nombreuses larves apparaît de règle chez C. mucro-
nifera. Toutefois, chez l’hôte larvaire, le développement de nombreux parasites semble diffi¬
cile et, bien que le nombre d’œufs déposés sur lui soit plus faible que chez l’hôte adulte, il
est su ffis a mm ent élevé pour qu’il y est surparasitisme. C’est ce qu’avaient remarqué
St-Amand & Cloyd (1954 : 85) chez C. dentata.
L’étude au laboratoire a montré que toutes les larves contenues dans un hôte ne sont pas
toujours au même stade de développement, quand bien même les infestations multiples ne
peuvent être mises en cause. Or cela se voit avec plus de netteté chez l’hôte larvaire que chez
1 hôte adulte. Chez celui-ci, la dissection révMe presque toujours des larves retardataires, mais
en minorité à côté du nombre élevé de celles qui se dév^oppent à la même cadence. Chez l’hôte
Source : MNHN, Paris
Tableau XI. — Fréquence des nombres de parasites hébergés par des hôtes larvaires infestés in vitro (sur 190) [A]
et par des hôtes adultes infestés dans la nature (sur 100) [B]
Source : MNHN, Paris
102
larvaire, en revanche, les larves retardatmres sont les plus nombreuses. Faut-il voir dans ce
retard du développement les signes d’un dépérissement devant amener tôt ou tard la mort des
larves? Une étude de la mortriité larvaire devrait nous apporter quelques éclaircissements.
Tableau XII. — Répartition des larves I vivantes et mortes
8. Mortdité.
Sur 800 larves dénombrées par dissection d’hôtes larvaires infestés in vitro, 222 (181
au stade I, soit plus de 80 %; 12au stade II et 20 au stade III; 9 sans précision) étaient mortes.
La plupart des larves II et III mortes étaient libres, soit que la mort fût intervenue avant
la fixation (cas de quelques larves II), soit que les larves aient abandonné leur siphon respira¬
toire. Ces larves ne montraient pas de caractères nets, trois seulement présentaient des bles¬
sures.
Source : Mt-SHU, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
103
Les larves I mortes ont été rencontrées dans toutes les régions du corps de l’hôte :
tête, thorax, abdomen, appendices. Bon nombre d’entre elles ont été trouvées au fond de l’abdo*
men (voir Tableau XII et remarque p. 95).
Leur dimension donne une idée approximative de Tâge de leur mort. 17 % des larves
ont succombé tout de suite après leur pénétration (larves de moins d’un millimètre) et 23 %
dans la seconde moitié de la durée de vie du stade (larve de 3 à 6 mm). C’est donc 60 % des
larves I qui ont péri quelques jours après leur pénétration et avant qu’eEes aient atteint la
moitié de leur croissance flarve de 1 à 3 mm). Cette période représente la phase critique de la
vie endoparasitaire.
J’ai pu cdasser les larves I mortes en trois catégories :
— des larves aplaties dans le sens dorso>ventral ou latéral, généralement mélanisées;
— des larves présentant des blessures mélanisées ou non;
— des larves portant des pustules mélanisées en diverses régions du corps, voire sur
tout le corps.
Le premier lot est exceptionnel, le second totdise environ 1/4 des cas observés et le
troisième près des 3/4.
La seule méthode — quelque peu aléatoire — dont j’ai disposé pour diagnostiquer les
raisons de la mort réside dans l’établissement d’une relation de cause à effet liant l’aspect du
cadavre à l’origine du décès. Ainsi on peut voir dans les blessures l’action, vraisemblablement
acddenteUe, des crochets buccaux des autres larves. Les modalités de l’apparition des pustules
mélanisées, l’existence d’une période critique au cours de laquelle le parasite est vulnérable
font penser à une faillite du développement consécutive aux réactions de défense de l’hôte
(voir Section IV, § 1). Cependant la rareté des cas d’encapsulement observés chez l’hôte normal
n’hébergeant qu’une larve atteste l’inffuence du surparasitisme dans l’apparition de ce phéno¬
mène.
En résumé, Ceracia miicroni/em est un parasite grégaire à l’état larvaire; 10,20,30 larves
parfois davantage peuvent se développer simidtanément sans se nuire jusqu’à leur émergence
(c’est même là un mode normal du d^doppement de ce parasite). Mais il ne fait pas de doute
qu’il existe une élimination — particulièrement chez l’hôte de petite taüle — d’un certain
nombre de parasites de stades divers par suite des traumatismes qu’ils peuvent s’infliger entre
eux. La plus forte mortalité frappe les larves I vers le milieu de leur vie et les cadavres présentent
les symptômes d’un encapsulement diffus, donc d’une réaction de défense de l’hôte. Le surpa¬
rasitisme n’est pas étranger à cette réaction. Les conséquences du grégarisme larvaire se révèlent
proportionnelles à l’espace vit^ dont dispose chaque parasite, espace lui-même fonction du
nombre de larves cohabitantes et de la taille de l’hôte. L’influence du surparasitisme, faible
chez l’hôte adulte, est importante durant les jeunes stades larvaires de l’hôte. Outre l’^imina-
tion des lairves surnuméraires, le surparasitisme se traduit par des actions diverses telle son
influence sur la locdisation des larves et de leur siphon respiratoire (voir supra). De même
l’importance des actions du parasite sur son hôte est en rapport avec le nombre des larves
hébergées (voir p. 107-9).
3. Phase post-parasitaire.
La phase post-parasitaire débute à l’abandon de l’hôte et s’achève par l’émergence ima-
ginale.
a. Sortie des larves.
Les larves III ayant achevé leur vie endoparasitaire quittentl’hôte par un orifice qu’elles
pratiquent dans le tégument à l’aide de leurs crochets buccaux.
Les lieux et le nombre des trous de sortie sont variables; plusieurs larves peuvent sortit
par le même orifice.
Chez le Criquet égyptien larvaire (stade I à III) dont la taille n’excède pas le centimètre,
un ou deux orifices, rarement plus, sont percés. La sortie (voir Tableau XIII) a lieu à travers
les membranes pleurales, notamment cdles des segments abdominaux I à IV (région roodsde)
qudquefois à travers lès membranes intersegmentaires. Les parties latérales et ventrale de la
membrane coUaire peuvent être utilisées, de même que les membranes articulaires des méta-
coia. Étant donné la taille de l’hôte, l’orifice occupe plusieurs segments. Parfois circulaire, il
Source : Paris
104
J.>C. LÉONIDE
présente également l’aspect d’une déchirure qui s’étend sur pludeuis membranes articulaires,
souvent perpendiculaires.
Chez l’hôte adulte, beaucoup plus grand, les orifices de sortie s’étendent sur un seul
segment et sont circulaires. Ils sont ennombre élevé — de l’ordre de 6àl0—et souvent espacés,
qudquefois côte à côte. J’ai dénombré jusqu’à 5 perforations distribuées autour de la mem>
brane pro-mésothoracique, l’hôte gisant sectionné en deux, la membrane pro-mésothoracique
à peu près coupée.
Tableau XIII. — Localisation des trous de sortie des larves
chez l’hôte adulte et préimaginai
Lieu de sortie
Nombre de
c
l’hôte adulte
188 caa
!as observés
l’hôte larvaire
ôo’ms
Membrane coUaire (partie latérale ou ventrale).
7
3
Membrane articulaire procoxale.
5
-
Membrane articalaire mésocox^e.
12
-
MU ■ 1- / U ....
28
g
Membrane pleurale du segment abdominal II.
30
7
Membrane pleurale du segment abdominal III.
30
7
Membrane pleurale du segment abdominal IV.
29
12
Membrane pleurale du segment abdominal V..
13
17
Membrane pleurale du segment abdominal VI.
11
14
Membrane pleurale du segment abdominal VII.
1
4
Membrane tympanique.
4
-
La sortie peut s’effectuer à travers n’importe qudle membrane articulaire (voir Tableau
XUI). Mais elle a lieu le plus souvent à travers les membranes pleurales des segments abdo¬
minaux IV à VI. D y a donc, par rapport à l’hôte larvaire, un déplacement de la région modMe,
sans doute en rapport avec l’accroissement de la taille de l’hôte et des modifications qu’elle
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
105
détermine dans ta locdisation des siphons (voir supra). La membrane collaire, qudquefois uti¬
lisée dans la partie ventrale ou latérale, ne l’a jamais été dans sa région dorsale qui représente
pourtant le lieu de sortie habituel de nombreux acridiophages (voir Chap. vi). De même les
membranes périproct^e et périgénit^e ne sont pas ou peu perforées.
Au laboratoire, les sorties s’effectuent à n’importe quelle heure de la nuit et de la journée
avec cependant prépondérance durant cette dernière. Ainsi, en 1963, j’ai dénombré 145 larves
émergées entre 18 heures et 8 heures (soit 10 larves à l’heure) contre 159 entre 8 heures et 18
heures (soit 15 larves à l’heure). Dans la nature, j’ai assisté à plusieurs reprises h des émergences
larvaires, aussi bien le matin que l’après-midi et en plein soleil. Chez Ceracia mucronifera,
le rythme nycthémérd de sortie des larves n’est donc pas très accusé. La plupart des hôtes
adultes hébergeant un grand nombre de parasites, les sorties s’échelonnent sur 24 à 48 heures.
Les intervsdles de temps séparant deux sorties consécutives sont irréguliers; 2 ou plusieurs
larves peuvent émerger en même temps ou presque, puis plusieurs heures peuvent s’écouler
jusqu'à la sortie suivante.
b. Comportement des larves libres.
lia larve 111 hors de l’hôte ne vit que quelques minutes (3 à 15 en moyenne) à découvert
et présente comme d’autres Tachinidés un géotropisme positif et un phototropisme négatif.
La larve qui sort se laisse glisser le long de la paroi du corps de l’hôte à laquelle elle
adhère grâce à l’humidité qui l’imprègne. Lorsqu’un hôte est couché sur le ffanc la sortie
peut s’effectuer vers le haut puis la larve descend vers le sol. La tendance à se diriger vers
les points bas du terrarium est nette mais les larves ne montrent pas de grandes capacités
pour s’enfouir. Lorsque l’enfouissement a lieu, il se produit rapidement (moins de 3 minutes
après l’émergence) mais jamais profondément.
Le phototropisme négatif est accusé. Les pupes se forment à l’abri de la lumière (sous
le corps de l’hôte, dans les interstices divers, sous les débris de feuilles ou d’écorce, etc.).
Ce phototropisme est facile à démontrer; dans un récipient circulaire, la larve se dirige du
côté opposé à la source lumineuse ; il suffit de faire subir une rotation de 180° au récipient
pour la voir repartir en sens inverse. Si le récipient ne présente ni zone obscure ni excavation,
les larves déambulent pendant quelques minutes parfois jusqu’à une heure et finissent par
s’immobiliser et s’empuper à même le substrat.
c. Vie nymphale.
Quelques minutes après s’être immobilisée la larve III se contracte, son tégument
devient lisse, la forme de la pupe est atteinte; le tégument commence à ja unir puis à brunir
et finit par atteindre la couleur marron et la consistance du puparium.
La vitesse de cette transformation est fonction de la température et du degré d’humidité.
Au soleil, la pupaison — de l’immobilisation au durcissement du tégument ~ n’excède pas
30 minutes (le pupariiun devient très foncé). Dans un récipient humide et à l’ombre, il faut
2 jours pour que le puparium atteigne une certaine consistance et il reste souple et jaune pâle.
La durée de la vie nymph^e s’étend sur 11 à 13 jours mais elle peut s’élever à 19 jours
et s'abaisser à 8 jours. Les causes de ces variations n’apparaissent pas dairement. In tempé¬
rature a une influence certaine mais mal élucidée. Il n’y a pas de différences tangibles dans
la durée nymphale des diverses générations, par contre, la durée nymphale des pupes < m^es >
est plus courte (de 1 à 2 jours) que celle des pupes < femelles ».
d. Hivernage et diapause.
L’hivernage est assuré par les larves 1 issues des ceufs déposés par les dernières géné¬
rations estivales d’imagos. Ces larves demeurent à ce stade, à l’intérieur de l’hôte adulte,
du mob de septembre au mob d’avril de l’année suivante, comme l’attestent les observations
suivantes :
Les Criquets égyptiens récoltés et disséqués de septembre à avril ne renferment que
des larves I; ceux conservés au laboratoire ne donnent des larves mûres qu’à la mi-avril,
début mai.
In vitro, certaines larves de la troisième génération estivide et celles bsues de la qua¬
trième génération demeurent au stade I jusqu’au printemps suivant.
Ce mode d’hivernage, à l’état de larve dans l’hôte, que Duptiis (1963 : 289) reconnaît
être le seul mode régulier d’hivernage des Phasiinae en zone tempérée, a été longtemps
Source : MNHN, Paris
106
J.'C. LÉONIDE
méconnu chez les Acemyiina. Ceracia mucronifera en ofifre le premier exemple, C. dentata
le second (voir p. 72). II n’en est pas moins exceptionnel parmi les Diptères aciidiophages
(voir Chap. Vi).
La taille des 250 larves I de C. mucronifera recueillies en hiver oscillait entre 2,9 et
3,5 mm. Lorsque la croissance des larves I s’interrompt celles-ci ont déjà atteint la moitié
de leur développement. La croissance des larves ne s’achève qu’à la mi-avril. Un séjour des
hôtes à température plus ^evée n’acc^ère pas l’apparition des larves mûres. Cet arrêt du
développement est donc une diapause qui n’est pas dédenchée lorsqu’un certain développe¬
ment est atteint, tous les parasites n’étant pas à la même dimension, mais affecte les larves
à un moment déterminé qui correspond pour la majorité d’entre dles à ime croissance à
moitié achevée. La diapause semble imposée de l’extérieur par un facteur ignoré (changement
du milieu). La diapause de l’hôte ne semble pas pouvoir être retenue, puisque seule la femelle
la subit, or les parasites voient leur développement intenompu dans les hôtes des deux sexes.
e. Émergence imaginale.
Les émergences ont lieu à des heures variables. Mais si des éclosions peuvent se pro¬
duire tout au long de la journée et de la nuit, pour la majorité d’entre elles, elles ont lieu
entre 6 et 10 heures du matin.
L’étalement des ailes est rapide (de 10 à 18 minutes) et il l’est d’autant plus que le
degré d’humidité de l’air est élevé. La durée de cet étdement tombe à 6-8 minutes en chambre
humide (HR = 75 %).
Les premières pupes qui éclosent, parmi celles qui se sont formées en même temps
et proviennent d’un même hôte, donnent des individus mMes et les dernières des individus
femelles. Il y a donc protandrie, comme chez de nombreux Diptères.
Pour les pupes formées le même jour, le décalage des éclosions varie de 24 à 48 heures.
Il en résulte qu’au moment de l’édosion des femelles, les m âles sont âgés de 24 à 48 heures.
Sur le plan individuel, la précocité de l’éclosion des mMes peut être masquée par l’éche¬
lonnement des sorties des larves hébergées par un même hôte et par suite de la formation
des pupes. 11 n’a jamais été établi que les quelques larves qui quittent l’hôte en avance sur
les autres produiront davantage de mâles que de femelles.
IV. INTERACTIONS DANS LE COUPLE HÔTE/PARASITE
Durant la phase parasitaire les larves vivent dans le milieu intérieur de l’hôte et leur
présence ne va pas sans provoquer des réactions réciproques dont l’étude fait l’objet de la
présente section.
Les réactions de l’hôte, en partie commentées (p. 103), seront examinées succincte
ment. Parmi les actions du parasite, je m’attacherai à préciser l’influence sur le développement
et sur l’activité génit^e de l’hôte. J’envisagerai ensuite les lésions subies par l’hôte et le pro¬
blème de la survie de ce dernier. Je considérerai enfin la valeur de diverses espèces d’Orthop-
tères en tant que source d’diments de Tentomophage.
1. Réactions de l’hôte.
La réponse des hôtes à la présence de leurs parasites normaux de la famille des Tacki-
nidae s’exprime essentiellement par des réactions de défense plus ou moins importantes et
la production du siphon respiratoire.
Les réactions de défense de Thôte normal à la présence de larves de Ceracia mucronifera
se bornent, dans certains cas, à l’apparition de phénomènes d’encapsulementa hémocytaires
et mélamques. Nous avons vu que ces phénomènes affectent essentiellement des larves au
stade I. Si les dépôts mélaniques et hémocytaires apparaissent parfois aux extrémités de la
larve, au niveau des crochets buccaux et des stigmates postérieurs et en ceinture autour des
limites des segments, ils sont plus fréquents sur toute la surface du corps où ils forment
des pustules. D est difficile de dire si ces diverses loc^isations correspondent au même type
de réactions. Quoi qu’il en soit, dans le cas des pustules réparties sur tout le corps, la réaction
a pu débuter du vivant des la:^es dont la faiblesse de la motilité et de la réactivité attestait
Source : MUHU, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
107
l’état débile; mais je n'ai pu sayoii si le phénomène d’encapsulement partiel précède ou suit
l’apparition de l’état « morbide ».
Je ne m'étendrai pas ici sur la siphonogenèse, bien que ce phénomène soit assimilé
à une réaction hémocytaire provoquée par le parasite, à la suite des lésions de l’hôte consé¬
cutives à l’ouverture du pore respiratoire. Je n’ai pas étudié la siphonogenèse du Ceraeia
sous son aspect histo-morphologique. Les raisons qui me permettent de penser que, chez
cette espèce, l’origine du siphon ne diflère pas de celle des autres Tachinidés, exigeant des
données comparatives, seront envisagées dans le Chap. vi.
2. Actions du parasite.
Les actions du parasite peuvent se traduire, dans leurs effets directs ou indirects, par
des perturbations des divers aspects de la physiologie.
Les influences indirectes du parasite sont celles qui s’exercent sur le développement,
l’activité génitale et le comportement de l’hôte. Les diverses lésions infligées à l’hôte par le
parasite et leurs conséquences sur la survie constituent les actions directes.
Le comportement de l’hôte qui n’a pas été étudié expérimentdement ne parait pas
modifié. Dans la nature, rien dans les attitudes ou la motilité ne permet de distinguer les
hôtes sains des hôtes parasités.
a. Influence sur le développement.
J’ai assayé, par une étude en laboratoire an^ogue à celle entreprise pour Acyglossa
poUinosa, de me rendre compte des effets de la présence du parasite sur la mue et la croissance
de l’hôte.
J’ai noté les dates des mues de 40 Criquets égyptiens larvaires provenant de la même
oothèque et infestés le jour de leur éclosion et de 50 Criquets indemnes provenant de la même
oothèque. Trente des hôtes infestés subirent leur première mue à la date prévue; pour quatre
autres, la mue survint avec un retard de 2 à 4 jours. Pour les six aubes, elle ne se produisit
pas mais ces derniers livrèrent passage, dans les 2 à 4 jours qui suivirent la date à laquelle
aurait dû se produire la mue, à des larves à terme. La plupart des 30 hôtes qui subirent leur
première mue à la date normsde ne laissèrent sortir leurs parasites que 7 à 9 jours après, et
ils n’hébergeaient au moment de la mue que des larves I, comme j’ai pu le constater par dis¬
section de quelques-ims d’entre eux.
Dans une seconde expérience, faite avec un lot d’individus infestés à une période
située entre la date d’édosion et celle de la première mue, j’ai pu constater que la première
mue ainsi que la seconde se produisaient aux dates normales lorsque le développement du
parasite n’était pas trop rapide. Par contre, lorsque le parasite se développa vite (en 12 jours),
l’hôte mourut avant que la deuxième mue ne fût intervenue, bien que cette dernière eût dû
se produire depuis 3 ou 4 jours. Dans tous les cas, la mort survint avant la date prévue pour
k troisième mue.
Le développement de l’hôte n’est pas rdenti par la présence des parasites même nom¬
breux tant qu’ils n’ont pas atteint un certain développement. Comme le parasite a une crois¬
sance rapide et comme sa sortie a une action léude, il est rare que Tbôte puisse accomplir
plus de deux mues avant de mourir. Lorsque la mort survient 3 ou 4 jours après la date à
laquelle la mue aurait dû se produire, il y a dlongement de l’intermue mais il est difllcile de
dissocier l’action retardatrice sur la croissance de l’action létde du parasite.
b. Influence sur l’activité génitale.
J’ai porté mes investigations sur les effets produits par la génération hivernante du
parasite qui s’inst^e vers les mois d’août-septembre dans un hôte qui vient d’atteindre,
ou qui ne va pas tarder à atteindre, le stade imagind. A cette époque, l’appareil génital femelle
complètement développé est physiologiquement immature (voir p. 72). La phase de multi¬
plication des gonocytes est avancée maia celle de la croissance et de la viteilogenèse n’a pas
débuté.
Le parasite, qui a commencé sa croissance avant d’entrer en diapause, passe tout
l’hiver dans l’hôte et reprend son activité au printemps, en même temps que le fait la physio¬
logie génitale de l’hôte. L’action de ce parasite est donc durable et se situe à la période pré¬
pubertaire de l’activité génit^e de l’hôte, c’est-à-dire, pour la femelle, à la période d’accrois¬
sement des ovocytes et de la vitdlogenèse.
Source : MNHN, Paris
J.-C. LÉONIDE
*. Influence sur l’activité ovarienne.
Aucun ovocyte mûr n’a été aperçu ni dans les oviductes ni dans les ovarioles ‘ des
hôtes infestés. Les ovocytes sont toujours apparus dans un état juvénile. L’aspect des ovocytes
basaux a légèrement varié selon le nombre de parasites hébergés. Lorsque ce nombre était
faible, les ovocytes basaux ont pu atteindre la taille de 3 mm (voire 3,7 mm) mais ils n’ont
jamais dépassé 4 mm; dans aucun cas ils ne sont apparus colorés en jaune et ne peuvent
être qualifiés de vitelline Lorsque le nombre de parasites s’devait, la taille des ovocytes
s’est révélée réduite.
L’ovaire des femefles parasitées se présente donc à un stade juvénile et son activité
ne dépasse pas, selon la terminologie de Phipps (1949; 1966), le stade I ou immature, même
si le nombre de parasites hébergés est faible, le corps gras abondant et cela à une époque où
les femelles saines pondent. La castration, résultant de l’action du parasite au cours de la
phase prépubertaire de l’activité de l’ovaire, se traduit par un blocage de la vitellogenèse
qui ne débute pas. Elle s’exerce donc électivement sur la partie trophique des ovarioles.
n est difficile de présumer de l’état d’activité du germarium, aucune étude histologique
n’ayant été entreprise. Mais des ovocytes basaux de plus de 3 mm s’étant développés, on est
tenté de croire à une physiologie normale de la multiplication et de la différenciation germin^e.
Je n’ai noté aucune m^onnation morphogénétique de l’appareil génital chez les femdles
parasitées.
Influence sur l’activité génitale mâle.
L’influence sur l’activité génitde m^e, étudiée vers la fin du mois de mai, par dissec¬
tion des hôtes tout de suite après la sortie des larves, s’est révélée nulle. L’appareil génitd
mâle est apparu macroscopiquement bien constitué. Aucune information n’a été constatée.
Les testicules étaient de couleur et de taille normrie, les tubes spermatiques correctement
disposés, les spermiductes, les grandes génitales accessoires bien conformés.
Lorsque le nombre de parasites était important j’ai constaté la présence de lésions,
résultat de la sarcophagie. Mais dans tous les cas la spermatogenèse s’accomplit normalement
comme en témoigne la présence de spermatozoïdes actifs dans les tubes séminifères, même
dans ceux lésés, et dans les vésicules séminales.
y. Influence sur le comportement génésique.
J’ai eu l’occasion de suivre l’activité génésique du Criquet égyptien, pendant 5 ans,
parmi les individus conservés au laboratoire.
J’ai indiqué, à même le corps de l’bôte, grâce à un système codifié de marquage i
la gouache de diverses couleurs, les renseignements concernant lem; comportement génésique
— à savoir : l’absence ou l’existence de l’accouplement, le nombre, l’identité des conjoints,
le nombre et le résultat des tentatives de ponte.
Les individus mâles et femelles s’accouplent tout l’hiver pourvu que la température
ambiante soit suffisamment élevée et cela quel que soit le nombre de parasites qu’ils hébergent
Ces colts, rf tivement f^quents et se produisant avec le même ou avec différents conjoints,
s’observent encore quelques jours avant la sortie des parasites, voire pendant et aprte. J’ai
vu des larves abandonner une femelle in coltu.
L’existence d’accouplements répétés avec différents conjoints ne m’a pas permis
d'affirmer la fécondité de l’acte accompli par un mâle infesté. En revanche, je n’ai jamais vu
une femelle parasitée ébaucher le comportement de ponte, forer le sol par exemple.
c. Lésions internes.
Hormis les perforations de trachées réalisées au cours des tentatives de fixation de
la larve H, aucune lésion, macroscopiquement visible, n’apparalt à la dissection avant que
le parasite n’ait atteint le stade IH.
1. De type panolstique chez les Orthoptères.
2. Je dois signaler le cas d’une femelle hébergeant 22 parasites et dont l’appareil génital présentait,
outre certains ovocytes non viteliins de 3,7 rom , quelques ovarioles dont la base était obturée par nn bouchon
pigmenté en jaiine. Ces dépôts pigmentaires, ne pouvant attester nn* ponte ovulaire chez cette femelle
coDMrvée depuis huit mois in vitro, traduisaient une dégénérescence vitelline des ovocytes basaux. Cdi
implique évidemment l’existence préalable d'une vitellogenèse; j’ignore à qnel moment elle a pn se produire.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
109
La pliase de sarcopHagie qui marque la fin de ia vie trophique du parasite est seule
responsable des lésions. Ces dernières, minimes lorsque l’hôte adulte n’a reçu qu’un petit
nombre de parasites, se limitent à une réduction du corps gras et à quelques traumatismes
de la musculature thoracique. Lorsque l’hôte larvaire) est petit, les lésions peuvent devenir
considérables. Dans certains cas, la larve parasite contenue dans l’abdomen distendu pèse
plus de 50 % du poids totd de l’hôte (9 pour 16 mg). A sa sortie, l’hôte est réduit à l’exosque-
lette transparent ne renfermant que le tube digestif, le système nerveux et les grosses trachées ;
tissu conjonctivo-adipeux, musculature, hypoderme, gonades, ont disparu. Chez l’hôte adulte,
les lésions peuvent être importantes s’il héberge un grand nombre de larves mais ne sont
jamais aussi étendues que chez l’hôte larvaire. Les gonades et les (d^des génitales accessoires
peuvent être dilacérées, excepté les conduits génitaux et la spermathèque chez la femelle
qui sont rarement lésés. Chez le mâle, les traumatismes affectent le testicule dont la gaine
^ritonéale déchirée libère les tubes spermatiques qui sont dispersés et détruits.
Les déjections jaune-orangé qui bordent habitu^ement les siphons respiratoires
peuvent être entraînées à travers le corps faisant adhérer les organes entre eux. Si l’on ajoute
que les exuvies et les siphons apparaissent partout de-ci de-là on convient qu’à la dissection
de tels hôtes apparaissent fort désorgamsés.
Enfin les parasites, en provoquant au moment de leur sortie plusieurs perforations,
infligent à l’hôte affaibli un dernier et grave traumatisme.
d. Action létale du parasite sur l’hôte.
Je me suis efforcé de connaître les chances de survie de l’hôte à la sortie des parasites.
Dans la nature, mes observations, qui ont porté sur la survie des Criquets égyptiens
adultes au moment de la sortie des larves de la génération en hivernage, sont concluantes.
En quelques jours, on rencontre dans les stations firéquentées, quantité de Criquets
mourants se tndnant sur le sol. Leur autopsie montre que tous sont infestés. Après cette héca¬
tombe, les Criquets se font rares dans les stations où deux ou trois semaines plutôt ils étaient
abondants. Quand on capture quelques individus, ils se révèlent sains. Je n’ai jamais trouvé
d’hôte ne contenant que des exuvies.
J’ai connu un cas de survie, celui d’un hôte qui fut ég^ement le seul exemple de Criquet
égyptien ayant hébergé successivement des larves appartenant à deux générations consécu¬
tives de Ceracia mucronifera. Disséqué en hiver, cet Orthoptère montra, à côté de quatre
larves I de la génération en hivernage, une exuvie II avec siphon respiratoire ne pouvant
appartenir qu’à une larve de la génération précédente. Encore convient-il de souligner que
cet unique survivant de grande taille n’avait hébergé qu’un seul parasite.
L’action lét^e du parasite se montre donc nettement lors de la sortie larvaire, et il
résulte de cette mortalité quasi générale des Criquets parasités que chaque génération de
Ceracia doit se développer dans des individus hôtes différents.
Au laboratoire, diverses observations ont complété les données naturelles et ont permis
de préciser le temps écoulé entre la sortie du parasite et la mort de l’hôte. Ce délai, variable
avec le nombre des parasites, la taille et ia résistance de l’hôte, a presque toujours été bref.
Otez l’hôte, aussi bien larvaire qu’adulte, la mort survient parfois 24 heures avant la sortie
des parasites et généralement dans les 48 heures qui suivent l’émergence (32 cas sur un lot
de 35 hôtes). Deux hôtes adultes ayant livré passage respectivement à cinq et six parasites
survécurent 5 jours. Seul un hôte larvaire ayant reçu un unique parasite a survécu un mois.
Lorsque les larves sortent, l’hôte peut être immobile mais il est susceptible d’activité
et capable de sauter. Douze à 18 heures après, il ne réagit plus; le lendemain il est mort.
Les facteurs responsables du décès paraissent résulter des perforations, des hémorra¬
gies et de ia dessication qui en décoiffent. Chez les hôtes venant de laisser échapper leurs
parasites, les antennes durcissent et deviennent rigides et cassantes. Ce symptôme apparaît
parfois 2 à 3 jours avant ia sortie des larves. La dessication peut être constatée en déterminant
la perte de poids de l’hôte. Un Criquet larvaire pesant immédiatement après la sortie de son
parasite 43 mg avait perdu 6,6 mg le lendemain, soit 15 % de son poids initid.
L’hôte meurt plus rapidement lorsque les trous de sortie sont percés dans ia membrane
coUaire ou dans la membrane pro-mésothoracique, ces orifices demeurant béants, que lorsqu’ils
aoQt forés dans la membrane pleurale de l’abdomen où un bouchon se forme.
C. mucronifera apparaît comme un parasite néfaste à ses hôtes dont la quasi-totalité
SQCcombent après la sortie des larves.
8 5&4018 e 8
Source : MNHN, Paris
110
J.-C. LÉONIDE
3. Valeur trophique de l'hôle.
C. mucronifera se déreloppant dans des hôtes de tailles et d’espèces diverses, il était
intéressant de rechercher une relation éventuelle entre la taille de la larve à terme et celle de
son hôte et la vdeur de celui-ci en tant que source d’^imentation.
J’ai, pour cela, établi les rapports du poids du parasite à terme (en l’occurrence le poids
de la pupe) et de celui de l’hôte et comparé ces videurs dans les cas où :
_les hôtes de poids différent appartenaient à la même espèce,
_les hôtes de même poids étaient d’espèces différentes,
_les hôtes de même espèce et de même taille hébergeaient des nombres différents
de parasites.
Les mesures pondérales ont été faites avec une balance sensible au diadème de milli¬
gramme.
Les résultats furent les suivants :
Pour un hôte d’espèce donnée, la taille (et par suite le poids) d’une pape varie du simple
au triple (4,5 mg à 14,5 mg) sans aucun rapport avec le poids de l’hôte (une pupe de 14,5 nxg
s’est formée à partir d’un hôte de 37 mg; une de 6 mg a été obtenue d’un hôte de 49 mg). Mais
le rapport poids de la pupe/poids de l’hôte n’a jamais dépassé 0,56.
Pour des hôtes d’espèces différentes, mais de même poids, les pupes peuvent avoir des
v^eurs pondérales identiques. On observe des variations de même ordre que précédemment
et qui apparaissent sans rapport avec la nature spécifique de l’hôte. Dans la limite des espèces
étudiées : Anacridium aegyptium, Pezotettix giornai, Calliptamus itaUais, Dociostaunis ma-
Toccanus, on n’a donc pas l’impression nette de l’existence d’une variation de leur vdeur tro¬
phique.
L’action du surparasitisme sur la taille de la pupe se révde plus évidente. Le poids des
pupes formées en nombre identique varie — dans certaines limites — proportionnellement i
celui de l’hôte (2 pupes de 8,5 mg dans 1 hôte de 46,5 mg, et 2 pupes de 12,8 mg dans 1 hôte
de 77 mg). Inversement, chez un hôte de poids déterminé le poids des pupes diminue lorsque
leur nombre croit (2 pupes de 8,5 mg dans un hôte de 46,5 mg, 3 pupes de 7 mg dans un hôte
de 42 mg). Dans tous les cas, le rapport somme des poids des pupes/poids de l’hôte n’a jamais
été supérieur à 0,5. Ce chifhe peut donc traduire théoriquement la valeur trophique maximale
d’un hôte pour un ou des parasites. Au-delà de cette v^eur, le surparasitisme entraîne la mort
des larves surnuméraires.
Les réactions d’encapsulement, l’édiffcation d’un siphon autour des parasites d’une
part, le ralentissement du développement, la castration parasitaire des femelles, les lésions et
la mort de l’hôte d’autre part, attestent la réalité des interactions induites par C. mucronifera
et qui sont, à l’instar de celles provoquées par de nombreux Tachinidée, très prononcées.
V, SPÉCIFICITÉ PARASITAIRE
Chez Ceracia mucronifera, les femelles infestent, in vitro, aussi bien les hôtes mâles
que les hôtes femelles, et il n’est pas apparu de différences significatives dans les taux d’infes¬
tation des hôtes des deux sexes parasités dansla nature. On ne peut donc parler d’une spéci¬
ficité liée au sexe.
C. mucronifera infeste son hôte à l’état larvaire, et selon la génération, tous les stades
sont contaminés. Les dernières générations, la dernière en tout cas, infestent un certain nombre
d’hôtes adultes. Ce Diptère n’apparaît donc pas inféodé à un ou plusieurs stades de son hôte.
En revanche, tous les Orthoptères pr^ntés in vitro ne sont pas attaqués. Il existe une
spécificité taxinomique. J’envisagerai son étude dans la nature puis au laboratoire; je dégage¬
rai ses origines au fiir et à mesure.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
111
1. Dans la nature.
Bien que C. mucroni/era soit déterminable à l’état larvaire dès le stade I et en dépit de
la dissection de plus de 10 000 Orthoptères d’espèces variées, récoltés tout au long de l’année,
en divers lieux et en particulier dans les stations à Ceracia, je n’ai pas trouvé trace de ce para¬
site dans un hôte autre que le Criquet égyptien. Dems les localités prospectées — c’est-à-dire
en Provence — C. mucronifera est inféodé au Criquet égyptien.
2. Au laboratoire.
a. Spécificité maternelle.
En mettant en présence des femelles gravides de Ceracia mucronifera avec des hôtes
divers, soit successivement, soit simultanément, j’ai pu sonder les limites de la spécificité ma¬
ternelle et révéler les préférences des Mouches.
Par la première méthode, j’ai classé les hôtes expérimentés en trois catégories.
Ceux qui sont bien acceptés :
— Anacridium aegyptium larvaire ou adulte (hôte normal);
— Pezotettix giomai larvaire ou adulte (SI e^ériences positives sur 55) ;
— Calliptamus italicus larvaire (10 expériences positives sur 12);
— Dociostaurus maroccanus larvaire ou adidte (28 expériences positives sur 35).
Ceux qui sont acceptés avec difficulté (ou dont les expériences sont en nombre insuffi¬
sant pour les classer définitivement) ;
— Chorthippus mollis adulte ou larvaire (1 expérience positive sur 14);
— Omocestus venlralis larvaire (1 expérience positive sur 7);
— Euchorthippus pulvinatus (3 expériences positives sur 15);
— Pyrgomorpha conica larvaire ou adulte (1 e:^érieDce positive sur 5);
— Barbitistes fisckeri adulte (1 expérience positive sur 10).
Ces espèces ne sont pas uniquement classées dans cette catégorie par suite de la fai¬
blesse des infestations positives, mais encore en tenant compte de la lenteur que mettent les
Mouches à attaquer de tels hôtes. Par ailleurs, ces hôtes, mifl avec ceux de la liste précédente,
sont rarement infestés en premier.
Enfin ceux qui, présentés isolément ou avec d’autres hôtes, n’ont jamais été acceptés :
— larves de Decticinae (Ensifères) [6 expériences négatives];
— larves A'Oedipoda germanica et à'O. coerulescens (14 expériences négatives);
— Prionotropis rkodanica (1 expérience négative).
Ce classement, malgré le faible nombre d» expériences, est sans doute valable pour les
larves d'Oedipoda, En effet lorsque Ceracia mucronifera accepte un hôte, il l’attaque d’em¬
blée (3 ou 4 expériences s uffis ent pour aboutir à un résultat conduant).
Il a été facile d’établir le degré d’attirance des divers hôtes en procédant par la méthode
des présentations simultanées. Une Mouche, mise en présence i'Anacridium aegyptium, de
Pezotettix giomai et de Calliptamus italicus, pond presque toujours sur le premier. En l’ab¬
sence du Criquet égyptien c’est P. giomai qui est le plus facilement infesté. En procédant de
la sorte j’ai dressé la liste des hôtes acceptés, dans un ordre de préférence décroissante qui est
la suivante : A. aegyptium, P. giomai, D. maroccanus, C. italicus, Euchorthippus
pulvirMtus, Chorthippus mollis.
Le choix de la Mouche ne tient pas compte de l’appartenance systématique de l’hôte.
P. giomai qui appartient à la même famille que l’hôte normal est bien accepté, mais Docios¬
taurus maroccanus qui se rattache à une famille différente est préféré au C. italicus qui est un
Calantopidae comme P. giomai et A. aegyptium.
b. Spécificité larvaire.
La spécificité larvaire a pu être observée en considérant le devenir des œufs déposés
w vitro sur les divers hôtes acceptés par la Mouche.
Source : MNHN, Paris
112
jr.-C. LÂONIDE
Le développement larvaiie s’est déroulé avec une vitesse nor mal e jusqu’à la nymphose
dans les hôtes suivants^ :
— Anacridium aegyptium (10 à 25 jours);
— Pezotettix giomai (12 à 19 jours);
— Dociostaurus moroccanus (13 à 14 jours);
— Calliptamus italiens (13 à 18 jours);
— Omoceslus ventralis (14 jours);
— Chorthippus mollis (24 jours).
Chez Euehorthippus pulvinatus, j’ai obtenu un dépôt d’œufs dans trois cas seulement.
Dans le premier, les œufs n’ont pas édos. Dans le deuxième, l’autopsie de l’hôte, 12 jours après
la ponte, a permis de retrouver une larve I ayant effectué la moitié de sa croissance (longueur :
2,9 mm) mais paraissant mourante et présentant d’importants dépôts mélaniques à l’intérieur
de la partie médiane de son tube digestif. Dans le troisième, l’hôte, autopsié 19 jours après,
montra une larve I vivante et ayant presque achevé sa croissance (5,2 mm de longueur). Le
développement, s’il ne peut pour le moment être qualifié d’impossible, apparaît cependant
long et difficile chez cet hôte.
Chez Barbitisles fischeri une seule e:q>érience s’est traduite par un dépôt d’œufà. Sur
les 5 déposés, 3 ont éclos. L’autopsie de l’hôte, pratiquée 14 jours après, révda trob larves
mortes, rejetées au fond de l’abdomen. La mort était survenue, comme l’attesta leur taille
(0,5 mm), dans les heures qui suivirent la pénétration.
D’autres types d’e^ériences ont été tentés.
En particulier selon la méthode de DuPins (1963 : 21), j’ai essayé à partir des femelles
gravides soumises à des chocs asphyxiques d’obtenir des œnfs et de les transporter sur des
hôtes non acceptés par la femelle. Malheureusement je n’ai recueilli que des paquets d’osufs
inutilisables, les œufs n’ayant pu être séparés sans dommage.
J'ai également entrepris plus de 100 expériences de transplantation des larves I chez
divers hôtes (Locusta migratoria, Aiolopus strepens, Acrotylus insubricus, Chorthippus mol¬
lis, Pyrgomorpkaconica et B. fischeri. J’ai, tout au plus, obtenu la première mue, mais aucune
larve II ne s’est fixée avant de mourir. Dans les autres cas, les larves I finirent par mourir sans
s’être dévdoppées et après avoir survécu un temps variable. J’ai obtenu la survie d’une larve I
pendant 4 mois dans un Locusta migratoria sans qu’aucune croissance n’eut lieu jusqu’à la
mort de l’hôte qui se produisit un 15 juillet, date à laquelle les individus de cette génération
de Ceracia mucronifera avaient atteint l’état imaginai depuis la mi-juin. Des survies de 20 à
40 jours furent fréquentes. La mort fut précédée par l’apparition d’un encapsulement partiri
de la larve et par son adhérence aux tissus de l’hôte. Ces réactions de défense, apparaissant do
vivant de la larve, pourraient être d’un grand intérêt dans l’étude de la spécificité. Mais elles
se manifestent parfois, lors de l’injection des larves, chez des hôtes dans lesqueb la vie larvaire
se déroide normdement lorsque les œufs sont déposés par la femelle; je n’ai pu en tirer des
conclusions valables.
Quoi qu’il en soit, les résultats obtenus in vitro sont suffisants pour attester la polypha¬
gie de C. mucronifera et l’existence d’une certaine amplitude de la spécificité maternée et
larvaire.
3. Origine de la monophagie constatée dans la nature.
Comment concilier la polyphagie constatée expérimentidement et la monophagie obser¬
vée dans la nature ? On pense tout de suite à une non-concordance spatio-temporelle dans les
cydes hôtes-parasites. C’est évidemment l’hypothèse que j’ai retenue.
L’argument de la non-concordance temporelle ne peut être retenu, les hôtes expérimen¬
tés in vitro se rencontrant à la même époque que le Criquet égyptien.
La monophagie de Ceracia mucronifera dans la nature résulterait d’une non-concordance
spatiale des biotopes du parasite et des hôtes autres que le Criquet égyptien. Comme les
hôtes considérés se rencontrent presque tous dans les stations à Ceracia, c’est à un niveau micro-
écologique qu’il faut rechercher la solution de cette spécificité naturelle. La rareté des jeunes
1. J’indiqne entre parenthèses, pour chaque espèce, les durées minimales et maximales de la vie
endoparasitaire.
Source : MNHN, Paris
DIPrfeRES PARASITES D'ORTHOPTÈRES
113
stades larvaires da Criquet égyptien et des imagos de C. mucronifera dans la nature plaident en
faveur de 1 existence d’une niche écologique où ces deux Insectes seraient localisés ensemble.
Ce microbiotope pourrait être les cimes des grands arbres, le Criquet égyptien étant arboricole
(voir p. 72), ^ors que les Criquets dans lesquels C. mucronifera se dév^oppe in vitro vivent au
niveau du sol ou dans la strate herbacée. Cela reste à prouver.
C. AUTRES ACEMYIINA
Les résultats que j’ai obtenus dans l’étude d’autres espèces d'AcemyUna sont plus frag¬
mentaires. Cela tient à plusieurs raisons. D’abord, étant donné l’importance moindre du maté¬
riel recueilli, je n’ai pu toujours rédiser complètement la propagation in vitro. Cela a suffi à
me priver d’une source importante de renseignements. Ensuite, à la différence de Ceracia mu¬
cronifera, ce matériel n’a été utilisable que lorsque l’imago a pu être élevé, la diagnose de l’es¬
pèce à l’état larvaire étant à l’heure présente, comme jel’aiindiqué (voir Section A), aléatoire.
Cependant, la confrontation des données que j’ai pu recueillir avec celles mentionnées
par les auteurs et celles bien établies de C. mucronifera s’est montrée riche d’enseignements.
I. BIOLOGIE UACEMYIA ACUTICORNISIAEIG.
Le genre Acemyia Robineau-Desvoidy 1830 compte diverses espèces dont deux ont
leur biologie connue. La première, la seule qudque peu étudiée, est Acemyia acuticomis Meig.
La seconde : A. pyrrkocera Villeneuve, signalée à l’état imaginai en France par Mesnil (1965 :
785), a simplement été élevée d’un Acridien Truxalinae : Xerohippus savignyi Uv. en Israël
par Kugler (1963 : 32).
I. Données des auteurs.
Le parasitisme d’.^. acuticomis a été cité en 1902 par Ribaga du Criquet égyptien,
mais il y a de fortes chances pour qu’il s’agisse d’une erreur de détermination et que l’espèce
élevée soit Ceracia mucronifera. Herting (I960 : 57) indique que Siebold aurait obtenu ce
Diptère A'Oedipoda coerulescens. En pratique, c’est Callot (1935 et 1937) qui a le premier
établi l’acridiophagie de cette Mouche. La vie de cette espèce a été étudiée par Zarhvatein
(1954 : 256 à 261) qui a découvert dans l’Est de la Sibérie (Bassin de l’Angara) de nombreux
hôtes infestés.
Cette Mouche possède une large distriburion géographique. Sign^ée en Suède, Fin¬
lande, .Allemagne, France et Sibérie, elle manque toutefois en Angleterre (Herting 1960 :57).
Elle n’a qu’une génération annuelle et sa phase larvaire est, tout au moins en Sibérie,
délimitée entre le 20 juin et le 20 juillet (Zakhvatkin 1954). D’après Herting (1960), sa période
d’activité s’étend de juin à début août.
Cette Mouche se rencontre sur des terrains herbeux, secs et bien exposés (les pâturages
elles steppes montrant des degrés divers de xérophilie).
D’après Zaehvatein {l.c. : 256), la femelle éidôt avec les ovaires formés et la ponte
débute très tôt après l’apparition des imagos. La femelle ne dépose qu’un œuf sur le corps de
l’hôte, sur les pleurites à proximité des stigmates métathoraciques. Zaehvatkin admet que
par cette localisation l’œuf est soustrait aux réactions de frottement de l’hôte. La larve perce,
è l’aide de ses crochets buccaux, la paroi ventrale du chorion et le tournent sous-jacent, pour
pénétrer.
Cet auteur (l.c. ; 258) classe ce Tachinidé dans le * groupe parasitique > I de PanteL.
La vie larvaire est mal connue (la larve I est ignorée). Zakhvatkin (/.c. : 258-9) indique
que la larve (sans en préciser le stade) ayant pénétré s’attache sur un tronc trachéen, à proxi¬
mité de l’atrium respiratoire, par l’intermédiaire d’un siphon. A la fin de sa croissance, elle
atteint 8 mm. Cet auteur constate, en bordure du siphon, la présence d’^éments jaune orangé
faiblement liés entre eux qu'il rattache au « tissu adipeux ». Il note également la présence des
exovies incrustées dans les parob du siphon mais il ne précise pas le stade auquel dles appar-
fiennent.
Source : AlfJHM, Paris
114
J.-C. LÉONIDE
La larve à terme abaadoime l’hôte à travers les membranes intersegmentaires de l’abdo¬
men. Les pupes se forment sur le sol; Zakhvatkin a pu en dénombrer jusqu’à 54 au mètre
carré.
Le développement (larvaire ?) dure 20 à 25 jours.
Les lésions occasionnées sont graves : destruction du corps gras, castration parasitaire
des femeües, mort de l’hôte après la sortie des larves.
A. acutkornis a été jusqu’ici élevée uniquement d’Acridiens adultes. La liste suivante
suffit à montrer sa polyphagie.
Elle a été obtenue d'Oedipoda coerulescens (L.), Stenobothrus Uneatu${P&nz.) d’après
Herting (1960 : 57); de Chorthippus bkolor (Charp.), C. biguttulus (L.), C. mallis (Charp.),
C. dorsatus (Zett.), Euchorthippus pulvinatus (F. W.), Pezotettix giomai (Rossi) d’après
Callot (1937 : 282) et de Gompkocerus sibiricus (L.), Aeropedellus variegatus (F. W.),
C. albomarginatus Deg., C. apricarius (L.), Myrmeleotettix palpalis (Zub.), Stauroderus
scalaris (F. W.), Stenobothrus nigromaculatus (H. S.), S. ewasius (Zub.) d’après Zakhvatein
(1954 : 256).
2. Observations personnelles.
Mes observations sont basées sur la dissection de 142 hôtes * parasités dans la nature
et sur la réalisation partielle au laboratoire du cycle, à la suite de la ponte d’une femelle capturée.
J’ai trouvé ce Tachinidé dans les hôtes suivants : Oedaleus decorus* (Germ.), Sphin-
gonotuscoerulens * {L.),Calliptamus italkus * (L.), Omocestus venlralis* (Zett.), Oedipoda,
coerulescens. (L.), O. germanka * (Latr.) en Provence; Gompkocerus rufus * (L.), Chor¬
thippus mollis (Charp.), C. biguttulus (L.), C. longkornis • (Latr.), Euchorthippus declivus *
(Bris.), P. giomai (Rossi) à Richelieu; et j’ai obtenu la ponte sur Acrotylus insubrkus •
(Scop.), Euchorthippus pulvinatus * (F. W.), Dociostaurus genei * (Osck.) en sus de ceux
indiqués au-dessus.
Onze de ces Acridiens (marqués d’un astérisque) sont mentionnés pour la première
fois.
La presque totalité des hôtes étaient adultes, mais treize (soit 9 %) étaient au stade
nymphal au moment de la sortie du parasite. R faut donc reconnaître comme l’avait admis
Zakhvatein (1954 : 257) qu’..4cem/io acutkornis est essentiellement un parasite d’hôtes
adultes mais àl’occasion il se montre capable d’attaquer un hôte larvaire et de s’y développer.
La période phénologique apparaît plus étendue qu’elle ne l’est en Sibérie. J’ai obtenu
des édosions de la mi-juin au début octobre et des pupes jusqu’à la fin octobre. En France,
A. acutkornis présente plusieurs générations.
Les renseignements concernant la vie d’Acemyia acutkornis dans son milieu naturd
sont succincts. Dupuis (en litt.) a capturé à Richelieu en juin et en août quatre mâles dont trois
étaient posés sur des fleurs de Daucus carota et Ranunculus acris et un au repos à 19 b. 15
sur tige d’Asparagus officinalis. Kogler (1967 : 446) cite un mMe, dans la même localité.
J’ai récolté à la Sainte-Baume une femelle en septembre, à 17 h. 15, au repos sur une touffe
rase de graminées.
Les dissections des femelles vierges obtenues in vitro et de la femelle fécondée récoltée
dans la nature me permettent d’apporter quelques précisions sur la physiologie de la repro-
duction. L’appareil génital femelle est semblable à celui de Ceracia mucroni/era; il montre
un utérus allongé et cylindrique. Tous les ceufs mûrs au moment del’imaginalisation descendent,
1. Parmi ces hôtes, 76 ont été étudiés en Provence et 66 à Richelieu. Depuis la rédaction de la section
relative à Acemyia acutieornU il m’est apparu que les Aemyio étudiée à Richelieu et en Provence ne repré¬
sentaient vraisemblablement pas une seule espèce.
En première approximation, cependant, les deux espèces éventuelles ont une biologie très comparable.
En attendant les précisions qne je me propose d'apporter nltérieurement, on notera simplement que :
1» Mes données présentes, relatives à ia morphologie préiniaginale (figures comprises) et à la position
des œu& sur hôtes de la nature, se rapportent à A. aeucieornis de Richeiien;
2® Mes données sur la ponte in vitro sont relatives i Aemyio sp. de Provence;
3® Mes données qualitatives sur la biologie larvaire ont été établies en majeure partie sur du matérid
de Richelieu;
4° Mes données quantitativea sont mixtes.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
lis
chez les femelles fécondées, dans l’utérus où ils s’accumulent en deux piles imbriquées de
manière identique à celle observée chez C. tnucronifera (v. supra) et ch« les autres Acemyiina
(cf. Tottnsend 1936:73) et commencent leur incubation. Les œufs contiennent, au moment de
leur dépôt sur l’hôte, une larve prête à éclore. La fécondité — estimée par dénombrement
des œufs contenus dans les ovaires de deux femelles vierges et dans l’utérus d’une femelle
gravide — est de 126 œufs.
Le comportement et le mode de ponte ne difièrent pas de ceux de C. mitcronifera.
La femelle, mise in vitro en présence d’un hôte, se dirige sur lui précipitamment, dans les direc¬
tions les plus diverses et passe sur son corps en courant et en suivant une trajectoire qui peut
être droite ou courbe. Au cours de ce déplacement, l’extrémité de son abdomen balaye l’hôte
et les œufs déposés s’alignent selon une direction qui matérialise la trajectoire d’attaque.
D’autres fois, particulièrement si l’hôte réagit violemment, le parasite le harc^e, se précipitant
sur lui à plusieurs reprises et n’y dépose qu’un œuf après l’autre. Dans ce cas, les œufs sont
déposés anarchiquement. A une attaque en trajectoire peut suivre une attaque par harcèlement
et vice versa.
Le nombre d’œufs déposés en ime seule manœuvre est variable. Un, rarement deux,
lors d’une attaqpie par harcèlement, généralement davantage (trois ou quatre et jusqu’à huit)
lorsquel’attaquealieuen trajectoire. Assez souvent, plusieurs attaques se succèdent. Le nombre
total d’œufs déposés peut alors être plus élevé.
Tableau XIV. — Localisation des œnfs
Lieu de dépôt
Nombre d’œufs
déposés sur l’hôte infesté
dans la nature
Nombre d’œufs
déposés sur l’hôte infesté
Nombre total
d’œufs observés
Tête.
1
10
11
Pronotum.
11
10
21
Ptéropleures.
2
1
3
Ptérosiemum.
0
7
7
Pattes.
2
17
19
Abdomen.
6
15
21
fiytres.
1
4
5
Total.
23
64
87
Il est difficile de dire si la ponte se déroule selon des modalités identiques dans les
conditions naturelles. Le nombre d’œufs déposés apparaît plus faible. Mais le fait de trouver
dans un hôte plus de larves que l’on a dénombré d’œufs atteste l’existence de pertes. Certaines
sont, sans doute, dues à des réactions de l’hôte telles que j’ai pu les voir in vitro : les œufs
déposés sur la face antérieure de la tête, les pattes antérieures et moyennes, sont facilement
enlevés par des mouvements de nettoyage. Deux observations permettent de penser que
l’attaque en trajectoire existe dans les conditions natiuelles. Certains hôtes hébergent trois
et même cinq l^es. Certes, la pluralité des larves peut provenir d’attaques répétées ou d’infes¬
tations multiples. Ensuite, il m’a été donné de voir deux œufs placés côte à côte et se chevau¬
chant par leur extrémité. Cette disposition atteste le dépôt d’au moins deux œufs en une
seule attaque.
L’œuf adhère au tégument par la face ventrue du chorion qui est recouvert d’une
substance adhésive. Cette dernière, abondante et fluide au moment du dépôt, s’écoule dans
les dépressions du tégument, assurant, avant de se solidifier, une adhésion parfaite de toute
la siuface ventrale de l’œuf, même sur des surfaces à relief tourmenté, comme lepronotum
des Oedipoda et Acrotylus.
Les lieux de dépôt des œufs, observés in vitro et dans la nature, sont consignés dans
le Tableau XIV.
Source : MNHN, Paris
116
J.-C. LÉONIDB
Les pleures ptérothoraciques ne représentent pas le lieu principal du dépôt des œufs
comme l’indiquait Zakhvatun (1954). n est même difficile de préciser les limites de la zone
modale sur laquelle le centrage de l’œuf s’effectue. A l’instar de Ceracia mucronifera, Acemyia
aciilicoTnU dépose ses œufs selon une zone modale très large qui englobe toutes les surfaces
découvertes (sensu Dupuis 1963 : 2134) : tête, prothorax, artides des pattes, tergites et ster-
nites abdominaux. Trois régions sont cependant visées : la tête, le pronotum et l’abdomen
dans sa partie latérale. Les pattes ne semblent recevoir des œufs que par suite de leur situation
exposée en travers des trajectoires d’attaque. Quelques œufs sont placés sur les élytres.
Le comportement imaginai d’A. acuticornis apparaît, du point de vue des moddités
de l’infestation, très proche de cdui de C. mucronifera : dépôt d’œufs macrotypes, incubés,
collés par la femdle, selon une vaste zone modale, sur le corps d’hôtes divers.
b. Vie préimaginale.
Ta pénétration, ainsi que l’avait remarqué Zakhvatkin (1954 : 258), s’effectue selon
des modalités identiques à celles décrites à propos de Ceracia mucronifera, comme l’établissent
les points de perforation visibles dans le chorion ventrd de l’œuf et le tégument 8ous*jacent
et comme je l’ai constaté de visu. Au laboratoire, le travail de forage du chorion et du tégument,
réalisé avec les crochets buccaux, débute dès le dépôt de l’œuf.
La larve I vit sann fixation. Son exuvie se retrouve en des points divers de la cavité
thoraco-abdomin^e de l’hôte. J’m observé la mélanisation de quelques exuvies.
C’est la larve II qm, après une période de vie libre, se fixe sur une trachée par l’inter¬
médiaire d’un siphon respiratoire.
La larve III succède à la larve II sans qu’il y ait de modifications importantes de la
physiologie parasitaire.
Les parasites hébergés dans un hôte sont en nombre assez faible. J’en ai dénombré
un seul dans 67 cas, deux dans 19 cas et dans 14 cas davantage (3, 4 et 5).
Deux, trois et même quatre larves ont pu arriver ensemble au terme de leur dévelop¬
pement. Inversement, il m’est arrivé de rencontrer des larves mortes, partiellement encap-
sulées et mélanisées. J’ai observé, dans un hôte norm^ (Pezotettix giomai) chez qui le parasite
se développe habituellement bien, une larve II âgée (avec ébauches des stigmates de la larve lU),
solitaire, morte et enfermée dans une capsule complète, épaisse, cohérente — j’ai pu la déchirer
avec des pinces —, mélanisée intérieurement et dont la nature cellulaire était visible au micros¬
cope. La mortalité semble frapper les larves I et quelquefois les larves II et III fixées. J’ai noté,
une fois, la présence de blessures sur le corps d’une larve morte.
La fixation s’effectue sur le tronc trachéen issu du stigmate pro-mésothoracique (76 cas),
mais elle peut égdement avoir lieu sur les trachées ptérothoraciques (9 cas), sur la trachée
du tympan (6 cas), sur les troncs trachéens issus des deuxièmes (18 cas), troisièmes (1 cas),
et quatrièmes (1 cas) stigmates abdominaux. La fixation, comme chez C. mucronifera, se
produit aussi bien au niveau abdomùud que thoracique. Lorsque l’hôte héberge plusieurs
parasites, deux siphons peuvent être inséré côte à côte. La aiphonogenèse peut être induite
chez l’hôte adulte et chez l’hôte larvaire.
Le siphon à paroi épaisse, court, évasé, est hétérostome, c’est-à-dire que le plan d’ou¬
verture distale fait im certain angle par rapport à l’axe longitudin^. O présente de ce fait
un côté plus long que l’autre. Il ne semble pas que le côté court corresponde obligatoirement
à l’emplacement de l’anus de la larve; il paraît situé en position diamétralement opposée
à la paroi tégumentaire de l’hôte, en sorte que l’ouverture du siphon est tournée vers la cavité
générde. La dissymétrie n’est pas liée à la larve mais au corps de l’hôte. La structure du siphon
n a pas été étudiée par coupe histologique. Mais l’examen microscopique in vivo a montré
que, durant la vie de la larve II, le bord dist^ du siphon était occupé par de nombreuses
cellules sanguines. Chez la larve âgée, la paroi du siphon cohérente, translucide, striée concen¬
triquement, ne laisse pas reconnaître de formation cellulaire.
Sur ces points particuliers de la fixation des larves et de la morphologie du siphon,
nous trouvons donc de grandes similitudes avec ceux décrits chez C. mucronifera.
La première mue n’a pas été observée. La deuxième, comme chez C. mucronifera,
intervient sans qu’il y ait rupture de la connexion respiratoire. La mise en place des structures
propres au stade III se fait progressivement dès la fin de la vie du stade II. On peut dors voir,
sur la larve, se superposer les éléments du stade II et ceux du stade III. On note en premier
1 apparition des fentes stigmatiques de la larve III puis celle des pièces buccdes. Au moment
de la mue proprement dite, l’cxuvie se sépare en deux parties très inégales. 1^ portion anté
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
117
rieure, qui comprend tout le tégument et les pièces buccdes du stade II, est rejetée à l’exté¬
rieur du siphon à la paroi duquel elle adhère. La portion postérieure, réduite aux stigmates,
tombe dans le siphon et se retrouve contre la partie interne de la paroi. La jeune larve III
présente des fentes stigmatiques postérieures bien individualisées, mais peu sdérifiées. Le
tubercule stigmatique en particulier est encore simplement tégumentaire et ne se sclérifie
que les jouis suivants. Les pièces bucctdes, en revanche, sont déjà assez bien sdérifiées.
L’ébauche des pièces bucctdes n’apparaît donc qu’apiès celles des fentes stigmatiques mais
leur sclérification, plus rapide, s’achève la première.
Hématophage au début de sa vie (la larve I montre un tube digestif de couleur jaune
plie et translucide), le parasite devient ensuite stéatophage.
L’examen microscopique du contenu de la partie antérieure de l’intestin des larves II
et III laisse reconnaître les caractéristiques des cellules du corps gras de l’hôte (avec leiu
énorme vacuole centrde et leur cytoplasme en forme d’anneau périphérique) et parfois des
fragments de trachées. Dans la partie antérieure du tube digestif, le contenu estjaune clair
— comme le corps gras. Dans la partie postérieure, l’intestin contient des boulettes de couleur
jaune orangé vif; ces formations, observées en contraste de phase interférentielle, apparaissent
constituées de gouttelettes de toute taille ; on n’y reconnaît aucun élément solide, encore
moins ceUulaire. Elles se dissolvent presque totdement dans l’acétone. L’ensemble de ces
observations montrent que ces formations proviennent de la digestion du corps gras; la couleur
jaune orangé vif provient, sans doute, de la concentration des pigments.
Ces boidettes sont rejetées par la larve dès le début du deuxième stade. On peut effec¬
tivement, à la dissection des hôtes, les voir sortir de l’anus situé en lisière du siphon. Ces
rejets d’excréments, d’abord faibles, s’intensifient progressivement tout au long de la vie
du stade II et particulièrement sur la fin de c^e du stade III. Us forment alors, autour du
siphon, d’importants dépôts jaune orangé plus ou moins lâches et dilacérables, dont certaines
portions penvent se détacher et être disséminées dans la cavité générde de l’hôte. Ces forma¬
tions caractéristiques avaient été remarquées par Zaehvatein (1954 : 259). L’origine excré¬
mentielle de ces dépôts, attestée par l’observation directe de leur sortie hors de l’anus, est
confirmée par l’an^ogie de leur couleur et de leur aspect microscopique avec ceux des boulettes
contenues dans la partie terminée de l’intestin et leur égde solubilité dans l’acétone.
Le rejet progressif, continu, dès le début de la vie de la larve II, d’excréments autour
du siphon est l’un des aspects remarquables de la vie d'Acemyia acuticornis et des autres
Acemyiina que j’ai étudiés.
La phase de sarcophagie, traversée à la fin de la vie de Ceracia mucronifem, apparaît ici
presque inexistante, môme dans les cas de surparasitisme, comme l’atteste la faiblesse des
lésions. D est vrai que chez C. mucronifera la sarcophagie se manifeste soit dans le cas d’hôtes
adultes de grande taille, au sortir de l’hiver, soit en été mais dans des hôtes larvaires de petite
taille; alors que les hôtes d’A. aeuticomis, de taille moyenne, ont toujours été infestés en été.
Or, nous savons que le degré de sarcophagie d’un parasite peut varier en fonction de l’état
physiologique de l’hôte (Dupuis 1963 : 282-3) et de sa taille (voir supra).
Les laives abandonnent l’hôte en perforant des membranes diverses, notamment les
membranes pleurdes de l’abdomen (voir Tableau XV).
Ces lieux de sortie ne diffèrent pas de ceux notés dans le cas de C. mucronifera.
Les pnpes obtenues fin octobre ne dorment des imagos que l’armée suivante. L’hiver¬
nage a lieu, dans le sol, au stade pupal.
c. Interactioru dans le couple hôte/parasite.
La formation d’un siphon et le cas échéant de capsules hémocytaîres (voir p. 116)
Atteste la réalité des réactions de l’hôte à la présence du parasite.
Chez Acemyia acuticornis, espèce polyphage, l’intensité des réactions d’encapsulement
vane selon l’hôte considéré. Dans la majorité des hôtes sign^és (voir supra), les réactions sont
faibles, voire accidentelles ou relèvent du surparasitisme.
La phase de sarcophagie étant quasi nulle, les lésions occasionnées à l’hôte sont faibles,
le corps gras a pu être exceptionnellement réduit, notamment dans le voisinage des larves,
lorsque les parasites hébergés sont nombreux. H n’y a pas de trace de mélanisation dans le
corps de l’hôte, preuve de l’absence de blessure. Il est impossible de distinguer sur le terrain,
d’après leur vigueur, les individus parasités des individus sains.
L’influence de ce Tachiuidé sur l’appareil génital de l’hôte et sur sa physiologie n’a
été étudiée qu’assez fragmentairement. Zakbvatkin (1954) parlait d’une castration parasitaire.
Source : MNHN, Paris
118
J.-C. LÉONIDE
Tableau XV. — Localisation des trous de sortie des larves
lieu de sortie
Nombre de cas
Membrane coUaire (partie latérale).
1
Membrane pro-mésothoradque.
1
Membrane articulaire méaocoxale.
1
Membrane articulaire métacoxale.
3
Membrane pleurale du segment abdominM 11.
15
Membrane pleurale du segment abdomintd III.
25
Membrane pleurale du segment abdominal IV.
9
Membrane pleurale du segment abdominal V.
3
Membrane pleurale du segment abdominal VI.
1
Mes observadons, effectuées dans des condidons indéterminées, sont, au moins en apparence,
contradictoires.
Certains hôtes, hébergeant même plusieurs parasites âgés, montraient des ovocytes
viteliins, voire des ovules à terme et normaux dans les ovariolea ou les oviductes. D’autres fois,
en présence d’une seide larve III, les femelles montraient des signes de dégénérescence de leurs
ovocytes âgés (floculadon du vitellus, perte de turgescence, chambre ovocytaire flétrie), ou
présentaient un appareil génital juvénile (ovocytes basaux petits, non viteliins).
U faut vraisemblablement voir, dans ces observations discordantes, le résultat de l’hété*
rogénéité, au moment de l’infestation, de la population parasitée quant au degré de l’évolu¬
tion de l’activité génibde des individus. Il y a de fortes chances pour que, dans certains cas,
l’action du parasite se soit située lors d’une phase prépubertaire de l’activité génitale (cer¬
taines femelles saines étaient à Tétat nymphai ou fraîchement imaginalisées), alors que dans
d’autres, l’action a été post-pubertaire (ovules sains déjà dans les oviductes). En outre, certaines
femelles parasitées, qui montraient des ovocytes viteliins dans les ovarioles et dans les ovi¬
ductes, ne renfermaient que des exuvies. Chez celles-ci, le développement ovocytaire est peut-
être postérieur à la sortie des parasites et la castration ne serait pas irréversible.
D’après Zakhvatkin (1954), aucun hôte ne survit à la sortie des larves. Personnelle¬
ment j'ai fréquemment observé la mort de l’hôte deux ou trois jours après la sortie des larves,
mais égdement rencontré en octobre-novembre des hôtes parasités qui n’hébergeaient plus
que des exuvies. Je n’ai pu préciser la durée exacte de la survie ni l’importance de la popidation
survivante dont l’existence est indéniable.
d. Caractéristiques du cycle d’Acemyia acuticomis.
Mes observations, jointes à celles de Zakhvatkin (1954), permettent d’avoir une idée
assez précise de l’histoire naturelle à'Acemyia acuticomis, qui dang ses grandes lignes est
si mila ire de celle de Ceracia mucroni/era. Cela est vrm pour les modalités de l’infestation et
du comportement de ponte comme pour la vie endoparasitaire.
Source ; MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
119
D existe cependant des divergences. A. acuticomis difierc de C. mucronifera par :
1° Son biotope situé au niveau de la strate herbacée,
2° Sa période de vol estivdle, voire automn^e, ce qui se traduit par l'infestation d’bôtes
essentiellement à l’état imaginai,
3° Sa polyphagie natuidle,
4° Le nombre plus faible d’œufs déposés et un grégarisme larvaire plus limité,
5° Son hivernage au stade nympbal.
IL BIOLOGIE DE MYIOTHYRIA BENOISTI MESN.
Le genre Myiothyria Van Der Wulp 1890 comporte diverses espèces dont l’étude est
récente. A l’heure actuelle, on en connaît trois, élevées d’Orthoptères *. Il s’agit de :
Myiothyria {Pamphagophaga) gomerana Endeiiein obtenu du Pamphagidé : Acro-
stira bellamyi aux lies Canaries par Enderlein (1930 : 44) • ;
M. nigrita Kugler ^evé du Pamphagidé Eremothmetis carinatus en Israël par Kdcler
(1963);
M. benoisti Mesnil ^evé de Pyrgomcrpha conica en France par Lèonide (1963 è).
Pour les deux premières espèces, hormis le fait de parasitisme et l’identité des hôtes, aucune
donnée biologique n’a encore été établie.
Myiothyria benoisti a été décrite par Mesnil (1959) du Maroc. J’ai ^evé ce Diptère de
Pyrgomcrpha conica (Oliv.) [Caelifera Pyrgomorphidae] provenant de diverses loc^ités pro¬
vençales (Marseille, Simiane, Pertuis, Le Tholonet). J’ai pu établir quelques points de sa bio¬
logie dont les traits essentiels, inédits, ont été publiés dans une note préliminaire (1963 6).
Cœ données sont fragmentaires mais intéressantes car cette espèce est la première du genre
dont la biologie soit précisée. Elles portent sur la vie endoparasitaire. Les imagos obtenus
l’ayant été occasionnellement par élevage à partir de l’hôte, la vie imaginale est ignorée. Aucun
œuf n’a été trouvé sur le corps des Acridiens.
La vie des trois stades larvaires est semblable à celle à’Acemyia acuticomis.
Le stade I vit sans fixation dans l’hémocœle de l’hôte, se nourrissant d’hémolympbe et
s’accroissant sensiblement. La mue intervient avant la fixation. Les exuvies I se rencontrent
en divers points de la cavité thoraco-abdomin^e, voire de la cavité céphalique, toujours éloignées
du siphon respiratoire.
La larve II, après une période de liberté, s’attache à une trachée sur laquelle s’édifiera
le siphon. La siphonogenèse est induite chez l’hôte larvaire. Le lieu de fixation — dans les
7 cas observés — a été le tronc trachéen issu du stigmate pro-mésothoradque.
La mue se produit sans rupture de la connexion respiratoire et l’exuvie II se trouve
incorporée dans la paroi du siphon, le tégument exuviai accompagné des pièces buccdes à
l’extérieur, les stigmates à l’intérieur.
D’importants dépôts jaunâtres, dont l’origine excrémentielle a été établie en partie de
U même manière que chez A. acuticomis, bordent le pourtour du siphon et attestent la stéato-
phagie des larves fixées.
Les larves mûres abandonnent l’hôte en perforant les membranes pleundes des segments
abdominaux (IV à VI en particulier).
Les lésions occasionnées, chez l’hôte de petite taille, sont parfois importantes. J’ai pu
recueillir une pupe de 30 mg d’un hôte de 45 mg. Cela représente le rapport pondéral (0,7) le
plus élevé que j’ai noté chez un Acemyiina. Dans cet exemple, le corps gras était totalement
détruit, de nombreuses traces de mélanisation parsemaient la cavité générde de l’hôte révé¬
lant les multiples lésions subies ; l’hypoderme dévoré laissait apparaître la cuticule transparente.
De telles lésions témoignent de l’existence d’une phase de sarcophagie notable à la fin de la vie
larvaire du parasite. L’hôte ci-dessus, prostré, l’abdomen dilaté par la présence de la larve III
n’a pas survécu vingt-quatre heures à la sortie du parasite. Lorsque l’hôte est grand (stade plus
1. Récemment Blackith (1967 :93) a obtenn d'Ortboptères Eumastacida» une eapèce
i’etpèces voiaines de Myiothyria fergutoni Malloch.
2. Mesnil (1965 : 791) pense que M. gonttrana Enderl. serait synonyme de M. ocum
Bbcxeb (1908 : 113).
ou un complexe
iinolo décrit par
Source : MNHN, Paris
120
J.-C. LÉONIDE
âgé), le rapport pondérai tombe en dessous 0,5 et les lésions sont plus faibles. La musculature,
l’bypoderme peuvent être indemnes, le corps gras à peine réduit, la survie possible.
La biologie de ce Diptère offire diverses particularités.
Ce parasite, au moins pour la génération observée, accomplit son cycle dans un hôte
larvaire.
\j> phénologie est mal connue, toutefois mes observations laissent entrevoir l’existence
d’un dévdoppement hivernal de ces parasites dans Pyrgomorpha conka dont le cyde est
singulier. Chez cet Acridien, la ponte a lieu en mai-juin; les larves éclosent à la fin de l’été,
passent l’hiver en se développant lentement et deviennent adultes au printemps suivant
(Grassé 1924 :46; Chopahd 1952 : 222); cela est vrai à basse tdtitude et en Provence (Dreux
1962 : 715). On rencontre le parasite au premier stade larvaire, dans l’hôte au stade II et III,
en décembre et janvier. Les œufs de M. benoisti ayant disparu — à la mue de l’hôte vraisem¬
blablement — l’infestation, plus précoce, doit s’effectuer dès l’éclosion des Criquets et ie
dévdoppement se poursuit en hiver. J’ai obtenu des larves mûres et des pupes en janvier et
en février, des imagos de janvier à mars. La température du laboratoire ne peut être impliquée
dans ce dévdoppement hivernal, des pupes ayant été recueillies, en février, le lendemain de
la récolte des hôtes sur le terrain.
Le cyde hivernal de M. benoisti est corroboré par la découverte, en avril, de P. conka
n’hébergeant plus que des exuvies. Notons que cela atteste égdement l’existence, dans la
nature, d’une survie des hôtes à la sortie des parasites.
J’ignore ce que deviennent les Mouches édoses en hiver. J’ai obtenu des pupes et des
adultes au début juin d’une nymphe de Ckortkippus sp. L’infestation de cet Acridien n’a pu se
produire qu’à une époque comprise entre la date de sa capture (29 mai) et celle de son édosion
(fin avril, début mai). Les imagos qui ont contaminé cet hôte sont-ils ceux provenant des
P. conka et édos en mars? Je n’en ai aucune preuve, mais quelle que soit l’origine de ces
imagos, la période de ponte de cette deuxième génération est très précoce dans le printemps.
Les quelques données que j’ai rassemblées sur la phénologie de M. beTwisti, établies
par dissection des hôtes, démontrent le déroulement hivernal d’une partie du cycle de ce
Diptère pliuivoltin. A notre latitude, un tel cycle est exceptionnel parmi les Acemyiina,
comme parmi les autres Diptères acridiophages. Faut-il voir là un exemple intéressant de
synchronisation des cycles parasite-hôte? Cela est probable, mais non démontré.
M. benoisti est probablement polyphage. Deux hôtes, P. conka et Ckortkippus sp.,
appartenant à deux familles différentes, sont déjà connus; il peut en exister d’autres dont
certains sont présumés tel Acrolylus insubrkus (Scop.) qui passe souvent l’hiver à l’état adulte
en Provence (Chopard 1952 : 257; Dreux 1962 : 715; observations personnelles). J’ai,
à deux occasions, rencontré dans cet hôte, au mois de mars, des larves I i’Acemyiina similaires
à celles de M. benoisti.
D. CARACTÉRISTIQUES BIOLOGIQUES ET PARASITOLOGIQUES
DES ACEMYIINA
La propagation de Ceracia mucronifera et à.'Acemyia acutkornis au laboratoire m’a
permis de reconnaître, dans des conditions déterminées, bien des aspects de la vie imaginée
et larvaire de ces Diptères. Ces investigations ont fait accomplir un réel progrès à la connais¬
sance des Acemyiina. Ces résultats, joints à ceux plus fragmentaires de mon étude sur Myio-
thyria benoisti et des études de mes prédécesseurs sur/fcemyta ocitricorais, Ceracia dentata,
Euacemyia tibialis, Hemilkrixion oestriforme, sont maintenant suffisants pour que je puisse
préciser les particularités biolo^ques et parasitologiques des Acemyiina.
Leur vie se définit par quelques caractères propres et par d’autres communs à différents
Diptères; leur somme confère à la biologie des Acemyiina sa véritable individualité. C’est cet
ensemble de faits biologiques que je rappellerai.
Les imagos montrent une précoce maturité sexuelle. Les femelles, dont tous les œufe
sont mûrs dès l’i m a ginali sation, s’accouplent nécessairement dans les premières heures de
leur vie avec des mides généralement plus âgés, et ayant émergé les premiers (il y a protandiie).
Elles présentent une période de gestation qui se confond avec les délais d’incubadon des œufs
accumulés, dès le colt, dans un utérus tubulaire, allongé et spirMé. Leur fécondité est de l’ordre
de 100 à 200 œufs.
Source : AlfJHW, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
121
Les œufs courts, macrotypes, plan-convexes sont collés, complètement incubés, sur le
corps de l’hôte. Le comportement de ponte est simple; la femelle se jette sur l’hôte et y dépose
»es œufs du bout de son abdomen. Les œufs sont placés isolément ou en série sur les faces
découvertes les plus diverses du corps, en particulier, les plus accessibles.
La plupart des espèces sont plurivoltmes. Leur période d’activité peut se situer, selon
les cas, au printemps, en été, en automne et même en hiver.
L’édosion et la pénétration dans l’hôte s’effectuent, dès le dépôt des œufs, par perfora-
don active du chorion et du tégument sous-jacent.
Selon la localisation des œufs, les larves néonates doivent accomplir un long parcours
avant de parvenir dans la cavité thoraco-abdominale où elles se rassemblent.
lies larves peuvent être grégaires ou solitaires. La larve I est libre et hématophage.
larve II, après une période de vie non fixée, s’établit sur une trachée.
L’édification du siphon s’effectue indifféremment chez l’hôte larvaire ou imaginai.
Sauf exceptions, la fixation a lieu au voisinage del’atriumdes troncs trachéeDs;les plusutüisés
sont ceux issus des stigmates pro-mésothoraciques et des premiers stigmates abdominaux.
Mais cette localisation préférentielle n’exclut pas l’insertion sur les ramifications trachéennes
du thorax et de l’abdomen.
La larve II mue sans abandonner le siphon respiratoire; l’exuvie II est incorporée
dans la paroi de ce dernier.
Pendant la période de vie fixée, la nutrition est hémato-stéatophage; une phase de
sarcopbagie, d’importance variable selon les espèces, peut exister à la fim de la vie trophique
du parasite. B n’y a pas formation de cordons de déjection. Les excréments sont éliminés
tout au long de la vie des stades II et lU, sous forme de boulettes jaune orangé qui s’accumulent
autour du bord libre du siphon. Cette élimination progressive (et qui va en s’intensifiant au
fur et à mesure de la croissance larvaire) des excréments dans le corps de l’hôte est l’un des
aspects particuliers de la biologie des Acemyiina.
Les larves, au terme de leur développement, abandonnent l’hôte en perforant des
membranes intersegmentaires, souvent au niveau de l’abdomen (région postérieure de la
membrane articulaire métacoxale, membranes pleurales).
L’hivernage a lieu dans le sol au stade nymphal et chez certains Ceracia, dans l’hôte,
au premier stade larvaire.
L’action des parasites sur l’hôte, variable selon l’espèce, est rarement né^geable. Les
réactions de l’hôte à la présence des Acemyiina se manifestent, outre la siphonogenèse, par
des réactions de défense pouvant aboutir à l’encapsulement des larves.
la spécificité parasitaire des Acemyiina donne lieu aux constatations suivantes :
1° Ceux de ces Diptères actuellement étudiés apparaissent inféodés aux Acridoidea.
J’ai, néanmoins, récolté une fois en Provence un Barbitistes fischeri hôte naturel de
larves vivantes à'Acyglossa pollinosa et d’une larve I à'Acemyiina sp. (non Ceracia) vivante,
mais présentant des traces de mélanisation et entourée d’une capsule hémocytaire incomplète.
Vu le parasitisme simifitané, ce cas n’autorise pas de condusion certaine sur l’adaptation de
VAcemyiina en question à cet hôte, apparemment anormal puisqu’appartenant aux Ensi/era.
2° Les femdies, sous réserve qu’elles s’attaquent à un Acridien, présentent, en général,
un comportement polyxénique. De ceci témoigne la polyphagie naturdle d’Acemyia acuti-
comis, A. tibialis, Myiothyria benoisü (2 hôtes connus de familles différentes) et Ceracia
denlata ainsi que l’obtention in vitro de la ponte de C. mucronifera sur une grande variété
d'.^cridiens et même, en un seul cas, sur tm Ensiière (Barbitistes).
Dans le cas de cette dernière espèce, la monophagie observée dans la nature, ressortirait
à la non concordance micro-spatiale de l’hôte — Anacridium aegyptium — et du parasite.
3° Les larves présentent selon les cas des exigences plus ou moins strictes.
Acemyia acuticornis s’établit avec succès chez tous les Acridiens qu’attaque naturelle¬
ment la femelle.
Acemyia sp. (de Provence) se dévdoppe également dans de nombreux Acridiens hôtes
naturds, à l’exception régulière d'Oedaleus décoras. Tous les Oedaleus de la nature portant
d« œufe ne renferment dans leur cavité thoraco-abdominde que des larves I mortes encapsu¬
lées et mélanisées et n’y ayant atteint, tout au plus, que la moitié de la taille maximale de ce
stade.
Source : MNHN, Paris
122
j.-c. LÉoenoE
Pour ces deux espèces, je ne dispose pas de donsées sur le sort des larves chez des hôtes
expérimentaux.
Ceracia mucronifera se développe régulièrement chez Anacridium oegyptium, unique
hôte sur lequel la femelle ponde dans la nature, mais se développe de même tout à fait norma¬
lement dans la plupart des Acridiens sur lesquels la femelle accepte de pondre in vitro. Dans
le seul cas où cette Mouche a pondu sur un Ensifère, ses larves ont échoué (voir supra).
Le ( groupe parasitique » et la position systématique des Àcemyiina doivent être révisés.
L’extrême diversité des modalités de ponte rencontrées chez les Tachinaires ont conduit
certains auteurs, en particulier Townsend (1908) et Pamtel (1910), à établir une subdivision
en groupes < parasitiques * définis par les caractères de l’anatomie génitale et la physioloÿe
de la ponte.
Dans le système le plus dassique — celui de Pantel —, le groupe I [dans lequel cet
auteur (1910 :37) place à part le Thrixion kalidayanum Rond., seul Acemyiini biologiquement
connu à cette époque) comprend les espèces « ovipares sensu strictori » à « œuf court, inacrotype,
de dimensions toujours relativement considérables, à utérus postérieur toujours conformé en
simple condmt de passage pour les œufs; ceux-ci collés par la mère sur le corps de l’hôte >,
Ceracia mucronifera, Acemyia acutkornis et les autres Acemyiina, par leurs œufs courts,
macrotypes, placés sur le corps de l’hôte pourraient relever de ce groupe. Cependant ces
Diptères possèdent un utérus allongé dans lequel les œufs, mûrs dès l’imaginalisadon, descen¬
dent et sont incubés. L'utérus ne peut avoir la valeur d’un simple conduit d’évacuation maia
bien celle d’un organe d’incubation. En ces conditions, les Acemyiina ne peuvent appartenir
au groupe I de Pantel.
Ês ne peuvent pas non plus rdever des > Ovipare Arten > de Herting (1960), car ces
espèces ne sont pas ovipares mais ovolarvipares, et la ponte — pour utiliser les termes de
Dupuis (1963 : 201) — < subordonnée à un degré défini d’incubation des germes », n’est pas
uniquement déclenchée par le contact avec l’hôte.
Nous ne connaissons pas actuellement les modMités exactes de la ponte de tous les
Acemyiina, mais, comme il n’est pas douteux que cette sous-tribu représente un groupe taxi-
nomiquement homogène, les caractères particuliers à Ceracia mucronifera et à Acemyia
acutKomis posent nécessairement deux questions : celle de l’homogénéité des Exorisünae
auxquds se rapportent actuellement les Acemyiina soit celle de l’appartenance des Acemyiina
aux Exoristinae.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE IV
LES ORMIINI
ÉTUDE DE PLEStOŒSTRUS LEONIDEÎ MESNIL
SOMMAIRE
p«g«
A. TRAVAUX ANTÉRIEURS SUR LES ORMIINI . 123
I. Taxinomie et répartition géographique. 123
II. Biologie. 125
B. RECHERCHES PERSONNELLES SUR PLESIOŒSTRUS LEONIDEI MESN.126
I. Morphologie préimaginale. 126
IL Biologie. 131
1. Choiologie. 131
2. Phénologie. 132
3. Vie piéparasitaire. 132
4. Vie endoparasitaire. 133
5. Vie poBt-para«itaire. 134
6. Interactions dans le couple hôte/paiasite. 135
7. Spécificité parasitaire. 136
C. CARACTÉRISTIQUES BIOLOGIQUES ET PARASITOLOGIQUES DES ORMIINI . 137
A. TRAVAUX ANTÉRIEURS SUR LES ORMIINI
Les Omiini sont des Tachinaires qui se caractérisent par leurs yeux volumineux, leur
tégument jaune testacé, leurs antennes courtes et globuleuses, leur prostemum saillant en
forme de « ballon >, leurs fémurs renflés à la base. Ces caractères ne constituent évidemment
pas une diagnose à laquelle s’ajouteraient les données chétotaxiques mais représentent les
principaux déments d’un habitus remarquable.
Faute d’informations sufflsantes sur la biologie et U morphologie préimaginales, ces
Diptères n’ont pu encore être réunis dans un groupe homogène et naturel.
Je vais d’abord tenter de préciser la composition et la position de la tribu des Omiini.
J’indiquerai ensuite la répartition géographique de ces Diptères et les qudques renseignements
biologiques qui ont été établis.
I. TAXINOMIE ET RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE
Les Omiini constituent une tribu dont la composition n’est pas définitivement fixée.
Tavares (1964), qui a entrepris ime étude de la morphologie imaginée en vue d’une révision
de ce taxon, reconnaît que son statut même n’est pas complètement précisé.
Sa position taxinomique a subi de nombreuses variations et ses rapports avec les autres
Tachinidés ne sont pas clairs. Certains auteurs ont placé ces Diptères en marge des Tachinidés.
Source : MNHI'J, Paris
124
J.-C. LÉOMDE
Ainsi Villeneuve (1916 et 1925 : 2) avait constitué le groupe des Tachino<B3tridés * et Ségut
(1928 : 100) celui des Œstrocalliphorinés qu’il plaçait parmi les Calliphorinés. « Tachino-
œstridés et Œstrocalliphorinés > sont des termes éloquents qui laissent voir les difficultés
qu’ont éprouvé leurs auteurs à assigner aux Ormiini une place dans la systématique des Myo<
daires supérieurs.
Ces difficultés tiennent, comme l’a fait remarquer Thompson (1963 : 529), à la nature
isolée de ce groupe : < We really hâve no due to the taxonomie relation-ships of this little
group which is a striking example of the island like nature of the tachinid categories. >
Les genres que l’on réunit actuellement — v. infra — dans la tribu des Ormiini étaient
dispersés parmi les Œstridés de Brauer (1863) et de Towhsend (1936, III : 97-102 et 112-115;
1938, Vn : 231-7 et 256-272). Chez cet auteur, ils se rencontrent dans sa tribu OrmiiiU consti¬
tuée des genres Ormia R.D., Euphasiopteryx T.T., Ormiopkasia T.T., Pkasioormia T.T.,
Homotrixa Vill. et dans celle de ses Âulacephalini qui compte 11 genres parmi lesquels :
Auîacephala Macq., Plesioœstms Vill., Xystominta Vill.
Van Emden (1944 : 415) se résout à placer le genre Auîacephala Macq. parmi les Pha-
sünae.
Dupuis (1953 a : 417) note que la position assignée au genre Auîacephala par van
Euden s’explique à la rigueur par les grandes difhcultés de classement de ce genre aberrant,
mal connu à bien des égards et qui laisse perplexes tant de diptérologistes. Dupuis (Le.) insiste
sur la ressemblance étroite entre les larves à!Auîacephala (décrites par Grunin 1948) et celles
de divers Ormiini figurées par Townsend (1942, fig. 220-223, 226, 331-333); considérant
qu’ « il n’y a pour ainsi dire aucune probabilité qu’il puisse s’agir d’une simple convergence,
car les caractères communs sont exceptionnels, sinon uniques, chez les Tachinaires », il recon-
ndt l’entrée du genre Auîacephala, parmi les Ormiini, déjà préconisée par Majlloch (1929,
1932 : 312), comme définitive.
Verbeee (1962 :125) réunit égdement, après étude des genitalia, sous le nom d’> Or-
miinés > et dans le groupe Ormia-Aulacocephala, les genres Ormia, Aulacoc^hala, Eupha¬
siopteryx et Xystomima.
En 1953, Nutting découvre l’acridiophagie d^Euphasiopteryx brevicomis (Tovra.)
et décrit sa larve. Ueda (1960 :14-18) décrit celle A'Auîacephala hervei Bequaert, Thompson
(1963) celle à'Ormia punctata R.D. La comparaison de ces larves confirme la similitude entre
les Ormiini et le genre Auîacephala.
Les renseignements que j’apporte sur Plesioœstrus leonidei (qui est un AulacepkaliiU,
sensu Townsend) permettent de faire un nouveau pas dans le sens du rapprochement Ormiini-
Aulacephalini. En effet, la morphologie préimaginale de cette espèce (voir p. 128) est extrê¬
mement semblable à celle A'Auîacephala et A'Euphasiopleryx brevicomis. Mais surtout, la
découverte de l’acridiophagie de P. leonidei démontre que la similitude des Aulacephalini
et des Ormiini est non seulement valable sur le plan de la morphologie larvaire mais encore
sur celui de la biologie.
A l’heure actuelle, les Diptères Ormiini et Aulacephalini {sensu Townsend) * doivent
être réunis dans la tribu Ormiini {sensu lato). Mais tous les genres de Townsend ne peuvent
y entrer; la composition de la tribu se précisera au fur et à mesure des recherches nouvelles.
Tavahes (1962, 1964, 1965 o, b, c) a montré l’étroite parenté des genres Euphasiopteryx,
Ormia, Ormiophasia. En revanche, Thompson (1963 :455) a fait des réserves quant à l’appar¬
tenance des genres Pkasioormia et Homotrixa à la tribu des Ormiini. Les genres Eutrixa et
Rondaniocestrus, qui, d’après Townsend (1936, III ; 114), ont été élevés respectivement d’un
Phyllophaga et A’Apis, n’appartiennent vraisemblablement pas aux Ormiini.
D’après les résultats des études morphologiques et biologiques, les genres Euphasiop-
teryx, Ormia, Ormiophasia, Auîacephala, Plesioœstrus peuvent présentement entrer dans la
tribu des Ormiini {sensu lato).
Quant à la position de cette tribu, qu’actueRement Ton rapproche ou Ton intègre aux
Echinomyiinae (cf. Verbeke 1962:125; Herting 1963 in Utt.), je pense (après Verbeke l.c.)
qu’il serait so uhaitab le, si Ton veut établir une systématique naturdle, de l’ériger au rang de
sous-famille dont l’indépendance trouverait ses fondements dans l’unité que lui confèrent
la morphologie particulière des larves et Tacridiophagie.
1. Villeneuve <1914) lorsqu'il décrivit le genre PUtioœstrus le plaça dans le groupe des« Œilridai
dubtosae a.
2. Et sans doute daurocarini (voir irdra).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
125
n y a lieu de parier ici du Tachinidé Glaurocara fiava Thoms. élevé par Swaine (1964 :
342) d’une Sauterelle et étudié par Cbosskey (1965).
Cette espèce s’apparente aux Ormiini par la morphologie du planidium (bien que les
crochets buccaux soient distincts, ce qui n’est pas le cas des Ormiini) et des autres stades
préimaginaux, par la couleur jaune rouge de l’imago, l’identité du mode de vie, la position
taxinomique de l’hôte qui est un Ensifère. Cependant la morphologie imaginale de G. fiava
difière de celle des Ormiini par l’absence de saillie prosternée. Comme nous ne savons pas
quelle est la véeur exacte de ce caractère dans la diagnose de la tribu, il est difficile de se pro¬
noncer sur la position taxinomique de G. fiava.
Townsend (1936, III : 94*97) le plaçait dans sa tribu des Glaurocarini au voisinage
de ses Ormiini. VerberE (1962 : 132) le rangeait, sous le nom de Œstrocharis, dans ses Echi-
nomyiinae, non loin des Ormiinae-Àulacephalinae. Crosskey (1965 : 215-216) pense
que G. fiava, et peut-être les Glaurocarini, pourront, sans doute, être inclus aux Ormiini
lorsqu’une révision de cette dernière tribu interviendra.
Quoi qu’il en soit, Swaine (1964) et Crosskey (1965) ont apporté la preuve de l’acri-
diophagie des Glaurocarini ce qui — à mon avis — rend très probable leur parenté avec les
Ormiini, déjà attestée par l’identité de la morphologie des stades préimaginaux (v. infra).
Des imagos d'Ormiini ont été signalés en Amérique (Argentine, BrésU, Guyane, Mexi¬
que, États-Unis, Amérique Centrale : cf. Townsend 1912,1936; Reinhard 1922; Wolcott
1940; Sabrosky 1953; Tavares 1962,1964,1965 a, b, c), en Asie (Japon, Chine, Indochine,
Inde, Sumatra : cf. Townsend 1936, Ueda 1960), en Afrique centrée et du Sud (Townsend
1936, Verbeke 1962, Mesnil in litt), à Madagascar (Mesnil in litt.), et en Australie (Para-
MONOV 1955 :125-130).
En Europe aucun représentant de cette tribu n’étét connu (Thompson 1963) et, ni
SÉGUY (1928), ni Herting (1960) ne font mention de ces Tachinidés
Glaurocara fiava, signéé de l’fle Maurice (Townsend 1938, VIT : 224), a été obtenu
au Taoganyika par Swaine (1964). D’autres Glaurocara sont connus d’Éthiopie (Euden 1960 :
354), des Célèbes, de Bornéo, Sumatra, Malaisie (Crosskey 1961).
II. BIOLOGIE
la biologie de ces Diptères est peu connue. En fét, le mode de vie des Aulacepkalini
étant jusqu’ici ignoré, nos connaissances se rapportéent uniquement aux Ormiini {sensu
Townsend).
Quelques espèces ont été élevées d’Orthoptères Ensifères. Une revue de leur biologie
a été donnée par Sabrosky (1953 : 167-183, 289-305).
Kelly (1914) aurét obtenu dans l’Oklahoma Euphasiopteryx ochracea Bigot de Gril¬
lons (Sabrosky l. c.). Reinhard (1922) citét cette espèce de Gryllus assimilis Fabr., au Texas,
d’après une détermination fête par Greene à l’éde des pupes. Wolcott (1940, 1951) éleva
Euphasiopteryx australis (Town.) d’une Courtilière brésilienne Scapteriscus vicinus Scud.
D’après cet auteur, E. G. Smyth aurét eu cette espèce ou une espèce voisine d’une Sauterelle
{Neoconocephalus sp.). Il s'agissét là d'observations isolées, succinctes, certes convergentes,
mais dont aucune n’apportét une assurance convaincante.
En 1953, Nutting réunit d’intéressantes données sur Euphasiopteryx brevicornis
parasite, dans la région du Massachussets, de la Sauterelle Neoconocephalus robustus (Scudder)
et peut-être N. ensifer (Harris). Sa publication comporte divers commentaires biologiques
constituant la première preuve valable de l’acridiophagie de ces Tachinidés qm, par contre¬
coup, accrédite les observations précédentes.
Les grandes lignes de la vie endoparaétaire d'Euphasiopteryx brevicornis sont les
smvantes. La larve ï, qm est un planidium (ce qm laisse présumer la larviparité de la femelle),
pénètre, ««thi doute, dans l’hôte par ses propres moyens. Elle ouvre à travers les membranes
pleurées de l’abdomen un pore respiratoire (secondaire) et indmt en ce beu la formation d’im
1. Verbeke (1962 : 125) citait la capture de Xyslomima umbrinervU Vitl. pat MaRLEY en 1915 à
* Oainaont France a, mais récemment cet auteut (in lUl.) a émis l’opinion que le X. umbrinervis de Mabley
tarait peut-être origmaiie de e Claremont» en Afrique du Sud (Mesnil possède le type de cette espèce
capturé par Marley à Durban, Natal, le 16 juillet 1916), mais certainement pas de France comme il l’avait
pensé tout d’aboid.
g 564018 6 S
Source : MNHN, Paris
126
J.-C. liONIDE
siphon en forme de sac, clos au début de la vie larvaire. Plusieurs larves peuvent se dévdopper
dans un hôte et pas obligatoirement à la même vitesse. Les larves mûres sortent en perforant
le tégument au voisinage de leur siphon et se transforment en pupe dans le sol. La période
nymphale est de l’ordre de onze à douze jours. E. brevicornis n’a été obtenu que d’Ensiféres
de sexe mâle.
La biologie de Glaurocara fiava (cf. Crosseey 1965) ^evée par Swaine (1964) de
l’Ensifère Homorocoryphus nitidulus vicinus Walker ne diffère guère de celle d'Euphasiop-
teryx brevicornis. La femelle est larvipare; 2 000 à 3 000 planidia cuirassés peuvent être dénom¬
bré dans l’utérus. La larve I doit s’introduire dans l’hôte par ses propres moyens, mais les
modalités de la pénétration ne sont pas connues. Elle découpe un pore respiratoire à travers
les membranes pleurales de l’abdomen et induit un siphon respiratoire que Chosskey {l. c.)
qualifie, sans en apporter la preuve, de primaire. L’exuvie I se retrouve à la base du siphon.
Les hôtes parasités étaient adultes et généralement femeUes.
B. RECHERCHES PERSONNELLES SUR PLESIOŒSTRVS
LEONWEl MESN.
I. MORPHOLOGIE PRÉIMAGINALE
La morphologie préimaginde des Ormiini présente de nombreux traits saillants et se
singularise particulièrement par l’aUure des planidia.
Divers auteurs ont donné des descriptions plus ou moins détaillées des larves et des
pupes (voir infra). Crosskey (1965 : 206-212, fig. 1-16) a décrit en détail les divers stades
préimaginauz de Glaurocara fiava.
Je donne ici une description des larves et du puparium de Plesiocestrus leonidei.
1. Le planidium (fig. 30).
Le planidium de P. leonidei est typique, cuirassé, assez semblable à ceux figurés par
Townsend (1942, fig. 220, 220 A, 222, 226), Nuttirg (1953, fig. 1-4), Thompson (1963) et
très semblable à ceux d'Aulacephala maculithorax Macq. (cf. Grunin 1948, fig. 14), et A.
hervei Bequaert (cf. Ueda 1960, fig. 1-6).
Fusiforme, long de 400 à 495 p, large de 125 à 135 p, le tégument transparent, recouvert
au niveau du thorax et de l’abdomen de plaques sclérifiées, ce planidium comprend 1
pseudocéphalon, 3 segments thoraciques et 8 abdominaux.
Fie. 30, — Planidium de Ple»io<eslruê leonidei, vue latérale
Noter l'allure dea diverses pièces de la cuirasse, la apinulation et les stigmates postérieurs
Pseudocéphalon : avec 2 paires d’appendices sensoriels; la paire dorsale (antennes)
se présente sous la forme de 2 bâtonnets bien visibles, Congés (6x2 p), légèrement coniques,
insérés sur une proéminence hémisphérique; les appendices ventraux, petits (0,7 à 1 p) sont
difficiles à distinguer.
Source : MNHhi, Paris
DIPTfcHES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
127
Thorax : segment I avec une ceinture complète de microspinules punctiformes, très
serrées, à pointes dirigées vers l’arrière. Segment II avec ceinture analogue plus large et se
prolongeant dans la région médio*dorsale par une grande plaque sclérifiée (fig. 31 a).
Segment III : la ceinture de spinules est complète mais réduite dans la région dorsale occupée
par une plaque médiane et une paire de plaques latérales.
Abdomen : segments I à VII avec une demi-ceinture d’épines pointues occupant la
région ventrde; région dorsale avec une plaque médiane et 2 paires de plaques latérales.
Sèment VIII : dorsaleraent les orifices stigmatiques s’ouvrent à travers un petit sclérite
Fie. 31-33. — Planidium de PUsioastrut leonidei
31. Différentes pièces de la cuirasse. Échelle eommune : e. Première pièce dorsale. — b. Deuxième pièce
dorsale. — c. Pièce latéro-doraale. -- d. Latéro-ventrale. — Noter les épaissUaemenU « en vague»
de la eclérification et les dépressions punctiformes. — 32. Larve 1 après croissance, vue dorsale,
montrant la dislocation de la cuirasse. — 33. Pièces buccales, vue latérale.
ovalaire perforé par 6 trous. Ce sclérite et les stigmates sont soudés et forment un ensemble
<lue l’on retrouve non dissocié dans l’exuvie. Les troncs trachéens qui débouchent aux stigmates
postérieurs (le planidium est métapneustique) sont visibles, par transparence, au niveau du
dernier segment abdomind.
Ventrdement, s’ouvre l’anus, en arrière du segment VU dont la spinulation s’infléchit
pour contourner U papille anale. Toute la face ventrale est occupée par ime spinulation fine.
Source : MNHN, Paris
128
J.-C. LÉONIDE
On peut distinguer à l’extrémité du segment VIII, une paire de soies très courtes, à
peine plus longues que les épines, et une paire aussi courte, insérée latéralement; mais l’on ne
trouve ni sur U face ventrale ni sur la face dorsale de longues soies.
Chaque plaque sclérifiée de la cuirasse montre sur toute sa face externe une micro*
sculpture dessinant des crêtes ondulantes et, sur le bord caudal, une série de dépressions
punctiformes et transparentes ressemblant à des perforations ou à des pores d’insertion de
soies sensorielles qui ici sont absentes. Les plaques dorsales en portent 6 (fig. 31 b), les plaques
latéro-dorsales 2 (fig. 31 c) et les plaques latéro-ventrales une seule (fig. 31 d). Les plaques d’un
segment recouvrent, par leur marge postérieure libre, la partie antérieure fixée des suivantes,
formant ainsi, par imbrication, une cuirasse complète et télescopique. Chez la larve âgée, qui
a subi une croissance notable et a atteint 1,1 à 1,2 mm de long, les plaques sont déboîtées,
étalées les unes derrière les autres, écartées. La distance qui sépare alors deux plaques consé*
cutives peut atteindre de 2 à 3 fois leur longueur (fig. 32). Nütting (1953, fig. 5) a décrit le
même phénomène chez Euphasiopteryx brevicornis.
L’armature bucco-pharyngienne, longue de 100 ji, est caractéristique des Ormiini
(fig. 33). Les adérites pha:nT>giens et les pièces intermédiaires sont soudés entre eux et consti¬
tuent une paire de sdérites indivis accolés antérieurement où ils affectent la forme d’une lame
verticde, subquadrangulaire à angles émoussés. En arrière, ces sdérites différendent deux
courtes ailes. L’aile dorsale assez arrondie est dépourvue de prolongement antérieur. D n’y a
pas de crochets buccaux à proprement parler. Mais on distingue une série de pièces particu¬
lières d'origine énigmatique. H s’agit d’une paire de pièces très sclérifiées situées antéro-
ventralement par rapport aux lames pharyngiennes. Ueda (1960 : 18) suppose que ces pièces
— chez Aulacephala hervei — seraient constituées par la fusion des crochets buccaux. On
trouve également un sclérite impair, étroit et allongé, en position antéro-dorsale, réunissant
les pièces antéro-ventrales aux lames pharyngiennes. On note aussi la présence de sdérites
hypostomaux bien développés qui manquent chez A. maculithorax et A. henei. Chez ce
dernier, UeoA (/. c.) les suppose soudés aux sdérites pharyngiens.
La morpholo^e du planidium de Plesioœstrus leonidei s’apparente de près à celle des
planidia d’A. maculithorax et d’^l. hervei qui sont, au sens de Townsend (1938 : 256), des
Aulacepkalini. Il existe cependant entre ces trois espèces de petites différences :
1° Les sdérites hypostomaux de P. leonidei n’ont pas été signalés chez les Aulacephala;
2° P. leonidei montre, sur la face dorsde du segment abdomind VIII, im sdérite
à travers lequel s’ouvrent les stigmates; chez A. hervei il est indépendant des stigmates; il
manque chez A. maculithorax;
3° Les longues soies portées par les faces dorsale et ventnde du VIII^ segment abdo¬
minal des Aulacephala font défitut chez P. leonidei.
Le planidium de Glaurocara flava (cf. Crosskey 1965 : 206-209, fig. 1-6) présente des
caractères communs avec les planidia d’Otmiini, telle la constitution similaire de la cuirasse
et de la spinuladon. Il y a cependant des diSerences : les crochets buccaux sont individudisés
et la partie antérieure de l’armature bucco-pharyngienne diffère de celle des Ormiini bien que
l’on retrouve une pièce similaire au sclérite antéro-ventral de P. leonidei et d'Aulacephala;
le VIII® segment abdominal présente trois paires de sdérites; les stigmates postérieurs s’ou¬
vrent à travers l’une d’elles.
Le planidium d'Euphasiopleryx brevicornis n’a été qu’assez sommairement décrit
et figuré par Nutting (19M : 74-75, fig. 1-5) pour permettre une comparaison fructueuse.
Je noterai cependant que sa ressemblance avec les planidia de P. leonidei et Aulacephala est
marquée. L’allure générale de l’armature buccale, des plaques de la cuirasse et de la spinula-
don est similaire à celle des espèces d-dessus. En pardculier, la forme, l’omementadon et
la distribudon des plaques sont idendques à celles de P. leonidei. La différence essentielle
réside dans l’existence — chez Evphasiopteryx brevicornis — de chaque côté du segment H
d'un groupe de crochets « claw-like spurs » (Ndtting /. c.). De telles formadons ont été figurées
chez E. bilimekii B.B. par Townsend (1942, fig. 223, 224).
Présentement, la morphologie des planidia d'Ormiini s. l. révèle à la fois de nombreux
caractères communs portant sur l’allure et la distribudon des plaques de la cuirasse et de Is
spinuladon et de non moins nombreuses pardcularités spécifiques ou génériques. Ces ressem¬
blances morphologiques consdtuent un argument important en faveur de l’existence d’un
ensemble taxinomique homogène groupant Ormiina, Aulacephalina, Glaurocarina et formant
la sous-famille des Ormiirtae (voir supra).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
129
2. La larve II (fig. 34).
Le stade H est une larve trapue, de taille variable avec l’âge et les individus, mesurant
à terme et en moyenne 5,5 mm de long et 1,8 mm de diamètre.
Le pseudocéphalon porte un complexe maxillo-antennaire peu développé.
La spiaulation est marquée, très visible chez la larve jeune et l’exuvie, elle n’apparaît
presque pas chez la larve âgée, distendue. Elle comporte une ceinture complète d’épines autour
des deux premiers segments thoraciques et du dernier abdominal. Sur les autres ü n’y a qu’une
demi-ceinture ventrale.
La larve est métapneustique; les stigmates, dont la chambre feutrée est hifurquée,
débouchent par deux pores simples et subdrculaiies (âg. 35).
FlG. 34-36. — Larve II de PUêiotettruê UoniJei
34. Vue latérale de la larve; noter la epinulation, l’anue et les stigmates. — 35. Un stigmate postérieur.
36. Pièces buccales, vue latérale.
Les différentes pièces de l’armature buccde (longue de 260 à 290 (x) sont soudées entre
elles. On distingue une pmie de crochets buccaux développés; les ailes dorsales arrondies sont
sssez étendues (fig. 36).
L’anus, situé sur la face ventrde et le bord antérieur de l’urite VIII, forme une papille
eirculaiie de 100 (x de diamètre, fendue longitudinalement et bordée par la epinulation du
segment, infféchie à son niveau.
Source : MNHN, Paris
130
J.-C. LÉONIDE
Les pièces buccales et les stigmates (à la différence près qu’ils s’ouvrent par deux orifices
au lieu de quatre) sont semblables à ceux figurés par Crosseey (1965, fig. 7 et 8) chez Glau-
rocara fiava.
Fig. 37. — Stigmates postérieurs de la larve III de PlesUœstrus Uonidei, vue apicale
Noter la denticulation périphérique du plateau, la forme et le nombre variable (3 ou 4) des fentes
3. La larve III.
La larve III, trapue, mesure à maturité 9x3 mm. La partie postérieure du corps,
tronquée, porte deux plaques stigmatiques accolées, fortement sclérifiées, légèrement saillantes
(d’environ 0,2 mm). Chacune d’elles, semi-circulaire (750 [i de diamètre), dentée sur la péri-
FlC. 38. — Pièces buccales de la larve III de PUsUkbsItiu leontdei, vue latérale
Noter la dendculation ventrale et interne des crochets
phérie, présente trois ou quatre fentes stigmatiques, allongées, abondamment contournées
et ramifiées. Légèrement décalé vers l’intérieur par rapport au centre de chaque plaque, on
trouve l’orifice correspondant à l’emplacement du stigmate du stade précédent (fig. 37). Les
Source : MtJHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
131
Stigmates de Glaurocara flava sont plus saillants et les fentes stigmatiques forment une plaque
criïlée (CrOSSKEY 1965, fig. 9 et 10). Ceux à'Euphasiopteryx brevieornis sont également très
saillants mais les fentes stigmatiques se rapprochent de celles de Plesioœstrus Uonidei.
Les pièces buccales (fig. 38) diffèrent de celles du stade précédent. Leux taille est grande
(510 de long). Les crochets buccaux, les pièces intermédiaires, les ailes sont ici séparés et
articulés. On note, dans la concavité ventrale des crochets buccaux, une denticulation nette.
Ces pièces bucc^es ont une forme et une constitution similaires à cdles de G.fiava (cf. Crosskeï
l. c., fig. 15 et 16).
L’anus s’ouvre ventralemenl sur l’urite VIII sous la forme d’une papille circulaire,
parfois ovalaire, fendue longitudinalement.
4. Le puparium.
Le puparium est C 5 dindrique, assez large — 7 mm de long et 4 mm de diamètre — arrondi
à l’extrémité antérieure, tronqué à l’extrémité postérieure. Il n’y a pas de corne antérieure.
La région postérieure est occupée par les deux plaques stigmatiques noires, accolées qui forment
une protubérance de 1 X 0,7 mm, saillant de 0,2 mm, légèrement excentrée et inclinée par
rapport à l’axe longitudinal du puparium.
U. BIOLOGIE
Dans une note préliminaire (1963 b), j’avms mentionné la découverte en France, chez
Ephippiger ephippiger (Fiebig), de larves de Tachinidés que j’avais rattachées — d’après la
morphologie des exuvies retrouvées dans l’hôte — aux Ormiini. De nouvefies recherches m’ont
permis depuis de rassembler de plus amples informations. L’obtention de plusieurs imagos
mâles et femelles, décrits par Mesnil (1964), a apporté la preuve de l’existence des Ormiini
en France. L’étude de Plesioœstrus leonidei est basée sur la dissection détaillée de 41 hôtes
parasités qui m’ont fourni 115 larves aux divers stades et sur la comparaison de mes données
avec celles (établies sur 13 hôtes) de NuttinG (1953).
1. Chorologte.
Étant donné la répartition géographique des Ormiini, jusqu’ici inconnus en Europe,
la découverte de Plesioœstrus leonidei n’est pas sans intérêt (Mesnil 1964 : 261). Aussi je
crois utile d’apporter quelques indications sur l’unique localité française.
P. leonidei est, au moins à l’état larvaire, commun dans tout le massif de la Sainte-
Baume (départements du Var et des Bouches-du-Rhône). J’ai récolté des Orthoptères parasités
dans les localités — ou lieux-dits — la Coutronne, le Plan d’Aups, l’Hostellerie, Mazaugues,
la Roquebrussane, c’est-à-dire le long des 28 km de la route qui longe le versant Nord de ce
massif dont on connaît la flore (Laurent, 1942 ; René Molinier, 1939 ; Roger Molinier, 1952)
et la faime (Siipi, 1932-1933; Timon-David, 1952,1958; Iaelokoff, 1954) très particulières.
In forêt (hêtraie) de la Sainte-Baume représente une relique ^ciaire qui s’est maintenue
en Provence avec une partie de son entomofaune grâce à des conditions micro-climatiques
favorables liées à sa situation en ubac et aux soins vigilants apportés à sa conservation. En fait,
les stations mentionnées plus haut sont situées hors de la forêt; soit éloignées de plusieurs
kilomètres, soit en lisière et influencées par endroits par son voisinage. Elles occupent un
plateau calcaire à relief plus ou moins karstique (le Plan d’Aups) correspondant à un versant
Nord de 700 à 800 m d’altitude.
La végétation herbacée y est rase et clairsemée, les arbustes forment des touffes denses
(surtout de Juniperus oxycedrus). Les chênes {Quercus ilex L. et Q. Pubescens Willd.) dominent
dans une strate arborescente fragmentaire. On peut distinguer divers biotopes qui sont les
Associations à Festuea glauca (Festucetum à Thymus vulgaris), à Genista Lobelii, à Lavan-
dula vers et à Juniperus oxycedrus (cf. Molinier & Pialot, 1950-1951 : 3-4, pl. hors-texte).
C’est essentiellement sur les Genévriers que se tient la faune des Ensifères où Epkip-
piger ephippiger (avec sa forme montigena Azam) constitue, avec Ântaxius pedestris, la
Source : MNHhl, Paris
132
J.-C. LÉOMDE
population la plus importante. Sur le sol, déambulent les énormes E. provincialU tandis que
les Pholidoptera se blottissent sous le couvert des fourrés.
Il est évidemment difficile de savoir si P. leonidei, dont on ignore l’éthologie imaginde,
se tient sur la végétation therroophile sur laquelle vit son hôte ou sur la végétation de type
plus septentriondc qui avoisine.
2. Phénologie.
Le nombre de générations de Plesiocestrus leonidei n’a pas été établi avec exactitude.
Il ressort toutefois de la considération des époques auxqudles on rencontre ses divers stades
que ce parasite est plurivoltin. L’existence de plusieurs générations est attestée par la présence
de larves, révélée par dissection des hôtes, tôt dans la saison : larves I et II vers le 1®' juillet,
larves III vers le 4 juillet, alors que la génération que j’ai observée le plus fréquemment se
dévdoppe grosso rnodo du début septembre (date à laquelle on trouve des jeunes larves II)
à la fin septembre, mi-octobre (où l’on recueüie les pupes).
La phénologie des Ormiini est md connue. On ne dispose que de quelques données
fragmentaires. Nuttinc (1953 : 78) obtint des pupes d'Euphasiopteryx brevicomis en août;
Reinhard (1922 : 72) celles d’Omiia ockracea en fin septembre; Wolcott (1940 : 202)
l’adulte d'E. australis en juin, sous le climat subtropicd de Porto-Rico.
3. Vie préparasitaire.
J’ignore la biologie imaginde de Plesiocestrus leonidei, n’ayant pu découvrir l’adulte
dans la nature.
On n’est d’ailleurs guère plus renseigné sur celle des autres Ormiini. Tout au plus sait-on
que ces Mouches ont des mœurs nocturnes (TownsëND 1936, III : 101 ; c’est à cet auteur qui
n’a pas précisé l’origine de ses informations que se réfèrent Wolcott 1940 : 202, Nutting
1953 : 80, Sabrosky 1953 :170, Tavahes 19fô : 347, Mesnil 1964 : 261).
Selon Townsend (/. c.), les femelles sont actives et pondent la nuit. Les mâles puisent,
le jour, le nectar des fleurs. D’après la morphologie spécide des larves I extrdtes de l’utérus
maternel, cet auteur (1911:136-7 ; 1936, III : 100) émit l’hypothèse de la iarviparité des Ormiini,
Les femelles déposerdent, sur un substrat, des planidia qui devraient résister aux conditions
extérieures et atteindre l’hôte par leurs propres moyens. Townsend supposait que la larve I
vivait en ectoparasite et que celle du deuxième âge s’introduisdt dans la cavité générde de la
Sauterelle. Nutting (1953 : 72), rappelant l’hypothèse de Townsend, ajoute que l’on ignore
si les femelles déposent leurs larves sur le corps de l’hôte, sur le sol ou sur la végétation fréquentée
par ce dernier. Il admet que ce sont les planidia qui pénétreraient activement à travers les
membranes minces. Tl en voit une confirmation dans la présence d’une larve I à l’intérieur des
musdes du métafémur, la tête dirigée vers l’articulation coxo-fémorde. II suppose que l’entrée
a dû s’effectuer à travers le tarse et que la larve a g agn é la cavité thoraco-abdominale, en
traversant la patte.
Mes observations, bien que fragmentaires, apportent des fdts positifs qui confirment
la validité de certains aspects de l’hypothèse de NüTTING. Les planidia de P. leonidei pénètrent
dans l’hôte par leurs propres moyens â travers les membranes minces, comme l’atteste la
présence de l’un d’eux, mort, son corps à moitié engagé à travers la membrane intersegmentaire
unissant les pleures méso- et métathoraciques. De plus, les planidia essayant de s’introduire
dans un hôte par leurs propres moyens le font au hasard — comme j’d pu le noter chez les
Némestrinidés et Sarcophagidés — et un certain nombre d’entre eux pénètrent en des points
qui ne leur permettent pas d’atteindre la cavité générde et où ils périssent. J’d précisément vu
des planidia de P. leonidei ayant pénétré de telles parties « en impasse • du corps de l’hôte;
j’ai trouvé deux larves 1 dans le repli membraneux de l’aile vestigide et deux autres, mortes
dans l’épdsseur des grosses nervures de l’élytre squamiforme. Ces observations ne nous rensei¬
gnent pas sur les conditions de dépôt des planidia. Cependant si l’on considère, d’une part
que le taux de parasitisme par P. leonidei fut bas (32 sur 432 = 7 % chez Ephippiger ephippi-
ger), et, d’autre part que les hôtes infestés l’étaient parfois abondamment (jusqu’à 16 parasites
par hôte), il faut admettre — l’infestation massive étant incompatible avec la dispersion au
hasard — que les planidia doivent être déposés groupés. Ce point de vue est corroboré par
les fréquentes sorties simultanées des larves mûres qui laissent supposer une contamination
contemporaine.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
133
4. Vie endoparasitaire.
n n’existait presque aucune information sur la biologie de la larve I des Ormiini après
leur pénétration dans i’hôte. D’après Nutting (1953), les larves I, après avoir séjourné un
certain temps dans la cavité générale, percent un pore respiratoire à travers le tégument
ventral de l’abdomen et induisent la formation d’un siphon dos, en forme de sac. C’est à ta
base de ce siphon que cet auteur retrouve l’exuvie I.
Chez PUsioœstrus leonidei, la vie de la larve I diffère de celle à'Euphasiopteryx
brevicornis. Les planidia, après avoir pénétré, ne tardent pas à s’introduire à l’intérieur d’un
musde où ils vivent et s’accroissent jusqu’à la mue I-II inclusivement; celle-d intervient
MTis que les larves ne quittent cet organe dans lequd demeurent les exuvies. Ce point de la
vie endoparasitaire de P. leonidei a d’abord été révélé par la locdisation exclusive des exuvies I
en ce lieu, jusqu’au jour où j’eus la chance d’y observer des larves I vivantes.
Les muscles entre les fibres desquels s’instaUent les larves sont divers. J’ai dénombré
6 exuvies dans les muscles de la tête (dont 1 dans le musde de la mandibule), 1 dans un muscle
du cou, 28 dans les musdes thoraciques (dont 4 dans le prothorax, 2 dans un musde unissant
le pro' au mésothorax, 22 dans les muscles longitudinaux et transversaux du ptérothorax),
2 dans les muscles des hanches (méso- et métacoxa), 5 dans l’abdomen (dont 1 dans les muscles
des gonapophyses). Les larves peuvent s’établir dans n’importe quel musde et si la majorité
d’entre ehes était dans la musculature ptérothoracique (28/42) cela tient vraisemblablement
au grand développement de celle-d. La larve est contenue entièrement dans ta longueur du
musde. Dans la tête, où les muscles sont courts, elle s’installe au müieu des faisceaux muscu¬
laires sans parvenir à s’y loger complètement.
La locdisation intramusculaire ne s’accompagne pas, comme cela a été signalé chez
d’autres Tachinidés (Pantel 1910, Thompson 1915, Mellini 1957), d’une réaction aboutis¬
sant à la formation de x galle musc ulair e ». Elle rappelle celle de Drino Iota (cf. Müller,
1956 : 37).
La larve I ne se dévdoppe normalement qu’à l’intérieur des muscles. Je n’ai jamais
observé de larves I vivantes et libres dans l’hémocœle; les seules que j’y ai notées étaient
mortes sans avoir subi de croissance et enfermées dans un manchon hémocytaire.
Au cours de sa vie, la larve I, qui à la pénétration mesure 0,3 mm de long, s’allonge
jusqu’à atteindre 1,2 mm, taille qui n’est peut-être pas maximale mais la plus grande que j’ai
notée. Les différentes pièces de la cuirasse sont alors largement écartées les unes des autres
(fig. 32).
La nutrition est difficile à déterminer. A un degré avancé de sa croissance, la larve
demeure transparente et son tube digestif est teinté en jaune clair. Les musdes de l’hôte
parussent souvent dilacérés mais je n’ai pu établir si ces lésions étaient le résidtat des trauma¬
tismes dus à l’installation de la larve ou celui de leur destruction par ingestion.
La durée de ce stade n’a pu être précisée.
La jeune larve II, libre au début de son existence (l’exuvie du stade i étant toujours
éloignée du siphon respiratoire), ne tarde pas à aller ouvrir un pore respiratoire (secondaire)
par lequel die met ses stigmates postérieurs en contact avec l'extérieur.
A partir du pore et autour de la larve il s’édifie un siphon clos, en forme de sac dont
la paroi a la consistance d’une membrane molle, dilacérable, blanchâtre, épaisse, granuleuse,
DOD élastique. Elle ressemble au manchon hémocytaire qui enveloppe les larves mortes gisant
dans l’hôte.
Ce sac est percé à son extrémité libre par la larve II lorsqu’elle atteint un certain
développement, tandis que dans sa partie basale la paroi devient cohérente, cornée, striée et
brunâtre. Le sac se découpe sdon une ligne circulaire qui isole, à la base, le siphon proprement
parié, et, au sommet, ime sorte de < capuchon > qui se détache et tombe dans la cavité générale
où on peut le trouver sous forme de < peau » semblable à im tégument eruvid sans pièces
buccales. Chez Euphasiopteryx brevicornis, le sac est percé par la larve II lorsqu’elle atteint
6 mm (Nutting 1953 : 74).
Les pores respiratoires s’ouvrent à travers le tégument de l’hôte. Sur les 83 recensés,
un seul était situé sur le thorax, au milieu du stemite mésothoradque, et 82 sur le tégument
latéro-ventrd de l’abdomen. Dans cette région, üs peuvent être creusés aussi bien à travers
les membranes pleurales (63 cas) et les membranes intersegmentmres (7 cas) unissant les stér¬
ilités entre eux ou à la plaque sous-génitale qu’à travers les stemites abdominaux eux-mêmes
Source : MNHN, Paris
134
J,-C. LÉONIDE
(peu sclérifiéa chez les Eùisifères) [11 cas]. L’étude des localisations des pores respiratoires
de P. leonidei selon les diverses régions de l’abdomen montre que la partie moyenne (segments
III à Vil) est la plus utilisée (69 cas sur 83).
La formation du pore et du siphon est possible chez l’hôte adulte et chez l’hôte larvaire.
Sur les 41 Sauterelles infestées, 40 étaient adultes mais une était à l’état nymphal et contenait
une larve II vivante et enfermée dans le siphon.
Les autres aspects de la biologie de la larve II sont peu connus. durée de vie n’a pu
être précisée, la croissance n’a pas été déterminée avec précision et le mode de nutrition n’est
pas parfaitement établi. Toutefois quelques larves II, déjà émergées du sac respiratoire,
présentaient un tube digestif coloré en rouge orangé, ce qui laisse supposer que la stéatophagie
et peut-être même ime certaine sarcophage débutent, chez ce parasite, dès cet âge.
n existe une différence entre la biologie de Plesiocestrus leonidei et celle d'Eupka-
siopteryx brevicomis. Chez ce dernier, la larve I, à un moment de sa vie, creuse le pore respira¬
toire et se fixe au tégument par un siphon, chez P. leonidei elle vit à l’intérieur des musdes
et c’est la larve II qui forme le pore et le siphon. Des différences analogues ont été mises en
évidence chez les Pkasiinae parasites d’Hétéroptères (DüPOiS 1963 : 274-5) chez lesquelles
la labilité de comportement se manifeste au niveau intraspécifique.
La larve III succède à la larve II sans rupture de la connexion respiratoire et l’exuvie II
est toujours incorporée à la paroi du siphon. NxjttinG (1953 : 74), en revanche, indique
qu’il n’a pas trouvé trace de cette exuvie chez les hôtes infestés par E. brevicomis. La vie
larvaire, à ce stade, est marquée par une phase de sarcophagie; le tube digestif de la larve
s’emplit d’un volumineux cordon fécal de la couleur des organes ingérés. Au terme du déve¬
loppement, le siphon s’est fortement allongé et affecte la forme d’une corne d’abondance.
Le nombre de parasites hébergés s’est révélé variable. S’il est fréquent de compter
un seul parasite (17 cas sur 47), il n’est cependant pas rare d’en recenser davantage et jus¬
qu’à 16. Nütting (/. c. : 72) avait dénombré de 1 à 9 larves d'E. brevicomis par hôte. Toutes
ces larves ne se développent pas; un nombre assez grand meurt au stade I libre; elles sont alors
enfermées dans un manchon hémocytaire. D’autres meurent après la formation du siphon
qui se transforme en capsule.
Parmi les larves vivantes cohabitant, il en est à divers stades. Ce décalage dans le déve¬
loppement, dont la cause exacte n’est pas connue, avait été noté par Nutting (1953 : 72).
Mais il n’est pas général; 3, 4 et 5 larves peuvent s’accroître jusqu’à terme à la même vitesse.
Les larves II et les larves III enchâssées dans leur gaine et localisées dans la ré^on
médio-abdominale de l’hôte, au milieu des organes génitaux, sont orientées verticalement ou
obliquement et non horizont^ement selon l’axe du corps, comme c’est le cas de presque toutes
les larves de Diptères parasites d’Orthoptères.
5. Vie post-parasitaire.
A la fin de la période trophique, la larve III quitte l’hôte en perforant le tégument
dans le voisinage du porc, comme l’avait remarqué Nutting (1953 : 75).
De volumineux cordons de déjection, pouvant atteindre 10 cm de long, sont rejetés
dans l’hémocœle, juste avant l’abandon. Un tel phénomène est connu chez d’autres Tachinidés
(Thompson 1928 : 141). Chez les Pkasiinae, les cordons peuvent atteindre 7 cm (Dupuis
1963 : 301).
L’orifice de sortie s’ouvre à une distance du pore égale, en moyenne, à un ou deux
segments abdominaux de l’hôte. Sans doute, la larve n’abandonne-t-elle son siphon qu’au
moment de partir et pratique-t-elle la perforation pendant qu’elle est encore en place.
Les perforations affectent aussi bien les membranes pleurales que les membranes
unissant les stemites des premier au huitième segments abdominaux. Une seule sortie (sur 26)
eut lieu à travers les pleures métathoraciques.
Les pupes se forment presque immédiatement. La période nymphale dure 11 jours
à la température de 28 “C.
L’hiver se passe dans le sol à l’état de pupe. Je doute qu’il s’agisse d’une diapause
car j ai pu provoquer quelques émergences imagindes, en octobre et en février, par élévation
de la température (Nütting 1953 : 78, obtint des éclosions d'Euphasiopteryx brevicomis
en mars et estime que chez les pupes en hivernage la diapause n’est pas obligatoire).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
135
6. Interactions dans le couple hôle/parasite.
Elles sont nettes chez Plesioœstrus Uonidei.
La réaction de l’hôte normal à la présence du parasite se manifeste de manière visible,
dès la formation du pore respiratoire, par le développement d’un sac dos d’origine hémo-
cytaire qui enferme la larve. Des réactions hémocytaires aboutissant à un encapsulement
complet du parasite se manifestent chez certains hôteSt tdEpkippiger provincialis, s’avérant
incapables d’assurer le développement de ce Tachinldé. L’encapsulement est suivi de méla-
nisation.
L’action du parasite sur l’hôte se manifeste de diverses manières.
L’influence sur le comportement semble faible; je suis de l’avis de Nutting (l. c. : 76)
pour reconndtre que les mâles infestés se comportent normdement et chantent quelques
jours avant la sortie du parasite. Une fois, j’ai observé un Pholidoplera chabrieri parasité
dont la stridulation avait une tondité anormale. Je pus le capturer sans que le chant cessât,
alors qu’habituellement il s’arrête bien avant. Cette stridulation aiguë et rapide rappelait
celle émise par les Sauterelles lorsqu’on les saisit à la main.
Les signes morphologiques externes du parasitisme sont nets lorsque la larve a ouvert
son pore respiratoire. Ce dernier apparaît à l’extérieur, le plus souvent dans la membrane
pleurale, sous forme d’un cercle rembruni qui ressemble en plus grand, comme l’a souligné
NuttinC (1953), à tm stigmate surnuméraire.
Quand le parasite est sur le point de sortir et même qudques jours avant, l’abdomen
de l’hôte est dilaté, montrant parfois une hernie dissymétrique.
Les lésions internes sont importantes. L’hypoderrae peut être détruit et laisse appa¬
raître la cuticule transparente. Lorsque l’on dissèque im Ephippiger après la sortie d’une larve,
il apparaît un désordre inextricable. Les organes sont collés par une gelée visqueuse à laquelle
se mêlent d’importants cordons de déjection; c’est avec peine que l’on arrive à dégager les
siphons respiratoires qui baignent dedans. La gelée provient de l’épanchement du contenu
des glandes génitales accessoires tubuleuses, crevées par la larve. Le testicule est lui-même
souvent dilacéré. Tout cela atteste l’existence d’une phase de sarcophagie qui n’est, sans doute,
pas plus prononcée que chez les autres Tachinidés mais dont les effets sont augmentés par
suite de l’anatomie particulière des hôtes mâles et la locdisation des larves au milieu des
glandes.
Les larves 111 de Plesioœstrus leonidei traumatisent les Mandes génitales accessoires
et le testicule et peut-être s’en nourrissent. Ce dernier point de vue semble corroboré par le
volume et la couleur des cordons de déjection. Leur important volume implique une source
alimentaire abondante comme pourraient en fournir les glandes génitales accessoires. Leur
couleur jaune ivoire et orangée n’est pas sans rappder celle de ces dernières et du testicule.
Une teOe analogie entre la coloration des cordons de déjection et celle des organes lésés a été
relevée chez les Pkasiinae (cf. Dupuis 1963 : 301). Même lorsque le testicule est dilacéré,
on trouve dans les parties indemnes de nombreux spermatozoïdes actifs, preuve de l’absence
de perturbation de la spermatogenèse.
Les cas de con tamin ation des hôtes femelles furent rares; je n’ai pu étudier l’action
du parasite sur leur appareil génital.
Le corps gras est peu attaqué, ou variablement, selon les cas. Les traces de mélanisa-
don, si abondantes sur les sacs aériens des Orthoptères infestés par des Sarcophagidés» sont
iri inexistantes.
J'ai noté des lésions de la musculature thoracique qui apparaît dilacérée et laisse voir
une quantité de trachéoles mises à nu. J’ai de fortes raisons de penser que ces blessures seraient
à mettre à l’actif des jeunes planidia plutôt qu’à celui des larves 111, à cause, d’une part de la
localisation des larves 1 à l’intérieur de ces muscles et, d’autre part de la situation dans la région
médio-abdominale et l’orientation verticale des larves III qui mettent le thorax à peu près hors
de leur portée.
Nutting (1953 : 76) ne fait pas mention d’une action notable A'Euphasiopteryx brevi-
comis sur son hôte. Cet auteur parle simplement d’une déplétion du corps gras et du peu de
dommages des viscères des hôtes qui succombent toutefois 2 à 3 heures après la sortie des
La sortie de Plesioœstrus leonidei exerce probablement une action létale assez générale.
Au laboratoire, tous les hôtes ayant livré passage à une ou plusieurs larves meurent dans les
Source : MrJHN, Paris
136
J.'C. LÉONIDE
48 heures à une semaine tout au plus. Dans la nature, après la période de sortie, les individus
parasités se font rares et disparaissent dans les 8 jours, alors que de nombreiix individus sains
vivent encore un mois.
7. Spécificité parasitaire.
Plus de 2 000 Caelifères d’espèces variées ont été disséqués h difiérentes époques
de l’année dans les locsdités de la Sainte-Baume mais aucun n’a montré la moindre trace de
parasitisme par des Ormiini.
Après la découverte de l’un de ces Tachinidés chez Ephippiger ephippiger mes investi-
gâtions ont porté, quoique inégalement, sur les Ensifères de cette région (Tableau XVI).
Tableau XVI. — Lfete et nombre des Ensifera disséquées
et parasitées par P. leonidei
Espèce hôte
No
Disséqués
nbre d’individus
Parasités
Mâles
Femdles
Plalycleis larvaire sp .
3
0
0
Plalycleis denticulata .
79
1
0
Ephippiger ephippiger .
432
29
3
Ephippiger provincialis .
34
5
0
Tettigorùa viridissima .
4
0
0
Pholidoptera chabrieri .
10
1
0
Pholidoptera femorata .
5
1
0
Phaneroptera quadripunctata .
6
0
0
Tylopsis liliifolia .
15
0
0
Leptophyes punctotissima .
3
0
0
Barbitistes fischeri .
26
0
0
Antaxius pedestris .
44
0
0
Decücus albifrons .
S
0
0
Total.
671
38
3
Plesioœstrus leonidei infeste des Ensifères appartenant à des familles différentes :
— Ephippigeridae [Ephippiger ephippiger et E. provinciali$)\
— Tettigoniidae (Plalycleis affinis, P. denticulata, Pholidoptera ckabrieri et
P. fenwrata).
Les hôtes sont parasités à l’état imaginai, quelquefois à l’état préimaginal.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
137
Ce Tachinidé semble pol 3 ’phage, bien qu’inféodé aux Ensifères. Ce caractère n’exclut
pas une certaine spécificité larvaire, fonction de l’espèce et du sexe de l’hôte.
J’ai constaté une « boat suitability » variable avec des hôtes pourtant systématiquement
voisins. C’est ainsi que, si le développement de P. leonidei s'accomplit avec succès chez
E. ephippiger, il semble se faire difficilement cbezE.provincialis. Dans 5 individus parasités
appartenant à cette espèce j’ai dénombré 16 larves; 13 étaient mortes, mélanisées, encapsulées,
l'une au stade I, 7 au stade II libre, S au stade II fixé et 3 seulement — toujours au stade U —
étaient vivantes, l’une fixée, les deux autres libres. Inversement, j’ai pu vérifier la présence de
larves III chez des Ensifères appartenant à des espèces très différentes telles Platycleis qffinis,
P, dentkulata, Pkolidoptera chabneri et P. femorata.
Un autre aspect intéressant de la biologie de P. leonidei réside dans la spécificité dont
il fait preuve vis-à-vis du sexe de l’hôte. Dans leur grande majorité (38 sur 41), les hôtes para¬
sités furent du sexe mâle et ceci bien que les dissections des individus des deux sexes fussent
tédisées en nombre à peu près identique (voir Tableau XVI). Chez£. ephippiger, j’ai disséqué
211 mües et 221 femelles et relevé 29 mâles parasités pour 3 femelles seidement. Il y a lieu
de signaler, à ce propos, que toutes les autres espèces-hôtes que j’ai obtenues, comme celles
mentionnées dans la littérature, sont de sexe mâle. Inversement, chez Glaurocara ftava, ce
sont les femelles qui sont le plus souvent infestées (Crosskey 1965).
L’origine de cette spécificité liée au sexe n’est pas déterminée. On peut y voir la consé¬
quence d’un comportement spécifique de l’entomophage (imago ou larve ?) soit le résultat
d’une éthologie différente entre les hôtes des deux sexes, se traduisant par une non-concor¬
dance spatiale, à un niveau micro-écologique, du couple hôte-femelle/parasite. Il est trop tôt
pour se prononcer sur la cause de la spécificité de P. leonidei s’exerçant vis-à-vis des hôtes
en fonction de leur sexe. Je ferai seulement remarquer que parmi les espèces infestées certaines
vivent au niveau du sol {Platycleis, Ephippiger provincialis, Pkolidoptera chabrieri et P. femo¬
rata), d’autres se trouvent sur les arbustes {E. ephippiger)', inversement des espèces hôtes
vivant sur les arbustes en compagnie de E. ephippiger, tel Antaxius pedestris, ne sont pas
attaquées.
Du point de vue biologique et parasitologique, le Tachinidé acridiophage Plesioceslrus
leonidei présente des caract^es notables :
— existence d’un planidium cuirassé;
— infestation de l’hôte par pénétration active du planidium à travers les membranes inter-
segmentaires;
— localisation intramusculaire de la larve I;
— ouverture d’un pore téguraentaire et abdominal au début de la vie de la larve II;
— existence d’un siphon secondaire en forme de sac, clos pendant une partie de la vie de la
larve II;
— nutrition sarcophage importante durant la vie du dernier stade larvaire;
— dépôt de volumineux cordons de déjection;
— espèce polyphage, inféodée aux Ensifères;
— existence d’une spécificité liée au sexe, les individus mâles étant les plus contaminés.
Du point de vue biogéograpbique, cette espèce, connue d’une seule localité française,
est l’unique représentant européen de la tribu des Ormiini.
C. CARACTÉRISTIQUES BIOLOGIQUES ET PARASITOLOGIQUES
DES ORMlim
Le mode de vie de deux espèces i'Ormiini seulement étant connu, il serait prématuré
de vouloir dégager les caractères biologiques et parasitologiques dont l’ensemble définirait
ce groupe de Tachinidés Les indications que je mentionne ci-après ne constituent donc
qu’une mise au point momentanée.
1. O'CONNOH (1959 :121-12S) a signalé, chez 5 à 10 % de la population d’un TeUigoniidae : Sexava sp.
de la Nouvelie-Cuin^ des larves de Tachinidés dont le stade 1 est üifermé dans un siphon en forme de sac
t'ouvrant à travers les pleures de la région ventrale de l’abdomen de l'hôte.
L'ensemble de ces caractères biologiques laisse supposer qu'il s’agit d’un Ormiini.
Source ; Mt-JHN, Paris
138
J.-C. LiONlDE
Les OrnUini apparaissent comme des entoroophages inféodés aux Orthoptères Ensifères
(Sauterelles et Gryliides) et montrent une prédilection pour les hôtes de sexe mMe.
Les imagos, à mœurs nocturnes, seraient larvipares. En fait la vie imaginale est quasi
ignorée, mais l’existence de planidia laisse supposer que l’adulte ne doit pas faire preuve
du point de vue parasitai r e, d’un comportement bien spécialisé. Tout au plus, les femelles
pourraient rechercher l’hôte (ou sa plante support) et déposer les planidia dans des conditions
optimales d’infestation; cela reste à découvrir.
Les planidia cuirassés pénètrent activement dans l’hôte par perforation d’une mem¬
brane articulaire. La larve forme, au stade I (Euphasiopteryx) ou au stade II {Plesioœstrus),
un pore respiratoire secondaire s’ouvrant à travers le tégument ventral de Tabdomen.
siphon qui s’édifie revêt, au début, l’aspect d’un sac hémocytaire clos enfermant le parasite.
Comme chez la plupart des Tachinidés, les larves présentent des exigences précises (iocjdisa-
don intramusculaire de la larve I de Plesioœstrus leonidei, induction d’un siphon, spécificité)
qui traduisent une adaptation poussée.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE V
LES NÉMESTRINIDÉS
ÉTUDE DE SYMMICTUS COSTATUS LOEW
SOMMAIRE
INTRODUCTION. 140
A. MORPHOLOGIE PRÉIMAGINALE. 142
B. VIE IMAGINALE. 146
I. Vie Hana le mili eu naturel. 146
1. Chorologie. 146
2. Pbénologie. 147
3. Importance numérique de la population. 148
4. Comportements trophique et de relation. 148
5. Durée de vie. 149
II. Comportement de reproduction. 149
1. Sexualité. 149
2. Ponte. 150
3. Déplacements liés à l’activité généàque. 154
C VIE PRÉIMAGINALE. 155
I. Phase libre préparasitaire. 155
1. Incubation des œufs. 155
2. Vie libre du planidium. 156
3. Notion de « foyers parasitogènes. 157
4. Pénétration. 158
n. Phase endoparasitaire. 159
1. Vie du planidium dans l’hôte. 159
2. Vie des autres stades larvaires. 162
3. Aspects globaux de la vie endoparasitaire. 163
III. Phase post-parasitaire. 169
1. Vie larvaire libre. 169
2. Nymphose. 171
D. INTERACTIONS DANS LE COUPLE HOTE/PARASITE. 171
I. Réactions de l’hôte à la présence du parasite. 171
II. Actions du parasite sur l’hôte. 171
1. Action sur le développement. 171
2. Action sur l’activité génitide. 171
3. Signes extérieurs du parasitisme. 172
4. Lésions internes. 173
5. Survie de l’hôte à la sortie du parasite. 173
E. SPÉCinCITÉ PARASITAIRE. 174
I. Position taxinomique et stades des hôtes. 174
II. Origines de la spécificité. 174
F. CARACTÉRISTIQUES BIOLOGIQUES ET PARASITOLOGIQUES DES NÉMESTRINIDÉS. 175
Source : MNHN, Paris
140
J.'C. LÉONIDE
INTRODUCTION
Les Némestrinidés consdtueDt une petite famille de Brachycères Orthonhaphes d’en¬
viron 200 espèces actuellement cataloguées (Bequaert 1932, 1934, 1935, 1947; Sack 1933;
Timon-David 1948)- Bon nombre d’espèces restent certainement à découvrir.
Les représentants de cette famille sont répartis de l’équateur jusqu’à 52° N et 35° S
et du bord de la mer jusque dans les montagnes dépassant 1 300 m d’altitude (Spencer 1958 6).
On en tl^V^e en Amérique du Nord (Mexique, Etats-Unis, Canada), dans les régions médi¬
terranéennes, le Moyen et l’Extrême-Orient (Laos, Cochinchine, Siam), en Asie continentale
jusqu’en Sibérie. Les Némestrinidés montrent cependant une prédilection pour les régions
subtropicales — de l’hémisphère austral — (Nord du Chili, Argentine, Afrique du Sud,
Australie) où ils sont nombreux. Il s’en faut de beaucoup que leur répartition géographique
soit bien connue, même en région paléarctique. La note de Ionescu & Weinberg (1963)
intitulée > une famille de Diptères nouvelle pour la faune de Roumanie : les Némestrinidés >
l’atteste.
Du point de vue morphologique, ces Mouches ont un faciès de Bombyliidés et sont
remarquables par leur grande taille allant de 10 à plus de 20 mm, leur nervation alaire (nervure
médiane disposée en diagonale, nervures radiales par^èles au bord postérieur de l’aile et pou¬
vant former de nombreuses petites cellules apicales), leur abondante pilosité, leurs belles
couleurs. Elles ont un vol rapide, parfois stationnaire et accompagné d’un bourdonnement
aigu caractéristique, sans doute produit par la vibration des ailes.
La famille comprend deux sous-familles : les Nemestrininae pourvus d’une longue
trompe et les Hirmoneurinae (= Trkhopsideinae) dont la trompe est réduite ou atrophiée
(SÉGüT 1951 : 646).
En dépit des caractères qui rendent ces Mouches remarquables (au sens propre du
terme) et qui auraient dû attirer l’attention des entomologistes depuis longtemps, on connaît
à peine la biologie de 9 espèces, et encore fragmentairement. B n’est pour s’en convainae
qu’à lire l’opimon de SÉGinr (1951 :647) : < On pense que les larves néonates... sont dispersées
par le vent, la suite de leur évolution n’est pas connue... *.
C’est Handlibsch (1883) qui décrivit pour la première fois la vie de l’un de ces Diptères;
Hirmoneura obscura Meig. dont la larve est parasite de celle du Coléoptère : Rhizotrogus
$olstitialis.
En 1892 Oluff obtint, le premier, la larve d’un Némestrinidé indéterminé à partir
d’un Orthoptère (Pachytylus australis Br.).
A l’heure actuelle, outre Hirmoneura obscura étudiée par Handurscr (1883), BrauER
(1883, 1864), deux autres espèces ont été signalées de larves de Coléoptères Scarabeidés.
Il s’agit de Hirmoneura exotica Wied. (cf. Bruch 1917) et H. artkulata Ph. (cf. Stuardo 1935)
qui n’ont donné lieu qu’à des recherches isolées et sommaires. Leur biologie demeure en partie
émgmatique; leurs larves, à la différence de celles des espèces acridiophages, ne provoque¬
raient pas la formation de siphon respiratoire.
Par ailleurs, six espèces sont connues comme endoparasites d’Acridiens. Ce sont :
— Symmktus costatus Loew obtenu en Afrique du Sud par Potgieter (1929) de
Locusta pardalina Wdk. et en France par Léonide (1962 a, b, 1963 a, 1964 o) de divers
Acridiens et en particulier Dociostaurus maroccanus Thunb.
Greathead (1958) a élevé, de larves et de nymphes de Schistocerca gregaria (Forskal)
en Éthiopie et au Kenya, » Symmktus jiavopilosus » Bigot placé par le même auteur (I960)
en synonymie avec 5. costatus Loew;
— Neorkynckocepkalus sackenii Williston et,
— Trichopsidea {Parasymmictus) clausa Osten-Sacken étudiés conjointement au
Canada par Spencer (1931, 1932, 1934, 1945, 1958), Smith & Finlayson (1950), Smith
(1944,1958,1961) et aux États-Unis par Bequaert (1950), York & Prescott (1952), Yore
(1955), Prescott (1955, 1960, 1961), Middleeuuff & Langston (1963), Lavigne & Pfadt
(1966). Ces deux espèces ont été indiquées de divers Acridiens (voir la liste dans Smith 1958,
Greathead 1963);
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
141
— Trichopsidea oestracea Westwood élevé de Ckorthoicetes terminifera en Australie
par Noble (1936) et Fuller (1938 o);
— Neorhynckocephalus sulphureus Wiedemann cité de Dkhroplus elongatus G., de
J), arrogans Stal. et,
— N. vitripennis Wied. ^evé de Dickroplus elongatus, tous deux obtenus en Argen¬
tine par Crouzel & Salavin (1943), Lloyd (1951), Liebermann (1960).
Les trois premières de ces espèces sont les seides dont la biologie est assez bien connue.
Les Némestrinidés apparaissent donc comme des Insectes à larves entomophages
dont les hôtes signalés sont des Coléoptères et des Orthoptères. Cette famille d’Orthorrhaphes
occupe, par sa position systématique, une place singulière au sein des autres endoparasites
d’Orthoptères qui se rencontrent dans trois familles de Myodaires supérieurs.
J’indique dès maintenant, afin de faciliter l’exposé, les grandes lignes du cycle biolo¬
gique des Némestrinidés acridiophages telles qu’elles se trouvaient établies vers 1956 à la suite
des travaux de Spencer (1930 à 1958 i) et de Prescott (1955).
La femelle pond de quelques centaines à plusieurs milliers d’œufs non incubés dans
les fentes et les cavités des supports de bois élevés (poteaux de dôture, troncs d’arbres).
A l’édosion, les larves — de type planidium — sont disséminées dans des conditions
ignorées. Parvenues au contact de leur hôte, on présumait qu’elles devaient pénétrer acti-
vement.
La vie endoparasitaire présente quatre stades larvaires séparés par trois mues. Ch» les
espèces acridiophages, la larve dès le stade I induit dans l’hôte la formation d’un tube respira¬
toire, d’un type unique par sa longueur (jusqu’à 20 mm) et sa morphologie spiralée. Selon
les espèces, ce tube s’ouvre dans une lumière trachéenne ou à travers le tégument mais, en ce
cas, obligatoirement au voisinage d’un stigmate.
Souvent plusieurs larves pénètrent dans un hôte mais une seule y évolue complète¬
ment. Provoquant peu de lésions au début de son dévdoppement, elle achève sa vie parasitaire
par une phase de sarcophagie. Puis elle sort en perforant le tégument de l’hôte et s’enterre
pour passer l’hiver en diapause dans le sol. Au printemps, elle se transforme en nymphe
active qui remonte à la surface oh a lieu l’édosion. H n’y a qu’une génération annuelle.
D’autres auteurs (Prescott 1960,1961 ; Greathead 1958; Smith 1958; Léonide
1962 a, b, 1963 a, 1964 a) ont depuis 1956 éluddé bien des points de la biologie de ces
Diptères. Mes travaux et ceux de Prescott se sont poursuivis parallèlement
Mes investigations ont porté sur Symmictus costatus Loew et accessoirement sur
Neorhynckocephalus tauscheri (Fisch.) dont l’acridiophagie, quoique fort probable, n’a pu
encore être démontrée d’une manière irréfutable.
la découverte de S. costatus en nombre important, aussi bien à l’état imaginai que
larvaire, m’a permis de réaliser une étude biologique détaillée, poursuivie de 1961 à 1966,
qui complète celles de Potgieter (1929) et Greathead (1958).
A l’inverse de ceux des chapitres précédents, où les éléments de comparaison faisaient
défaut, les résultats de ces recherches, exposés d-après, sont indissociables des données sur
la biologie des autres Némestrinidés acridiophages d’acquisition récente et concomitante
des miennes. Je traiterai donc simultanément de la biologie de 5. costatus et des remarques
bibliographiques. Je terminerai ce chapitre par une mise au point des nouvelles informations
qui complétera celles de Clausen (1940) et Spencer (1958) actueüement dépassées et celle
de Greathead (1963) quelque peu superôdelle.
Je dois préalablement prédser l’identité de la Mouche que j’ai élevée et étudiée et qui
appartient à une espèce dont la valeur a été controversée depuis plus de 100 ans.
L’espèce a été décrite par Loew (1858) d’après des échantillons sud-africains. Cet
auteur signide un exemplaire d’Espagne, voisin du type dont il difière par la présence, sur l’aile.
i. Je tiens à eigzuüer que l’échauge d’une volumineuse correspondance noua a permis une fructueuse
coofroatation de faits et d’idéee. Par l’ampleur, la précision et la durée (près de 15 ans) de ses observations,
l’iESCorr demeure l’auteur dont la contribution à la connaissance de ces acridiopbages est la pins incontestée.
8 564018 6 tO
Source : MNHN, Paris
145
J.-C. LÉONIDE
d’une ceUuie margmale postérieure supplémentaire; il fait remarquer que cette particularité
qui n’existe que sur l’une des ailes doit être considérée comme une variation individuelle.
En 1879 et 1881 Bigot décrit une espèce (européenne)* : DicroUypana fiavopilosa.
Arias en 1911, constatant après divers descripteurs que D. fiavopilosa Bigot ne diffère
de Symmictus costatus que par la possession d’une c^ule marginale postérieure, identique à
l’écliantiUon espagnol vu par LOEW, et tenant compte de l’existence d’amples variations
dans la nervation alaire chez ces espèces, les place en synonymie.
Ces deux espèces sont séparées par Lichtwardt (1909) et Sack (1938 : 83) qui consi¬
dèrent les individus africains comme appartenant à 5. costatus Loew et ceux paléarctiques
à S. fiavopilosus (Bigot).
En 1958 GbEathead obtient par élevage un Némestrinidé Est-africain qu’il nomme
S. fiavopilosus (Bigot). En 1960, après avoir revu les principaux types et échantillons et
comparé la nervation alaire des formes Est et Sud-africaines, cet auteur reconnait à la nerva¬
tion alaire de nombreuses variations individuelles et range tous les individus sous le nom de
5. coslalui dont il désigne un néotype, le type de Loew étant perdu.
En 1965 TesCHNEH relance la polémique en décrivant une sous-espèce : S. costatus
friscki récoltée en Crau et dont les caractères distinctifs résident dans la possession d’une
nervure diagonale atteignant le bord de l’aile et d’une petite cellule supplémentaire dans
l’angle disttd de la ceUule M2. Teschneh admet d’ailleurs que cette cellule qui n’existe pas
dans tous ses paratypes est semblable à celle décrite par Arias (1911) !
Les divers échantillons provenant de Crau, et que j’ai étudiés, montrent bien une nervure
diagonale atteignant le bord de l’aile mais ne présentent pas de cellule supplémentaire.
Nous verrons (cf. § A) que l’étude de la morphologie préimaginale de ces « espèces »
ne laisse pas ressortir de différence significative. L’utilité de décrire une sous-espèce sur les
aberrations de la nervation alaire, dont le caractère fluctuant a été maintes fois démontré,
ne me parait pas évidente.
11 n’est certes pas impossible qu’il puisse exister des variétés, races ou sous-espèces
voire des espèces distinctes dans les formes Sud, Est-africaines et paléarctiques, mais le pro¬
blème de l’identité de 5. costatus ne pourra être résolu par l’étude de la nervation alaire.
A l’heure présente, étant donné la variabilité de la nervation daire constatée et l’absence
de différence dans la morphologie larvaire, je considère que S. costolits Loew, 5. JîauqpilosiH
(Bigot) et S. costatus ssp. frischi forment une seule espèce.
A. MORPHOLOGIE PRÉIMAGINALE
Ir morphologie préimaginale des Némestrinidés acridiophages a fait l’objet de plusieurs
études (FuLiiER 1938, Spencer 1958). Celle, remarquable, de Crouzel & Salavin (1943)
décrit en détail et avec grande exactitude les stades préimaginaux de Neorhynchocephalus
sulphweus Wied. [leurs principaux dessins ont ultérieurement été reproduits par Hennig
(1952 : 83-88)1.
Les stades préimaginaux de Sytnnùctus costatus Loew ont été sommairement décrits
par Greatheâd (1958 : 108-111, fig. 1-14) à l’exclusion de l’œuf et du planidium. J’ai figuré
ce dernier (1963 o : 13, fig. 4, 6, 7, 8).
La morphologie des stades préimaginaux de 5. costatus est très semblable à celle de
N. sulpkiueus, aussi n’y reviendrai-je pas en détail. Je me bornerai à décrire l’œuf et le plani-
dium et à signaler essentiellement, quant aux autres stades, les particularités qui ont échappé
à Greathead (1958).
I. L’ŒUF
L’œuf de Symmictus costatus est semblable aux autres œufs de Némestrinidés décrits
(de Neorhynchocephalus sulphureus, cf. Crouzel & Salavin 1943 : 5, fig. 1-3; de Hirmoneura
artkulata Ph., cf. Stüardo 1935 : 199, fig. 48; et H. exotica Wied., cf. Bruch 1917 : 428,
fig. 2). H est cylindrique, arqué, allongé (600 X 190 p), arrondi aux deux extrémités dont l’une
est légèrement plus grosse que l’autre. Sa couleur est blanche. Le chorion mince ne présente
pas de cryptes respiratoires. Crouzel & Salavin {l. c.) ont figuré dans la partie dorsale de
1. Bigot (1879 : 67) indique comme provenance de son échantillon ; « Eiiropa Merid. ? —
Uuseo nostio. »
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
143
l’œuf (partie convexe) et à une petite distance du pôle antérieur, ime petite élévation de base
drcuiaire au centre de laquelle s’ouvre le micropyle. Je ne suis arrivé à voir que dans deux œufs
une formation analogue et qui potirrait être le micropyle. Je n’ai pas davantage observé le
dessin du chorion qui s’efface dans les milieux de montage.
II. LE PLANIDIUM (fig. 39)
larve I de Symmictiis costatus est un planidium typique de Némestrinidé semblable
à ceux décrits chez Hirmonewa obscura Meig. (cf. Handursch 1883, ubl. I, fig. 1), H. arli-
culata Ph. (cf. Stuardo 1935 : 200, fig. 49), Neorhynchocephalus sulphureus Wied. (cf.
Fie. 39>42. — Planidium de SyTnmictus costatus
39. Vue latérale; noter leas barbillons» péribuccaux, les soies ventrales et les soies postérieures,
U spinolatioD antéro-dorsale. — 40. Un stigmate postérieur. — 41. Pièces buccales, vue latérale.
42, Région antéio-ventrale de la larve; noter les soies péribuccales, les antennes, les pièces buccales,
le canal des glandes salivaires.
Croüzel & SAI.AVI^ 1943 : 5-6, fig. 4^), Trickopsidea clausa O. S. (cf. Prescott 1955 : 395,
fig. 2; Spencer 1958 : 505, fig. 1), Neorhynchocephalus sackenii Will. (cf. Prescott 1961 :
561, fig. 6), N. lauscheri (Fiseb.) [cf. Léonide 1964 b : 216].
10 .
Source : 41WHW, Paris
144
J.>C. LÉONIDE
Les ressemblances portent sur la silhouette e£Blée, la forme des pièces buccales, la
possession d’une paire de longues soies, ou crochets, insérées sur les bords latéro-ventraux de
divers segments du corps.
Le planidium de 5. costatus mesure, à l’édosion, de 520 à 800 ^ de long et de 150 à 160
de diamètre. Son tégument est transparent et la spinuladon réduite à une plage d’épines située
sur la partie dorsale du premier segment thoracique. La segmentation est bien marquée et
l’on distingue, en arrière du pseudocéphalon, 11 segments (S thoraciques et 8 abdominaux).
La larve est métapneustique, les stigmates sont de petite taille et de forme simple (fig. 40).
Ds s’ouvrent sur le huitième segment abdominal, assez postérieurement et dors^ement. Le
pseudocéphalon porte une paire d’antennes à deux articles et trois paires de soies (senso¬
rielles ?) péribuccales.
Chaque segment thoracique et abdominal porte une paire de longues soies ventrdes
(40 p). Sur les segments thoraciques ces soies sont simples. Sur les sept premiers segments
abdominaux elles sont Insérées sur un gros article basilaire et sont crochues à leur extrémité
distale. Sur le huitième segment on en note deux paires insérées dans une région plus médio-
ventrale.
Le huitième segment abdominal porte égdement trois paires de longues soies (120 fi)
dirigées vers l’arrière. Ces trois paires se retrouvent chez Trichopsidea elausa et Hirmoneura
articulata, mais on n’en dénombre que deux, chez H. obscura (d’après la figure 1 de Hakdlirscb
1883).
Les pièces buccales (fig. 41 et 42), longues de 120 (x, sont complexes et difficiles à ana¬
lyser. On distingue dans la région postérieure deux ailes dors^es, allongées, étroites, se
prolongeant en arrière par une partie élargie, aplatie, enroulée; deux ailes ventrues également
étroites, un peu plus allongées que les précédentes, se terminant par une partie élargie
non enroulée; et un sdérite médio-ventral impair. Dans la région antérieure, d’observation
particulièrement difficile, les deux paires d’ailes convergeant constituent deux sclérites effilés,
dentés qui semblent se croiser à la manière des lames d’une paire de ciseaux.
De tous les caractères morphologiques énumérés ci-dessus aucun ne s’est révélé parti¬
culier à S. costatus mais ils se retrouvent chez tous les planidia décrits.
ni. LA LARVE n
La larve U est métapneustique, allongée (1,2 mm à 3,5 mm en fin de croissance).
La segmentation est peu marquée; il n’y a pas de spinulation visible sur les huit premiers
segments. En revanche, les trois derniers portent de nombreuses petites épines disposées en
larges ceintures.
Les stigmates sont simples; la chambre feutrée circonvolutionnée s’ouvre pat un pore
subcirculaire (fig. 43).
L’armature buccale (fig. 44), voisine de cdle figurée par Croxizel & Salavin (1943 :
fig. 9 et 10), mesure 160 p de long. De couleur jaune, peu sclérifiée, elle comporte une plaque
dorsale élargie, dont le centre est transparent et les bords épaissis, deux sclérites latéro-ventrauï
allongés et un sdérite ventral. Ces trois formations convergent en avant et s’articulent avec
des crochets buccaux.
IV. LA LARVE UI
La larve III est grêle, allongée ^ longueur passe au cours de sa croissance de 3,5 à
8 mm, le diamètre ne s’accroît que de 0,6 a 1 mm — la larve est donc de 6 à 8 fois plus longue
que large). Ce n’est qu’à la fin de sa vie que le diamètre s’accroît brusquement et atteint 3 mm.
Sa coulemr est blanche, le tégument transparent, la segmentation peu indiquée. Ln spinulation
très fine n’est marquée que sur les segments postérieurs.
La larve est métapneustique, les stigmates (fig. 45), situés à l’extrémité postérieure
et tronquée du corps, sont typiques. Ils affectent la forme d’une paire de petites rosettes,
d’un diamètre de 60 à 80 constituées d’après GrEathead (1958) de huit pores circulaires
disposés autour d’un centre mésenchymateux qui représente l’emplacement du stigmate
précédent. J’ai constaté que le nombre des pores, parfois non symétrique, pouvait varier
de 9 à 12. Cropzel & Salavin (1943) en dénombraient de 5 à 7 chez Neorhynchocephalus
sulphureiu.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
145
Les pièces buccales, décrites par Greathead (1958 : fig. 6 et 7), sont semblables à
celles de N. sulpkweus (cf. Crouzel & Salavin, l. c., fig. 14 et 17). Longues de 560 [x, elles
comportent, comme chez la larve précédente, des crocheta buccaux, ime plaque médio-
dorsale, deux sclérites latéro-ventraux et un sclérite ventral impair.
L’anus ventral s’ouvre sous la forme d’un petit orifice ovalaire au milieu du dernier
segment.
Fie. 43>46. — Stades préimaginaux de Symmiaua eostatua
43. Un stigmate postérieni de U larve II. — 44. Pièces bnccales de la larve II, vue latérale.
45. Un stigmate postérieur de la larve III, vue apicale. = 46. Ibid., larve lY.
V. LA LARVE IV
La larve du stade IV, trapue et grosse, peut atteindre en fin de croissance de 15 à
18 mm de long et 5 à 6 mm de diamètre. L’armature buccide, décrite par Greathead (1958 :
111, fig. 12-14), présente des crochets buccaux robustes et larges.
Les stigmates postérieurs (fig. 46) [la larve est métapneustique] forment une paire de
rosettes de 240 p de diamètre comptant d’après Greathead (l. c.) de 18 à 20 pores (j’en ai
dénombré jusqu’à 21) ovJes répartis autour d’im centre fibreux qui représente l’emplacement
du stigmate précédent. Crouzel & Salavin (1943 : 14) recensèrent de 16 à 21 pores par
rosette chez Neorhyruhocephalus sulphureus et Füller (1938 : 97, fig. 4) en dessina 21 chez
Trickopsidea oes^acea Westw.
Source : MNHN, Paris
146
J.'C. LÉONIDB
Le tégument différencie, dors^eraent et ventralement, sur chaque segment, des protu¬
bérances arrondies, en nombre et en disposition variables. L’étude détaillée de la larve IV de
Symmiclus costatus m’a montré que ces protubérances sont distribuées d’une manière analogue
à celles de N. sulpkweus décrites avec soin par Crouzel & Salavin (1943 : fig. 18-22).
D’après la figure 8 de Gheathead (1958 : 112) seuls les segments méso- et métathoraciques
portent sur leur face dorsale de telles formations. L’examen de mes échantillons de S. costatus
m’a montré qu’en réalité, si les protubérances dorsales des segments méso- et métathoraciques
sont plus développées, celles des segments abdominaux ne sont pas nuUes mais de taille plus
réduite, comme cela a été représenté chez N. sulphureus.
L’anus, très visible, s’ouvre au milieu de la face ventrale du dernier segment abdominal
qui est aplati dorso-ventralement et bordé de protubérances tégumentaires.
VI. LA NYMPHE
La nymphe de Symmictus costatus a été décrite et figurée par Greathead (1958 : 114,
fig. 11). Elle est également semblable à celle de Neorhynchocephalus sulpkweus (cf. Crouzel
& Salavin 1943 : 15-19, fig. 31-33), dont elle diffère cependant par la réduction nette de la
spinulation de la partie ventrale du huitième segment abdominal.
De l’étude de la morphologie préimaginale de S. cortatus et de sa comparaison avec
celle des autres espèces décrites il ressort que les Némestrinidés revêtent, dans ce domaine,
une grande homogénéité.
Actuellement, on n’est pas parvenu ou que sporadiquement à mettre en évidence des
caractères spécifiques accusés. Spencer (1958 : 508) reconnaît que N. sackenii et Tiichopsidea
clausa ne peuvent être distingués à l’état larvaire avant le stade IV. Crouzel & Salavin
(1943 : 14) ont souligné la ressemblance des larves IV de N. sulpkweus, Hirmonewa obscura
et Trickopsidea oestracea.
Dans le cas de S. costatus je n’ai pas davantage trouvé de caractères spécifiques et je
n’ai pas noté, par rapport à la description de Greatread (1958), de différences significatives.
Les caractères de la morphologie préimaginale ne nous sont donc d’aucun secours pour authen¬
tifier ou réfuter l’existence des espèces ou sous-espèces » S. jlavopilosus Bigot », 5. costatus
Loew et 5. costalus Loew ssp. friscki Teschner (voir p. 142).
B. VIE IMAGEVALE
En dehors de cer tain s aspects du comportement de ponte, la vie imaginale des Némes-
trinidés est mal connue. Les renseignements indiqués par les auteurs sont fragmentaires.
Seules les observations réalisées dans la nature par Spencer (1930 à 1958) sur Trickopsidea
clausa et Prescoit depuis 1950 sur T. clatua et Neorkynchocephalus sackenii ont, par leur
durée, porté sur un matériel suffisant pour leur donner une valeur certaine. Personnellement,
j’ai pu suivre la biologie des imagos de Symmictus costatus pendant six ans sur une population
fluctuant chaque année entre 100 et 500 individus et vivant sur moins de 1 km*. Cette oppor¬
tunité, jointe aux conseils de mes devanciers, m’a mis à même de préciser bien des points,
ignorés jusqu’ici, de la vie imagmde de cette espèce.
I. VIE DANS LE MIUEU NATUREL
1. Chorologie.
Symmictus costatus a été récolté en Afrique du Sud (Loew 1858 et Potgieter 1929),
en Europe : France Sud (Séguy 1926; Léonide 1962 o) et en Espagne (Andalousie, Province
de Madrid — Arias 1913 : 11).
*S.flavopilosust est signalé en Algérie, au Caucase (Sage 1933)et en Afrique orientale;
Ethiopie, Kenya, Soudan, Somdie (Greathead 1958, 1960), peut-être en Europe ? (BiGOI
1879).
En France, le biotope se caractérise par son extrême loc^isation en des stations de
surface Umitée, relativement chaudes, sèches et arides (xériques). 5. costatus a été signalé
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
147
par SÉGüY (1926 : 175) de la région d’Apt. Personneliement, je ne l’ai trouvé qu’en Crau *
— plaine désertique et caillouteuse d’environ 150 km’ qui s’étend entre l’étang de Berre et
l'embouchuie du Rhône (département des Bouches>du-Rhôiie, France Sud) * :
• Sur l’Est la vaste Ciau, non moins plate et plus jaune
Toute pelée, étend son désert de cailloux
Où pousse une herbe courte, un gramen sec et roux » *.
La région dite des « coussous », brûlée par le soleil en été, relativement froide en hiver
par suite de l’influence des vents violents de Nord-Ouest (mistral), ne reçoit que 505 mm
d’eau, en moyenne par an, ce chiffre pouvant descendre jusqu’à 350 (Favard 1962).
La végétation — sauf en périphérie — est réduite à une strate herbacée dairseraée où
le sol dénudé apparaît sur de grandes surfaces et forme une véritable steppe; c’est YAsphO'
deletum fistulosi (cf. Mounier & Taldon 1949; René Molinier 1960). Les espèces végétales
les plus hautes sont Onopordon illyricum, Aspkodelus fistulosus (espèce africaine (cf. Moli¬
nier I960)], et des touffes de Brachypodium ramosum. La végétation arbustive et arborescente
naturelle est nulle. Quelques figuiers plantés représentent les seuls arbres visibles sur plusieurs
kilomètres à la ronde.
Dans cette plaine vit une faune orthoptérologique, importante par le nombre des
individus, composée de Calliptamus italicus, Oedipoda coenilescens, Oedaleus décoras.
L’espèce la plus représentative de ce mili eu est le Criquet marocain {Dociostaurus maroccanus)
qui se trouve là en grand nombre et forme un foyer grégarigène permanent. Certaines années,
des nuées de Criquets vont s’abattre sur les parties cultivées de la Crau (Vayssière 1921).
Cette région est inhabitée si ce n’est par des bergers qui gardent d’importants troupeaux
de Moutons. On découvre, disséminées çà et là, des bergeries construites avec des galets,
entourées de clôtures de poteaux de bois et ceinturées sur quelques dizaines de mètres par des
associations végétales nitrophiJes (Silybeto-urticetum et Onopordetam, cf. Molinier & Tallon
1949 : 87).
Bergeries, poteaux de clôture et figuiers représentent les seuls supports élevés qui
surgissent au-dessus du niveau du sol (Léonide 1964 a, pl. I, fig. 1).
La population de Symmiclus costatus est presque exdusivement concentrée dans un
rayon d’environ 500 m autour des bergeries. On relève ainsi toute ime série de « sous-starions »
telles les bergeries dites : la Grosse du Couchant, la Grosse du Centre, la Grosse du Levant,
le Grand Carton (cf. carte au 1/50 000, feuille d’Istres).
2. Phénologie.
H semble bien que l’on puisse reconnaître l’existence de l’univoltinisme chez les Némes-
trinidés (voir cependant remarque p. 170). Cela a été établi chez Trichopsidea clausa (cf. York
& Prescott 1952 ; 8), Neorhynchocephalus sackenii (cf. Phescott 1960) et Symmiclus
coslalus d’après mes observations.
La période de vol des Némestrinidés, essentiellement estivale, est courte, particulière¬
ment chez les Hirmoneurinae.
T. clausa apparaît à la mi-juin et se maintient jusque vers le 10 juillet. La période
d’activité imaginale s’étend donc sur 25 à 30 jours (Spencer 1958 : 503). Cela a été confirmé
par York & Prescott (1952 : 6) qui ont pu cependant rencontrer quelques individus jusqu’en
fin août, dans le Montana. N. sackenii se rencontre également de la mi-juillet à la mi-août
(Dietz 1953, Prescott 1955, 1960) aux États-Unis. Les espèces vivant dans l’hémisphère
austral volent en décembre et janvier. C’est le cas de Trichopsidea oestracea en Australie
(Fuller 1938), Neorhynchocephalus sulphureus (cf. Crouzel & Salavin 1943 : 24) en
Argentine.
Chez Symmiclus costatus, la période d’activité imaginale, en Afrique du Sud, s’étend
de la fin janvier au courant février (Potgieter 1929). Dans l’hémisphère boréal, en France
par exemple, elle se situe en mai-juin (Léonide 1964 a). D’après mes observations, les premières
1. J’ai décrit cette atation dans une note préliminaire (1962 a), puis je l'ai signalée en 1962 b, 1963 o,
1964 O et b, Friscb (1965) ignorant ces cinq publications a consacré on artide A ce biotope.
2. La Cran, ancien ddta duianden, d'âge qnatemaire, est recouverte de cailloutis fiuviatiles;
înaruitee, calcaires triasiques, roches éruptives telle» le» variolites provenant du mont Genèvre, etc.
(CoBBOY & Denizot 1943 : 43; Abhabo 1948 : 391).
3. Jean Aicabs, Mitas et Nori, Paris, 1880 : 251.
Source : MNHN, Paris
148
J.-C. LÉONtDE
Mouches apparaissent entre le 11 et le 18 juin. La densité de la population atteint son maximuni
entre le 19 et le 26 juin et décroit durant la dernière semaine de ce mois. Les imagos ont
pratiquement disparu dès le début de juillet. date de capture la plus tardive fut un 9 juillet.
La période de vol dure, comme chez T. clausa, environ 25 jours dans ses délais extrêmes,
mais la population imaginale n’est bien représentée que pendant 10 à 15 jours par an.
Chez Neorkyitckocepkalus tauscheri, rencontré dans la nature du 19 juin au 2 août,
la période d’activité imaginale s’étend sur 45 jours.
3. Importance numérique de la population.
n est diffi cile d’estimer l’importance numérique d’une population imaginale — le
critère de la plus ou moins grande rareté d’une espèce étant subjectif. D est nécessaire de
tenir compte de la dispersion des individus, de la durée de leur période de vol.
Les Némestrinidés semblent être des Insectes rares. Certes cette rareté résulte en partie
de leur extrême localisation et de la brièveté de leur période de vol.
Mais une station à Némestrinidés, du fait même de la localisation, présente d’excellentes
conditions d’estimation de l’importance de la population. Cela est vrai pour les Hirmoneu-
rinae qui se déplacent peu.
Jusqu’ici on ne connaissait en France que 3 ou 4 spécimens de Symmictus costatus.
En Crau, j’ai pu évtduer la population de cette espèce à environ 100 à 500 individus par an,
les femelles dominant d’une manière considérable. Bien que de tds chifees puissent être
entachés d’erreurs, il ne fait pas de doute que la population de S. costatus est faible.
Neorhyrtchocephalus tauscheri, comme je l’ai publié en 1964 (i), malgré ses facultés
de déplacement, se localise dans une station xérique de quelques centaines de mètres carrés,
sise à 620 m d’idtitude, dans le massif de la Sainte-Baume au lieu-dit « la Coutronne », décou¬
verte par Timon-David (1952). Dans cette station, qui s’est maintenue depuis 15 ans, la popu-
lation n’a vraisemblablement pas dépassé la centaine d’individus. En moyenne, j’ai pu dénom¬
brer annuellement une cinquantaine de mâles pour une dizaine de femelles.
Une autre manière d’évduer la population consiste à établir des taux de parasitisme.
Bien que variables, ces taux sont en général élevés chez les Némestrinidés — la population
bête de S. costatus a presque toujours été infestée dans une proportion voisine de 80 %.
4. Comportements trophique et de relation.
Les Nemestrininae, pourvus d’une longue trompe, sont floricoles. Ils prélèvent le
nectar des fleurs en enfonçant leur trompe au fond des corolles devant lesquelles ils s’iramobiii-
sent dans un vol stationnaire à la manière des Bombyliidés.
Ce mode de nutrition a été décrit chez Neorkynckocephalus sackenii (cf. Prescott
1955 ; 394), N. su^kureus (cf. Crouzel & Salavin 1943), N. tauscheri (cf. Timon-David
1952, Léonide 1964 b) et bien d’autres espèces encore.
J’ai réuni dans une note (1964 5) les diverses données à ce sujet et j’ai indiqué les espèces
florales visitées par les Némestrinidés. Ces Diptères ne montrent pas, dans leur choix,
de spécificité bien nette :
— Neorhynchocepkalus sulphweus et N. vitripenuis visitent les fleurs de Vernonia
mollissima Don. (cf. Sttjardo 1939). N. sulphweus a également été aperçu sur les fleurs de
Verbena officinalis L., V. intermedia GUI. et de Medicago sativa (cf. Crouzel & Salavin
1943);
— N. sackenii butine les fleurs de Cichorium intybus L. (cf. Dietz 1953) et à'Àchillea
millefolium L. (cf. Prescott 1960);
— N. tauscheri a été vu sur Marrubium vulgare L. (cf. Séguy 1926) et sur Lavanduïa
et Orchis usiulata (cf. Timon-David 1952).
Les imagos A'Hirmoneurijiae, dont la trompe est réduite ou atrophiée, ne se nourrissent
vraisemblablement pas. Cette opinion a été émise par York & Prescott (1952 : 6) à propos
de Trichopsidea clausa, puis Greathead (1963 :461) et par Léonide (1964 b) chez Symmictus
costatus. Prescott (1955 : 394) remarque qu’in vitro T. clausa ne réagit pas lorsqu’on
lui présente de l’eau sucrée. Les Hirmoneurinae ont rarement été aperçus sur des fleurs.
En ce qui concerne l’activité de rdation, je n’envisagerai ici que les déplacements en
rapport avec la recherche de la nourriture. L'activité de relation liée à la reproduction sera
traitée dans un paragraphe particulier (voir infra).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
149
Lorsque l’on étudie l’activité des Némestrmidés on est, à première vue, surpris de trou¬
ver certaines espèces le plus souvent immobiles (comme S, costatus) et d’autres en perpétuel
mouvement (comme N. tausckeri).
H est bien évident que l’activité des Nemestrininae est incomparablement plus impor¬
tante que celle des Hirmoneurinae. Cela tient aux différences de comportement trophique
existant entre les individus des deux sous-familles. Les Hirmoneurinae (S. costatus, T. clausa,
Hirmoneura) ne se déplacent pas pour rechercher leur nourriture. Les Nemestrininae sont
presque toujours en vol. la plupart de ces déplacements correspondent à la récolte de la nour¬
riture et l’on peut voir mâles et femelles voler, pendant de longues heures, de fleur en fleur.
D’après Crouzel & Salavin (1943 : 24) N. sulphureus vole de 8 heures jusqu’au soir.
5. Durée de vie.
la durée de vie des imagos n’est connue en aucun cas avec précision. Toutes les tenta¬
tives de conservation au laboratoire des adultes capturés ont échoué. Trichopsidea clausa
enfermé dans une cage meurt au bout d’un jour ou deux (York & Pbescott 1952 : 6). Ces
auteurs estiment à guère plus d’une semaine la durée moyenne de vie de cette Mouche.
Crouzel & Salavin (1943) n’ont pu maintenir Neorhynchocephalus sulphureus en vie au-delà
de 76 heures de captivité. Je n’ai pas mieux fait que mes prédécesseurs avec Symmictus
costatus.
On peut, en revanche, se faire une idée approximative de la longévité des individus
en tenant compte des considérations suivantes :
Chez les Hirmoneurinae la période de vol est courte. Elle n’excède pas 25 jours, en
moyenne, chez T. clausa et 5. costatus. Si l’on considère qu’il existe fort probablement un
décalage dans les éclosions, il est aisé de voir que la durée de vie des individus doit être brève.
Cette idée est renforcée par l’étude de la dynamique de la population. Chez S. costatus, en
1963 par exemple, je n’ai dénombré que 8 Mouches le 18 juin. Le 26 juin j’en comptais plus de
100, le S juillet 6 seulement. En pratique, la population a vu sa densité s’élever au maximum
et presque s’annuler en moins de 15 jours. D’après ces constatations, on peut supposer que la
vie de S. costatus ne doit pas excéder 7 à 10 jours.
Chez les Nemestrininae les informations sont inexistantes. Si l’on considère que la
période de vol de Neorhynchocephalus tauscheri, par exemple, s’étend sur 45 jours et que
les imagos se nourrissent, on peut présumer que leur durée de vie doit être un peu plus longue,
mais cela demande à être confirmé.
IL COMPORTEMENT DE REPRODUCTION
1. Sexualité.
La sex-ratio est inconnue chez les Némestrinidés. Le plus souvent les males se rév^ent
rares. Mais cette rareté — vraisemblablement apparente — tient à toute autre cause que le
déter mini sme sexuel.
Certains Némestrinidés présentent un comportement particulier : l’exécution par les
mâles, pendant les heures chaudes de la journée, d’une ronde. Celle-ci apparah comme un
vol rapide et bruyant s’effectuant, selon une trajectoire fermée plus ou moins circulaire, à 1
ou 2 m au-dessus du sol. J’ai décrit un tel comportement chez Neorhynchocephalus tauscheri
(cf. Léonide 1964 6). Prescott (in litt.) pense qu’il représenterait une parade nuptiale. Cela
n’est pas invraisemblable mais nullement prouvé et j’indine personnellement pour une
signification différente (voir infra).
L’accouplement des Némestrinidés n’a été que rarement observé. J’ai réuni les diverses
données à ce sujet dans ime note (1964 b) et je ne rappellerai ici que ce qui intéresse les Némes-
trinidés acridiophages.
Spencer (1958) aperçut une fois un couple de Trichopsidea clausa. Ce dernier était
posé sur une fleur.
Prescott en 1955 n’avait pas noté l’activité sexuelle de Neorhynchocephalus sackenii.
Personnellement je n’ai jamais vu l’accouplement de Symmictus costatus et une seule
fois cdui de N. tauscheri. Chez ce dernier, l’observation a été faite un 7 juillet vers 14 h 30.
Le couple était posé sur un chaume de Graminée. La femelle était agrippée à la brindille,
la tête vers le haut, le corps indiné à 45°, le mâle pendait verticalement la tête en bas, par
moment uniquement mmntenu par l’appareil copulateur, à d’autres moments ü s’accrochait
Source : MhiHtJ, Paris
150
J.-C. LÉONIDE
à la tige par ses pattes antérieures. Souvent immobile, le couple se montra capable de s’envoler
sans se séparer. La position des conjoints pendant l’accouplement rappelle celle présentée par
la plupart des Hétéroptères et des Bombyîiidés (Du Merle 1966 o).
2. Ponte.
La ponte représente l’aspect le mieux connu de la biologie des Némestrinidés, bien
que les observations ne portent que sur un nombre limité d’espèces.
a. Lieu de ponte.
H existe, entre les principaux auteurs, une controverse née d’observations faites par
Prescott {I960) selon lesquelles il pu voir «The Aies were ovipositing in nonconformity
to the usual behavior reported for Nemestrinid species... ».
D’après cet auteur, les lieux de pontes signalés jusqu’ici ne représenteraient pas les
plus utilisés mais les plus visibles, donc les plus faciles à découvrir « My studies of sackenii
oviposition indicate the possibility of a deceptive élément in the oviposition habits of the
Aies due to the fact that they are conspicuous and easily seen when ovipositing on such bare
wooden structures as posts, pôles, stakes rails, etc. but are inconspicuous, hence extremdy
difficult to discem when sitüng on the low growing and often dried végétation such as coarse
grass steems, weeds and shrubs constituting the normal végétation of their habitat. This
raay hâve misled observers from the time of Handlirsch to the présent tirae... ».
Au cours de notre correspondance Prescott est revenu souvent stir cette question
d’importance, car, de l’avis de tous les chercheurs ayant œuvré sur les Némestrinidés, la
connaissance précise des conditions de ponte présente un intérêt économique non négligeable
dans la lutte anti>acridienne.
Ces judicieuses remarques de Prescott se sont révélées exactes chez Neorhynchoce-
pkalus sackenii (cf. Prescott 1960) et dans les autres cas ont constitué le fil directeur d’in¬
vestigations fructueuses.
x. Données des auteurs.
Dès 1883, Handlirsch avait indiqué que Hirmoneura obscura déposait ses œufs
dans les trous de sortie d’insectes {Antkaxia) minant les troncs de bois et dans les branches
cassées, etc. (Handursch 1883 : fig. 15, pl. 1; ClaüSEn 1940 t 368, fig. 164).
Brauer (1883), en constatant que les femelles aperçues loin des arbres venaient
se poser sur le manche de son filet, a le premier noté leur attirance pour les supports élevés.
Spencer (1931,1934, 1945) s’est attaché à décrire les lieux de ponte de Trickopsidea
clausa. Ce Diptère introduit ses œufs dans les crevasses, les fentes, les trous de sortie d’insectes
qui se rencontrent sur les arbres morts, les vieux poteaux de clôture, voire les poteaux télé¬
graphiques, dans l’aire de l’hôte. Il a dénombré plus de 30 femelles sur le même support et
admet qu’elles vont sur les poteaux dans le seul but de pondre. Cet auteur (1958) a démontré
l’effet attractif que provoquent les pieux dressés en bois vermoulu sur les femelles gravides,
en plaçant de tels supports dans des régions qui en sont dépourvues. Le résultat de cette
expérience fut d’attirer les Mouches qui vinrent y déposer leurs œufs en nombre suffisaut
pour que cela pu se répercuter d’une manière appréciable sur le taux de parasitisme des hôtes
de la loc^té.
York & Prescott (1952) ont confirmé ce lieu de ponte de Trickopsidea clausa.
Ils recensèrent de 50 à 70 et même 126 femelles sur un poteau.
Hirmoneura exotica place ses œufs dans les g^eries désertes d’insectes xylophages
présentes sur des vieux bois de clôture (Brüch 1917, Bequaert 1934 : 176).
York & Prescott (1952) puis Prescott (1955), influencés par les résultats antérieurs
étabbs pour Trickopsidea clausa, trouvèrent effectivement des individus de Neorhynckoce-
pkalus sackenii pondant sur des pieux, mais jamais en nombre. Beamer {in Bequaert 1934 :
171) aurait également vu iV. sackenii pondre dans des trous minant un tronc de Yucca mort.
Pourtant, dès 1894, Brünner aurait aperçu N. sackenii pondre dans les tiges d'Erio-
gonum alatum (d’après York & Prescott 1952 : 5). Spencer lui-même (1958 : 504) a vu
à deux reprises des femelles de N. sackenii sur des inflorescences mais il ne trouve pas d’œufs.
Prescott (1960 : 517), avec beaucoup d’esprit critique et de patientes observations,
en arrive à la conclusion — maintenant établie — que N. sackenii préfère déposer ses œufs
dans les cavités, les crevasses situées sur les portions mortes ou mourantes de la végétation
herbacée ou arbustive (galles, vieilles tiges creuses, chaumes de Graminées).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
151
3 . Recherches personnelles.
J’entrepris mes recherches dans des conditions particulièrement heureuses. D’une
part, mon attention se trouvait attirée sur les thèses s’aftontant. D’autre part, je disposais
d’un biotope dans lequel, outre le grand nombre de femelles occupées à pondre, se trou¬
vaient réunis sur une surface limitée des troncs de bois, des poteaux de dôture, de vieux murs
mais également d’innombrables tiges d’Asphodèles desséchées, creuses et des chaumes de
Graminées.
Les résultats de ces investigations (pnbliés en 1964 a) sont formels.
En aucun cas les femdles de Symmùtus costatus ne déposent leurs œufs dans les cavités
de la végétation herbacée, sur laqudle elles viennent pourtant se poser à certaines heures
(voir infra).
En revanche, je les ai observées en grand nombre pondre sur tous les supports de la
localité quelle que soit leur nature (bois ou pierre) pourvu qu’ils présentent des excavations,
grandes ou petites, naturelles ou artificielles et qu’ils soient élevés. Ainsi, les femelles placent
leurs œufs sur des branches mortes (de figuier) ou des poteaux de clôture, dans les trous des
plus réduits aux plus vastes. Ces excavations sont des trous de sortie d’insectes (Coléoptères
xylophages — petits : Bostrychidés, Scolytidés; ou grands : Buprestidés, Cérambycidés, etc.),
des fissures, cassures, craquelures du bois ou de l’écorce, voire de simples recoins formés
par la bifurcation des branches ou des écorces se détachant; mais seides les branches mortes
sont utilisées. J’ai dénombré jusqu’à 60 femelles occupées à la ponte sur une vieille poutre
verticale de 2,50 m de haut et de 11 X 7 cm de section. Des dizaines de Mouches peuvent
s’aligner les unes au-dessus des autres, le long d’une fissure verticale.
Les anfractuosités des murs des bergeries sont intensivement utilisées pour le dépôt
des œufs. J’ai recensé plus de 100 femelles sur une façade de 15 m*. Tous les trous sont mis à
profit : fissures du mur, plâtre décollé, cavités de la pierre, interstices des tuiles.
La hauteur des lieux de ponte a varié entre 50 cm et 3,50 m (lieu le plus élevé de la
station). Ld plupart étaient situ^ entre 1 et 2 m au-dessus du niveau du sol. Spencer (1931,
1932) et Prescott (1955) observèrent des femelles de Trichopsidea clausa de 10 cm jusqu’à
5 m au-dessus du sol.
les excavations situées sur une surface vertic^e ou une surface horizontale servent égale¬
ment et ceci, quelle que soit leur exposition (sauf cas exceptionnels que nous verrons).
Dans la plaine de Grau, j’ai été en mesure d’étabhr que les lieux de ponte de Symmictus
costatus étaient bien les supports naturels ou artificiels quelle que soit leur constitution
pourvu que :
— ils soient d’un volume suffisant, une canne dressée n’attire pas l’attention des
femelles;
— ils aient une hauteur suffisante (minimum 50 à 75 cm), un gros tronc d’arbre couché
n’est pas utilisé;
— ils présentent des fissures ou excavations.
Les nombreuses tiges creuses de la végétation n’ont pas été exploitées alors que les
poteaux de clôture, les murs, etc. l’ont été massivement. Un tel contraste, sur une aussi petite
distance, dans des conditions d’investigations optimales, ne peut s’expliquer comme l’effet
d’un artefact d’observation ni comme celui du hasard, mais démontre amplement l’effet
d’attirance qu’exercent les supports élevés sur les femelles gravides de S. costatus.
Mes observations sur le comportement de ponte de Neorhynchocephalus tauscheri
m’ont conduit à des conclusions toutes autres. Je n’ai malheureusement vu qu’une fois la
ponte. Celle-ci s’effectua dans le creux d’un chaume de Graminée. Par ailleurs, ces Mouches
se posent sur la végétation herbacée et non sur les troncs d’arbres morts, nombreux dans la
station — fait d’autant plus significatif, selon les remarques de Prescott, que si elles le fai¬
saient elles devraient être particulièrement repérables —. Ces observations, pour fragmen¬
taires qu’elles soient, révèlent que N. tauscheri se comporte à l’instar de N. sackenii et place
ses œufs dans les cavités naturelles de la végétation herbacée *.
Après avoir décrit les modalités de la ponte de 5. costatus et N. tauscheri je ferai
remarquer qu’il semble bien exister, chez les Némestrinidés, deux modes de ponte légère-
1. Ces modalités de ponte de N. tauscheri ont été largement confirmées depuis la rédaction de
ee( ouvrage et seront décrites en détail dans une prochaine publication.
Source : MNHN, Paris
152
}.>C. LÉONIDE
ment différents. Dans l’un, les œufs seraient déposés dans les cavités présentes sur des supports
élevés particuliers. Les femelles se concentrent alors sur de tels substrats en nombre limité
sur lesquels elles sont très visibles. Ce mode, rencontré chez Hirmoneura obscura, H. exotka,
Trichopsidea clausa, Syrnmictus costatus, serait peut-être propre aux Hirmoneurinae. Dans
l’autre, les œufs seraient introduits de préférence dans les cavités de la végétation herbacée.
Ce mode, décrit chez N. sackenii et N. tauscheri, serait peut-être commun aux Nemestnninae.
Certaines espèces peuvent cependant présenter, selon les circonstances, ces deux
modes de ponte. York & Prescott (1952) et Prescott (1955) ont montré que N. sackenii
pouvait placer ses œufs sur des supports élevés. Prescott (in Utt.) m’a sign^é qu’ü avait
récemment observé de larges variations dans le comportement d’oviposition de T. clausa.
La nature et l’importance éminemment variables des supports que la composition floristique
de la locdité met à la disposition des femelles peuvent influencer le mode de ponte choisi
(Léonide 1964 b : 216). Mais cette influence est faible et ne saurait expliquer totalement
les différences observées d’une espèce à l’autre. 5. costatus et N. tauscheri, dans leur propre
localité, ont à leur disposition des supports élevés et des chaumes de Graminées ; or, l’un choisit
les premiers, l’autre les seconds.
b. Attitude de ponte.
Syrnmictus costatus, posé vertiedement, se tient la tête dirigée vers le haut et arque
son abdomen, entre ses pattes, en direction antéro-ventrale pour introduire son oviscapte
dans l’orifice de ponte. Lorsque la femelle pond sur un support horizontd la position est à
peu près la même si ce n’est qu’elle se tient horizontdement. Quand elle dépose ses œufs
dans une grande cavité elle introduit dans le trou tout son abdomen et demeure agrippée
au rebord de l’orifice par ses pattes antérieures et moyennes, laissant seuls émerger tête,
thorax et ailes.
Ces attitudes s’observent chez presque toutes les espèces d'Hirmoneurinae : Trichop-
sidea clausa (cf. York & Prescott 1952 : 6, fig. 6), Hirmoneura obscura (cf. Handlirsch
1883 : tabl. I, fig. 15; Brauer 1883 et Clausen 1940 : 368, fig. 164) et H. exotica (cf. Bruch
1917 : 427, fig. 1).
Cette posture se retrouve chez les Nemestrininae (Neorkynckocephalus sackenii)
lorsqu’üs déposent leurs œufs sur un support volumineux (poteau, galle; cf. Prescott 1960 :
519, fig. 4). Lorsque la ponte a lieu dans le creux d’un chaume, l’attitude est différente. Chez
N. tauscheri, la femelle agrippée au sommet de la brindille, les deux premières paires de
pattes accrochées sur le bord de l’orifice, la paire postérieure appuyée en dessous le rebord
marginal diamétralement opposé, maintient son équilibre en battant périodiquement des ailes.
L’abdomen légèrement arqué en avant, elle introduit son oviscapte dans la lumière de la tige.
c. Durée de ponte et activité de la femelle.
D’après Spencer (1931 : 22, 1958 : 503) Trichopsidea clausa pond pendant 8 à
35 secondes, parfois plusieurs minutes, puis se repose un temps avant de recommencer.
Mais la femelle peut rester dans la position de ponte pendant plus d’une heure durant laquelle
elle est toute occupée au dépôt des œufs au point de se laisser saisir à la main. La passivité
des femelles déposant leurs œufs a également été observée par York & Prescott (1952 : 7)
chez T. clausa et par Bruch (1917 : 428) chez H. exotica
Chez Syrnmictus costatus, j’ai pu voir les femelles en position de ponte de 10 heures
au déedin du soleil. Les Mouches sont immobiles, les ailes au repos; seules les extrémités de
l’abdomen et de l’oviscapte sont agitées de faibles mouvements. Elles se laissent saisir et
ne s’envolent que si on les enlève de leur support.
Chez les Nemestrininae, le comportement est diff'érent selon les circonstances. La
femelle de Neorhynchocephalus tauscheri doit maintenir son éqtiilibre au sommet du chaume
en battant des ailes et reste active pendant la période du dépôt des œufs qui ne dure que quel¬
ques minutes. Chez N. sackenii, lorsque la ponte a lieu sur un support élevé elle débute
vers 10 heures, dure plusieurs heures et les femelles deviennent « léthargiques » (Prescott
1955 : 393). Beamer (d’après Bequaert 1934 : 171) aurait suivi pendant une demi-heure
N. sackenii déposant ses œufs dans les galles d’insectes.
1. Un phénomène aimilaiie a été également noté chez les Diptères Aeroceridae (cf. r^pvr-T.iî 1966 :
642) dont les modalités de la ponte sont voisines de celles des Némestrinidés.
Source : Mt-JHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
153
Les différences que j’ai notées dans la durée de la ponte et dans l’acÜTité plus ou moins
grande des femelles de N. tauscheri et de 5. co$tatus résulteraient des conditions qu’impose
le lieu choisi pour le dépôt des œufs. Lorsque les femelles placent leurs œufs sur de grands
supports, la ponte dure longtemps et les femelles deviennent immobiles. Lorsque la ponte se
produit dans un chaume de Graminée, elle dure peu et la Mouche reste active et excitable.
Cette relation a été vérifiée chez N. sackenii fréquentant les deux types de supports.
PresCOTT m’indique : « It is interesting tkat in circumstances in with sackenii fiies were
seen ovipositing in old coleoptera cavities of fence posts, etc. tkey often u/ere indifferent
and — se laissent saisir à la main {sic) — but wkere appropriate cavities in the herbage were
abundant the sackenii /lies, althrough extremely numerous avoided the fence posts. When
the/lies were seen ovipositing in cavities of the herbage they were often alert, fugitive and
deposited eggs in 8 or iO cavities in 10 or 15 minutes. But at other times a sackenii /ly
leould seule down on a chaume and remainfor 80 minutes of longer while depositing many
kundred eggs •.
Prescott m’a fait part de ses observations sur T. clausa chez qui les nouvelles femelles
arrivées sur les poteaux sont alertes. Cette attitude se transforme graduellement en « léthargie •
au fur et à mesure que le temps d’oviposition s’^onge. Tout se passe alors comme si la Mouche
était préoccupée au point que < the fiy seems to be obUvious of ail aise ». D attribue ce phéno¬
mène à une fatigue provoquée par une oviposition prolongée. J’ai vérifié la véracité de cette
opinion chez 5. costatus ; vers 11 heures les femdles s’eiifuient facilement lorsqu’on essaye
de les saisir, vers 14 heures elles sont immobiles. On comprend que les femelles de Nemestr.-
tânae qui demeurent seulement quelques minutes sur chaque tige dans lesquelles elles dépo¬
sent leurs œufs ne sombrent pas dans l’> apathie • des Hirmoneurinae occupées à pondre
depuis plusieurs heures.
L’activité de ponte semble influencée par les facteurs météorologiques.
Trichopsidea clausa commence à pondre lorsque la température atteint 18,5 ”0
(Spencer 1958 : 504). Neorhynchocepkalus sackenii demeure inactif jusqu’à 9 heures, heure
à laquelle la température de l’air est de 22 '^C. La ponte ne débute que vers 10 heures pour
atteindre son maximum à midi et s’annuler à 17 heures (Prescott 1955 :393). Chez Symmictus
costalus la ponte débute vers 10-11 heures, lorsque la température est de 30 °C (au soleil
et au niveau du soi).
Spencer (1958 :504), constatant que des mouvements de ponte peuvent être provoqués
par des contacts infligés à l’oviscapte, admet que le vent agirait en stimulant ce dernier !
J’ai remarqué que, lorsque souffle un vent violent, la majorité des femelles de S. costatus
choisissent pour pondre des lieux abrités. Si donc, le vent était un facteur stimulant de l’ovi-
position, cette action ne semblerait pas pouvoir être retenue chez S. costatus au-dessus d’une
certaine intensité.
d. Fécondité et rythme de ponte.
Les Némestrinidés se font remarquer par le niveau extrêmement élevé de leur fécondité.
Spencer (1958 : 503) parle, à propos de Trichopsidea clausa, du dépôt, par une femelle,
de 4 000 œufs et York & Prescott (1952 : 7) de 4 700 œufs. Chez Symmictus costatus
j’ai dénombré dans les ovaires d’une femelle, qui avait déjà pondu, plus de 3 500 œufs.
Le rythme de ponte est difficile à établir. Souvent les observations ont duré un court
laps de temps et les résultats ne sont pas extrapolables. York & Prescott (l. c.) ont noté
le dépôt de 198 œufs en deux minutes, chez T. clausa. D’après Spencer (1958) cette espèce
dépose une trentaine d’œufs en 35 secondes, puis survient un temps de pose avant que ne
commence une nouvelle séquence. Ce rythme se poursuit, avec des repos d’importance variable,
pendant plusieurs heures.
Chez 5. costatus, je n’ai pu déterminer avec exactitude le rythme de dépôt des œufs,
mais les femelles demeurent de longues heures en position de ponte.
e. Nombre d’œufs déposés.
Chez les Nemestrininae les renseignements au sujet du nombre d’œufs déposés sont
succincts. Dans l’unique ponte de Neorhynchocephalus tauscheri que j’ai pu suivre, deux œufs
seulement ont été déposé dans la cavité d’un chaume. Prescott (voir supra) a remarqué
que lorsque les femeÛes de N. sackenii pondent dans les cavités de la végétation herbacée
elles en visitent un grand nombre et ne placent dans chacune d’elles qu’un p>etit nombre
d’œufs.
Source : MNHN, Paris
154
J.-C. LÉONIDE
Chez les Hirmoneurinae, qui pondent dans les excavations spacieuses des troncs
de bois, le nombre d’œufs déposés dans chaque cavité peut être très ^evé.
Prescott (1955 : 394) mentionne que sur les poteaux de clôture chaque trou de sortie
d’insecte était empli par des milliers d’œufs.
En inspectant, après la période de ponte de Symmictus costatus, les poteaux de clôture,
les branches et les murs, j’ai constaté qu’un grand nombre d’excavations, de trous de sortie
d’insectes, de fissures étaient colmatés par des amas denses d’œufs. nombre d’œufs déposés
est alors lié à la contenance de la cavité. Si elle est faible, la femelle, après emplissage, conti-
nuera sa ponte ailleurs; si elle est grande, plusieurs femelles pourront y déposer leurs œufs
jusqu’à complet colmatage. J’ai pu voir une fissure en forme de trièdre, longue de 50 ram,
large de 6 à 8 mm et profonde de 10 mm, complètement emplie. En déterminant, à l’aide
d’une balance de précision, le poids moyen de 100 œufs et celui d’un paquet d’œufs d’environ
1 cm*, j’ai cidculé que le nombre d’œufs contenus dans la fissure mentionnée ci-dessus serait
de l’ordre de 20 000. Si l’on considère le nombre d’œufs déposés dans une telle cavité et la
fréquence élevée avec laqudle on rencontre de telles excavations colmatées, on peut se rendre
compte de la quantité considérable d’œufs qui est ainsi concentrée dans une station de ponte de
surface très limitée. En Grau, en 1962, j’ai recensé 200 femelles en train de pondre sur une
surface de 200 m*. En multipüant le nombre des femelles par celui de la fécondité moyenne
on peut voir que la quantité d’œufs déposés en ce lieu approche le million.
3. Dépiacemenls liés à Paclivité génésique.
A la suite d’une observation (Spencer 1945 b) sdon laquelle les mâles de Neorhyncho-
cephalus sachenii et Trichopsidea clausa sont rares et se rencontrent seulement dans les hautes
prairies alors que les femelles ne peuvent être récoltées qu’à plus basse altitude. Spencer
(1958 : 504) formula l’hypothèse d’une migration : « Whether the sexes mate on the ranges
and males then fly up to the meadows or whether males départ for the meadows as soon
as they emerge from pupal cases and the females go up to the fiower meadows to mate and
descend to oviposit, has not been determined ». Cet auteur, envisage l’existence de deux loca¬
lités distinctes, l’une où se tiendraient les tnMes, l’autre où pondraient les femelles et reconnaît
que les individus de l’un des deux sexes doivent accomplir le trajet séparant ces deux localités.
Un tel déplacement ne parait pas invraisemblable puisque nous savons maintenant
qu’il existe une attirance des femelles pour certains lieux de ponte riches en supports convenables.
Prescott (1955 : 393), chez Neorkynchocepkalus sackenii, après avoir lui aussi constaté
que les mâles sont absents — ou rares (Dietz 1953) — sur les lieux de ponte, alors que mâles
et femelles se retrouvent sur la végétation herbacée, reco nnaî t l’existence de déplacements
journaliers des femelles. Ces dernières iraient dans le milieu de la matinée de la prairie vers
les poteaux et le soir effectueraient le trajet inverse. Chez Symmictus costatus j’ai observé
que les femelles — à l’instar de Trichopsidea clausa (cf. Spencer 1958 : 504) — passent
la nuit immobiles sur les lieux de ponte utilisés la veille. Elles prennent leur essor 5 à 10 minutes
après que les rayons du soleil soient venus les frapper directement; le 21 juin 1965, par exemple,
c^ se produisit, après dissipation des brumes, entre 6 h 30 et 7 h 30, la température atteignait
à cette heure 25 °C contre 18 “C avant le lever du soleil. L’action directe des rayons solaires
est nette. Les femelles, selon l’exposition de leur lieu de repos nocturne, furent atteintes par
les premiers rayons à des heures différentes et s’envolèrent au fur et à mesure. Cela s’échelonna
sur près de 2 heures. Les réactions des femelles apposées sur les façades Nord furent diverses.
In plupart s’envolèrent vers 9 heures avant que les rayons aient pu les afSeurer mais avec
presque 2 heures de retard sur celles exposées au midi. Certaines cependant n’avaient pas encore
pris leur essor à 10 h 30. Il est donc vraisemblable que la luminosité autant que réchauffe¬
ment de l’air soient les facteurs du déclenchement de l’essor.
Au moment de l’envol, il est difficile de suivre les Mouches directement. J’ai pu cepen¬
dant constater que les femdies, que l’on ne voit jamais posées sur les herbes aux autres
heures de la journée, se rencontrent, justement entre 8 et 10 heures, à proximité immédiate
des lieux de ponte, sur les tiges desséchées d’Asphodèles et de Chardons. Or c’est précisément
agrippés à ces herbes et dans un rayon de 300 m autour des bergeries que j’ai pu découvrir
les mâles, toujours rares (2 à 3 % de la population), qui à cette heure accomplissent de petits
vols. Ainsi, le 21 juin 1965 entre 8 h 45 et 9 h 45, j’ai recensé sur la végétation : 9 femelles
et 4 mMes. H n’est pas impossible que ce soit à ce moment de la journée et en ce lieu que l’accou¬
plement se produise.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTERES
155
Enfin, entre 10 et 11 heures, les femelles disparaissent à nouveau de la végétation
herbacée et se retrouvent progressivement sur les supports de ponte où elles demeurent toute
U journée. Les mâles restent seuls sur les herbes où l’on peut les découvrir — difficilement —
à toutes heures.
L’existence de deux stations parait vraisemblable chez certains Némestrinidés. L’une
représenterait l’aire où se produisent l’émergence imaginale et l’accouplement et où demeurent
tes m^es, l’autre constituerait le lieu de ponte. Les migrations seraient effectuées par les femelles
qui quitteraient la station où elles sont nées pour aller vers des biotopes propres àl’oviposition;
cette migration pourrait se produire une seule fois dans l’existence ou, au contraire, se renou¬
veler journellement.
Cette manière de voir s’appuie d’une part sur les observations réalisées chez Hirmo-
neura oliscura, Trichopsidea clausa, Neorkynokocephalus sackenii et Symmictus costatus
et d’autre part rend compte de deux faits qui ont été mis en évidence : le comportement
assurant la concentration des femelles sur des supports de ponte (chez les Himoneurinae)
et la dispersion des Némestrinidés, à l’état larvaire, autour de ces centres par l’intermédiaire
du déplacement des hôtes.
Ce schéma admis, il importe de le nuancer. Chez 5. costalus, les deux stations sont
en Crau — géographiquement parlant — confondues; mais il existe dans le biotope deux niches
écologiques : l’une où se produit l’éclosion, où les mâles demeurent et l’autre où a lieu la ponte.
On ne peut nier — sous prétexte de la brièveté des distances — les déplacements des femelles
du lieu de ponte à celui où séjournent les mâles et vice versa. Chez T. clausa inversement,
ces deux stations sont éloignées l’une de l’autre. La différence dans le comportement de migra¬
tion de ces deux espèces s’expliquerait par le fait que l’^e d’émergence imaginale de S. costatus
présente des supports propres à la ponte qui font défaut dans celle de T. clausa. Si l’aire
d’émergence est grande et dépourvue de support propre à la ponte, les femeUes pourront être
obligées de parcourir une distance importante avant d’en découvrir. C’est ce qu’a montré
Spencer (1958 : 504) en attirant les femelles sur des poteaux expérimentaux placés là où
il n’y en avait pas. Si le biotope d’émergence présente, de place en place et à faible distance,
des supports convenables (cas de la Crau), les déplacements seront faibles.
Chez les Nemestrininae {N. sackenii et N, tauscheri), les femelles déposent leurs œufs
dans les cavités de la végétation qu’elles trouvent dans l’aire d’émergence et demeurent avec
les mâles. J’ai toujours rencontré les individus des deux sexes de N. tauscheri sur la même
station.
En définitive, la migration existerait seulement chez les femelles qui pondent sur des
supports particuliers, dans la mesure où ces derniers se trouvent localisés en certains points
de l’abe d’émergence imaginale, ou en dehors.
C. VIE PRÉIMAGINALE
Je subdiviserai la vie préimaginale en trois phases, distinctes par les milieux dans les¬
quels évoluent les œufs et les larves :
— La phase libre préparasitaire se déroule dans le milieu extérieur et présente chez
les Némestrinidés une durée notable (phase que je qualifierai dans le chapitre vi de « proxé-
nique > libre) ;
— 1^ phase endoparasitaire se passe dans le milieu hôte;
— La phase post-parasitaire débute avec la sortie des larves hors de l’hôte et leur
retour dans le milieu extérieur.
I. PHASE LIBRE PRÉPARASÏTAIRE
Le lieu et le nombre des œufs déposés sont des caractéristiques de la vie de la femelle,
U biologie préimaginale débute donc — après le dépôt des œufs — avec leur incubation et
le devenir des larves néonates.
I. Incubation des œufs.
Le succès du développement des œufs et la durée d’incubation paraissent liés aux condi-
fions météorologiques.
Source : MNHN, Paris
156
}.-C. liONlDE
York & Prescott (1952 : 7) indiquent pour Trichopsidea clausa une durée d’incu¬
bation de 8 à 10 jours à la température du laboratoire et une durée de 20 jours à la tempéra¬
ture de 7 ®C. Spencer (1958 s 504) donne pour Neorhynchocephalus sackenii une période
de 17 à 18 jours.
Chez N. tauscheri, j’ai noté ime durée d’incubation de 8 jours pour un œuf placé à
l’étuve (HR = 75 %, t = 27 “C). Chez Symmictus costatiu, j’ai pu montrer, à même le terrain,
que la durée d’incubation des œufs était d’environ 10 jours. A l’étuve, avec une humidité
relative de 75 % et une température de 35 ®C, ce délai peut être ramené à 5 jours. A 7 “C,
le développement est rdenti sans être perturbé. Par contre, avec une humidité faible (35 %)
ou forte (95-100 %), le dévdoppement fut compromis. En Crau, le degré d’humidité relative
varie évidemment avec l'heure et, par suite, la température et les conditions atmosphériques.
Certaines nuits, ce degré peut s’élever jusqu’à 95 % pour s’abaisser dans la journée aux
alentouM de 50 et même 40 % (vers 15 heures, t = 35 °C). Il n’est peut-être pas impossible,
comme l’a fait remarquer Prescott (in litt.), que le choix des cavités dans lesquelles a lieu
la ponte soit effectué en fonction de leur volume qui conditionne le degré d’humidité.
2. Vie libre du planidium.
A l’édosion, les œufs livrent passage à une larve planidium.
Peu d’informations ont été rassemblées sur les conditions de vie des pianidia, pro¬
blème intéressant par ses applications possibles dans la lutte biologique.
York & Prescott (1952 : 7) indiquent que les larves I de Trichopsidea clausa survi¬
vent 5 à 6 jours, certaines jusqu’à 2 semaines. Prescott (1961 : 562) a pu conserver celles
de Neorhynchocephalus sackenii pendant 4 à 6 semaines à la température de 3 à 4 ‘*C. J’ai
gardé celles de Symmictus costatus environ une dizaine de jours.
Les pianidia de Néraestrinidés, in vitro, souvent inertes, peuvent se déplacer lentement
en rampant, ou rapidement, en arpentant le sol à la manière des chenilles de Géométridés.
Souvent iis • s’asseoient • sur leurs 6 soies postérieures et dressent leur corps verticalement
(Spencer 1958 : 504; York & Prescott 1952 : 7 ; Prescott 1955 : 394, à propos de T.clausa
et N. sackenii). J’ai observé un comportement analogue chez S. costatus. Les pianidia se
déplacent rapidement sur un sol terreux et progressent en sautant (Léonide 1964 a), tout
comme le font ceux de certains Tachinidés (Clausen 1940 : 18). La larve qui va sauter se
dresse verticalement sur ses soies postérieures, puis recourbe son corps en arrière jusqu’à
ce que son extrémité antérieure touche le soL et par une brusque détente de redressement
elle se projette à une certaine distance. Celle-ci de quelques millimètres sur un sol horizont^
va jusque, dans les cas exceptionnels, à presque 50 mm si le point de départ est surélevé.
Le saut se produit aussi bien sur le sol que sur un hôte.
Un problème discuté de la vie des pianidia est celui de leur dispersion, ces demien
devant quitter leur lieu d’éclosion et aller à la rencontre d’un hôte.
Les observations qui ont été faites ne portent pratiquement que sur les pianidia édos
sur des poteaux. Spencer (1931 :23-24,1958 : 505-506) constatant l’élévation du lieu de dépôt
des œufs a fait jouer au vent un rôle prépondérant dans la dispersion. Prescott (1955 : 394)
remarque qu’en dépit de la quantité considérable d’œufs déposés on ne voit pas, ou qu’uo
petit nombre, de pianidia ramper sur les poteaux et pense, à l’instar de Spencer, que le vent
doit les disséminer. Il ajoute pourtant que les Mouches ne pondent pas toujours aux points
les plus élevés, que les larves ne cherchent pas à gagner ces points culminants et que lorsque
le vent souffle à 25 m p h (40,2 km/h) elles ne montrent pas de tendance à se dresser sur
leurs soies.
J’ai mis en doute le rôle du vent dans la dispersion des pianidia de S. costatus (1964 a :
139). Lorsqu’un vent violent souffle, les femelles déposent leurs œufs dans des parties abritées.
J’ai noté, comme Prescott (1955 : 394), qu’en dépit du nombre d’œufs émis sur les poteaux
on n’y voit presque jamais de pianidia. La raison en est la suivante : dès que les œufs accu¬
mulés dans une excavation édosent, les larves sortent presque toutes en même temps et il
s’ensuit une énorme agitation. Les larves se mettent à sauter et tombent sur le sol. H se produit
à l’édosion une véritable « explosion » du paquet d’œufs et en quelques heures on ne rencontre
plus dans la cavité que quelques larves et les coques ovigères.
La dissémination est donc chez 5. costatus tm phénomène actif. La pesanteur et le
vent jouent ensuite leur effet. Plus le point de dépôt des œufs est élevé et plus le vent souffle,
Source : MNHN, Paris
DIPTÈHES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
157
plus les larves ont des chances d’être entraînées au loin. S’il n’y a pas de vent, l’édosion se
produit quand même et les larves tombent autour du support de ponte. Le rôle du vent,
pour important qpi’il puisse être, doit donc être considéré comme facultatif et occasionnel.
Mes expériences ont d’ailleurs confirmé cette impression : des larves I placées en présence
d’un courant d’air créé par un ventilateur ne montrent pas de comportement spécial et lors¬
qu’elles se dressent sur leurs soies elles ne sont pas obligatoirement emportées. Évidem¬
ment si le courant d’air est violent je constate, à l’instar de SpenCer (1958 : 506), que les
planidia peuvent être entraînés ! (« When a carrent becomes stronger they kurl themselves
about. >)
n résulte des modalités de dissémination que l’aire où peut se produire l’infestation
de l’hôte sera de surface limitée et plus ou moins concentrique par rapport aux supports de
ponte. Bien que je ne l’ai pas démontré, il y a des chances qu’à 100-200 m des bergeries les
probabilités d’infestation des hôtes soient, en Crau, presque nulles du fait même de la décrois¬
sance obligatoire de la densité des planidia en fonction de l’éloignement du centre de dispersion
Un fait an^ogue avait été supputé par Brader (1883) chez Hirmoneura obscura et par
Frescott (in Uil) chez les Némestrinidés américains.
3. Notion de «foyers parasitogènes>.
La considération de divers points intéressant la biologie, tant imaginde que larvaire
(prépaiasitaire), des Némestrinidés m’a conduit à la notion de < foyers parasitogènes ».
J’entends par • foyers parasitogènes > des aires géographiques limitées et localisées,
plus ou moins permanentes, où l’infestation de l’hôte — donc la multiplication du parasite —
s’effectue d’une manière privilégiée.
La notion de « foyers parasitogènes > découle de mes observations sur Symmictus
costatus en Crau. Chez cette espèce et dans cette région :
1° Les femelles se concentrent massivement en certains endroits de la station pour
venir y déposer leurs germes;
2° Le nombre d’œufs accumulés y est considérable;
3° Vu le mode de dispersion des planidia, l’infestation des hôtes n’a quelques chances
de se produire qu’à proximité immédiate de ces zones;
4° Ces endroits se sont maintenus d’une manière permanente;
5° Us correspondent, en Crau, au cœur du foyer grégarigène de l’hôte où se produisent
les pontes, où se forment les bandes et où l’on trouve, même les années qui leur sont néfastes,
quelques Criquets.
Établis pour S. costatus en Crau, les « foyers parasitogènes > doivent exister chez
d’autres Némestrinidés car plusieurs arguments invoqués ci-dessus sont valables chez d’autres
espèces Chez Trichopsidea clausa et chez les Hirmoneura (donc peut-être chez d’autres
Hirmoneurinae), nous trouvons la concentration des femelles sur certains lieux de ponte et
par suite l’accumulation des œufs, ce qui obligatoirement se traduit par l’existence d’un
foyer important d’infestation
L’existence des < foyers parasitogènes » implique celle d’un processus qui tende à
limiter la dispersion des poptdations de Némestrinidés. L’attirance des femelles d’Hirmo-
neurinae sur les supports élevés peut assurer le regroupement, d’une année à l’autre, de la
population dispersée à l’état larvaire par les hôtes. Mais cette zone de concentration correspond-
elle à l’aire de retranchement des hôtes ? C’est le cas de 5. costatus en Crau. 11 est probable
que la concordance spatiale entre les • foyers parasitogènes > des Némestrinidés et les zones
de retranchement des hôtes soit le résultat d’une longue sélection. Les femelles d'Hirmo-
1. En fait, Us doivent exister chez d’autres entomophages présentant un mode de ponte et d'infes¬
tation similaire. Une concentration des femelles gravides, des œufs et, par suite, des planitÛa a été signalée
chez les Acroeeridae par Mulot (193S : 164), Capelle (1966 : 642-644).
2. Prescott a pressenti l'existence de ces foyers lorsque, commentant mes observations, il m'écri¬
vait ; « I ont inclined lo beJieve that there are small limiled nemeslrinid habitats uiithin, but noi coextertsive
leùh, i/k muek larger hast habitat, artd thaï the parasites hâve odaptasiorts which tend (o limite lheir dispersion
K dirit i( remains, for the rrutst part, within the favorabU limits. Sometimes there are areas lehere: he hasts
concentrale lo feed and ta oviposU >n laler summer and outumn tchen desiccaiion of the herbage over much of
lheir spring and early summer habitat hasforced them into a limiled number lif smaller areas. Thus the fliss
loy lheir eggs in thote places tahere the ho^s concentrale lheir oton ^s...»
8 Ô640I8 S il
Source : MNHN, Paris
158
J.-C. LÉONIDE
neurinae peuvent, sans doute, se grouper en de multiples points. Mais ceux>ci ne seront
susceptibles de se transformer en < foyers parasitogènes » plus ou moins permanents que s’üs
correspondent à une région où l’hôte demeure lui-même en nombre suSisant et en perma¬
nence. Dans le cas contraire, ils sont amenés à disparaître à plus ou moins brève échéance.
Chez les Nemestrininae, qui placent leurs œufs dans les cavités de la végétation,
l’existence de « foyers parasitogènes » n’est pas aussi évidente. Cependant, ch«s Neorhyn-
chocephalus tauscheri la concentration de la population mâle et femelle dans une station
de faible surface, permanente depuis 15 ans au moins, laisse supposer que la notion de «foyers
parasitogènes » reste valable. Le comportement de ronde que j’ai décrit (1964 5) [voir supro]
n’est peut-être pas indépendant du regroupement de la population après sa dispersion à
l’état larvaire par déplacement des hôtes, mais cela reste à prouver.
Cette localisation étroite des Némestrinidés explique leur rareté, ces derniers étant
concentrés en foyers au sein d’une aire de dispersion éminemment discontinue.
En tant qu’équilibre résultant de l’action sélective de facteurs tant biotiques qu’écolo¬
giques et assurant la survie de l’espèce, le foyer parasitogène des Némestrinidés a, du point
de vue parasitologique, une signification voisine de celle de « l’épidémiotope » des Trématodes
(Rebecq 1964).
4. Pénétration.
L’expérience qui consiste à placer des planidia en divers points du corps de l’hôte
afin de les voir pénétrer fut tentée en vain par York & Prescott (1952 : 7) puis par Spencer
(1958 : 506). En 1961 Prescott observe la pénétration de Neorhynchocephalus sackenii
qui s’effectue d’une manière active par perforation des téguments peu sclérifiés de la région
latéro-ventrale de l’abdomen (membrane pleurale). Les lots de planidia utilisés montraient
des degrés divers dans leurs aptitudes à pénétrer. Certains planidia placés sur l’hôte pénè¬
trent dans des temps brefs (de 1 à 10 minutes), d’autres n’arrivent à s’introduire dans l’hémo-
cœle des Acridiens qu’après plusieurs heures ou n’y parviennent pas.
Chez Symmictus costatu$, ce n’est qu’en 1962 que des planidia éclos au laboratoire
s’introduisirent dans certains hôtes sains mis à leur disposition (Léonide 1962 b, 1964 o).
Prescott pense que les variabilités d’aptitude que montrent les planidia à pénétrer
résulteraient de l’influence qu’exerceraient sur eux certains facteurs microclimatiques —
humidité entre autres. Constatant mes premiers échecs, il me conseilla de placer mes planidia
en certains points abrités du corps de l’hôte, entre les rephs des membranes articulaires
métacoxales par exemple. L’application de ce conseil me conduisit au succès.
La pénétration de 5. costatus s’effectue à travers les membranes minces, avec le maximum
de réussite dans la membrane articulaire métacoxale, sous la hanche. Je l’ai égdement obser¬
vée à travers les membranes intersegmentaires de l’abdomen, les membranes articulaires des
mésocoxa, les membranes basales de l’épiprocte et en bordure du tympan.
La pénétration à travers le tympan, considérée par Spencer (1958 : 506) comme
improbable, n’a pas été établie avec certitude. Une larve perfora la membrane en 2 minutes
mais elle fut refoulée par l’hémolymphe et périt en^uée.
Je dois signaler le cas d’un planidium qui, placé sur la membrane tympanique, s’intro¬
duisit par l’orifice du premier stigmate abdominal. La pénétration par la voie trachéenne,
peut-être accidentelle, n’est donc pas impossible au moins par ce stigmate dépourvu de
système d’ocdusion et dont l’ouverture est suffisante. Cela infirme l’opinion contraire émise
par Spencer (1958 : 506).
Les temps de pénétration observés chez S. costatus ont varié entre 10 minutes et 4 heures
(15 à 30 minutes en moyenne). Je n’ai pu établir de relation certaine entre la durée et le point
de pénétration.
Le mécanisme de la perforation est mal coimu. L’action mécanique des pièces buccales
est indiscutable et j’ai, chez S. costatus, de même que Prescott chez N. sackenii, observé
les mouvements de frottement des crochets buccaux du planidium. Spencer (1958 : 506)
a noté, chez des planidia de Trichopsidea clausa venant d’éclore, la présence de deux volu¬
mineuses glandes sdivaires qui disparaissent chez la larve plus âgée. Ë pense que leur sécré¬
tion pourrait jouer un rôle dans le ramollissement du tégument. Cette hypothèse n’a reçu
aucune confirmation. Ces glandes, hormis les conduits d’évacuation très visibles (fig. 42)
sont, chez S. costatus, difficiles à discerner.
Source : MNHtJ, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTERES
159
IL PHASE ENDOPARASITAJRE
J’ai étudié la vie endopaiasitaire de Symmktus costatus en disséquant 460 hôtes
infestés dans la nature, puis en rédisant la propagation partielle du parasite in vitro par dépôt
de planidia en divers points du corps des hôtes.
Je traiterai ici de la biologie des larves à leurs différents stades, en prêtant une atten¬
tion spéciale à celle du planidiuin qui présente des comportements notables, telle l’ouverture
d’un pore respiratoire, et des diverses autres particularités qui intéressent la vie endopaiasitaire
dans son ensemble, comme l’édification d’un tube respiratoire, le surparasitisme.
1. Vie da planidium dans rhôle.
a. Localisation dans les trachées de l'hôte.
Le planidium, après avoir pénétré, se retrouve dans la cavité générale thoraco-abdomi-
nde de l’hôte où il ne demeurera qu’un temps assez court (quelques heures à un jour environ).
Très tôt il perfore une trachée et s’insinue à son intérieur. Il vivra dans la lumière du système
trachéen de l’hôte pendant une période de 2 à 10 jours d’après mes observations sur Symmictus
costatus.
Pendant ce séjour, fréquemment observé au cours des dissections réalisées quelques
jours après l’infestation, les planidia ne restent pas inactifs. Je les ai vus déambuler — très
rapidement d’ailleurs — à l’intérieur des trachées de grand comme de petit diamètre et dans
les sacs aériens. J’ai pu les voir s’engager dans des trachées exiguës et s’avancer jusqu’au
moment où l’ouverture devenue trop petite ils ne peuvent plus progresser. Ils repartent
dors en marche arrière, jusqu’au point où ils peuvent accomplir un demi-tour.
Cette phase de la vie des planidia — connue chez Neorhynckocepkalus sackenii (cf.
Prescott 1961 : 562) et 5. costatus (cf. Léonide 1962 b, 1964 a) — a été qudifiée par
Prescott {L c.) de « invasion of host’s tracheae ».
b. Formation du pore respiratoire et de la partie proximale du tube respiratoire.
J’ai précédemment insisté (1963 a) sur l’importance de la pénétration du planidium
et de la formation du pore respiratoire, soulignant que leur observation directe représentait
la solution d’un bon nombre de questions relatives à la biologie larvaire des Némestrinidés.
Prescott (1955 : 396) avait constaté que le point d’attache du tube respiratoire
(que forment les larves de Némestrinidés) apparaissait chez Neorhynchocephalus sackenii,
où le pore s’ouvre à travers le tégument, comme une petite cicatrice brune dans les membranes
intersegmentaires de l’hôte et il pensait que ce point correspondait à celui de la pénétration
de la larve. Le tube respiratoire aurait alors la signification d’un siphon primmre. Chez Tri-
ckopsidea clausa, où le pore s’ouvre dans la lumière d’une trachée, Prescott (Z. c.) supposait
que la pénétration pouvait se faire par l’orifice stigmatique.
Spencer (1958 : 506) émit des doutes à ce sujet. 11 estimait que le pore trachéen serait
ouvert par la larve à l’aide de ses stigmates postérieurs, selon la manière décrite par Beard
(1942) chez le Tachinaire Trichopoda pennipes. Les points de pénétration et de fixation du
tube respiratoire seraient alors différents et le second aurait la signification d’un pore secondaire.
Le mécanisme, assez complexe, de la formation du pore a été décrit pour la première
fois chez N. sackenii par Prescott (1961 : 563) au niveau de la membrane pleurale de l’abdo¬
men et chez Symmictus costatus dans diverses régions du corps de l’hôte (Léonide 1962 6).
Ces descriptions ont été faites en suivant à la loupe binoculaire le déroulement des phéno¬
mènes visibles par transparence à travers le tégument et d’après les dissections des hôtes
pratiquées à intervalles de temps réguliers. Ces observations, jointes à celles de la pénétration,
montrèrent que le pore respiratoire des Némestrinidés est de type secondaire mais que son
ouverture ne s’effectue pas selon un mode identique à cdui décrit chez T. pennipes.
a. Ouverture du pore tégumentaire dans les membranes pleurales de l’abdomen.
Au bout d’un temps variable — en général entre 3 et 10 jours après l’infestation —
la larve de Symmictus costalus, toujours dans les lumières trachéennes, chemine en direction
d’une chambre atride. Arrivée à moins d’un millimètre de l’orifice stigmatique, elle perce
la paroi trachéenne et émerge juste sous le tégument où on peut la voir par transparence.
Prescott donne (1961 : 562, fig. 7A et B) pour Neorhynchocephalus sackenii d’excellentes
photographies de cette phase. Dans cette position, la larve, tout en demeurant en contact
11.
Source : MNHN, Paris
160
J.-C. LÉONIDE
par l’intermédiaire de ses stigmates postérieurs avec la perforation trachéenne, se fraye un
chemin dans l'hypoderme jusqu’à la cuticule toute proche dans laquelle elle fore, à l’aide de ses
crochets buccaux, le pore respiratoire. Ced fait, la larve creuse une gderie qui va du pote
à la cavité générée de l’hôte dans laquelle elle s’installe, après avoir abandonné sa connexion
avec la trachée, plaçant ses stigmates postérieurs au contact du pore.
La construction du pore a nécessité le forage, dans l’hypoderme, de deux galeries de
direction opposée, l’une dlant de la trachée (par où a émergé la larve) au pore, l’autre du pore
vers la cavité générale. Les parois de ces galeries subissent certaines réactions mal connues
d’induration et de mélanisation, matérialisant ainsi ce double trajet sous la forme d’une tache
en forme de « V » visible de l’extérieur (Prescott 1961 : 563, fig. 8; Léonide 1963 a : 13,
fig. 2). Cette tache montre deux branches. L’une, initiale, va —■ apparemment —■ du stigmate
au pore; l’autre représente la partie proximale du tube respiratoire qui, dans le cas de pores
s’ouvrant à travers l’abdomen, longe le repli de la membrane pleurale. Le plus souvent la galerie
allant de la trachée au pore s’obture.
Ces observations infirment la théorie émise à ce propos par Crouzel & Salavin
(1943 : 21) et expliquent que le pore des Némestrinidés, tout au moins chez les espèces où il
débouche directement à l’extérieur, se situe obligatoirement au voisinage immédiat d’un
stigmate de l’hôte. En effet, durant le travail de forage la larve, demeurant en contact avec la
chambre atriale par où elle est sortie, ne pourra édifier le pore qu’à une distance de la chambre
atiùde au plus égale à sa propre longueur.
p. Ouverture du pore tégumentaire en d’autres lieux.
Chez Symmktas costatus, le pore peut s’ouvrir en divers lieux mais le mécanisme de
formation demeure identique (Léonide 1962 è).
Une petite différence apparaît lorsque le trajet trachée-pore, s’effectuant sans traverser
de tissu, donc sans occasionner de lésions, ne se matérialise pas par < mélanisation >. La branche
initiale du < V > n’existe pas. Ainsi, lorsque la larve de 5. costatus construit le pore dans U
membrane tympanique, elle sort à travers la chambre atriale du premier stigmate abdominal
et peut atteindre cette membrane sans avoir à se frityer un passage dans un tissu. Seule la
gderie partant du pore et qui longe tangendellement le tympan subit une « mélanisation >.
U en est de même lorsque la larve sort de la chambre attire du stigmate mésothoracique et
le pore s’ouvre à travers la membrane pro-mésothoradque, lorsque exceptionnellement la larve
émerge par la chambre atriale du stigmate métathoracique et le pore se forme à travers la mem¬
brane articulaire mésocoxale.
En définitive, la tache en « V • n’apparaît que lorsque le pore est ouvert à travers la
membrane pleurale abdominale. La larve, sortant alors de la chambre atriale d’un stigmate
abdo min al ou du tronc trachéen longitu dinal médio-ventral au voisinage d’un stigmate, se
fraye un chemin dans les tissus occupant le repli formé par la membrane pleurale. J’ai étudié
ce cas en premier, puisque c’est là que l’édification du pore a été décrite la première fois
(Prescott 1961) et parce que les processus sont plus faciles à comprendre, tous les trajets
étant matérialisés.
y. Variantes des modalités d’ouverture du pore.
L es modalités de formation du pore respiratoire de Symmictus costatus sont susceptibles
de présenter diverses variantes dont la connaissance est d’un certain intérêt.
Trob cas ont été observés.
1° Le cas général, rapporté au-dessus, comporte l’ouverture d’un pore à travers la
cuticule après passage par la chambre atriale du stigmate voisin.
2® Une variante, relativement fréquente (2 à 3 % des cas), consiste en l’ouverture
directe du pore à travers la chambre atriale (Léonide 1963 a : 11, fig. 3). Ce mode apparat
comme résultant d’une déviation du comportement habituel du planidium. J’ai, en effet,
remarqué à plusieurs reprises que des tubes s’ouvraient directement dans la chambre atriale
à quelques millimètres du stigmate, là où, fait normalement saillie la larve lorsqu’elle va
édifier un pore tégumentaire et creuser la galerie « trachée-pore ». Tout se passe comme si la
larve commençait à construire son pore selon les modalités utilisées dans les cas d’ouverture
tégumentaire, puis pour des raisons inexpliquées édifiait son tube respiratoire à partir du point
d’émeigence sur l’atrium.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
161
3® Une variante rare (2 cas sur 700) réside dans l’ouverture du pore à travers une
trachée, loin d’un stigmate. La larve, après avoir séjourné dans les trachées, perfore à un
moment donné la paroi de l’une d’elles, loin d’une chambre atriale, et fait saillie en un point
où s’édifiera le tube respiratoire (Léomide 1963 a : 13, fig. 4).
Les modalités de formation du pote dans ces deux derniers cas se conçoivent aisément
et laissent entrevoir ce que peuvent être celles qui président à l’édification du pore respira¬
toire de Trichopsidea clausa. L’ouverture trachéenne du pore, exceptionnefie chez S. costatus,
devient le mode chez T. clausa. Le déterminisme des variations des modalités de formation
des pores, à l’intérieur d’une même espèce ou d’une espèce à l’autre, est inconnu. Mais chez
5. costatus, il n’y a aucun rapport entre le point de pénétration et la fixation trachéenne ou
tégumentaire. Des larves ayant pénétré à travers le tégument se sont fixées sur des trachées,
une larve s’étant introduite par une trachée a formé un pore tégumentaire. Chez 5. costatus.
U fixation trachéenne apparaît, par sa rareté, le vestige d’une modalité ancestrde qui se serait
maintenue chez T. clausa. Mais des informations complémentaires seront nécessaires avant
que l’on puisse afiîrmer que l’ouverture trachéenne du pore est, chez les Némestrinidés, un
processus primaire et que l’ouverture tégumentaire résulte d’une évolution secondaire.
c. CroissoTice et nutrition.
La croissance linéaire des planidia de Symmictus costatus est faible. Ces larves passent
de 0,75 mm à 1,2 mm de long au maximum.
Nutrition et croissance du planidium ne se produisent qu’au cours de la phase endo-
parasitaire fixée. Aucime prise d’ediment, aucun allongement du’corps n’ont été constatés chez
le planidium hors de l’hôte ou séjournant dans les lumières trachéennes, même depuis plus de
8 jours.
Le régime est vraisemblablement plasmophage. Cependant le tube digestif translucide
chez un planidium localisé dans les trachées devient, en général, rouge brique après ouverture
du pore. D se peut que cette coloration soit déterminée par l’ingestion de substances, tels des
fragments de tégument, au moment de cette ouverture.
A la fin de sa vie, des bandelettes blanchâtres de corps gras apparaissent dans le corps
de la larve.
La mue intervient dans un délai assez court après la formation du pore et de la partie
proximale du tube respiratoire et avant l’édification du tube respiratoire proprement dit.
Cda est attesté par la présence de l’exuvie I qui se rencontre adhérant à la paroi du tube respi¬
ratoire, dans sa partie proximale non spiralée. Ce fait, observé chez Symmictus costatus et
qui a échappé à Greateead (1958), avait été signdé dès 1943 par Crouzel & Salavin chez
Neorhynchocephalus sulphureus et par Smith (1958) chez Trichopsidea clausa.
e. Durée du stade I.
Trois phases distinctes sont reconnaissables dans la vie de la larve I. La première, libre,
va de l’édosion à la pénétration. In deuxième est représentée par la période durant laquelle
la larve séjourne dans les lumières trachéennes de Thdte. In troisième, au cours de laqudle
U larve édifie le pore et la partie proximale du tube respiratoire, constitue la phase endo-
parasitaire fixée et se ter min e par la mue.
n est difficile de déterminer la durée de ces phases dont les deux premières, en parti¬
culier, sont éminemment variables.
La durée de la première, qui correspond au délai nécessaire au planidium pour décou¬
vrir un hôte convenable, peut être de 10 jours. Le séjour dans les trachées de l’hôte a varié
de 2 à 10 jours. En revanche, une fois le pore formé, la larve ne tarde pas à muer. La durée
de la troisième phase doit être courte, de l’ordre de 2 à 3 jours — comme le laissent présumer
les autopsies que j’ai réalisées, après infestation expérimentée, à des intervalles de temps
malheureusement irréguliers. Ainsi, une jeune larve II a pu être trouvée 3 jours après l’appa¬
rition du pore; la présence des larves II a été constatée lors de toutes les autopsies pratiquées
6 jours après.
f. Signification du stade I.
La larve I représente un stade hautement spéciéisé qui assure la recherche de l’hôte,
la pénétration, la formation du pore respiratoire. Cette spécialisation se traduit dans l’anatomo-
morpbologie de la larve (présence de soies, d’importantes glandes salivaires, de pièces buccales
Source : MNHN, Paris
162
J.-C. LÉONJDE
rdativement robustes) comme dans sa physiologie {aptitude au saut, résistance aux conditions
physiques externes, comportements complexes et élaborés). Cette spécialisation apparaît
également dans le contraste existant entre la longueur, la complexité des phases libres de la
vie de cette larve et la brièveté, la simplicité de sa phase endoparasitaire fixée. Elle apparaît
encore dans la faiblesse de la croissance et de la nutrition. Tout se passe comme si le planidium,
ayant achevé la tâche qui lui incombe, ne prolonge pas son existence et mue dès que la partie
proxim^e du tube respiratoire est édifiée.
2. Vie des autres stades larvaires.
Les Némestrinidés comptent quatre stades larvaires.
Spencer (1958 : 508) n’en était pas certain. Pourtant ce fait avait déjà été remarqué
ez Neorhynehocephalus sulpkureus par Crouzel & Salavin (1943). Chez Symmictus
status mes observations ne laissent aucun doute à ce sujet (voir Section A).
Pendant toute la vie endoparasitaire, les larves II, III et IV de S. costatus et des autres
émestrinidés acridiophages demeurent fixées au tube respiratoire.
Les mues interviennent sans rupture de la connexion respiratoire et les exuvies, à
l’exception des stigmates, se retrouvent adhérant à la face externe du tube. L’exuvie I se
rencontre, comme nous venons de le voir, juste avant la limite de la partie proximale, l’exu.
vie II à environ 2 mm de la précédente. L’exuvie III peut être découverte à l’extrémité distale,
à la base de l’évasement mais elle peut également être rejetée dans la cavité générale de l’hôte.
Cette distribution des exuvies avait été observée par Crouzel & Salavin (1943) chez N. sut
pkureus et Smith (1958) chez N. sackenii et Trichopsidea clausa.
On déduit de cette distribution que la majeure partie du tube respiratoire est édifiée
au cours de la vie du troisième stade larvaire.
a. Localisation.
Etant fixée, la larve est locdisée étroitement au début, moins strictement lorsque le
tube atteint une certaine longueur. Elle se place alors, dans la cavité thoraco-abdominale,
sa tête orientée vers celle de l’hôte, comme l’avait remarqué Prescott (1955 : 398) chez
Neorhynchocephalus sackenii et Greathead (1958 : 113) chez « Symmictus fiavopilosus ».
b. Durée de vie de chaque stade.
Je ne dispose guère de renseignements précis sur la longévité de chaque stade larvaire
car les expériences de contamination in vitro, réalisées avec succès dans un nombre limité
de cas, ont été utilisées pour l’étude des problèmes concernant la larve I. Cependant, grâce
au nombre important d’hôtes récoltés dans la nature et disséqués à des dates connues, j’ai
pu me faire une opinion approximative de la durée globale du développement et de celle de
chaque stade.
La durée globale du développement larvaire — de l’infestation à la sortie des larves
mûres — est longue et a varié, d’après mes observations, de 30 à 50 et même 67 jours (en
moyenne 40 jours). En fait, cette valeur ne représente pas uniquement le temps nécessaire au
développement larvaire, mais également celui pendant lequel le planidium a vécu sans
s’accroître dans les trachées de l’hôte et qui peut atteindre 10 jours.
Elle est beaucoup plus ^evée que celle de 9 à 14 jours proposée par Greathead
(1958 : 115) qui, sans doute, a méconnu la durée des jeunes stades larvaires (en particulier
le stade I), mais analogue à celles constatées chez Neorhynchocephalus sulphureus par
Crouzel & Salavin (1943) [31 à 39 jours] et chez N. sackenii par Prescott (1960 : 519)
[23 à 39 jours].
La longévité de chaque stade a été difficile à préciser. Mais les résultats sont intéressants,
aucune donnée n’existant à ce propos.
Le stade II a une vie brève. J’ai pu, in vitro, observer, lors d’une dissection réalisée 8 jours
après l’apparition du pore, une jeune larve III venant de muet. Si Ton sait que la phase fixée
de la larve I n’excède pas 2 à 3 jours, cette observation conduit à reconnaître pour le stade II
une durée de 5 à 6 jours. La brièveté de ce stade apparaît d’ailleurs dans le fait que Texuvie II
se trouve seulement à 2 mm de l’exuvie I sur le tube respiratoire.
I^ durée du stade lU est certainement la plus longue. Ce point avait été noté par
Greathead (1958). La fréquence élevée avec laquelle Ton rencontre les larves III à la dissec¬
tion (8 à 12 jours après l’apparition du pore on ne relève que des larves III et on les trouve
couramment jusqu’au 35® jour) et la longueur, mesurée par l’espacement séparant Texuvie II
Source : MtJHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTBOPTÈRES
163
de l’exuvie III, du tube respiratoire édifié pendant ce stade, l’indiquent. J’estime entre 13 et
23 jours, peut-être davantage, la durée de ce stade.
Le stade IV, en revanche, s’observe rarement au cours des dissections; on peut voir
dans cette rareté relative la preuve de sa brièveté. D’après mes observations, sa durée ne doit
pas excéder une semaine.
c. Croissance et nutrition.
Chez la larve II la croissance est sensible surtout en longueur — elle passe de 1,1-1,2 mm
à 3,5-3,8 mm. Au cours de sa vie, la larve continue à accumuler des réserves visibles sous la
forme de lobes « adipeux » blanchâtres. Le contenu du tube digestif, rougeâtre tout de suite
après la mue, se teinte en jaune dair parfois eu orange, ce qui traduit, sans doute, la plasmo-
phagie et une certaine stéatophagie.
Pendant toute sa vie, la larve III s’accroît d’une manière importante en longueur.
Celle-ci passe de 3,5 mm à 8-10 mm; le diamètre de 0,7 à seidement 1 mm. Un peu avant la
fin de sa vie, la larve III considérablement allongée, ressemble à une larve < fil de fer ». Puis
elle subit une brusque et brève (comme en témoigne l’extrême rareté des larves à ce stade
dans les dissections) mais intense croissance en largeur qui atteint 3 mm. Elle accumide
des réserves sous forme de corps gras qui devient abondant. La nutrition est, sans doute,
plasmophage et légèrement stéatophage.
Le stade IV marque un changement net dans la physiologie du parasite. Comme
l’atteste l’apparition des lésions, absentes jusqu’ici chez l’hôte, la nutrition devient sarcophage,
la croissance se poursuit, la longueur passant de 10 à 15 mm, le diamètre de 3 à 5,5 mm
(au point le plus large). Elle s’accompagne d'une accumulation importante de réserves fllim er»-
taires sous forme de corps gras. La larve devient opaque et blanc jaunâtre.
A aucun moment de son existence endoparasitaire la larve ne rejette de cordons de
déjection. Les trois derniers segments de l’abdomen et l’anus sont d’ailleurs enveloppés
par la gaine et l’on ne retrouve, ni dans le tube ni dans l’hôte, trace de déjection.
d. Mue.
J’ai eu l’occasion d’observer des larves U et III en train de muer. L’apparition des
ébauches des structures propres au stade suivant se fait chez la larve âgée en commençant
par les stigmates postérieurs ensuite par les pièces buccales. Les stigmates s’édifient légère¬
ment au-dessus et autour des anciens. Après l’élimination de ces derniers on peut voir, vers
le milieu des plateaux stigmatiques, un orifice qui correspond à l’emplacement du stigmate
précédent, comme cela est courant chez les Diptères (Keilin 1915 : 86, 1944 : 5-6).
L’exuvie est rejetée en deux parties. La partie antérieure, qui comporte le tégument
et les pièces buccales, est éliminée à l’extérieur contre la paroi du tube respiratoire. Les stig¬
mates postérieurs, qui ne se rencontrent jamais avec la partie exuviale mentionnée ci-dessus,
tombent sans doute dans la lumière du tube. Mais je ne suis pas parvenu à les découvrir.
L'amination des stigmates postérieurs s’effectue chez la jeune larve avant même que les pièces
buccales soient sclérifiées.
3. Aspects globaux de la vie endoparasitaire.
Je traiterai ici des phénomènes biologiques qui ne sont pas particuliers à un stade
larvaire, mais qui s’étalent sur une grande partie, si ce n’est la totalité, de la vie endoparasitaire.
a. Siphonogenèse et fixation des larves.
Chez les Némestrinidés acridiophages, la siphonog«nèse ' et la fixation des larves
offrent des particularités qui méritent d’être soulignées.
Le tube respiratoire, qui s’ouvre en un point différent de celui de la pénétration, a la
signification d’un siphon secondaire au sens de Pantel (1910) [voir supra].
La siphonogenèse est induite par la larve du stade I aussi bien chez l’hôte larvaire
qu’adulte. Chez Symmktus costatus, j’ai observé des tubes respiratoires dans quelques hôtes
larvaires et la plupart du temps chez des hôtes adultes. Le tube de « S.fiavopilosus » s’est formé
chez des Locusta migratoria aux stades II, III, IV et nymphaux (Greathead 1958); celui
de Neorhynchocephalus sackenii s’édifie chez l’hôte au stade larvaire aussi bien qu’au stade
imaginai (Prescott 1955, 1961).
1. L'emploi dn terme siphonogenèse dans le cas des Némestrinidés sera justifié au chapitre VI.
Source : MNHN, Paris
164
J.-C. LÉONIDE
a. Morphologie du tube respiratoire (fig. 47).
La morphologie du siphon respiratoire, qui en réalité est un véritable tube, est unique
en son genre. Cette formation a été remarquée par presque tous les auteurs qui se sont occupés
de Némestrinidés larvaires ^ et c’est, en fait, ce qui a attiré l’attention des chercheurs en
premier lieu à l’ouverture des Orthoptères parasités. Si Oluff (1892) ne le mentionne pas,
cela tient probablement au fait qu’il n’a pas disséqué l’hôte. Mais Potgieter (1929) le remarque
fort bien et baptise Symmictus costatu$ « the tailed maggot fly ».
La première description qui en ait été donnée est celle de Crouzel & Sauivin à propos
de Neorhynchocephalus sulphureus en 1943. Ces auteurs en présentèrent d’excellents dessins.
On en trouve ensuite une description chez Shülov (1948), Prescott (1955, 1960, 1961),
Greathead (1958), Spencer (1958), Léonide (1962 b, 1963 a).
Ce tube comporte trois parties :
— une partie initiale, non spir^ée, indurée, mélanisée [je l’ai qualifiée (1962 b) de
proximale * en me basant sur le sens de son développement] qui s’ouvre par le pore respi-
ratoire;
_une partie médiane, allongée, pouvant atteindre 2 cm de long, caractérisée par la
spir^sation de sa paroi, sa structure cornée, sa couleur brunâtre; cette spirale ne représente
pas im épaississement de la paroi mais un plissement (on note plusieurs inversions du sens
de la spiralisation qui est tantôt dextre, tantôt sénestre), elle représente comme l’ont fait remar¬
quer Croüzel & Salavin (1943) la conformation idéale pour s’opposer à l’étran^ement qui
ne manquerait pas autrement de se produire vu la longueur;
— une partie terminale, formant l’entonnoir proprement dit et enveloppant les
trois derniers segments de la larve, également cornée, brunâtre mais plus hyaline, se termi¬
nant par une frange non cohérente, gélatineuse, granuleuse, translucide, semblable à tm dépôt
hémocytaire.
Fie. 47. — Tube respiratoire de Symmictus costatus ; noter les trois régions ; initiale non spiralée, ntoyeime,
distale évasée en entonnoir, et la position des exuvies I (e. 1), Il (s. 2) et III (e. 3); remarquer égale¬
ment les inversions dn sens de la spiralisation.
La longueur du tube respiratoire est fluctuante. Crouzel & Salavin (1943) indi¬
quaient que celle du tube de N. sulphureus variait de 8 à 16 mm. Prescott (1955 ; 398)
notait que le tube de Neorhynchocephalus sackenii est court, celui de Trichopsidea clausa
long. En 1961 (p. 559) cet auteur constate que le tube de N. sackenii est d’autant plus court
1. Hàkdubsch (1863) ne mentionne pas le tnbe respiratoire A'Hirmoneura obscura. Étant donné
le caractère remarquable de cette formation, U est difficile d’admettre qn’elle soit passée inaperçue de cet
auteur. Les Némestrinidés parasites de larves de Coléoptères n’induiraient-ils pas la formation d’un tube
respiratoire ? Cette question reste actuellement sans réponse.
2. Pbescott (1955 : 398) l’a nommée distale en se basant par rapport à la larve.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈBES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
165
que le poÎDt de fixation est postérieur et d’autant plus long que le pore s’ouvre antérieurement;
l’allongement pouvant être, dans les cas extrêmes, double ou triple de la longueur initiale.
Cette relation entre la longueur du tube et son point de fixation s’explique par l’orienta¬
tion des larves III et IV qui tournent toujours leur partie postérieure vers l’arrière de la cavité
générale de l’hôte. Si le pore respiratoire s’ouvre dans cette région, le tube est court; si le pore
est situé antérieurement, le tube doit obligatoirement être plus long afin d’atteindre la région
postérieure de l’hôte. La relation longueur/lieu de fixation, observée chez N. sackenii, semble
exister chez 5. costatus. Dans une note (1963 o .• 17) j’ai donné une série de 40 mesures de
tube respiratoire de S. costatus selon les lieux de fixation. La longueur a varié de 8 à 19 mm.
la longueur moyenne fut de 10 mm pour ceux fixés dans l’abdomen, de 13 mm pour ceux
fixés dans la membrane tympanique et de 16 mm dans la membrane pro-mésothoracique.
La structure histologique de ce tube n’a donné lieu à aucune étude. Crouzel & Salavin
(1943) ont fait une coupe macroscopique chez N. sulphureus et distinguent trois couches.
Divers arguments permettent de considérer que le tube des Némestrinidés se forme de manière
analogue aux siphons des Tachinidés. Ces arguments faisant appel aux données acquises
sur la siphonogenèse chez les Diptères en général, les questions de la morphogenèse du tube
respiratoire et de sa spiralisation seront traitées dans le Chapitre vi.
Lieu de fixation des tubes respiratoires.
Au début des recherches sur la biologie larvaire des Némestrinidés, Prescott (1955),
Greathead (1958), Spencer (1958) étaient arrivés à la conclusion que, pour chaque espèce,
le tube respiratoire devait avoir un lieu de fixation (ou d’ouverture du pore) particulier et bien
locdisé dans le corps de l’hôte.
Smith (1958), indique que le point d’attache du tube peut servir à distinguer les diffé¬
rentes espèces (américaines).
Après Greathead (1958), j’ai montré (Léonide 1963 o) qu’il existait, chez Symmictus
mtatus, des zones modales de fixation. Sur 353 tubes respiratoires observés chez le Criquet
marocain, 60 % s’ouvraient à travers la membrane tympanique, 33 % à travers la membrane
pro-mésothoracique et 7 % seulement à travers la membrane pleurale au niveau des différents
stigmates abdominaux, voire sur une trachée. L’ouverture du pore à travers la membrane
tympanique n’était pas connue, jusqu’tdors, chez les Némestrinidés.
Ayant poursuivi mes observations, j’ai confirmé la réalité de l’existence des zones privi¬
légiées et j’ai allongé la hste des points de fixation situés hors de ces zones. U existe deux régions
préférentiellea de fixation : les portions de la membrane tympanique et de la membrane
pro-mésothoracique environnant les stigmates correspondants. Ces deux régions totalisent
91 % de 936 cas. Mais 9 % des tubes de S. costatus s’ouvraient, hors de ces zones, en des
pomts divers. J’en ai observé aux divers niveaux de la membrane pleurale de l’abdomen,
de la partie dorsale des membranes articulaires procoxale et mésocoxale et même des mem¬
branes articulaires des valves du stigmate métathoradque.
S. costatus peut ouvrir son pore à travers n’importe quelle région du corps de l’hôte
pourvu que cette dernière présente, dans le voisinage immédiat d’un stigmate, une membrane
mince aussi petite soit-elle.
Cependant, par suite du suiparasitisme constant dans nos observations, l’étude statis¬
tique de la répartition des pores n’est pas suffisante pour donner une idée exacte du mode
de fixation. Il est évident que lorsque la région modale de fixation d’une larve est occupée,
les larves qui arrivent ensuite sont obligées de s’installer ailleurs alors qu’elles ne le feraient
peut-être pas autrement. Pour pallier cet inconvénient, j’ai étudié les lieux de fixation en
fonction de l’ordre d’arrivée des larves, en tenant compte de leur taille. La première arrivée
se fixe souvent sur le tympan, la seconde sur la membrane pro-mésothoracique et générale¬
ment les 2 tympans et les 2 membranes pro-mésothoraciques sont occupés avant que ne le
soient les autres régions. Quelquefois la membrane pro-mésothoracique est utilisée avant le
tympan. Cela confirme que chez S. costatus la zone moddle de fixation correspond bien à
l’aire tympanique et à l’aire pro-mésothoracique avec une certaine prédominance de la pre¬
mière, sans que cela ne soit absolu.
Dans chaque zone modale l’emplacement du pore est généralement bien déterminé.
Au niveau de la membrane pro-mésothoracique le pore apparaît en arrière du stigmate. Je ne
connais que deux exceptions : celles d’un pore ouvert en avant et d’un autre en dessous.
Au niveau du tympan, j’ai montré (1962 b) que l’emplacement exact du pore était déterminé
Source : MNHN, Paris
166
J.-C. LÉOMDE
par la configuration de cet organe. Le planidium émergeant du tronc trachéen (issu du stig.
mate abdominal) rencontre le corps en forme de gouttière fortement scdéiifié et ne parvient
à perforer k membrane tympanique que dans deux positions : en dessus ou en dessous cette
formation.
Les variations de k localisation des points de fixation pourraient dépendre de l’espèce
et du stade de l’hôte. Cette opinion avait semblé trouver ses fondements dans les différences
de pourcentage des divers lieux de fixation, selon les hôtes hébergeant S. coslatus (cf. LÊoinnE
1963 a). De nouvelles observations (consignées dans le Tableau XVII) montrent que cette
influence n’est peut-être pas aussi sûre que ce que je l’avais pensé tout d’abord.
Tableau XVII. — Fréquence des différents lieux de fixation
dn tube respiratoire de Symmictus coatatu$, selon ses divers hôtes
Hôtes
Nombre de cas de fixation constatés an niveau des membranes
pro-mésotboradques
tympaniques
diverses
En valent
absolue
En pour-
En valeur
absolue
En pour¬
centage
En valeur
absolue
En pour¬
centage
Daciostaurus maroccaitus
Thunb.
219
39
308
55
35
6
Calliptamus italiens (L.)....
47
19,5
167
69,5
27
11
Oedipoda coerulescens L. ...
28
28
60
60
12
12
Oedaleus decorus (Genn.)...
11
33
13
39
9
27
Chez les quatre espèces ....
305
32,5
548
58,5
83
9
Je n’ai pas noté de localisations différentes des pores chez Oedipoda coemlesceiu
krvaire ou adulte.
Dans les deux seuk Dociostaums genei infestés par S. costalus que j’ai observés, le
tube respiratoire s’ouvrait sur une trachée; sa forme était anorm^e, non spiralée, très irré¬
gulière; il ressemblait aux formations grossières, produites par une réaction d’encapsulement
et de méknisation que l’on rencontre parfois dans les hôtes. Cet exemple atteste une influence
de l’espèce de l’hôte sur k localisation et k forme du tube respiratoire.
Ces questions ne sont donc pas cdaiifiées. D’autres observations seront nécessaires
pour établir le rôle que joue réellement l’hôte dans le déterminisme de k zone de fixation.
Quoiqu’il en soit, étant donné le caractère simplement modal, et non point constant,
de k répartition des pores et des lieux de fixation des tubes respiratoires propre à chaque
espèce de Némestrinidés, k loc^isation d’un tube isolé ne peut être utilisée, sans risque
d’erreur, pour k diagnose des espèces à l’état krvaire.
Cette réserve faite, il n’en demeure pas moins que certains Némestrinidés présentent
des tubes respiratoires qui sont normalement fixés sur des trachées. C’est le cas de Trickop-
sidea clausa (cf. Smith 1958, Spenceb 1958, Phescott 1955,1961). D’après Prescott (1961),
le tube respiratoire de T. clausa apparaît invariablement attaché sur la chambre atriale du
stigmate métathoracique et du premier stigmate abdominal. De nouvelles investigations en
cours ont déjà montré à cet auteur que k coimexion du tube de T, clausa pouvait en réalité
s’effectuer avec des trachées diverses parfois éloignées des chambres atriales, tdles les trachées
de k capsule céphdique. En fait, dès 1958, Spencek (p. 508) indiquait que T. clausa était
fixé sur les petites trachées, comme sur les grands troncs trachéens du thorax et de l’abdomen,
Source : AlfJHW, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
167
mais jamais sur les sacs aériens. Jusqu’ici T. clausa était le seul Némestrinidé connu dont le
tube respiratoire fut fixé sur les trachées de l’hôte. J’ai découvert en 1965 un Némestrinidé
indéterminé (qui pourrait être Neorhynchocephalus tauscheri) qui se développe dans Platycleis
ienüculata et dont tous les tubes respiratoires observés (une dizaine) étaient fixés sur le tronc
trachéen issu du stigmate pro-iuésothoracique, à une distance variable, parfois éloignée, de
la chambre atriale. D’autres Némestiinidés ouvrent leur pore à travers le tégument de l’hôte.
C’est le cas de Neorhynchocephalus sackenii qui le fait de préférence dans la membrane pleu¬
rale de l’abdomen (Prescott 1961), de « Symmictus flavopilosus » dont le tube est générale¬
ment attaché à la membrane pro-mésothoracique (Greathead 1958) et de S. costatus. C’est
encore celui de Neorhynchocephalus sulphureus dont le pore s’ouvrirait, si l’on en croit
Croüzel & Salavin (1943), à travers les parties latérales et dorsales (?) des segments abdo¬
minaux, dans les articulations coxales, les pleures et même dans le tégument dur du sternum ^ !
y. Devenir du tube respiratoire à la mue de l’hôte.
Les Némestrinidés pouvant infester l’hôte à l’état larvaire et y déterminer la forma¬
tion d’un tube respiratoire, il était intéressant de savoir ce qu’allait devenir ce tube au moment
de la mue. Cette question a été résolue chez Neorhynchocephalus sackenii par Prescott
(1961) et chez Symmictus costatus par Léonide (1962 6). La mue n’interrompt à aucun moment
la connexion respiratoire et n’entrave pas le développement du parasite.
Le processus qui assure la nouvelle fixation est essentiellement mécanique. Avant
que l’hôte parasité ne mue, le nouveau tégument qui s’édifie sous le précédent ne peut se
constituer au niveau de la partie proximale du tube et il se forme une fenêtre qui l’encerde. Au
moment du rejet de l’exuvie, le tube qui y adhère est entraîné; E coulisse, dans la fenêtre
formée dans le nouveau tégument, jusqu’à ce qu’E se bloque, ce qui ne manque pas de se pro¬
duire du fait de sa forme conique. Le tube respiratoire se rompt alors au niveau de l’ancien
tégument soit à cdui du nouveau. Dans le premier cas, E fait saillie de presque 1 mm. Dans
le second, E ne fait pas saillie mais le pore est de plus grand diamètre; un fragment de tube
se retrouve sur l’exuvie comme j’ai pu l’observer chez S. costatus.
Prescott (1961 : 560, fig. 4 B et C) a photographié les deux aspects de ce néopore
(chez N. sackenii) qu’E qualifie de secondaire. J’ai personneEement noté les deux mêmes
aspects chez S. costatus; j’ai eu, au surplus, la chance de suivre le déroulement de la mue
d’un hôte infesté.
Certaines questions ne sont cependant pas résolues, en particuEer, ceüe de l’adhérence
au nouveau tégument. Il parait improbable que le coincement suffise à assurer la fixation.
Pai constaté que le tube, 24 heures après la mue, n’est pas étroitement attaché et peut être
extrait de l’orifice au sein duquel E est engagé, sans rupture. Vraisemblablement E se pro¬
duit une adhérence au nouveau té.gument à la suite d’une réaction ignorée, l’apparition d’un
caiEot bémocytaire par exemple.
Un autre point demeure imprécis. Comment l’élimination de l’exuvie parvient-eUe
i provoquer ia rupture du tube ? Il est possible mais non démontré que les efforts accomplis
par le Criquet au cours de la mue en soient seuls responsables. H se pourrait également que les
enzymes qui assurent la dissolution de l’endocuticule du vieux tégument plussent provoquer
une dtération du tube à ce niveau. C’est ce que l'expérimentation future éclaircira.
b. Surparasitisme et conséquences.
Étant doimé l’énorme quantité de planidia disséminés dans les foyers parasitogènes,
il n’est pas surprenant que plusieurs larves puissent pénétrer dans un même hôte. Le sur¬
parasitisme s’est révélé fréquent chez les Némestrinidés. Prescott (1955) signalait, à propos
des espèces américaines, que plusieurs larves pouvaient pénétrer dans un hôte comme en
témoigne l’existence, chez ce dernier, de divers débuts de tube respiratoire. Spencer (1958)
formule les mêmes remarques à propos de Trichopsidea clausa. Dans une note (1963 a)
j’ai étudié en détaE cet aspect de la biologie de Symmictus costatus. En Crau, sur 273 Orthop¬
tères disséqués 35 % n’hébergeaient qu’un seul parasite, 30 % en hébergeaient deux, 15 %
trois, 13 % quatre et 7 % davantage. Le nombre maximum observé fut de huit.
Le surparasitisme n’est cependant pas de rè^e chez les Némestrinidés. Conséquence
directe de l’existence des foyers parasitogènes, E sera plus fréquent chez les Hirmoneurinae
1. Une nouvelle étude de ce Némestrinidé argentin serait sonhaitable.
Source ; MUHtJ, Paris
168
J.-C. LÉONIDE
que chez les Nemestrininae. Ainsi dans la station du Neorhynckocephalus lauscheri, où la
population de ce Diptère est daixsemée et où mes recherches ont abouti à la découverte de
larves de Némestrinidés chez Platycleis dentUulata, seulement 7 % des hôtes étaient infestés
et aucun n’hébergeait plusieurs larves.
Si les infestations sont multiples, la cohabitation des larves de même espèce dans un
hôte ne semble pas possible. L’élimination des larves surnuméraires avait été notée par
Prescott (1955) et Spencer (1958) qui constataient qu’en dépit du nombre des parasites
ayant pénétré dans l’hôte un seul se développait complètement. D'après Spencer (l. c.),
lorsqu’exceptionndlement deux larves furent rencontrées vivantes, leur taille n’excédât pas
2 mm.
Je ne reviendrai pas en détail sur les problèmes afférents à l’époque et au taux d’élimi¬
nation des larves surnuméraires chez S. costatus et je rappellerai seulement les conclusions
de mon étude plus détaillée de 1963 a.
Au début de l’infestation, 4, 5 larves, ou davantage, peuvent vivre ensemble mais le
nombre des survivantes diminue progressivement au fur et à mesure de leur croissance.
mortalité des larves surnuméraires se produit à tous les stades du développement,
avec toutefois prépondérance au cours des deux premiers. Cependant un nombre non négli¬
geable de larves peuvent survivre jusqu’au stade III. En 1963 (p. 26) sur 72 hôtes parasités
contenant une larve IV, 23 hébergeaient une larve lU vivante. Je n’ai observé, en revanche,
qu’une fois deux larves IV dans le même hôte, l’une des deux était d’ailleurs morte. La
cohabitation de deux larves TV paraît donc extrêmement rare, voire impossible; une seule
larve IV de 5. costatus se développe complètement. Au moment où elle quitte l’hôte, une ou
plusieurs larves III peuvent encore être en vie. Mais la sortie de la première larve entraîne
la mort de l’hôte et celle des larves ayant survécu jusque là.
Comment s’effectue l’élimination des larves surnuméraires ? Très souvent, il existe
un décalage dans le degré de développement des diverses larves; dans les cas extrêmes une
larve I vivante peut cohabiter avec une larve IV. Mais chez les Némestrinidés, on se trouve
dans l’impossibilité de coimaître les raisons de ce décalage qui peut provenir soit d’infesta¬
tions successives étalées dans le temps, soit, même dans le cas d’infestations simultanées,
de la durée variable du séjour des planidia dans les trachées de l’hôte.
Faute de pouvoir tirer argument de cet étalement, l’interprétation des causes de la
mort^té des larves surnuméraires est délicate. On peut y voir le résultat des réactions de
défense de l’hôte, des actions traumatisantes que s’infligent les larves ou d’ime déplétion
alimentaire résultant de la concurrence larvaire. Tous ces facteurs ont une responsabilité
plus ou moins grande. La fréquence des blessures qui se voient sur les larves mortes atteste
l’existence des actions traumatisantes. J’ai, plusieurs fois, constaté que la plus grande de deux
larves vivant fixées côte à côte présentait, dans toute la partie inférieure de son corps et
jusqu’au niveau des pièces buccales de la petite, une série de blessures qui ne peuvent être
que le résultat des traumatismes perpétrés tout au long de la croissance par la jeune larve.
Cette action est une conséquence directe de la promiscuité qui, elle-même, provient initiale¬
ment du surparasitisme. Dans une note (1962 b : 554, fig. 3) j’ai étudié en détail ce problème,
notamment dans la région de la membrane tympanique. Lorsque le planidium, qui fait saillie
de la chambre atriale et a le choix pour édifier son pore entre deux positions imposées par
la morphologie du tympan, survient alors que ces deux positions sont occupées, il s’installe
dans l’espace restant libre. Jusqu’à cinq tubes respiratoires peuvent s’encastrer les uns à côté
des autres avant que les planidia se logent dans une région extra-modale. Pendant la forma¬
tion du pore, au milieu de cet empilement de tubes, les occasions d’élimination par pressions,
délaminations, perforations, sont nombreuses. Après apparaissent celles résultant de blessures
que s’infligent les larves du fait de leur voisinage.
Dans ces conditions, la plupart des larves meurent jeunes : stade II ou jeune stade III,
comme en témoigne le faible nombre de tubes, un ou deux tout au plus, qui prennent de l'im¬
portance par rapport à ceux qui avortent rapidement. Le taux de mortalité des larves sur¬
numéraires hébergées par Calliplamus italicus (calculé sur 130 cas) fut de 7 % au stade I,
10 % au stade II, 9 % au stade UI et 4 % au stade IV.
Lorsque les larves se fixent en des points éloignés les uns des autres, elles ne peuvent
entrer en contact que lorsque leur tube a atteint une longueur suffisante. Le mécanisme
d’élimination est alors inconnu. On trouve souvent les larves mortes, mélanisées, parfois
momifiées, séparées du tube respiratoire et gisant en un point quelconque de l’hémoccrie.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
169
Mais j’ai rencontré des larves mortes appendues à l’extrémité de tûtes respiratoires ayant
évolué en capsules. Des cas semblables ayant été notés idors que la larve est seule
occupante, l’action des larves surnuméraires ne peut toujours être mise en cause. Chez
les Némestrinidés, comme ailleurs (voir Chap. vi), les réactions de défense de l’hôte se mani¬
festent avec davantage d’acuité chez ceux qui sont surparasités.
La cohabitation des larves de Némestrinidés avec d’autres larves de Diptères est relati¬
vement fréquente (Crouzel & Salavin 1943 : 24, Prescott 1955 : 399, Spencer 1958 : 508,
LéONiDE 1963 a ; 27-28). Les observations quant aux conséquences de cette cohabitation sont
contradictoires.
D’après Prescott (1955), l’intolérance des larves de Neorkynckocephaîus sackenii
s’exerce vis-à-vis des larves de Némestrinidés, la cohabitation avec celles de Sarcophagidés
paraît possible. Spencer (1958) notait, au contraire, la suprématie des larves de Némestrinidés
dans leur compétition avec celles de Tachinidés et Sarcophagidés qui sont détruites.
En Crau, mes observations entridnent à des conclusions plus nuancées. J’ai assisté
au développement simultané dans le même hôte d’une larve IV de Némestrinidé et d’une
larve III de Sarcophagidé (Blaesoxipha lineata Fdl.), chacune quittant d’ailleurs à maturité
le Criquet par leur voie de sortie hfJjituelle. J’ai également rencontré des larves de Sarcopha¬
gidés mortes à divers stades dans des hôtes renfermant des larves de Symmictus costatus
vivantes. J’ai, une fois, trouvé 2 larves III vivantes d’un Tachinaire Acemyia voisinant avec
des larves II de S. costatus. La cohabitation successive d’un Sarcophagidé ou d’un Tachinidé
{Acemyia) avec 5. costatus a aussi été observée comme en témoigna la découverte d’hôtes
qui hébergeaient des larves vivantes de Némestrinidés et les exuvies d’im Sarcophagidé ou
d’un Tachinidé.
m. PHASE POST-PARASITAIRE
In phase post-parasitaire de la vie préimaginale des Némestrinidés présente, chez
les espèces connues, des caractères communs. Après la sortie, les larves s’enterrent et demeu¬
rent en diapause dont la durée peut être de plusieurs années. In nymphose se produit quelques
semaines avant l’édosion; la nymphe active gagne la surface du sol où a lieu l’imaginalisation.
1. Vie larvaire libre.
Les données sur la phase larvaire libre sont assez abondantes mais superfidelles.
Le IV^ stade larvaire est le plus anciennement connu. Ce sont, en effet, ces larves que recueil¬
lirent Ollipf (1892), Potgieter (1929) et Noble (1936).
a. Sortie.
Quelque temps avant la sortie, la larve abandonne son tube respiratoire—qui demeurera
dans l’hôte — et reste quelques heures libre dans l’hémocœle. En aucun cas elle ne rejette
de cordons de déjection.
Au moment de partir, la larve s’incurve, s’arc-boute en travers de la cavité générde
de l’hôte et provoque le déchirement des membranes peu sdérifiées qui cèdent sous les actions
conjuguées des puissants crochets buccaux et de la pression. 11 se forme un petit orifice,
la larve s’étire, y introduit sa région antérieure et l’élar^t en gonflant son corps selon un
mouvement péristaltique qui se propage.
La sortie de la larve peut s’effectuer quelques jours avant la mort de l’hôte, souvent
24 heures avant, mais quelquefois elle s’efl'ectue 24 heures après.
Prescott (1955 : 400) avait noté que chez Neorhynckocephalus sackenii les larves IV
quittent rapidement les hôtes morts, peut-être parce que l’arrêt des mouvements respiratoires
empêche le renouvellement de l’air dans le tube.
Dans les 100 cas observés, la sortie des larves mûres de Symmictus costatus se produisit
de nuit ou tôt le matin. Pour quelques exceptions elle s’effectua le matin jusque vers 10 heures,
mais un certain nombre de larves moururent collées à la plaie qui se dessécha. R semble
donc qu’une certaine humidité de l’air ambiant, évitant le dessèchement, soit nécessaire.
La fréquence des émergences nocturnes est peut-être en rapport avec cette nécessité.
Le point d’émergence se situe, généralement, dans la membrane pleurale de l’abdomen,
en arrière de la métacoxa. Les régions les plus utilisées sont les membranes pleurales des
segments abdominaux L H si lU quelquefois les membranes intersegmentaires l-ll et II-UI.
Source : MNHN, Paris
170
J.-C. LÉONIDE
La déchirure se produit parfois selon deux directions perpendiculaires, affectant une mem¬
brane pleurale et la membrane intersegmentaire.
La sortie entre le tborax et l’abdomen, à travers les membranes situées en arrière de
la métacoxa avait été observée par Greathead (1958 : 115) chez « Symmictus ftavopilcsiu >,
Spencer (1958 : 508), York & Prescott (1952 : 8), Phescott (1955) chez Neorhynckoce-
pkalus sackenii et Trichopsidea clausa. Chez N. sulphureus la sortie s’effectue en arrière du
pronotum (Crouzel & Salavin 1943 : 23).
La membrane collaiie, si utilisée par les Sarcophagidés et Acyglossa polÜnosa,
semble ici l’être peu. York & Prescott (1952 ; 8), Spencer (1958 : 508) ont cité quelques
émergences de T. clausa en ce point et Prescott m’a communiqué des photographies de
N. sackenii émergeant par la membrane collaire.
b. Dissémination du parasite à l’état larvaire.
Lorsque les larves sortent, elles tombent évidemment sur le sol là où se trouvent les
hôtes. Dans la mesure où ces derniers se sont déplacés, entre le moment de l’infestation
et celui de la sortie des larves, il y aura transport et dissémination passive du parasite. Une
dissémination de quelques kilomètres existe entre les foyers parasitogènes, qui sont multiples,
et l’aire de sortie, nécessairement plus vaste, même chez les Criquets sédentaires. Elle explique
les migrations que nous avons constatées chez les imagos entre l’aire d’émergence et les lieux
de ponte.
Cela n’exclut pas que certaines larves sortent sur l’aire de ponte comme l’attestent
les quelques dépouilles nymphales de Symmictus eostatus que j’ai pu y recueillir sur le sol.
Prescott (1955 : 393) a ég^ement récolté des exuvies nymphtdes dans les prairies où les
Mouches étaient abondantes.
Mais la dissémination des parasites à l’état larvaire, par l’intermédiaire des hôtes,
revêt un intérêt particulier chez les Criquets migrateurs. Les distances parcourues étant
importantes (plusieurs centaines de kilomètres) les migrations pourraient, si les conditions
le permettaient, entraîner l’extension de l’aire de distribution du Diptère. Actuellement,
aucune information n’a été donnée à ce sujet. En Crau, une telle dissémination ne semble
pas pouvoir se produire. Lorsque Dociostaurus maroccanus se grégarise, les bandes s’éloignent
de leur lieu de naissance, qui est aussi le centre des foyers parasitogènes de 5. costatus, avant
que l’infestation intervi enn e. Je ne sais ce qu’il en est en Éthiopie où < S. Jlavopilosus > infeste
Schislocerca gregaria larvaire (GreatheaX) 1958).
c. Hivernage et diapause.
Après avoir quitté l’hôte, les larves ne tardent pas à s’enterrer — entre 25 et 50 cm
de profondeur chez Neorkynckocephalus sackenii (cf. Prescott 1955 : 400).
Crouzel & Salavin (1943 : 23) remarquaient que les larves mûres de N. sulphureus
ne se nymphosaient qu’au bout de 200, 300 et même 600 jours. Qudques nymphes se formè¬
rent dès le 43* jour après la sortie tandis que d’autres ne le firent qu’après 1 011 joiu^
D’après York & Prescott (1952), les larves IV de Trichopsidea clausa ne s’enfouissent
que si le sol est humide et compact. Si ce dernier est sec et meuble elles demeurent en surface.
Un sol ferme induirait plus facilement la nymphose. Ces auteurs obtiennent la rupture de la
diapause après deux mois d’exposition au froid (parfois en dessous de 0 °C), puis après
réchauffement à 21-23 °C. N. sackenii aurait un comportement similaire (Prescott 1955).
D’après Greathead (1958), une partie seulement des larves IV de « Symnùctus Jlavo¬
pilosus > placées à l’étuve se transforment rapidement en nymphes *, les autres entrent en
diapause. Mes observations sur Symmictus costatus ont montré que la totalité des larves IV
passent l’hiver dans le sol, en une diapause que je ne suis pas parvenu à rompre en faisant
varier la température et l’humidité. La nymphose est survenue pour 9 des 83 larves en obser¬
vation au printemps de l’année suivante, 5 se sont nymphosées au cours du deuxième et 1 au
cours du troisième printemps qui suivirent l’enfouissement. Les autres moururent.
Prescott (in litt.) a obtenu des édosions imaginales de N. sackenii 6 ans après l’en¬
fouissement.
Une diapause aussi longue peut sans doute favoriser la survivance de l’espèce dans
certaines conditions dimatiques ou biotiques (rareté des hôtes) défavorables. Si la plupart
1. Quelques individus de certaines espèces de Némestrinidès pourraient donc donner naissance i
nne deuxième génération annuelle. Mais cette dernière, partielle, n’est connue qu’in vitro.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
171
des auteurs s’accordent donc à reconnaître i’existence d’une diapause très longue, force
nous est de recoimaitre que les conditions qui président à son inst^lation et à sa rupture
demeurent incoimues.
2. Nymphose.
A l’inverse de la diapause larvaire, la nymphose se déroule dans un temps moyenne¬
ment bref. POTGIETER (1929) avait établi que la durée nymphale de Symmictus costatus
était de l’ordre de 14 à 26 jours. Elle est de 20 jours chez Trickopsidea oestracea (cf. Fuller
1938), 30 jours chez Neorhynchocephalus sulphureus (cf. Crouzel & Salavin 1943), 10 à
30 jours chez T.clausa (cf. York & Prescott 1952, Prescott 1955 : 400). Mes observations
sur S. costatus laissent apparaître une période nymph^e du même ordre, c’est-à-dire de 20 à
30 jours.
La nymphose a lieu en profondeur. 1 a nymphe active regagne par ses propres moyens
la surface du sol où i’édosion a lieu. Cette ascension a été notée chez N. sulphureus (cf. Crouzel
& Salavin 1943 : 24), T. clausa (cf. York & Prescott 1952 : 8), N. sackenii (cf. Prescott
1955 : 393), S. costatus (d’après mes observations).
D. INTERACTIONS DANS LE COUPLE HÔTE/PARASITE
I. RÉACTIONS DE L’HOTE À LA PRÉSENCE DU PARASITE
Les réactions de défense à la présence des larves de Némestrinidés n’ont pratiquement
pas été étudiées. Je me suis borné, chez Symmictus costatus, à constater i’existence de phéno¬
mènes d’encapsulements hémocytaires partiels, de mélanisations et parfois de momifications.
Ces réactions de défense ont pu se manifester chez l’hôte inhabituel comme chez l’hôte
normal.
Chez l’hôte inhabituel, ces réactions peuvent se traduire par un simple rdentissement
de croissance ou la mort de la larve. Dans les cas d’incompatibilité physiologique extrême la
larve parasite meurt au stade 1 dès la pénétration et son cadavre est retrouvé encapsulé. C’est
ce que j’ai constaté chez OedaUus decorus infesté par S. costatus.
Chez l’hôte normal, les réactions de défense apparaissent essentiellement lorsqu’il y
a surparasitisme. Certaines larves dépérissent et raeiuent; leur cadavre est retrouvé mélanisé
et momifié.
J’ai observé quelques larves mortes enfermées dans la partie distale du tube respira¬
toire qui a évolué en capsule.
IL ACTIONS DU PARASITE SUR L’HÔTE
1. Action sur le développement.
11 ne m’a pas été possible de savoir si Symmictus costatus avait une action sur la crois-
lance de son hôte. Il est d’ailleurs probable que, lorsque l’infestation se produit à un stade
préimaginai, elle est déjà trop tardive pour qu’elle puisse avoir une conséquence sur la phase
finale du développement de Thôte.
Chez les autres Némestrinidés acridiophages, un exemple qui pourrait être, à ce sujet,
riche en enseignements est celui de « Symmictus flavopilosus > qui infeste Schistocerca gregaria
au stade larvaire (stade IV). Greathead (1958 : 118) constata qu’au sein d’ime bande de
Criquets, les larves les plus jeunes — donc les plus en retard dans leur développement —
étaient ceUes qui présentaient le pourcentage de parasitisme le plus élevé et il conclut — avec
cert^es réserves — à la possibilité d’un ralentissement du dévdoppement des hôtes infestés
par < Symmictus flavopilosus ».
2. Action sur l’activité génitale.
Les commentaires que l’on trouve dans la bibliographie relatifs à l’action des Némes¬
trinidés sur l’appareil génital de l’hôte sont contradictoires (voir Chap. vi).
J’ai étudié l’iufiuence de Symmictus costatus sur l’activité génitale de Dociostaurus
"iaroccanus sur 50 hôtes récoltés dans la nature et disséqués de 24 heures en 24 heures après
Source : MNHN, Paris
172
J.-C. LÉONIDE
l’apparidon du pore, visible de l’extérieur et qui marque le commencement de la phase
endoparaaitaiie véritable. Lors de ces observations, tous les hôtes avaient subi la mue ima-
ginale; leurs ovaires étaient donc entrés dans la phase prépubertaire de leur activité, la vitello-
genèse ayant débuté comme l’attestait la dissection des hôtes indemnes.
Pendant les 10-15 premiers jours qui suivent l’apparition du pore, on assiste à une
croissance ovocytaire et à une vitellogenèse à peu près comparables à celles que l’on observe
chez les hôtes sains; les ovocytes vitellins peuvent atteindre 3,7 mm de longueur et même
5 mm, taille de l’œuf mûr. Au cours de ce temps, les parasites poursuivent leur développe¬
ment et atteignent la fin du stade IL quelques-uns le stade HL
Du 15* au 20* jour après l’apparition du pore, tous les parasites atteignent le stade III
(dimension 4 mm) et l’on assiste progressivement à la dégénérescence des ovocytes vitellins
préalablement formés. Chez l’hôte sain, le vitellus présente, vu au microscope stéréoscopique,
un aspect homogène et une couleur jaune vif. Chez l’hôte parasité il devient hétérogène et
de couleur daire; une sorte de fioculation se produit tandis que la turgescence de l’ovocyte
diminue et que la chambre folliculaire se flétrit.
Au-delà du 25* jour, le parasite se trouve au stade III âgé, l’appareil génital de l’hôte
est castré. Plus un seul ovocyte vitellin n’est visible, les chambres ovocytaires basales sont
vides et flétries, des bouchons pigmentés vraisemblablement d’origine dégénérative se ren¬
contrent à leur base. A la même période, les individus sains du lot témoin présentent des
œufs mûrs dans les ovarioles ou dans les oviductes.
Ces dissections ont donc révélé que 5. costatus, s’installant chez un hôte adidte et dont
l’ovaire est dans une phase prépubertaire d’activité, ne provoque pas d’action visible au cours
des premières étapes de son développement ; c’est la période de latence, d’une durée d’environ
15 jours. La présence du parasite détermine ensuite l’arrêt de la croissance des ovocytes et la
dégénérescence du vitellus déjà formé.
Dans quelques cas où l’infestation a été particulièrement tardive et la vitellogenèse
fort avancée, des œufs ont pu se former avant que ne se fasse sentir l’action du parasite. La
dégénérescence du vitellus se produisant ensuite l’on retrouve, dans les chambres ovocytaires
basales, ces œufs, vides, aplatis et réduits à un chorion fripé.
Au cours de dissections de Dociostaurus maroccanus dont j’ignorais la date d’infesta¬
tion, j’ai trouvé des larves II de S. costatus dans des individus dont les ovaires contenaient
déjà 10-11 œufs mûrs normaux. J’ai même observé une jeune larve III venant de muer (lon¬
gueur : 3,8 mm) chez un hôte dont l’ovaire montrait des ovocytes vitellins indemnes de plus
de 4 mm de long, presque mûrs. Mais je n’ai jamais vu d’appareil génital d’hôte,
hébergeant une larve III dont la taille excédait 4 mm, qui ne montrât pas de signes de dégé¬
nérescence.
L’existence d’un temps de latence précédant l’apparition des premiers signes de dégé¬
nérescence, l’existence possible d’infestations tardives s’installant alors que la vitdlogenèse
est déjà bien avancée, expliquent que certains auteurs, ayant eS'ectué des dissections isolées
dans des conditions indéterminées, aient pu trouver des hôtes parasités dont l’appareil génitd
contenait des ovocytes vitellins, voire des œufs mûrs indemnes et ont conclu à l’absence de
castration. Chez la plupart des Némestrinidés, l’infestadon prend place à tœe époque où les
hôtes ont atteint ou vont atteindre la maturité sexuelle. Les effets du parasitisme varieront,
dans une large mesure, selon que l’infestation a lieu au moment de l’imaginalisation ou 10 à
20 jours après. Si l’infestation est contemporaine de l’imaginalisation — cas des expériences
de Peescott (1960) — le développement ovarien peut être arrêté avant même que ne com¬
mence la vitellogenèse. Si le laps de temps écoulé entre l’imaginalisation et l’infestation est
sufBsant, un certain nombre d’œufs poiuront atteindre leur taille normale avant de dégénérer.
Autrement dit, selon que l’action du parasite est pré- ou sub-pubertaire l’effet peut, en appa¬
rence, être différent et l’ovaire peut apparaître à la dissection, soit immature, soit au contraire
contenant des œufs mûrs. Mais en ré^té, le résultat est, en fin d’évolution, identique. Que
ce soit en empêchant l’apparition de la vitellogenèse ou en provoquant la dégénérescence
des œufs déjà développés, le parasite provoque la castration des femelles.
3. Signes extérieurs du parasitisme.
Le comportement des hôtes parasités n’a donné lieu qu’à de rares remarques. Je n’ai
pas toujours pu distinguer un hôte sain d’un hôte parasité par Symmictus costatus d’après
leur degré de vivacité, leur aptitude au saut ou tout autre aspect du comportement. Le Criquet
Source : MNHN, Paris
DJPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
173
infesté ne présente donc pas une éthologie particulière. Toutefois, le comportement du Criquet
parasité est d’autant plus perturbé que la larve se dévdoppe. Les troubles, inexistants durant
la vie des trois premiers stades larvaires, s’intensifient au cours de la vie du stade IV. Sur
la fin du développement parasitaire, on peut noter une incapacité de l’bôte à accomplir un
vol soutenu ou des sauts répétés et en générai une diminution de sa réactivité.
Quant aux signes morphologiques externes, trahissant le parasite, ils sont aussi visibles
que précoces. En effet, très tôt après l’infestation, sa présence peut être constatée — du moins
chez les espèces dont le pore s’ouvre à travers le tégument — par les diverses dcatricules méla-
nisées qui marquent l’emplacement du pore respiratoire et des galeries qui ont servi à sa
construction (cicatrice en « V >). C’est le cas de Neorhynckocephalus sulphureus (cf. Crouzel
& Sàlavin 19^), N. sackenii (cf. Pbescott 1955), « Symmictus Jlavopilosus » (cf. Gbeathead
1958) et S. costotus (cf. Léonide 1963 o).
Lorsque la larve approche du terme de son dévdoppement, elle dilate souvent l’abdo¬
men de l’hôte qui apparaît distendu parfois transparent (Greathead 1958, chez k 5. jlavo-
pilosus Léonide 1963 a, chez S. costatus).
4. Lésions internes.
Les auteurs qui ont abordé la question des lésions internes sont unanimes à constater
que de nombreux organes et tissus — en particulier le corps gras — peuvent être dilacérés,
voire détruits, par les larves de Némestrinidés (Crouzel & Salatin 1943, Shdlov 1948,
York & Prescott 1952, Prescott 1955, Greateead 1958, Spencer 1958, Léonide 1963 o).
Spencer (1958) mentionne que les tubes de Malpighi peuvent être collés entre eux
ShüLOV (1948) ayant trouvé une larve de Némestrinidé dans le corps d’un Locusta
migratoria note qu’elle s’est nourrie aux dépens du testicule. L’action est ici sarcophagique.
York & Prescott (1952 : 8) admettent égdement que Trickopsidea clausa se nourrit
aux dépens des organes génitaux de l’hôte.
Spencer (1958), York & Prescott (1952) chez T. clausa, Prescott (1955, 1960)
chez Neorhynckocephalus sackenii et Léonide (1963 a) chez Symmictus costatus ont mis
l’accent sur l’importance des lésions infligées aux hôtes par les larves de Némestrinidés.
L'hôte abandonné par la larve à terme est parfois réduit à une coque tégumentaire, vide et
tiansparente : les organes génitaux, le corps gras, la musculature et l’hypodenne peuvent
être complètement détruits. L’ampleur de ces lésions résulte de la phase de sarcophagie
qui marque la fin de la vie larvaire du parasite.
5. Servie de l’hôte à la sortie da parasite.
Les hôtes ne survivent pas ou peu à la sortie des larves. Ce fait a été mentionné chez
Symmictus costatus par Potgieter (1929), chez Neorhynckocephalus sulphureus par Crouzel
& Salavin (1943), chez « 5. flavopilosus » par Greathead (1958).
York & Prescott (1952) notent que les hôtes survivent un temps à la sortie des larves
de Trickopsidea clausa.
En 1960 Prescott a étudié, à la fois dans la nature et in vitro, l’influence de N. sackenii
sur la survie de l’hôte. D a pu montrer que 75 % des hôtes parasités meurent pendant la période
de sortie des larves.
J’ai (1963 a), à propos de S. costatus, vérifié la brièveté de la survie des hôtes après la
sortie des larves. Les importantes lésions internes subies et la plaie provoquée par la sortie
des larves sont responsables de la mort. Ce point de vue est corroboré par la concomitance
de la sortie des larves et du décès de l’hôte.
Cette action létale, causée par les larves de Némestrinidés, est notable. Par ailleurs,
vu le taux de parasitisme élevé que l’on relève dans certaines régions, on conçoit que cette
action soit spectaculaire. En Crau, en 1961, près de 80 % de la population de Dociostaurus
maroccanus fut détruite.
Source : MNHN, Paris
174
J.-C. liONIDE
E. SPÉCIFICITÉ PARASITAIRE
J’envisagerai d’abord la position taxinomique et le sexe des hôtes infestés par les
Némestrinidés. Je rechercherai ensuite les origines de la spécificité. Chez ces Diptères, les
investigations sur la spécificité doivent porter sur la distribution spatio-temporelle des hôtes
et des parasites et sur la vie larvaire. Cette dernière montre des exemples de spécificité liée
à r« host finding » et l’« host suitability » \
I. POSITION TAXINOMIQUE ET STADES DES HÔTES
Les données bibliographiques concernant les stades et la nature des hôtes infestés
montrent que les Némestrinidés acridiophages peuvent contaminer des hôtes aussi bien
adultes que larvaires et s’y dévdopper normalement. Mais la plupart du temps ces parasites,
assez tardifs dans la saison, infestent des larves âgées, des nymphes et essentiellement des
adultes.
D’après Gbeathead (1958) « Symmictus fiavopilosus » attaque Sckistocerca gregaria
aux 2^, 3^, 4^ stades larvaires et au stade nymphal. Neorhynchocephalus sulphureus parasite
uniquement l’hôte adulte (Cbodzel & Salavin 1943 : 20), de même Trichopsidea oestracea
(cf. Fuller 1938). Neorhynchocephalus sackenii infeste l’hôte au S* stade larvaire et l’hôte
adulte (Prescott 1955 : 400).
Symmictus costatus, en Crau, contamine Dociostaurus maroccanus, D. genei. CaîUp‘
tamus italicus, Oedipoda coerulescens et Oedaleus decorus. Ces hôtes qui appartiennent
à deux familles distinctes (Catantopidae et Acrididae) sont à l’état adulte, quelquefois aux
derniers stades préimaginauz. En 1966, par exemple, 100 % des Dociostaurus maroccanus
ont été parasités au stade imaginai et 15 % des Oedipoda coerulescens à l’état larvaire.
Tous les hôtes signdés jusqu’à ce jour appartiennent au sous-ordre des Caelifera,
et on pouvait penser que ces Diptères étaient inféodés à ce groupe d’Orthoptères.
J’ai fait une série de découvertes suffisantes pour reconnaître que les Némestrinidés
acridiophages ne peuvent plus être considérés comme inféodés aux Acridiens, mais que cer¬
taines esp^es sont susceptibles de se développer chez des représentants du sous-ordre des
Ensifera. J’avais observé, au cours de mes recherches, trois planidia de Némestrinidés morts
dans la cavité générale d’un Pholidoptera femorata et un dans Ephippiger provincialis.
Une autre fois, une larve III vivante de Némestrinidé fut rencontrée dans Platycleis ajiràs.
En octobre 1965 et en 1966 j’eus la chance de découvrir dans l’hémocœle de cinq Platycleis
denticulata des larves III et IV d’un Némestrinidé sp. Tous les hôtes mentionnés ci-dessus
appartiennent au groupe des Orthoptères Ensifera. Ces observations ayant été faites dans
la station du Neorhynchocephalus tausekeri, un mois et demi environ après la ponte et la dispa¬
rition des Mouches, il est possible que ces larves appartiennent à cette espèce.
U. ORIGINES DE LA SPÉCIHCITÉ
Les planidia, disséminés dans le biotope de ponte, vont parvenir au contact des diverses
espèces hôtes qui s’y rencontrent. L’infestation n’est pas pour autant réalisée. Une certaine
discrimination peut intervenir en fonction de facteurs inconnus mais qui pourraient être un
comportement spécifique du planidium ou la dureté variable du tégument des hôtes. Si
une telle discrimination ne se produisait pas, la dissémination des planidia au hasard devrait
se traduire, chez tous les hôtes présents dans la station et ayant un même mode de vie, par un
taux de parasitisme sensiblement identique. Or, Prescott (1955 : 401) avait déjà remarqué
chez Neorhynchocephalus sackenii que certains Criquets n’étaient jamais attaqués alors que
d’autres l’étaient fortement. En Crau, j’ai également observé que certains Orthoptères sont
régulièrement infestés alors que d’autres, tel l’Enaifère Platycleis affinis, ne le sont pas. Une
série d’expériences m’a permis de constater qu’un planidium placé sur l’hôte normal cherche
aussitôt à pénétrer, alors que mis sur le corps d’un Platycleis il ne tarde pas à l’abandonner
en sautant. Une certaine reconnaissance spécifique doit vraisemblablement exister.
1. Terminologie clauigue établie par Salt (1938) [voir Chap. vi].
Source : AlfJHM, Paris
DIPTÈKES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
175
En dehors de cette élimination, encore hypothétique, il en existe une seconde d’origine
différente. Parmi les espèces hâtes dans lesquelles les planidia pénètrent, toutes n’offfent
pas au parasite les mêmes chances de déyeloppement.
Cette forme de spécificité larvaire a été constatée chez N. sackenii par Pbescoit
(1960 : 520) : < AU degrees of cojnpatibility can be observed between sackenii lofvae and
the various grasskopper species that they atUmpt to parasitize. In Canmula pelludda the
larvae die while they are too small to be seen with the naked eye, whereas in bilituratus
ihey develop normaüy. In some hasts the léthal factors appear to be biochemical and in
others physical in nature*.
J’ai observé les mêmes phénomènes chez Symmktus costatus et publié une première
étude de ce sujet (Léonide 1963 : 29). Les variations de l’« host suitability > apparaissent
nettement lorsque l’on compare, chez divers hâtes, le taux de succès ou d’échec du développe¬
ment parasitaire. la comparaison du taux de mortdité du parasite au stade I et de la fréquence
de rencontre des larves IV chez deux hôtes différents est instructive (voir Tableau XVIII).
Tableau XVUI. — Tanx du succès de développement (au stade IV)
et de mortalité (au stade I) de Symmictiu costatus selon ses hôtes
Espèce hôte
Nombre
de
Criquets
parasités
Nombre
de
larves IV
obtenues
Taux de succès
de dévdoppement
du parasite
(à un instant
donné, identique
pour
tous les bôtas)
Nombre
de
mortes
Taux de
moTtdité 1
du 1
%
%
Calliptamus italieus .
152
30
20
11
7
Doeiostaïuus maroccanus .
163
73
45
4
2,5
Oedipoda coerulescens .
62
6
10
6
10
Oedaleus decorus .
26
0
0
12
[
La mortalité du parasite au stade I, faible chez Calliptamus itaUcus et Dociostaurus
maroccanus, devient ^evée chez Oedaleus decorus. Ce résultat est d’autant plus significatif
— du point de vue à démontrer — que dans les deux premiers hâtes sévissait le surpaiasitisme,
responsable d’une partie de la mortalité qui aurait été, sans doute, plus faible s’ils n’avaient
hébergé qu’une seule larve. L’échec complet et fréquent du développement de S. costatus,
dès le stade I, apparaît chez O. decorus comme le résultat de l’incompatibilité physiologique
dans le couple hôte/parasite. Chez cet hôte, je n’ai à aucune époque de l’année rencontré
une larve de 5. costatus vivante ou morte ayant atteint le stade IV.
Chez Oedipoda coerulescens, il semble que S. costatus se dévdoppe avec plus de lenteur
qu’il ne le fait chez C. italiens et D. maroccanus.
Les différents hôtes de S. costatus montrent donc, comme ceux de Neorhynckocephalus
sackenii (cf. Prescott 1960), divers degrés de < sidtability *. Cet état de fait traduit le haut
degré d’adaptation et de spécialisation parasitaire de ces entomophages, au stade larvaire.
F. CARACTÉRISTIQUES BIOLOGIQUES ET PARASITOLOGIQUES
DES ÎSÉMESTRINIDÉS
Chez les Némestrinidés, l’infestation étant réalisée par l’intermédiaire de planidia,
les imagos mènent ime vie sans grand rapport avec la biologie parasitaire de la larve.
Les Hirmoneurinae adultes ne se nourrissent pas et ont ime vie brève, presque entière¬
ment occupée à la ponte; leurs déplacements sont faibles. Chez les Nemestrininae, la prise
la.
Source : MNHN, Paris
176
J.-C. LÉONIDE
de nourriture se traduit par une importante activité de relation. La ponte n’occupe qu’une
partie de leur vie.
Du point de vue parasitologique, on peut cependant retenir le comportement aLoutiS'
sant au rassemblement des femelles dans des lieux de ponte riclies en supports convenables
et qui constituent de petites stations disséminées au milieu de l’aire de répartition géogra.
pbique de l’hôte.
Ia ponte des Hirmoneurinae (Trichopsidea clausa, Symmictus costatu$) s’effectue
de préférence dans les cavités qui se rencontrent, à une certaine hauteur au-dessus du niveau
du sol, sur des supports aussi divers que des poteaux de clôture, des poteaux télégraphiques
en bois, des branches et troncs d’arbres morts, des murs fissurés.
Les Nemestrininae (Neorhynchocephalus sackenii, N. tauscheri) déposent leurs œufs
de préférence dans les excavations de la végétation herbacée, tels les tiges creuses, les chaumes
de Graminées.
Le nombre d’œufs déposés par chaque femelle est de l’ordre de 4 000 à 5 000.
Ces œufs donnent naissance à des planidia qui sont disséminés en partie d’une manière
passive par l’action de la pesanteur et du vent et en partie d’une manière active grâce à leurs
propres déplacements (sauts ou reptation). Ces planidia représentent le premier stade adapté
au parasitisme puisque c’est à eux que sont dévolues la découverte de l’hôte et sa prise de
possession.
Le rassemblement des femelles sur des lieux de ponte particuliers et la fécondité
élevée de ces Diptères aboutissent à une énorme concentration d’œufs et par suite de
planidia sur des aires limitées. J’ai qualifié ces aires de « foyers parasitogènes » car la conta,
mination des hôtes s’y effectue avec le maximum de probabilité.
L’existence de ces foyers et des phénomènes qui sont à leur origine constitue, du
point de vue parasitologdque, des faits remarquables qui assurent, sans doute, une compensa¬
tion à la dissémination des germes s’effectuant au hasard et avec de grandes pertes.
Ces foyers, bien nets chez les Hirmoneurinae, seraient plus < diffus > chez les Nemes-
trininae étant donné leur mode de ponte. Chez ces derniers, il semble que la concentration
de la population soit assurée par un comportement de groupe (ronde de Neorhynchocephaliu
tauscheri).
Les planidia, parvenus — ou ne sait comment — au contact de l’hôte, pénètrent active¬
ment, à travers les parties minces du tégument, dans la cavité générale. Aussitôt ils s’introduisent
dans les lumières trachéennes et y demeurent quelques temps. Ce séjour temporaire dans les
trachées de l’hôte mérite d’être souligné comme une particularité de la vie endoparasitaire
des Némestrinidés. Après plusieurs jours, les planidia ouvrent un pore respiratoire soit sur
ime trachée soit à travers le tégument de l’hôte. Connues dans ce dernier cas, les modalités
d’édification du pore sont originales. Elles consistent en une série de manœuvres aboutissant
au découpage, dans la cuticule de l’hôte, d’une ouverture circulaire, sans que pendant cette
opération la larve n’abandonne une source d’air. Pour cela, le planidium remonte jusqu’à
l’atrium, perce la trachée et fait saillie dans l’hémocœle, juste sous le tégument. B ouvre alors,
tout en restant en contact par ses stigmates postérieurs avec cette trachée, le pore qui est
de ce fait situé à proximité d’un stigmate. B place ensuite ses stigmates postérieurs dans cette
ouverture à partir de laquelle va s’édifier un siphon respiratoire remarquable, en forme de
tube spiralé approchant 2 cm de long.
Pendant toute leur vie endoparasitaire, qui dure en moyenne 30 à 40 jours et au cours
de laquelle il se produit trois mues, les larves restent en contact permanent avec leur tube
respiratoire (qui peut être cutané ou trachéen). Hémato-stéatophages jusqu’au début du
stade IV, les parasites achèvent leur vie larvaire par ime phase de sarcophagie.
La sortie se produit à travers des membranes minces du thorax et de l’abdomen.
Les larves s’enterrent et entrent en diapause. Cette dernière peut durer plusieurs années!
la larve IV apparaît comme un stade d’attente. Les nymphes se forment 20 à 30 jours avant
l’édosion. Actives, dles remontent en surface du sol au moment de l’imaginalisation.
Les réactions de l’hôte se traduisent par des phénomènes d’encapsulements d’autant
plus fréquents que le surparasitisme sévit coura mm ent chez les Némestrinidés dont les larves
montrent des mœurs solitaires. Ce sont parfois les tubes respiratoires eux-mêmes qui évoluent
en capsules. L’hôte subit d’importantes lésions Qes femelles sont castrées) et succombe à la
sortie des larves. La spécificité larvaire, liée à !’< host suitability », est assez accusée.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
177
L’adaptation et ia spécidisation parasitaire apparaissent, chez les Némestrmidés,
propres à la phase larvaire. Les exigences larvaires se révèlent dans le comportement du
planidium, tels le séjour dans les trachées, l’ouverture d'un pore dès le début de la vie endopara*
sitaire, le maintien de la connexion respiratoire provisoire durant son édification, l’induction
du siphon, etc. Certes, le comportement de concentration des femdies qui donne naissance
aux * foyers parasitogènes » peut être considéré comme une orientation parasitaire. Mais H
faut so ulign er son caractère indirect puisque ce comportement n’implique pas de contact
entre l’hôte et l’imago.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE VI
CARACTÈRES BIOLOGIQUES
ET PARASITOLOGIQUES
DES DIPTÈRES ACRIDIOPHAGES
SOMMAIRE
INTRODUCTION.
A. VIE IMAGINAUE.
I. Vie des Diptères acridiophages dans leur milieu naturel.
1. Chorologie..
2. Pliénologie...
3. Coïncidence spatio-temporelle avec l’hôte.
4. Comportements trophique et de ration.
II. Sexualité et physiologie de la reproduction.
1. Sex-ratio.
2. Accouplement.
3. Physiologie de la ponte.
Ul. Comportement d'infestadon.
1. Ponte à l'écart de l’hôte.
2. Ponte au contact de l’hôte.
B. VIE PRÉIMAGINALE.
l. Phase prépaiasitaire.
1. Phase proxénique.
2. Phase paraxénigue.
3. Caractères de la vie prépaiasitaire.
II. Phase endoparasitaire ou endoxénique.
1. Déplacements et locdisadon.
2. Nutrition...
3. Croissance et mues.
4. Durée des stades et de la vie larvaire totale.
5. Parasitisme grégaire ou solitaire.
6. Caractères de la vie endoparasitaire.
m. Phase post-parasitaire ou métaxénique.
1. Abandon de l’hôte.
2. Phase larvaire libre.
3. Nymphose.
4. Destinée de l’hôte après la sottie du parasite.
(.INTERACTIONS DANS LE COUPLE HÔTE/PARASITE...
I. Réactions de défense de l’hôte.
1. Réactions générées.
2. S^honogenèse.
II. Actions du parasite sur l’hôte.
1. Actions directes.
2. Actiona indirectes..
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Source : MNHN, Paris
DIPTÉEES PARASITES D’ORTHOPTÈRES 179
Page»
D. SPÉCinaTÉ PARASITAIRE. 212
I. Stade des liâtes infestés. 212
II. Sexe des hôtes infesté». 213
ni. Spécificité tagmomicpie. 214
1. « Wirtskreis » des Diptères acridiophages. 214
2. Éléments de la spécificité parasitaire. 215
E. CONCLUSIONS..217
INTRODUCTION’
Les Diptères endoparasites obligatoires des Orthoptères se rencontreot dans quatre
grandes familles de Brachycères, une d’Orthorrhaphes ; les Némestrinidés, trois de Cydor-
rbaphes : les Anthomyiidés, Saicophagidés et Tachinidés. Mais les espèces actuellement signa¬
lées comme parasites d’Orthoptères sont inégalement réparties au sein de ces familles et de
leurs tribus.
Six sont connues comme acridiophages chez les Némestrinidés, quatre chez les Antho»
myüdés, plusieurs dizaines chez les Sarcophagidés, quatorze chez les Acemyiina, trois chez les
Ormiini, deux chez les Gynandromyiini, une chez les Glaurocarini.
Cela tient, en partie, à l’état peu avancé des recherches. Mais déjà on peut reconnaître
que tous les Acemyiina sont inféodés aux Orthoptères; il en est prob^lement de même des
Omiini, des Gynandromyiini et des GlaurocarinL Chez les Némestrinidés, en revanche,
il existe à côté des acridiophages des espèces s’attaquant aux larves de Coléoptères, mais en
nombre trop faible pour que l’on puisse se faire une idée de l’importance relative de ces deux
catégories de parasites. Chez les Sarcophagidés, bien que les espèces élevées d’Orthoptères
soient nombreuses, ^es le sont relativement peu en regard de l’importance de la famille.
Ce déséquilibre s’accentue encore chez les Anthomyiidés où les acridiophages font figure
d’exceptions.
B est d’ailleurs curieux de constater que nombre d’espèces acridiophages appartien¬
nent à des entités systématiques (genres ou tribus) qui sont isolées, aberrantes, à affinités énig¬
matiques. C’est particulièrement le cas du genre Acridomyia parmi les Anthomyiidés et de
pratiquement toutes les tribus de Tachinidés (Acemyiina, Ormiini, Glaurocarini, Gynandro¬
myiini). E est vrai que dans l’état actuel de la taxinomie, les affinités des divers taxa ne sont
pas — chez les Tachinidés en particulier — clairement élucidées. Si l’on considère que l’isole¬
ment systématique lorsqu’il s’accompagne d’une faible spéciation traduit une ancieimeté
phylogénétique, on est tenté de penser que l’adaptation de ces Mouches au parasitisme des
Orthoptères est ancienne *. Cependant dans certains genres systématiquement isolés, t^
Acemyia et Ceracia, le nombre des espèces n’est pas des plus réduits. Les Sarcophagidés,
en revanche, les Blaesoxipha en particulier, donnent davantage l’impression d’être en voie
d’adaptation au parasitisme que d’y être adaptés depuis longtemps. Une opinion similaire
a été émise par SÉGUY (1941 : 53) à propos des Sarcophaginés.
Par ces aspects, les Diptères acridiophages ne forment, en aucune manière, un groupe
homogène et n’ont d’autres liens entre eux que la similitude de leurs hôtes. L’ordre des Orthop¬
tères, pris comme centre d’étude, n’a pas conféré à mes recherches une grande unité. Mais
cette hétérogénéité même, cause de nombreuses difficultés d’investigations, a été un stimu¬
lant de l’esprit. Dans le présent chapitre, elle permettra une confrontation des divers aspects
de la vie des Mouches et, entre autres, la comparaison des diverses modalités mises en œuvre
dans la nature pour l’exploitation d’hôtes identiques.
Cette étude comparative s’appuiera sur les résultats de mes investigations, exposés
dans les chapitres précédents, et sur les données bibliographiques se rapportant à ce sujet.
1. Une esquisse de ce chapitre a été présentée au l" Congrès international de Parasitologie (Rome,
1964) [LàotODE 1966].
2. VlLLErTEUVE (1925 :2-3) considère les Tachino-cestridés, auxquels il rattache lesaO/Tniint», comme
de» Tachinidés archaïques.
Source : MNHN, Paris
180
J.-C. LÉONIDE
Je serai donc amené à parier des Sarcopliagidés acridiophages que j’ai volontairement écartés
de mes redierches ; l’étude comparative eût été faussée et rendue incomplète par leur exdu-
sion. Cette étude sera envisagée dans l’ordre chronologique du déroulement des phénomènes
vitaux de ces Diptères, en partant de l’imago et en mettant l’accent sur les aspects susceptibles
d’intéresser la Parasitologie.
A. VIE EtfAGINALE
Une grande partie — quand ce n’est pas la totalité — de la vie imaginale des parasites
protéliens est indépendante du parasitisme. Peut-être faut-il voir dans cette indépendance
la cause du peu d’attention que l’on a prêté jtiaqu’id à cette phase de leur cycle. Le comporte¬
ment de l’adulte n’apparalt Êé au parasitisme — au moins actuellement ^ — que par certains
de ses aspects en rapport avec l’infestation de l’hôte, et dans quelques cas avec la nutrition
lorsqu’elle s’exerce aux dépens de l’hémolymphe de l’hôte. Chez les parasites d’Orthoptères,
ce sont ces aspects que j’ai le plus étudiés et qui vont nous occuper prindpdement.
Il est bien diflBcile — sinon impossible — d’envisager actuellement une étude compara¬
tive fructueuse de certains aspects de la vie imaginale, si ce n’est pour mettre l’accent sur l’im¬
portance des lacunes à combler. Cela est notamment vrai pour les divers actes de la vie imaginde
des Diptères acridiophages qui se déroulent dans le milieu naturel et que j’étudierai rapide¬
ment dans la Section 1.
Les problèmes en rapport avec la sexualité, plus riches en enseignements, seront
considérés dans la Section U.
Les comportements d’infestation, dont la connaissance est particulièrement utile à
l’histoire du parasitisme, seront traités dans la Section III.
1. VIE DES DIPTÈRES ACRIDIOPHAGES
DANS LEUR MIUEU NATUREL
Les données concernant la distribution géographique et altitudinale, l’écologie, la
phénologie, sont fragmentaires. De plus elles n’ont d’intérêt, pour chaque espèce prise isolé¬
ment, que comparées à celles de leurs hôtes. Elles peuvent alors constituer divers éléments
de la connaissance de la coïncidence spatio-temporelle du couple hôte/parasite et expliquer
certains aspects de la spécificité parasitaire.
L Chorologie.
On n’a de la distribution géographique des Diptères acridiophages qu’une vue limitée.
La distribution altitudinale est quasi ignorée.
L’écologie des Diptères acridiophages a été né^gée.
Les Némestrinidés semblent se cantonner dans les biotopes xériques parfois déser¬
tiques. Cette opinion, émise par Arias (1913 : 9) t « Los Nemestrinidos viven siempre en
climas templados y secos màs bien câlidcs y en sitios arenosos, comarcas esteparias donde
como dice Osten-Sacken, la Iluvia es escasa y reducida al minimum >, se trouve confirmée
par l’examen des localités signifiées depuis [• Symmictus ftavopilosus » au Kenya (Greatbead
1958), Neorkynchocephalus sackenii et Trichopsidea clausa au Canada (Spencer 1958),
Symmictus costatus en Grau (voir Cbap. v)]. Ces exigences écologiques peuvent, en partie,
expliquer l’étroite localisation de certaines espèces.
Des observations écologiques plus précises se rapportent aux Sarcophagidés et sont
essentiellement le lait de Bahanov (1924-1^5) et des auteurs russes (Olsoüfiev 1929, Roka-
VISHNIKOV 1930, 2Iakhvatkin 1954). Diverses espèces se montrent étroitement liées à un
biotope dont elles ne s’éloignent pas : Blaesoxipfiella brevicomis, Gesneriodes lineata,
G. unkolor, affectionnent les zones xériques où la végétation est clairsemée, la surface du sol
dénudée et jonchée par endroits de pierres sur lesquelles les Mouches se tiennent de longs
instants. Spencer & Buceell (1957 : 32) ont émis une conclusion analogue à propos des
Sarcopha^dés canadiens.
1. U n'est pas improbable que le degré d'intimité de cette liaison ait varié an cours de l'évohition
de l'espèce et de son adaptation au parasitisme (voir Cbap. n, p. 43).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
181
L’écoloÿe des autres Diptères acridiophages est ignorée, en particulier chez les Ace-
myiino, les Gynandromyiini, les Ormiini. Les conséquences de ces lacunes n’échappent à
personne car les facteurs écologiques sont déterminants dans la concordance spatiale et parti¬
culièrement « micro-spatiale » des hôtes et des parasites et par suite dans l’existence et i’effi-
cadté du parasitisme.
Les facultés de dispersion des imagos sont mal connues.
Mes observations sur les parasites d’Acridiens sédentaires — que j’ai rencontrés
chaque année dans la même station {Neorhynckocepkalus taus:heri pendant 12 ans, les autres
espèces de 4 à 6 ans) — me conduisent à reconnaître que ces espèces restent cantonnées
dans leurs localités où elles trouvent des hôtes convenables en quantité suffisante.
Les facultés de dispersion des parasites d’Acridiens migrateurs suscitent un intérêt
singulier. OlsouFIEV (1929 : 73) a noté, dans qudques cas bien établis, que Gesneriodes
lineala était susceptible de suivre les vols de Locusta sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Les Némestrinidés se montrent bons voiliers mais l’absence de rapports entre les femelles
et leurs hôtes empêche d’envisager l’existence d’une relation directe entre leurs déplacements
et les migrations d’Acridiens.
La dispersion à l’état larvaire, par l’intermédiaire des hôtes, est un tout autre problème
dont les données sont aussi inexistantes mais auquel les migrations d’Acridiens donnent une
incidence particulière, posant la question de la survie des parasites dans les aires de migra¬
tions. Chez les Orthoptères adultes et sédentaires, l’ordre de grandeur des déplacements
individuels est à peu près inconnu (Grassé 1929 : 526).
2. Phénologie.
Les données phénologiques nous renseignent sur les moyens dont dispose une espèce
pour réaliser des cycles.
Les Némestrinidés et les Anthomyiidés Acyglossa pollinosa (voir Chap. ii) et Acri-
domyia canadensis (cf. Smith 1958 : 249) sont univoltins. Leur cycle annuel comporte, d’une
part une phase active assez brève comprenant la vie imaginale dont la durée est courte
(8-10 joiurs chez Symmictus costatus) et la vie parasitaire s’étalant sur 30-40 jours (Némestri¬
nidés et A. pollinosa) et, d’autre part une longue période d'attente. La brièveté de la phase
active du cyde — et notamment du stade imaginai — limite le nombre des espèces hôtes
utilisables. A. pollinosa, par exemple, édôt très tôt, à une époque où les Orthoptères ne sont
représentés que par quelques espèces. Mais la phase de repos qui est en même temps une phase
de résistance peut durer plus d’une saison et faciliter la survie de l’espèce. La larve mûre de
Némestrinidé, après s’être enfouie dans le sol, entre en diapause et peut le demeurer plusieurs
années. Au laboratoire, les émei^ences des imagos provenant d’un lot de larves se sont éche¬
lonnées sur 2 à 6 ans (voir Chap. v). La forme de résistance des Anthomyiidés est représentée
par la pupe qui demeure en diapause dans le sol pendant une période assez longue : 637 jours
chez Acridomyia canadensis (cf. Smith 1958 : 250). Ces diapauses, difficiles à rompre, sont
régies par des mécanismes ignorés.
Les autres Diptères acridiophages sont généralement plurivoltins et ne présentent pas
de forme de résistance nette. Les chances de réaliser des cydes sont assurées par l’existence
de plusieurs générations — dont certaines sont facultatives — et qui peuvent se recouvrir.
Les Sarcophagidés en ont plusieurs; la ou les dernières étant souvent facultatives.
Zakbvatrin (1954 : 245) en signale trois chez Blaesoxiphella brevicornis. H est assez difficile,
dans la nature, d’établir exactement le nombre des générations du fait de leur recouvrement.
En laboratoire Cbodzel & Salavin (1961 : 658) en ont dénombré sept à huit chez Sarco-
phaga caridei. Le cyde est relativement court. L’imago vit de 1 à 2 mois (1 mois chez Gesne-
riodes lineata, cf. Olsoufiev 1929; 32 à 64 jours chez S. caridei, cf. Croczel & Salavin
1961 : 650; 4 à 5 semaines chez les Sarcophagidés américains, Lloyd 1951 :224). Le dévelop¬
pement endoparasitaire et nymphal est particulièrement bref (voir infra). L’hivernage a lieu
dans le sol au stade de larve mûre. B. brevicornis fait exception et hiverne sous forme de pupe
(Zakhvatkin 1954 ; 245). Le repos hivernal n’est pas une diapause mais une vie ralentie.
Le dévdoppement peut reprendre après élévation de la température (Léonide 1961 c : 150-1).
On ne connaît pas de cas où la forme hivernante ait survécu plusieurs années.
L’Anthomyiidé Acridomyia sackarovi a, au moins, trob générations annuelles (Rdca-
TISHNIKOV 1930 :257).
Source : MNHN, Paris
182
J.-C. LfONlDE
Les Acemyiina sont vraisembkbiement tous plurivoltins. On compte quatre généra¬
tions, dont l’une peut être facultative, chez Ceracia mucronifera (voir Gbap. iii), Euacemyia
tibialis et Ceracia dentata (cf. Smith 1958), etc. Zakhvatein (1954 : 257) ne signale qu’une
génération d’^cem^io aeuticornis en Russie, mais il en existe plusieurs en France (voir Chap. iii).
D’après Chapman (1962 : 71) Ceracia nomodacridis aurait (sous les tropiques) un développe¬
ment continu. Ces exemples laissent supposer l’existence d’une influence des facteurs dima-
tiques sur la phénologie des Acemyiina. Leur durée de vie est mal connue. J’ai indiqué pour
l’adulte de C. mucronifera une longévité de l’ordre de 10 à 25 jours. La phase larvaire des
premières générations et la phase nymphale sont également brèves (voir infra).
L’Ormiini Plesioœstrus leonidei (voir Chap. iv) et le Gyruindromyiini Phorocerosoma
forte (cf. IwATA & Nagatomi 1954 : 34) présentent plusieurs générations annuelles.
Chez bon nombre de Tachinidés acridiophages l’hiTemage a lieu sous forme de pupe
dans le sol [voir Chap. Iii : Acemyiina, Chap. IV : Ormiini, Iwata & Nagatomi (/. c.) : Gynan-
dromyiini].
L’idvemage dan*» le sol sous forme de larve mûre (Sarcophagidés et Némestrinidés)
ou de pupe (Anthomyiidés et Tachinidés) apparaît comme un mode assez général chez les
Diptères acriiophages pour la simple raison qu’en hiver, en région tempérée, les Orthoptères
dans leur majorité sont à l’état d’œufs. Cependant lorsque certaines espèces d’Orthoptères
hivernent au stade larvaire ou imaginai leurs parasites peuvent passer la saison &oide à l’inté-
lieur du corps de l’hôte C’est le cas des larves I de Ceracia mucronifera (voir Chap. iii)
chez Anacrîdium aegypHum et de celles de C. dentata chez divers Acridiens américains
(Smith in Utt., Ahnauo & Rentz 19fô ; 205) qui demeurent en diapause.
B n’y a pas de cas d’estivation signalé chez les Diptères acridiophages.
3. Coïncidence spatio-temporelle avec Fbôte.
Comme l’a fait remarquer DuPtris (1963 :163) « la coïncidence spatio-temporelle avec
l’hôte représente la condition sine qua non de la survie des parasites en tant qu’espèces •.
Son influence varie cependant avec le degré de polyphagie des parasites.
Chez les espèces polyphages, telle Acemyia aeuticornis, la concordance spatiale ou
temporelle n’est pas primordiale à la survie de l’espèce mais restreint le nombre des couples
hôte/parasite qui peuvent se réviser.
Zakbvatkin (1954 : 246) a montré, à propos de Blaesoxiphella brevicomis, le rôle
de la coïncidence micro-spatiale (i. e. écologique) dans la formation des couples hôte/parasite :
dans une station, seuls les Orthoptères fréquentant la même strate que la Mouche étaient
infestés. les autres ne pouvant l’être que dans la mesure où ils se posaient — accidentellement—
dans ce biotope.
Chez les espèces oligo- ou monophages la coïncidence spati^e limite l’expansion du
parasite, la coïncidence phénologique son abondance.
La coïncidence phénologique chez les Diptères acridiophages se ré^se de façons
diverses.
On assiste parfois à une synchronisation des cydes de dévdoppement de l’hôte et
de son parasite. En Provence un exemple nous est offert par le couple Acyglossa pollinosaj
Barbitistes fisekeri, le parasite et son hôte étant tous deux univoltins (voir Chap. ii). Les
Diptères apparaissent environ 1 mois après les Sauterdles et confient leur descendance aux
jeunes larves de l’hôte. Les larves du Diptère atteignent leur maturité au moment de la mue
imaginale de l’hôte, parfois après. Les hôtes indemnes meurent 1 mois après et ne sont plus
représentés de juillet à avril que par leurs œufs tandis que le parasite l’est par ses pupes,
tous les individus des deux Insectes étant en diapause dans le sol.
Le mécanisme de la synchronisation est inconnu. On peut la concevoir comme le résultat
d’une longue sélection ou, au contraire, comme un équilibre actuel régi par des facteurs extrin¬
sèques tdles la photopériode ou la température assurant simultanément la rupture de la
diapause des œufs de l’Orthoptère et des pupes du parasite.
La synchronisation des cycles hôte/parasite apparaît dans le fait qu’aux trois principaux
cydes d’Orthoptères laçais (Chassé 1924 a, Chopahd 1938 : 258-261) correspondent
3 cycles de parasites.
1. Les larves d'nn Tacbinidé, que j'ai découvert récemment et que je ne peux actuellement rattacher
à aucune tribn acridiopbage connne, hivernent au stade I dans des Tesrigidae.
Source : MNHtJ, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTERES
183
Chez des hôtes à activité printanière ou estivtde et hivernant à l’état d’œuf se déve¬
loppent des parasites uni- ou plurivoltins à activité également printanière ou estivale et hiver¬
nant dans le soi sous forme de pupe ou de larve (cas de la majorité des Diptères acridiophages
français).
A un hôte hivernant à l’état imaginé et en diapause {Ânacridium aegyptiuni^
correspond un parasite {Ceracia mucroni/era) plurivoltin qui présente une série de générations
estivdes actives se développant en même temps que l’hôte et une génération hivernant à
l’état larvaire et en diapause dans l’hôte (voir Chap. iii).
Chez un hôte se dévdoppant en automne et en hiver {Pyrgomorpka conUa) nous trou¬
vons un parasite (Myiotkyria benoisti) dont une partie du cycle, au moins, est automnde
et hivernale (voir Chap. iii).
Mais l’existence d’une synchronisation n’exdut pas celle, fréquente, de réajustements
entre les cydes de l’hôte et du parasite. L’étalement de l’apparition des imagos d’une généra¬
tion [chez la première génération estivale de Ceracia mucronifera (voir Chap. iii)], l’étalement
sur plusieurs années de la diapause d’une fraction de la population [Symmictus costatus
(voir Chap. v)], le recouvrement des générations, l’existence des générations partiellement
facultatives [Âcemyiina (voir Chap ni) et Sarcophagidés], en sont autant d’exemples.
Ces données révdent que les facteurs qui provoquent la synchronisation et les réajuste¬
ments des cydes hôte/parasite et assurent par lè même la coïncidence spatio-temporelle
— condition majeure de la survie, de l’ahondance et de la distribution d’un parasite — sont
ch» les Diptères acridiophages mal connus.
4. Comportements trophique et de relation.
Les imagos des Diptères acridiophages présentent des régimes alimentaires variés.
Les Nemestrinidae Hirmoneurinae ne se nourrissent pas (voir Chap. v). Les Nemes-
IrirUnae (cf. Léonide 1964 b), la plupart des Sarcophagidés {Gesneriodes lineata, cf. Zaeh-
TATKiN 1954 : 251; Tephromyiella atlanis, cf. Howitt 1951 : 22; etc.) sont floricoles.
Certains Sarcophagidés prélèvent du mieUat de pucerons : T. atlanis (cf. Howitt l. e.),
Sarcopkaga reversa (cf. Smith 1958 :233). Les Tachinidés se nourrissent égdement aux dépens
des exsudations florales, mais peu d’indications figurent à leur sujet. Townsend (1936, III : 100)
indique que les Ormiini se nourrissent de nectar et que les mâles se rencontrent sur les fleurs.
Ddtuis a capturé à Richelieu des individus d'Acemyio acuticornis sur les fleurs de Daucus
carota et Ranunculus acris (in litt.), Kugler (1967 : 446) également. Quoi qu’il en soit, la
prise de nourriture n’imphque, dans les cas précédents, aucun rapport avec l’hâte.
n en va tout autrement avec les Anthomyiidés (voir Chap. ii) où les femdles d'AcrU
domyia sackarovi, d’A. canadensis et d'Acyglossa pollinosa se nourrissent — en partie
tout au moins — aux dépens de l’hémolymphe de leur hôte, mettant pour cda à profit la perfo¬
ration qu’elles pratiquent avec la trompe en vue de la ponte. Les mâles ne se comportent
jamais de même. Chez A. pollinosa, les mâles et les femelles sont floricoles et butinent les
fleurs d’Euphorbe. La femelle se nourrit donc à la fois aux dépens des exsudations florales
et de l’hémolymphe de l’hôte.
Ce comportement nutritionnel origimd mérite d’être confronté avec celui des Insectes
carnassiers ou hématophages à l’état adulte. Nombreux sont en effet les Insectes entomophages
qui se nourrissent, à l’état imaginé, de tissu ou d’hémolymphe On peut les classer, d’après
des caractères biologiques, en tenant compte de la nature de leur rapport avec l’hôte (préda¬
teurs ou parasites) et du degré de dépendance entre la nutrition et la ponte.
Les Insectes prédateurs à l’état ima^al sont divers : Coléoptères (Cocdn^dés,
Carabidés, ...), Diptères (Âsilidés), Hétéroptères (Réduvüdés, Pentatomidés), Hyménoptères
(Tenthrèdes, Bethyloidea, Scolioidea, Vespoidea, Sphecoidea), Orthopteroldes {Ensifera,
Mantoidea), Odonates, Pianipennes, etc. (Clausen 1940, Sweetman 1958 : 207-275, Sellier
1959 : 75-127). Parmi eux, les Hétéroptères, les Asilidés, certains Hyménoptères sont plus
particulièrement hématophages K
La majorité de ces prédateurs utilisent la proie en vue de la seule nutrition. La plaie
est perpétrée à l’aide des pièces buccales. Il n’y a ici, aucun rapport entre l’alimentation et
1. n est parfois difficile de discerner les espèces carnivores des espèces hématophages, surtout si
Toa considère que ces prédateurs pratiquent souvent la digestion extra-orale.
Source : MhiHN, Paris
184
J.-G. LÉONIDE
l’acte de ponte, encore que dans quelques cas, Tenthrèdes par exemple (Sweetman 1958 ; 266),
le régime carnivore est nécessaire à la maturation des œufs.
Certains Hyménoptères, Bethyloidea et Sphecoidea {Pkilantkus), utilisent des proies
pour leur nutrition et d’autres, de la même espèce, pour la ponte (Clauses 1940 : 310-311,
Berland 1951 : 852).
Chez d’autres Belhylidae, c’est sur le même individu hôte que la femelle prélève sa
nourriture et dépose ses œufs (Berland 1951 : 979, Sweetuan 1958 : 179). Ici encore, il
semble que l’apport alimentaire prélevé sur l’hôte soit nécessaire à la maturation des œufs
(Cladsen 1940 : 310, Sweetuan 1958 ; 266). Chez ces Hyménoptères chasseurs, la femelle
lèche les exsudations suintant de la blessure provoquée à l’aide de l’aiguillon, au moment
de la paralysie de la proie notamment. Mais certaines espèces mastiquent et dilacèrent plus
ou moins leur proie.
Parmi les Insectes parasites protéliens, la nutrition des imagos aux dépens de l’hémo-
lymphe de l’hôte n’est pratiquement connue que chez des Hyménoptères (Ichneumonidae,
Braconidae, Chalcidoidea). Mais, dans cet ordre, ce mode de nutrition, appelé < host feeding»
par les An^o-Saxons, paraît être un phénomène répandu (Picard 1921 : 1618, Claüsen
1940 :122, DE Bach 19^ : 647, Sweetuan 1958 : 276, Bartlett 1964 : 344, etc.). Marchai
qui a le premier (1905 : 67, 1909 : 1225) observé cette prise de nourriture des imagos aux
dépens de l’hôte la qualifie « d’intérêt individuel » des femmes. Depuis cette époque, de nom.
breux auteurs se sont intéressés à ce problème, s’attachant à ses divers aspects ; modalités
de la prise de nourriture, déterminisme, infiuence sur la réduction de la population hôte, etc.
Dans l’immense majorité des cas, la prise de nourriture se fait par succion de l’hémo-
lymphe qui sourd d’une blessure réalisée par le parasite à l’aide de son oviscapte. Dans quelques
cas (quelques Ichneumonidés) les mandibules peuvent être utilisées pour faire une blessure
ou tout au moins pour l’agrandir (Berland 1951 : 909, Leius 1961 : 1081).
Chez certains Hyménoptères {Pteromalidae et Braconidae), qui attaquent l’hôte enfermé
dans un cocon, la prise de nourriture est effectuée à l’aide d’im tube de succion édifié avec le
concours de l’oviscapte et de ses glandes annexes (Lichtenstein 1921 : 734-735, Trouvelot
1924 :4449, Fülton 1933 : 549-551, Clausen 1940 :121-124, Sweetman 1958 : 277-278, etc.).
< L’kostfeeding • est le fait des femelles, mais il arrive que les mâles profitent du
pertuis ouvert par celles-ci pour venir s’y abreuver (Picard 1921 : 1618).
On discute du degré de dépendance de la prise de nourriture avec l’acte de ponte. Proba¬
blement ces deux phénomènes sont liés, mais l’étroitesse de ce rapport peut varier dans une
certaine mesure selon l’espèce considérée. D’après Flanders (1953 : 541), Bartlett (1964 :
346), les blessures infligées à l’hôte avec l’oviscapte servent génér^ement à la ponte, suivie
d’un prélèvement nutritionnel d’hémolympbe, mais parfois à une simple prise de nourriture.
Dans certains cas même, les blessures ne servent ni à l’une ni à l’autre fin et Flanders {l. c.)
les qualifie de < mutilations >.
On a par ailleurs montré que la nutrition des imagos aux dépens de l’héroolymphe
de l’hôte — propre aux femelles — représentait un apport de substances hydrocatbonées
indispensables à une fécondité et à une longévité normales (Doten 1911, Flanders 1953 :
541, Leius 1961-1962, Bartlett 1964 î 349-350). Dans les cas où le prélèvement d’hémo-
l3rmphe s’avère indispensable à la maturation des œufs, la ponte apparaît comme un acte
obligatoirement lié à la prise de nourriture aux dépens de l’hôte (Leius 1961 :1079). Delanode
& Araubourc (1964 : 331) ont, en revanche, démontré, chez Eupelmus urozonus Ddm.,
qu’il n’y a pas de liaison obbgatoire entre ces deux phénomènes. nutrition aux dépens
de l’hémolymphe n’apparait nécessaire que lorsque certaines substances se trouvent en
quantité insuffisante dans les autres sources alimentaires. On peut, chez cet Hyménoptère,
assister à de longues séries de ponte sans prélèvement d’hémolymphe, si la pondeuse est
convenablement nourrie.
Chez les Diptères, la nutrition des imagos aux dépens de l’hémolymphe ne parait
guère répandue. Parmi les espèces endoparasites, elle n’a été signalée, à ma connaissance,
que chez Acridomyia sacharovi et A. canadensis.
Le mode de nutrition d’Acyglossa pollinosa et des Acridomyia diffère notablement
de celui observé chez les Hyménoptères parasites. Ces derniers absorbent les gouttelettes
qui suintent des blessures essenti^ement infligées à l’hôte à l’aide de l’oviscapte. In nutri¬
tion aux dépens de l’hémolymphe apparaît donc chez eux — mécaniquement pariant —
comme une conséquence du comportement de ponte ou comme une déviation de ce compor-
Source : MNHN, Paris
DIPTÈHES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
185
tement Chez les Anthomyiidés acridiophages, la perforation est réalisée avec la trompe;
utilisée en premier lieu pour la nutrition, die devient la phase initiale, indispensable, mise
à profit secondairement pour la ponte. De plus chez les Anthomyiidés, le comportement
nutritionnel est obligatoirement lié au comportement de ponte. Il n’y a jamais de perforation
pratiquée dans un but nutritionnel ou de mutilation. En revanche, le mode de nutrition des
Anthomyiidés se rapproche de celui des prédateurs s. st. qui piquent ou broient avec leurs
pièces buccales. C’est peut-être là une nouvelle preuve de l’état p rimi tif du parasitisme chez
ces Diptères.
Les Anthomyiidés : A. pollinosa et Acridomyia représentent, du point de vue que noua
venons d’examiner, un cas particulier parmi les entomophages dont les imagos se nourrissent
aux dépens de l’hôte, cas qui mériterait une étude plus approfondie pour savoir en parti¬
culier si, comme chez les Hyménoptères, le prélèvement d’hémolymphe est tine condition
nécessaire à la complète maturation des œufs.
Le comportement de relation est mal connu chez les Diptères acridiophages. On ne
sait rien à ce sujet chez les Acemyiina et les Ormiini.
Chez les Némestrinidés les activités de rdation et nycthémérale (voir Chap. v) sont
indépendantes de l’hôte et liées à la recherche de la nourriture, du partenaire sexuel et des
lieux de ponte.
Chez l’Anthomyiidé A. polÜTiosa et chez les Sarcophagidés on a décrit divers aspects
de l’activité en rapport avec la vie végétative mais également avec la recherche de l’hôte,
tri le survol par A. pollinosa de la végétation sur laquelle se tiennent les Barbitistes (voir
Chap. II).
Divers auteurs ont signalé l’attitude des Sarcophagidés à l’affût sur des pierres et
s’élançant sur tout objet se déplaçant dans le voisinage (Spencer & BuCEELL 1957 : 32,
Baranov 1925, Olsoufiev 1929, Roehrich 1951: 484). Ce comportement qui chez les femelles
correspond à l’infestation des hôtes existe égriement chez les mMes oùil traduit la recherche
du partenaire sexuel (Spencer & Buceell L c.).
II. SEXUALITÉ ET PHYSIOLOGIE DE LA REPRODUCTION
Nous abordons ici un des aspects qui était demeuré jusqu’alors des plus mal coimus
du cycle des Diptères acridiophages, car l’établissement des données exige un repérage précis
dans le temps des phénomènes vitaux tds l’émergence imaginale, l’accouplement, etc. Cela
implique l’élevage du parasite in vitro, rarement réalisé, à l’exception des Sarcophagidés.
La connaissance de la physiologie de la reproduction, chez la femelle en particulier,
représente la clé de maints problèmes intéressant aussi bien l’infestation de l’hôte que le
développement larvaire du parasite et mérite d’être approfondie.
1. Sex-ratio.
La sex-ratio ne peut être établie avec exactitude que par un recensement des individus
obtenus ex larvae. De tels renseignements font génértdement défaut ou sont trop fragmen¬
taires pour avoir une signification précise.
Chez les Sarcophagidés cependant, Howrrr (1951 :22) indique chez Tephromyiella
atlanis une sex-ratio de 1, déterminée à l’éclosion in vitro de 99 pupes (50 femriles et 49 m^es).
Roehrich (1951 : 484) signale, dans des conditions ^analogues, avoir obtenu des m^es et des
femelles de Gesneriodes lineata en proportions égales. Smite (1958) a donné la valeur de la
sex-ratio chez diverses espèces : Acridiophaga aculeata (48,8 % de femelles, 51,2 % de
mries), Protodexia hunteri (51,7 % de femelles, 48,3 % de rnâles), Sarcophaga reversa
(43 % de femelles, 57 % de m^s). La sex-ratio de Ceracia mucronifera est de 1 (voir Chap. m)
Dans tous ces cas, le déterminisme du sexe est uniquement génotypique.
1. Lkstenstein (1921 : 735) avait émis un point de vue similaire. Pour cet auteur. !’« haslfetding »
est One habitude contractée secondairement chez un parasite qui au début de son évolution perforait les
téguments avec sa tarière dans le seul but de la ponte.
Source : MNHN, Paris
186
J.-C. LÉONIDE
2. Accouplement.
Hormis les hypothèses relatives aux déplacements des femelles de Némestiinidés
(voir supra) l’on ne possède aucune information sur les circonstances de la découverte du
partenaire sexuel.
L’accouplement proprement dit des OrmiirU, Glawocarini, GynandromyUrù parait
inconnu.
Chez les Némestrinidés et chez Acygîossa, les données se bornent à l’observation
fortuite de couples, sans autres précisions.
Chez les AcemyiÎTUi, les seules informations sont celles établies chez Cerocia mucrch
nifera (voir Chap. ui) où j’ai décrit le comportement et la durée de la copulation et précisé
les conditions physiologiques : les mâles peuvent s’accoupler 24 heures après leur imaginali-
sadon et jusqu’à l’âge de 15-17 jours alors que les femelles ne sont capables de le faire que
durant les 3-4 premiers jours de leur existence.
Chez les Sarcophagidés, les renseignements sont plus nombreux, le coït pouvant être
obtenu in vitro sans difficultés. L’accouplement intervient tout de suite après l’imagm^isa.
don ou pendant les premières 24 heures ; chez Gesneiiodes filipjevi, G. lineata, Blaesoxipka
grylloctona (cf. Olsoüfiev 1929 : 83), Tephromyiella atlanis (cf. Howirr 1951 : 23), San».
pkaga caridei (cf. Crouzel & Salavin 1961 :659). Chez certaines espèces, la maturité sexuelle
n’est atteinte que plus tard : à 8 jours chez Senaisia arteagai (cf. Salavin 1958 : 304),
à 12 jours chez Acandotheca neuguenensis (cf. Cbouzel & Salavin 1961 :661). Le comporte¬
ment de copulation est simple. Le mâle de Gesrteriodes lineata (cf. Olsoüfiev 1929) saute,
sans préambule, sur le dos de la femelle sur laquelle il s’agrippe et l’intromission suit générée,
ment assez vite. L’accouplement dure longtemps : 15 à 20 minutes chez G. filipjevi, 30 à
40 minutes parfois davantage chez G. lineata, 2 heures chez Blaesoxipka grylloctona (cf.
Olsouhev 1929), 30 minutes à 2 heures 45 minutes chez Sarcophaga caridei (cf. Crouzel
& Salavin 1961 : 659). Les accouplements peuvent se répéter pendant plusieurs jours. Des
aberrations dans la reconnaissance du sexe du partenaire ne sont pas rares ; Crouzel & Salavin
{l. c.) signalent des tentatives d’accouplement homosexuel.
3. Physiologie de la ponte.
Les qudques renseignements relatifs à la physiologie de la ponte proviennent des
dissections de femelles, vierges ou fécondées, réalisées à des moments variés maia souvent
indéterminés. Les résultats de ces dissections, alliés aux enseignements que l’on tire de la
morphologie du tractus génital femelle — connue au moins chez quelques représentants des
divers groupes de EHptères acridiophages — sont suffisants pour établir la fécondité, la nature
des germes expulsés, le mode de reproduction. Ss ne peuvent permettre de révéler, dans le
détail, les principaux aspects de la physiologie de la ponte tels que déterminisme, vitesse,
époque de la descente des œufs dans les voies génitales, instant de la fécondation, durée
d’incubation, etc. Cela ne peut être fait que par tme étude in vitro.
La fécondité des divers Diptères acridiophages est très variable et fonction des compor¬
tements de ponte (voir infra). Elle est considérable chez les Ormiini-Glaurocarini et les Némes¬
trinidés qui déposent leurs germes loin de l’hôte *. Ces Diptères possèdent des ovaires volu¬
mineux renfermant chacun un nombre très élevé d’ovocytes (2 à 5 000) [voir Chap. iv et vj.
Elle est moyenne chez les acridiophages déposant des germes au contact — ou dans — l’hôte;
c’est le cas des Anthomyiidés dont les ovaires renferment 200 à 300 ovocytes, des Acemyiirui
et des Gyaandromyiini où les ovaires de taille moyenne comptent en général 12 {Acemyiirta)
ou 32.36 {Gynandromyiini) ovarioles et produisent un nombre limité d’œufs (100 à 200).
Elle demeure moyenne chez les Sarcophagidés dont les ovaires en grappe comportent un
nombre variable d’ovarioles : 50 à 60 chez Blaesoxiphella brevicomis (cf. ^khvatkin 1954 :
247).
La nature des germes distribués, indépendante de leur nombre aussi bien que du
comportement d’infestation (voix in/rà), est liée au degré d’incubation des œufs au moment
1. li en est de même chez d’antres Tachinidés (HERTlNe 1960 : 17), chez les Acrocéridés (Capeils
1966), chez certains BomhyUidés (Bmiom, Demolin, Du Merle 1965; Du Merle 1966 6 : 329) et, sens
doale, chez la plupart de» parasites qni distribueDt leurs germes loin de l'hôte (phénomène de mnltiplics-
tion des stades larvaires des Vers parasites, par exemple).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈB£S PARASITES D’ORTHOPTÈRES
187
de la ponte et évidemment à la présence d’un utérus. Némestrinidés etlesAnthomyiidés
qui pondent des œufs non incuLés n’ont pas d’utérus. Les Acemyiina et les Gynandromyiini
(Phorocerasoma) qui déposent des œufs renfermant des larves prêtes à édore présentent un
utérus court [Gynandromyiini) ou allongé et spiralé (Acemyiina). Chez Ceracia mucronifera
l’incubation dure de 4 à 6 jours (voir Chap. ni). Un utérus bien individualisé, tubulaire,
aUongé se rencontre également chez les Ormiini~Gîaurocarini qui sont larvipares (Townsend,
ni, 1936 : 99; Crossket 1965 : 212-213). Chez les Sarcophagidés, qui sont laWipares ou
ovolarvipares, l’utérus affecte souvent la forme d’im sac volumineux, allongé, parfois bifide.
La rareté des élevages réalisés in vitro explique que l’on connaisse mal les autres aspects
de la physiologie génitale.
L’instant de la fécondation en particulier est loin d’avoir toujours été précisé. Chez
les Anthomyiidés et les Némestrinidés, l’absence de rétention des œufs dans les voies génitales,
en avd du débouché des canaux des spermathèques, laisse supposer que la descente des œufs
et leur fécondation doivent intervenir au moment de l’ovojection. H n’y a pas de raison de
aoire que la fécondation du premier œuf d’un lot ait lieu lors de la ponte du lot précédent
comme on l’a montré chez certains Tachinidés déposant des œufs non incubés (Dupuis 1963 :
199-200, Herting 1965). C’est ce que laissent ressortir mes observations sur le développe¬
ment embryonnaire d'Acyglossa pollinosa (voir Chap, ii). Chez les Ormiini-Glaurocarini,
on ignore l’instant de la fécondation mais il est probable qu’elle se produise, en même temps
que la descente des œufs» tout de suite après l’accouplement. Les informations les plus complètes
sont celles que j’ai pu réunir chez VAcemyiina : Ceracia mucronifera (voir Chap. lii), où
l’accouplement intervient nécessairement dans les trois premiers jours de la vie des femelles.
Le colt déclenche la descente de tous les œufs dans l’utérus et la fécondation a lieu au fur et
i mesure de leur passage dans le récessus de fécondation, ici nettement individualisé sous
forme d’une évagination de l’oviducte impair. Ces deux phases physiologiques sont pratique¬
ment achevées en 24 heures.
La période de préoviposition parait courte chez les Anthomyiidés : 3 à 5 jours chez
Acridomyia sackarovi (cf. Rukavishnikov 1930 :255). Chez les Némestrinidés et les Ormiini
elle n’est pas connue. Elle est nulle chez les Acemyiina où les œufs sont mûrs dès l’imaginalisa-
üon (Ceracia mucronifera et Acemyia acutieomis, voir Chap. m). Chez les Sarcophagidés,
la période de prélarviposition, précisée par des levages, est relativement longue : 12 à 15 jours
chez Gesneriodes filipjevi, G. lineata, Blaesoxipka grylloctona (cf. Olsoufiev 1929);
8 à 10 jours chez Sarcophaga caridei (cf. Crouzel & Salavin 1961 : 658); 7 à 8 jours chez
Tephromyiella atlanis (cf. Hownr 1951); Crouzel & Salavin (1961 : 661) parlent même de
35 jours chez Acandotheca neuquenensis.
Le rythme de ponte a été partiellement précisé chez les Némestrinidés où U est très
rapide (voir Chap. v) : plusieurs centaines d’œufs par jour. L’Anthomyiidé Acyglossa pollinosa
dépose toujours plusieurs œufs à la fois (en paquets d’une dizaine en moyenne) et peut répéter
la ponte 3 à 5 fois par jour (voir Chap. ii). U Acemyiina Ceracia mucronifera pond également
plusieurs ceu& à la fois et peut en une journée épuiser près du tiers à la moitié de son « stock »
d’œufs (voir Chap. iii). Chez les Sarcophagidés, la quantité de larves expulsées en une attaque
est généralement faible, de même que l’est le nombre d’attaques journalières : Gesneriodes
lineata émet de 1 à 3 larves à la fois et réalise plusieurs attaques par jour, G. filipjevi ne place
généralement qu’une larve mais peut rétdiser de 1 à 6 attaques consécutives (Olsoufiev 1929),
Servaisia arteagai n’éjecte qu’une larve à la fois (Salavin 1958 : 300) et Sarcophaga caridei
4 à 5, parfois 10 (Crouzel & Salavin 1961 : 657).
ni. COMPORTEMENT D’INFESTATION
Le mode d’infestation de l’hôte varie selon le parasite considéré : ponte sur des supports
éloignés de l’hôte, sur ou dans le corps des hôtes, d’œufs non embryonnés, d’œufs incubés,
Toire de larves. Je classerai ces modes en fonction du degré d’intimité des rapports qu’ils
impliquent entre la femelle et son hôte, cet aspect étant primordid pour le parasitologiste.
Je mettrai à part le cas des Ormiini et des Glaurocarini dont on ignore le mode exact
d’infestation. Certes, l’existence de planidia dans l’utérus des femmes permet de conclure à
la larviposition mais on ne sait si les larves sont déposées au contact de l’hôte ou sur la végéta¬
tion. Ces Diptères sont dépourvus d’oviscapte différencié (Crossket 1965 : 212-213).
Source : MNHN, Paris
J.-C. LÉONIDE
Parmi les autres Diptères acridiophages on distinguera :
1. Ponte à l’écart de l’hôte.
La ponte à l’écart de l’hôte est réidisée chez les Némestrinidés qui placent un nomhre
très élevé d’œufs non incubés dans les cavités de divers supports de l’habitat des Orthoptères.
Celles-ci sont des trous d’insectes, fissures des troncs et des écorces, fentes des murs (Tri-
chapsidea clause, SymmicCus costatus) ou des excavations naturelles de la végétation herbacée
(Neorhynchocephalus sackenii et N. tauscheri). Les femdles sont pourvues d’un oviscapte
allongé grâce auquel elles peuvent introduire les œufs dans de petites cavités. l.es imagos
de Némestrinidés n’ont aucun rapport avec leur hôte et la vie imaginée atteint ici le maximum
d’indépendance de la vie parasitaire.
2. Ponte au contact de l’hôte.
a. Larviposition.
La larviposition est de rè^e chez les Sarcophagidés acridiophages, encore que très
souvent les larves expulsées sont enfermées dans le chorion de l’œuf dont elles se libèrent tout
de suite après leur sortie de l’utérus. La comparaison des données bibliographiques me conduit,
avec J. Léonide (1967), à distinguer, chez les Sarcophagidés, diverses modalités d’infestation
correspondant à des contacta de plus en plus étroits et précis entre l’hôte et la femelle du
parasite.
a. Dépôt de larves en un point quelconque du corps de l’hôte (Sarcophagidés de la
catégorie I).
Les femdles poursuivent les Acridiens en vol (Gesneriodes lineata, cf. Olsoufiev 1929)
ou au sol {Gesneriodes filipjevi, cf. Olsoufiev i929i G. unicolor, cf. Zakhvatkin 1954;
Sarcophage caridei, cf. Crodzel & Salavin 1961). Elles placent leurs larvules sur le corps
de l’hôte soit en les projetant à distance {G.filipjevi, cf. Olsoufiev 1929 ; G. unicolor, cf. Zaeh-
VATKiN 1954), soit en les déposant directement {G. lineata, cf. Baranov 1925 et Olsobtiiv
1929; S. caridei, cf. Crouzel & Salavin 1961). Les Criquets atteints en vol par les femelles
de G. lineata se laissent tomber. On ne sait s’il s’agit là d’ime conséquence de la percussion
ou comme le laisse supposer Olsoufiev (1929) d’une réaction de l’hôte qui n’est jamais inquiété
à terre. Au laboratoire, S. caridei (cf. Crouzel & Salavin 1961) et Sarcophage reversa (cf.
SuiTH 1958) n’attaquent pas les Orthoptères immobiles mais leur sautent dessus dès qu’ils
bougent. D’après Baranov (1925), G. lineata, n’infestant dans la nature que les Acridiens
qui volent ou sautent, dépose cependant en captivité ses larves sur des Criquets à terre.
J. Léonide (non publié) est arrivée à la même condusion. La plupart des espèces de ce groupe
sont dépourvues d’oviscapte saillant (cas de tous les Gesneriodes) [cf. SÉGUY 1941 : 179,
Zakhvatkin 1954 : 252].
Dépôt de larves en un point précis et protégé du corps de l’hôte (Sarcophagidés
de la catégorie II).
Ce deuxième mode de larviposition très tôt reconnu (Künckel d’Herculais 1894 :
1107, PoRTCHiNSKY 1894 : 24) a été tenu comme suspect par Labillb (1907). Ce processus
d’infestation a été observé depuis en détail : Olsoufiev 1929, Rukavishnikov 1930, Howitt
1951, Zaebvatkin 1954, Salavin 1958, Smith 1958, Crouzel & Salavin 1961, J. Léonide
1964 et 1965. H se singularise autant par l’existence d’un comportement d’accoutumance
fort curieux que par l’originalité des lieux de dépôt des larves. la femelle accoutume l’hôte
à sa présence par de longues et complexes manœuvres d’approche, allant jusqu’à poser ses
pattes sur l’Acridien, puis brusquement elle introduit, avec son oviscapte, une ou plusieurs
larves dans une région abritée et déterminée du corps de l’hôte. C’est en général la cavité
génito-anale {Blaesoxipha grylloctona, cf. Olsouhev 1929; Acandotheca neuquenensis,
cf. Crouzel & Salavin 1961 : 661-662; Blaesoxipha berolinensis, cf. J. Léonide 1964 :
4353), mais ce peut être égdement la cavité buccale {Servaisia ewteagai, cf. Salavin 1958 :
300; Blaesoxipha ungulata, cf. J. Léonide 1965 : 5200), les replis intersegmentaires unissant
les tergites abdominaux {Blaesoxiphella brevicornis, cf. Zakhvatkin 1954 : 247) ou de simples
replis du tégument, à la base de pattes {Protodexia hunteri, cf. Smith 1958 : 230). Toutes
les espèces de ce groupe sont pourvues d’un ovipositeur plus ou moins saillant à extrémité
pointue ou arrondie.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
189
Y> Dépôt de larves à l’intérieur du corps de l’hôte (Sarcophagidés de la catégorie III).
Ce mode, original pour un Sarcophagidé, a été décrit par Middlekauff (1959 : 726-727)
chez Sarcophaga falciformis (= Senaisia falciformis, cf. Robace 1954 : 87) qui inocide
ses larves à travers la cuticule des métafémurs de l’hôte. J. Léonide (1967) vient d’observer
le comportement d’infestation de la femelle de Blaesoxipka rossUa qui à l’aide de son oviscapte
— pointu, très saillant et recourbé ventralement, la pointe dirigée vers l’avant — perce les
membranes intersegmentaires de l’abdomen de l’hôte et injecte ses larves. U est probable
que les espèces dont les femelles se caractérisent par la présence d’un oviscapte saillant et
pointu déposent leurs larves dans des endroits abrités (cavités buccde ou ande) soit même
à l’intérieur du corps de l’hôte. J. Lèonide (1964 : 4354), constatant chez Blaesoxipka beroli-
nensis l’instantanéité de la pénétration et le fait que les larvules sorties de l’utérus maternel
ne survivent pas plus de 2 minutes, a émis l’hypothèse d’une inoculation—au moins faculta*
tive —■ chez cette espèce.
B semble bien exister au sein des Sarcophagidés acridiophages, en allant de la larvi-
position effectuée au hasard sur le corps de l’hôte à celle qui se réalise après accoutumance
de ce dernier dans une région privilégiée et à l’inoculation, une évolution qui se traduit chez
la femelle par l’acquisition d’un comportement de plus en plus perfectionné.
Cette évolution semble d’ailleurs s’installer progressivement et le comportement
de certaines espèces témoigne parfois d’une marge de variation qui le place dans des catégories
intermédiaires entre celles que nous avons décrites. Ainsi, J. Léonide (1965 : 5200-5201)
a montré que Blaesoxipka ungulata déposait ses larves dans la cavité buccale ou anale,
mais quelquefois en des points divers et peu abrités du corps de l’hôte. Le comportement
de cette espèce, peu stéréotypé, fait transition entre celui des espèces de la catégorie I et
de la catégorie II. De même, d’après J. Léonide (1967), la femelle de Blaesoxipka rossica
qui inocule ses larves peut, lors de certaines infestations — qui sont toujours brusques —,
ne pas parvenir à injecter complètement la larve. Certaines fois, la membrane de l’hôte est
perforée et la larve, déposée à côté, s’introduit par la blessure; d’autres fois la membrane
n'est pas percée et la larve pénètre en érodant elle-même le tégument. Tout cela « donne
l’impression » d’un comportement non encore bien fixé et en voie d’acquisition.
b. Oviposilion.
a. Sur le corps de l’hôte.
Les Acemyiina et les Gynandromyiini collent des œufs macrotypes sur toutes les parties
du corps de l’hôte et en particulier sur les plus exposées. Selon les espèces, un seul {Pkoroce-
rosoma forte, cf. Iwata & Nagatomi 1954 : 26) ou plusieurs {Ceracia mucroni/era, voir
Chap. iii) œufs peuvent être déposés en une attaque. Ces Tachinidés sont dépourvus d’oviscapte
saillant ou en possèdent un court (Ceracia). Les œufs sont, au moins chez les Aeemyiina,
complètement incubés et contiennent des larves prêtes à sortir (voir Chap. iii).
Dans le corps de l’hôte.
La ponte, à l’intérieur de la cavité générale de l’hôte, d’œufs non incubés s’observe
chez les Anthomyildés : Acridomyia et Acyglossa pollinosa. La Mouche saute sur l’hôte,
perfore à l’aide de sa trompe une membrane intersegraentaire, se retourne et ^sse son
ovipositeur dans la blessure. A. pollinosa introduit en une fois de 2 à 18 œufs. Chez les Ântho-
myüdés acridiophages, les derniers segments de l’abdomen différencient un ovipositeur
télescopique mais non perforant.
Nous pouvons déjà retenir, parmi les enseignements tirés de l'étude de la vie imaginale,
qu’il existe chez les Diptères acridiophages tous les degrés de dépendance entre l’imago
et son hôte.
Les femdles de Némestrinidés ignorent l’hôte dans lequel se développe leur descen¬
dance, celles des Sarcophagidés, des Acemyiina et des Anthomyiidés doivent le rechercher
— avec tout ce que cela comporte —■ «fin d’y placer leurs germes d’une manière ou d’une autre.
8 564013 6 13
Source : MNHN, Paris
190
J.-C. UÉONIDE
M»iii itlora qun cerUinu {Acemyiina et Sarcophagidés de la catégorie I) déposent œiris oa
larvtM en des points quelconques et imprécis (manquant parfois leur but), d’autres (Sarco*
pbngidés U) les glissent dans des répons privilégiées du corps de l’bôte. I<es Antbo*
iiiyiidés et les Sarcophagidés de la catégorie III introduisent leurs germes dans l’hdte. Le
degré ntaxitnal de dépendance est atteint avec les Anthomyiidés où la femdle utilise l’hdte
pour le dépôt de ses ceufs, mais également pour assurer sa nutrition.
B. VIE PRÉMAGINALE
La vie préimaginüe des parasites prot^ens peut se subdiviser en trois phases de signi¬
fication parasitologique distincte et qui ne correspondent pas nécessairement aux stades
niurpholo^qucs des larves :
l» La phase préparasitaire, antérieure à l’existence des rapports parasitaires entre la
larve I et l'hôte, se divise parfois dle-même en deux phases :
— la phase proxénique *, antérieure à l’établissement de contact avec Vhôte; elle peut
comprendre, le cas échéant, une période utérine et une période libre,
— la phase paraxénique durant laquelle il y a contact entre l’hôte et le parasite sans
qu’il y ait pour cela établissement de rapport parasitaire s. st. Elle se déroule à la surface du
corps de l’hôte, exceptionnellement à l’intérieur;
2’’ La phase endoparasitaire commence avec l’activité de la larve I dans l’hôte, c’est-à-
dire quand la larve I pénètre ou éclôt dans l’hôte, instant que Pantel appelait la prise de
possession. Cette définition du début de la phase parasitaire a été reconnue par Herting
(I960 :13) et par Dupois (1963 : 268). L’œuf, même déposé à l’intérieur du corps de l’hôte,
représente un stade inactif, et, n’agissant en aucune manière sur l’hôte, ne peut être considéré
comme appartenant à la phase parasitaire. La phase endoparasitaire dure jusqu’à U sortie
des larves. Cette phase peut également être appelée endoxénigue, si l’on entend par là non
seulement la situation interne du parasite mais encore l’apparition d’interactions dans le couple
hôte/parasite;
3° La phase post-parasitaire ou métaxénique débute à la sortie des larves et comporte
la période larvaire non parasitaire, le dévdoppement nymphal et s’achève à l’imaginaliaation.
I. PHASE PRÉPARASITAIRE
L’existence et la durée des phases proxénique (intra-utérine ou libre) et paraxénique
dépendent du degré d’intérêt que manifestent les parasites femelles vis-à-vis de leur hôte
et du degré d’incubation des germes au moment de leur dépôt. 11 est particulièrement utile
de faire une distinction entre les espèces dont le développement comprend une phase libre
relativement durable dans le mili eu extérieur (= phase proxénique libre et dans certains cas
phase paraxénique) et celles qui en sont dépourvues. Les conséquences qui en résultent, tant
sur le plan physiologique qu’éthologique, sont, pour la jeune larve, complètement différentes.
1. Phase proxénique.
Les espèces dont les femeUes ne montrent aucun intérêt pour les hôtes ont un dévelop¬
pement larvaire avec une phase proxénique libre de durée variable. Ce mode de développement
se rencontre chea les Némestrinidés et chez les Ormiini-GlaurocarinL
a. Libre.
Chez les Némestrinidés, qui déposent leurs œufs non incubés sur des substrats ou la
végétation, il n’y a pas de phase utérine et tout le développement embryonnaire ainsi que
l'éclosion ont lieu dans le milieu extérieur. Les facteurs météorologiques ont une influence
directe non seidement sur la durée de la période d’incubation (qui varie de 8 à 20 jours chez
Irirôopiidea elausa par exemple) mais encore sur le succès du développement. Les larves
i. I.a (iibilivtunn de la vie préituafinale fd phase* pro-, para-, eodo- et métaxéniquee ainsi que les
tenues le* déuauant lu'oat Sté (uggéré* par üvrvw.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
191
néonates édoses sur les supports de ponte sont des planidia. Leur dissémination se fait en
partie de manière passive (influence du vent et de la pesanteur) et en partie de manière active
(grande motilité, aptitude au saut). L’absence totde d’intérêt des femelles vis-à-vis des hôtes
et la ponte dans le milieu extérieur soumettent le développement des œufs à l’influence des
facteurs extrinsèques. Les planidia se trouvent dans la nécessité de survivre un certain temps
et de rechercher l’hôte. La pénétration s’effectue activement à travers les membranes minces,
exceptionndlement par un oriflce stigmatique (voir Chap. v).
b. Intra-utérine + libre.
Chez les Ormiini-Glaurocarini, qui sont larvipares, tout le dévdoppement embryon¬
naire et l’éclosion se produisent, à l’inverse des précédents, dans l’utérus et à l’abri des varia¬
tions du milieu extérieur. Ici il y a donc une phase proxénique intra-utérine. On ignore l’exis¬
tence éventuelle d’une phase proxénique libre, mais cdle-ci est vraisemblable. La pénétra¬
tion s’effectue activement, fort probablement à travers les membranes intersegmentaires
(voir Chap. iv).
c. Intra-utérine seule.
Chez les espèces dont les femelles témoignent un certain intérêt pour leurs hôtes, se
traduisant par le dépôt de germes sur leur corps, la phase proxénique libre disparait. Seule
peut subsister l’étape intra-utérine, dans la mesure oh les germes déposés sont plus ou moins
incubés : c’est le cas chez les espèces ovolarvipares {Acemyiina, Gynandromyiini, Sarco-
phsgidés). Si les germes ne sont pas incubés (Anthomyiidés) la phase proxénique disparaît
totalement.
2. Phase paraxénique.
Chez les espèces dont les femmes n’ont pas de contact avec l’hôte, la phase paraxénique
se réduit aux séquences de prise de contact et de pénétration des planidia.
Chez les Diptères acridiophages dont les femelles sont intéressées par l’hôte, c’est-à-
dire déposent leurs œufs ou leurs larves en surface ou même à l’intérieur du corps de l’hôte,
la durée de la phase paraxénique dépend tout autant du degré d’incubadon des germes à la
ponte que du degré d’intiinité des rapports entre la femelle et son hôte.
Chez les Acemyiina et les Gyrtaruiromyiini, le développement embryonnaire se
se déroule dans l’utérus maternel. La femelle colle, à l’extérieur du corps de l’hôte, des œufs
contenant des larves prêtes à éclore. Éclosion et pénétration ont lieu de pair, par perforation
simultanée du chorion et du tégument sous-jacent. Il n’y a plus de phase proxénique libre,
la larve se trouvant d’emblée placée au contact de l’hôte. Celle-ci n’a pas à survivre dans le
milieu extérieur dont ^e est protégée par le chorion de l’œuf, ni à rechercher l’emplacement
de la pénétration, mais eUe doit s’introduire par ses propres moyens dans l’hôte. La phase
paraxénique dure de l’instant du dépôt de l’œuf à celui de la pénétration induse.
Chez les Sarcopbagidés, le développement embryonnaire a lieu dans les voies mater¬
nelles et l’édosion se produit au moment de l’ovojection. La larve est déposée sur le corps
de l’hôte selon des degrés divers de précision en fonction du comportement maternel.
Chez les espèces de la catégorie I (voir supra) la larve néonate se déplace à la surface
du corps à la recherche d’un emplacement convenable à la pénétration. Ces espèces, par
Texistence d’un stade libre, de durée relativement éphémère, vivant dans le milieu extérieur,
font la transition avec celles que nous avons vues plus haut et possédant un véritable stade
planidium. Mais id la phase libre se déroulant sur l’hôte est paraxénique et la larve n’a pas à
assurer la découverte de l’Orthoptère. La durée de la phase paraxénique se confond avec le
temps nécessaire à la découverte d’un endroit favorable à la pénétration, et à l’introduction
dans l’hôte.
Chez les Sarcophagidés de la catégorie II, dont l’intérêt des femdles pour l’hôte est
jlus grand (voir supra), la pénétration s’accomplit presque immédiatement et activement
aa point de dépôt des larves. La recherche de l’endroit propice à la pénétration est Aminée,
la phase paraxénique est éphémère et se confond avec la pénétration.
Fnfifi chez les espèces dont les femelles injectent leurs germes directement dans le
mps de rOrthoptère la phase paraxénique se réduit considérablement. Chez les Sarcophagidés
de la catégorie DI, la phase paraxénique serait nulle si l'injection s’effectuait toujours avec
■ccès. Mais chez certaines espèces tout au moins, ce comportement n’est pas stéréotypé.
Source : MNHN, Paris
192
J.-C. LÉONIDE
Il arrive que l’injection soit partieUe ou n’ait pas lieu (voir supra), et nous sommes ramenés
— du point de vue parasitaire — à des conditions similaires à celles des Saicopliagidés de
la catégorie U.
Chez les Anthomyiidéa, les œufs non incubés sont directement injectés dans le corps
de l’hôte où se réalisent le développement embryonnaire et l’éclosion. La durée d’incubation,
difBcUe à établir chez Acyglossa polUnosa vu l’échelonnement du développement, est de
l’ordre de 10 à 25 jours (voir Chap. ii). Il n’y a pas ici de problème de survie ni de pénétration.
Les phases pro- et paraxénique n’existent pas. Tout au plus peut-on reconnaître une phase
paraxénique < interne si l’on s’en tient à la définition donnée plus haut.
3. Caractères de la vie préparasitaire.
La vie préparasitaire est, sdon les divers Diptères acridiopbages, extrêmement diverse.
Celte hétérogénéité résulte directement des différences constatées dans le comportement et
la physiologie de ponte des femdles qui conditionnent cette phase. Lorsque la femelle n’a
aucun rapport avec l’hôte, il existe une phase proxénique libre et la larve néonate doit survivre
dans le milieu extérieur, rechercher l’hôte et y pénétrer par ses propres moyens Lorsque
la femelle s’intéresse à l’hôte, la phase proxénique libre ^paraît et l’activité de la larve est
d’autant plus réduite que les rapports entre l’imago et l’hôte sont étroits et précis. Les larves
déposées au hasard sur le corps de l’hôte recherchent encore le point favorable à la pénétra¬
tion. Cette recherche est éliminée lorsque les larves ou les œufs sont placés au point même
de la pénétration. Cette dernière reste la seule opération que la latrve doit accomplir. Elle
disparait chez les espèces dont les femmes introduisent œufs ou larves dans l’hôte.
Les œufs et les larves néonates montrent, selon l’emplacement où ils sont déposés,
une morphologie spéciale qui traduit une adaptation morphologique et physiologique.
Les œufs d’Anthomyiidés qui sont injectés sont ovoïdes. Ceux de Némestrinidés et
de Sarcophagidés sont cylindriques, Congés, arrondis aux extrémités. Ceux de Gynandro-
myiini et d’Acemyiina, collés sur l’hôte, sont plan convexes, macrotypes, à chorion dorsal
épais, percé de cryptes respiratoires, à chorion ventral mince différenciant une sole adhésive.
Les larves néonates présentent des aptitudes très diverses à survivre dans le milieu
extérieur. Les planidia de Némestrinidés résistent longtemps. Prescott (1961 :562) a conservé
vivants ceux de Neorhynchocephalus sackenii pendant six semaines. Chez les Sarcophagidés,
il existe fréquemment im rapport véritablement inverse entre la durée moyenne de survie
des larves hors de l’hôte et la précision avec laquelle les femelles les déposent (J. Léonide,
1965-1967). Ainsi les larves I de Gesnenodes Uneata placées au hasard sur le corps de l’hôte
s’avèrent capables d'y survivre plusieurs heures. Celles de Blaesoxipka ungulata, déposées
avec une précision moyenne en des endroits privilégiés du corps de l’hôte, peuvent rester en
vie de 15 à 30 minutes. Les larves de Blaesoxipka berolinensis placées sur le lieu même de
la pénétration meurent desséchées 5 minutes après leur dépôt si elles demeurent à l’exté¬
rieur. n existe cependant des exceptions. Les larves de Sarcopkaga caridei émises au hasard
sur le corps ne résistent pas plus d’une minute (Crouzel & Salavin 1961 : 657)*. On ignore
la durée de survie des planidia à'Ormiinî’Glaurocarini.
Les dispositions anatomo-physiologiques qui assurent l’aptitude à la survie dans le
milieu extérieur demeurent iuconnues. Si les planidia à'Ormüni présentent une cuirasse
sclérifiée, ceux de Némestrinidés en sont dépourvus et ne montrent pas de spinulation, mais
de longues soies locomotrices.
Les larves déposées loin de l’hôte doivent se déplacer, rechercher l’hôte et l’emplace¬
ment favorable à la pénétration. Ces opérations mettent en jeu toute une série de mécanismes
ignorés chez les Ormiini et à peine connus chez les Némestrinidés et les Sarcophagidés. Chez
les Némestrinidés, les planidia très agiles se déplacent soit à la manière des chenilles arpen-
teuses, soit par sauts grâce à la présence des soies. Chez les Sarcophagidés, les déplacements
s’effectuent par reptation et sont favorisés par l’abondante spinulation qui entoure les segments
1. Les œufs microtypes de certains Tachinidés qui doivent être ingérés par l’hôte traversent avant
l'ingestion une phase pcox^que similaire.
2. Il est remarquable de constater que les larves I de ce Sarcophagidé — comme celles de Senaiiio
aneagai — qui ont une période de survie très brève, sont projetées hors de l’utérus maternel dans un liquide,
qui» partu tenir la propUdad de conaervar en estado hûmedo a lot larvas mieTUras dura la nenelraclon» (Saia-
vm 1958 : 300).
Source : MtJHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTERES
193
du corps easentiellemeiit dans sa partie ventrde (Zakhvatkin 1954 : 248). On ignore si les
planidia parvieiment au contact de l’hôte par hasard ou guidés par des sdmuli.
On n’est pas plus informé sur le déterminisme du comportement des larves qui assure
la découverte de l’emplacement convenable à la pénétration. Les larves de Blaesoxipha
ungulata, déposées sur le corps de l’hôte, se dirigent tout de suite vers un repli (sous le pro-
notum, sous les ailes, dans la bouche, etc.) [J. Lèonide 1965 : 5 200]. Les planidia de Némes-
trinidés suivent les sinuosités du corps de l’hôte et cherchent à s’introduire dans toutes les
dépressions.
Le problème de la pénétration à l’intérieur du corps se pose pour toutes les larves
qui n’ont pas été introduites directement. Chez les Acemyiina et les Gynandromyiini, les
œufs étant déposés le plus souvent sur des sclérites durs et épais de l’exosqudette de l’hôte,
la larve néonate est obligée de se frayer son chemin à travers ces formations. Les larves de
Némestrinidés et de Sarcophagidés, inversement, recherchent les minces membranes inter-
segmentaires qu’elles percent.
La durée de pénétration, temps nécessaire à la perforation du tégument et à l’intro¬
duction s. St., s’est révélée variable, en fonction, d’une part de l’emplacement et par suite des
quabtés physiques et mécaniques du tégument traversé et, d’autre part des aptitudes de la
larve. Chez les Acemyiina, ce temps est assez long. Chez Ceracia mucronifera, il est de 30 minu¬
tes à plus d’une heure avec des valeurs extrêmes de 5 minutes à 4 heures (voir Chap. iii) *.
Chez les Némestrinidés, les capacités et vitesses de pénétration se sont montrées fluctuantes
selon les lots de planidia. Cela laisse supposer que l’état physiologique des larves joue un
rôle. Le temps de pénétration a varié entre 10 minutes et 4 heures chez Symmiclus costatus
(voir Chap. v). Chez les Sarcophagidés, il parait dépendre des qualités physiques du tégument
traversé. L’entrée à travers les membranes tympaniques s’effectue en 10-30 secondes (Spencer
1958 b : 506), elle est aussi brève à travers les membranes minces de la région génito-anale
(J. Léomde 1964 chez Blaesoxipha beroUnensis). Elle dure de 40 secondes à 15 minutes
chez Blaesoxipha ungulata (cf. J. Léonide 1965 : 5201), de 1 à 30 minutes chez Gesneriodes
lineata en fonction de l’épaisseur du tégument (J. Léonide non publié). T.es mécanismes de la
perforation sont mal connus. Les larves I utilisent, comme chez d’autres Taebinidés (Herting
1960 : 19), leurs crochets buccaux et l’action mécanique est certaine. Les larves I pénétrant
par leurs propres moyens (Némestrinidés, Sarcophagidés, Acemyiina) présentent des pièces
bucctdes robustes et parfois une ou plusieurs couronnes d’épines péri-orales très développées.
Les larves 1 d’Anthomyiidés, qui édosent directement dans l’hôte, sont dépourvues de spinu-
lation et présentent des pièces buccales réduites. L’action mécanique est vraisemblablement
sufiîsante à assurer la perforation chez les Sarcophagidés; cela pardt improbable chez les Ace-
myiina et les Némestrinidés. Chez ces derniers, il existe de volumineuses glandes salivaires et
Spencer (1958 : 506) suppose qu’elles doivent partidper par leur sécrétion à un ramollissement
chimique du tégument. L’existence d’une zone décolorée autour du trou de pénétration des larves
i'Acemyiina a permis d’évoquer une hypothèse analogue (voir Chap. Iil), déjà émise par Pan-
TEL (18^:49,1910:45) dans le cas de Ace sujet, voir encore Herting(1960 : 19-20).
La perforation pratiquée, les larves s’introduisent par l’orifice et progressent par des
mouvements de contractions péristaltiques. La pénétration peut être favorisée par la présence
d’épines dirigées vers l’arrière (Baranov 1925 :136, Crouzel & Salavin 1961 : 658). Cepen¬
dant de telles épines fréquentes et bien développées chez les Sarcophagidés (Baranov 1924,
Crouzel 1944 et 1950, Smith & Finlatson 1950, Howitt 1951, etc.), sont réduites chez
iee Acemyiina {voii Chap. in) et n’eidstent pas chez les Némestrinidés (voir Chap. v). J. Léonide
(1967 : 233) a montré que les larves I du Sarcophagidé Blaesoxipha rossica, chez qui les
épines très développées des ceintures des segments abdominaux sont dirigées vers Favant,
étaient injectées la région postérieure la première. D est vrai que lorsque les larves pénètrent
par leurs propres moyens elles le font les crochets buccaux en avant, à contre-sens des épines.
Zakhvatkin (1954 : 254), chez Gesneriodes unieolor, a supposé l’existence d’une relation
entre le sens de la sortie des larves hors des voies génitales maternelles et l’orientation de la
spinulation. Ces questions des rapports entre le d^eloppement et l’orientation des épines *
d’une part, leurs conséquences sur le sens de la sortie des larves hors des voies génitales
maternelles et dans la pénétration d’autre part, demandent à être clarifiées.
1. Ce temps est relativement bref par rapport è celui que l’on note che* d’autres Tachi-
naires (cf. HEBeGBOVT 1966 ; 350).
2. Bien constituées dés l’édosion chez les Sarcophagidés.
Source : MNHN, Paris
194
J.-C. LÉONIDE
La phase piéparasitaiie présente, selon le comportement matetnel des parasites,
des phénomènes biologiques fort divers. Le dévdoppement embryonnaire et l’édosion peu¬
vent se produire dans des milieux aussi divers que les voies génitales de la femehe, le milieu
extérieur, la surface ou l’intérieur du corps de l’hôte, ce qui le cas échéant implique la sxirvie
dans le milieu extérieur, la recherche de l’hôte et la pénétration. Ces phénomènes se traduisent
par des « adaptations ^ morphologiques et physiologiques > importantes, essentiellement visibles
sur l’œuf, la larve néonate et dans le comportement de cette dernière. Ces caractères adaptatifs,
bien marqués chez les Némestrinidés, les Ormiini-Glaurocarini, s’afiaiblissent au fur et à
mesure que les rapports entre la femelle et l’hdte deviennent plus étroits et que les œufs
et les larves I ont im rôle dont l'importance décroît (Acemyiina, Sarcophagidés). Ils s’estom¬
pent totdement chez les Anthomyiidés. Il importe de retenir de ces exemples que les compor¬
tements maternels d’infestation sont primordiaux pour le parasitologiste, au même titre que
les caractères morphologiques et anatomiques tirés de l’œuf et des larves néonates. II serait
souhaitable que des études des Diptères acridiophages encore ignorés ou m^ connus soient
entreprises sous ces divers aspects, en particulier chez les Anthomyiidés, les Sarcophagidés,
les Ormiini-Glaurocarim.
IL PHASE ENDOPARASITATRE OU ENDOXÉNIQUE
La vie endoparasitaire commence dès que la pénétration — ou l’éclosion — dans l’hôte
est effective.
Durant cette période, les larves de Némestrinidés muent trois fois, celles des autres
Diptères deux fois. Elles passent respectivement par quatre et trois stades morpholo^ques.
Les exuvies demeurent dans l’hôte où l’on peut les trouver même après la sortie du parasite,
à l’exception de celle du dernier stade qui, chez les Cydorrhaphes en particulier, constituera
le puparium.
La vie endoparasitaire est marquée par des phénomènes biologiques dont le déroule¬
ment ne coïncide pas obligatoirement avec les divers stades morphologiques de la larve.
C’est donc ces problèmes biologiques que je vais envisager et non la physiologie des larves
aux différents âges.
1. Déplacements et localisation.
Les larves des Diptères acridiophages, qu’elles soient localisées ou non (voir infra),
demeurent dans la cavité thoraco-abdominale de l’hôte. Lorsque les larves pénètrent en des
points éloignés de cette région, elles devront accomplir des déplacements parfois longs et
compliqués. C’est le cas des larves d’Acemyiina (voir Chap. ni) et de Gynandromyiini dont
nombre d’œufs sont déposés sur des appendices; les larves de Ceracia mucronifera, dont
les œufs sont placés sur les tarses ou les tibias, doivent franchir des passages difficiles telles
les articulations tarso-tibiales, tibio-fémor^es, fémoro-coxales, etc. De tels déplacements exis¬
tent chez certains Sarcophagidés tel Sarcophaga falciformis dont les larves pénétreraient
à travers les métafémurs (Middlekautf 1959). On ignore si ces mouvements ont la valeur
de tropismes ou, au contraire, s’effectuent au hasard, tout au plus guidés par la conformation
des parties du corps de l’hôte. Chez Ceracia mucronifera c’est cette dernière hypothèse qui
semble se vérifier (voir Chap. ni).
Une fois parvenues dans la cavité thoraco-abdominale, les larves s’installent en des
points plus ou moins précis. La localisation atteste assez souvent l’existence de besoins parti¬
culiers chez les larves. De ce point de vue, les Diptères acridiophages se subdivisent en deux
groupes opposés.
1“ Les larves d’Anthomyiidés et de Sarcophagidés vivent librement dans l’hémoccde
de leur hôte sans localisation précise et ne se fixent à aucun moment de leur existence par
l’intermédiaire d’un siphon respiratoire. On les trouve alors dans la cavité thoraco-ahdominale
dans laquelle ^es se déplacent. Si l’on en rencontre parfois dans des régions diverses : dans
t. Il s’agit là plus d’une hypothèse que d'une conclusion. Les caractères morphologiques particulier*
constatés chez des espèces ayant des comportements également particuliers ne sont réellement adaptatif
que s’ils n'existent pas ailleurs; ce qui reste à prouver. Thompson & Pabkeb (1927) ont montré qu’il fallait
être prudent dans le domaine de l'adaptation morphologique. De nombreux exemplee seront nécessaires à
une juste opinion.
Source : Mt-JHN, Paris
DIPTIrES parasites D’ORTHOPTÈRES
195
la tête, sur ou entre les organes Parves à'Aeridomyia sacharovi dans la cavité mandibulaire
(Rukavishkikov 1930)], ces localisations ne sont ni spécifiques ni constantes et ne sont que
le résultat d’une dispersion au hasard.
2® Les larves de Tachinidés et de Némestrinidés peuvent vivre d’abord librement
dans l’bémocœle de l’hôte mais, à une époque plus ou moins précoce de leur vie, elles se fixent
obligatoirement par l’intermédiaire d’une gaine respiratoire en un point générsdement
déterminé.
Avant fixation les larves peuvent ne pas présenter de localisation stricte. Elles se ren¬
contrent dans la cavité thoraco-abdominde (cas des larves I des Acemyiina). En revanche,
les larves I de l’Ormiini Plesiocestnis leonidei demeurent pendant presque toute leur vie
endoparasitaire à l’intérieur des muscles de l’hôte (voir Chap. iv) et celles de Némestrinidés
séjournent un temps à l’intérieur des lumières trachéennes (voir Chap. v). Ces localisations
attestent, sans doute, chez ces larves une physiologie spéciale.
A un moment de leur existence, propre à chaque espèce, les larves de Tachinidés
et de Némestrinidés ouvrent, à travers le tégument ou une trachée de l’hôte, un pore respira¬
toire et dles y placent leurs stigmates postérieurs au contact de l’air. A partir de là s’édifie
un siphon respiratoire qui enchâsse la région postérieure de la larve, la maintient fixée et par
suite loc^isée. J’étudierai plus loin (voir infra) l’origine et les caractéristiques — y compris
la localisation — de ces siphons.
L’ouverture des pores peut s’effectuer sdon deux modes. Chez les Acemyiina, elle a lieu
d’après celui décrit chez divers Tachinidés par Pantel (1910 : 112), Dupuis (1963 : 329),
Mellini (1964 : 51) et que j’ai observé chez Ceracia mucroni/era (voir Chap. iii). La larve II,
par un mouvement de recul, tasse, déprime les tissus enviro nnan t une trachée et forme une
dépression qu’elle approfondit jusqu’à perforation de la trachée. Le mécanisme d’ouverture
du pore respiratoire des Némestrinidés (voir Chap. v) rappdle l’autre mode, reconnu ou supposé
chez certains Tachinidés par Tothill (1922 : 41), Roubaud (1924 : 220), Müller (1956 : 38)
et Mellini (1964 : 51). La larve I, qui se trouve dans la cavité générale de l’hôte, s’introduit
dans une lumière trachéenne. Après y avoir séjourné quelques temps, elle remonte jusqu’à
la chambre sous-stigmatique dont elle perce la paroi et fait saillie sous le tégument. Dans
cette position, elle découpe avec ses pièces buccales dans le tégument un orifice qui va consti¬
tuer le pore respiratoire. Il est probable que, lorsque le pore est trachéen (voir Chap. v), les
larves I, après s’être introduites daiis la trachée, percent seulement sa paroi pour faire saillie
dans l’hémoccde.
2. Natrition.
Le régime alimentaire des larves varie selon l’espèce et l’âge. H est difficile à déterminer
exactement. On ne peut se baser que sur la nature des organes de l’hôte lésés, du contenu
du tube digestif du parasite et des déjections.
Chez les Acemyiina, Ormiini, Némestrinidés et Sarcophagidés, les jennes stades sont
plasmophages ou plasmo stéatophages mais la vie endoparasitaire s’achève toujours par une
phase de sarcophagie. Cdle-ci ne se manifeste, en généid, qu’au début de la vie du dernier
stade larvaire. Les larves I de Plesioœstrus leonidei feraient exception en se nourrissant
peut-être, au moins partiellement, aux dépens des muscles. Avec ces parasites, la destruction
des organes est notable. Presque tous les tissus peuvent être détruits (voir infra). Le tube
digestif des larves s’emplit d’déments excrémentids. Ceux-ci, chez les Sarcophagidés, sont
éliminés hors de l’hdte après la sortie des larves. En revanche, les larves de Plesiocestrus
leonidei rejettent de volumineux cordons de déjection dans l’hôte (voir Chap. iv). Chez les
Acemyiina, les déjections sont rejetées tout au long de la vie de la larve II et de la larve III
et s’accumulent sur le pourtour du siphon sous forme de boulettes jaune-orangé (voir Chap. ni).
Les Anthomyiidés acridiophages paraissent se nourrir d’hémolymphe et exceptionnelle¬
ment du corps gras. A aucun stade de la vie A'Acyglossa polUnosa on ne trouve trace de sarco¬
phagie (cf. Chap. II). Aucune sarcophagie n’a été signalée chez Aaidomyia sacharovi (cf.
Rukavishnikov 1930, Arnoui & Reuaudière 1946, Roehrich 1951 : 489), ni chez A. cana-
densis (cf. Shith 1958). Il peut paraître surprenant de constater cette absence ches des
Diptères Anthomyiidés. Cependant Dupuis (1963 : 282-283) a constaté que le degré de sarco¬
phagie des Tachinidés chnicophages était variable selon les individus d’une même espèce,
n estime que la sarcophagie suppléerait une insuffisance éventueUe de l’bémolymphe de
l’hdte. Il se pourrait que les hôtes d’Anthomyiidés infestés en pleine activité puissent apporter
Source : MNHN, Paris
196
J.-C. LÉONIDE
à leurs parasites une nourriture suffisamment abondante pour que la phase de sarcophagie
devienne inutile. Chez les acridiophages, le degré de sarcophagie apparaît souvent lié à la
taille de l’hôte. Ainsi une larve de Ceracia mucronifera se développant chez xm hôte larvaire
de petite taille le réduit à son exosquelette alors qu’une dizaine de larves de ce Tachinidé,
se développant dans un hôte adulte de même espèce, provoquent peu de lésions. Il paraît
toutefois difficile d’admettre qu’une Locusia migratoria hébergeant 150 larves III d'Acri-
domyia sacharom (cf. Rukavishnikov 1930 : 257) puisse arriver à les nourrir normalement.
Si la sarcophagie — ou l’absence de sarcophagie — des Anthomyiidés acridiophages s’avérait
facultative, on ne pourrait prétendre à lui attribuer une signification phylogénétique. Cette
dernière serait d’autant plus difficile à supputer que chez les Anthomyiidés on ne sait si le
régime primitif est la saptophagie (Hennis 1952 : 369) ou la sarcophagie.
3. Croissance et mues.
Les larves à leurs différents âges subissent une croissance importante.
La croissance linéaire absolue est notable aux stades II et lU (et IV chez les Némes-
trinidés) durant lesquels se produit une accumulation de réserves alimentaires sous forme de
lobules de corps gras.
Les larves I Acemyiina, d’Antbomyîidés, d’O/mürei, de Sarcophagidés subissent un
accroissement marqué. Cela suffit à montrer qu’elles ont une vie végétative endoparasitaire
active et ne peuvent être considérées comme de simples stades transitoires strictement adaptés
à la pénétration. Les larves I de Némestrinidés font exception et accomplissent leur mue
sans avoir subi une croissance appréciable. Leur vie paraît destinée à assurer la découverte
de l’hôte, la pénétration et l’édification du pore respiratoire, c’est-à-dire adaptée aux fonctions
d’infestation. Les planidia d'Ormiini, auxquels il incombe pourtant les mêmes tâches, subis¬
sent, eux, une croissance très marquée. La signification physiologique du stade I apparaît
donc différente selon les espèces considérées.
La vitesse de croissance — dont on ne peut apprécier que la moyenne — dépend
de la durée de vie du stade et des caractéristiques spécifiques. Ainsi la vitesse de croissance
linéaire des larves II de Sarcophagidés, de durée généralement éphémère, est relativement
plus marquée que celle du stade III des Némestrinidés dont la vie est longue.
Les seules informations relatives aux processus de la mue sont ceUes que j’ai pu ré unir
dans les chapitres précédents. Elles découlent de l’observation directe des larves présentant
superposés des éléments morphologiques des deux stades. Avant la mue on assiste à la diffé¬
renciation progressive des stigmates, ensuite des pièces buccales. Chez celles-ci, la sclérifica-
tion, qui se produit de l’avant vers l’arrière, s’accomplit plus rapidement que celle des stig¬
mates; débutant après, elle peut s’achever avant (voir Chap. iii). L’exuviation s’effectue en
deux temps. Les stigmates postérieurs sont éliminés les premiers, la quasi-tot^té du tégument
accompagné des pièces buccales est rejeté ensuite.
Les phénomènes morphologiques de la mue des Diptères acridiophages Cyclorrhaphes
et Orthorrbaphes sont donc étroitement similaires à ceux observés chez les Phasiinae (cf.
DüPüis 1963 J 276) et d’autres Diptères (Keilin 1915 : 37 et 83-84,1944 : 5-7). En revanche,
chez les acridiophages et contrairement aux Phasiinae (cf. Dupuis 1963 : 279-280) la mue
intervient indépendamment du stade de l’hôte. Enfin il convient de remarquer que les stades
morphologiques ne correspondent pas aux stades physiologiques de la larve ; la mue n’entralne
pas forcément de changements de physiologie et les modifications de celle-ci ne sont pas
obligatoirement concomitantes des mues.
4. Durée des stades et de la vie larvaire totale.
La longévité de chaque stade larvaire est en général mal connue car elle n’a pu être
établie avec exactitude que dans les cas de propagation en nombre du parasite in vitro.
Le stade I, si l’on ne prend en considération que sa phase endoparasitaire, a une durée
très variable selon les Diptères considérés. Chez les Acemyiina, c’est le stade dont la durée est
la plus longue du cycle larvaire [6 à 12 jours chez Ceracio mucronifera, où le cyde larvaire
varie de 12 à 25 jours (voir Chap. iii)]. Chez les Némestrinidés, la phase endoparasitaire du
stade I, si l’on exclut le séjour dans les trachées où il n’y a pas de rapport parasitaire vrai,
est éphémère (2 à 3 jours chez Symmictus costatus (voir Chap. v)).
Source : MtJHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
197
La durée du stade II est générdement brève (Acemyiina, Sarcophagidés, Némestri-
nidés, Antbomyiidés). Celle du stade III des Némestrinidés est longue. I^ longévité du dernier
stade larvaire est moyenne cbez tous les Diptères acridiopbages.
Les données relatives à la durée globale du développement endoparasitaire sont plus
nombreuses. Le développement larvaire est long ches les espèces univoltines : 30 à 40 jours
chez Acyglossa pollinosa (voir Chap. n) et chez les Némestrinidés (voir Chap. v). Il est bref
chez les espèces plurivoltines : 10 à 25 jours chez C. mucronifera (voir Chap. iii), 17 à 36 jours
chez Phorocerosoma forte (cf. Iwata & Nagatomi 1954 : 30), 11 à 14 jours chez Acridomyia
sacharovi (voir Cbap. ii), 4 à 10 jours chez la plupart des Sarcophagidés (5 à 6 jours chez Gesne-
riodes filipjevi, 7 chez Blaesoxipha grylloctona, 5 à 10 chez G. lineata [cf. Olsoufiev 1929],
5 chez Servaisia arteagai [cf. Salavin 1958 : 304], 4 à 6 chez B. ungulata [cf. J. Léonide
1965 : 5202], etc.).
On trouve dans la littérature des dlusions à l’existence d’un non synchronisme du
développement des larves cohabitant. Les causes de ce phénomène sont multiples et, outre
l’existence d’infestations successives, on a pu invoquer la concurrence vitale (Pantel 1910).
D’autres facteurs peuvent intervenir: durée variable du séjour, dans les trachées, des larves I
de Némestrinidés (voir Chap. v), échelonnement du développement embryonnaire à'Acyglossa
pollinosa (voir Chap. n).
5. Parasitisme grégaire ou solitaire
Les Orthoptères parasités, récoltés dans la nature, hébergent souvent plusieurs larves
de la même espèce.
n est fréquent de trouver 2 ou 3 larves de Sarcophagidés, parfois davantage, dans
un hôte. Celles d’Anthomyiidés cohabitent en nombre (une dizaine, en moyenne, chez Acyglossa
pollinosa, une trentaine chez Acridomyia sacharovi, avec des maxima de 185 larves !). Chez
les Acemyiina, le nombre de larves hébergées est variable : on en compte parfois une seule,
d’autres fois 2 ou 3 chez Acemyia acuticomis, mais on en a dénombré de 1 à 24 chez Cetacia
nomadacridis, et de 1 à 82 chez C. mucronifera. Chez les Némestrinidés et les Ormiini, malgré
le mode d’infestation par planidia, il n’est pas rare de rencontrer plusieurs parasites par
hôtes. Le Gynandromyiini Phorocerosoma forte se présente comme un parasite solitmre,
chaque hôte hébergeant une seule larve, rarement 2 (Iwata & Nagatomi 1954 : 30).
Les causes du grégarisme sont difficiles à établir dans la nature. Mais les observations
qui ont pu y être recueillies, jointes à celles établies in vitro, permettent de s’en faire une idée,
à l’exception des Ormiini dont on ignore le mode d’infestation.
Chez les Némestrinidés, l’existence des foyers parasitogènes assurant la concentration
massive des planidia en diverses régions limitées apparaît responsable des infestations mul¬
tiples. Chez les Sarcophagidés, les femelles gravides déposent selon les espèces de 1 à 2 ou
3 larves, parfois davantage, par attaque et celle-ci est fréquemment réitérée. Chez les
Anthomyiidés, le grégarisme larvaire a pour origine le comportement de ponte de la femelle
qui introduit dans l’hôte plusieurs œufs à la fois. Chez les Acemyiina et les Ceracia en
particulier, c’est encore la femelle qui, en déposant une série d’œufs à la fois, assure le
grégarisme larvaire.
L’origine du grégarisme apparaît donc de près (Acemyiina, Anthomyiidés, Sarcopha¬
gidés) ou de loin (Némestrinidés) comme liée au comportement maternel d’infestadon ou
de ponte.
La survie des larves dans les hôtes dépend des caractérisdques spécifiques du parasite.
De ce point de vue, les Diptères acridiophages se classent en 3 catégories :
1° Les Némestrinidés chez lesquels l’intolérance est notable et l’élimination des larves
surnuméraires totale, une seule larve arrivant au terme du dévdoppement. Le parasitisme y
est donc solitaire.
2® Les Anthomyiidés chez lesquels la tolérance est très large et l’élimination des larves
nulle. La grégarisme y est de règle.
1. Les exemples de parasitisme hétérospécifîque simultané ne sont jamais fréquents chez les Diptères
acridiophages. On en a signalé quelques cas : Anthomyiidés, Sarcophagidés (voir Chap. u); Némestrinidés,
Sarcophagidés on Tachinidés (voir Chap. v). Peu d'informations ont été recueillies quant aux conditions
de survie de ces coparasites et elles sont contradictoires (voir Chap. n et ni).
Source : A1NHW, ftjris
198
J.*C. LÉONIDE
3'’ Les Sarcophagiciés et les Tachinidés chez qui la tolérance est variable et l’importance
du nombre de larves éliminées fluctuante. 1 à 2 pupes d’yicemyia acuticomis peuvent se former
à partir d’un hôte. J’en ai obtenu jusqu’à 41 de Ceracia mucronifera et 6 de Plesioœstrus
leonidei.
Les mécanismes d’élimination des larves en surnombre sont mal connus. L’bypotbèse
d’une concurrence a été invoquée mais non toujours démontrée. Certaines larves mortes
présentent des blessures, ce qui montre que l’élimination directe par traumatismes existe.
La survie des larves dépend aussi de la taille de l’hôte. L’élimination des larves de C.
mucronifera est proportionnellement plus importante chez l’bdte larvaire de petite taille que
chez l’hôte adulte plus grand.
Le grégarisme larvaire intraspécifique apparait comme une tendance fréquente des
parasites d’Orthoptères qui se manifeste chez les Acemyiina, les Ormiini, les Sarcophagidés
et les Anthomyiidés. Seuls les Némestrinidés, et peut-être les Gynandromyiini, montrent des
mœurs solitaires. Cette tendance n’est pas propre à tous les Diptères parasites d’tisectes
(Clausen 1940 : 446). Chez nombre d’entre eux, à l’instar des Némestrinidés, la majorité ou
la totalité des larves surnuméraires sont détruites.
6. Caractères de la vie endoparasitaire.
Dans ses grandes lignes, la vie endoparasitaire des Diptères acridiophages apparaît
plus homogène que ne l’est la vie larvaire préparasitaire. 11 faut voir dans cette homogénéité
— relative — l’absence de l’influence du comportement maternel qui, au contraire, marque
profondément la phase précédente. Toutefois, des différences importantes existent dans les
modalités de la vie endoparasitaire des Diptères acridiophages et elles permettent d’opposer
d’une manière nette Némestrinidés et Tac hini dés d’une part aux Sarcophagidés et
Anthomyiidés d’autre part. Chez les Diptères du premier groupe, une localisation particu¬
lière, parfois précoce (stade I), l’édification d’un pore et d’un siphon respiratoire révèlent l’exis¬
tence de besoins physiologiques déterminés, d’exigences complexes et précises qui contrastent
singulièrement avec la simplicité de la vie endoparasitaire des larves de Sarcophagidés et
d’Anthomyiidés. Ces derniers, notamment par l’absence de localisation, de siphonogenèse,
font davantage songer à des saprophages < se dév^oppant dans un milieu vivant » (dans lequel
Us ont d’ailleurs été introduits) qu’à de véritables parasites.
Ul. PHASE POST-PARASITAIRE OU MÉTAXÉNIQUE
La phase post-parasitaire débute à la sortie de la larve hors de l’hôte. En fait, Pantel
(1912 :115) considère que la phase parasitaire cesse dès que commence la phase de sarcopha-
gie : «Très ordinairement il (le régime endoparasitaire) se complique d’une période finale
de sarcophagie violente durant laquelle l’hôte est rongé tout vivant, mais cette phase n’appar¬
tient plus au parasitisme proprement dit, les ravages du parasite étant simplement devenus
ceux d’ime espèce carnassière dévorant une proie ». Ce point de vue a été repris par Herting
(1960 :19) et Dupuis (1963 : 268-269). Bien que je le partage entièrement, j’ai considéré la
sarcophagie dans la vie endoxénique car il est pratiquement difficile de situer dans le temps
ce changement physiologique des larves mûres. Dans l’impossibilité d’établir des coupures
nettes dans la vie du parasite, je traiterai ici l’abandon de l’hôte, la vie larvaire libre, la vie nym-
phale. J’envisagerai également la destinée de l’hôte après la sortie des larves, bien que ced
constitue la conséquence des actions du parasite sur l’hôte.
1. Abandon de l’hôte.
Alors que la pénétration dans l’hôte s’est effectuée de manières fort diverses, toutes
les larves de Diptères acridiophages sortent en perforant la paroi du corps de Thôte à une
époque comparable, c’est-à-dire à la fin de leur vie lorsqu’elles ont atteint le terme de leur
développement. Chez les espèces fixées, l’abandon du tube respiratoire a lieu de quelques ins¬
tants à quelques heures avant la sortie. C’est, chez les Tachinidés, le cas le plus fréquent mais
non général, certaines espèces abandonnant leur siphon tout de suite après la deuxième mue
et avant d’avoir atteint leur complète maturité (Mellini 1964 : 52-53).
L’orifice est pratiqué à l’aide des crochets buccaux dont le rôle a été signalé par Rüka-
visHNiKOV (1930 : 257). Dès qu’une déchirure est faite, la larve y introduit la ré^on anté-
Source : AlfJHW, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
199
rieure étirée de son corps qu’elle gonâe ensuite. Sous U pression, l’oriûce s’élax^t et la larve
accomplissant des mouvements de constrictîon s’échappe en quelques instants. Ce mécanisme
est le même chez tous les Diptères acridiophages. Sa durée a rarement été indiquée. Prescott
(1955 : 400) parle de 30 minutes à 1 heure chez Neorhynchocephalus sackenii, Arnoux &
RejuddièrE (1946 : 57) indiquent qa’Acridomyia sacharovi met 30 secondes pour se libérer.
Le lieu de sortie est presque toujours une membrane articulaire mince. Sa situation varie
selon les espèces, parfois pour la même espèce.
Les larves de Sarcophagidés sortent le plus fréquemment à travers la partie médio*
dorsale de la membrane coUaire {Gesneriodes fiUpjevi — cf. Olsoufiev 1929 —; G. lineata
— cf. Baranov 1925 —; Acandotkeca neuguenensis, Sarcopkaga caridei, S. crouzeli, Ser-
vaisia arteagai — cf. Crodzel & Salavin 1961 : 650-651 —; Blaesoxipka laticomis — cf.
Lèonide 1961 c : ISO; etc.). Quelques espèces le font en d’autres points : Blaesoxiphella
brevkornis à travers les membranes intersegmentaires de l’abdomen (Zakhvatkin 1954 : 247),
Sarcopkaga aleuapkaga (cf. Crouzel & Salavin 1961 : 662) et Blaesoxipka anceps {c£.
Chapman 1961 ; 67) par le tympan. Les espèces qui émergent par la membrane coUaire se
montrent capables, de temps à autre, de quitter l’hôte en des points différents, en particulier
par les membranes péri-anales et métacoxales {G. lineata — cf. Baranov 1925 : 136 —, A.
neuqaenensis — cf. Crouzel & Salavin 1961 : 661 —, etc).
Parmi les Anthomyiidés, Acyglossa pollinosa emprunte uniquement la partie dorsale
de la membrane coUaire (voir Chap. ii) alors q\i’Acridomyia sacharovi perfore les membranes
abdominales (Roehrich 1951 : 489).
plupart des Némestrinidés abandonnent l’hôte à travers la membrane articulaire
métacoxale et les membranes abdominales avoisinantes (voir Chap. v). Cependant la membrane
coUaire peut être utilisée (Spencer 1958 : 508). Neorhynchocephalus sulphureus s’échappe
en arrière du pronotum (Crouzel & Salavin 1943 : 23).
Les larves A’Ormiini et de Gynandromyiini quittent l’hôte à travers les membranes
intersegmentaires de l’abdomen. Chez les Acemyiina, les lieux de sortie sont les membranes
mtersegmentaires de l’abdomen (Acemyia acuticomis — cf. Callot 1936 : 197, Zakhvatkin
1954 : 259 —; Myiothyria henoisti — voir Chap. iii). Chez Ceracia mucronifera, outre cet
emplacement, lorsqu’il y a de nombreuses larves, toutes les membranes minces peuvent être
utilisées (membranes articulaires des pattes et même membrane coUaire mais uniquement dans
ses régions ventrale et laténdes — voir Chap. iil).
Les larves qui vivent sans fixation pourraient a priori s’enfuir par n’importe quelle
membrane mince mais le font souvent en un lieu déterminé : les Sarcophagidés, par exemple,
par la membrane coUaire. Lorsqu’il y a plusieurs larves, eUes peuvent emprunter le même
orifice {Acridomyia sacharovi —• cf. Arnoui & Remaudière 1946 : 57 ■—, Acyglossa polli¬
nosa — voir Chap. ii) et les sorties s’écheloiment sur plus d’une heure à plus d’un jour.
Certaines larves fixées (C. mucronifera, Plesioœstrus leonidei, Eupkasiopteryx brevicomis)
percent le tégument à proximité de leur point de fixation; les lieux de sortie sont alors, chez un
hôte, aussi nombreux et divers que le sont les points d’insertion des siphons. D’autres [Pkoro-
cerosoma forte (cf. Iwata & Nagatomi 1954 : 32)] quittent leur siphon quelques instants avant
l'abandon de l’hôte et passent par ime courte phase de vie libre; le point d’émergence est alors
sans rapport avec celui de fixation.
Les heures de sortie n’ont pas fait l’objet de commentaires particuliers. Les larves de
Symmictus costatus quittent leur hôte, en généraL la nuit ou tôt le matin (voir Chap. v) alors
que celles de Ceracia mucronifera le font presqu’aussi bien à toute heure du jour que de la
nuit (voir Chap. iii).
2. Phase larvaire libre.
On trouve peu de renseignements concernant la phase larvaire post-parasitaire, géné-
rdement brève.
Les larves, venant de sortir de l’hôte, se laissent pisser le long du corps (observation
personnelle) jusque sur U sol. D’après Arnodx & Remaudière (1946 : 57) les larves A'Acri-
domyia sacharovi longent la gouttière formée par les deux élytres repliés de l’hôte.
Les larves présentent un phototropisme négatif et un géotropisme positif {Sarcopkaga
caridei — cf. Crouzel & Salavin 1961 : (£9 —, Ceracia dentata — cf. St-Amand &
Cloyd 1954 : 85 —, Ceracia mucronifera — voir Chap. ni —, A. sacharovi — cf. Arnoui
& Rematoière 1946 : 57) et la plupart des auteurs ont indiqué qu’elles s’enterrent
Source : MNHN, Paris
200
J.-C. LÉONIDE
Mais on ne trouve mention de k profondeur que dans ie cas de qudques Sarcophagidés
[2 à 3 cm pour Sarcophaga caridei — cf. Croüzel & Salavin 1961: 659 —, 2 à 6 pouces
(i. e. 5 à 15 cm) pour Kellymyia kellyi — cf. Kelly 1914 : 436 —^], de l’Anthomyiidé Acri.
domyia sacharovi [cf. Rukavishnikov 1930 et Arnoux & Reuaüpière (1946 : 57) : 2 à 5
cm] et du Némestrinidé : Neorhynckocephalus sulphureus qui descend jusqu’à 15 cm (Croü¬
zel & Salavin 1943 : 23). Les larves d’Acemyiina (C. mucroni/era —voir Ghap iii —, Acemyia
acutitomis —• cf. Callot 1935 : 197, Zakhvatkin 1954 : 259) ne cherchent pas ou peu à
s’enfouir, s’abritent tout au plus sous des détritus et s’empupent au niveau du soL
Les krves mûres de certains Diptères acridiophages (Némestiinidés, générations hiver¬
nantes de Sarcophagidés) demeurent plusieurs mois à l’état de vie ktente ou en diapause,
jusqu’à ce qu’intervienne le nymphose (voir § Phénologie). Chez d’autres espèces, k nym¬
phose survient sans délai après l’abandon de i’hôte {Acemyiina ~ cf. Smith 1958 : 245
et 247, et voir Chap. Iii — générations estivales de Sarcophagidés) et k vie larvaire libre
est éphémère : quelques min utes à quelques heures chez C. mucroni/era, 2 à 3 jours chez
Sarcophaga falciformis (cf. Middelkauff 1959 : 727). Il semble que k durée de cette
phase dépende en partie de k rapidité avec kquelle k larve rencontre des conditions favo¬
rables à k pupaison. Les krves de C. mucroni/era, déposées sur une assiette, peuvent tourner
en rond pendant des heiores avant de se nymphoser. La nature du sol, sa compacité, son
humidité interviennent dans k célérité de l’enfouissement et de l’apparition de k nymphose.
La larve IV de Trichopsidea clausa (cf. York & Prescott 1952 : 8) ne s’enfouit que si le
sol est compact et humide. CeUe de Neorhynckocephalus sulphureus remonte en surface
lorsque le sol est trop humide (Crouzel & Salavin 1943 : 23). Les larves III de Sarcopha¬
gidés pkcées dans un sol détrempé n’y demeurent pas (observations personnelles). Crouzel
& Salavin (1961 : 659) ont fait k même remarque chez Sarcophaga caridei.
3. Nymphose.
La nymphose, dans les conditions normées, se produit toujours hors de l’hôte. La
nymphe est enfermée dans unpuparium chez les acridiophages Cyclorrhaphes; chez les Némes-
trinidés (Orthorrhaphes), die est libre, mobile et remonte en surface quelques jours avant
l’édosion (voir Chap. v).
La durée de k vie nymphde, connue chez k plupart des Diptères, est variable d’une
espèce à l’autre et selon les conditions de température. Elle est rektivement brève chez les
individus ne présentant pas de dkpause à ce stade : 1 à 4 semaines chez les Sarcophagidés
[17 à 26 jours chez Gesneriodes lineata (cf. Roehrich 1951 : 485), 9 à 11 jours chez Tephro-
myiella atlanis (cf. Howitt 1951 :21), 7 jours chez Servaisia arteagai (cf. Salavin 1958 :304),
8 à 38 jours chez Sarcophaga caridei (cf. Crouzel & Salavin 1961 : 659), 9 à 11 jours chez
Blaesoxipha ungulata (cf. J. Léonide 1965 : 5202)]; 1 à 3 semaines chez les Acemyiina [8 à
13 jours chez Ceracia dentata, 9 à 17 jours chez Euacemyia tibialis, 9 à 20 jours chez Hemi-
thrixion oestri/orme (cf. Smith 1958 : 244-8)] ; j’ai observé des valeurs similaires chez Ceracia
mucroni/era, Myiothyria benoisti, Acemyia acuticomis (voir Chap. Iii) ; 22 à 26 jours chez les
générations estivales d’Acridomyia sacharovi (voir Chap. Il); 10 à30 jours chez les Némestri-
nidés (voir Chap. v).
La période nymphale est longue chez les espèces en dkpause à ce stade (Anthomyiidés
univoltins — voir § Phénologie).
4. Destinée de Phôte après la sortie dn parasite.
la destinée de l’hôte après k sortie du parasite a donné lieu à de multiples commentaires,
parfois contradictoires.
La découverte dans la nature d’un hôte vivant montrant un orifice de sortie cicatrisé
et contenant dans sa cavité générale des exuvies suf&t à prouver l’existence d’une survie mais
ne permet de préciser ni sa durée ni l’importance de k fraction de k popuktion qui a sur¬
vécu.
On peut se faire une opinion vdable de l’influence du parasite, et en particulier des
traumatismes occasionnés lors de sa sortie, sur k longévité de l’hôte par une étude portant
sur de nombreux individus et réalisée à k fois sur ie terrain et in vitro. De telles études sont
rares. En dehors de celles que j’ai entreprises chez Ceracia mucroni/era, Symmictus costatus
et Acyglossa polUnosa, je ne connais que celles de Rukavishnikov (1930) sur Gesneriodes
lineata et de Prescott (1960) sur Neorhynckocephalus sackenii.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
201
L’action des Anthomyiidés paraît variable selon les espèces. Pour Rokavishnikov
(1930 ; 258), * Locusts infested by larvae of Acridoinyia sacharovi, with rare exceptions of
single individuals, perisk as a raie a/ter the larme hâve escaped ». D’après Arnoux &
Remaddière (1946 : 58), Remaudière (1947 : 118), Roehrich (1951 ; 489), la sortie d’^.
sacharovi entraîne une forte mortalité parmi les hôtes. Smith (1958 : 251) écrit au sujet à’A.
canadensis : « In spite of tke smallness of the larvae of tkis parasite the evidence front the
dissection is thatfew hosts survive the presence of more than two or tree larvae », et plus récem¬
ment (1960 : 6) : « the small maggots feed on the insides but do not kill the grasskopper
unless many are présent ». Les expériences que j’ai réalisées sur la survie des Barbitistes
fischeri infestés par Acyglossa pollinosa (voir Chap. ii) ont rév^é que seiJement 10 à 20 %
de la population survit à la sortie des parasites.
Parmi les Sarcophagidés, la sortie des parasites a été indiquée comme responsable de
la mort de l’hôte chez Gesneriodes filipjevi (cf. Olsoufiev 1^9), Blaesoxiphella brevicomis
(cf. Zakhvatkin 1954 : 247), Sermisia arteagai (cf. Sala vin 1958 : 303), Acandotheca neu-
quenensis (cf. Croüzel & Salavin 1961 : 661), Sarcophaga falciformis (cf. Middlekaüff
1959 : 727). Inversement, Crouzel & Salavin (1961 : 664) notent que la sortie de Sarco-
pkaga crouzeli ne provoque pas la mort de l’hôte qui demeure affaibli. L’opinion des auteurs
est parfois nuancée. D'après CbapuaN (1961 : 67), Blaesoxipha anceps cause souvent la mort
de l’hôte. HowiTT (1951 :31) laisse entendre qu’un certain nombre d’hôtes survivent à la sortie
de Tephromyiella atlanis. Wood (1933 : 530) précise que 19 % des hôtes infestés par Ges¬
neriodes lineata survivent et Rueavishnieov (1930:258-9) a établi, dans des conditions expé¬
rimentées, que le taux de survie était fonction du nombre de larves hébergées. J’é trouvé
des hôtes, infestés par des Blaesoxipha, ayant survécu à leur sortie (Léonide 1961 c : 150).
Les Acemyiina ont fait l’objet de quéques remarques. Zakhvatkin (1954 : 259)
n’a jamés observé un hôte infesté par Acemyia acuticomis qui ait survécu à la sortie des larves.
Callot (1935 :196-7) avait émis l’opinion contraire et j’é également (voir Chap. iii) reconnu
l’existence d’une survie des hôtes infestés par ce parasite. Inversement, l’étude sur le terrain
et au laboratoire m’a montré qu’aucun hôte ne survivait plus de 5 jours à la sortie de Ceracia
mucronifera (voir Chap. iii).
Chez les Ormiini, les renseignements dont on dispose sont fragmentaires. La sortie
à’Eupkasiopteryx brevicomis entraîne la mort de l’hôte dans les 2 ou 3 heures qui suivent
(NüTTING 1953 : 76). Je n’ai pas observé de cas de survie à la sortie des Plesioœstrus leonidei
(voir Chap. iv).
Le Gynandromyiini Phorocerosoma forte ne tue pas son hôte [Uchida & Ehara (1953 :
173)]. Cette constatation est partiellement confirmée par Iwata & Nagatoui (1954 : 33):
un certain nombre d’hôtes, des femelles en particulier, survivent de 1 à 49 jours à la sortie
des larves surtout dans la nature (oh l’on trouve des hôtes renfermant des exuvies); en capti¬
vité la mortalité est plus élevée.
L’action des Némestrinidés sur la vie de leur hôte a donné lieu à observations. Crouzel
& Salavin (1943 :22) notaient que la mort suivét la sortie des larves de Neorhynchocephalus
sulphureus. D’après York & Prescott (1952 : 8), l’hôte survit un temps à la sortie des
larves de Trichopsidea clausa. Prescott (1960 :518.9) a étudié par contamination artificielle
l’effet de Neorhynchocephalus sackenii sur la longévité de l’hôte et a noté que 75 % des hôtes
mouraient pendant la période de sortie des larves. J’ai également observé (Léonide 1963 a: 19),
après PoTGlETER (1929 : 32) et Greatbead (1958 : 118), le petit nombre d’hôtes survivant
à la sortie des larves de Symmictus costatus.
Les taux de survie, fragmentairement connus etvaiiables selon l’espèce parasite, demeu¬
rent moyennement fmbles avec certains Anthomyiidés et Sarcophagidés; la mortalité des
hôtes devient importante avec les Acemyiina, les Ormiini et les Némestrinidés.
Divers facteurs mal connus conditionnent la durée de survie.
Le volume de l’hôte, comparé à celui des parasites l’ayant infesté, joue un rôle notable.
Pour un parasite déterminé, plus le volume de l’hôte est petit, plus la mort intervient rapide¬
ment après la sortie des larves (exemple : Ceracia mucronifera dans son hôte aux différents
stades — voir Chap. Iii).
Le rôle des caillots formés par l’hôte n’a été constaté qu’empîriquement. J’ai observé
que les hôtes présentant une forte mortalité après la sortie d’un parasite ne montrent pas
d’obstruction de l’orifice de sortie {Anacridium aegyptium 5 jours après la sortie n’est pas
« cicatrisé »), alors que chez Barbitistes fischeri, qui résiste plusieurs jours aux sorties répétées
Source : MNHN, Paris
202
J.-C. LÉONIDE
de larves d'Acyglossa pollinosa (voir Giap. ii), la fermeture de la membrane collaire inter»
vient en quelques heures.
L’existence chez le parasite d’une phase de sarcophagie entraîne une mort rapide de
l’hôte. L’hôte larvaire de C. mucroni/era souvent réduit à son exosquelette meurt parfois
avant même que le parasite l’ait abandonné.
Le nombre de larves hébergées joue im rôle non négligeable comme l’a démontré
Rveavishnikov (1930 : 258-9).
Les modalités de la sortie des larves peuvent ég^ement avoir une influence sur la survie.
L’habitude que présentent certaines larves grégaires (exemple : Ceracia mucroni/era) de per»
cer un orifice de sortie à proximité de leur tube respiratoire, en déterminant la multiplicité
des orifices pratiqués et des hémorragies consécutives, contribue à entraîner ime mort rapide
de leur hôte.
Les perturbations physiologiques, causes de la mort des hôtes, ne sont pas connues
bien que l’on soit tenté d’attribuer aux hémorragies la principes responsabilité.
C. INTERACTIONS DANS LE COUPLE HOTE/PARASITE
Les interactions qui se produisent au sein du couple hôte/paiasite sont complexes et
intéressent bien des aspects de la physiologie des Insectes : métabolisme, hématologie et peut-
être même endocrinologie et immunologie.
Ces actions peuvent se grouper en deux catégories que nous étudierons successivement :
— les réactions de défense de l’hôte à la présence d’un parasite, parmi lesquefles
il convient de placer la siphonogenèse;
— les actions exercées sur l’hôte par le parasite.
1. RÉACTIONS DE DÉFENSE DE L’HOTE
Comme l’a rappelé Dupuis (1963 : 314), les réactions de défense des Insectes vis-à-
vis de leurs larves parasites sont — à l’exdusion de la siphonogenèse — intrinsèquement faibles
car les cas de parasitisme venus jusqu’à nous sont — selon Cu^^not — précisément ceux qui
n’entraînent que peu de réactions de défense de ia part des hôtes. Par suite, les réactions de
défense ne peuvent être nettement mises en évidence que par contamination artificielle sys¬
tématique d’hôtes par des parasites inhabituels — larves implantées dans le corps de l’hôte
(Salt 1955), œufs ou larves, obtenus à partir defemdles gravides, placés sur le corps (Biuotti
1958 a : 1241, Dupuis 1963 : 403).
Les réactions de défense des Insectes à la présence d’un parasite se manifestent de la
manière la plus visible — hormis les transformations locales induites par l’installation des larves
à l’intérieur d’un organe — par des phénomènes d’encapsulements hémocytaires et mélaniques
et de momifications (Pantel 1910, Keilin 1915, Schneideh 1950, Salt 1957,1963, Biuom
1958 a, Biuotti & Vago 1961, Albertoni 1962, Dupuis 1963, 1965, 19^, Bosch 1964,
Lange 1964, Lange & Bronseill 1964, Adam 1965, Salt & Bosch 1967, etc.).*
On a longtemps considéré que l’encapsulement (pour de nombreux auteurs < phago¬
cytose ») n’affectait que des larves mortes ou mourantes (Pantel 1898, 1910; Thompson
1915 b ; 68, 1930 : 565). On sait maintenant, à la suite des observations de divers auteurs
(Strickland 1930 : 95, Biliotti 1958 a ; 1241, etc.), confirmées par des études expérimen¬
tales (Salt 1963 : 605), que ces réactions apparaissent du vivant des larves ayant pénétré
chez certains hôtes inhabituels. Ces réactions peuvent conduire à la mort du parasite (Salt
1963 : 607, Bosch 1964 : 357-359, etc.).
Parmi les acquisitions récentes, relatives à cette question des réactions de défense
actuellement en pleine évolution, on peut retenir l’existence possible de variations dans l’inten¬
sité de la réponse de l’hôte en fonction de son état physiologique, de son régime alimentaire
(Bosch 1964, Lange 1964, Lange & Bronseill 1964), de son âge (Bosch 1964 : 349-354)
ou de facteurs encore inconnus (Albertoni 1962, Bosch 1964 ; 359-361).
Dans les couples hôte/parasite normaux, les processus de défense — mise à part la sipho-
genèse — ne se manifestent essentiellement qu’à la suite de l’afEaiblissement ou du décès du
1. Une première étude en microscopie électronique de la formation, par les cellules du sang det
Ineectes, de capsules autour de corps étrangers inanimés vient d’être réalisée par Grihstone, Rothebam
& Sait (J. CtU. Sei., 2, 281-292 (1967) 1968].
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
203
p&rasite. Le surpatasitisine en particulier facilite l’apparition de l’encapsulement (Salt 1963 :
616). Dans certains cas cependant, des réactions de défense peuvent se manifester même chez
des hôtes naturds (Adam 1965 : 952, Dupuis 1965). Dans des cas extrêmes, ces réactions entraî¬
nent la mort de 100 % des larves parasites, dès leur pénétration (Dupuis 1965 : 44934). Ces
faits « o&ent un exemple fort net de différences adaptatives entre les divers stades ontogénéti-
ques et physiologiques d’un parasite prol^en > — Dupuis Le. — dont on ne saurait minimiser
l’intérêt. Ds montrent que les couples hôte/parasite venus jusqu’à nous ne sont peut-être pas
uniquement, comme on l’a cru d’une manière sang doute trop radicale, ceux qui sont les mieux
adaptés.
Dans certaines circonstances — lésions infligées à l’hôte par certains parasites (Tachi-
nidés, Némestrinidés) — on assiste à l’édification d’une formation connue sous les noms de
siphon ou gaine respiratoire. La siphonogenèse apparaît comme une réaction « équilibrée >
(Dupuis 1963 : 332), mise à profit pat le parasite pour sa respiration. Je l’étudierai après avoir
envisagé les réactions générales de défense.
1. Réactions générales.
Salt (1963) ne signde pas de cas d’encapsulements ou de momifications de Diptères
scridiophages. Je n’ai effectivement trouvé presqu’aucune mention explicite de telles réactions
dans la bibliographie concernant les Diptères acridiopbages ( à l’exception de celle de Howitt
—1951 : 33 — qui cite des cas de mélanisation des larves du Sarcophagidé Tephromyiella atlo
nis). En revanche, les capacités réactionnefles des Orthoptères (Salt 1963 : 531-32) ont été
mises en évidence à maintes reprises en présence d’autres parasites (Nématodes et Insectes
autres que les Diptères).
J’ai pu rassembler quelques informations rétives aux réactions de défense des Orthop¬
tères vis-à-vis des Diptères acridiophages. Mes observations, qui n’ont été ni systématiques ni
exhaustives mais établies iors d’autopsies réalisées à des fins toutes autres, ont révélé des cas
d’encapsulements hémocytaires et mélaniques, de momifications et d’obstructions intestinales,
chez des hôtes naturels infestés spontanément :
— encapsuiements hémocytaires et mélaniques de larves I d’Acemyia sp. chez Oeda-
leus decorus, Acrotylus insubricus, Sphingonotus coerulens et Pyrgomorpha corUca:
— de larves II de Plesioœslrus Uorùdei chez Epkippiger provincialis;
— de larves I de Blaesoxipha sp. chez Calliptamus italicus;
— de larves I de Némestrinidés sp. chez PkoUdoptera femorata et Epkippiger provin-
cialis.
Dans ces exemples, le parasite étant solitaire, les réactions constatées ne peuvent être
imputées au surparasitisme.
J’ai également noté de nombreux cas d’encapsulements mâaniques, hémocytaires et
de momifications de parasites dans leurs hôtes habituels (larves I de Ceracia mucronifera
chez Anacridium aegyptium, larves I et II de Plesioœstrus leonidei chez Epkippiger epkip¬
piger, larves III de Blaesoxipha ungulata chez Barbitistes fisekeri, larves de Symmictus
costatus aux divers stades chez Dociostaurus maroccanus et exceptionndlement d'Acyglossa
pollinosa chez B, fisekeri). Mais ici plusieurs larves — deux au moins — cohabitaient dans
l’hôte; il est probable que l’affaiblissement consécutif au surparasitisme était à l’origine de
l’encapsulement. Chez C. mucronifera, il m’a été donné d’observer des débuts d’encapsule¬
ments hémocytaires et m^aniques sur des larves vivantes.
L’aspect et la localisation des dépôts ont été variables.
Les agrégats plus ou moins mélanisés apparaissent souvent sous forme de pustules
disséminées sur toute la surface du corps Qarves de C. mucronifera et autres Acemyiina,
de Némestrinidés, de Sarcophaÿdés) ou localisées dans sa région antérieure, postérieure ou
médio-ventr^e. Parfois ils forment un gros bouchon au niveau des pièces buccales, des stig¬
mates postérieurs, de l’anus, d’autres fois ils s’étendent le long de la spinulation annulaire,
des simples replis intetsegmentaires (larves de C. mucronifera, de Sarcophagidés, d'Acyglossa
pollinosa, etc.).
J’ai vu des capsules hémocytaires complètes enfermant des larves I ou II de Plesioœs¬
trus leonidei chez Epkippiger epkippiger et E. provincialis, et une autour d’une larve d’..4ce-
siyia acuticomis chez un Pezotettix giomai (voir Chap. lu).
Source : MNHN, Paris
204
J.-C. LÉONIDE
J’ai égtdement noté la formation d’un bouchon mélanique à l’intérieur et au milieu du
tube digestif d’une larve I de C. mucronifera ayant pénétré dans un hôte inhabitud (Euchor-
thippus pulvinatus).
Ces divers aspects morphologiques ne se trouvent pas de façon constante chez un hôte
donné ou un parasite particulier, ü est difficile, dans les conditions de mes observations où
l’âge des réactions était inconnu, de savoir si ces formes correspondent à différents types de
capsules ou aux différentes phases du développement de la capsule; Salt (1963 : 563) met en
garde contre ce risque de confusion. Il est probable que le type de réaction est le même, et
que ces formes correspondent à des stades différents d’évolution. La casoule, d’abord
épaisse et hémocytaire, diminue ensuite de taille. La mélanisation apparaît comme une des
dernières phases de l’évolution (Dupuis 1963 : 318, Salt 1963 : 561). Mon opinion est basée
sur des faits analogues à ceux observés par Dupuis (/. c.) : les agrégats hémocytaires sont tran¬
sitoires, les dépôts mélaniques qui peuvent se former à l’intérieur des capsules sont définitifs.
Des réactions de momification se traduisant par l’aplatissement, la réduction de taille
et le durcissement des larves se voient chez Ceracia mucronifera dans son hôte habitud.
Les réactions de défense des Orthoptères induites par les Diptères acridiophages,
malgré l’hétérogénéité systématique de ces derniers, ne diffèrent pas de celles signalées
chez les autres Insectes. La formation de capsules diffuses—plus rarement complètes —d’ori¬
gine hémocytaire, mélanisées ou non, affecte les larves vivantes ayant pénétré certains hôtes
inhabituels ou les larves hébergées par l’hôte normal mais affidblies, notamment par le
surparasitisme. Ces réactions se produisent chez les Orthoptères Caelifères et Ensifères.
Chez ces derniers, les capsules hémocytaires, qui paraissent plus volumineuses, ont été in¬
duites par des Acemyiina, des Ormiini, des Sarcophagidés et des Némestrinidés. Les
Anthomyiidés ont provoqué très rarement des réactions de défense de la part de leur hôte
et encore dans des cas où au grégarisme larvaire propre à Acyglossa poîlinosa s’ajoutait un
coparasitisme avec des Sarcophagidés.
2. Siphonogeiièse.
Les siphons (gaines, entonnoirs ou tubes) respiratoires sont des formations indivi*
dualisées, édifiées par un phénomène réactionnel de l’hôte à la suite d’une lésion locde (ouver¬
ture par le parasite d’un pore respiratoire), connues et étudiées chez les hôtes de Tachinidés
(Pantel 1910, Beabd 1942, Herting 1960, Dupuis 1963 : 325-333, Mellini 1964) et de
quelques autres Diptères (Némestrinidés, voir Chap. v; Rkinophorinae, cf. Thompson 1920 :
1622 ; et peut-être Acroceridae, cf. Millot 1938 :179). Us se présentent sous la forme de tubes
plus ou moins longs et dont l’une des extrémités évasée enchâsse les derniers segments abdo¬
minaux et les stigmates postérieurs du parasite et dont l’autre extrémité, rétrécie, s’ouvre
à l’air extérieur, soit directement à travers le tégument (gaine cutanée ou tégumentaire) soit
à travers la paroi d’une trachée (gaine trachéenne). Selon que le siphon s’édifie au point de
pénétration du parasite ou en un lieu distinct, il est qualifié de primaire ou de secondaire.
Son rôle est essentiellement respiratoire.
Parmi les Diptères acridiophages, les siphons se rencontrent chez les Tachinidés et
les Némestrinidés. Ici, de même que chez d’autres Tachinidés (Dupuis 1963 : 325), la forma¬
tion du siphon se révèle — à des stades divers du parasite —■ comme un phénomène obliga¬
toire, indispensable au développement. Je traiterai des divers aspects de la siphonogenèse
en considérant le tube respiratoire des Némestrinidés à l’égal des autres siphons, bien qu’il
représente un cas tenu pour particulier; la discussion ci-après justifie cette position.
a. Type.
Chez les Tachinidés et les Némestrinidés les siphons sont tous — ou presque — de
type secondaire ; ils s’ouvrent en des points qui ne sont pas ceux de la pénétration des parasites
dans l’hôte. Cela a été établi chez les Acemyiina (voir Chap. ni), le Gynandromyiini Pkoro-
cerosoma forte (cf. Iwata & Nagatomi 1954 28), i'Ormiini Plesiocestrus leonidei (voir
Chap. iv) et les Némestrinidés (voir Chap. v). La seule exception signalée est celle du Glauro-
carini Glawocara flava-, Crosskey (1965 : 214) admet — sans le démontrer — que le siphon
y est de type primaire.
Les Diptères acridiophages montrent les deux types de siphons secondaires : cutanés
et trachéens.
Les gaines cutanées ont été signalées chez les Ormiini et Glaurocarini (voir Cbap. iv)
Source : Mt-JHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
205
OÙ eües s’ouvrent à travers les membranes intersegmentaires et pleurales de l’abdomen et
chez les Gynandromyiini où ^es le font à travers la membrane tympanique {Pkorocerosoma
forte, ci. IwATA & Nagatomi 1954 : 28) ou à travers les pleures thoraciques {Phorocerosoma
pilipes d’après du matériel en communication).
Les gaines trachéennes, évidemment secondaires, sont de règle chez tous les Âcemyiina.
Les quelques cas de fixation cutanée que j’ai signalés correspondent à une perturbation du
mécanisme de formation induite par la petite taille des hôtes (voir Chap. iii).
La connexion avec un sac aérien n’a été signalée qu’une seule fois, chez Ceracia dentata
(cf. St-Amand & Cloyd 1954 : 84).
Le tube respiratoire des Némestrinidés semble indifféremment cutané (chez Neorhyi>
ckocephalus sackenii par exemple) ou trachéen (chez Trichopsidea clausa) et parfois dans
une même espèce {Symmictus costatus, voir Chap. v). Les tubes cutanés s’ouvrent obligatoire¬
ment au voisinage d’un stigmate, ce qui s’explique par les modalités de formation du pore
(voir Chap. v).
b. Forme.
La forme des siphons est variable d’une espèce à l’autre. Parfois ils forment un cône
régulièrement évasé, assez court chez les Acemyiina, plus long chez les Gynandromyiini
{Pkorocerosoma forte, cf. Iwata & Nagatomi 1954 : tableau 3, fig. 7 6); chez les Ormiini
{Plesioœstrus leonidei, voir Chap. iv; Glaurocara Jlava, cf. Crosseey 1965 : 214, fig. 18),
la partie rétrécie, voisine de l’insertion, étroite et allongée donne au siphon l'allure d’une
< corne d’abondance Ce caractère n’apparalt pas dans les dessins du siphon i'Euphasiopteryx
brevicomis (cf. Nutting 1953 : pl. IV, fig. 11-12).
Le siphon respiratoire des Némestrinidés constitue un tube de grande longueur (près
de 20 mm) qui se subdivise en trois parties : la région d’insertion, courte, sclérifiée, non
spiralée; la région moyenne — constituant le tube proprement dit — longue, à paroi brunâtre,
à structure spiralée, tantôt dextre tantôt sénestre, caractéristique; la région distale, translucide,
molle, dilacérable, non spiralée, évasée en entonnoir (voir Chap. v).
Chez les Ormiini {P. leonidei, voir Chap. iv; E. brevicomis, cf. Nutting 1953 : 74)
le siphon, durant le jeune âge du parasite, complètement dos, affecte la forme d’un sac. Ce
caractère, connu d’autres Tachinidés (Nielsen 1909, Pantel 1910, Roubadd 1924 : 219,
Müller 1956 : 40, Herting 1960 : 20), ne se rencontre pas parmi les autres acridiophages
chez lesquels le siphon s’ouvre à son extrémité distaie.
c. Structure.
La structure des siphons des Tachinidés n’a pas fait l’objet d’études détaillées et nos
informations à ce sujet, à l’exception des Pkasiinae (cf. Dupuis 1963 : 325-8), sont fragmen¬
taires.
Les données bibliographiques sur la structure fine des siphons des Diptères acridio¬
phages sont inexistantes.
Mes observations macroscopiques m’ont permis de distinguer, de la base vers le sommet
des siphons des Âcemyiina et des Ormiini, une évolution de structure. Il n’y a pas, même dans
les siphons cutanés, de partie basale fortement sdérifiée, telle qu’elle a été décrite chez d’autres
Tachinidés (Salt 1963 : 569). La paroi apparaît cohérente, lisse, souple, parfois marquée
de sillons circulaires. Sa couleur est plus ou moins brunâtre. On note une dégradation de
l’opacité de la membrane de la partie fixée à la partie libre dont la frange terminale est, dans
les siphons à peine formés, translucide, molle, granuleuse et dilacérable. Un aspect structural
identique se retrouve dans les tubes respiratoires de Némestrinidés, aux différences près qu’il
existe chez ces derniers une partie proximffe plus sdérifiée et une spiralisation de la partie
moyenne.
Aucune étude histologique des siphons n’a été entreprise. Nutting (1954 : 74) admet
que la paroi du siphon ÿEuphasiopteryx brevicomis est acellulaire mais ne fait pas mention
d’une coupe. J’ai pratiqué divers examens microscopiques, en contraste de phase et in vivo,
du siphon d'Âcemyia acuticomis; j’ai pu reconnaître, dans sa frange terminale et transparente,
de nombreux éléments cellulaires libres, plus ou moins accolés, tandis que l’on ne voit rien
de semblable dans la région moyenne et basale (voir Chap. ni). J’ai fait la même observation
avec le siphon de Plesioœstrus leonidei.
8 K640I8 6 14
Source ; MUHN, Paris
206
J.-C. LÉONIDE
d. Origine et croissance.
On considère à l’heure actuelle' que les siphons des Tachinidés sont formés — au moins
dans leur partie évasée — par l’accumulation des hémocytes de l’hôte autour de la partie
postérieure du parasite et leur transformation en un tissu acellulaire, cohérent. Ces phéno¬
mènes se déroulent pendant la vie du parasite et cessent avec cette dernière (Hertinc 1960 :
20, Dupuis 1963 : 333, Salt 1963 : 571, Mellini 1964 : 49). Dupuis (1963 : 331) n’a pu
reconnaître aucune participation de l’hypoderme trachéen à la formation du siphon des
Pkasiinae. L’édihcation des siphons résulterait d’un processus comparable à celui de l’encap-
suleraent des larves libres et déclenché par une lésion locale de l’hôte, c’eet-à-dire l’ouverture
d’un pore respiratoire. Mais id, selon la remarque de Dupuis (1963 : 332-3), la réaction de
siphonogenèse est < équilibrée > et induite par le parasite chez son hôte habituel où, dans des
conditions normales, il ne se produit pas de réaction de défense. Si donc, encapsulement
et siphonogenèse sont des réactions similaires, dles n’obéissent pas au même déterminisme
(Dupuis 1963 : 332). Toutefois, lorsque le parasite est aflàibli, les siphons peuvent évoluer
en capsules (Meeting 1960 : 20, Dupuis 1%3 : 332).
Chez les Tachinidés aciidiophages, diverses observations permettent de penser que
le siphon a une origine identique à celle décrite plus haut :
— évolution, dans des cas de surparasitisme, des siphons en capsules mélaniques
(observée chez Plesioœstrus leonidei)',
— présence, dans la firange distaie, évasée et non cohérente des jeunes siphons d’^ce-
myia acutUornis et de P. leonidei, d’éléments cellulaires libres;
— évolution de la structure de la paroi qui, de translucide, granuleuse, dilacérable,
devient de plus en plus cohérente, consistante, brun-sombre, de la partie libre vers la partie
fixée; ceci montre que l’accroissement se fait dans le même sens que celui des siphons où
l’origine hémocytaire a été démontrée;
— cessation de la croissance du siphon, quel que soit le stade de son évolution, à
la mort du parasite.
Inversement la prolifération de l’épithélium lésé ne paraît pas pouvoir être responsable
de la formation des siphons trachéens ou cutanés. Chez les Acemyiina, je pense, à l’instar
de Dupuis (1963 : 331), que l’épithélium trachéen ne participe pas à l’édification du siphon
car l’adhérence aux trachées est précaire et il n’y a pas de différence de structure visible entre
la base et le sommet du siphon autre que celle résultant de l’évolution signalée ci-dessus;
le bord de la perforation trachéenne montre tout au plus un anneau mélanisé qui s’étend
sur la trachée et non sur le siphon.
En dépit de sa singulière spiralisation et de sa longueur, le tube respiratoire des Némes-
trinidés ne me paraît pas avoir une origine et par conséquent une signification différente de
celles des siphons de Tachinidés.
Les arguments que je peux avancer en faveur de l’origine hémocytaire sont les suivants :
— présence d’un dépôt granuleux, translucide, dilacérable au bord distal du tube;
— évolution éventuelle de la partie distale du tube en capsule (voir Chap. v);
— identité des caractères morphologiques s. l. avec les siphons des Tachinidés à
savoir :
§ gradient de coloration et de consistance, du point d’insertion vers l’évasement,
impliquant un vieillissement,
§ structure acellulaire de la paroi de la partie ancienne,
§ élargissement terminal;
— arrêt de la croissance du tube à la mort de la larve ;
— induction de tubes aberrants, non spiralés, polymorphes chez certains hôtes inha¬
bituels (cas de Symmictus costatus chez Dociostaurus genei, voir Chap. v).
Enfin l’on notera que la rupture de toute relation anatomique directe entre le tégument
et le tube au moment des mues de Thôte, étant donné qu’elle n’interrompt pas l’accroissement,
démontre la non intervention du tégument dans la croissance du tube.
1. On a longtemps présumé que les siphons provenaient, au moins en partie, d’une prolifération du
tissu tégumentaire on trachéen lésé (Pantel 1910 : 141, Roubaud 1924 : 220; voir DüPUIS 1963 : 330-
331).
Source : MJHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
207
Mais, si les processus de l’édification du tube respiratoire des Némestrinidés sont les
mêmes que ceux qui assurent la formation des siphons des Tachinidés — ce qui est des plus
vraisemblables —, on ne comprend pas pourquoi la morphologie du tube est si particulière.
Les différences existant entre ces deux catégories de siphons pourraient résulter de divergences
apparaissant dans la morphologie et le comportement des larves de Tachinidés et de Némes¬
trinidés. Trois particularités distinguent les tubes respiratoires des Némestrinidés : leur
étroitesse, leur longueur, leur spirabsation. Généralement, les larves de Tachinidés, même à
un jeune stade, sont relativement trapues par rapport aux larves II et III de Némestrinidés
qui sont filiformes. On comprend de ce fait que les tubes respiratoires, qui se moulent sur les
segments postérieurs des larves, soient étroits chez les Némestrinidés, larges chez les Tachi-
nidés. La longueur du tube respiratoire des Némestrinidés pourrait s’expliquer par la longue
durée du stade III (opinion déjà émise par Greathead 1958 : 115). Quant à la spiralisation,
je ne vois pour ma part qu’une explication plausible, cdle d’une lente rotation — souvent
inversée — de la larve sur elle-même, par rapport à son axe longitudinal, entraînant par ce
mouvement la spiralisation du tube dans sa zone de formation, non encore cohérente.
e. Caractéristiques de la siphonogenèse des Orthoptères.
La siphonogenèse induite chez les Orthoptères par les divers Diptères acridiophages
présente quelques particularités.
Tous les siphons, à l’exception non confirmée de celui de Glaurocara fiava, sont de
type secondaire, contrairement à ce qui se passe chez d’autres Tachinidés déposant des œufs
macrotypes sur l’hôte (comme le font pourtant les Acemyiina) ou des larves planidifonnes
(comme cela est cependant chez Plesioœstrus leonidei) qui induisent généralement des
siphons primaires (Mëllini 1964 : 56-57).
A l’inverse des Hétéroptères chez qui la réaction siphonogène aux Pkasiinae est nulle
chez l’hôte larvaire (Dupuis 1963 : 333), les Orthoptères s’avèrent capables, aussi bien à
l’état imaginai que préimaginal, d’édifier des siphons en présence des larves à'Acemyiina,
Ormiini et Nemestrinidae. Cela soidève le problème du devenir du siphon lors de chaque
mue de l’hôte. J’ai, après Phescott (1961 : 564-5), résolu cette question chez les Némestri¬
nidés. A la mue, il se forme un pore respiratoire plus grand, qualifié de « secondaire >, à travers
le nouveau tégument mais le même siphon demeure fonctionnel tout le temps de la vie du
parasite (voir Chap. v). Chez les Tachinidés acridiophages, la question n’a pas été abordée.
Mais Mellin! (1964 : 50) décrit chez d’autres Tachinidés un processus de reconstitution du
siphon cutané primaire, assez différent de celui des Némestrinidés. D’après cet auteur, tout
l’entonnoir est entraîné avec l’exuvie et la larve qui se trouve placée au contact d’un pore
secondaire, obligatoirement édifié dans le nouveau tégument, induit la formation d’un second
siphon.
Dupuis (1963 : 270) indique que les Pkasiinae représentent les seuls Tachinidés qui
suscitent la formation de siphons trachéens uniquement dans le thorax de l’hôte. Chez les
Acemyiina et certains Némestrinidés, la localisation thoracique, sans être exclusive, est fré¬
quente. En fait, la localisation des siphons des Diptères acridiophages n’est pas très stéréotypée
et si l’on peut définir pour chaque espèce une aire de fixation modale, elle est rarement exclu¬
sive. Divers facteurs semblent interférer dans le choix du point d’insertion [nature du siphon,
taille, accessibilité de la trachée, nombre des parasites (voir Chap. iii)]. H n’est pas rare de voir,
dans les cas d’infestations multiples, les diverses places occupées dans l’ordre d’arrivée des
larves, les moddes l’étant en premier. Chez les Acemyiina (voir Chap. iii), les trachées les
plus utilisées sont celles issues des stigmates pro-mésothoradques, mais les autres trachées
thoraciques et abdominales (en particulier celles issues du premier stigmate abdominal) ne
sont pas totalement exclues. Les Némestrinidés présentent des zones préférentielles de fixa¬
tion : membrane tympanique chez Symmictus costatus, membrane pro-mésothoracique chez
• S. fiavopilosus », membrane pleurale de l’abdomen chez Neorhynckocephalus sackenii, etc.
(voir Chap. v). Les siphons cutanés des Ormiini et des Glauracarini semblent se locdiser uni¬
quement dans la région abdominale.
Chez les PhasUrtae, Dupuis (1963 : 274-275) a montré, dans plusieurs espèces, que
la mue du stade I au stade II est indépendante des incidents de la vie parasitaire et en parti¬
culier de la localisation et de la fixation. Cette indépendance ne semble pas exister chez les
Diptères acridiophages. Chez l'Ormiini Plesioœstrus leonidei, la première mue intervient
toujours avant la fixation et c’est la larve II qui édifie le siphon. Chez Euphasiopteryx brevi-
cornis (cf. Nutting 1953 : 74), la larve I s’attache et édifie le siphon avant la mue. Ici donc
14.
Source : MNHN, Paris
208
J.-C. LÉONIDE
chez 2 espèces voisines — mais non chez la même — la fixation intervient à un moment diffé¬
rent par rapport à la mue. Chez les Némestrinidés, l’édification du pore respiratoire est assurée
par la larve I et le siphon est ébauché avant que n’intervienne la première mue. Il en serait
de même chez les Gynandromyiini (cf. Iwata & Nagatomi 1954 : 28). Chez les Acemyiina,
la première mue a lieu avant la localisation, la fixation est l’œuvre des larves U qpiel que
soit le stade de l’hôte.
II. ACTIONS DU PARASITE SUR L’HOTE
J’étudierai séparément les actions directes, c’est-à-dire celles qui imphquent une réaction
active (Pantel 1898 : 63) s’exerçant aux points mêmes où le parasite et l’hôte sont en contact
(DüPUis 1963 : 313), et les actions indirectes qui s’exercent d’une manière passive (Pahtel
1898 et 1912 : 115) et sans que la contiguïté entre l’organe lésé et le parasite soit nécessaire.
1. Actions directes.
Les actions infligées directement aux Orthoptères par les Diptères parasites ont été
étudiées d’une manière simplement macroscopique.
Le point de perforation ayant servi à la pénétration s’obture et se réduit à une petite
pustule « cicatricielle ‘ {Anacridium aegyptium infesté par Ceracia mucronifera par exemple,
voir Chap. iii).
In formation du pore, avec la perforation du tégument ou de la trachée qui en résulte,
peut laisser des traces (mélanisées) visibles lorsque le siphon s’ouvie à l’extérieur {Omiini,
Glaurocarini, certains Némestrinidés). Elle représente une action aussi bénigne que la précé¬
dente.
Les lésions d’organes apparaissent généralement au moment de la phase de sarco-
phagie. Les organes affectés peuvent être le corps gras, la musculature, l’hypoderme, les
sacs aériens, les organes génitaux. La gravité des lésions varie avec le degré de sarcophagie.
Dans les cas extrêmes, lorsque l’hôte est de petite taille ou le nombre de parasites hébergés
grand, la destruction peut être totale et l’hôte est alors réduit à son exosquelette dans lequel
subsistent seulement le tube digestif, le système nerveux, les grosses trachées, les gonoductes.
Les traumatismes les plus graves, par leur importance propre autant que par le fait qu’ils
interviennent à ime époque où l’hôte est affaibli, sont les perforations pratiquées par les larves
au moment de leur sortie.
2. Actions indirectes.
L’influence du parasite sur le comportement de l’hôte n’a pas été étudiée en détail.
La manifestation la plus nette, particulièrement observable lors du départ, après le repos
nocturne, des bandes de Criquets migrateurs, est T« apténie » musculaire (Künceel d’HerCU-
LAis 1894) qui est une déficience de l’aptitude à se déplacer, sauter ou voler.
L’influence sur le développement ou la mue de l’hôte n’a été étudiée spécifiquement
que dans le cas d’Acyglossa pollinosa et de Ceracia mucronifera (voir Chap. ii et iii). Cette
action a cependant été supputée par divers auteurs (Greathead 1958 : 118). J’ai montré
que la présence du parasite, surtout s’il est grégaire, ralentit la croissance, ce qui se traduit
par un allongement des intermues. C’est là un phénomène assez général connu chez divers
Insectes parasites (Pantel 1912 :121-122). Cette action du parasite est assez similaire, quant
à son résultat, à celle que l’on provoque par ablation partielle de la gjande ventrale des Orthop¬
tères (Strich-Halbwachs 1958).
La castration parasitaire^ ou altération parasitaire des gonades (Pantel 1912 : 137)
est un phénomène, fréquent chez les Arthropodes parasités, qui constitue un chapitre intéres¬
sant de la Parasitologie. Je l’étudierai en détail avec les Diptères acridiophages chez qui ce
problème a fait l’objet de nombreuses remarques.
1. Comme le précise Steinhavs (1963) : « cite word easiralion U here employed in a broad sen$t lo
mran ony proctss thaï imerferu wilh tr inhibiu the productifm of maiure ova or apermatozaa in lhe gonadt of
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTERES
209
1® Données des auteurs*.
Lofez (1934) a obtenu des larves de Ceracia auri/rons à partir d’Acridiens qtii auraient
déposé des oothèques dans les douze heures précédentes. Zakhvatkin (1954 : 259) note la
castration de l’hôte d’Acemyia acuticomis comme résultant de l’épuisement du corps gras et
Chapman (1962 : 70-71) observe chez l’hôte de Ceracia nomadacridis le non développement
des œufs à ime époque où les individus sains déposent les leurs.
UcHiDA & Ehara (1953) ont étudié, à l’aide de coupes histologiques, les effets de
Pkorocerosoma forte sur l’appareil génital de l’hôte. Les femelles parasitées montrent des
ovaires de conformation anormale (allongement des oviductes, diminution du nombre des
ovarioles) et des troubles de l’ovogenèse (les ovules n’arrivant pas au terme de leur croissance).
En revanche, la spermatogenèse se déroule normalement. Mais Iwata & NagatOmi (1954 : 33)
considèrent que la réduction de la fécondité des hôtes de P. forte varie notablement : • for
examples the femaîes attached at the end of the oviposition period may be affected not so
much *. Les femelles ayant survécu à la sortie du parasite et disséquées après leur mort conte¬
naient encore dans leurs ovaires plusieurs œufs mûrs.
L’état de l'appareil génital femelle des hôtes infestés par des Anthomyiidés apparait
variable. D’après Rukavishnikov (1930 : 257), 85 % des hôtes d'Acridomyia sacharovi sont
castrés. Cependant les ovaires de 3 hôtes parasités contenaient respectivement 19, 62 et 67 œufs.
D’après Ahnoux & Remaüdière (1946) et Roehrich (1951: 489), les ovaires se développent
normalement.
Les indications relatives à l’état de l’appareil génital des hôtes de Némestrinidés sont
également contradictoires. D’après Potcieter (1929 : 32), les femelles parasitées par Sym-
mictus costatus contiennent des œufs et se montrent capables de pondre. Crouzel & Salavin
(1943 : 22) notent des œufs indemnes mais les femelles parasitées par Neorhynckocepkalus
sulphureus ne pondent pas. Pour Shulov (1948 : 255), les larves de Némestrinidés sp. se
nourrissent aux dépens du testicule. York & Prescott (1952 : 8) n’ont jamais trouvé d’œufs
dans les ovaires des hôtes de Trichopsidea clausa. D’après Spencer (1958 : 508), les larves
de ce Némestrinidé détruisent les organes reproducteurs ; la partie terminale du calice de l’ovaire
est raccourcie, le calice épaissi, le contenu des œufs liquéfié et résorbé, le développement
des ovarioles stoppé. Prescott (1960 : 518-9) a montré que la fécondité des jeunes femelles
infestées expérimentalement par Neorhynchocephalus sackenii, comparée à celle d’un lot
témoin, était considérablement réduite.
L’action des Sarcophagidés a été rarement précisée bien que la castration parasitaire
ait été évoquée depuis 1894 par KOnckel d’Herculais. Callot (1936 :198) note que l’appa-
reü génitd femelle parait peu atteint mais le nombre d’œufs réduit. Spencer & Buckell
(1957 : 35) constatent que l’appareil génital femdle demeure juvénile et que les ovarioles
restent de petite taille chez les hôtes infestés. Chapman (1961 : 67), comparant nombre et
taille des œufs et ovocytes présents dans les ovaires des individus sains et parasités par Blaesoxi-
pka anceps, conclut que le développement des ovaires est ralenti, la fécondité réduite; dans
quelques cas, il relève la présence d’œufs dans les ovaires ou les oviductes de femelles parasitées.
Taylor (1963 : 84) aboutit à une condusion semblable chez les hôtes ayant atteint la maturité
sexuelle et hébergeant des larves de Gesneriodes filipjevi. Rukavishnikov (1930 : 258-9)
a montré que la fécondité des femelles de Locusta migratoria infestées par Blaesoxipha
Uneata diminuait au fur et à mesure que le nombre des larves hébergées s’élevait; lorsque
l'hôte renfermait quatre larves ou davantage, elle était nulle. Cela demande confirmation.
Tous ces résultats divers, voire contradictoires, trahissent des observations souvent
fortuites ou partielles, qui sont d’autant plus difficiles à utiliser que les auteurs n’ont pas tou¬
jours pris la peine de préciser Tétat d’activité de l’appareil génital de l’hôte au moment de
l’infestation et du dévdoppement parasitaire. Parfois même, ils n’ont pas distingué l’effet
indirect de castration et la destruction directe et sarcophagique des gonades.
1. Un travail important estceiui de Paktei (1898-1912) sur Thriaion halidayanurru U ne se rapporte
pas à on acridiophage, mais à un phasmophage. Cet auteur, qui a réalisé uue étude cyto-histologique,
reconnaît l'existence de deux formes de castration parasitaire de l’hôte femelle. L'une dites atrophique»
est caractérisée par un arrêt ou un ralentissement évolutif. L’autre dites nécrotique» comporte la destruction
des cellules sexuelles.
Pandci. admet que cette dégénérescence peut être simplement temporaire et la castration non
irréversible; l’activité génitale pourrait reprendre après la sortie du parasite.
Source ; MNHN, Paris
210
J.-C. LÉONIDE
Mes observations sur les Orthoptères parasités (voir Chap. antérieurs), comme celles
de DuPüiS (1963 : 341) chez les Hétéroptères hébergeant des larves de Phasiinae, ont révélé
que l’effet de castration de l’hôte varie essentiellement en fonction de la phase d’activité des
gonades au moment de l’infestation et du développement parasitaire^. Pour ces raisons, je
crois utüe de rappeler l’évolution normale de l’activité des gonades des Orthoptères, en parti¬
culier des femeÜes. Les ovarioles sont ici de type panolstique (Chopard 1949 : 641, Phipps
1949 : 540).
2° Activité génitale des Orthoptères indemnes.
Ces Insectes, comme la plupart des Hétérométaboles, éclosent avec les gonades à l’état
d’ébauches (Écbard 1962). On distingue trois phases dans l’activité génitale femelle :
— la phase préimaginale au cours de laquelle se poursuivent l’organogenèse et la
multiplication des gonocytes au niveau du germarium;
— la phase itnaginaie prépubertaire précède la première ponte et est marquée par la
fin de la gamétogenèsc. La vitellogenèse et la choriogenèse, c’est-à-dire les phénomènes d’accrois¬
sement des ovocytes qui se déroulent au niveau du vitellarium, commencent à la mue ima-
ginale (Échabd 1962 : 57). Cette activité nécessite des apports nutritifs importants se tradui¬
sant par de grandes variations du volume du corps gras (Phipps 1949 : 553). Durant cette
période, l’activité de l’ovaire passe par trois phases définies par Phipps (1949 : 541) : la phase
immature (ou stade I) avec ovocytes petits, non vitellins, la phase préreproductive (stade II)
avec ovocytes colorés en jaune et la phase reproductive (stade III) avec ovocytes vitdlins
ayant atteint au moins la moitié de leur taille maximale;
— la phase imaginale post-pubertaire (stade IV de Phipps) débute lorsque les ovocytes
primaires mûrs descendent dans les oviductes. Le corpora lutea apparaît à la base des ovarioles.
La vitellogenèse se poursuit au niveau des ovocytes secondaires et un nouveau cycle de matu¬
ration commence.
3“ Observations personnelles.
J’ai analysé l’infiuence du parasite sur l’appareil génital femelle au cours des trois
phases de l’activité ovarienne. Cependant l’insufiisance de matériel adéquat ne m’a pas permis
d’étudier en détail la castration au cours de la phase post-pubertaire.
Durant la vie préimaginale, l’action du parasite, suivie chez Barbitistes fischeri larvaire,
hôte à-'Acyglossa pollinosa (voir Chap. ii), apparaît macroscopiquement nulle. L’organo¬
genèse de l’ovaire n’est pas perturbée. L’action sur l’ovogenèse ne peut, a priori, se faire
sentir qu’au niveau du germarium. Je n’ai pas, dans le but de connaître l’action du parasite
sur la multiplication des cellules germinales, entrepris d’étude histologique de l’ovaire. Mais
la présence, chez un hôte parasité venant de subir sa mue imaginale, de jeunes ovocytes basaux
de taille comparable à ceux des hôtes s ains suffit à prouver le déroulement normal de la phase
de multiplication des cellules germinales. Ce résultat est confirmé par les hôtes qui, infestés
à l’état préimaginai et ayant laissé échapper leurs parasites juste avant l’imaginalisation,
ont survécu et présenté un déroulement normal de l’ovogenèse.
Cette conclusion n’est pas nouvelle. Pantel (1912 : 137) avait énoncé, comme règle
générale, que l’altération des gonades est peu ou pas marquée chez l’hôte larvaire. Cependant
cet aspect a rarement été étudié (Dupüis, 1963, ne l’a évidemment pas abordé chez les Phasiinae
pour la simple raison que ces parasites même lorsqu’ils infestent un hôte larvaire n’achèvent
leur développement que dans l’imago).
Au cours de la phase prépubertaire, chez quelques Barbitistes fischeri parasités tardi¬
vement par Acyglossa pollinosa (voir Chap. ii), l’action du parasite se révèle variable en fonc¬
tion du nombre de larves hébergées et de leur date de sortie par rapport à la mue imaginale
de l’hôte. L’importance et la longueur de l’action prépubertaire du parasite sont primordiales.
S les parasites abandonnent l’hôte demi à six jours après la mue l’effet est faible, si la sortie
a lieu plus tard, la castration a lieu. Parfois arrêté, le développement des ovocytes est le plus
souvent simplement ralenti. Le nombre d’œufs formés, identique dans les deux ovaires,
se montre alors plus faible que celui rencontré chez les femelles indemnes et de même âge.
Chez Anacridium aegyptium adulte (voir Chap. iii), parasité par la génération hivernante
1. L’effet de castration pourrait également dépendre de la durée de l'action du parasite et de son
intensité (nombre de parasites hébergés), mais cea questions peu étudiées, excepté par RuKAVisHNiXOV
(1930), doivent être reconsidérées.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈESS PARASITES D’ORTHOPTÈRES
211
de Ceracia mucronifera, la castration parasitaire est totale. La vitellogenèse ne se produit
pas. Je suis arrivé à la même conclusion chez Dociostaurus Tiwoccanus infesté à l’état imaginai
par Symmictus costatus (voir Chap. v). Ia vitellogenèse est arrêtée. Mais id, à l’inverse des
deux cas précédents, l’infestation s’effectuant à un moment où la vitellogenèse a déjà débuté,
on assiste à la dégénérescence du vitellus constitué.
Je n’ai pas eu l’occasion d’étudier en détail la castration parasitaire au cours de la phase
post-pubertaire de l’activité ovarienne. J’ai tout au plus réalisé quelques observations chez
divers hôtes infestés tardivement par Acemyia acuticornis (voir Chap. iii) et chez divers Orthop¬
tères infestés par des Sarcophagidés. La dissection des ovaires révde souvent des ovocytes
vitellins de toutes tailles et des œufs indemnes dans l’ovaire ou les oviductes, évidemment
formés avant le début de l’infestation. Parfois, certains ovocytes apparaissent dégénérés, les
chambres folliculaires flétries et plissées, les œufs vidés, réduits à leur chorion et aplatis.
Mais je n’ai pu suivre l’évolution des jeunes ovocytes en voie de formation, ü est probable
que, comme chez les Hétéroptères infestés par les Phasiinae (cf. Dupuis 1963 : 342-4), la
castration parasitaire s’effectue d’une manière identique à ce qui se passe dans la phase pré¬
pubertaire, c’est-à-dire en provoquant l’arrêt de la vitellogenèse des jeunes ovocytes et la
dégénérescence des ovocytes déjà vitellins.
La présence d’œufs et d’ovocytes vitellins formés avant l’infestation peut amener
des auteurs, ignorant la date d’infestation, à conclure à l’absence ou à la faiblesse de la castra¬
tion. n faut, sans doute, voir là l’explication des contradictions des données bibliographiques.
Cela est d’autant plus compréhensible qu’il existe entre le moment de l’infestation et celui où
apparaissent les premiers signes de dégénérescence une période de latence qui peut être assez
longue (10 à 15 jours chez Symmictus costatus, voir Chap. v).
L’effet du parasite sur l’appareil génital mâle parait faible. Mes résultats et ceux de
mes devanciers attestent que la spermatogenèse n’est pas perturbée par la présence des Dip¬
tères acridiophages quelle que soit l’époque de l’infestation. C’est là une conclusion analogue
à celle établie chez d’autres Insectes (Pantel 1910, DuPUis 1963).
L’étude de l’influence du parasite sur l’appareil génital des Orthoptères vient à peine
d’être entreprise dans des conditions suffisamment rigoureuses pour être féconde.
Cependant, les premiers résultats montrent que la castration parasitaire est nulle ou
très faible sur l’appareil génitJ mâle et sur l’appareü génital des hôtes femelles larvaires où
l’on ne note pas d’influence sur la multiplication des cellules germinales.
L’action de castration s’exerce chez les femelles adultes, au cours des phases pré-
et post-pubertaires, d’une manière élective sur le vitellarium. Elle arrête la vitellogenèse et
la choriogenèse, c’est-à-dire la croissance des ovocytes, et provoque la dégénérescence des
ovocytes vitellins formés avant l’infestation. Les ovocytes des deux ovaires sont également
et identiquement atteints.
Cette action est peu spécifique, c’est-à-dire qu’elle s’affirme quelles que soient l’espèce
hôte et l’espèce parasite, qu’il s’agisse d’un Némestrinidé, d’un Anthomyiidé, d’im Sarco-
phagidé ou d’im Tachinidé. C’est là un fait énoncé depuis longtemps chez d’autres entomo-
phages (Pantel 1912 : 215). Une certaine influence spécifique semble cependant se mani-
fester dans l’importance des effets constatés. Les Anthomyiidés en particulier ne paraissent
pas arrêter totalement l’ovogenèse de leur hôte, alors que les Tachinidés et les Némestrinidés
l’interrompent.
Dans leur ensemble, ces conclusions sont assez similaires à celles établies chez les
Hétéroptères hébergeant des Phasiinae (cf. Dupuis 1963 : 336-354). En particulier, cela
est vrai en ce qui concerne l’électivité de l’effet de castration au niveau du vitellarium des
femelles.
A propos des intéressantes malformations anatomiques affectant l’appareil génital
des femdles parasitées et signalées par Uchida & Ehara (1953 :173) et Spencer (1958 : 508)
il parait nécessaire de différer tout jugement jusqu’à ce que de nouveaux éléments aient été
rassemblés. Je n’ai personnellement rien vu de semblable.
Je n’ai guère d’éléments utiles à ajouter à la mise au point et à la discussion que donne
Dupuis (1963 : 348-349) des mécanismes de la castration parasitaire. Je puis toutefois indi¬
quer qu’à l’instar de cet auteur j’ai observé chez les hôtes castrés un corps gras abondant,
ce qui évidemment ne peut être expliqué par l’hypothèse de la castration par détournement
au profit du parasite des éléments nutritifs et des réserves de l’hôte nécessaires à l’ovogenèse
(Pantel 1912 :137, Steinhaus 1963 : 413).
Source : MNHN, Paris
212
J.'C. LÉONIDE
De même, je dois attirer l’attention sur la similitude des effets de castration parasitaire
des Orthoptères avec certains de ceux résultant chez ces Insectes de i’allatectomie : forte
réduction de la fécondité tot^e (Cassier 1966 a : 25), et surtout blocage de la viteliogenèse
qui survient dès que le taux sanguin en hormone juvénile descend en dessous d’un certain
seuil, ce qui se produit lorsque l'on supprime les connexions entre les corpora allata et les
organes qui assurent la régulation de leur activité {corpora cardiaca et pars intercerebralis)
[Cassier 1966 b : 142].
Les études des interactions dans le couple hôte/parasite, et notamment c^es de l’action
du parasite sur l’hôte, nous ont renseigné sur les effets résultant de la présence d’un entomo-
phage dans un hôte (ralentissement du développement, blocage de la viteliogenèse) mais
non sur leurs causes. J’ai tout au plus mis l’accent sur la similitude des effets provoqués d’une
part par l’action du parasite et d’autre part par l’ablation expérimentale de certains organes
jouant un rôle de premier plan dans les corrélations humorales chez les Acridiens (Joly 1958).
n reste à accomplir le pas décisif, celui d’essayer de connaître, par la voie expérimentale, le
pourquoi de ces similitudes, c’est-à-dire d’étudier les mécanismes des actions indirectes du
parasite sur la physiologie de l’hôte. C’est là un chapitre de la Parasitologie qui, chez les ento-
mophages et particulièrement chez les acridiophages, est bien délaissé *.
D. SPÉCinCITÉ PARASITAIRE
La spécificité parasitaire, c’est-à-dire le fait pour un parasite de se développer seule¬
ment dans un nombre fini d’espèces hôtes, résulte de facteurs multiples liés à tous les aspects
de la biologie du couple hôte/parasite (Salt 1938 : 238-43, Biliotti 1958 b : 751-7, Sweetman
1958 : 284-292, Herting 1960, Dupuis 1963 : 384-408).
La connaissance des Diptères acridiophages et de leur vie est encore trop sommaire
pour que l’on puisse prétendre dresser un tableau, même élémentaire, de leur spécificité et
de ses facteurs. Je me contenterai d’abord d’essayer, à l’aide d’exemples, de montrer dans
(jueUe mesure le choix des hôtes est fonction de leur stade, de leur sexe et de leur position
systématique. J’explorerai ensuite l’étendue de la spécificité ou Wirtskreis*, ce qui revient
à savoir si les Diptères sont mono-, oligo- ou polyphages et dans ce dernier cas à préciser s’il
existe une inféodation à un groupe particulier de l’ordre des Orthoptères, aux Caelifera ou
aux Ensifera par exemple. Je tenterai enfin de dégager les causes de la spécificité dans les
quelques cas où elles ne sont pas totalement ignorées.
I. STADE DES HOTES INFESTÉS
Contrairement à l’opinion de Clausen (1940 : 444), les Diptères acridiophages infestent
leurs hôtes aux stades les plus divers.
Parmi les Anthomyiidés, Acridomyia canadertsis a été élevée dans des hôtes du stade III
à l’adulte (Smith 1958 : 249) et A. sacharovi de tous les stades larvaires mais principalement
des derniers et du stade adulte (Rukavishnikov 1930 :255, Roehrich 1951 :491). Acyglossa
pollinosa se trouve dans la nature à une époque telle qu’elle ne peut infester que les jeunes
stades larvaires (I à IV) de son hôte (voir Chap. ii).
Nombre de Sarcophagidés ont été indiqués d’hôtes larvaires aussi bien qu’adultes;
Gesneriodes filipjevi (cf. Olsootiev 1929 : 83), Gesneriodes lineata (cf. WooD 1933 : 525,
Roehrich 1951 : 488), Protodexia hunteri et Opsophyto opifera (cf. Suite 1958 : 228),
Sarcophaga falciformis (cf. Middlekaüff 1959 : 724), Sarcopkaga caridei (cf. CroüZEL
& Salavin 1961 : 652), etc. Un ou plusieurs stades peuvent être plus fréquemment infestés.
Tepkromyiella atlanis se rencontre essentiellement dans l’hôte adulte (Smith 1958 : 243),
Blaesoxiphotheca coloradensis dans les larves du deuxième au cinquième âge (Smith 1958 :
222). Certaines espèces peu connues n’ont été signalées à l’heure actudle que des hôtes adultes :
Servaisia aîeuaphaga, Acandotheca dichroplopkaga, Sarcophaga crouzeli, etc. (cf. Crouzel
& Salavin 1961 : 662-3).
1. Voir cependant A. Strambi (C. R. Acad. Sei. Paru, 1965, 1966, 1967).
2. Terme ailcmand employé couramment par tes paiasitologûtes et introduit en France par DuPtns
(1963 : 384) de préférence à hou liu ou hosl range.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
213
Les Acemyiina comptent des espèces s’attaquant aussi bien à l’adulte qu’aux larves :
Euacemyia tibialis, Hemithrixion oestriforme (cf. Smith 1958 : 247-8). Ceracia mucronifera,
selon les générations, infeste l’hôte du stade I au stade imagind (voû Chap. iii). 2Liehvatkin
(1954 : 257) a âevé Acemyia acuücornis d’hôtes adultes mais je l’ai obtenue de larves (voir
Cbap. lu).
Le Gynandromyiini Phorocerosoma forte a été mentionné d’adultes et de larves du
dernier âge (Iwata & Nagatohi 1954 : 25-26).
Parmi les Ormiini, Euphasiopteryx brevùornis n’a été cité que des hôtes adultes
(Nutting 1953 : 79); Plesioœstrus leonidei pardt être essentiellement parasite d’adultes
mais je l’ai trouvé tme fois dans une larve.
Les Némestrinidés attaquent soit des adultes ou des larves, soit les deux (voir Cbap. v).
Les hôtes sont donc infestés aux stades les plus divers, mais certains d’entre eux peuvent
l’être plus fréquemment. Ce sont ceux qui se rencontrent dans la nature en même temps que
les femelles gravides du parasite. L’infestation préférentielle d’un stade de l’hôte tient essen¬
tiellement à la coïncidence temporelle de son cycle avec celui d’un parasite, c’est-à-dire à
une cause phénologique. Les parasites précoces, comme Acyglossa poUinosa, conta min ent
des hôtes larvaires alors que d’autres plus tardifs, comme certains Némestrinidés et Acernyia
acuticornis, attaquent les hôtes adultes. Mais il suffit que les hôtes soient en retard dans leur
développement pour qu’ils puissent être infestés à un stade plus jeune. Le développement dans
un stade déterminé — lorsque cela se produit — ne correspond donc pas toujoursàun compor¬
tement imaginai spécifique ^ ni à des exigences larvaires particulières. Les Diptères acridio-
phages que l’on a étudiés se sont montrés capables — lorsque l’occasion leur en a été fournie —
de se dévdopper chez l’hôte adulte comme chez l’hôte larvaire (exemple : les individus de la
première génération de Ceracia mucronifera — voir Chap. lu — dans des conditions expéri¬
mentales; SymmicCus coslatus, dans des conditions naturelles — voir Chap. v). La biologie de
ces parasites n’est alors pas modifiée. Les mues interviennent et la siphonogenèse, lorsqu’dle
existe, se déroule normalement quel que soit le stade de l’hôte (voir supra).
U. SEXE DES HÔTES INFESTÉS
n est assez fréquent de constater chez les entomophages la contamination préférentielle
de l’un des sexes de l’hôte. Clausen (1940 : 444) indique que beaucoup de Tachinaires atta¬
quant des hôtes adultes hmitent largement leur oviposition aux individus femelles.
Parmi les Diptères acridiophages, la question d’une certaine contamination sélective
liée au sexe de l’hôte a été quelquefois évoquée chez les Sarcophagidés et les Anlhomyiidés.
Dans les conditions naturelles, les taux d’infestation par Gesneriodes lineata sont diffé¬
rents chez les hôtes mâles et femelles (Baranov 1925). D’après Callot (1935 :198), les hôtes
de Sarcophagidés sont, dans leur immense majorité, des femelles. Zakhvatkin (1954 : 246)
signale que Blaesoxipkeîla brevicornis parasite plus fréquemment les femelles de Stauroderus
scalaris et de Chorthippus apricarius que les mâles. Remaodièrë (1948 : 117) et Roehrich
(1951 : 487) ont noté que le tamc d’infestation par G. lineata varie selon le sexe de l’hôte.
J. Léomde (1964) a constaté que tous les individus parasités par Blaesoxipha berolinensis,
trouvés jusqu’ici dans la nature, étaient du sexe femelle et que le comportement de larvipo-
sition de cette espèce ne semble se manifester, in vitro, qu’en présence des hôtes femelles.
Asnoxjx & Remaudière (1946 : 58) et Roehrich (1951 : 490) ont montré que le taux
d’infestation par Acridomyia sacharovi était plus élevé chez les hôtes femelles.
Dans certains cas, la ségrégation qu’exerce le parasite aux dépens du sexe devient plus
accusée. C’est le cas, semble-t-il, des Ormiini. Les seuls hôtes connus à’Euphasiopteryx
brevicornis sont de sexe mâle '(Nutting 1953 : 70). Le taux de parasitisme avec Pie-
siocestrus leonidei est considérablement plus élevé chez les hôtes mâles que chez les femelles
(voir Chap. iv).
Tous les Diptères aoridiophages ne se comportent pas de la même manière et certains
ne font pas de distinction entre les hôtes des deux sexes. C’est le cas de Blaesoxipha anceps
parmi les Sarcophagidés (Chapman 1961 : 67), des Tachinidés : Phorocerosoma forte (cf.
1. Les femelles d'Acyghsta polUnosa infestent cependant avec une préférence marquée les Barbi-
listes fischsri au stade II (voir Chap. n).
Source : MNHN, Paris
214
J.-C. LiOIODE
IwATA & Nagatomi 1954 : 25) et Ceracia mucroni/era (voir Chap. iii), et de la plupart des
Némestrinidés (voir Chap. v).
Les causes de la spécificité liée au sexe sont mal connues. Elles peuvent provenir de
différences existant dans la biologie des hôtes des deux sexes, soit qu’ils ne présentent pas la
même écologie et que les uns seulement vivent dans le biotope du parasite femelle, soit que
l’un des sexes montre une éthologie particulière facilitant son infestation. Zakhvatkin (1954 :
246) explique l’infestation préférentielle des hôtes femelles par Blaesoxipkella brevicomis
par le comportement de ce parasite qui ne s’écarte pas du niveau du sol où vivent précisément
les femelles de Stauroderus scalaris et Chorlhippus apricarius. Les hôtes mâles, qui fréquentent
un biotope différent, ne sont presque pas infestés. D’après Baranov (1925 ; 130; les taux d’infes¬
tation des hôtes mâles et femelles par Getneriodes lineata étaient, in vitro, semblables et
les écarts constatés dans la nature pourraient être dus à la différence de mobilité des individus
des deux sexes.
J’ignore encore les causes de l’infestation préférentielle des hôtes mâles par les Ormiini
(voir Chap. iv).
UI. SPÉCIFiaiÉ TAXINOMIQUE
1. < Wirtskreis » des Diptères acridiophages.
Les Diptères acridiophages apparaissent comme des parasites plus ou moins poly¬
phages. Mais il est peut-être prématuré d’admettre, comme Ta fait Uvarov (1928), que les
parasites d’Orthoptères se montrent capables de se développer, selon la saison, dans des hôtes
divers.
Parmi les Némestrinidés, Neorhynchocephalits sackenii et Trichopsidea clause se
rencontrent dans plus d’une dizaine d’hôtes (York & Prescott 1951 : 9, Prescott 1955 :
402, Smith 1958 : 253, Spencer 1958 : 503, Prescott 1960 : 514, etc.), Symmictus costatus
dans 6 hôtes (voir Chap. v).
L’Anthomyiidé, Acridomyia canadensis a été signalé de 12 hôtes (Smith 1958 : 250).
Parmi les Acemyiina, l’espèce la plus polyphage est actuellement Acemyia acuticorrâs
(voir Chap. in), mais Ceracia dentata, Euacemyia tibialis, Hemithrixion oestriforme comptent
également plusieurs hôtes (Smith 1958).
Parmi les Sarcophagidés, les exemples de polyphagie sont nombreux. Gesneriodes
lineata, qui est une espèce ubiquiste, a une vingtaine d’hôtes (Uvarov 1928, Thompson
1950, Greathead 1963).
Les exemples d’oligophagie, et a fortiori de monophagie, sont rares, surtout si Ton consi¬
dère que lorsqu’un parasite n’a été signalé que d’un seul ou d’un petit nombre d’hôtes cela
tient souvent à l’insuffisance des recherches. C’est vraisemblablement le cas de diverses espèces
à’Acemyiina qui ont été élevées récemment — Acemyia pyrrhocera, Ceracia uncinata, Cera¬
cia maldonadoi (voir Chap. iii).
Ceracia mucroni/era est, dans la nature, inféodée au Criquet égyptien comme l’attes¬
tent mes recherches. Mais, in vitro, la femelle pond sur de nombreux hôtes dans lesquds les
larves accomplissent leur développement avec succès (voir Chap. iii).
Le Gynandromyiini Phorocerosoma pilipes n’est connu que de Locusta migratoria
(cf. Mesnil 1957) mais P. forte Test de quatre hôtes différents (Uchida & Ehara 1953, Iwata
& Nagatomi 1954).
h'Ormiini Euphasiopteryx brevicomis n’a été cité qu’une fois et d’un seul hôte. Mais
Plesioœstrus leonidei a été sign^é de cinq hôtes (voir Chap. iv). Quant à Glaurocara fiava
son premier hôte vient à peine d’être découvert (Swaine 1964).
Chez les Sarcophagidés, la monophagie, si ^e existe, doit être rare. La plupart des
espèces mentionnées d’un seul hôte sont celles dont Tétude vient à peine d’être entreprise ou
qui ont été élevées accidentellement : Blaesoxipha zachvatkini (cf. Zakïivatkin 1954),
Protodexia liebermanni (cf. Lieberman 1960), Blaesoxipha anceps (cf. Chapman 1961),
Blaesoxipha berolinensis (cf. J. Léonide 1964).
L’Anthomyiidé Acridomyia sacharovi parasite Locusta migratoria (cf. RukavishnikOV
1930, Arnoux & Remaudière 1947). Cependant Remaudière (1947) indique l’avoir obtenu
de Psophus stridulus.
Acyglossa pollinosa n’a été élevée que de Barbitisles fischeri mais il est probable qu’il
existe, dans d’autres régions, un hôte diff^nt (voir Chap. ll).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
215
De cette revue, il ressort qu’actuellement aucun cas de raonophagie ne peut être retenu
avec certitude chez les Diptères acridiophages. Bien au contraire, il semble que l’oligophagie
et même une certaine polyphagie soient assez générales.
Ceci étant reconnu, il importe de préciser si les espèces polyphages se développent
aux dépens d’Orthoptères appartenant à certains groupes taxinomiques définis, aux sous-ordres
par exemple. Existe-t-il des Diptères inféodés aux Ensifères et d’autres aux Caelifères comme
le laisse présumer la ségrégation faite par Greathead (1963) dans le titre de sa note : < Revieio
of the Insect enemies of Acridoidea
Jusqu’à une date récente, il faut bien convenir que ce sont les Àcridoidea qui ont donné
la majorité, quand ce n’est pas la totdité, des espèces de Sarcophagidés, Némestrinidés,v4cemyii-
na et Gynandromyiini acridiophages. Chez les Ensifères, on n’avait signalé jusqu’ici que peu
de parasites. Mais il faut voir dans cette pauvreté le résultat de l’insufiisance des recherches
parasilologiques consacrées à ce sous-ordre. La majorité des espèces élevées d’Ensifères est
d’acquisition récente.
Les six espèces de Némestrinidés connues comme parasites d’Orthoptères ont été
élevées à'Acridoidea. Mais au cours de mes recherches, j’ai trouvé à plusieurs reprises des
pianidia de Némestrinidés dans des Ensifères et découvert, en 1965, un Némestrinidé sp.
qui se développe chez un Decticinae {Platycleis denticulata) (voir Chap. v). Cette famille
de Diptères ne peut donc plus être consid^ée comme strictement inféodée aux Acridiens.
Les Sarcophagidés n’ont fourni que de rares espèces parasites d’Ensifères. On peut citer
Blaesoxipha cocklearis (cf. Séguy 1941 :193) et B. ungulata (cf. Séguy 1941 : 203, J. Léo-
RIDE 1965). B. ungulata dépose in vitro ses larves sur des Ensifères comme sur des Caelifères
et le développement se fait aussi bien dans les uns que dans les autres (J. Léonide 1965).
Cette espèce représente, à ma connaissance, le seul Diptère acridiophage qui ait été élevé,
expérimentalement d’ailleurs, à partir d’hêtes appartenant aux deux sous-ordres.
Les Acemyiina et les Gynandromyiini n’ont jamais été cités d’Ensifères, à l’exception
d’une unique larve I à'Acemyiina sp. que j’ai trouvée à la dissection d’un Barbitistes fischeri
(voir Chap. iii).
En revanche, 2 des 4 espèces d’Anthomyiidés parasites d’Orthoptèies ont été récemment
obtenues d’Ensifères. Seules les espèces de la tribu des Ormiini-Glaurocarini ont été élevées
uniquement à partir d’Ensifères et apparaissent — jusqu’à plus ample information — inféodées
à ce groupe.
Les différentes espèces d’Orthoptères infestées par un Diptère polyphage révèlent-elles
une parenté taxinomique familiale, tribale ou générique?
J’ai montré que Symmictus costatus, Ceracia mucronifera, Acemyia acuticomis se
développaient aussi bien chez des Catantopidae que chez des Acrididae; Myiothyria benoisti
chez un Pyrgomorphidae et chez un Acrididae; Plesioœstrus leonidei vit chez une espèce
de Tetligoniidae et chez une Ephippigeridae.
De nombreux exemples pourraient encore être avancés qui prouvent que, contrairement
à l’opinion de Howitt (1951 : 32) qui écrit : « in many cases the parasite is restricted to a
simple genus or a limited number of species within the genus, » la spécificité, chez les Dip¬
tères acridiophages, ne s’exerce pas, en général, au niveau familial ou tribal des Orthoptères
mais seulement à l’échelon sub-ordin^.
2. Éléments de la spécificité parasitaire.
Les causes qui permettent ou qui empêchent le développement normal d’un parasite
dans un hôte peuvent être multiples. A la suite de DuPüiS (1963 : 390 et suiv.) je les grouperai
en deux catégories :
— celles d’origine maternelle, telles les coïncidences tempor^e, biogéographique ou
écologique entre l’hôte et le parasite qui déterminent les possibilités de rencontre (facteurs
que Salt 1938 : 241, et d’autres auteurs — Sweetman 1958 : 284 — ont qualifié de host
finding ou host discovery), fd encore le comportement d’infestation du parasite femelle qui
est déclenché ou non selon l’espèce hôte rencontrée (facteur constituant Vhost sélection
— Salt 1938);
— celles d’origine larvaire qui tiennent aux exigences physiologiques et aux capacités
des larves leur permettant ou non de pénétrer et de se développer dans le mili eu intérieur de
l’hôte, et qui constituent les principaux facteurs de l’Aost suitability de Sali (/. c.).
Source : MNHN, Paris
216
J.-C. LiOMDE
a. Éléments maternels de la spécificité.
Zakhvatkin (1954 : 246) a rapporté un cas de la spécificité liée à i’Aoif finding, c’est-
à-dire à la concordance écologique d’un parasite et de ses hôtes. Il s’agit du Sarcophagidé :
Blaesoxiphella brevicornis qui ne s’écarte pas du niveau du sol et qui n’infeste que les Acri¬
diens vivant dans les mêmes conditions.
C’est également à l’hypothèse de la concordance d’un biotope particulier propre
à Ceracia mucronifera et à son hôte habituel que j’ai eu recours pour expliquer la monophagie
constatée dans la nature de cet Acemyiina qui, in vitro, se montre polyphage, son cycle pouvant
être réalisé dans divers hôtes qui se rencontrent à la même époque et dans les mêmes stations —
mais dans des niches écologiques différentes — que l’hôte habituel (voir Chap. in).
Le comportement spécifique d’infestation a été mis en évidence chez plusieurs femelles
de Diptères acridiophages. Selon Crouzel & Salavin (1961 : 661), le Sarcophagidé Acart-
dotheca neuquenensis qui présente un comportement de larviposition complexe (Sarcophagidé
de la catégorie II, voir supra) ne le manifeste, parmi les hôtes qui lui sont offerts, qu’avec
Dichroplus maculipennis. J’ai montré (voir Chap. ii), in vitro, que le comportement d’ovipo-
sition des femelles de l’Anthomyiidé Acyglossa pollinosa ne pouvait être déclenché que par
Barbitistes fischeri (tout au moins, parmi les hôtes expérimentés). J’ai également constaté
(voir Chap. Ht) que C. mucronifera, bien que polyphage in vitro, ne dépose aucun œuf sur
certains hôtes, tels les Oedipoda. Ce sont là des exemples de Vhost sélection.
b. Éléments larvaires de la spécificité.
Des exemples d’échec à la pénétration des larves néonates, difficiles à constater aüleurs
que dans les conditions expérimentales, n’ont pratiquement pas été signalés dans la littérature.
Même dans les conditions expérimentales de tels cas semblent rares.
Les larves I de Némestrinidés (Neorhynchocephalus sackenii, cf. Prescott 1961;
Symmictus costatus, voir Chap. v), celles de Sarcophagidés (observations inédites de J. Léonide)
et de Ceracia mucronifera se sont avérées capables de pénétrer dans la presque totalité des
hôtes qui leur ont été présentés. Je ne connais, comme exemple d’échec à la pénétration, que
cdlui de certaines larves néonates de la première génération de C. mucronifera déposées in
vitro sur de vieux imagos à’Anacridium aegyptium, à tégument induré (voir Chap. iii).
En revanche, les échecs du développement de la larve après sa pénétration sont fré¬
quents.
Chez divers Acemyiina sp. le développement larvaire est compromis dès le stade I,
dans Oedaleus decorus par exemple (voir supra).
n semble que la croissance de Plesioœstrus leonidei s’effectue avec difficulté chez Epkip-
piger terrestris comme en témoigne le taux élevé de la mortalité du parasite dans cet hôte (voir
Chap. iv). D’après Iwata & Nagatomi (1954) Pkorocerosoma forte se développe normalement
chez Oxya japorUca Willem, alors que chez O. velox (F.) les pores respiratoires ne se forment
pas.
Chez les Némestrinidés, le développement larvaire s’accomplit avec plus ou moins
de succès selon l’hôte dans lequel les planidia ont pénétré. Prescott (1955 : 401) a montré
que si certains hôtes n’étaient jamais attaqués par Trickopsidea clausa, d’autres, comme
Camnula pellucida, étaient fortement infestés, mais le développement larvaire ne s’accomplis¬
sait pas. En 1960 (p. 517-520), il a reconnu l’existence de ^vers degrés d'host suitability.
Ainsi chez C. pellucida, les larves de Neorhynchocephalus sackenii meurent au stade I après
avoir formé leur pore, ^ors que chez Melanoplus bivittatus elles meurent tout de suite après
avoir pénétré. Chez Symmictus costatus (voir Chap. v), les larves s’accroissent normalement
chez Dociostaurus maroccanus et Calliplamus italiens tandis que chez Oedaleus decorus la
mortalité est forte dès le stade I.
Parmi les Sarcophagidés même, chez lesquels les exigences physiologiques larvaires
sont faibles (voir supra), Howitt (1951 :32-38) a constaté que Tephromyiella atlanis attaquait
diverses espèces de Melanoplus, mais que les aptitudes des larves à se développer variaient
considérablement : « the majority of larvae found in M. bivittatus and M. packardii, showed
signs of melanism ».
Les exemples que je viens de citer montrent que, dans les cas où dies ont été établies,
les causes de la spécificité chez les acridiophages ne diffèrent pas de celles rencontrées chez les
autres Diptères (Biliotti 1958 b, Dürüis 1963 : 384 et suiv.). Mais l’étude de la spécificité
a fait ressortir l’importance des lacunes de notre savoir sur ce sujet dont l’intérêt tant biologique
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
217
que pratique (lutte biologique) n’échappe à personne. Non seulement on ignore le plus sou¬
vent les causes de la spécificité lorsqu’elle a été constatée, mais, dans la majorité des cas, le simple
recensement des hôtes naturels des parasites est loin d’être avancé. Quant à l’étude expéri¬
mentale de la spécificité, elle a été à peine ébauchée.
E. CONCLUSIONS
Au terme de cette étude comparative, on peut dire qu’en dépit des nombreux travaux
réalisés —■ essentiellement sur les Sarcophagidfe, il est vrai — les Diptères endoparasites
d’Orthoptères étaient particulièrement méconnus.
L’aperçu que nous venons de donner de leur biologie a mis en évidence de nombreuses
et profondes lacunes dans notre connaissance, particulièrement dans les domaines de la vie
imaginale : écologie, activité de relation, nutrition, physiologie sexuelle et reproduction...
mais aussi dans ceux de la vie larvaire pour laquelle les caractéristiques biologiques des larves
aux différents âges, les interactions avec l’hôte n’ont été traitées que superficiellement.
On doit cependant reconnaître que, sur le plan faunistique comme sur le plan biologique,
la connaissance des Diptères acridiophages a fait, au cours de ces dernières années, de nombreux
progrès.
Dans cette évolution, les Némestrinidés occupent une place privilégiée. Presqu’incon-
nus hier, üs apparaissent aujourd’hui comme des entomophages originaux, non seulement
par la morphologie spéciale de leur tube respiratoire mais encore par de nombreuses particu¬
larités de leur cycle dont certaines, tels le comportement maternel d’oviposition, la pénétration
active des planidia, leur séjour dans les trachées, la formation du pore et le devenir du tube
au cours de la mue, sont autant d’acquisitions majeures de la recherche récente.
lies Sarcophagidés, épurés des ^pèces saprophages et parasites occasionnels, se mon¬
trent sous un jour nouveau. Leur comportement de larviposition a particulièrement retenu
l’attention. Très différents selon les espèces, ils présentent des aspects éthologiques intéres¬
sants tels les manœuvres d’approche et d’accoutumance de l’hôte, le dépôt électif des larves
en des parties privilégiées du corps des hôtes, l’injection de larves à l’intérieur des Ortho¬
ptères, etc.
Les représentants acridiophages des Anthomyiidés, dont deux viennent d’être décou¬
verts, se signalent également par leur comportement d’oviposition qui se singularise par le
dépôt de paquets d’œufs dans un orifice préalablement pratiqué par la femelle à l’aide de sa
trompe dans le corps de l’hôte.
Quant aux Acemyiina, dont certaines espèces ont été élevées d’Orthoptères depuis
longtemps, ils apparaissent sur le plan de la recherche comme les plus déshérités. Il a fallu
mes expériences de propagation de Ceracia mucronifera au laboratoire pour que soient
recueillis les premiers renseignements sur leur sexualité et leur comportement de ponte.
Les données — dont les plus anciennes ne remontent pas au-delà de 1953 — sur les
Gynandromyiini et les Ormiini acridiophages laissent ressortir des phénomènes biologiques
intéressants : ouverture du pore respiratoire de Phorocerosoma forte à travers le tympan,
localisation endomusculaire de Plesioœstrus leonidei, etc.
Ces progrès sont suffisants pour me permettre de tenter de dégager quelques traits
principaux de la physionomie générale des Diptères acridiophages.
Ces Diptères, qui se rattachent à quatre grandes familles différentes, comptent des
espèces fort dissemblables, non seulement sur le plan taxinomique mais encore du point de
vue biologique et parasitologique.
L’hétérogénéité de la vie parasitaire, très nette au début de la vie larvaire, résulte des
divergences constatées dans les comportements maternels d’infestation.
La phase prépaiasitaire peut se dérouler dans trois miheux : voies génitales des femelles,
milieu extérieur, mffieu hôte; il peut exister, ou non, une phase larvaire libre; la pénétration
peut être active ou passive'.
Au cours de la phase endoparasitaire, l’hétérogénéité des modes de vie s’estompe en
partie, l’influence du comportement maternel ne se faisant plus sentir et le milieu biologique
(c’est-à-dire le milieu intérieur) devenant uniforme pour tous les parasites. Cependant, malgré
cela, des différences importantes demeurent (localisation ou non, vie libre ou fixée par l’inter¬
médiaire de gaines cutanées ou trachéennes, etc.).
Source : MNHN, Paris
218
J.-C. LÉOMDE
D’après des critères biologiques et essentieUement parasitologiques, il est possible de
dasser les Diptères acridiophages en trois groupes.
1° Les Némestrinidés et, peut-être, les OrmUni-Glaurocanni, qui ont un comportement
maternel d’infestation simple et sans rapport avec l’hôte mais dont les larves présentent des
exigences physiologiques précises et complexes, se traduisant de multiples manières : formation
d’un pore respiratoire, induction d’un siphon et, chez les Némestrinidés, localisation des larves I
dans les trachées, modalités particulières d’édification du pore respiratoire.
On peut considérer que ces entomophages sont davantage parasites par leurs larves
que par leurs imagos.
2® Les Sarcophagidés et les Anthomyiidés, qui montrent un comportement matemd
d’infestation complexe et étroitement lié à l’hôte (recherche de l’hôte convenable, manœuvres
spécifiques d’attaque, perforation buccale des Anthomyiidés, phénomène d’accoutumance
de certains Sarcophagidés, etc.). L’éthologie imaginale contraste singulièrement avec la sim¬
plicité de la vie larvaire et de ses exigences physiologiques (absence de localisation stricte,
de formation de pore et d’induction de tube respiratoire, etc.).
Ici le parasitisme paraît davantage le fait des imagos que des larves.
3° Les AcemyiiTui et Gynandromyiini, qui présentent à la fois un comportement mater¬
nel d’infestation lié à l’hôte et des exigences larvaires élevées. Dudité qui permet de considérer
ces Diptères comme les acridiophages les plus spécialisés et adaptés à la vie parasitaire. Ils
sont en effet autant parasites par leurs larves que par leurs imagos.
Si ce dernier cas, comme il semble, s’apparente à celui des Phasiinae, on peut, passant,
à la suite de DuPUis(1963 : 408), du plan des constatations actuelles à celui des probabilités
évolutives, supposer « qu’au cours de l’évolution de la spécificité parasitaire de ces Mouches,
les novations qui ont pu affecter séparément les femelles ou les larves se soient rapidement
harmonisées ». Mais cela revient à admettre que dans les cas 1® et 2® l’acquisition de la spéci¬
ficité parasitaire — et sans doute du parasitisme — s’est effectuée sdon les cas, par voie mater¬
nelle ou par voie larvaire (LÉONtDE 1966 : 616, Dupuis 1966 : 619).
L’acquisition du parasitisme par la voie maternelle, apparaissant comme le résultat
du comportement d’infestation des femelles, est très vraisemblable chez les Sarcophagidés
et chez les Anthomyiidés. Chez ces derniers en particulier, cette hypothèse est puissamment
étayée par la réalisation par la femelle, à l’aide de sa trompe, d’une perforation du tégument
qui est « actuellement » mise à profit, outre le prélèvement nutritionnel, pour le dépôt des
œufs dans la cavité générale de l’hôte. Les larves néonates se trouvent directement et poisi-
vement plongées dans le milieu intérieur dans lequel elles vont vivre sans provoquer d’interac¬
tions nettes et d’une manière si simple que l’on ne peut s’empêcher de penser à des saprophytes
se développant sur un milieu vivant. Pour cette raison, certains parasitologistes ne considèrent
pas ces espèces comme véritablement parasites. Certes la faiblesse des exigences larvaires de
ces Diptères témoigne d’une forme simple et primitive du parasitisme. Le comportement
maternel complexe de ponte ou de larviposition n’est pas l’apanage des parasites, il se ren¬
contre chez des saprophages authentiques, parasites occasionnels comme Sarcopkaga carnaria
(cf. Kirchberg 1961; 1966). La forme primitive du parasitisme — dans ce groupe ■— paraît
être également indiquée par la constatation, faite Hans des conditions expérimentées, d'une
certaine déviation du comportement de ponte d'Acyglossa pollinosa. Cette Mouche accepte
de déposer directement ses œufs dans l’hôte sans perforation préalable més en utilisant une
plaie artificiellement créée. Elle pond même dans de simples tronçons de l’hôte. Cette atti¬
tude fait évidemment songer à un comportement maternel vestigial de sarcophage. Cependant,
l’on ne peut refuser le statut de parasite vré à ces espèces qui ne peuvent survivre dans un
hôte fraîchement mort — éors que certains Tachinidés {Winthemia) se montrent capables
de le faire sur la fin de leur vie larvérc (Clausen 1940) — et qui présentent des phénomènes
de spécificité parfois assez stricte et induisent des réactions d’encapsulements (Tephromyiella
atlanis par exemple, Howm 1951).
L’origine du parasitisme par la voie larvaire parét des plus probables chez les Némes¬
trinidés. Les imagos vivent sans avoir de contact, à aucun moment de leur vie, avec les hôtes
dans lesquels leur descendance se dévdoppe et les planidia doivent découvrit l’hôte et s y
introduire par leurs propres moyens.
Parmi les Tachinidés, l’origine du parasitisme est peut-être larvaire chez les Ormiini-Glauro-
carini. Chez les Acemyiina, la question est complexe étant donné la coexistence d’un compor-
Source : Mh}HN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTERES
219
tement maternel et d’un comportement larvaire étroitement liés à la vie parasitaire. Elle serait
à envisager en considérant comme l’a suggéré Dtrpuis (1963 : 408) qu’au cours de l’adaptation,
< les novations qui ont pu affecter séparément les femelles ou les larves se soient rapidement
harmonisées ».
Les différences biologiques constatées montrent que l’exploitation d’un hôte identique
ne s’est pas répercutée sur la vie des divers parasites au point de provoquer l’appaiidon de
phénomtoes de convergence*. Certes, la formation d’un tube respiratoire, vraisemblablement
homologue, dans des familles aussi éloignées que les Némestrinidés et Tachinidés, peut être
considérée comme un phénomène biologique convergent mais celle-ci est davantage déter¬
minée par l’identité des exigences larvaires de ces différents parasites que par la nature com¬
mune de leurs hôtes. Comme l’a écrit Ddpuis (1963 : 332), < la capacité intrinsèque des hôtes
à édiffer un siphon est une propriété commune à de nombreux Insectes o. Elle doit s’exprimer
chaque fois qu’un entomophage la sollicite, c’est-à-dire chaque fois que les exigences physio¬
logiques d’un parasite la nécessitent. la capacité intrinsèque des hôtes à édifier un siphon
apparaît comme la condition nécessaire mais non suffisante de la siphonogenèse. La condition
complémentaire étant le comportement d’ouverture du pore respiratoire, particulier à certains
parasites ; Tachinidés et Némestrinidés parmi les acridiophages.
Les Diptères acridiophages ne montrent donc pas de caractères parasitologiques propres
qui puissent les distinguer des autres entomophages. Les quelques caractères communs que
l’on peut arriver à dégager sont, pour la plupart, des caractères négatifs ou de faible vdeur.
C’est, par exemple, la faiblesse relative des corrélations physiologiques des Orthoptères
s’exerçant sur leurs parasites et qui se manifeste de diverses manières.
D’abord, dans la rareté des cas d’induction d’une diapause du parasite par celle de l’hôte
(et cela pour la bonne raison que dans la majorité des Orthoptères la diapause intervient
dans l’œuf) telle qu’on en rencontre chez d’autres Diptères (Biliotti 1955) et chez les Hymé¬
noptères (JouRDHEUiL 1960 : 597), etc.
Ensuite, dans l’absence de l’influence du stade de l’hôte sur le dévdoppement du para¬
site; c’est ainsi que la deuxième mue et la siphonogenèse ne sont pas id, comme chez les
Phasiinae {c(. DüPtns 1963 : 280 et 333), conditionnées par l’imaginalisation de l’hôte.
C’est encore l’existence d’un grégarisme larvaire assez fréquent.
En définitive, la comparaison des différents modes de vie des Diptères acridiophages
conduit à reconnaître, dans les caractères biologiques et parasitologiques observés, la marque
de chaque parasite et non celle de la nature taxirtomique des hôtes. Cette conclusion a été
préliminairement dégagée au l®*" Congrès international de Parasitologie par Dupuis (1966 :
619) au cours des discussions qui suivirent la communication de Mellini (1966 : 614) sur les
Diptères parasites de Coléoptères et la mienne sur les Diptères parasites d’Orthoptères (1966 :
615-616),
De ces remarques, je retiendrai la richesse de l’enseignement qui a découlé des études
des comportements maternels des parasites, souvent négligées jusqu’ici, et de leur comparaison
avec les comportements de leurs larves. De telles investigations ont conduit non seulement
à l’observation précise et complète du cycle biologique des parasites, mais encore ont permis
de mieux saisir certains rapports existant entre divers aspects de leur biologie imaginale et
de leur biologie larvaire. Il y a là un moyen d’aborder de plus près le problème de la genèse
du parasitisme. Pour ces raisons, on ne peut que souligner l’intérêt qu’il y a à intensifier et
à approfondir les recherches sur les comportements maternels de ces entomophages, sans
négliger les Sarcophagidés ni les Anthomyiidés.
1. Le mode d’infestation rencontré ches les Aeridamyia et chez AcygUasa poUinosa pourrait être
considéré comme un caractère convergent dans la mesure où ces genres n’ont pas d’étroite» afEnitéa taxi¬
nomiques, ce que l’on ignore actuellement.
Source : MNHN, Paris
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
J’ai exposé dans le présent mémoire les résultats de mes recherches sur la biologie
de six espèces de Diptères acridiophages toutes singulières par leur nouveauté ou leur mode
de vie.
UOrmiini Plesioœstrus leonidei, espèce nouvelle pour la Science, appartient à une
tribu (plus vraisemblablement une sous'famille) jusqu’alors insoupçonnée en Europe et biolo>
giquement très peu étudiée.
Parmi les Acemyiina, deux espèces sont nouvelles pour la France : Myiothyria benoisti,
dont la biologie était totalement inconnue, et Ceracia mucroni/era. De celle-ci et d’une troi-
sième espèce, Acemyia acuticomis, on ignorait pratiquement toute la vie imaginale et de graves
lacunes ou imprécisions subsistaient quant à la vie préimaginale.
Acyglossa pollinosa est le premier et jusqu’dors le seul Anthomyiidé signalé comme
parasite d'Ensiières. Mes données sur sa vie imaginale et préimaginale sont entièrement
originales.
n en va de même des observations que j’ai réalisées sur le terrain et au laboratoire
concernant le Némestrinidé Symmktus costatus, toutefois des espèces américaines de ce
groupe avaient déjà fait l’objet de recherches suivies.
J’ai donc retrouvé, en France, des représentants de tous les groupes de Diptères acri¬
diophages obligatoires cités jusqu’à ce jour dans le monde (à l’exception des Gynandromyiini)\
J’ai étudié dans des conditions aussi précises que possible le cyde de ces parasites
et rassemblé une somme de faits inédits, dont l’exposé, joint à la revue critique des données
antérieures, représente le premier travail d’ensemble de cette importance sur les Diptères
acridiophages.
Sauf certains stades des Acemyiina, la morphologie des œufs et des larves de toutes
ces espèces était inconnue. Je me suis astreint, en tête de chacun des chapitres correspondants,
à la description de tous ces stades que j’ai complétée par l’iconographie appropriée. Cette
contribution qui résulte de l’absolue nécessité de déterminer, à quelque stade qu’on l’observe,
le matériel étudié, trouve une justihcstion immédiate dans la signification adaptative, souvent
élevée, des œufs et larves chez les parasites protéliens. Bien que je ne puisse ici y insister,
elle possède en outre sa valeur propre étant donné l’intérêt considérable des stades préima-
ginaux pour la systématique des Diptères.
Les méthodes d'étude, rapportées dans le premier chapitre, sans faire appel à des tech¬
niques compliquées, ont néanmoins combiné toutes les possibilités du laboratoire et du terrain,
de l’expérimentation, de la dissection et de l’élevage, de la morphologie et de la biologie.
Le chapitre II est consacré à la description détaillée de la biologie à'Âcyglossa pollinosa
Vill. dont j’ai découvert l’acridiopbagie.
L’hôte est un Ensifère : Barbitistes fisckeri Yers.
Le cycle a été suivi dans la nature et in vitro grâce à la propagation de ce parasite.
Ce Diptère, univoltin, se rencontre du début avril au début mai dans de nombreuses
localités provençales du type > garrigue >. Les Mouches femelles volettent, dès neuf heures
du matin jusqu’au coucher du soleil, de branche en branche, à la recherche de leur hôte.
Mâles et femelles sont floricoles et se rencontrent principalement sur les Euphorbes. Les
femelles sont ovipares, avec une fécondité de 250 à 300 œufs.
La vie imaginale se singularise par le comportement de ponte. Les femelles déposent,
à l’aide de leur ovipositeur télescopique, des paquets d’une dizaine d’œufs en moyenne à
l’intérieur du corps de l’hôte par un orifice qu’elles ont préalablement pratiqué avec leur
trompe dont les labdles sont pourvus d’un système perforateur. La femelle juchée dorsale-
1. Les Sarcophagidés ont été volontairement exclus.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
221
ment sur le corps de l'hôte, qui est à un stade larvaire donc aptère, perfore les membranes
intersegmentaires de l’abdomen dans une région latéro*dorsale. Au cours de la perforation,
elle absorbe l’hémolymphe qui suinte de la plaie. Ce mode de nutrition, ici complémentaire
de la floricolie, est bien connu chez les Hyménoptères. Il est rare chez les Diptères et n’était
signalé que chez les Acridomyia, autres Anthomyiidés acridiophages dont le comportement
imaginai est similaire de celui A'Acyglossa pollinosa bien que leurs hôtes soient des Caeli-
fères. Il constitue un exemple intéressant de Vkost feeding car il n’apparaît pas, à l’inverse
des Hyménoptères parasites, comme ime déviation du comportement de ponte. Tout au
contraire, la perforation buccale et le prélèvement d’hémolymphe précèdent la ponte dans
le corps de l’hôte. Celle*ci n’est peut-être que la conséquence de ces phénomènes initiaux.
Les femelles d’Acyglossa pollinosa acceptent de déposer leurs œufs dans des tronçons
du corps de l’hôte, expérimentalement sectionné. On voit volontiers dans la facilité avec
laqueüe on obtient, dans ces conditions, le dépôt des œufs — ceux-ci ne se développant pas dans
ces fragments qui se décomposent rapidement — le comportement vestigial d’un saprophage.
Quoi qu’il en soit, j’ai utilisé cette opportunité pour soumettre le comportement ima¬
ginai de la ponte à une étude approfondie.
Par une série d’expériences d’infestation de Barbitistes tronçonnés ou de leurres
divers et également avec des parasites aux yeux vernis, j’ai pu préciser plusieurs éléments
de la reconnaissance spécifique. Celle-ci réstilte essentiellement de la coopération de stimuli
olfactifs et visuels. Parmi ces derniers, c’est la silhouette générale du corps plutôt qu'une
partie déterminée qui joue le rôle principal. L’orientation de la femelle par rapport à l’axe
antéro-postérieur de l’hôte — qui s’est révélée une phase constante du comportement de
ponte — se fait également à partir d’une somme d’éléments morphologiques. J’ai, par ailleurs,
précisé expériment^ement la nature des stimuli qui provoquent quelques-uns des réflexes
de la séquence du comportement d’infestation. Le contact de l’oviscapte avec l’hémolymphe
suintant de la perforation pratiquée avec la trompe permet normalement la découverte de
la blessme. L’ovojection est déclenchée par la stimulation conjointe due à l’introduction de
l’oviscapte au sein de la plaie et à son contact avec l’hémolymphe.
Le comportement de ponte d’Acyglossa pollinosa est constitué par une série de phases
(prise de possession de l’hôte et de la posture de perforation, perforation buccale, retourne¬
ment de 180°, recherche avec l’oviscapte de l’orifice, ovojection) se déroulant dans un ordre
déterminé. Certaines phases — telle la perforation buccale — peuvent être supprimées par
suite de l’interférence expérimentale ou naturelle des stimuli. J’ai fréquemment observé la
ponte directe, sans perforation buccale préalable, dans la section d’un hôte tronçonné, à la
suite du contact accidentel de l’oviscapte avec la plmc. Lors d’attaques successives, la ponte
peut également avoir lieu directement dans l’un des orifices pratiqués antérieurement — la
perforation buccale est alors supprimée d’emblée.
La vie préimaginale débute avec l’incubation des œufs qui a lieu dans l’hémocœle
de l’hôte.
Un phénomène curieux, et vérifié à maintes reprises, réside dans l’étalement du déve¬
loppement embryonnaire des divers œufs déposés lors d’une ovojection. Ce fait, qui a de
multiples répercussions sur la vie larvaire, est encore inexpliqué; je n’ai pu en découvrir
l’origine dans la physiologie de cette espèce et ne peux que le rapprocher des retards à l’éclo¬
sion, phénomènes constants signalés chez divers Anthomyiidés phytophages.
Les premières larves I apparaissent vers le 11* jour après le dépôt des œufs, mais j’en
ai observé jusqu’au 36® jour. Le régime des larves aux différents stades est, sans doute, héma-
tophage ou hémato-stéatophage. Dans les conditions de mes observations, je n’ai jamais noté
de phase de sarcophagie. On ne relève pas davantage de localisation stricte ou de fixation des
larves qui se rencontrent dans tout l’hémocœle de l’hôte. En revanche, le grégarisme larvaire
est de règle; il résulte du comportement maternel de ponte et de l’absence de concurrence
entre les larves comme l’atteste la faiblesse de leur taux de mortalité. La disparité d’âge des
larves constatée est uniquement due à l’échelonnement du développement embryonnaire
qui se retrouve au moment de la sortie du parasite. Celle-ci s’effectue à travers la mem¬
brane coUaire. Plusieurs larves, en moyenne le tiers du nombre total, parviennent a leur
maturité et leur émergence s’étale de 1 à 18 jours. L’hôte finit par succomber ce qui entridne
la mort des parasites retardataires. Une fois libres, les larves ne tardent pas à se nymphoser et
à entrer en diapause. Les puparia qui constituent la forme de résistance de cette espèce,
demeurent dans le sol tout l’hiver, et peut-être davantage.
8 564018 $ 15
Source : MNHN, Paris
222
J.-C. LÉONIDE
La réaction de l’hôte au parasite est quasi nulle. Le parasite, en revanche, ralentit
de 2 à 3 jours le développement de l’hôte. Ce dernier étant infesté à l’état piéimaginal, l’action
du parasite sur l’activité génitale est nulle. Je n’ai constaté aucun effet sur la multiplication
des gonocytes. Toutefois, lorsque l’infestation est tardive et l’action du parasite se prolonge
suffisamment durant la vie imaginale et durant la période prépubertaire de l’activité ovarienne,
l’on peut assister à un ralentissement de la croissance ovocytaire et dans quelques cas à son
arrêt. La spermatogenèse n’est ja mais perturbée. Les sorties répétées des larves provoquent
la mort de 80 % des hôtes.
Acyglossa poUinosa apparaît comme un entomophage dont le comportement maternel
est élaboré et intimement lié à Thôte, alors que la vie larvaire endoparasilaire est des plus
simples.
J’étudie dans le chapitre III la biologie de trois espèces A’Acemyiina. Les Tachinidés
de cette sous-tribu n’étaient pas totalement ignorés, mais leur propagation in vitro, qui jus.
qu’ici avait échoué, m’a permis d’apporter une contribution médite à leur connaissance.
Ceracia mucronifera Rond., élevée A'Artacridium aegyptium L., est une espèce pluri-
voltine (4 générations in vitro). La dernière génération passe l’hiver au stade I dans l’hôte.
Les données que j’ai réunies sur la vie imaginale sont toutes originales. Les mâles
éclosent les premiers. L’accouplement se produit nécessairement dans les trois premiers
jours qui suivent l’émergence des femelles. Les deux ovaires conti enn ent de 120 à 160 œufs,
macrotypes, plan convexes, tous mûrs dès l’iraaginalisation. La descente des œufs dans l’utérus,
déclenchée par le colt, s’effectue en un peu plus de 8 heures; la fécondation, qui intervient
au fur et à mesure de la descente des œufs dans les voies génitales et lors du passage dans le
récessus de fécondation, est achevée dans les mêmes temps. L’incubation a lieu dans l’utérus,
où les œufs sont empilés en deux colonnes, et dure de 4 à 5 jours. Les œufs expulsés contiennent
des larves prêtes à éclore. Le comportement de ponte est simple; la femelle se précipite sur
l’hôte, le frôle de son oviscapte et dépose plusieurs œufs à la fois (6 à 10 en moyenne), géné¬
ralement alignés et collés sur les parties découvertes les plus diverses du corps de l’hôte et
tout particidièrement les plus exposées (pronotum, tête, pattes, abdomen).
J’ai précisé la vie préimaginale sur de nombreux points. Les larves dès le dépôt des
œufs commencent à forer le chorion et le tégument sous-jacent; l’édosion et la pénétration
ont lieu simultanément. Un collage correct de l’œuf et une irrigation convenable de la région
du corps de l’hôte sous-jacente sont deux conditions indispensables à la pénétration. La
larve 1 qui séjourne, sans localisation stricte, dans la cavité générale de Thôte est obligée
d’accomplir avant d’y parvenir, lorsque Tœuf est déposé sur un appendice, un déplacement
important. Elle vit environ une semaine et se nourrit d’hémolymphe. La larve II, après une
phase libre, s’attache sur une trachée thoradque ou abdominale par l’intermédiaire d’un siphon
respiratoire secondaire et cela que Thôte soit larvaire ou adulte. Chez Thôte larvaire, les tra¬
chées les plus utilisées sont celles issues des stigmates pro-mésothoraciques, chez Thôte adulte
ce sont les trachées abdominales. Ces choix paraissent déterminés par l’accessibilité et la taille
des diverses trachées, variables avec le stade de Thôte. Le siphon, normalement trachéen,
peut, lorsque Thôte est trop petit et par suite ses trachées trop étroites, devenir tégumentaire.
Une particularité de la vie endoparasilaire des Acemyiina, que j’ai mise en évidence, réside
dans l’élimination progressive et continue d’excréments — provenant de la digestion du
corps gras de Thôte — qui débute dès le stade 11 et se poursuit jusqu’à la ffn de la vie du stade
suivant. Ces formations excrémentielles s’accumulent sur le pourtour du siphon en lisière
duquel s’ouvre Tanus. La vie larvaire, qui s’achève par une phase de sarcophagie, dure de
10 à 25 jours. Du fait même des modalités de la ponte plusieurs larves infestent simultané¬
ment Thôte et peuvent arriver au terme de leur développement; cependant certaines meurent
des suites de cette cohabitation. Arrivées à maturité, elles sortent à travers des membranes
intersegmentaires diverses et s’empupent tout de suite en surface du sol. La période nymphale
est de 10 à 12 jours.
Les réactions de Thôte à la présence du parasite se manifestent, outre la siphonogenèse,
par des phénomènes d’encapsidements qui affectent essentiellement les larves affaiblies par
le surparasitisme. La brièveté du développement larvaire et la mort immédiate de Thôte,
consécutive aux lésions dues à la sarcophagie et à la sortie du parasite, ne m’ont pas permis
de constater une réelle influence du parasite sur la croissance de Thôte. En revanche, les larves
de la génération hivernante assurent une castration parasitaire totale des femdles en empêchant
la vitellogenèse de débuter.
Source : MNHtJ, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
223
Ceracia mucronifera apparaît dans la nature comme un parasite monophage, dors
qu’in vitro, il attaque de nombreux Acridiens dans lesqueb il se dérdoppe. La monopbagie
constatée dans la nature résulte, sans doute, d’une coïncidence micro-spatiale (t. e. écologique)
particulière entre le parasite et son hôte mais je n’ai pu en apporter de preuve irréfutable.
La biologie larvaire d’Acemyia acuticornis Meig. était partiellement connue. La biologie
de cette espèce diffère peu de la précédente. Les œufs, mûrs dès rimaginaiisation, descendent
dans l’utérus où a lieu l’incubation. Han convexes, macrotypes, complètement incubés, ils
sont collés par la femelle sur les diverses régions du corps d’un hôte généralement adulte.
Le nombre d’œufs placés sur un hôte est plus faible que chez Ceracia mucronifera.
La vie larvaire est également voisine de celle de l’espèce précédente. Le grégarisme
larvaire est toutefois plus réduit. Acemyia acuticornis est une espèce polyphage (j’ai signalé
plusieurs hôtes nouveaux qui s’ajoutent aux 16 déjà connus) et probablement plurivoltine.
J’ai décrit sommairement la biologie de Myiotkyria benoisti Mesn. jusqu’ici totale¬
ment ignorée. L’hôte principal est Pyrgomorpha conica Oliv. mais je l’ai également obtenue
de Chorthippiis sp. La vie imaginale n’est pas connue, la vie larvaire est si mila ire de celle des
espèces précédentes. Seule la phénologie se singularise par un développement qui a lieu,
au moins pour une génération, en hiver dans l’hôte larvaire.
Les Acemyiina dont j’ai montré l’ovolarviparité ne peuvent être maintenus dans le
« groupe parasitique I > de Pantel.
Le chapitre IV traite de la biologie de Plesioœslrus leonidei Mesnil. Les données
présentées sont d’autant plus intéressantes que l’on ne connaissait jusqu’ici que la vie d’une
seule espèce A'Ormiini et encore sommairement. Les Ormiini constituent une tribu de Tachi-
nidés singuliers et énigmatiques sous les rapports les plus divers : morphologique, taxino¬
mique, biogéographique et biologique. La découverte de cette espèce dans Epkippiger
ephippiger Fiebig et quelques autres Ensifera provenant du massif de la Sainte-Baume m’a
permis de confirmer l’acridiophagie des Ormiini.
La vie imaginale est ignorée, cependant l’existence de planidia cuirassés laisse supposer,
comme chez les autres Ormiini, la larviparité. En revanche, j’ai observé des planidia en partie
engagés à travers le tégument de l’hôte, ce qui constitue le premier fait étayant l’hypothèse
de leur pénétration active.
La vie endoparasitaire présente plusieurs particularités. Les planidia de P. leonidei,
une fois parvenus dans la cavité générale, s’installent à l’intérieur des muscles du thorax
et quelquefois de l’abdomen. Ds y demeurent jusqu’à la mue I — II inclusivement (les exuvies I
se retrouvent dans les muscles) qui se produit après que les individus aient subi une croissance
notable (ils quadruplent leur taille). la localisation endomusculaire n’était pas connue chez
les Diptères acridiophages. Les jeunes larves 11, après une période de vie libre, ouvrent un
pore respiratoire cutané à travers les membranes pleurales, voire les stemites de l’abdomen,
ce qui induit en ce lieu la formation, chez l’hôte adulte aussi bien que larvaire, d’un siphon
respiratoire secondaire complètement clos. Ce siphon, qui enferme le parasite, est ultérieure¬
ment percé à son extrémité distaie. La nutrition des larves est hémato-stéatophage avec une
phase de sarcophagie finale qui s’accompagne du rejet dans l’hôte de volumineux cordons
de déjection atteignant 10 cm de long. Les larves mûres sortent à travers les membranes
pleurales de l’abdomen et s’empupent dans le sol.
Les réactions de l’hôte à la présence du parasite se traduisent, outre l’édification d’un
siphon, par de fréquents phénomènes d’encapsulements dont j’ai vérifié l’origine hémocytaire.
Les lésions internes dues à la sarcophagie se révèlent importantes; en revanche, la sper¬
matogenèse se déroule normalement. L’hôte succombe à la sortie des larves.
Plesioœslrus leonidei ainsi que les autres Ormiini signalés paraissent inféodés aux
Ensifera et montrent une prédilection nette pour les hôtes de sexe mâle. Mais je n’ai pu élu¬
cider les causes de cette spécificité liée au sexe.
L’étude du Némeatrinidé SymrrUctus costatus Loew a fait l’objet du chapitre V. Bien
que six espèces acridiophages seulement aient leur biologie connue, S. costatus avait donné
lieu à deux notes. Mais nombre de problèmes restaient à résoudre. Parmi ceux auxquels j’ai
apporté une réponse, il convient de citer les modalités de la ponte, la pénétration des planidia,
réification du pore, l’origine du tube respiratoire, les interactions dans le couple hôte/para¬
site, etc.
Source : MNHN, Paris
224
J.'C. liONIDE
Mes observations sur le terrain de la vie imaginale de S. costatus sont entièrement
originales et ont contribué à préciser certains aspects de la biologie des Némestrinidés.
Symmictus costatus a été élevé d’Acridiens, en particulier Dociostaurus maroccanus,
dans la plaine désertique de Crau. Les imagos, très localisés dans le temps et dans l’espace,
sont rassemblés dans de petites stations et volent du début juin au début juillet. Plusieurs
centaines de femelles et quelques mâles se rencontrent annuellement. S. costatus ne se nourrit
pas et se déplace peu. Après l’émergence imaginale (l’accouplement n’est pas connu), les
femelles vont passer leur existence, qui n’excède pas une semaine, à pondre; elles déposent
leurs œufs non incubés sur des supports de l’aire de l’hôte et demeurent la nuit en ces lieux.
Le matin, dès que le soleil par^, elles vont rejoindre les mâles sur la végétation herbacée
environnante, puis ^es retournent pondre vers 10 heures lorsque la température est suffisam¬
ment élevée. Elles restent alors de longues heures immobiles à déposer leurs œufs. La fécondité
est énorme : 3 000-4 000 œufs. Les lieux de ponte, question d’importance chez les Némestri¬
nidés, sont, chez S. costatus, représentés par les petites cavités des supports de bois (arbres
morts, poteaux de clôture) ou de pierre (murs) et non celles de la végétation herbacée (chaumes
de Graminées) pourtant abondante dans la localité. J’ai prouvé la réalité de l’attirance des
femelles vers les supports élevés, sur lesquels elles se réunissent pour pondre.
L’incubation des œufs dure environ 10 jours, les jeimes planidia sont disséminés
passivement (pesanteur, vent) et surtout activement (déplacement par sauts). La concentra¬
tion des femelles sur les supports de ponte en nombre limité, la quantité considérable d’œufs
déposés, aboutissent à l’accumulation d’un nombre élevé de germes infestants, en des sta¬
tions de surface réduite (500 m^) que j’ai pour ces raisons qualifiées de « foyers parasitogènes».
La pénétration s’effectue à travers les membranes minces, voire par l’ouverture stig-
matique.
De la vie préimaginale je rappellerai les faits saillants.
Le planidium, après avoir pénétré dans la cavité générale, s’introduit dans une lumière
trachéenne et y séjourne près d’une semaine. Puis il remonte vers l’atrium qu’il perce juste
sous le tégument, afin d’aller y creuser un pore respiratoire. Ce comportement explique que
les pores cutanés se situent toujours au voisinage d’un stigmate. A partir du pore s’édifie un tube
respiratoire, propre à tous les Némestrinidés acridiophages, remarquable par sa spiralisation
et sa longueur (20 mm) et dont l’origine hémocytaire est des plus probables. Les pores de
Symmictus costatus s’ouvrent essentiellement à travers la membrane tympanique, mais aussi
à travers les membranes pro-mésothoradques et les membranes pleurales abdominales, quel¬
quefois directement sur les atriums trachéens, voire sur une ramification trachéenne éloignée
du stigmate. L’étude de ces variations des modalités d’édification du pore de S. costatus a
permis d’entrevoir ce que pourrait être l’évolution phylogénétique des processus de fixation
des Némestrinidés chez qui les pores apparaissent actuellement tantôt trachéens tantôt cutanés.
Le tube respiratoire se forme aussi bien chez l’hôte adulte que larvaire; chez ce dernier, j’ai
montré qu’au moment de la mue le txibe restait fonctionnel et subissait un simple déplace¬
ment. Les 4 stades larvaires demeurent fixés et leur exuvie se retrouve contre le tube. Le
régime hémato-stéatophage devient sarcophage à partir du stade IV. D y a fréquemment sur-
parasitisme, mais les larves de 5. costatus montrent des mœurs solitaires et tous les individus
surnuméraires sont éliminés par suite des traumatismes subis. La vie endoparasitaire dure
de 30 à 40 jours.
Les larves mûres sortent à travers les membranes pleurales de l’abdomen, s’enterrent
et entrent en diapause. Ce stade constitue la forme de résistance de cette espèce univoltine.
La nymphose survient au bout d’un an et selon les circonstances au bout de 2 ou 3 ans, peut-
être davantage. La nymphe qui se forme 20 à 30 jours avant l’émergence imaginale, libre et
mobile, remonte en surface.
Les réactions de l’hôte à la présence du parasite sont nettes : outre la siphonogenèse,
on assiste à de fréquents encapsulements; dans certains cas c’est le tube respiratoire qui évolue
en capside. L’action du parasite sur l’hôte est notable, outre les lésions dues à la sarcophagie,
on note la castration des femelles qui sont infestées grosso modo à la période prépubertaire
de leur activité ovarienne. On assiste à l’arrêt de la vitellogenèse et à la dégénérescence des
ovocytes vitellins qui ont pu se constituer avant que l’influence du parasite se fasse sentir
(période de latence). En revanche, la spermatogenèse n’est pas perturbée. L’action létale est
importante.
Les planidia de Symmictus costatus infestent divers Acridoidea qui n’oltent pas tous
une • suitability» identique; chez Oedaleus decorus le parasite meurt dès sa pénétration.
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
225
Le chapitre VI est consacré à une revue comparative et méthodique des différents
aspects de la biologie des Diptères acridiophages connus d’après les données bibliographiques
et les résultats de mes recherches.
Les Diptères acridiophages se rencontrent, très inégalement d’ailleurs, dans six groupes
taxinomiques différents : Némestrinidés, Anthomyiidés, Sarcophagidés, Acemyiina, Ormiini
et Gynandromyiini.
Leur étude comparative m’a conduit aux conclusions suivantes :
1° Les données sur les Diptères acridiophages dans leur milieu naturel demeurent
insufRsantés. Elles revêtent pourtant un intérêt particulier, la distribution géographique,
l’écologie, la phénologie, les comportements de nutrition et de relation étant les éléments
indispensables, entre autres, à une bonne connaissance de la coïncidence spatio-temporelle des
cycles hôte/parasite et de I’< host ditcovery » cpii représentent deux facteurs importants de la
spéciffcité parasitaire;
2° L’étude de la sexutdité et des comportements d’infestation a été, en revanche, des
plus instructives. In vie imaginale de certains Diptères acridiophages s’écoule sans grands
rapports avec le parasitisme ^ors que chez d’autres la femelle recherche l’hôte «fin de lui
confier sa descendance. Ainsi les Némestrinidés — peut-être les Ormiini — déposent leurs
germes loin de l’hôte. Les autres Diptères acridiophages les placent sur, voire dans, le corps
de l’hôte. Chez ceux-ci, les comportements d’infestation apparaissent d’autant plus complexes
que s’accroît la dépendance entre l’Orthoptère et le Diptère. Chez les Anthomyiidés, où l’on
rencontre les liens les plus étroits, la femelle utilise l’hôte pour déposer ses œufs et se nourrir.
Certaines espèces (Némestrinidés, Ormiini) ont une fécondité très élevée, d’autres
(Anthomyiidés, Sarcophagidés, Acemyiina) plus faible; les uns déposent des œufs non embryon-
nés (Anthomyiidés, Némestrinidés), d’autres incubés (Acemyiina, Gynandromyiini), voire
des larves (Sarcophagidés, Ormiini). La nature des germes distribués est indépendante de leur
nombre et du comportement d’infestation mais est liée au degré d’incubation des œufs au
moment de leur dépôt et par suite à la présence d’un utérus;
3° La vie préimaginale comporte trois phases de signification parasitologique diffé¬
rente.
La phase préparasitaire montre la plus grande diversité; elle se déroule dans les voies
génitales maternelles, le milieu extérieur et le milieu hôte. Tous les Diptères acridiophages
ne passent pas forcément et également par ces trois mfiieux qui conditionnent la vie du para¬
site. De ce point de vue, on peut opposer les espèces chez qui la phase préparasitaire est essen-
tidiement proxénique libre, c’est-à-^re se situe loin de l’hôte, et celles où elle est paraxénique,
c’est-à-dire se déroule sur l’hôte. L’existence de chacune de ces deux phases est déterminée
par la physiologie de la fonction femelle et par le comportement maternel d’infestation.
La phase proxénique peut comporter une période utérine (chez les espèces qui déposent
des germes incubés) et une période libre lorsque ces germes sont placés par les femelles loin
de l’hôte. Les larves, de type planidiforme, qui se retrouvent alors dans le milieu extérieur sont
appelées à y survivre, à se déplacer à la recherche de l’hôte et à pénétrer par leurs propres
moyens. De telles larves sont résistantes; elles peuvent être cuirassées (Ormiïni) et posséder
des soies locomotrices (Némestrinidés).
La phase paraxénique existe d’une manière r^tivement durable lorsque la femdle
du parasite s’intéresse à l’hôte et expulse ses germes sur son corps. Chez les espèces larvipares
(Sarcophagidés), la durée de cette phase apparaît d’autant plus brève que le comportement
de larviposition est précis. La larve, projetée au hasard sur le corps de l'hôte, se montre capable
de survivre plusieurs heures à l’extérieur, de rechercher un lieu convenable à la pénétration
et de s’introduire dans l’hémocœle par ses propres moyens. Si elle est déposée avec précision
au point même où elle doit s’introduire, la phase paraxénique se réduit à la pénétration, et
la survie dans le milieu extérieur n’excède pas quelques minutes. Chez les espèces ovipares
(Acemyiina, Gynandromyiini), qui émettent des œufs complètement incubés sur le corps
de l’hôte, la phase paraxénique se confond avec la durée de l’éclosion-pénétration. Ln larve
n’a plus à supporter les conditions du milieu extérieur ni à rechercher l’emplacement favo¬
rable à la pénétration.
Les phénomènes biologiques, propres aux diverses phases de la vie préparasitaire,
entraînent des comportements particuliers des larves néonates et des adaptations morpho¬
logiques et physiologiques des œufs et de ces larves. Les caractères de spécialisation, marqués
56401S 6 ts A
Source : MNHN, Paris
226
J.-C. LÉOMDE
chez les Némestrinidés et les Ormiini, s’a&iblissent au fur et à mesure que les rapports entre
la femelle et l’hôte deviennent plus étroits et que les œufs et les larves I ont un rôle dont l'impor¬
tance décroît {Acemyiina, Sarcophagidés). Es disparaissent chez les Anthomyiidés dont les
femelles placent d’emblée les œufs dans le corps de l’hôte.
La phase endoparasitaire ou endoxénique est, par suite de la disparition de l’influence
maternelle, plus homogène que la phase précédente. Cependant l’influence du milieu intérieur
de l’hôte ne supprime pas toutes les dissemblances. La vie endoparasitaire est en effet marquée
par l’existence de phénomènes biologiques nombreux et complexes.
La nutrition des larves est généralement hématophage ou hématO'Stéatophage mais
une sarcophagie finale est fréquente, elle manque, semble-t-il, chez les Anthomyiidés. Certaines
larves se déplacent, d’autres sont localisées, parfois étroitement (stade I endomuscidaire de
Plesioœstrus leonidei, séjour des planidia de Némestrinidés dans les trachées). Plusieurs
espèces ont des larves grégaires (Anthomyiidés, divers Acemyiina), d’autres solitaires (Némes-
trinidés). Certaines ouvrent des pores respiratoires et induisent la formation de siphons,
qui peuvent être cutanés {OrmUni-Glaurocarini, Gynandronyiini, certains Némestrinidés)
ou trachéens (AcemyU/ia, autres Némestrinidés), d’autres ne forment pas de pore et ne pro¬
voquent jamais l’apparition d’un siphon (Anthomyiidés, Sarcophagidés).
Les différences dans les modalités de la vie endoparasitaire des Diptères acridiophages
permettent d’opposer d’une manière nette : les Némestrinidés et les Tachinidés d’une part,
aux Anthomyiidés et aux Sarcophagidés d’autre part. Chez les premiers, l’existence d’une
localisation, parfois précoce, de l’ouverture d’un pore et de l’induction d’un siphon dénote
des exigences physiologiques variées et complexes qui font défaut chez les seconds.
La phase post-parasitaire ou métaxénique est la plus homogène; les larves mûres
quittent toutes l’hôte à travers des membranes articulaires. La nymphose a lieu dans le sol
mais ne survient pas immédiatement chez les Sarcophagidés et les Némestrinidés dont les
larves en hivernage peuvent demeurer à l’état de vie ralentie ou de diapause pendant des
mois, voire plusieurs années ;
4,0 Des interactions dans les couples hôte/parasite, il convient de retenir que les réac¬
tions de l’hôte à la présence d’im parasite habituel (siphonogenèse) ou inhabituel (encapsu-
lement) apparaissent d’autant plus marquées que les exigences larvaires sont complexes :
importantes en présence des Némestrinidés et des Tachinidés, elles sont faibles ou nuUes
avec les Anthomyiidés ou les Sarcophagidés.
En revanche, l’action du parasite, no tamm ent l’action indirecte, ne parait pas ou peu
spécifique. La spermatogenèse n'est jamais perturbée. La castration parasitaire des femelles
par arrêt de la vitellogenèse ou dégénérescence vitelline est sensiblement indépendante de
l’espèce parasite mais fonction de l’instant auquel se situe l’infestation par rapport au stade
d’évolution de l’activité ovarienne;
5° La spécificité parasitaire des Diptères acridiophages ne révMe pas de caractère
propre qui la distingue de celle des autres entomophages. Le JFirtskreis est variable en fonc¬
tion de l’espèce. Toutefois les Ormiini paraissent inféodés aux Ensifera. Les origines de la
spécificité sont maternelles (host discovery et host sélection) ou larvaires {host suitability).
De l’ensemble des remarques précédentes on peut dégager deux conclusions impor¬
tantes :
1° L’exploitation d’hôtes communs, les Orthoptères, n’a pas conféré à la biologie
des divers Diptères parasites la moindre homogénéité que l’on puisse interpréter comme
caractère propre aux acridiophages et ayant la valeur de phénomène de convergence. Tout
au contraire, les caractères biologiques et parasitologiques enregistrés sont propres à chaque
groupe de parasites et ne dépendent pas de la nature taxinomique des hâtes.
2° A travers la diversité biologique des Diptères acridiophages, E est possible de distin¬
guer 3 catégories de parasites :
— des parasites aux comportements maternels rudimentaires mais aux exigences
larvaires multiples (Némestrinidés, Ormiini);
— des parasites aux comportements maternels complexes mais aux exigences larvaires
faibles (Anthomyiidés, Sarcophagidés);
— des parasites qui présentent à la fois des comportements maternels et larvaires fort
élaborés (Tachinidés).
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
227
La considération de ces parasites aux modes de vie aussi diamétralement opposés
conduit à penser que, chez les Diptères acridiophages, l'origine du parasitisme protélien
est double.
Pour ceux de la première catégorie, l’origine est larvaire; cliez les Némestrinidés ce
sont, de toute évidence, les larves qui infestent l’hôte et se sont adaptées à la vie parasitaire.
Pour ceux de la deuxième catégorie, l’origine est maternelle; le parasitisme larvaire
est passif et résulte du comportement des femelles. Cela parait nettement chez les Antho-
myiidés où les œufs sont introduits dans le corps de l’hôte par la femelle et chez qui le déve¬
loppement larvaire, des plus simples, fait songer à celui des saprophages se dév^ppant dans
un milieu organique. Cette origine maternelle parait corroborée par la perforation buccde,
utilisée d’abord pour la nutrition imaginale et mise ensuite à profit pour la ponte. Elle est
encore attestée par la facilité avec laquelle Àcyglossa polUnosa dépose ses œufs dans des
hôtes expérimentalement tronçonnés. Certes, les stades préiiuaginaux des Ânthomyiidés ne
sont plus saprophages. Ils ne peuvent se développer dans des matières organiques en décom¬
position et sont donc adaptés au parasitisme ; mais cette adaptation est faible, peut-être récente.
Chez les Acemyiina et les Gynandromyiini, qui sont parasites autant par leurs imagos
que par leurs larves et qui apparaissent comme les acridiophages les plus spécialisés, l’origine
du parasitisme, sans doute éloignée dans le temps, parait difficile à préciser.
Ces hypothèses, quant à l’origine du parasitisme prot^en, quoique basées sur un nombre
limité d’espèces, ont le mérite de montrer tout l’intérêt qui peut ressortir : 1® de l’étude de
tous les aspects biologiques d’un entomophage; 2° de la comparaison des divers entomo-
phages, ainsi connus, entre eux.
Source : MNHN, Paris
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J.-C. LiONIDE
TABLE DES MATIÈRES
SOMMAIRE. 2
AVANT-PROPOS. 3
Chapitre I. — INTRODUCTION AUX MÉTHODES ET TECHNIQUES D’ÉTUDE. 9
IlïTRODUCTION. 9
A. Étude lorsque le matériel initial est l’hôte. 10
I. Obtention des hôtes. 10
1. Recherche et récolte. 10
2. Transport et conservation. 11
IL Étude des hôtes. 11
1. Examen externe. 11
2. Dissection. 11
III. Élevage des larves parasites. 12
B. Étude lorsque le matériel initial est le parasite. 12
I. Obtention du matériel d’étude. 13
1. Récolte et élevage des hôtes indemnes. 13
2. Obtention des imagos ou planidia de l’entomophage. 13
O. Obtention d’imagos féconds de Ceracia mueronifera : 13 ;
b. Obtention d’imagos féconds i'Acyglossa polUnosa ; 14;
c. Obtention dea imagos et planidia de Symmictus coatatus : 14.
II. Techniques de contamination. 14
1. Par l’imago (Acemyiina et Acyglossa polHnosaJ . 14
2. Par le planidium (Nemestrinidés). 15
III. Devenir des hôtes infestés. 15
1. Examen après contamination. 15
2. Utilisation des hôtes infestés. 15
C. Observations sur le terrain. 15
D. Méthodes expérimentales. 16
E. Matériel étudié. 16
I. Nature, origine, importance numérique. 16
n. Détermination. 16
III. Indexation. 19
Chapitre II. — LES ANTHOMYIIDÉS, ÉTUDE D’ACYGLOSSA POLUNOSA VIL¬
LENEUVE.*.. 21
Introduction. 22
A. Données préliminaires. 22
I. Les Anthomyiidés acridiophages. 22
IL Informations sur la connaissance de Barbitistes fischeri (Vers.). 23
1. Données sur la biologie. 23
2. Détermination des stades larvaires. 24
B. Morphologie préimaginale. 24
1. L’œuf. 24
IL La larve 1. 25
Source : MNHN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTERES 241
Pagu
III. La larve II. 25
IV. I^ larve III. 26
V. Le puparium. 26
C. Vie iMAGiNALE. 26
I. Acyglossa pollinosa dans son milieu naturel. 27
1. Chorologie. 27
2. Phénologie. 27
3. Activité joum^ère. 27
4. Comportement de relation. 27
5. Comportement de nutrition. 28
6. Abondance. 28
II. Sexuîdité et physiologie de la reproduction. 28
1. Sex-ratio. 28
2. Accouplement. 29
3. Anatomie et physiologie de l’appareü génital femelle. 29
III. Comportement de ponte. 30
1. Description du comportement de ponte. 30
O. Prise de contact avec i’hôte : 30;
b. Perforation buccale du tégument de l’hÔte : 33;
c. Retournement et prise de la posture de ponte : 35;
d. Recherche de l’orifice préJablement pratiqué : 37;
e. Ovojection et abandon de l’hSte : 38;
f. Durée des diverses phases : 39;
g. Pontes multiples : 39.
2. Variantes du comportement de ponte. 40
a. Répétition d'une phase du comportement : 40;
b. Suppression d’une phase de l’attaque : 40;
c. Erreur de localisation lors de la recherche de l’orifice de
ponte : 41.
3. Réactions de l’hôte. 41
O. Réactions de l’hôte au moment de l’attaque : 41;
b. Réactions pendant et après la ponte : 42.
4. Perforation et nutrition. 42
5. Signification du comportement de ponte.
D. Vie préimaginale..
I. Vie prénymphale..
1. Phase endopaiasitaire.
O. L’œuf : 44;
b. La larve au stade I ; 47 ;
c. La larve au stade II : 47 ;
d. In larve au stade III : 47;
e. Aspects ^obaux : 48.
2. Phase libre. 49
3. Particularités de la vie larvaire. 49
a. Conséquences de l’échelonnement du développe¬
ment ; 49
b. Coparasitisme : 50.
II. Nymphose et hivernage. 51
E. Interactions dans le couple hôte/parasite . 51
I. Inâuence du parasite sur le développement de l’hôte. 51
1. Étude en laboratoire. 52
2. Étude dans la nature. 52
Source : MNHN, Paris
tt t ù
242
J.*C. LÉONIDE
Pag«s
II. Influence du parasite sur l’activité génitale de l’hôte. 53
1. Activité ovarienne de l’hôte sain. 53
2. Action du parasite sur l’activité génitale femelle. 53
3. Action du parasite sur l’activité génitale mâle. 55
III. Influence du parasite sur le comportement de l'hôte. 56
IV. Lésions internes. 56
F. SpÉciFiarÉ parasitaire. 57
I. Spécificité taxinomique. 57
II. Stades et sexes de l’hôte infesté. 58
G. Conclusions. 58
Chapitre HL —LES ÂCEMYIINA, ÉTUDE DE TROIS ESPÈCES FRANÇAISES.. 61
Introduction. 61
A. Morphologie préimaginale. 62
I. L’œuf. 63
1. L’œuf de Ceracia mucronifera . 63
2. L’œuf à'Acemyia acuticomis . 63
II. Ia larve 1. 64
1. La larve I de Ceracia mucronifera . 64
2. La larve I à’Acemyia acuticomis . 66
3. La larve I de Myiothyria benoisti . 67
III. La larve II. 67
IV. La larve III. 68
V. Le puparium. 69
VI. Diagnose spécifique des larves. 70
B. Biologie de Ceracia mucrortifera Rond. 71
I. Données préliminaires. 71
1. Travaux antérieurs sur le genre Ceracia . 71
2. Informations sur le cycle à^Anacridium aegyptium (L.). 72
II. Vie imaginale. 73
1. Caractéristiques spatio-temporelles et numériques. 73
a. Durée de vie : 73;
b. ChoTologie : 73;
c. Pbénoiogie : 73;
d. Abondance : 75.
2. Sexudité, physiologie de la reproduction. 75
а. Sexualité : 75;
б. Physiologie de la ponte : 78.
3. Comportement de ponte. 82
а. Étude en laboratoire : 82 ;
б. Observations dans la nature : 87.
III. Vie préimaginde. 88
1. Phase préparasitaire. 88
а. Édosion de l’œuf et pénétration : 88;
б. Les échecs de l’œuf : 90.
2. Phase endoparasitaire. 92
a. Biologie des larves à leurs différents stades : 92;
b. Aspects dohAux et particularités de la vie endoparasi¬
taire :97.
Source ; Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES
Fagra
3. Phase post*parasitaire. 103
а. Sortie dee larves : 103;
б. Comportemeat des larves libres : iOS;
c. Vie nymphale : 105;
d. Hivernage et diapause : 105;
e. Émergence imagiiiaie ; 106.
TV. Interactions dans le couple hôte/parasite. 106
1. Réactions de l’hôte. 106
2. Actions du parasite. 107
a. Influence sur le développement : 107;
b. Influence sur l’activité génit^e : 107;
e. Lésions internes : 108;
d. Action iétde du parasite sur l’hôte : 109.
3. Vdeur trophique de l’hôte. 110
V. Spécificité parasitaire. 110
1. Dans la nature. 111
2. Au laboratoire. 111
a. Spécificité maternelle ; 111;
b. Spécificité larvûre : 111.
3. Origine de la monophagie constatée dans la nature. 112
C. Autres Acemyiina . 113
I. Biologie à'Acemyia acuticomis Meig. 113
1. Données des auteurs. 113
2. Observations personn^es. 114
a. Vie imaginale : 114;
b. Vie préimaginale :116;
e. Interactions dans le couple hôte/parasite : 117;
d. Caractéristiques du cyde d'Atemyla acuticomis : 118.
n. Biologie de Myiothyria benoisti Mesn. 119
D. Caractéristiques biologiques et pahasitologiques des Acemyiina.. 120
Chapitre IV. — LES ORMIINI, ÉTUDE DE PLESIOŒSTRUS LEONIDEI MESNIL 123
A. Travaux antérieurs sur les Omiini . 123
I. Taxinoinie et répartition géographique. 123
II. Biologie. 125
B. Recherches personnelles sur Plesioœstrus leonidei Mesn. 126
I. Morphologie préimaginale. 126
1. Le planidium. 126
2. La larve n. 129
3. LalarveUI. 130
4. Le puparium. 131
II. Biologie. 131
1. Chorologie. 131
2. Phénologie. 132
3. Vie préparasitaire. 132
4. Vie endoparasitaire. 133
5. Vie post-parasitaire. 134
6. Interactions dans le couple hôte/parasite. 135
7. Spécificité parasitaire. 136
C Caractéristiques biologiques et parasitologiques des Ormiini . 137
Source : MNHN, Paris
244
J.-C. LÉONIDE
P«g«»
Chapitre V. — LES NÉMESTRINIDÉS, ÉTUDE DE SYMMICTUS COSTA rUSLOEW 139
Introduction. 140
A. Morphologie préiuacinale . 142
I. L’œuf. 142
II. Le planidium. 143
III. U larve II. 144
IV. La larve ni. 144
V. La larve IV. 145
VI. La nymphe. 146
B. Vie imaginale. 146
I. Vie dans le milieu naturel. 146
1. Chorologie. 146
2. Phénologie. 147
3. Importance numérique de la population. 148
4. Comportements trophique et de r^ation. 148
5. Durée de vie. 149
IL Comportement de reproduction. 149
1. SesutOité. 149
2. Ponte. 150
a. Lieu de ponte : 150;
b. Attitude de ponte : 152 ;
c. Durée de ponte et activité de la femelle : 152 ;
d. Fécondité et rythme de ponte : 153;
e. Nombre d'œu& déposée : 153.
3. Déplacements liés à l’activité génésique. 154
C. Vie PRiittAGiNALE. 155
I. Phase libre préparasitaixe. 155
1. Incubation des œufs. 155
2. Vie libre du planidium. 156
3. Notion de « foyers parasitogènes ». 157
4. Pénétration. 158
II. Phase endoparasitaire. 159
1. Vie du planidium dans l’hôte. 159
a. Localisation dans les trachées de l’hâte : 159;
b. Formation du pore respiratoire et de la partie proxi¬
male du tube respiratoire : 159;
e. Croissance et nutrition : 161;
d. Mue : 161;
e. Durée du stade I : 161 ;
/. Signification du stade I : 161.
2. Vie des autres stades larvaires. 162
a. Localisation : 162; .
b. Durée de vie de chaque stade : 162 ;
c. Croissance et nutrition : 163;
d. Mue ; 163.
3. Aspects ^obaux de la vie endoparasitaire. 163
a. Siphonogenèse et fixation des larves ; 163;
b. Surparasitisme et conséquences : 167.
III. Phase post-parasitaire. 169
1. Vie larvaire libre. 169
O. Sortie : 169;
b. Dissémination du parasite à l’état larvaire : 170;
c. Hivernage et diapause : 170.
2. Nymphose. 1^1
Source : Mh}HN, Paris
DIPTÈRES PARASITES D’ORTHOPTÈRES 245
Pages
D. Interactions dans iæ couple hôte/pabasite. 171
I. Réactions de l’hôte à la présence du parasite. 171
II. Actions du parasite sur l’hôte. 171
1. Action SUT le développement. 171
2. Action sur l’activité génitale. 171
3. Signes extérieurs du parasitisme. 172
4. Lésions internes. 173
5. Survie de l’hôte à la sortie du parasite. 173
E. Spécificité parasitaire. 174
I. Position taxinomique et stades des hôtes. 174
II. Origines de la spécificité. 174
F. Caractéristiques biologiques et parasitologiqdes des Némestri-
NIDÉS. 175
Chapitre VI. — CARACTÈRES BIOLOGIQUES ET PARASITOLOGIQUES
DES DIPTÈRES ACRIDIOPHAGES. 178
Introduction. 179
A. Vie iuaginale. 180
1. Vie des Diptères acridiophages dans leur milieu naturd. 180
1. Chorologie. 180
2. Phénologie. 181
3. Coïncidence spatio-tempor^e avec l’hôte. 182
4. Comportements trophique et de relation. 183
U. Sexu^té et physiologie de la reproduction. 185
1. Sex-ratio. 185
2. Accouplement. 186
3. Physiologie de la ponte. 186
III. Comportement d’infestation. 187
1. Ponte à l’écart de l’hôte. 188
2. Ponte au contact de l’hôte. 188
<t. Larviposition : 188;
b. Oviposition : 189.
B. Vie préimaginale. 190
I. Phase préparasitaire. 190
1. Phase proxénique. 190
a. Libre : 190;
b. Intra-utérine + libre : 191;
e. Intra-utérine seule : 191.
2. Phase paraxénique. 191
3. Caractères de la vie préparasitairc. 192
II. Phase endoparasitaire ou endoxénique. 194
1. Déplacements et localisation. 194
2. Nutrition. 195
3. Croissance et mues. 196
4. Durée des stades et de la vie larvaire totale. 196
5. Parasitisme grégaire ou solitaire. 197
6. Caractères de la vie endoparasitaire. 198
JII. Phase post-parasitaire ou métaxénique. 198
1. Abandon de l’hôte. 198
2. Phase larvaire libre. 199
3. Nymphose. 200
4. Destinée de l’hôte après la sortie du parasite. 200
Source : MNHN, Paris
246
J.-C. LÉONIDE
C. Interactions dans le codple hôte/parasite . 202
I. Réactions de défense de i’hôte. 202
1. Réactions générales. 203
2. Siphonogenèse. 204
a. Type : 204;
b. Fonne : 205;
c. Structure : 205;
d. Origine et croissance : 206;
e. Caractéristiques de la siphonogenèse des Ortho¬
ptères : 207
II. Actions du parasite sur l’hôte. 208
1. Actions directes. 208
2. Actions indirectes. 208
D. Spécificité parasitaire. 212
I. Stade des hôtes infestés. 212
II. Sexe des hôtes infestés. 213
III. Spécificité taxinomique. 214
1. « Wirtskreis » des Diptères acridiophages. 214
2. Éléments de la spécificité parasitaire. 215
а . Éléments maternels de la spécificité : 216;
б. Cémenta larvaires de la spécificité : 216.
E. Conclusions . 217
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS. 220
BIBUOGRAPHIE. 228
TABLE DES MATIÈRES. 240
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ÉDITIONS DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
En vente à la Bibliothèque centrale du Muséum,
38, rue Geo&oy-Saint-Hilaiie, Paris (5^)
C.C.P. : Paris 9062-62
Annuaire du Muséum national d’Histoire naturelle (parait depuis 1939).
Archives du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1802. In-4°, sam pério¬
dicité).
Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1895; 6 numéros par
an).
Grands naturalistes français (depuis 1952. Sam périodicité).
Mémoires du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1936. Depuis 1930,
nouv^e série en 3 (puis 4) parties : A. Zoologie; B. Botanique; C. Sciences de
la terre; D. Sciences physico-chimiques. Sam périodicité).
Notes et Mémoires sur le Moyen-Orient (depuis 1933, In-4°, aan» périodicité).
Publications du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1933. Sam pério¬
dicité).
PUBUCATIONS DES LABORATOIRES DU MUSÉUM
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Index Seminum Horti parisiensis. Service des Cultures, 61, rue Buffon, Paris (5*);
depuis 1882; échange.
Journal d'Agriculture tropicale et de Botanique appliquée, suite de Revue inter¬
nationale de Botanique appliquée et d'Agriculture coloniale, depuis 1954. Labo¬
ratoire d’ethnobotanique, 57, rue Cuvier, Paris (5®).
Adansonia (suite aux Notulae Systematicae). Directeur : M. A. Aubréville,
Laboratoire de Phanérogamie, 16, rue Buffon, Paris (5®); sam périodicité.
Revue Algologique. Directeur : M. R. Lami, Laboratoire de Cryptogamie, 12, rue
Buffon, Paris (5®); depuis 1924.
Revue Bryologique et Lichénologique. Directeur : M“« V. Allorge, Laboratoire
de Cryptogamie; depuis 1874.
Revue de Mycologie. Directeur : M. Roger Heim, Laboratoire de Cryptogamie;
depuis 1928.
Cahiers de La Maboké. Ehrecteur : M. Roger Heim, Laboratoire de Cryptogamie,
12, tue Buffon, Paris (5®); depuis 1963.
Pollen et Spores. Directeur : M“® Vau Campo, Laboratoire de Palynologie,
61, rue Buffon, Paris (5®); depuis 1959; semestriel.
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