Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
^ H-
■O J -
MÉMOIRES
DU
MUSEUM NATIONAL .
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
tomelv:
FASCICULE UNIQUE
i) J:3i3.
René de NAUROIS
PEUPLEMENTS ET CYCLES DE REPRODUCTION
DES OISEAUX
DE LA CÔTE OCCIDENTALE D'AFRIQUE
(du Cap Barbas, Sahara Espagnol, à la Frontière
de la République de Guinée)
Ouvrage publié avec le concours de la Fondation Gulbenklan
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-HBaire (V*)
1969
^ J»
ir,». .,J7
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOJRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME LVI
FASCICULE UNIQUE
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V®)
1969
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
 la mémoire
de mes Maîtres de l’Université et des Facultés libres de Toulouse
Henri BOUASSE (1866-1953)
Professeur de Physique générale à la Faculté des Sciences
Jean DELVOLVÉ (1872-1948)
Professeur de Philosophie à la Faculté des Lettres
Louis SALTET (1870-1952)
Ferdinand CAVALLERA (1875-1954)
Professeurs d'Histoire des Institutions et d'Histoire des Doctrines
à la Faculté de Théologie
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Mannigfache Wege gehea die Menschen. Wer aie verfolgt imd verg^eicht wird
wunderUche Figuren ectsiehen sehn : Figuren die zu jener groasen ChiSernschrift
zu gehdren acheinen, die man Uberall auf FlUgen, Eierschalen, in Wolken, io
Schnee, in Kristallen und in Sleinbiidungen, auf gefrierenden Waaseni; in Innem
und ÂuBsem der Gebirge der Pflanzen, der Tieie, der Menacben... erblickt...
Glaubst du nicht daas es gerade die gut auageführten Système sein werden,
aus denen der kUnftige Ceograph der Natur die Data zu seiner groasen Natur-
karte nimmt ? Sie wird er ver^eichen, und diese Vergleichung wird uns das
sonderbare Land erat kennen lehren. Die Erkentnia der Natur wird aber noch
himmelweit von ihrer Auslegung verachieden sein. Der eigentliche ChiSrierer
wird vidleicht dahin kommen, tnehrere Naturkrifle zugleich zu Hervorbringung
herrlicher und nUtzIicber Erscheinungen in Bewegung zu aetzen... und doch wird
et die Natur nicbt verstehen. Oies ist die Gabe des Naturbistorikers, des Zcitcns-
sehers...
Novaus, Die Lehrlinge zu SaU, 1798.
Source : MNHN, Paris
’sm.
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Tome LVI, Fascicule unique
PEUPLEMENTS ET CYCLES DE REPRODUCTION
DES OISEAUX
DE LA CÔTE OCCIDENTALE D’AFRIQUE
par
René de MAUROIS
Professeur aux Facultés libres de Toulouse
Correspondant du Muséum national d'Histoire naturelle
AVANT-PROPOS
La cite est-elle une limite — une ligne idéale — entre deux domaines absolument
étrangers l'un à l’autre ? Est-elle au contraire une zone intermédiaire où viennent se recouvrir,
s’interpénétrer, voire se combiner des éléments hétérogènes ? Est-elle à la fois ou successivement
l’un et l’autre, selon le point de vue ou selon le lieu ?
Dans le premier cas, une faune à, proprement parler côtière n’existerait pas; et étudier
les animaux côtiers, l’avifaune côtière en particulier, serait faire la science de faunes juxta¬
posées sinon même « opposées ». Dans le second cas, au contraire, il y aurait place pour un
ensemble autonome, doué d’une certaine cohésion : composite certes, mais sui generis et par
endroits puissamment original.
Nous allons voir que la côte est souvent l'un et l’autre. Par endroits elle est les deux
à la fois : coupure en un sens, union en un autre. C’est le cas sur les côtes de VAguerguer et
d’une manière générale sur les falaises côtières : les sites favorables d la nidification rap¬
prochent les espèces; mais celles-ci se partagent en deux classes tournées l’une vers la mer
l'autre vers l’intérieur des terres. Ailleurs la côte est, selon les lieux, l’un ou l’autre ; ici,
séparation quasi absolue de deux faunes bien distinctes : tel est le cas sur la « Petite Côte »
sénégalaise; là, extension de chaque biotope dans le domaine de l’autre, compénétration donc,
avec de remarquables adaptations des éléments d'un milieu à l'autre milieu. Les exemples
abondent sur les rivages plats ou à falaises rares et peu développées qui sont les nôtres au
Sud de VAguerguer. La » Petite Côte » sénégalaise, celle du delta du Sine-Saloum ont
un caractère presque entièrement * terrestre », comme les bords définis d’un lac : les oiseaux
de mer ne font que glisser le long des rives sans pouvoir s’y accrocher pour s’y reproduire. Au
contraire des îles du Banc d’Arguin, certaines îles des Bijagos, montrent un mélange d’espèces
de lagunes (Aidéidés, Spatules, etc.) avec des espèces franchement marines voire presque péla-
1. Auxquelles s'ajoutent quelque! oiseaux tertestres (Afoioeiila fiava).
Source : MNHN, Paris
10
RENÉ DE NAUROIS
gigues (Slerna anacthetus). Nous caracUnserons ce biotope par une expression de notre choix :
c’est une lagune en pleine mer, simultanément lagune terrestre et milieu marin
Ainsi se trouve justifiée l’étude d’une faune citière pour elle-même — aussi bien qu’est
fortdée l’étude d’une faune montagnarde, pélagique ou désertique.
C’est dire que notre exposé devra procéder par secteurs géographiques. Sur plus de
2.000 km l’avifaune se modifie dans sa composition et son écologie en fonction de deux
ensembles de facteurs: 1“ otiec les changements d’infrastructure géologique et de modelé du
terrain : lies et continent, plages, falaises, lagunes et deltas; 2° avec Us variations des condi¬
tions climatiques et océanographiques, elles-mimes fonction de la position entre le Pôle et
l'Équateur. Du cap Barbas à la frontière de la République de Guinée on passe par divers inter¬
médiaires d’un socle désertique entaillé en falaise par l’action de l’Océan aux larges riaa_
les fameuses « rivières du Sud • — selon une direction presque rigoureusement méridienne.
De plusieurs manières cette orientation conditionne Us phénomènes ; 1“ En fonction directe
de la hauteur du soleil, c’est-à-dire par toutes Us causes d'ordre eosmograpkique qui influencent
le développement de la vie (incidence lumineuse, intensité du rayonnement, éckauffement...)-,
2® En fonction indirecte de la Latitude par l’effet sur la vie des oiseaux de tous Us détermi¬
nismes physiques et biologiques : températures, humidité et pluviométrie, vents, courants océ¬
aniques, végétation littoraU terrestre et sous-mcuine, enrichissement cyclique des eaux côtières,
abondance des proies, etc. A quoi s'ajoutent évidemment d’autres cau«ej les unes favorables
les autres défavorables : si Us prédateurs sont rares et ne jouent souvent qu’un rôle mineur
dans la dynamique des populations il n’en va pas de mime des déprédateurs : certains Mam¬
mifères, les populations humaines... La multiplicité des facteurs est si grande qu’il faudra
évidemment simplifier, ne considérer que l’essentiel, négliger provisoirement certaines compo¬
santes parce que leur rôle dans U faisceau des causes est encore trop incertain,
Le plus difficile sera de découvrir ce qui dans la réalité géographique et zoogéographique
constitue une analyse naturelle, fournit un équivalent d'expérimentation. A quelles conditions
pourrons-nous dire que telles similitudes ou tels eonstrastes, telles concordances ou telles
oppositions, représentent un substitut d'expérience cruciale — autant du moins qu’on peut
l’obtenir dans les sciences d’observation ? Disons-le dès maintenant ; ii riche que soit, le long
de cette côte nord-occidentale d’Afrique, la variété des conditionnements, le • champ d’expé¬
rience n 4cra encore trop étroit : entre plusieurs explications possibles les données ne permet¬
tront souvent pas de choisir... Ce qui revient à dire que pour Sire compréhensible cette côte
ne se suffi pas elle-même. A la comparaison de scs parties intégrantes, il faudrait ajouter la
confrontation, à Latitude égale, des conditions et des effets sur les rivages d'Afrique occiden-
date et d’Afrique orientale, d’Afrique et d’Amérique, de l'hémisphère boréal et de l'hémis¬
phère austral. Nous réservons pour un travail ultérieur cet éclairage en quelque sorte latéral
de notre problème particulier, cette interprétation de la • partie • — la côte du cap Barbas
à la Guinée — par la • totalité » — l’ensemble des côtes du Globe*.
Plusieurs travaux importants ont été consacrés depuis cent ans aux régions les plus
occidentales de l’Afrique de l’Ouest. Pour le Sénégal nous citerons seulement, parmi les tra¬
vaux anciens, le livre tenu semhle-l-il en une suspicion un peu imméritée du docteur A. T. de
Rochebrune (1884) ainsi que l’article d'O. Neumann (1917). Tout récemment ont été publiés :
pour le Sahara espagnol, le magistral ouvrage de J. Valverde; pour la Mauritanie, les études
1. L'Aftoul » Saheli mauritanicD et te delta du hénical eonelituent uii ca> UAi particulier. Noua De
gominea plua aur la e6te maie noua dépendoiia encore d'elle : la prédominance, preaque rcxcliieivité.
appartient à cea mêmes catégories d'oiseaux a<|iiatiriuea du domaine terrestre qui au. Ùunr d'Arguin et
et si la lagune est assez vaste pour entourer de nombreuses « fies a c'est en raison tl'unr rertaine mise en
charge des eaux du delta par un barrage — le cordon littoral — dont l'existeiire est dur & l'action des
grandes houles. C'est le lagune eu pleine terre, mais refoulée pur l'Océan vers l'intérieur.
2. Nombre d'études relatives aux côtes uméricaincs et africaines nous ont aidé & mieux saisir les
caractéristiques de notre côte d'Afrique occidentale, car millo rumparaisoiit nous sont venues i l'esprit.
Nous n'avons pu les intégrer au présent travail mais avons maintcmi dans la bibliographie la mention de
cesnrtirleaet ouvrages. Par ex., pour l'Afrique orientale ; Al,-iflitiSAmi 1938. Hark Jonrs 1944, Rasciiieri.
Salvadohi 19,S4, Bohhan 1929, Cholklby 1897. Clapiiam 1964, Cuicj 1931, IIecclin (léSb it 1873)
MoLTONi (1940-1941), Moreau (1950). Nobth (1946). Salvadohi (1954), Skitii (1947 i 1955), Ticeiivmst
(1924), Tbott (1947 et 1949), etc, Pour les côtes d'Amérique : Bo.nd (1954 et 1956), le Clirck-liit de 1957
Murpiiv (1923,1936), Palmer (1962), Piielph (1945 A 1959), Vaubie (1961), Voovs (1957 i 1963), iX'etmorÈ
(1933. 1946).
Source : MNHN, Paris
AVANT-PROPOS
11
de P. L. Dekeyser et A. Villiers;pour le Sénégal, celles de G. et M. F. Morel; pour la Guinée
portugaise les importantes publications de F. Frade. Mais personne ne s'était attaché avant
nous à la prospection méthodique du littoral et des lies.
J. Valverde (1957) avait consacré quelque temps aux falaises d’El’Aargub (5 de Villa-
Cisneros, hors des limites de la présente étude) sans pouvoir pousser plus au Sud le long de
l’Océan. Cet auteur avait eu le grand mérite, à partir d’observations sur l’abondance de cer¬
tains oiseaux de mer et de renseignements fournis par les pêcheurs canariens, de souptonner
l’existence d’importants peuplements sur les îles du Banc d’Arguin R. Moal, le premier,
débarquant en 1954 sur Vile Arel, avait trouvé d’énormes colonies et identifié deux genres
reproducteurs (Phalacrocorax et Pelecanus). Le docteur Tixerant, de son côté, avait surpris
sur Vile Kiaone en 1957 une reproduction de Flamant rose Phoenicopterus ruber. Au Sénégal
septentrional, G. et M. Y. Morel, qui poursuivent depuis dix ans des études approfondies de
syrtécologie dans la région de Richard-Toll, avaient étudié une héronnière mixte située dans
la partie amont du delta du fleuve. Au large de la presqu’île du Cap-Vert, H. Heim de Balsac
(1961) avait découvert sur Vile de la Madeleine une colonie nicheuse — bien inattendue —
de Phaeton ethercus. En Gambie, les ornithologistes britanniques avaient soigneusement
noté les espèces présentes sur la côte et deux auteurs — E. M. Cawkell et R. E. Moreau {1963)
— avaient publié d'intéressantes constatations faites quinze ans plus tôt sur l’îlot Bijolo par
Wolton.
En Guinée portugaise enfin les prospections de la mission dirigée en 1945-1946 par le
professeur F. Frade avaient couvert l’ensemble de la partie continentale du pays et permis
de dresser un inventaire faunistique à peu près complet; l’archipel des Bijagos cependant
n’avait pu être méthodiquement exploré. Les travaux faisaient une part importante à l’écolo¬
gie et la biogéographie des espèces continentales mais la biologie de la reproduction n’avait
pas été étudiée.
Nos propres recherches portèrent d’abord sur le Banc d’Arguin (Mauritanie, Mars 1959).
Au cours des années suivantes elles s’étendirent à l’ensemble des régions côtières d’Afrique
occidentale du détroit de Gibraltar à la frontière de la république de Guinée. Nous reprîmes
ainsi, de façon plus systématique, des investigations entreprises plusieurs années auparavant
dans le secteur marocain. Pour élargir le champ des conwaraisons nous poussâmes d’autre
part vers le large jusqu’à l’archipel du Cap-Vert et, vers l’Equateur, jusqu’aux îles du golfe de
Guinée. C’est pour ne pas livrer d’un coup une œuvre trop lourde que le seul secteur compris
entre les Latitudes de 22° 18' (cap Barbas) et 10° 58' (extrémité méridionale de la Guinée
portugaise) a été retenu pour la présente publication.
Encore ce domaine réduit ne put-il être étudié à fond. Les moyens de transport firent
souvent défaut. Le champ aussi était trop vaste ! Mais n’était-il pas tentant, après la décou¬
verte des terres du Banc d’Arguin et de l’tlot Virginia, de comparer à cet ensemble en bordure
du désert saharien un autre archipel,celui des Bijagos, situé enbordure des savanes guinéennes?
Et dès lors pouvait-on se dispenser d’inventorier l’intervalle, d’opposer la grande région d’inon¬
dation du fleuve Sénégal aux îles côtières, de mettre en parallèle ce delta avec ceux du
Sine-Saloum et de Casamance? Sollicitations d’autant plus puissantes que la direction de la
côte se trouvant être presque rigoureusement Nord-Sud une chance s’offrait, comme il a été dit
plus haut, de suivre en fonction de la Latitude l’évolution des phénomènes !
Ne disposant guère que de cinq années, nous ne pouvions fouiller aussi minutieuse¬
ment qu’il eût fallu toutes les parties de la côte, ni retourner aussi souvent qu’il eût convenu
(aux diverses époques de l’année) sur les mêmes lieux. Deux lacunes surtout apparaîtront. La
première consiste dans l’insuffisance des prospections d’Ouest en Est. Pour dégager l’originalité
de la côte, une comparaison s’imposait entre sa faune propre et celle de bandes parallèles
au littoral, de plus en plus éloignées vers l’intérieur. Il est remarquable en effet que plusieurs
espèces de Mammifères et d’Oiseaux — pour des raisons complexes oû les facteurs climatiques
(hygrométrie, amplitude réduite des températures) jouent sans doute un rôle — s’écartent
du voisinage marin. Faute d’avoir pu procéder de façon méthodique à des relevés faunis¬
tiques et des comptages selon des radiales perpendiculaires à la côte nous avons renoncé à
développer pour lui-même cet aspect des questions. Une autre déficience est relative à la côte
1. lle« dont Bird (1937), étudiant les oiseaux de passage à Port-Etienne, parait avoir ignoré jusqu'à
l'existence,
Source ; MNHN, Paris
12
RF.NÉ DE NAUROIS
même dans les secteurs sableux où ne pousse qu'une maigre végétation halophile et où les
oiseaux résidents sont très rares. Une étude qui tendait à l’exhaustivité n'aurait pas dû
négliger ces biotopes déshérités, où il eût été intéressant d la fois de préciser ce qui subsistait
et de s'assurer de ce qui manquait. Mais la marche est fort pénible le long des cordons litto¬
raux qui s’étirent sur des centaines de kilomètres; et le cœur, il faut l'avouer, nous a souvent
manqué pour y poursuivre la recherche de rerueignements surtout négatifs. Voilà comment
notre enquête s’est trouvée ramenée presque exclusivement A l'écologie et la biologie des Oi¬
seaux de mer, ainsi que des Palmipèdes et Échassiers qui peuplent les lies, falaises, lagunes
et deltas.
Une introduction sera consacrée aux principaux facteurs qui interviennent dans la
constitution du milieu physique. Il sera traité encinqparties des cinq grandes sections étudiées:
côte de l’Aguerguer; câte mauritanienne et lies du Banc d'Arguin; Aflout es Saheli et delta
du Sénégal; côte de Sénégambie; côte de Guinée portugaise et lies Bijagos. Entre le cap
Timiris {Sud du Banc d’Arguin) et l'Aftoul es Sahéli, la plage et les cordons littoraux ne
présentent qu’un intérêt minime. Il en va de même du littoral compris entre l’estuaire du Séné¬
gal et la presqu’île du Cap-Vert. Ces deux secteurs de la côte seront laissés de côté
La méthode d'étude a été celle de l’observation. Elle eût été avantageusement complétée
par des baguages d’oiseaux au nid. Nos conditions de travail — le plus souvent sans aide
technique, pressé par le temps, assujetti aux horaires de personnes dévouées qui prêtaient
ou louaient pour peu de temps leurs embarcations, vaincu aussi trop souvent par la fatigue ~—
auraient difficilement permis cette extension d’activité L'effort porta donc sur l’identifica¬
tion des espèces, l’évaluation très approximative du nombre des populations, l'étude au cour»
de plusieurs années des conditions de nidification et des époques de reproduction. Il fut
nécessaire de revenir aussi souvent que possible sur les mêmes lieux pour déterminer au mieux
les dates de début et de fin de ponte. Pour des raisons diverses, celle en particulier d’apporter
dans les peuplements d’oiseaux grégaires le minimum de perturbation, peu de spécimens ont
été collectés; assez cependant pour qu’ait pu être précisée dans quelques ras l’identité subspéci¬
fique des populatioru.
Le petit nombre d’oiseaux obtenus a entraîné un nombre plus petit encore de contenus
stomacaux prélevés en vue d’analyses. L’expérience a montré qu’aussi longtemps que ne sont
pas bien connues les habitudes alimentaires d’une espèce, c'est dix sujets qu’il faudrait abattre
pour obtenir un ou deux estomacs contenant des proies identifiables.
Une étude portant sur d’aussi vastes territoires na pu être menée d bien qu’avec U
concours d’un très grand nombre de personnes, les unes fournissant les autorisations et moyens
de transport indispensables, les autres ne ménageant ni leur temps ni leur peine pour nous
guider au milieu des récifs ou des hauts-fonds, • assurer « les descentes à la corde au flanc des
parois rocheuses, porter les charges, les instruments et les armes. Parmi ceux à qui vont nos
remerciements et faute de pouvoir les énumérer tous, nous nommerons seulement : pour le
Sahara espagnol, M. Yanguas Miravete gouverneur général, M. A. Orliz Moreno, délégué
à Villa-Cisneros, M. le Commandant M. F. Aceyluno; pour la Mauritanie, M. l’amiral
Ortoli, M. le général Gardet, M. Alfonsi, M. Bourreau, M. le docteur Tixeranl, MM. Bau¬
dot, Raoul et Kervagoret; pour le Sénégal, MM. les ingénieurs des Eaux et Forêts, Tous-
saint-Morlet, Maheul, Bourry, nos amis G. et M.-Y. Morel, J. de Saint-Seine; pour la
Gambie, MM. P. Core, ancien vice-gouverneur, E. Brewer, directeur de l’administration des
Forêts, notre collègue et ami E. M.Cawkell; pour la Guinée portugaise, MM. les gouver¬
neurs V. A. Marlins Rodrigues et Sckulze, MM. les admnistrateurs des Conseils de Bissau
Mansoa, Fulacunda, Cacine, Bubaque ainsi que leurs adjoints et chefs de postes. Mais
1. Fort intéreasnnle au point de vue oraithulofciquc ebl la rdsion dee NiByea toute voiaine de la e6te
au Nord de Dakar, Nous avons envisag6 de l'inclure dans cette étude. Mais les lacs des Nioyrs ont encore
moins de relation avec l'Océan voiain que n'en a la nappe d’inondation du Active Sénégal. Une part d'aritt.
traire intervenant inévitablement dans nos choix nous avona Anolement renoncé i ce projet.
2. Notre collègue F. Roux a procédé au Banc d'Arguin au baguage de plusieura milliers de pous>
sins. Ce travail a été récompensé par d'intéressantes reprises.
Source ; MNHN, Paris
AVANT-PROPOS
13
nous detions une reconnaissance toute spéciale à M. le capitaine de frégate Peixolo Correia.
ancien gouverneur, ancien ministre, qui nous accueillit pour la première fois en Guinée
portugaise et mit aussitôt à notre disposition d’importants moyens de travail.
Qu'il nous soit permis d’exprimer une gratitude particulière à ceux dont l'appui et les
avis ne nous ont jamais manqué : MM. M. Rossignol, E. Postel, P.-L. Dekeyser, R. Roy,
J.-G. Adam, A. Naegelé, M. le professeur Ch. Boisson, professeur à la Faculté des Sciences
de Dakar; M. Saint-Girons, directeur de Recherches au C.N.R.S., nos collègues et amis
J. Dragesco, Ch. Jouanin et F. Roux du Muséum national d’Histoire naturelle; M. N. Ma¬
yaud à gui nous devons l’idée même d’une exploration au Banc d’Arguin; MM. M. Vachon
et J. Dorst, professeurs au Muséum national d’Histoire naturelle, M. Drach, professeur à la
Sorbonne, M. P. P. Grassé, professeur à la Sorbonne, membre de l’Institut; M. Th. Monod,
ancien directeur de l'Institut français d'Afrique noire, membre de l’Institut, M. Juglas,
ancien directeur de l’O.R.S.T.O.M.
Enfin c’est avec joie que nous devons remercier tout spécialement celui qui depuis plus
de dix ans n’a cessé de nous soutenir dans nos entreprises et de nous guider de ses conseils,
notre maître M. H. Heim de Balsac, professeur à la Faculté des Sciences de Lille, membre
correspondant de l’Institut.
Paris, 2 janvier 1968.
Cet ouvrage a été publié avec le concours généreux de la Fondation Gulbenkian.
Nous tenons à exprimer ici à M. José de Azeredo Perdigào, Président de la Fondation, et
particulièrement à M. le Professeur pyancisco de Paula Leite Pinto, Administrateur, notre
très profonde reconnaissarKe.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
NTRODUCTION
LES FACTEURS GÉOGRAPHIQUES
Du cap Barbas aux confins guinéens tout relief montagneux fait défaut. C’est une
plaine qui vient s’ensevelir sous l’Océan, les couches géologiques s’enfonçant d’Est en Ouest.
Les sédiments sont presque partout quaternaires et constituent un littoral généralement
plat. A quelques exceptions près, qui seront mentionnées, les falaises n’existent que dans
l’Aguerguer, où elles atteignent une hauteur de 30 ou 40 mètres. Le Continentd terminal (Néo¬
gène) se montre à peine au-dessus du niveau de la mer face aux lies du Banc d’Arguin (cap
Tafarit, étudié par P. Elouakd); et des formations maestrichtiennes apparaissent au Sud de
Rufîsque (Horst de N’Diass). C'est dire que l’orographie générale est assez simple et sera
sommairement présentée avec les conditions géographiques propres à chaque district côtier.
Mais la vie des Oiseaux dépend étroitement des vents, températures, insolation, etc. de la
présence d’iles ou de parois rocheuses, de ressources alimentaires qui sont elles-inêmes fonction
des mouvements de l’eau de mer. D’où les trois paragraphes consacrés à la Climatologie, à
la Morphologie côtière et à l’Océanographie.
§ 1. — LES CLIMATS DE L’AFRIQUE OCCIDENTALE
(d’après A. Aubreville, 1949) '
Les durées des saisons sèches et humides sous chaque latitude sont théoriquement
commandées par l’intervalle de temps qui sépare les deux passages du soleil au zénith de cette
Latitude. U s’ensuit que les grandes divisions climatiques, sur un bloc continental sans relief
considérable, forment en gros quatre bandes parallèles aux <i parallèles ». En fait et de façon
plus précise ce sont surtout les grands courants aériens qui déterminent le plus efficacement
les divers climats. Ils se disposent en deux et parfois trois masses d’air superposées qui restent
affectées de mouvements d’ensemble pendant d’assez longues périodes. Leurs limites varient
en altitude et en surface. “ Sauf ces variations momentanées, on constate que, très remarqua¬
blement, chaque année vers la même époque, ces masses d’air occupent des étendues sensible¬
ment les mêmes... » (p. 82).
1. Les vents.
L’Alizé maritime.
Il souffle aussi toute l’année au large des côtes entre les Latitudes des Canaries et des
Iles du Cap-Vert, voire plus au Sud. Son origine se trouve dans la zone des hautes pressions
des Açores. Au voisinage du continent surchauffé, sur les côtes de Mauritanie et du Sénégal,
il est dévié mais ne pénètre qu’à une petite distance à l’intérieur : au Sénégal guère au-delà
de Thiès. En Casamance, il est encore présent en altitude, mais ne se fait sentir que mollement
au sol.
C’est un vent du secteur N W à N E vif, frais, humide, dont la hauteur varie selon les
saisons, de quelques centaines de mètres à 2 000 m. Il amène parfois de petites pluies d’hiver
au Sénégal et en Mauritanie. B souffle toute l’année à Port-Etienne, de Novembre à Mai à
Dakar. Sa présence est la cause directe du climat spécial de la côte sénégalaise, sous-type du
climat sahélo-soudanais.
L’Alizé continental du Nord.
A l'intérieur du Soudan, dans les régions sahélo-soudanaises (Niamey, Gao, Bamako,
Rayes) souffle parfois en hiver, venant du secteur Nord, un vent vif, frais, relativement
humide — 6 à 10 g — qui est un Alizé. Son action est de trop courte durée pour avoir une
influence climatique (p. 82).
1. Noos avot» également utilisé, pour la rédaction de ce § les ouvrages de Ch. P. PéouY 1961,
P. Pedelabordk 1958,1965, Roulleau et Trochon 1952.
Source : MNHN, Paris
16
HENÉ UE NAUKOiS
La moiuson.
Les masses d’air du secteur Ouest sont aspirées pendant l’été boréal par la zone de dépres¬
sion conlinenlale. Leur irrande extension vers le Nord atteint le parallèle 20° au mois d'Août.
Elle se fait sentir ù Dakar de Juin à Octobre, i Port-Édenne pendant seulement quelques jours,
à Tamanrasset et au iloK^ar exccptionaellemcnt.
Tiède et humide, épaisse en général de 1 000 m, elle apporte les grandes pluies. Si
elle n’existait pas, il y aurait encore une saison des pluies lors des passages <iu soleil au zénith
mais la condensation de la vapeur d’nsu provenant de l’évaporation terrestre n’aiimenterait
probablement pas des précipitadons aussi fortes ([uc ceLns qui ont effectivement lieu. Dès
avant les pluies, elle fait monter rapidement la quantité de la vapeur d’eau — de 5 à 20 g
dans lo vallée du moyen Niger — et provoque un départ de Is végétation. Refoulée du continent
pendant l'hiver, elle souffle de façon presque permanente dans les secteurs maritimes du golfe
de Gmnée.
La Mousson est l'une des causes de la valeur excessive et permanente de la tension de
la vapeur d’eau sous le climat guinéen foresder ‘ (p. 83).
L’Harmattan.
C'est un courant puissant de ditecdon générale EW que l’on peut considérer comme
un Alizé continental (branche du courant égyptien). Il a un développement considérable en
Latitude (du 25° N au 5° S) et en altitude (s’élevant parfois à 10 OOO m). II souffle toute l’année
superposé à l’Alizé sur le littoral sénégalais, superposé partout à la Mousson. Ixirsquc cette
dernière ne se fait plus sendr, c'est lui qui balaie le aol. En hiver, pendant de courtes périodes
il atteint par dessus la forêt dense des côtes du golfe de Guinée. Très sec (2 à 4 g), habituelle¬
ment chaud, il provoque une transpiradon des feuilles, les fait tomber et tend i faire progresser
le désert vers lo Sud.
Le conflit entre l’Harmattan et la Mousson est permanent. Il se manifeste surtout en
commencement et i la (in de la saison des pluies sur le front des deux masses. Les grains ora¬
geux SC forment pour la plupart dans l’Harmattan et viennent de l’Est. Précédant les systèmes
nuageux, des tranches d’Harmattan descendent alors brutalement au sol provoquant ces
souffles relativement frais et secs, de courte durée, qui précèdent les averses (p. 83).
Le Contre-Alizé.
Au-dessus des vents précédemment décrits, existe un courant venant en général de
TOuest. On le considère comme un flux de retour qui évacuerait vers la zone des hautes près,
sions du 30° parallèle l’excès d’air accumulé en altitude dans la zone équatoriale.
L’Alizé de l’hémisphère austral.
L’action de ce courant en Afrique occidentale n’est pas admise par tous les auteurs
11 semble pourtant se manifester au moins par l’intermédiaire du courant froid de Bcnguelâ
dont lu branche longe les côtes du golfe de Guinée pendant l’été depuis la côte d’Ivoirc jusqu’à
l'Ouest de la Nigéria. H détermine sur ce littoral un rafraîchissement et accentue lu petite
saison sèche qui est la conséquence normale de la déclinaison du soleil à l’époque du solstice
d’été. C’est un vent humide (12 à 13 g), frais, maia moins humide que la Mousson.
2. Les cliuats.
Le climat sakélo-sénégalais
Il s’agit d’un climat de transition entre le climat d'Alizé marin de la côte et le dimat
continental sahélo-soudanais. Mars, Avril et Mai, qui sont frais sur la côte, sont chauds dans le
secteur Thiès-Kaolack-Bambey. Ce cUmat est cependant moins chaud et moins sec que le
climat sahélo-soudanais.
Température moyenne mensuelle :
Minima. 23° à 23° 8
Maxima. 29° 3 à 32°
Amplitude thermique. 6° à 8°6 (moyenne ou forte).
1. Nous reviendront avec plus de détoili sur ces données su cbapiUe consacré & Is Guinée portu-
^ 2. En toute rigueur cet alinéa aurait dù être précédé d'une analyse du climst saharien, auquel sont
soumis nos secteurs de l'Aguerguer et des cétesuiuuriumcunei, Quelques indications, inspirées de J. DcaiBp
1957, 1959-1963, 1935, seront données p. 32 et 45.
Source : MNHN, Paris
FACTEURS GÉOGRAPHIQUES. — CLIMATS
17
Teosions de la vapeur d'eau, moyeones mensuelles :
Minima. 9,4 à 11,5 mm
Manma. 22,3 à 23 mm
Variation annuelle. 11,5 à 13 mm (très forte).
Déficit de saturation. 9 à 12 mm (fort ou très
fort)
Variation annueüe. 8,5 à 12,2 ram (forte ou très
forte)
Minimum en Août; maximum en Avril.
Hauteur des pluies : 500 à 900 mm (faible, exceptionnellement très fûble). Cbutes entre
Juin et Octobre, ordinairement Juillet à Septembre (p. 158.)
Le climat sahêlo-sénêgalais côtier.
11 s’agit ici d’un climat exceptionnel dû aux influences successives de l’Alizé et de la
Mousson guinéenne et qui ne se fait sentir que dans une étroite bande côtière. 11 nous intéresse
tout particulièrement.
Température moyenne annuelle. 23® 7 à 25®
Température moyenne mensuelle :
Minima. 20° à 21°6
Maxima. 28° 4
Amplitude thermique. 6° 8 à 8° 3 (moyenne ou
forte)
Mini mum en Février; maximum en Septembre-Octobre.
La saison sèche, de 3 à 6 mois, est assez fraîche.
Tensions de la vapeur d’eau, moyenne mensuelle ;
Minima.
Maxima.
Variation annuelle.
Maximum en octobre; minimum en Janvier.
Déficit de saturation moyen annuel.
Variation annuelle.
Hauteur des pluies.
La saison des pluies dure de Juillet à Septembre avec
en Août (p. 160).
10,4 à 11
mm
22,4 à 23
mm
11,4 à 12,7
mm (très forte).
5.3 à 7
mm (moyen).
5,3 à 7
mm (moyen).
400 à 550
mm (très faible).
2 mois très pluvieux et un maxi-
Le climat soudano-guinéen.
C’est l'un des climats types parce qu’il règne sur une immense bande de territoire
qui s’étend de la Haute-Guinée à l’Éthiopie et se prolonge jusqu’à l’Adantique par les aires des
climats guinéen-maritirae et guinéen-foutanien qui en sont des variétés. Le climat des hauts
plateaux d’Abyssinie peut aussi être regardé comme une de ses variantes (due à l’altitude).
Ses limites inférieures et supérieures se placent en Afrique occidentale aux Latitudes
8° 30 et 11° 30 au Soudan aux Latitudes 4° 30 et 9° (relèvement à l’Ouest dû à l’influence de
la Mousson) et s’étend donc sur 3 à 4° de Latitude. Cette bande dimatique a une grande homo¬
généité, encore qu’il convienne de distinguer des sous-cliraats montagnards (centre de la
Nigéria, Haut-Cameroun) ainsi que des sous-climats de transition avec le climat guinéen fores¬
tier : tel le sous-climat oubanguien (SGO), proche du guinéen forestier oubanguien par la
pluviométrie mais avec une saison sèche plus aride.
Température moyeime annuelle. 24° 5 à 28° 2
Température moyenne mensuelle :
Minima. 21° à 27°
Maxima. 26° à 32°
Amplitude thermique (faible ou moyenne). 4° à 6°
Deux minima : en Janvier et Août (p. 138).
1. Cette latitude de 11° 30 est à peu prè» celle des confins Casamanfo-sénégalais, Elle correspond
aux chsugements faunistiques que l'on rencontre en eCTet quand, venant du N, on pénètre en Gainée
portugaise,
8 564016 6 2
Source : A1WHIJ, Paris
18
8ENÉ DE NAUHOIS
Tension de U vapeur d'eau moyenne mensuelle :
Mioima. ^«5 i 12,7 mm
Maxima. l'^>S i 22,2 mm
Déficit de saturation i variation annuelle forte ou très forte. Maximum ordinairement
en Février.
Hauteur de pluie : 950 à 1 750 mm. Maxima en Août-Septembre.
Durée des saisons : moyenne pour la saison sèche : 4 à 5 mois; moyenne pour la saison
des pluies : 5 mois. Au voisinage de l'aire de climat guinéen forestier des stations de transition
no comptent que 3 mois secs avec 6 ou 7 mois très pluvieux. Elles doivent être rangées plutôt
dans la catégorie du climat soudano-guinéen lorsqu'elles accusent, en saison sèche, des valeurs
élevées de saturation ' (p. 138).
§ 2. — ACTIONS DE LA HOULE ET DU VENT SUR LA MORPHOLOGIE
DE LA COTE OCCIDENTALE D'AFRIQUE (d'après A. Guilcheb 1954)»
Deux actions agbsent en se combinant sur les plages (orientées N S) de la côte Nord-
occidentale d'Afrique : la poussée par U houle et renlèvemcnl par le vent. La houle, souvent
puissante, vient du N W : elle soulève le sable qui sur de vastes surfaces garnit les haute-
fonds voisins de la côte cl l'amène sur l'estran. Un mécanisme simple opère le transport de ce
matériau vers le Sud : chaque lame, au moment où elle vient mourir sur la plage, laisse un
dépôt; celui-ci est repris par U lame suivante (ou lors de la tempête suivante) selon une direc¬
tion méridionale résultant de la poussée vers le S E et de la réaction du sol (en ponte géné¬
rale vers l’Ouest) sur les masses liquides. Par ailleurs le sable ainsi déposé (par les vagues
en fin de course) sèche rapidement et peut être enlevé par les vents du secteur Nord : ce qui
multiplie l’action delà migration en direction du Sud. A la suite de A. CuiLCHEH nous allons
étudier ces effets accumulés dans les divers secteurs de b côte; puis nous en examinerons
les conséquences sur l’écologie des Oiseaux.
Côte du Sahara espagnol et de Mauritanie septentrionale.
Les côtes des longues baies du Rio de Oro et du lAvrier, ouvertes au Sud, sont rocheiises
(dunes consolidées quaternaires) sur presque toute leur longueur. Leur morphologie n’est
pas due i l’action de la houle».
Côte sud-Mauritanienne et sénégalaise.
Du cap Timiris au delta du Saloun, la migration vers le Sud apparaît avec netteté, i)arti-
culièrement au niveau des deltas.
La langue de Barbarie est une flèche orientée Nord-Sud i l’abri de laquelle coiüc le
Sénégal. De temps à autre, de grosses houles la cisaillent. Le fleuve d’ailleurs, lorsqu'il est
en crue, vient renforcer l’effet de coupure. Après quoi, s’il y a colmaUge, ie Sénégal cherche
un passage plus au Sud. C’est ce qui est arrivé plusieurs fois. Mais U ne peut y pas avoir allon¬
gement indéfini : l’embouchure se fixe finalement ici ou ti, selon les conditions d'équilibre
entre ta pression des eaux douces et les actions de la houle (1954 a, p. 63).
Le cours du fleuve Sénégal et de ses bras, protégé de la houle par la Langue de
Barbarie, évolue sous l’influence des vagues que soulèvent les vent* dominants du secteur
Nord et le vent secondaire du N N E *. Les parties exposées au Nord (donc au vent) subissent
une érosion et des crochets de forment sur les rives orientées NS (face à l’Ouest), leur convexité
étant évidemment tournée vers le Nord. Mais le vent du N W ou du N N W exerce une autre
action qui vient se superposer à celle qui vient d’être décrite : c’est im refoulement vers
l'intérieur du sable des plages et des dunes vives qui bordent les rivages. Cet effet est
1 Nou» reviendrnnj sur ce» donnée» on chopiue vi con»acré i la Guinée porliigeitc.
2. L'étude de V. P, ZanaoROviTCa (1960), tti« éelairnnte. n’» p»» été utiiinée dan» le présent travail.
3. Une flèche de table l’emoeine i l’exUémité Nord de la baie de Ciiilru - «eule indrntalioD
Importante et bien deatinée de cette côte par uilieur» rectiligne; ce qui vient à l'appui de la lhJ,o
d'A. GuitCHEB. ...... -, . .
4. L'infléchiMement N-S du Sénégal au-delà de la «Boucle» donne pn»e à celte action du vent
(effet de feieh).
Source : MNHN, Paris
FACTEURS GÉOGRAPHIQUES. — ACTIONS DE LA HOULE ET DU VENT 19
très visible lorsqu’on survole la côte entre Nouakchott et Dakar. Nous aurons l’occasion
de préciser que dans le delta du Sénégal ces dunes (suhactuelles et actuelles) ont coupé le
cours des marigots orientés E-W.
Pointes de Sarène et de Sangomar. Elles s’allongent en direction générale N-S, la
seconde repoussant vers le Sud l’embouchure du Saloum, une autre » Langue de Barbarie »,
sujette elle aussi à des sectionnements par la houle de W N W (venant de la direction du cap
Hatteras et provoquée par les dépressions hivernales).
Zone de rencontre des actions des houles boréales et australes.
Selon A. Guilcher elle se trouve vraisemblablement dans le Nord de la Guinée portu¬
gaise. L’estuaire de la Gambie (orienté E-W) porte sur sa rive gauche (donc au S) des flèches
dirigées vers l’Est (cap Sainte-Marie, près de Bathuist) : il n’y a là rien de surprenant. Plus au
2 .
Source : A1WHW, Paris
20
BCNÉ DE NAUHOIS
Sud, par contre. Je long de ia côte casamançaiM d'orientation méridienne, plusicur* flèches, au
débouché de» inariRots de la Casamanre, s’allongent vers le Sud. Mai» on aperçoit (obser¬
vation faite en Avril) de» houles du Sud qui viennent interférer avec le» boules de N \V. Ce
secteur revût donc déjà un caractère mixte. Plus au Sud encore, en Guinée portugaise et
république de Guinée, le» nombreuse» flèche» ont été édifiées les unes devant les autre» dans
ce que Güilcheh appelle un «fouillis extraordinaire d’estuaires et de marigots*. La direc¬
tion d’étirement est le plus souvent vers le N W (lie TrUtio, à l’embouchure du Hio
Compony; presqu’île de Konkouba, elle même située entre les rivières Compony et Nunez).
Mais le» exemples en sens contraire ne mantiucnt pas et 8’expli(jucnt soit par de» effet» locaux
aux entrées d’estuaires, soit par des tourbillons au vobinage de caps rocheux. • 11 est possible
écrit Guilcheb, que dans cette région très éloignée de la zone d’origine des houles australe»
les vague» issue» des vents locaux aient au moins autant d’inilucncc que la houle lointaine
sur l’allongement de» flèche» ver» le Nord. •
Conséquences pour l’écologie des Oiseaux.
Nous aurons fréquemment l’occasion de le souligner : il faut pour les oi.scaux, en dehors
d’eaux riche» en poissons et organismes d’eau douce ou salée (condition d'alimentation), des
île» suffisamment séparées du continent (condition de sécurité). Kxaminons donc l’incidence
sur cette deuxième condition des phénomène» qui viennent d’être décrit» d’après l’exposé
d’A. Guilcher. Deux régions se distinguent l'une de i’autre en raison d’effet» différent» ;
1. Sur toute la côte oh ne se fait sentir que la houle du N W, les artions successives
d’accumulation par la dérive iittorale et de sectionnement par attaque et <lél>laicmcnt ne favori-
sent guère ia formation d'île». Une flèche de sable est en définitive rarement Rcctionnéc. En
outre, si une lie se forme, elle ne se trouve pas pour autant séparée do sa racine par des pro-
fondeurs convenables. 11 en irait autrement, semble-t-il, si l'incidence de la houle était un peu
plus forte — sans l’être trop cependant car une houle frappant ia côte de plein fouet produirait
dilficilement une dérive littorale *. H existe donc un angle optimum qui favorise au mieux et
à la fois la formation des flèches et leur coupure occasionnelle
2. C’est précisément ce qui semble se produire plus ati Sud, dan» la zone où se croisent
(tantôt simuitanémenl tantôt successivement selon les époques) les houles du N W et du S W :
des flèches ont tendance à se former dans les deux directions mais celles qui doivent leur exis¬
tence à l’une des deux houles sont cisaillée» par l’autre. C’est <lu moins ce que noua avons cru
comprendre au cour» de plasieurs survols à basse ou moyenne altitude entre Dakar et Zinguin-
chor, Dakar et Bissau. L’examen de ia couverture aérienne parait confirmer iTltc impression,
mais l’étude, au moment où nous écrivons, n’en est pas achevée. En résumé, l'interférence des
deux houle» dans le secteur mixte de Güilcheh réalisernii, si l'on peut «lire, le meilleur do»
° optimums > : en Casamance et Guinée portugaise, le > fouillis extraordinaire d'estuaires et de
marigots " devient un fouillis de flèches, crochew en virgules et Ilot» plus ou moins stable».
Le malheur pour la reproduction des oiseaux de mer est précisément que ce» lies sont
souvent temporaires *. Ce fut le cas en 1965 sur la côte de Casamance où, comme il a été
exposé plus haut, un banc de sable érigé en flot confortable abritait en 1963 une colonie mixte
de Sierna maxima et Hydroprogne Caspia. Tournoyant au-dessus des lieux un an plus tard
nous fûmes surpris de ne plus voir qu’un banc de sable rétréci où le» Sterne» ne nichaient plus.
En 1965 i’îlot n’était plus qu’un haut-fond submergé à marée haute.
Il existe en Guinée portugaise, au Sud de l’tlc Canhavaque et au large de Cacine, des
« Banco» » où nous avons trouvé en 1962 de petite» colonie» reproductrices de Platalca leuco-
radia et Hydroprogne caspia. Ces flots ont peut-être subi depuis lors un amaigrissement. Sur
1. En déiigaanl ici par incidence i'angle aigu formé par ta direction de la houle et cpUp de la côte
— et non celle de 1» perpendiculaire & cette cèle.
2. Une tic existe depuis quelque» année» dan» reiliiiiiro momentanément Infldc du Sénégal. I.ce
oiseaux de mer et petit» échawier» »’y posent mai» n'y nirbenl pn>, du moin» ne »‘y in»Ullenl pat rn
colonie. C’est une de» lacune» de notre travail que de n’avoir pu iinue assurer de» phénomène» & e^t
endroit. Il semble que les pécheurs sénégalais viennent trop souvent sur Tlie pour que les I.aridés puisseut
s’y installer en toute tranquillité. De» reproductiun» do Sirniu albifreiu, Càoradriii» afeioni/ririus. /.eueo.
poltiu pecuariut, seraient à rechercher (cf. p. IIS).
3. Souvent clics ne constituent à marée basse que «le» presi|u’lle». Kn Guinée portugais oîi le mar¬
nage est très fort, nombre d’Ilee apparente» i’avèrenl n'étre pat de» Ile» r le Ilot les suhnictge et le jusant
le» découvre comme simple» prcsqu’ile».
Source : MNHN, Paris
FACTEURS GÉOGRAPHIQUES. — OCÉANOGRAPHIE
21
toute cette côte, les oiseaux doivent donc attendre la formation aléatoire d’îlots semi-perma¬
nents. Il faudrait des couvertures photographiques de cinq ans en cinq ans, ou des visites
régulièrement espacées, pour établir la probabilité de formation de tels îlots dans les divers
secteurs.
NOTE
SUR LA MORPHOLOGIE DES CÔTES AC SuD DE DaKAR
(d’après Th. Monod, 1948, p. 62 et suiv.)
E. F. Gautier (1931) sdiaet, d'une façon générale, qu'une « oscillation négative, légère et rérente»,
des faluna aiib-fossiles littoraux et des plages « soulevées» a succédé à une« oacillatinn iiositive de p-ande
amplitude, plus ancienne». Elle a provoqué l'envaliieaement dea baaaes vallées par la mer et la constitution
d'une cflte A riaa. I..e niouvement étant « déjà ancien, le travail de la mer a eu le temps d'en masquer les
conséquences, envasant les rias et arasant les promontoires ».
M. Hubert ' distingue grosto modo, séparés par un axe passant par le cap Bouge (à quelques dizaines
de kilomètres au Sud de Dakar) un secteur, en voie de surélévation, au Nord, et une autre, en voie de submer¬
sion, au Sud.
Les typss de côtes sont les suivants :
- du cap Blanc au cap Rouge : côte N-S à lidos; comblement des lagunes et destruction des pointes
rocheuses avancées. Mouvements positifs de la côte;
— du cap Rouge au cap des Palmes (côte NW-SE) : côte à rias, sans cordons littoraux. « parce que
les courants perpendiculaires ou obliques aux rivages n'en permettent pas le dépôt» (mouvements négatifs);
^ — golfe de Guinée (côté W-E) : côte à rias avec cordons littoraux (« flèches qui ferment les golfes et
Dès 1936, M. Mai.avoy insistait sur l'opposition des deux secteurs Ouest et Est du littoral de Côte-
d'Ivoire, et en opposition avec Gautier, considérait le littoral lagunaire comme résultant d'un mouvement
d'émersion important (« une centaine de mètres »), postérieur au dépôt de grès argileux tertiaires, qui
aurait été suivi d'une submersion récente de peu d'amplitude (« une dizaine de mètres»). En 1937, Ci.
Francis-Bœuf, partageant l'opinion de Gautier, énumère pour le littoral guinéen : 1“ une transgression
impôt tante (celle qui n laissé des lambeaux de schorre au-dessus des hautes mecs actuelles); 2° une régression
ayant permis* l'émersion continue du schorre et son découpage en flots Songeants par une multitude de
canaux entretenus par les courants de marée»; 3° une transgression actuelle.
La tâche est de préciser les relations des divers types de côtes avec la structure géologique et le trajet
des courants marins, a Le trajet des contants marins littoraux est compliqué tantôt par des rythmes saison¬
niers, tantôt par la superposition des courants de marée aux circulations côtières générales, tantôt par les
différences d'orientation de ceUcs-ci et des houles océaniques, Il est très imparfaitement connu. On doit
signaler, par exemple, une présomption tirée de la morphologie des accideole littoraux en faveur d'une
composante SE-NW au Libéria. Pour Hubert (1937, p. 123) et P. LeCOITx (1940, p. 24) c'est le courant
de Guinée oui viendrait buter, obliquement, sur la côte dans le secteur Sierra-Leone-Libéria. I es cartes
récentes de Scnorr (1942) figurent ce courant parallèle à la côte dans la région en question ». (Ces questions
« S'il semble bien que le secteur mauritanien témoigne d'une régression actuelle (post-flandrienne?)
[Th. Monod, 1945], les faits, plus au Sud, sont apparemment plus complexes et dès la mangrove du Saioura-
Bancliala les buttes coquillièrcs artificielles ont les pieds dans l'eau » (p. 64).
En Guinée... il faut admettre; un* ennoyage frappant des vall^s des* rivières du Snd» (p. 65)* —
accompagné d'une* absence de formation maritime relativement récente et de cordons littoraux de quelque
importance» (de Ciietklat, 19-38, p. 94); ou même simultanément,* un mouvement de bascule qui permet
à la partie maritime de subir une transgression et à la partie continentale une surélévation qui est matérialisée
par un envasement exceptionnellement rapide des portions hautes des bras de mer» (voir Rohanovsey,
L <2 mer à l'a$)aul dea COtea. Paria. 1947, p. 26).
Mais pour la côte à lagunes de Côte-d'Ivoire, on hésite sur le sens du dernier mouvement.
§ 3. — OCÉANOGRAPHIE (d’après M. Rossignol)
Les phénomènes d’océaDographie physique sont de la plus grande importance pour la
biologie marine. Une présentation des résultats acquis en ce domaine constituera donc la
meilleure des introductions à l'étude des peuplements aviens. Les oiseaux se trouvent en effet
au bout d’une chaîne alimentaire dont l’origine est constituée par le phytoplancton. Celui-ci
se nourrit dans les couches éclairées et consomme les éléments minéraux que le mouvement
des eaux ramène du fond vers la surface. D’où l’importance de tous les phénomènes de trans¬
port des masses d’eaux : courants, divergences (remontées d’eau froide ou upwellings)^.
1. Descriptinn des côte» d'Afrique occidentale (1937).
2. V. p. 169 et 179 ff.agune de Cufada).
3. Il est à peine besoin d'ajouter lea noms d’auteurs d’ouvrages et études classiques que nous avons
utilisés : Jespeksen (1935), IIentschf.l (1933), Moore (1958), Odum (1959), Pebes et Devèze (1961 et
1963); Sverdrüp, Johnson et Fleming (1942), ainsi que le traité récent de Lacombe (1965). LJn bon exposé
du mécanisme i'upwelling et de ses effets physiques et biologiques se trouve dans Haut et Curbie 1960.
Source : MNHN, Paris
22
RENÉ DE NAimolS
Pour les régions côtières qui nous intéressent, ces mouvements sont aujourd'hui mieux
connus grâce aux travaux de G. R. Behrit, Doncuy et M. Rossignol. Nous croyons utile de
résumer en reprenant scs propres termes et lui faisant de larges emprunts, une étude récente
consacrée à l’hydrologie de l’Atlantique oricnUl que son auteur, M. Rossicnoi, a bien
voulu nous permettre d’utiliser
Les particules d’eau au sein des océans sont soumises à la fois au champ de forces
(interne) dû aux diflférences de densité et au champ de forces (externe) dû i l’action des vents.
Divers types de courants résultent de ces actions combinées. Trois groupi-s peuvent être dis¬
tingués, que M. Rossignol, reprenant la classification de Devant, caractérise comme suit :
1. Les courants produits par U convection thermohaline ou couranti de densité.
2. Les courants produits et maintenus par ie transfert de l'énergie du vent à la surface
de U mer : courants de vents ou courants de dérive. Dans ce type iieuvent rentrer les courants
de gradient dus i la pente que créent les Alizés du seul fait qu'ils maintiennent une élévation
du niveau le long de l’Équalcur; le Contre-courant équatorial en fournil un exemple.
3. Les courants obtenus du fait de l’excès de précipitations sur l'évaporation ou vice
versa.
Un autre facteur important agit près des côtes ou sur le front des masses d’eau ;
c’est la compensation dur i l’incompressibilité relative de l’eau. Celle-ci ne pouvant se dilater
ni se contracter, un courant de compensation normal à U direction du flot (ou même en sens
inverse) est nécessaire pour rétablir l’équilibre des masses soit dans le sens horizontal soit
dans le sens vertical.
Chacun de ces types de circulation subit la force de Coriolis *. Il est en outre influencé
par la « topographie du fond et par la présence de continents agissant comme barrières » (p. 13.
14).
1. — MÉCANISME DE LA CIRCULATION
Suivant l’exposé de M. Rossignol, nous l’étudierons au cours des deux saisons
principales.
Conditions de saison froide.
Sur les deux secteurs côtiers se forment des upweltings : région du Cap Blanc (côte
de l’Aguerguer, baie du I.evrier et Banc d’Arguin) et région au Sud de la iirescju’lie du
Cap Vert.
Le front des eaux chaudes reflue en Janvier jusqu’aux Bijagos et atteint en Février sa
position extrême au Cap Verga. La surface de la mer est occupée à ce moment |«r des eaux
qui ue peuvent en aucune façon être rattachées à la dérive canarienne. 11 s’agit d’oaux d’up.
uiellings en provenance de couches plus ou moins profondes selon la force du vent mais
ne venant pas, en moyenne, de plus de 75-100 m. Sauf caUclysine (à caractère accidenté),
les eaux froides provenant de ces remontées sont très fertiles et amènent donc une élévation
du taux de production primaire.
1. Nous citerons d’après le texte ronéotypé ayant pour titre Hydmloicu ettiirt i/e la presqu'île du
Cap- Vert, eontribulion à l’Aude * la produfthili des eaux. Obstom 1966. 60 psges, Ce Iraviùl eu en cours de
pu valeur do la force de Coriolis est obtenue pur uppliration des lois de U ciné¬
matique nu mouvement d’un point pesant. Si l’on désigne par «p la Ijititude, par o» la vitesse aiiculaire du
globe autour de l'axe des pôles, par V la vitesse du point (ici la partinilc liquide), l’arcélératitin dans le
plan boriïontal est perpendiculaire i la trajectoire et égale è 2 to V lin 9.
Le rayon de courbure de la trajectoire (H) est doruié par la relation ;
Z ai V sin 9 - „
On voit que cette accélération s'annule à l’équateur <9 » 0) mais qu’elle reprend dos valeurs tout
de suite notables dès que i'oii s’écarte de l’équateur en direction des pôles. Il sufOt pour s’en rendre compte
de prendre la différentielle d (sin ç) - cos ç dtp et de remarquer qu’elle est msxinium pour 9 .. 0. Ceci est
d'ailleurs intuitif quand on te souvient de l'allure d’une sinusoïde au vmtinago de son interwclion avec l’axe
des abscisses ; sin 9, pour 9 petit, croit comme le premier terme du dévcloppeinoiil en série île sin 9. c’esl-
i-dire 9 lui-même-Lu déviation cÀange de signe quand on traverse i’équaleur mais est loin d’être négligenblg
à quelques degrés seulement de Latitude. Ce qui est évidemment important pour le mouvement des eaux
marines.
Source : MNHbi, Paris
FACTEURS GÉOGRAPHIQUES. — OCÉANOGRAPHIE
23
11 convient de distinguer deux périodes :
En Janvier-Février, mois pendant lesquels les vents dominants du Nord sont les plus
forts, les courants Nord et Sud équatoriaux se rejoignent. A cette époque le Contre-courant
équatorial, n’existe plus que dans sa partie orientale et son contact avec les eaux refroidies
par l'Alizé forme ce qu’on nomme front des eaux chaudes qui atteint la côte à la Latitude du
Cap Verga.
A partir de Mars, la force des Alizés diminue au Sud du Cap-Vert. D’autre part, le
niveau de la mer s’est élevé sur le versant américain. Il suit de là que le Contre-courant
équatorial s’élargit et que le front des eaux chaudes remonte jusqu’au cap Roxo (Lat. 12'’30')
Cette progression ne va cependant pas sans à-coup. En eifet « dans l’hémisphère Sud ...les
Alizés n’ont pas encore exercé leur pleine action. Aussi voyons-nous, avec une reprise des
Alizés du Nord la progression des eaux chaudes vers le Nord stoppée et même certaines années
le front reculer durant la deuxième quinzaine d’Avril et la première quinzaine de Mai. Leur
progression reprendra en fin Mai, début de la saison chaude, avec l’installation des Alizés de
l’hémisphère Sud amenant une intensification du flot du Contre-courant équatorial et avec
les fortes précipitations dans le golfe de Guinée (Côte-d’Ivoire) » (p. 23).
Conditions de saison chaude.
M. Rossignol montre d’abord comment les divers facteurs combinent leurs actions.
Les Alizés... < déplacent par friction des masses d’eau de densités différentes, lesqueUes
par le jeu des pressions exercées ont tendance à rétablir leur équilibre. Il y a donc interaction
entre les facteurs externes et internes, physiques et dynamiques... Dans les zones non soumises
aux effets du vent les masses d’eau s’écouleront suivant la perpendiculaire à U ligne de pente
(effet dû à la force dite de Coriolis), laissant les niveaux supérieurs à la droite d’un observateur
regardant dans le sens du courant (hémisphère Nord; l’inverse ayant lieu dans l’hémisphère
Sud) et avec des déviations dues à l'orientation de la côte ou à la rencontre d’autres courants.
Leur écoulement peut aussi être engendré ou accéléré par les différences de densité (effet du
courant de densité s’ajoutant à celui du courant de gradient) » (p. 23-24).
D’où les effets suivants, s’étdant de proche en proche jusqu’à la région qui nous occupe.
■ Un phénomène de piling-up peut être observé dans le golfe de Guinée par le jeu des courants
et de fortes précipitations qui l’emportent sur l’évaporation. Les eaux s’accumulent dans deux
bassins situés de part et d'autre du golfe de Guinée : d’un côté la zone guinéo-libérienne, de
l'autre la baie de Biafra : > vaste ensemble ayant le Contre-courant équatorial comme « corde
dors^e » et, comme axe charnière, la zone ivoirienne. Dans les deux bassins un apport supplé¬
mentaire d’eau est fourni saisonnièrement par les précipitations. pente est accentuée vers
l’Ëquateur par les Alizés des deux hémisphères ainsi que par les vents dominants du secteur
S W en Côte-d’Ivoire (cause de Vupwelling ivoirien). Selon la position du front des Alizés
la régularité et l’intensité des vents dominants, la • décharge » de ces bassins se fera : soit dans
l’hémisphère Nord, vers le Sénégal et la Mauritanie — soit dans l’hémisphère Sud, vers le
Gabon, le Congo, l’Angola ». (p. 24).
“ Ainsi, la côte guinéo-libérienne est le point de confluence de différents flots : Contre-
courant équatorial; branche dérivée du courant canarien ajouté au courant de compensation
des lies du Cap-Vert. » Un apport supplémentaire d’eau superficielle est fourni en certaines
saisons ; soit pat les précipitations et les crues ; soit, venant de la Côte-d’Ivoire, par le Contre-
courant côtier du Libéria, de direction Nord ^ (p. 25).
• De l’élévation du niveau de la mer dans cette région, et à condition que la pente soit
maintenue vers l’Équateur, dépendra une transgression plus ou moins importante des eaux
chaudes le long des côtes du Sénégal et de Mauritanie aux périodes de faible intensité ou de
disparition des vents du secteur Nord » (p. 27).
1. « Tout «eci permet de mieux comprendre certaines particularités biologiques telles que l’identité
des formes marines africaines de la Mauritanie k l'Angola. Bien que très étendues en latitude — les unes
situées dans l'hémispliire Nord, les autres dans l'hémisphère Sud — les côtes comprises entre ces deux points
extrêmes appartiennent à la même province océanique, La faune peuplant le plateau continental — qu’ü
s'agisse de poissons, de crustacés, de mollusques, etc. — est la môme. On retrouve les memes espèces endé-
iniques, avec un apport d'espèce méditerranéo-marocaines au Sénégal et sud-africaines en Angola — et
isolément des populations avec prédominance de formes saumâtres dans les régions très dessalées et à
courants plus ou moins eyelés telles que la baie de Biafra ou la côte du Libéria a (M, Bossicnol et
A. M. Meyrveis. 1964, p. 2S).
Source : MNHN, Paris
24
RENi DE NAUROIS
Avant de pousser plus avant il convient de caractériser de façon plus précise les diverses
masses d’eaux.
G. R. Berrit s écrit : « Le choix des limites est un cas d'espèce... La fécondité de la
classification sera d'autant plus grande que cette dernière recouvrira davantage de i>liénoinënes
tels, notamment que communauté d’origine et pérénilé »... Ce même auteur constate que les
valeurs voisines de 24“ sont earacUriili'iues des zones frontales, et (lu'à In température de
24“ se trouve souvent associée U salinité de 35“/00. Les deux paranjèlrcs t“ = 24“C, S = 35“/00
peuvent donc être retenus pour séparer les eaux • tropicales chaudes et salées - t“ > 24“ C;
S % > 35“/00 — des • eaux guinéennes » chaudes et dessalées — t* < 24“ C; S < 35“/00 —
formées principalement dans Ica zones de fortes précipitations (côte libérienne, baie de Biafra).
2. — SUCCESSION DES MASSES D'EAUX AU COURS DE L'ANNÉE
Après avoir dégagé le mécanisme qui provoque le mouvement dea masses d’eau nous
sommes en mesure, suivant toujours l’exposé de M. Rossignol, de décrire la succession des
phénomènes de mois en mois.
En Mai-Juin :
L’Anticyclone nord-atlantique diminue; les Alizés de l’hémisphère Nord ne se font
plus sentir qu’au Nord du parallèle 16“.
L’Anticyclone sud-Adantique s’étend, les Alizés de l’hémisphère Sud atteignent l’Équa-
leur, déterminant des upwellings sur les côtes de l’Angola, du Congo et du Gabon.
Fortes pluies en Côte-d’Ivoire.
Conséquences :
1. Élévation du niveau de U mer dans le bassin libérien. Celui-ci reçoit d’ailleurs un
apport supplémentaire de la Côte-d’Ivoire par le courant côtier venant de l'Est.
2. Le flot étant contenu sur le versant SE par les Alizés du Sud. ce piling-up est plug
fort sur les côtes du Libéria et du Sierra Leone, la pente y est plus incliné et k « décharge
ne peut se faire que vers l’Ouest et le Nord. Sur U côte les eaux « libériennes • atteignent le
Source : MNHN, Paris
FACTEURS GÉOGRAPHIQUES. — OCÉANOGRAPHIE
25
cap Roxo. D'autre part les eaux tropicales, amenées par la compensation nord-atlantique,
progressent vers les îles du Cap-Vert et, sur la côte, jusqu’au paraÜ^e 17®N. Seuls subsistent
i'upwelling mauritanien et un faible upwelling au Sud de la presqu’île du Cap-Vert.
En juillet-Août :
Régression extrême de l’Anticyclone nord-Adantique et disparition des Alizés au
Sud du cap Blanc. Par contre, l’anticyclone sud-atlantique s’étend au maximum et les Alizés
du Sud atteignent l’Équateur. Le vent dominant du secteur SW chasse les eaux superfi¬
cielles vers l’ESE, et provoque Vupwelling de Côte-d’Ivoire.
Source : MNHN, Paris
26
RENÉ DE NAUR0I9
Conséquences :
Élévation du niveau dans les bassins libériens et guinéen oriental; continuation de la
décharge continue vers le Nord : c’est le maximum d'extension des eaux chaudes dans cette
direction (c’est aussi le maximum d’intensité des vents du secteur SW en Côte d’ivoire).
Les eaux tropicales atteignent et dépassent 21 °N et les eaux libériennes atteignent en Août
la presqu’île du Cap-Vert.
SEPTEMBRE
OCTOBRE - NOVEMBRE
En Septembre :
Intensification des Alizés du Nord sur la côte mauritanienne; upwelling au Banc
d’Arguin.
Source : MNHN, Paris
FACTEÜHS GÉOGRAPHIQUES. — OCÉANOGRAPHIE
27
Régression des Alizés du Sud mais persistance des vents du secteur SW en Côte-d’Ivoire.
Continuation des pluies au Libéria, en Guinée et au Sénégal. Début de la saison des
pluies au Congo.
Conséquences :
Accumulation des eaux dans le fond du golfe de Guinée : le flot qui en résulte drcuie
en sens inverse des eaux chassées de la Côte-d'Ivoire par Vupwelling', ce qui accentue la
pente sur l’Équateur. En même temps, il y a retrait des Alizés du Sud. Par voie de conséquence
la > décharge > se fait à la fois sur le versant SE (vers la côte du Gabon) et sur le versant Nord
(le long des côtes du Sénégal et de Mauritanie).
Par ailleurs le front des eaux tropicdes se retire vers le Sud, sa limite Nord se plaçant
à 20® de Latitude. Les eaux libériennes atteignent 17® 30'.
En Octobre-Novembre :
Progression des Alizés vers le Sud, sans cependant que la presqu’île du Cap-Vert soit
(en Novembre) atteinte en permanence. L’anticyclone de l'hémisphère Sud régresse; mais il
y a encore de fortes précipitations en Côte-d’Ivoire, Libéria, Congo, Gabon.
Conséquences :
Un double mouvement : l'upwelling mauritanien s’intensifie et chasse les eaux super¬
ficielles chaudes (tropicales et libériennes); la limite Nord des eaux tropicales se situe (sur
la côte) à 19® ou 19 ®30’ N; la limite des eaux libériennes se place à 15 ° 30' ou 16® N. Mais
ce retrait vers le Sud intervient en même temps que les fortes précipitations en Côte-d’Ivoire
et Libéria dont l’effet est d’élever le niveau de la mer dans le bassin libérien. Que s’ensuit-il?
La pente équatoriale étant toujours maintenue il y a, malgré l’Alizé dirigé en sens inverse,
poussée vers le Nord : dans la deuxième quinzaine de Novembre et au début de Décembre,
une langue d’eau libérienne progresse sur la côte jusqu’à 18® Nord, tandis que les eaux tropi¬
cales continuent de refluer vers l’Ouest et le Sud. A partir de Décembre, sur la côte tout au
moins, les eaux < libériennes >> viennent au contact des eaux d'upwelling.
En Décembre :
Les Alizés dépassent au Sud la presqu’île du Cap-Vert et déterminent un upwelling
le long de la Petite Côte. Il se forme donc un double front chaud : en bordure de Vupwelling
mauritanien; en bordure de Vupwelling sénégambien. Par ailleurs, vers l’Ouest, les eaux
froides ont atteint l’Archipel du Cap-Vert.
3. — LES FACTEURS FERTILISANTS
L’enrichissement a lieu en deux sortes d’endroits : 1® le long des lignes de divergence,
soit à proximité de la côte {upwelling) soit même au large; 2® dans les régions où se constitue
un ■ dôme «. M. Rossignol* précise d’abord l’aspect physique des phénomènes dans ces deux
cas.
1® Lignes de divergence.
L'upwelling est un phénomène côtier. Mais un processus comparable quant à ses
conséquences peut être observé au large : lignes de divergence le long de l’Équateur à l’Ouest
du méridien 30» W.
2° Dômes.
Le « dôme de Guinée (au SE de la côte de la république de Guinée) est une « remontée
de la thermocline vers la surface ». Un vortex cyclonique est « mis en place par le Contre-
courant équatorial et un courant côtier de direction Nord ». 11 est permanent durant toute
1. M. Rossignol ajoute ici une remarque pleine d'intérêt océanographique mais qui n’a pas d'inci¬
dence sur la vie des oiseaux ;« Nous retrouvons la langue d’eau dessalée définie par Montgomery et pro¬
gressant vers l'Ouest entre le Contre-courant équatorial et le courant nord-équatoriiil. Contrairement &
Defant, nous pensons qu’une relation existe de fait entre le schéma de Montgomery et le courant actuel;
(flot de direction WSW observé à la surface de septembre)...» D’autre port :« Entre Saint-l.ouis et Nouak¬
chott, le vortex anticyclone formé par la convergence du courant canarien infléchi venant du Nord et du
courant de compensation de» îles du Cap-Verl venant du SW, se rapproche de la côte et tend à cyeler
les masses d’eau supecflciellcs circulant vers le Nord. Le courant de direction NE à la Latitude de Dakar,
et que nous avons appelé» courant de Saint.Louis», est permanent à la surface diuanl toute la saison chaude;
SB vitesse peut dépasser 1 nœud ... (courant observé)» (p. 36).
Source : MNHN, Paris
RENÉ DE NAUnOI5
la saison chaudo, particulièrement accuaé et proche de U côte en Srptemlire, Octobre, No¬
vembre. Il est la conséquence de rinfléchissemenl du courant libérien (courant de KTodient
de direction Nord) : d'un cité du fait du chanftenicnt d’orientation du plateau continental,
de l’autre cAté par sa rencontre avec, le courant de conijH-nsatinn des lie» du Cap-Vert.
Il y a une différence fondamenUle entre les eaux • «uinéenne» . et les eaux tropi¬
cales du point de vue de leur productivité. I.»» premières, à productivité primaire peu
élevée, ne sont enrichies qu'au niveau des zones frontales (converRences d’un courant
chaud et d’un courant froid; limite d’un upwtlling) ou uu-dessus et dan» les environs immé¬
diats d’un dôme • Par contre, il est étonnant de consluler, avec l’arrivée des eaux chaudes
et salées sur la côte, une élévation notable du taux do production primaire. Durant les mois de
Juillet et d’Août au S/mégal, alors qu’aucun upuielling ou «liverRcnre ne permet de justifier
le phénomène, le phytopiancton atteint une densité parfois comparable à celle des eaux froides.
Les eaux ■ guinéennes • sont en général claires alors (jue les eaux tropicales sont cliargëcs en
matière organique et minérale en suspension, organismes iiianctoniqucs • (p. 40).
• Les deux catégorie» d’eaux chaudes présentent pnurUnt en commun le caractère
d’instabilité tendant vers une homogénéisation de la nappe do couverture >. Ce qui ne peut
se faire qu’en milieu turbulent, c’est-à-dire avec des mouvements verlienux venant en surim¬
pression des courants horizontoux et permetUnt un brassage. • Nous pensons, écrit i’aut«‘ur,
que c’est dans la nature de la turbulcnr.o que réside lu différence <jue nous v<-nons de signaler.
Un simple examen des courbes de température, salinité, densité, des deux catégories d’eau...
permet de constater que leur structure diffère. Le* eaux • guimh-nne» • ou * libériennes »
sont caractérisées par leur homogénéité physique*... et •chimique >, de In surface jusqu’à
la thermocline. La salinité varie parallèlement à la température. Il n’en est pas île même des
eaux tropicale» dont les dix premiers mètres présentent une augmentation très nette de la
salinité accompagnée d'une légère diminution de la tcinpérutiire. D'où la formation d'une
pellicule dense ayant tendance à plonger... • (p. 41).
Note sua le» causes de L'iNSTABiurTé, d'aprÿ* Der-ANT
« L'augmentation de In ulinilé et la diininulion <le Ifiiipéniturr i la surfare amène une augnienia.
tion de la densité et une réduction de la sUbilité. L'rnVt de U radiation travaille en sein, opposé uiii(|ueinent
de jour, compensant l'augmentation de densité par une élévation riirrrspondanlc de In triiipéralurr. Maie
durant la nuit, où l'elTet de radiation est supprimé et où l’évuporiition continue, |•ougnlenlalilm de densité
l'emportera et la stabilité négative per»istrru... Il peut paraître..- plutôt eurieus qu'une slrntilîration verti-
cale instable puisse être maintenue plus longtemps dans la couche dr couverture sur une aire aussi étendue
malgré U convection et le mixing. »
Fixplieation possible : BÉnabd (1901) a pu démontrer que lorsqu'une couche reUliveiiirnt mince
d’un liquide était refroidie par évaporation, la masse entière se divisait en cellule». I.r liquide monte au
centre, diverge et descend sur les cétés. la: diamètre des cellules est égal é trois ou quatre fois l’épaisseur
du liquide. « C'est certainement ù la présence de cellules semblaldr» que l'on doit l'cnrichisseiiieiii des eaux
au moment de... l’insullation des eaux tropicales sur la côte. OMes-ci sont troubles et l'on voit souvent
des lignes d'écumes parallèles i la direction du flot, lat force escensiomielle est pnrfuii telle qu'il noua a
été donné d'observer, en plongée, des rcmunlées île sable, aspiré comme par succion du fond vers la surface a
(p. <3).
Tout autre est le cas des eauxn guinéennes» ou« libériennes», elles roui Incidisées dan* des régions
et apparaissent i des moments où l'évaporation est faible; cl la perle par éviiporation est eonipensée pur
l'apport des précipitations. Lu ditTdrence de productivité entre les eaux tropicales et les enux « guinéennes »
ou « libériennes a ne réside-l-elle pas dans la dilTérence dr la force ascensionnelle et de l'amplitiidr île leurs
mouvements verticaux?
Note sur les conditions au voisinage de la presqu’île du Cap-Vert
Quatre stations échelonnées d’Ouesl en Est, du voisinage des Madeleine» à celui de
Corée, sur des fonds de 10 à 120 mm ont été occupées une fois par semaine. Ia-b analyses
ont porté sur le seul facteur salinité et un trait de Plancton a été effectué en surface.
Température en surface.
Les plus fortes températures apparaissent en Juillet et Août : 26° < t < 29“. A partir
de Septembre, la moyenne diminue par remontées et chutes brutales. Minimum en Février
1509 et 17®,6 en deux stations (A et D) respectivement. RcfroidisBenwnt extrême de 13o
en 1965. En Mars-Avril : élévation de quelques degrés, stoppée en Mai. Réchauffement en
Juillet avec palier à 21-23® en Juin.
1. Cas du « Dôme de Guinée».
Source : MNHN, Paris
FACTEURS GÉOGRAPHIQUES. — CONCLUSIONS
29
On constate qu’en Juillet-Août les conditions sont à peu près les mêmes sur la côte
et au large. De Septembre à Juin la température est plus basse à proximité de la côte. Le
9 Novembre 1962, on trouve 20° aux stations A et B, 27® en G et D. C’est l’effet des vents du
secteur Nord, chaque baisse brutale correspondant à ruptoelling (d’où aussi le palier de Juin)
(p. 52).
Inversion opposée en Octobre : abaissements de près de 3® à la station D, 1® en C, (25° <
t < 27 ®: 28 ® en A et B), C’est l’effet de i'upwelling mauritanien. En subsurface, pendant
les mois de Septembre et Octobre et jusqu’à 100-150 m, l’évolution est à peu près pardièle,
excepté en .Septembre-Octobre où il y a diminution. En effet la région face au Cap-Vert est
occupée par un dôme amenant les eaux froides du fond vers la surface.
Le diagramme T/S des eaux de surface permet de distinguer trois saisons :
1. De Janvier à Mai : saison où i'upwelling est bien établi. Température entre 16°
et 24®; salinité de 35,3 à 36,0/00.
Températures les plus basses en Février. On trouve en surface des E.C.S.A. Ceües-
ci subissent parfois une dessalure avec un léger réchauffement du fait d’un mélange avec les
eaux guinéo-libéricnnes, parfois une sursalure par mélange avec les E.C.N.A. En Mars et
Avril, réchauffent de 1® à 3°, puis refroidissement momentané (fin Avril, première quinzaine
de Mai). Réchauffement brusque dans la deuxième quinzaine de Mai. Stabilisation entre 21°
et 23® pendant le mois de Juin. Salinité élevée : 35,5 ®/00 < 8 ®/00 < 36 ®/00. C’est la catégorie
des eaux froides et salées de G. R. Berrit. Leur origine est Sud, contrairement à ce qu’on
pourrait croire (p. 56).
2. En Juillet, Août, Septembre, calme ou vent du secteur SW. Température de surface
entre 26® et 22°. Salinité supérieure à 25,5 °/00. En Août desaalurc se prolongeant jusqu’en
Décembre.
3. Période de transition de fin Septembre à Décembre. Variations brusques : à des
eaux chaudes et dessalées (35 ®/00 parfois 34 °/00) font suite d’autres eaux plus salées et à
température plus basse. On remarque, à la suite de G. R. Berrit, la présence d’eaux froides
dessalées durant le mois de Décembre.
CONCLUSIONS
1. Le long d’une côte d’orientation méridienne c’est la Latitude qui est le facteur prin¬
cipal, et son rôle est diversifiant. Pourtant les lois de la circulation générale veulent que deux
types de vents exercent une influence unifiante : les Alizés du secteur Nord, dont l’effet est
rafraîchissant, soufflent en Mauritanie de Septembre à Juillet, au Sénégal de Novembre à Mai,
en Guinée portugaise de Décembre à Février; en sens inverse la Mousson du secteur Sud,
chargée d’humidité et de pluie, se fait sentir dans le Sud guinéen de Mai à Novembre, dans le
Centre sénégalais de Juillet à Octobre, pour n’atteindre qu’à peine, et irrégulièrement, le
Nord mauritanien.
2. A deux titres la houle du Nord-Ouest, intervient dans la morphologie côtière.
D’une part elle provoque la dérive vers le Sud (aggravée par les Alizés) du sable qui s’accu¬
mule sur les côtes basses et provoque ainsi la formation de longues flèches de sable; elle
réussit à barrer en particulier le delta du fleuve Sénégal (formant la Langue de Barbarie et
un seuil élevé à l’embouchure) et contribue du même coup à l’installation dans ce même délia
d’une vaste zone d’inondation. D’autre part son action entraîne, parfois et par endroits, le
cisaillement des (lèches de sable. Celles-ci sont ainsi constituées en îles ou îlots plus ou
moins durables.
3. Le frottement des Alizés du secteur Nord sur la surface de l'Océan a pour effet
de chasser les eaux superficielles vers l’Ouest et d’appeler vers le haut, en compensation,
des eaux froides et chargées de sels nutritifs. Ces upwellings sont fort importants
sur la côte mauritanienne et sur la Petite Côte (Sud de la presqu’île du Cap-Vert). Le phéno¬
mène est cependant modifié par l’étalement vers le Nord des eaux tropicales, chaudes et plus
1. Eaux centrales sud-atlantiques.
2. Eaux centrales nord-atlaatiques.
Source : MNHN, Paris
30
RENt DE NAUROIS
OU moins dessalées par les pluies précoces des côtes libériennes et guinéennes. 11 s’ensuit un
régime de saijonj marines dont l’importance est décisive pour la richesse des eaux en phyto-
et zooplancton, nekton et en particulier poissons.
Nous verrons au cours de l’exposé de qudlc manière précise jouent ces diverses compo*
santés de l’environneraenl. Latitude et climat commandent évidemment en zone intertropicale
notamment, la répartition des faunes, mais non sans qu’apparaissent maintes compénétrations
dont quelques-unes ont été pour nous des surprises. L'action de l’Océan façonne une infra¬
structure qui permet par endroits aux peuplemenla aviens d'ètre ou de ne pas être. Les condi¬
tions océanographiques enhn apparaissent comme la clef de toute l’écologie côtière.
Addendum. — La prolifération du phytoplancton et, par suite, des organismes ani¬
maux est favorisée, nous l’avons rappelé, par lea upuiellings et divergences. Toutefois un autre
phénomène joue un rôle essentiel auquel, au cours de la rédaction de cet ouvrage, nous n’avons
pas accordé une attention suffisante. En effet, beaucoup de proies s’accumulent, comme devant
un mur, le long des fronts hydroiogiques, si bien caractérisés par Berbit (v. p. 15). L«8 Oiseaux
de mer trouvent encore mieux à s’y alimenter si des Poissons prédateurs y poursuivent petits
poissons et Céphalopodes. De telles zones frontales s’installent pour do longues semaines aux
latitudes moyennes du Banc d'Arguin (mois d’été) cl des Hijagos (mois d’hiver), comme il
ressort des cartes d’isothermes tracées par les océanographes de l’Expédition du Meleor'.
Toute notre interprétation des époques de reproduction le long de la côte devra ôtre
rc-examinée en fonction de ce fait fondamental — ce double stationnement de zones frontales
à deux Latitudes — s’ajoutant aux autres : upwellings de Mauritanie et Petite Côte, divergences
comme celle du Dôme de Guinée, etc. Mentionnons seulement dès maintenant que l'accord
ne parait pas ôtre excellent entre la cause présumée (accumulation de proies le long des fronts)
et l’effet constaté (élevage des jeunes, sur les Iles voisines, par les Oiseaux de mer) : peu de repro¬
ductions en hiver, aux Bijagos; aucune reproduction (ou presque) en été au Banc d’Arguin!
1. Voir Wiisensehafüiche ErgebiÙM* de l’ExpéditiOD du Meitor 1927-1928, et psrliculièrement
Hentschel (1933) et Bôdnecke.
Source : MNHN, Paris
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE UNIQUE
CÔTE DE L’AGUERGUER ET ÎLOT VIRGINIA
La partie de ia côte occidentale d’Afrique qui fait l’objet de ce chapitre s’étend du cap
Barbas (Lat. 22“ 15', littoral du Sahara espagnol) au fond de la baie du Lévrier (Lat. 21“ 15',
littoral mauritanien) sur un peu plus de 200 km Elle se trouve ainsi intercdée entre deux
régions qui ne sont connues que depuis peu de temps : au Nord, une bande côtière ( compre¬
nant en son centre la presqu’île de Villa-Cisneros) qui fut parcourue pour la première fois
par José Valverde en 1955 au Sud, les côtes et îles de la baie et du Banc d’Arguin, dont
l’ensemble fut prospecté pour la première fois par nous-même en 1959.
Certaines différences de climat et de •< faciès > conduisent à distinguer deux parties :
1“ Un secteur, faisant face au large : c’est la côte Ouest, avec les îlots Virginia et
Pedra de Galbe situés à quelques milles au Sud du cap Barbas. Aucun ornithologiste ne
s’y était rendu avant nous *;
2“ Un secteur faisant face i la baie du Lévrier: c’est la côte Est de la presqu’île du Cap-
Blanc (en territoire mauritanien). Elle s’étend de la pointe du cap au fond de ia baie de
l’Archimède. C’est là que C. G. Bird en 1937, le colonel Milon en 1958, J. Dragesco et
Roux en 1960, ont fait, les deux premiers avant nous, les seconds en même temps que nous,
d’importantes observations.
Le premier secteur est beaucoup plus > battu » et plus froid que le second. Dans ce
dernier, en baie du Lévrier, les navires trouvent un large abri en face de Port-Étienne. Le climat
aussi est moins âpre (vents de sable mis à part!). 11 fallait signder dès maintenant ces diffé¬
rences. Toutefois la description de deux secteurs et de leurs peuplements d’oiseaux respectifs
aurait introduit dans l'exposé une complication inutile. Nous traiterons donc en une fois de
toute la côte, tant du point de vue géographique que du point de vue biologique.
§ 1 - CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
1. Structure de la côte.
Le plateau de l’Aguerguer est limité du côté de l’Océan par une falaise de couleur
verdâtre, jaune ou ocre, faite de dunes consoUdées (quaternaires). Haute au maximum de
10 à 15 m sur la baie du Lévrier et de 15 à 20 m à proximité du cap Blanc, elle s’élève à 30, voire
50 m face à l’Atlantique. La succession des redans et des criques, des hautes falaises et des
ravins ou dépressions ne fait que traduire les inégalités de l’ancien relief dunaire coupé par
l’action de la mer et soumis à une double érosion :
1“ Celle, d’abord, qui est due aux actions dissolvantes. L’air humide et la mer, avec les
microorganismes dont iis sont chargés, attaquent la roche, la fissurent vertiedement et la font
écrouler. La grande houle vient du N-W et les vagues brisent avec puissance, déblayant les
éboulis. En même temps, des galets soulevés par ces vagues frappent la paroi et ajoutent leur
1. Comptée le long de la eSte en doublant le cap Blanc.
2. Ce naturaliete. descendant de Villa-Cisneros, vers le Sud. ne déposes point Puerto Rico, petite
rade de pêcheure canariens à la Latitude approximative de 23» 20'.
3. Le petit port espagnol de Guëra excepté, où Bird avait séjourné à deux ou trois reprises.
Source : MNHN, Paris
32
HENÉ UE NAUnOIS
action mécanique à celle des agents chimiques. Les murailles sontaiïouillècs et, par endroits,
se creusent de vastes caves où la mer s'engouffre avec violence, ce qui Bnit par entraîner la
cassure de pans entiers de falaise *;
2“ L’usure, ensuite, par les vents du secteur Nord chargés de sable et d'etnbruns; ils
giflent les parois huit mois sur douze, déterminant un ixdissage et une excavation : alternance
de burinemcnls et encorbellements en lignes i peu près horizontales. Aux niveaux supérieurs
la largeur des balcons ainsi ménagés peut atteindre 2 m*.
La falaise se trouve interrompue, de distance en distance, par des dépressions — anciens
interdîmes ou vallons — où le sol est sableux ou sablo-vaseux. Klles sont plus nombreuses et
plus larges dans le secteur compiis entre U baie de Porl-Éticnnc cl le fond de U baie du Lévrier
où la falaise est aussi moins haute. En outre, à 7 km au Nord do Port-Étienne s’étend parallèle¬
ment à U côte une lagune marine de 3 à4 km de longueur où le chenal d’eau salée, débouchant
dans la baie de l'Étoile, se trouve bordé d’un double ruban do basse végéutiun halophile.
2. Fonds marins. Marées.
Les dimensions et la morphologie du plateau continental sont très différentes selon les
secteurs. Au Sud de la presqu’île du Cap-Blanc (donc à l’Üucst de U côte mauritanienne du
Tasiast) le socle s’étend jusqu’à une centaine de kilomètres, son centre se trouvant occupé par
les hauts-fonds du banc d'Arguin dont nous traiterons au chapitre suivant. Ejilre le Banc et la
presqu’île la profondeur est assez grande pour que les navires de moyen tonnage puissent,
longeant lu côte en direction S-N, venir mouiller dans la rade de Port-Éticnne à quelques
centaines de mètres du rivage. Au Nord par contre (côte espagnole) le plateau continental est
beaucoup moins large (30 à 40 km). A quelques dizaines ou centaines de mètres au large
les fonds atteignent déjà 20 m et davantage : on ne saurait donc parler ici de hauts-fonds.
C’est là, entre l’Aguerguer espagnol d’une part, la baie du Lévrier et le Banc d’Arguin mauri¬
taniens d’autre part, une différence essentielle.
Les marées sont du type semi-diume, avec une amplitude égale ou un peu inférieure
à 2 m.
3. Climatologie.
Le climat n’est connu avec précision qu'à Port-Étienne et, avec do moindres moyens,
à la Guera. Température, humidité, nébulosité dépendent essentiellement de trois facteurs :
le régime des vents avec prédominance des Alizés; le voisinage du courant froid dit des Cana¬
ries; la proximité immédiate de la plaine saharienne surchauffée. Retenons qu'il no pleut,
en moyenne, que quelques jours par an, que les températures moyennes à Port-Élicnno sont
de 17° à 20® en hiver, 24“ à 26° en été et que l’amplitude diurne, toujours à Port-Éticnne,
ne dépasse pas 10“ à 15“ *.
Comme il a été indiqué au début de ce chapitre, une différenco apparaît entre deux
secteurs ; celui (espagnol) qui fait face au large est ou venl et, si l'on peut dire, • à la houle »;
le mode y est beaucoup plus « battu », la température plus froide, l’humidité et la nébulosité
plus fortes qu’à l’Est de la presqu’île et à plus forte raison au Sud (baie du Lévrier et Banc
d’Arguin). Toutes variations qui sont très sensibles pour qui venant du Nord et doublant le
cap Blanc, s’engage vers le Sud : on passe d’ime côte encore « froide • à un climat que l’on
ressent déjà comme » tropical ».
4. VÉGÉTATION.
Sur les falaises, en dehors des algues et des lichens, elle est presque nulle. Nous avons
déjà signalé les peuplements de plantes hdophiles qui garnissent les bords de lagune dans la
baie de l’Étoile.
t. Une cave fameuse, située à une quinzaine de kilomètre» au Nord de Port-F.lieiiiie aur la côte
espagnole (face au large), sert d’abri 4 une colonie de Phoques (Afonaehu$ al6iretU0r) de 50 i 60 tète» <Moal,
TixenANT iiivo vore^.
2 L’eovic est forte pour l'urnilhulogisle de s'engager sur ce» balcon» pour y rechercher, 4 l'abri
des surplombs et i l’intérieur des cavité», d’éventuels nid» de Cormoran» et de Corbeaux ninsi que des airea
de Falconidé». Mai» c’est une tentation 4 laquelle la plus élémentaire prudence conseille de ne pas céder.
En fait, cea infinie» po»»ibilité» de nidificaüon que l’érosion éolienne KembU procurer sont plu» appurentea
** 3. Sur le» donnée» météorologiques au Sahara espagnol voir Uusief (J.) 1050-1963.
Source : MNHN, Paris
AGUERGÜER ET ÎLOT VIRGINIA
33
5. Les Îles.
L’iioC Virginia, où trouvent asile d’importantes colonies d’oiseaux de mer, se trouve
situé par 16® 50' de longitude et 22° 10' de latitude, à 2 milles environ de la côte. Les fonds,
dans le détroit et autour de l'île, ne sont que de 3 à 10 m. L’üe elle-même, coupée en deux par
un étroit chenal (1 à 2 m), mesure environ 250 m de longueur sur 30 à 50 m de largeur et 3 m
de hauteur au-dessus des hautes eaux. La roche est une iumachelle à coquilles brisées plus ou
moins dissoutes et rccimcntées (beach-rock). Elle est façonnée en un lapies très tourmenté :
les grands entonnoirs peuvent atteindre 1 m et plus de diamètre, autant parfois de profondeur;
mais à cette alvéolisation en grand est surimposée une alvéolisation en petit, avec des creux
de quelques centimètres.
Dans la roche on distingue en gros deux pladcrs, à des niveaux de 2 et 3,50 m au-dessus
des hautes eaux. Les dépressions qui s’allongent entre ces reliefs pourraient être des fonds
d’anciennes marcs, dues elles-mêmes comme les lapies aux actions marines dissolvantes. Le
corps de l’île est percé de tunnels qui s’enfoncent horizontalement puis se redressent et abou¬
tissent à des orifices ouverts sur la surface : la mer se précipite furieusement dans ces tubes
et vient jaillir çà et là en geyser à la surface du rocher avec un sifflement impressionnant
(voir fig. 5).
L’îlot Pedra de Galhe, à 2 ou 3 milles au Nord de Virginia, est un bloc rocheux de 15 m
de hauteur en forme de rognon, entouré de dangereux récifs. La mer, dans ces parages, est
presque toujours agitée et les fonds sont ° malsains >, de sorte que les navigateurs refusent de
s’aventurer jusqu’à l’îlot. A notre vif regret, nous dûmes nous résigner à observer à distance :
de nombreux oiseaux — d’espèces apparemment identiques à celles de Virginia — s’enle¬
vaient du sommet et des arrondis de la face Sud. La surface paraissait suffisamment burinée
pour pouvoir abriter des nids.
Vents violents et embruns fouettent presque en permanence la surface des deux îles.
Dates des prospections :
Sftteur du Sahara fspagnol.
1959-Du 29 mai au 1°' juin : navigation de Port-Kticnne à l'iIiM yirginia et retour à Port-Etienne.
Le littoral fut loitgé il'uuBai près que possible. L'état de la tuer permit un exatneti oaser satisfaisant de la
falaise eétiére et deux déborqurincnts furent efleeluéa les 30 mai au soir et 31 mai au matin sur l'ilot
Virginia-
8 Juin ; exploration par voie de terre (au moyen d'un véhicule tout terrain) ü partir de Purt-Etienne.
th travers le ptiilcaii rocailleux cl tuonlueux de VAguerguar. La côte fut retrouvée sensiblement à la hauteur
de la grotte des Phoques; elle fut suivie au plus prés jusqu'à un point situé à une cinquantaine de kilomètres
au Nord de Port-Etienne. Les aUcrnaiices de criques et do redaus permirent d'avoir des vues croisées sur
une grande partie des parois de la falaise.
1962-5 Uéeembre : même parcours.
1965-Du 2 au 4 Août : navigation de Port-Etienne à l'ffol Virginia et retour. Les bonnes conditions
permirent de suivre la côte au plus près, surtout sur ta voie de retour (houle et vent arrière). Le débarque¬
ment sur Virginia fut exceptionnellement aisé.
Secteur de la haie du Lévrier.
La baie de l'Étoile, se lagune et les falaises voisines furent explorées à maintes reprises en 1959,
i960 et 1962. Le fond de lu baie de t'Archimède resta malheureusement en dehors de nos investigations.
§ 2 - PEUPLEMENTS ET REPRODUCTIONS
Phalacrocorax carbo lucidus.
L’espèce occupe toute la côte occidentde d’Afrique du Maroc à la Guinée portugaise’.
Les problèmes qu’elle pose forment un tout. Or, dans l’état actud de nos connaissances, ce
« tout » se présente comme mi rébus. Pour en éclairer les divers aspects, nous exposerons
d’abord les données acquises au Nord de l'Aguerguer, c’est-à-dire au Maroc et sur la plus
grande partie du Sahara espagnol.
1“ Côte du Maroc et du Sahara espagnol jusqu’au cap Barbas.
C'eat la sous-espèce marorcanus qui est uicheusc sur la côte atlantique du Maroc : en très petit nombre
(selon nos observations) du cap Blanc aux îles de Mogador; en plus grand nombre, de Mogador au cap Juby.
1. Nous avons trouvé 2 colonies nicheuses en Février-Mars ; l'une dans les falaises d'Imsouane
(Lat. 3t°0<)', entre les caps Tafelncy et Riiir), l'outre dans les falaises du Sous (Lat. 29'’3S') au Sud de
l’esluoirc de l'Oued Massa.
1. Sur les peuplements en Méditerranée voir HeiH de BaLSAC et Mayavd (1962), DllEUIL (19S4 et
19SS).
8 564016 6 3
Source : MNHN, Paris
34
RENÉ DE NAUnOIS
2. Il e>t potaibie que quelque! roupie* uichent «ur un pilier rocheux 29'’12') i peine d<lach£
de la cdte au Sud d'Uiii (v. NaURUIx 1961, p. 218 el euiv.).
3. Noue avoue aper<;u quelque* nid* inoccupé* don* lee haute* paroi* entre Aoreora et Ir cap Drn
(Ut. 28<'SU'). à l'endroit même oh Heim PB lUuAC (1934, p. 194) evait, il y a 12 an*, •oupçoimé une nidi-
Cculiou.
4. Sur le Dra inrérieur (Lal. 28° SS*) Hrim de UaMaC vit de* Cormoran* remonter la vallée juiqu'A
la CuellB Kohlu, où plusieur* couple* adulte* puraiaeaient être nidifiraleur* dun* la faille horizonlaie
toute blanchie de déjection*, qui truveree U haute falaiee verticale de la rive eapasnnle. Quant i naii*|
presté par le teinp> à chaque travereée du Ura, il noue a été iinpoxible de nuu* déloururr pour reprendre
, S. Sur la cdte du ï'errùoiV* d* Tarfaya nou* avon* exploré méthodiquement plunieur* Mcleure.
En dehors de plusieur* perchoir*, de* nid* furent découverts sur la boute fuJaite i IS km 4 l'Iluest de Puerto
Cansado (Lat. 28° US') : il* élaieut occupé* au début d'Avril 1961 Le* lurplomb* enipêchnieiil iiiallieureu*
ieineiiL de voir l'intérieur de* coupe*. En .Mar* 1962 d'autre* nid* purent être examiné* i tpielques kilo¬
mètres de lé: il* étaient vides. Au Sud du cap Juby la cdte est encore rochcuio Otais beaucoup
iiioiii* cicarpéo : nous n'y avons vu aucune trace de culuaie.
6. Quelques sujets en vol mais point de colonie i la hauteur de la Srguiel tl Uamra et de son estuaire.
lUen non plus sur Ica falaise* celaliveiueut basaet de Leniaid. Plus au Sud, par contre, nou* allons voir que
7, Valveeidb (1957) rapporte une information fournie par de* pêcheurs Canariens relative à des
colonies reprodiictrires uu cop Biiiador (Lat. 26° 06'). Nous avons pu vériher l'cxactitutle de ce renseigtte-
meut : les nids, 4 la date du 24 Juin 1963, purtaient de* traces d'occupation rclutiveiiieiit récente.
6. Selon nos infoemateurs une forte colonie serait établie h 60 km au Nord de Villa Lianeros. Mais
elle n'a pu être retrouvée par une mission que les autorités espagnoles, sur outre deiuaiidc, voulurent bien
envoyer sur les lieux au mois d'août 1963.
9. Sur l-i falaise d’Er.largii6 (Ut. 23° 47'). oh une colonie avait été signalée û Vai-Verde, nous avons
découvert le 30 Juiu 1963 un petit groupe de nids typiques mais inoccupés.
10. Plus BU Sud encore nous avons longuement recberché uu site sur lequel Valvrrpk avait obtenu
de* indication» prometteuses. Au lieu dit Aforro de Ancta Chien (Lat. 23° 30'), nuus siimmes toiitbé non
pas sur les Goélands argentés que nuus attendions, mais aur une importante niclilicalion de Cormorans ■
le 4 Juillet 1965, 4 notre stupeur, une trentaine de nids cuntcnaienl des œufs el de* poussin* à tous les degrés
de développement.
2“ Sur la côte de VAguerguer {secteur espagnol).
Longeant la côte par mer nous avions remarqué, signalés par des déjections blanches
deux ou trois lieux de repos situés soit en pleine falaise (hors de portée des chacals), soit sur le
plateau somcnital. Le 8 Juin 19(30, alors que nous longions la côte par terre et nous trouvions
à quelque 15 km au Nord de Port-Étienne nous vîmes d’abord une vingtaine de sujets s’envoler
d’un perchoir; des phoques s’ébattaient à quelques mètres au-dessous, dans une mer agitée
Un peu plus au Nord (Lat. 2lo 15') nous découvrîmes, dans les encorbellements horizontaux
de la falaise, d’abord deux, puis une vingtaine de nids : tous vides et plus ou moins délabrés
par les intempéries. L’occupation pouvait remonter à moins d'un an.
Le 5 décembre 1962, après de longues marebes et contre-marches, la colonie fut retrou¬
vée Une vingtaine de nids contenaient des poussins de tous figes. L’absence d'œufs indiquait
une reproduction en voie de conclusion. La constatation, à cette époque de l’année, était
surprenante. Quelques jours auparavant, au Banc d’Arguin les nids no contenaient encore
que des œufs et à peine quelques très jeunes poussins. Voilà donc que les reproducteurs de
l’Aguerguer se trouvaient en avance d’au moins un mois — peut-être plusieurs mois_ but
ceux de Mauritanie, distants seulement de 140 km.
En 1965, longeant la côte per mer (sur le bateau qui nous ramenait de l’ile Virginia),
nous fûmes incapable d'identifier l’emplacement de cette colonie : les nids avaient pu être
soit ensablés, suit arrachés par le vent... Par contre, à quelque.s kilomètres plue au Nord (Lat
21° 35') l’équipage d’un langoustier breton nous montra une haute falaise habitée par les
Cormorans. Avec précaution, notre embarcation put être conduite à moins de 200 m : 2 ou
3 oiseaux étaient en position de couveurs 4 ou 5 nids contenaient des jeunes de tailles variées.
Or, nous étions le 4 Août!
Aucune colonie n’est hxée sur la côte (* sous le vent >) de la baie du Lévrier.
1. Résultats et discussion tn Nauruis 1961, p. 246.
2. Il faut avoir parcouru te paysage livide et cbaiitique à la foie de l'Aguerguor pour imaginer 4 quel
point il peut être difficile de reconnaître Irs lieux racine* oh l'un est déjà pasié. Le compteur kilométrique
est d'un faible secours car il est impossible 4 travers le dédale de dunes et do puintemciili rocheux, do repren¬
dre 4 chaque voyage le même itinéraire.
3. Les nids étaient parfaitement inaccessibles; d'ailleurs un débanpicment sur cette côlo battue
en vue d'escalader la falaise, eût été impossible. '
Source : MNHN, Paris
AGUERGUER ET ÎLOT VIRGINU
35
Comment classer des faits aussi déconcertants? Est-il même possible de découvrir un
ordre dans une série de développements qui sont peut-être indépendants les uns des autres,
chaque cycle pouvant n’ètre pas annuel? Nous reviendrons sur le problème en conclusion
de cet ouvrage lor3<iue sera présenté le tableau complet des époques de reproduction chez
PhalacTocorax carbo entre les Latitudes extrêmes du cap Blanc marocain et de l’archipel
portugais des Bijagos (v. p. 235). Qu’il suffise de souligner dès maintenant :
1° La faiblesse numérique des peuplements. Sans doute la côte n’a-t-dle pu encore
être scrutée sur toute sa longueur, en sorte que plusieurs colonies nicheuses seront certaine¬
ment découvertes à l’avenir dans des secteurs jusqu’ici inexplorés. Mais que sur les parties
connue-s (quelques centaines de kilomètres au total) une dizaine de lieux de reproduction
seulement aient été relevés est déjà significatif! Encore convient-il de noter qu’un site occupé
voisine souvent, à la même époque, avec un autre qui n’est pas occupé : comme si les oiseaux
disposaient de domiciles de rechange et passaient de l’un à l’autre, soit en fonction des possi¬
bilités nutritionnelles, changeantes selon les années, soit même selon leur « humeur » : l’arrêt,
ici ou là, d’un « chef de file » entraînant la fixation de tout son groupe (?).
2° L’incohérence apparente des reproductions constatées dans l’Aguerguer en décem¬
bre 1962 (poussins de tous âges) et Août 1965 (poussins de tailles diverses et sans doute œufs
en incubation).
N. B. — Le Cormoran huppé Phalacrocorax aristolelis n’a jamais été observé comme
reproducteur sur la côte du Sahara espagnol. Il a été trouvé nicheur aux îles de Mogador, où
nous-mêmes avons aperçu des couveurs en Avril 1960. Nous l’avons également rencontré
sur la côte du territoire de Tarfaya en deux endroits (Naurois 1961, p. 247) : sur la haute
falaise à 15 km à l’Ouest de la baie de Puerto Cansado, un nid fut atteint au moyen de
cordes : le 24 Avril il contenait 3 œufs frais. Ce lieu marque très probablement la limite
d’extensioa vers le Sud.
Lotus argentatus.
Cette fois encore, en vue d’éclairer les faits constatés dans la zone qui nous occupe,
nous exposerons en premier lieu les données relatives au Maroc et au Sahara espagnol au Nord
de l’Aguerguer.
1. Nous avons assisté sur l'EIe de Mogador (Maroc) au tout d£but (premiers mufs le 8 Avril 1960) et
â U fin du cycle (ieuucs qui n’étaiont pas encore au vol au début de Juillet 1957) k
2. IIeih UC liALSAC (1951. p. 200) a vu« des adulue en plumage parfait le long de la falaise entre
l’embouchure du Dra et Aoreora a et pense qu’il doit y avoir là une colonie nidificatricc. Effectivement,
une reproduction parait avoir lieu sur le pilier détaché de la côte (mentionné p. 25). Mais ce cocher en forme
d’obélisque est tout à fait inaccessible, Nous avons pu l’observer de deux côtés : à partir de la côte et à
distance rapprochée (quelques mètres) : la paroi, sur cette face, est trop lisse pour laisser place
à des nicheurs du côté de la mer à partir d'un avion de tourisme ; ie 16 mars 1964, une dizaine de Goélands
occupaient le sommet du rocher et demeurèrent en place au passage de l’appareil; mais la vitesse ne pqrinit
pas de distinguer des nids, moins encore des ceufs.
3. Sur la côte du Territoire de Tarfaya nous n’avons obtenu que deux données : un couple était
installé le 15 Avril 1961 sur un énorme bloc détaché de la côte ' (Lat. 28° 42'). Le nid. placé à un niveau
un peu plus bas que celui de la falaise d’ob nous observions, était parfaitement visible au moyen de jumelles
et contenait 2 œufs. couleur était signe d'une ponte fraîche. Plus loin, à 15 km à l'Ouest de la lagune
de Puerto Cansado (Lat. 28° 30') un couple en parure nuptiale était posé sur un encorbellement inaccessible
4. Sur la côte du Salxara espagnol Valvf.bde en 1955 et nous-méme en 1965 avons souvent noté
l’espèce. Notre collègue espagnol obtint de pêcheurs Canariens une information intéressante ; une colonie
serait régulièrement niebeuse sur les grandes falaises de Morro de Ancla Chica (Lat. 33° 30'). Comme il
a été exposé plus haut (p- 35) noue avons longuement recherché ce site difficilernent identilîable sur une
kilométrique, nous devions nous trouver à Ancla Chica, ce fut une colonie de Phalacrocorax carbo qui
apparut. Étoit-il possible que les Coélauds alternassent avec les Cormorans sur ce même emplacement,
les uns occupant les nids que les autres, leur cycle terminé, laissaient vides? A la réflexion il apparut que
l'hypothèse n'était pas tenable : il n’est pas dans les habitudes de Larua argeruaius de s'établir dans une
paroi verticale, voire surplombante, sur d'étroites margelles; en outre, la reproduction des Cormorans,
étalée sur une longue période — d'avril à août pour le moins — ne laisserait aux Goélands aucun « créneau»
disponible pendant la belle saison.
1. Voir Contant <M.) et Naurois (B. de) 1958.
2. Une étude convenable de la face tournée vers le large ne serait possible que par mer calme. Noue
n’avons pas eu d'embarcation à notre disposition.
3. Face à la falaise où un Cormoran huppé semblait couver.
3.
Source ; MNHN, Paris
36
RENÉ DE NAUROIS
Pour augmenter notre perplexité un vol d’une tenteine d'Argenté» apparut à quelque» centaine» de
métrés au Nord, sorti d'une indentation de la c6te où, exceptionnellement, se trouvait sertie une plage
en arc de cercle. Fouillant du regard armé de jumelle* le» paroi» environnante», noui ne pûmes voir aucun
uid. Les embruns, il est vrai, formant un nuage épais, gênaient l'observation à diilance. Pressé par le tempe,
nous dûmes renoncer é confirmer ou infirmer les propos des Canariens.
5. Sur l’ile Virginia et ia côte de l’Aguerguer nos prospections furent plus concluantes.
Au centre de l’île, le 30 Mai, dans une large dépression, nous découvrîmes une coquille
qui parut ne pouvoir être autre chose qu’un œuf de Goéland. Au même moment, 2 ou 3 sujets
en brillant plumage nous survolèrent en faisant entendre, sans beaucoup d’insistance, leur cri
d’alarme. Mais l’espèce était absente lorsque nous visitâmes Virginia le 3 Août.
Sur la côte et un peu plus au Sud, le 8 Juin, tandis que nous longions par terre le som¬
met de la falaise, 3 ou 4 Goélands en briUant plumage apparurent : deux d’entre eux — formant
vraisemblablement un couple — surgirent des parois que nous dominions et se montrèrent
fort agressifs, poussant des cris furieux et descendant • en piqué ». Nous essayâmes de découvrir
lin nid en utilisant les avancées de la roche qui permettaient des vues plongeantes. Mais la
plupart des replats et encorbellements au-dessous de nous étaient masqués par les surplombs
sur lesquels nous nous tenions. La friabilité de U roche rendait dangereuse toute investigation
plus poussée...
Des indications recueillies il semble permis de condure : 1” que Larus argentalus
semble se reproduire en petit nombre, peut-être de façon seulement occasionnelle, sur l’îlot
Virginia et en certains points de la côte de l’Aguerguer. La région des Phoques, par 21« 20',
constituerait la limite méridionale de l'area; 2° que cette reproduction a lieu au printemps
comme en Europe.
Sterna anaethetus.
Quand nous eûmes découvert la reproduction de cette espèce sur les lies du Banc
d’Arguin en 1959, nous pensâmes et écrivîmes (Naurois 1959) que l’ile Kiaone, par 20“ de Lat.
marquait la limite Nord de son area’. C’était une erreur.
Les Bridées volaient nombreuses, les 29 Mai, 31 Moi et 1®' Juin 1960, au large de la côte
de l’Aguerguer. Les oiseaux se dirigeaient en majorité vers le Nord.
Le 30 Mai, en débarquant — non sans difficulté — sur Virginia, nous fûmes comme
enveloppés par un véritable essaim. Les Sternes volaient bas et émettaient sans arrêt lexir cri
d’alarme très caractéristique. Dans la partie de l’Ue la moins exposée aux embruns, la roche,
sur 200 à 250 m*, était parsemée d’œufs, déposés sur la pierre nue au fond des alvéoles du
lapies. Pontes d’un seul œuf, bien entendu. Il n’y avait aucun poussin.
La profondeur des creux, la hauteur des encorbeiUements ménageaient un abri relatif
contre le vent et dissimulaient les oiseaux couveurs à l’observateur comme celui-ci à ceux-là.
Plusieurs sujets purent être saisis à la main. L« « semis » d'œufs était plus ou moins dense en
fonction des possibilités offertes par l’alvéolisation. Toutefois, la distance entre les « nids a
ne descendait jamais à moins de 30 cm, une arête rocheuse délimitant nettement les coupes
et par là même le « territoire » du chaque couveur. Il nous parut que la densité moyenne
était d’un œuf par 5 ou 6 m® — ce qui conduisait, poux l’ensemble de l’ile, à un total de 2 ou
300; diverses méthodes d’évaluation aboutirent d’ailleurs au même chiffre. Quelques œufs
furent prélevés pour estimation de l’incubation : la ponte avait commencé 5 ou 8 jours avant
notre arrivée, soit, pour les premiers œufs, vers le 21 Mai.
Le 3 Août 1965 la colonie fut retrouvée, toujours fort nombreuse : mais ia reproduction
touchait à sa fin : une dizaine de jeunes poussins à demi-cmpluméa se tapissaient au fond des
alvéoles; les rares œufs qui furent découverts étaient en voie de pourrissement.
En résumé : 1“ Importante colonie — plusieurs centaines de couples — qui marque
la bmite Nord de l'aire de reproduction dans l’Atlantique oriental. Du point de vue zoogéo¬
graphique, cette extension de Varea jusqu’à la latitude de 22“ est assez singulière : nous aurons
à y revenir. — 2® Reproduction s’étendant de la fin Mai (premières pontes) à la mi-Août
(derniers envols). Ce sont les dates mêmes que nous allons retrouver chez les colonies du Banc
d’Arguin._ 3° Fait écologique digne de remarque : l’utilisation de l'alvéolisation de la
roche (lapies) comme substitut du lapis végétai et des entassements de pierres.
1. Il s'agit de la limite surla côte occidentale d’Afrique. Pour les limite» en Mer Rouge et Océan Indien
voir p. 43, AJdtnéum.
Source : MNHN, Paris
AGUERGUEB ET ÎLOT VIRGINIA
37
Û 100 aaon.
® Sterne Jougat/ii fnon nichei/rjJ.
■ M/c/ e/e iacus ^rgentetu-i ?
0 Zone occupée per /« ntc/e Me Sterne eneetAeât/s.
Crocjfu/s ç/e //7e V/r^/n/à
Fie. 6
Source : A1WHW, Paris
RENÉ DE NAUBOtS
Falco peregrirtus.
Heim de Baisac (1964, p. 188) avait cru pouvoir écrire au sujet du Faucon pèlerin ;
« Du Sous au Sénégal, on peut rencontrer des couples reproducteurs, mais ce nVst qu’au long
de la falaise atlantique qu’on peut espérer les voir régulièrement espacés ». Examinons les
données récemment recueillies ;
l» Ah Sahara «pagnol VAtvr.BDK (19S7. p. 1S3) a rfrcrliveinrni fciironlré |•«p^M• t pluaieurs
reprÎMs. Près du cap Bojador (Lat. 26“ 10') le 2 Mai : un sujet lorlant de la fnlaiae. Dan» le ierteur Puerto
Rico-I«ataa (Lat. movenne 23“ 2S') le 16 Avril : 2 aujet» po«#« sur la côte en deux puinle «épuré»; puis
une famille (jeunes nu'vol) cantonnée dans U falaise — Nou»-iii?:nc. en juin 1965. avons cherché en vain
dans ces mimes districts ; l'époque, il est vrai, était Urdivc et nos chances d|aulBiit innitis grande». Nous
fftme» déçu, en prospectant soigneiieement les escarpement
23° 46'), de ne même pas ti
2“ Sur la côte mauritanienne (faisant face à la baie du Ijivrier) Ribd (1937, p. 724) vit
un de ces Faucons chassant le 16 Avril au-dessus de la baio do l'Éluilc — F. Roux, en Mars
1961, fit des observations analogues.
Le Pèlerin n'est donc pas rare sur la côte saharienne prise dans son ensemble, en parti¬
culier sous le tropique et dans les parties abritées de la baie du I.évrior, mais l’Aguerguer
espagnol (face au large) ne semble guère lui convenir : c’est sans doute parce que les proies
sont plus rares, les captures aussi plus difficiles sur cette côte terriblement battue, où la plupart
des criques sont peu profondes, où surtout l’estran se trouve réiluit à sa plus simple expression.
Touchant la reproduction nous ne disposons que de l’observation de Valvehde ;
les 2 jeunes du 16 Avril accompagnant encore leurs parents et volant parfaitement (ce qui ren¬
voie à une ponte du début Février). On peut supposer que cette • famille » ne s’était pas éloi-
Que conclure de ces maigres données? Il semble que, comme nicheuse, l’espèce ne
serait ni aussi abondamment représentée ni aussi régulièrement répartie que l’avait supposé
Heim de Balsac. Toutefois, des investigations plus poussée.» pourront seules donner une
certitude. L’expérience nous a montré au Maroc que Ica aires de Pèlerins sont difficiles à repé¬
rer. A la différence des aires de Lanier, elles ne sont pas toujours signalées par des traces blanches
de déjections. D’autre part, s’il est facile de faire envoler des oiseaux couveurs en frappant
seulement les mains l’une contre l’autre, le procédé ne sert de rien sur une côte comme celle
de l’Aguerguer où la puissante rumeur des vagues couvre tous les autres bruits.
Falco biarmicus.
Au Sahara espagnol Vaevehoe (1957, p. 150.153) a observé niainlr» foi» ce Faucon ô l'intérieur
des terres, mais jamais, semble-t-il, sur la côte memc. Il est bien vrai que Pèlerin et l.unier rluiBscnt sur
des territoires différents, mais certains auteurs semblent en conclure un peu lifitivcrarnt que les nidiff-
cations se répartiraient pour le premier sur les escarpements côtiers, pour le secoud sur ceux de i’intérieur.
Or, nous avons trouvé nu Maroc plusieurs aires de Lanier» - les couveurs ayant été parfaitement idenii-
6és - dans des parois voisines du littoral, voire même donnant directement sur la mer. Bien de tel, cepen.
riant, n'a été retrouvé par nous dons l’Aguergucr espagnol (face au large), où aucun oiseau n'a même été
reconnu avec certitude.
Sur la baie du Lévrier par contre (aecteur mauritanien), les données ne manquent pas :
Roux a noté plusieurs sujets tant à Port-Étienne qu’autour de la baie de l’Étoile. Nous-même,
sur une falaise voisine, avons atteint au moyen de cordes une aire de Corbeau à côté de laquelle
nous avions identifié un Lanier quelques jours auparavant : ce nid était vide. Nous nous réso-
lûmes à en démolir l’échafaudage pour rechercher, dans l’épaisseur des branchettes entassées,
des parcelles de coquilles. Une ventilation de l’amoncellement nauséabond permit de recueillir,
en dehors des parcelles bleues d’œufs de Corbeau, les fragments blancs tâchés d’ocre pMe
qui sont caractéristiques du Lanier *. Ainsi fut acquise la certitude d’une reproduction de
Faucon et la quasi-certitude que cette reproduction était bien celle d’un biarmicus. L’époque
de ponte, malheureusement, est encore inconnue. A-t-elle lieu comme au Maroc en fin d’hiver?
Où y aurait-il déjà, par 21° de Lat., inversion de cyde?
Pandion kaliaëtus.
Valverde a observé plusieurs fois ce beau rapace à El’Aiun et au Sud de Villa-Cisneroa
(1957, p. 105). Nous-même l’avons aperçu, çà et U, dans le Nord de l’Aguerguer. Bird le nota
1. Par opposition aux œufs de Pèlerin généralement marqué» d'octe rouge.
Source : MNHN, Paris
AGUERGUER ET ÎLOT VIRGINIA
39
à Port-Étienne le 16 Avril 1937 (p. 725). Au même endroit RotJX remarqua sa présence régu¬
lière de Février à Mars 1961. Nous-même le surprîmes à deux reprises en Mars et Mai 1959.
Dans cette dernière circonstance l’oiseau se reposa longuement au milieu de la végétation
halophile sur la flèche de sable qui enclôt le port de pèche, séchant au soleil ses ailes écartées.
Cette relative abondance n’est pas surprenante le long de côtes où les eaux sont très poisson¬
neuses. Mais l’espèce paraît bien n’être pas nicheuse dans l’Aguerguer (v. p. 56 la discussion
relative à une reproduction problématique en baie d’Arguin).
Ckaradrius alcxandrinus.
En dehors des côtes d'Europe et d’Algérie-Tunisie, ce Pluvier se reproduit por endroit» sur la cùte
atlantique d'Afrique. Noue l'avoiis trouvé au nid. A maintes reprises sur la côte marocaine entre le
cap Sparte! et le cap Cantin {Nxunois 1962). Dans le Sud marocain, sur tes banrs de sable de l’eelunire du
Dra, Hecm de BalsaC (1954, p. 200) trouva un couple avec des jeunes le 30 Mai. Au Rio de Oro, A proxi¬
mité de Villa-Cisneros. SPATZ (cité par StbEsEMANN 1927, p. 138) observa des parades nuptiale» les 15
et 25 Avril 1926. RiccENBACn rapporta de rette même région 4 adultes (dont une femelle) tués le» 7, 8
et 17 Juin 1902<(m worn breeding plumage» (Hartert 1903, p. 296). Neumann (1929-1930. p.213) décrivit
cette forme du Rio de Oro {Char. alrx. tpaiii) comme plu» claire que la forme européenne (Te demi-collier
sombre sur les côtés de ta poitrine étant au contraire très noir) et se demantia jusqu'où s’étendait vers
le Sud l’aire de reproduction. Binn (19.37, p. 728) rencontra l’espêcc en abondance, en particulier au cap
Juby, à la Gucra et Port-Etienne (arrivée au milieu d’Avril). Comparant les exemplaires récoltés par lui
A ceux de Neumann, il les jugeas very similar». Comparant cet ensemble A des sujets en plumage égale¬
ment défraîchi,« wom examples» provenant du Maroc et d'Angleterre, il trouva ces derniers A peine plus
foncés que Us premiers. Il conclut alors que U sous.espèce apatsi tombait, jusqu'A nouvel ordre, en syno¬
nymie avec celle décrite précédemment sous le nom de cofuianns,
Côte de l’Aguerguer (face au large). Nous-même ne vîmes aucun sujet sur la côte
espagnole de l’Aguerguer, mais à Port-Étienne eu 1959, dès le début de Mars, plusieurs sujets
exhibèrent une iivrée très terne.
Côte de la baie du Lévrier. En 1961, dès la fin de février et au cours des mois de Mars et
Avril, F. Roux observa sur la pointe aux Crabes, près de Poit-Élienne, des comportements
nuptiaux et joutes territoriales; 6 ou 8 couples étaient formés. Au début d’Avril, des trous
étaient grattés dans le sable et un mâle tué le 7 présentait des gonades de 12 mm. Nous-même,
au début de Juin 1960, sur les bords de la lagune de la baie de l’Étoile, vîmes un ou deux sujets
esquisser une parade de protection. Au même endroit, un an plus tôt, M. Tixerant avait
découvert deux œufs dont la description (forme, dimensions et teintes) était celle même des
œufs de Ckaradrius alexandrinus. La reproduction en baie du Lévrier est donc certaine
(v. p. 56 reproduction en baie d’Arguin).
Roux a observé l’espèce par deux fois à Port-Étienne : il s’agissait de sujets isolés. Au
même endroit, une nidification contre les murs d’un édifice privé lui fut signalée et la descrip¬
tion semblait bien désigner une construction d’^^as affinis, mais le fait ne put être contrôlé,
Apus pallidus.
Heim de Balsac et Mayaud (1962, p. 194) rapportent que Th. Monod trouva des
jeunes en Septembre sur la côte à proximité de Port-Étienne. Le nid était placé à l’intérieui
d’une fissure de rocher — Roux observa l’espèce à Port-Étienne à la fin de Février, au début
de Mars et en Avril 1961 : il pouvait s’agir de migrateurs. Nous-même n’avons aucune obser-
tion à rapporter. Dans le secteur espagnol, étudié tant par terre qu’en croisant le long des
côtes, nous n’avons vu aucun Martinet sortir des parois. Même absence sur la baie du Lévrier où,
il est vrai, nous n’avons examiné que les falaises situées de part et d’autre de la baie de l’Étoile.
Cette côte, parce que plus abritée, conviendrait mieux que celle du large. Il conviendrait,
pour lever les incertitudes, de la suivre sur une plus grande longueur. Il semble lifficile, toute¬
fois, que la trouvaille de Tb. Monod ne constitue qu'un cas isolé.
CoTvus Tuficollis.
Valverde (1957, p. 321-327) fait état d’un nombre considérable d’observations au
Sahara espagnol (un millier de notations). Sur les falaises côtières, il a noté entre autres : à
Villa-Cisneros (Lat. 23®46') une famille (jeunes au vol) ; à El’Aargub, plusieurs sujets ; à Puerto
Rico, un sujet; entre ce dernier point et Legtoa (Lat. 23°20'), d’autres encore. Les observateurs
(Bird, Dragesco, Roux, nous-même) ont constamment noté sa présence dans les aggloméra¬
tions de la Güera et Port-Étienne.
Source : MNHN, Paris
40
RENÉ DE MAUROIS
Côte de TAguerguer (face au large). Nous n’avons noté aucun sujet sur l’ilot Virginia, où
les escarpements ne sont pas suffisamment élevés et ne se prêtent donc pas à une nidification.
Le long des falaises, l’espèce nous est apparue régulièrement espacée, mais aucune aire ne fut
repérée. Ceci, bien entendu, ne constitue pas une preuve d’abstmee. En eiïet, l’observation par
terre, nous y avons déjà insisté, est rendue très difficile par l’existence de surplombs dissimu¬
lant les cavités et encorbellcmcnU; d’autre part, l’examen par mer est le plus souvent impossible,
brisants et rouleaux obligeant les embarcations à sc tenir à distance • respectueuse » et les
embruns créant une opacité gênante.
Côte de la baie du Lévrier. Cinq ou six aires ont été observées de 1959 à 1962 par
F. Roux et nous-mêmes. Rassemblées sur quelques centaines de mètres de falaise, elles appar-
tierment sans doute à un seul et même couple. Ce sont des constructions à l’abri du vent,
bien encastrées dans la roche et qui donnent l’impression d’être fort anciennes. Nous avons pu,
au moyen de cordes, en inspecter le contenu : elles furent toujours trouvées vides. Les frag-
ments de coquille d’un assez beau bleu, trouvés dans l’une d’elles (v. p. 38) seraient une indi¬
cation d’occupation récente si elles avaient été découvertes en surface : enfouies dans l’épais-
seur de la structure, elles avaient pu échapper à la décoloration pur la lumière solaire.
En conclusion. — Reproduction certaine, par couples isolés et peu nombreux qui n’a
certainement pas lieu tous les ans. Nous avons noté plus haut i’utilisatjon occasionnelle de ces
aires par Falco biarmicus.
NOTE
SUR LES LaRIDÉS ABSEIVrS 1)E LA CÔTE DE L'AcUERCUER
Il importe de souligner l’absence de divers Laridés - en tant que reproductrur» - sur Is côte du
Sabara espagnol et particulièrement sur la côte de l'Agnerguer.
Espèces tropicales.
Aucune trace de la Mouette è tète grise (Lorur cirrocephalut). Les Iles du Banc d'.Arguin. pat 20<'
de Latitude, marquent donc, comme il sera exposé plus loin, la limite Nord de l’areu.
Espèces pale'araigius.
t. Le Goéland Brun, Lnrur fitscus, est régulièrement observé, mal» non nicheur, sur les côtes du
Rio de Oro et do Mauritanie. Spatz (Strbseman 1927) remarqua en Avril 2 mâles en plumage nuptial.
Valvëhde compu de nombreux sujets et établit des pourcontsges de jeunes, d’iiiiiiiuliires et d’adultes.
Bian (1957) observa des oiseaux en vol ie long des côte* du Rio et en baie du Lévrier, les 9 et 10 Avril 1937;
à son étonnement il ne vit pas de groupes au repos sur les plages.
2. 11 y avait peu de chances de trouver nicheur sur Tîte Virginia, le Goéland railleur, l.anis genei,
qui recherche les eaux calmes et peu profondes, les bioto[>cs de type lagiinaire. et sc reprotluit en rolonies
considérables sut les Iles qui émergent des hauts-fonds du Banc d’Arguin. I.’oiseaii est certes présent sur
les côtes du Sahara espagnol : les observuliotis rapportées par Valverue (1957, p. 186) en témoignent.
Mais l’hypothèse, émise par notre collègue espagnol, de nidifieutions possibles dans les ilivngatimis lermj-
nales de la Seguiet-el-IIamra (Lat. 26‘> 12') et les marais de la Sarga (â quelques kiloinèlres au Sud de Villa-
Cisncros. Lat. 23» 45'), n’est pas, jusqu’ici, ù retenir. Ces endroits oui été visités par nous en Juin 196S :
/ajrui genei n’y niche pas.
AJJendum. Il convient de menüonner ici les remarquables découvertes faites pur le do. leur P. Robin
dans lu dépression de l'Iriki (« Coude » du lira). Maroc méridional, ail. SIS m, è 250 km il l'intérieur des
terres, Lat- 29® 50', long. 6 “ 30' W. Le 20 Juin 1966 notre collègue identifiait au milieu d'autre» niehetira
- Sternes Hansel, Avocettes. ftchaases blanches - plusieurs couple» de Goéland» railleurs ainsi que
.5 nids contenant chacun 3 reufs frais. L’inondation de l’Iriki de 1964 ft 1966 a été la conséquence de pluie»
exceptionnelle»; mais ie phénomène sc répète avec une périodicité asses remarquable de 10 aimées environ.
Puisque Lorui genei peut se reproduire en zone saharienne quand les condition» sont fovorublcB, il fallait
bien se demander pourquoi il ne nicherait pa» à quelque» 400 km plu» à l’Ouest, sur la lagune de Puerto
Cansado? Prospectant incompictement ce biotope extraordinaire en Avril 1961, Mar» 1962 et Juin 1963.
nous-mème ne sûmes rien découvrir. P. Robin fut plu» heureux : »’engagcanl plu» loin que nous sur la
partie à fond salé delnlagune il découvrit, en Juin 1967,22 nid» groupés sur un banc émergeant légèrement.
Ils contenaient des ceufs. Cette reproduction, A l'inverse de celle de l'Iriki a probablement un caractère
régulier. Les observations seront poursuivies au cours des prochaines années. Soiiligncm» dès maintenant
le haut intérêt biogéographique de ce» colonie» découvertes par P. RoniN : elle» coiistliueiit des intermé¬
diaire» entre d’une part les peuplements du Banc d'Argnin et du Sénégal, d'autre part les reproduction*
qui ont lieu en petit nombre en Espagne méridionole et Tunisie et constituent elles-mêmes des jalons sur
la route des grands centres d’Europe orientale et Proche-Orient
3. Sierno hirundo.
Nous avons longtemps attendu que des recherches elTecluées au buii moment nous fassent rencouirer
la Pierregarin nicheuse suc les tles de Mogador. Il n'en u rien été : ni sur les deux lie» principales ni sur
les trois Ilots d’accès plus ditficilcs qui sont situés un peu plus au large.
1. Von WestëBNUAGEn a publié (1966) une remarquable étude sur l’actuelle répurtilion de I.aru»
genei en Espagne méridionale. Nous ne pensons pas que la distribution que l'on voit ainsi se dessiner en
région méditerranéenne doive être opposée» aux hypothèses que nous formulerons en conclusion (p. 285)
pour expliquer la présence de l’espèce en Mauritanie.
Source : MNHN, Paris
AGÜERGUER ET ÎLOT VIRGINIA. — CONCLUSIONS
41
Sur In Ing^une de Puerto Cannado (Lat. 28°) un guide indigène noua montra de petits paquets de
matière végétale accrochés aux hautes branches des Chénopodiacées : débris portés par le flot lors des
grandes marées. C'est sur ces plates-formes (un peu plus grandes que des nids de Tourterelle) que selon
cet informateur <t des oiseaux blancs è becs rouges» déposaient leurs teufs... Nous demeurâmes sceptiques.
Mais voici que le docteur P. Robin vient de découvrir (1967) la reproduction de la Pierregarin à Puerto
Caosado : il a vu les sternes s'aflairer autour des nids et ceux-ci en Juin, conteuaient des œufs,
Uu espoir, ténu il est vrai, était lié aux ilôts (islsies), évoqués, mais non visités, par ValverPE,
que forme à chaque cnie et pour quelques mois la Seguiet cl Ilamra h son estuaire (Lat. 26° 42'). Nous
avons donc prospecté les lieux en Juin 1965 : ce fut sans résultat et sans même trouver trace d’une occupa¬
tion antérieure par une espèce quelconque. Sans doute l'époque était-elle un peu tardive ; non pas certes
en elle-même, puisque nous verrons toutes les Sternes du Banc d’Arguin en pleine reproduction de Mai
â Juillet; mais pour des raisons écologiques toutes locales. En elfet, si une nidification intervient, elle ne
peut avoir lieu que pendant la brève période (2, 3, peut-être 4 mois) où les chenaux d’écoulement sont
à la fois suffisamment larges et profonds pour constituer une barrière autour des bancs de sable; point trop
remplis ce|>endant, faute de quoi les flots se trouveraient du même coup submergés. Il conviendra donc
de revoir ce biotope peu après les pluies et inondations de fin d'hiver. Dès maintenant, il nous parait fort
douteux que Ton puisse y découvrir autre chose, en fait de reproductcura, que des petits ou moyens échas¬
siers comme Cèarodrius ahxandrinuii et Himamopus himoTUopus.
Sur rilot Virginia, le 30 Mai 1960, nous distinguâmes dans tourbillon des Sternes bridées et Sternes
de Dougall, 3 ou 4 Pierregarin, recunnaissubles surtout à leur cri: quelques œufs ou poussins passèrent-ils
inaperçus? Le 3 Août 1965 aucun sujet n'apparut. Si une reproduction a lieu, elle doit être précoce et
n’intéresse sans doute qu'une population restreinte.
4. Sterna dougalli.
Dans l’hémisphère Nord cette sterne niche sur les côtes européennes jusqu’en Médi¬
terranée et sur les côtes américaines jusqu’aux Caraïbes*. Sa migration hivernale la conduit
loin vers le Sud de l’Afrique. Bird (1937, p. 730) l’observa à Port-Étienne à partir du 2 Mai :
un vol important se dirigeait vers le Nord.
Au soir du 30 Mai 1960, sur l’îlot Virginia, nous remarquâmes dans le bruit assourdis¬
sant des Sternes au-dessus de notre tête, des cris très différents de ceux poussés par les Bridées
et les Pierregarin. Au même moment, à l’extrémité sud de l’île, un groupe compact de Sternes
presque blanches retint notre attention. Nous crûmes d’abord à des Pierregarin, mais ne
pûmes rien vérifier faute de temps *. Le temps fort heureusement resta au beau et nous pûmes
débarquer à nouveau le lendemain : les Sternes « blanches » au nombre d’ime cinquantaine,
étaient toujours posées, très serrées et face au vent, sur une plate-forme de la pointe Sud.
Nous pûmes alors distinguer, à travers nos jumelles, les ventre-s roses et les becs noirs et rouges :
un tiers seulement des oiseaux portaient le plumage nuptial. Point de nid. Des Sternes bridées
couvaient tout â côté. Notre navigation nous porta, ce même jour, jusqu’au cap Barbas et au-
delà. Sur le cliemin du retour, nous passâmes à courte distance par le travers de Virginia :
les Dougall s’étaient dispersées.
L’espèce fut retrouvée en nombre beaucoup plus considérable le 3 Août 1965 : plus
d’un millier d’oiseaux, non nicheurs. Les spécimens collectés étaient en état de repos sexuel
(femelles en pleine involution). L’un des sujets obtenus avait été bagué comme poussin sur les
côtes du Pays de Galles, à Rhosneiger (Lat. 53‘’14', long. 4®31‘' W) le 28 Avril 1964.
INTERPRÉTATIONS ET CONCLUSIONS
Des embarras de tous ordres — difficultés de transport (tant par terre que par mer),
difficultés d’observation du fait de l’agitation des eaux, de la violence des vents, des dangers
d’éboulement, etc. — gênent l’étude de ce secteur côtier. Quoi qu’il en soit des lacunes, que
des prospections plus poussées pourront combler, trois groupes de constatations se dégagent :
1° L’importance de l’îlot Virginia, comme lieu de reproduction de Sterna anaethetus
à la limite Nord de son area. L’importance aussi de ce même flot comme station de repos et
peut-être d’hivernage de Sterna dougalli. La première de ces Sternes est connue comme espèce
presque palégique (pouvant se nourrir loin au large) et n’a généralement pas besoin de plonger
pour capturer ses proies; la seconde est une espèce côtière et appartient à la catégorie des
plongeuses (Fischer, & Lockley, p. 254). Il y a donc lieu de supposer que les deux popula¬
tions, aux époques où elles coexistent sur i'flot, n’entrent pas en compéticion.
1. Sur la tépoiLitinn Oc Slerno dougalli voir Howard-Saunders 1966.
2. On «e trouve très Oê|icndant, dans ces pacagea, de la marée descendante. Celle-ci, en effet, ne
laisse qu’une faible épaisseur d’eau au-dessus des pointements rocheux qui parsèment les fonds.
Source : MNHN, Paris
42
RENÉ DE UAUHOIS
H sera intéressonl de voir au cours de prospections automnales et hivernales, s’il reste
des Bridées et des DoufRill sur Virginia. Les premières passaient en nombre aux environs de
Port-Étienne en Avril 1965 (H. Ansquer tn Utl.) : sujets en miftration prénuptiale se dirigeant
vers le Nord. Quant aux secondes, elles sont connues comme long-voiiières se rendant annuel¬
lement jusqu’en Afrique du Sud. Il s’agit donc de savoir si un important contingent — rappe¬
lons que l’effectif européen de l’espèce est au total relativement peu nombreux (quelques mil¬
liers?) — ne fait que passer par Virginia ou y séjourne jusqu’au priutrinps suivant.
2® Le petit nombre des colonies de Cormoran». Ces oiseaux, pour leur nidification
disposent de nombreuses criques où les plates-formes abondent, plus ou moins à l’abri du
vent et de l’ensablement, de sorte que les sites favorables ne manquent pas. Serait-ce
la nourriture qui ferait défaut? Il ne semble pas. Le plateau continental, tant dans
le secteur espagnol que sur la baie du Lévrier est assez riche en poissons de fond pour que l’in¬
dustrie des pêches continue de s’y développer sou» nos yeux. Il est riche aussi, semble-t-il
en poissons de surface. Les Pbocjues moines y subsistent. Les Alizés y entretiennent des remon¬
tées d’eaux froides. Pourquoi donc les Cormorans ne sont-ils pas plus nombreux? Nous revien¬
drons sur cette question dans le dernier chapitre de cet ouvrage.
3° Le caractère misérable des peuplements de Falconidés, Martinets, Corbeaux à
cou roux : petit nombre d’espèces, petit nombre d’individus. ]ji raison est sans doute à cher¬
cher dans le mode battu de la côte de l’Agucrgucr. Les sections rocheuses qui occupent pres¬
que toute la longueur du rivage ménagent pour les Martinets d’infinies possibilité de nidi¬
fication. Mais la quasi-absence d’estran, la violence du vent et l’abondante projection des
embruns ne peuvent faciliter la prolifération des insectes. Enfin cet ensemble de conditions
ne peut favoriser le séjour d’oUeaux en migration, ce qui rend compte de la rareté des Rapaces
4® la juxtaposition des espèces terrestres et marines. C’est que nous avons ici affaire
à une côte si l’on peut dire « linéaire i. D’un côté le Sahara vient mourir d’un coup au bord d’une
falaise qui, en beaucoup d’endroits, plonge directement dans les flots. De l’autre côté, la mer
vient mourir d’un coup contre cette môme falaise. L’estran, là où il existe, est extrêmement
étroit et les conditions qui y prévalent, en raison du mode battu, sont celles d’une zone très
humide parce que sans cesse humectée par les embruns. Le résultat est que l’avifaune terrestre
finit, presque sans compénétration, là où commence l’avifaune marine : Traquets et
Alouettes ne peuvent s’aventurer vers la mer au-delà du rebord rocheux, et les Cormorans se
maintiennent strictement sur les parois qui dominent la mer.
Quelques exceptions viennent tout de môme à l’appui de ce qui a été avancé dans l’intro¬
duction touchant le caractère • intermédiaire • de toute côte, si étroite soit-elle.
1° Faucons et Corbeaux trouvent place dans les abrupts dominant l'esiran : Falco
biarmicus parce que les anfractuosités lui procurent des sites de reproduction qu’il trouve diffi.
cilement à l’intérieur ; Falco peregrinus (s’il niche vraiment ici comme il fait plus au Nord
sur les côtes marocaines) parce que la côte est pour lui le lieu de passage des migrateurs dont
à deux époques au moins de l’année, il fait sa nourriture; Corvus ruficollis parce qu’une partie
au moins de sa maigre pitance est collectée sur l'estran.
2® Apus affinis et Apus pallidtis — si leur nidification a effectivement lieu dans ce
secteur — se nourrissent du plancton aérien qui foisonne plus ou moins (plutôt moins que
plus sur la côte de l’Aguerguer) au-dessus des laisses et déchets du rivage.
3® Dans certains cas peut-être, le Traquet rieur Oenantka leucura. A vrai dire cet oiseau
ne figure pas dans notre liste faunistique parce que nous ne l’avons identifié qu’à deux endroits
qui se situent en dehors de la côte ici étudiée. D’une part quelques sujets ont été aperçus
en vol entre les taillis qui se maintiennent dans les dépressions de l'Agucrguer ; mais ils se
trouvaient alors à l’intérieur et non sur les rivages *; et leur reproduction à cette Latitude
n’est pas encore prouvée. D’autre part un ou deux couples furent notés plus au Nord dans un
secteur où la falaise proprement dite fait place à une comiche surplombante dominant des
entassements rocheux; les oiseaux surgirent des interstices entre les blocs et parurent caa-
1. Même obiervation faite par F. Roux aux environ* de Porl-Étiennc.
Source : MNHN, Paris
AGUERGUER ET ÎLOT VIRGINIA. - CONCLUSIONS
43
tonnés; mais le temps manqua pour rechercher les nids. C’était en Juin 1965, à proximité
du Morro de Ancla Ghica. Il est possible qu’aux endroits de la côte où la falaise verticale
fait place à une pente d'éboulis Oenanthe leucura soit un jour trouvé nicheui.
Là donc où son extension en largeur est la plus réduite la côte n’est pas seulement une
limite où deux faunes hétérogènes viendraient se rencontrer, voire s’opposer : eUe constitue
bien un milieu sui generis où, peu ou prou, prend place une interpénétration.
Addendum. — Il est fort suggestif de comparer les aires de reproduction et modes de
nidification de Sterna anaethetus d’une part sur les côtes mauritaniennes, d’autre part sur
les côtes de la Mer Rouge et de l’Océan Indien (v. en particulier Gibson-Hill1949, Milon
1950, Moltoni et Rusconi 1940-1944, Stuart-Baker 1935, Ticeuurst 1924, 1925, Trott
1947,1949,1952...) La Bridée « remonte » plus haut vers le Nord en Orient qu’elle ne fait sur
notre côte saharienne, ce qui s’explique aisément par les conditions de température : Mer
Rouge et Golfe Persique sont beaucoup plus chauds que l’Atlantique oriental à Latitude égale.
On est frappé en revanche par l’identité ou quasi-identité des modes de nidification. Nous
regrettons de n’avoir pu incorporer ces comparaisons à notre présent texte.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Il* PARTIE
CÔTES DE MAURITANIE
ET flES DU BANC D'ARGUIN
La côle et les îles qui font l’objet de cette 2® partie, toutes situées en territoire maurita¬
nien, occupent dans notre étude une place centrale au double sens du terme : celui d’une posi¬
tion géographique et celui d’un foyer d’intérêt. C’est ici en effet que se nouent les faunes
paléarctiques et tropicales, orientales et occidentales, que s’intriquent les composantes clima¬
tiques, géomorphologiques et océanographiques pour produire des caractéristiques écologiques
presque paradoxales et que la zoogéographie prend une signification d’une portée exception¬
nelle. D’où l’importance d’un premier chapitre consacré aux conditions géographiques. Pour
l’allégement de l’exposé, mais aussi pour serrer de plus près la nature des faits, nous avons
distingué trois secteurs — Nord, Centre et Sud — où les peuplements et reproductions seront
étudiés en autant de chapitres. Nous verrons en effet que la division est fondée en raison : il y a
bien trois côtes et surtout trois groupes d’îles dont les avifaunes, par la composition et par les
conditions de vie diffèrent suffisamment pour qu’il y ait lieu de les considérer séparément.
Sans doute l’ensemble des îles forme-t-il un tout qu’il y aurait eu intérêt à ne pas morceler
par k description des secteurs côtiers faisant face à chaque groupe. L’inconvénient du décou¬
page paraît compensé par l’avantage de faire ressortir certaines correspondances géographiques,
parfois même faunistiques.
CHAPITRE PREMIER
CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
Lorsque l’on passe des côtes de l’Aguerguer à celles du Souehel el Abiod et surtout du
Tasiast et de l’Agneitir, dès surtout que l’on circule autour des îles, le contraste est frappant.
D’abord en raison de k position géographique : la Latitude est plus méridionale; de ce fait
le ciel est plus lumineux et la température plus élevée. Mais d’autres facteurs interviennent.
Nous traiterons successivement des aspects climatologique, géologique et géomorphologique,
océanographique. Quelques indications botaniques seront rassemblées dans une courte note.
§ 1. — CLIMATOLOGIE
U n’existe pas de station météorologique à l’intérieur de k région qui nous intéresse.
Force est donc d’interpoler et, dans ce but, de rappeler ce que sont les conditions sur l’ensemble
de la côte quand on va du Nord vers le Sud.
La nébulosité est forte sur k côte du Sud marocain (territoire de Tarfaya) et sur le
Sahara espagnol : c’est le tpays noir» des Tekna‘. Au Sud de Vilk-Gsneros, le ciel s’éclaircit,
mais Port-Éticnne connaît encore un nombre considérable de jouis nuageux. Aux Latitudes
comprises entre la baie du Lévrier et le cap Timiris, l’éclairement est encore nettement inférieur
à celui, presque toujours très fort, de k Mauritanie méridionale. D’autre part, à k Latitude
moyenne du Banc d’Arguin (20°), la différence de durée entre les jours les plus longs et les
plus courts atteint encore près de 2 h 30. Au sortir d’un hiver brumeux, l’allongement des jours
1. V. Dubief 19S9-1963. On ne relit jamais satu profit les descriptions géographiques, climatolo¬
giques et botaniques de cette partie de la Mauritanie par B. ZolotarEVSKY et M. Muhat 1938, M. Husat
1939. Nous aurions aimé en citer de larges extraits.
Source : dlWHIJ, Paris
46
RENÉ DE NAUROI.S
Source : MNHN, Paris
D’ARGUIN. — COPfDITlONS GÉOGRAPHIQUES
47
et l’augmentation d'intensité lumineuse sont donc fortement sensibles. Il n’est pas exclu
qu’ils jouent pour les oiseaux im rôle d’excitant dans la préparation physiologique à l’activité
de reproduction *.
Le rôle des vents sera repris à l’occasion de l’exposé océanographique. Il comprend
celui des Alizés, relativement humides et rafraîchissants, qui soufflent d’Octobre à Juillet,
parfois même au début d’Août, de façon presque continue. Le rôle de l’Harmattan, générale¬
ment chaud (l’hiver excepté) et toujours très desséchant, est capital pour la vie des oiseaux du
continent comme l’a montré Valverde (1957). Il est beaucoup moins important pour l’avifaune
marine et de rivages que nous avons plus spécialement en vue dans cet ouvrage.
Les isothermes de l’air et des eaux marines de surface sur l*Atlantique-Est, affectent
la même allure générale : au milieu de l'Océan, elles sont grossièrement parallèles à l’Équateur ;
à proximité des côtes, elles s’infléchissent en « doigt de gant » vers le Sud. Il est frappant qu’en
plein Atlantique l’isotherme (air) de 20 °C en Janvier se situe par 29“ de Latitude tandis qu’à
l’accore du Banc d’Arguin elle descende à 20“! Bien entendu, les températures montent bruta¬
lement dès que l’on s’enfonce de quelques centaines de mètres vers l’intérieur des terres.
Ce sont ces températures sur le Uttoral et à son voisinage qui nous intéressent au premier
chef. Nous aurons à les reprendre en considération tant en fin de chapitre qu’en conclusion,
en raison de l’importance qu'elles présentent pour l’interprétation biogéographique. A la
Latitude de 20“ (celle des îles Kiaone) et au large de la côte, la température de l’eau de mer
en surface passe de 25 “C en Août (27“ en 1958) à 18“ en Janvier-Février (chiffres arrondis,
tirés de tableaux obligeamment communiqués par M. Tixerant). L'écart n’est donc que de 7“.
Sur la côte même, la température de l’air subit évidemment l’influence modératrice de la mer.
A Port-Étienne, l’écart entre le maximum et le minimum au cours de 24 heures reste compris
entre 10 et 15 “C (max. vers 15 h, min. vers 05 h). Les moyennes sont de 17“-20“ en hiver,
24“-26° en été. En Janvier 1909, on constata ime température de 9“ (Grüvel, p. 68). Les minima
de 11“ à 12“ en liiver, par vent violent et humidité forte, expliquent l’impression de « pays
froid U que l’on éprouve en arrivant à Port-Étienne. Tel est le résultat des influences combinées
de la mer et des vents.
§ 2. — GÉOLOGIE ET GÉOMORPHOLOGIE
1“ L’intérieur des terres.
De l’Ouest vers l’Est et au-delà des debadeb * côtiers, on renconti'e successivement :
— dans la partie septentrionale (Nord de la baie d’Arguin) : des calcaires gréseux;
puis les lumaclielles d’Ei-Aiouj;
— dans la partie moyenne : les grès bigarrés de Tirersioum (reliefs de l’Amotaye);
puis des regs sableux; enfin, le socle cristallin précambrien, recouvert de roches primaires
suh-horizonlaics ;
— dans la partie méridionale : après la bande (plus étroite ici) des grès bigarrés, les
dunes allongées de l’Azefal et de l’Akchar, enserrant les regs du Tijirit. Particulièrement inté¬
ressante pour noms est l’origine continentale reconnue par les géologues à ces grès bigarrés
du mio-püocène et à une partie au moins des calcaires gréseux du quaternaire moyen : « ... la
mer s’est retirée, écrit M. Blanchot (p. 46), le pays est devenu lagunaire ou lacustre... »
2“ La côte et les îles^.
Elles ont été étudiées jjar P. Élouard. La description qui suit est extraite des notes
inédites que ce géologue a eu la grande complaisance de nous communiquer.
1. Il s'agit d’un rôle d'avertisseurs et d'excitant pour les facteurs internes : fonctions hypophysaires,
développement des gonades, mécanismes glandulaires et hormonaux où le psychisme animal a aussi sa
part, difficile à mettre en évidence (Benoit et Assenuacheb 1953). L'augmentation d'éclaireineut rentre
au premier chef dans la catégorie des « proximate factors» de J. R. Baker, « mittelbare Faktoren» ou
— expression plus satisfaisante à notre sens — a Zeitgeber» de J. Aschopf (in K. Imhelhann 1963, p. 103
et pasiim).
2. Pour la signification de ce terme v. p. 49 note 2.
3. Ce caractère lagunaire des régions côtières dans un passé récent, comment ne pas U rapprocher
des conditions actuelles? Celles-ci sont marines mais nous sommes sur une vaste zone de hauts-fonds portant
une forte marque» lagunaire» par la composition et le genre de vie de l’avifaune comme par le faciès.
i. Côte et îles ont été décrites du point de vue géologique par Th. Monod (1945), dont le travail
a servi de base aux recherches géologiques ultérieures de Blanchot, Elouard. Th. Monod a pu prouver
par l'analyse des roches calcaires sommitales que celles-ci avaient été anciennement au contact d'un
guano.
Source : MNHN, Paris
HENÉ OG NAUKOIS
Cap Talkrit. — C’est le promontoire le plus élevé de la suite des caps — Sainte-Anne
El’Sass, Tagaral, Tafarit, loulk — qui s'échelonnent du Nord au Sud. C’est celui qui présente
la coupe la plus haute, la plus claire et la plus complète. On distingue dans ces roches relative¬
ment tendres :
— à la base, une falaise haute de plus de 10 m, faite île grès argileux jaune verdâtre
à tâche» de couleur ocre. C’est du Continental terminal. 11 présiriitc au niveau qu’atteignent les
marées hautes (grès de Tirersioum), de larges affouillements en forme de grottes. Les anfrac¬
tuosités, tant sur le pan môme de la falaise qu’à l’intérieur des vastes excavation.», sont utilisées
pour sa nidification par le Martinet Apus affinis. arrondis de la partie supérieure, en grès
calcaire dur, servent de perchoirs au Cormoran Phalacrocorax carbo lucidus. Dans un trou
en pleine paroi est serti un nid de Corvua ruficollis;
— au-dessus de cette faiai.se, une forte pente d’éboulis, haute d’une trentaine de mètres
duc à la décomposition d’une roche gréseuse assez friable. Ce niveau est celui de l'Inchirierf
— à la partie supérieure, une roche tendre de couleur ocre, faite de plusieurs lits gréso-
calcaires, qui parait être semblable aux dalles sommitales des lies Kiaone et Arel dont la des¬
cription va suivre. Il semble que l’on soit ici à lu limite du Continental terminal et du Quar-
ternaire.
La roche est excavée en haut du talus (et au-dessous de» dalles sonimitale»). lies ébouie-
ments en provenance de ces dernières s'accumulent devant cet affoiiiliement, constituant une
sorte de parapet derrière lequel on peut voir circuler des Chacals.
île Chickchitt. — Une bonne coupe apparaît sur le versant occidental. La base est faite
de roches tendres, plus ou moins creusées par endroits. Au-dessua se trouve une dalle caico-
gréseuse formant toit. Plus haut apparaît une alternance de roches tendres gréseuses ou cal-
caro-gréseuses et de roches dures, plutôt cal(aro-gré8eus<!h que gréso-calcaires. Un banc de
« cherts » s’étend de part en part de l’ile. Cette formation rend dilTicile, généralement même
impossible, l’accès aux multiples fissures où pénètrent les Martinet» Apus affinis et Anus
pcàlidus (v. p. 70).
lie Kiaone‘. — L’extrémité SW de l’île est à pan coupé verticalement sur une dizaine
de mètres. A la base et dans toute la partie médiane, la roche est un grès tendre, légèrement
argileux, de couleur jaune verdâtre, coupé de quelques niveaux do calcaires gréseux ou grès
calcaires formant saillie. Quelques Cormorans africans, Phalacrocorax africanus mettent cea
petits balcons à profit pour leur nidification. Cet ensemble est surmonté par une dalle de cal.
caires gréseux très durs, épaisse de plusieurs mètres, formant toit, et que l’on suit sur toute
la périphérie de l’Ue. Les anfractuosités et fissures, en particulier les afTomilcmcnts de la face
inférieure (en plafond pour i'obscrvalcur circulant immédiatement sous la dalle) au contact
de celle-ci et de la pente d’éboulis, sont largement utilisés pur doux ou trois espèces d’oiseaux -
sur la tranche même de la dalle quelques Cormorans africain.», Phalacrocorax a/ricanus et
Martinets, Apus pallidus, les premiers â découvert sur les avancées de la roche, les seconda
à l’intérieur; dans les cavités de ce que nous avons appelé le « plafond • et qui ressemble à
un lapies renversé (érosion par les agents chimiques portés pur les embruns) les Martinets
Apus affinis.
Il semble que l’ensemble appartienne nen pas au Continental terminal (cf. Blanchot
1957) mais à l’Inchiricn.
île Arel. — La côte Nord est en falaise abrupte de 6 à 8 m de haut tandis que la partie
Sud est en pente descendant doucement vers les hauts-fonds. La face Nord est donc seule à
présenter des coupes. La base est dissimulée par une pente d’éboulis (plusieurs mètres de
puissance). Au-dessus se trouve un niveau extrêmement tendre, constitué de sables à peine
consolidés et, par endroits, de grès calcaires. Cette couche est plus ou moins aflbuiiléc, mais
les excavations, trop « ouvertes » du côté Nord, ne sont que peu ou point utilisées par les Cor¬
morans. La partie supérieure est une dalle formée de lits calcaro-gréseux ayant chacun queiqueg
centimètres d’épaisseur. La tranche, lisse et quasi dépourvue dn fissures et de trou», ne se
prête pas à l’utilisation par les oiseaux. La surface sommitaje de l’ile est parsemée de blocs
et pierrailles qui semblent correspondre à un niveau légèrement plus élevé que la dalle
elle-même. C’est sur ce plateau que nichent la plupart des Oiseaux.
1. Cette lie est déjà décrite dans Monod 194S.
Source : MNHN, Paris
BANC D’AKGUIN. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
49
3° D’une manière générée, les niveaux géologiques de la région (Tirersioum-Tasiast-
Inchiri) se présentent dans l’ordre suivant (d’après P. Elouard) :
Sbarien *. Debadeb *
Nouakchottien. Plage à Area senilis
(plages soulevées)
OgoUen. Dunes rouges fixées
Inchirien. Grès calcaire; grès de l’Aguerguer
Ajouorien. Gravillons, reg; cuirasse secondaire
Cuirasse ferrugineuse (latérite)
Continental termind. Grès du Tirersioum
§ 3. — OCÉANOGRAPHIE
Dans l’état actuel — très incomplet — des coimaissances, nous devrons nous limiter
B quelques indications. En premier lieu, celles relatives aux marées. Ensuite celles relatives
aux courants, considérés d’abord d’une manière statique (tels que l’on peut les caractériser
en moyenne). Après quoi, nous reprendrons en résumé l’analyse proposé par Rossignol
du mouvement des eaux tel qu’il apparaît aux diverses époques de l’année (saisons marines).
Marées.
Les marées sont de type semi-diurne (6 h de montée, 6 h de descente), avec un marnage
relativement faible, de l'ordre de 1,50 m à 2 m Les vasiêres où se nourrissent les oiseaux doi¬
vent donc leur étendue non point tant à l’amplitude du bdancement de la mer qu’à la faiblesse
de la pente moyenne.
Courants et turbulences.
1. Allure générale.
Le courant dit des Canaries vient du Nord et suit jusqu’au cap Blanc de Mauritanie
une direction NNE-SSW. Il frôle donc la côte du Sahara espagnol jusqu’au cap Blanc pour
s’écarter ensuite progressivement de la côte Mauritanienne * et rejoindre le courant Nord-
équatorial orienté vers l’Ouest. Les eaux sont relativement froides ‘, mais leur température se
trouve encore abaissée — et c’est fort important à la fois en soi et en ce qui nous concerne —
par les remontées d’eaux froides (upwellings) que provoquent les vents dominants du secteur
Nord : les eaux de surface, poussées sur la droite du vent, donc vers l’Ouest, laissent place à
des eaux provenant de couches situées plus au large à 200 ou 300 m de profondeur, donc plus
froides. L’effet est double : d’une part, le courant des Canaries aussi bien que les vents du
secteur Nord entretiennent le long de toute la côte (du Maroc au Banc d’Arguin) le climat par¬
ticulièrement frais que nous avons caractérisé plus ^ut; d’autre part, les conditions de tempé¬
rature et de mouvement sont éminemment favorables à la prolifération du plancton et de tous
les organismes marins qui s’en nourrissent, jusqu’aux Poissons et aux Oiseaux. C’est ce qui
explique à la fois l’importance des pêcheries de la côte Mauritanienne et l’abondance de l’avi-
faune que l'on rencontre le long de la côte de l’Aguerguer, autour du cap Blanc, puis, plus au
Sud et sur la même longitude, au large du Banc d’Arguin. On croyait jusqu’ici que ces oiseaux
étaient des migrateurs, prenant au passage leur nourriture au ras des vagues. Nous savons
maintenant que nombre d’entre eux, Sternes notamment, ont certes sur le bord occidental
du plateau continental comme sur le banc leurs lieux de pêche, mais aussi sur les îles de nom¬
breux asiles pour la reproduction.
1. L« terme Sbar désigne, en langue indigène, le cordon littoral subaetuel et actuel.
2. Ce terme clésigne, en langue indigène, les dépressions sablo-vaseuses de formation subactuelle,
imprégnées de sel, où aucune végétation ne croit et où le pied enfonce de plusieurs centimètres, Elles occu¬
pent de larges intervalles entre les plages proprement dites et les promontoires plus ou moins élevés.
3. Les moyennes pour les mois de Juin et Juillet sont de 1,4 m à 1,9 m au cap Timiris et de 1,9 m
à 2,1 m au cap Sainte-Anne (voir Annuaire dea maréea 1959).
4. Les Instrucliûna Nautiques (publiées par le Service bydrograpliique de la Marine) indiquent pour
la région de Port-Etieune (N° 416) de 1 à 6 jours deo calme» par mois.a Les vents du N ou N-E (^izé)
prédominent toute l'année» (Fascicule de Corrections de 1951. p. 26).
5. Les cartes dessinées par les océanographes de l’expédition du Afeteor mettent bien en évidence
lo descente vers le S, eQ« doigt de gant», des isothermes de surface et leur resserrement (zone frontale)
en été aux latitudes du Banc d'Arguin et du Cap Timiris (v. Meteor 1927-1928).
8 564016 6 4
Source : MNHN, Paris
50
RENÉ DE NAUROIS
Que 6e passe-l-il au point de vue hydrologiqne autour de ce» lie»? Nous ne «aurions
le déduire par extrapolation de» observation» qui ont pu être faite» au large (accote du banc,
pente du plateau continental). En effet la proximité immédiate de» côte», le frottement sut
des hauts-fonda au relief accidenté ne peuvent pa« ne pas modifier conhidérabicinent les
phénomènes Seules des recherches de courantologie méthodiquement conduites précise¬
ront le rôle relatif des facteurs qui viennent se combiner. A. Gruvel, dans un ouvrage de 1911
(vol. II, p. 83 et suiv.), se fondant à la fois sur ses recherches personnelle» et sur le» renseigne¬
ments fournis par divers navigateurs *, fait état de courants de marée le long de la côte :
l’un d’eux se trouve dans le chenal plus ou moins marqué qui s’intercale entre la côte elle-
même et l’accore Est du Banc d’Arguin, l’autre glisse le long de l’accore Ouest-, au moment
du flot, par exemple, un courant descendrait vers ie Sud — et serait donc h peu près parallèle
au courant des Canaries — mais au moment du jusant un courant monterait vers ic Nord.
Les inégalités du fond produisent des turbulences, principalement dans le Sud du Banc et au
voisinage précisément des îles à oiseaux : Kiaon»;, Zira, Nairr cl Are! *.
2. Développement dans le temps {saisons marines).
L’hydrologie du plateau continental aux Latitudes du Banc d’Arguin n’est encore
qu’ébauchée. Des mesures de température et de salinité ont été faites au cour» des dernières
années mais les résultats, à notre connaissance, n’ont pas été publiés. Nous résumons donc à
nouveau l’analyse proposée par M. Rossignol (1966 p. 12 et suiv.) du mouvement des masses
aériennes et océaniques au cours de l’année. Pour la clarté de l’exposé, nous commencerons
par les données relatives au mois de Juillet, époque d’accalmie pour les vents du secteur Nord.
En Juillet-Août, les Alizés cessent de se faire sentir au Sud du cap Blanc. Les côtes
mauritaniennes sur toute leur longueur, se trouvent atteintes par des eaux marines chaudes
venant du Sud (eaux » tropicales ») *.
En Septembre-Octobre, les Alizés se rétablissent sur la côte mauritanienne. Leur direc¬
tion est telle qu’ils provoquent un début de remontée d’eaux froides à la Latitude même q\ii
nous intéresse *. Ceci est évidemment fort important au point de vue ornithologique : il y a
tout lieu de penser, en effet, que cet upwelling rend possible un enrichissement des eaux
sur les hauts-fonds donc une prolifération de plancton et une abondance de pnissons
pendant les mois d’automne, période où 2 espèces d’oiseaux sont en pleine reproduction
{Phalaerocorax carbo lucidus et Pelecanus onocrolalus) et où viennent hiverner quantités
de migrateurs paléarctiques.
En octobre-novembre, les Alizés s’étant étendus vers le Sud, 1m remontées d’eau froide
sont plus fortes et les eaux tropicales reculent encore vers le Sud do 30' ou 1°.
1. li faut être au clair sur ce que l’on entend par upuieUing. Au »ent propre du terme, il a’agit d’une
convecüon le long d’une ptntr (plu» ou moins prononcée). Sur des hauU-fond» l'action du vent produit évi-
demment des courant» et de» brassage», mai» ii serait contradictoire, en ce ce», de parler de remontée d’eau
froide» : la température »ur des hauts-fonds de quelque» mètre» étant ê pou près uniforme du haut jilBqu’en
ba». Par conue. à la limite des hauts-fond» et du large, ou si l’on veut <ie» houle-fond» ver» le» bai-fonda
Vupicelting déclenché par le» venu (certaine» direction» plu» ou moiii» parullMee è In côU ayant un effet
maximum) enrichit le» eaux. Mai» ce» eaux etuichies peuvent être transportée» ver» le» hauts-fonds par le
mouvement des marées et par ie jeu de certaine» compensations entre le» maiic» de surface et celles qui
glissent sur le fond.
2. Y compris sans doute ceux qui ont la meilleure
les pêcheurs canariens et le» Maures Imragueu» (?).
oiidiüons locale» ;
3. A. Gruvel n
...- . lioiuicllemcnt produit» par le»
16 d’Ouest entre Saint-Luui» et le cap Tirairis et qui peuvent »e faire sentir, en direction du Nord, jusque
dan» la région qui nous intéresse. Les /««ruciion» Nautique» publiée» par le Service hydrographique de U
Marine (N® <116, 1941 p. 238) indiquent seulement des courant» de marée de 3 4 5 nœud» 4 l'entrée de U
baie d^ (p, 104) avait parfaitement saisi, dès 1908. l'importance des brassages d’eaux :« le» mere
Boumises à des courant» nombreux et plu» ou moin» violent» «ont... très riche» en plancton... Certain» uvoient
pensé que les mer» froides étaient plu» riches... que les mer» chnu(icB..._inai» fi’il y a enrichi«*enientl c’est
surtout parce que ce mouvement... des marée» liquide» renouvelle dune façon incessante les éléments
Ai.son» oui forment la matière dont se nourrissent le» plante» microscopique»».
1, Ces eaux sont-eile» pauvres? Ceci n'est pas. semble-t-il. fermcmwt établi. Si oui, nous compren-
drions l’arrêt qui caractérise 4 ce moment de l’année la reproduction au Banc d Arguin. Le» nidificationg
des Cormorans africain», Atdeidés. Spatules et Loridés, »e terminent en Juillet, quelques retardataires peu
nombreux continuant jusqu'en août, voire jusqu'en Octobre (/'nalocrodora»: afruanus surtout), On peut
dire que les mois d'Août à Octobre constituent une période « creuse».
S. Corrélativement, ies eaux tropicale» chaudes régrcMcnt ver» le bud, leur limite septeutrionale
n'étant plu» qu'aux environs du parallèle 20°.
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARCUIN. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
51
Ee décembre, les Alizés ont dépassé au Sud la presqu’île du Cap-Vert. Ils se main-
tieiment jusqu’en mai-juin, époque où l’anticyclone de l’Atlantique Nord perd à nouveau de
son intensité, les Alizés continuant cependant de se faire sentir sur la côte de Mauritanie et
par moments jusqu’à Saint-Louis, voire jusqu'à Dakar.
Voilà qui, de notre part, mérite la plus grande attention. Les jeunes Pélicans et Cormo¬
rans achèvent de s’émanciper, comme nous allons le voir, en Février Entre cette fin de repro¬
duction et le tout début de la suivante — celle des l^aridés et Échassiers qui ne commencera
qu’à la mi-Avril * — il y a donc une deuxième période “ creuse ». Elle survient au plus fort de
l’upwelîing et, apparemment, de la richesse des eaux. Une question surgit donc : pourquoi ce
laps de temps — 2 mois — n’est-il pas mis à profit ? En conclusion de ce chapitre, nous
passerons en revue diverses réponses qui, d’ailleurs, ne s’excluent pas mutudlement
§ 4. — NOTE SUR LA VÉGÉTATION
Noub avons rtcolté sur les tics quelques plantes que A. Naecele a bien voulu identifier et sur les¬
quelles M. Lebedde nous a communiqué quelques renseignements.
1. Sur l’tle de i'Ardent (baie d’Arguin) [Lat. 20® li'] et les plages attenantes :
— touITes médiocres du Suoedo frtuicoaa : Salsolacée à feuilles alternes, halophile: cosmopolite;
— pieds de Heliotropium bacciftrum Forssk., Boraguiacée, haute ici de 20 à AO cm*; plante du
Sahara soudanicn;
— peuplements de Spartina moriuma (Curt.) Fernald, graminée des vases littorales, à épi dressé
A peine divergent; se trouve sur les côtes de la mer du Nord, de l'Atlantique et de la Méditerranée;
— pieds de Nueularia perrini Batt., Salsolacée (Chenopodiacée), frutescente, à feuilles opposées
crasfulescentes; endémi(]ue saharien.
2. Sur les pentes de l'fle Kiaone Ouest (Lat. 20°), parmi les éboulis : quelques touffes de Salsola
baryosma Schult., de SuaeHo frulicosa et de Zygophytlum timplex L. Ce dernier est une plante de l'Acheb
qui s’étale sur le sol (diam. de 5 à 40 cm). On la trouve dans le Sahara méridional et occidental (elle manque
dans le Sahara septentrional).
3. Sur le continent, au voisinage du cap louik : peuplements clairsemés de Calotropis procera (Ait.).
Cette Aselcpiadacdc n’atteint pas sur la côte les dimensions qu'elle prend au Soudan saharien.
4. Sur l’îlo Zira, à quelques centaines do mètres au large d’Iouik :
— touffes nombreuses de Suaoda frutieosa Forssk., s'élevant A 40-SO cm au-dessus du sol;
— quelques pieds largement étalés de Sesutiiumportuloeostrum K-, Aiioacée vivace à feuilles opposées
charnues; pantropicale.
Les lies de l'extrême Sud (Touffat et Cheddit, Lat. moyenne 19® SOT sont plus chaudes et reçoivent
plus d'humidité (« qtieues e de mousson, pluies amenées par les dépressions soudano-sahariennes). On est
frappé par l'étendue des surfaces couvertes d'un épais matelas de plantes halophyles.
§ 5. — NOTE SUR LES PÊCHES
Au sujet des pêches sut la côte qui nous intéresse, J. CadENAT, en 1948, pouvait donner les préci¬
sions suivantes : En dehors de ta pêche par les grands chalutiers, qui a lieu sur toute la côte, les petits cha¬
lutiers (généralement canariens) sont actifs en baie du Lévrier pendant (a saison de pêche des Courbincs,
soit de Janvier il Juillet. La pêche A la ligne par petites unités (canariennes en majorité) est pratiquée A
l'extérieur de la baie du lAivrier de Septembre A Janvier. On connaît l'importance de le pêche des langoustes.
Reste la pêche par les populations maures imraguens dans la région de l'tle Tidra et du cap Timiris. Environ
200 pêcheurs plus ou moins transhumants produisent, en dehors de leur nourriture et des prélèvements des
tribus guerrières dont ils dépendent toujours plus on moins, une vingtaine de tonnes de mulets séchés et
quelques tonnes de Poutargues.
1. An plus tard vers la fin Mars pour les Pelicaas les plus retardataires, d'oillcuis très peu nom-
2. Sauf pour les Sternes caspiennes. en nombre fort modeste.
3. Elle est annuelle ou vivace selon les circonstances du milieu. Veine, A poils raides, A feuilles
spalulécs, ondulées sur les bords. Pousse dans les porties caillouteuses.
4.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE II
SECTEUR NORD ; CÔTE DU SOUEHEL EL-ABIOD
ET ÎLES VOISINES
Ce Secteur comprend la côte du Souehel el-Abiod qui nous retiendra peu et, du Nord
au Sud, l’ilot des Pélicans et les îles de la baie d’Arguin : lie d’Arguin et Ilot sans nom qui lui
est accolé; îles de l’Aident et Marguerite; îlot des Flamants roses sur le prolongement vers le
Sud de l’île Marguerite
§1.— CÔTE DU SOUEHEL EL-ABIOD
De la baie de l’Archimède (fond de la baie du Lévrier, Lat. 21° 10') au cap d’Arguin
(Lat. 20° 33') alternent les Sebkhas, les dépressions vaseuses (debadeb), les falaises et les dunes
vives. Le paysage est extrêmement désertique. Les grès à forte proportion de calcaire, le sable
très clair des dunes, la surface unie des sebkhas et debadebs lui ont valu son nom : l’Occident
1. Le temps nous a manqué pour explorer les parties les plus déprimées. Examinées
d’avion à plusieurs reprises, il nous a paru qu’elles pourraient constituer un bon échantillon
de région quasiment azoïque.
2. Les seuls rochers de quelque importance sont ceux du cap Sainte-Anne. La falaise,
longue de près d’un kilomètre, atteint une hauteur de 6 à 8 m. et laisse apparaître diverses
assises dont une surtout, plus résistante, forme un large surplomb. C’est au-dessous de cette
avancée et dans son ombre que nous avons découvert plusieurs nids de Corvus ruficollis. Le
10 Octobre 1960 un couple s’affairait autour de la moins dégradée de ces aires, l’occupant pen¬
dant quelques instants, s’éloignant puis revenant. Une échelle permit tout juste d’atteindre
la coupe : elle était encore remplie de sable et aucun travail de réfection n’avait été sérieuse¬
ment entrepris. Par la suite le couple abandonna les lieux.
La signification de cette observation était double : d’une part nous constations une fois
de plus combien sont rares les années favorables à la reproduction du Corbeau à cou roux sur
ces côtes sahariennes; d’autre part se trouvait confirmée une notation de Heim de Balsac
(1954) : deux poussins pris au nid en Novembre par un indigène mauritanien. Aujourd’hui
encore nous ne disposons que de ces deux observations à l’appui de l’hypothèse d’une inversion
du cycle sexud de Corvus ruficollis dans la zone tropicale de son area. A la Latitude de Zem-
mour, à celle du Tiris septentriond (Lat. moyenne 24°) la ponte a encore lieu en Février
(Naurois, en préparation), ce qui montre un cyde printanier. Le passage à un cyde automnal
se fait probablement à la Latitude du Tiris méridional ou du nord de l’Adrar, vers 22°. Pour
trancher la question, des recherches devront être conduites aux environs d’Atar où l’espèce
est abondamment représentée, ainsi que dans diverses régions de l’Adrar et des confins du
Sahara espagnol et de la Mauritanie occidentale : Adrar Soutouf, Kerche Maouloud, etc.
Deux Faucons pèlerins {Falco peregrinus) furent identifiés ce même jour, 10 Octobre
1960, dans les falaises du Cap. H pouvait fort bien s’agir de sujets en migration.
3. Les dunes vives ainsi que leur prolongement formant le cap d'Arguin paraissent
ne pouvoir porter à peu près aucune faune avienne. Il n’en va pas de même en ce qui concerne
plusieurs indentations de la côte, aux contours sinueux, situées au Nord comme au Sud du
cap Sainte-.\nne. Le fond de ces criques consiste en un platier rocheux, pour partie envahi par
1. Les appellations Ilot Sons Nom et Ilot des Flamants roses ont été données par nous.
Source : MNHN, Paris
54
a£Nt DE NAUBOIS
le sable. Sur plusieurs hectares qui • découvrent • plus ou moins complètement à marée basse
les migrateurs trouvent des possibilités de repos et d’alimentation. Les nombre-s sont évidem¬
ment variables selon les saisons. Lors de notre prospection du 22 Novembre 1%2, le Gravelot
Charadrius alexandrinus était présent. 11 y a tout lieu de penser qu’il niche sur les plagea,
flèches de sable et Ilots comme il fait — en petit nombre il est vrai — du côté opposé de la baie
du Lévrier (voisinage de Port-Etienne, baie de l’Etoile, v. p. 30) et plus au Sud (sur l’ilot sans
Nom accolé à l'Ue d’Argmn, v. p. 42).
§ 2. — Ilot des pélicans
Dimensions : 400 m/150 m. En forme de lentille, l’üot est entouré de vasières (3 à
5 km* environ). La surface est absolument plate, constituée d'un mélange de sable et de
zostères agglomérés par un guano abondant, le tout formant une sorte de croûte qui repose
sur la roche en place (récif qui émerge à peine aux hautes eaux). Sur la côte Nord, exposée
au vent dominant et aux plus fortes vagues, i’enlasscmenl forme un bourrelet large de 3 ou
4 m, épais de 30 à 40 cm et élastique, que les Sternes mettent à profit pour leur nidifleatiou.
Dates des prospections
1959. _ 4 Mars : par R. de NAUnoiS; Mai : par R. de Navrois; 7 Juin: par R. de Nxünois-
6 Août : par M. le docteur Tixehawt.
1960. — 10 Octobre : par R. de Naühois (aucune reproduction).
1963. - 23 Août : par M. Reçu.
1965. — 11 Juin ; par B. de Naurou.
Peuplements et reproductions
Egretta gularis
1959. _ 6 Août : un nid isolé contient 2 œufs. Aucune reproduction n’a été observéo au cours dee
années suivantes,
Platalea leucorodia
1963. — 21 Août : 2 nids éublis sur des entassements de zostères sont oerupés pnr des couveura.
Aucune tentative n’u été notée nu cours des années suivontes.
Phoenicoplerus ruber
1959. _ 7 Juin : 2 œufs frais sont déposés sur les nraas de austères. Aucune tentative n’a été constatée
depuis lors.
Hydroprogne caspia
1959. _ 7 Juin : une vingtaine d'oiseaux s’installent : trois truus, creusés dans l’épaisseur du matelas
de zostères et de guono, contiennent chacun un œuf-
1963. — 21 Août : plus de 120 nids disséminés sur tonte la surface de I îlot, contenant soit des œufa
soit des poussins en duvet. . , . ,
1965. — 11 Juin ; près d'une centuine de nids conticunent soit des œufs soit des poussins. La ponte
a dû commencer au début de Mai.
Gelochelidon nilolica
1959. — 5 Août : 30 à 40 sujets nicheurs. Pontes de 2 œufs; une dizaine de poussins.
1965. — 14 Juin : une trentaine de nids contiennent dee unifs ou des poussins; la ponte a dû corn-
mencer 6n Avril ou au début de Mai,
Stema hirundo.
1965. — 14 Juin : une cinquantaine de nids contiennent des œufs ou do petits poussins. Début
de ponte dans la première quinzaine de Mai.
Sterna maxima albididorsalis^.
1965. — 14 Juin : une petite colonie s’implante à quelques mètres de le côte Sud; 30 i 40 oiseaux
présents; 25 œufs manifestement frais, placés A l’intervalle normal, soit 30 cm les uns des autres. C’eat
la première fois que cette espèce est notée sur l'Ilot.
1, Roppelons que les lieux de nidification suc la côte d’Afrique étaient restés inconnus jusqu’à
ces dernières années. L'espèce présente des affinités particulières avec St. tanJviremit d’Europe, Si. ôenjrn-
Unjis (niebeuse suc i'tle des Oiseaux, Cyrénaïque; MoltonI 1938), et surtout Si. ôcrgii de l'Océan indien
(v. entre autres, Milon 4950. North 1946, Mobeau 1950).
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARGÜIN. — ÎLE D’ARGUIN
55
Espèces de passage et migrateurs.
L’îiot est utilisé comme dortoir; d’où l’exceptionnelle abondance du ^ano. Les hauts-
fonds qui l’entourent — soit rocheux et enfermant des vasques, soit sablo-vaseux — servent à
l’alimentation. Les Pélicans se comptent par unités ou par dizaines; les Cormorans des deux
espèces par dizaines ou centaines; les Flamants roses sont représentés tantôt par des isolés,
tantôt par des bandes de 100 à 200; les Guifettes {Chlidonias nigra en particulier) et les
Barges peuvent pulluler à certaines époques (Juin 1965 par exemple). Quelques Courlis Gorlieu
ont été rencontrés à chaque visite et les petits Limicoles sont toujours nombreux.
Conclusions.
Jusqu’à 1963, Hydroprogne caspia semblait être le seul nicheur régidier, en nombres
d’ailleurs modestes. Les autres nidifications apparaissaient comme occasionnelles et insigni¬
fiantes : Egrelta gularis, Platalea leucorodia, Phoenicopterus ruber. la prospection de 1965
a modifié nos vues sur le rôle de l’îlot dans l’économie générale du Banc d’Arguin et cela de
deux manières :
— d’une part en raison de l’importance des colonies de Geîockelidon nilotica et
Sterna hirundo, importance qui doit être appréciée en tenant compte non seulement du nom¬
bre de nicheuis présents à la date du 14 Juin, mais encore de ceux qui, dès cette date, avaient
achevé leur reproduction et de ceux qui ne l’avaient pas encore commencée;
— d’autre part, l’installation d’une petite colonie de Sterna maxima, (14 Juin 1965)
étend de 80 km vers le Nord l’aire de reproduction de l’espèce — extension, il est vrai, irré¬
gulière sinon purement occasionnelle (v. p. 67).
Un point essentiel n’est toutefois pas éclairci : en quelle proportion les incubations et
élevages sur l’îlot des Pélicans arrivent-ils à bonne fin ? Le vent toujours fort devient souvent
violent dans la baie du Lévrier. Or, le grand axe de l’îlot est orienté WNW-ESE. C’est dire
que la plus petite dimension (une centaine de mètres) se trouve exposée aux tempêtes du Nord,
n est donc probable que i’ilot est, de temps à autre, balayé par les vagues sur toute sa surface.
Dans quelle mesure les reproductions en cours se trouvent-elles alors interrompues ?
§ 3. — ÎLE D’ARGON
L’île d’Arguin, au passé chargé d’histoire, est après Tidra et Kiji la plus étendue de
l’archipel : plus de 5 km du Nord au Sud et près de 3 km d'Est en Ouest. Au Nord, un îlot
sans nom, en forme de croissant très allongé (1 800 m) n’est séparé de l’île principale que par
une passe peu profonde : quelques décimètres à marée basse.
Le relief, ici comme sur l’Ardent, est plus accusé que sur les autres îles plates ; qudques
terrasses et de molles ondulations (anciennes dunes ?) barrent par endroits l’horizon. La côte
est en falaise de 4 à S m dans la partie Nord, basse et en pente douce dans la partie Sud, où
des flèches de sable ont déterminé la formation de lagunes. La végétation, à l’intérieur, est
éparse et rabougrie.
La partie voisine des ruines reçoit de temps à autres des visiteurs ; touristes, chercheurs
de documenta archéologiques, géologues... En outre, à des époques fixes de l’année, des
pêcheurs Imraguens viennent camper à proximité des deux sources d’eau douce, dites » citer¬
nes », qui ont permis dans le passé l’établissement permanent de garnisons et de marchés
d’esclaves. Cette fréquentation par les hommes explique sans doute la pauvreté de l’avifaune.
En dehors du Balbuzard, Pandion haliaetus, dont il sera traité au paragraphe suivant (Ile
Marguerite), on aperçoit quelques groupes squelettiques de Cormorans, quelques Hérons et
Spatules généralement isolés et un nombre variable de Corbeaux, Corvus ruficollis. Un couple
au moins de cette dernière espèce monte une sorte de garde intéressée autour des ruines.
A 2 km de là, dans la falaise qui forme la corne NE de l’Ue, une aire typique est en évidence.
Examinée par nous en Juin 1959 et Mai 1960, elle a été trouvée délabrée.
L’tlot sans Nom est, du point de vue ornithologique, un peu moins décevant. J. Dra-
CESCO et nous-même l’explorèrent le 26 Mai 1960. Nous y trouvâmes d’im côté (partie Nord)
une vingtaine de nids inoccupés d’Échassiers et Cormorans africains ainsi qu’un nid de Spa-
Source : MNHN, Paris
56
RENÉ DE NAUB0I8
tides contenant un œuf; de l’autre côté (partie Sud) une reproduction du Petit Grevelot
Ckaradrius aUxandrinus. Les parades habituelles attirèrent l'attention cl finalement un tout
jeune poussin fut découvert non sans peine, puis capturé avec encore plus de peine Ainsi
fut établie pour la première fois (v. Naurois 1960) la reproduction de cette espèce sur i’une
des lies de l'arcbipd
§ 4. — Ile de L’ARDENT
L’île s’étend sur 3 km du Nord au Sud et 800 m d’Est en Ouest parallèlement à l’tle
d’Arguin dont elle n'est séparée que par un chenal large à peine d'un km mais profond d'au
moins 3 m. La surface, comme sur Arguin, est inégale : les côtes Nord et NW sont en falaise
(5 m), tandis que les côtes Est et Sud sont basses et par endroits très envasées; des Périophtal-
mes y ont été vus par le docteur Tixerant. Végétation i peine plus fournie que sur Arguin *.
Dates des explorations.
1957. — Début Août : par U docteur TixeràNT.
1959. ~ 6 Juin : par R. de NaurOIs.
1960. - 11 Octobre : par R. de Nauhois.
1962, — 22 Novembre : par R. de Naubois.
1963. - 21 Aoat : par M. Reçu.
Peuplement et reproductions.
Egretla gularis.
1957. — Début Août : 6 nids contiennent des œufs.
Plalalea leueorodia.
1957. — Début Août : au Sud de i'tle une trentaine de nids de PlaUilea liueoroJia contiennent des
œufs et des poussins.
1959. — 6 Juin : sur remplacement même découvert par Tixerant une trentaine d'oiseaux occupent
des nids contenant quelques œufs.
1963. — 21 Août : une trentaine de nids, toujours les mêmes, au même endroit; l’un d'eux contient
Gelochelidon nilotka.
1959. _ 6 Juin : dans une partie déprimée au voisinaaedelucâle Est, nne colonie do quelques dizaines
d'individus; positions et comportemenU de couveurs (le temps manque pour procéder i une reconnaia*
sance plus précise).
Corvus ruficollis.
1959-1960. — Une aire est en place, résistant d'année en année aux intempéries, dans lu falaise de
la c6te Ouest. Examen de la coupe le 11 octobre 1960 (époque de nidification de l'espèce à cette Lati¬
tude) : elle est vide et nous n’apercevons aucun signe d’aménagenienl.
PaTidion haliaStus.
Le Balbuzard pêche, régulièrement autour des lies. La conatatution suivante, faite dès
Juin 1959, n’a cessé de nous intriguer depuis lors : sur lu côte N W, au tiers de la hauteur de la
falaise à partir du bas et encastrée dans un amoncellement de grosses pierres (fragments ébou¬
lés de la dalle sommitale), nous trouvons une aire de 50 ou 60 cm de largeur, faite de brindilles
et bûchettes entassées. Aucune marque de propriété ; plume, fragment de coquille. S’agirait-il
d’un ancien nid de Pandion haliaetus ? En 1960 et 1962 l’aire est toujours vide, un peu plus
délabrée qu’auparavant. B est de fait que si le Balbuzard a tenté de se reproduire dans la
région, il n’a pu trouver mieux pour installer son aire que ce médiocre tas de cailloux consti-
1. Le corps minuscule était porté par deux jambes si puissanlei que l'animal pouvait courir
zags et se faufiler entre les touffes végétales i une vitesse et avec une habileté inctoyabiei. Au poin
poursuite fut épuisante pour le chasseur plus que pour le poussin! .
2 Pour ia reproduction sur les côtes de i'Aguerguer et du Tasiast (v. pages 39 et 81),
s! Ont été récoltées : Suoeda fruiUosa Forssk, ffc/iolropum batci/crum Fortsk, Nucularia
Batt. et, sur les vasières, Spariina maritima (Curt.) Fernald.
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARCUIN. — ÎLE MARGUERITE
57
tuant, au flanc de la petite falaise de l’Ardent, un simulacre de redan *. Notre surprise augmente
lorsque nous découvrons une aire toute semblable et semblablement placée à qudques cen¬
taines de mètres plus au Nord au pied de la iàlaise Nord de l’île Marguerite.
L’hypothèse d’une nidificatioD de Balbuzard sur les îles de la baie d’Arguin se heurte
cependant à une objection. Les aires observées aux îles du Cap-Vert sont constituées d’un
énorme amas de matériaux les plus divers : bûchettes, pierres, fragments d’algues calcaires,
coraux, planches et rebuts jetés à la côte par les marées. Or les « nids > de la baie d’Arguin ne
sont faits que de brindilles assez légères, enchâssées comme il a été dit dans les écrins naturels
que forment de gros blocs entassés. Aucun autre rapace, Milan noir par exemple, ne hantant
la baie d’Arguin, l’énigme reste entière. Des investigations conduites en hiver (époque de la
reproduction aux îles du Cap-Vert) lèveraient sans doute l’incertitude. Nous n’avons pu encore
en saisir l’occasion.
Un rapace de nuit fut aperçu sur la falaise, puis poursuivi de place en place le long
des grèves. L’apparence était celie de Buba ascalaphus desertorum, que nous avions d’ailleurs
identifié précédemment au cap El-Sass (v. page 61 ®). Mais sur l’Ardent l’oiseau parut de taille
un peu faible. L’absence de repère sur un terrain désertique pouvait fausser l’appréciation des
dimensions.
En 1959, un cadavre de Falco biarnùcus, a été ramassé par nous-même sur la plage Sud
de rile. Un oiseau de la même espèce a été observé par F. Roux en 1961. Une attention particu¬
lière devra être accordée dans l’avenir aux aires de Corbeau que portent les îles d’Arguin et
de l’Ardent car les Faucons peuvent les utiliser pour leur reproduction.
Conclusions.
La faible importance des peuplements (celui d’Aigrettes est presque négligeable) ne
doit pas faire perdre de vue l’intérêt que cette île présente du point de vue écologique et faunis¬
tique. Si nous n’avons pas encore la preuve que la colonie de Sternes Hansel revienne régulière¬
ment sur les lieux, les trente Spatules, pat contre, ont été retrouvées à chaque visite, ce qui
exclut l’hypothèse d’une reproduction occasionnelle d’oiseaux n’ayant pu se fixer ailleurs. On
s’étonne que la colonie ne disparaisse pas, s’agrégeant à im groupe plus important, manifestant
une activité plus entraînante; ou qu’elle ne réussisse pas à se développer en pionnière.
La reproduction des Corbeaux est certaine mais sans doute intermittente. Celle des
Faucons reste problématique. Celle du Grand Duc Ascalaphe n’est que possible. On ne peut
rien conclure touchant la nidification du Balbuzard.
§ 5. — Ile marguerite
L’île s’étend sur un peu plus de 3 km du Nord au Sud et 1400 m d’Est en Ouest.
Falaise de 4 m au Nord; pente douce vers le Sud, se terminant par une plage que des hauts
fonds relient à l’îlot des Flamants roses. Végétation rare dans la partie Nord, la seule qui soit
occupée par des oiseaux reproducteurs.
Dates de prospections.
1959. — 7 Juin : par R, de Naufois.
1960. — 3 Juin : par J, Dragesco et R. de NaubOIs; 23 juin : par J. Dragesco.
Peuplements et reproductions.
Egretla gularis.
19S9. — 7 Juin : quelques nids occupés sur la côte Est.
LaTu$ genei.
1959. — 7 Juin : imporlanto colonie du type» groupé» à l’extrémité Nord de lHe (sol sableux sur
socle rocheux); 200 oiseaux environ; plus de cinquante nids; Œufs et poussins, avec une majorité de nids
1960. — 3 Juin : observations analogues i celles faites l’année précédente ; 23 Juin : 210 nids ;
Œufs ; 60 poussins.
1, Dans l’archipel du Cap-Vert le Balbuzard niche couramment sur des ilôts plats aussi bien que
sur des pointements rocheux ou sur des sommets de montagnes (Naurois 1965). L'espèce niche en Médi¬
terranée sur les lies Chaffarincs (Brosset). Les effectifs sont plus considérables sur les îles et côtes de Mer
Rouge. Voir : Bascbieri-Salvadori 1954, Borman 1929, Cholmley 1897, Clapham 1964, Heuglin 1856
à 1869, Salvadori 1954. Ticehurst 1924, Tornieiu 1964.
Source : MNHN, Paris
58
RENÉ DE NAUROtS
Gelockelidon nilotica.
1959. — 7 Juin : une colonie aor la cdte OucaC ; queltiuea dizainei de nidt i forte proportion de
1960. — 3 Juin ; colonie plua nombreuse que l'année précé<ieiite ; aufset pouwine; 23 Juin : 170 nids-
<£ufa ; 45 poussins, '
Surna hirundo.
1959. — 7 Juin ; quelques dizaines de couples ; nids occupés.
1960, — 3 Juin : mêmes observations ; 23 Juin : 35 nids contenant des ceufs ; poussins de grande
Slerna albifrons.
1959. — 7 Juin : l’espèce n’est pas notée.
1960. — 23 Juin : découverte de 2 ou 3 nids contenant des ceufs.
Conclusions,
1. Peuplements importants do Larus genei^; non négligeables de Gelockelidon nilotica
et Sterna hirundo, médiocres d’Egretta gularis. Une petite colonie de Sterna albi/rons est
notée pour la première fois en Juin 1960.
2. Les dates de reproduction n’indiquent ni avance ni retard notables par rapport aux
îles du Sud. La faible étendue des aires occupées sur Marguerite montre à l’évidence qu’l]
n’existe sur les lies du Banc d’Arguin aucune compétition pour les lieux de nidification *
§ 6. — ÎLOT DES FLAMANTS ROSES
Situé par 20° 38' de latitude, à 1 200 m environ au Sud de l’Jle Marguerite, il n’eet porté
sur aucune carte. Ce n’est apparemment qu'un banc de sable, en forme de croissant, de 200 à
300 m de longueur (à marée haute), que les paquets de mer balaient certainement lors des
tempêtes et peut-être lors des plus fortes marées.
Dates de prospections.
1959. — 6 Juin : par R. de NaUROIs ; 8 Août : par le docteur Tixerant.
1960. -- 11 Mai : par J. Uracesco; 22 Juin : par J. U. et Fr. Roux.
1963. — Mai ; renKignement de source imraguen obtenu par H. ANSquEK.
1965. — 14 Mai : survol à basse altitude par K. de Naurois.
|>IIS vers le Nord, eu milieu do l’aprfrs midi, la céte Ouest
ncur indisuncle, venue de l’Ouosl. La brume sèche «rui a’e*"
Peuplements et reproductions.
Pkoenicopterus ruber roseus.
1959. - 6 Juin. Tandis que nous lun(
rite de l'Ardent un bruit nous arrête, une r
épandue sur la baie d'Arguin empêche do rien •iisii/isui.-c. lai >ruir jiensce cie s engager sur rimmens'cÀ
fétide des vasières, i celte heure tardive, donne quelque peu le frisson, Mais la marée est deseenAa„, ^
l'occasion, d’autre part, ne se présentern plus de longtemps : nous nous décidons. Sous quelques cciilimètrM
de matière molle le pied, heureusement, trouve un sol ferme; msis il faut franchir un chenal d'écouleme^
relativement profond, où le jusant est fort. La clameur qui parvient de derrière l'horizon se fuit plus rur*’
Bonte, et c'est elle qui nous guide. Plus loin, tandis que la vase so fait plus épaisse des cris so déta„k
du fond sonore, semblables ê des appels d'Anatidés, puis des formes appnraisscnt ; des Flamants roses
milliers, serrés comme à la parade mais iiomobiles, quelques-uns battant des oiles. Cor ils ne sont
gagnage : un soi ferme se dessine sous leurs pattes, ici de sable sec, IA de terre nuire accumulée et.
cules. En atteignant l’Ilot, dont une heure auparavant nous ne souptnnniuas pus l'existence, le plus e;
ordinaire semis d'œufs blancs s'oOre à lu vue. Le temps manque pour procéder
nous courons le risque de noue trouver coupé de notre buse do déport par la
part toute prolongation du séjour sur le lieu de la colonie risque d'ini '
rinmbstioa, I,.e nombre do Flamants présents sur l'ilo
que les observations ultérieures par J. D.. F. R. et
a comptage ; d’ui
iiurée I
‘le; d'autre
ses alentours est évalué A 15 ou 20
B-raême feront apparaître comme trop élevé»
1. C’est ici, venant du N, que nous reiicuiiUona pour In première fois Imtu» genei. La réoanits_
te espèce en Europe et Afrique du Nord a été étudiée par Ch. KrarI) 1958 et, pour rEsnairn»
' î» <1« P-Robin dun» le Sud marociiî,'
consarré A l’Ile de l’Ardenl (p
do cette ...
Von Westkrniugbn 1966. Nous avons mentionné (p. 31)lGtdérouve
2. En ce qui concerne Pandion halUutua, se reporter A l’exposé ce ___
3. Toute évaluation de la surface disponible (et donc du nombre des nids) A partir de la seule z<
émergée en permanence se trouverait entachés d'une très grosse erreur par défaut; l'are» encore une f
est située principalement dans la zone de battement des marées.
Source : MNHN, Paris
BANC D’AHGUIN. — ÎLOT DES FLAMANTS
59
Les œufs sont, pour une part, simplement posés sur le sable sec, pour une autre part (de beaucoup
la plus importante) contenus dans les nids typiques élaborés dans la vase. X,es flaques d'eau qui rem¬
plissent par endroits les intervalles monUent que le gros de la colonie, recherchant de préférence le terrain
bumide et la matière pétrissable, s'est installé en pleine zone de balancement des marées et cela sur une
profondeur de 200 mètres ou davantage Les Œufs sont très blancs, signe de pontes boiebes ou peu
incubées.
7 Août : remplacement est abandonné; des oeufs, par centaines, ont été roulés dans la vase. Que
s'est-il passé? ou bien les Flamants, une fois de plus ont été effrayés, ou bien, plus probablement, une forte
marée a inondé tout ou partie de l'aire et provoqué une punique. L'accident s'est certainement produit
avant la fln de l'incubation car aucun cadavre de poussin n'est visible & côté des ceufs pourris.
1960. — Aucune reproduction.
1963. — H. Ansquer recueille des renseignements dignes de foi de la bouche des Imraguens d'Iouik :
les Flamants lucbcnt cette année sur l'ilot au Sud de Marguerite.
1965. — 14 Juin : A l'approche de l'avion, les Flamants, au lieu de fuir, s'attardent sur leurs nids.
Quand ils prennent enfin leu: vol le semis d'œufs apparaît. Il semble n’y avoir encore aucun poussin.
Hydroprogne caspia.
1959. — 6 Juin : une centaine d'oiseaux sont présents; œufs et ponssins de diverses tailles, eu petit
nombre ; 8 Août ; nombreux nids vides ; 3 œufs, 2 jeunes.
1960. — 11 Mai : 62 nids contenant des œufs.
22 Juin : 92 nids nouveaux, contenant des œufs ; 10 poussins de graude taille provenant des pontes
notées en Mai.
1965, — 11 Juin : on dieltugue, do l'avion, des Sternes de grande taille en position d'oiseaux couveurs.
Slerna hirundo.
1959. — 6 Juin : aucune notation.
1960. — 11 Mai : 4 nids contiennent des œufs ; 22 Juin ; 2 nouvelles pontes.
1965. — 14 Juin ; la vitesse de l’avion ne permet pas d'observation précise.
Conclusions.
1. Une petite colonie de Surna hirundo, une colonie plus importante à’Hydroprogne
caspia reviennent régulièrement sur l’îlot à l’époque normale de reproduction de ces espèces.
2. La nidification de Pkoenicopterus ruber est massive — de l’ordre de 4 000 à 8 000 cou¬
ples sinon davantage — mais elle n’a pas lieu tous les ans et se trouve parfois interrompue.
L’emplacement, encore que favorable du point de vue de la sécurité, paraît être un peu exigu,
d’où les pontes déposées à plat sur le sable sec. Il est d’autre part très exposé aux intempéries :
coups de vent (soidevant de grosses vagues) et fortes marées. De sorte qu’en année défavorable,
les reproductions, en tout ou partie, n’arrivent pas à terme'.
3. Les reproductions sur l’ilot des Flamants et sur les Kiaones alternent-elles ou peuvent-
dles être simiJtanées ? Il est encore impossible de répondre. 11 eut fallu, en 1959, que les obser¬
vations fussent faites à la même époque (fin Avril ou début de Mai) sur les deux emplacements.
4. Chamdrius alexandrinus, que l’on s’attendrait à trouver nicheur sur les flèches
de sable, n’a pas été observé, — faute peut-être de recherches suffisamment prolongées.
1. Nous icgrettone de n'avoir pu procéder ici è des comparaisons avec les nidifications de Flamants
en d’autres parties du monde : Camargue. Guedalquivir (ValverdE 1963), Maroc (Pamouse 1958. Robin
1966), Tunisie {Castan 1960, Guyon 1857). Afrique Orientale (Bboivn 1958, 1959, RtDLEY et Percv 1953),
Afrique Australe (Uys et Martin 1961, Gys. Bboekiiuysbn et Macleod 1961 et 1963), Antilles (Voocs
1957). On retrouve partout les mêmes sujétions écologiques et la même éthologie.
Source : MWHW, ftiris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE III
SECTEUR CENTRAL : CÔTE DU TASIAST
ET ÎLES VOISINES
Ce secteur comprend la côte du Tasiast et les îles Chikchitt, Kiaone-Ouest, Kiaone'Est
et Ard.
§ 1. — CÔTE DU TASIAST
Elle s’étend du fond de la baie d’Argmn (Lat. approximative 20® 44') à la dépression
qui s’intercale entre le cap louifc et les premières dunes de l’Azefal (Lat. moyenne 19® 50').
A la différence de la côte du Souchcl el Abiod qui ne présentait que les falaises médiocres du
cap Sainte-Anne, la côte du Tasiast est marquée par des escarpements élevés : cap El’Sass,
cap Tagarat, cap Tafarit (jusqu’à 50 m d’altitude). Le cap louik est un promontoire d’une
vingtaine de mètres, arrondi et sans face abrupte. Entre ces hauteurs s’insèrent, comme plus
au Nord, de vastes régions déprimées, au sol vaseux cédant sous le pied (debadeb). Une crique,
par 20° 22', offre un assez bon mouillage pour les embarcations qui viennent des lies du Sud
et remontent vers Port-Étienne contre l’Alizé. Quelques migrateurs — petits Limicoles, Courlis
et divers Laridés — vierment s’y alimenter et se reposer en profitant de la sécurité précaire que
procure la flèche de sable barrant partiellement l’entrée.
Noua avons maintes fois croisé le long de cette côte et débarqué en plusieurs points,
en particulier au pied des caps rocheux. A chaque passage, pour gagner du temps, nous com¬
mencions par examiner soigneusement aux binoculaires les falaises verticales et envoyer
quelques balles de mousqueton au voisinage des anfractuosités où apparaissaient des aires de
Corvus rujicoliis. Encore que ces investigations aient eu lieu tant en automne et hiver qu'au
printemps, nous n’eûmes jamais la chance de voir un Corbeau ou Faucon s’en échapper. L’une
de ces aires put être atteinte au moyen d’une corde fixée au sommet de la falaise : elle était
ensablée et sans doute désaffectée depuis longtemps.
Seules les prospections effectuées aux caps El’Sass, Tagarat et Tafarit donnèrent des
résultats plus substantiels.
Cap el’sass. — Le 9 Octobre 1960, par vent de sable violent et chaud, un vol dense de
Criquets, sur un front de quelques centaines de mètres, était poussé vers le large. Des Créce¬
relles (Falco tinnunculiu), au nombre d’une demi-douzaine, tourbillonnaient au milieu des
orthoptères, les capturant en plein vol. Au même endroit un Grand Duc Ascalapbe, Bubo
ascalaphus, s’enleva presque sous nos pieds. Sur la face Nord du cap fut découverte une petite
colonie du Martinet Apus affinis-, mais nous ne pûmes atteindre les nids.
Cap tagarat. — C’est là que fut inspectée à plusieurs reprises l’une des aires de Corvus
rujicoliis ci-dessus mentionnées. En outre, le 29 mars 1965, un groupe d’une vingtaine de Grands
Cormorans Phalacrocorax carbo lucidus fut longuement observé : il s’avéra que les oiseaux
n étaient là qu’au perchoir. Tandis que les îles Kiaone et Arel sont largement utilisées pour
la reproduction (comme il sera exposé ci-dessous), la falaise côtière est délaissée. Dans l’Aguer-
guer au contraire ce sont les côtes abruptes qui, faute de mieux, fournissent les sites de nidi¬
fication
i. Il l’y trouve pourtant i'Ûot Virginia où ne se reproduisent, comme nous l’avons vu, que des Sternes
bridées. Nous evout eru pouvoir expliquer ce paradoxe par la faible hauteur au-dessus du niveau de la
mer — 3 m au maximum — qui, pour les Cormorans, rendrait l’eavol incommode. Mais l’exemple de i'fle
Arel, où les aids de Cormorans s'échelonnent du haut en bas de la pente, montre bien que l'espèce ne recher¬
che pas nécessairement une grande hauteur au-dessus des flots (v. p. 72). Comprenne qui pourra I
Source : MNHN, Paris
62
RENÉ DE NADROIS
Cap Tafarit. — La structure étagée de ce promontoire a été décrite page 36. Diverses
espèces d’animaux occupent les divers paliers. Nous les énumérons du haut en bas :
_ immédiatement au-dessous de la couche sommitale on grès dur, dans l’affouilleraent
dominant les éboulis intermédiaires, des chacals ont leur gîte et ao promènent comme sur un
balcon ;
— sur l’éboubs même ; apparemment rien. Les entassemenU de blocs conviendraient
au Traquet Oenanlhe leucura que nous avons noté par couples sur les pentes pierreuses au
Sud d’El Aargub (Sahara espagnol), vers 23® 30'. Mais l’espèce ne descend pas plus au Sud
que l’Aguerguer méridional;
_sur les arrondis rocheux, au bas des éboulia mais au-dessus de la paroi verticale :
Grands Cormorans Phalacrocorax carbo lucidus au perchoir; pas de nids ;
_ dans la paroi verticale (par endroits surplombante) : une colonie d'Apus affinis.
Les nids sont observables d’en bas, c’est-à-dire à partir de la grève. Ils sont sertis dans les anfrac¬
tuosités de la roche : les uns (inaccessibles) à une hauteur de 5 à 6 mètres, les autres dans la
voûte des caves (formées par les actions marines) à une hauteur de 2 ou 3 m. Le 10 Septembre
1960 quatre de ces nids purent être inventoriés : iis contenaient l’un 2 œufs incubés, 2 autres
un poussin, le quatrième 2 poussins.
Le 17 Mars 1961, F. Roux noU les jeux aériens de deux faucons Lmitts, Faltobiarmicits,
devant le cap. L’espèce niche probablement quelque part dans les parois.
En résumé. — Peuplements misérables. Les Cormorans n’utüisent les rochers que
comme perchoirs. Sont nicheurs en petits nombres :
— Corvus rujicollis ; 3 ou 4 aires ont été relevées sur une longueur de côte de 70 km.
— Sans doute Falco biarmicus .■ de 1 à 3 couples au maximum. Peut-être Falco pere-
grinus.
_ Apus affinis ; 2 colonies (cap El’Sass, cap Tafarit) en pleine reproduction en Sept.
1960.
§ 2. — ILE KIAO.NE OUEST
Cette île (Lat. 20® 01') mesure 1 200 m / 300 m. Elle est rocheuse et se dresse comme
une forteresse à 10 m au-dessus du niveau de la mer. Du haut en bas : plate-forme sommitale
ondulée; fdaise vertiede formée par la cassure des couches calco-giéseuses du sommet;
affouillements dus à l’érosion dans les couches inférieures plus tendres; éboulis raccordant la
falaise à la mer. Cette constitution ressemble à celle de l’île Arel qui sera décrite plus bas;
mais la hauteur est ici plus grande et le relief plus abrupt.
Végétation très pauvre : quelques touffes de Salsolacées et de Zygopkyllum simplex
entre les blocs éboulés sur la face Est, au tiers de la hauteur à partir du bas. En 1964, après
les pluies abondantes de l’été précédent, quelques plantes hâlopyles avaient poussé sur la
couche pulvérulente (grès désagrégé et guano) du plateau sommilal. Ces touffes frutescentes
étaient assez résistantes pour supporter le poids de nids de Cormorans africains.
Dates des prospections.
1957. — Début Août : par le Docteur Tixerant.
1958. — 7 Novembre : par le Docteur Tixerant.
1959. — 27 Janvier : par le Docteur Tixerant:
— 29 Avril : par R. de NauroU;
— 31 Mai : par R. de Nauroii;
— 7 Août ; par le Docteur Tixerant.
1960. — 19 Mai : par J. Dra^eaco;
— 22 Mai : pat R. de Nauroia;
— 4 Juin : par J. Dtageaco, R. de Nauroia et F. H.....;
— 22 Juin ; par J. Dtageaco et F. Roux;
— S Juillet : par J. Drageaco;
— 31 Juillet : par J. Drageaco;
— 7 octobre : par R. de Nauroia.
1961. - 16 Mara : par F. Roux.
1962. — 16 Novembre : par R. de Nauroia.
Source : MNHN, Paris
BANC D’ABGUIN. — !lES EIAONE
63
1963. — 14 Mai : par H. Amsquer;
— 27 Juin ; par Anaquer;
— 20 Novembre : par Ansquer;
— 26 Décembre ; par Ansquer,
1964. - 6 Mai : par Ansquer;
— 12 Juillet : par le Docteur Tixerant;
— 27 et 29 Juillet ; par R. de Naurois.
1965. - 12 Juin . par R. de Maurois;
— 30 Juin : par R. Kervagoret;
— 16 Août : par Ansquer;
— 7 Septembre : par R. Kervagoret.
1966. - 28 Mars ; par R. deJNaiitois.
ralsise vtrtie^/e dup/àtes<J ^ mer-
•% Pha/aerocoi-àx c^rbo
Wik Phs/^crocorax tsfi-icisnvs
% Pires occupées par Sterrra maxirna
' en ISS3 et I960
fj'pus affinis
dd ^pus pa/idus
i A Hydroprogne caspia
% ffire occupée par Phoemcopterus ruber
Ça/oehe/ic/on ni/otica (en I3es^
P/ata/ea /eucorodia et Sgretta gu/aris
ffrdea cinerea occupe toute /a
surface de /'fie .
ILE KIAONE-OUEST
Fie. 8
Peuplements et reproductions.
Phalacrocorax carbo lucidus.
1958. — 7 Novembre : œufs, aucun poussin.
1959. — 27 Janvier : jeunes prSts à prendre le vol; aucun œuf;
~ Avril 6 Juin ; aucune reproduction.
1960. — Mai à Juillet : aucune reproduction;
~ 7 octobre : aucune reproduction;
— 14 Décembre : une seule colonie, du type « serré », sur la face Ouest : 350 nids dont 40 %
contiennent des œufs et 60 % des poussins de tous âges. Au bas de la falaise .les nids ne
oontiennent que des pontes récentes, en haut ils ne contiennent guère que des poussins.
Source : MNHN, Paris
64
B£NÉ DE NAUROIS
Si le! nouveaux venu» avaient rechetché de meilleure» condition» pour l’envol (vent,
hauteur...) il» M seraient établis sur le haut de la falaise à câté de» premier» installés. La
disposition étagée semble donc ne répondre qu'à un besoin de promiscuité : le» couples
s'agglutinent ene tache» au lieu d'adopter une foemation en« ligne», étirée le long de la
1961.
1962.
1963.
1966.
^ 18 Mar» : reproduction terminée.
— 16 Movembre : plusieurs colonies sur ica faces Est et Ouest, tant sur le sommet do la falaise
que sur la pente d'éboulis (même dispositiou qu'en I960)! 300 nids nu total, la grande
— W*Novembre ; nidification cOMidérable. Sur la falaise Est, la plupart des nids sont encore
en construction, quelques nid» achevé» ne contenant encore qu'un neuf. Kien sur la falaise
Sud. Sur la falaise Ouest : pontes de 1 à 5 œufs; quelques poussin». Sur la faloite NW,
plusieurs nid» placé» sur de» poinW» rochcu»e^ à l'écart de» autres, contiennent des
poussins de quelque» jour»; un peu plu» loin une quinzaine de nids contiennent des œufs.
— 26 Uéeembre : quelques nids contiennent encore des œufs. Ues jeunes ne sont pas encore
au vol.
— 28 Mars ; reproduction terminée. Nid» vides, placés sur presque toute la longueur de la
falaise Est et sur un secteur seulement de la falaise Ouest.
En résumé. — Colonie à effectif sensiblement constant scmble-l-il d’une année à l’autre ;
300 à 400 nids. Mais la répartition sur le terrain varie : côte Est Beuloment en 1966, côte Est
et Ouest en 1963 et 1966. Début de ponte vers la mi-Octobre. Derniers envols fin Février ou
début Mars.
Phalacrocorax africanus.
1957. — Début Août : poussins en duvet; tous les œufs ont déjà éclos.
1959. — 30 Avril et 31 Mai : aucune reproduction;
— 7 Août : une centaiite de nids occupés, sur 2 emplacements.
1960. - 11 et 22 Mal. 4 Juin : aucune reproduction;
— 22 Juin ; 6 ou 7 colonies du type « groupé », ISO mds en c.instniction; quelques pontea
incomplètes marquant un retard de trois semaines sur les pontes de l'tle Touffat (voir
p. 199);
— S Juillet : quelques nids nouveaux, mêlé» aux nids d'Aigrettes (même disposition que sur
Touffat);
— 31 Juillet : 110 nid», dont 15 % contiennent de» poussins; quelques œuf» frais;
— 8 Octobre : 3 msigres colonies dans les paroi» de le couebe soramilale, face Ouest : osuij
et poussins de tous âges.
1962. — 19 Novembre : reproduction terminée.
1963. - 27 Juin : nids contenant de» œuf»; aucun poussin n'est noté.
1964. — 27 et 29 Juillet : une centaine de nid» au moins; œuf» et poussin». Les nids sont placés
soit dons les escarpements (cassure franche do la couebe sommitale) soit sur le plateau •
ils reposent alors sur le sol graveleux ou sont portés par les plantes frutescentes qui ont
poussé récemment.
1965. - 11 Juin : aucune reproduction n'est découverte (un début de nidification a pu passer
inaperçu, la visite ayant été surtout consacrée à l’étude de» Martinets);
— 16 Août’: des nids en petit nombre, au centre de l'Ile, contiennent encore de» œuù; <]eg
jeune» ne sont pas encore au vol.
En résumé. — La chronologie du cycle reproducteur sur Kiaone est bien établie, îts
phénomènes se reproduisent d’année en année avec une rcmai<iuable régularité : débit de
la ponte vers le 15-20 Juin (en retard de 2 ou 3 semaines par rapport à la ponte sur l’île Touffat) •
derniers envols au début de Novembre. Étalement : 4 mois 1/2.
Ardea cinerea monicae JouANiN et Roux*.
1957. — Début Août : poussins et jeunes prêta à l’envoi.
1959. - 30 Avril : une dizaine de nid» au moins eonlcnunt 1, 2 on 3 œufs (1 cas);
— 31 Mai : oiseaux et nids sont 4 ou S fois plus nombreux qu'un mois auparavant. Un nid
SUT 3 contient des poussins;
— 7 Août : œufs et poussins de tous âges.
1960. — 11 Mai : 80 nid» environ contenant des ponte». l.e» œuf» prélevés pour examen sont frai,
— 22 Mai ; œuf» et poussin»; , ,
— 4 Juin ; diminution inexpliquée du nombre de» nids occupés. Les premières éclosion» ont
eu lieu après le 11 Mai; il n’est donc pas [lossible que des envols aient déjà eu lieu;
— 22 Juin : 500 adulte» présent»; beaucoup de nid» nouveaux: mai» les poussins découven-
le 4 Juin ont inexplicabieinenl disparu, à l’cxceplion <le 3 sujeu. Nid» on construction,
accouplements; pontes incomplète» et ponte» fraîche»;
— 5 Juillet : 800 adulte»; aucun accouplement: ponte» complète» (jusqu’à S œufs); IQ <y
des nids contiennent des poussins; ^
1. C'est la seule sous-espèce endémique du Banc d’Arguin. Description in JotiANin et Roux 1963
Le Héron cendré se reproduit en Mer Rouge, à peu près à la même latilndu qu'en Mauritanie et dans deà
condition» semblable».
Source : MNHt4, Paris
BANC D’ARGUIN. — ÎLES KIAONE
65
— 31 Juilicl : au moins 800 adultes; 70 % des nids contiennent des poussins;
— 7 octobre ; 60 à 80 nids occupas; œufs et poussins de tous âges,
1060. - 16 I)6combrc ; aucune reproduction.
1961. — 18 Murs : une trentaine d'adultes. Aucune reproduction.
1962. - 16 Novembre : reproduction en cours.
1963. — 14 Mm : des pontes de 1 à 5 œufs sont notées;
— 20 Novembre : quelques nids (peu nombreux) contiennent des œufs et des poussins,
1964. — 6 Moi : dos jeunes sont identiOés à distance;
— 12 Juillet : des pontes sont notées;
— 27 et 29 Juillet : <[ueiques couples nicheurs.
1965. — 12 Juin : 5 nids seuleinent, contenant des œufs frais;
— 30 Juin ; pontes et poussins;
— 16 Août : quelques rares pontes sont notées;
— 7 Septembre : œufs et poussins.
1966. — 28 Mars ; aucune reproduction.
En résumé. — Reproduction étendue sur 8 mois. Interruption du début de Décembre
au début d’Avril. Population très fluctuante pendant la période de reproduction, le nombre
des nids occupés variant de quelques unités (Juillet 1964, Juin 1965) à une centaine ou davan¬
tage (Juin et Octobre 1960). Le cycle eat annuel puisqu'il y a manifestement ime période creuse
pendant les mois d’hiver. Mais la nidification a lieu par « poussées » successives, irrégulière¬
ment distribuées d’une année à l’autre, avec des disparitions de poussins inexpliquées (pré¬
dation à l’intérieur de l’espèce?) ‘.
Egretta gularis.
1959. — 3U Avril : 8 couples seulement, nichant en groupe dans les éboulie de la face Est, tant sur
les roeaillcs que sur les touffes de végétation butophile; les pontes sont fcalrhes (1 fois
4 œufs);
— 31 Mai : 15 8 18 nids occupés.
1960. — 11 Mai : 80 nids sur les éboulis de la face Est; 2 8 5 œufs par nid:
— 22 Mai et 4 Juin : développement régulier; une ponte de 3 œufs est trouvée fraîche;
— 22 Juin : une dizaine de nids contiennent des œufs;
— 5 et 31 Juillet : quelques nids occupés;
— 7 Octobre : reproduction terminée.
1964. — 27 et 29 Juillet : quelques sujets sont encore nicheurs.
1965. — 11 Juin : 5 nids seulement, contenant des œufs frais;
^ 20 Juin : quelques poussins (2 par nid) sont notés.
1966. — 28 Mars : aucune reproduction.
En résumé. — Population fluctuante : faible en 1965, très faible en 1959, beaucoup plus
nombreuse en 1960. Le déroulement du cycle semble également variable d’une année à l’autre :
début de ponte fin avril en 1959 et 1960, mais œufs frais sans aucun poussin le 11 juin 1965
(peut-être les premiers œufs furent-ils dérobés par des prédateurs?). Le contingent de llle
Kiaone, peu étoffé, apparaît comme une sorte d’excédent des fortes colonies de Zira, Touffat,
Cheddit. L’île Kiaone, d’ailleurs, semble mal se prêter à la nidification des Aigrettes : pentes
abruptes, végétation rare, plateau sommital peuplé de grands Hérons...
Platalea leucorodia^.
1959. — 29 Avril : 6 ou 8 nids sur tu pente Est : ponte à son début;
— 31 Mai : 50 & 60 nids, placés taut sur les pierrailles que sur les touffes végétales de la pente
Eat : œufs et poussins;
— 7 Août ; quelques nids contenant seulement des œufs (peut-être stériles?),
1960. - 11 Mai : 80 nids sur la pente Est; pontes de 2 8 5 œufs;
— 22 Mai ; développement normal;
— 4 Juin : quelques jeunes presque au vol sont vus dans les éboulis;
— 22 Juin : 250 oiseaux présents; 10 nids seulement sont notés;
— 31 juillet : 30 nids occupés dont une vingtaine contiennent des poussins;
— 7 Octobre : reproduction terminée.
1963. — 27 Juin ; nids peu nombreux; quelques œufs.
1964. — 27, 29 Juillet : les nids sont abandonnés.
1965. — il Juin : une cinquantaine d'adultes non nicheurs; aucune reproduction n'est notée (quel¬
ques nids plus ou moins dissimulés dans les éboulis ont pu échapper 8 l’observation).
1. Une étude de dynamique de population ne serait pas impossible au moyen d’un poste d’observa¬
tion placé sur la plus haute éminence de l'SIe (cite W, vers le Sud; accès par un itinéraire défilé sur les pentes
W) ; observation au moyen d'une lunette. La plus grosse difficulté consisterait dans l'organisation et ie
finaucement d'un ravitaillement en vivres et en eau à partir de Port-Étienne.
2, S’agit-il bien de la forme nominale? Nous n’en avons pas encore (1968) la certitude. Sur les côtes
de Mer Rouge, dans des conditions analogues (Latitude ; mode de nidification) se reproduit Platoieo ieu-
corodia archeri. Voir ; O. Neumann 1928, p. 783-787, Akcheb et GODMAN 1937, Heuclik 1877, p. 1124.
8 564016 6 5
Source : MNHN, Paris
66
RENÉ DE NADROIS
En résumé. — Colonie peu nombreuse, à elfectif probablement variable d’une année à
l’autre, instaUée peu commodément dans les éboulis à proximité immédiate des Aigrettes.
Les deux espèces semblent vouloir éviter le voisinage des Hérons cendrés qui occupent le pla¬
teau sommiul. Seules les reproductions de 1959 et 1960 paraissent avoir été importantes.
Celle de 1960 a pu être suivie du début à la fin : commençant fin avril (comme sur Zira) elle
a connu une sorte de rdance en Juillet ; derniers envola fin Août ou au début de Septembre,
Phoenicopterus ruber.
J957 „ Début Août : adultes et plusieurs rentainee de jeunes en duvet courant vite; incubation
tertninée (Tixorant 1959 et viva row).
1959. - 29 Avril : colonie de type « serré ». insuiiéc i l'extrémité SE de i'ile, tant sut les pentes
d’un court ravin (iucUnaison 15 à 20“) que sur le plateau sonunital. Plus de S 000 oiseaux
présents; 2 à 3 œufs par métré carré sur S ou 6 ares — environ 1 500 œufs — simplement
posés sur le sable sec et manifestement frais. Celte inslallaüira au Sud de l'tie et en partie
« sous le vent » manifeste peut-être la recherche d'une situation relativement abritée. Les
oiseaux se montrent peu forouchea, ne prenant leur vol qu'à moins de 100 u de l’obser-
— 31 Mai : la colonie a disparu. I..es œufs, tous bêcbés ou fracassés, ont été poussés par le vent
au fond du thalweg de la face Est. Lespécbeuri imraguens a0irmeiili|ue les Flamants, lors¬
qu'ils ont été dérangés en cours d’incubation, ont coutume d'interrompre celle-ci et de
détruire leurs œufs. Il se uouve précisément qu'un touriste les a eflreyés un mois aupa¬
ravant par dee poursuites inconsidérées. Celle colonie de l’Ile Kiaone a probablement
émigré vers le Nord pour grossir les effectifs de la colonie nicheuse sur l'Uot des Flamants
roses (voir p. 115).
19Û0. — Aucune reproduction sur Kiaone Ouest (par contre, une cinquantaine d'oenfs décoaverta
sur Kiaone Est, abandonnés peu après; voir p. 140). Le 7 Octobre, aucun sujet n’est noté
autour de l’îie — Aucune reproduction au cours des années suivantes.
En résumé. — Reproduction dûment constatée par deux fois : 1957 et 1959. Réussite
en 1957, (jeunes coureurs vus par Tixerant). L’échec de 1959 semble avoir découragé les
oiseaux pour plusieurs années.
Geloekelidon nilotica.
Aucune reproduction en 1959 et 1960.
1964. — 29 Juillet : quelques sujets sont aperçus mais ne montrent aucun comportement de nichenra.
Un œuf est découvert, témoignant d'une reproduction (ou tentative de reproduction)!
antérieure.
1965. — 12 Juin : 2 ou 3 colonies - one trenuitus de nids - sont installées au centre de l'ile. Beau-
coup d'œufs sont trouvés bêchés; quelques uns viennent d’être fracassés, comme si des
agresseurs venaient de profiter du trouble provoqué par l’approche de l’oliservateur.
Sur aucune Ile nous n'avoni constaté une hostilité de la Sterne Caspienne i l'égard de la
Sterne Uansel. Les déprédations oat-ellei pour auUur le Héron cendré? On est réduit
pour l'instant aux conjectures.
Hydroprogne caspia.
1957. - Début Août : œnfs et poussins.
1959. - 30 Avril : plus de 100 nicheurs, installés sur le plateau en colonies du type* groupé-lâche»-
œufs et poussins. La ponte a commencé vers la mi-Mars sinon plus tût; ’
— 31 Mai : jeunes Oès développés, mais aussi beaucoup de pontes fraîches : une deuxième
— 7 Août : poussinr; aucun œuf n’est noté.
1960. - 11 Mai : 4 on S colonies : 200 nids au moins, dont un* vinguine contiennent des pousaina;
— 22 Mai : développement normal;
— 4 Jnin : 200 poussins de tous âges; quelques pontes;
— 22 Juin : beaucoup de jeunes ont quitté les lieux; quelques poussins sont presque au vol-
une nouvelle colonie s'est installée au Sud de i'Ile : 30 nids, dont 25 contiennent des
œufs, les S autres des poussins;
— S Juillet : 50 poussins environ; quelques pontes nouvelles;
— 31 Juillet : les Cospiennes ont presque disp^:
— 7 Octobre et 14 Décembre : aucune reproduction.
1961. — 18 Mars : un groupe compact d'environ ISO oiseaux occupe le centre du plalean. Les uid»
snnt nombreux mais ne coDliennent encore aucun œuf. Un autre groupe (non nicheur)
auquel se mêlent des Sternes royales, se lient dans la partie Sud de I'Ile.
1952. — 16 Novembre : quelques nids contenant des œufs.
1953, _ 14 Moi : des poussins sont notés;
— 27 Juin : œufs et poussins.
1964. — 27 et 29 Juillet : nids è l'emplacement habituel, contenant des œufs et des poussins.
1965. — 11 Juin : aucune Caspienne n’est en vue; aucune nidification.
1966. — 28 Mari ; la ponte n'a pas encore commencé.
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARGUIN. — ÎLES KIAONE
67
En résumé. — Plus de cent couples nicheurs. La reproduction s’étend sur une très
longue période — au moins d’Avril à Novembre — et procède si l’on peut dire par « bonds ».
Le cycle est annuel puis<ïu’U y a une période « creuse » de Décembre à Mars.
Sterna maxima albididorsalis.
1959. — 30 Avril : première découverte de la reproduction en masse de Sterna maxima sur la cite
d’Afrique. L'aire occupée est une rilipse de 6 m sur 30 m; 1 OOO A 1 500 œufs; les pontes
fraîches sont placées à périphérie et surtout au Nord;
— 31 Moi: l’aire semble s'étre allongée vers le Nord, face au vent dominant; tous les « nids»
de la partie Sud contiennent des poussins, dont beaucoup ont déjA la réaction de fuite.
Date probable de début de ponte : 20>22 Avril.
1960. — il Mai :<c l’ellipse» a été déplacée d'une centaine de mètres vers le Sud, 800 cenfe apparem*
ment frais; 2 000 adultes environ;
— 22 Mai : beauconp de poussins;
— 4 Juin ; tous Us ceufs ont éclos. La ponte a dû être un peu plus précoce qu’en 1959. Curieu*
sèment le nombre des poussins ne s'élève qu'A 400 alors qu'on en attendrait environ 800;
— 22 Juin : 400 poussins environ, groupée en ime « crèche » que dirigent quelques adultes;
— ? Octobre ; reproduction terminée depuis de longues semaines.
1964 et 1965 : aucune reproduction.
En résumé. — La colonie, forte de 2 000 à 3 000 sujets, s’est reproduite en 1959 et
1960, sensiblement au même emplacement. Début de ponte fin Avril, derniers envols vers
fin Juillet. Les observateurs de 1963 n’ont rien noté. L’espèce était absente de l’fle en 1964
et 1965.
Sterna anaetketus.
1959. — 31 mai : nombreux oiseaux : le recherche des nids (A laquelle toutefois l’observateur ne
peut consacrer que peu de temps) n’aboutit qu’A la découverte d’une coquille de l’aimée
précédente. Peut-être la reproduction n'a-t-elle pas encore commencé;
^ 7 Août : une centaine d'adultes au moins; poussins cachés sous les pierres; aucun ceuf n'esr
1960. — 11 et 22 Mai ; pas d’observation. La ponte n'a certainement pas commencé;
— 22 Juin : 200 à 300 adultes; beaucoup de nids, contenant seulement des œufs;
~ S Juillet : plus de 500 adultes; quelques poussins sont découverts;
— 7 Octobre : reproduction terminée; l’espèce est absente.
1963. — 27 Juin : quelques œufs sont découverts.
1964. — 27 et 29 Juillet : la population parait s’être considérablement accrue : environ 600 oiseaux.
Mais il est probable que des jeunes de l’année volent avec les adultes. Quelques œufs très
incubés et deux poussins très jeunes sont découverts. Un mâle est pris au nid A 18 b :
l’estomac est vide.
1965. — 11 Juin : colonie très nombreuse. Le temps manque ponr la recherche des nids;
— 30 Juin ; des œufs sont découverts.
En résumé. — Colonie importante — 100 couples nicheurs ou davantage — et qui
parait être en augmentation. La date du début de ponte est mal définie mais semble se placer
vers le 10 Juin, soit deux semaines plus tard que sur Ard. (v. p. 76) Derniers envols à la fin
d’Août.
Apus affinis.
1959. — 7 Août : déconverte des nids: quelques œufs desséchés;
— 7 Octobre : première étude systématique de la colonie. Les nids, plus ou moins groupés,
parfais contigus, sont sertie dans les alvéoles de la roche somnitale surplombante (face
inférieure), de sorte que les oiseaux, au sortir du « tuyau » d’accès, n’ont qu’à se laisser
tomber dans le vide. Quelques œufa incubés (environ 10 jours); beaucoup de poussins.
1961. — 18 Mars : nids en parfait état, témoignant d'une occupation récente; mais aucun Martinet
n'est visible.
1964. — 27 et 29 Juillet : sur ta face Ouest tous les nids ont été complètement détrempés et rendus
inhabitables : les parois, faites de zostères collées, sont mollea comme du carton pâte
mouillé (effet des embruns et paquets de mer projetés par une tempête récente). Ni œuf,
ni poussin.
1965. — 11 Juin ; oiseaux absents.
1966. — 28 Mars : colonie nombreuse. Un œuf à surface luisante, apparemment infertile, a dû être
couvé pendant plusieurs semaines. Beaucoup de jeunes emplumés, isolés ou par paires,
occupent encore les nids.
En résurrté. — Colonie importante — 50 couples? — mais dont le statut est encore md
précisé. Les adultes sont absents en Mars 1961 mais présents en Mars 1966. En 1960, en Sep¬
tembre-Octobre, œufs et poussins sont nombreux : la ponte a dû commencer fin Août ou au
début de Septembre. En 1965, à la mi-Mars, la colonie semble avoir déserté l’ile. Mais en 1966,
Source : MNHN, Paris
68
R£NÉ DE NAUROIS
à la fin du même mois, de nombreux poussins ne sont pas encore au vol... Les observations
manquent pour la période d’Octobre à Février. Y a-t-il deux périodes de ponte : Août • Sep.
tembrc et Février? ou une seule, très étalée, d’Août à Février?
Apus palUdus.
1960. ~ 7 Octobre : pteiniire observation; un nid vide, en forme de sc.ucoupe. est trouvé dans une
cavité de la paroi (verticale) du liloc sommitul-
1961. — 18 Mars : 3 nid» vides sont Uouvé» dan» lu paroi Ouest.
1964. — 27 et 29 Juillet : pontes de 1 ou 2 <«ufs duiia des nids des faces Rst et Ouest. Une frnieUeeat
prise au nid : oviducle dilaté.
1965. - 11 Juin : quelques nids vides; aucun adulte ii’ost apenju.
1966. — 28 Mars : rares adulte# vu# à distance et mal identifiés; plusieurs nids sont trouvés vides.
En résumé. — Colonie peu nombreuse — 10 à 20 couple». Reproduction constatée en
Juin-Juillet (1964) et paraissant terminée en Octobre {I960). Mars, en tous cas, fait partie de la
période creuse. Statut encore insuffisamment défini.
Conclusions.
1° Peuplements et cycles de reproduction.
Les espèces sur l’Ue Kiaone, se répartissent en cinq catégories ;
1. Reproducteur régulier d’automne et hiver : le Grand Cormoran, Phalacrocorax
carbo lucidus, en nombre important (plusieurs cenUines).
2. Reproducteurs réguliers de printemps et d’été :
_ d’une part Egretla gularis et Platalea leucorodia, en colonies médiorres, reléguées
sur les pentes raides : quelque» dizaines de sujets de chaque espèce;
_ d’autre part Phalacrocorax a/ricanus et Slerna anaetketus en colonies nombreuses :
plusieurs centaines de sujets, peut-être plus d’un millier pour la Slemc bridée.
3. Reproducteurs de printemps, été et automne : Ardeacinerea monicaenHydroprogne
caspia. Le Héron cendré, représenté au Banc d’Arguin par une sous-espèce endémique, ne
niche, en dehors de Kiaone, que sur Arei (v. page 73). Mais c’est sur Kiaone qu’il est de
beaucoup le plus abondant. U est probable que certain» couple» procèilent à de» pontes de
remplacement, ce qui allonge lu durée du cycle. Mai» l’étalement sur une période de 8 mois
n’est probablement pas dû à cette seule raison. Il doit donc y avoir succession de couples
différents et l’effectif total s’élève certainement à 1 000 ou 1 500 sujets adultes. Pour une rai¬
son similaire, le nombre des Sternes Caspiennes est au moins de l’ordre de 500 à 700 sujets.
4. Reproducteurs d’été, automne et hiver : Apus affmis — près d’une centaine de
couples semble-t-il — et Apus pallidus, quelques dizaines de sujets.
5. Reproducteurs irréguliers de printemps : Pkoenicopterus raber et Slerna maxirna
(ont déserté l’üe au cours des dernières années); Gelochclidon nilotica (s’est introduite pour
la première fois en 1963 ou 1964, mais paraît être mal acceptée par les anciens occupants).
2" Remarques écologiques.
1. L’absence sur Kiaone de Pelecanus onocrolalus peut être expliquée par deux raisona.
D’une part, il semble bien que la majeure partie des Pélicans du Banc d’Arguin émigre vers lé
Sud vers la fin de l’été pour rejoindre les colonie» reproductrice» de l’Aftout es Sahel (Naurois
1965); le reliquat trouve sur i’ile Arel, sans avoir besoin do recourir à Kiaone, toute k place
nécessaire pour sa nidification. D’autre part, Kiaone est plus exposée qu’Arel aux vagues et
houle» du secteur Nord; en outre, le» hauts-fonds et les eaux abritées y sont beaucoup moins
étendu». *
La distribution inégale d’^rdea cinerea entre les deux 11 m peut être comprise en invo¬
quant une raison inverse : l’estran de Kiaone, avec scs compartiment» caillouteux déterminés
par le» éboulemcnU, »e prête san» doute mieux è k pêche que le» fonds plats et vaseux qui
entourent Ard.
1. l.e» photogruphies «éricnnes
n’exislenl qu’au du rempart consli
, montrent que le» eaux qui sci
limé par Ut deux Kiaiuie# et
Source : MIJHN, Paris
D’ARGUIN. — ÎLES KIAONE
69
2. Plus surprenante est l’absence sur Kiaone (comme d'ailleurs sur Arel) de Larus
cirrocephalus. Est-ce une nourriture qui manquerait dans les eaux entourant ces îles (Kiaone
surtout) ? Ou bien le Goéland à tète grise est-il inféodé pour sa nidification aux terrains por¬
tant un tapis végétal relativement épais (comme sur les îles du groupe Sud). C’est un fait que
dans les archipels de Sénégambie (au Sud de l’estuaire du S^oum) et des Bijagos (Guinée
portugaise) seules les parties pourvues de Salsolacées, Graminées, Ipomea, etc. portent des
colonies (Naurois, 1963 et ci-après p. 238).
3. On peut se demander, à partir de divers indices, si la présence d’une importante
colonie de Hérons cendrés ne joue pas à l’égard de plusieurs espèces un rôle d'exclusion. Nous
avons noté que Gelochelidon nilotica au centre du plateau soufire persécution; que Plala-
lea leucorodia et Egrella gularis se trouvent reléguées sur les pentes d’éboulis, où quelques
nids seulement peuvent trouver place sur les rares plantes halophiles que Slerna hirundo
niche en paix sur Kiaone-Est, où les Hérons ne se reproduisent pas, mais n’ose s’aventurer
sur Kiaone-Ouest... Quant à Larus genei et Sterna alhifrons ils ne se montrent même pas *.
§ 3. — ÎLE KIAONE EST
Cette île, à la même latitude que la précédente, n’est séparée de celle-ci que par un
détroit large d’environ 1 mille. Des hauts-fonds occupent tout l’intervalle. Elle mesure 400 m
X 50 m. Même structure que Kiaone-Ouest. La pointe Nord est une muraille rocheuse à parois
verticales, battue par les vagues jusqu’à sa base, d’accès difficile; nous n’avons pu jusqu’ici
l’examiner qu’à distance. La pointe Sud se termine par une plage concave, amorce d’une flèche
de sable. Les faces Est et Ouest sont escarpées, à l’Ouest surtout (parois verticales).
Dates de prospections.
1957. — Début Août, par le Docteur Tixerant.
— Début Décembre, pnr le Docteur Tixerant.
1959. - 31 Mai. par R. de Naurois.
1960. - 12 Mai. par J. Dragesco;
— 22 Mai. par J. Dragesco et R. de Naurois;
— 22 Juin et 30 Juillet, pnr J. Dragesco.
Peuplements et reproductions.
Quatre espèces seulement ont été trouvées nicheuses, régulièrement ou occasionnelle-
Phoenicopterus ruber.
1957 à 1959. — Aucune reproduction (l'île Kiaone Ouest par contre est occupée en masse en 1957
et 1959).
1960. — 11 Mai ; 10 œufs déposés sur la piage graveleuse à In pointe Sud de l'ile.
— 22 Mai ; reproduction interrompue; ta colonie a complètement disparu.
1961 et 1965 : aucune reproduction.
Sterna hirundo.
1957. — Début Août : pas de reproduction.
1959. — 31 Mai : une colonie du type» groupé-lâchc» sur le plateau sommilal; moins de 100 couples;
œufs et poussins.
1960. - 22 Mai ; 13 nids contenant des œufs.
— 30 Juillet : 7 ou 8 nids nouveaux contenant des œufs; un poussin seulement est découvert.
Aucune observation n'a été faite de 1961 à 1966.
En résumé. — Il est frappant que l’espèce puisse être présente sur Kiaone Est mais
n’ait jamais été rencontrée sur Kiaone Ouest. L’accès de cette île serait-il interdit à ia Pierre-
garin comme il paraît l’être à la Hansel (v. page 66) ?
Slerna anaetkelus.
1957 à 1959. - Pas d'observaüon.
1960. — 22 Juin : S à 6 nids très dissimulés;
— 30 Juillet : 15 a 20 nids occupés.
1. En 1961, il y avait aussi quelques touffes sur le plateau sommital en raison de l'abondance des
pluies de 1963 ; seuls tes Cormorans africaine les utilisèrent.
2. Sur Arel, Sternes et Goélands railleurs nichent, il est vrai, à quelque distance du Héron cendré
(v. page 73). Mais d’une part cette colonie d’Ardea cinerea ne fait pas nombre et d’autre part eUe est seule
û occuper au Sud de l’IIc une aire basse et bien séparée.
Source : MNHN, Paris
70
RENÉ DE NAUaOlS
Apus affinis.
1960. — 30 Juillet : nombreux Martinet*, mai» le* nid* examiné* >ont encore vide*.
Conclusions.
1. L’îie est, au total, peu utilisée par les oiseaux. La reproduction de Slerno hirundo,
dûment consUtée en 1959 et 1960, a-t-elle lieu tous les ans? Les prospections futures le diront.
Les parois les plus abruptes devront être examinées de plus près (au moyen d'une embarcatioa
et par temps calme) en vue d’évjuer l’importance des colonies à'Apus affinis et de rechercher
l’existence éventuelle d’une nidification à’Apus pallidus.
2. Pour les 3 espèces dont la reproduction a été observée {Phoenkopterus ruber,
Sterna hirundo et St. anaethetus)^ les dates de début de ponte ne diffèrent pas de celles qyj
ont été notées sur les autres Iles.
3. Le petit nombre d'espèces reproductrices, en dépit de la place disponible, montre
à l’évidence et une fois de plus qu’il n’existe au Banc d'Arguin aucune compétition pour les
sites de nidification.
§ 4. — ILE CHICKCHITT
Dimensions : 250 m X 50 m; même structure que les Kiaone. L’aiïouillement des
couches gréseuses moyennes, sur la face exposée aux houles du Nord a déterminé des affaiase-
ments d’ensemble de la couche supérieure. Celle-ci s’est non seulement débitée en énormes
« briques » maia aussi craquelée et pliée vers le bas comme un vêtement.
La nidification est presque interdite aux oiseaux, du moins de façon régulière et à
l’exception d’une ou deux espèces : c’est que l’ile n’est séparée du continent que par des hauts-
fonds sablo-vaseux et un étroit chenal, de sorte que le.s prédateurs venus du continent y ont
accès : le 31 mai 1959 un chacal détda sous nos yeux à portée de fusil. Il est possible toutefois
que les conditions soient moins défavorables certaines années, des bancs de sable ayant été
déplacés ou des chenaux s’étant élargis. C’est un fait que ie docteur Tixerant, au début
d’Août 1957, photographia des poussins de Sternes et trouva de « petits œufs tachetés ».
Dates des explorations.
1957 - début Août, par le docteur Tixerant.
1959 - 31 Mars, par R. de Naürois.
1960 - 10 Octobre, par R. de Naurois.
1966 - 30 Mars, par R. de Naurois.
Peuplements et reproductions.
Reproductions occasionnelles ou douteuses.
Sterna sp.
19S7. - Début août : œuf* et pou»»ins. D’apri* la dejcripUon donnée par le Docteur Tixerant
il «'agirait d’une reproduction de .Slerno hirundo (ou albi/rons).
Sterna anaethetus.
1959. — 31 Mar» : 1 ou 2 paire» paraiment cantonnée*. A l'intérieui de* ébouli» et *ou* le* dalle™
écroulée*, le* Bridée» seraient hors de portée de* Chacal*.
Reproductions régulières.
Apus affinis.
1960. — 10 Octobre : une colonie e»t découverte dan» le* escarpement* de la face Nord; 20 i 30 nid»
Plutieun de ce* nids peuvent être atteint* et sont trouvés vide*.
1966. — 30 Mar» r même colonie; un oiseau, en s'échappant du nid, lait tomber un œuf frai»-
autre nid contient 2 pousaini bien emplumé*. ’ **
Apus pallidus.
1966. — 30 Mat» : une dixaine d’oiseaux parai**enl cantonné». Le» nids, s'il* existent (coinioe
rtie Kiaone), se trouvent niolheureu«emrnt dans les patois plus ou nxiins surplorabnnu^
à l’intérieur de fente» inaccessible» (voir p. 48). •»
Source : MNHN, Paris
)’ARCUIN. — ÎLE AHEL
71
Conclusions.
1° La reproduction sur cette île est norrndemcnt empêchée, sauf évidemment pour les
Martinets (et peut-être pour les Sternes bridées). Les époques de reproduction des Martinets
posent des problèmes difBciies.
2® Pour qu’une colonie de Sternes Pierregarin puisse s’établir et sa reproduction arriver
à terme, il faut ou bien que l’isolement géographique se trouve exceptionnellement réalisé,
ou bien que l’attention des prédateurs soit détournée de l'ile pendant quelques semaines. Une
tempête survenant au moment opportun peut décourager un Chacd.
3“ Sont présents de façon habituelle mais non nicheurs : Phalaerocorax carbo, Pkaîa-
crocorax a/ricanus, Egretta gularis, Egretta garzetta, Platalea alba, qudques Hydroprogne
caspia et autres Sternes.
5. — Ile arel
Ard a la forme d’une demi-lune dont le rayon mesure 150 à 200 m. Amorce de flèche
de sable à la corne SW. Un très petit flot qui semble ne jamais servir que de perchoir, émerge
des champs de vase à 500 m à l’Ouest. La surface est en plan incliné de la falaise Nord (+ 8 m)
à la plage Sud. De grandes vasières et bancs de sable, porteurs d’herbiers {Cymodocea) et
autres éléments végétaux, entourent l’île de tous côtés à perte de vue. Aucune plante ne pousse
sur l’ile même, où le guano est abondant et réparti sur toute la superficie.
■y
ILE AREL
Phs/àcroecrdX càrbo
V. L<3rus gerrei
Kx Ps/ecànos onocrot^/os
'v'îv /ffc/eâ cinetes
^ ^ire occupée pe/- ôternà
àki Hÿf/ropropne c^spià
tif SCsrnâ ân^seéheios
Fig. 9
Dates de prospections.
Première exploration par le docteur Moal en Mars 1964
1957. — Août et Décembre : par le Docteur Tixerant.
1959. — 27 Janvier, pat le Docteur Tixerant;
— 3 Mars, par K. de Naurois;
— 1" Juin, par R. do Nauroie.
1960. — 22 Haï, par J. Drageeco;
— 19 Juin, par J. Dragesco et Fr. Roux;
— 6 et 27 Juillet, par J. Drageaco;
— 7 Août, par le Docteur Tixerant;
— 7 Octobre, par R. de Nauroie;
— 11, 12 et 15 Décembre, par J. Dragesco.
1961. — 24 Mars, par Fr. Roux.
1962. — 14 Novembre, par R. de NauroU.
1963. — 26 Juin et 27 Décembre, par H. Ansquet.
1964. — 6 Février, par M. Reçu.
1965. — Juin, par R. de Nauroie;
— 17 Août, par H. Ansquer;
— 7 Septembre et 29 Octobre, par R. Kervagoret.
1966. - 29 Mars, par H. de Nauroie.
1. V. Moal 1954.
Source : MNHN, Paris
72
RENÉ DE NAUKUlS
Peuplements et reproductions.
Phalacrocorax carbo lucidus.
1957. — Début Août : aucune reproduction:
— Début Décembre ; nids contenuiit u'iif» et pniiwine.
19SP. _ 27 Janvier : le» nid» ne contiennent <|iie de» jeune» en vol ou prêt» à l’envol;
- 3 .Mar» : quelque» jeune» ne peuvent encore ipie voleter. KéfiiRié» dan» Ica uiroiiiilciiM.i,t«
de la côte Nord (en falaise), il» roulent «ur la pente d’éboiili» ft «e jettent it la mer.
I960 — 7 Octobre ; au baade la pente Sud (moitié occidenlaie) et jouxtant l'aire occupée par la
colonie de Pélican» en voie d’installation, une diaaiiie de ponte» iticompléte» (1, 2, une foie
3 «rufs). Lo S Octobre constitue donc la date de début de poule pour >96(1.
- 11 au 15 Décembre : une vingtaine de colonie» où le» aire» Boni eu nombre» tré» inégaux;
de 6 i 160, en moyenne 60 ii 80. La plage SW porte le» colonie* le» plu» c«n»i(lérable« rt Ica
plu» ancienne» (celle même, entre autre», qui était déjà imlnllée U 7 Oclobre) : 75 % <les
nid» contiennent de» poussin». Lu plage NE et la crête rocheuse au Nord portent nu contraire
le» colonie» le» plu» récente» ; ponte» de 3 à 5 œuf» dont beaucoup »oul apparemment
fraîche». L’écart entre le» deux groupe» parait être de 10 jour». Il n'y a encore aucun
poussin dan» les nid» en« «caliers» de ia pente d’ébc.uU» au Nord (« au vent»). Iæ total
des aires occupées est évalué à 1 000 ou davantage; celui de» poussin» ù environ 3 000.
On constate par endroits, en particulier au vt>i»inage de» coinnic» de Pélican», une forte
mortalité (20 % de cadavres).
1961. - 21 Mar» : reproduction terminée: 8 000 à 10 OUO (.orinoran» sont massés sur un banc de
sable de 200 m sur 20 m. , . , . ,
1963. — 27 Décembre ; le» nids contiennent soit de» o-uf» soit des poussins de tailles variée».
1964! — 6 Février ; de nombreux poussin» déjà emplumé» »e trouveut encore au nid; «les jeune» au
vol ou presque ou vol demeurent A proximité; aueim poussin de petite taille, aucun œuf.
1965. _ 7 Septembre : sur le versant Nord nombreux nids en conslrucUon; quelque» nid» contien¬
nent de» Œufs fratcheinent pondu».
- 29 Octobre : »ur le eélé Ouest de l’Ue, de nombreux nid» rontieiineiil de 1 ù 5 rruf»; aucun
poussin n'e»t noté.
1966. — 29 Mar» : reproduction terminée. A In unit toiiibunte (et coiiimc en 1961). quelque» milliers
de Cormoran» e* niassent au centre de l’ile. llenueoup d’oiseaux, examinés A courte distance,
ont le ventre entièrement blanc (jeune» (le l'onnéc).
En résumé. _Les observations permettent de caractériser eumme suit le peuplement
et b reproduction sur Arel : début de la ponte tantôt au début de Septembre (1965), tantôt
au début d’Octobre (1960); nichée normale de 3 à 5 œufs, 2 ou 3 poussins. Derniers envol*
dans la première quinzaine de Mar». Après quoi, des milliers d’oiseaux forment encore (fin de
mars) des groupes compacts sur l’île et les vasières voisines. Nous ne savons pas de façon sûre
si ces groupes ne comprennent que des immature» de l’année ou un mélange de ces jeunes et
de leurs parents
Pelecanus onocrotalus.
19S7. _ Début Août : adultes et imuiatureB (plumages ciicotc sombre»); nurune rcproductiun;
— Début Décembre : 20 ù 25 nids ramenant au total 39 A 40 œuf», nombre que lesobservateurs*
jugent peu élevé eu égard au nombre de» adulte» rassemblé» aux Blenluiir».
1959. _ 27 Janvier ; il ne reste plu» d'auf»; de» jeune» «mil su vol; _
— 3 Mars ; une cinquantoinc d’adulte» et clés jeunes de l'année s'enfuient dê» cpie l’olmcrvateur
est en vue; une dizaine de poussins, portant encore un duvet ébouriffé de ctiulcur jaunâtre
ou brunâtre, s’échappent ver» la mer, roulant maladroilenicnl entre le» pierre» avant de
se jeter à l'eau. Sut le» nids pourrissent de» poisson». Épars sur l’Ile. i>ourri»aent de* oisillon».
L’Uc, en dépit d'un vent vioiciil, sc trouve noyée ilan» une puanteur dinicilciiienl aiippor.
table. I.e» cadavre» sont plus nombreux >ur la pente qui descend diiucemeiii ver» le Sud;
d’autre» gisent dan» le» reroina de la face Nord, au pied de» abrupt»; aueim ne ne trouve
ia plate-forme sommitale qui porte la plupart de» nid». Celte répartition avait déjà intrigué
le Docteur Moai. Sun» dénier toute plnusibililé â boii explirnlion - celle d’un transport
des mort» par les vivants à de» fins de « salubrité publique a nous pensons que te vent
dominant du Nord, presque toujuiir» violent i partirdc Janvier, pousse hors de la zone de
nidification le» oiseaux inalade». Oux-ci d'ailleiir». s’il» ne tnnilicnl pua d’emblée au pied
de lu falaise (côté N), ont tendance A »e traîner sur le» pentes qui descendent ver» le Sud.
1960. — 7 Oclobre ; une aire <ie quelque» mètre» carré» contient une douzaine de ponte» fraîches
(1 ou 2 œufs). ]m nids de Pélican» et f^irmiiriins sont entremêlé»;
— 11-15 Décembre ; une dcini-donzninc de cnloiiics : 14 nid» contiennent enrorc de» œufs
et de» poussins. Le» jeune» le» plu» âgés a’éloigiirnt rapidement, ce qui rend le comptage
difficile : il en est dénombré 300. La mortalité est évaluée A .30 % dan» certaine» coin,
nies. On compte 2 à 250 nids : il» sont nidimcntaire». troneonique» (»iirélevéB de quel¬
ques centimètres) et garni» de quelques cailloux, brindille» et débri» agglutiné» par lo
guano. Dis que les pomain» ont acquis une certaine vigueur, ils ae groiiiiriit en « crèches».
Toute une faune ovienne - Hérons. Coélimd» brun». Mouette» A tête grise, petit» Éehaa.
sicts — vit plu» ou moins aux dépens de» déehel» alimcnluire» (re«te» de poissons) qui
traînent sur le sol.
t. La séquence de» plumage» à partir do l’e.nvol n'a pa» été établie.
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARGUIN. — ÎLE AREL 73
1961. - 21 Mars : un groupe d'adultes est posé sur un banc de sable à l’Ouest. Un seul jeune en
l>liiniage brun sombre. Au total le nombre des oiseaux est remarquablement faible
(observation qu'il faut rapprocher de cdle, tris différente, qui sera faite en Mars 1966).
1962. — 11 Novembre : 2 ou 300 nids groupés en quelques 8 colonies. Ils contiennent soit des pontes
de 1, 2, rarement 3 ceufs (3 ou 4 cas), soit des poussins aux divers stades de développement
compris entre l’éclosion et le duveta ébouriffé» (oisillons de quelques semaines). Le début
de la ponte a dû intervenir dans la 2' quinzaine de Septembre.
1963. — 27 Décembre : les nids ne contiennent plus d’œufs, mais beaucoup de poussins ne sont pas
encore au vol (pontes de Novembre),
1964. — 6 Février : pbisicurs centaines d'adultes et immatures. Quelques dizaines de jeunes semblent
ii'élre pus encore capables de voler (pontes du début de Décembre). Nombreux cadavres
d'oisillans de diverses tailles.
1965. — 17 Août : 20 à 30 œufs frais sont concentrés au centre de i’île sur quelques mètres carrés.
C’est la ponte la plus précoce dont nous ayons connoisssnee *!
— 7 Septembre : une colonie occupe environ 200 m^j nombreux œufs, un seul poussin (ponte
d’aoMt):
— 29 Octobre ; nombreux œufs; aucun poussin n’est vu dans les nids (des poussins coureurs
ont pu échapper à l’attention des observateurs).
1966. — 29 Mars ; une quinzaine d’adultes s’enfuient de fort loin. Des jeunes en livrée brune et qui
comptages effectués aux jumelles aboutissent à un total de 150 (à quelques unités près).
Nonibronx cadavres d’oisillons, en particulier sur les pentes Ouest, où se traînent encore
3 malades. Puanteur moins agressive qu’au début de Mare 1959.
En résumé :
1° La date de début de ponte est très variable d’une année à l’autre, se plaçant tantôt
en Août, tantôt en Septembre, tantôt au début d’Octobre. II y a parfois des œufs frais en
Décembre. Questionnés par le Docteur Tixerant les pêcheurs imraguens affirment que
les Pélicans règlent dans une certaine mesure leur reproduction sur les mouvements de certains
bancs de poissons (?). Les proies déposées sur les nids sont d’ailleurs pour les pêcheurs le
signe, recherché comme tel, de ia présence de telles ou telles espèces de poissons aux environs
de l’île.
2° La biologie de l’espèce est encore mal connue; nous ne sommes pas fixés sur la durée
d’incubation et du séjour au nid, l’époque des véritables envois et la succession des plumages.
3® La preuve est acquise que des œufs sont dérobés en vue de ia consommation par
des visiteurs Mauritaniens ou Canariens, .\insi s’explique que certaines couvées n’aient jamais
abouti à des éclosions, que le nombre des nids occupés au début de Décembre 1957 ait été
infime, qu'il n’y ait eu aucun poussin en Septembre 1965 (déprédations commises à la mi-
Août).
Ardea cinerca monicae.
1959. — 3 Mars ; une centaine d’oiseaux s’alimentent sur les vosières; aucun nicheur;
— !'•' Juin : une douzaine de nids répartis sur ia partie inférieure do la pente Sud, à 10, 30,
60 mètres les uns des autres, contiennent des œufs ou des poussins.
1960. - 22 Mui : 30 è 40 oiseaux non nioheurs;
— 19 .luiii : 70 nids contiennent des œufs; 2 ou 3 éclosions en cours;
— 6 Juillet : 80 nids, dont une cinquantaiuc contiennent des œufs; nombreux poussins de
grande taille;
— 27 Juillet : 70 % des nids contiennent des poussins;
— 7 Octobre : une dizaine de nids avec œufs et poussins;
1961. - 21 Mars : aucune reproduction.
1962. — 14 Novembre : une douzaine de nids contiennent œufs et poussins.
1963. — 26 Juin ; œufs et poussins.
1964. — 6 Février : quelques rares sujets sont présents; aucun nid n’est noté,
1965. ^ 10 Juin : 20 ù 30 nids contiennent soit des œufs, soit des poussins (3 cas). Lu taille des
poussins renvoie à un début de ponte dans le courant d'Avril;
— 17 Août : quelques nids contiennent des œufs; poussins de tailles échelonnées;
— 7 Septembre-26 octobre : ceufs et poussins.
1966. — 29 Mars : aucune reproduction. On ne voit même pas trace de nid ancien ou e)i voie d'édifi¬
cation. Mais les Hérons sunt présents sur l'ile et les vasières par dizaines, aussi loin cpic
peut porter lu vue.
1. Nous ne connaissons pas la durée d’incubation. Un début de ponte dans les premiers jours d’Oc-
lobre paraît incompatible avec ta taille des plus gros poussins coureurs.
2. Tc;us ces œufs furent malheureusement dérobés peu après par l'équipage d’un bateau de pêche.
Source : MNHH, Paris
74
RENÉ DE MAUROIS
En résumé. _ Les nids sont groupés sur la pente Sud de l’ile, à l’oxlérieur de la zone
occupée par les Sternes. Période de ponte étalée sur environ 7 mois : du début d’Avrii à la
fin d’Oclobre ou au début de Novembre. Les prospections futures devront permettre de
préciser ia date des derniers envols et de corner ainsi de plus près la courte période « creuse ».
Celle-ci semble commencer en Novembre et comprend en tout cas les mois de Février et
Mars. Le cycle doit évidemment être tenu pour annuel, mais il est possible que pour beau¬
coup de couples il y ait, sinon deux pontes, du moins des couvées de remplacement.
Larus cirrocephalus.
Quelques Mouette» à Ute grise sont notée» .or l'Ile en 1959, 1960, 1961 (2é Mur» : un sujet), 1965
(29 Mure : trois à cinq sujeti). Mai» aucun nid n'e»t découvert. Lee peinte», il est vrai, peuvent être Tacile.
ment confondues avec celle» de ia Slcmc Hanscl. Ue nouvelles obsorvation» renscuneront sut le statut de
l'espèce en ce qui concerne l’ile Arel : reproduction en petit nombre (en dépit de l’absence de végéUUon)
ou simple sution de quelques sujets s’alimentaut à la fois autour do l’tle et, sur l’Ile même, aux dépena dea
nicheur» d’autres espèces.
Larus genei.
1959.
1950.
1961.
1965.
1966.
3 Mars : aucune reproduction;
!•' Juin : deux colonie» sur le plaUau soiiunilal, c6té Eat; une cinquantaine de nid» con-
tiennent des tsufs très incubés,
22 Mai : quelque» disaine» de nids contiennent de» ceuf»;
19 Juin : une trentaine de nid» sont noté» : œufs et poussin»;
6 Juillet : à l’arrivée de l'observateur le» jeunes se mettent i la nage;
27 Juillet : reproduction terminée; seul» quelques adultes sont aperçus.
24 Mar» : nombreux sur les vasiètes; aucune reproduction n'a commencé.
10 Juin : une vingtaine de ponte»; plu» de cent poussin» se précipitent ver» U mer et b«
29 Mars ; quelles sujet» en vol poussent de» cri» d’alarme; aucune reproduction. Lea
ventres des oiseaux ne sont pas encore a lavés» de rose.
En résumé. — Effectif relativement peu nombreux (de 50 à 100 couples 7) et assez
irrégulier d’une année à l’autre : plus important en 1965 qu’en 1959, U reproduction n’a été
suivie de bout en bout qu’au cours de l'année 1960 : des premières pontes aux derniers envols,
elle s’est étalée sur moins de 3 mois, et s’avère donc remarquablement « contractée ».
Gelochelidon nilotka.
1959. _ 1er Juin : reproduction importante, de l'ordre de 100 i 200 nids.
1960. — 22 Mai : une centaine de nid» cotiliennonl de» œufs;
— 19 Juin : 300 nid» environ contiennent de» œufs; 50 contiennent des poussin»;
— 6 Juillet : la plupart de» poussins sont eu vol; le» colonies qui occupaient le plateau sommilal
se sont dispersée». Oilonisation nouvelle le long du rivage Ouest : une vingtaine do pontes
et autant de poussins;
— 27 Juillet : gros poussins emplumés; . , -
— 9 Octobre : quelques sujet» sont vu» en compagnie do Stornea royales, aucune reproduction
n’csl notée, faute peut-être d’investigation» suffisamment poussées.
1965. — 10 Juin : 100 à ISO nid» : œufs et poussin» à tou» les stades.
1966. — 29 Mars ; plusieurs sujet» survolent l'tlc en poussant leurs cri» d'alarme; aucune repro¬
duction.
En résumé. _ Effectif de l’ordre de plusieurs centaines d’oiseaux. Début de ponte
au commencement de Mai (comme sur l’Uc Zira); fin de ponte semble-t-il en Juillet; derniers
envols en Août.
Hydroprogne caspia,
1959. - 3 Mars : nombreux oiseaux présent» (une eenlaine); bees d’un rouge intense; nids creuséa
dan» le sable et les laisse» de eostère» la long de la côte Ouest; ne contiennent encore
aucun œuf; . - ,
— 1"' Juin : sur la même bande de sable, une cinquantaine de mda; un gros tiers contient des
œufs;
- 7 Août : sont notés un œuf et deux poussins.
1960. — 22 Mai : le» Caspienne» sont présente» en pond nombre (un miUier); le» nids contienneat
des œufs (éclosions en cours) ou des poussin» (dans 30 % des nids); quelques poussin» de
grande taille témoignent d'un début de ponte i la fin de Mar» ou au début d’Avril;
— 19 Juin ; 2 à 400 oiseaux; jeune» d’âge» variés;
- 6 Juillet : une trentaine de couple» accompagnent des poussins de grande taille: une qua-
rantaine de ponte» nouvelle» se répartissent de Pfrt^et d’amre^de la colonie de Stenug
royales donc tant du c6té de ta
- 27 Juillet : poussin»;
— 7 Octobre, 11 et 15 Décembre
■B l’intérieur. Quelques éclosions e
aucune reproduction n’eit notée.
cours;
Source : 41MHW, Paris
D’ARGUIN. — ÎLE AEEL
75
1961. — 21 Mar» : une vingtaine de nids ont été grattés dans le sable sur l'emplacement babitael.
A l'extrémité Sud un nid contient un Œuf.
1965. — 10 Juin : une trentaine de nids sont occupés le long du rivage Ouest.
1966. — 29 Mars : une soixantaine de nids ont été creusés sut la côte Ouest; 27 d'entre eux contien¬
nent un ou deux œufs sur lesquels les Mouettes à tête grise se précipitent pour les bêcher
ou les enlever. Les Caspiennes, contrairement à l'habitude, n'attaquent ni l'observateur ni
les Mouettes. IndifTérencc ou résignation? On penche pour la première hypothèse. Il
semble exister un « seuil » au-dessous duquel les couples nicheurs seraient en nombre
insulEsant pour que se développe l’agressivité.
En résumé. — Avec une régularité remarquable, les nids sont creusés chaque année
au même endroit (côte Ouest) et la ponte commence à la même date (fin Mais). Elle semble
se terminer dès la première quinzaine de Juillet. L’expérience acquise sur les autres îles montre
que la période de reproduction s’étale sur une longue période : il semble donc qu’Arel fasse
exception; peut-être parce que la colonie, relativement peu nombreuse au départ, ne reçoit
que des apports médiocres au cours des mois de printemps. Il conviendrait cependant de
procéder à de nouvelles recherches au cours des mois d’Âoût à Décembre.
Slerna maxima albididorsalis.
1959. — 3 Mara et Juin : aucune reptoducüon.
1960. — 22 Mai : 200 nids environ contiennent des œufs frais;
— 19 Juin : très forte colonie iiutallée le long de la côte Ouest sur 53 m de longueur et 4 m
(en moyenne) de largeur. La surface est évaluée à 200 m*. Il est compté 12 œufs pat
mitre carré, soit au total de 2 000 i 2 400 nids. On compte 200 poussins;
— 6 Juillet : un tiers de l'aire teste occupé; 400 nids environ contiennent œufs et poussine.
On ne compte guère que 600 jeunes; sur le total de 2 000 à 2 400 nids évalué deux semaines
auparavant, il manque donc pins de 1 000 œufs ou poussins!
— 27 Joillet ; 200 i 250 gros poussins sont groupés en* crèche» au Nord de l'aire de nidifica¬
tion, entourés par des adultes.
1961. — 24 Mitrs ; aucune reproduction.
1965. — 10 Juin ; aucun œuf; une centaine de poussins âgés de 2 ou 3 semaines, groupés en« crèche»
à l'angle NW de l'Ue. se jettent à la nage. Ce nombre est faible. La ponte a dû commencer
dans les premiers jours de Mai, sinon fin Avril ^
1966. — 29 Mars : deux sujets seulement sont notés en vol au-dessus de l'île; aucune reproduction.
En résumé. — La reproduction sur Are! n’a pas lieu tous les ans et elle est inégale d’une
année à l’autre : tantôt très nombreuse, tantôt médiocre. On est conduit à penser que la popula¬
tion du Banc d’Arguin forme un « tout », susceptible de se fragmenter et qui doit être étudié
comme tel.
Sterna hirundo.
1959. — 3 Mars : aucune reproduction;
— l«r Juin : moins de 100 nicheurs Berable.t.il, installés au centre du plateau sommital et
métés aux Sternes hansel; pontes inégalement incubées.
1960. — 22 Mai ; une centaine de nids contiennent des œufs;
— 19 Juin : des nids contiennent encore des œufs frais; des jeunes sont déjà emplumés;
— 6 Juillet ; nids peu nombreux;
— 27 Juillet ; quelques rares poussins;
— 7 Octobre : aucune reproduction.
1965. — 10 Juin : quelques dizaines de nids contiennent œufs et poussins.
En résumé. — Colonie relativement peu nombreuse — une centaine de couples ? —
venant occuper chaque aimée sensiblement le même emplacement. Début de ponte dans le»
premiers jours de Mai; derniers envois au début d’Août (comme sur l’üe Tiia).
Slerna albifrons.
1959. — 3 mars : aucune reproduction; l'espèce paraît absente;
— i” Juin : colonie de 15 à 20 couples, occupant une aire étroite sur le plateau sommital, à
proximité immédiate des Sternes Pierregarin et Hansd. Les nids contiennent des œufs
et (en majorité) des poussins.
1960. — 22 Mai ; 2 ou 3 nids seulement sont notés,
— 19 Juin : quelques couples nicheurs;
— 6 et 27 Juillet ; aucune nidification n'est notée;
— 7 Octobre : aucune reproduction.
1965. — 10 Juin : l'espèce est absente.
1966. — Aucune reproduction; aucun sujet n'est aperçu.
1. l.es poussins sont sensiblement de même taille. Il parait difficile qu’un contingent composé
d’oisillons plus âgés ait échappé à l’observation. Pour qu’un tel lot existe il eût d’ailleurs fallu que la ponte
commençât à une date antérieure à celle de nos enquêtes.
Source : MNHN, Paris
76
RENÉ DE NAUROIS
En résumé. — Reproduction irrégulière; une colonie peu nombreuse en 1959, moins
nombreuse encore en 1966; rien en 1965 : toutes observations qui corroborent les consUtations
faites sur Zira, Cheddit et Nairr.
Sterna anaetketus.
1959. — 3 Mar» : l’eapiice eut abienle;
- fr .Juin : eolrmic de 100 h 200 «njels; «•iifa frui» ou pei
le» eiila»»einrnt9 de pierre» plate» tombée* de la dulie
i prendre le vol. _
1960. - 22 Mai : une nnarantaiiie d’nineûux: aiiciitie ponte n ei
- 19 Juin : importante colonie; 20 nid» contiennent de»
- 6 Juillet : lUO & ISO nid»; pauasin»;
- 27 Juillet : gros poussins emplumée.
1965. - 10 Juin : colonie de 100 i 200 couple», en augmeiitu
du 1" juin 1959. 1^» nid» contiennent de» (riif».
1966. - 29 Mur» : i’espéce n’u pn» encore occupé «e» lieux de
.1 incubé», u»»ez bien
•t iiotéet
<euf>;
eux xint prêta
rapport & celle
En résumé. — Colonie à effectif important — 100 à 200 couples ? — et qui paraît
s’accroître d’année en année. Début de ponte dans la dernière semaine de Moi, deniiera envols
en Août. L’espèce est absente pendant les mois d’hiver.
Note 1. _ Espèces normalement nicheuses au Banc d'Arguin absentes comme
telles sur Vile Arel.
1® Phalacrocorax africanus, Egrvlla gularis et Egrrtla garzetta. A des degrés divers,
ces espèces manifestent une préférence : elles recherchent une couverture végétale sur laquelle
placer leurs aires. Or les plantes, assez richement représentées sur Zira, Touffat, (lheddit,
manquent sur Arel. La règle, cependant, n’est pas absolue en ce qui (concerne Phalacrocorax
africanus. Sur Kiaone nous avons vu ce Cormoran s’inslalier aussi bien sur les rebords rocheux
que sur les touffes de Saisolacécs (d’ailleurs rares et inégalement abonclantes d’une année à
l’autre). Il demeure donc difficile de comprendre pourquoi l'espèce ne niche pas sur Arel >.
2“ Phœnicopterus ruber. Le Flamant rose est représenté en très grande abondance
sur les vastes vasières qui encerclent Arel Sans doute ne trouve-t-il pas sur l’esliaa de TUe
un sol suffisamment plastique pour l’édification de ses monticides. Mais un autre facteur doit
jouer : Arel est plus « exposée ». Dans la zone où celte île est située (25 km à l’W du «•ontinent)
le freinage par les hauts-fonds des houles et paquets de mer s’exerce sur des étendues moins
grandes qu'au voisinage de la côte et à l’intérieur des baies. Les nids s’y trouveraient donc
moins protégés que, par exemple, dans la baie d’Arguin, où l’espèce a son centre de rcproduc.
tion. Pourtant, ici encore, l’argument n’est pas pleinement satisfaisant : les Flamants pour¬
raient nicher • à plat » sur le sommet d’Arel comme ils le font parfois sur celui de Kiaone.
3° PlataUa leucorodia. U Spatule est toujours présente sur Arel en troupes de 100 ou
200 sujets. Une fois seulement, en Juin 1965. nous avons trouvé un nid contenant un œuf ».
La présence d'Ardea cinerea, niclicur sur Arc! comme sur Kiaone, expli<iuerait-elle la quasi-
exclusion de Plalalea leucorodia ? Ou faut-il seulement penser que la Spatule, comme les
.Aigrettes, répugnant à nicher sur la pierre nue, évite les lle.s sans végétation ?
4» Ckaradrius alexandrinus. Le biotope d'Arcl conviendrait très l)ien à ce Gravelot.
Curieusement, celui-ci (comme nicheur tout au moins) n a jamais été noté sur cette lie, où les
prospections furent cependant minutieuses.
5° Apus affinis, Apus palUdus, Corvus ruficoUis. Les sites convenables (anfractuosités
dans les parois abruptes) manquent totalement sur Arel où la dalle sonimilale est peu épaisse,
peu élevée et peu affouillée.
Mis à part les cas des Martinets et Corbeaux nous échouons à expliquer de façon satis-
faisante l’absence sur Arel d’une demi-douzaine d’c»pèo.eB norniaiement rcproduciricca sut les
autres îles.
1. Sur Kiaone, comme noue l’a*
„e po»c auc... problème .le col.ai.ilati
espère» ne août pus siiimltuiièe». Ce n e
PhoIarrororaT afrUantis.
2, Curie..»cmci.l ce nid étnit i.l.
peut s'empêcher de faire le rapproche.
de lu face Est.
.on» vu, la prè»ence du Cormoran nrricain ü c6lè du Gi
.011 avec le Grand Coriiioraii : le» période» de reprodu
ni donc pa» la prèaenc do l’hutarrororar carliu qui, sur
-ôrel, écarterait
ii-é lion »iir le plateau mai» sur la pciilr d'ébouti» (face 'K»t) ; nn ne
mciil avec Kiuoiic où i'o»pèce m trouve ausai reléguée »ur le» ébonlig
Source : MNHN, Paris
BANC D'AHGUIN. — ÎLE AREL
77
Note 2. — Le 22 mars 1961 Fr. Roux a relevé la présence des espèces suivantes, nor¬
malement reproductrices au Banc d’Arguin mais non nicheuses à cette, date sur l’île Arel :
Phalacrocorax carbo cX Phalacrocorax africanus : plusieurs milliers; Pelecanus onocrotalus :
2, Ardeas cinerea : une centaine; Egretta gularis : 250 environ; Egrelta garzella ; qudques
sujets; Platalea leacorodia : 150 (en groupe); Pkoenicopterus ruber : plusieurs milliers en trois
grandes bandes au Sud et à l’Ouest de l'ile '; Lotus genei : quelques dizaines; Lotus cirro-
cephalus : 1 sujet; Rydroprogne caspia et Sterna maximo : quelques dizaines; Motacilla
Jlovo iberiae : une vingtaine.
Note 3. — Oiseaux non reproducteurs au Banc d’Arguin notés sur l’île Arel :
22 mars 1961 (F. Roux) : Falco peregTinus, Faucon pèlerin : une paire.
29 mars 1966 (R. de Naürois) : Leplopilos crumenifeTus, Marabout, un sujet en plu¬
mage usé.
Note 4. — Sur l’île Arel comme » dortoir v.
Le 3 mars 1959, à la tombée du jour, la vie avienne du Banc d’Arguin se montra à nous
dans toute sa puissance : quelques 10 000 Cormorans, des Limicoles innombrables aux teintes
ternes, des passées blanches de Spatules, Sternes et Goélands, tournoyèrent longuement avant
de s’abattre sur l’île pour y passer la nuit *.
Il restait à analyser de plus près la composition et l’ordonnance sur le terrain de ce
rassemblement de routine. C’est ce que fit J. Dragesco au cours des nuits des 11,12 et 15 Dé¬
cembre 1960. A partir de 17 h, surgissant de tous les coins de l’horizon, les diverses espèces
se présentèrent au-dessus de l’Üe, chacune à son moment, et occupèrent sur la pente Sud
(donc « sous le vent u) des emplacements assez strictement déterminés. Le lendemain
matin les premiers départ eurent lieu dès l’aurore : — 06 h 45 en Décembre — et l’essor maxi¬
mum une demi-heure plus tard. Les Grands Cormorans partirent les premiers, par bandes
de 100 à 200. Les groupes d'Echassiers changèrent plusieurs fois de place avant l’envol défi¬
nitif. Vers 09 h il ne restait sur l’île que les nicheurs.
Conclusions.
Sur les 21 espèces qui, jusqu’à présent, ont été trouvées nicheuses au Banc d’Arguin
10 seulement se reproduisent sur Arel. Cette île n'en présente pas moins, pour les raisons sui¬
vantes, un intérêt de premier ordre :
1° C’est seulement sur Arel que niche Pelecanus onocrotalus et seulement sur Arel
et Kiaone Ouest que nous trouvons Phalacrocorax carbo lucidus et Ardea cinerea monicae :
la première de ces espèces est surtout nombreuse sur Arel, la seconde sur Kiaone;
2® Les colonies de Laridés sont importantes; les cinq Sternes sont représentées; et
trois d’entre elles — Gelochelidon nilolica et St. anaelhetus (régulièrement), St. maximo
(irrégulièrement) — le sont par des effectifs de plusieurs centaines ou milliers d’individus.
Seul Larus cirrocephalus ne figure qu’en petit nombre et sa nidification n’est pas prouvée.
3° Par sa position géographique à mi-chemin entre la côte et la a pente » du plateau
continental, l’île, malgré ses dimensions modestes, constitue un lieu de repos exeeptionnel
et un extraordinaire “ terrain " de gagnage pour Limicoles en migration.
Addendum. W. von Westërnhagen nous informe {in litl.) qu’il a découvert Ardea
cinerea nicheur sur Cheddit (Juillet 1968).
1. Les hauts-fonds s’étendent fort loin dans ces deux directions.
2. Par surcroit, le coucher du soleil, derrière les nuées traînant sur l'Atlantique fut accompagné
ce soir-là de phénomènes exceptiounels d’absorption. En sorte qii'Arel fut à la fois couverte d'oiseaux et
comme inondée de fulgurations rouges.
Source : MNHtJ, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE IV
SECTEUR SUD ; CÔTES DE L’AZEFAL
ET DE L’AGNEITIR, ÎLES VOISINES
Ce secteur n’avait été exploré par aucun ornithologiste avant nos visites de 1959 et
1960. Comme dans les paragraphes précédents nous décrirons successivement :
1® Les côtes de l’Azefal et de l’Agneitir avec les haies et lagunes qu’elles enclosent,
ainsi que les lies Tidra et Kiji. Cdles-ci en effet, sont à peine séparées du continent par des
passes étroites et peu profondes. Du point de vue ornithologique leur faune, très pauvre, est
surtout terrestre. Les nidifications d’oiseaux aquatiques se réduisent à de médiocres colonies
d’Échassiers, à l’exclusion de tout Laridé.
2® Les lies Zira, Nairr, Toufiat et Cheddit, dont les colonies d’oiseaux reproducteurs
comptent parmi les plus riches de l'archipel.
§ 1. — COTES DE L’AZEFAL ET DE L’AGNEITIR
1® Du parallèle 19® 47' (bord méridional de la dépression située au Sud d’Iouik) à la
pointe Sud de la presqu’île de Thila, le système des dunes fixées de l’Azefd, long de 500 km
et orienté NE-SW, atteint la mer. Ce que nous appelons côte de l’Azefd comprend donc :
a. Le littord faisant face à l’île Tidra. Y sont incluses U presqu’île de Serini et la dépres¬
sion, plus ou moins inondée à haute mer, qui sépare celle-ci du mainland. Le bras de mei
entre Serini et l’île Tidra est large de quelques kilomètres aux extrémités Nord et Sud, de quel¬
ques dizaines de mètres seulement à la passe de Foum el Trik (Lat. 19°43'). C’est cet étrangle¬
ment qui sert de gué aux caravanes des Maures imraguen; et c’est par là que Ghacds et Hyènes
ont accès aux îles Tidra et Kiji, parviennent parfois jusqu’à Nairr et exceptionnellement jusqu’à
Cheddit. A la pointe de Thila se trouve le village de Reguibat Thila, occupé en permanence,
par des pêcheurs imraguens.
b. Le littoral septentrional de la baie de Saint-Jean avec la baie secondaire qui lui est
accolée au Nord — sans nom sur les cartes — et qui s’étend entre les presqu’Ües de Thila
et d’Arrouinit * (v. carte p. 46).
2® A 5 km au sud de la presqu’fle de Thila se trouve la presqu’île de Timiris : elle fait
partie de l’Agneitir. Les côtes comprennent donc :
a. le littord oriental et méridional de la baie de Saint-Jean, de son extrémité NE
(Lat. 19®33') aux abords du cap Timiris. C’est une côte très basse et vaseuse dont le contour
est rendu indécis par le balancement des marées.
b. le cap Timiris (Lat. 19® 23') lui-même, dont la première description scientifique
a été donnée par Grüvel et Chudeau (1909, p. 111) à la suite de leur voyage de Saint-Louis
à Port-Etienne en 1908. Après avoir coupé du Sud vers le Nord la presqu’île désertique, ces
naturalistes atteignirent la rive Sud de la baie de Saint-Jean, puis obliquèrent de 90* vers l’Ouest
en vue d’explorer le cap. Nous reprendrons leur description en y incorporant nos propres
observations. Celies-ci furent faites d’avion (à diverses altitudes), à partir de la mer (naviga-
1. Toute cette région a été parcoume par M. MuRAT (1939) au court de sa 2‘ mission, en sept.-déc.
1937. Si nous ne faisons erreur, ce naturaliste traversa du Sud au Nord TAkchar, l'Azefal et le Taziast du
14 au 18 octobre, le littoral du Nord au Sud entre Tanondert et les Iles entre le 19 et le 26 octobre, puis de
nonvcau la région des Iles et l’Agneitir du 8 an 20 novembre. Mais il passa non loin de la mangrove de Tidra
2. Le spectacle de cette baie est inoubliable avec ses eaux d’un bleu saphir presque irréel, serties
au cœur des dunes roses de l'Azefal : phénomène optique dont nous n’avons pas l'explication.
Source : A1MHW, Paris
RENÉ DE MAUROIS
lion dans la baie de Saint-Jean) cl par terre. D'tjil en Ouest en allant vers le cap on rencontre
successivetnent :
A droite et au Nord la presriu’îie de Kaja, aux rive» mal définies aur le» cartes C’esi
une longue (lèche de sable. Elle délimite une anse qui découvre en partie à marée basse et dont
la bordure Nord est occupée de place en place, par des peuplement» <le Sesuvium portulacas-
tram, de Salicornes et d’Avicennia africana. GiiuvEt et Chudeau (190*), p. 112) puis MoNon
(1939, p. 204) ont souligné l'intérêt phytogéographiqiie <)c cette mangrove rcÜele.
Dans Taxe de lu presqu'île un plateau coijuiller à Area se.nilis, dit • Timiris des Maures >.
haut de 6 m, entouré à l’Ouest par une lagune en forme de croissant, limitée du côté du large
par un cordon de sable fixé et ou l’eau de mer pénètre par une passe étroite au Sud. Les bords
ici encore, sont couverts d’une végétation de Sesuvium purlularastrum et SaLc^ornea. Uiî
bosquet à’Avicennia subsiste au pied de la butte à Arra.
Noua n’avons pu, pour notre part, explorer la presqu'île Kaja et scs éléments de man
grove. Les arbres, encore que de très petite taille (1,50 k 2 rn), pourraient porter quelques nids
d’Ardéidés, au môme titre que les Avicennia de l’extrémité Nord de ’l'idra dont il sera ques
lion ci-après. Le 30 avril 1959, après avoir débarqué au village de Nouamrhar, nous pûnje'
examiner à loisir les bords de la lagune aux alentours de la passe, gravir la butte à Area
pénétrer dans le petit peuplement de palétuviers, contourner la région inondée par ses confins
Nord (moins profonds et • découvrant • plus ou moins à marée basse) et atteindre l’extrêm
pointe de Cap.
Peuplements et reproductions.
Ces côtes ne comportant pas de falaise. I>es Chacals ont accès partout et, si l'on
juge par certains table.aux de chasse, sont étonnamment nombreux *. Nous avons aper^*^
une Hyène sur la côte Nord de la baie de .Saint-Jean. On comprend dès lora que le» nidification
d’oiseaux aquatiques soient quasi nulies. Far contre. Pélicans, Flamants, Ardéidé» cl Spatui^
parcourent en nombre, pendant le jour, les zones de gagnage. Pour préciser lu distribution d
ce» peuplements, nous traiterons d’abord de la côte de l’AzefaI et du détroit la séparant
Ti<lra, ensuite de la côte de i’Agneitir (c’est-à-dire de la baie de .Saint-Jean et du cap Tiniiria)
1. Croisant plusieurs fois à quelques encablures de la presqu’île de Thila et dèbar
quant une fois sur la presqu’île de Sorini, il nous a paru que la faune saharienne arrivait là*
presque sans transition, plutôt au contact d’un lac qu’à celui d’un Océan. Nous n’eûmes n ’
le temps de fouiller les hallicrs d'Euphorbia bahami/era pour y rechercher les espècos^^
petits Passereaux, de Gangas, peut-être d’Oedicnemes qui s’accomodent dans le fourré ou *
sol, d’un biotope pauvre et monotunc. louant au détruit entre le continent et l’iie de Tid**^
profond de quelques mètres à peine, nous y avons toujours rencontré quebjues troupes d *
Pélicans et Flamants, Il semble que les fonds ne portent que do médiocres « herbiers ^
dans la partie étroite tout au moins, où lea courant» de marée sont assez forts au jusant D**
sorte que les populations d’Oiscaux, trouvant peu à gagner, sonl-cllps-mêmes médiocrea^
Quelques Aigrettes et Spatules apparaissent çà et là sur les deux rives.
2. La baie de Saint-Jean est mieux pourvue, et cela sans doute pour deux raisons
1° Les profondeurs, sur une centaine de km*, sont partout très faibles de quelai
décimètres à 3 m à marée haute. Elles sont garnies de végétation, donc probablement richw ^
petits organismes et petits poisson» d’eau salée. De grandes étendues se prêtent, pendant d*^
longues heures chaque jour, à l’ulimenUtion et au repos de centaine», voire de iiiiUiers H*
Flamants roses, Pélicans, Héron», Aigrette» et Spatule», tnndi» que l<« petits et moyens Ech ^
siers se concentrent sur le» hauta-fond» presque émergé» et le long des berge» indécise»**'
2» La région est remarquablement abritée. La baie, en elTet, est beaucoup plus Ion
(30 km) que large (niax. 5 km) et, quoique orientée NE-SW, offre peu de prise au vent (y^x
relativement court). ^
1. Le lorrain etl trèt plat, de sorte ([ur lu partie émeraéc ilépciiil ür l'uiiipliiiide <]r* marie» 1 .
correct serait celui .pii suivrait exurlemeiit lu limite d'exle.isien des plus fnrte. murées. Sun reniru.
terrain n'est pas facile. f"?*'-** «ut J*
2. Us décheu du village de Hegiiibjl 'niilu rntreiit rcrlaiiiemeiit |.uur une part dans leur alimenta
Source : MNHN, Paris
D’ARGUIN. — ÎLE TIDRA
La baie d’Arrouinit présente des conditions toutes différentes. Le goulet par lequel elle
communique avec la baie de Saint-Jean est très étroit — 20 à 30 m au plus — de sorte qu’il
s’y produit sûrement une accumulation d’eau qui devient sursalée par évaporation. La trans¬
parence est remarquable : aucune végétation aquatique n’apparaît ; non plus qu’aucune vie
avienne
Le 25 mai 1960, sur la flèche de sable qui sépare les deux baies (extrémité S W de la
presqu’île d’Arrouinil), couraient plusieurs groupes de Gravelots, Charadrius alexandrinus.
Aucune parade! b.cs oiseaux n’étaient pas en plumage nuptial. Il pouvait y avoir là des jeimes
de l’année.
Le 27 Avril 1959, l'exploration par terre de la presqu’île de Timiris et de scs lagunes
fut décevante. Il n’y a pas d’îles! Par suite les Flamants roses, Aigrettes, Spatules, Laridés —
nombreux au gagnage sur les vasières et les plages — ne peuvent nicher nulle part en sécurité.
Cependant, entre le Cap et la butte à Area, Charadrius alexandrinus courait sur le sable :
sur une partie relativement sèche, entre les touffes de salsolacées, un de ces Gravelots esquissa
la parade de l’oiseau blessé. Le nid fut vainement recherché.
En conclusion :
1° La sécurité n’étant pas assurée, il n'y a sur ces côtes aucune nidification de Péli¬
cans, Cormorans, Flamants, Ardéidés, Spatules et Laridés. Par contre les oiseaux se répartissent
par centaines ou par milliers sur les hauts-fonds, ceux surtout de la baie de Saint-Jean, pour
s’y nourrir.
2® Seul Charadrius alexandrinus se reproduit probablement sur les plages plus ou
moins garnies de végétation halophile.
3® Le biotope saharien s’étend jusqu’au bord de mer. L’avifatme terrestre mériterait
d’être étudiée comparativement sur la côte et à quelques kilomètres à l’intérieur.
§ 2. — ÎLES TIDRA ET KIJI
1. L’île Tidiu est comprise entre les Latitudes 19® 52' et 19® 36' et s’étend sut environ
30 km de longueur et près de 9 km de largeur. Du haut d’un avion elle apparaît terriblement
désertique. Débarquant à sa pointe méridionale, au voisinage du village imraguen de Reguibat-
Tidra, noua avons été frappés par la maigreur de la végétation. Mais des observations diffé¬
rentes ont été faites à l’extrémité Nord de l’île. Elles sont dues principalement à F. Roux et
ont conduit à la découverte fort remarquable d’une nouvelle mangrove relicte d’Avicennia
africana ’.
Le 20 Mars 1964, partant d’un mouillage de la côte Est (à 7 ou 8 km au S de la pointe
septentrionale de l’île) F. Roux se dirigea vers l’W-NW à travers des reliefs dunaires plus
ou moins fixés, des sebkhas, des cordons de Sdsolacées et des peuplements chétifs et rabou¬
gris d’Acaxia raddiana et Euphorbia balsamifera (haut. max. : 2 m). Le 24 il voulut aller
plus loin et reconnaître à marée basse la vasière qui descend par une pente presque msensible
vers le chenal qui sépare Tidra de l’île Nairr. Sur les fonds sotistraits à l’action du ressac,
il rencontra de larges plaques de Spartina maritima (Curt.) Fem^d *. Un peu plus loin, par
19® 50', sut la vase nue et compacte, des arbustes disséminés apparurent ; c’étaient des AvU
cennia africana P. Beaüv., hauts de 2 à 2,50 ro, moins chétifs que ceux du cap Timiris.
Les pneumatopbores pointaient du sol, dans un rayon s’étendant jusqu’à 7 ou 8 m
autour des troncs. Çà et là des Périophlalmes sortaient de terre. Des paquets de Zostères,
accrochés aux branches basses, marquaient la limite des plus fortes marées. Les feuilles lavées
par le flot étaient d’un vert brillant, tandis que les ramures supérieures étaient recouvertes
1. Furent notée sur l'emplacement du goulet de communicaton les oiseaux suivants : Ardes cinerea
(1 sujet), P/ioîacrocorox earbo lutidas (une demi-douzaine), Sierrm $p. (3 ou 4), Lotus geitsi (1 sujet).
2. Nous reprenons ici en résumé la description publiée par Naurois et Boux 19éS, p. 146 et suiv. :
La présence d’Avicennio africana par 19°50', reporte à 50 km vers le Nord la limite septentiionaie de l'espèce.
La limite antérieurement connue était colle du cap Timiris par 19°2S', mentionnée plus haut (v. p. 80).
3. Cetto graminée, de la tribu des Sportinae, est une herbe vivace, atoionifère, rhizomateuse et appar¬
tient è un genre répandu |)rincipajcmeat sur la côte atlantique d'.Amérique. L'espèce maritime est connue
de l'A&ique du Sud d’une port et delà côte Nord d'Afrique occidentale jusqu’à Port-Etienne (baie de l’Étoile
notamment) d'uutro part. Sa découverte autour de Tidra étend de 120 km vers le Sud son aire de réparti¬
tion dans l’hémisph^ Nord.
8 564016 6 6
Source : MNHN, Paris
RENt DE NAUROIS
d’une fine croûte de sel. D’abondantes déjections et plumes d’Ardéidéa attestaient que ces
palétuviers servaient de perchoirs. La vase étant épaisse, F. Roux dut renoncer à pousser
jusqu’au cœur de la mangrove
Nous-même voulûmes reprendre l’exploration par mer. Le 28 juillet 1964, ayant loué
une lanche au village d’Iouik, nous fûmes conduit jusqu’à un système de chenaux interposés
entre les îles Naii et Tidra. Une branche s’enfonçant vers le Sud nous permit d’atteindre les
palétuviers à marée basse et de débarquer à l’endroit même où le peuplement était le plus
dense (v. Nausois et Roux 1965, planches). Le sol était sableux et relativement ferme autour
des arbres, très mou au contraire dans les prairies de Sparlina. C’est que les intervalles entre
bancs de sable, dans ces régions peu battues du Banc d’Arguin, constituent comme des pièges
à matières détritiques. Les Graminées prennent racine, et contribuent à freiner le mouvement
des eaux. Par le jeu d’une causalité réciproque, elles favorisent à la fois le dépôt de la vase et
jusqu’à un certain point leur propre croissance. Pressé par la marée montante, nous ne
pûmes guère explorer que le front Nord, plus densément pourvu, de la mangrove. Le peuple*
ment s’inscrit dans un carré de 2 km de côté, sa surface s’établissant, nous 8Cmbla-t*i], au
voisinage de 200 hectares.
2. L’île Kiji s’étend à l’Ouest de Tidra, dont elle n’est séparée que par une dépression
qui « découvre » plus ou moins complètement à basse mer, peut-être complètement aux marées
de vive eau. Elle est comprise entre les latitudes 19“ 44' et 19° 40', et mesure un peu plus
de 7 km de longueur sur 3 de largeur. Nous n’y avons abordé qu’une fois, le 2 juin 1959
par le SW. La partie qui fut visitée ce jour-là — trop partiellement et rapidement_consisté
en un système de dunes relativement ^ntes (3 m), partiellement fixées et d’orientation géné¬
rale (NS). Mais l’agencement des reliefs est confus : des chevauchements et excavations parais,
sent dus aux actions de vents différents, peut-être aussi à des turbulences provoquées par le
voisinage de la mer. Une végétation épaisse — en véritables haUiers — occupe les gouds et
entonnoirs. Quant à la plage elle est réduite sur ce côté de l’Ilc au strict minimum : 2 ou 3 m
de largeur à marée haute. La pente est forte et plonge dans le chenal relativement profond
qui sépare Kiji de Touffat. Un fort courant doit se faire sentir dans cette passe, surtout au
jusant.
Du haut d’un avion commercial nous avions distingué, à proximité de la côte occiden¬
tale de Tidra, par 19° 45', un îlot de quelques ares. De fait, cette terre est portée sur la carte
de TI.G.N. 1965, sans indication de nom. Le 14 juin 1965, nous survolâmes les lieux à bord
d’un avion léger et pûmes nous convaincre qu’il n’y avait là aucune colonie d’oiseaux. L’îlot
n’est séparé de Tidra que par 300 ou 400 m de hauts-fonds que les Chacals peuvent aisément
franchir.
Un autre îlot, très étroit, allongé sur plusieurs centaines de mètres fut remarqué le 28 juil-
let 1964 au Nord de Tidra par 19° 52'. Quelques plantes rampantes — Ipomea sans doute_
attestaient qu’il s’agissait vraiment d’une terre émergée. Aucune colonie d’oiseaux n’occupait
la place. M. KervaoorET débarqua plus tard sur cet Ilot et ne trouva aucune trace de nidi¬
fication. Il s’agit selon toute probabilité d’un cordon sableux que les eaux braient lors des
fortes marées et des tempêtes et qui sera quelque jour boiJeversé par l’action de la mer.
Peuplements et reproductions.
Tidra : 20 mars 1961 (par F. Roux). — Sur les reliefs dunaires et dans le maigre couvert
végétal sont notées plusieurs espèces d’oiseaux sahariens et de migrateurs paléarctiques -
Courvite, Cursoriuscursor; Sirli du désert, Alaemon aïaudipes ; une disaine de sujets, chanta-
Ammomane élégante, Âmmomales einctura; quelques Calandrelles, Calandrella cinerea'
Pouillots, Phylloscopus sp.; Traquets, Œnantke œnanlhe; Bergeronnettes grises, Motacilla
alba; Pipit rousseline, Anchus campesuis; une Pie-grièche grise, Lanius excubitor; enfin
1. C'étaisDt bica ces palétuviers que nous avions aperçus en Mai 1959, lors de notre première explo¬
ration de l'ile Nair. Pat 19'’S4', Nair ne se trouve en effet qu'à 3 ou 4 km au Nord de la manpove. Des
silhouettes dansaient dans la brume, presque fantastiques au-<lcBSUS d'un horizon baigné de lumière. Noua
les prîmes pour des Tamaris jalomiant la cite Nord de Tidra. I-es guides Imraguens, questionnés nièren»
l'existence d'arbres... Peut-être y eut-il malentendu. Quoi qu’il on soit l'étendue des vusiètes’rendait
impossible toute exploration à partir de l'tle Nair. Comme le Renard de la fable, nous nous consolâmes en
voulant croire à un effet de mirage sur de simples touffes de Salsolacées,
Nous avons indiqué p. 79 (note) que Murat (1939) manqua do peu la mangrove. Son récit n’en est
pas moins passionnant à suivre.
Source : MNHN, Paris
BANC S’AKGUIN. — ÎLE ZIRA
un Faucon crécerelle, Falco lianunculus. Dans un Acacia, à 0,50 m de bauteui, un nid cupu*
Uforme, fait de brindilles et radicelles étroitement entrelacées, pourrait être l’œuvre d'un
Sirli du désert.
Sur les vasières qui s’étendent au Nord, apparaissent les hôtes habituels du Banc
d’Arguin : Cormorans, Phalacrocorax carho et africanus; Spatules, Platalea leucorodia;
Flamants roses, Phoenicopterus ruber, ainsi que les contingents innombrables de Limicoles.
28 Juillet 1964 (R. de Naurois). — Sur les vasières, à cette époque de l’année et à
l’heure de midi, les Oiseaux sont relativement peu nombreux : quelques Flamants très dis¬
persés à l’horizon; des Spatules et Ardéidés tant à distance qu’au perchoir sur les AvUxnnia
les plus avancés vers le large; deux ou trois groupes compacts, « en hérisson >, de Pélicans
blancs, Pelecanus onocrolalus,3}ii les hauts-fonds séparants Tidra de Nair... Fait étrange :
à la limite Nord de la mangrove, où les arbres sont très clairsemés, quatre Coucous-geais, Cia-
matOT glandarius, en plumage très coloré (immatures) volent d’un arbre à l’autre et parais¬
sent tout à fait désorientés. Dans les Avkennia d’où les Aigrettes viennent de s’envoler nous
découvrons quelques vieux nids plus ou moins délabrés. Iis sont placés à quelques centimètres
au-dessus des paquets de Zostères accrochés aux branches moyennes, donc juste hors de
portée des plus hautes eaux Il semble donc qu’xme nidification d’Aigrettes ait lieu irrégu¬
lièrement dans la mangrove de Tidra. C’est tout pour les oiseaux reproducteurs, et c’est peu.
Kiji : 2 juin 1959. — Les recherches ne peuvent être prolongées assez longtemps pour
fournir une indication. Le sol tourmenté, l’épaisseur des halüers au creux des dunes — dans
cette partie de l’île tout au moins — laissent penser que certains passereaux désertiques peu¬
vent trouver ici des abris ainsi que des possibilités d’alimentation et de nidification. Par
ailleurs, il est fort probable que le Gravelot Charadrius alexandrinus habite les étendues
sableuses sises entre Tidra et Kiji. Le temps manque pour porter nos pas jusque-là.
En conclusion :
l® Nidification certaine, quoique en petit nombre, d’oiseaux désertiques, parmi
lesquels Alaemon alaudipes serait à rechercher.
2® Nidification aléatoire de quelques Aigrettes dans la mangrove relicte.
3® Reproduction probable de Ckaradrius alexandrinus.
§ 3. — ÎLE ZIRA
L’île mesure 400 m sur 100 m; la côte Nord (orientée ENE-WSW), rectiligne, est exposée
aux Alizés : l’acdon des vagues y détermine une microfalaise dont la partie supérieure est
retenue par un cordon presque continu de plantes h^ophiles; mais la masse sableuse est
affouillée sous les racines (excavations utilisées par les Sternes bridées) *. Cette côte est pro¬
longée selon sa propre direction vers i’ENE comme vers TWSW par deux flèches de sables
(celle de l’E mesurant plus de 200 m) qui se terminent par des crochets, pointes vers le Sud’.
On aborde par le Nord. Aussitôt franchie la microfalaise, on rencontre deux dunes accolées de
2 m de haut qui ont donné leur nom à Tîlot (Zira = la dune). Le reste de la surface, remar¬
quablement plat et plus ou moins garni de végétation, s’étend sur 350 m environ vers le
Sud où Tllot se termine en pointe. Les cordons de plantes h^ophiles sont quasi continus le
long des côtes Ouest et Est.
En 1960, entre le 21 Juin et le 9 Juillet, une tempête inonda une bonne moitié de la
surface de l’ile. De nombreuses pontes furent détruites, surtout celles de Sternes qui se trou¬
vaient situées plus près des rives ou dauR des zones déprimées. Les nids de Spatules et
d’Aigrettes, plus haut placés, ne soumirent que peu ou point.
1. Ces « laisses » accrochées aux arbres marquent la plus grande hauteur atteinte par les eaux de
tempSte plutdt que celle des marées de vive-eau.
2. V. p. 88.
3. Dans ce recoin extrême oriental du Banc d'Arguin la houle du NW ne parvient qu'avec une force
atténuée par tes frottements sur les grandes étendues de hauts-fonds. Le faciès est très lagunoire.
6.
Source : MNHN, Paris
RENÉ DE NAUROIS
Dates des explorations.
1957. _ Début Août, par M. le docteur TtXEBAMT.
1959. — 28 Avril, pat R. de Naurois;
— 30-31 Avril : par R. de Naürois ;
— 5 Juin : par R. de Naubois.
1960. — 7 Mai : par J. Dragesco ;
— 23-24 Mai : par J. DhaGesCO et R. de NAunois ;
— 4 Juin : par R. de NaubOIs et F. Roux ;
— 14 Juin : par J. Dragesco et F. Roux .
— 21 Juin : par J. DragescO ;
— 9-10 Juillet : par J. Dragesco ;
— 30 Juillet : par J. Dragesco ;
— 7 Octobre : par R. de NaUROIS.
1961. — 19 Mare : par F. Roux.
1963. — 26 Juin : par H. Ansquer ;
— 22 Août : par M. Reçu.
1964. — S Mai : par H. Ansquer ;
— 25 Juillet : par R. de Naurois.
1965. — 9 Juin ; par R. de Naurois ;
— 22 Juin : par H. Ansquer.
1966. — 24 Février : par M. C. DëSCAMPS.
Peuplements et reproductions.
Egretta gularis.
1957. -
1959. -
1960. -
1961. -
1963. -
1964. -
1965. -
1966. -
En résumé : Peuplement à peu près inchangé de 1959 à 1960, moins nombreux en 1964
et 1965. Les prospections effectuées en fin d’hiver et début d’automne ont permis d’établir
avec certitude les époques de début et de fin du cycle. La ponte commence régubèremeat
dans les derniers jours d’Avril ou les premiers jours de Mai. Mais le démarrage est lent et
l’on trouve encore des œufs fin Juillet (i960, 1964), voire même dans la 2» quinzaine d’Août
(1963). Si les pontes tardives arrivent à terme les derniers envols n’ont donc lieu qu’en Sep
tembre.
Egretta. garzelta.
En 1960 sont notés : le 23 Mai, 2 couples achevant la construction de leurs nids ; le 14 Juin, 3 njj
contenant des ceufs ; le 21 Juin, 5 nids dont 2 contiennent des poussins (duvet blanc) ; 2 ou 3 sujets som
présents le 30 juillet.
Pîataîea leucorodia.
1957. — Début Août : poussins de toutes tailles ; éclosions en cours.
1959. — 29 Avril : adultes présents par centaines ; colonies distribuées tant à l’intérieur oue 1.
long des rives (plus ou moins entremêlées, en ce dernier cas. avec celles d'Aigrettes). Le
nids sont posés à des hauteurs variables (3 ou 4 à 50 ou 60 cm) sur les touffes de salsolmsie^
Début Août : poussins dont certains sont déjà emplumés ; peu d'ceufs.
29 Avril : colonies du typex groupé-linéaire». Les nids sont faits de branchettes et posée,
à des hauteurs diverses, sur les touffes de Chenopodiacées. Celles-ci forment un cordon
presque continu de végétation le long des rivages sur les trois côtés de TBe ; 4 ou 5 nida
seulement contiennent chacun un œuf. Les Mouettes à tête grise {Laruâ cirroeephtttua\
profitent de la perturbation provoquée par la présence humaine pour bêcher ou emporter
les œufs d’Aigrettes;
30 Mai : de 4 ou S le nombre des oiseaux nicheurs est passé à 150 ou 200 ; pontes de 2 ou
3 œufs (une (ois 4 œufs). La moitié des nids contiennrni déjà des poussins, ce oui înili......
une durée d'incubation de 23 à 26 jours ; ^
6 Octobre : aucune reproduction.
7 Mai : nne centaine d’oiseaux sont présents. Un petit nombre de nids contiennent des
23 Mai ; moins d'une centaine de couples nicheurs ;
4 Juin : quelques poussins de quelques jours ;
14 Juin ; une centaine de nids, dont 40 contiennent des œufs, 30 contiennent des poussina •
une seule nichée d'oisillons de grande taille (ponte de fin Avril ou des tout premiers jourà
de Mai) ; ’
21 Juin : 60 % des nids contiennent des poussins ;
30 Juillet : une quarantaine de nids ; la moitié portent des poussins ; les autres contiennent
encore des œufs. utmnt
19 Mars ; aucune reproduction.
26 Juin : œufs et poussins ;
22 Août : 75 oiseaux sont présente ; quelques œufs et des poussins de tous âges.
28 Juillet : reproduction sur son déclin ; poussins ; quchfuea œufs.
.. ■’ . est moins élevé qu’en 1960 àla meme époque; une vùjB.
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARGUIN. — ÎLE ZIRA
85
mtti à se toucher, donc i la fois en « escaliers » et en a paqncta ». Ils sont faits de bran*
chettes sèches, souvent garnis de plumes et souillés de déjections. Très peu de coupes
contiennent des ocofs ; 3 ou 4 par nid dans les groupes du centre, 1 on 2 dans ceux de la
périphérie. I..e8 colonies s’étendent donc à la manière d'une tâche qui s'étale, à partir du
milieu de i'tle vers ses bords, Au coure des années sulvates, les Spatules feront preuve d’une
fidélité remarquable aux emplacements précédemment occupés ;
— 30 Mai ; un millier de nicheurs ou davantage ; les nids sont remplie d'eeufs et de poussins
en duvet, ce qui indique une durée d’incubation de 25 à 30 jours. Les pontes complètes
sont de 4 â 6 Œufs (1 fois 7 œufs), Les oiseaux font rouler beaucoup d'eeufs hors des nids,
par maladresse.
1960. — 7 Mai ; 500 â 600 oiseaux présents ; beaucoup d’aires en construction ; accouplements ;
incubation déjà en train dans environ 30 % des nids. La ponte a donc commencé à la
même date ou quelques jours plus tôt que l’année précédente ;
— 23 Mai : SOO à 1.000 oiseaux présenta ; quelques jeunes poussins ;
— 14 Juin : 50 % des nids contiennent des oisillons de toutes tailles ; 50 d'entre eux sont
âgés de 2 à 3 semaines, ce qui indique, compte tenu de la date de ponte des premiers Œufs,
une durée d'incubation d'à peu près un mois ;
— 21 Juin : les deux tiers des nids contiennent des poussins. Beaucoup de jeunes sont
emplumés ;
— 10 Juillet : beaucoup de jeunes sont au vol : dans 3 colonies les nids contiennent des pous¬
sins et quelques Œufs ; un accouplement est noté ;
— 30 Juillet : il reste 40 à 50 nicheurs et l’on compte encore quelques Œufs ; ce qui renvoie
pour les derniers envola au début de Septembre. Les adultes libérés des soins de la repro¬
duction forment un groupe compact ;
— 7 Octobre : aucune reproduction.
1961. - 19 Mars : aucune reproduction.
1963. — 26 Juin : œufs et poussins ; ^
des œufs et des jeunes de tous âges.
1964. - 28 Juillet ; poussins ; encore quelques couveurs ; sur la côte Esc de l'ile (non exposée à la
houle) des poussins semblent avoir été victimes d'une trombe : les cadavres ont l'appa¬
rence d’oiseaux noyés.
1965. — 9 Juin : peuplements moins nombreux qu'en 1959 et 1960 ; œufs et poussins ; quelques
pontes fraîches ; quelques poussins sont déjà de grande taille ; ce qui renvoie pour l’époqne
de ponte à la mi-Avril ;
— 22 juin ; quelques nids contiennent encore des Œufs ;
— 17 Août ; jeunes de diverses tailles ; quelques Œufs (probablement infertiles et aban¬
donnés).
1966. - 24 Février : aucune reproduction.
En résumé. — Chaque année les Spatules reviennent fidèlement sur leurs lieux de
nidification, mais les effectifs (400 à 500 couples) semblent avoir diminué entre 1959 et 1965.
La ponte commence a.ssez régulièrement vers la mi-Avril (un peu plus tard en 1959) et se
continue au moins jusqu’à la mi-juin. Derniers envoU à la fin Août ou au début de Septembre.
Larus genei.
1959. — 26 Avril : une douïaine de nids sur la pente Nord de la dune (donc « au vent ») ; pontes
de 1, 2 œufs, une fois 3 Œufs, absolument frais : le début de ponte se place donc dans la
dernière semaine d’avril.
— 30 Mai : i’aire occupée a plus que décuplé ; les colonies se situent à 10, 20, 50 m les unes
des autres. Chacune d’elles est du type» groupé», la distance entre les nids variant de
20 à 60 cm et l’occupation se faisant moins par intercalation de nouveaux nids au milieu
des anciens que par extension à partir de la périphérie Dans un groupe de 26 nids les
pontes se répartissent ainsi : 7 de 1 œuf, 14 de 2 œufs, 7 de 3 œufs.
1960. — 7 Mai : nombreux nids contenant des œufs. La ponte a dû commencer à la fin d’Avril
comme en 1959 ;
— 23 Mai : 200 ou 300 roupies nichenrs, l’effectif paraît plua nombreux qu’en 1959 ;
— 4 Juin : poussins coureurs déjà nombreux ;
— 14 Juin : 200 nids sont occupés, dont les 3/4 contiennent des œufs. En même temps, des
dizaines de poussins rassemblés en« crèches» sont conduits vers le large par des adultes ;
— 21 Juin : il y a encore 50 % d’œufs dans les nids (pontes nouvdles) ;
— 9 Juillet ; tous les poussins sont rassemblés en « crèches ». Les nids se trouvant placés
autour de la dune dans les parties relativement élevées de l'ile (autour de la dune), l'espèce
a peu ou point souffert de l'inondation ;
— 30 Juillet : les Bailleurs ont disparu de l'ile ;
— 7 Octobre : aucune reproduction.
1961. — 19 Mars : aucune reproduction.
1964. - 28 Juillet : aucun BaiUeur sur I’tle.
1965. — 9 Juin ; quelques nids avec œnfs et poussins.
1966. — 24 Février : aucune reprodiictioii.
1. Il va sans dire qu’un « territoire» assimilable à nn cercle de quelques décimètres de diamètre
entoure chaque nid. Mais il reste, à l’intérieur de l’area, des espaces vides qui ne seront pas occupés. C’est
en ce sens que l’extension tend à se faire vers l'extérieur.
Source : MNHN, Paris
RENi D£ NAUROIS
En résumé, — 250 à 300 couples reviennent fidèlement d’année en année aux mêmes
emplacements autour de la dune située au Nord de l’Ile, En augmentation de 1959 à I960
le peuplement paraît avoir diminué d’importance au cours des années suivantes. La ponte
commence régulièrement dans la dernière semaine d’Avril. A l’inverse ce qui a lieu pour tant
d’autres espèces, la durée de la reproduction est comme « contractée » en 2 mois 1/2 (aucun
sujet présent à la fin de Juillet en 1960 et 1965).
Laras cirrocephalus.
1959. — 29 Avril : les Mouettes i lite grise, au nombre de 8 ou 10 sont déjà cantonades et pillent
les œufs frais d’Aigrettes dimorphes ;
— 31 Mai : les oiseaux sont déjà nicheurs mais se lèvent de très loin à l'approche de l'obser*
valeur. Celui-ci ne réussit pas à découvrir les nids ;
— S Juin ; 4 nids sont trouvés, généralement placés entre les touffes de Salsolacées (sur
celles-ci quand les branches, plus ou moins desséchées, sont aplaties). Œufs fortement
incubés. La ponte a donc commencé dans la semaine do Mai.
1960. — 7 Mai : quelques adultes sont présents mais aucun nid n'est découvert ;
— 23 Mai ! 4 ou 5 couples dont 3 au moins sont nicheurs : pontes de 1 ou 2 œufs ; un nid
où aucun œuf n'a encore été déposé se trouve occupé en permanence par l’un des membres
du couple, son conjoint se tenant immobile à proximité ;
— 4 Juin : l’un des nids remarqués le 23 Mai a disparu ; une éclosion en cours ; 2 autres
pontes sont trouvées très incubées ;
— 14 Juin : un nid est découvert ;
— 21 Juin : 2 couples semblent être nicheurs ;
— 9 Juillet : les oiseaux ont disparu ;
— 7 Octobre : aucune reproduction.
1961. — 19 Mars : aucune reproduction.
1964. — 28 Juillet : oiseaux peu nombreux ; une ponte de 2 œufs est découverte.
1965. — 10 Juin : même effectif, mais la recherche des nids reste vaine.
En résumé. — Petit peuplement — 4 à 6 couples — à effectif remarquablement cons¬
tant. La ponte commence dans la 2® semaine de Mai. Le développement du cycle parait capri
cieux : en 1960 et 1965 il s’arrête en Juillet. En 1964 une ponte est trouvée à la fin du même
mois. Disparition inexpliquée d’un nid préalablement repéré (1960).
Gelochelidon nilotica.
1959.
1960.
1961.
1964.
1965.
1966.
— 29 Avril r une ou deux centaines de Sternes bansel en brillant plumage se tiennent immo-
biles sur les plages, en rangs serrés, toutes les tètes face au vent ;
— 31 Mai ; le nombre des« nids» est de l'ordre du millier : simples dépressions dans U sabl
dans les entassements de Zostères ou sur les plages graveleuses au centre de l'Ile ; pont^’
de 1 ou 2 œufs, rarement 3 œufs ; éclosions en cours ou imminentes. ' ‘
— 7 Mai : une centaine d’oiseaux ; quelques nids éparpillés contiennent des œufs frais ■
— 23 Mai r reproduction plus importante semble-t-il qu'en 1959. Lu flèche de sable à l’Eat
porte beaucoup de nids. Un comptage sur une aire de quelques mètres carrée don»
9 pontes de 1 œuf, 17 de 2 œufs, 2 de 3 œufs (proportions 32, 60 et 7 %) ;
— 4 Juin : le comptage est repris et donne cette fois 15 pontes de 1 œuf, 31 de 2 œuf. .. c
de 3 œufs (29, 59 et 11 %) j quelques poussins ; * **• ®
— 14 Juin : 300 à 400 nids contenant pour moitié des œufs, pnnr moitié des poussins -
— 21 Juin ; nombreux poussins. Quelques pontes nouvelles ; ’
— 9 Juillet : les Hansel ont beaucoup souffert de l'inondation des rives et des parties basse
de l’île. Pontet nouvelles sur la périphérie ; quelques poussins ; jeunes emplumés ay^t
échappé à l'inondation ; xwit
— 30 Juillet : une centaine d’adultes ont encore des comportements de reproducteurs -
poussins éparpillés ; •
— 7 Octobre : aucune reproduction.
— 19 Mars ; aucune reproduction.
— 28 Juillet : aucun nid n’est noté.
— 9 Juin : nicheurs plutôt moins nombreux qu’en 1959 et 1960 ; œufs el poussins. La flèch
de sable à l’Est porte beaucoup de nids (comme en 1960).
— 24 Février : aucune reproduction.
En résumé ; peuplement important, évalué à 400 ou 500 couples. La ponte commence
dans les tout premiers jours de Mai et se prolonge normalement jusqu’en Juin. Derniers envol
vers la mi-Août, sinon plus tard. A l’inverse d’autres espèces comme Sterna maxima, Lartu
genei, Hydroprogne caspia, ies premièies Sternes Hansel ne s’inst^ent pas d’emblée sur un
aire limitée, que de nouvelles venues étendraient à partir de la périphérie : les premiers œuf
sont déposés çà et là, éparpillés.
Hydroprogne caspia.
1959. — 28 Avril : une cinquantaine de couples ; reprorluotion très avancée ; œufs en généra] tri
incubés ou près d'éclore : poussins à tous les âges (parmi lesquels d'excellents coureu^ \
La ponte a donc commencé au milieu de Mars sinon plus tôt, et une première « va
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARGUIN. — ÎLE ZIRA
87
de nidification parait (comme sur l'ile Kianoe) approcher de son terme. Les nids sont
creusés dans le sable ou dans les amas de Zoetères mélés de sable. Profondeur ; S à 6 cm.
Aucune espèce, Lariu ;<net mis i port, n’entame aussi profondément le aol. La coupe
est le plus souvent garnie de matière végétale. Les pontes sont de 1 ou 2 œufs, rarement
3 «Eufs. L'espacement des nids sur le terrain est très variable : de 2 à 10 m. C'est le type
« groupé-lâche ».
— 31 Mai : le nombre des nicheurs est sensiblement le même qu’un mois plus tôt, maie il
y a relance de reproduction : nombre de pontes fraîches et plus d'oeufs que de poussins
(les jeunes emplumés de la nidification précédente mis à part).
1960. — 7 Mai : quelques centaines d'oiseaux sont présents. Les nids contiennent des oeufs ou
des poussins ; il y a des jeunet de taille moyenne ;
— 4 Juin : des poussins de grande taille sont notés ;
— 14 Juin : tous les poussins sont de grande taille ; quelques-uns sont déjà au vol ;
— 9 Juillet : l'espèce a disparu de l'île (effets de l'inondation survenue fin Juin?) ;
— 7 Octobre : aucune reproduction.
1961. — 19 Mars : une cinquantaine d'oiseaux cantonnés sur la dune au Nord de l'île. Trois groupes
de nids, une trentaine en tout, sur les deux éminences de la partie Nord ; pontes de 1, 2,
3 omfs (1 cas). Un nid contient déjà deux poussins de S à 6 jours. La ponte a donc commencé
peu après la mi-Février, plus tôt que partout ailleurs et plus tôt semble-t-il qu’en 1960
et même qu'en 19S9. Les sites les plus élevés (sommet de la dune) ont été occupés en
premier.
1964. — 28 Juillet : très peu de nids occupés ; 2 ou 3 pontes.
1965. — 9 Juin : une douzaine de nids occupés ; même emplacement (dune, Qècbc de sable à l'W).
Poussins de toutes tailles ;
~ 22 Juin : quelques nids contiennent des œufs ;
— 17 Août : quelques poussins.
1966. — 24 Février : trois groupes de nids contiennent des œufs : une quinzaine sur ie crochet
de U flèche NW ; une dizaine sur celui de la flèche NE ; 4 ou S à proximité de la rive SW.
Les pontes sont de 2 œufs (une vingtaine de cas), 3 œufs (3 cas), 1 œuf (pontes probable¬
ment incomplètes). De tous les Laridés Hydroprogne caspio est celui dont la reproduction
est la plus précoce.
En résumé : Début de la ponte à partir de la mi-Février. Développement pat a vagues »
successives assez bien marquées. La reproduction de 1960 a été manifestement interrompue par
l’inondation. En 1965, pat contre, il y avait encore des œufs fin J uillet et des jeunes en Août.
Le cyde est donc très étalé, ta ponte s’étendant sur 4 à 5 mois.
Stema maxima albididorsalis.
1959, 1960, 1964 : l'espèce est absente.
1965. - 9 Juin : une dizaine de couples nicheurs au sommet de la dune ; œufs et poupine. C^tte
reproduction réduite et tardive parait provenir de i’éciatement (total ou partiel?) d’une
colonie à effectif normal sur une autre île (Cbeddit, Are! ou Kiaonc).
Stema kirundo.
1959. - 28 Avril : aucune reproduction ;
— 31 Mai : quelques centaines de pontes de 1. 2, rarement 3 œufs et quelques très petiu
poussins ; les « nids » sont placés sur le sable des plages ou les amas de Zostères, majs
aussi, en plus petit nombre, sur les parties sableuses de l’intérieur ;
— 5 Juin : nouvelles pontes ; poussins de tailles diverses.
1960. — 7 Moi : environ 350 adultes sont présents ; une centaine de nids contiennent des œufs
frais ; accouplements ;
— 23 Mai : œufs et poussins par centaines :
— 4 Juin : 50 % des nids contiennent des poussins. 3 poussins emplumés ;
— 14 Juin : une moitié des nids contient des poussins ; quelques jeunes presque au vol ;
— 21 Juin : ponssins ; pontes nouvelles ;
— 9 Juillet ; œufs et poussins, par dizaines, ont été détruits par l’inondation. Pontes nouvelles ;
poussins ; jeunes emplumés ayant échappé au désastre ;
— 30 Juillet : une centaine d’adultes et des poussins éparpillés;
— 7 Octobre : aucune reproduction.
1961. — 11 Mars : aucune reproduction.
1964. — 28 Juillet : quelques pontes çà et là (abandonnées?) la reproduction parait être près de
1965. — 9 Jiùn : œufs et poussins en grands nombres, Mais le peuplement semble être moins impor¬
tant qu’en 1959 et 1960.
1966. — 24 Février : aucune reproduction.
En résumé : Population importante (300 à 400 couples). La ponte commence dans les
tout premiers jours de Mai et se prolonge jusqu’en Juillet. Derniers envols en Août.
Stema albifrons.
1959. — L’espèce est absente.
1960. — 7 Mai ; une trentaine d'oiseaux ; une dizaine de pontes ;
— 24 Mai ; 2 colonies ; une trentaine de nids au total, contenant 2, 3 ou 4 œufs (2 cas) ;
Source : MNHN, Paris
RENÉ DE NAUROIS
— 4 Juin : poussins ttès petits ; se tapissent au fond des ni<U ou recherchent l’abri des Krossea
pierres pour se protéger du vent du Nord (« froid » ce jour-lé) ;
— 14 Juin ; la moitié des nids contient des poussins. 3 jeunes emplumés sont notés ;
— 21 Juin : 20 à 30 nids contenant œufs et poussins ;
— 10 Juillet : l’espice a disparu. l)u fait de l'inondation les dernières nichées n'ont pu être
— 7 Octobre : aucune reproduction.
1961. — 19 Mars : aucune reproduction.
1964. — 28 Juillet : absentes. Le cycle a pu prendre 6n en juin.
1965. — 9 Juin : aucune Sterne à front blanc n’est aperçue. La date n’est pourtant pas tardive.
En résumé : la reproduction, constatée en 1960 (une trentaine de couples), semble
n’avoir pas eu lieu au cours des années suivantes. Début de ponte dans les tout premiers
jours de Mai; développement capricieux. L’espèce paraît mal implantée, gênée peut-être
par le nombre considérable d’oiseaux plus forts et la présence de prédateurs avér^ (Larus
cirrocephalus).
Sterna anaethetus.
1959. — 29 Avril : aucune notati
— 31 Mai : les oiseaux —
ipie l'observateur pniss
rapide, à faible hautcui
Deux nids seulement sont découverts, distants d'
nent de la berge Nord, où la
ceufs sont frais :
— 5 Mai : quelques nids sur la côte Nord,
S couples - quittent leurs nids de fort loin et bien avant
!rcr les emplacements. Ils ne cessent d’évoluer d’un vol
.urbillon des autres Sternes et des Goélands railleurs.
l’afTouillel
l’é.
s de Sali
éboulée forme bourrelet devant l'abri (v. p. 83).''ï’eB
les excavations de la berge que dans
t déeouver
1960. — T Mai ; quelques adultes s<
— 4 Juin : 5 à 6 œufs sont trouvés dans les alTouillenieiits de la côte Nord (comme en 19S91
Les touffes de plantes halophiles par contre, trop squelettiques du fait de la sécheresse
persistante, n’abritent pas de nids ;
— 14 Juin : 5 nids contennnt des œufs ;
— 10 Juillet : 2 nids ont été inondés ; 2 nids contiennent chacun un œuf ; un nid contient
un poussin ;
— 30 Juillet ; un nid contient un œuf frais ;
— 7 Octobre : aucune reproduction.
1961, - 19 Mars : aucune reproduction.
1964. — 27 Juillet : aucune notation.
1965. — 9 Juin ; le peuplement paraît plus important qu’en 1959 et 1960 : quelques crufs frais •
quelques poussins de forte taille. ’
En résumé : peuplement peu important (une dizaine de couples?) mais reproduction
régulière; ponte commençant à la fin de Mai et se poursuivant jusqu'en Juillet. L’effectif de
1965 paraît être en augmentation par rapport à ceux de 1959 et 1960 (cf. îles Arc! et Kiaone)
Motacilla fiava,
Is ; les observateurs les prennent (i tort) pour des migra.
1960. - 4 Juin: plusieurs oiseanx soi
— 15 Juin : présence de phisien
que l'eepéce a disparu de le
pré-nuptiaux). La populatic
sera question ci-dessous) s
1965. - 10 Juin : l'espèce est - ceti
pas qne de surprendre.
. oiseaux. L observateur (F. Roux) est d’autant pin» intritm#
région de Port-Éticnne depuis 1 ou 2 semaine» (raiirrate^
. de Zira (comme celle des Iles Touffal et Cheddit donT^
rait-elle reproductrice? "
année et eu ce moment - aliscnle de Zira ; ce qui ne laî...
Note : Egretta alha (ou intermedial) et Ibis ibis sur Zira.
1959. — 31 Avril : 2 grosses Aigrettes, è la pointe Sud de l'ilc, n'ont pu être observés qu’à
longue distance. Les becs étaient jaunes.
1960. — Mai : une dizaine de Tantales (non niebeurs),
Conclusions.
1® La composition faunistique, établie sur une expérience de 4 années, est remarqua
blement constante d’une année à l’autre. Deux exceptions : Sterna albifrons dont la présence
n’a été effectivement constatée qu’en 1960; et St. maxima, représentée par un «débris
de colonie en 1965.
2® Ne sont décidément i»s niebeurs sur l’îlot : Pelecanus onocrotalus, Phalacrocorax
carbo et Ph. qfricanus, Phoenkopterus ruher, Ardea cinerea, Charadrius alexandrinus et
bien entendu les Martinets Apus affinis et A. pallidus. — Quant à Motacilla flava. sa repro-
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARGUIN. — ÎLE NAÏR
duction sur Zira, encore qu’elle n’ait pas été constatée, est probable. On n’aperçoit pas la
raison pour laquelle le Cormoran africain ne s’installe pas sur Zira comme il le fait sur Touffat
et Chcddit? Toutes ces îles, en effet, sont égdement plates et pourvues de touffes végétales
buissonnantes. — Pour expliquer l’absence de Pkoenicoplerus ruber, on peut invoquer la
proximité du village Imraguen d’Iouik.
3° D est difficile, faute de comptages précis, de comparer d’une année à l’autre les
populations des reproducteurs réguliers. Certains effectifs paraissent assez constants : Larus
cirrocephalus, Gelochelidon nilotka, Sterna hirundo, St. anaetketus. D semble que Larus
genei ait été plus abondamment représenté en 1960. D’autres espèces ont vu leurs effectifs
diminuer. Dès 1963, un certain dépeuplement frappa J. Ansquer; et nos constatations de
1965 allèrent dans le même sens.
4® Les nids se répartissent sur toute l’étendue de l’île; de sorte que les surfaces dis¬
ponibles sont relativement restreintes, soit dans l’intervalle d’une colonie à l’autre soit à
l’intérieur des aires occupées par chacune. Certaines espèces comme Larus genei, Platalea
alla, Egretta gularis, les deux premières stntout, établissent d’emblée leurs nids à tm écar¬
tement voisin du minimum compatible avec les exigences « territoriales s. Sans être au sens
strict du terme, « surpeuplée », Zira est, de beaucoup, l’îie la plus densément peuplée de
l’Archipel.
5® Pour toutes les espèces, les dates de début de ponte comme celles des derniers
envols ne sont sujettes, d’une année à l’autre qu’à des variations mineures. Tout au plus peut-
on retenir pour Egretta gularis un retard de 8 à 10 jours en 1960 par rapport à 1959. D’autre
part l’îlot étant très bas et pouvant subir des submersions partielles, les durées de reproduction
se trouvent prolongées, en année néfaste, par des pontes de remplacement. Encore convien¬
dra-t-il de procéder à des prospections entre la mi-Août et la mi-Septembre pour voir si ces
élevages tardifs arrivent à terme.
6® Une remarque s'impose touchant l’étdement dans le temps des diverses
reproductions. Pour plusieurs espèces, Hydroprogne caspia notamment, on croit discerner un
développement de la ponte par n vagues» successives. La constatation prendra tout son sens
au moment où nous comparerons les phénomènes sur les diverses fies de l’archipel.
§ 4. — ÎLE NAIR
De forme à peu près circulaire l’Ue, par 19® 53' s’inscrit dans un carré de 800 m de
côté. Elle est remarquablement plate. Une passe située au SW donne accès aux eaux du flot,
de sorte que l’intérieur se trouve plus ou moins inondé lors dos fortes marées. Elle tend alors
à prendre la forme d’un croissant dissymétrique. Une terrasse au centre, un peu plus élevée
(1 m) marque une limite que les plus hautes eaux ne franchissent jamais. Très maigre végé¬
tation, en cordon interrompu, le long des rivages.
En 1959 un chacal eut accès sur l’île peu de jours avant la première prospection
(1®' Juin) et dévora la plupart des œufs; ce qui rendit impossible une estimation del’importance
des colonies. En 1960 la reproduction se développa de façon plus régulière mais présenta
néanmoins des anomalies qui n’ont pu être expliquées de façon satisfaisante. En 1965, comme
en 1959, il semble que des prédateurs aient perturbé le cours des événements.
Dates des prospections.
1959. — 1''» Juin : pat R. de Naubois ;
1960. — 22 Mai ; par J. Dracesco j
— 19 Juin ; par J. Dracesco et F. Roux ;
— 28 Juillet, par J. Dbagesco ;
— 8 Octobre : par R. de Naürois ;
1961. — 23 Mare : par F. Roux.
1965. — 14 Juin, survol à bord d'un avion léger par R- de Naubois. Aucune colonie ne fut aperçue ;
des couvoure isolés purent échapper aux vues.
Peuplements et reproductions.
Egretta gularis et garzelta.
t969. — l»t Juin : une ilisaine de nida but lee touffeB végétales en bordure du rivage ; œufs fraie ~
3 ou 4 couples d'Egreua garielta cantonnés au Sud de l'ile.
1960. — 22 Mai : une trentaine de nids contenant des œufs — Egreua garxata : 7 à 8 couples en
deux groupes distincts ; nids et œufs identiques à ceux d'E. gularis ;
Source ; MNHN, Paris
90
RENÉ DE NAUBOIS
— 19 Juin : l’espèce est toujours présente maie piusicuri nids ont été abandonnée — E.garzeUai
11 oiseaux ; 5 nids ne contenant encore que des œufs ;
- 28 Juillet : 40 nids nouveaux ; œufs et poussins - E. gorscuo : importante reproduction.
On ne retrouve plus trace des anciens nide, mais cinquante aires nouvelles sont décou¬
vertes : une quarantaine contiennent des œufs, les 10 autres contiennent des poussins ;
— 8 Octobre ; reproduction terminée ;
- 23 Mars : aucune reproduction.
En résumé. — Ub œufs frais de Juin 1959 ont été déposés après les déprédations
de Mai (pontes de remplacement). La reproduction de 1960 se développe en deux
phases : une première série de pontes, déposées en Mai, n’arrive pas à terme; ime deuxième
série, beaucoup plus importante a été déposée en Juillet, mais son devenir n’a pu être suivi
jusqu’au bout. , . ■.r- i l i-
On remarquera l’importance de la colome d Lgretta garzella avec le rebondissement
spectaculaire de sa reproduction vers la fin de Juin. Nair est la seule île oit la Carzette ait été
trouvée en si grand nombre, comme si les sujets de cette espèce (ou « phase »!) cherchaient,
en dépit de leur » parenté » avec gularU, à s’associer étroitement entre eux.
Platalea leucorodia.
1959. _ 1er Juin : le maün. du bateau qui tranaporte l'observateur, plujieuri dizaines de Spatules
sont vues suc leurs nids. Au retour, le soir du même jour, l'endroit est trouvé désert ; les
nids sont videsi
1960. — 22 Mai : une centaine de nids ; œufs en petit nombre (pontes incomplètes) ;
— 19 Juin : beaucoup de Spatules ont abandonné la colonie : 100 oiseaux au maximum sont
présente ; moins de 50 nids, ne contenant d’ailleurs que des œufs ;
— 28 Juillet : 30 à 40 nids en 3 groupes ; pontes de 2 4 4 œufs ; deux poussins;
— 8 Octobre : un nid contient encore un poussin ;
— 23 Mars : aucune reproduction.
Source : MNHN, Paris
BANC DARGÜIN. — IlE NAÏR
91
En résumé. — La reproduction de 1959 a manifestement été interrompue. Celle de
1960 s’est étalée sur tout l’été, sans doute parce qu’elle a été perturbée : abandons de nids,
incubations qui n’aboutissent pas, effectifs variables sans raison apparente. L’ile semble aussi
servir de refuge à des nicheurs venus d’ailleurs, chassés peut-être de leurs premiers sites
de reproduction (?).
La ponte de 1960 a commencé à la fin de Mai, en retard sur celle de l’île Zira.
Lotus genei.
1959. — l'’' Juin : une cinquantaine de nids sont répartis en 3 ou 4 groupes le long de la côte Est ;
beaucoup d’œufs brisés (passage de la Hyène) ; quelques pontes fraîches.
1960. — 22 Mai : 300 individus environ, en 2 colonies installées sur des emplacements diamétrale¬
ment opposée ; l'un au Nord, l'autre au Sud dcTfle. Les nids ne contiennent que des œufs;
— 19 Juin : environ 80 nids en 2 ou 3 groupes, contenant œufs et petits poussins. Baguage
de 30 jeunes ;
— 28 Juillet ; poussins de forte taille ;
— 8 Octobre : reproduction terminée ;
1961. - 23 Mors : aucune reproduction.
En résumé. — Peuplement relativement peu nombreux. — une cinquantaine de couples
— dont la reproduction, quand elle n’est pas interrompue par les prédateurs, se développe
suivant le même rythme que sur les autres âes.
Lotus cirrocephalus.
1959. — 1*' Juin : aucune notation (l’espèce a pu échapper à l’attention de l’observateur).
1960. — 22 Mai et 19 juin : 10 à 15 adultes ;
— 28 Juillet : 8 nids sont découverts sur la côte Ouest ; ils contiennent 2 ô 3 œufs ;
— 8 Octobre ; reproduction terminée.
1961. — 23 Mars ; aucune reproduction.
En conclusion. — Les 8 pontes de Jmllet constituent l’événement important. Sur cette
île très plate et dénudée, les nids sont plus faciles à apercevoir que sur Cheddit par exemple
(plus montueuse — dunes fixées — et revêtue d’une abondante végétation haiophile). De
sorte que des nicheurs qui s’y seraient trouvés en Mai et Juin n’auraient pas manqué d’attirer
l’attention. Il faut donc conclure que la ponte de 1960 a commencé avec un retard considérable
(un mois ou davantage) par rapport à celles déposées sur les autres îles.
Gelochelidon nilotica.
1959. — l'f Juin : 20 à 30 nids occupés, répartis tant sur les amas de Zoetères le long du rivage
que sur le sol nu à l’intérieur .
1960. — 22 Mai : 100 è 150 oiseaux présents ; tes nids contiennent des œufs ;
— 19 Juin : 150 à 200 nids contenant pour 40 % des poussins, pour le reste des œufs ;
— 28 Juillet : nouvelles pontes ; 40 % des nids contiennent des poussins, .éu Sud de 1 ue
sont rassemblés de nombreux jeunes qui ne sont pas encore au vol ;
1961. — 23 Mars : aucune reproduction.
En résumé. —150 à 200 couples au maximum; le développement est tout à fait parallèle
à celui qui a été constaté sur Are! : début de ponte en Mai, rebondissement en Juillet. Les
demièrs envols ont dû n’avoir lieu que dans les derniers jours d’Août.
Sterna hirundo.
1959. — 1" Juin : œufs et poussins en petit nombre.
1960. — 22 Mai : quelques dizaines d’oiseaux présents ; les nids contiennent des œufs ;
— 19 Juin ; une trentaine de nids contenant œufs et poussins ;
— 28 Juillet : nouvelles pontes ; poussins ;
— 8 Octobre : reproduction terminée.
1961. — 23 Mars : aucune reproduction.
En résumé. — Peuplement peu important (30 à 40 couples). Début de ponte à la
mi-Mai ; rebondissement en Juillet.
Sterna albifrons,
1959. — Irr Juin : petite colonie ; une dizaine de pontes an Sud de l'ile.
1960. — 22 Mai : quelques couples sont présents sur l'ile ;
— 19 Juin : 10 à 15 pontes ; quelques poussins ;
— 26 Juillet ; aucun oiseau n’est noté ; coproduction certainement terminée.
1961. — 23 Mare : aucune reproduction.
Source : MNHN, Paris
92
RENÉ DE NAUBOIS
En résumé. — Petite colome (10 à 20 couples) dont la reproduction s’étale de la mi-
Mai à la mi-Juillet. Des prospections procliaines montreront si celte nidification a lieu chaque
année ou seulement — comme ce semble être le cas sur Zira, Cheddit, Arel — de façon irrégu-
lière.
Molaeilla flava iberiae.
1959. _ 1er Juin : aucune notation, faute sans d«
1960. — 23 Mari : une dizaine d’oiseaux ;
— 19 Juin : F. RoüX découvre un nid conte
plua tard).
JVOrB. — Ibit it>U sur i’Ile Nair : 2 sujets observé
d'une observation suibiiamme
deux teufs à éclosion (ponte
l*r juin 1959.
Conclusions.
1. Les espèces sont peu nombreuses et la plupart des populations sont d’importance
médiocre. Les reproductions sont perturbées certaines années — peut-être même chaque
année — par l’intrusion de Chacals et de Hyènes dont le passage est dévastateur. Même en
année « normale », on constate des irrégularités — abandorw en cours d’incubation, renou-
veaux de ponte — dont la cause n’apparalt pas encore.
2. Du point de vue faunistique il convient de retenir :
1° La présence, certainement permanente, d’une petite colonie de Motacilla flava.
U estd’ailleurs possible, sinon probable, que cette Bergeronnette ail commencé sa reproduction
un bon mois avant la date des observations (qui, en ce cas, auraient porté sur des deuxièmes
couvées).
2° Celle, peut-être moins régulière, d’une colonie relativement importante de Larus
cirrocephalus (nicheurs tardifs en 1960) et d’une colonie de Sterna albifrons.
3» L’absence de plusieurs espèces normalement nicheuses sur d’autres îles : Ardea
cinerea, Pkoenkopterus ruber, Sterna maxima, Sterna anaelketus... Absence qui s’explique
par l’insécurité qui règne sans doute toute l’année. Le 8 Octobre 1960 un groupe compact de
plusieurs centaines de Pélicans était présent sur l’lie, visible de fort loin et qui fut pris pour
une colonie nicheuse : il n’en était rien Notation analogue le 15 Décembre : 200 Pélicans
couchés sur le sable comme s’ils étaient couvcur.s *.
Une espèce au moins n’aurait pas grand chose à redouter des Chacals : Charadrius
alexandrinus. Ce petit échassier aurait sur Nair un biotope excellent : plages étendues à
végétation halophiie clairsemée. S’il n’a jamais été découvert c’est peut-être faute d’une atten¬
tion suffisante de la part des prospecteurs.
3. Dernière remarque : Des Spatules baguées (3 sujets au moins) furent distinguées
par F. Roux le 23 mars 1961. Cette observation montre bien qu’il y a des mouvements migra¬
toires entre l’Europe et le Banc d’Arguin. Le fait est important et a été relevé par Brouwer
(1964).
§ 5. — ÎLE TOUFFAT
L'ile s’inscrit dans un rectangle de 300 m sur 400 m et revêt la forme d’un croissant de
lune aux pointes tournées vers le Sud. L'intérieur est une dépression plus ou moins inondée
au maximum du flot. Aux plus fortes marées (sinon a chaque marée liaute) les eaux venant
du Sud rejoignent par des petits chenaux la côte Nord et coupent le croissant en deux ou
trois tronçons. Bien entendu, les «cornes» du croissant, pointes vers le Sud, ne sont autre
chose que des flèches de sables dues à l’action composée des houles et du vent. La surface est
plate et recouverte de quelques dunes fixées et très usées. Végétation halophiie asset touffue
et densément répartie sur presque toute l’étendue de l’île.
1. Au cours do plusieurs survols de tels groupements furent aperçus en divers endroits autour de
l’îie Tidia et donnèrent lieu à la même illusion. Il s’agissait chaqtie fois d’cmploccmenls accessibles aux
Hyènes et Chacals.
2. Manquent 1
Corvus ruficoUU.
n entendu, s
:e lie plate, les Martinets Aput idJinis et Àptu pallidui uj
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARGUIN. — ÎLE TOÜFFAT
93
Dates de prospections.
1959. — 2 Juin ; par R. de Naubois (la corne Ouest ne Fut pas prospectée faute de temps).
1960. — 8 et 9 Mai, par J. Ühacesco.
- 24 Mai : par J. Dragesco et F. Roux;
— 3 Juin : par R. DE Naubois et F. Roux;
— 18 Juin et 7 Juillet : par J. Dragesco et F. Roux;
- 28 JuiUet : par J. Dragesco;
- 9 Octobre ; par R. de Nauhois;
— 14 Décembre : par J. Dragesco.
larus genat
gu/si-is
P/â tafea /eue uroe//a
Pha/aerpeofax sfricanus
ILE TOUFFAT
Fig. 11
Peuplements et reproductions.
Pkalacrocorax africanus.
1959. — 2 Juin : nombreuses colonies niebeuses du type « sené-compact », s’étalant tant sur le
courrelet de végétation halophile qui longe les rivages que sur les fourrés au centre de
nie. 20, 30, 50 nids sont entassés à différentes hauteurs env marches d’escalier», les uns
jouxtant les nids d’Aigrettes dimorphes et de Spatules, les autres éparpillés au milieu de
ces derniers. Entre 1 000 et 2 000 oiseaux sont présents. La plupart des nids (quelques
centaines) sont encore vides, les autres contiennent seulement 1 ou 2 œufs, rarement
3. 4 ou 5 (5 cas) >.
1960. — 9 et 24 Mai : la reproduction n'a pas commencé;
— 3 Juin : les nicheurs sont encore peu nombreux. Sont notées : une trentaine de pontes
incomplètes ; 2 ou 3 pontes de 4 œufs, manifestement brais. La reproduction de 1960 est
donc, dans l'ensemble, en retard de quelques jours (une semaine) sur celle de 1959 ;
— 18 Juin ; 200 couples nicheurs environ ;
— 7 JuiUet : te nombre a peu augmenté. Dans la corne Est de Vile une trentaine de nids
contiennent des poussins ; un jeuue est déjà emplumé (ponte remontant sans doute à la
fin mai et qui n’avait pas été remarqué au début de juin) ;
— 28 JuiUet : 100 i 150 nids occupés, dont plus de la moitié contiennent encore des œufs.
Curieusement aucun poussin de grande taille n'est noté. Il semble donc qu’ime première
série do jeunes a déjà pris le vol tandis qu’une nouvdle série de ponte a été déposée vers
le miUeu du mois ;
— 9 Octobre : à la corne NW de l'Ue une trentaine de nids contiennent encore (comme sur
Cbeddit, voir p. 96) des poussins en duvet.
En résumé. — Reproductioa de i960 légèrement en retard sur celle de 1959; dévelop¬
pement par » vagues » successives; ét^ement de la période sur près de 5 mois; début de ponte
fin mai; derniers envols en Octobre.
Egretta gularis.
1959. — 2 Juin : 100 à 200 nids posés sur les fourrés en bordure des rivages Est et Nord. Pontes de
2 ou 3 <Eiiis; nombreux poussins de tailles diverses, dont quelques uns sont un peu plus
développés que sur Zira.
1. La ponte complit» semble être d’au moins 4 œufs.
Source : MNHN, Paris
94
RENÉ DE MAUROIS
1960. — 8 Mui : 10 à 12 sujets présents: aucune reproduction;
— 24 Moi ; la ponte n'a pas conunenci :
— 3 Juin : 100 6 200 oiseaux présents ; quelques nids contiennent 2 ou 3 ceufe ;
— 16 Juin : 300 à 400 oiseaux uicheurs ; aucune éclosion n'a encore eu lieu ;
— 7 Juillet : 50 % des nids contiennent encore des œufs. Trois nids d'Egretta garzeita sont
— 26 Juillet : quelques dizaines de nids dont plus de la moitié portent des poussins, les autres
contenant des œufs ;
— 9 Octobre ; un seul nid occupé, contenant des poussins.
£n résumé. — Environ 200 couples nicheurs. Les premières pontes de 1960 sont en
retard de 3 ou 4 semaines sur celles de 1959. Si la nichée découverte en octobre ne constitue
pas une exception dépourvue de signifîcation la reproduction s’est étalée sur plus de 4 mois
Ôtûn à Octobre).
Platalea Uucorodia.
1959.
1960.
n pieine reproduction : œufs et poussins de tous âaes
I... » _ii-Avrii sinon plus tôt. Touffat se Uouve ainsi
2 Juin : 1 000 oiseaux
Le début de la ponte a
en avance de 2 semaines sur CheddJt.
8 et 9 Mai : 600 oiseaux. 200 nids contiennent des œufs ; parades et accouplements '
24 Mai : reproduction en plein développement, deux éclosions en cours ;
3 Juin : nombreux poussins. Les effectifs d'adultes sont un peu inférieurs à ceux de l'année
précédente à pareille époque. La reproduction est en retord d'environ 2 semaines
celle de 1959 ; ^
18 Juin ; environ 500 nids, dont une moitié contient encore des œufs, l'sutre moitié des
. »
7 Juillet ; prés de 1 200 nicheurs. Des envols ont déjà eu lieu ; 60 % des jeunes sont emnlu.
més. Il y a encore des œufs frais dans 2 colonies ; ‘
28 Juillet : un millier d'oiseaux se trouvent libérés des soins de la reproduction. Nombreux
jeunes au vol au milieu des adultes. Il reste 3 ou 4 colonies peu nombreuses, avec une
trentaine de poussins de tous âges et quelques œufs ;
9 Octobre : 3 ou 4 nids contiennent encore des poussins de forte taille.
En résumé. — Nidification aussi importante en 1960 qu’en 1959, mais avec un retard
de 2 semaines. L’effectif des nicheurs s’amenuise dès la fin Juillet, mais les reproducteurs se
succèdent sans doute en petit nombre jusqu’aux derniers envols à la mi-Octobre.
Lotus genei.
1959. — 2 Juin : une centaine d'oiseaux présents ; 10 à 20 aids sur
(dune fixée) contiennent des œufs.
1960. — 9 Mai : aucune reproduction n'est découverte ;
— 3 Juin ; une trentaine d'oiseaux seulement ; 12 â 15 nids si
du site utilisé un an plus tôt ; œufs peu incubés ;
— 18 Juin : 15 nids, dont S ou 6 contiennent encore des œufs ; 15 poussins très jeunes sont
bagués ce jour même par F. Roux;
— 7 Juillet : tous les jeunes sont coureurs et se jettent à l'eau avec leurs parente ■
— 9 Octobre : l’espèce est absente de l'tle.
le petite éminence dénudée
le centaine de métrés
En résumé. — Reproduction de 1960 en retard de quelques jours (une semaine ou davan-
tâge) sur celle de 1959, mais tout à fait semblable à celle*cl dans son déroulement. Derniers
envols fin Juillet ou début Août.
Lanis cirrocephalus.
1959. — 2 Juin : colonie trés« dispersée» ; 10 oiseaux au plus. Un seul nid est identifié, contenant
un œuf frais.
1960. — 9 Mai ; aucune reproduction n'est découverte ;
— 3 Juin : une demi-douzaine d'oiseaux présents (nicheurs?) ;
18 Juin. 7 et 28 Juillet ; aucune observation ne peut être faite ;
— 9 Octobre : aucun signe de reproduction.
En résumé. — Effectif faible — 5 couples au maximum — ce qui est assez surprenant
sur une lie où l’espèce pourrait se livrer à une prédation intense. Le développement delà repro
duction n’a pu être suivi de façon satisfaisante.
Geloehelidon nilotka.
1959. — 2 Juin : colonie de types dispersé»; une cinquantaine d’oiseaux. Découverte de quelques
1960. — 6 et 9 Mai : aucune reproduction n'est découverte ;
— 3 Juin : la colonie s’est installée dons le centre Sud de ITIe comme en 1959 ; une vingtaine
de couplez. Pontes de 1 ou 2 œufs, apparemment incubés.
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARCUIN. — ÎLE CBEDDIT
95
En résumé. — Peuplement reUtivemeal peu important. La reproduction de 1960 est
probablement en retard de quelques jours sur celle de Zira.
Sterna anaethetus.
1959. — 2 Juin : une cinquantaine d'oiseaux ; nida cachés dans la végétation. Œula à divers degrés
d'incubation. La ponte a dû commencée vers le 20-22 Moi.
1960. — 9 Mai : ancime reproduction ;
— 3 Juin : 100 à ISO oiseaux ; oeufs frais ;
— 18 Jmn : reproduction en plein développement :
— 9 Octobre ; l'espèce est absente.
En résumé. — La colonie paraît avoir été près de deux fois plus importante en 1960
qu’en 1959. Début de ponte un peu retardé semble-t-il — 1 semaine — en 1960.
Motacilla fiava.
1960. — 18 Juin : 6 ou 7 couples sont présents. Adultes portant des becquées ; une ou deux bandes
de jeunes volant encore maladroitement.
Conclusions.
1® L’île Toudât, en dépit de ses petites dimensions, joue un rôle important dans l’éco¬
nomie des oiseaux du Banc d’Arguin. Cormorans, Spatides, Aigrettes y sont représentés par
des centaines de sujets. La densité des nicheurs est donc forte, la plus forte de l’arebipel après
Zira et sans doute avant Ard. Quant aux autres populations, la < pression sociale » ne va pas
jusqu’à les obliger à des compressions de territoire : chaque couple, selon les lois propres à
son espèce, s’installe à l’aise.
2" La chronologie du développement de la reproduction n’a été étudiée de façon métho¬
dique que sur deux ans : 1959 et 1960. D’une expérience aussi brève, on ne peut dégager des
lois certaines. Dans ces limites cependant il est apparu que la reproduction sur Touffat était
un peu en retard sur celle de Zira et nettement en avance sur celle de Cheddit. Le fait est patent
pour les espèces (Cormorans africains et Spatules) dont la nidification est la plus massive. Il
est sensible encore pour les Aigrettes dimorphes, espèce très grégaire, et de façon plus difficile
à prouver pour les Laridés. Touffat apparaît ainsi comme une sorte d’étape dans une « expan¬
sion » de l’initiative reproductrice — celle-ci partant de Zira et Arel comme centres pour abou¬
tir à Cheddit. Nous reviendrons dans la conclusion générale sur cette dynamique dont l’inter¬
prétation est malaisée (v. p. 273).
§ 6. — ÎLE CHEDDIT
L’île mesure près de 2 km de longueur sur 1,5 km de largeur. Elle est absolument plate,
recouverte en partie par des dunes fixées peu élevées. C’est la plus grande des fies à oiseaux;
cdle aussi, avec Touffat, où les peuplements végétaux sont les plus denses et occupent non
seulement la bande périphérique atteinte par les embruns mais aussi, par « taches », le centre
de l’île. La rive Sud est indécise : deux flèches de sable enserrent une baie en partie vaseuse
qui s’enfonce profondément dans les terres (découverte à marée basse). Au Nord un très petit
Ilot (10 à 15 m de diamètre), où U nidification ne diffère pas de celle qui est portée par i’île
principale, est relié à c^e-d lors des basses marées.
Dates de prospections.
1959. — 2 et 3 Juio ; pai R. ns Naubois.
1960. — 8 Mai ; par J. Dracesco ;
— 24 Mai : par R. de Naubois et F. Roux ;
— 3 Juia : par R. de Naubois et F. Roux ;
— 16 Juin : par J. Dracesco et F. Roux ;
— 8 Juillet ; par J. Dracesco ;
— 28 Juillet : par J. Dbacbsco ;
— 9 Octobre : par R, de Naubois.
1961. — 22 Mars : par F. Roux (aucune reproduction).
1962. — 15 Novembre : par R. de Naubois (aucune reproduction),
1965. — 23 Juin : par H. Ansquer.
Source : MNHN, Paris
96
R£Ni DE NAUROIS
Peuplements et reproductions.
Phalacrocorax africanus.
1959.
1960.
1962.
1965.
— 2 Juin : plusieurs groupes sont présents ; la ponte parait imminente. Les nids de l'année
précédente, posés sur les touffes de plantes lialopliilet tant à l'intérieur qu'à lu périphérie
de rtle, sont très nombreux (de l’ordre du millier).
— 8 Mai : la reproduction n’a pas commencé ;
— 24 Mai ; groupes cantonnés : ponte imminente ;
— 3 Juin : une ciuquantaine de nids (eflte E) contiennent 1, 2 ou 3 œufs, rarement 4 œufs
(chiffre minimum de U ponte complète). Un grand nombre d'oiseaux préparent leurs nids ;
— 16 Juin : plusieurs milliers d'oiseaux présente ; plusieurs centaines de nids contiennent des
œufs ;
— a Juillet : un millier de nids occupés ; quelques jeunes poussins ;
— 28 Juillet : mime nombre de nicheurs, mais il y a eu remplacement d'ancieiu par dea
nouveaux. Plusieurs colonies se sont récemment installées ; 7ü % des nids occupés ne
contiennent encore que des œufs : aucun jeune n’est au vol ;
— 9 Octobre : nombreux poussins en duvet ou emplumés ; dans les colonies situées à rextrême
Nord et à i’exUêrae Sud de l’île (les plus tardivement installées) la mortalité est impression,
nante : un cadavre pour 4 ou S poussins vivants ; beaucoup de corps gisent aplatis sur le
fond ou le rebord des coupes piétinés par lea oisillons. Tandis que les adultes s'enfuient
à l’approche de l'observateur les Mouettes à tête grise, par bandes de S à 12 oiseaux, s'appro.
chent à quelques mitres pour fondre sur les nids et enlever les poussins. Les Cormorans
réagissent à peine par quelques cris plaintifs,
— 15 Novembre : aucune reproduction.
— 23 Juin : les nids le long des côtes Nord et NW contiennent des oeufs ; ceux de ta côte NE
JT
o"o Sterns IjlLifrons
.V. Laros ^en.e/
k k Hye/ropoyne- C^spia
Egeatta qo/aric
^ires occopêes p^r
Sterna Mixima
++ qrant/e c/*nsitE ofe
Larua Cirroçtpha/va
En résumé. — Reproduction massive, la plus importante de rarchipel. Les premières
pontes sont déposées au NE, l’extension se faisant ensuite vers l’Ouest et vers le centre. Début
de ponte un peu plus précoce en 1960 et 1965 (fin Mai) qu’en 1959 (Juin).
Source : MNHN, Paris
D’ARGUIN. — Ile chedcit
97
Egrelta gularis et F. gargelta,
1959. — 2 Juin : 30 à BO oiseaux rasnciubléa au NE (à côté de Cormocans africains) et au Nord
auprès de nids encore vides. La partie NE de l’üe, non prospectée faute de temps, porte
probablciucut une uidifîcalion.
1960. — 8 Mai : une centaine d'oiseaux sont présents (côte N) mais pas encore tiicheurs ;
— 24 Mai : quelipies Œufs dans les nids d'une colonie installée sur la côte Nord ;
— 3 Juin : dans la colonie observée le 24 mai une dizaine de nids contiennent déjà de très
petits poussins : la ponte a donc commencé dans la 2s semaine de Mai. un peu en retard
sur celle de Kiaone et Zira. Interpénétration des colonies d'Aigrettes et de Cormorans;
— 16 Juin ; 100 à 200 couples nicheurs ;
— 8 Juillet : 300 nids occupés ; quelques poussins récemment sortis de l'œuf ;
— 28 Juillet : légère augmentation du nombre des nicheurs ; 6 ou 7 nids d’Egretta garzelM ;
— 7 Octobre : cycle terminé depuis de longues semaines.
1962. — 15 Novembre : aucune reproduction.
1965. — 23 Juin : reproduction en cours ; des nids sont notés au milieu des colonies de Cormorans.
En résumé. — Repruduction régulière, les nicheurs revenant sur les emplacements
occupés les années précédentes (le long des rives); début de ponte tardif : fin Mai ou début Juin
en 1959, un peti plus tftt en 1960. Sur Cheddit comme sur ToufEat Aigrettes et Cormorans
nichent volontiers côte k côte.
Platalea leucorodia.
1959. — 2 Juin : quelques dizaines d'oiseaux au Nord de l'ile se tiennent sur leurs nids ou à proxi¬
mité immédiate de ceux-ci en compagnie de Cormorans et d'Aigrettes semblant attendre
un signal. Aucun œuf encore dans la partie NE de l’SIe, la seule qui, dans les limites du
1960. — 8 Mai : 2U0 sujets environ daus le Sud de l'ile, pas encore nicheurs ;
— 24 Mai : une colonie s'est établie le long de la côte Est. quelques nids contiennent 4 ou
5 œufs ; la moitié des pontes sont encor.- incomplètes ;
— 3 Juin : 3 colonies en pleine incubation ;
— 16 Juin ; plusieurs colonies fort compactes, beaucoup d’œufs et de poussins. La plupart
de ceux-ci sont encore très petits ; un groupe, cependant, porte déjà du duvet. La ponte
a dû commencer dans la deuxième semaine de Mai ;
— 8 Juillet : les jeunes sont déjà au vol dans une partie des colonies. Pour le reste, la grande
majorité des nids contient des poussins d’âges divers ; S % seulement contiemient encore
des œufs ;
— 26 Juillet : il ne subsiste plus que de maigres colonies, où les nids contiennent des poussuu.
Adultes en très grand nombre ;
— 9 Octobre : deux nids contenant encore deux jeunes de grande taille.
1962. — IS Novembre : aucune reproduction.
1965. — 23 Juillet ; œufs et poussins de tailles diverses dans les colonies des côtes N et NE-
En résumé. — En 1959 ponte tardive (juin). En 1960, par contre, début vers le 10 ou 15
Mai; démarrage lent jusqu'au 25; très rapide ensuite. A partir de la mi-juillet, les nicheurs
se font rares mais le cycle ne se ferme pas brutalement et une reproduction résiduelle persiste
jusqu’en Octobre.
Larus genei.
1959. - 3 Juin ; une colonie sculemont, dans la partie ceuü-ale de l'ile (le coin NE n’est pas prot-
pccté) : une quinzaine de nids contiennent des œufs.
1960. — 8 Mai : aucune reproduction n’est découverte ;
— 24 Mai : 2 ou 3 colonies de 10 à 15 couples ;
— 3 Juiu : 3 colonies. L'une d’elles se trouve sur remplacement même qui avait fait l objet
(l'uno observation l’aunée précédente ; les deux autres occupent les parties de l’ile qui.
faute de temps, n’avaient pu être explorées. Les nids, une centaine au total, contiennent
des œufs et quelques petits poussins ;
— 16 Juin : œufs et poussins d'âges variés ; quelques grands poussins coureurs (éclosions
de fin Moi ou début Juin) ;
— 8 âuillet : 20 nids contiennent des poussins ;
— 28 Juillet : reproduction terminée.
En résumé. — Peuplement d’importance relativement faible (une centaine de couples) ;
début de ponte vers le 8,10 Mai; premières éclosions vers le 1®’’ Juin; derniers envols fin Juil¬
let. La reproduction en 1960 n’a pas dû s’étaler plus de 2 mois 1/2.
Larus cirrocephalus.
1959. — 3 Juin : dans la moitié Sud de l’Üe sc trouve une colonie du typea dispersé ». Nids placés
tantôt sur le sable des dunes, tantôt dans les dépressions garnies de végétation basse ;
éloignées les uns des autres de 30 ü 50,100 m, Difficiles à identifier en raison du comporte¬
ment très méfiant de l'espèce. 30 à 40 oiseaux sont notés dans cette partie de l’fle,
8 564016 6 7
Source ; MNHH, Paris
RENÉ DE NAtmOIS
lux pr^nts ; aucune reproduction n’eet découverte;
a (chiffre minimum). l'Iuaieura nida contiennent des mufs ;
mais occupés en permanence par l'un des conjoints, l’autre
se tenant ù 1 ou 2 mitres et défendant les aborda contre les intrua (cf. cibscrvatiim analogue
sur Zira). Les nids sont tantôt de véritables constructions (analogues à celles de Loru#
rUHbundui en Europe) tantôt de simples dépressions grattées dans le sable et é peine
1960. — 8 Mai : une vingtaine d’oii
— 24 Mai ; 40 oiseaux obser'
^___ s de végétât!
disparu (dévorées par un chien ou chacal? ou détruites par les
nouveaux nids sont découverts et marqués au moyen de pit
Plusieurs oiseaux occupent assidûment des nids qui ne contict
- 16 Juin : 7 nids contiennent chacun 2 «ufs. D’anciens nids
- 8 Juillet : 2 nids contiennent chacun 2 œufs ; 4 nids sont trouvés vides
lors de la visite précédente a disparu ;
- 28 JuiUet : tous les nids qui avaient été trouvés en Mai-Juin
7 ou 8 nouveaux nids sont découverts dans le Nord de l'tle,
apparemment peu incubés ;
- 7 Octobre : nombreux oiseaux présents sur l'Ile. Le temps
,.,.,.rées le 24 Mai ont
aux eux-mêmes?). De
plantés a proximité:
' oeufs ni poussins ;
abandonnés ;
n 2 ou 8 r mifa
pour la recherche de
.enant chaci
7 Octobre : nombreux oiseaux présents sur i ne. ix: lemps manque pour la recncrctae
nids éventuels ou de jeunes qui ne seraient pas encore au vol ; mais les comporteme
paraissent indiquer que le cycle est terminé (la preuve formelle cependant n
pas apportée).
lii, rpHrorllTCtion
En résumé. — Ce peuplement est le plus important de l’archipei, le nombre des couples
étant de l’ordre d’une centaine ou davanuge. Début de ponte mai précisé (probablement
2» semaine de Mai). Certains traits du comportement de l’espèce sont assez énigmatiques et
rendent difficile l’étude du développement : des nids disparaissent... On peut se demander
si la prolongation de la ponte jusqu’à la fin J uillet n’est pas un effet de lu perturbation apportée
par les prospections (?). D’autre part un élevage de jeunes en Août et jusqu’en Septembre
n’aurait rien de surprenant car la prédation aux dépens des Cormorans africains fournit un
appoint alimentaire.
Gelochelidon nilolica.
1959. — 3 Juin : vaste colonie de type» dispersé». Les nids sont éparpillés tant sur les dunes fixées
de la côte Sud que dans les dépressions intermédiaires (entre les pieds de plantes haloplules) ;
l’espacement d’un nid à l’autre est beaucoup plus grand que sur Zira (pouvant aller jusqu’à
10 m et plus). Plusieurs centaines d’oiseaux ont des comporteineots de niclicurs.
1960 — 8 Mai : moins de 100 oiseaux, apparemment non nicheurs ;
_ 24 Mai : plusieurs colonie» nicheuses. nids éparpillés ;
- 3 Juin : aucun poussin n’est encore aperçu ;
- 8 Juillet ; des nids sont décuuvecu contenant des œufs et de» pousain»;
— 28 Juillet : 30 nid» contenant de» pouesins ;
— 9 Octobre : aucune reproduction.
En résumé. — L’espèce niche dans des conditions (camouflage et espacement des nids,
méfiance) qui rendent difficile l’observation des étapes de la reproduction. La mi-Mai et Û
fin de Juin sont des époques probables pour le début et la fin de la ponte. Derniers envols vers
le 10, 15 Août.
Hydroprogne caspia.
1959. _ 3 Juin : plusicur» centaines d’oiseaux en colonies du type a gtoupé-lâcho » occupent des
surfaces de plusieurs ares au centre et au Sud de l’île ; œufs et poussins à tous les stades
(y compris des coureurs bien emplumés).
I960 - 8 Mai : colonies de 20 à 40 sujets (300 à 400 au total). Quelques nids ne contiennent qu’un
œuf ; d’autres sont en voie de creuisement. Le ponte est en retard sur celle de l'année pré.
cédonte, en retard également sut celle qui u eu lieu cetu même année (1960) sur l’tle
Zira ;
— 24 Mai : importantes colonies ; dans les nids n'ont été vus que des œufs ;
— 3 Juin : quelques éclosions sont notée» ;
— 16 Juin : ponte» fraîches, éclosions, poussins à tous les stades, nombreux poussbis coureurs •
— 8 Juillet ; le» colonies sont en partie» dispersées ; quelque» pontes récente» ;
— 28 Juillet : quelque» adulte» »e tiennent auprès d’uiie douxaiiie do poussin» de grande
taille ;
— 9 Octobre : aucune reproduction.
1965. — 23 Juin ; œufs et poussins.
En résumé. — Les développements des deux années ne sont pas synchrones — ce qui
est très caractéristique des habitudes de l’espèce : en 1959 la ponte sur Cbeddit a commencé
au début d’Avril, sinon en Mars; en 1960 les premiers œufs sont apparus nu début de Mai-
des derniers envols ont donc eu lieu dans la première quinzaine d’Août,
Source : MNHN, Paris
BANC D'AHCUIN. — ÎLE CHEDDIT
99
Slerna maxima alhididorsalis.
1959. — 2 Juin : une colonie du types compact» en pleine reproduction. Surface occupée : 70 gui
5 à 8 m ; 5 à 8 œufa ou poiuaing par mitre carré; 100 à 200 jeuDee coureurs. Au total
2 000 à 3 000 œufs ou oisillons. Les nids contenant des poussins ee trouvent groupés au Sud
de la zone garnie d’œufs : les derniers nicheurs viennent donc se placer s devant » les
premiers, recherchant la position « au vent ».
1960. — 7 Mai : aucune reproduction. Quelques oiseaux sur les plages ;
— 24 Mai : une colonie peu nombreuse (moins de 100 couveuis) s’est établie à quelque 400 m
au Sud de l'emplacement occupé en 1959 ; œufs manifestement frais ou peu incubés. Il
s'agit probablement d'une nouvelle mise en route après dispersion (par un chien ou
chacal) d'une colonie plus large ;
— 3 Juin ; l'aire a plue que triplé : 300 œufs environ ; aucune éclosion n'a encore eu lieu ;
— 16 Juin : colonie en plein essor. Deux nouvelles aires de petites dimensions à une centaine
de mètres de l’aire principale : 1 500 œufs environ ; 6 poussins. Ce qui permet d'évaluer
à quelque 25 jours la durée d'incubation ;
— 6 Juillet : la colonie a« éclaté» ; une centaine de poussins ont été tués par un chien ou un
chacal. 200 adultes occupent encore l'aire principale et une petite colonie subsiste à proxi¬
mité: œufs et poussins. A grande distance on aperçoit des jeunes groupés en deuxe crèches»,
d'une centaine de sujets. Baguage de 235 poussins. Des comptages précis donnent un total
de 600 œufs et poussins (cadavres inclus). Or le nombre des œufs s'élevait le 16 Juin A
I 500. Si la diminution o’est pas due principalement à des enlèvements par prédateurs,
il faut admettre une très forte mortalité chez les poussins ;
— 26 Juillet : une cinquantaine de jeunes sont encore en « crèche » ; d'autres sont errants.
II ne reste sur l’tle que 100 à 150 adultes ;
— 9 Octobre : aucune reproduction.
1965. - 23 Juin : nombreux œufs et poussins.
En résumé. — La reproduction de 1959 a été un peu plus importante que celle de 1960.
Celle-ci a été perturbée à une ou deux reprises par des chiens ou chacals : une première fois
semble-t-il au moment de l’installation (début de Mai), une seconde fois vers la fin de Juin ou
le début de Juillet. Au total le taux de survie des poussins s'est avéré faible. En dépit de ces
bouleversements, la durée de reproduction des premières pontes aux derniers envols, n’a pas
dépassé 3 mois. 11 est vraisemblable qu’en 1960 une partie de la colonie de Cbeddit a émigré
vers Arel (où aucune reproduction n’a eu lieu en 1959).
Sterna hirundo.
1959. — 2 Juin : aucune reproduction n'est découverte dans la partie prospectée de l'tle (Sud et
Centre).
1960. — 8 Mai : ISO i 200 sujets cantonnés. La ponte a peut-être commencé ;
— 24 Mai : plusieurs colonies établies dans l’intérieur de l'ile : dans chacune d'elles quelques
dizaines de nids ; espacement d’un ou plusieurs mèues entre les nids ;
8 Juin ; colonies en développement ;
— 16 Juin : 40 è 50 nids sont notés ; œufs et poussins, en duvet ou emplumés. La ponte a
dû avoir lieu dans la 2> semaine de Mai ;
— 8 Juillet : pontes nouvelles au voisinage de la colonie de Sternes royales ;
— 28 Juillet : découverte de 10 à 15 nids contenant encore des poussins ;
— 9 Octobre : aucune reproduction.
En résumé. — Rien n’indique que cette nidification ait été perturbée Çes pontes sem¬
blent être passées inaperçues des prédateurs). Durée totede du cycle : du début Mai au début
Août, soit 3 mois.
Sterna albifrons.
1959. — 3 Juin : un groupe est bien cantonné, mais dont les nids sont recherchés en vain.
1960. — 8 Mai : aucune observation ;
~ 24 Mai : 2 colonies de types groupé-lâche» (50 A 50 nids an total) ; pontes de 1, 2, rarement
— 3 Juin ; colonies amenuisées, peut-être du fait de prédateurs ;
— 16 Juin : 3 nids sont découverts. 2 poussins ;
— 8 Juillet : cadavres de jeunes tués par un cluea ou chacal:
— 28 Juillet : cycle apparemment terminé ;
— 9 Octobre : aucune reproduction.
En résumé. — La ponte a dû intervenir vers le 10-15 Mai. liC développement a été bou¬
leversé par deux fois : fin Mai, pour des raisons qui ne sont pas clsires (nous avons constaté
chez cette espèce plusieurs cas de disparition de nids et dispersion de colonies) et fin Juillet ou
début Juin, du fait des prédateurs (interruption brutale).
Sterna anaethetus.
1959. — 3 Juin ; importante colonie du type « dispersé ». Nids remarquablement diasimulés A
l'intérieur de la végétation, parfois sous des nids (non occupés) de Cormorans africains.
Œufs ûtis ou peu incubés,
Source : MNHti, Paris
100
RENÉ DE NAUROIS
1960. — 8 Mai : une cinquantaine de sujets sont notée; auruii nid
— 24 Mai : des centaines d'oiseaux sont préeeiits. Nids dissi
rares œufs sont frais ; la ponte n'a pas <lù commencer avant
- une quinzaine sur un trajet d'environ 1 500 m parallMi
entrailles ont été dévorées (oiseaux saisis au nid) ;
— 3 Juin ; colonie en plein développement, lin Faucon laniei
bridée ;
— 16 Juin ; la colonie s’est étendue scmble-t-il A toute l'île
Beaucoup d'œufs sont encore relativement frais ;
B Juillet ; le total des nids est évolué (de façon approximative) A plus de 500. II y a 65 V
.. ‘—tt d'adultes (tués
mulés dans la végétation. Les
le 20 Mai. Nombreux cadavres
: il la côte Nord -- dont les
• est vu eniportanl une Sterne
, avec concentration au NW.
de poussins de petite taille (45
par les chacals) ;
- 28 Juillet : 80 % des nids contiennent encore c
- 9 Octobre : reproduction terminée ; l'espèce
Jour). Nombre
les poussins, dont
trtains sont emplumés ;
En résumé. — Importante colome (plusieurs centaines de couples). En 1960 comme en
1959 début de ponte vers le 20 Mai (comme sur l’île Arel). L’intervention des prédateurs a
ensuite brsuillé le développement, de sorte qu’il n’est pas possible de préciser la date des
premières éclosions : les élevages se sont prolongés jusqu’à la mi-Août ou même plus tard
(derniers envols); mais on ne peut pas estimer ce qu’eût été, en l’absence des prédateurs la
durée normale de l’activité reproductrice.
Motacilla fiava iberiae.
1959. — 2 Juin : è la corne SE de l'île (point de débarquement) noue sommes fort intrigués par la
présence d’une vingtaine de BergerunnetleH en brillant plumage qui s'échappent. nre.<o„.
BOUS nos pas, des touffes de plantes halophiles. Une denii-lieure est employée A rechercher
une nidification éventuelle, mais en vain. Le sable détrempé indique d'ailleurs que le
site est atteint par les hautes eaux. Les oiseaux août alors considérée (trop hâtivement^
comme une population nugratrice et l'cuquéte n'est pus poussée plus avant.
1960. — 3 Juin : 10 ou 15 oiseaux sont présenta.
- 17 Juin : plusieurs adultes surviennent ; notre collègue P. Roux les voit porter des proie»
1961. -- 22 Macs : une vingtaine d’oiseaux sont présents.
En résumé. — L’espèce est nicheuse sur Cheddit, mais les nids sont difBciles à trouver
Le temps d’ailleurs a manqué poux la prospection minutieuse qui eût été nécessaire.
Note. — Présence sur Cheddit d’Alaemon alaudipes.
Le 22 mars 1961, F. Roux aperçoit deux Sirlis du désert Alaemon alaudipes et entend
leur chant. L’espèce pourrait bien être nicheuse sur Cheddit (comme aussi sur la grande }l
de Tidra; v. p. 82, 83).
Conclusions.
1° Peuplements. Cette île, la plus vaste de l’archipel, porte aussi les plus nombreuses
populations nicheuses de Phalacrocorax africanus (de l’ordre du millier), Lotus cirrocephalus
(quelques dizaines de couples), Gelochelidon nilolica (plusieurs centaines), Sterna anaethetu
(plusieurs centaines peut-être un millier). Les colonies de Slerna maxima (plusieurs millier 1
s’installent tantôt sur Cheddit (1959), tantôt sur Arel (1960, 1965), tantôt sur ces deux lies à
la fois à intervalles de quelques semaines (1960). La fragmentation en 1960 eut pour cause au
moins partielle l’intervention de prédateurs mal identifiés. Le nombre des couples trouvé
sur Cheddit en 1960 a été très supérieur à celui trouvé en 1959 et 1960 sur Kiaone ^
Quant aux populations d’EgreCta garzelta et Plalalea leuc., elles ne sont pas sensible
ment différentes en importance sur les trois îles Zita, Touffat (très forte densité) et Cheddit'
Celles de Larus genei, Sterna hirundo par contre sont médiocres; et la reproduction de Sternà
albifrons, peu importante en nombre, n'a peut-être pas lieu tous les ans.
2° Absence de certaines espèces. Elle est explicable, mais par des raisons qui ne sont
pas également satisfaisantes en chaque cas.
Pelecanus onocrotalus recherche sans doute la pente pour la facilité de l’envol • q
comprend qu’il évite une île plate encombrée d’un tapis végétal qui, id, est plus épais que
sur toute autre île del’archipel. — Il en va peut-être de même pour PÀa/ocrocora* corôo lucidus
Le 9 octobre 1960 plusieurs centaines de sujets portaient sur la cuisse U tache blanche d "
plumage nuptial. C’est cette constatation qui nous détermina à procéder le 15 Novembre 1962
à une nouvelle prospection, dont le but principal était de préciser le statut de l’île au cours de
l’automne. Résultats : Arel et Kiaone portaient les mêmes colonies de Pélicans et Cormorans
que J. Dragesco avait étudiées un an plus tôt; mais Cheddit était désert.
Source ; MNHN, Paris
D’ARGUIN. — ÎLE CHEDDIT
101
L'absence i'Ardea cinerea monicae s’explique peut-être simplement par une préfé¬
rence, au moment du nourrissage des jeunes tout au mois, pour la pêche sur les estrans plus
ou moins pierreux des îles rocheuses (par opposition aux vasières qui entourent les îles de
sable). De fait, la nidification de ce Héron est strictement confinée, comme nous l’avons vu,
aux îles Arel et Kiaone.
Pkoenicopterus ruber trouverait un emplacement idéal pour la confection de ses édi¬
fices dans la baie envasée qui s’ouvre au Sud de Cheddit entre les deux flèches de sable. Son
absence comme nicheur en cet endroit est d’autant plus surprenante que l’espèce est toujours
présente en force sur les immenses vasières qui s’étendent autour de Tidra, Touffat, Cheddit
elle-même et occupent, plus au Sud, presque toute la surface de la baie de Saint-Jean — soit
au total une surface de plusieurs centaines de km®! Faut-il admettre que le Flamant rose, cons¬
cient du danger que font courir Hyènes et Chacals, éviterait une île où tant d’autres espèces
acceptent chaque année un risque grave?
3® Déroulement de la reproduction. Il présente sur Cheddit une particularité remar¬
quable. Si la ponte d’une espèce comme Slerna anaethetus semble y commencer à la même
date qu’aiüeurs, celle de plusieurs autres — Cormorans africains, Aigrettes, Spatules — démarre
avec un retard très net par rapport à celle des mêmes espèces sur Touffat, elles-mêmes en retard
sur celles de Zira. Le même phénomène semble apparaître chez certains Laridés : il est presque
certain en ce qui concerne le Goéland railleur, moins net chez les Sternes Hanse! et Pierre-
Dans la mesure donc où une expérience de deux années permet de juger il apparaît
que chez plusieurs espèces le déclenchement de la ponte dans cette partie méridionale de
l’archipel, loin d’être simultané, se propage comme une sorte d’onde allant du Nord au Sud,
de la petite île de Zira, de la plus petite île de Touffat vers la grande île de Cheddit. Nous
retrouverons ce phénomène dans l'archipel des Bijagos en étudiant le développement des nidi¬
fications d’Ardéidés, Spatules et Ibis.
1. Pour ces espèces U» observations de Mai et Juin 19S9 et 1960 n’ont pas été conduites avec une
rigueur suffisante, Eu particulier l’état d'incubation des ceufs n’a pas été apprécié.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARGUIN. — NOTES
103
NOTES COMPLÉMENTAIRES
L’Étude des conditions géographiques et celle des peuplements ont déjà fait ressortir
les traits particuliers du Banc d’Aiguin. U existe dans le monde soit des plateaux continentaux
soit des ensembles de récifs-barrières qui ])résentent avec le Banc d'Argoin des caractères
communs : ils sont peu profonds, étemlus, et sur certains d’entre eux — dans le prolongement
de la lîoride, en mer Rouge, au large de la côte nord-orientale de l’Australie par exemple —
les lies sont beaucoup plus nombreuses et les peuplements d’oiseaux plus importants par le
nombre d’individus et celui des espèces. Mais il y a peu de régions oà, comme en Mauritanie,
se trouvent associées, sous un climat désertique et dans des conditions physiques et biologiques
aussi originales, des espèces d’origines aussi diverses. D'où l'intérêt que présenteraient des
comparaisons avec les autres parties des côtes africaines et avec celles d’autres parties du monde.
Elles feront l’objet d’études ultérieures. Dès maintenant et à partir des seules données qui vien¬
nent d’être exposées, il est possible de tirer quelques conclusions d’ordre écologique. Elles
seront précédées à titre de complément de trois notes relatives : la première aux différences
de faciès entre la côte de TAguerguer et celle du Tasiast (d’après M“* Gavral), la seconde à
la prédation sur l’ensemble de la côte et des îles du Banc d'Arguin, l’autre aux espèces de pois¬
sons et crustacés trouvés par nous soit dans les régurgitations soit dans les estomacs de spéci¬
mens. Nous terminerons par quelques remarques d’ordre zoogéographique et un essai de carac¬
térisation du Banc d’Arguin dans son ensemble.
1. COKPABAISON EOTRE LES COTES DE L'AcUEnCUER ET DU TaSIAST
DU POINT DE VUE DE LÀ BIOLOGIE MARINE (d'aPRÈS M'"’ GaYRAL).
Côte espagnole de l'Aguerguer et côte mauritanienne du Tasiast sont en conuaste frappant. La
baie du l^ôvrier, rdativement protégée de la liuule par lu presqu’île du Cap-RIanc, marque le début d'un
facièa calme qui s'affirme davantage ù mesure que l’on descend vers le Sud. La côte y est plate, interrompue
seulement par quelques hautes dunes (Souchel cl Abiod) et les promontoires rocheux d'El'Sssi, Tagarat,
Tafarit. louik). « L’océan, écrit M™® Gayral, ne vient plus mouiller les rivages qu'à la manière d'une mer
intérieure. Ainsi, la pointe de la presqu’île du Cap-Blanc apparaît-elle comme une limiiore Fte. et faune
marines reflètent ce brutal changement, n
Modifleations dans la flore algalc.
En schématisant à l'extrôme on peut dire que la flore d'algues, rouge au Nord devient brune au
Sud. Sur la côte méridionale du Sahara espagnol les Rhodophycées (algues rouges) sont abondantes en
espèces mais plus encore eu quantité aux niveaux moyens et inférietirs. Elles s'effacent sur U côte mami-
tanieime devant une abondante flore de Phéophycées (algues brunes)... Des G^lidium de petite taille, des
Hypnea, des Laurencic, des Corallinacées, si elles continuent de faire nombre sur la liste d’espèces, ne
jouent plus qu'un rôle très discret.
La côte basse et plate, aux eaux plus chaudes et calmes, favorise le développement des Dictyola,
DUtyopterû, Saploglois, Colpomtnia, Hydroclathrus et d'une grande quantité de Cywoseiro, Sorgowiim
et Chordarialea. Ces algues brunes, en cordons muqueux cylindriques, sont toutes présentes an niveau infé¬
rieur et se développent loin vers le large. Des monocotylédones marines comme Cymodotea nodoaa parti¬
cipent d'ailleurs pour une part importante à la constitution des herbiers qui constituent un lieu de refuge
pour de nombreux animaux.
Deux exemples feront ressortir le contraste entre ces côtes du Sahara espagnol et de la Mauritanie.
1° La zone littorale inférieure de la côte du Sahara espagnol est caractérisée par la présence dune
très belle laminariale ; Ecklonia muratli. Cette algue de faciès battu et rocheux remonte au Nord jusqu'à
la latitude des Canaries et descend d'autre part jusqu'à Dakar, mais avec une interruption qui, précisément,
correspond au secteur du Tasiast. 11 est signifleatif également que l’algne rouge Celldium sfaquipedaU,
abondante dans l'Atlantique Nord et qui se trouve encore au Cap-Blanc, disparaisse plus au Sud.
2® La flore algale inlercotidale, encore bien représentée autour de la presqu’île du Cap-Blanc dans
ses niveaux moyen et supérieur (avec des ülvacées dans la zone supérieure), se trouve très réduite sur la
côte mauritanienne (où les ülvacées étaient au printemps totalement absentes). Seules quelques algues
incruslées, Hildtbramliia par exemple, représentent la flore des niveaux élevés. « Une température trop
élevée, une insolation considérable sur un substrat qui ne laisse aucun refuge ombragé ou présentant une
relative fraîcheur, sont les causes de cette régression quasi totale de la flore intercoditale». Reste la flore
de l’horizon inférieur ; la température à basse mer, là ou la profondeur est faible, y demeure relativement
élevée ; du moins les rigueurs de l'immersion totale y sont-elles complètement écartées.
lin ronrluaion. — La presqu'île du Cap-Blanc, en dépit d'une composition floristique différente dans
le détail présente une physionomie très proche de celle des côtes du Sahara espagnol et des Canaries.
La côte mauritanienne par coutre, en dehors de quelques algues cosmopolites, développe une flore nette¬
ment tropicale : à le faveur d'un faciès presque lagunairc, les Phéophycées y occupent une place importante
par le nombre des espèces et par l'abondance.
1. Disparition d'espèces circumboréales ou de l'Atlantique boréal qui atteignent au niveau des Cana¬
ries leur limite méridionale.
Source : MNHtJ, Paris
104
RENÉ
NAUBOIS
2. La prédation sur les c6tes de Mauritanie et au danc d'Arcuik
Il convient de mettre à part, bien ei
probablement les Chiens. Partout où ils ont accès, cee animaux uetniiHcnt tout re qu'ils aperçoivent Dca
Üei comme Tidra, Kiji, Chikchitt, sont rendues, de ce fait, inhabitables pour les Oiseaux. Pour la mime
raison i’üe Nairr semble bien ne porter que des reproductions d’imporiqnce tn's vnrioble d'une ann6e à
l’autre. L'ile Cheddit elle-m^mc n'échappe pas à de graves pertiibalioiii. Sur ces <leux fies les déprédation
jouent donc incontestablement le rôle d’un farleur limitant ù action irrégulière. Kt c’est sans doute en raison
X irrégutarité que les Oiseaux, attirés par la proximité d'excellents territoires de gagnage, s’obstinent
' !S places libres qui abondent sur d’autres Iles,
à tenter leur chance au lieu d’oc.
1, les déprfdalions commises por les Chacals, les Hyènes et
s. ces animaux détniiscnt -
, inhabitables pn
Addendum. — W. v. Westernhacen signale sur Cbeddit, en date du 15 ma! 1967,«eine l'iimen»t
noch friscbcT Sbakalspuren. Keine Pi'ester. Uninengen auegesoffener Fier, gelôte Reiber iind Kormoranea
L’ile a donc été ravagée. Pat contre Nairr, épargnée celte année-là, porte une iiidiDoation exceplionneil»'
Ces dévastations constatées sur Cheddit Turent probablement le fait de plusieurs Chacals. Nous nous deina ^
dons si ces animaux n’ont pas pu profiter, pour accéder en nombre sur Cheddit des bosses mers c.«.r,it«^'
nelles de Mars 1967 (matée du siècle)? «Ption-
Reste la prédation proprement dite. Elle est le fait, à des degrés divers, de Lums rirrnerphalut
des Rapaces. Le rôle des Mouettes à tête grise est particulièrement imporlunt sur l’ile Cheddit. Fn ce m '
concerne les Rapaces, le tableau ci-après rassemble toutes les observations luites <le 1959 à 1966 nnr
collègues J. Dragesco et F. Roux ainsi que par nous-mêmes. ^
liapaeea ohservii sur les côtes de VAguerfuer mauritanien, du .Souche/ e{ Abiod ri du Jasiati
ainsi que sur les îles du Banc d'Arguin
Baie de l’Étoile :
Po^mn hidiaeius : commun sur la presqu’île du Cap-Rianc (René de Naurois. J. Dragesco
Falco tiarmicus : quelques sujets; coquilles d'œufs dnns une aire de Cornus ruficoUis (Rmt ,i
Naurois). ' ® ‘*®
Cap Sainte-Anne ;
Faleo peregrinui ; 2 sujets le 10 octobre 1960 (René de Naurois) ;
FaUo linnuncu/us : 4 ou 5 sujets le 9 Octobre 1960 (René de Naurois).
île Marguerite :
Fofeo biarmieus ; 1 cadavre le 6 Jiilu 1959 (René de Naurois),
île de l'Ardent :
Bubo ascaiaphut : 1 sujet le 9 Octobre 1962 (René de Naurois),
Baie d’Arguin :
Pandion tmliaeius : plusieurs sujets à maintes reprises (F. Roux, J. Diiacesco, René de NAiinmct
aires?? (René de Naurois). i'iaurois) ;
île d’Aiguin :
Falco biarmieus : 1 paire le 29 Mars 1961, chassant des Odonates le long dn li> falaise,
des ruines (F. Roux),
Tanondert (S. de U Baie d'Arguin) :
Falco peregrinus : 1 sujet le 27 Mars 1961 (F. Roux).
Cap El’Sass ;
Bubo ascalaphus : 1 sujet le 9 Octobre I960 (René de Naurois);
Falco linnunculus : 1 demi-douzaine de sujets le 9 Octobre I960, chassant desCriiiui
Naurois). '
Cap Tafarit :
Pandion halioelus : 1 sujet le 17 Mars 1961 (F. Roux);
Faleo hiarmicut -■ 1 couple (jeux aériens) le 17 Mars 1961 (F. Roux).
4 proximité
ts (René de
île Chikchitt :
Pandion haliaetus ; 1 sujet le 30 Mars 1961 (F. Roux) ;
Falco biarmieus : 1 sujet ;
Faleo linnuaculus : 1 sujet le 30 Mars 1966 (René de Naurois).
île Kiaone-Ouest ;
Pandion luUiaetus : 1 sujet le 29 Mars 1966 (René de Naurois) ;
Faleo biarmieus ; 1 sujet dans les escarpements le 13 Mars 1961 (F. Roux) ;
Faleo linnattculus : 1 sujet le 28 .Mars 1966 (René de Naurois).
île Arel :
Faleo peregrinus : 2 sujets (dont 1 fut obtenu) le 22 Mars 1961 (P, Roux) ;
Faleo linnunculus : 1 sujet le 24 Mors 1961 (F. Roux) ;
Cireus aeruginosus : 2 sujets le 24Mari 1961 (F. Roux) ; 1 sujet le 29 Mars 1966 (René de NauboisI
Ile Nair ;
Falco peregrinus ; 1 sujet le 23 Mare 1961 (F. Roi^x) ;
Cireus aeruginosus : 1 sujet le 23 Mars 1961 (F, Roux).
Cap louik :
Pondian haliaetus : à plusieurs reprises (René de Naurois).
Source ; MNHN, Paris
BANC D’ARGUIN. — CONCLUSIONS
105
île Zira :
Faleo biarmiriti : à plunieure repriK», en particulier le 7 Octobre 1900 (René de Nauhois).
île Tidra :
Pandion Aaliaflui ; 1 sujet à Reguibat Tidra ; 2 sujets dans le NO de l’ilc en Mars 1961 (F. Roux),
île Cbeddit :
Folrn sp. : 1 sujet (enlevant une Sterne bridée) le 24 Mai 1960 (René de Naubois) ;
Fako linnunculus : 1 sujet le 2Î Mars 1961 (F. Roux) ;
Circui anuginosus : 2 sujets le 23 Mars 1961 (F. Roux).
FaUo perfgrinus : 2 sujets le 10 Octobre 1960 (René de Naurois);
De ces constatations sc dégagent les conclusious suivantes :
1° Les Faucons — Fairo biannirua et F. peregrinus — ont sur lu côte des postes quasi permancnls.
I>a reproduction du Lanier, intermittente sans doute, a été établie pour la côte mauritanienne de l’Agucr-
guer (baie de l'Étoile, v. p. 73) et est probable dans le secteur comprenant les hautes falaises d’El’Sass.
Tagarat, Tafarit. Par contre, aucun signe de nidification ou d’occupation prolongée n’a été relevée sur
les lies rocheuses ; Chikebitt. les Kiaones, Arel. La présence des rapaces sur l'ensemble des lies à Oiseaux
apparaît comme relativement peu fréquente et irrégulière, môme pendant les périodes d'abondance de
Sterne bridée (sur Cheddil); une autre fois, un Lanier encore était posé sur un cadavre (sur l'ilot des
Pélicans).
2° Absence remarquable sur les îles à Oiseaux de toute espèce d’Aigle, de Tyto aliû et de Con ua
rufieollia. Iæ Grand-Duc Bubn osralaplius n’a été observé qu’une fois sur les tics de la Baie d’Arguin et une
fois sur le continent (cap Fl'.Sass).
S'* Les Busards Ctrcus acrugtnosiu, notés 4 fois (6 sujets), et Falco linnunculua ne jouent aucun rôle
important. Pandion haliaeiiu est exclusivement pécheur.
La pression exercée par les Rapaces au Banc d'Arguin apparaît donc comme extrêmement faible.
Addendum. - On doit à W. v. Westbrnhacen d’intéressantes observations sur les activités préda-
Arenoria inlerprea a été pris par cet auteur en flagrant délit de pillage des œufs de Sternes. Par exemple
sur Zira aux dépens des œufs de Sternes caepieniies momentanément laissés à découvert. Lama genei s’asso-
ciait è l'opération, accourant immédiatement auprès des Tnurnepierres pour absorber le contenu des œufs
béchéo. Scène analogue sur Noirr où un T’ournepierre guette un nid de Sterne Hansci,
D'autre part sur cbacimc des îles Kiunne fut notée une paire de Faucoas Laniets qui manifestèrent
de la curiosité (ou de l’inquiétude).
3. Données sur L’ALiMENTATinn de quelques oiseaux au banc d’Abguin.
1.^8 analyses de contenus stomacaux et de pelotes de réjeclion donnent une indication tant sur le
régime des espèces intéressées, que sur tes Poissons et Crustacés présents dans les eaux de la région.
^rd™ einerea — 2 juv.. Novembre 1962 : petits Scatidés (Sporisoma ap) qui atteignent à cette Lati¬
tude la limite septentrionale <lc leur aire de distribution.
Egrella gularia — 1 ad.. Juin 1965 ; quatre Crevettes à rostre denté (dont un Pennéidé) ; plusieurs
Mugils et un très petit Sparidé.
Plalalea Ituroroditt - plusieurs juv. ; petite Cjustacés.
Lama genei — 1 ad.. Juin 1965 : 6 Mugils (dont 2 purent être identifiés grâce à la conservation de
leur tête).
Hydropogne raapia - dans les pelotes de réjeelion d'adultes, Juin 196S : exocetidés — dans les pelotes
de réjeclion de poussins (Ilot des Pélicans) : écailles et rayons de nageoires paraissant provenir de Sparidés.
Hydroprogne caapia — ad. 1960 : poiasons de taille moyenne,, Hrmiramphiia brasilienaia.
Sierna hirundo — 3 ad,. Juin 1965 (îlot des Pélicans) : petits Clupéidés. qui sont particulièrement
abondants en cet endroit. Anchois (Engraulia hepaetua), Sardinella (auriio ou cia7).
Nous devons ces déterminations à la complaisance de M. le docteur Tixerant, directeur du Labo¬
ratoire des Pêches de Port-Étienne.
INTERPRÉTATIONS ET CONCLUSIONS
Nous pa-sserons en revue les aspects suivants : répartition des espèces dans les divers
secteurs; mouvements des populations; limites des aires de reproduction; déroulement des
cycles sexuels clans le cadre de l’année; aspects zoogéographiques.
§ 1. — RÉPARTITION DES ESPÈCES ET MOUVEMENT DES POPULATIONS
1. On trouvera dans le Tableau ci-dessous les données quantitatives par secteur et par
île. Plusieurs constatations s’en dégagent.
1° Les plus fortes populations sont massées dans le secteur Sud, autour de l’île Tidra.
C’est là, en même temps, que se trouvent les plus grandes étendues de hauts-fonds garnis
d’herbiers, que pullulent au maximum poissons, crustacés, petits organismes et larves de toutes
sortes.
Source : MNHN, Paris
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BANC D’ARGUIN.
CONCLUSIONS
107
2° Le Secteur central, toutefois, porte des popidations encore nombreuses. L’Üe Are!
occupe d’ailleurs une position qui permettrait de la rattacher au secteur Sud. Mais en un autre
sens — par sa morphologie et sa faune — elle fait partie de l’ensemble des îles rocheuses de
l’archipcl. Quatre espèces ne nichent que là : Pelecanus onocrolalus (sur Arel), Ardea cinerea
monicae (sur Arel et Kiaone*Ouest), Apus affinis et A. pallidus (sur les Kiaones et sur Chik-
chitt). Les peuplements de Martinets murins s’étendent au continent sur les caps Tafarit,
Tagarat, El’ Sass, qui s’inscrivent à la suite des îles sur un alignement rocheux en forme d’arc.
3° Le secteur Nord apparaît un peu comme déshérité — au point que nous avons été
tenté, renonçant à l’énumération du Nord vers le Sud qui est notre règle dans le présent
ouvrage — de le décrire en dernier. S’ensuit-il que les populations des baies d’Arguin et du
Lévrier ne soient que des extensions des groupes plus méridionaux? Nous ne le croyons pas.
La moindre importance des poptdations — Phoenicopterus ruber excepté — s’explique sans
doute sufiisamment par le fait que les hauts-fonds de la baie d’Arguin, encore que très étendus,
sont plus strictement vaseux et moins riches en algues et graminées aquatiques que les alen¬
tours d’Arel, Zira, Cheddit et Touffat. Bien entendu, ce fait ne constitue pas une moindre richesse
pour le Flamant. Par contre il doit entraîner tme relative pauvreté en proies disponibles pour
les autres espèces. A cet égard, cependant, rien ne sera vraiment prouvé aussi longtemps que
l’Océanographie physique et la Biologie marine au Banc d’Arguin et sur le reste de la côte
n’auront pas été élaborées et que l’on ne pourra procéder à des comparaisons chiffrées de sec¬
teur à secteur.
2. Aucun comptage au sens strict du terme n’a pu être effectué. Nos évaluations ne sont
donc que très grossièrement approchées. En outre, pour plusieurs îles, elles n’ont porté que
sur deux années (1959 et 1960). Par contre, pour diverses colonies des contrôles ont été effec¬
tués au cours des années suivantes. Faute à la fois de précision et de durée nous sommes réduits
à ne dégager que des conclusions provisoires :
1“ En 6 ans les peuplements n’ont pas considérablement varié.
2° Certaines colonies éclatent ou se déplacent — telles celles de Sterna maxima,
Sterna albifrons — tandis que des extensions se produisent — telle celle de Gelochelidon
nilolica. D’une année à l’autre, cependant (déprédations sur Cheddit et Nair mises à part),
on retrouve en général la même espèce au même endroit.
3° Il semble qu’au Banc d’Arguin, comme en beaucoup d’endroits, le facteur limitant
principal des populations soit à rechercher dans les quantités des nourritures disponibles.
A juger d’après les résultats ces dernières seraient donc assez constantes. Bien entendu nous
devons retenir comme facteur secondaire la prédation par Lotus cirrocephalus (aux dépens
principalement d'Egetta gularis) et les déprédations par les Chacals, Hyènes et êtres humains.
4“ Pour deux espèces au moins — Phalacrocorax africanus et Pelecanus onocrolalus —
il semble qu’un deuxième facteur limitant soit à l’oeuvre. Les mortalités de jeunes sont si consi¬
dérables que le visiteur ne peut manquer d’en être impressionné. L’hypothèse la plus simple
consiste à voir dans ces faits la conséquence d’irrégularités dans l’approvisionnement en
poissons Mais il est fort possible également qu’il faille tenir compte d’épizooties, elles-raênies
dépendantes de facteurs encore inconnus mais parmi lesquels les carences alimentaires auraient
un rôle. Une mission est prévue qui procédera à des autopsies.
§ 2. — LIMITES DES AIRES DE REPRODUCTION
ET DÉVELOPPEMENT DANS LE TEMPS
Déliniitec les aires de reproduction des diverses espèces constituait l'un des objectifs essentiels de
notre enquête. Bien entendu ces précisions ne prennent tout leur sens, en particulier leur sens biogéogra¬
phique. qu’éclairées par les données écologiques qui les expliquent en partie. C’est pour préparer une base
à l’interprétation finale (v. Conclusions générale) que nous résumons dans les tableaux ci-dessous les résul-
tau acquis et présentée dans le corps de cette III” Partie- lass Tableaux 1 et 2 indiquent les aires qui ont
au Banc d’Arguin leur limite soit méridionale (espèces paléarctiques) soit septentrionale (espèces tropi¬
cales). Le tableau 3 indique pour les autres espèces les limites de distribution à l'intérieur du Banc ainsi
que les positions géographiques des aires les plus proches soit au Nord soit au Sud *.
1. L'époque de reproduction du Pélican est par ailleurs étrangement variable d'une année à l'autre,
ce qui confirme notre hypothèse touchant les mouvements des poissons.
2. Les limites des aires de reproduction des Oiseaux de mer, telles qu’elles étaient connues avant nos
recherches, sont bien indiquées dans KiscnER et LOCKLEY, Sea-birds, 1954.
Source : A1WHW, ftiris
108
RE^É DE NAUROIS
Tableau 1. — Espèces paléarcliques ayant au Banc d’Arguin la limite méridionale
de leur aire de reproduction
PlalaUa leutoroUia.
Celochélidon nilotiea.
MolaciUa Pana iberiae.
Charadriut alexandrinus
Liiiiitv inériijtoiials
e Cheddit L 18° 35'.
ll« Cheddit L 19° 35'.
Ile KUane. Lat. 20°
Ile Clieddit Lui. 19° 35'.
Europe et, p5riudi<|uemvnt,
Baie de Buerto Ceneado.
Lat- 20°.
Soua (Maroc), Péninuule
ibérique.
(Ibiervuliuiu
Jamaie Irouvée nicheuue
eur la côte iiiéiiie d’Afr,
oeeid. au Nord du Banc
BrobubleinonI c5le
l'Agiierguer el peut-être
rélé du ïiahara eepa^ot
au Nord do l’Apuorauer.
Niche^ peul'élre pu
bahuru eajrugiiol.
Tableau 2. — Espèces tropicales ayant au Banc d’Arguin la limite septentrionale
de leur aire de reproduction
Phulacrocarax africariua.
Larus eirroeepftalu».
5<«rna maxima.
Limite Nui-d
lie Kiaoue-Ouest Let.
Ile Kiaone-Ouest Lat.
Ile Kiaouc, Lat.
Ilea du Kaloum Lat. 13° '
Source : MNHN, Paris
Espèces à répartition multirégion^e ayant une aire de reproduction au Banc d’Arguin
BANC D'ARGUIN.
CONCLUSIONS
109
110
RENÉ DE NAUROIS
Un Tableau (p. 263,264) résume sous forme graphique les faits qui ont été exposée. D
apparaît d’emblée que mises à part les reproductions automnales et hivernales de Phalo.
crocorax caibo et Pelecanus onocrotalus, et celles très étal^*s (mais à proprenient parler non
hivernales) d’Ardea cinerea et Hydroprogne caspia, la majorité des espèces nichent au prin-
temps et au début de l’été. Ce qui soulève une question pour laquelle nous n’avona pas de
réponse satisfaisante.
Les Alizés soufflent presque toute l’armée : de Septembre à Jiüilet. U semble que les
mois d'hiver devraient être une période d’enrichissement des eaux par les remontées d’eau
froide. Celles-ci se produisent à Taccore du Banc (c’est-à-dire, en fait, à la longitude de la pente
du plateau continental) mais leur.s effets sont propagés par les courants <le marée et turbulences
diverses jusque sur les hauts-fonds qui entourent les îles. Or, nous assistons à un phénomène
surprenant : après les mois d’été où (comme il est normal en raison de l’absence d’Alizés)
il ne reste sur les îles qu’un tout petit nombre de reproducteurs isolés (.surtout Phalaerocorax
africanus...), quatre espèces seulement continuent de se reproduire ou inaugurent un cycle ;
quelques Hérons (Ardea cinerea) et Sternes caspiennes (Hydroprogne caspia), quelques cen-
^inpa de Pélicans (Pelecanas onocrotalus) et grands Cormorans (Pkalacrocarax carbo lucidus).
Encore ces nicheurs n’occupent-ils que des surlaces réduites, sur seulement deux îles : Kiaone
et Axel. Pis encore : toute ponte s’interrompt à partir de la mi-Décembre; la mi-Février est
l’époque où presque tous les jeunes Pélicans et giands Cormorans s’émancipent; et les Sternes
caspiennes ne recommencent à nicher — très « timidement " — qu à la fin du mois. Encore
pendant cette période hivernale les reproducteurs n’occupeni-ils que 3 îles : Kiaone et Axel
d’une part (Cormorans pour la première. Cormorans et Pélicans pour la seconde), Zira d’autre
part (Sterne Caspienne en petit nombre). Le gros des nicheurs de printemps est encore épar¬
pillé le long des côtes du Sahara espagnol (cf. Valverde), de MauriUnie, de Sénégambie (cf.
Morel et Roux, Cawkel et Moreau, Cawkel), et ne reviendra nur ses lieux de ponte qu’à
partir de la mi-Avril. Les migrateurs par contte — Fous de Bassan, Labbes, Goélands, Sternes
et Limicoles_sont présents pendant tout l’hiver et le début du printemps, les petits Limicoles
s’étalant sur des kilomètres carrés, en masses que, ceruina jours (lors des migrations prénup-
tiJes) on peut évduer à des milliers d’individus.
1“ Une première explication se présente : il y aurait compétition entre migrateurs et
reproducteurs, les seconds ne commençant à affluer sur les îles qu’uprès le départ des plus
gros contingents des premiers. Voyons maintenant les choses de plus près.
Entre d’une part les quelques milliers ou dizaines de milliers de Flamants roses et de
Spatules et d’autre part les millions de Limicoles on peut penser qu’il y a en effet une concur¬
rence ^ Les grands échassiers, pour se présenter en nombre, attendraient que les lieux aient
été évacués par les Barges. Courlis et plus petits échassiers. L’explication est moins satisfai.
santé en ce qui concerne les Sulidés, Ardéidés et Laridés qui consomment du poisson. D fau¬
drait admettre que, chez ces familles, les populations de migrateurs d’un côté, de résidents
(reproducteurs) d’autre côté sont trop nombreuses pour pouvoir cohabiter pendant les mois
d’hiver — où, en d’autres termes, que la productivité primaire à la Latitude du Banc, compte
tenu des conditions climatiques relativement dures qui y régnent, suit une loi analog;ue
à celle qui régit les eaux boréales tempérées et arctiques : faible quantité de plancton en hiver,
poussée au moment où augmentent la durée des jours et l’interntité lumineuse? Autrement
dit il faudrait admettre pour les eaux voisines du Sahara espagnol ot de la Mauritanie,
en dépit de leur situation intertropicale, l’existence d’un «printemps de la mer •? Du même
coup les ressources en petits poissons offertes soit sur le Banc même soit à son voisinage du
côté du large seraient trop réduites en hiver et ne deviendraient suffisamment importantes qu’à
partir des mois de Mars et Avril.
2» Un autre facteur pourrait intervenir qui, loin d’être incompatible avec le précédent,
superposerait son action — facteur qui, d’après les indices recuellis sur diverses mers du Globe)
paraît jouer un rôle considérable dans la vie des oiseaux de mer, qu ils soient côtiers comme
nos Sternes ou pélagiques comme les Pétrels : non plus la simple pauvreté en proies présentes
mais la difficulté de capture. Ce sont souvent de gros poissons prédateurs — Thonidés notam-
1. Encore que FlaïuanU et Spatules ne s’alimentent pas lio la même manière que les Limicolea et que
Us premiers recherchent, sur les mêmes territoires il est vrai, une certaine profonUcur d’eau.
Source : MNHN, Paris
BANC D’ARCüIN. — CONCLUSIONS
111
ment — qui font monler en surface, voire gicler hors de l’eau, les petits et très petits poissons
dont se nourrissent certains oiseaux plongeurs et chasseurs. Or, les migrations et mouvements
de ces poissons prédateurs dans la région qui nous occupe sont encore mal connus. Il se pourrait
que les mois de Septembre ou Octobre à Mars constituent pour eux, au large de la Mauritanie
une période relativement défavorable. Nous ne faisons que poser la question.
3° Une autre interprétation ferait intervenir une cause dont l’importance a été exagérée
dans le passé mais que l'on a parfois tendance à sous-estimer aujourd’hui. Nous voulons par¬
ler de la rigueur relative de la température. Traitant des facteurs limitants, Odum (1959) a
fortement marqué les conditions d’emploi de ce type d'explication : ne faire appel aux condi¬
tions thermiques qu’oprés avoir éprouvé la valeur explicative des autres causes plus décisives,
avant tout les possibilités d’alimentation. U n’en reste pas moins que chaque espèce a son
aire de reproduction, dont les limites septentrionales et méridionales sont plus ou moins dis¬
tantes i’une de Tautre et largement déterminées par les facteurs climatiques. Chaque espèce
est, dans son aire, mieux adaptée que ne seraient les espèces voisines Ce qui revient à dire
que si elle possède, certes, une plus ou moins large tolérance à Tégard des conditions de tem¬
pérature, cette tolérance n’est cependant pas indéfiniment extensible. Prenons des exemples.
Dans l’Arctique, la frontière est quasi absolue : seule Pagophila eburnea niche au Spitzberg
sur la glace de la Terre du NE; pour Sterna paradisea, Uria lomvia, Fratercula arclica il
existe une double borne dans l’espace et dans le temps (les lieux de reproduction doivent être
dégagés par la fonte des neiges...). Pour les espèces des latitudes tempérées il y a également
une zonation : Uria aalge, prenant la place d'Uria lomvia, ne » monte » pas plus au Nord que
l’île aux Ouïs et ne « descend » pas plus au Sud que les îles Berlengas (côte du Portugal);
et sa reproduction ne peut avoir beu qu’au printemps. Si dans la région mauritanienne toute
la période présumée favorable du point de vue nutritionnel n’est pas mise à profit, la raison
ne serait-elle pas à rechercher du côté d’une inadaptabilité des espèces intéressées aux condi¬
tions hivernales propres à cette région : les oiseaux tropicaux — tels Egretta gularis, Sterna
maxima — attendraient tout naturellement la saison chaude; les oiseaux paléarctiques — tels
Gelochelidon nilolica, Sterna hirundo — ne trouveraient qu’à partir de Mai les conditions
mêmes qu’ils recherchent aux latitudes plus hautes. En somme, l’analogie d'ordre dimatique
que nous avons soulignée entre les côtes saharienne et européennes — descente « en doigt
de gant » des isothermes, presque identité des températures d’hiver à Port-Étienne et à Brest' —
se doublerait d’une analogie biologique : les oiseaux paléarctiques transporteraient à la Latitude
du Banc d’Arguin les habitudes qui sont les leurs aux Latitudes européennes (nidification au
printemps). Les oiseaux tropicaux, de leur côté, ne pourraient les rencontrer au même endroit
dans le même but qu’à la même époque ou à une époque encore plus chaude (nidification au
printemps et en début d’été).
4® Une raison d’un autre ordre pourrait s’ajouter, Hana une certaine mesure, à celles
qui ont été énumérées. L’île Arel, en hiver, est si densément couverte d’oiseaux — des petits
Limicoies aux gros Hérons et Cormorans — que l’on voit difficilement comment des Goélands
railleurs et des Sternes pourraient simplement trouver place — sauvegarder un territoire mini¬
mum — sur cette plate-forme envahie chaque nuit par tant de migrateurs •. D est fort possible,
sinon probable, que les lies Kiaone, à U même époque, sont également surpeuplées*. En va-t-U
de même sur les îles plates et garnies de végétation comme Zira, Nair, Touffat, Cheddit, c’est
beaucoup plus douteux. H faudra se rendre en plein hiver sur les lieux pour voir si, oui ou
non, ils sont occupés par de telles quantités de migrateurs que d’éventuels nicheurs ne
pourraient s’y loger. Il y a tout à parier que la réponse sera négative, ce qui anéantira la
valeur explicative de ce quatrième argument.
1. Sur l'imporUnce de ce Tacteur v. BowEN 1933, 1946.
2. Ce diBaot noua n'aieimilone nullement le climat de la côte mauritanienne à celui de la Bretagne.
Hais là où les températures sous abri peuvent différer sensiblement, les températures au-dehors, compte
tenu de l'humidité de l'air et en raison de la violence du vent, rendent les conditions également rigoureuses
pour les êtres vivants du point de vue des dépenses énergétiques qu'elles provoquent.
3. J. Dhagesco comme nous-même et mieux encore (car il voulut passer plusieurs nuits sur l'ile)
a été frappé par l'événement formidable pour la vue et pour l'oule que constitue en hiver l'utilisation d’Aiel
comme dortoir.
4. L’épaisseur du guano permet de le présumer,
Source : MNHN, Paris
112
RENÉ DE NAUROIS
3. — ZOÜGÉOlîKAPHIE
Le mélange au Banc d’Arguin d’espèces cosinopoliles, paléarctiques {ou holarcti-
ques), curafricaine?, sahariennes, éthiopiennes, est tout à fait renuir-jualile. Mais si le phéno¬
mène a ici son centre, si l’on peut dire son nceud, il déborde le. secteur côtier qui fait l’objet
de cette 11“ Partie. Nous avons vu Sternci anaelketus. espèce pantropicale, pousser jusqu’à
l’îlot Virginia, par 22®10', une implantation solide. Noua allons voir plusieurs espèces palé-
arctiques “ descendre » plus au Sud : Pelecanus onocrotalus jus<jue dans l’Aftoul es Saheli
vers 17“ ou 17®30', Laras genei atteindre sa limite sur les Ilots du Saloun par 13"40', Slerna
hirundo s’étendre jusqu’aux lies Bijagos par 11" et plus au Sud encore *. Nous verrons aussi
qu’à ce recouvrement selon un axe (plus exactement un gratul cercle) méridien d’espèces ori-
ginaires du Nord et du Sud se superpose un deuxième recouvrement de type zonal, c’est-à-
dire selon un axe (plus exactement un petit cercle) parallèle au plan de l’é<juateur, d’espèces
ayant leurs centres à l’Ouest (telle Slerna maxirrta) et d’espèces venues probablement de
l’Est. Mais certaines données manquent encore que la suite de l’exposé mettra en lumière.
Pour cette raison nous renvoyons à la conclusion générale la discussion (jui s’impose et pré¬
sentera alors tout l’intérêt qu’elle mérite (v. p. 283). Le § consacré aux limites des aires de
reproduction a déjà donné une classification grossière des espèces rencontrées au Banc d’Ar-
guin d’après leur appartenance biogéographique.
§ 4.
Reste à tenter, en guise de conclusion, une caractérisation de la côte maurilanieniie
dans son ensemble, du point de vue où nous nous sommes placés aux premières lignes de cet
ouvrage. La côte de l’Aguerguer était une Umile, presque sans épaisseur, entre un domaine
terrestre où la faune est toute saharienne et un domaine marin où la faune est toute marine :
sur la limite même — c’est-à-dire dons les fdaises — nichaient cependant, et pour ainsi dire
au côte à côte, des oiseaux aussi opposés (par l’élément auquel iis sont inféodés) que Pkala-
crocorax carbo et Falco biarmiciu, voire Oenantke leucura.
Ce caractère de limite disparaît au Banc d’Arguin. L’avifaune marine n’y atteint plus
le continent même puisque Pkalacrocorax carbo, assez curieusement, dédaigne les parois des
caps et se confine sur les îles. Mais l’avifaune terrestre eu revanche, s’écartant délibérément de
la plaine saharienne, pousse vers le large en occupant les hauts-fonds pour son alimentation,
les îles pour sa nidification. A vrai dire celte avifaune continentjdc comprend deux enscniblea :
un élément proprement terrestre adapté à la côte et s’aventurant jusqu’aux îles (ce sont
les Martinets); un élément plus ou moins lié au milieu aquatique — Pélicans, Cormorans
africains, Ailettes, Spatules, Hérons cendrés. Flamants... — que l’on est surpris de ren¬
contrer non plus dans des marécages ou des lagunes mais en mer : moins loin, certes, que la
pleine mer, mais plus loin que le simple estran, au-delà de lu limite que découvre la bassc-mer
et aussi loin que la profondeur de quelques décimètres. Les oiseaux de mer, pendant ce
temps, pêchent sans répit dan.s ces eaux qui ressemblent plus à celles d’un lac qu’à
celles de l’Océan. Au total donc : avancée des oiseaux de Terre jusqu’en mer; concentra-
tion des oiseaux de mer dans cet océan « atténué » qui doit son existence à la protection de
certaines presqu’îles (cap Blanc, cap d’Argmn) et plus encore au freinage de la houle par les
hauts-fonds. Double invasion, serait-on tenté de dire ; mais où un asjiecl l’emporte décidément :
l’aspect lagunaire. Cessant d’être une simple frontière séparant deux domaines, la côte s’esi
dilatée à la largeur d’une zone hybride et amphibie où une avifaune que l’on peut appeler
proprement côtière intègre et brasse ensemble d’une part des éléments terrestre (ou d’eau
douce) d’autre part des éléments marins.
1. La Sterne Pietregarin ne niche pas en Mer Rouge. Touthant ta rcpto.lurtion «ur Ica ilm de l’Atlan
üqne (Archipels de Madère et des Açores) voir Fischer et I.ockley 1954. I.ocklev 1952.
Source : MNHN, Paris
IM
PARTIE
AFTOUT ES SAHÉLI ET DELTA DU SÉNÉGAL
Ces deux régions sont contiguës et forment un complexe indissociable : d’une part la
longue dépression de i’Aftout es Sahel, s’étirant sur quelque 150 km en direction Nord Sud;
d’autre part, le triangle formé par le delta ayant pour base le secteur côtier qui s’étend de la
région de Gandianguer (au S de l’Aftout) à l’estuaire du fleuve (au S de Saint-Louis) et pour
sommet la région de Ilichard-Toll. Mais une communication existe entre ces deux systèmes
jalonnée d’Est en Ouest par les éléments suivants : marigots - défluents u fossiles » du Sénégal -
situés immédiatement au Sud de Keur-Macène (N’Diadier, Sorong); ime plaine indécise;
enfin la dépression du Tombouktar (qui constitue elle-même la partie méridionale de l’Aftout).
Toutefois, pour une meilleure compréhension de la répartition des espèces animales, il y aura
intérêt, après une description sommaire, à recourir à l’histoire géologique et climatique. Ceci
n’est pas un paradoxe. Nous allons voir que les Oiseaux, pour leur repos, leur alimentation et
leur reproduction, sont dépendants de certaines formes du terrain et de certains types de végé¬
tation, eux-mêmes fonction de la morphologie et des sols. Remonter dans le passé de la forma¬
tion deltaïque aura pour effet de nous éloigner momentanément du sujet, mais ce sera pour y
revenir avec une intelligence plus profonde du présent. D’où la division suivante :
Dans un premier chapitre : d’abord, comme à l’habitude, un rappel des données dima-
tiques propres à cette partie de la zone tropicale; ensuite, une présentation du delta avec l’ana¬
lyse de l’événement décisif qui lui donne son importance et sa fonction : la crue du fleuve et
l’inondation annuelle; enfin, l’histoire de sa formation, et du même coup l’explication des
diversités de relief et de peuplement végétal qui le caractérisent et conditiorment de près la
distribution des Oiseaux.
Dans les deux chapitres suivants l’étude des peuplements et des reproductions dans les
deux biotopes que constituent l’Aftout es Sahéli d’abord, le delta proprement dit ensuite.
Ces deux régions sont contigucs à l’intérieur de la zone sahélienne. Mais en dépit des connexions
climatiques, géomorphologiqucs et hydrologiques, les différences, celles en particulier de
pluviosité et, du même coup, de végétation, en font deux régions trop distinctes pour que les
peuplements d’Oiseaux ne soient pas étudiés séparément.
8 564016 6
6
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE PREMIER
CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
§ 1. — CLIMATOLOGIE
Le delta ienso latu est compris entre les Latitudes 17"30' (extrémité N des lagunes de
l’Aftout en année normale) ^ et 15®50' (embouchure actuelle du fleuve).
Températures. — l^e régime est connu pour trois points qui encadrent U zone : Nouak¬
chott (au N et en dehors de nos limites), Saint-Louis (à l’extrémité S), et Richard-ToU (à la
(. tête ” du delta). Elles ne présentent d’ailleurs aucune caractéristique inattendue : à Saint-
Louis, la moyenne annuelle est de 24“ 2, le minimum moyen (en Janvier) de 15“ 5, le maximum
moyen (en Octobre) de 31“ 8. Les conditions de la zone tropicJe sont ici tempérées par la pré¬
sence de TOcéan et l’action des Alizés. Bien entendu, les maxima s’élèvent rapidement à mesure
que Ton s’éloigne de la côte en direction de TEst. Richard-Toll la température peut être
plus froide qu’à Saint-Louis (minima nocturnes de saison sèche), mais elle est généralement
plus chaude (maxima au cours de Tannée).
Pluviosité. _Toute la région est comprise entre les isohyètes de 200 mm et 400 mm.
C’est dire que du Nord au Sud le gradient de pluviosité est élevé : 100 mm environ par 85 km.
Les chutes de pluie hivernales étant pratiquement insignifiantes c’est la quasi-totalité de la
hauteur d’eau qui tombe entre les mois de Juillet et Octobre. Les cartes en donnent la réparti¬
tion moyenne. Notons tout de suite que ces pluies locales sont suflisanles dès Juillet pour
donner un élan à la végétation herbacée et, par ruissellement, pour former des marcs. l,a poussée
des herbes fournit du matériel de construction à nombre d’oiseaux (Plocéidés, Sylvidés) ».
Mais l’étude de la petite avifaune terrestre ne rentrant pas directement dans le cadre de cet
ouvrage, plus importants pour nous sont les laits suivants :
1“ Nombre d’Ardéidés - Bubulcus ibis, avant tout autre - consomment des Insectes
(Orthoptères surtout). Les trouvant en abondance dès le regain de la végéution, ils entrent
dès Juillet en condition de maturité sexuelle;
2“ Les mares ne sont que temporaires. Là où les bas-fonds portent des peuplements de
gonakiès {Acacia n. nilotica), les troncs d’arbres ne baignent dans Tenu que pour peu de jours
en raison de l’évaporation intense. C’est dire que les nidificatcurs du haut et moyen delta, —
ceux du moins qui ont besoin d’un plan d’eau pour leur protection — doivent attendre pen¬
dant plusieurs semaines l’arrivée de l’inondation. Celle-ci survient vers la mi-Août et assure une
sécurité prolongée. I^s conditions sont différentes pour les oiseaux qui occupent le bas-delta;
le niveau du plan d’eau, qui, avant la crue, est à peu de chose près celui de la mer, isole tous les
jours de Tannée les boqueteaux de palétuviers — faute de quoi ces arbres mêmes n’existeraient
pas — et la sécurité est ainsi assurée pour les Oiseaux dès avant TafEux des eaux douces.
1. Il «ra traité plus bas de rextension de ces lagunes, variable d'une année à l’autre en fonction
des ptécipiutions sont bien incapables d’apporter à la crue du fleuve un apport
substanliei. Et cela d’autant moins que. dans cotte partie basse do la vallée, les eaux de pluie au Ueu de
ruisseler sont absorbées par des sols poreux et desséchés. Comme I écrrt Thicart (1961, p. 47) :« Dans son
cours inférieur, le Sénégal est on fleuve allogène. Il ne reçoit aucun affluent en aval du Corgol, qui conflue
à Kaedi. à plus de 500 km de la mer... Ce sont des apports lointains qui [le] noutTissent... Le delta est ainsi
soumis à un régime à deux temps [saison sèche et crue estivale], analogue à celui de bien d nuUes fleuves
des bordures désertiques : Nil. Euphrate. Tigre. Indus, /Dnou-Daria...».
3 Nombre de passereaux, de Plocéidés en particulier, n ont pas attendu les premières pluies pour
narre mi'ils Ont trouvé un couvert suffisant, soit dans les Typhaies, soit dans certains arbres (.éeacùu
EupTorbio baUomifera...). Dans les régions côtières, c’est-à-diro à moins de 1 à 20 km vers l’inté^
rieur l’humidité apportée par les condensations permet jusqu au pire moment de la saison sèche une aufl).
santé’ prolifération d'insectes. Les graines, par ailleurs, ne manquent évidemmriil pas. De sorte qu’à plu-
s^AirnlB cette bande côtière s’oppose de façon assez nette aux diitricts situés à t intérieur des terres à
latitude voisine ; UU ceux qui out été étudiés autour de Richurd-Toli par G. Morel. Une comparaison plus
poussée des écologies serait pleine d’intérêt.
Source : MNHhi, Paris
DELTA DU SÉNÉGAL ET AFTOUT. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
115
Variabilité des précipilaüons — D’une période à l’autre, voire d’une année à l’autre,
on observe des oscillations considérables. Ainsi, pour la période allant de 1887 à 1927, le rap¬
port entre le maximuro et le inininiuni a pu varier, suivant les stations de 1 et 6. Mais ces varia¬
tions, pour une même année, ne sont pas toutes de même sens. En 1950 (année très pluvieuse),
certaines stations ont battu leur propre record tandis que d’autres eurent des moyennes
relativement faibles. Par ailleurs, le nombre de jours de pluie par an augmente du Nord au Sud
comme la quantité de pluie ellc^même et comme la longueur de la saison des pluies. Du même
coup, il accroît en faveur du Sud les chances d’une répartition plus égale des précipitatioits
au cours des années... (Brasseur, cité par Bricaud 1965);
3° En ruisselant sur les parties les plus hautes (anciennes levées fluviales) de la zone
deltaïque, les eaux de pluie lessivent le sel qui imprègne le sol et l’accumulent dans les fonds.
Quand la concentration en chlorure est suffisante, aucune végétation ne peut prendre pied.
En outre, les limons prennent à la fois une consistance et une granulométrie favorables à leur
enlèvement par déflations éolienne : c’est le mécanisme de formation et d’entretien des seb'
khas, plus ou moins accusé selon l’importance de la concentration en sel. En saison sèche, les
cuvettes de ce type sont impropres à la reproduction des oiseaux *.
4° Chaque fois par contre que des ° Ües » plus ou moins revêtues de végétation émergent
des sebkhas, l’installation de colonies reproductrices est possible. C’est le cas des Pélicans et
Flamants qui s’établissent, dans des conditions que nous aurons à préciser, sur certaines par¬
ties sèches au milieu des lagunes de l’Aftout es Sahéli.
§ 2. — LE DELTA ET L’INONDATION ANNUELLE
1. Configuration du delta.
Certains auteurs, tel J. DUBOIS, ont hésité à employer pour la formation dont nous allons traiter le
terme de delta et utilisé celui de pseudo-delta. Les deltasa classiques» ont en effet deux déSuents ou davan¬
tage qui pouasent au largo des accumulations alluviales. Le Sénégal, au contraire, n'a qu'un seul estuaire,
que n'encadre aucune levée. L'expression de delta est néanmoins acceptable * : il existe d'ailleurs plusieurs
bras, mais leurs ouvertures anciennes sur la mer ont été obstruées i une date récente (après l'avoir été
sans doute à divers endroits i des époques antérieures..,), par la constitution d'un cordon littoral puissant.
C'est donc un delta èarré — comme la lagune de l'Aftout est une lagune borré$ — et enfermé de ce fait à
l’intérieur des terres, Indiquer dés maintenant cette particularité c'est annoncer du même coup un trait
do la plus grande importance ornithologique : de par sa configuration même, le cours du Sénégal, s'il se
divise pour délimiter de larges Iles inscrites dans le continent, ne peut projeter vers le large aucune digiution
donc, non plus, aucun ilôt *. Par suite, l’avilaune ne peut y être dn même type, dans sa composition comme
dans ses modes de reproduction, que celle par exemple du Banc d'Arguin : en particulier, les oiseaux de mer
— à une exception près sur laquelle nous aurons à insister — en sont exclus.
Quels sont les facteurs en jeu? L’un d’eux relève de l'océanographie physique en même temps que
de la climatologie atlantique. C'est la puissante action de la houle du NW provoquant sur la cète skieuse
la dérive vers le Sud dont le mécanisme a été décrit plus haut (voir p. 18). L'effet est double.
D'une part, la formation d’une longue flèche — la Langue de Barbarie — qui, dans un passé récent,
a bouché Us issues du fleuve à l'exception d'une seule Elle empêche ces accumulations en doigts de gants
1. Nous empruntons les remarques qui suivent au livre de Adam (J. G.), Bkicaud (F.), CsAKitEAU
(Cl.), et FauCx (R.) 1965, Connaissance du Sénégal, (Uimals, Sols, Végélosion, Dakar.
2. Font exception cependant certains Burhinidés et Glareolidés {Cursorius lemmincM, par exemple)
qui peuvent nicher sur le sol nu sinon du fond du moins des bordures de la sebkha.
3. <c Le delta du Sénégal, écrit TrICAUt (1961, p. 60) répond à tous les éléments génétiques de la
définition d’un delta typique : c'est une coostruclioD alluviale de niveau de base édifiée dons une nappe
d'eau ».
4. Plus précisément la houle du NW détermine parfois un Qot par cisaillement de la fièche de sable
dite Langue de Barbarie. C’est ce qui s'est produit il y a quelques années et persiste à l’heure où nous écri¬
vons : un Ilot de sable divise en deux bras inégaux l'estuaire même du fleuve. A notre vif regret, nous avons
été plusieurs foie empêché de débarquer sur celte accumulation sableuse. Tous les renseiguements recueillis
de la bouche de nos guides furent concordants : aucune colonie d’oiseaux de mer ne s’y installe. D'ailleurs,
dans sa position actuelle, l'ilot se trouve presque rattaché au coulinent par le Sud. Survolant les lieux à deux
ou trois reprises (saison des pluies), nous n'avons rien aperçu. Il conviendrait cependant de voir si quelques
Sternes à front blanc, Slerna albi/rons, et Pluviers il collier interrompu, Charadrius alexnndrinuj, ne sont
pas nicheurs au printemps. Morel et Rovx (1966, p. 65) écrivent à propos de Sierna albifions : « Nous
avons vu à l'embouchure du Sénégal en Avril-Mai des oiseaux... dont le comportement laissait supposer
une reproduction très prochaine... ».
5. Sur la formation de la Langue de Barbarie voir CuiLCUER et Nicolas 1954. Faute d'fle, le rôle
des conditions océanographiques est surtout négatif ; il consiste en cette action de la houle constituant le
cordon dunaite et« refoulant» toute avancée deltaïque en pleine mer. Reste à mentionner la pénétration
des eaux salées dans le lit du fleuve, pénétration qui va fort loin vers l'intérieur pendant la période d’éliage
et amène avec elle un cortège de poissons d'estuaire.
8.
Source : ASNHN, fW-is
116
RENÉ DE NAUROIS
empiétant sur la mer dont le sectiuimement. ici ou li. donnerait iiuis.iuirc à «les îles ou UoU comme il s’ea
trou%’e à rcxlréniité «le» deltas lypiqu<» - Mississipi par cxcinpli'. Coniine l’écrit TKItART (1961, p. 63) :
« Des actions antagonistes du Seuve tcmlaiit à maintenir son fmbouchiirc el de lu met qui édi6e un cortlon
littoral.!, résulte la géomorphologie du front inaritinie du «lellu. I.e8 forces sont inégales entre la mer qui
travaille toute l’année tandis que le Sénégal chôme plus de 7 mois par an. l.’eiiihoiirhure |elle-inêmel. net-
toyée lors de la crue, est vite barrée lorsque le courant faiblit, l'.lle se imiinliriit iiliis sous reflet des actions
marines «rue sous celui des actions Hiiviatiles. Si elle peraiste en suison sèche, c’est surtout grâce aux courants
de marées qui fournissent* l'elfel de chasse d’eau indispcusabic».
D’autre part une mise en charge du fleuve, qui est la consétiuence de l effet précédent. L estuaire,
large de quelques centaines de mfcUes, n’est qu’une interniplion du cordon littoral. Celui-ci d’ailleurs se
contiuuc à faible profondeur, le lit du fleuve communiquant avec la mer par un seuil élevé (haut-fond)
qui ne peut cire franchi qu’à marée haute et seulement par de pclilcs emliarcBlioiiH. L’ensemble - cordon
littoral et® barre» de l’estuaire - joue donc un rôle de liarrugc et contribue, lors de lu crue, à élever le niveau
. .... ... .1__ Ainsi s’étale la zone d’inoiidativn.
su-dessus des ri
2. Régime du fleuve.
I.e débordement aunuel est la couséquenee «le pliéiioinfcnes les uns climatiques - les pluies de mous¬
son tombant de Mai à Octobre dans la région des si
géomorphologiques — le ruisseilcmeiit de ci
a-Djalou et hauteurs voisines), les autres
gcomürp«o.u6.Hue. - .. --- , r les roches quasi imperméables (cuirasses
ferrugineuses) du haut bassin-versunt ‘. Mais le déferlement est lent à cause des faibles pentes et n atteint
le Delta que d’Aoùl à Novembre, U maximum de la crue se plaçant pour Richard-Toll dans la troisième
semaine d'Octobre. et n’atteint l’Aftout que plus lard à condition que la crue soit assez forte. Si donc c’est
l’inondation qui rend possible la reproduction de cerUines catégories .l'.iiseaiix, cet effet ne peut avoir lieu
que dans des limites de temps relativement étroilcs : de lu ini-Aoùt à Janvier pour le delta proprement «lit.
Nous aurons à revenir sur ees conditions dont le jeu ii'est pas U même cl n’intervient pas au même moment
dans les diverses régions. H suflisuil de montrer pour le in«jiiieul qu’un cin'hcvêlrenient de facteurs est à
l’œuvre - facteurs aujourd’hui bien connus grôce aux travaux «les géoniorplu.logucs, hydrauliciene et
cliinatologistes.
§ 3. — HISTOIRE DU DELTA
La morphologie oriente l’inorwlalion annuelle selon eertniues directions et lu répartit sur eertaiitea
surfaces. Par ailleurs, la nature des sols, les hauteurs d’euux - elles-mêmes dépendantes des reliefs —
conditionneut la végétation dans su composition (plantes bcrbiii-écs, peuplements d’acacias, mangroves)
et dans sa densité. Ces actions se développent au cours d’un cycle annuel caractérisé par deux alternances
l’une climatique - saison sèche, pluies estivales ; l’autre hydrologique : erucs, décrue, éliage. Mais tant
CCS reliefs ijue ees sols ont un* histoire. Pour <^e qui nrius occupe «luiis cet ouvrage - l’organisation des
peuplements aviens et de leurs reprotiuclions - il pourrait suHire «le prendre en considération la phase
la plus récente, celle qui va de lu dernière Irausgreasion murine à la situation présente, les élajtCB antérieures
n’étant évoquées que pour mémoire. Si nous les retraçons cependant, résumant à grands truiu les travaux
de J. TRUiVRD (1954. 1955, 1956. 1961), P. Elüuabd (1959). P. Michel (1957), c’est d’abord parce que ce
passé lointain rend plus intelligible le passé proche ; c’cit aussi parce que celle paléogéogruphie est étroite¬
ment dépendante d’une puléoelimatologie et que toute» deux éclaireroiil les liypolbèse» biogéographiques
auxquelles nous parviendrons en conclusion. Prenons donc la suite des événements au stade où elle rend
le développement le plus aisémout compréhensible, à la période tertiaire d’énicrsion définitive de l'ensemble
du bassin sédimentaire sénégalo-mauritanien.
Tertiaire.
On a appelé Conli/tcnmf terminal et placé dans le Tertiaire supérieur les formations détritiques qui se
sont accumulées sur l’Éoccue après que le bassin a été exondé. Ces formations sc trouvent aujourd’hui,
pour partie, enfouies sous les dépôts quaternaires qui nous intéressent plus directement. Duna In région
du cours inférieur du fleuve Séuégul les couclies n’apparuissuiciit pas eu surface et ne sont connues que par
des échantillons extraits de sondages. Deux caractéristique» sont à lutter : d’urnt part les faciès - graviera
transportés sur de grandes distances, matériaux sablo.gréseux - indiquent un épandage en climat semî-
aride par des crues brusque», l’axe du drainage coluridanl approxttnaliveraent avec celui du fleuve actuel •
d’autre part le glacis plonge sous les formations ultérieures à une itrofiindeur telle - inférieure au niveau
actuel de la mer - «jue de» subsidences ont certainement eu lieu, comportant sans doute «les cassures et
flexurcs « Il semble, écrit TriCaRT que l’extrémité NW du Eerlo entre Dogana et le lac de Guiers soit un
petit horst qui a bloqué le» accumulations alluviales du Séuégul, lundis i|ue le Sud «lu Trarza serait une zone
affaissée...» (1961, p- 17).
Quaternaire ancien.
Il y a eu avancée de la mer dans la Mauritanie sud-occidentale. Au-dessus d'un C«mtinental terminal
particulièrement épais et subsidenl, les dépôts marins quaternaires anciens ont constitué la matrice «le cti
1, Nous résumons ici les analyses de TrICABD (en particulier 1961, p. 48). Le Sénégal pren<l ses
sources dans les régions soudanieimei aux confins de lu (iuinéc, «lu Mali cl «lu Sénégal orieiitui qui reçoivent
nar an de 70Ü à 1 90Ü mm d’eau (Kayes et Dalaba). -Mais ces pluies tombeiil pcnduol une saison (de Mai h
Octobre au Loula-Djalon) qui n’est pas beaucoup moins contractée qu’à lu latitude «lu «Iclta. De aorte que
c’est une quantité d’eau importaiiU .[ui arrive dans les pjoines busses en uval de Kayes (à une altitude de
20 m mai» à uue distance de la mec qui est encore de 900 km).
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉNÉGAL ET AFTOUT. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
117
qui sera plus tard un erg. Mais antérieurement aux dépôts marins existent des dépôts continentaux, souvent
décrits sous le nom de latérite, et qui correspondent ù deux niveaux * :
Le plus ancien est lu cuirasse ferrugineuse de 2 métrés de puissance, qui surmonte les grès argileux
du Continental terminal,
Une deuxième cuirasse, congloinératiquc celle-ci, surmonte la première dont elle est issue par destnic-
tion et recimentation des graviers ferrugineux.
Si la cuirasse ferrugineuse vient à l'affleurement è l'Ouest du lac de Guiers. elle est partout ailleurs
recouverte par des niveaux plus récents. Dans la dépression du lac Rkiz affleure le gravillon fcrnigineux.
QUATEBNalBE RÉCENT.
Il est utile pour la clarté de l'exposé d'cnuiiiérer d'abord les étapes qui ont conduit au modelé actuel.
Les facteurs successifs ont agi dilféremment : de faqon positive lorsqu'ils ont mis en place des reliefs durables;
de façon négative lorsqu’ils ont ouvert des vides et perntis l’installation de systèmes morphologiques poslé-
1. Régression miu-inc et mise en place d'un erg (Ogolien des dunes rouges) dont la masse résistante
guidera l'évolution ultérieure.
2. Transgressiou marine de 2 à 3,5 m et sédimentation, Formation d’un cordon de dunes littorales
barrant partiellement l'entrée du golfr, A l'intérieur de ce dernier, constitution progressive d'un delta du
type classique à plusieurs embouchures, les digitations s'avançant vers l'aval dès que le niveau marin s'est
stabilisé. Cette étape est évidemment décisive pour la mise en place des biotopes futurs. Kn particulier, les
parties hantes (levées alluviales) sont, selon l’expression de Tbicabt, léguées en héritage ô l'époque présente.
Mais le colmatage n'est pas achevé lorsque commence la phase suivante,
3. Régression dont les effets, variés selon les régions, ont donné à l'ensemble sa configuration actuelle,
constitué les reliefs mêmes, les sols et par suite les types végétaux qui déterminent aujourd’hui la répartition
des oiseaux et leurs conditions d'existence,
Fin meme temps et du fait de l'oltturution des estuaires (Boytet, Cavort, puis tout récemment
Maringouins) s’est produit l'infléchissement du cours du fleuve vers le Sud et la formation du bas delta
par alluvionncmcnt en direction méridionale. Le golfe qui persistait au Sud des anciennes embouchures
(des environs de Saint-Louis à l'aclucllc région des Niayes) a donc été partiellement colmaté, De nos jours
U crue s'étale de Richurd-l'oll à la mer et de l'Aftout ft Gandiole. Le fleuve, après s'ètre divisé entre son cours
principal et les marigots de Corom, du Lampsar, du Gueyeioubé, etc., sc rassemble en un courant unique
avant d’aboutir à la mer.
Nous disions en commençant que ies actions anciennes, loin d'avoir été simplement rempIocée$ par
les plus récentes, ont continué d'être à l'œuvre en fournissant le cadre, très résistant, où sont venues se
loger les formations nouvelles. Revenons doue avec un peu plus de détail» sur les phases de ce développement
dont l’importance a été décisive.
1. Les niveaux marins du Quaternaire ancien ne semblent pas exister dans le delta du Sénégal.
Recouvrant directement les niveaux ferrugineux nous trouvons le grand erg de dunes rouges : c'est l’Ogoiten
de P. ËLOVABD (1959). Ce faciès correspond, comme il a été dit plus haut, à uue période de régression.
Celle-ci a été contemporaine d'un climat ari<le que l'on place 10 000 à 15 000 ans avant l’époque actuelle.
2. La transgression qui suivit a été datée de 5 500 ans avant notre époque. Au long de la côte de
Mauritanie et du Sénégal, elle s'avança vers l'Est sur une profondeur de 10 à 15 km et, dans la vallée du
fleuve, pénétra jusqu'à Doghé, à plus de 200 km *. Sur ces surfaces elle a laissé une terrasse de sable fin et
de coquilles située à une altitude de 2 à 3,S m : c’est le Noiiakchoiiien de P. Élch ard (1966). Mais il faut
mentionner une autre action de la mer à cette époque : pendant que sc déposaient les sédiments, les houles
entaillaient les dunes rouges de VOgoïien, arasant les plus occidentales d'entre elles.
3. Le retrait de la mer fut progressif et marqué par l’accumulation de cordons littoraux successifs
(les dunes jaunes) barrant la terrasse du Nouakehotlien et isolant des lagunes.
Au Nord, dans la région qui csl aujourd'hui l’Aftout es Saheli, c’est tout un chapelet de dépressions,
d’axe méridien, qui se trouve enfermé entre, du côté Est, ies duties rouges du Trarza (que la transgression
précédente n’avait pu entamer) et du côté Ouest un cordon littoral presque rectiligne et puissant (Sèor).
U y eut ensuite assèchement, plus précisément remplacement do la logune marine pur un système à deux
temps : remplissage en saison des pluies, évaporation en saison sèche. Par quel mécanisme la formation de
sebkhas se surimposa à la constitution de la terrasse, c’est ce qtie nous préciserons sans tarder.
Au centre et au Sud, l'action des houles ayant été freinée par l’étendue des hauts-fonds, certaines
dunes rouge» avaient résisté et la mer n'avait pu que s'insinuer entre elles (régions de Makhana, marigots de
Mengueye et de Khant faisant communiquer l’acturllc plaine au Sud de Saint-Louis avec la dépression du
N’Diael). Au fur et à mesure que s’opérait la régression, découvrant lu terrasse, de» phénoincnes nouveaux
intervenaient : formation de bouchons éoliens en direction N-S, obstruant les ancieus bras du fleuve en
direction des bouches des Maringouins et de Boytet-Gavart); dégénérescence de ces issues; infléchissement
du cours d’eau vers le Sud. L’absence de pente favorisait l’étalement. En période de crue l’écoulement se
faisait en nappe. Les eaux ayant abandonné en amont leurs matériaux les plus grossiers, le fleuve ne pouvait
plu» constituer de levées importantes mai» formait des diffluence». Nous le» énumérerons en suivant Tbicabt
(1956, p. 83) ; à droite le Tiallakt — « héritier du bras qui a longé la Langue de Barbarie à la suite de la
fermeture des bouches de Boytet et de Gavart — et le Gueyeioubé ; à gauche le Lampsar et le Djeuss,
collectant vers le Sud les eaux de débordement ; le premier à partir d’une diffluence en amont de Rosso ;
le second sur le cours du Gorom». Un colmatage s'étend ainsi sur une partie de la terrasse du A'ouokcftoïdcn.
« La décantation argilo-limoneusc prédomine. Elle donne des plaines de vase en pente douce ie long des
rives-, particulièrement vastes en amont de Saint-Louis où la décantation est plus intense-, » Certaines
1. C’est un agréable devoir que d’exprimer ici noire gratitude ù P. Elouabd qui a bien voulu nous
aider à comprendre l'histoire de slrutiures parfois compliquées et a eu lo patieurc de corriger nos brouillons.
2. Elle s’enfonça par endroits en doigt <lc gant entre les dunes du Trarza. atteignant l’extrémité
ENE du lac Rkiz.
Source : MNHhi, Paris
118
RENÉ DE NAUROIS
vaeiireg anciennee, plus hautes, sont à peiue atteinU» par les rxu
Bchorrea incisés par des chenau* de marée. L une a elles est bien
ou 15 km au Nord de Saint-Louis. Une mangrove en occupe la Unu
également des palétuviers dont les peuplements s’étirent le long df
tées dans le sens EW et donc à i’abri des vagues de
Nicolas, 1954). Telles sont les régions amphibie
letuclles et présentent la stnieture dea
lilile sur la rive gaurhe du fleuve à 10
néridionale. D'autres vasiéros portent
„ ives niéridionaies, plus ou moins orien-
ioeal déferlant du Nord (cf. A. Guilciier et J. P.
.ikar-Ilango, mais rive droite).
Nicolas, ivosi. leiies soin n-o ........... —- ---- _
de Sor (au NE de ce faubourg), de Gandiolc (au NK de l’agglomération). KJiisophoro et yfricennto se prêtent
idification des Cormorans, Anhingas et Ardéidés divers, comme noua aurons à l exposer plus bas.
§ 4. — LES FORMES ACTUELLES DU REUEF ET LEURS COUVERTS VÉGÉTAUX
Nous examinerons .successivement : diverses formes d’érosion subicB par les levées allu-
viales ; certaines formes d’accumulations subactuelles ou acluelles dans les méandres, cuvettes
et plaines alluviides; enfin ces dépressions de type très particulier que sont les sebkhas. *
1. Affouillements de rive concave.
La formation de méandres est due à la tendance à l’incision, conséquence de l’abaisse-
ment du niveau marin à la suite de la dernière transpe-ssion (Tricart 1956, p. 71). Le fleuve
arrache donc des matériaux fins dans les rives concaves pour les déposer un peu plus loin.
Creusement, transport et dépôt ont évidemment été plus importants aux époques où le débit
était plus fort. De no.s jours le phénomène n’est ob.servahle qu'à un degré atténué et en période
de crue *. Pour en décrire avec plus de précision le mécanisme, Tricart cite comme exemple
le cours de l’un des grands défluents du Sénégal, le Lampsar, à l’endroit — environs de Makha-
jia_où, avant d’être barré pour les besoins en eau de la ville de Saint-Louis, il entaillait le
système de dunes rouges qui subsiste au centre du delta. « Il sapait une rive concave abrupte...
sur laquelle le sable s’éboulait dans le lit en saison d’étiage et était iléblayé lors du maximum
de la crue. Mais la granulométrie de ce matériel... était trop grossière pour que les eaux puissent
l’évacuer au loin... Une fois le courant réfléchi contre la rive et devenu moins violent du fait
de son étalement, le sable était dépo.té. Il s’est acr.umulé en une, série de levées de rive convexe.
Mécanisme général qui nous a suggéré une théorie de la formation des méandres... Le bras
principal du Sénégal atUque de même le bord il’un massif dunaire à Maka et à Diama... »
(1956, p. 71-72). .
Ce creusement de rives concaves a une incidence directe sur la vie de certaines caté-
gories d’oiseaux. Il offre, en effet, d’excellentes possibilités de nidification au martin-pêcheur
Ceryle rudis. Empêché plusieurs fois d’explorer comme nous le souhaitions la vallée du Lamp.
sar, nous avons fait par contre des arrêts prolongés le long des rives en fortes pentes de Maka-
Diama : sur une longueur de quelques centaines de mètres, le Ccryic y creuse chaque année
plusieurs dizaines de « terriers ». En Novembre 1967, il se trouvait là en pleine reproduction.
Même phénomène à quelques dizaines de kilomètres en amont, à l’endroit où le défluent du
Gorom se sépare du lit mineur : c’est alors une ancienne levée qui est attaquée et dont les
(^ryles utilisent la pan coupé
2. Accumulations de rive convexe.
Le corrélatif du creusement est le dépôt en levées successives, s’étalant à la manière
d’un engraissement sur les rives convexes : phénomène que nous avons noté en particulier sur
le bras principal du fleuve dans la région de Rheune et dont nous proposons l'andyse suivante.
Soit une rive concave, rive droite pour fixer les idées, dont les matériaux sont arrachés
puis transportés à quelques centaines de mètres ou kilomètres plus loin. Us seront déposés sur
1. La végétotion du Sénégal a fait l'objet de l’admirable travail de J. TrOcuain 1940. Mais le delta
du Fleuve était presque inaccessible à l’époque où cet auteur effecUia ms recherches. Nous nous sommes
surtout renseignés, touchant les plantes du N W sénégalais cl du b w mauritanien, auprès de nos atnia
J. Adam et A. Naeceie. , , , ci i- r i a . ,
2. Le courant use soit des dunes soit dea levées sablo-limonoiisc» consliliiées lors de la formation
du delta et qui sont aujourd’hui insubmersibles — ce dont témoignent les village» échelonnés à proximité
immédiate de la rive, particuliérement sur le cAté sénégalais ; Kong. Ouaisoul. Diaouar, Rhcuues, Uébi,
Tiguet.» observations tout ù fait analogues sont banale» sur les berges de rivières encaissées. Nous-
même avons par exemple, étudié une colonie du Guêpier MtUuophngun biillocki (Vieillot) qui iitiiisait un
mérdre^ia haute Gambie. La paroi verticale, due à l’arfa.Wment dW ..sn entier de falniM. était criblé:^
de ttous - jusqu’à 3 ou 4 orifices par mètre carré. Exemple parfait d une possibilité «ffertc aux oiteaux
nar l’érosion fluviale.
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉNÉGAL ET AFTOUT. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES 119
le même côté. La rive droite concave, en effet, vient de rejeter ie courant vers la gauche où il
rencontre une rive qui, à son tour, va jouer le rôle de rive concave et renvoyer la masse d’eau
vers la droite (la direction générée se trouvant ainsi maintenue). Mais U y a ralentissement —
et donc dépôt — sur la rive droite à l’endroit où celle-ci devient rive convexe. Plus précisément
c’est juste avant d’en arriver là — sensiblement au point d’inflexion de la courbe vaguement
sinusoïdale — qu’il commence à y avoir accumulation des matériaux pris en charge. Suivant
la tangente au point d’inflexion se dépose progressivement une sorte de rempart. Si ia rive
opposée (rive gauche) n’est pas trop rapprochée et si elle cède plutôt que de renvoyer la masse
du fleuve vers la droite, le phénomène tend d’année en année à s’ajouter à lui-même. La conve¬
xité de rive droite s’élargit comme une enflure : une année Al un cordon Cl se forme ; l’année
suivante A2 le cordon C2 s’enracine sur Cl, le prolonge en le doublant vers l’extérieur (pat
rapport à l’atterrissement de rive droite). Cl devient, si l’on peut dire, une rive morte... et
ainsi de suite. Ces levées successives, elles-mêmes convexes, jalonnent donc un déplacement
latéral du lit. U y a comme une « dérive » du cours d’eau * vers la rive d’en face — gauche dans
l’exemple choisi, dont le rôle est devenu eelui d’une concavité tendant plus ou moins plus à
reculer sous la pression du fleuve. Il s’ensuit une accentuation du méandre. L’ensemble
apparaît comme un faisceau ou, si l’on veut, comme une plumet lié à la base et d’où les
rameaux se détachent en divergeant de plus en plus. D’où, à l’aval, un écartement croissant
entre les levées.
Le nombre de ces alignements donnerait une indication sur les étapes successives
de la formation du méandre s’il n’y avait des déportations en sens inverse, chevauchements et
autres remaniements, rendant la topographie plus ou moins confuse. Les intervalles, sembla¬
bles à des vallons en miniature, sont évidemment à sec en saison d’étiage; mais il est remar¬
quable qu’au début de la crue, avant que le maximum de l’inondation n’ait submergé par
l’amont la suite des cordons (ou plus exactement de leurs « racines » qui dessinent la rive actuelle
du lit mineur et forment un barrage), ils se remplissent par l’aval.
Ces extensions de rive convexe sont garnies de broussailles et de gonakiés (Acacia n.
nilotica). Les levées portent les arbres tandis que les intervalles forment pendant la crue des
marigots plus ou moins encombrés de plantes aquatiques et essences buissonnantes. A 2 et
4 km à l’Ouest de Rheunes de vastes peuplements de gonakiés abritent en période d’inonda¬
tion deux fortes colonies de Cormorans, Anhingas et Ardéidés. Comme il sera exposé plus
loin, il nous fut possible d’atteindre l’un de ces emplacements en période d’inondation.
Détourné d’y parvenir par une navigation d’aval en amont (nous redoutions d’être arrêté par
les troncs d’arbres morts et la profusion de végétation aquatique), nous cherchâmes un passage
à partir de l’intérieur des terres et dûmes franchir successivement plusieurs levées et plusieurs
sillons. li fallut nous mettre à la nage pour traverser le chenal le plus profond. C’est ainsi que
nous primes une vive conscience de la fonction remplie par l’inondation : ^e isole des boque»
teaux et c’est par elle que se trouve assurée la sécurité des nicheurs.
3. Cuvettes de décantation.
11 y a cuvette là où, selon l’expression de Tricard (1956, p. 75), se trouve une zone rési¬
duelle de moindre accumulation : à l’amont ces cuvettes s’identifient aux larges intervalles entre
d’une part, les levées du fleuve, d’autre part les pentes des massifs dunaires — les deltas
adventices, dont nous décrirons plus bas la formation par rupture des levées, ne cloisonnant
qu’en parrie ces régions déprimées — à l’aval, où les levées sont de moins en moins nettes
et les deltas de rupture de levées de plus en plus jointifs, les cuvettes sont aussi moins indivi-
duabsées ou plus petites, logées dans les recoins entre deltas adventices en éventails. Que se
passe-t-il dans ces cuvettes pendant le temps où elles sont envahies par l’inondation?
Le mouvement des eaux étant extrêmement lent aussi bien pendant la crue qu’en décrue,
il s’y opère un dépôt des troubles amenés par l’inondation; les fonds des anciennes lagunes,
mis en place à l’époque de la formation du delta, sont donc recouverts d’une couche de limon
argileux. » A l’état naturel [pour exclure les zones d’aménagements agricoles], celles de ces
cuvettes qui ne sont pas submergées trop longtemps... sont colonisées par le Vétiver et par
Sporobolus pyramidalis, dont les touffes aux hautes tiges serrées retiennent aisément les par¬
ticules fines « (1956, p. 75). Des peuplements de gonakiés s’installent dans certaines parties,
1. Pour des raisons mécaniques il n’y a, de ce tait, aucun renforcement du rejet des masses d’eau
vers ta gauche. Iæ voisinage do la rive droite est devenu une zone tianquilie, sans fortes pressions, et c’est
pourquoi U décantation s'y produit.
Source : MNHN, Paris
120
RENÉ DE NAUROIS
celles où les eaux annuelles ne stagnent pas au-delà des mois do Décembre à Janvier. C’est
ainsi que dans la vaste cuvette comprise entre le fleuve au Nor<l, le Coron à l’Ouest, le marigot
de Diovol au Sud, existaient jusqu’à ces dernière» année» plusieurs boisements. Comme nous
aurons à l’exposer plus loin, deux d’entre eux abritaient jusqu’aux récentes mise» en culture
d’imporuntes colonies de Cormorans, Anhigas, Ardéidé.s. Ici encore c’était donc la nappe
d’inondation qui procurait la sécurité. Mais par les voies ((ui ramenHi<-nt, par le site surtout
qu’elle envahissait, son rôle était différent de celui que nous avons vu à l’ceuvre sur les borda
du fleuve dans les levées de rive convexe *.
La végétation est évidemment plus fournie dan» le.» dépression» i>cu marquées que
dans les cuvettes profondes où l’eau stagne. Dans ces derniète», c’est à la périphérie que se
concentrent les plantes, là où l’eau de crue arrive plus lard et s’évapore plu» tôt. D’où la forma-
tion d’un tapis herbacé fort épais à Sporoholus pyramidalis. dont l<r rôle (ïst de ralentir encore
le mouvement déjà très lent des eaux et d*- favoriser le dépôt de» matières en suspension, Les
effets sont différenU au centre des bas-fonds. Tbicakt les décrit comme suit (1956, p. 184) ;
• L’inondation plus longue et surtout la concentration croissante en sel gênent le développement
de la végétation. Les prairies... deviennent de moins en moins dense», trouée» de larges espaces
vides, puis disparaissent. Elles font place à des étendue» d’argile nue, très compacte... Parfois,
tout au centre de la cuvette, une zone où la concentration du «cl est suffisante permet l’existence
d’une sebkha. Tel est le cas à Bel et dans le Djoudj... Aucune accumulation actuelle ne ae
produit et l’évolution est au creusement par déflation. 1.8 tranche d’eau, plus épaisse, devait
au contraire engendrer une décanUtion plus active, la déflation, favorisée par le sel, la
compense et au-delà
C’est dans les dépressions moins profondes et occupées, de ce fait, par de vastes prairies
de graminées que l’on voit, en hiver, ptilluler les Anatidés paléarcliijues. A tous le pian d’eau
sert de lieu de repos. Aux Canards plongeurs le fond, lorsque l’épaisseur liquide n’est pas trop
forte, fournit des graines.
4. Plaines alluviales d'aval.
Leur formation procède de celle, plus générale, des deltas adventices. Partons de l’amont
et reprenons la description du mécanisme. Comme il a été exposé précédemment, les gaines
qui guident le cours du fleuve sont presque partout assez haiile» pour empêcher les eaux de
crues de déborder. Il arrive cependant qu’elles se détériorent : comme i’écrit Tiucart, «le
sapement de la rive concave en fait un mur contre lifiiucl l’eau monte presriue verticalement.
Qu’elle atteigne une petite dépression et elle déborde par-dessus ia levée... la brèche s’approfon¬
dit rapidement, se transformant en un petit défluent enUillé dans la levée qui construit un
delta adventice dans la cuvette où il débouche» (1956, p. 73). En amont de Richard-ToU
ces deltas apparaissent de distance en distance, séparé.» 1 un de 1 autre par 1 ou 2 km. Mais à
l’aval, où les levées anciennement " moins bien nourries » sont moins fortes, les ruptures sont
plus nombreuses et les deltas s’anastomosent. Plus bas encore, certaine» levées ne fonctionnent
plus comme des gaines continues mais plutôt • submergée» pcnitanl une grande partie de la
crue... évoluent alors à la manière d’un banc alluvial dan» le lit mineur d’tinc rivière ». Par
endroits, se forment des diffluences. D’une manière générale, à mesure que l’on s’avance vers
l’aval, les deltas adventices font place à des ilella»/ronlaua: qui sont coalesrent». . On passe
ainsi progressivement de l’accumulation concentrée de matériel gros»ier (sable), génératrice
de levées individualisées, à l’accumulation diffuse par décantation de limon et d’argile, donnant
des plaines unies » (p. 74). Examinons les conséquences pour la vie et, plus particulièrement,
pour la reproduction des oiseaux.
Nombre d’espèces paléarctiques d’Anatidés et d’Echassiers viennent hiverner dans le
delta. Ils arrivent dès le mois d’Aoûl et plus encore pendant le» mois de Septembre et Octobre,
à l’époque où l’inondation est à son maximum. Les plans d’eaux procurent aux Sarcelles et
Canarda la sécurité dont ils ont besoin pendant les heures de repos. D’autre part ces étendues
1 11 existe sur la bordure Nord du delta une autre cutégori
formation de façon simple en suivant TpiCabt : en déUordnnt piir-de
(Uni vers les dépression» interdunnire» (gouds) de l'erg du ’lrurzii.K
peuvent se vidanger complètement du fait de rcxhaiissenienl par ur(
(1956. p. 76). Ce type de cuvette d’épandage, avec la végétation
entendu plein d’mtérf*
peine entrevue par noi
cet ouvrage.
rnithologiquc. Mai» les lie»
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.sus le» levées, les eaux .
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TB du cadre de
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉNÉGAL
AFTOUT. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
121
sont couvertes d’herbes — Sporobolus, Vetiveria, Oriza... — dont les graines servent de nour¬
riture. Les Canards vont les chercher, se rassemblant dans les districts où sont à la fois optimum
la profondeur où ils doivent plonger et la quantité disponible.
Quels sont au juste les Anatidés tropicaux qui peuvent se reproduire sur les parties
émergées ou peu profondes ? Et en quelles quantités ? Les espèces sont connues — nous
aurons à y revenir — mais la difficulté de pénétrer dans ces immenses marais nous a empêché
jusqu’ici de procéder à quelque prospection que ce soit. Les avions passent trop vite pour
permettre de distinguer les nids et même, le plus souvent, d’identifier les espèces avec certitude.
L’hélicoptère rendrait de grands services — encore qu’il effraie les oiseaux — si le coût des
sorties n’était prohibitif.
En ce qui concerne les Échassiers nous sommes beaucoup mieux fixés. D’abord parce
que les espèces sont beaucoup plus faciles à reconnaître de loin, en particulier au cours des
survols; ensuite parce que deux facteurs limitent, pour les espèces tropicales, les possibilités
de nidification. Nous sommes en effet dans les plaines alluviales d’aval : d’une part la proximité
de la mer, du fait des influences salines, raréfie les arbres ; les gonakiés ont disparu ; seuls sub¬
sistent des peuplements de tamarix et des mangroves de faibles dimensions — d’autre part
la profondeur d’eau est ici beaucoup moindre que dans les cuvettes; de sorte que l’isolement
des bouquets d’arbres, mangroves exceptées, est insuffisant. En fait, comme nous le verrons
sans tarder, les colonies d'Échassiers ne peuvent s’installer dans les plaines alluviales au sens
strict qu’aux rares endroits où se trouvent des bouquets d’arbres. Celles que nous aurons à
décrire occupent des palétuviers. Une seule exception : c’est un boisement de Tamarix particu¬
lièrement dense et étendu, situé au fond d’une cuvette en quelque sorte « oubliée » au milieu de
la grande plaine unie (colonie du Bell - N’Diaoul) ‘.
5. Sebkhas.
nisine même ne pourrait te déclencher, la répartition des divers types de sebkhas.
a. Formation.
Ceslun effet de déflation éolienne sur sol limoneux salé. Ain suiw deTBlCABT. on peut le comprendre
par comparaison avec l'aetinn du vent sur des terrains d'une autre nature. Un sol argileux non salé est
normalement cohérent : la surface se durcit et l’cnlêvement par le vent est di/Ecilc. A l’autre extrême, un
sol sableux fin se désagrège ; la possibilité de déflation est alors fonction de la granulométrie. Quand un sol
limoneux ou argileux est imprégné de sel. une possibilité est offerte : le sel. en effet, cristallise et par une
sorte de labourage ou d'éclatement ameublit lu matière. Il y a d’ailleurs conditionnement réciproque ; le
matériau pur saslriicturo favorise plus on moins la cristallisation; et inversement celle-ci agit sur le matériau.
I.e fond (le la sebkha, lorsqu’il est en voie d’assèchement, est occupé par une nappe de boue.x I.e sel dissous...
se coucenue et cristallise progressivement... Si la porosité du matériau est trop grande, comme dans les
sables grossiers ou moyens, aucune capillarité ne se produit et il n’y a pas concentration du sel en surface.
I..e labourage pur cristallisation n’a pas lien. Mais... le matériau est suffisamment meuble pour être enlevé
directement par le vent... Le fond des sebkhas sableuses est très activement excavé ; le se! n’intervient (pie
pour supprimer l’écran protecteur de la végétation. Dans les limons et les limons sableux, sans rintervention
du sel. le durcissement sujierficiel par la dessiccation serait suffisant pour gêner considérablement la déflation
et ne lui permettre de s’exercer que ià où le vent serait chargé de sable jouant le rôle d’abrasif. Mais la
porosité (lu matériel est suffisante pour permettre une active circulation par capillarité de sorte que, sous
l’effet de l’évaporation, les eaux salées remontent et que le sel se concentre activement... I.eB cristaux...
atteignent de grandes dimensions et labourent efficacement... détruisant la cohésion des limons et les
transformaul en agrégats de 100 i 200 fi, parfois plus. La déflation peut alors s’en emparer» (1956, p. 182).
b. Origine du sel.
Elle est multiiile. Il convient de distinguer (Tbiobt 1955, p. 177) :
1. En quantités iiifiinps le sel amené par les eaux du Sénégal lors de la crue ;
2. I.Æ sel de l’eau de mer introduit pat suintement è travers le cordon de dunes littorales. Selon
Tbicabt, le pliénoiiiène ne se produit qu'au voisinage de l’ancienne bouche des Maringouins, dont le fond
1. Quand, du haut et du moyen delta, on passe duns les pl(unes unies de l’aval, on ne peut (pi’étre
frappé pur les modifications du paysage. Nous avons évoqué plusieurs causes : voisinage de l'Océan, diffé¬
rences de végétation. Mais la pbyaionomic cliange aussi du fait de i’infléchissemenl du cours du fleuve
vers le Sud. L’action du vent, orientée du Nord vers le Sud — donc normale à i’axc de la vallée en amont de
la« boucle » — a poussé des bouchons de sable dans les lits udiicurs et les cuvettes, Ces obstructions locales
ont aggravé jusqu’il une éporpie récente l'infériorité du cotiront fluvial par rapport il l’action marine tendant
à fermer par un cordon littoral les diverses bouches du Sénégal. U’oii le changciiieiit de direction vers la
zone de moindre accumulation, c’est-à-dire vers ce que nous avons appelé le bas delta (à l'Ouest de la longi¬
tude de Keur-Macene et au Sud de la Latitude de Ib« boucle»).
Source ■ MNHN, Paris
122
RENÉ DE NAUROIS
Ut au-dessous do niveau de la mer (- 8 m) et qui n’est séparée do l’Océan que par une masse de soblo
(poreuse) large de 50 à 100 m;
3. Le sel provenant des embruns. Ceux-ci, formés pat le brisement des vagues sur les plages, sont
emportés par le vent et vont saupoudrer l’ensemble du pays. I.a précipitation est facilitée par les refroidisse*
monts normes dont l’effet est de provoquer des condensations qui alourdissent les particules de sel en
suspension dans l’atmosphère ;
4 Le sel amené par la nappe phréatique. C’est un sel fossile qui a été concentré dans le sol dea
anciennes lagunes. Repris par lessivage lors des pluies d'été et incorporé aux couches de profondeur, H est
ramené en surface lorsque ces eaux remontent, poussées par l’infîlUation des eaux do crue > ;
5. Le sel apporté par ruissellement des eaux do pluie sur les terrasses qui ont été formées par la mer
au contact dea dunes du Trarsa, lors des transpessions : encore un sel fossile.
c. Répartition.
De distribution entièrement sonate (selon l'expres
moins en moine typi^e à raesurc que i'on s'éloigne de li
de J. Tricart), la structure îles lebkhas est de
e. Les plus remarquables par leur étendue et la
lieVtëté de leur morphologie sont célies de l'Aftout os Sabeli. A l'intérieur même de celui-ci les sebkhos de la
moitié Nord ont les formes et la salure les plus accusées. C’est ce qui ressort des mesures de salure effectuéea
en divers points de Septembre 1954 à Février 1955 par J. Alvahes et J. Dubois (de la Mission d’aménage¬
ment du Sénégal). Le tableau ci-dessous a été dressé par nous en utilisant les données fournies par ces auteurs
et ea mesurant, très approximstivement, les Latitudes de chaque lieu (les teneurs en chlorure sont exprintéea
en grammes de ClNa par litre) :
Les salures varient, bien entendu, selon les lieux de prélèvement. On voit qii elles sont extrémemeut
faibles dans les parties les plus méridionales ; et cela pour plusieurs raisons : apports de l’inondation par le
fleuve Sénégal ; pénétration plus difficile des eaux marines à travers un cordon littoral plus large ; existence
d’une nappe d'eau douce due à l’infiltration de pluies qui, & celte Latitude plus basse, sont plus abondantea.
Nous allons voir que la moitié Nord des lagunes, où la salure est plus forte, est occupée priiicipulement par
les Flamants, la moitié Sud, en eau presque douce, pat les Pélicans et Cormorans.
On trouve plus à l'Est, au fond de In cuvette du DjoudJ une sebkba typique où est bien viaible le
passage par une pente brusque de In cuvette de décantation environnante au fond de sot salé, excavé par les
turbulences aériennes. Plus à l’Est encore, des dépressions comme celles du N’Diael, celles comprises entre
le Gorom et le Djeuss, sont à proprement parler des cuvettes de décantaüon dont je cenUc ne foncliotme
en sebkha que si un ensemble de conditions favorables se trouvent réunies, ce qui n a pas lieu tous les ans.
Survolant la région nous avons vu les Pélicans groupés «n masse sur des « Ilots » de la cuvette du Djoudi
à proximité de la sebkha qui en occupe le milieu, mais il n’y avait point de Flamants. Quant aux semi.
sebkhas du N’Diael et du Gorom, eiies donnent asile, quand elles sont remplies, & des milliers d’Anatidés.
Les petits Échassiers pullulent à leur périphérie. Les Pélicans y sont déjà moms nombreux que dans les
dépressions plus occidentales. I*s Flamants n’y apparaissent pas de façon réguli^ et, bien entendu, les
grands Cormorans y manquent complètement. Les hautes teneurs en sel jouent évidemment un rôle déter¬
minant dans ces répartitions, favorisant (dans une mesure qu une écologie plus poussée devra préciser)
le développement des organismes dont se nourrissent les Flamanu, nuisant au contraire aux poiasons que
recherchent Pélicans et Cormorans.
1. Mécanisme qui explique au sein même des systèmes dunaires l’apparition de sel au creux dea
dépteasions ; taches d’un blanc éclatant, bien visibles d’avion.
Source : MNHN, Paris
DELTA Dü SÉNÉGAL ET AFTOUT. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES 123
CONCLUSIONS
L’Histoire géologique explique les formes du terrain et celles-ci conditionnent la réparti¬
tion des espèces végétales et animales. Résumant les résultats acquis, nous pouvons distin¬
guer, en vue de l’étude des oiseaux, les biotopes suivants :
1. En dehors de la zone d'inondation par le fleuve, les régions sèches, principalement
dunaires, et les dépressions qui s’y trouvent intercdées et ne sont remplies d’eau que du fait
des pluies. Ces biotopes encadrent au Nord, à l’Est, et au Sud l’aire qui nous intéresse directe¬
ment : ils en constituent la bordure extérieure et, à ce titre, devront être évoqués. Mais ils nous
intéressent surtout en raison d’un rôle de complément : certaines espèces se nourrissent
indifféremment d’un côté dans les mares d’eau de pluie de ces zones sèches, d’un autre côté
dans les zones submergées par la crue; d’autres espèces nichent aussi bien sur les arbres des
régions toujours émergées que sur ceux dont les troncs et racines plongent dans la nappe
d’inondation.
2. Les levées alluviales insubmersibles et leurs rives, avec les formes particulières
qu’elles prennent dans les méandres ; creusements de rive concave, engraissements de rive
convexe (levées subactuelles ou actuelles submersibles au maximum de la montée des eaux).
3. Les cuvettes de décantation et les plaines alluviales : les premières moins étendues
et plus profondes que les secondes ; les premières, plus éloignées de la mer, portant des boise¬
ments de gonakiés qui n’existent pas dans les secondes; celles-ci enserrant par contre, là où
certaines conditions d’ordre édaphique se trouvent réalisées, des peuplements de Tamarix et,
sur le bas fleuve, des mangroves de faible superficie.
4. Les sebkhas : celles généralement vastes où l’inondation détermine la formation
d’îles pouvant servir à la nidification (cas de l’Aftout es Saheli); celles qui occupent le centre
des cuvettes les plus profondes et, au moment de la crue, se constituent en lacs de grandes
dimensions plus ou moins dépourvus d’Ues et ne pouvant servir à autre chose qu’au repos
de certaines catégories d’Oiseaux (Anatidés).
Nous terminerons cet exposé des conditions géographiques par quelques renseignements
sur la faune ichtyologique du fleuve Sénégal. Ces données ont été rassemblées en particulier
par le service des Eaux et Forêts du cantonnement de Richard-ToU ’. Elles ont été prises
surtout dans le lit mineur du cours principal et dans les marigots les plus importants, ou
ont pu être faits des prélèvements et identifiés les produits des pêches indigènes. Les informa¬
tions manquent encore sur le contenu des vastes cuvettes, plaines inondées et sebkhas transfor¬
mées en lagunes. On sait cependant que quantités de poissons viennent y frayer et que les
larves s’y ajoutent en abondance aux batraciens, mollusques et petits organismes.
Pendant la période de montée des eaux, à partir de Juillet, les poissons gagnent les
zones d’inondation, où la nourriture est abondante et où la lenteur de l’épandage ménage les
abris qu’ils recherchent. En août et Septembre ont lieu la ponte et l’édosion des œufs. La pêche
est difficile à cette époque précisément parce que les poissons se trouvent dispersés en dehors
des lits mineurs *. De Novembre à Février, il y a descente vers le ddta des poissons qui ont
remonté le cours du fleuve jusqu’à Bakel. De Février à Juillet, période d’étiage, se constituent
de véritables pièges à poissons : seuils dans le lit mineur, affouillements du fond dans les
méandres, tronçons de marigots en forme de doubles impasses. Avec l’afflux des eaux salées
les espèces qui ne sont pas euryhdines sont contraintes de refluer vers l’amont.
1. Nous avons puisé la documentation que nous allons résumer dans les archives de la Mission
d'aménagement du Sénégal et divers rupports de pêche fluviale oMigeamment communiqués par le service
des Eaux et Forêts, cantonnement de Richard-ToH.
2. Pendant cette période, tous les pêcheurs maures s'éloignent des rives du Sénégal et le poids du
poisson pêché dans le cantonnement de Richard-Totl représente seulement 30 % du poids annuel (E. et F.,
Rapport de pêche fluviale de 1<)59),
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE 11
AFTOUT ES SAHÉLI
Trois espèces ont été trouvées nicheuses au même moment sur les mêmes lies. Ce sont :
Phalacrocorax carbo lucidus, Pelecanus onocrotalus et Hydroprogne caspia. Nous leur consa¬
crerons le premier paragraphe de ce chapitre; les peuplements de Flamants, Phœnicopterus
ruber et Phœniconaias minor, seront étudiés en second lieu; diverses observations seront
rapportées en terminant.
§ 1. — PHALACROCORAX CARBO LUCIDUS.
PELECANUS ONOCROTALUS ET HYDROPROGNE CASPIA
1. Explorations en 1962. — L’Aftout es Saléhi était encore largement inondé quand
nous le survolâmes à basse altitude le 26 Décembre 1962 * et pûmes repérer des colonies de
Pélicans, Cormorans et Laridés. Elles occupaient, à mi-distance entre les extrémités Nord et
Sud, un groupe d’Ües situées dans la moitié occidentale de la lagune (donc à proximité du
Sbar). Mais la vitesse de l’avion ne permettait pas d’identifier les espèces avec une certitude
absolue; en outre, les Pélicans refusaient de se déplacer au passage de l’appareil — ce qui par
ailleurs constituait une présomption pour qu’ils fussent nicheurs.
Dès le lendemain, 27 Décembre, M. Bourreau, directeur des Eaux et Forêts de Mauri¬
tanie, mettait à notre disposition sa iand-rover et nous accompagnait sur les lieux. Nous dûmes
cheminer longuement en zigzags avant de trouver un « pont » de sol ferme entre les lacs et
fonds vaseux pour gagner la rive Ouest. Notre véhicule s’enlisa jusqu’aux essieux au moment
même où, sortant d’un bosquet de Tamarix et retrouvant la lagune, une île apparût à 800 m,
inondée de soleil et comme recouverte d’un manteau de laines blanches : les Pélicans en deux
groupes immobiles, serrés à se toucher.
Ils étaient en pleine incubation. Des Cormorans, Phalacrocorax carbo lucidus, au
nombre de 100 à 150 couples, nichaient en bordure, voire au milieu même des Pélicans.
Des Sternes caspicnnes, Hydroprogne caspia, avaient déjà déposé des pontes, généralement
incomplètes, dans une bonne centaine de trous *. Jouxtant presque ces colonies s’étendait une
ancienne aire de nidification de Flamants que nous rapportâmes d’abord à Phœnicopterus
ruber. Comme il sera exposé plus loin, il s’agissait en réalité du petit Flamant rose, Phœnico-
naias minor, dont la reproduction n’était connue jusqu’alors que des lacs des rifUvalleys
d’Afrique orientale.
La figure montre en plan et en coupe la distribution des colonies sur le terrain et leur
situation par rapport au plan d’eau. Le niveau de celui-ci était-il en train de monter ou de bais¬
ser ? De la position des Pélicans sur le sable à peine sec, nous conclûmes sans hésitation que
la décrue était commencée.
Vers la mi-janvier, M. Bourreau, prospectant la région en vue de la délimitation d’une
réserve de faune, ne trouva plus trace de nicheurs. Les eaux, loin de descendre, avaient-eUes
monté, la crue n’ayant pas encore produit tous ses effets ? Ou bien — plus probablement —
les Pélicans, installés trop tôt et trop près du plan d’eau, avaient-ils été chassés par une « tem¬
pête » provoquée sur la lagune par la violence de l’Alizé ? C’est cette deuxième hypothèse qui
1. Cet avion fut gracieuMinent procuré par M. Alponsi, alors ronaeiiler culturel près i'ambaesade
de France à Nouakchott.
2. Une colonie de grossea Sternes avait été aperçue un an auparavant sur uue autre ile, sensiblement
i la même latitude, mais du côté opposé (c’est-S-dite à l'E) par rapport au grand axe des lagunes, orienté N-S.
becs rouges d'HyJroprogne caspia. Les oiseaux restèrent immobiles et couchés sur le sable (en position de
couveuis).
Source : MNHN, Paris
126
RENÉ DE MAUROIS
est à retenir : d’abord, en raison de l’invraisemblance d’une montée des eaux (à plus forte
raison d’une remontée) après le l»'’ Janvier, ensuite parce qu’un vent violent poussait encore
de fortes vagues lorsque M. Bourreau effectua sa deuxième visite. D’ailleurs, le niveau baissa
rapidement à partir de cette époque. Dès le mois de Mars les lagunes s’asséchèrent et aucune
reproduction ne put avoir lieu avant le remplissage d’automne.
Fie. 14
2. Reconnaissances aériennes en 1964 et 1965. — Le 20 Décembre 1964, trois
groupes compacts de Pélicans furent survolés dans l’Aflout. Pour la clarté de l’exposé, nous
les désignerons par a, b, c. Les oiseaux du groupe a. insuffisamment eflrayés par le bruit de
l’avion, restèrent figés sur place, couchés sur le sol : ils étaient probablement nicheurs. Leg
groupes 6 et c occupaient deux lies, voisines l’une de l’autre, à quelque 15 ou 20 km au Sud de
l’emplacement découvert en 1962. Ici encore, les oiseaux au côte à côte gardèrent i’iratnobilité,
mais sur la colonie c (la plus petite des deux lies, presque entièrement recouverte d’oiseaux)
un très petit poussin s’échappa de la masse apportant ainsi la preuve qu’il s’agissait bien de
nicheurs. La population totde fut évd.uéc à 1 500 ou 2 000 couples. En outre, une rangée de
tamarix, à proximité immédiate des Pélicans, portait des nids de Pkalacrocorax carbo lucidus
dont les propriétaires — une centaine — plus sensibles que les Pélicans au ronflemeut du
moteur, prirent le vol et laissèrent voir des œufs ainsi que des poussins.
Aucune Uace d'Hydroprogrie caspia.
Source : MNHN, Paris
APTOUT ES SAHÉLI
127
Le 7 Juin 1965, un nouveau survol permit de retrouver les emplacements 6 et c. Tandis
que l’île c était complètement abandonnée, l’Üe b était encore partiellement recouverte de
Pélicans en plumage juvénile, apparemment incapables de voler.
En coriclusion.
1. Chez Pelecanus onocrotalus, le début de la ponte intervient évidemment à une date
qui dépend de la disposition des Iles, elle*même fonction de la hauteur d’eau dans les lagunes
c’est-à-dire de l'importance à la fois de la crue du fleuve Sénégal et des quantités de pluie
tombées sur la région (celles-ci commandant la remontée de la nappe phréatique). Il est possible
qu’en année particulièrement sèche aucune reproduction ne puisse avoir lieu.
2. La reproduction de Phalacrocorax carbo lucidus parait être aussi régulière que celle
de Pelecanus onocnlalus. Ici encore, l’époque du début de ponte est nécessairement variable
d’une année à l'autre selon les conditions hydrologiques réalisées en fin de saison des pluies.
3. Rien ne peut encore être avancé touchant le caractère permanent ou seulement
occasionnel de la nidification à’Hydroprogne caspia. Les prospections futures montreront
si les reproductions ont lieu à date à peu près fixe et si elles interviennent à peu près tous les
ans ou seulement de temps à autre. Des baguages de poussins présenteraient un grand intérêt
en permettant de savoir s’il y a ou non échange d’individus avec les populations du Banc
d’Arguin et des Bijagos...
§ 2. — PHŒNICOPTERUS RUBER ET PHŒNICONAIAS MINOR
Phœnicopterus ruber roseus.
L’espèce niche-t-elle dans l’Aftout es Sahéli ? Nous n’en avons encore aucune preuve.
Des bandes nombreuses (plusieurs milliers d’individus) sont notées chaque fois que les sebkhas
sont inondées : elles peuvent venir, pour partie tout au moins, du Banc d’Arguin. La reproduc¬
tion chez cette espèce n’a pas lieu chaque aimée : il est donc possible que nos recherches de
1961 à 1965 aient été simplement malchanceuses et qu’une nidification soit prochainement
découverte.
Phceniconaias minor.
La découverte, le 29 Juillet 1965, de Phœniconaias minor nichant sur la lagune de
l’Aftout es Sahéli à la Latitude approximative de 17° 10' présente un intérêt faunistique évident.
Elle pose, en outre, des problèmes écologiques, dont la solution exigera de longues recherches
portant sur la nature des eaux et des vases, l’alimentation des oiseaux, la variation des époques
de reproduction d’ime année à l’autre en fonction des conditions climatiques, etc. Les pages
suivantes n’ont pour objet que de rapporter les circonstances de la trouvaille, de décrire biotope
et peuplement, et d’énumérer les facteurs qui, selon toute vraisemblance, régissent le phéno¬
mène.
1. — Recherches effectuées de 1961 A 1965.
1® Les survols de l’Aftout es Sahéli effectués d’Août à Octobre 1961 avaient permis de
constater l’existence d’importants groupements de flamants •. Dès cette époque nous avions
été surpris par la coloration rose foncé d’une ou deux bandes d’oiseaux. Mais la pensée qu’il
pût s’agir d’une autre espèce que Phœnicopterus ruber, déjà trouvé nicheur en colonies consi¬
dérables au Banc d’Arguin (Int. moyenne 20®), ne vint pas à notre esprit. Quelques mois
plus tôt cependant, M. Th. Monod, alors directeur de l’Institut français d’Afrique noire,
signalait à notre attention l’ouvrage fondamental de F. Frade et A. Bacelar, Catalago das
Aves da Guiné Portuguesa ,• « Il y a là, nous écrivait-il, l’indication de localités pour Melano-
phoyx, Casmerodius, Egretta, etc., et, ce qui est très remarquable, la mention du Phœniconaias
1. C. J. DuciieMIN (19S1) avait déjà Bigoalé la présence de milliers de Flamants (sans identification
plus précise) sur les lagumes de l’Aftout lors de {'inondation de 19S1, qui atteignit Nouakchott et y provoqua
d'importants dégâts. Les oiseaux furent aperçus par cet auteur à une Latitude un peu plus méridionale
que celle de la dune de Tamsak (p, 1303) ; c'est, à quelques kilomètres près, l'endroit oii, en 1965, nidifia
nxie colonie de FàoeniconaMU minor.
Source : MNHt4, Paris
128
RENÉ DE NAUROIS
minor à Bissau et à l’Ue Formosa. Rochf.brukf. aurait-il donc eu raison de citer et de figurer
les deux Flamants en Sénégambie ? Il reste à trouver les nids du clcuxiènte Flamant Ouest-
africain : à vous de jouer. »
2° Une première partie fut à la fois gagnée et perdue en 1961, lorsque, nous rencontrâ¬
mes au milieu de l’Aftoul es Sahéii, à une Latitude voisine de 16" 50', une reproduction de
Pélicans, Cormorans, cl Sternes Caapicnnes (v. ci-di-ssus, p. 125). Sur la même île et à une dis-
tance de quelques dizaines de mètres, apparut, désertée par scs jiropriélaires, une aire de. nidifi¬
cation de Flamants. Les monticules typiques étaient éparpillés sur 2 ha, par groupes de 10
ou 20, étroitement rapprochés : les coupes étaient vides. Ces constructions avaient subi
l’usure du vent, certaines s’élaient plus ou moins affaissées avant de sécher. Aucun Flamant
ne se montrait à l’horizon. Les dimensions des moiiticuies nous parurent petites par rapport
à celles observées en Camargue et au Banc d’Arguin. Pas un instant ce{)endunt, nous ne pen¬
sâmes avoir affaire à autre chose qu’au grand Flamant roae.
3" Une deuxième partie fut gagnée le 29 Janvier 1962 lorsque notre collègue G. Morec
et nous-même, naviguant sur le lac de Guiers (lait. moy. lé" 15') *. tombâmes sur tme cinquan
taine de petits Flamants roses à la nage..., trouvaille (jiii nous laissa abasourdis et dont il fut
rendu compte dans les termes suivants : « Trois femelles collectées pré.sentaient des oviductes
dilatés et des grappes ovariennes dont les ovocytes les plus dévelopités ultcignaient respective
ment 3, 4 et 6 mm de diamètre. Est-il impossible de sujiposcr que ces Flamants se soient
reproduits en Afrique occidentale ? « (Morel et Roux 1962, p. 34).
Les survols effectués en 1964 (20 Décembre) et 1965 (15 Mai, 7 Juin) permirent de
reconnaître la présence indiscutable de Pkcenicopterus ruber en vols compacts, mais aussi
d’oiseaux apparemment différents : plus petits — mais comment, du haut d’un avion, s’assurer
des tailles quand fait défaut la juxtaposition des sujets à comparer ? — et de couleur plus
uniforme de la tête à la queue et d’un bout d’aile à l’autre — le dos paraissant lavé de rose et
non pas blanc. D’autre part, la teinte générale était à la fois plus foncée et plutôt violacée qu
rouge sur les parties supérieures ’
4" Aucune nidification n’était encore vi.sible, le 7 Juin 1965, sur les grands pU
d’eau de Gadianguer, du Tombouktar et des Toumbos. La crue de 1964 avait été forte • l’édifi
cation de digues enserrant la dépression du Djoiulj (rive gauche, sénégalaise, de la Bouel )
ayant peut-être contribué à rejeter les eaux vers les étendues mauritaniennes de rive droite*
l’hiver en outre avait été exceptionnellement frais, presque froid, ce qui avait réduit considéra*
blement l’évaporation. En sorte qu’en celte fin de printemps et à l'apiirochc d'une nouvel! *
crue l’étendue des lagunes était immense. IjCs Flamants en grouiics compacts s’élevaient d*
partout, fuyant au bruit du moteur du plus loin qu’ils l’cntenilaienl. Fouillant du regard 1
hauts-fonds, les îles, les bosquets de tamarix encore submergés, nous retniuvâmes les trace
de nidification des Cormorans et Pélicans, mais rien qiu ressemblât aux monticules caractéristi
ques des Flamants. Si tard en saison, l’espoir d’une découverte s’amenuisait et le problèm'
devenait une énigme.
5° Le 28 Juillet au matin, du haut d’un avion de transport se rendant de Saint-Lo •
â Nouackchott, nous distinguâme.-, à plusieurs kilomètres de distance, des lâches claires
le fond noirâtre des Toumbos : Pélicans, Flumaiils peut-être, étroitement rassemblés
heures plus tard, à bord d’un avion léger, nous survolions à 200 ni d’altitude ces mêm*^
: Üakel. Kit«
(.lueti., Zekiy.
1. Rockedkune (1884, p. 322) écrit : > Phoeniconaiai minor Cray. Assez comir
bords du Bafing. Falémé, N'Guer. Gangaran, Thionk, l.«ybar, Muléroréc, Sédhiou, tte i
Par ailleurs, l'ouvrage de Frahe et Bacelar (19SS, p. 49} porte 1rs indiiuliune e
conaioi minor (CeoRroy). Nome portugues: Flamingo nienur. Mutcriale loralides : fora
coligidos pela Miseâo, exemplores destu cspecie na ilha Forniosii — Cilu(,'<!es preredentrs : Pluiei
au, Finech et Hartiaub (Verreaux viu), Boc^c (1,6), col. Pimenta; Ilha Forniosn "f
vantes : Phooni.
>8 USo
'^“Pterua
Baeelar e Gonçalves. Obaervaçaee : Asa 300-330. tauda Ilo7l20. Bico 95-lUO. TH^w'i65.2’ls"(Hri!-'^.-J®'*^
Asa 303-343 (M. Praeo e Grant), üistribuiïào geografica : Africa Ocidriitol, Oriental « Méridional • Mad" '
gascar a noreste da India.
T- cti -,j jg Finsch, Hartiaub, Barbosa du Bocage et Frailr sr
.. Msboo 1867 ;
Ost-Afrikas, 1870 ; Jornat Se. Math., Pkyt. Nat.
2. La distance du lac de Guiers aux '
à 150 km.
3. La forme et la coloration du ber. très diirérrnl de
signe de reconnaissance excellent sur le terrain mais dilTirilei
oiseaux sont vus en vol, cou allongé, bec tourné vers le bas.
t : Uie
'Aftuul CB Suheli (partie srpu
Source : AkNHN, Paris
AFTOUT ES SAHÉLI
129
lagunes. Des centaines de Flamants, s’enlevèrent du plan d’eau, s’effaçant rapidement à droite
et à gauche : ailes roses, dos blancs; il ne s’agissait encore que de Pkcenicopterus ruber. Nous
étions parvenus à 120 km au Sud de Nouakchott quand une colonie, contrairement aux habitu¬
des, s’attarda sur place. L* pilote inclina son appareil : nous descendîmes, inolcur au régime
le i>lus bas. Les Flamants prirent enfin leur essor, par tranches, comme un rideau qu’on
soulève, et un semis d’œufs très blancs apparut... Les dos et le.s cous des oiseaux étaient roses,
presque violets.
® Z/e</ c/e reproduction découvert le SS- 7. ISeS
Fie. 1S. — Reproduction de Phoeniconaiiu minor, d'après Aixen 1956
Le lendemain 29, un véhictde tout terrain nous ramena par la piste Lacombe vers les
dépressions de l’Aftoul. La dune ocre de Tamzak, visible de loin, servait de repère. Obliquant
vers l’Ouest à travers les vastes prairies d’Arthroenemum, nous utilisâmes une sorte d’isthme
entre les sebkhus dangereuses du Nord et les grands lacs au Sud. La lisière intérieure du
cordon littoral fut ainsi atteinte puis longée vers le Sud sur une dizdne de km. Parvenus à
un point qui, à l’estime, devait .se situer à 120 km au Sud de Nouakchott — la distance même
qu’avait marquée le compteur de l’avion — nous gravîmes une dune pour inspecter aux
binoculaires l’étendue des lagimes : les Flamants apparurent à l’endroit attendu, en groupe
compact, comme couchés sur la surface liquide.
De la rive à l’emplacement de la colonie 400 ou 500 mètres furent franchis sans liifficulté,
la profondeur d’eau n’excédant pas 70 cm. Le fond, sous une couche de vase, était ferme.
L’examen fut mené aussi rapidement que possible. Les monticules, très régulièrement et soi¬
gneusement édifiés, émergeaient à peine d’un haut-fond sablo-vaseux jalonné de distance en
8 564016 6 9
Source : MNHN, Paris
130
RENÉ bE MAUROIS
distance par quelques lamarix dont les pieds étaient encore immergés. Noua évaluâmes à
800 ou 900 le nombre des œufs. Fraîcheur de teinte et rugosité indiquaient une ponte toute
récente. Quelques couveurs avaient recherché l'ombre en plaçant leurs nids dans le fourré
même des raies arbustes.
2. — Conditions écologiouf-s.
1° Alimenlotion.
Des recherches ultérieures auront pour objet la composition cliiRii<|ue cl biologique
de la vase et des eaux (salinité, pH, teneur en petits crustacés, algues bleues, diatomées, etc.).
Les eaux arrivant du Sénégal et une partie au moins des eaux île la nappe phrtalitpie sont
douces; mais elles ne tardent pas à se saler du fuit à lu fuis des embruns venus de la cflte voisine
(portés par l’Aliié du NW), des infiltrations d’eau de nier h travers le corilon dunaire (en quel,
ques points de moindre résistance) et de la salure emmagasinée au fond niSmi: des ilépressions
depins l’époque des transgressions marines qui façonnèrent celte partie de l’ancien liltond
(v. p. 121). n s’agit donc de savoir dans quelle mesure le milieu aquatique îles lagunes, ainsi
conditionné, permet le développement, aux dépens du nombre d<;s espèces, de biomasses
suffisamment abondantes de petits et micro-organismes susceptibles de fournir une alimentation
aux quelques 10 000 ou 20 000 Flamants des deux espèces — Phœnko/iterus ruher se trouvant
représenté de façon très largement majoritaire.
Dans l’ignorance à peu près complète où l’on se trouve encore louchant le contenu
chimique et organique des fonds et des eaux il est seulement possible d’assigner des directions
de recherche pour l’avenir. Les travaux britanniques relatifs aux peuplements des lacs salés
d’Afrique orientale ont montré que Pkœnieopterus ruber — qui est là-bas en très forte minorité
— et Phœniconaias minor se côtoient sans compétition alimentaire >.
Le régime de Pkœnieopterus ruber roseus a été étudié en Camargue par Gallet (1949)
et Hoffman, au Pakistan par Ticf.kurst cl Sai.im Ali, en Afrique nricntule par M. W, Hidlek
et Lord R. C. Percv (1953), M. W. Ridlek, B. L. Moss et Lord R. C. Percy (1955). Miss P. M.
Jenkin résume les données acquises (1957, p. 458) : Oligochèles ivcrset 7’u/n/ea: .spp.; Castro,
podes : Paludesirina sp. Tympanotomus sp.; Crustacés : Artcmia sp., Paradiaptomus sp.,
Oadocères ; Insectes divers et en particulier larves de Chironomides ; graiiu-s diverses : Cyperus,
Medicago, Juncus, Uesia, Papilionacées; quelque-, idgues et diatomées (comprises dans la vase
ingérée).
Il est possible que la vase — qui garnit sur 5 à 10 cm d épaisseur le fond des lagunes
de l’Aftout — soit largement mise à profit par l’espèce lorsque les Crustacés ne se présentent
pas en quantités suffisantes. Mais, encore une fois, il est probable que le va-et-vient est fréquent
entre l’Aftout et le Banc d’Arguin en fonction des facilités nulritiennellcs.
Procédant à la première étude approfondie de ranatornic du bec chez le i»ctit Flamant
rose. Miss P. M. Jenkin (1957) a pu préciser tant le rôle <ic la langue, a.spirant et refoulant
comme un piston, que les fonctions d’exclusion et lic rétention di-s lamelles et filaments qui
tapissent les parois intérieures des mandibules. Celles-ci l•mpèl■bl■nt d’une, part l’entrée de
certains objets, préviennent d’autre part la sortie des parlicuics [louvanl servir de nourriture.
Les intervalles entre les lamelles extérieures (excluders) sont de 0,4 à 1 mm; ceux entre les
ma jllM du filtre intérieur de 0,01 à 0,05 mm. La nourriture ingéralilc ne peut donc consister
qu’en organismes très petits. De fait, l’analyse de 10 contenus stomacaux en provenance d’Afri.
que orientale a rév^é la présence en masse d’algues bleues Spirulina platensis (Nordst.)
Geitl. ainsi que de diatomées Navicula sp. (frustulcs de 0,007 à 0,07 mm).
2° Conditions de possibilité de la nidification.
Trois conditions au moins doivent se trouver réalisées pour qu’une colonie puisse
mener à bonne fin sa reproduction :
a. Une sécurité durable : il faut des îles et. autour de ces îles, une profondeur d’eau
suffisante pour que l’accès soit interdit aux Chacals et aux Hyènes pendant une durée de
2 mois et demi ou 3 mois (près de 30 jours pour l’incubation, plus le temps exigé pour la crois-
sance des jeunes jusqu’au moment où ils sont à peu près capables de voler). 11 est «lonc néces-
1. Sur la cohabitation des deux Flamants en .étriqué Orientale voir les vivantes descriptions de
L. Bbown 1958 et 1959.
Source : MNHN, Paris
AFTOUT ES SAHÉLI
131
soire que le réservoir constitué par l’ensemble des sebkbas en chaîne soit convenablement
rempli, faute de quoi les lies seraient transformées en presqu’îles et toute protection disparai*
b. Une nature du terrain qui permette l’édification de nids, c’est-à-dire de ces monti¬
cules typiques dont les Flamants semblent difficilement se passer. Le matériau doit être non
pas sableux mais vaseux nu sablo-vaseux
Ces deux conditions ne sont pas nécessairemenr réalisées au même moment en un
même endroit.
Imaginons, en effet, ie développement des événements à partir d’un assèchement quasi
total de l’Aftout es Saliéli (comme celui qui survint an printemps de 1963). Les dépressions
vont d’abord se remplir : Itts premières pluies d’été produisent aussitôt une boue salée au
fond des sebkhas, mais ceci est évidemment insuffisant; ia nappe phréatique doit monter,
en même temps que rai)point des eaux d’inondation doit arriver. Rien de précis n’est connu
touchant le déroulement dans le temps de ces phénomènes en année moyenne. En ce qui
concerne la crue du fleuve nous savons qu’au niveau de la s boucle > elle atteint son maximum,
variable d’une année à l’autre, dans la deuxième quinzaine d’Octobre et plutôt vers la fin de
ce mois. Si le niveau est assez haut (au moins 2 m à Dagana) les eaux franchissent les seuils
qui leux donnent accès dans le Tomhouktar et, de là, dans les Toumbos. D semble qu’il faille
1 ou 2 mois pour que ce flux parvienne jusqu’au district (au N du parallèle 17") où, pour des
raisons qui ne sont pas encore daires (recherche peut-être d’une épaisseur suffisante de vase), les
Ramants ont l’habitude de nicher.
c. Les nids ne doivent pas risquer d’être submergés. Ceci exclut que la ponte inter¬
vienne aussi longtemps que les eaux montent : les rdiefs en effet sont très faibles et la moindre
élévation du niveau modifie complètement la configuration *. Pour ne courir aucun risque les
oiseaux doivent donc attendre la décrue *. S’ensuit-il qu’ils puissent nidifier dès le début de
celle-ci? Nullement : d’abord parce qu’en année de hautes eaux il se peut qu’aucune surface
convenable ne se trouve émergée; ensuite parce que les haut-fonds disponibles doivent être
faits de matière suffisamment plastique et pétrissable.
On voit finalement que beaucoup de circonstances favorables doivent se trouver réunies
— et sans doute difficilement réunies — pour qu’une reproduction puisse démarrer. La terre
sèche vite au soleil de Mauritanie; il convient donc que le travail de « nidification » — au sens
littéral du terme — commence précisément ià où un haut-fond convenablement vaseux se
trouve presque au ras de l’eau : encore immergé, et cependant tout près d’émerger : situation
fugace qui est celle même qui se trouvait rétdisée en début de ponte le 29 juillet 1965.
La vitesse d’évaporation variant d'une année à l’autre en fonction de la température,
de l’insolation et du vent, il est possible qu’une certaine lenteur dans l’abaissement du plan
d’eau constitue une exigence supplémentaire à satisfaire : nous disons bien supplémentaire,
parce que n’étant pas nécessairement incluse dans les conditions précédemment énumérées.
L’expérience des années à venir nous fixera sur la valeur de la discussion qui vient d’être
introduite : si fondée en raison qu’elle paraisse, l’hypothèse y joue encore un rôle plus grand
que les faits. Puissent seulement le développement du peuplement humain dans le SW mau¬
ritanien, la puissance moderne des moyens de locomotion et les progrès d’tm certain «tourisme»
ne pas éliminer ce « deuxième Ramant rose d’Afrique occidentale » dont la petite population
semble parfois se survivre héroïquement à elle-même!
3. Observations diverses.
1. Ia prospection par terre effectuée le 27 Décembre 1962 le long de la lisière intérieure
du Sbar (donc sur le côté W des lagunes) permit de découvrir à la Latitude approximative de
17® 30' une vingtaine de vieux nids posés sur des tamarix alors exondés. Ces constructions de
1. Les moDticules doivent présenter une certaine solidité, non pas seulement pour supporter le
poids du couvenr. mais pour résister au sapement par les vagues. L’Alizé souffle sonveut avec force et pro¬
voque la formation d’une petite houle qui aflouiUe lu base des nids du côté du N ou du N-W.
2. Il existe bien des éminences émergées en permanence, mais elles consistent en bourrelets acciiuiulés
par la déflation au bord méridional des sebkhas — bourrelets sableux qui seraient impropres à la confection
des nids.
3. De fait, les survols que nous avons efTeetués en fin d’été et en automne n’ont iamais permis de
découvrir une reproduction.
9.
Source : MNHN, Paris
132
NAUROIS
brindilles révélèrent leur identité par quelques bris de coquilles. Il s’agissait d’œufs du Cor¬
moran Phalacrocorax carbo lucidus. 1*8 tamarix avaient été utilisés lors d’un remplissage
exceptionnel des sebkhas, le niveau ayant dû être à cette époque, pour que les pieds des arbres
soient immergés et qu’une protection soit assurée, de 20 à 30 cm plus élevé que lors de notre
visite.
Par ailleurs, sur la rive opposée (donc côté E), entre cette rive et la piste Lacombe
nous survolâmes en 1965 une région indécise, assez densément peuplée de tamarix dont les
pieds plongeaient dans l’eau. De nombreux nid» apparurent, vides à cette époijue, qui avaient
pu appartenir tant à des Cormorans qu'à des Ardéidés, Spatules ou Ibis...
Ces faits nous autorisent à souligner — une fois de plus — l’importance du niveau de
l’eau comme condition de possibilité pour les diverses nidifications. Ils montrent d’autre
part l’intérêt qu’il y aura à poursuivre les recherebes dans l’Aftout es Sahéb. En effet les
colonies d’Échassiers qui ont été trouvées dans le delte proprement dit du Sénégal (et dont
il sera traité au chapitre suivant) se trouvent évidemment là au voisinage immédiat des bornes
septentrionales que les espèces peuvent atteindre. C’est donc seulement lorsque le tiers méri
dional de l’Aftout es Sahéii — surtout dans sa moitié orientale — aura été systématiquement
exploré (entre la Latitude de la « Boucle du Fleuve », 16® 30', et le parallèle de 17® 30') qyg
les aires d’extension pourront être délimitées avec précision. Et alors seulement pourra être
introduite une discussion d’ordre écologique sur les divers facteurs qui sont à l’œuvre dan
cette zone de transition à forts gradients qu’est le Sahel : possibilités nutritionnelles, posai*
bilités de nidification, elles-mêmes fonction des conditions géomorphologiques climatim
hydrologiques... ’
2. Les loisirs procurés par plusieurs enlisements permirent de situer sur le méridi
de i’Aftout la Latitude où deux espèces semblent atteindre la limite de leur extension vers 1*^
Nord. Vers 17® 30' un couple de Corbeaux blancs, Conus albus, était cantonné aux alentou *
de son aire, placée sur un palmier et qui était inoccupée mais encore « appropriée » à cett
époque. D’autre part, vers 17® 20' une petite colonie du Tisserin Ploceus vilellinus était *
pleine incubation à la date du 29 juillet : très haut en Latitude et très tôt en saison!
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE lll
DELTA DU SÉNÉGAL
L’avifaunc extrêmement riche du delta proprement dit comprend deux ensembles
d’espèces tropicales dont nous traiterons successivement : d’abord les oiseaux qui ont coutume
de nicher isolément, éparpillés sur les territoires qu’ils affectionnent conformément aux habi¬
tudes de leur espèce; ensuite les oiseaux qui se rassemblent en colonies ; Anhingas, Cormorans,
Ibis, Spatules, Ardéidés. Mais il existe en outre une catégorie dont l’importance écologique
est telle que nous ne saurions omettre d’en traiter au moins rapidement : les migrateurs paléarc-
tiques : «...pas moins de 150 espèces, écrivent G. Morel et F. Roux, ...nombre d’autant
plus remarquable qu’il représente plus du tiers des espèces aviennes... > (1966, p. 25), espèces
dont la durée de présence est de 6 à 9 mois, voire, pour beaucoup d’immatures, d’une année
entière. Nous les prendrons en considération dans le premier paragraphe de ce chapitre.
§ 1. — REPRODUCTEURS NICHANT ISOLÉMENT ET MIGRATEURS
PALÉARCTIQUES
1. Régions sèches et uares remplies par les pluies.
Elles se placent hors de notre cadre et noua évoquerons seulement quelques faits signi-
Scatifa.
a. Espèces tropicales.
Deux espèces — entre autres — ont été trouvées nicheuses aussi bien en région sèche
qu’en zone humide : l’Oie de Gambie Plectropterus gambensis (L) et le Pygarguc vocifère
Haliaëtus vocifer. En ce qui concerne la première, c’est G. Morel qui a observé la reproduc¬
tion en savane « à quelques kilomètres d’une mare » (1962, p. 175). Mais l’espèce niche aussi
dans les parties inondées comme il sera exposé plus loin. Quant au Pygargue, encore qu’il se
nourrisse de poissons, les boisements d’acacias qui couvrent les dunes rouges Ixii offrent des
ptossibilités innomhrables de nidification. Nous avons vu que dans la partie centrale de delta
subsistent précisément des lambeaux dunaires que la dernière transgression n’a pu déblayer
et qui, en période de crue, constituent des « îles » : Haliaëtus vocifor s’y trouve à proximité
des plans d’eau dans des conditions qui ne sont pas inférieures à celles que lui procurent les
gonakiés en pleine zone d’inondation.
Parmi les espèces qui nichent aussi bien au-dessus de simples mares que dans ie delta
inondé, citons les Tisserins Ploceus cucullatus (Latham) et Ploceus capilalis (Millier) dont
les nids pendent au bout des branches d’acacias et de Tamarix au-dessus des mares et des mari¬
gots envahis par la crue.
b. Migrateurs paléarctiques.
G. Morel et F. Roux ont dressé la liste des populations d’Anatidés et d’Êchassiers,
particulièrement de Limicoles, qui fréquentent les mares dès leur retour d’Europe, c’est-à-dire,
pour beaucoup d’espèces, dès la mi-Août et pour quelques individus dès la fin de Juillet (avant
que les eaux de crue n’aient envahi la plaine). R y a même une espèce, Philomackus pugnax
(L.) qui, arrivant en Août, se nourrit » en savane sur les graminées tout juste épillées >> (Morel
et Roux 1966, p. 47).
Mentionnons encore parmi les oiseaux aquatiques qui s’alimentent en zone sèche la
Sterne Hansel, Gelockelidon nilotica, que chaque observateur a pu voir à l’intérieur des terres
et que G. Morel a notée en savane où elle chassait des orthoptères (1966, p. 63) '.
1. Les BujctB que l'on rencontre au Sénégal peuvent évidemment venir du Bauc d’Arguin et se mêler
aux migrateurs originuiren d’Europe.
Source : MNHN, Paris
134
HENÉ DF. NAIIHOIS
D’une manière générale, il n’y a pas de différence essentielle entre les migrateurs qui
se rassemblent autour des mares et ceux qui s’égaillent .sur les bords des cuvettea de décanta¬
tion et des plaines alluviales encore mal égouttées. Nous renvoyons donc à un paragraphe
ultérieur l’énumération des espèces présentés dans ces trois types de collections d’eau.
2. Levées alluviales et formes associées.
Les levées, sauf rares exceptions, sont insubmersibles et portent des villages, des cul-
tures, des arbres (acacias, Salvadora persica...) et des fourrés. C’est dire que l’on y rencontre
resserrée sur un petit espace, une avifaune de région sèche. Il sortirait des limites de cette
élude d’en énumérer tous les éléments. Nous rapporterons seulement quelques observations
1® Des files de palmiers {Borassus, Hyphaene) jdonnent les rives du fleuve et des
marigots, celles en particulier du Gorom. Leurs feuillages abritent nombre de Martinets
Cypsiurus parvits. Nous avons lieu aussi de penser que les aisseUes des branches tiennent lieu
d’aires pour plusieurs petits Falconidés.
Bien entendu les acacias qui croissent sur les levées portent de distance en distance
d’énormes aires i’Haliaëtus vociftr. Dans le haut delta, où les marigots sont encadrés par des
boisements à peu près continus, nous avons trouvé en moyenne une aire occupée par section
de 3 à 5 km.
2° Nous avons montré plus haut (p. 118) comment les creusements de rive concave
procurent des possibilités de nidification au Martin-pêcheur Ceryle rudis. Là où les rives du
fleuve et des grands marigots sont garnies sur de grandes longueurs d’un rideau dense de
tamarix on y trouve, nichant isolément, le petit Héron Butorides striatus. G. Morel a compté
2 ou 3 couples sur moins de 2 km le long de la Taoué (près Richard-ToU). Nous-même avons
trouvé un espacement plus large mais régulier sur les rives du Sénégal entre la « boucle ■>
et Tiguet.
3® Sur la rive du Gorom à la fin d’Août 1961, nous avons fait trois observations
1. Dans la partie aval, une aire de Corbeau blanc Corvus albus abritait encore le 18 Août deux
jeunes presque au vol; 2. Dans le même secteur et à la même date, au sommet d’un acacia
une aire ancienne qui ne pouvait avoir appartenu qu’à un Corbeau contenait 4 œufs frais que*
par la teinte et les dimensions, nous ne pouvions rapporter qu’à l’Oie d’Égypte Alopochen
aegyptiaca-, 3. Dans la partie amont, au centre géométrique des grandes cuvettes du moyen
delta, 3 aires à'Haliaetus voci/er étaient remplies d’œufs de Pleclropterus gambensis. Essayons
d’interpréter ces données.
Le Corbeau blanc est rare dans le delta et, si nou.s ne faisons erreur, n’a jamai.s été
trouvé meheur à Richard-ToU. En outre, k fin Août constituait une époque tardive pour l’envol
(l’espèce pond dès la fin mai aux environs de Dakar). En attendant que soient mieux connues
la répartition de l’espèce dans le SW mauritanien et la place de son cycle biologique dans U
cycle annuel le fait noté sur le Gorom mérite d’être retenu.
Sur la reproduction i’Alopochen aegyptiaca en Sénégambie on ne sait à peu près rien
G. Morel mentionne, obtenue par lui un 22 Juin, une femelle qui était associée à un mâle
et dont la grappe ovarienne était en plein développement (1962, p. 175). Où l’espèce établit-elle
son nid? Les 4 œufs qui suffisaient à remplir la coupe d’une aire de Corbeau, à supposer
que l’identification n’ait pas été fautive *, ne peuvent constituer qu’un cas aberrant. La date
prendra un sens lorsqu’un corps de données aura enfin été réuni.
Le problème des pontes de Pleclropterus gambensis n’est pas beaucoup plus facile '
résoudre. Au jour de la découverte, le 22 Novembre 1961, les œufs étaient en voie de corrun
tion mais il apparut qu’ils n’avaient pas été incubés. On pouvait estimer que la ponte ét^t
intervenue à la fin de Septembre ou au début d’Octobre et présumer que les œufs avaient été
déposés dans ces aires A’fialiaêlus alors inoccupées. Eu effet ce n’est pas, semble-t-il, avant
la première quinzaine d’Octobre que les Pygargues ont coutume de revenir au lieu de leur
nidification pour procéder aux réfections nécessaires. On est conduit à supposer que, trouvant
la place prise, ils chassèrent les Oies de Gambie sans cependant reprendre possession de tous
1. Nous avons recberebé en vain la teproiluclioii tle ees Fale
Corbeau (Corvus albia) et BubaUrnia a(6iro5(ris des furSts sèches.
2. Nous embossâmes notre pirogue â proximité du nid poi
Mais eu vain. Les œufs étaient absolument frais mais pouvaient a'
■ixiés dans Ire vieux ni.U de Pygargue.
r attendre lii venue du propriétaires,
ur été abandonnés quelques jours plus
Source : MNHN, Paris
DELTA DV SÉNÉGAL
135
leurs nids. L’hypothèse apparaît d’autant plus plausible que l’une des aires découvertes le
22 Novembre — aire d'Oie — voisinait sur le même arbre avec une seconde aire qui, elle,
était occupée par un couple de Pygargue et contenait 2 œufs K Un élément reste acquis :
PUclropterus gamhensis niche en pleine zone d’inondation et la ponte intervient en fin de
saison des pluies. G. Morel, de son côté, fait état d’œufs trouvés en Octobre et de poussins
vus en Novembre.
3. Cuvettes de décantation et plaines alluviales.
Nous traiterons successivement des espèces tropicales et des migrateurs paléaictiques.
a. Espèces tropicales.
1° Fonds de cuvettes. Nous sommes encore dans une grande ignorance en ce qui
concerne l’occupation des cuvettes et des plaines par les Anatidés reproducteurs. En période
d’inondation, la circulation sur ces vastes étendues posait des problèmes que les moyens dont
nous disposions ne permettaient pas de résoudre. Dans l’eau jusqu’aux aisselles, la marche à
pied n’est possible que sur de courtes distances et ne va pas sans risques. D'autre part, les
barques légères à fond plat, difficiles à manœuvrer, sont vite arrêtées par le frottement. L’avion
enfin passe trop vite pour que l’on puisse discerner des nids éventuels plus ou moins flottants
et plus ou moins enfouis dans l’épaisseur des herbes. Nous nous trouvons donc réduit aux
conjectures. Il doit exister, entre le centre et la périphérie des dépressions, une zonation. Au
milieu, où la profondeur est la plus grande, la végétation se trouve génér^ement couchée sur
le plan d’eau. S'ils existent, les nids de Plectropterus gambensis, Sarkodiornis melanotos,
Alopochen aegyptiaca, Dendrocygna viduata occupent probablement des positions inter¬
médiaires, assez éloignées des bordures (trop exposées aux visites des prédateurs), point trop
éloignées cependant afin que les hautes herbes dépassent le niveau des eaux et permettent du
même coup l’amarrage et la dissimulation des constructions.
Si les bordures sont en forte pente la zone se prêtant à la nidification doit être plus
étroite. Il semble donc qu’à cet égard les cuvettes de l’amont doivent être désavantagées par
rapport aux grandes plaines de l’aval. Sur ces dernières, comme l’a fait ressortir la description
géographique, le relief est moins accentué, la hauteur d’eau moins élevée en valeur absolue
et plus également répartie — conditions qui sont plutôt celles d’un immense marécage et
devraient ménager de plus grandes possibilités aux Canards et aux Oies.
2“ Plaines idiuviales. Une seule donnée a pu être obtenue en 1961 lors d’un survol du
bas delta au Nord des anciennes bouches du fleuve (région do Boytet et Gavart). On était à
la mi-Octobre. Une Grue couronnée, Balearica pavonina, effrayée par le vrombissement du
moteur, quitta son nid et laissa voir 3 œufs. Les lûibitudes propre' à l’espèce rendirent possible
cette découverte : isolement au centre de vastes prairies submergées, entassement de matière
végétde formant une aire d’un mètre et plus de diamètre, dépassant le plan d’eau de quelques
centimètres seulement. Très difficilement visible pour un prospecteur perdu dans le marais,
le nid se trouve au contraire à découvert pour l’observateur en avion. Ce cas mis à part, les
allées et venues en zigzags, à bas.se altitude, effectuées à maintes reprises au-dessus de la nappe
d’inondation, n’ont jamais permis de surprendre une autre reproduction : preuve convaincante
que si l’espèce se trouve abondamment représentée dans le delta, sa nidification y est d’une
rareté surprenante. Quant à l’époque d’incubation, elle est pleinement explicable et en concor¬
dance avec une donnée similaire que nous avons obtenue à 6“ de Latitude plus au Sud. Le maxi¬
mum de la crue dans le delta se plaçant précisément dans la dernière quinzaine d’Octobre,
le nid trouvé à cette époque ne courait aucun risque de submersion. D’autre part c’est à la fin
de Septembre, donc en fin de saison des pluies, qu’à l’extrême Sud de la Guinée portugaise
(région de Cacine • Lat. 11“), dans les marais voisins de la mer, nous découvrîmes une ponte de
3 œufs (v. p. 209).
3° Boisements. Nombre d’arbres et boqueteaux d’acacia-s sont épars, nous l’avons dit,
dans les cuvettes de <16<'nntation *. Le Pygargue vocifère fait grand usage de ces perchoirs et
1. Il eil (l'uiagc courant chez les gronda Rapaces qu'un couple dispose de deux aires et occupe selon
les uiinéuB tantôt l'une tantôt l'autre,
2. Il est diÛicile de préciser la distribution de ces essences en fonction des hauteurs d'eau. Si la
plupart des peuplements denses necupent les fonds, la raison eat à rechercher, aenü'le-t-il, dans les habitudes
des populations nomades (PeuUs) qui ne respectent les arbres qu'aux endroits — les parties basses précisé¬
ment — où l'herbo des pâturages ne peut plus pousser en raison d’une submersion trop prolongée. Mais les
8®''^'^* *®X'mêmc8 ne peuvent prospérer dans les zones trop déprimées qui ont tendance â se transformer
Source ; MNHN, Paris
136
RKNÉ DE NAUROIS
les Utilise pour sa nidification, en pleine zone inondée, comme il emploie en zone exondée
les boisements qui garnissent soit les levées soit les dunes de l’Ogoiien. Au cours de multiples
explorations zigzaguantes, tant au sol que par air, nous avons évalué à une cinquantaine de
couples reproducteurs la population de la partie sénégalaise du delta. L’époque d’émission des
œufs, très contractée, s’étend de la mi-Octobre à la troisième semaine de Novembre au plus
tard. Le.s pontes sont normalement de deux œufs. Il semble qu’elles puissent, exceptionnelle¬
ment ne compter qu’un oeuf; trois œufs n’ont été trouvés que dans un cas. Parcourant la
cuvette du Djoudj les 25 et 26 Janvier 1962, alors que les eaux d'inondation n'occupaient plus
guère que les dépressions centrales, nous n’avons plus trouvé que des poussins au nombre de 1
(dans les deux tiers des cas) ou 2 par aire. Ainsi la période de reproduction apparaît comme
étroitement subordonnée au déroulement du phénomène qui commande toute l'organisation
de la vie du delta : l’inondation. Les jeunes Pygargucs doivent être prêts à l’envol entre la fin
de Janvier et la fin de Février, au plan tard le début de Mars, époques où la décrue entraîne la
concentration de la faune ichtyologique dans des collections d’eau bien circonscrites et com¬
portant même des » pièges à poisson ». Une analogie s’affirme ainsi entre les reproductions
de deux espèces très différentes mais toutes deux pêcheuses : le Rapace llaliaëtus voci/er
et le Martin-pêcheur Ceryle tudis (v. p. 118).
Nous n’avons pu découwir que trois ou quatre aires de Pygarguc dans la partie mauri¬
tanienne de la zone d’inondation et dans le bas delta au voisinage de l’estuaire. L’oiseau est
cependant présent, se perchant à faible hauteur sur les tamarix pour surveiller le plan d’eau
Il est possible que quelques nidifications aient lieu soit dans la mangrove d'Avicennia du mari¬
got de N’Dioul (que nous décrirons plus bas) soit sur les acacias de faible taille qui occupent
le cordon littoral (fort peu prospecté par nous) soit encore dans la forêt d’acacias qui recouvre
la grande dune ré.siduelle dite Toundou Ziré (entre la marigot de Bell et la dépression de Gadian
guer). En ce qui concerne le bas delta on peut trouver une explication dans le fait que les
arbres y sont peu nombreux et de faible portée. Mais la Lingue de Barbarie est cependant
plantée de filaos et les mangroves ne manquent pas dans un rayon de 20 km autour de Saint-
Louis *. Cette quasi-absence du Pygarguc comme nidificateur est donc surprenante.
40 Entre les cuvette.s de décantation (à l’amont) et les plaines alluviales (à l’aval) les
différences qui .sont apparues jusqu’ici concernent plutôt les densités <roiseiux reproducteurs
que la nature faunistique des peuplements : mêmes espèces, mais différemment distribuées
En va-t-U de même touchant les Martins-pêcheurs, Passereaux, Tisserins, Nectarinidés ’
Encore nombreux dans le bas delta et en particulier dans les mangroves, les Geryles ne sem"
blent pas y nicher, et pour cause : les levées alluviales manquent où ces oiseaux pourraient
creuser leurs terriers. Probablement trouvent-ils à l’intérieur des terres de.® buttes ou éléments
dunaires insubmersibles où iis peuvent s’établir sans se trouver trop éloignés du fleuve et de
ses défluents. En ce qui concerne les autres groupes, nous n’avons noté que deux détails
1“ En tous lieux le grand nombre des Plocéidés, explicable par le mode, d’accrochage des nids "•
ceux-ci peuvent être suspendus au-dessus des plans d’eau, qu’il y ail nu non des rives émergées •
2° L’abondance rdative dans le bas delta de Prinia subflava, dont les nids on poche sont soit
attachés au sommet des grandes herbes qui émergent de la nappe liquide soit accrochés aux
branches pendantes des tamarix. L’espèce niche égaiemenl dans le haut delta puisqu’un tûd
appartenant certainement à e«tte espèce a été trouvé par nous sur les bords de la Taoué (Richard
Toll). Mais aux possibilités que fournissent les rives phis ou moins abruptes des levées d’amont
ce Sylvidé semble préférer les grands plans d’eau des plaines d’aval Les couples reproduc'
leurs sont assez régulièrement espacés le long des rives submergées des marigots de Gueyeloubé
et de N’Dioul. Selon nos observations, l’époque de ponte est assez curieusement « contractée »
d’Août à fin Septembre.
éteodae
l«B rer
Source : MNHN, Paris
DEI.TA DU SÉNÉGAL
137
b. Migrateurs paiéarcliques.
G. Morel et F. Roux ont publié récemment (1%6) la synthèse des résultats obtenus
par eux au cours d’une dizaine d'années de recherches systématiques effectuées principalement
dans le haut et le moyen delta. Nous ne ferons que puiser dans leur texte <‘n ajoutant quelques
observations faites par nous-méme dans les districts voisins de l’Océan.
post-niiptiiile et pcé-nuptialc (tin de l’été, début du printemps) alors que le gros de leurs elTcctifs transite
par le delta. Des contingents plus ou moins importants hivernent cependant sur place.
Charadrius hùuirnUi (1,.) — « Il en demeure un certain nombre au cours des mois d'hiver» (p. 43).
Caiidria ntiniua (I^eisler) — « ... Apparaît dés la seconde quinzaine d'Août... et,., séjourne,., jusqu’à
la 6n de Mai... la plupart des bandes rencontrées en Septembre-Octobre ne font que transiter» (p. 4S).
CaiidrU ferrugineo (Ponloppidan) — Vues en petit nombre.
Tringo hypoleueot (L.) - « I,*s migrateurs en transit font escale en automne sut les mares temporai¬
res,.. tandis que les hivernants se rautonnent isolément sur les berges du fleuve et des marigots... » (p. 51).
iVumenius arquata (L.) — Passages post-nuptiaux peu abondants mais réguliers (p. 53).
iVunienius phoeopiu (L.) — Uuubic passage le long des côtes. Nous-même croyons devoir attribuer
à cette espèce les Courlis vus à dislanee au bord des marigots du bas delta.
Odùfonins n. niger (L.) - « De passage régulier et très abondant sur les côtes... occasionnelle sur les
2° Plus nombreuses sont les espèces pour lesquelles le delta ne constitue pas seulement une étape
mois un lieu de résidence hivernale. Parfois même des immatures estivent en nombres variables.
iMbrythué m. minutua Ij. — Iæs recherches persévérantes de G. MOBEL ont conduit à un résultat
inattendu : tous les spécimens obtenus appartenaient non pas à la forme payesi Kartlaub mais à la forme
nominale. Par ailleitra aucun nid n’a été découvert eu territoire sénégalais *.
Nyaicorax n. nyaicoraa (L.), Ardtola raUoidta (Scopoli). Egreaa g. gantiia (L.), Ardea p. pitrpurea
(L.) — nombre de sujets venant d’Kurope ou d'Afriqne du Nord se mêlent aux résidents nicheurs dans le delta.
Pour la première et les deux dernières espèces la preuve de la migration est apportée par les reprises d’oiseaux
Ardeo c. rinerea (L.) - On observe nu Sénégal les deux formes de Hérons cendrés : .dràta c. momcae,
sous-espèce du Banc d’Arguiu, immédiatement reconnaissable, et Ardea c. ciiurea dont la reproduction n'a
jamais été constatée ni au Sénégal ni en Guinée portugaise *. Plusieurs sujets bagués en France, Hollande
Suède ont été repris en territoire sénégalais.
Plalolea hueorodia (L.) - Nous-même, dans le bas delta, n’avons noté que de petits groupes ; mais
G. Mübel a observé jusqu’à une centaine d’individus dans la dépression du N’Diacl. Deux oiseaux pris en
1961 dans la région du fleuve avaient été bagués comme poussins avi Banc d’.Awin en 1960 par F. R.
(p. 30).
Cieonia eironUt (L.) — Hivernage important : a ... 4 000 individus le 15 Novembre 1958 dans la
cuvette du N'Diael».
Pftoenicoplerua ruber roseus (Pallas) — Les reprises montrent que des sujets européens se mêlent aux
africains en provenance des colonies du Banc d'Arguin et de l’Aftout es Sahéli (p. 32).
^nos quergaedida (L.), A. acuta (L.). A. rlypeala (L.), A. trecca (L.), Aylkya ferina (L.). Aylkya
nyroco (Guidenstadt) — La Sarcelle d’été» est de beaucoup le plus abondant des Anatidés paiéarctiques
représentés au Sénégal » (p. 33). Puis viennent, par ordre d'eflectifs décroissants, le Piiet et le Souebet
Touchant la Sarcelle d’hiver il semble que les observations de MOBEI et Roux soient les premières quj
aient été faites an Sénégal. Quant aux deux Fuligules ils n'ont été notés qu’une fois (p. 35). Nous-même.
en survolant les grandes étendues d’eau libre de l'Aftout es Sabeli et du delta, avons noté l’abon¬
dance d’Anos qurrqurdula et A. acuta. Mais c'est surtout à partir de la fin d’Octobrc ou du début de
Novembre que nous avons été frappés par le pullulement de ces canards.» En novembre 1958, écrivent
Morel et Roux, nous avons dénombré pris de 11 000 Pilets, réunis dans la dépression du N'Diael. pour
50 000 Sarcelles d'été» (p. 33).
Cftorodriiu dubiiu euronicus (Gmelin), Omrodrius oUxandrinua (L.). Plueioles squatarola, Amario
interpraa (L.) — Au sujet du Gravelot à collier interrompu, MouEL et Roux écrivent : « L’hivemage... ne
parait pas douteux, bien que numériquemeut faible» (p. 44). Bien entendu. Pluvier argenté et Toumepierte
n'apparaissent qu’au voisinage immédiat de l’Océan.
Caiidria minuta (U'isler) . « C’est le Bécasseau le plus commun... en perpétuel vagabondage à la
recherche des plages de boue fluide... » (p. 45).
Caiidria tcmminckii (I,eisler) — » Par individus solitaires»; C. aJpina : migrateur régulier; C. ferru*
ginca (Ponloppidan) et C. roniuns (L.) ; C. alba (Paiias) ; commun sur la côte (p. 46-47).
1. Nous nicnie avoi« trouvé un nid en Guinée portugaise, l.’adulle qui l’occupait, observé à courte
distance, portait lu livrée <lc lu forme I. m. mimutia (voir p. 208).
2. 11 n'est évideinmcut pus impossible que l'espèce suit un jour trouvée nlchcuse dans une colonie
où sa présence nous aurait échappé. C’est cependant en vain que dans la colonie du Bell-N'Diaoul (dont il
sera quesüon ci-après) nous avons guetté pendant une heure les Cendrés qui s'échappaient des Avicennio :
Source : A^NHN, Paris
138
EF-NÉ DE NAUROIS
» (p. 50).
iiiM (I..) ; rommuii «urLout <lnns le lias
it iluiis les 80us-buis iuoudée... évite les
iimpU' cim-iiiiiiiiuliou rl’uii Gaotéropodo
■une l'un (les i
it dons la
! rapliirp. première menliou pour le
c banale à tous les mois de l’année,
i reproduit (an Sénégal) ussiiréraent pas. Kn effet, le
it jamais fourni l'indice
delta ; T. stag
Tringa ocfcrapu» (L.) - « Hivernant très commun...
plages de boue découverte... » (p. 50).
Tringa glareola (I..) - « Do loin le plus répandu ■■
du genre Biilinm qui abonde; dan» le
Limosa limoia (I-.) - a 11 faut considérer le bassin inférieur dn f
nuarlier» d’hiver de i’espfc(*... au début de novembre 1958 plusieurs din
déprr«ion du N’I)iBel»(p. 52).
Limosa lapponico (L.) - Rare à l’intérieur.
GaUiruigo gallinago (L.) commune — C. mcdia (l,athani) ; une
Sénégal (p. 55) ; Lymotrypiei minimus (Brünnich) : asseï commune.
Himanlopui h. liimaiaopu$ (le) - a L’Échasso est d
écrivent nos collègues Morel et Roux, ir"î« "• «’v renrm
recherclies assidues que R. DE Naubois et i.ou. .,.v..u..= ..v ..
d’une nidificaüon»(p. 55). Nous ajouterons seulement que la question, ù noue M
chéc : dans la région des Niayes de M'Boro, sur le territoire qu’un couple dOfenJait, nous avons trouvé une
coquille d’œuf brisée depuis peu. déjà décolorée par l’humidUé, mais dont les diinensions cl la forme faisaient
penser à l'œuf d’Échasse au moins autant qu’à celui de VA/ribyx K
Rtr.un-irnstro anoscun (L.) - « Asscj; commune en particulier dan» le bas delta, mais de fai,'on ircé-
gulièrr». Près d’un millier d’oiseaux ont été observés du 20 décembre 1964 nu 5 janvier 1965 sur les borda
du Sine par Mrs Gore et Mrs Brav.
Lorm ridibundus L — « Hiverne communément sur les cotes... et remonte le cours du fleuve... »
(p. 59).
Lotus genei Brème - Au début de Septembre 1961 « ... près de 200 individus sur le... N’Diael...
picorsient à la nage d'infimes organismes flottants». Par ailleurs.® micun des 3B0 sujets bagués par F. Roux
au Banc d’Arguin n’a été retrouvé au-delà de 150 km » <p. 60). Nous-meme, à la fin d Août 1963, avons
observé 6 sujets sur l'ile Uracan, en plein centre de l’archipel des Bijagos (Lal. 11°) - ce qui marque, si
nous ne faisons erreur, la limite d’extension vers le S sur la c5te occidentale d Afrique.
iarus/uiCUi L - « C’est le Goéland le plus répandu... en hiver... sur la côte... Le» lagunes du delta
et le cours inférieur du fleuve sont aussi régulièrement visités » (p. 60).
Lotus argarualiis allaniis Dvright — « ... Apparaît... sur le littoral... en petit nombre» (p. 60),
I^TUS auiiouini Payraudenu - Premières mention» à lu latitude du Sénégal ; un immature collecté
par G. Morel à Saint-Louis le 11 mai 1961 et un adulte identifié par F. Roux à Corée le 13 mars 1964.
Chidonias leuropcero Temm - « C’est lu Guifette qui prédomine sur les eaux douces de l'intérieur»
flac de Guiers, delta, cours du fleuve) (p. 62).
Chlidonias hybrida Palina - « ... Quelques sujets identifiés parmi les troupe» nombreuse» do Leucop-
tère» dans la anne inondée... I! est à présumer que de» oiseaux hivernent dan» lu vallée, bien que nous n’en
ayons pas la preuve » (p. 62).
Gelochelidon nihlica (G. m.) - Observée piir iious-mème cl par C. Morei. et F. Houx dans le delta...
« A la population (d'originel mauritanienne s’adjoignent, en hiver, des oiseaux européens : bagué poussin
au Danemark un sujet fut repris en Casamance en novembre» (p. 63).
Sifrna InrunJo L — a ... La grande majorité de» effectifs qui parcourent lu côte de Sénéganibie se
compose de migrateur» européens»; obsiirvés seulement sur le littoral (p. 64).
Bien entendu, Ilydroprogne easpia (Pallas), Slerno moiirrm albididarsolis llurlcrt et .Smrna <j(6i/rons
ssp. sont observées couramment dans la rone d'inondaliou. Nous-méme le» uvun» notées sur le murigot
. — . . - • . petiM poissons. Les Sternes à front blanc formaient des groupes de 10 à 20 individus.
du Tiailakt. r
4. Sebkhas.
En dehors de la période d’inondation les fonds de sebkhas sont impropres à la reproduc¬
tion des oiseaux. Seules s’accommodent de ces étendues dénudées quelques espèces telles que
le Courvite Cursorius Umminckii Swainson et probablement certain.» Charadriidés. Inondée
mais dépourvue d’Ücs, la sebkha ne peut évidemment servir ni à la nidification ni à l’alimenta¬
tion. Faute de plantes et donc de graines, les Anatidés eux-mêmes n’y trouvent rien à consom-
mer. Par contre, leur» plans d’eau offrent de magnifiques asiles pour le rejio» des oiseaux.
En fait, seules les sebkhas de l’Aftoul es Sahéli comprennent de» îles. Celles-ci, comme
nous l’avons vu, sont occupées par des Flamants, Pélican», Cormoran», Sternes. Au Sud de
i’Aftout proprement dit, donc à des latitudes eompiises entre celle» du marigot des Marin-
notable que l’espèce vienne de s’installer comme reprmb
la Latitude du delta du Sénégal) [NauhOIS 19651.
à bord franc et que, partant du ccnlte, ou passe inssnsIblcmBPt à des
»nn«B moins profondes et portant une végétation de plus en plu# dense, les condiüoii# favorables |
vent être de nouveau réunies. Mais nous sortons alors du type de la sMha pour n
la simple cuvette de décantation.
rilc de Sal (archipel
I» celui de
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉNÉCAL
139
gouins et des anciennes Bouches de Boytet et Gravai, se irouvenl quelques îlots bien isolés
au milieu de sebkhas inondées. Nous les avons survolés maintes fois : aucune reproduction
n’y était en cours. H ne suffit d’ailleurs pas qu’une île soit présente : il faut encore que la nappe
d’eau qui l’entoure soit assez profonde pour assurer un isolement sufibsamment prolongé.
§2. — REPRODUCTIONS EN COLONIES
Les oiseaux ont le choix entre deux solutions : nidifier isolément; nidifier en colonies
visibles (et audibles) de fort loin. Dans le premier cas ils doivent rechercher la dissimulation;
dans le second cas ils doivent se retrancher à l’abri d’un plan d’eau : les boqueteaux en pleine
zone d’inondation leur procurent les avantages des lies.
Une héronnière, située à quelques kilomètres de Rosso et de Richard-ToU a été étudiée
méthodiquement en 1960-1961 par G. et M.-Y. Morel. Nous-mêmes, en 1961, avons découvert
dans le delta onze héronnières, dont la prospection a été poursuivie de façon discontinue
jusqu’en 1965. Une douzième héronnière s’est installée en 1964 à proximité de Ross-Bethio.
Découverte par G. Morel elle n’a pu être observée qu’à distance, relativement peu importante
par le nombre des oiseaux présents, elle .semble n’être — ou n’avoir été — qu'une extension
de certaines colonies du voisinage qui. précisément à cette époque, avaient à souffrir de l’inter¬
vention humaine (premiers travaux d’aménagement agricole dans le delta).
Nous décrirons ces colonies, celle de Ross-Bcthio exceptée. Mais il convient auparavant
de les énumérer en les groupant en foncrion de la position géographique — nous procé¬
derons de l’amont à l’aval — des liens de dépendance mutuelle, du type de végétation qui
porte les nids, du mode de constitution du plan d’eau qui les entoure.
Dans le haut delta :
Une colonie à proximité de Rosso : établie sur un peuplement d’acacias occupant un
fond de mare. Remplissage principalement par les pluies. C’est la héronnière de G. Morel.
Deux colonies interdépendantes à l’Est du marigot de Gorom : installées sur des
peuplements d’acacias au centre de cuvettes de décantation. Remplissage par invasion des eaux
de crue.
Dans le moyen delta :
Deux colonies interdépendantes au sommet (Nord) de la «boucle» du fleuve : établies
sur peuplements d’acacias au centre d’un système de levées alluviales de rive convexe. Remplis¬
sage par les eaux de crue.
Dans le bas delta i
Une colonie au confluent des marigots de Bel et de N'Diaoul (Mauritanie) : installée
sur un double peuplement d'Àvicennia afritana et de Tamarix senegalensis, au milieu d’une
dépression peu marquée dans la plaine aÙuvi^e d’aval. Remplissage à la fois par les eaux de
pluie, les eaux de crue et l’onde marée.
Une colonie au point où le marigot de Gueyeloubé sc détache du fleuve Sénégal :
établie sur deux éléments de mangrove à Rhizophara racemosa. Isolement par le niveau de
base du fleuve et sa mise en charge à proximité de son estuaire, par Tonde marée et par l’apport
des eaux d’inondation.
Trois colonies interdépendantes autour de Dakar-Bango : établies sur plusieurs éléments
de mangrove à Rkùcophora racemosa et Avicennia africana. Même mode d’isolement que pour
la colonie précédente.
Une colonie de faible importance au Sud du hameau de Boyo : installée sur Rhizophora
racemosa au milieu d’un marigot. Même mode iTisolement que pour les 2 colonies précédentes.
Deux colonies Nord-Est de Gandiole (à proximité de Testuaire) : instJlées sur Rkizo-
phora racemosa dans une dépression immergée en permanence. Isolement en début de
saison par le niveau de base du fleuve, sa mise en charge et Tonde marée; auxquels s’ajoute,
plus tard en saison, l’apport des eaux de crue.
1. Colonie de Rosso (d’après G. et M.-Y. Morel).
La colonie s'installe, de façon irrégidière d’une année à l’autre, dans un peuplement de
gonakiés {Acacia nilotica). Celui-ci occupe, par 16*’23' de Latitude et à trois ou quatre kilo*
Source : A1WHM, Paris
140
RENÉ DF. NAUROI5
mètres au Sud de ta ville de Rossu, une dépression remplie de Juillet à Février tant par les
eaux de pluies que par les produits du drainage d’une rivière voisine. La partie occupée par
les oiseaux mesure un peu plus de 200 m de longueur sur un peu moins de 100 m de largeur.
La hauteur d’eau est trop forte au milieu de la cuvette pour permettre la croissance des arbres
de sorte que les oiseaux se répartissent de part et d’autre d’un chenal central. L’étude a été
faite méthodiquement par G. et M.*Y. Morel dont nous ne faisons qut! résumer les notations
(1961. p. 99-117).
Dates des observations.
Elles eurent lieu d’Août 1961 à Janvier 1962 : inspections méthodiques entre le 7 Août
et le 9 Novembre ; plusieurs visites en Décembre et en Janvier 1962.
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉNÉGAL
141
Peuplements et reproductions.
Plialacrocorax africanus (Gm.).
Uniî coiivén est (ibscrvée pendant plus d’un mois. Le nid eonlienl : lu 10 Si'ptiunbre,
3 œui's; le 20, 5 œufs; ic 27, 3 poussins; le 3 Octobre, 5 poussins,
Lu ciurée d’incubalion est supérieure à dix-huit jours. A trois semaines, les jeunes ne
sont pas eni;ore au vol.
Anhinga rufa (Lacépède).
Le 29 Août un nid contient 3 œufs — le 27 Septembre quatre nouveaux nids contiennent
respectivement : 3 œufs et un poussin, 4 œufs, 4 œufs, 3 œufs; moyenne 3,8 œufs par nid —
le 3 Novembre il y a encore des poussins et quelques couveurs *.
Egretta alba (Wagler).
Début d’Août : rassemblement des oiseaux; mi-Août : premières constructions; mi-
Septentbre : les nids sont répartis sur les acacias. Un rassemblement particulièrement impor¬
tant se trouve sur un groupe d’acacias de haute taille, peu touffus, espacés les uns des autres et
entüuré.s d'eau profonde. Les pontes sont en moyenne de 3 œufs.
Le 26 Août, un nid contient 2 œufs : le 21 Septembre naît le premier poussin. durée
d’incubation est évaluée à 27 jour.s *.
Egrelta intermedia (lirehm).
Le 10 Septembre un premier nid, placé à une hauteur de 3 in (cime d'un acacia), contient
un œuf. Un second nid, à une hauteur de 2 in, contient : le 20 Sept., 2 œufs; le 27, encore
2 œufs; le 3 Ocl., 2 poiLssins. Un S' nid placé à 75 cm de hauteur contient : le 20 Sept.,
3 œufs; le 7 Oct., 2 œufs et un poussin. Le 21 Sept., un 4* nid, placé à 3,50 m, contient 2 œufs.
n ressort de ces faits que la ponte est généralement de 2 œufs, parfois de 3. Durée
d’incubation de 24 à 27 jours *.
Bubulcus ibis (L.).
C'est le premier occupant de la héronnière. Dès le début d’Août, il colonise un groupe
d’acacias non loin du rivage. En Septembre, la colonie s’étend et les Garde-bœufs se mêlent
aux divers Hérons récemment arrivés (nids sur les mêmes arbres). Une nouvelle extension
intervient plus tard dans une zone plus éloignée du rivage, toujours en peuplement mixte.
L’observation de 20 nids donne une moyenne de 3 œufs par nid.
n y a comme trois « vagues » de colonisation. Un premier groupe établi au début
d’Août quitte les lieux à la nii-Octolire. Un second s’établit vers la fin d’Août. Un troisième,
vers la mi-Septembte. A ia mi-Novombre, tous les Bubulcus ont disparu. Les départs ont
tl’aiüeurs lieu progressivement dans chaque colonie, car lo«itr?s les i)onles n’ont jkis été simulta¬
nées. Durée d’incubation : 23 jours au moins. Quinze jour.s après l’éclosion, les poussins com¬
mencent à circuler sur les brandies.
Le succès à l’éb-vage est faible : sur 55 œufs marqués au début de Septembre il n’y aura
que 32 poussins à l’éclosion. La moyenne par nid est de 1,77 poussin.
Les nids sont de simples plates-formes faites de rameaux morts d’acada et de branchettes
de Salsolafcetida arrachées à la steppe voisine. Ils sont groupés dans le tiers moyen de l’arbre,
à partir d'un mètre au-dessus du plan d’eau. Aux endroits où le peuplement est homogène
il y a environ 20 nids par arbre de hauteur moyenne et 50 nids par arbre de 4 à 5 mètres.
Distance rainima entre deux nids : quelques cm. Il y a tolérance mutuelle entre les couveurs
les plus rapprochés mais non à l’égard des congénères venant de points plus éloignés. Pour se
rendre à son airi-, chaque oiseau emjirunte des voies routinières, ne rencontrant que des voisins
qui savent ic reconnaître.
1. A Uiré (Mnli), C. Mohei. avait trouvé le 19 Mura une cinquantaine de nida ecinteiiant soit des
œufs soit des poussins dont certains pouvaient être âgés d’un mois. Début de reproduction en Janvier.
2. Nolationa relatives aux eoloraliona du bec : à l'arrivée, tout ou partie du bee est noir ; ebez quel¬
ques sujets, il reste â Tcxtréiuité une teinte jaune qui dispuruSt rapidement. I.e 3U Septembre, la base du
bec est de nouveau jaune. Le 14 Octobre seule la pointe est encore noire. Le t» Octobre tous les becs sont
redevenus jaunes (p. 1(IS).
3. P. L. Uereysku avait observé des nids à Bosonyon (Mali) en Octobre 1954. Les Morel relèvent
le signe distinctif qui permet l'identiScation sur le terrain ; le tibia rouge orangé contrastant vivement
avec les tarses noirs et le pluinnge blanc. Au cours de la leprotiuclion lu couleur du tibia virera au jaune.
Source ; MNHN, Paris
142
RENÉ DE NAÜHOIS
Nycticorax nyclkorax (L.).
Le 21 Sept., deux nids placés à 3 m au-dessus du pian d’eau, faits de branchettes plus
grosses que celles utilisées par les autres Hérons, contiennent respectivement 1 œuf et 3 œufs.
Le lendemain un autre nid est découvert, contenant 3 œufs. Ij' 3 Octobre, 2 nids abritent
chacun 3 jjoussins.
Ardeola ralloides (Scopoli).
A partir du 11 Août les oiseaux sont en pluinuge nuptial et la construction des nids
commence presque aussitâl. La ponte se poursuit jusqu’en Sept. Nids faits de brindillea liées
entre clics par des feuilles de roseaux; coupes garnies de paille fine. Emplacement sur les
branchiîs basses des arbres, généralement sur une fourche. Les pontes sont de 2 à 4 œufs;
moyenne pour 9 nids : 2,4 œufs.
Un nid placé à 50 cm de l’eau sur un arbuste buissonnant largement étalé, contient :
le 10 Sept, un œuf; le 20 Sept. 3 œufs. Le 30 Sept., le premier œuf est édos. La durée d’incuba¬
tion est donc de 20 ou 21 jours. A l’âge de 3 semaines environ, les poussins quittent le nid
définitivement. Le nombre moyen de poussins à l’éclosion, calculé sur 9 nids, est de 1,4 *.
Threskiornis aetkiopicus (Latham).
Les premiers oiseaux se rassemblent dès la tin de Septembre et sont nombreux au début
de Novembre. Les nids sont construits sur des acacias touffus. Hauteur au-dessus du plan
d’eau : 1,50 m et au-delà. Quelques rares aires sont situées à proximité des nids de Spatules.
L’ensemble est groupé le long du chenal centrai qui restera en eau jusqu’à la fin Janvier. Sur
ce même emplacement avaient niché en nombre Aigrettes et Abningas. Le 14 Décembre sont
découverts des poussins d’une huitaine de jours. A la mi-janvier la colonie a quitté les lieux *,
Platalea alba Scopoli.
A la fin de Novembre, le long du chenal central, sur des arbres morts ou mourants
bien dégagés, les Spatules construisent leurs nids. A la fin de Janvier la mare se trouve asséchée
et toute la colonie quitte les lieux *.
Ihis ibis.
Au début de Décembre une cinquantaine de Tantales fréquentent la colonie; quelques-
uns transportent des branches. Mais la nidification n’aboutit pas.
Se fondant sur l’ensemble des observations faites, G. et M.-Y. Morel évaluent l’effectif
total de U colonie à quelque 2 300 couples, soit par espèces :
Phalacrocorax africanus . 500
Anhinga rufa . 300
Egretta inlermedia . 100
Egrelta alba . 100
Bubulcus ibis . 800
Nycticorax nycticorax . 150
Ardeola ralloides . 150
Threskiornis aetkiopicus . 100
Platalea alba . 100
Comme il a été dit plus haut, la héronnière n’est pas occupée tous les ans. G. et M.-Y.
Morel ont pu découvrir une raison à ces irrégularités : il y a d’une année à l’autre des variations
considérables dans l’abondance des Orthoptères dont se nourrit Bubulcus ibis. Si ces insectes
manquent aux alentours de la colonie — ce qui est le cas lors de sécheresses prolongées_
les Garde-bœufs vont s’installer ailleurs, dans le moyen ou le bas delta plus humides. Le rôle
d’entraîneurs qu’ils semblent jouer à Rosso obtient alors son effet : les autres oiseaux : Cormo¬
rans, Anhingas, Aigrettes, etc-, suivent les Garde-bœufs.
1. P. L. DekevsëB avait observé la nidification dans la colonie de Bosonyon (Mali) en Octobre 195*
et avait collecté è Kiehard- Toll, le 4 Août 1951. une femelle dont i’oviducte était tria développé (ovocyte
de 6 mm de diamèue). Aux environs de lliré (Mali), G. Morel avait visité une colonie où la ponte avait
commencé en Mars. - i. • . i • ».
2 A Diré (Mali) G. Mohel avait trouvé quelques couples en incubation & la mi-Mars.
s" A Uiré (Mali), le 20 Mars 1960, les nids contenaient des œufs et des poussins de quelques jours.
La reproduction avait donc c.immeiicé eu Février.
Source : /HNHN, fiaris
DELTA Dü SÉNÉGAL
143
En résumé.
1. Héronnière importante par le nombre des espèces présentes (10 en comptant les
Tantales) et l’importance des effectifs
2. Ayant procédé à des observations régulières, G. et M.-Y. Morel ont pu préciser
pour la plupart des espèces les dates de début et de fin de ponte. Pour plusieurs ils ont pu
mesurer les temps d’innibatioii : Egretta alba : 27 jours ; ffgre/ta intermedia : 24 à 27 jours;
Bubuîcus ibis ; au moins 23 jours; Ardeola ralloides : 20 à 21 joins. Ces durées coïncident
à peu de chose près avec celles qui ont été notées pour les mêmes espèces en d’autres parties du
monde (Europe, Inde, Afrique du Sud).
3. Les auteurs soulignent i’impurlance du fucrteur limitant que constitue pour Bubuîcus
ibis la quantité d’Ortboplères (jui se trouve disponible au moment où le remplissage de la mare
fournit par ailleurs la sécurité nécessaire. Il est frappant que les autres espèces, dépendantes
de nourritures d’un autre type, délaissent la héronnière lorsque les Garde-bœufs, pour la facilité
de leur alimentation propre, s’établissent ailleurs. Ainsi se trouve mis en évidence un certain
rôle déclenchant que Bubuîcus ibis paraît remplir dans le développement saisonnier du gréga¬
risme et l’initiative reproductrice. Il serait fort intéressant de retrouver dans d’autres colonies
un jeu analogue de conditions, de voir par exemple si l’espèce la plus nombreuse assume
habituellement cette fonction. Comme le montreront nos analyses, tant en Guinée portugaise
que dans le bas delta du Sénégal, il est encore difficile d’être affirmatif (v. p. 224).
2. Colonies du Gorom.
Les oiseaux occupent alternativement — une année ici, une année là — deux boisements
de gonakiés situés au centre de deux dépressions. L’ensemble est compris dans l’un des angles
droits (SW) formés par le fleuve Sénégal (dont l’axe de descente est ici E-W) et le défluent du
Gorom (dont l’axe est N-S) (voir carte p. 140). La colonie la plus orientale se trouve à 2 km au
Sud du fleuve et à 3 km en amont du point où le défluent du Gorom se détache du cours
principal (Lat. 15® 38'). lai colonie la plus occidentale est placée sensiblement au Sud de cet
embranchement, à 3 ou 4 km au Sud (Lat. 15® 37').
11 est très difficile de parvenir jusqu'à ces emplacements pendant la période d’inondation
car la nappe s’étend sur 6 ou 7 km du Nord au Sud. Nous n’avons pu atteindre en temps voulu
la colonie occidentale, faute d’avoir pu nous procurer les véhicules et la main-d’œuvre néces¬
saires pour le transport d’embarcations à fond plat. L’observation ne put donc être faite que
par avion, c’est-à-dire sans pouvoir identifier autre chose que les oiseaux les plus facilement
reconnaissables — Anhingas, Cormorans africains. Hérons garde-bœufs — et sans pouvoir
s’assurer du contenu des nids. Une visite en saison sèche permit de retrouver les vieilles aires,
réparties sur un peuplement d’acacias a-ssez dispersé.
La colonie orientale est disposée en couronne sur les acacias qui entourent un fond de
cuvette, dont le centre, en raison de la profondeur (l’eau et de la durée de la stagnation, est
dépourvu d’arbres. L’inventaire dut être fuit en deux fois. Une première exploration, le 14 Dé¬
cembre 1962, fut facilité)^ i(ar la proximité de la levée insubmersible qui forme la rive gauche
du fleuve Sénégal. Une barque à fond plat put être amenée par camion jusqu’à la zone maréca¬
geuse garnie d’une épaisse végétation, puis traînée sur les herbes jusqu’au plan d’eau, où une
nouvelle difficulté se présenta : le sol, sous plus de 2 m d’eau, était encombré d’une telle quan¬
tité de branches cassées et de broussailles que la navigation ne fut possible que sur la périphérie
Nord de la héronnière. Le 5 Janvier 1963, le site put être atteint par le Sud, sans embarcation :
la cote de l’inondation ayant baissé, il fut possible de parcourir la partie méridionale de la
colonie, non sans peine en raison des bris de branches à fortes épines. La hauteur d’eau rendit
impossible une prospection complète.
Nous nous retrouvâmes sur les lieux le 27 Avril 1964 au milieu du jour. De la nappe
d’inondation il re.stait encore de larges flaques d’eau boueuse entourées de prairies d’un vert
intense. Quelques centaines d’Échassiers a’y trouvaient rassemblés, semblant rechercher
à la fois la fraîcheur entretenue par l’ombre et l’humidité ainsi que les proies concentrées sur
un sol détrempé. Nous pûnres identifier Ibis ibis (avait-il niché à l’endroit même ?), divers
Hérons et des Aigrettes banales.
1. Lea observations faites par nous-mêmes ilani les antres colonies feront opnarnître des proportion»
différentes entre tes diver«.« espèce».
Source ; MNHN, Paris
144
RENÉ DE NAUKOIS
Peuplements et reproductions.
1. L’époque, tant en Décembre qu’en Janvier, était tardive. Les reproductions de Garde-
bœufs et Aigrettes étaient terminée». Par contre, un incroyable pullulement d’Anhingas et
Cormorans africain», avec poussins à tous les stades de développement, s’offrit à nos regards.
Les dernier» envols ne durent avoir lieu qu’à la fin de Janvier ou au début de Février.
2. Particulièrement intéressante fui la découverte il’une petite colonie (moins de dix
couple.» à ce qu’il nous parut) du grand Cormoran Phalacroœrax carho lucidus. Le 14 Décem¬
bre 3 nids placés sur un acacia purent être examinés : ils no r.ontcnaiont encore que des œufs
Ainsi apparaissait un synchronisme entre cette nidification — la seule que nous ayons jamais
rencontrée dans le delta proprement dit — et celle de l’Aftout es Sahéli (v. p. 125).
3. Quelques dizaines de Spatules africaines, Flatalea alha, furent observées au sommet
des arbres. Étaient-elles nicheuses ? Une attente prolongée ne permit pas de les surprendre
en position d’incubation. Leur reproduction dans la colonie du Gorom n’est donc pas absolu¬
ment prouvée *.
4. Une trentaine d’Ibis sacrés Threskiornis aelhiopicus volèrent en groupe autour du
boqueteau pendant toute la durée de notre visite — comportement qui nous fit d’abord croire
à une population de non-niebeurs. Mais l’expérience nous a appris par la suite que ces oiseaux
lorsqu’ils ont été chassés de leurs nids par une visite importune, exécutent précisément des
vols de type : passant et repassant en formation serrée et remarquablement régulière (v. île dos
Flamingos, Guinée portugaise, p. 219). H est donc fort possible que la colonie ail été dérangée
par nous en pleine activité de reproduction.
Aucun Tantale Ibis ibis ne fut aperçu.
En résumé.
1. Ces colonies présentent un haut intérêt tant par la masse des oiseaux_ estimée
de 4 000 à 6 000 sujets — que par le nombre des espèces, la présence en particulier du grand
Cormoran.
2. I.AI stagnation de Teau au centre de la cuvette assure une protection prolongée •
jusqu’en Février en 1963, plus tard encore sans doute en année exceptionnelle. Ainsi s’affirme
le conditionnement de la reproduction, dans sa possibilité même comme dans sa durée par
des conditions géographiques et climatiques toutes locales ’
3. Les aménagements agricoles dans la région considérée ont-ils fait disparaître ces
deux refuges? Il y a, hélas! à l’heure où nous écrivons, tout lieu de le craindre. Les fonds de
cuvette sont généralement impropres à la mise en culture. Il semble donc que les peuplements
de gonakiés qui les occupent pourraient être respectés. Une chance serait alors offerte aux
oiseaux de s’habituer à la présence humaine si cellc-ci consentait à se montrer amicale
3. Colonies de Rheune.
Les deux héronnières, situées à la Latitude approximative de 16®33', sont séparées
une distance d’environ 1 500 m. Elles mesurent 100 à 150 m de longueur, quelques dizaine^
de mètres de largeur, et s’étalent chacune sur 2 ou 3 cordons ^uviaux séparés par des che
naux — systèmes qui font partie de l’ensemble de levées de rive convexe que nous avons déc 'i-
plus haut (v. p. 118). Les oiseaux nichent sur les gonakiés en peuplement dense qui garnissent
les parties les moins déprimées. Les marigots (entre les cordons) s’évasent de plus en ni
vers l’aval; c’est la colonie Ouest qui est le mieux isolée. Cette protection n’est pourtant a ^
très relative car les habitants du village voisin de Rheune parviennent jusqu’aux héronniète^
au moyen de pirogues et atteignent les nids sans avoir besoin d’escalader les arbres C
pillages ont lieu à l’époque des plus hautes eaux qui est aussi celle où pullulent les poussina»
1. Il eût été possible de s’en
2. U. Lack (1923) a Lieu fait
dea Sternes dans l’Arctique. Mêmes
3. Noua les avons pria en nagro
des pirogues aaluèrent ionguenient 1’
eacorte, vaincus par la fatigue. Échec que noua reaeenltines t
rcas.,rtir u.. type de sujétion analogue à propos de la reproducüo;
Juservations par noua-mëme au bpitzherg. “
nt délit au cours d'im survol, üam leur bo.me conscience les occupants
avion qui tournoyait au-dessua de leurs têtes. t-oute
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉNÉGAL
145
La colonie Esl, observée seulement en 1962, semble n’être qu’une annexe de sa voisine; il y
avait cette annéolà coexistence des deux peuplements.
Les nids sont placés dans les ramures des acacias à des hauteurs comprises entre 2,50
et 6 m à raison de 10, 15 ou 20 nids par arbre.
La colonie Ouest fui explorée le 19 août 1960, au terme d’une longue navigation à partir
de Saint-Louis. Craignant que l'accès aux marigols, encombrés d’arbre.s morts et de végétation
aquatique, ne laisse point de passage pour notre embarcation, nous primes pied sur la rive
proprement dite (levée ancienne insubmersible), nous approchâmes par terre, guidés par les
cris des oiseaux, et dûmes nous mettre à la nage pour traverser le marigot le plus profond.
La reproduction ne faisait que commencer. Plusieurs centaines d'Anhinga rufa, Bubulcus ibis
et Nycticorax nyclicorax s’alTairaicnt. Quelques nids seulement contenaient 1 ou 2 œufs frais.
Un survol ultérieur permit d’identifier les espèces banales et d’apprécier l’importance du
peuplement.
La colonie Ouest n’existait pas en 1960. Elle ne fut observée en pleine activité que
l’année suivante, du haut d’un avion lent. En outre, l’emplacement fut visité par terre le 25 avril
1964, donc en pleine saison sèche, quand toute activité avait cessé depuis longtemps.
En conclusion.
1. L’éloignement et les difficultés de transport ont rendu impossible une étude métho¬
dique. Il y a tout lieu de présumer que la composition faunistique ne diffère pas sensiblement
de celle trouvée à Rosso et au Gorom. Encore importerait-il de savoir si Phalacrocorax carbo.
Ibis ibis, Tkreskiornis aelkiopicns, Plataîea alba sont présents au milieu des Anhinga.
2. Un point peut être considéré comme acquis : la mi-Août est l’époque du démarrage
de la reproduction : en retard d’une ou deux semaines sur celui de la colonie de Rosso. Rien
de surprenant dans ce léger décalage : à Rosso les conditions de sécurité sont assurées par l’eau
des premières pluies remplissant les mares; à Rheune elles sont fournies par la montée de la
crue, qui ne commence précisément qu’à la mi-Août.
3. Situées en dehors du périmètre des aménagements rizicoles du Boudoum, ces héron-
nières ne devraient pas être condamnées à disparaître. Mais si les pouvoirs publics n’emploient
pas les mesures les plus drastiques pour mettre fin aux déprédations commises par les habitants
des villages voisins, pour prévenir aussi les chasses intempestives par le personnel des exploi¬
tations agricoles, tout sera détruit. Tout l’est peut-être à l’heure où nous écrivons.
4. Colonie du Bell-N’Diaoül.
Le marigot de Bell a son origine au-delà de la dépression de Diaouling dans celle de
Tianbrank (située par 16°29' au Nord de la dune dite Toundou 2Üre). Le marigot de N’Diaoul,
beaucoup plus court et moins important, descend de la dépression du Gandianguer située par
16®23'. La rencontre forme le marigot de Tiallakt. Elle a lieu par 16®19' dans une dépres¬
sion occupée pour partie par un plan d’eau libre, pour partie par un double peuplement
végétal : en amont et sur les rives du N’Diaoul, une mangrove d’.<4t<iccnnic africana (quel¬
ques dizaines de m de largeur et environ 1 km de longueur); en avd et principalement sur
la rive gauche du N’Diaoul, une brousse extrêmement dense à Tamarix senegalensis (largeur
150 à 200 m, longueur 500 à 600 m) *.
L’accès à ce confluent est malaisé. En voiture « tous terrains » on n’y pourrait parvemr
qu’aprèâ la décrue (saison sèche d’hiver et de printemps) : partant de Saint-Louis, on suivrait
d’abord la plage vers le Nord jusqu’au droit du confluent; ensuite, faisant face à i’Est, on fran¬
chirait les cordons littoraux (Sbar) puis les basses plaines de l’intérieur. Un itinéraire à partir
du Nord (Keur-Macène, piste Lacombe) pourrait être étudié; mais il ne serait praticable que
bien après la décrue et au prix de nombreux détours évitant les fonds de marigots et de seb-
knas en vase molle. Faute de moyens appropriés nous n’avons jamais tenté d’emprunter ces
voies. Un cheminement par terre permettrait de parvenir jusqu’aux lieux de nidification en
1. Au confluent même, pendant la période d'inondation, la profondeur d'eau eat supérieure à celle
que l'on trouve tant h l’aval (dans le premier méandre du Tiallakt où existe uuc sorte de seuil) qu'en amont
(dans les marigots de Bell et de N'Diaoul). Il est certain que l'onde marée pénètre jusque dans le cours du
N’Diuoiil pendant la crue : ce qui explique b présence d’un peuplement d’.4vicennia. lin plan d'eau subsiste-
t-il pendant toute lu saison sèche ou bien les Avicennia sont-ils privés pour im temps d'eau courante salée?
Ce point reste ù éclaircir.
8 564016 6 10
Source : MNHN, Paris
146
RENÉ UE NAUROIS
début de saison des pluies (Juin-Juillet), plus d’un mois avant le moment où la crue rend pos¬
sible la navigation fluvitJe. On pourrait ainsi préciser — ce que nous n’avons pas pu faire —
l’époque du début de la ponte pour les espèces dont la reproduction est précoce. Les explo¬
rations par avion mises à part c’est donc par eau et en utilisant une vedette à fond plat que,
remontant le cours du Sénégal puis le marigot de Tiallakl, nous avons atteint par 5 fois les
colonies. La distance à couvrir est d’environ 50 km et les hauts-fonds gênent la progression
lorsqu’on approche du confluent *. Il est indispensable de disposer d’une embarcation rapide
si l’on doit aller et revenir dans la journée. Encore ne reste-t-il que quelques heures pour le
travail à pied d’œuvre.
Le marigot de N’Diaoul est navigable jusqu’au contact de la mangrove. A partir de
ce point l’on doit se mettre à l’eau jusqu’à la taiUe et se frayer un passage à travers des épineux
immergés;maisla marche entre les/^vicennio est relativement aiséeIji prospection du massif
de Tamarix pose des problèmes beaucoup plus difiBciles : les feuillus sont bas et gênent évidem-
ment la vue; surtout l’avance est freinée par l’intrication des troncs et branches qui au lieu
de s’élever verticalement s’enchevêtrent horizontalement et obliquement, tant en pleine eau
qu’à l’air libre ® ; en conséquence il est impossible, si l’on ne dispose que de quelques heures,
de parcourir plus qu’une faible partie de l’aire occupée par les oiseaux. La progression s’accom¬
pagne inévitablement de bris de branches, en particulier lorsqu’on doit se décider à faire
usage du coupe-couple, ce qui apporte un trouble considérable dans la colonie. Pour ces diverses
raisons tout comptage tant soit peu précis devient impossible.
Dates des prospections.
1960. - Octobre : survol;
1961. — 24 Novembre ; survol;
1952. — 23 Décembre;
1964. — 13 Août; 17 Septembre; 21 Novembre; 19 Décembre.
Les résultats de la visite du 23 décembre 1962 seront rapportés en dernier lieu.
Peuplements et reproductions.
13 Août 1964._ Dans les tamarix, la surface occupée par les niclieurs est déjà très
étendue; mais on est frappé d’emblée par le petit nombre d’espèces.
Anhinga rufa. _Quelques dizaines de couples. Les nids contiennent de 3 à 5 œufs.
La ponte a dû commencer au début du mois. Nids placés haut dans les arbres.
Egrella alba. _Quelques dizaines de couples ; pontes fraîches de 1 à 3 œufs.
Bubulcus ibis et Nycticorax nycticorax. — Nombreux nicheiirs. Egrella gularis est
recherchée en vain.
19 Septembre 1964. — Les effectifs, ceux surtout dp Bubulcus ibis, ont considérablement
augmenté. Aux espèces précédemment notées s’ajoutent les suivantes :
PhalacTocorax africanus. — Quelques couples nicheurs. Pontes de 4 à 5 œufs.
Egrella intermedia. — En petit nombre. Un nid contient des poussins; l’espèce était
donc présente en Août mais n’avait pas été remarquée.
Egrella garzelta. — Quelques rares couples perdus ou milieu de la masse des autres
Ardéidés.
Ardeola ralloides — Plusieurs nicheurs sont identifiés. Comme dans la colonie de
Rosso, ils occupent la partie moyenne des ramures (plus bas que les autres Hérons et a fortiori
que les Anhingas).
1 Dans Je méandre du Tiallakt qui se trouve juste à i'aval du point à atuindre on doit généralement
haler l’embarcation sur 200 ou 300 mètres. La navigation sur ce parcours n’est possible qu’au moment
^'*2* Siraalons une particularité de ces AvUennia qui n'a pas cessé de nous intriguer. Leurs pieds ne
sursissent pas d’un fond plat mais d’un üt raviné. Partant d’un talweg et se dirigeant vers un arbre on
remonte d’abord sut quelques mètres une pente dou«. qui se redresse à I approche du tronc; de sorU que
celui-ci apparail comme porté par une sotte de cône d'où pointent les pneuirialophoret. U semble que le
N’Djoul, où les courants sont actuellement extrêmement faibles (crue et décrue, marées), ait incisé son lit
entre les' arbres ù une époque où existait un véritable courant...
3. Nous n’avons jamais trouvé, même dans les mangroves de Rhitopliara les plus denses, des condi¬
tions de marche plus épuisantes.
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉNÉGAL
147
Espèces absentes : Ardea purpurea, Melanophoyx ardesiaca et, semble-t-ii, Egretia
gularis.
Les feuillages de tamarix surplombant le plan d’e^u se prêtent remarquablement à
la nidification du petit Sylvidé Prinia subflava Gm... Attachés à l’extrémité des feuilles pen¬
dantes, une dizaine de nids sont découverts, de distance en distance, sur moins d’un kilomètre
de longueur : 3 ou 4 sont abandonnés; 1 est en construction; les 5 autres contiennent une fols
un œuf, deux fois 2 œufs (pontes incomplètes), deux fois 4 œufs. Iaïts de la visite suivante,
le 21 Novembre, les oiseaux auront déjà abandonné ces nids. L'époque de reproduction est
donc remarquablement contractée et se place entre la mi-Août et la fin Octobre ou le
début de Novembre.
21 Novembre 1964 — Dans les tamarix, la colonie s’est considérablement augmentée.
Egretia alba est encore par endroits en incubation (pontes 3 ou 4 œufs) ainsi qu’Ardeola
ralloides (1 ponte de 3 œufs). Phalacrocorax africanus, Anhinga rufa, Nycticorax nycticorax
pullulent, Egretta garzetla elle-même apparaît en nombre.
Deux ou trois Ibis sacrés Tkerskiomis aethiopicus sont notés. Les nids ne seront décou¬
verts qu’au cours de la visite suivante (19 Décembre).
La reproduction des Hérons Garde-bœufs, Bubulcus Ibis, paraît être terminée (jeunes
au vol).
C’est dans la mangrove à'Avicennia que l’extension est le plus remarquable. Sur plu¬
sieurs hectares, là où il n’y avait précédemment que des vieux nids et peu d’oiseaux, 4 espèces
sont maintenant en pleine incubation : à mi-hauteur, Ardeola ralloides', plus haut, Phalacro¬
corax africanus, Egretia garzetla et Nycticorax nycticora.T. Aucune Spatule, Plalalea alba,
n’est notée.
19 Décembre 1964 — Une portion hien circonscrite du massif de tamarix abrite une
dizaine de nids de Threskiornis elhiopicus contenant 1, 2 ou 3 œufs, à tous les stades d’incu¬
bation. Au même endroit sont découverts 10 à 15 nids de Plalalea alba contenant des pontes
de 4 œufs. L’appréciation du degré d’incubation montre que les premiers œufs ont été déposés
au début du mois.
Dans la mangrove sont installées en grand nombre les espèces déjà notées en Novembre.
En outre quelques Spatules sont vues perchées sur les plus hautes branches d’un groupe de
palétuviers. Il semble que des nids soient occupés dans l’épaisseur des feuillages
Dans les basses ramures des Avicennia sont posés plusieurs mds de Streptopelia deci-
piens contenant œufs et poussins. En outre, de nombreux Hérons cendrés Ardea cinerea
s’envolent des arbres, mais aucun nid n’est découvert. Il s’agit donc de migrateurs, plus préci¬
sément d’oiseaux européens à livrée grise
23 Décembre 1962 — Cette visite, la première que nous ayons pu mener à bien, n’avait
porté que sur une partie de la zone des tamarix. La dépression centrale, cette année-là, était
déjà presque évacuée par l’inondatioh. Corrélativement les opérations de reproduction étaient
terminées pour la plupart des espèces. Une quinzaine de nids de Plalalea alba furent trouvés
porteurs soit de poussins soit d’œufs (2, ou 3 par nid) pour la plupart très incubés. En outre
quelques jeunes Bihoreaux, Nycticorax nycticorax, déjà hors de leurs nids, n’étaient pas encore
au vol.
En résumé.
1. Colonie plus importante par le nombre des oiseaux que par edui des espèces.
Manquent en effet : Phalacrocorax carbo, Ardea purpurea, Egretta gularis, Melanophoyx
(udesiaca et aussi, semble-t-il, Butorides striatus. Par contre, présence de deux petites colonies
de Threskiornis elhiopicus et Plalalea alba. En outre, nidifications remarquables de Prinia
subflava.
2. Une progressivité apparaît dans le déclenchement des cydes : Anhinga rufa,
Egretta alba, Bubulcus ibis, Nycticorax nycticorax s’instMlent dès le début d’Août ; Threskiornis
éthiopiens et Plalalea alba apparaissent plus tard. La population totale paraît être à son
maximum en Octobre.
1. Le temps manqua, malbeureiieemenl, pour procéder à des vérifications.
2. Pot opposition au blanc presque éclatant qui caractérise la sous-espèce du Banc d'Arguin, Ardea
cinerea monicae JouaNin et Koux.
10.
Source : ASNHN, Paris
148
RENÉ UE NAUROIS
3. Il ne semble pas que les premières pontes puissent être déposées plus tôt qu’aux
premiers jours d’Août. A cette époque en effet ce sont seulement les premières pluies, ruisse¬
lant vers le fond de la dépression, qui peuvent élever le niveau du plan d’eau dans les
tamaris. Or cet apport ne saurait suffire à assurer d’emblée la sécurité des oiseaux. Si la nidi¬
fication paraît démarrer lentement pendant le mois d’Août c’eat sans toute i)arce que les
oiseaux attendent l’arrivée de la crue, qui remonte, d’aval en amont, le marigot de Tialakt et
remplit la cuvette en Septembre.
Il semble d’ailleurs que la durée des reproductions soit inégale d’une année à l’autre,
en raison des variations de volume de la crue. La liauteur d’eau après la mi-Décembre était
faible en 1962 — d’où l’interruption plus précoce — forte en 1964 — d’où un prolongement
sensible des époques de ponte et d’élevage des jeune» pour Tlireskiornis actliiopicus et Plotolea
alba. C’esl donc bien le caractère «tonal» des phénomènes d’inondation (maximum de la
crue en Octobre, volume variable en fonction de la hauteur des précipitations dans le haut
bassin versant du fleuve) qui commande ici le déclenchement et rétaicraent dans le temps
des divers cycles.
4. Il se peut que, dès 1964, l’effectif de la colonie se soit trouvé augmenté de contin¬
gents '-baattéa des parties sénégalaises du delta par les travaux d’aménagement agricole (colo¬
nies du Gorom, de Rheune). Si, comme il est malheureusement probable, les oiseaux de ces
répons sont pourchassés et leurs lieux de nidification détruits, il faudra s’attendre à voir
s’accroître en densité et en extension la colonie du Bell
5. Colonie de Gueyeloubé
Elle occupe une petite mangrove au point (Ijit. 16®19') où le défluent dit Gueyeloubé
se détache du fleuve Sénégal. Gnq kilomètres seulement la séparent de la colonie la plus
voisine, qui est celle de Dakar-Bango. Mais la colonie de Gueyeloubé garde cependant son auto¬
nomie. Les oiseaux occupent deux massifs de Rkizophora, de forme grossièrement circulaire,
mesurant l’un une dÎTaine, l’autre une centaine de mètres de diamètre. Iji hauteur d’eau à
marée haute peut atteindre 1,60 ra aux abords des palétuviers.
Dates des prospections : en 1961, à plusieurs reprises iiendant la dernière quinzaine
d’Août, puis de nouveau le 16 Novembre; en 1964, à diverses occasiomi, d’Août à Novembre;
en 1965 au début d’Août. En outre, l’emplacement fut survolé au passage lors des reconnais-
sances aériennes au-dessus du delta et de l’Aftout es -Saheli.
La héronnière est occupée chaque année, de façon régulière, d’Août à la fin d’Octobre.
Il semble que les effectifs, évalués en 1961 à plus d« 2 000 oiseaux, dent été sensiblement infé¬
rieurs par la suite. La cause de cette diminution peut être double : dégradation du boisement
du fait même des déjections accumulées par les oiseaux; déprédations commises par les habi¬
tants des villages mauritaniens du voisinage et par les piroguiers qui montent et descendent
quotidiennement le cours du fleuve.
Peuplements et reproductions.
Le 18 Août 1961 la colonie était en pleine activité, beaucoup de ni<ls contenaient des
poussins de petite taille : les premières pontes avaient donc eu lieu dès k fin de Juillet. Le
même développement fut retrouvé lors des prospection» ultérieure». Etaient présentes les
espèces suivantes :
Egrelta alba, E. gularis et E. garzetla, par dizaines. E. intermedia ne fut pua identifiée
(il serait toutefois surprenant qu’elle soit absente).
Melanophoyx ardesiaca : une dizaine de couples, éparpillés au milieu des autres
Ardéidés. Premières pontes à k fin de Juillet ou dans les tout premiers jours d’Août.
Bulbucus ibi$ et Nycticorax nyclicorax, par centaines. Ces deux espèces avec Egretta
alba et Melanophoyx ardesiaca inaugurent k héronnière sensiblement à la môme date.
Ardeola ralloides : une centaine.
1. Celle-ci, liélas ! n’est pas à l'abri de toute déprédation. En déconilire 1964 noue avons pria en
flagrant délit de pillage un groupe de jeunca Maurituniciie. Lea mila él^l<^nl encore remplis de poussin» sur
lesquels ils taisaient main basse.
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉrdCAL
149
Anhinga rufa et Phalacrocorax africanus : nous ne comptâmes qu’une douzaine de
couples de chaque espèce. Ponte à partir de Ja 3® quinzaine d’Août.
Absents : Ardea purpurea, Threskiornis aethiopicus, Platalea alba.
Le 16 Novembre 1961, la héronnière était déserte.
Au cours des années 1964 et 1965 les observations ne firent que confirmer les consta¬
tations antérieures : l’activité de la colonie s’étend sur environ 3 mois de la fin Juillet à la
fin d’Octobre ou au début de Novembre. C’est une durée relativement brève.
Une aire d'Haliaetus voci/er occupe le centre du plus petit dément de mangrove.
Nous la trouvâmes toujours inoccupée.
En résumé.
1. Colonie d’importance moyenne, se rassemblant régulièrement et paraissant jouir
d’une large indépendance. Présence remarquable de l’espèce relativement peu abondante
dans le delta qu’est Melanophoyx ardesiaca.
2. Le déroulement des reproductions dans le temps est conforme à celui que l’on ob¬
serve dans les autres colonies : Bubulcus ibis, Nycticorax nyctkorax, Egretta alba en premier
lieu; Anhinga rufa et Phalacrocorax a/rkanus deux ou trois semaines plus tard.
3. L’interruption de toute reproduction à partir de la fin d'Octobre ou du début de
Novembre constitue un fait élhologique qui mérite d’être noté. Sur certaines fies du Banc
d’Arguin (Cheddit, Touffat par exemple) le départ du gros des effectifs n’empêche pas de petits
groupes, voire des couples isolés de demeurer sur place pour mener à bien des reproductions
tardives. Il n’en va pas de même à Gueyeloubé. On peut se demander si les couples retarda¬
taires du « ressort » de cette héronnière n’abandonnent pas leurs couvées pour évacuer les
lieux avec la masse de la colonie lorsque celle-d a terminé ses opérations; ou si survenant
après le début de Septembre, renonçant à nidifier sur place, ils ne rallient pas des colonies
plus nombreuses et à activité plus prolongée. Peut-être l’exiguïté du site, la surabondance du
guano détériorant les arbres, contribuent-elles à décourager les arrivants de dernière heure.
6. Colonies de Dakak-Bango.
Nous désignons ainsi un groupe de trois colonies qui occupent des emplacements voi¬
sins de Dakar-Bango et ne paraissent pas être indépendantes les une des autres. L’ime d dles,
que nous appellerons colonie de Sor, est située par 16® 03' de Latitude dans un élément de
mangrove de quelques ares, au bord d’un marigot qui se détache du fleuve Sénégal un peu
en avd de Dakar-Bango et descend vers le Sud '. Elle fut occupée en 1961 en même temps que
celle de Dios dont il sera question ci-après. Nous n’y avons rien trouvé au cours des années
suivantes — La colonie de Dakar-Bango, par 16° 04', occupe sur 300 m de longueur et 100 m
de largeur une mangrove à'Avkennia (au S) et Rizophora (au N) sur la rive gauche du
fleuve. Désertée en 1961 et, serable-t-il, 1962. elle a été occupée de façon massive en 1964
et 1965 tandis que les deux autres emplacements étaient provisoirement abandonnés —.
Enfin, par 16° 06', une troisième colonie s’étale sur environ 3 ha dans la convexité
de la rive droite (mauritanienne) du Sénégal, à moins de 2 km à l’Est du hameau de Dios.
Dans ces deux héronnières les oiseaux nidifient aussi bien dans les Avkennia (partie intérieure,
soumise à une moindre immersion) que dans les Rhizophora (en bordure même du fleuve).
En 1964 et 1965 la héronnière de Dios ne fut pas occupée. Il apparut que beaucoup d’arbres
avaient été comme brûlés par le guano, que d’autres avaient été arrachés par des bûcherons.
Le simple survol des colonies de Dios et de Dakar-Bango permet de faire certaines
constatations relatives aux modes d’occupation dan.s les deux types de palétuviers ; dans
les Rhizophora le port môme des ramures permet une nidification dense qui s’étage jusqu aux
plus hautes branches; les déjections sont abondantes et arrivent à tuer les arbres; dans les
Avkennia le» nids sont placés à hauteur moyerme et la densité est moins grande, les plus
hauts feuillages procurant ainsi une certaine dissimulation; les arbres souffrent moins de l’ac¬
tion délétère du guano.
1. Ce marigot est traversé par la route de Saint-Louis à Kosso aii pont de Sor. La héronnière se trouve
au droit de la piste d’atterrissage de l’aéroport voisin.
Source : MNHU , Paris
150
RENÉ RE NAUBOIR
L'observation dans ces mangroves, celles surtout de Dakar-Bango et de Sor, est rendue
à la fois difficile et pénible par le pullulement des moustiques. Les populations humaines toutes
voisines de Saint-Louis et de ses faubourgs constituant un réservoir de malaria on court
grand risque de ne pas échapper à l’inoculation.
Dates des prospections.
En 1%1, à maintes reprises au cours de la deuxième <iuinzainc d’Aoûl, ainsi que les
11 et 16 novembre. En 1964, les 7 et 14 Août 1964. Une observation à distance fut encore
possible le 19 Décembre 19^.
Peuplements et reproductions.
La population tot^e a été estimée à 5 000 ou 6 000 oiseaux, La colonie de Sor (en 1%1 )
ne s’est guère étendue que sur un quart d’hectare et n’a compté que quelques centaines
d’oiseaux.
Anhinga rufa et Phalacrocorax a/ricanus — Effectifs de l’ordre de quelques centaines
d’individus. Prenûères pontes vers le 20-25 Août. Les Aahingas nichent sur les plus hautes
branches; les Cormorans se placent, dans l’ensemble, un peu plus bas.
Bubulcus ibis et Nycticorax nyclicorax — Ici, comme dans la plupart des colonies ces
espèces fournissent les plus forts contingents. La date de début de ponte, estimée d’après le
degré d’incubation des œufs, se place à la fin de Juillet.
Egretta alba — Représentée de façon relativement abondante : une centaine de couples
ou davantage. Le début de ponte, estimé d’après la date d’apparition des premiers poussins
se place semble-t-il un peu avant celui des Garde-bœufs (donc vers la mi-juillet). ’
Egretta intermedia — L’espèce, en dépit de l’extrême méfiance dont elle fait preuve
a pu être parfaitement identifiée au nid *. Les effectifs sont peu nombreux : dans chaque
colonie, au cours d’affûts prolongés pendant plusieurs heures, nous n’avons jamais pu observer
plus de 2, 3 ou 4 couples nicheurs. Les pontes sont le plus souvent de 2 œufs, parfois 3 œufs
(comme dans la colonie de Rosso). I^a structure des nids est assez caractéristique : coupe très
peu profonde, garnie d’herbes fines; position à faible hauteur au-dessus du pian d’eau (en
contraste frappant avec celle des nids d’Egretta alba).
Melanophoyx ardesiaca — Dix ou douze couples reproducteurs dans les colonies de
Dakar-Bango et de Dios. Aires à hauteur moyenne. L’e.spèce est fort méfiante, se lève du nid
dès qu’elle entend le moindre froissement de feuilles, s’éloigne sans bruit de branche en branche
poux disparaître dans l’épaisseur de la mangrove. Rarement vue au vol. Si l’observateur veut
identifier le nid et, pour cela, voir l’oiseau revenir à sa couvée, il doit se dissimuler dans les
feuillages et garder une immobilité absolue *. Pontes de 3 ou 4 œufs, un peu plus petite
que ceux d’Egretta garzelta mais de la même couleur bleu-vert.
it de mesurer l'ampleur des piUaicea
Lombames nue iinr, vA>i»ol.r.__
1. Une rencontre de hasard, le 16 novembre 1961, t
que eubieaent ces belles colonies. Munis d’une embarcation rapide noua tombâmes sur une véritable excM^
tion venue des villages du voisinage pour dénicher les poussins et en remplir d'énormes corbeilles Nq '
n’étions pas habilité» à exercer un contrôle mais voidftmes tout de même examiner le produit de la chasà**
A notre approche les maraudeurs abandounèreal leurs récipients et cherchèrent refuge dans la inanarovo'
Nous jetant à l’eau nous les poutsuivimea d'abord à travers tes ilbizophorn et surprimes un groupe qu'
croyait en sécurité derrière le dense rideau d’arbres. Il s’ensuivit une fuite éperdue â travers le» AvicenniZ^
puis los marécages, femmes et enfants ayant peine à suivre les hommes à travers plusieurs décimètres d’e^
sur un sol inégal et barré d'obstacles. Bien après que nous ayons cessé la poursuite, des appels et cris d^
détresse retentissaient encore duns le soir tombant. Notre escorte fit main basse sur plusieurs cuves de mé» t
abandonnées sur place par le parti adverse-
2. L’identification sur le terrain se fait par lu taille. ;i1uk petite <|.ip celle d'ICsreua alba, la couleur
uniformément jaune du ber et la leinle généralement rose vif des tarses (signe relevé pur U. et M.-Y. Monvi \
3. Une ruse efGcace consiste â observer non pas d'en bas, — c'est-â-dirc à partir du sol inondé .1
mais du liaut des palétuviers en se hissant jusqu'aux liraiicbes supérieures où l'on peu) quelquefois s’asseo'
de façon presque confortable ; on voit alors i quelques mètres de soi les individus de l.iutes espèces regagn»
leurs nids, plus occupés de distribuer des coups de lier â tlroitc et â gauche que de preiulrc gurde à la Dréa° ‘
humaine. Melanophoyx ardeeiora se singularise par l'extraordinaire souplesse et lenteur .le sa ptogressi^
de ramure en ramure. Il faut se résoudre ù attendre lungueineiil. la. retour de l'iiiseau procède .l’ailleu '
avec plus de précautions encore que le départ et bien entendu, A une ulliirc plus soupçoiuicuse. Lu teint*
du plumage d’un bleu ardoisé presque noir, la couleur des yeux, le port de la tête (avec son chevelul^
armée d'uu bec légèrement arqué et pointée en avant, donnent à l’nniinai une expression farouche, presque
diabolique. ^
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉNÉGAL
151
Ardeola ralloides — Centaines de couples reproducteurs, peu méfiants. Nichent sur
les premières bifurcations des branches, en dessous de U strate moyenne des feuillages
(observations identiques par les Morel). Des dizaines de nids ont été examinés : les pontes
à tous degrés d’incubation, n’étaient jamais que de 3 œufs.
Ardea purpurea purpurea — L’originalité des mangroves de Dakar-Bango consiste
évidemment dans la présence du Héron pourpré dont la reproduction n’avait jamais été signalée
jusqu’ici au Sénégal ni, d’une manière plus générale, en Afrique occidentale. L’effectif de
cette population ne paraît guère dépasser une cinquantaine de couples. Les aires sont placées
comme celles à’Egrelta alba à bonne hauteur, de sorte que les abords sont bien dégagés.
Tous les nids identifiés contenaient des pontes fraîches de 3 œufs; il se peut toutefois que
des pontes de 4 œufs (de même couleur) dont les propriétaires ne purent être identifiés,
aient aussi appartenu à cette espèce
Le début de ponte se place à la fin de Juillet ou au début d’Août pour un premier contin¬
gent d’oiseaux. Mais il y a évidemment des nicheurs plus précoces puisque le 7 Août 1964,
dans la colonie de Dakar-Bango, nous avons aperçu dans une aire de grandes dimensions des
poussins gris d’identité non douteuse; ce qui renvoyait à une ponte du tout début de Juillet.
L’espèce semble donc s’installer en avance sur toutes les autres et faire ainsi preuve d’ime
certaine indépendance par rapport à l’ensemble du peuplement.
Absents : Threskiornis aetkiopûus et Platalea alba.
En résumé.
1. Le groupe de mangroves de Dakar-Bango est l’im des plus importants du delta
par le nombre des couples nicheurs. Il l’est aussi par la variété des espèces, en particulier par
la présence relativement abondante de Melanophoyx ardesiaca et ceUe, sans exemple jusqu’à
présent dans les autres colonies, d'Ardea purpurea. Nous reviendrons en conclusion de ce
livre sur l’intérêt biogéographique de cette aire disjointe des Hérons pourprés à l’extrémité
occidentale de l’Afrique tropicale (p. 286).
2. Le développement dans le temps des diverses reproductions se présente ici dans le
même ordre qu’aiileurs. On remarque la précocité de Bubulcus ibis et Nycticorax nycticorax,
en bon accord avec les phénomènes observés à Gueyeloubé et, comme nous allons le voir, a
Condiole.
3. L’isolement nécessaire à la sécurité est procuré dans tout le bas delta par 1 immer¬
sion, elle même due à la permanence du niveau de base du fleuve (c’est-à-dire : son niveau à
proximité de son estuaire) et au balancement régulier des marées. L’apport local des eaux de
pluie est négligeable; et celui des eaux de crue n’intervient qu’à partit de la fin d’Août. D où
pour plusieurs espèces, un démarrage des nidifications dès avant l’entrée en action des facteurs
climatiques zonaux. Cet aspect écologique est encore souligné à Dakar-Bango par le fait que
les premières pontes d’Ardea purpurea, sans doute aussi d!Egretla alba, sont déposées en
avance sur celles des Bubulcus et Nycticorax.
7. Colonie du Boyo.
Cette petite colonie est située par 16° 06' à 2 km au Sud du hameau de Boyo. Elle occupe
une petite Ue au milieu du marigot de Gueyeloubé dans sa partie rectiligne (située exactement
au N de Saint-Louis). L’île ee réduit d’ailleurs à un bosquet de palétuviers, Rhizophora prin¬
cipalement, dont la superficie est de l’ordre d’une demi-douzaine d’ares.
Lors des prospections, de 1961, qui eurent lieu à la fin d’Août et en Novembre, les
seules espèces présentes étaient Bubulcus ibis et Nycticorax nycticorax — une cenlaine de
nids — ainsi qu’un ou deux couples de Butorides striatus.
Il semble que cette héronnière ne soit pas occupée tous les ans. Elle n’est peut-être
qu'une simple annexe des habitats permanents de Gueyeloubé et Dakar-Bango.
8. Colonies de Gandtole.
Les oiseaux s’installent alternativement — une ou plusieurs années ici, imc ou plusieurs
années là — à l’intérieur de <lcux mangroves de Rhizophora, distantes d’environ 1,5 km. Lati-
1. Ces hérons sont extrêmement méfiants et il est très difficile de les voir sur leurs nids. Par ailleurs
les dimensions et teintes de leurs œufs ne permettent pas de les distinguer de ceux d'Cgreilo albo,
Source : MNHN, Paris
152
RENÉ DE NA1IROIS
tude moyenne : IS^SS'. Les surfaces occupées sont d’environ 1 ou 2 ha. L'accès est facile à
partir de Gandiole en remontant le cours du fleuve puis s'engageant à droite dans des marigots
qui, à marée haute, sont suffisamment profonds pour livrer passage à une embarcation à fond
plat. En période d’inondation, on peut trouver plus de 1,50 m de profondeur aux abords de
la mangrove. L’observation est gênée par des nuées de moustiques. On se trouve en aval de
Saint-l^uis et les eaux sont troubles.
1jI!s prospections curent lieu : en 1961, les 4 Octobre et 16 Novembre; en 1964, le
5 Août; en 1965, autour du 20 Juillet.
Peuplements et reproductions.
4 Octobre 1961 — Anhinga rufa, Phalacrocorax africanus, BubuUus ibis et Nycticorax
nyclicorax : pullulement de poussins et de jeunes.
Egrena alba : plusieurs dizaines de niila dans la partie sujiéric-urc des ramures.
Egrena garzelta. — Quelques dizaines d’oiseaux. Egrelta gularis : quelques couples
éparpillés au milieu des auUes Ardéidés — Melanophoyx ardesirua n’est pas notée, faute
peut-être d’une observation suffisamment prolongée.
16 Novembre 1961 — La mangrove est désertét\ Tout au plus reste-t-il ici où là, au
sommet des palétuviers, quelques grandes Aigrettes qui ne sont pas encore au vol.
La Tourterelle Streplopelia decipiens est présente en nombre; mais le temps manque
pour la recherche de nids éventueb.
5 Août 1964 — Bubulcus ibis est représenté par des centaines d’oi.scaux en pleine incu¬
bation et fournit les contingents de beaucoup les plus importants. Nycticorax nycticorax,
très abondant aussi, a au moins commencé sa ponte. Sont également nicheurs : en grand nom¬
bre Ardeola ralloides, en petit nombre Egrelta garzetta.
Absents ; Anhinga rufa, Phalacrocorax africanus, Egrelta gularis, Ardea purpurea.
20 Juillet 1965 — Plusieurs centaines de Bubulcus ibis, et Nycticorax nyclicorax tra¬
vaillent fébrilement à la construction de leur.-* nitls. Queltjues oiseaux sont déjà couveurs.
L’ensemble du peuplement est évalué (très approximativement) à 2 000 ou 3 000
oiseaux.
En résumé.
1. D’importance moyenne par les effectifs, celte colonie ne paraît présenter aucune
originalité du point de vue de la composition faunistique. Par contre, elle offre cette singula¬
rité de s’installer dès la mi-Juiliet, en avance d’environ un mois sur les colonies de Rheune
et de Rosso, où la ponte ne commence qu’après le 15 Août. Une raison apparaît immédiate¬
ment : les oiseaux du haut et moyen delta sont obligés, pour des raisons de sécurité, d’attendre
l’isolement de leurs emplacements de nidification : les uns (Rosso) par l’arrivée des eaux de
pluies, les autres (Rheun»0 par la montée des eaux de crue. Rim de le! n’est nécessaire à Gan-
diole où le niveau de base du fleuve et le mouvement bi-quotidien de la mer, indépendants
des variations climatiques, assurent au moins pendant quelques heures l’immersion des pieds
des palétuviers. Par ailleurs, en cette région estuarienne, les poissons ne nwnquent en aucune
saison; de sorte que pour les Anhingas et Aigrettes un premier lot d oiseaux peut nidifier
sans attendre l’arrivée des poissoas amenés par l’inondation.
2. Une question se pose et doit être discutée. Nous venons de reconnaître que l’ali-
mentation et b sécurité sont a-ssurées à Gandiole pendant toute l’année par l’eau de mer et
sou mouvement bi-quotidien. D’où vient que la reproduction n’y commence pas plus tôt,
comme il arrive en Guinée portugubc où, comme il sera exposé plus bas (v. p. 222 et 250),
Egretta gularis pond dès la fin Mars ou le début d’Avril? '
Une explication se présente en ce qui concerne Bubulcus ibis. L’alimentation de cette
espèce consistant surtout en Orthoptères, on comprend que les reproducteurs attendent la
prolifération de ces insectes, donc qu’ib évitent de nicher au piri^ momc-nt de la saison sèche
1. Dans ces mangroves du bas delta nous n’avons pu procéder it aucune vérifjcuiion eu Mai ou Juin,
Mais il est évident que si la reproduction de cerUines espèces comme pretia garzeaa. E.gitlarit y commençait
à ces époques, on ne manquerait pas de noter la pré«ncc de poussins dans les nids en Juillet et au début
d’Août — ce que, précisément, nous n’avons jamais constaté.
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉNtCAL
153
qui se situe préciséniunl un Mai-Juin. Quant à Egretia garzetta et Egrella gularis, leurs elîec-
trk, ceux de la seconde surtout, sont faibles. H est possible que ces oiseaux pour ne pas se
risquer à nicher seuls et en avance sur le gros des Ardéidés, attendent l’arrivée massive des
Hérons garde-bœufs : rappelons une fois encore que G. et M.-Y. Mobel reconnais.'ent à cette
espèce un rôle d’entraînement dans le cadre écologique de la héronnière de Rosfo; tm phéno¬
mène analogue jouerait aussi à Gondiole... Mai.s il subsiste une difficulté : les Aigrettes {gar¬
zetta et gularis) seraient-elles seides candidates à une nidification précoce? Egretia alba et
E. intermedia ne pourraient-elles se joindre à elles et ainsi » faire nombre »? Avouons donc
notre impuissance à expliquer et attendons un complément de notations.
Deuxième interprétation. On pourrait admettre que les Ardéidés transportent simple¬
ment à Gandiole les habitudes qui sont les leurs dans l’ensemble du delta. Des adaptations
mineures permettraient aux diverses colonies de commencer leurs ^'productions un peu plus
tôt ici, un peu plus tard là, selon les conditions locales. Mais cette plasticité ne jouerait qu’en
deçà d’une certaine limite : aux populations venant s’établir à proximité de l’embouchure elle
ne permettrait pas de rompre avec les habitudes au point d’avancer leur cycle de 2 ou 3 mois.
Troisième interprétation. Un certain nombre d’oiseaux se risqueraient à nicher dès
Juillet BU moment où faute d’appoint fluvial et pluvial les conditions d'immersion sont à leur
minimum; la masse des autres préférerait attendre une isolation plus parfaite par l’apport
des eaux de crue et l’exhaussement du niveau qui en est la conséquence (plusieurs décimètres).
3. Une particularité de la héronnière de Gandiole consiste dans le fait que les repro¬
ductions de 1961 ne s’y sont pas prolongées au-delà du début de Novembre. U conviendra de
voir si le même fait se reproduit régulièrement. Si tel est le cas les phénomènes se dérouleraient
ici comme au Gueyeloubé, où l’activité de la colonie ne s’étale au total que sur une durée infé¬
rieure à 4 mois. Il est possible que certains retardataires survenant en Octobre à un momen (
où beaucoup de jeunes au vol se dispersent, aillent grossir les effectife des groupes plus impor¬
tants du Gorom, du Bell ou de Dakar-Bango. S’il en est ainsi nous aurions dans cert^es
parties du delta du Sénégal un équivalent de ce qui a été constaté sur certaines îles du Banc
d’Arguin : un démarrage progre.ssif dans le temps et étalé dans l’espace, la reproduction
commençant et finissant plus tôt à un endroit, commençant et finissant plus tard à un autre
endroit, sans raison écologique apparente. 1/îs faits observés jusqu’à présent, au Gueyeloubé
et à Gandiole tout au moins, ne permettent pas de coneJure de façon sûre. Nous reviendrons
dans la conclusion générale sut le problème ainsi posé.
Source : AlfJHW, Paris
154
RENÉ DE NAUROIS
INTERPRÉTATIONS ET CONCLUSIONS
1. liCS conditions géographiques d’un type très particulier (à caractère foru-nient zoaal)
font de TAftout es Sahéli un biotope sans équivalent dans l’ensemble de la côte étudiée et
qui, par plus d’un trait, se distingue du deita du fleuve situé plu» au Sud et auquel il est rat¬
taché. D’où l’originalité du peuplement avien : coexistence de Phocniconaias minor (lié indi¬
rectement aux vase») et de Phoenicopterus ruber (relativemimt indépendant des vases);
présence d’espèces cosmopolites (Phoenicoplerus ruber, Hydroprogne caspia) et d’espèces
ouest-africaines (Pkalacrocorax earbo lucidus) ou eurasiatiqiic.s cl africaines {Pelecanus ono~
crotalus)', juxtaposition d’espèces désertiques et éthiopiennes (|). ex. Corvus ruficollis et
Corvus albus)...
2. L’aire disjointe «le Pkoeniconaias minor (à piusicur.» milliers de km de ses bases
d’Afrique orientale) i>o-»e un problème que nous devrons reprendre en considération dans les
conclusions générales. Mais là ne se limite pas l’intérêt biogéographique : Pkalacrocorax carbo
lucidus, présent en grand nombre au centre des lagunes, ne sera plus retrouvé en Guinée por¬
tugaise qu’avec un faible effectif ; comme si l’espèce ne pouvait prospérer que sur une côte
caractérisée par le mode battu et la température fraîche de ses eaux ainsi que par le caractère
désertique de son climat. En outre c’est ici, par 17“ 30', que Pelecanus onocrotalus atteint
la limite méridionale de son area, sa niche écologiiiue étant occupée plus au Sud (et sur la
bande côtière tout au moins) par Pelecanus rufescens *.
3. La sécurité étant pour la reproduction un impératif absolu les espèces que nous avons
principalement en vue dans cet ouvrage se trouvent liées à des conditions très particulières •
les arbres, qui les affranchiraient de tout autre moyen de protection, font défaut sur la plus
grande partie de l’Aftout; des îles les remplacent; mais celles-ci n’existent (plus exactement
n’émergent d’un pian d’eau dans des conditions convenables) qu’à la faveur de l’inondation
par le fleuve Sénégal et de l’apport des pluies estivales. Mais le niveau du plan d’eau varie
d’ime année à l’autre» entraînant des déplacements des époques de nidiflcalion.
4. Les lagunes de l’Aftout ne se déversant plus dans l’Océan ne font pus dir<-ctcment
partie de la côte stricto sensu, de sorte que la légitimité de leur incorporation dans le présent
ouvrage pourrait être contestée. Mais «ms mêmes lagunes n’existcnl qu’en fonction de la crue
du fleuve Sénégal. Or, celle-ci est conditionnée par les phénomènes océanographiques (houles
du NW) et climatiques côtiers (Alizés) qui provoquent la formation d’une «iérive de sable
et par là-même l'obstruction partielle de l’embouchure du fleuve, donc sa mise en charge
En outre plusieurs des espèces nicheuses dans l’Aftout sont plus ou moins liées au milieu marin
(et se retrouvent de fait sur des îles côtières au Banc d'Arguin) : Pkalacrocorax carbo Pele
canus onocrotalus, Hydroprogne caspia... Pour ces raisons l'Aftout es Saheli, sans constituer
un « prolongement » de la côte à la manière d’un estuaire, d’une lagune côtière ou d’une inden
tation profonde, peut être assimilé à une dépendance, une sorte d’« échelon refusé » Si le
Banc d'Arguin représentait une dilatation de U côte, on peut dire que l’Aftout en constitu
une réplique affaiblie, une sorte de déboublement.
5. L’originalité de l’ensemble formé par l’Aftout es Saheli et le delta du Sénégal se mani
feste, d’emblée dan» la composition faunistique des peuplements. La plupart des cspèce.s
paléarcliques que nous trouvions encore au Banc d’Arguin ont disparu — telles Platale
leucorodia, Gelochelidon nilotica, Motacilla flava •. Par contre apparaissent en masse les
1. Quand o» vient du Nord c'est au Sud de M' Boue, pur 14” 22'. que l'on rencu
colonie reproductrice de Ptlrcanus rufacem. Ptïnaniit oiucroialiu descend puur se no
l'Aftout dans les muriguts et dt^pressiuns inondées du delta du Sénégal; et il semble bien
par individus isolés ou par groupes, remonte aussi jusque-li : de sorte <(u'on vnii purfuis
côte à côte (il convient de noter que seul P. onoerotalui u été idenlilié avec t-crlilixle, l«
cette espèce pouvant, ù distance, être pris pour des l’eliraiis gri».
2. Les l'Iamunts de toute façon nirhent au sol.
3. A vrai diru certaines espèces reparuiUODl plus au Sud, comme Slerno hirun
aggravant si l'rui peut dire le paradiixe que constituait leur présenc<‘ en Mauritanie. I)'
leur limite à la l.atiludc de l'Aftout, tel Corvus ruficoJlis dont lu rt'prodiiction nu Sud
encore qu'elle ne soit pas prouvée, est probable. En outre Galtrida trislala niclic eiico
en Territoire sénégalais ; nous l'avons trouvée dans la région des Niayee de M'Boro
côté même au Sud de Dakar (voir page 173).
'“tre la première
’urrir au Sud de
‘ t|ue P. ru/escena
les deux espèces
es inmiatures die
' ““très trouvent
de Nouakchott,
ire normalement
Source : MNHN, Paris
DELTA DU SÉIŸÉGAI.
155
espèces tropicales : Anhingas, Ardéidés divers. Rapaces — avant tout Haliaëlus vocifer —
et la foule des Passereaux, trois Tisserins au moins — Placeus cucuUatus, P.capitalis, P. vite-
linus, etc. Rien d’étonnant à ce changement : nous sommes à la limite méridionale du désert,
en plein Sahel, c’est-à-dire à la charnière de deux empires : le paléarctique et l’éthiopien.
Mais il convient de faire remarquer ici une différence très nette dans les peuplements
selon qu'on prospecte i’Aftout au Nord ou le delta au Sud. Moins d’espèces dans le premier;
beaucoup plus dans le second. Flamants et Pélicans de i’Aftout s’accommoderaient mal des
conditions qui prévalent plus au Sud. En sens inverse les Anhingas, les nombreux Hérons,
Aigrettes, l’Ibis sacré et la Spatule africaine, « chez eux ■ dans le delta, seraient déplacés dans
l’Aftout *.
Rien de surprenant ici encore : l’hétérogénéité à l’intérieur de la zone sahélienne s’ins¬
crit dans la série même des zones climatiques qui s’échelonnent du pôle à l’équateur. Préciser
la nature de ces variations à la fois géographiques, écologiques et fauni.stiquc.s, en dégager la
raison profonde fera l’objet des deux paragraphes suivants *.
6. L’Aftout es Saheii et ie delta proprement dit constituent un ensemble à la fois divers
et unifié. Résumons ce que nos analyses ont apporté touchant ces deux aspects.
Diversité d’abord, due à la différence de latitude et aux différences géomorphologiques.
En cette étroite zone sahélienne, quand on va du Nord vers le Sud, le gradient de pluviosité
est considérable : sur une distance de 200 km en direction méridienne on passe d’un paysage
presque désertique à un paysage presque soudanien. Les conséquences d'ordre biologique
sont immédiates. Point d’arbres au Nord; seulement des arbustes. Dans le milieu de l’Aftout,
vers 17®, Pélicans, Flamants, Cormorans même nichent à plat sur le sol; tout au plus les
Cormorans commencent-ils d’utiliser les maigres tamarix pour y placer leurs aires à faible
hauteur. Mais si nous faisons un « bond > vers le Sud, 50-80 km, nous nous trouvons au milieu
du delta, en pleine prairie parsemée de bouquets d’arbres. Vers l’Est, dans le haut delta, ce
sont des gonakiés : en pleuplements denses — «forêts classées u sur les cartes — ou en rangées
entremêlées de palmiers ie long des marigots. Dans les dépressions du centre ce sont des tama¬
rix en taillis presque impénétrable et qui atteignent 5 m de haut. Au Sud, dans le bas delta,
apparaissent sur les rives abritées des massifs de palétuviers. Partout les oiseaux pullulent et
s’installent en colonies bruyantes et visibles du plus loin®. Contraste donc dans l’utilisation du
terrain et de la végétation en vue de ia nidification. Mais contraste aussi dans les modes d’ali¬
mentation : au Nord les Flamants des deux espèces filtrent l’eau et fouillent la vase; au Sud
les Canards mangent sous l’eau les graines tombées des têtes de graminées, les Anhingas,
Hérons et Aigrettes pêchent dans le lacis des marigots. Dans l’Aftout les reproductions inter¬
viennent ici ou là, à des époques irrégulières, en fonction des hauteurs d’eau variables d une
année à l’autre; dans ie delta proprement dit les oiseaux retournent à date à peu près fixe
aux mêmes endroits, parce que la crue vient régulièrement assurer leur sécurité.
Unité ensuite. Au Nord comme au Sud ce sont la crue du fleuve Sénégal et l’exhausse¬
ment de la nappe phréatique, conséquences des pluies estivales, qui procurent à la fois 1 iso¬
lement et les ressources nutritives. Au Nord comme au Sud, c’est la houle qui barre le delta :
Du coup point d’avancée en mer, point de digitations qui pourraient être plus ou moins sec¬
tionnées et former des lies. La sécurité que procurerait im archipel en plein océan est remplacée
1. Le graud Cormoran naUicrocorax rarbo lucuiua pose un cas difficile : en coiouie nombreuse»
dan» l’Aftout, eu tout petit nombre, comme nous l’avons vu, au Nord du Delta. A notre connaissance,
l'espèce ne réapparaît que bien plus au Sud, en Guinée portugaise et avec un effectif médiocre.
2. Zones climatiques, domaines et régions phyto- et zoogéogiaphiques sont remarquablement
parallèles à l’équateur, en Afrique occidentale tout au moine. I^es phénomènes sont en réalité plus complexes;
et nous aurons à y insister en conclusion de cet ouvrage. Remarquons dès maintenant qu’à la zonation dans
le sens EO se superpose ici meme une zonation dans le sens Nord-Sud, due à l’influence, décroissante
précisément d'Ouesl en Est, de lu température et de l’huiuidité qui régnent sur l’Océan. Autrement dit aux
giadicDts dans la direction méridienne sc superposent des gradients en direction des parallèles. Nus recher¬
ches n’ont pas pu être assez poussées à l’intérieur des terres pour préciser l'effet de l'éloignement par rapport
à la côte. Que Cormorans et Sternes ne puissent s'enfoncer plus loin que l’axe de l'Aftout à l'intérieur des
Terres, cela va de soi. Mais on voudiuit savoir si GalfriJa critiaio par exemple est liée ou non à la proximité
du Ultotal ?
3. n faut insister sur ce trait fortement original : à lu Latitude moyenne du delta. Isothermes et
Isohyètes sont si serrées, les gradients sont si élevés, que l'on passe presque brusquement de la monotonie
«lésertique à l’exubérance inter-tropicale. C’est là un caraetère proprement oueat-africaiii ; du côté opposé
de l’Atlantique comme sur la c6te orientale d’Afrique les trausitions sont plus lâches ; Anhinga anhinga,
sur la côte américaine,* remonte» beaucoup plus au Nord qu’AnAinga m/a sur la côte d’Afrique (v. Paluer
1962): de même Slerna anaciAsms * remonte » plus au Nord suc les côtes de Mer Rouge.
Source : MNHtJ, Paris
156
BENÉ DE NAUROIS
par celle qu’assurenl des « îles ■> (en un sens analogique) en pleine zone d’inondation; les unes,
au milieu de l’Aftout, sont de vraies terres émergées; les autres, dans le delta stricto sensu,
sont des fragments de massifs forestiers qu’entoure un vaste plan d’eau. Au Nord comme au
Sud c’est l’association île-pian d’eau qui permet aux espèces de se nourrir — chacune dans
sa " niche » écologique — de se reposer en paix et de nidifier hors de portée des prédateurs
terrestres. Quel type précis d’originalité cette diversité et cette unité confèrent-cllcs à l’ensemble
Aftout-delta, c’est ce qui apparaîtra plus nettement lorsque nous pourrons comparer d’autres
deltas, ceux du Saloum et de Casamance, à celui du Sénégal.
2. Au-delà même d’une diversité sous-tendue par une unité il faut saisir un « comment »,
une « raison » plus profonde de la singularité de cette région. Ce » comment •, celle « raison »
consistent dans la conjonction de plusieurs facteurs qui sont tous nécessaires et dont aucun,
s’il était seul, ne serait suffisant. Il y a d’abord la f impie présence d’un grand fleuve prenant
sa source en une région de pluies abondantes et brutales. Il y a le fait que ces pluies ne se
perdent pas sur place, que les terrains du bassin versant la font ruisseler, que la crue est fina¬
lement comme une lame qui déferle jusqu’à la côte. Mais ici intervient un nouveau facteur ;
l’insuffisance d’écoulement par l’embouchure, due au » barrage » que crée la dérive littorale,
elle-même provoquée par les houles du NW.
En l’absence du fleuve, de sa crue, de l’étalement de la nappe d’inondation, les concen¬
trations d’oiseaux — par centaines de milliers pour les migrateur.», par dizaines de milliers
pour les reproducteurs — seraient parfaitement impossibles. Et l’avifaune de la région serait
tout autre : riche en espèces et en individus, certes, mais toute de steppe et de prairie parsemée
d’épineux. C’est donc bien une conjonction remarquable de facteurs — océanographiques
par l’action » négative « de la houle et la mise en charge du fleuve; géomorphologiques par la
disposition des reliefs et des plans d’eau; climatiques par le phénomène même de la crue,
mais aussi par la production de res-sources alimentaires et de possibilités de nidification — qui
fait coexister, variés et cependant unis, les deux groupes faunistiques que nous avons dis¬
tingués : celui de l’Aftout et celui du delta proprement dit.
Source : MNHN, Paris
IV' PARTIE
CÔTE DE SÉNÉGAMBIE
De l’estuaire du Sénégal à Dakar la côte est absolument plate, à peine interrompue par
le court marigot de M’Boro et ses squelettiques éléments de mangrove. 11 y a quelques années
cette entaiüe n’abritait aucune reproduction. Elle est devenue une plage à la mode et ne pré¬
sente donc aucun intérêt. Sur la plage de sable, longue de plus de 100 km, la seule espèce qui
pourrait être nicheuse est le Gravelot à collier interrompu Charadrius alexandnnus. Plus
abondamment peuplés sont certainement les dunes et cordons littoraux situés immédiatement
en arrière de l’estran — large bande sableuse, fixée presque partout par une végétation basse
mais assez dense, et parsemée par endroits de petites mares. Nombre d’espèces terrestres
s’avancent, venant de l’intérieur, jusqu’au voisinage de l’Océan. C’est la nature de ces biotopes
et de leurs peuplements qu’il eût fallu préciser en fonction de la distance à la côte. Diverses
circonstances, avant tout le manque de véhicules, nous ont empêché de procéder à autre chose
que de courtes reconnaissances.
Parallèlement au littoral et à quelques centaines de mètres, au plus quelques kilomètres
en arrière du cordon (donc à l’E), se situe la région des Niayes où les conditions édaphiques
ont permis autour des lacs et cours d’eau le maintien d’une flore de type guinéen. Ce district,
longuement étudiée par nous, n’a pas de rapport direct avec la côte cependant toute proche,
n fera l’objet d’une publication ultérieure. Notons seulement ici que plusieurs espèces
guinéennes vivent et nichent encore dans ces biotopes en quelque sorte relicles, en particulier
le pseudo-vautour Gypohierax angolensis qui est ici, comme dans l’archipel des Bijagos,-
inféodé au palmier Elaeis guineensis. Cette localisation dans les Niayes constitue une petite
aire disjointe séparée par plusieurs centaines de kilomètres de la limite Nord de l’aire princi¬
pale (Gambie et, semble-t-il, Sinc-Saloum).
Le secteur compris entre l’esluairc du Sénégal et les approches de la presqu’île du Cap-
Vert ne sera pas étudié plus avant; c’est donc la partie comprise entre la pointe des Alma-
dies (N de Dakar, Lat. 14® 45') et la frontière de Guinée portugaise (L^t. 12® 20') qui fera l’objet
des prochains chapitres. Nous traiterons successivement de la presqu’île du Cap-Vert et des
îles voisines, de la « Petite Côte » (secteur compris entre Dakar et la pointe de Sangomar),
du delta du Sine Saloum et des îles voisines, de la Gambie et de la Casamance.
Source ; MNHN, Paris
CHAPITRE PREMIER
CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
§ 1. — CLIMATOLOGIE
Le secteur côtier qui fait l’objet de cette IV® partie se trouve placé sous les climats
désignés par A. AuBREViLLE comme sahélo-sénégalais c6Uer, sakéh-sénégalais (proprement
dit) et guinéen de Basse-Casamonce (1949, p. 158-160). Nous n’avons rien d’essentiel à ajouter
ici à ce qui a été dit dans l’introduction géographique et nous Lmiterons à quelques remarques ;
1. Du Nord au Sud une certaine homogénéité apparaît dans les températures de la
mer et de l’air au contact de la mer, due aux remontées d’eau froide qui se produisent au large
de la Petite Côte, sensiblement entre cette côte et le méridien de Dakar — caractère dont la
nature sera d’ailleurs précisée au paragraphe consacré à l’Océanographie. Ainsi s’ajoutent les
effets de l’Alizé : rafraîchissement dû directement au vent; rafraîchissement dû aux upwellings
(et dont le vent est l’une des causes déterminantes).
2. Le gradient de pluviosité est aussi fort que celui trouvé plus au Nord aux latitudes
du Sahel (Aftout es Sahéli, delta du Sénégal). Les cartes ci-contre illustrent cette situation
(fig. 16). On y voit même que l’extrême SW de la Casamance fait déjà partie du climat guinéen
maritime caractéristique des territoires de Gainée portugaise et de République de Guinée
(hauteur des précipitations supérieure à 1 800 mm).
3. Les tracés des isohyètes de 100 mm mensuels pour les mois de Juin, Juillet et Août,
d’une part. Septembre et Octobre d’autre part, montrent bien les mouvements de va-el-vient_
vers le Nord puis vers le Sud — des masses d’air humides qui constituent la mousson. La région
étudiée se situe donc au milieu du balancement annuel du F.l.T. (Front intcrlropical) [fig. 17].
Ces conditions sont essentielles pour la vie des oiseaux terrestres. L’expérience acquise
jusqu’à présent n’a fait que confirmer pour nous ce qui était approximativement connu (et
pouvait être présumé) : l’étagement des faunes selon des bandes (zones au sens strict) orientées
EW, étagement en fonction de la Latitude, comportant donc, quand on va du Nord au Sud,
une augmentation des éléments soudaraens et soudano-guinéens au détriment des éléments
sahéliens. Cette gradation est frappante quand on considère l’ensemble des oiseaux de savane
et de forêt sèche. Elle est encore sensible quand on dénombre, parmi les oiseaux liés au milieu
aquatique, les espèces d’Aidéidés >. C’est ainsi, comme nous allons le voir, que les populations
d'Egretta gularis deviennent considérables dès l'estuaire du Saloum, qu'Ardea goliath
apparaît comme reproducteur dès les marigots du Sine et que NyctUorax leuconotus a été
rencontré dès la Gambie (Cawkeil). Par contre, touchant les oiseaux de mer, l’influence dima.
tique est beaucoup plus difficile à mettre en évidence. Son effet — si c’est bien elle qui agit —
est surtout négatif, par élimination d’espèces paléarctiques et même de certaines espèces
tropicales. Stema hirundo et Hydroprogne caspia nichent en Guinée portugaise. Mais Sterna
maxima — selon l’état actuel des connaissances — ne se reproduit pas plus au Sud que les
îlots à existence éphémère de la côte casamançaise.
1 F.llc serait encore plue nette ai l’on cherchait à préciser le» aire» tie répurlilioii clea Itallirlé». Mais
.npc "est ilenieiiré en «li-lior» «le notre élude.
Source : MNHN, Paris
CÔTE DE SÉNiCAMBIE.
CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
159
Fie. 17
Source : MHHN, Paris
160
HËNÉ DE NAUROIS
§ 2. — GÉOLOGIE ET GÉOMORPHOLOGIE
La côte est une allernanrc de parties bassea et platea d'cBtuaires, marigots et falaises plus ou moins
élevées.
Les parties l>.asscs, sur leur plus grande lungueur, sriiit constituées par des plages qui ne présentent
pour nous A peu près aucun intérêt. Mlles incluent ccpenduiit aies déprossiauis argileuses et salées les
rojiucs -- pariiculii'rcinent vastes dans le Sioc-Saloutn, et qui inérilcrnieiil une élude. Il n’y pousse aucune
végétation : et si noua ne faisuns erreur, elles sont uttciutes par les marées exceptionnelles. Faute de temps
nous n'avoiis pu y faire que de brèves prospi-ctiuns. Il faudrait savoir, eu particulier, quelles espèces de
Cbaradriidés et Jlurrhitiitlés peuvent nieller sur les lisières cxoutiévs eu iieriimnciice.
Les estuaires et marigots (Snmonc, üalouin, liambie, Casamancc) ainsi ijuc les mangroves seront
décrits à i’ocrasion des exposés relatifs aux peuplements et reproductions. Notons dès maintenant que
de vastes zones amphibies sont envahies par U mangrove non pas seulement (comme dans le delta du Sénégall
en de rares endroits privilégiés mais sur d’immenses surfaces ; c'est typiquement le mongrovc-èc/i tropical
Il contient de distinguer deux groupes de falaises :
1° Celles qui ne dépassent généralement pas 4 à 6 m de hauteur et que l'on trouve par cxemole
à la Latitude moyenne de N’Gazobil et au Sud de Bathurst. Rentrent aussi dans cette catégorie certaina
secteurs, d’une longueur ne dépassant pas quelques eentuiues de mètres, qui se trouvent intercalés dans
la presqu’île du Cup-Vert entre les formations plus hautes d'origine volcimique. Le trait commun à ces
diverses falaises est d'etre entaillées dans les roches tendres qui constituent la couverture tertiaire o
quaternaire : d’où l’inclinaison forte mais non point verticale, passant par endroits à un talus encombré
d’éboulis et plus ou moins couvert de végétation rabougrie. Certaines espères d’oiseaux terrestres arrivent
elles à résider sur ces pentes? Nous n’avüns pu jusqu’ù présent nous en assurer. L'intérêt est évidemment
nul en ce qui concerne les Échassiers et Palmipèdes, eu particulier les Oiseaux de mer.
2“ Lee falaises pouvant atteindre une hauteur de 30 ou 40 m et qui limitent d'une part lu presou'tl
du Cap-Vert, d’autre part le Aorsl de N’Diuss (S de RiiCsquc). Nous décrirons très HOinmairement cea fo *
mations.
Presqu’île dti Cap-Vert.
La partie Nord comprend la pointe des .Mniadies et les poinlemeiits des .Mamelles. Ces derniers
constitués de basanitc, roche ici plus récente que l’ankaratrite du cap Manuel dont il sera question d 1°^
bas. La falaise est vortii'alc et haute d'une cinquantaine de mètres. ^
Sur le reste de lu presqu'île (Centre et Sud) la slruligraphie et lu tectonique ne sont pas simnl
L’intérêt ornithologique, pour la partie continentale tout au moins, étant médiocre, nous nous born ^
à résumer lu description ijiii eu u été donnée pur P. Éi.OI'ahd (1965). l.ii coupe géologique (du haut en*b"*î
est la suivante (p. lU) :
1. Sables quaternaires ;
2. Cuirasse ferrugineuse (dite latérite), Quaternaire ;
3. Tufs volcaniques dans !’« isthme » déprimé qui réunit le bio(r volcanique du cap Manuel à I
presqu’île. Miocène ;
4. Ankaralrite : bloc du l ap Manuel et bloc lui faisant face sur l’ile de Corée (partie W) Miocè
5. Argiles de la plage Bernard et marnes jaunes à grises, dites furmalioii de la poudrière Eocèn’
moyen ; ’
6. Altapnlgites feuilletées dites formation de ta Prison, Éocène inférieur;
7. Argiles silicihécs dites formation de l'ilûpital. Éocène inférieur;
8. Marnes à lits calcaires et marnes à gypse dites formation des Madeleines. Celte formation an
rait dans l’anse des Madeleines juste au-dessus du niveau de la mer, PPa-
En fait, le niveau des marnes des Madeleines est situé trop bas pour pouvoir être utilisé par I
oiseaux. La falaise d’argiles feuilletées (atlaimlgiles) est de hauteur médiocre et nous n’y avoue ri^ n 'H
au point de vue ornithologique. Les niâmes (formation de la Poudrière) et les argiles (formation de la
Bernard), rattachées à l’Éocène moyen, ne donnent qu’une topogrupliie molle, d'ailleurs parliellemc^»
recouverte de bâtiments ; elle ne préseutc pour nous aucun intérêt. Restent deux types de falaises - 1° il
des limons silicifiés de i'Éocène inférieur, visibles au Nord de l’anse Bernard d’une part, au Nord'd
l'aisthme» de lu plage Pasteur d’autre part ; nous n'y avons rien distingué ; 2“ celles d’ankara'triic en fo
d’orgues (cap Manuel) ; elles donnaient asile, il y a quelques aimées, ü des Milans noirs (Atilvus mie
reproiluctcnrs ; il semble que l'airiux des pêcheurs à lu ligne sur les ruchers du cap Maiiiiet tende à élu'
les oiseaux. Nous verrons que lu falaise en ankaralrite de l’îlc de Corée u’esl pus moins décevante
Il n’eu va pas de même pour le groupe des îles de la Madeleine, fuites de busaiiiic comme Us piton
des Mamelles. laiurs sommets aplatis comme leurs parois très escarpées ubriletit une avifuunc exee s'
iiellemcnt intéressante (v. p. 167-171). «-puon-
florsi de N'Diass.
Noue sommes ici, au SE de Dakar, â l’extrémité vers la mer d’un massif que des failles sépare
des terrains tertiaires environnants. C'est le Aersi de N'Diass : on le suit vers l’intérieur jusqu’à Dîam*
Niadé et Sébikotane. Il est fait de grès très érodés, recouverts par une couche de latérite. I.a falaise oiF?"
termine vers l’Océan, haute de 10 à 15 m. verticale et parfois en surplomb, s’étend de Ycnne Todé à Toub K
Dialao, interrompue de distance en distance pur des vallonnements au débouché desquels trouvent ni
des villages de pêcheurs. Entre N’Ditarh et Niangol lu falaise atteint 15 m et laisse voir des stratificofi^'*
cntrccroi'éos. C'est un faciès litloral ihi Maeslrichllfn (p. 40).
Source : MNHN, Paris
CÔTE DE SÉNÉGAMBIE. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
161
A 6(JU m plus au Sud en tombe sur une foriuation toute iliflereiite : un tuf vülcaiiiquc dent la pâte
est une argile qui contient des galets de calcaire cristallin à foramiiiifères (Uaucines) d'âge Éocène, des
fragment» basaltique» et <lca silex. L'érosion a creusé de» caves et dégagé de» arcs-boutants
Contiiiuanl vers le Sud on rencontre en bancs superposés, avec alternance de eulcnircs argileux et <Ic
marnes, une roche de la buse du Paléocène, Plus au Sud encore. au-<lclà de Popenguinr, réapparaît le
Mttilrichtien en falaise non plu» verticale mai» cepeiiilaiit très escarpée qui domine lu mer d'une trentaine
de mètres et s'étire sur eiiviruii un kilonictre.
affoaiUéeVne''lfrnl''|.u» « qH'cHc'*pr.^ncr"***'°'"*’'^’'’ ™
§ 3. — OCÉANOGRAPHIE ET BIOLOGIE MARINE
L’Océattographie phyaiquB a été étudiée par G. R. Berrit et M. Rossignol. La
Biologie a été traitée par Cadenat (1952), Monod (1952) et vient de faire l’objet, en ce qui
concerne le voisinage du cap Vert, d’une publication par G. Seguin (1966). Nous extrayons
de ces études les précisions suivantes qui éclairent l’écologie des Oiseaux de mer de la région *.
On a pu distinguer autour de la presqu’île du Cap-Vert et au large de la Petite Côte
trois saisons marines (Berrit 1952) :
1® De la mi-Décembre à la mi-Mai, une saison de basse température (18° à 19° en sur¬
face) et haute salinité (33,5 °/°°). C’est l’époque par excellence où les Alizés soufflent et déter¬
minent des remontées d’eau froides {upwellings) le long de la Petite Côte à l'Ouest du méridien
de Dakar.
2° De la mi-Mai à la fin de Juillet une première saison chaude est due à l’arrivée des
masses d’eau du bassin guinéen : elles refoulent les eaux froides vers le Nord. Au voisinage
de l’ile de Corée (donc aussi au voisinage des îles de la Madeleine qui nous intéressent tout par¬
ticulièrement) les températures de surface sont passées en Mai-Juin 1951 de 19° le 22 mai à
23° le l®"" Juin et 26°6' le 19 Juin. La salinité reste élevée.
3° A la fin de Juillet et jusqu’à la mi-Décembre intervient une deuxième saison chaude;
mais celle-ci est dessalée. Puis nous revenons au statu quo ante, la transition étant marquée
par des oscillations brusques dans les températures et les salinités.
Le Phytoplancton est constitué par un petit nombre d’espèces très abondamment repré¬
sentées (Seguin 1966, p. 70). Les Diatomées forment l’immense majorité, tandis qpe les Dino-
flageliées se présentent seulement par poussées momentanées (phénomènes d’eaux rouge»
qui, dans l’ensemble, ne paraissent pas provoquer de fortes mortalités de poissons). Au cours
de l’année 1962 plusieurs maximums phytoplanctoniques se sont succédé de la fin-Février
à la mi-juin. G. Seguin a fait les constatations suivantes : en Mars, période où les Diatomées
constituaient une “ véritable purée », présence simultanée d’un abondant Zooplancton, les
Copépodes constituant des e.ssaims importants. En Avril : très grande abondance de phylo-
planclon; Copépodes toujours très nombreux et variés; arrivée progressive de formes carac¬
téristiques des eaux chaudes. De la fin de Juin à la mi-Décembre : réduction considérable.
A partir de la mi-Décembre : enrichissement rapide et, de nouveau, coexistence avec le zoo¬
plancton (p. 73).
Les Copépodes, qui constituent le groupe le plus important du Zooplancton, compren¬
nent des espèces présentes toute l’année (indifférentes à la nature des masses d’eau) et des espè¬
ces liées au contraire à certaines conditions de température et de salinité (celles-ci pouvant donc
servir d’indicatrices des masses d’eau). En saison froide les populations de Copépodes sont
constituées presqu’exdusivement d’espèces caractéristiques des eaux froides. Calanoides
carinatus Kroyer est particulièrement abondant et » constitue pour les poissons planctono-
1. P. Ewuahi) écrit ; « On ne connaît paa le volcan d’origine, paa plu» H’aiiicurs qii'on ne connaît
le gisement de» calcaires à Dauriiie», On présume donc l'existence d'un volcan en mer et le gisemeut de»
calcaires à Daucine» en tuer également. Ix- tuf serait venu buter cantre les formations antérieures dans la
région de Toubab-Uialao...» (p, 40).
2. 11 n’y a pu» de colonies d’oiseaux de mer entre l'Aftout es Sabeli et la presqii'ile du Cap-Vert.
Mais les Phaétons des lies de la Madeleine (situées au large de Dakar) peuvent se nourrir dans les eaux envi¬
ronnant la presqu’île au Nord : cette région est en effet connue pour la richesse de ses eaux. K. Postel,
écrit à ce sujet :« Il D’exisle pas comme on pourrait le croire de différences nette» au point de vue physico-
chimique entre la zone située au Nord de la presqu'île et la zone située au Sud. S’il fallait absolument fixer
une limite entre deux milieux dissemblables c’est le méridien passant par le cap Manuel qn'il faudrait
choisir comme ligne de séparation» (19S0, p. 27).
8 S64016 6 1)
Source : MNHN, Paris
162
HENÉ nE NAÜROIS
phages un apport alimentaire important » (p. 70). En saison chaude et salée, les espèces pré¬
cédemment évoquées (dites « hivernales ») ont disparu. Apparaissent les Copépodes pont^des,
les Siphonophores calycophores, quelques Cténophores.de nombreuses Salpes. En saison chaude
et dessalée les Siphonophores calycophores sont toujours nombreux. Abondent en outre les
œufs et alevins de Poissons (p. 66). Plusieurs espèces « liivernales <■ réapparaissent pendant la
pério<b finale caractérisée par des sautes brusques do température et de salinité (p. 66).
Au point de vue quantitatif — qui est pour nous le plus important — G. Seguin a
noté au cours des années 19624963 deux époques d'augmentation di- lu biomasse : la pre¬
mière, très marquée, de Février à Avril; la seconde, plus faible de moitié que la précédente,
de la’fin de Juillet au début d'Octobre (p. 1647). En conclusion de son travail l’auteur
souligne rinlérêl que présenterait l’étude — à laqucll.^ iui-inêrae n’a pu procéder — « de
certains groupes du Zooplancton qui constituent une grande part de la biomasse... les Sipho-
nophores calycophores, les œufs et les larves de Poissons >-.
C’est bien cette évaluation qui, pour nous, auMi serait la plus éclairante. Il n’en est
pas moins remarquable que U principale poussée planctonique ait lieu sous l’effet d’un upwel-
ling dû aux Alizés au milieu de l’hiver. C’est la période où les Pliaotons des îles de la Madeleine
sont en pleine incubation. D n’y a sans doute pas là une simple coïncidence. Les jeunes Phaë-
tons sont au vol principalement de Mai à Juillet, c’est-à-dire à une époque où le Plancton
passe à nouveau par un maximum et où les bancs de Poissons sont peut-être particuliè¬
rement importants. Mais pour rendre pleinement intelligible l’écologie de ces oiseaux il faudra
que soient poussées plus avant tant l’étude de leur alimentation (pie l’écologie des orga-
nismes zooplancloniques, des Crustacés et des Poissons.
Note sur la végétation
Mise* à pari le* ronililioiis i-(lu|>liiiiuea ioi-alci la végétation ilé|)niid de 3 facteurs : la pluviosité
dont nous savons qu’elle va .ToiMattt du Nord an Sud ; la distance ù la cAtc ; l’intervention humaine,
variable selon la fertilité des terres mais toujours très importante, plus forte d année en année en raison do
l'necroisseinent de la population.
En ce qui ccmcerne la vie avleiine les pcuplemeuls végétaux les plus importants seront mentionnés
à l’occoaion de la description des i^olonies d’oiseaux grégaires ; mangroves (cuiiiposéea principalement de
Rhiiophora racemosa) ; « forêts » (très ouvertes) de baoliahs (Adaïuonin Jigilala) : i)luiitc« rampuntes ou
herbacées qu’utilisent sur les Iles du Saloum certaines espèces comme liutortdfs sirialii* et Larus eirroes-
Sur la flore des plages et cordons dunaires nous reliendrotis les notations suivantes, tirées d’une
étude d’A. Naecele (1959) consacrée au cordon littoral (avaiit-diinc) de Dakar à Joal. Us espèces sont
très peu nombreuses (une quineaine) et cousistent esicnlicllruicnt eu psammophytes seini-balophyliques.
L’auteur mentionne Us essences caractéristiques :
Scacoolo piurnicri (I.-) Wahl (Goodeniacao), eu liiiisson bas liiiijiiiirH vert ;
Cyperoj inaritimui Poir. (Cyperaeae), géopliyle très ulu.ii.laut ;
Schitachrium puUluUum Stapf. (Graminae), Andropognnéc ripicole, (hamephyle ;
SoncàiM Brunturi Oliv. et Ilern (Compositue), Gbuméphyte suirrulcBeent ;
AUernaruhera marilima (Mart.) Saint-Hilaire (Amuranlharae), Cliainépliylc succulent;
Ipomfa stolonifera Gmel (Convolvulacae), géophylc rampant;
Ipomrù pes-caprof Roth. :
Euphotbia glautaphylla Poir. (Euphorbiacae).
Cette végétation, écrit A. Naecele, « a la physionomie d’une stoppe... et tranche nettement vis-
à-vis des peuplements de i’arrièro-pays... Pour lutter contre 1 ensablement ces végétaux doivent avoir
une croissance sufllsammeiil rapide... Il faut que leurs racines soient très développées pour résister à la
fois au déchaussement et à la sécheresse... » (p. 1188).
Les essences signalées pat Naecele se retrouvent sur les flots plats situés au point de rencontre
des axes du Saloum et de la (îombie. Sur l’un d’eux (l'Ile aux Oiseaux) le tapis végétal est paniciilièrement
épais. Mais bien entendu le faciès change complètement lorsque du littoral sableux presque rectiligne
nous passons aux grandes indeutations de la côte : delta* et estuaires, lacis de marigots K'..iir.in<;unt vers
l'Est. Dans l'intérieur, à l’abri de cette sorte de digue que forment les hauts fonds et les îles, la transition
est brusque entre le milieu aquatique et le milieu proprement terrestre t un passe presque directement
du piau d’eau à une savane arborée de type soudanien.
Source : MNHN, Paris
CÔTE DE SÉNÉGAMBIE. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES 163
Conclusions
1. La pluviosité augmente du Nord au Sud. Les températures augmentent de l’Ouest
vers l’Est. Deux facteurs sont à l’œuvre dont l’action est antagoniste : l’action échauffante
du soleil fonction de la Latitude et au total plus forte à mesure que l’on s’avance vers l’équateur;
l’action rafraîcliissantc du vent et de la mer sur la côte. D’où le fort gradient de température
quand de cette côte on s’enfonce vers l’intérieur des terres. L’Océan joue donc un rôle modé¬
rateur mais aussi un rôle égalisateur.
2. Les falaises de la presqu’île du Cap.Vert, des îles de Corée et des Madeleines, de
Popenguine sont les seuls « accidenta « notables de la côte au Sud des caps mauritaniens
du Tasiasl. Les côtes sableuses s’étendent sur de grandes longueurs; mais les sites les plus pro¬
metteurs seront évidemment les îlots, les vastes mangroves et les réseaux de marigots du Saloum,
de Gambie et de Casamance.
3. Uupwelling dû aux Alizés Joue un rôle déterminant dans les fluctuations de la bio¬
masse marine. Des études poursuivies à proximité de la presqu’île du Cap-Vert, il ressort que
le zooplancton est abondant de la mi-Décembre à la mi-juin, puis, de nouveau (mais à un moin¬
dre degré) d’Août à mi-Décembre. Jusqu’à quel point ces conditions s’étendent-elles vers le
Sud dans la zone de Yupwelling, c'est ce que nous diront des recherches encore à faire en matière
de Biologie marine. Nous saurons alors dans quelle mesure ces conditions océanographiques
influencent le développement de la vie avienne : importance des peuplements et périodes
de reproduction.
11.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE II
PRESQU’ÎLE DU CAP-VERT ET ÎLES VOISINES
Nous étudierons successivement deux domaines d’importance ornithologique très
inégale : d’abord la presqu’île du Cap-Vert et en particulier sa côte rocheuse; ensuite les îles :
Gorée, N’Gor, Yoff et le groupe des Madeleines.
§ 1. — PRESQU’ILE DU CAP-VERT
Son extrémité est occupée par la ville de Dakar, ses faubourgs, ses jardins, son parc...
Vers l’intérieur s’étend la savane soudano-sahélienne où la proximité de l’Océan entraîne évi¬
demment une certaine diminution du nombre des espèces végétales et un rabougrissement
des arbres. C’est donc une avifaune appauvrie qui à travers les terrains vagues et les jardins
pâment jusqu’aux falaises littorales. Euplectes orix franciscana (Isert) chante et niche dans
la banlieue de Fann entre la'roule dite de la Corniche et U mer. En sens inverse le dévelop¬
pement, sur une cinquantaine de km*, de la ville et de ses faubourgs a entraîné la multiplica¬
tion prodigieuse de trois espèces : le Corbeau Pie, Corvus albus MüUer, le Vautour charo¬
gnard, Necrosyrtes monachus (Tem), et plus encore le Milan noir Milvus migrons porasitus.
Il serait intéressant d’évaluer ces peuplements en fonction de la population humaine.
Mais le nombre des nids est lui-même difficile à établir. Beaucoup de couples s’installent de
préférence sur les fîlaos qui bordent les routes, dans les cimetières et à proximité des dépo¬
toirs. D’autres ne craignent pas de s’établir en pleine ville sur les baobabs des cours intérieures
et de certains enclos (services publics) dont l’accès est interdit. Ces oiseaux d’autre part ne
commencent à se reproduire qu’à partir de leur 2« ou 3« année sinon plus tard. En sorte que
si l’on réussit à compter quelques centaines d’aires c’est à plusieurs milliers de sujets qu’il
faut évduer 1 effectif total — ordre de grandeur qui correspond bien à l’impression que donne
le tournoiement continuel que l’on observe au-dessus du port, des anses, marchés, abattoirs,
accumulations de déchets, quartiers populaires...
Le nombre des Vautours parait avoir diminué au cours des sept dernières années. Une
douzaine d’aires que nous retrouvions à chaque saison au Parc de Hann, plusieurs autres que
nous avions repérées le long des routes entre 1959 et 1963, sont désaffectées aujourd’hui.
Deux explications sont possibles : les Charognards ont évacué ce qui fait désormais partie
du centre urbain pour se répartir en lisière où la voierie est défectueuse; ou bien, lourds et
apathiques, ils se défendent mal contre la pression des Milans beaucoup plus nombreux,
agiles et agressifs.
Quoi qu’il en sort les peuplements qui nous intéressent ici au premier chef sont moins
ceux qui occupent l’intérieur de la presqu’île que ceux de ta côte. Celle-ci se présente comme
une alternance de falaises et de pentes raides. On s'attendrait à trouver dans ces escarpements
en dépit (ou à cause) du peuplement humain tout proche — des nidifications : il n’en est
rien — ou presque rien!
L exploration par terre s’avéra presque partout impossible : soit d’en haut parce que les
roches sont surplombantes; soit d’en bas parce que les parois plongent dans la mer. Une
embarcation fut empruntée par deux fois et la côte suivie à portée de fusil. Quelques bdles
expédiées à l’entrée des recoins et anfractuosités ne firent lever ni Vautours, ni Corbeaux,
ni Faucons, même pas des Pigeons. En dehors d’une aire de Milan dans les ankaratrites du
cap Manuel, d une autre aire — douteuse — dans la fdaise des Mamelles, il fallut se rendre
à 1 évidence : la côte n’est pas habitée.
Source : MNHIJ, Paris
166
HENÉ de NAUHOtS
§ 2. — LES ÎLES
Dans l’exposé relatif à l’avifaune du Banc d’Arguin, nous avons analysé les peuple-
ments, année par année, de 1959 à 1966. L’ordre adopté ici sera un peu différent. Il y a intérêt
en effet à faire ressortir les ressemblances et différences entre deux périodes : 1947, époque
des prospections effectuées par Heim de Balsac; 1960 à 1966, époque de nos recherches.
Nous commencerons donc par résumer en reprenant souvent ses propres termes l’exposé
publié par notre prédécesseur (Alauda i947); puis nous présenterons les résultats de nos pro-
près investigations.
A. ÎLE DE CORÉE
Corée (Lat. 14® 40') est située à environ 2 milles au SE du port de Dakar. Elle mesure
près de 1 km de longueur sur 200 à 300 m de largeur. La surface est occupée par l’aggloméra¬
tion (dont les 2/3 au moins sont en ruine), un fort aujourd’hui désaffecté et quelques petits
jardins publics et privés. La côte NW est en falaise verticale sut la mer.
1® Observations de H. Heim de Balsac en 1947.
Dates des prospections : 20 Mars et 1*^ Mai 1947.
1. En mer, entre le port de Dakar et l’île : quelques Thalassidromes rasent les Ôots.
Vers le débarcadère, sur une épave ainsi que sur les bouées, des Cormorans, Phalacrocorax
lucidus, de différents âges (non nicheurs) *. Voisinent avec les Cormorans des Sternes Pierre-
garin, Slerna kirundo, et des Guifettes, Chlidonias leucopareia. en migration.
2. Sur l’île même (espèces résidentes) :
Necrosyrtes monachus : un couple, peut-être deux, nidifient dans les Casuarina.
Milvus migrons parasitas : en nombre; nids en construction;
Un Faucon pèlerin, Falco peregrinus, est identifié le 20 Mars dans la falaise NW sur
une sdllie blanchie de déjections. Le 1®' Mai, l’oiseau est retrouvé sur le même pointement,
qui constitue évidemment son perchoir habituel Présence de plumées composées seulement
de restes de Sternes;
Des Martinets à croupion blanc, Apus affinis abyssitiicus (Streubel), nichent sous le
porche de l’église ; en nombre peu important le 20 Mars; en augmentation le 1®® Mai (cons¬
truction ou réfection des nids);
Passer griseus (Vieill.) : nicheur dans les habitations;
Lagonosticla senegala (L.) ; cantonné et nicheur dans les murs des maisons délabrées.
N.B. — Le 20 Mars, sur les fortifications, deux Autours chanteurs, Melierax meta-
bâtes, non nicheurs, semblent ae nourrit de lézards (Agama, très commun en ville).
2° Observations de 1959 à 1966.
1. I.es Thalassidromes sont toujours présents. Le 6 Juin 1965, à quelques milles du port
de Corée, tandis qu’en quête de nourriture il semble danser sur les vagues, un sujet mâle
est abattu; il s’agit d’un Oceanites oceanicus *. Cormorans et Sternes se perchent toujours sur
les jetées et bouées des ports de Dakar et Corée.
2. Necrosyrtes monachus : semble avoir déserté Corée. Nous avons vu (v. p. 165)
qu’à Dakar même le nombre paraît être en régression.
Milvus migrons, par contre, pullule plus que jamais. Une dizaine d’aires sont comptées
rtflua la 2® quinzaine de Mars 1966; i’une d’elles au moins est occupée dès le 24 (date précoce).
Falco peregrinus est recherché en vain. De 1959 à 1966 la falaise est scrutée à maintes
t. Phalacroforax afrieanui, présent dans le port même de Daknr, ne fut pu» retrouvé dune les eaux
2. Absltu, ce Pèlerin tomba i la mer : perle d’aulunt plus regrettable que lu sous-espèce du Ségénal
n’est pas connue. Du Ghana et de» régi®"® P*®® décrite lu sous-espère F. p. minor Srhlegel.
3, M. AooussouaN, alors directeur du I.aburuloire de Uiologic marine de l.’IKAN. eut la compluj.
sance d’examiner le contenu stomacal, l/anulyse donna le résultat suivant :
larves d’Exocétidès de 4 ou 5 mm (Cyptelurus sp) et autres poissons; un petit poisson indéterminable'
appendice» de crustacés décapodes (crocheu denticulés);
petits cailloux.
Source : MNHN, Paris
PRESQU’ÎLE
CAP-VERT
167
reprises, à courte distance, l’approche ayant lieu soit par terre soit à partir d’une embarcation
en ruer. Les traces blanches étaient encore visibles en 1959; dles ont disparu aujourd’hui
3. La colonie d'Apus affinis a été fort active jusqu’en 1965. La réfection complète de
l’élise au cours de l’hiver 1966 ne l’a éloignée que pour un temps. L’activité est fébrile en
Novembre 1966; mais l’obscurité sous les voûtes ne permet pas de voir si les nids sont achevés
et contiennent des jeunes.
Passer griseus est toujours là, ainsi que Lagoiioslicta senegala.
En conclusion. — Le peuplement avien est ici dépendant du peuplement humain.
Ce dernier est en diminution. Mais aujourd’hui, autant et plus qu’il y a 20 ans, la voirie laisse
à désirer. Les populations de Milans et Martinets ne marquent dont pas de régression.
B. ÎLES DE N’GOR ET DE YOFF
Ces îlots sont plats et dépassent de quelques mètres seulement le niveau de la mer.
Heim de Balsac se rendit sur N’Gor le 4 Mai et nota quelques Cormorans, Pk. lucidus ainsi
que deux spécimens de Pluvier de Kittlitz, Leucopolius pecuarius, qui semblaient former un
couple mais n’étaient pas nicheurs.
Couverts d’habitations, devenus de simples dépendances de la ville, N’Gor et Yoff
ne présentent plus aucun intérêt ornithologique.
C. ÎLES DE LA MADELEINE
Il faut distinguer l’île principale, où l’on débarque par le Sud sans grandes difficultés *,
et les îlots situés à quelques centaines de mètres au Sud, d’accès beaucoup plus malaisé et
qui ressemblent à des tours ou clochetons de château fort.
L’île principale (Lat. 14® 39').
C’est une plate-forme de basanite, de forme à peu près circulaire et d’environ 700 m
de diamètre. Elle s’élève à une dizrine de mètres au-dessus du niveau de la mer. La falaise
sud, verticale et par endroits surplombante, présente des prismes remarquables, de couleur
presque noire. Le plateau est couvert au Sud d’un taillis dense, presque impénétrable par
places, au Nord un épais tapis de plantes herbacées. Quelques baobabs aux branches basses,
presque rampantes, subsistent dans la partie SE
Dates des prospections :
1947 :18 Mars par H. Heim de Balsac;
1959 : 6 Mai par R. de Naurois
1960 : 26 Décembre par R. de Nauhois;
1962 : Août par R. de Naurois;
1966 : 6 Février par D. de Bournonville.
Peuplements et reproductions.
1® Observations de 1947.
Phaëton ethereus. — La présence de l’espèce était connue de Th. Monod et P. L.
Dekeyser. On ignorait si les oiseaux se reproduisaient sur l’île. Le 18 Mars 1947 Heim de
Balsac rencontre une colonie à l’extrémité nord et découvre rapidement une vingtaine de
1. Un Pèlerin fut identifié une foie aux iles de U Madeleine comme il sera exposé plus loin.
2. On aborde au Sud de l’île dans une crique resserrée. Iæs pirogues franchissent le chenal d'entrée et
se laissent porter par les lames jusqu’à une grève de gros galets. Le débarquement est impossible par forte
houle. Au sortir de l’embarcation on doit se mettre à l’eau et prendre pied sur les galets roulés où In marche
est pénible. Les Phnëtons auraient depuis longtemps disparu si l'accès de l’ile était plus facile,
3. L'antithèse est frappante, remarque Heim de Balsac, entre ces baobabs miniature à l’aspect
de figuiers et leurs frères du continent au tronc monstrueux.
4. Entre 1947 et Mai 19S3 l’tie a été étudiée par Ph. Milon et P. L. Dexeysef qui. à notre connais-
Source : MNHN, Paris
168
RENÉ DE NAUROIS
Les eouveurs se tiennent soit dans les trous de murailles rocheuses (2 cas), soit (plus
souvent) sous les blocailles ou les broussailles. L’emplacement est signalé par (juelques
déjections blanches. Comportement caractéristique ; “ L'oiseau couvreur ne se lève pas à
l’approche de l’homme,... se borne à changer de position, à pousser des cris affreux et à se
défendre énergiquement du bec. n Le nid est occupé bien avant que l’œuf soit pondu ; en ce cas
mâle et femelle se trouvent fréquemment côte à cAte. Le 18 Mars beaucoup de nids sont inoccu-
pés; six contiennent des œufs un autre abrite un très jeune poussin.
Milvus migrans parasUiia. — Une douzaine de Milun.s sont présents. L’espèce se repro¬
duit sur l’île (une aire en construction). Ces oiseaux se nourrissent de poissons pris dans les
trous d’eau, ainsi que de Crabes et Arthropodes divers trouvés sur le littoral rocheux.
Passereaux_Une espèce de Cisticole Cistkola sp. paraît sédentaire; «juelques Moi¬
neaux, Passer griseus, sont notés; trois ou quatre corbeaux Corviis alhus «ne semblent pas
devoir nicher sur i’île <■ (pourraient bien être responsables du pillage des œufs île PhaCtons).
N.B._Oiseaux non reproducteurs (ou reproducteurs douteux) — Ardeacinerea : une
douzaine de Hérons cendrés cherchent leur nourriture dans les vasques qne le jusant laisse
derrière lui — Melierax melabates : un sujet erre d’un baobab à l’autre — Falco sp. : un sujet,
probablement Falco tinnunculus ~ Circ.us aeruginosus : un sujet (forme européenne) en
migration. _ Pandion haliaëlus : au moins 2 Balbuzards semblent cantonnés. Seraient-ils
niificateurs sur les pitons rocheux ? — Necrosyrles monachus, en l’absence de tout peuplement
humain, fait défaut.
2° Observations de 1959 à 1966.
1. Phaëton ethereus — Le 6 Mai 1959, ignorant la répartition des couples sur l’fle,
nous recherchons les nicheurs dans les anfractuosités rocheuses autour de la crique. Or les
couples ne s’installent qu’en très petit nombre dans ce secteur. Aucun nid n’esi découvert.
Le 26 Décembre 1960 : à la pointe nord de l’île deux PhaStons occupent leurs « nids » ;
l’un dans la paroi de basanite, l’autre sous un gros bloc parmi les éboulements. Un troisième
oiseau_couveur celui-ci — est découvert enfoui sous les blocailles du plateau sommité,
à proximité du rebord de la falaise : l’œuf est presque frais; la ponte a eu lieu au plus tôt à la mi-
Décembre, date précoce et qui est à retenir.
6 Février 1966 : 4 œufs sont découverts dans les falaises de la partie Sud : degrés d’incu¬
bation très divers; deux d’entre eux sont près de l’éclosion (ponte do fin Décembre).
2. Falco peregrinus — Un sujet est identifié en voi au voisinage des parois de la face
Sud. L’aire est recherchée sans succès.
Milvus migrans parasitus — Le 6 Mai 1959, dans la partie la plus haute de l’îlc (centre
S), sur les baobabs entourés d’un fourré dense, deux nids contiennent : l’un 2 œufs peu incu¬
bés; l’autre 3 œufs près de l’éclosion. Les dates d’émission se placent donc dans la première
quinzaine d’Avril et à la fin de ce même mois : c’est la période même où la ponte est à son
maximum sur le continent voisin.
Pandion haliaëlus — les 5 Mai 1959, le 26 Décembre 1960 et en Août 1962 tous les
poinlements rocheux sont soigneusement inspectés à la recherche d’une aire ou de traces
d’aires ‘ : sans résultat !
En Février 1966 BournonvillE à son tour ne découvre rien.
3. Corvus albus — Un ou deux couples sont régulièrement présents mais aucun nid
n’est découvert dans les falaises ou dans les arbres.
Non-reproducleurs — Quelques Aigrettes dimorphes, Egretta gularis, pêchent à l’occa¬
sion dans les vagues voisines de la crique (côte S). Autmnc trace de nidification.
Cistkola sp. — Le 10 Septembre 1963 de nombreuses Cisticoles se lèvent des hautes
herbes du plateau sommilal, faisant entendre leur chant caractériHlirpic. Peu de temps mal-
1. Un œuf berhé par un prédaleiir (probalileinent Cnmij albui).
2. I..C Balbuzard utilise 4 types de sites ; en Scutiiiinuvie l exlrcme pu
Pinus jyîüMtris); aux lies du Cap-Vert : les sonimets de inojitugue à pentes i
falaises; les îlou exigus à surfaœ plani
presse).
lorsqu’ils sont bien détachés des terres
nie des urlires Igénéralenient
lides; les redans au ûaue des
voisines (NAimots 1969 sous
Source ; MNHN, Paris
PRESQU’ÎLE DU CAP-VEBT
169
heureusement peut être consacré à la recherche des nids et, faute d’arme, aucun spécimen
ne peut être obtenu pour identification.
Euplectes arix franciscatia — Le 10 Septembre 1963 : parade de mâles en magnifique
plumage nuptial dans les plus hautes herbes du plateau sommital : évidemment nicheurs.
En corulusion :
1. II a pu paraître aux yeux de certains auteurs que la population de Phaêtons avait
subi au cours des 15 ou 20 dernières années une importante diminution. Noiis-même avons
été surpris en 1960 de ne découvrir que 3 oiseaux au nid. Les trouvailles de D. de Bournon-
VILLE en 1966 montrent que l'effectif s’élève au minimum à une demi-douzaine de couples,
probablement à une dizaine. L’évaluation doit en effet tenir compte de l’étalement de la période
de reproduction sur une durée de 10 à 12 mois {voir p. 171) : les couples se succèdent. Par suite
les dénombrements faits au cours d’une ou deux visites ne sont pas suffisants pour une estima¬
tion correcte. Il est néanmoins probable que l’afflux des pêcheurs du dimanche a incité un
certain nombre d’oiseaux à chercher refuge sur les îlots presque inabordables qui se trouvent au
Sud de l’île principale.
2. La population de Milans noirs constitue-t-dde un < excédent » que le peuplement
continental aurait contraint à coloniser l’He ? Il ne semble pas. La quantité de poissons et
de crabes disponibles sur le pourtour de l’Üe suffit à l’entretien de 2 ou 3 couples mds ne per¬
mettrait pas celui d’une population plus nombreuse.
3. Falco peregrinus, Pandion haliaëtus, Corvus albus ne sont décidément pas repro¬
ducteurs sur l’ile.
4. Les petits Passereaux et Tisserins mériteraient mieux qu’une simple mention.
La flore des Madeleines a été étudiée et trouvée relativement riche. On peut donc présumer
que les niches écologiques sont plus nombreuses que ne le laisserait supposer l’exiguïté de U
surface disponible.
Les îlots.
Iis sont au nombre de 5 et s'inscrivent dans un triangle isocèle dont la base et la hauteur
mesurent respectivement 70 et 150 m. Les deux îlots de la « base » constituent la masse la
plus importante. Us sont d’ailleurs accolés (séparés seulement par une fente étroite) et nous les
considérons comme une unité. A proximité des deux précédents tm troisième îlot se dresse
en chandelle, entouré de surplombs. On regrette de n’en pouvoir faite l’ascension, car les
anfractuosités de la région sommitale sont habitées par des PhaCtons qu’il conviendrait de
pouvoir dénombrer. Quant aux rochers de la pointe Sud ils n’ont jamais été explorés. L’un
d’eux, en forme d’obéÜsque, est inaccessible par les moyens classiques d’esc^ade et semble
d’ailleurs ne présenter aucun intérêt. L’autre, plus massif, est certainement abordable et méri¬
tera d’être étudié.
Le débarquement n’est possible que par mer calme, c’est-à-dire par vagues modérées et,
surtout, houle presque nulle. Ces conditions sont souvent réalisées de Mai ou Juin à Novembre;
rarement par contre de Décembre à Avril, en raison de l’ampleur des houles du NW d’origine
lointaine et de l’action aggravante des vents du Nord ou de l’Est (Alizé, Harmattan). Que de
fois, après avoir emprunté des bateaux toujours difficiles à obtenir, sommes-nous revenus
bredouilles au port de Dakar ! 11 va sans dire que les longues pirogues indigènes, avec leurs
brise-lames en forme d’éperon, sont inutilisables. Les pêcheurs sénégalais refusent d’ailleurs
de s’aventurer auprès des îlots, où leurs embarcations ne pourraient être mauœuvrées de ma¬
nière à permettre le saut jusqu’aux premiers gradins rocheux. Il faut donc se munir d’un
youyou que l’on puisse amener presque au contact de la paroi. On doit veiller à ne pas se faire
drosser ou, lors du creux entre deux vagues, à ne pas se briser sur quelque pointement rocheux
mis soudain à découvert. Ces obstacles constituent fort heureusement la meilleure des protec¬
tions pour la colonie de Phaêtons.
L’escalade de la paroi rocheuse peut se faire par deux voies, à l’Est et à l’Ouest, sans
difficulté. Encore convient-il d’éprouver la solidité des prises. Sur la face Est, la partie supérieure
de la muraille est occupée par un peuplement de Ficus extraordinairement enchevêtrés et dont
les ramures sont, à leur base, couchées sur la roche. On peut les saisir à pleines mains cl
faeüiter ainsi la descente comme la montée.
Source : MNHN, Paris
170
RENÉ DE NAUROtS
Le sommet de l’îlot principal est en plaie-formc. L’ârosion y a constitué un sol où
poussent quelques plantes rampantes ou volubiles ainsi que des hautes herbes qui forment en
saison des pluies une prairie de 150 m*. Aucun ornithologiste n’avait exploré ces îlots avant
Dates des prospections :
1961 - 17 Mars-,
1962 • 31 Janvier;
1963 - 10 Septembre;
1965 - 28 Mai;
1966 - 7 Novembre.
Peuplements et reproductions.
17 Mars 1961 : une dizaine de nids sont découverts dans trois sortes de sites : 1» sur
la pente NE sous le taillis de ficus; utilisation des intervalles entre les gros blocs éboulés (ou
débités sur place) : 2 ou 3 nids — 2° sur le plateau sommital ; installation sous les broussailles •
2 ou 3 nids — 3“ sur les pentes Sud et Ouest où les » contacts » entre venues basaltiques super-
posées ont favorisé la formation d’excavations : 5 à 6 nids; œufs à tous les stades d’incubation
et poussins de tailles diverses.
31 Janvier 1962 : plusieurs œufs émis à ia fin de Décembre ou du début Janvier
10 Septembre 1963 : à notre étonnement l’espèce est absente. Mais l’explication, (au
moins partielle) est bientôt fournie. Au sommet de l’Uot, la prairie, haute de 2 m, abrite une
demi-douzaine de Tisserins Euplectes orix franciscana. Les mâles sont dans leur plus beau
plumage. Nous décidons de consacrer quelques minutes à un comptage des nids. Mais le temps
presse car une tornade s’annonce, barrant l’horizon Sud d’un large trait d’encre. Nous nous
hâtons donc, fendant le rideau d’herbes. Soudain le sol semble osciller sous nos pieds : nous
nous trouvons debout sur un Python ! Celui-ci se délove lentement, puis disparaît dans une
faille Il n’est pas un œuf ou poussin de Phaôton qui ait pu lui échapper !
28 Mai 1965 : sur l’îlot Ouest, un poussin de 5 à 6 semaines (ponte de la nü-Mars) •
sur l’îlot Est, un œuf presque frais (ponte du 20 ou du 25 Mai). ’
7 Novembre 1966 : sur le piton inaccessible une parade nuptide se poursuit intermi
noblement; à demi dissimulé dans une anfractuosité, face au vide, un oiseau lance une sotte
d’appel prolongé en roulade, renouvelé à intervalles; les ailes sont presque étendues, l%ère
ment soulevées et agitées d’un tremblement. Aucun bruit, aucune pierre jetée à proximité
ne peut i’arracher à son état de transe. Sur l’Ilot, la cavité qui, en Mai 1965, contenait un
couveur est de nouveau occupée; mais c’est un œuf pourri que l’oiseau s’obstine à incube
bien au-delà de la durée normale. Quelques mètres plus haut, deux rectrices blanches très
allongées font saillie hors d’une cavité si étroite que l’on voit mat comment l’oiseau peut se
retourner dans son nid. Il se débat furieusement lots de l’extraction, s’arc-boutant des ailes
aux parois de son tunnel *. C’est qu’il vient d’être surpris auprès d’un gros poussin emplumé *
Falco peregrinus, Milvus migrans, Pandion haliaëtus et Corvus albus, sont absents
Quelques taches blanches vues sur une paroi en 1962 nous avaient fait croire à l’existen "
d’une aire de pèlerin. I.a muraille, haute d’une dizaine de mètres, légèrement surplom
bante, fut explorée le 28 Mai 1965 au moyen d’une corde de rappel : aucune trace d’occupation'
Il est vrai qu’un éboulement récent avait pu emporter l’emplacement précédemment repéré
Euplectes orix franciscana — Le 7 Septembre 1963, dans ia prairie sommitaie, nou
découvrons 2 ou 3 nids en construction.
1. Le fraiiohisseinent du brus de mer qui «épure lu grande tie de l'Uni ne roii«lilup pue ik
une performance extraordinuire. Il est plus surprenant que ce serpent ait réussi à gravir les esc
IHot.
2. On peut habituellement s'emparer de l'oiseau sans le molester, I.u méthode lu plus s
à uITrir un doigt ganté h ia morsure du bec puis h tirer lentement juaqu'i ce que les pattes
simple consiste
8 puissent être
3. On sait que les séjours au nid sont de plus en plus rares à mesure que le jeune (rrossil et nn'ar,^ >
le moment où il sera abundoimé (vers la 10* ou 11- eemaine). ^ aPProch*
Source : MNHN, Paris
PRESQU’ÎLE
171
En conclusion.
1. C’est sur les îlots que la colonie de Phaëtons est le mieux représentée : 11 à 12 cou¬
ples SOT les îlots principaux; 1 ou 2 sur l'îlot inaccessiLle; 1, 2 ou 3... sur l’îlot Sud. Au total :
13 à 17 couples. Avec les 6 ou 8 couples nicheurs sur l’île principale la population des Madeleines
s’élève à 20 ou 25 oiseaux adultes.
2. Les données relatives au développement de la reproduction forment un ensemble
cohérent : premières pontes en Décembre et peut-être dès Novembre, dernières pontes en Mai
ou Juin. L’émission des œufs ejit à son maximum (peak) en Janvier-Février. Mais il y a des
pontes tardives (ou de remplacement ?) jusqu’en été.
On sait que la durée d'incubation et, pour le poussin, la durée de séjour au nid sont
fort longues. Sur l’île de l'Ascension les mesures faites par Stonehoüse (1962, p. 149) ont
donné 43 jours pour la première 83 à 104 pour la seconde. On comprend dès lors que les œufs
pondus en Juillet ne donnent des jeunes au vol qu’en Novembre ou Décembre. Les nouvelles
pontes commencent donc en fin d’automne A l’époque qui est celle des derniers envols de
la saison précédente. Sauf accident — présence d'un Python par exemple — il n’y a pas
d’interruption.
S’ensuit-il que le cyde soit annuel ? Il semble que oui puisque, chaque année, le taux
mensuel d’émission des œufs atteint un maximum pendant les mois d’hiver. Encore convien¬
drait-il de s’en assurer par des comptages effectués à intervalles réguliers pendant 2 ou 3 ans.
Les études faites par Stonerouse sur les colonies de l’îie de l’Ascension ont mis en évidence
un jeu de facteurs et un chevauchement de conditions qui rendent très compliquée l’allure du
phénomène total : présence de deux espèces voisines — Phaëton etkereus et Phaëton lepturus
— qui entrent en concurrence pour les sites de reproduction sur un territoire exigu ; mortalités
considérables aux époques de compétition maximum, d’où ' relances « à retardement, entraî¬
nant elles-mêmes de nouvelles pressions. Aux îles de la Madeleine les données sont beaucoup
plus simples : une seule espèce; surabondance de «nids» utilisables. Mais chez cette espèce
dont la reproduction s’étale sur plusieurs mois les pontes tardives viennent toujours perturber
le déroulement du cycle. La comparaison serait pleine d’intérêt entre les îlots dakarois occupé
par une vingtaine de couples et l’ile de l’Ascension liabitée par deux espèces représentées
chacune par des milliers d’oiseaux.
Addendum. Au début de Juin 1968 nous avons découvert sur i'flot principal, en
pleine paroi Nord, un nid de Corvus albus contenant 5 œufs.
1. Une itude do la dynamique de piipiilotion serait facilitée sur les ilcs de la Madeleine par la peti¬
tesse des dimensions. La seule difilculté viendrait de l’état de la mer pendant les mois d'hiver. Peut-être
découvrirait-on & l’usage que certaines heures du jour sont moins défavorables ou eneoia que les fortes
houles et grosses mers rendant impossible le débarquement sont moins nombreuses qu’il ne parait.
Nous avons déji signalé que l'tle Kiaone se prêterait, elle aussi, à une étude du peuplement en
Jrdea cinerea. Mais les Hérons sont des oiseaux particulièrement farouches qu'on ne peut observer qu'à
distance; tandis que les Phaëtons peuvent être manipulés et bagués sans difEciilté.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE IM
LA «PETITE CÔTE»
Nos recherches, peu fructueuses et peu récompensées ont porté principalement sur
3 secteurs : le secteur côtier compris entre Dakar et l’estuaire de la Somone; les estuaires
des marigots de Baling et Nianing; la région au Sud de M’Bout; les lagunes de Sarène et de
Jod.
§ 1. — COTE DE DAKAR À L’ESTUAIRE DE LA SOMONE
1. Falaises de Yenne à Popenguine
De Dakar (Lat. 14" 40') au village de Yenne-sur-Mer (Lat. 14" 38') la cfito eat basse et inclut quelques
lagunes où des Charadréiformes ont dû nicher dans le passé. Mais l’intérêt ornithologique se trouve aujour¬
d'hui fort diminué du fait de la densité du peuplement humain. Une remarque mérite cependant d'être
rapportée. Cette côte est particulièrement abritée et cela de deux manières. D'une part, la pree<iu’ne du
Cap-Vert, située û l’WNW, la protège des boules du NW qui n'urrivent ici que réfractées. D'autre part,
l'orientation générale NW-SE place le littoral sous U vent. D’où l'impression que l'on éprouve ' de se trouver
au bord d'un grand lac ou du moins d'une mer intérieure. De aorte que dans la faune comme dans la végéta¬
tion la transition est atténuée lorsque, venant de l'intérieur, on parvient au bord de la mer. C'est là, è quel¬
ques dizaines de mètres du rivage, que nous avons trouvé nicheuse la Cochevis huppée Galtrida crittala ’.
Les premières falaises, hautes de 10 à 15 m, commencent, comme il a été dit plus haut (p. 160), au Sud
de Yenne-BUT-Mor et s'étirent jusqu’au Sud de Toubab-Uialno sur près de S km. C'est la fameuse coupe
dans les grès aux vives couleurs — jaune, violet, rouge — du Macstrichtien coilfé d'une couche latéritique.
En dépit (ou û cause ?) de la stratification entrecroisée tes anfractuosités sont rares et les nspérités peu
accentuées, Nous espérions surprendre là, en pleine reproduction, quelques Corbeaux, Colombidés, Martinets
ou Falconidés, tomber peut-être — enfin ! — sur Falco peregrinua. Il fallut nous rendre à l’évidence ; les
falaises n'abritent pas de niebeurs.
A la date du 17 Janvier 1966 Columba guineeruû était représentée par une demi-douzaine de sujets ;
recherchant l'ombre, les oiseaux se cramponnaient aux arrondis de la roche. Au-dessus de la falaise, des
Martinets Chetiusia usaheri tournoyaient, pourchassant un plancton aérien que soulevait le courant de con¬
vection dû aux différences de température entre la plage et le plateau supérieur. Un sujet fut abattu pour
examen des gonades ; celles-ci étaient au repos *.
Au Sud do Toubab-Dialno, par 14" .36'. commence une nouvelle falaise constituée d'abord de grès
Macstrichtien (stratification non entrecroisée) puis, à partir du cap, de tuf voleajiiqiie : argile de couleur
moutarde enveloppant de gros galets. Ici encore, et quoique la roche plus affouillée paraisse plus ()ropicc
à la nidification, l’exploration fut décevante. Quelques Crécerelles. Falco tinnunculus. s’échappèrent des
2. Falaise de Popenguine
Une troisième falaise, haute de 20 à 30 m, s'étend sur près d’un kilomètre au Sud de l'importante
agglomération de Popenguine (Lat. 14® 33'). Elle fut survolée à basse altitude et vitesse réduite les 26 et
27 Novembre 1960, puis explorée par terre à partir de l’cstran le 30 Mai 1963. La roche est relativement
lisse. Une aire de Corbeau y trouverait difficilement place. Nous recherchâmes en vain les traces d'une
reproduction de Faucon.
1. A une exception près, il est vrai ; la colonie de Pélicans découverte au SE de M'Bour (v. p. 174).
2. En dehors évidemment des mois d'été (Mousson de l'Atlantique Sud).
3. Thiaroye, le 4 Mai 1964 : 4 ceufs très incubés. Deux ou 3 iiids furent également découverts dans
la région des Niayes (80 km au N de Dakar).
4. I.Æ contenu slomocai, analysé par Mme Ciiabnikr (Kac. des Sc. de Dakar), comprenait : 2 diptères
raascidés; 1 hémiptère hétéroptère. 2 hyménoptères, un grand nombre de thorax indéterminohles. Nouvelle
preuve, après celles recueillies autour des îles Kiaoiie et du cap Tafarit (v. p. 62). de la richesse du « plancton
aérien» au-dessus d'un estian.
5. L'intérieur est beaucoup plus intéressant que la côte : faune de brousse à épineux et Coraèreiiirn
en halliers difficilcmeut péiiétrables. A 4 km du littoral, sur un arbre de S m de hauteur seulement, nichait
en Février 1966 un Oricuu Torgoa irachelioies (ponte au début du mois). La présence de ce vautour û si courte
distance de la mer nous surprit. Rien de semblable n’avait été constaté par nous ni le long des côtes au N
de Dakar, ni dans le delta du Sénégal et l'Aftout es Saheli. L'oiseau avait-il été attiré par l'abondance des
déchets de poisson aux alentours des villages côtiers ? L’hypothèse est plausible. Toute la région est habitée
par des populations humaines pouvant procurer de quoi vivre à plusieurs espèces de vautours : pêcheurs
sur le littoral, agriculteurs et pasteurs è l'intérieur.
Source : MNHN, Paris
174
KNÉ DE NAUnoiS
3. Estuaire de la Somone
Dam ret esluoire (l-at. 1*°3(»') croit une maii*rrivc d’uiie trenluinc d’hertaro», anus pou dense et
où lc8 arbree ne dfpasseul po» 5 à 6 in de hauteur. Aucutie coU.nie d'Ardéidi» ne fut aperçue Iota dos suevoU
de Novembre 196!). Une prnspeetion par terre, le 18 Murs 1961, permit de ninstaler tpi’iln'y avait pas trace
de nid». D’antre pari, un Ilot de anble inriu» daru l’e«luaite ne porlnil niientie rrprndurlinn de CharudriU
•aiiiedis et diiiiimcbeH n écarté
ineil »'c«l déclaré nu voisinage,
ivern suiiti doute «on avantage.
82 — ESTUAlRfiS DU B.ALINC. ET DU NIANING
REGION AU SUD DE M’BOUR
Cm marigots (Lal. moyentte 14® 23') ont été survolées puis examinés par terre à plu¬
sieurs reprises. Iis promettent plus qu’ils ne tiennenl. Plus précisément les bandes de Pélicans,
Pelecanus mfeseens, qu’on y voit régulièrement, nageant en mer et dans les estuaires ou
somnolant interminablement sur les baobabs, n’ont pa.s là leur point d’attache.
Celui-ci SC trouve à une douzaine de kilomètres à PESE dans une savane d’accès diffi¬
cile : très mauvaises pistes au tracé embrouillé, inondées et infranchiasables par véhicules
automobiles jusque bien après les dernières pluies — inconvénients (jui sont en réalité des
avantages. Après des recherches en zigzags qui demandèrent quelque pnt?U;ment nous finîmes
par découvrir le 13 Septembre 1962, au lieu dit Ba-Coumbel (environ 20 km au SE de M’Bour,
Lat. approx. 14“ 22'), une très importante reproduction : un millier de couples installés sur les
hautes branches d’un peuplement de baobalis {Adansonia digiUila) rouvrant 5 ou 6 hectares.
A cette époque pourtant tardive quelques rares aires contenaient encore des oeufs, les autres
portant des jeunes à tous les stades de développement (2 par nid, parfois 3). Celte colonie fut
revue le 13 Septembre 1964. H y avait déjà de gros poussins dont les plumes eoiniiieaçniem à
percer. ponte av.tit dû commencer en .Tuillel, ai non même dans les derniers jours de Juin;
et les derniers envola ne durent avoir lieu qu’en Janvier sinon en Février ’.
Les paysans du village voisin, fort heureusement, éprouvent à l’égard (le.s Pélicans
un respect quasi religieux. Nous comprîmes à leurs déclarations (ju’ils croyaient à une sorte
de parenté des Pélicans avec leurs ancêtres.
Cette colonie de M’Bour marttue sans doute la limite septcnitrionale de i’aire de repro¬
duction du Pélican gris dans ia région côtière d’Afrique occidenlulc. Au<mne autre nidification
n’a en effet été rencontrée, ni par nous ni par d’autres, dans la forêt de Bandia (entre M’Bour et
Thiès) et dans les peuplements de baobabs s’étendant plus au Nord jusqu’à proximité de Kébé-
mer
§ 3. — LAGUNES DE SARÈNE ET DE jüAL
1. Un système de coiiIudb littoraux et dépressions intercalaires prend naissance au Sud de la pointe de
Sarèiie (Lat. 14® 11') et s’étire en directiuu du SSE parallèlement à ia cftte. Lu lagune doit sa formation à U
dérive littorale (voir p. 23 cl suiv.) qui détermine une Qèche de »obie nuulogue. eu plus court, à la Langue
de Barbarie et è la pointe de Sangomor. Toudis que les dépressions intérieures ne «e remplissent que lors
des pluies d’été, lu lagune proprement dite, put son ouverture nu Su<l, reçoit directement les eaux de l’Océan.
En la remontant du Sud vers le Nord on rencontre des fonds de plus en plus vwux tandis qu’une inan-
grove s’installe sut les berges : Rhiiophora on bordure externe, Avtcfrmia vers riuléricnr «ploii la séquence
habituelle, en rideou <le plus en plus serré à mesure que fon s’approche de Surèno *.
1. .Nous avons rendu compte de ces observations dans Notes afriraiw» (Navrois 1965).
2 Dans le delta du Sénégal, noua l’avons ilit RHeranui rufetetiu n’a pas été identibé avec une
certitude absolue. El c'est Pelecanus omu rolalui qui »c reproduit dans l'Aftout es Sohdi mnuritanicn.
3. La géologie de cette région a été étudiée par L. HkbBARB (1965). Sur ce qui s’est passé
cène inférieur et le plus ancien (jlialerm ■
de Osniligal). On est mieux informé^sur le meisiocene.
■e (auqi
-irle Pleislocène. l.eB penduge»
suusuicui oc va-.....-.très (2/1 0«0)' “
dérive liUnrale vers le S... Le cordon Uuiiairc... de cette plage... ma
est bien visible... Ultérieurement... A chaque Iran.grcssion, les poléosols -oi .
sables dunaires liltoriux... La période «ubactuellc se traduit par lu formation du cardon littt
dunes blanches et le colmatage de la vase, colonisée par des
e la direction de la houle... e..
mm de la transp^asioii b'Iaudrienne
■ouverts de
Source : A1MHM, Paris
PETITE CÔTE
175
Survolé à faible hauteur, le 2S Novembre 1961, re paysage nous fascina : longueur et densité du
double ruban de mangrove ; isolement, dû moins à la distance — la route de M'Rour à Joal court parailè>
lement à 2 km plus à l’E — qu'à l'interposition de cordons littoraux et lagunes secondaires ; taillis épais
que ne traverse aucun sentier ; bref un je-ne-sais-quoi de vraiment tropical et de sauvage, en marge d'une
région à fort peuplement humain. L'environnement paraissait favorable au «lé-veioppcment d'une riche vie
animale : il n'y iiiaiiqciuit que ces épandages tic guiino qui trahissciil rl'habitude la présence de colonies
d’Ardéidés.
L'occasion d'une visite se ])résenta le S Mai 1963 à partir delà petite station balncaiie de M'ilodiénc.
Mais des diiTicullés de navigation peruiircnl à peine d'ulleindte tes premiers bosquets de palétuviers où
un Héron Ouliaih fut aperçu, l-c 14 Seplenibre 1964 uti pêcheur du village de Sarène nous décrivit avec
précision les héroniiiêres où lui-même et ses camarades, au temps de leur jeunesse, allaient faire des rafles
d'mufs et de pmissiiis. Nous l'engageâmes sur-ie-cliamp, Il fallut doubler par le large la flèche de subie, donc
descendre d'abord vers le Sud. puis s’engager dans la lagune en remontant vers le Nord, dépasser M’Hodièiic.
On atteignit les jialéliiviers. puis la pirogue toucha le fond, Nous nous engageâmes alors dons la vase pour
battre la mangrove. Pus un oiseau ! A l'Est, dans la prciiiicrc mare d’inondutioii - où nous avions de l'eau
jusqu’à la ceinture — découverte d’une petite colonie de f’Ioceus capilalis en pleine rcproduclioii ; plus
loin apparition (fugitive) <l'un petit héron relativement (u-u commun, Ârdeirallus siurmii : faible conipeo-
sation pour tant d'efforts !
Rien n’indiqiic que les possibilités d'alimentatirui nient changé, soit dans les eaux (Poissons) soit à la
limite des eaux et de la lerie (Batraciens, Insectes...). Pin dehors de dénichages répétés, peut-être aussi
de chasses au fusil, ou ne voit {lus ce qui a pu éloigner Aigrettes, Bihoreaux et Hérons garde-bœufs de la
lagune de Sarène.
2. La lagune de Joal (Lnt. 14" 09') est purtielicuicnl occupée par une mangrove de médiocre hauteur,
où se reproduisent cecloineracnt des espèces comme Buioridea airiiuus, Streplopelia decipiem... Mais il n’y a
aucune colonie d’Ardéidés. A quelque 1 500 m de l’élégant village de p'adiouth se trouve un Slot de quel¬
ques hectares, portant une végétation de savane sèche (broussailles et baobabs). Exploré le 9 Novembre
1962, nous n’y avons trouvé aucune nidifleation, vu aucun Pélican, Cormoran ou Héron.
CONCLUSIONS
1. Il faut souligner l’importance faunistique et zoogéographique d’une colonie repro¬
ductrice de Pelecanus rufescens, forte de quelque mille couples et traditionnellement protégée
par les habitants.
2. Du fait du mode 'i abrité il y a passage brusque des riches peuplements de
r» intérieur « à une avifaune côtière remarquablement pauvre.
3. Sur le littord les nidifications sont quasi inexistantes : dans les mangroves, absence
de Cormorans, Anliingas, Ardéidés, Spatules, Ibis; dans les falaises, absence de Falconidés,
Colombidés et, semble-t-il, d’Apodidés.
La densité du peuplement humain, les déprédations, semblent avoir joué un rôle dans
l’éviction de certaines espèces.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE IV
DELTA DU SINE-SALOUM ET ÎLOTS VOISINS
Nous exposerons d'abord les résultats — encore très imparfaits et partiels — des
rccherclies que nous avons faites dans le délia. Ensuite seront étudiés les peuplements et
cycles de reproductions d’Ardéidés et lAridès que nous avons découverts sur les îlots.
§ 1. — DELTA DU SINE-SALOUM
Entre une ligne que Ton tirerait de Paimaiin à Fatick (Lat. 14° 19') et l’extrémité Sud
du marigot de Massarinko (Lat. 13® 30') s’étend une vaste région de rias, vasières et palétuviers,
dont l’exploration complète et aux diverse.s saisons demanderait à die seule plusieurs années.
De 1950 à 1964, nous avons navigué sur quelques centaines de kilomètres dans ce dédale de
marigots et débarqué en de nombreux points : région de Dangane; marigots du Sine au Sud
de Fatick; Foundiougne; rives du Saloum à l’Ouest de Kaolack; îles du Diable; village de Falia
(sur le Bolon Gokehor); Djifère (sur la pointe de Sangomar); région de Kourène (sur le Diom-
boss) etc. En outre, ont été prospectés de façon plus méthodique : la forêt de Vélor (E de
Foundiougne); les environs de Dianouar (estuaire du Saloum, rive gauche); les environs de
Messirah (sur le Bandiala) et de Bententy (face aux îlots). L’obstacle est double : c’est d’abord
l’immensité — d’où l’impossibilité d’une étude prolongée lorsqu’on ne dispose pour tout
moyen de transport que d’embarcations louées ou prêtées à litre gracieux. C’est aussi la diffi¬
culté — toute physique — de pénétrer profondément à l’intérieur de vastes mangroves : la
progression dans la vase est en effet désespérément lente et épuisante. Toutes servitudes qui
nous ont conduit à faire un large usage de l’avion : en 1960, les “ Broussards >• de l’armée
sénégalaise (mis à notre disposition sur intervention du service des Eaux et Forêts du Sénégal) ;
au cours des années suivantes, les appareils légers de l’aéro-dub de Kaolack.
Au terme de reconnaissances répétées, effectuées aux époques convenables et qui
couvrirent — ou peu s’en faut — toute la région, un fait écologique important s’imposa à
notre esprit. Tandis que le delta du Sénégal abrite une dizaine de héronnières du type « serré »
et qui s’annoncent du plus loin par l’abondance des déjections couvrant les feuillages, rien de
tel n’apparaît dans le delta du Sine-Saloum. Même constatation d’ailleurs comme il sera exposé
plus bas, en Basse-Casamanee et dans la partie continentale de Guinée portugaise. Or, dans
cette dernière région le phénomène e.st assez facilement explicable : Cormorans, Hérons,
Ibis et Spatules, ayant le choix entre de petits îlots — l’archipel des Bijagos — entourés d’étroi¬
tes ceintures de palétuviers et les grandes mangroves continentales préfèrent s’installer sur
les îlots. Dans le Sine-Saloum les conditions sont tout autres : le petit groupe d’îlots quJ existe
au débouché des grands cours d’eau ne constitue à aucun degré un équivalent de l’archipel des
Bijagos. U ne porte d’ailleurs, comme nous allons le voir, qu’une petite colonie d’Aigrettes.
La masse des Cormorans et Échassiers du delta n’a donc pas de véritable choix. Comment se
fait-il que nous ne la trouvions pas nicheuse quelque part sur le continent ?
Peut-être, pour des raisons qui nous échappent encore — pour éviter par exemple
certaines formes de prédation — les Aigrettes, Bihoreaux et Spatules adoptent-ils un mode
de groupement lâche, mieux dissimulé sous les ramures, et qui ne laisse pas de traces visibles
de guano. D’où à la fois l’impossibilité de répérer d’avion, si lente que soit la vitesse des appa¬
reils, ces colonies du type « dispersé » — et la difficulté, au cours d’exploration par terre, de
tomber justement sur une colonie...‘
Le problème ainsi posé ne concerne que les espèces à habitudes « coloniales ” et d’une
taille telle que leurs rassemblements doivent normalement frapper la vue et l’ouïe. 11 est au
moins deux espèces qui ne rentrent pas dans cette catégorie et sur lesquelles nos recherches
1. Ne paa cünfoudre uidilîcatiou en colonie de type ditperié et nidiCcatiou isolée. La distinction rat
parfois délicate.
8 564016 6 12
Source : MNHN, Paris
178
KENÉ DE NAUROIS
ont apporté quelques précisions : Àrdea golialA, nlchcur solitaire; et le petit Héron Butorides
slriatuj ({ui tantôt s’isole, tantôt forme des Kroupcmenls & faible densité et très bien dissimulés.
A l’exposé de ces résultats nous adjoindrons diverses notations relatives à des espèces
de l’intérieur. Encore que l’avifaune proprement terrestre ne rentra pas dans le cadre du pré¬
sent ouvrage, il nous jiaralt utile de rapporter les faits qui présentent une importance du point
Fie. 19
de vue zoogéographique ou écologique : espèces dont l’aire de reproduction trouve précisé¬
ment ici — il s’agit toujours de la frange côtière des areas — sa limite septentrionale ou méri¬
dionale; espèces qui ne sont pas liées aux eaux salées mais qu’en fait nous avons rencontrées à
proximité immédiate do celles-ci ; juxtaposition, voire compénétration, qui mérite d’être
expliquée. L’exposé suivra l’ordre systématique.
Sovree : A^NHN, Paris
SINE-SALOUM
179
Ardea goliath (Cretzschmar) — Au Saloum ce Hérou est très rare. Au cours d’une
reconnaissance en avion nous avions cru distinguer une aire dans une mangrove du Sine. Plus
tard, interrogeant un pêcheur de la région, nous obtînmes des renseignements clairs ut positifs.
Les nids, par leurs dimensions et la manière dont ils sont placés, les œufs par leur taille et
leur couleur, ne peuvent être confondus avec ceux d’aucune autre espèce : ils noua furent si
parfaitement décrits que nous ne pûmes mettre en doute la véracité de notre informateur.
Celui-ci avait lui-même procédé à des dénichages. Dans l’état actuel de nos connaissances la
Latitude du Sine marque l’extrême limite vers le Nord de l’aire de reproduction.
Butorides striatus (Afzelius) ■— Deux colonies furent découvertes au voisinage de Dia-
nouar; une autre à proximité de Messirah.
1. Ilots de Bitch (Lat. 13° 55'), au milieu du Saloum (près du confluent du Bolon
Gokehor avec le courant principal). Un boqueteau de palétuviers se maintient curieusement,
en dépit des courants, à l’extrémité amont de ces Iles. A marée haute, les arbres sont immergés
jusqu’au quart de leur hauteur : ramures très intriquées, au port très particulier (en > champi¬
gnon plat »). Les nids étaient placés à quelques décimètres du plan d’eau et contenaient, à la
date du 8 Octobre 1961, soit des pontes de 2 ou 3 œufs soit des poussins encore jeunes
2. Mangrove à l'Ouest de Niodor (Lat. 13° 51'). 11 s’agit d’une presqu’île mal définie,
curieusement orientée vers le Nord (effet de courant côtier ?). L’accès, à travers une vase
profonde, est désagréable. Le 10 Octobre 1961 des Hérons à tête noire nichaient dans les
Avicennia, généralement à la base des troncs. Le site était bien protégé par le poto-poto qui
le séparait de la terre ferme. Une centaine de nids de Ploceus sp. pendaient aux branches des
mêmes arbres. Il semblait y avoir association des deux espèces (?).
3. Mare au Sud de Messirah (Lat. 13° 41'). Le 8 Juillet 1964, une faible colonie s’était
installée sur un très petit Ilot, au milieu d’une mare suffisamment profonde pour assurer une
certaine sécurité. Nids placés très bas contre les troncs d’arbustes.
Les autres Ardéidés, Egretta gularis, Egretta garzetta, Nyctkorax nycticorax abondent
par endroits dans le delta, par exemple sur la rive droite du Saloum en amont des îles du Diable.
Mais comme il a été dit plus haut aucune colonie ne fut aperçue d’avion ni découverte par terre.
En Octobre 1961 les îles du Diable, fouillées à deux reprises, n’abritaient décidément rien —
ce qui est fort surprenant.
Torgoi Irotheliotes (Smiüi) — Une aire sur uu petit baobab à quelques mètres du Sine, non loin de
son confluent avec le Saloum un baobab porte ime aire énorme, réguliènment occupée. La ponte a été
notée aux dates suivantes : derniers jours de Décembre 1962 ; premiers jours de Janvier 1965 ; premiers
jours de Février > 1966 ; lU au 12 Février 1967. Selon nos observations l’espèce atteint A cette latitude
(14®), le long de la côte tout au moins, la limite méridionale de son area.
Gypohierax angoknéU (Gui) — Dn ou deux sujets aperçus en vol à grande distance ; identification
quelque peu douteuse. La reiiroducliuii dans le Salouui, si nous avions pu en obtenir la preuve, eût jalonné
la limite septentrionale de l'arca. I.'cspèce est connue comme niebeuse en Gambie.
Pondion haliaelus (L.) ~ Observé sur le Saloum. Aucune preuve de nidification.
Polemaitii» bellieoiiu (Daudiu) - Une aire à proximité du Sine 4 km an Sud de Fatick. Poute à la
mi-Décembre.
HaliaSius votiftr (Brelum) — L’espèce est bien entendu présente dans le Saloum, mais s'y trouve
beaucoup moins abondamment représentée que dans le delta du Sénégal. Quelques couples sont cantonnés
de loin en loin sur les bords du Saloum.
1. Quelques nids trouvés vides pouvaient avoir été occupés plus lût eu soisou. Ricu ne pouvait
donc être conclu touchant l’époque de début de ponte. D'ailleurs toutes nos constatations, du delta du Séné¬
gal A la Guinée portugaise, luonlreut un étalement considérable de la période de reproduction.
2. En ce dernier cas l'identificatiou, faite par l’un de nos aides les plus expérimentés, ne présente pas
un degré de certitude absolue : l'œuf énorme fut mesuré et scs dimensions coineidaient avec celles conmiea
de nous pour l'orieou (qui est le plus gros des vautours tropicaux). Mais la couleur était d'un blanc pur.
Une confusion avec Cypr rüppelli seigle cependant exclue.
Cette aire de Totgos fut découverte de façon inattendue. Survolant l'iminense Saloum et uu peu
égaré parles fréquents changements de cap que le pilote effectuait A notre demande, nous passâmes au-dessus
de deux charmants villages de pécheurs Sérères placés au bord d'un marigot. Quelques secondes plus tord
nous aperçûmes deux vautours posés sur leur aire. Celle-ci se trouvait juchée au sommet d'un baobab.
L’arbre faisait partie d’un bosquet intercalé entre le marigot Uès sinueux et une vaste plaine de sable et
de sel (ionne dans la langue du pays). Un mois plus tard nous louâmes un canot de Foundiougiic en vue
d'explorer te cours du Siue. Deux villages d'un « exotisme » extraordinaire apparurent, puis une plaine,
puis uu bosquet et une aire de gros rapace au sommet d’un baobab. Nous ressentîmes, non sans inquiétude,
le sentiment du « déjà vu»l
12.
Source : MNHtJ, Paris
180
MAUROIS
Circaëlus cirurtui (Vieillot) — Un jeune près de l’envul fut trouvé au nid le 9 IXccmbre 1961 près
du cotiilueiit du Sine et Salouiu. I.'oiie, placée sur lu bruiiclie lutérulo d'un buubub, n'éluit autre choue qu’ua
vieux iiid« ciillectif» de Bubalornii albiroairis — e’eet-ù-dirn un gros paquet île brindillcH étroitement entre¬
croisées *. Le Circaète s'éiail contenté d'aplanir le sommet de l’édiâce, île sorte que le poiiasin reposait
sur une aire de brindilles siches. sans aucun matériau d'appoint.
Selon Bannkrman (1953, I, p. 278), la reproiliirlion de i-etlc espère ii'uvuil jusqu'U'i fuit l'objet
d’aucune observation eu Afrique orcidriilale cl équalorialc. Notre ilécniivrrlc présente donc un double
intérêt : celui d'êtrr la prciiiièrc donnée de reprodiictimi pour riliiesl de l'Afrique ; celui de renvoyer au
mois de Septembre c’est-à-dire en pleine saison des pluies, pour réplique de punie *.
lEdiriii'inus senegafeiiais (Swaisoii) Un l'otiple nielieiir ii-nfH à éelosiun le 9 .luillet 1964 _ '
proximité de la côte cl près du village de Uétciily. I Jciililii ulion par le site occupé pliilôt que par le plutnuae
{Oedicnemus copriiaia, pur opposition à 0, seriegaleosts, reeherclic les endroits sers éloignés des rivages)
/liibii afiiraniia (tôierm) Un sujet immiiliire fut obienii pur noua le H Juillet 19b4 sur lu rive du
marigot de Ilniidialu.
.4/>iis iiIJi'iia (Streubcl) Ce Marlinct fui trouvé nirlieiir sous les toits des liabitations rie OJifère -
œufs et poussins le 8 üclohre 1961. C'est iiiaUieiireuseiueuL la seule date prérisr de rcfiroiluetion ipie nous
ayons pu recueillir duiu le vaste secteur côtier compris entre les eolunii-s du Haiie d’Arguin (îles Kiuoue
et Chikebitt. cap ïaforit) et celles de Guinée portugaise ; Iseuuc d'autant plus regrettable que la période
d’activité sexuelle — étalée sur de longs mois en Guinée et Mauritanie -- est mal eoiuiue en Sénégambie *
Plioeniculua aentgaUnaia (Vieillot) -- l.e 8 Octobre 1961 une ponte frutebr île S leufs avait été déposée
dans la cassure d'un palmier mort. Le nid était dune directeuieiit exposé au soleil eomine aux intcmiiéries
Couleur du bec rouge vif et non pas noir 1
Csryle radia (L.) — Ce .Martin-pêcheur niche pur endroits dans l’cntaillemeiil des rives concaves
Nids en voie de creusement le 11 Octobre sur un marigot au N des Iles du Diable.
Ilirundasemiru/agordoni (Jardine) — Le 10 Octobre 1964, sous la véranda d’une maison de Messirah
un nid contenait 4 œufs frais. *
lAtniariua barbarua (L.) — Si noua incorporoub ecltc mtiiliou dans le présent exposé c'est parce au
l’espèce s’avance jusqu’à l’extrême lisière de lu végétation du boni de mer. A 2 km nu Sud de Beteat^
l’oiseau se dissimulait dans le taillis épais à 3 ou 4 in de la laisse de liautes eaux. Sur ce rivage abrité o ^
les hauts-fonds (ceux-là mêiiu' d’uù émergent les îluls) lu mer ressemble à un Ih<'.
Tchilrra cirUij (Millier) - I,e 10 juillet 1964, à côté d’une maisoii de Messiruh. un nid abandon /
depuis peu. A ooUc Lutiturle. l’cspèrc ii’csl proliulili'inent pus très loin ilc la limite scj)ienlrionale de son
Ploeeua brai/iypferrts (Suaiiisoii) - Ia: Kl Juillet 1964, à Messirah, un nid eoiiteuaut 2 sinifs frai
Ce Tisserin niclie encore dans la région des Niayes (M’Horo |>ar exemple, l.iii. 15"), mais il n’est nas a
qu’il y ait coiitiiiuilé entre d’une part l’area principale fbrmissc soudatiicinie) et risolut à forte empreint*^
guinéenne que constitue lu région des Niayes (eiilre Saiiil-lauiis cl Dakar). ^
Posser grUfiia (Visillnl) - Village de Kalia (au bord du marigot de Gokcluir), le 8 ortolire 1961
nids dans les trous de murs ; œufs et iioussiiis, '
Ëupiccies orix franciacana (Iseri) — Abondanec de nids dans les hautes graminées bordant le Salo
(Foudiougne) et le marigot de Dangane (près Fiiimdiougiie) : criifa et poussins en Octobre 1961 (1
de 4 (Buisl. ®
En résumé.
Les peuplements sont riches à la fois en cspOces iiiKodécs au milieu terrestre sec
et en espèces inféodées au milieu aquatiiiue; et lus liciix cnscnibli s roi.nnenl de façon immé¬
diate, donnant l’impression d’un enchevêtrenicnl. I.'<'xi)lieatinn est d’ordre géographiau
Dans le delta du Sénégal nou.s avons affaire à une zonr' d'inondnüon : en période de crue 1*
nappe d’eau interdit la présence des espèces terrestres hors do k ïone déjniinée; le reste d
temps la vaste plaine est partagée entre les zones -*--
geuses, et une prairie monotone, rapidement fanée
Dans le Saloum nous rencontrons tout autre chose :
une plaine insubmersible, enserrant par endroits de
Sénégal sont soit des effluents du fleuve soit des marigots de vidange; ceux du delta du SaloiT”
sont des sortes de rias plus ou moins profondes, parcourues chaque jour par l’onde marée
Ces différences de structure suffisent pour donner les aspects très différents aux peupleme t*
des deux régions : dans un cas une certaine homogénéité, dans l’autre une hétérogénéité-
dans un cas des populations d’Oiseaux caractéristiques des eaux douces et des marais (Ardéidéa*
p. ex) ou adaptés à l’environnement aquatique (Plocéidés), dans l’autre une intrication d*
, ou 1 aviiaime est relativement pauvre
un dédale de marigots conipartimentan
véritables îles. Les maricotB du j.
1. Oii sait que choque cimstrucliuii de ec Tiascriii enferme deux uii trois nids ; ruiijic» d’herhes fi
serties à l'intérieur de l’ellipsoïde de btanrhctteB. oMe»
2. Nous avons retenu ees données dans une note eoiiaarrée aux cycles de reproduetiou dea R
ouest-ofricain» (Naubois 1962). «opace*
3. Au Maroc, bien entendu, le cycle est [irintunier. Œufs dès le mois de Murs à Mogudor.
Source : MNHN, Paris
SINE-SALOrM
181
ces mêmes espèces et d’oiseaux franchenient terrestres. Si ie delta du Sénégal peut être assi¬
milé à une vaste zone intermédiaire entre mer et terre à une sorte de dilatation (en largeur)
de la limite entre ces deux éléments, le delta du Saloum au contraire serait un allongement
de cette limite par des siaiiosités repliées : les espaces intermédiaires y sont rares entre le milieu
marin (incluant les grandes mangroves et leurs vases) et les socles nettement émergés. On
passe brusquement des uns aux autres. De véritables « îles " de terre ferme (donc jamais
submergées) dominent le plan d’eau de un ou plusieurs mètres. I^s palétuviers font place
sans transition à la végétation de la brousse soudanienne *.
Atteignent dans le Sine Saloum la limite Nord de leur area : Ardea goliath et probable¬
ment — l’aire disjointe des Niayes mise à part — Gypohierax angolensis. A l’inverse, Torgos
trachelioles parait être ici à la limite Sud de son extension.
L’échcc à découvrir les nidifications de Pélicans, Anhingas, Cormorans, Ardéidés,
Plataiéidés, Ibis, laisse insatisfaits à la fois l’esprit et le désir. Des colonies importantes et
concentrées n’auraient pas échappé aux vues d’avion. Mais nos investigations ont pu passer
à côté de colonies mieux cachées et d’un type plus dispersé, très différentes du point de vue
« sociologique ” des grands rassemblements rencontrés au Banc d’Arguin, dans le delta du
Sénégal et, comme noua le verrons, dans l’archipel des Bijagos.
§ 2. — ILOTS DU SALOUM
L’Ilôt aux Bœufs (Lat. 13® 40'), occupé au moins à intervalles par les pêcheurs, ne
présente pas d’intérêt. Trois autres îles — celles des Oiseaux (Lat. 13® 39'), de Diamanio
(Lat. 13® 41') et à moindre degré l’îlot sans Nom (à environ un mille au NW) — servent de
lieu de reproduction à d’intéressantes colonies. Toutes ces terres présentent un caractère
commun : c’est de n’ôtre que des cordons sableux dont l’ensemble dessine un accent cir¬
conflexe à convexité tournée vers le NE, c’est-à-dire face aux houles dominantca. Les longueurs
sont pour l’île aux Oiseaux d’environ 2 km, pour Diamanio et l’îlot sans Nom de 300 ou 400 m.
Les largeurs ne dépassent pas 400 m à l’île aux Oiseaux, 100 à 150 m sur les autres îles.
Il faut souligner dès le principe l’instabilité de ces accumulations sableuses au croisa
ment des axes de deux groupes de courants : ceux qui sortent du Saloum et du Diombos d’une
part, ceux qui viennent du Bandiala et surtout de la Gambie d’autre part Il semble que les
eaux venant de la Gambie exercent une action prépondérante, car l’extrémité SE de l’fle
aux Oiseaux — celte qui fait face précisément à l’estuaire gambien — se termine non par
ime plage mais par un arrondi sableux rongé par la mer en même temps qu’alimenté par les
venu du secteur Nord. I,e sable s’amoncelle en haut de cette langue, amené par le vent de
l’intérieur de l’île, et s’éboule aussitôt sur une pente raide qui plonge directement vers des
fonds de plusieurs mètres.
De source autorisée nous avons appris récemment qu’il existerait des herbiers sous-
marins sur les hauts-fonds compris entre le groupe d’îles et le continent voisin. Nous n’avons
pas encore pu revenir sur les lieux pour nous assurer du fait, ainsi que de l’existence d’éven¬
tuelles frayères dont ce peuplement végétal serait la condition. Il est certain d’autre part que
des turbulences locales viennent s’ajouter aux actions plus générales dont le principe a été
indiqué au Chapitre 1®'' : flux d’eau douce en provenance du continent, flux d’eau sdée venant
de la mer, sont constamment brassés par le vent et les marées en même temps qu’ils glissent
les uns contre les autre.s en se mélangeant plus ou moins (phénomène de mixing). Il y a donc
lieu de penser que si certaines espèces sténothermes et surtout sténohalines sont éliminées
il y a par contre, prolifération d’individus dans les groupes plus tolérants.
1. Ceci Uicn entciulu n’est pas \Tfli uiiiverecllemcnt. Nous renvoyons A re <pii a été dit ou dé ut
^ ce chapitre (conditions géographiques p. 160) sur les deux types de passage de la mer ù la te^e ferme.
une étude comparative des deux formes : sans transition et arec transition.
2. lairs de notre visite de 1966 nous trouvâmes un paysage méronnaisHable. I.'ile aux Oiseaux avait
gardé sa forme et son couvert végétal mais se trouvait réunie par un isthme à d’anciens haiils-fouds trans¬
formés en tie et rattachés à l’îlot de Diamanio. lui-méine profondément modifié. Nous eûmes beaucoup de
peine à identifier tant bien que mal les morceaux. L’archipel avait été bouleversé par ies tempêtes â une
époque telle que les Ipomea avaient eu le temps de pousser leurs stolons sur l’étendue nouvellement étnerg ée.
En outre, un gros temps avait dû survenir pins récemment, les lames balayant plus ou moins la pa rtie
occidentale des îlots (face au large). La reproduction de toutes les espèces s’en é tait trouvée retardée.
Source : MNHN, Paris
182
RENÉ DE NAUROIS
L’He aux Oiseaux esl seule à porter une mangrove, modeste d’ailleurs : quelques area
de Rhizophora racemosa entourés d’un peuplement très ouvert d'Avicennüt africana auxquels
ae mêlent quelques pieds de Conocarpus «reclus. La taiüe de ces arbres est petite, ««Tig doute
parce que le peuplement, ravagé de temps à autres par les tempêtes exctiptionnelles, se renou*
velle sans pouvoir jamais atteindre une pleine maturité.
Palétuviers mis à part, les surfaces sont couvertes d’une végétation plus ou moins
épaisse selon l’ancienneté du socle qui la porte. Les cordons les plus récents ne restent pas
longtemps on sable vif : en moins d’une année Iponiea pes-caprac et Sesuviurri portulacastrurn
Y forment un tapis à larges mailles. Les parties émergées depuis de longues années portent
un véritable matelas de plantes halophilcs que certains Oiseaux mettent à profit pour y dissi-
muler leurs nichées. Nous avons collecté les espèces suivantes, dont M. Adam, botaniste à
riFAN, a eu la bonté de nous donner la détermination : Calolropis procera, Canavalia rossa
Cyperus maritimus (dominant par endroits), Sporobolus spicatus, Slylosanthes mucronata
Espèces reproductrices :
1® Ardéidés : Egreita gularis : quelques dizaines de couples; E. garzetla : quelques
unités; Butorides strialus : une centaine de couples.
2® Laridés : Larus cirrocephalus — environ 200 couples; Sterna hirundo : une cen»
taine de couples; Hydroprogne caspia; quelques couples (occasionnellement); et surtout
Larus genei : une centaine de couples; Sterna fuscata : 1 couple en 1964 (nidification excen
tionnelie). ^
Il ae trouve que les pêcheurs du bourg voisin de Betenty sc rendent régulièrement sur
les ües au moyen de pirogues '. Hommes, femmes et enfants collectent les œufs et poussins
de Laridés (nous les avons pris en flagrant délit). Tout se passe comme a» Sternes et Goélands
ne constituaient qu’une annexe des poulaillers du village. I^e pillage est tel que les m^euretix
couples qui réussissent à se maintenir pondent et repondent bien au-delà de la durée normale
de leur cycle et n’arrivent que rarement à élever des poussins. Les colonies ne pourront cer
tainement pas subsister longtemps. D’après plusieurs indices une population au moins celle
des oiseaux do mer, a dû atteindre dans le passé un chiffre élevé et redeviendrait certainement
importante si les oiseaux pouvaient nicher en paix.
Dates df-s prospections.
1961. - 10 Octobre : seul l’îlot »an» Nom fut allciiil •. rtulrcs Ilots, bea
étaient noyés dans la brume et ne furent mémo pas a|ier(;uB.
1963. — 11 Janvier : tous les îlots furent troové» déserts.
24 Mai : reproduetions en cours.
1964. — 9 Juillet : reproductions en cours.
19â6. — 18 Moi : début de reproduction.
mp plus importants.
Peuplements et reproductions.
Egreita gularis — C’est une petite colonie d’une cinquantaine de couples. En dehors
de 3 ou 4 oiseaux blancs à bec long et très noir, identifiés comme E. garzelta, elle n’est mélan
gée d’aucune autre espèce. Nidification dans le bosquet très serré de Rhizophora racernos
Œufs seulement le 24 mai 1963; œufs et poussins lu 9 juillet 1964. A la date du 18 Mai
les nids se trouvaient à peine en voie de réfection. Une femelle fut obtenue dont les ovoevt
indiquaient une ponte imminente. Date normale de début de ponte : 3® semaine de Mai
Butorides strialus : La population, poupée toute entière sur l’ile aux Oiseaux est
difficile à évaluer. Les oiseaux, en effet, se dissimulent remarquablement dans les herbes
chiffre d’une centaine de couples est une approximation vraisemblable. A la date du 24 Mai l'ofiq
les pontes étaient de 1 ou 2 œufs frais dans deux types de nids : les uns se trouvaient enfo •
dans le tapis végéta! où les tiges de.s plantes, écartées et tassées, laissaient place au couveu ^
les autres étaient faits de branchettes (sur le modèle bien connu des aires d’Ardéidés) et placés
1, L'urchipel d'csI que la partie émergée d'un syBlème <le Imute-fuiids. et se Ir
eu deçè des « rouleaux» (c'cst-à-diie entre ceux-ci et la cdte). Avec des pirogue» imi
bord il faut moine d'une heure de navigation uisée pour atteindre l'Ilc aux Discaux
2. Navigation à partir de Dionouar (plus de 10 milles au N) au moyen d'un
et non pontée. Heureusement le temps resta au beau.
entier
’ hor*.
embarcation lourdê
Source : MNHtJ, Paris
SINE-SALOUM
183
dans les lamurea d'Avûennia à des hauteurs variahies (quelques décimètres à 2 m). Même
disposition le 9 Juillet 1964, les poussins étant alors nombreux. Le 18 Mai 1966, les recherches
n’aboutirent à la découverte d’aucun nid : les Hérons à tête noire, comme les autres oiseaux,
étaient certainement en retard sur leur calendrier habituel.
Particulièrement intéressante est la nidification dans l’épaisseur de la végétation basse.
Ce mode n’a pas été rencontré par nous sur les berges du Sénégal mais est chose banale dans
les Bijagos (comme il sera exposé plus loin). Au Saloiim le cycle paraît être en avance sur celui
de la même espèce dans le delta du Sénégal.
Larus cirrocephalus — Le peuplement principal ' se trouve sur l’île aux Oiseaux; et
avec une densité particulièrement devée dans la moitié Sud de cette île où le tapis végétal
est très épais. Le 18 Mai 1966, la population fut évaluée à 400 ou 500 oiseaux. Curieusement,
elle paraissait avoir augmenté (peut-être doublé?) par rapport à celle du 24 Moi 1963. Mais
tandis qu’à cette date beaucoup d’œufs étaient déjà fortement incubés, 2 ans plus tard (et
à peine plus tôt en saison) nous ne pûmes découvrir que dei:x pontes incomplètes. En outre, les
oiseaux parurent beaucoup plus effrayée, s’élevant en masse de toutes les parties de l’île
(sur plus de 1 km de longueur) pour tournoyer à 10 ou 20 m de hauteur. On hésite entre trois
interprétations : la colonie avait été en < exploitation > quelques jours auparavant par les gens
de Bctenty, et du coup les rares œufs ne constituaient que le prélude à un vaste « remplace¬
ment »; ou bien nous nous trouvions en présence d’un véritable retard dû au mauvais temps
exceptionnel des semaines précédentes ou à toute autre cause. Quoi qu’il en soit, l’époque
de début de ponte se place entre la fin Avril et la 3* semaine de Mai. La durée totale de la
période de reproduction est au moins de 4 mois. Le 10 Octobre 1961, sur l'îlot sans Nom,
nous ne trouvâmes que des bris de coquilles. Mais le 9 Juillet 1964, toutes les îles portaient
à la fois des poussins de diverses tailles et des œufs récemment pondus.
En résumé — Colonie importante, plus nombreuse que toutes celles du Banc d’Arguin
réunies, plus nombreuse aussi que celle de l’îlot des Mouettes à tête grise dans l’archipel des
Bijagos (Guinée portugaise). — Début de la ponte au commencement d’Avril ou au commence¬
ment de Mai, donc un peu plus tôt qu’au Banc d’Arguin et un peu plus tard (comme nous le
verrons) qu’aux Bijagos. Prolongement jusqu’en Juillet au moins comme au Banc d’Arguin
(mais peut-être en raison des piUages répétées). Cessation des activités à une date non précisée
mais antérieure à la fin de Septembre (tandis qu’aux Bijagos des incubations sont encore en
cours à cette date).
Larus genei — L’espèce ne niche que sur l’île de Diamanio. Le 24 Mai 1963 les nids
contenaient des œufs. Le 8 Juillet 1964 il n’y avait encore que très pou de poussins, du fait
sans doute des déprédations humaines (les œufs du Goéland railleur sont sans doute particuliè¬
rement appréciés. En outre, les nids sont toujours placés sur des dunes à peine recouvertes
d’Ipomea, entourés de déjections très blanches et donc visibles de fort loin). Le 18 Mai 1966,
la ponte commençait à peine : un seul nid contenait 2 œufs manifestement frais — début
t ardif et qui paraissait imputable aux bouleversements provoqués par des tempêtes des se¬
maines précédentes. L’espèce niche en effet à découvert et de ce fait se trouve moins protégée
des intempéries que ne l’est Larus cirrocephalus. Elle occupe d’ailleurs la partie NW de l’ile
de Diamanio, la plus exposée aux assauts de l’Océan.
En résumé — Colonie d'importance médiocre — une centaine de couples — mais
d’un très grand intérêt zoogéogtaphique. Nous sommes ici à la limite sud-occidentale de 1 aire
disjointe qu’occupent les populations des îles mauritaniennes et sénégalaises. Début de
ponte (en année normale) dans les premiers jours de Mai, comme au Banc d’Arguin. Fin de
ponte à une date qu’il est impossible de préciser puisqu’elle se trouve retardée au moins
jusqu’en Juillet par les interventions humaines.
Hydroprogne caspia — Un début de reproduction fut trouvé le 24 Mai 1963 sur 1 île
de Diamanio : une demi-douzaine de nids, creusés dans le sable nu à côté de la colonie de
Railleurs, contenaient un œuf. L’espèce ne fut retrouvée ni en 1964 ni en 1966. La cause du
caractère occasionnel de cette nidification peut fort bien se trouver du côté de l’intervendon
humaine. Les gros œufs et poussins de la Sterne Caspienne sont certainement très recherchés.
1. On trouve quelques nicheurs çà et là sut lei autres Ilots.
Source : MNHN, Paris
RENÉ RK MAUROIS
Sterna kirundo — L’espics s’établit principal(impnt (sinon oxclusivement) sur les
dunes de l’île de Diamanio, à proximité des Goéland railleurs. Le 24 Mai 1963 les pontes étaient
presque toutes fort incubées et plusieurs nids contenaient déjà <le petits poussins. Le 9 Juillet
1964 le développement paraissait plus avancé. Lo 18 Mai une demi-douzaine de pontes fraîches
avaient été déposées sur un terrain (dunes presque ■ vives •) qui avait été récemment remanié
par les vents et terapêlea.
Les œufs de la Sterne Pierregarin sont probablement moins convoités en raison de leur
petitesse. Iæut coloration constitue d'ailleurs un oamoullaKC naturel. 11 y a donc tout lieu
d'admettre que la reproduction, moins perturbée que celle dos autres espèces, commence
normalement en Avril. L’époque de fin de ponte n’a pu être précisée : elle doit se placer en
Juillet. Au total, et en se fondant seulement sur les données de 1963, la reproduction paraît
commencer un peu en avance — 1 ou 2 semaines — sur celle du Banc d’Arguin, un peu en
retard, comme il sera exposé plus bas, sur celle des Bijagos.
Sterna fuscata — Le 9 juillet 1954 un nid contenant 1 oeuf frais était placé au sommet
d’une dune : identification par l’oiseau couveur (distinguable à distance do St. anaelkelus pat
la forme du bandeau blanc qui orne le front, par la position du nid (visible de fort loin au lieu
d’être dissimulé par la végétotion) et par la coloration de l’œufl. Reproduction aberrante et
qu'il est difficile d’interpréter. L’espèce niche en nombres énormes à l’île de l’Ascension
(Stonehouse 1963) et sur les îlots Tinhosas (près Principe, golfe de Guinée — Naurois en
préparation) mais non aux îles du Cap-Vert. Il y a des migrations entre les colonies des Baha¬
mas et Tortugas et les côtes du golfe de Guinée. ]je couple du Saloum pouvait avoir été séparé
du gros d’un groupe traversant l’Altantique. L’étude des déplacements d’un bord à l’autre de
l’Océan pourra éclairer le cas de cette nidification insolite sur la côte sénégambienne
CONCLUSIONS
1. Les peuplements sont médiocres (celui de Laras cirroceplialus mis à part) mais
l’intérêt zoogéographique est considérable. Larus genei atteint ici su limite sud-occidentale.
Larus cirrocepkalus trouve sur ces Iles un lieu propice et y maintient une population qui est
la plus importante que nous ayons jamais rencontrée sur la côte. Iji colonie de Sterna hirundo
constitue un jalon entre les populations du Banc d’Arguin et celles de Guinée portugaise.
2. Pour trois espèces : Egretta gularis, Larus cirroci-phalus, Sterna hirundo, le début
de ponte se place à une époque intermédiaire -— lin Avril, début Mai — entre les dates corres¬
pondantes au Banc d’Arguin (Lat. moyenne 20") et aux Bijagos (Lat. 11°). Nous aurons à reve¬
nir dans nos conclusions générale» sur l.i signification écologitjiio de ce fait — signification
qui met en cause des facteurs multiples d’ordre climatuiue et océanographique et n’apparaît
pas facilement.
3. Il est évidemment regrettable que les lies soient peu nombreuse» dans cette région
marine qui paraît être biologiquement riche. Il est déplorable que, par surcroît, les colonies
existantes soient persécutées. En vue de leur sauvergarde nous avons suggéré que soient prises
des mesures analogues à celle que le gouvernement dti Sénégal a décidées il y a déjà une
quinzaine d’années en faveur des îles de la Madeleine. L’île aux Oiseaux et l’île de Diamanio
devraient être placées en réserve intégrale, avec interdiction de chasse et de tous prélèvements
d’œufs et de poussins; et cela pour toute la durée de l’année. L’île aux Bœufs et l’Slot sans Nom
pourraient demeurer libres d’accès.
1. Sterna fiiscala niche pe.it-êltc sur un il«l (autre que le» TiiiUosu») voiBiii
maie non, selon tiotre expérience, sur les Selle Pedras voisini;» lie S. Tomé. ICii re
qui entourent Annobon, voit FrY 196t.
lie Plie do Principe-
qui roiiceme ie» üoti
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE VI
GAMBIE, BASSE-CASAMANCE ET ÎLOTS VOISINS
Nous étudierons successivement les côtes et îlots de Gambie cl de Basse-Casamance.
§1. — CÔTE ET ÎLOTS DE GAMBIE
Côte et îlots ont été étudiés par les ornithologistes britanniques : Rendall, Hopkinson
et WoLTON autour des années 30 et 40; Smith, P. Gore, E. Cawkell au cours des années 60.
Noua-même avons survolé plusieurs districts et, guidés par nos amis Gore et Cawk.ell,
exploré par terre une partie de la côte méridionale.
Nous distinguerons du Nord au Sud :
1® La côte comprise entre la frontière septentrionale sénégalo-gambienne et l’estuaire
de la Gambie (Lat. 13® SS' à 13° 30') ; région basse, envasée, traversée parallèlement au littoral
par le mangot dit Niji Boton. C’est là, si nous ne faisons erreur, que Hopkinson (selon Banner-
MAN 1931, vol. I, p. 237) aurait découvert deux colonies de Lotus cÙTOcephatus : l’une dans une
plaine marécageuse près de la mer; l’autre sur un îlot entouré de palétuviers au large de Sika
creek. L’observateur britannique vit des centaines d’oiseaux et le mois de Juillet lui parut
marquer l’apogée {tke heighl) de la reproduction; mais arrêté par la vase il ne put parvenir
jusqu’aux nids. Put-il au moins les distinguer ? Le texte ne l’indique pas *.
A trois ou quatres reprises, pendant les mois de Juillet et Novembre ainsi qu’au début
de Décembre, nous avons survolé cette région, celle surtout du Niji Bolon, en décrivant autant
de cercles qu’il paraissait nécessaire pour pouvoir scruter du regard l’ensemble des zones
déprimées et des mangroves. Résultat négatif. Aucune trace de nidification de Pélicans,
Cormorans, Anhingas, Ardéidés ou Mouettes à tête grise.
2° L’estuaire de la Gambie. C’est une ri« dont la largeur en amont de Bathurst est de
12 km. D’Ouest en Est, sur une profondeur d’au moins 100 km, les riveü sont basses. De nom¬
breux marigots débouchent dans le lit principal et de larges surfaces envasées sont couvertes
de palétuviers. Deux îlots attirent le regard dès que l’on survole la région : Dog Island (Lat,
13° 22') et James Island (Lat. 13° 19'). Nos collègues britanniques n’y ont trouvé aucun peuple¬
ment remarquable *. Diverses difficultés semblent les avoir empêchés de pénétrer profondé¬
ment dans les mangroves, où nous-même, du haut de nos avions, n’avons distingué aucune
trace de colonie d’Ardéidés. Quelques aires sont occupées par Haliaëtus vocifer ou Gypokierax
angolensis. Nous retiendrons les observations suivantes faites par E. Cawkell au voisinage du
fleuve.
Nycticorax leuconoCus — Observé par deux fois à Koto le 22 Avril et au début d’Août.
Espèce rare et qui n’avait pas encore été signalée de Gambie.
Lepiopilos crumeniferus — Une dizaine de colonies ont été dénombrées en Moyenne-
Gambie; nicheuses sut des baobabs, le nombre de nids portés par chaque arbre variant de
quelques unités à une quarantaine.
1. Nous nous sommes demandé si cel emplacement ne coinctderait pas avec celui de l'SIe aux Oiseaux.
Mais ce dernier se trouve non pas en Gambie mais en territoire sénégalais, à 5 km au Nord de la frontière.
Quant aux localités indiquées par Bannebman uous avouons les avoir recherchées en vain sur les carie»
de l’IGN. Il se peut que les appellations soient difiéreiites dans l'usage français et l’usage anglais.
2. E. Cawkell nous écrit uu sujet de James Island : « was the first fortified post in the Cambia
occupied by Portuguese, British and French in tum. The island bas remaina of the fort on it, but is quite
rapidly wearing away. It is now visited only for picnics».
Source : MNHU, Paris
RENÉ DE NAUROIS
Nous-même avons observé une colonie de Marabout» à la frontière Nord du Sénég^
et de k Gambie (Ijt. 13“ 36', répon au Sud de Nioro-du-Rip). L’espèce n’ayant jamais été
trouvée nicheuse plus au Nord (dans les région» côtières) il acniblo que le parallèle 13® 40'
marque approximativement U limite de l’orea.
3“ côte de Bathurst i la frontière do Casainance peut être divisée en plusieurs sec¬
tions : les unes élevées de 6 à 10 m au-dessus de la mer, le» mitres déprimées (vallées et estuai¬
res). Ce» dernière» se prêtent à la formation de ilèrhe» de sable» et lagunes. La partie Nord
(W de k ville de Bathurst) est une plaine tombant en pente rai<le sur une plage étroite. Elle est
occupée par un quartier résidentid composé de villa» et jardina : l'avifaune, toute terrestre
est celle, appauvrie, de la savane voisine. Plus au Sud, dans une partie pkte et le long des
marigots, Smith nous a fait voir, cantonné et probablement nicheur dans quelque talus le
Martin-pêcheur géant, Megaceryle maxima. Plu» au Suil encore, au voisinage du Samiang
Point (I-at. 13“ 16') apparaissent des fakises de 5 à 6 m en roche vive, à peu près verticales.
Nous les avons explorées le 6 Mai 1964, en compagnie de E. Cawkell : aucune nidification
Ainsi apparaît dans cette partie de k Gambie une véritable pauvreté en oiseaux liés au milieu
aquatique — situation caractéristique de» côtes plu» ou moins rectilignes, battues par la mer
et qui n’est ici que k continuation de celle trouvée sur k côte sénégalaise entre Dakar et le
Saloum.
Les dépressions et marigots au Sud du village de Karlimg (Lat. 13° 04') n’ont pas été
prospectés.
4° Ilot Rijolo (Lat. 13“ 23', à 2 milles au krge du Dabi Cape) — quelques ares seulement
— fut exploré par \^’olton en 1947. Ce naturaliste y trouva, à côté de Larus cirrocephalus et
Hydroprogne caspia, deux nids de Sterna maxima, les premiers à être découverts sur la côte
d’Afrique *. P. Gore visita l’Uot à nouveau il y a quelques années et ne rencontra aucune
reproduction. Nous-même survolâmes les lieux le 25 Novembre 1961 et pûmes nous assurer
qu’il n’y avait au sol que quelques oiseaux de mer au repo». Il semble qu’une subsidence
diminue lentement k surface émergée.
§2. — BASSE-CASAMANCE ET iLOTS CÔTIERS
1. Delta de la Casainance.
Les aurvok des 25 et 26 Novembre 1%1, tant en amont qu’en aval de Ziguinchor, tant
sur k rive droite que sur k rive gauche du fleuve, permirent de faire trois constatations.
1“ Sur une « île « de palétuviers à 6 km en aval de Zinguinchor, en Novembre 1961
apparaissait une très forte colonie mixte d’Anhingas, Cormoran», Ardéidés. Les feuillages
étaient blanchis de déjection; le» oiseaux — blancs, gris, noirs — grouillaient. Nous apprîmes
que l’emplacement, parfaitement connu des habitants, est défendu par de redoiitabies vasières
qu’on ne peut donc parvenir au pied des arbres que pendant le» heure» de marée haute.
2“ Sur k rive droite de la rivière et à 12 km en amont de Ziguinchor nous avons ren
contré un rassemblement important de Pélicans gri» (Pelecanus rufescens). Tantales {Ibis ibis)
Jabirus {Epkippiorynchus senegalensis Shaw), Hérons et Aigrettes, Ibis sacrés... répartis
tant dans k manpove que sur les pkines mondées. Mais nous eûmcis beau tourner et retourner
aucune nidification ne fut aperçue. Les palétuviers sont d’ailleurs bas et clairsemés • une
nidification en niasse parait exclue.
3“ Il ne semble pas qu’il existe aucune colonie importante dans le reste du pays en
particulier le long des grands marigots voisins de l’embouchure.
Revenus à pied d’œuvre à la fin de Juillet 1965 nous louâmes un avion de tourisme
La colonie proche de Ziguinchor (dite de l’tle aux Oiseaux) eût dû être en pleine activité •
nous n’y trouvâmes <jue des arbres morts; pas un Cormoran, pas une Aigrette ! Le survol
prolongé des grandes mangroves du delta de k Casamancc donna le même résultat négatif
Nous apprîmes de surcroît qu’une ancienne colonie de Pélican» à Issyl (à une <|uinzaine de kni
de Ziguinchor), déjà sigi^ée au début du siècle par Maclaud, avait disparu : découragée
nous dit-on, pas les déniebages systémati<}ues. ’
1. Ce résultat, publié par Cawkell et Moreau en 1963,
1959 (Naorois 1959).
antérieur à no» découverte»
de
Source : MNHN, Paris
GAMBIE. — CASAMANCE
187
En 1966 et 1967 nos amis MM. Yven et J. de Saint-Seine voulurent bien parcourir à
nouveau en avion les trajets les plus importants. Ils identifièrent beaucoup de Ciconiidés et
Ardéidés, mais sans pouvoir distinguer aucun nid. J. de Saint-Seine essaya d’atteindre la
colonie de l’île aux Oiseaux au moyen d’une embarcation à moteur. D fut arrêté une première
fois par des ennuis mécaniques, une seconde fois par des épaisseurs de vase infranchissables.
Selon ses renseignements, diversement recoupés, les paysans des rizières se seraient rendus
régulièrement dans la mangrove au cours des dernières années pour « faire du bois ». A i’occa-
sion de ces visites, effectuées en saison des pluies, des ceufs et poussins auraient été dérobés,
A la fin de Juillet 1965 deux demi-journées furent consacrées à l’avifaune terre.strc
des zones cultivées et bouquets d’arbres des environs de Ziguinchor. Une source fut remarquée
à proximité immédiate d'un marigot en communication avec le lleuve. Elle fut tenue sous
surveillance : buissons et arbustes, au-dessus d’une vasque et à quelques mètres des palétu¬
viers, étaient visités par une grande variété d’oiseaux. Notre attente fut récompensée par
l’arrivée d’un couple de Martin-pêcheurs Alcedo quadribrachys, manifestement cantonnés
(mais non nicheurs). L’espèce n’était pas encore connue du Sénégal, le lieu de collecte le plus
proche se trouvant en Guinée portugaise (Frade 1957).
2. Côte et Ilots côtiers.
Deux noms sont inscrits sur les cartes : l’un désigne une île qui est devenue une pres¬
qu’île; l’autre désigne une presqu’île qui est — ou plutôt qui était lors de notre visite — un
îlot.
1® L’île aux Oiseaux, à quelques milles au Nord de l’estuaire de la Casamance, se
trouve actuellement rattachée au continent et ne présente qu’un intérêt médiocre. Noua y
débarquâmes le 25 Mai 1963 : les oiseaux, Aigrettes en particulier, étaient nombreux autour
des mares et de la lagune nouvellement formée. Taillis et palétuviers ne contenaient aucun
vestige de nidification. Le temps manqua pour rechercher des reproductions de Charadrü-
formes.
2® Le véritable îlot émergeait par 12“ 46' â quelques centaines de mètres de la côte.
Le 25 Mai 1963 ii portait un groupe de Sternes caspiennes, Hydroprogne caspia, et une colonie
de Sternes royales Stema maxima albididorsalis qui ne faisaient encore que s’inst^er. Nous
ne comptâmes en effet que 50 à 60 œufs; mais plusieurs centaines d'adultes, vers trois heures
de l’après-midi, se tenaient en groupe compact au centre de l’accumulation sableuse, laissant
présager un développement considérable de la reproduction. Quant aux Caspiennes, au nombre
d’une centaine, elles occupaient la partie Nord, où une quinzaine de trous caractéristiques
avaient été grattés dans le sable et garnis de débris végétaux (laisses plus ou moins enfouies) :
la ponte devait être très prochaine, sinon imminente.
En été 1964, survolant les lieux à bord d’un petit avion comraerciai nous eûmes l’im¬
pression que l’îiot s’était considérablement « amaigri ». Les Sternes d’ailleurs le recouvraient
en grande partie ; mais la vitesse de l’appareil ne permit pas d’identifier les espèces ni de distin¬
guer des œufs ou des poussins. La répugnance des oiseaux à s’envoler au bruit du moteur
était cependant l'indice d’une incubation en cours.
A la fin d’Avril 1965, à bord d’un avion commercial, nous tournoyâmes en vain au-dessus
de l’emplacement... Craignant d’avoir commis une erreur de localisation nous revînmes sur
les lieux en fin Juillet de la même année avec un avion de l’Aéro-Club de Ziguinchor, plus
maniable et plus lent. D fallut se rendre à l’évidence : l’îlot avait disparu, la mer ayant « digéré »
l’amas de sable. Il est possible que la houle du NW ait depuis lors cisaillé une autre flèche de
sable et constitué de la sorte un nouvel îlot. Encore faut-il pour qu’un site soit utilisable par les
oiseaux que la sécurité y soit assurée : ce qui implique que ie chen^ soit suflBsamment large
et suffisamment profond entre l’île et le continent. Les explorations futures montreront si
cette heureuse conjoncture se réalise fréquemment ou rarement.
3“ La côte Sud-casamançaise — de l’estuaire du fleuve au cap Roxo (frontière de Guinée
portugaise) — a été survolée par nous en 1961. Il ne s’y trouve ni falaise ni flèche de sable.
Sur la plus grande partie (sinon la totalité) de sa longueur le littoral domine le niveau de la mer
d’une hauteur de quelques mètres. Il se forme donc une plage relativement étroite mais presque
partout rectiligne et, en raison de l’orientation NE-S’ÎV, recevant presque de plein fouet les
houles du NW. Cette morphologie, du fait surtout de l’absence de cours d’eau suffisamment
important, ne parait pas favorable à la formation de pénétrations marines sous forme d’inden¬
tations, flèches de sables et éventuellement îlots (par sectionnement de cordon littoral).
Source : MNHN, Paris
RENB DE NATIBOIS
CONCLUSIONS
1. Autant l’avifaune terrestre de Gambie est riche — et a d’ailleura été fort bien étudiée
_autant l’avifaune marine est pauvre et encore mal connue. Toutefois, en ce qui concerne les
Oiseaux de marais et de mangrove, un effort devrait encore être fait tant sur les rives du long
estuaire que sur les côtes face à i’Océan où dépressions, mangroves et marigots pourraient
réserver des surprises. H serait intéressant, en particulier, d’évaluer l’importance des peuple¬
ments d'Atdéldés, de rechercher (comme nous l’avons tenté dans le Sine Saloum) d’éventuelles
colonies reproductrices et de préciser entre autres le statut de Nycticorax leufonotus.
2. En ce qui concerne l’avifaune terrestre la Casainance (constitue une zone de transi¬
tion entre l’élément soudanais et l’élément guinéen. La découverte A’Alcedo f/uadribrachys
cantonné auprès de Ziguinchor constitue une petite contribution à une faunistique qui n’est
encore qu’imparfaitement connue *.
3. Une colonie du type que nous avons appelé « serré « existe sur le fleuve même, en
aval do Ziguinchor. U reste à l’explorer. H reste aussi, pour la Casamancc comme pour la
Basse-Gambie et le Sine-Saloum, à rechercher les colonies de type • dispersé » qui se dissimu¬
lent probablement ici ou là.
4. La reproduction de Slerna maxima sur un îlot temporaire — encore qu’elle n’ait pu
être elle-même que temporaire — est à rapprocher de la reproduction en miniature qui fut
rencontrée pat Wolton sur l’îlot Bijolo. Ainsi s’élargit sur la côte d’Afrique occident^e
l’orea de cette espèce que l’on avait pu croire confinée au Banc d’Arguin.
1. V- DereVSEB et VliilERS 19S1 et iei auleut» anciens, en particulier Maclaod.
Source : MNHN, Paris
GAMBIE.
CASAMANCE
189
INTERPRÉTATIONS ET CONCLUSIONS
1. La longue sectinn côtière qui fait l’objet de cette IV® Partie diffère profondément
des trois précédentes : par les conditions climatiques et la végétation, ce qui e.st évident; mais
d’abord par la configuration phy.sique. Et ceci explique beaucoup d’aspects biologiques.
1" Les lies situées dans la presqu’île du Ca)i-Vert sont d’origine volcanique : l’une —
Corée — est presque entièrement occupée par une |>etite ville; les autres — le groupe des
Madeleines — tout à fait * sauvages », abritent une population de Pliaètons qui eonstitueni
une singularité sans aucun autre équivalent le long du littoral et dont l’intérêt a été suffi.sam-
ment dégagé pour que nous n’ayons pas à y revenir.
2” Iæ petit archipel situé entre les estuaires du Saloum et de la Gambie pourrait être
rapproi;hé du Banc d’Arguin. Dans les deux cas rinilucnce rafraîchissante des Alizés, la largeur
du plateau continental, l’étendue des hauts-fonds, la présence d’herbiers sous-marins, l’enrichis¬
sement des eaux par des upwelUngs créent des analogies. Aussi plusieurs espèces se retrouvent-
elles à la Latitude soudanienne comme à la Latitude saharienne : Larus eirrocephalus', Larus
genei (qui atteint ici sa limite méridionale); occasionneUement Hydroprogne caspia; de façon
habituelle Sterna kirundo. Mais les superficies sont beaucoup plus restreintes au Saloum
qu au Banc d’Arguin : surfaces de hauts-fonds où les oiseaux peuvent s’alimenter; surfaces
insulaires où ils peuvent s’installer pour nicher. D’où les nombres beaucoup plus modestes
en espèces et en individus *.
3® On s’attendrait à une ressemblance entre d’une part les deltas de Casamance et du
Saloum d’autre part celui du Sénégal. Les deux biotopes sont en fait très différents l’un de
l’autre. La masse d’eau apportée par la crue du fleuve Sénégal est beaucoup plus importante
que celle apportée par les rivières Gambie et Casamance. Et, bien entendu, les pluies locales
plus fortes qui tombent sur les provinces de Gambie et Casamance sont loin de compenser cette
infériorité. Bref l’inoniiation transforme chaque année pendant 4 mois le delta du Sénégal en
un véritable lac tandis que les crues et les pluies font plutôt du Saloum, de la Gambie, de la
Basse-Casamance des mosaïques compliquées d’îles ou presqu’îles et de longs rubans maréca¬
geux en digitations entre ces morceaux de terre ferme. Mais c’est une autre particularité,
plus importante encore, qui donne au delta du Sénégal sa puissante originalité : sa situation
géographique sahélienne, c’est-à-dire aux confins du désert (au N) et de la savane (au S) :
effet typiquement “ zonal », comme Tricahd l’a fortement souligné. D’où, à l’intérieui même
de ce delta, les deux ou trois biotopes et peuplements végétaux et ammaux correspondants
que nous avons distingués : Aftout es Sahéli au Nord où il n’existe que de rares arbustes et où
quelques espèces d’oiseaux — peu nombreuses — uHlisent pour leur reproduction les îles
au milieu des sebkhas remplies d’eau ; le moyen et le bas delta avec leurs peuplements d acacias,
tamarix et palétuviers où un plus grand nombre d’espèces d’oiseaux s’établissent sur ces « îles »
(en un sens analogique) que constituent les bouquets d’arbres en pleine zone d’inondation.
Rien de semblable nu S.ah>uin, en Gambie et en Ca.samance où il y a certes, du Nord au Sud,
augmentation de la pluviosité, mais jia.i nu point de diversifier prufonilénient l’environnement
ni les peuplements. Forte hétérogénéité d’un côté, due à lu position sahélh’iine; relative homo¬
généité <le l’autre côté : du point de vue faunistique comme du point de vue écologique il y a
plus de différences entre les colonies d’oiseaux des sebkhas de l’Aflout et ccUe.s des mangroves
de Saint-Louis qu’entre les populations du Saloum et celles de l’île aux Oiseaux de 7iguinchor.
“Il lï peine beioiii île rappeler qii’auiisi bien en Séiiégninbir qiiVn Mauriinnie le» ilc:
irpcujiiéca. Le facteur limitant ne ee trouve évidcmnienl pas du côté de» potiil lliiét
eaux éiarairait le» surfaces iiioiiilées, le Sine Saloum et la Banse-Cusninniiee prcudraieiil une ccrlaine
reasemblancc avec le ilclla du Sénégal (partie boisée). Mais justement e’esl rette obalriietioii de» embouchu¬
res qui n’esL guère imiiginable : parce que lésa rivières du Sud», à la différence du fleuve Sénégal, sont de»
rias. Un voit réappuruilrc le» causes prufoudes d'une diversité de destins, direrteiiienl rommandée par In
diversité de» Latitudes.
Source : MNHN, Paris
190
HENÉ DE NAUROIS
2. Reste une dernière différence pour laquelle nous n’avons pas d’explication satis¬
faisante. Dans le delui du Sénégal (comme au Banc d’Arguin) il existe un rapport normal entre
le nombre d’oiseaux que l’on voit au gagnage et le nombre de couples nicheurs. Au Saloum,
en Gambie, en Casamance U y a contraste entre l’abondance relative des Échassiers épars et
le petit nombre de colonies reproductrices — du moins de colonies repérables à distance par
le tourbillonnement des oiseaux, les erb et l’abondance du guano. Les vastes mangroves conti-
nentaJes ne sont donc pas utilisées — dors que sont largement mis à profit les petits boisements
de palétuviers, bosquets de tamarix et • forêts » d’acacias du delu du Sénégal. Les mangroves
du Saloum, de Gambie et Casamance sont pourtant • isolées » de la terre ferme par la vase et le
mouvement biquotidien de la marée. Alors ? On est conduit à se demander s’il n’existerait pas
au Sud des prédateurs qui manqueraient au Nord ? Certains singes, la Mangouste Atilax
paludinosiis, joueraient-ils un rôle ? — Ou bien faut-il supposer que la nidification des oiseaux
grégaires peut avoir lieu de deux manières : celle que nous connaissons bien, tapageuse et
ostensible; et une autre plus dispersée, discrète et camouflée, utilisant les feuillages A’Avicennia
plutôt que les ramures de Rbizophora ?
3. Touchant l’avifeune terrestre nous avons été naturellement conduit dans cette
IV« Partie à apporter un plus grand nombre de faite relatifs aux peuplements et aux nidifica.
lions. Une première raison est que les espèces surgissent en foule lorsque du Sahel nous
descendons vers la région soudanienne et soudano-guinéenne. Mais le fait lient aussi, en Séné-
gambie, à une différence de configuration géographique. Dans le delta du Sénégal l'immensité
du plan d’eau a pour effet d’éloigner — de refouler vers les dunes fixées de l’intérieur — la
plupart des espèces proprement terrestres. Au contraire en maints endroits du Sine-S^oum,
de Gambie et Casamance, le tracé extraordinairement sinueux des marigots fait, si l’on ose
dire, pénétrer la mer dans les terres : sans interposition de vastes étendues amphibies ou liqui¬
des il y a mise en contact immédiat des peuplements de terre ferme et de ceux du littoral et
des mangroves. Sur le littoral môme, comme nous l’avons noté, des passereaux fréquentent
les buissons à quelques mètres de la mer : comme si celle-ci, abritée par la direction de la côte,
ralentie dans ses mouvements par le freinage des hauts-fonds, n’étail qu’un lac tranquille.
Bref sur de grandes longueurs l’élément aquatique marin vient au contact direct de l’élément
terrestre de l'« intérieur ». La côte est plus une limite par juxtaposition qu’une zone hybride
par compénétration et empiètement d’un milieu sur l’autre. Caractère que nous allons retrouver
en Guinée portugaise : un large plateau continental parsemé d’Ues y amortit l’action de l’Océan;
comme en Sénégambie le ré^u des rias et le lacis des marigots y porte les eaux saumâtres
jusque fort loin à l’intérieur des terres.
Source : MNHN, Paris
IV'
PARTIE
GUINÉE PORTUGAISE
Nous décrirons en premier lieu les peuplements des côtes continent^es, ensuite
ceux de l’archipel des Bijagos. Comme à l’habitude un exposé des conditions géographi¬
ques précédera l’étude écologique.
Ce territoire de Guinée portugaise étant peu connu du public scientifique français
nous n’hésiterons pas à entrer dans quelques détails relatifs au climat, à la géologie et aux
peuplements végétaux.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE PREMIER
CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
[x: turriloirp tat coin|iris entre le» lougiludea 16® 43 % à I OuchI {cap Roxo) el 13® 40' W
a l’Est (fronlièrt^ sénégalo-guinéenne) et les Latitudes 12® 40'N et 10" 56' N. La super¬
ficie est de 28 000 km* (31 000 km' si l'on inclut les surface» que couvre et découvre
chaque jour U marée el qui sont en grande partie occupées par des ceintures de palétuviers).
Le pays apparaît commune une plaine motiotone. La région la plus haute, celle du Boé, ne
s’élève pas à plus de 300 m d'altitude et ne saurwt être qualifiée de « monUgneuse ». La faune
est donc une fauiio de plaine basse, diversifiée cependant en fonction des sones de végétation,
elles-mêmes dépendante» du climat, de» sols, de l’histoire géologique el des formes du
relief, comme aussi des modalités de l’occupation humaine.
Les développements que nous allons consacrer au climat, à U géomorphologie et géo¬
graphie physique, ne feront guère que résumer le» chapitres consacré» à ces aspects dans ie
beau livre de Tëxeiba da Mota (1954), Cuiné PoHuguesa, vol. I. Toutefois, pour la description
proprement géologique, noua aurons recours aux travaux plus spéciaLsés de Carrington
DA Costa (1946) et Decio Thadeu (1949) ‘.
§ 1. - Cl.lMATOlXXilK
Le climat est évidemment commandé par le oararièrt^ interniédiaire de la position
géographique : à mi-distance entre l’équateur et ie tropique; entre l’Océan an SW et le bloc
continental au NE. A cette Ijititude, le soleil passe au zénith ver» la fin d’Avril et vers la fin
d’Août, entraînant le Front inter-tropical.
Le régime des vents.
Entre les masses d’air continentales et océanique» existe une inégalité d’échauffemenl
qui est à l’origine du rcgiiuc de mousson. Eu outre, lu position de la province au bord de TOcéan
fait que la zone côtière »e trouve, pur rapport à l’intérieur, soumise à un régime particulier.
Quatre vent» se rencontrent : l’Alizé continental, l’Alizé maritime, le vent d’Est et la brise
du littoral.
Alizé maritime et Alizé continental — L'Alizé maritime, frais et humide, vient du
secteur Nord. Après avoir rafraîchi U Mauritanie elle Nord du Sénégal il se fait sentir en Guinée
de façon intermittente.
L’Alizé continental se réchauffe en descendant vers le Sud en direction du golfe do
Guinée. Une partie de ce courant est d’ailleurs captée par ie grand courant équatorial qui
souffle toute l’année de l’Est vers l’Ouest, tantôt atteignant le sol, tantôt se maintenant eu tdti-
tude. Il est surtout sensible dans l’intérieur
1. L’étuilc géologique a fait de réceiils progrès grâce aux recherche» de notre ami M. Tuxeira
. résultat» n’ayaiil pus encore Été publiée noua avons le regret de ne pouvoir en fuire état.
2. AUBRÉVIULK (I9W, p. 1S8 et suiv.) fait du rlimat de cetu région, à luqiicllc il adjoint ia Gambie
a Casaniance, un secteur nuirilimc du cliiiiof laliélo-soudanirii, secteur earuetérisé par la liiugueur de la
ion sèche et ta brièveté de la »ai»on de • -• «■«''■•'■lî- ‘ -
inversé. Uc sorte que Uulatna, «n Guinée porltigaii
tandis que Ualhursl en Giiiiihie marque le paasi
3. Désignant pla» proprer-- i’*'-''-
résultante venant de ri'st. quoi,
BÉpublbii
méridionale, marque lu Irunsil
: au climat sutiéla-Héiiégaluis.
_ , , nental, ie terme d'/forniouai
:crine désigne plus propremeut l'Alisé c<
Source : MNHN, Paris
GUINÉE PORTUGAISE. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
193
yent d’Est. C’est lui qui, en saison sèche, amène de l’intérieur des particules de quartz
en suspension qui constituent la brume sèche, quasi permanente. En Guinée, ce vent est le
plus souvent repoussé en ^titude par les autres masses d’air, On le sent donc rarement au sol.
Sa lutte contre la Mousson maritime provoque les « tornades >.
Saisons.
Les variations dans le régime des vents et les actions que ceux-ci exercent les uns sur
les autres déterminent les aspects du climat au cours de l’année.
Après l’équinoxe d’automne, le soleil échauffe l’Atlantique Sud plus que le bloc conti¬
nental d’Afrique occidentale. Sur celui-ci, s’installe un centre de hautes pressions tandis que
les dépressions méridionales attirent alors les Alizés vers le SW.
Le retour du soleil vers le Nord entraîne une diminution du caractère anticyclonique
de la circulation au-dessus du Sahara. En Avril, lors du passage au zénith, les hautes pressions
se sont déjà déplacées vers le Sud. L’Alizé maritime est alors dévié vers l’Ouest. La Mousson est
faite d’air maritime très humide et qui souffle du SW avec une insistance croissante.
Elle passe d'abord à faible hauteur, puis s’élève et entre en collision brutale avec la
masse plus élevée du courant venant de l’Est. 11 se forme alors des courants de convection qui
provoquent des descentes subites de masses d’air appartenant au vent d’Est. Des cumulonimbus
se forment. Le coup de vent au sol, dont la vitesse peut dépasser 100 km/h, contraste avec le
cdme antérieur. Ces turbulences provoquent des averses, orages, tornades ‘.
A partir de la fin d’Aoùt, le soleil passe à nouveau au zénith et les phénomènes s’inver¬
sent. Les chocs augmentent entre Mousson et vent d’Est. Les pluies cessent à la fin d’Octobre
ou au début de Novembre. C’est alors que les Alizés se rétablissent au-dessous du vent d’Est
qui n’a pas cessé de souffler en altitude. Dans l’intérieur, ce vent d’Est capte l’Alizé continental
(comme il a été dit plus haut) et il devient difficile de distinguer les deux masses d’air. Ce flux
refoule la Mousson. Dans les régions soudanaises celle-ci agit d’ailleurs de moins en moins
efficacement à mesure qu’on s’élève en Latitude. C’est ainsi que le climat se diversifie en fonc¬
tion de la distance à la côte *. On est conduit à distinguer :
1® Un climat subguinéen caractérisé par la prédominance des Alizés et des brises
littorales. Il est rare ici que le vent d’Est souffle au sol. La température est rdativement fraîche.
La côte guinéenne a d’ailleurs une direction à peu près perpendiculaire à celle de la Mousson,
d’où ime pluviosité qui varie régulièrement du SE au NW : de 3 000 mm dans la région de
Cacine elle s’abaisse à 1 500 mm sur la frontière Guinée-Sénégal. Au Sud (Cacine) les pluies
s’insUJIent fin Avril ou début Mai (990 mm en Juillet); au centre (Bolama) elles arrivent dans
la 2« quinzaine de Mai (652 mm en Août) : Dans le Nord la saison humide ne commence qu’au
début de Juin. Certaines années, une petite averse {chuvada) tombe avant l’« hivernage » :
c’est la « pluie des mangues » qui, dans le Nord, peut intervenir en Avril. E31e se fait sentir
dans l’intérieur.
Les moyennes de l’humidité relative sont de 52,8 % en Janvier et 86,0% en Août.
Pendant la saison des pluies, les valeurs varient très rapidement au cours d’une même journée
et s’approchent très près du degré de saturation. Par ailleurs, le développement du réseau des
rias contribue à maintenir une certaine humidité en saison sèche et provoque la rosée dont
l’effet est sensible sur la végétation.
2° Le climat soudanais : c’est celui de l’intérieur *. La température moyenne annuelle
est un peu supérieure à celle que l’on trouve sur le littoral Mais les différences sont plus accen¬
tuées en saison sèche avec des minima de 24® 1 en Janvier et des maxima de 30® 1 en Mai.
L’amplitude en Janvier est de 16® (contre 11® seulement sur la côte à Bolama). La pluviosité
passe de 2 000 mm au Sud à 1 250 mm au Nord. Le Boé, au N W du Fouta-Djalon, a un régime
1. Les anciens navigateurs disaient irovoadas. Pour MaUNV, ioriuide serait une altération de trovaada.
I.a confusion aurait été facilitée par le fait qu'il exieU des lornados (terme espagnol) en Amérique Centrale.
Texeira nx Mota pense que le terme tornado, imposé au XIX* siècle, vient tout simplement des navigateurs
et hydrographes français et anglais qui l’avaient pris en .Asnétique.
2. Aubreville (1949) distingue un climat des régions littorales (que Texeira Oa Mota appelle sub-
guinéen) et un climat de l'intérieur auquel il applique l’épithète de soudanais.
3. Le climat subguinéen, précédemment décrit, en est une forme atténuée du fait de l'influence de
8 564016 6 13
Source : MNHN, Paris
194
BENé DE NAUROIS
un peu particulier, car l'altitude, quoique modeatc, y facilite les précipitations des premières
et des dernières masses d’air de la mousson. Les pluies commencent donc un peu plus tôt
et finissent un peu plus tard.
Dans cette zone intérieure, les variations hygrométriques sont plus accentuées qu’au
bord de l’Océan. L’humidité relative est évidemment faible en hiver, plus forte en saison des
pluies. Cette plus grande amplitude n’est pas sans effet sur la végétation.
§ 2. — GÉOLOGIE. OROGRAPHIE. PÉDOLOGIE
I. Géologie.
En dépit de l’homogénéité climatique le pays
tement différentes,
A l'Est, des affleurements anciens montent en
situé en Bépuhlieue de Guinée, hors des limites de ce
primaire.
A l'Ouest, une région plate de sédiments néogénes et quutrrnuires se trouve in
d'une part fau N) les plaines sénégalaises et casamanr^aises et d'autre part (au S) la plaine et
étroite de la République de Guinée (séparant le l'oula de l'Océan).
La séparation des deux domaines suit upprnximalivenieiit une ligne tlroitc que l'on
environs de Piiada (au NE) vers le débouché du rio Ceba dans la riu du même uuiii (ou SW).
ipreiid deux régions de natures géologiques complfe.
Ile douce vers le inaisir du Fouta-Djalon (lui-même
étude). C'est un socle précambrien avec couverture
tercalée entre,
« bande» plug
1» Lss/ort
relem
U anciennes.
•uée au NE de Cam-Quellfo - schistes argileux micacés, coupés de fiions de quartz —
Les géologues y voient un prolongement des schistes Birrimieai du Sénéga]
des terrains
1. La régie
doit être la plus
oriental (région de Kédougou)
2. Plus au Sud, reposant en discordance sur le Précambrien, oppaialt l'ensemble dit des grès d
Cabu que l’on rattache au système FaUmien de KoQUE (dans su carte géologique du Sénégal orientait »
Ces grès s'étendent au Nord jusqu'è iiroximité du Rio Ridigur, se prolongent h l’Est jusqu’en Rénu-
blique do Guinée, atteignent i l'Ouest le rio Geba (près de Sonaco) et au SE la partie terminale du r'~
Conibol. Ils comprennent plusieurs types, depuis des grès très grossiers è sttati&catinii entrecroisée iusou'a
des quartîites fines. La roche est bien consolidée, mois sans trace de Imétamorphisme. Les niouvom^.
falémiens l'ont modérément pUssée selon des axes de direction NW ■ SE. cmenta
3. Les formations précambrieimes étaient, bien entendu, fortement érodées lorsqu’elles ont été
envahies par la ttaasgression marine du Primaire. D'où la discordance. Les premiers dépôts ont été attri
bués à l’Ordovicien : ce sont des grès iubhorizontaux, en général siliceux, è stratification entrecroisée H*
constituent une bande à proximité de Buruntuma et s’étendent plus au Sud. En concordance leur so* t
superposés des niveaux fossilifères à graptolithes siluriens que l’on rencontra dans l'angle SE du Boé
Dévonien apparaît ensuite, du Nord de Bafata jusqu'il Bumbadincaet Xitoie: ce sont les schistes anriUnû j
Bafuta à Spirifer verntuilli. En concordance ont été rencontrés près de Bafala des grès siliceux que D Xb ^
DEO attribue au Carbonifère. D’autres affleurements datés de la même époque ont été trouvés vers I« tu
à Contubo-EI, dons l’Est à Ca.Sissé et au SW au bord du rio Corubal entre Cusselinta et l'embouchure ^
Dans tout ce système paléozoïque sont encaissées de nombreuses venues dolériliques que l’on cona'
.. en rapport à la fois avec la surreci
2^ Les séries de couverture lerii
s, Ponta Cuméné...) se trou^
. n. Sur ces assises reposent
n haut pourcentage d'argile. Une cuirasse fsrrugineu
En divers points (Ilots do Rci et dos Passi
qui ont été attribuées à l'Éocène inférieur et me
contiennent i leur base u
inférieurs des sables roug
Cette formation est
Ces couches couvrent ui
du Nord et de i’Est et, . . ___
Les formations quaternaires consistent en latérites, dunes consolidées, dépôts vaseux (que l’on tro
soit dans les dépressions émergées (lolos) soit dans des zones encore recouvertes pat les marées), ailuvi'^''*
fluviales et dunes récentes. Les dépôts vaseux fournissent les meilleures terres cultivables. Des dunes bord°'^
tout le littoral du cap Roxo à Quitafine et couvrent une bonne part de i'archipel des Bijagoa (fie d'Oran*'^
en particulier, mais aussi Caravela...). Il est rare qu'elles dépassent 4 mètres. En certains cas, elles scnihl^
s’être formées après les dépôts de vase. Pour plus de clarté, doub avons reproduit (tableau p. 195)
stratigraphique proposée par Thadeu. '
eut des marnes fossilifère*
les sables siliceux fins qui
e sépare les sables blancs
ttribuée au Mio-Pliocène pur les géologues français. En Guinée portugaise
6 trouvés des fossiles qui paraissent dater de l’Oligocène moyen ou supérièn.!!*
le étendue appréciable entre, d une part, les systèmes précambriens et paléozorm^'
l'autre part, les dépôts récents de la côte et des bords do riai. tjuea
1. Le complexe granito-gneissique du Sénégal oriental n'a pas été
de la Guinée portugaise.
2. Lee uavaux actuels, noUmment ceux de J.-P. Bassot, ont montré que le Falémicn éti
valent localement métamorphique et plissé du Paléozoïque,
■é dans cette partie Nord
wn équj.
Source : A^NHN, Paris
GUINÉE PORTUGAISE. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES 195
ÉCHELLE STRATIGRAPHIQUE DE LA GUINÉE PORTUGAISE
(d’après D. Thadeu)
s,™.,.,.
Age
SE——"
Mio-Pliocèi.e.
VareU al Ile de Uiwan.
B-,..
Ilhou do Rei.
DISCORDANCE
Cerbomlere in¬
férieur.
‘-LIT-
Dévonien aupi-
SchiMes argileux de Bafala.
s„...
S«b.hori.OA-
DISCORDANCE
3;~ie:=
En large, pli.
.ementi NW
Cam-Djadudi et NRampaaseré
(Gabu).
SchUU.«^,eu,.i.a.é» avec fil..,
Fortement pli.
13.
Source : MNHN, Paris
196
BENÉ DE NAUROIS
H. Relief.
üue certaine monotonie du paysage est due à l’absence de fortes diffÉrences d’aititude. Celle-ci
s’explique par riustoire géologique. Le relief engendré pur les plissemcnlB précambriens a été totalement
arrasé, Seules sont encore visibles les directions slrurtiirales, Les grés fulémiena (dits de Cabu) subirent
encore, après leur dépôt, l'effet des derniers mouvements orogéniques. Quant uiix inouvenienta calédoniens,
dont le rôle a été faible en Guinée portugaise, on suppose qu'ils ont provoqué un changement de faciès de
l’Ordovicien. Le Dévonien est resté transgressif. La régression a commencé avec le début des mouvementa
hercyniens. La Guinée intérieure est restée émergée depuis iors >. Celle orogénèse hercynienne a formé des
plis sans vigueur, i grand rayon de courbure, diflicllrnient visibles. Sur les anticlinaux lu couverture paléo¬
zoïque a été enlevée après le Carbonifère. En Képubliqne de Guinée les géologues français reconnaissent
l'existence d'un« synclinal de üof.» qui atteint lu Guinée portugaise.
Dans les régions de Boé et de Dufuta, les couches sont subhorizonlales mais présentent une différence
de niveau sensible. Ceci est d'autant plus remarquable que la distance est petite entre les deux districts.
C'est donc quo les mouvenienU verticaux qui ont formé le Fouta-Djalon se sont prolongés longtemps. On
suppose même qu'ils ne sont pas étrangers à la naissance récente de lu subsidence sénégalaise.
A TEocène, la plus grande partie des régions littorales fut recouverte pur lu mer. prbicipalement au
Nord du canal de Geba. Après quoi, c’est tout l’erMcmWe du territoire qui se trouva émergé. Les man¬
teaux latéritiquei ont pu te constituer au court de lu régression viliafrmichienne et une cuirasse ferrugineuse
H continué de se former pendant les régrcssioiit du Quaternaire récent. I.CB lits des riot actuelles auraient
été creusés pendant les régressions du Wurmien. et la trausgression llundrieiiiie les aurait remplis *.
Au Quaternaire, les débit des rivières fut particulièrement puissant pendant les époques humides •
de sorte que des matériaux détritiques importauts vinrent s’ajouter aux dépôts murins. Ceux-ci étaient
eux-inémes distribués sur de larges surfaces en raison de l'étendue du plateau continental et de l'omplituffe
des marées.
L’extraordinaire ramification des rias et chenaux de marée allonge la ligne de contact entre parties
basses (avec leurs médiocres élévations : 40 m au maximum) et plaines centrales : La ria de Cacheu s’étire
sur 150 km ! Le plateau du Uafata tait la transition entre les plaines littorales et les hauteurs du Boé (300 m).
III. Lacs et marais.
Nombre de dépressions (Utlas) que remplissent les eaux de pluies s’assèchent plus ou
moins tôt au cours de la saison sèche. D’autres, qui conserveraient de l’eau en parmanence
sont drainées et transformées en rizières. D’autres enfin, le long de la frontière guinéo-séné-
galaise, constituent des étangs et des lacs de dimensions réduites. Mais le plus beau lac est celui
de Cufada, à l’Est de Fulacunda (Guinée centrale). Nous en décrirons l’avifaune exceptionnel-
lement riche
IV. Sols.
Comme le fait remarquer Texeira da Mola dès le début de son exposé, l’érosion est relativement
faible et joue un rôle sccondsire. L’altération chimique, pur contre, est Uès forte. Les sols sont pauvres
en calcium, potassium et surtout en phosphore, En outre, ces éléments sont vite transporté», soit en nappe
soit en profondeur, par les eaux de pluies qui sont beaucoup plus abondantes eu Guinée portugaise qu'au
Sénégal. Le calcaire n’existe guère que dans les fornialions paléogènes généralement recouvertes des
dépôts plus récents.
Au contraire de ce qui se passe dans les régions tempérées, U uitrîGcation dans les sols s’opère rapide
ment. Mais ces composés, avant qu'ils ne soient absorbés par les plantes en quantité suffisante, sont cntrainAl
par la percolation. De ce fait l’azote est perdue pour la végétation.
Deux sortes de phénomènes se produisent dans les couches superficielles. Pendant la saison des
pluies, les hydroxydes de fer et d’alumine, formée ô partir do la décomposition des silicates, migrent
vers le bas, puis, en saison sèche, remontent en partie par capillarité Ces sots, n’étant pas trop durs
peuvent se prêter au travail agricole *. *
1. CARRIN6T0N DA COSTA ct ThaSEU mettent les épanchements doiécitiquee en rapport avec les
mouvements hercyniens. Ils font remarquer que ces venues montrent des déformatious, dues à des actions
dynamoraétamorphiques, qui ne purent apparaître que dans des formations paléozoïques.
2. L’archipel des Bijajos représenterait ainsi ce que cette transgression (compte tenu de la régression
post-dunkeckienne) a laissé lubeister, è savoir les iiiterfluves du système orographique qui s’était constitué
lorsque l'actuel plateau conüneiital était pour uuc largo part émergé. ®
3. Un problème de tectonique se pose à propos de la dépression dans laquelle se loge celte étendu
d’eau douce. On a remarqué que la ria de Buba, dont l’origine se Uouve A proximité du lac. a le profil d’une
vallée sous-marine qui se prolonge vers le large avec, de chaque côté, des pentes raides. Or, il semble qu’entre
le rio Cotubal (sur son cours inférieur)et l’extrémité amont de le ria - séparés seulement par quelques kile-
mètres — s’étende de façon continue un long fossé. Texeira DA Mota b émis l'hypothèse que cette rainur
témoignerait d’un ancien déversement du rio dans la ria. Le Corubal aurait été détourné plus tard vera
la ria de Geba. Cette déviation serait intervenue lors d’un mouvement de bascule : Les territoires du Nvp
s’enfonçant (bassin de subsidence du Sénégal méridional), ceux du SE se relevant (montée du Foula-Djalony
La charnière se serait située précisément sur la plus courte distance entre l’actuel Corubal et la ria de Buba
4. Les oxydes ferriques donnent une couleur rouge A des argiles qui se forment ainsi sur de vaalea
surfaces. . ,
5. Une cuirasse plus ou moins ancienne, pouvant dater du Miocène, git en profondeur un peu pat-
tout.
Source : MNHN, Paris
GUINÉE PORTUGAISE. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
197
Plus grave est In présence superficielle de cuirasses ferrugineuses, L'alternance très marquée des
deux saisons humide et sèche provoque lu cimentation et le durcissement des éléments détritiques par la
précipitation des oxydes. Il se constitue une couche imperméable ; c'est la bovalisatUm (du terme bové,
pluriel boml, désignant elle* les populations Kula un type de relief bien caractérisé). Richard-Molabd a
montré comment la région des bovalt coïncide approximativement avec celle où prédomine l'action de
l’Harmattan desséchant*. Sur ces surfaces, la faune comme la végétation subissent une diminution
tant en nombre d'individus qu'en nombre d'espèces.
Mais il existe d’autres catégories de sols. Selon l’auteur portugais dont nous suivons l’exposé, il
convient do retenir comme particulièrement importants les types suivants :
1 “ Sols de la région du Boé — Les roches primaires, nous l'avons vu, sont en couches subhoriïontales.
Sur les plateaux se développent des cuirasses ferrugineuses : végétation et faune s’y trouvent appauvries.
Mais les versanls sont faits de matériaux meubles provenant des parties plus élevées et portent une forêt
relativement dense. Sur les bons terrains, qui longent les cours d’eau, poussent de véritables galeries fores¬
tières. D’où un aspect très caractéristique du paysage et, en ce qui concerne les oiseaux, de U répartition
des espèces.
2° Sols bordant les riiis — Ils sont constitués par les vases mises en place par l'action marine. Mais
les faciès sont divers. De grandes étendues sont fix^s par la mangrove, avec sa faune très particulière.
Certaines plaines sont enrichies annuellement par les apports d’inondation dus aux pluies estivales et leur
mise en culture donne les terres les plus riches. C’est autour d'elles que le peuplement humain atteint son
maximum de densité : une fois la mangrove arrachée, des quartiers sont entourés de digues qui empêchent
la pénétration de l'eau de mer ; les pluies opèrent le dessalement du sol par lessivage.
D’autres plaines restent incultes : les unes mondées plus ou moins à marée haute, les autres émergées.
C’est ainsi que, le long de la ria de Cacheu, on peut observer à la fois des étendues amphiliies et des « sortes
d'Iles» dépassant de quelques cenliiiiètre» le niveau précédent. Elles sont recouvertes d’uu tapis herbacé, de
peuplements arbustifs à Airinart macnphylUi et de boqueteaux serrés d'Eiaeù guineensis. Des régions tout
il fait analogues ont été traversées par noui-mémc à plusieurs reprises dans i’« île de Bissau» (ù l’E de cette
ville). Nous y avons trouvé les types memes de végétation que décrit Texeira DA MOTA, avec une avifaune
en même temps abondante et variée : Outardes, Burhinidés, Rapaces, Charadriifarmes, TurdidU, Lantidés,
Ncctarinidés, Plocéidét, etc.
3’ Sols sableux et sablo-argileux — On les rencontre, comme il a déjà été indiqué, dans les zones
littorales et sur certaines parties des Iles Bijagos. Les dunes vives sont rares. Mais on trouve des dunes
fixées par des pciipismcnts clairsemés de palmiers et de divers arbustes, en particulier Parinori macrophylla.
Dans le NW du pays (que pour notre part nous n’avons pu visiter) les populations Felupes arrivent à utiliser
ces terrains pour la culture du riz. Des peuplements de pabniers plus importants occupent les régions sabio-
argileuses de divers secteurs côtiers (par exemple : région forestière de S. Domingos près de la frouticro
casamançaise). Certains sols contiennent une quantité élevée d’humus qui leur donne une teinte foncée.
Une forte densité de population humaine s’y établit avec tes champs et, dans les parties basses, ses rizières,
tandis que Bortuaus et Elaeis forment des boqueteaux sur les parties plus élevées ’.
§ 3. — OCÉANOGRAPHIE (plateau contiaental et rias)
I.A mer recouvre un plateau de moins de 20 m de profondeur d’où émergent les fles
Bijagos ainsi que de nombreux récifs et bancs de sable. Ces derniers atteignent presque ou
dépassent à peine le niveau des basses eaux. Le marnage est de 4 m à Bubaque. Au droit de
Caio, il n’est encore que de 3 m; mais il atteint 7 m dans la ria de (^ba près de Porto Gole.
En amont de ce point, sur les 2 branches — Geba et Corubal — qui confluent dans la ria, se
1. On discute sur le mécanisme des processus, Richard-Molabd attribue une importance décisive
aux feux de brousse. Texeira da Mota (p. 52) préfère invoquer l’agriculture itinérante des indigènes. De
vieilles cuirasses sont mises à nu et désagrégées ; maie les éléments ainsi libérés sont exposés à une teci-
raentation. L’homme, en effet, déboise, exposant ainsi le soi à l’action tant du soleil intense qui favorise
la minéralisation que des pluies abondantes qui entraînent les éléments nutritifs. Le retournement du sol
par le bêchage intervient, amenant un surcroît de gravier ; la recimentation s’en Uouve facibtée à partir
du moment où les champs sont abandonnés. Le mode itinérant de la culture apparaît ainsi comme un grand
mal. Les deux explications ne sont évidemment pas incompatibles.
2. Les agronomes portugais se sont interrogés sur la non-utilisation de certaines plaiucs — le long
de la ria de Cacheu en particulier — où. apparemment, la mise en rizière devait être possible. Les indi¬
gènes expliquent cet abandon par ta trop grande quantité de main-d’œuvre que nécessiterait la mise en valeur
par l’acciimulation des eaux de pluies... Peut-être le drainage est-il, en effet, i nsuffisant, la stagnation se
trouvant aggravée par l’existence de couches imperméables en profondeur.
Les plaines plus ou moins nues et mal égouttées des zones basses (lalas) se prêtent par endroits ù
la riziculture. Mais beaucoup d'entre elles sont abandonnées parce qu'au-deeous du riche horizon d’humus
superficiel gisent des couches imperméables de grès et limons impropres au drainage vertical (p. 54). Ailleurs,
la végétation herbacée est moins fournie parce que la couche humifère repose sur une cuirasse ferrugineuse
(nombreuses termitières en champignons). Certains de ces sols, plus évolués et mieux drainés, permettent
le développement des raphias, t^ abondants pat exemple au long de certaines ramifications de la riu
de Cacheu.
3. Quand on s'enfonce dans l’intérieur, apparaissent, par endroits, des argiles lotéritiqnes signalées
P“ l^“r teinte rouge et où le boisement peut être dense, C’est là. entre autres, que se trouve la belle forêt
de l’Oio, qui a protégé le sol contre la formation de cuirasses ferrugineuses.
Source ; A1WHM, Paris
198
RENÉ
NAUROIS
forme un mascaret *. A mesure que la marée s’avance vers l’intérieur, la durée du jusant devient
très supérieure à celle du flot *. La vitesse de ce dernier est augmentée en conséquence. Dans
Ica « canaux » de Bolola et de Bolama, l’amplitude des marées est de 5 m comme à Bissau.
Elle ne peut être que très forte (mais les mesures font défaut) dans les rias débouchant plus
au Sud puisque sur le rio Nunea, près de Boké (République de Guinée), elle atteint 7 m.
Ces valeurs sont les plus élevées qui soient atteintes sur la côte d’Afrique occidentale *.
Salinitéi — Elles varient beaucoup d’un point à l’autre et d’une époque à l’autre;
ce qui est de grosse conséquence pour la composition de la faune marine et, en particulier,
pour l’abondance des poissons. L’afflux d’eau douce est évidemment plus considérable par
unité de surface dans les rias et le long des côtes. Mais il n’est important qu’en saison des pluies :
35 ®/oo devant Bissau au début de Juillet; 7,48 “/œ au début d’Octobre.
En saison sèche, l’eau de mer remonte loin dans l’intérieur puisqu’on décèle encore
du sel à Farim, à 150 km de la mer ‘.
4. _ VÉGÉTATION
Ici encore, noui suivron* l'exposé de Tkxeira dà Mot» (op. rU., p. 8S et suiv.). Une première distinc»
tion s’impose entre, d’une part, le» peuplemenU sempervirent» — mangroves, palmeraie» d’C/aeia et galeries
forestières — et. d’autre pari, les peuplements caducifolié» ou forêts claires. Mai» de sont les régions phyto*
géographiques que nous devons distinguer en premier lieu. Texeira Ua Mota les classe sommairement de ia
1. Région basse - Elle est elle-même subdivisée et comprend :
— une sous-région côtière qui inclut les îles avec leur» palmiers (E’ioeis) et mangroves {Avicennia
africana aux pieds exondés à marée basse puis, en Mme plus profonde, Rhiiophora raeemosa) ■
— une sous-région intérieure à forêt sempervirente en forme de galeries forestières.
2. Région intérieure, plus ou moins oeeUenift - Elle porte de» peuplement» du type de U savane
avec arbres à feuilles caduques de médiocre hauteur.
Quant aux compositions floristiques, noue auteur, avec le botaniste Kspiritu Santo, distingue les
formations suivantes :
1® La forêt hygcophile. Elle comprend ;
a. Les galeries foreatiires. Où y prédominent le» famille» sempervirente» : Caesalpinarae, Burceraeeaa
Meliaceae, Patmae. Parmi les arbres ies plus hauts, i’on reconnaît : Ceiba peiUondra (Fromager), KAayô
senegalensi» (Caiieedrat), Parinori f«e£ia. üonicMa Oiiueri. Dan» la strale immédiatement inférieure, ae
trouvent ; ûioiiumguineenje. Aftslia q/ricono. F.ryihraphleum guineertst. Elaeis guineensU est abondamment
représenté. Les lianes ont un grand développement.
b. Les peupUmtnls éJaphùiues de» alliivions littorale». On y compte tant les peuplements de palmiers
qui occupent des étendues relslivement considérables (en particulier dan» l’archipel des Bijagos) que divers
peuplemenU comme ceux de la forêt de Umpalala à Copoi/era eapalli/era et de» forêts du Sud à Anisophyllea
laurina.
2® La forêt tropopbiie ouverte. Elle est constituée principalement d’espèces à feuilles caduques
auxquelles se mêlent quelques essence» sempervirenteB.
Dans ia strate supérieure : CWoropAora exeeUa, Adansonio digilala, Ceiba penJondra, Afxelia africana
Rorassus aelbiopium, ËÙseis guineensis, Parkia biglobasa.., Dans la strate inférieure : Terminaiia macropsera‘
Caiiio sUberiana, Lophira alaia, etc.
3® Le» savanes (arborées et arbustives) de» régions plu» élevée». Elles occupent la plu» grande partie
du territoire. On y trouve des peuplement» de bambou» Oxythenanthera abytsintca, des groupement» de
rôniers Borassus aahiopium, généralement associé» i de» combréucéc» et légumineuses ; des peuplements
de DartUUa oliveri associée à Parinari marrophylla et Sysygium guineenss ou Bomba* buonopuzenee ainsi
qu’à diverse» combretacée». On remarque de» liane» à caoutchouc, Landolphia »p.
Les prairie» arborées (savanas èerbosa» e arborisodos) sont placée» par George dans une catégorie
séparée. Le tapie de graminée», annuellement brûlé, se compose entre autre» d’ifypparèenia, AnJroppgo„^
1. On comprend, dans ces conditions, qu’aucune nidification d'oiseaux ne puisse avoir lieu le iong
des rive» autrement que dan» les arbres à bonne hauteur. En fait, comme il sera indiqué plus bas, on n’y
Uouve qy. J Qjjg y y g presque égalité, à Uuna Porto (sur le Corubal) le jusant s’étale sur 9 heures.
3. Une mesure qui intéresse plus directement la vie des oiseaux est celle d’une amplitude à peiné
inférieure à 5 m au sud de l’île Fotmosa. Nous indiquerons plus bas l'incidence de ces phénomènes de mat-
nage et de vitesse sur l’écoiogie de» Echassier» dan» l’archipel des Bijajos.
4. La tia de Buba est la plus salée en raison de l’insignifiance des eaux douce» qui s’y déversent actuel-
Source : A1WHM, Paris
GUINÉE PORTUGAISE. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUTS
199
4® Les savanes cUmaeiques de terres basses, dépourvues d’arbres et d'arbuîtes. Ce sont les savanes
herbeuses patudicoles de Geobce, occupant les dépressions ma! drainées <Ioios).
5® Les peuplements aquatiques. Ils comprennent les mangroves à flAisopAora recemosa, ^vieennia
herbacées qui leur sont généralement associées
1. Ester Pebeiba de Sousa, après classification du matériel collecté par J. Espiritu Sakto, apro-
posé les divisions suivantes ;
— mangrove;
— forêt hygrophile;^
— prairies (dépourvues d’arbres — végétation des loios);
^ forêt xéropÛle sensu lato, comprenant la forêt d’essences à feuilles caduques, la foret mixte, la
forêt'parc et la savane arbustive ;
— savane provenant de la destruction de la forêt.
Ce même auteur distingue 2 domaines floristiques :
— guinéen, dont le test est l’Elaeis, sur U littoral et les îles, la forêt hygrophile sur les bords de cours
d’eau et les sols d’alluviuns humides ;
— soudanais, dont le test est Buiyrospermum Par/cii, dans l’intérieur.
Source : 41MHM, ftiris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE II
ESQUISSE ÉCOLOGIQUE
(d'après F. FRADE)
L’objet premier de notre enquête étant constitué par l’avifaune des côtes et des fies,
c’est à celle-ci qu’a été consacré le principd de notre effort au cours d’une draine de séjours.
Or ces côtes de Guinée portugaise sont, nous l’avons vu, fort développées et il eût fallu non
pas quelques mois mais de longues années pour les prospecter sur toute leur longueur. Plu¬
sieurs des îles qui forment l’archipel des Bijagos sont elles-mêmes étendues et difficiles à
pénétrer. Pour ces raisons nous dûmes concentrer nos recherches sur les parties que les rensei¬
gnements obtenus sur place, l’examen de la carte et les reconnaissances aériennes désignaient
d’emblée comme devant abriter les peuplements les plus importants d’oiseaux liés aux eaux
marines ou saumâtres.
De même que l’introduction géographique a inclus un abrégé de Physiographie em¬
prunté principalement à Texeika da Mota, l’exposé de nos recherches sur les peuplements
sera précédé d’un résumé d’écologie générale tiré d’une publication de M. le Professeur
F. Frade. D’où trois paragraphes : une description des principaux biotopes avec indication
des faunes de vertébrés qui les occupent; l’exposé de nos recherches personnelles dans les
régions côtières continentales ; l’exposé de nos recherches dans les îles et sur les îlots.
C’est un tableau sommaire, mais remarquable de darté et de précision, que F. Frade a
dressé dans son ouvrage (1946) consacré aux travaux de l’importante mission zoologique diri¬
gée qui séjourna en Guinée de Décembre 1944 à Juin 1946. Les explorations furent effectuées
presque exclusivement sur le continent et nos propres observations n’ont apporté aucune
retouche à cet exposé. Tout au plus nous permettrons-nous d'assembler un peu différemment
les biotopes topographiquement voisins et d’ajouter quelques compléments relatifs aux
milieux de mangrove. La description donnée par notre collègue portugais vaut également
pour les îles les plus vastes de l’archipd des Bijagos, dont le » faciès », comme il a été dit plus
haut, ne diffère pas sensiblement de celui du mainland.
On est conduit à distinguer les biotopes suivants :
1° La côte marilime à végétation psammophile et balophile.
Cette végétation ressemble à celle de la côte sénégambienne aux différences près
qu’introduit la pluviosité de plus en plus forte à mesure que l'on descend vers le Sud. Présence,
en particuber des Ipomea, Canavalia, Arthroenernum (en terrain humide salé)...
L’avifaune, comme sur les côtes de Mauritanie méridionde et de Sénégarabie, est
relativement pauvre et les couples nicheurs sont rares. Bien entendu, nombre d’oiseaux circulent
à proximité immédiate du littoral ; Pelecanus rufescens, Lotus cirrocephalus, Sternes diverses...
2° Les Mangroves.
Dans la vase profonde entourant les palétuviers pullulent le Crabe Uca tangeri (à vaste
répartition géographique incluant certaines côtes européennes) et, à un moindre degré, le
Poisson Periophtalmus koelreuteri Sont également présents : Crocodylus niloticus, Varanus
nicolicus, très commun jusque sur le littoral d’îies situées en bordure méridionale de l’archipel
des Bijagos.
t. Dans quelle mesure Crabes et Pèriophtaimes entrenl-iis dan» le régime de certaines espèces (Gypo-
fcieffl»; angofensi» — gros Ardéidés), c'est ce que nous n’avons pu préciser faute d’attente» suffisammenl
prolongée».
Source : A1MHIJ, ftiris
202
RENÉ DE NAUROIS
Parmi les oiseaux qui fréquentent la mangrove ou plutôt ses lisières on note les Martins-
pêcheurs Alcedo quadribrachys, Ceryle rudis (très abondant), Megaceryle maxima (jamais
identifié par nous mais obtenu pour la première fois en Guinée portugaise par la mission
de F. Frade).
Signalons dès maintenant un contraste écologique frappant et incomplètement expliqué
entre les mangroves des grandes îles et du continent (en bordure de la côte proprement dite
comme le long des rias et marigots) d’une part et celles des Ilots d’autre part : nous n’avona
découvert dans les premières aucune colonie reproductrice de Cormorans, Anhingas, Ardéidés
etc. En revanche nous y avons souvent fait les observations suivantes : énormes nids de
Scopus umhretta dans les arbres de terre ferme à proximité immédiate des parties amphibies
occupées par les palétuviers, bandes de Pelecanus rufescens, Tkreskiornis éthiopiens au per¬
choir en groupes compacts sur les bordures extérieures (côté océan) de Rhizophora : les feuilles
des arbres sont blanchies de déjections, ce qui prouve que ces dortoirs et lieux de roosiing
sont occupés de façon régulière, sans cependant servir jamais de lieux de nidification. Sont
encore observés au gagnage sur les vases et sables vaseux voisins de la mangrove : Ibis ibis (en
abondance), Dissoura episcopus (par individus isolés, peu nombreux), Ephippiorynehus serre-
galensis (rare).
Eu égard à ce que nous avons en vue dans le présent ouvrage ce sont les mangroves
d’tlots qui présentent le plus d’intérêt avec leurs belles colonies reproductrices de Palmipèdes
et Échassiers.
Parmi les Mammifères F. Frade a noté : Cercopilhecus ethiops sabaeus, Kobus kob
et la mangouste Atilax paludinosus (p. 32) *.
3° Forêt dense sempervirente.
Elle occupe de larges surfaces dans les régions suivantes : 1® au Sud du rio Geba de
Fulacunda, Buba, Catio, Cacine (jusqu’au Boé exclusivement) ; 2® au Nord du rio Geba autour
de S. Domingos, Cachungo, Farim et Bafata. D’autres types de végétation, incluant la savane
de formation récente, s’intercalent dans les intervalles de la forêt dense. Mais celle-ci constitue
encore des ceintures autour des dépressions marécageuses et des galeries le long des sections
des cours d’eau qui, à l’amonl, ne sont pas atteintes par l’eau salée. Les peuplements d'Elaeis
guineensis sont dominants dans les parties occidentales voisines de la mer. Parmi les arbres
les plus élevés (jusqu’à 45 m) figurent : Ceiba pentandra (bombacée dit Poilâo); JfAoyo sene-
galensis (méiiacéc); Albizzia ferruginea et A. glaberrina (légumineuses), Copaifera copalli.
fera (miristicacée); Parinari macrophylla et P. excelsa (rosacées).
Les peuplements animaux sont ici peu riches en espèces, surtout dans les .strates infé
Heures. Les faunes qui occupent les diverses parties de ces massifs forestiers sont caractérisées
par F. Frade de la façon suivante :
a. En lisières :
Parmi les Reptiles; les Sauriens Agama colonorum, Mabuia perrotetti, M. raddonii
et les deux serpents Dipsadomorphys blandingii et Dispholidus lypus-.
Parmi les Oiseaux (et en abrégeant la liste donnée par l’Auteur pour ne retenir oi
les espèces les plus typiques) : Kaupifalco monogrammicus, Gymnogenys typicus pectoralis
Guttera edouardi pallasi (’est la Pintade bleue, rore et protégée), Centropus leucogaster
Turacus persa buffoni, Lopkoceros semifasciatus, Ceratogymna elata (rare, aperçu seule¬
ment une ou deux fois par nous) ; Lamprocolius splendidus chrysoriotis, Slreptopelia semi
torquata erytkopkrys (nicheuse dans la strate inférieure et que nous retrouverons dans le*
éléments de forêt dense des Bijagoa) ; ®
Parmi les Mammifères : les trois Cephalophus ; sylvicuUor, rufilatus et maxwelli-
le Chimpanzé Pan troglodytes verus (qui paraît s’être considérablement raréfié); les singes
1, On ac louviendra que lu même remarque o <té fuite de fuçon réitérée dans les muaaifa H»
viera du Sine-Salomn, de Cuinhie et, » une exception pria, de BRaae-Casu.nanre. PWétu.
2. Cette présence d'Aliiax paludiiwsiis étend vers le NW l'aire de diatribul
ment connue. En outre elle ne manque pas d'intérél écologique. La Mangouste de_
partie responsable de l'absence de colonies d'oiseaux reproducteurs dans les matigro'
(v, p. 2d8).
qui était précédera.
“St peut-être en
contuientalea?
Source : MNHN, Paris
GUINÉE POSTUGAISE. — ÉCOLOGIE
203
Papiop.papio et Cercocebus torquatus atys; le V&mpiieEpomopkorus gambianus, les Chauve-
souris Micropterus pusillus et Lavia f. /rons*.
b. Dans les peuplements de palmiers :
Parmi les Serpenta : les terribles Mambas, DendroaspU viridi$ et D. jamesoni ;
Parmi les Oiseaux : les Perroquets Psittacus erithacus timnek (que nous avons retrouvés
en divers points des Bijagos et en particulière abondance dans les petites îles du Sud, groupe
Joan Vieira) et Poicephalus s. senegalu$\ Phoeniculus s. senegalensis; Nilaus a. afer, etc.;
Parmi les Mammifères : Anomalurops beecrofti découvert pour la première fois en
Guinée portugaise par F. Frade (ce qui étend vers le NW l’aire précédemment connue); les
Rats de palmiers Funisciurus pyrrfiopui cl Heliosciums g. gambianus-, les Singes Colobus
badins temminckii et Cercopithecus niclitans petouristn (Macaco de nariz branco) qui, curieuse¬
ment, n’habite que certaines îles de l’archipel des Bijagos, par exemple Rubané, mais non
Bubaquc qui n’est séparée de la première que par un détroit de quelques centaines de mètres
de largeur.
c. Dans les galeries forestières :
Parmi les Oiseaux : Haliaétus vocifer damans, Strix woodfordi nuckalis, Vinago
calva nudiroslris, Musopkaga violacea, EuTystomus afer, Halcyon senegalensis, Ispidina
pûta, Megaceryle maxima, etc.
Parmi les Mammifères : Kobus defassa unctuosus, Poiamockarus p. porcus et les Singes
Colobus p. polykomos, Colobus badius temminckii, Cercopithecus mona campbelli.
4® Savane.
Nous suivrons F. Frade en examinant séparément les parties sèches et humides.
Savane sèche.
Elle est occupée par des arbres de taille médiocre. Parmi ceux qui dépassent 10 m se
distingue le baobab Adansonia digitata (dombacée), Sterculia seligera (sterculiacée), Parkia
biglobosa (légumineuse)... Parmi ceux dépassant 6 m : diverses combretacées, des légumineu¬
ses, le rônier Borassus éthiopiens. Le tapis de graminées comprend des Andropogon, Hyparr-
henia, Panicum et parmi les légumineuses Canavalia obtusifolia. Est égtdement présent le
bambou Oxylhenanlhera abyssinien.
Parmi les Reptiles : Lygodaetylus gulturatis, Riopa tristasi, Agama varanus axanthe-
TJiaticus, Dasypeltis scabra, Psammophis sibilans, Bitis arietans.
Parmi les Oiseaux, très nombreux bien entendu en espèces et individus, relevons seule¬
ment quelques espèces caractéristiques ; les trois Vautours Necrosyrles monachus (que nous
n’avons cependant jamais rencontré qu’à proximité des agglomérations humaines), Pseudo-
gyps africanus (surabondant dans les marchés à viande de Bissau), Trigonoceps occipitalis
(presque aussi rare ici qu'au Sénégtd) Vinago waalia, Streptopelia vinacea, Turtur a. afer,
Oena capensis, Lopkoceros n. nasutus, Coracias abyssinien, Lamprocolius purpureus, Lam-
protornis caudatus, Cenlropus senegalensis (dont le chant, plus soutenu et prolongé nous
sembla-t-il en Guinée qu'au Sénégal, constitue pour le premier de ces pays comme un signe de
reconnaissance auditive); Corvinella corvina affinis, Dicrurus a. adsimilis,Afribyx s. sene-
gallus, Cursorius temminckii, Pterocles quadrieinctus, Lissotis melanogaster, Numida melea’
gris galeata etc.;
Parmi les Mammifères : Lycaon pictus, Thos a. aureus (coimu au Sénégal et signalé
pour la première fois en Guinée par F. Frade), Leptaüurus serval senegalensis, Hypotragus
equinus gambianus, Phacocherus etkiopicus afrieanus et les Singes Erjthrocebus p. palas et
Papio p. papio.
Savane humide.
Les dépressions inondables {lalas) sont occupées par le riz sauvage Oryza bartkii et
diverses mélastomacées et légumineuses. Sur les rives des lalas croissent des arbres tels que
1. F. Frauk juge que les rare* ÉlAphants que i’oii peut enrorc rencontrer appartiennent à l’espèce
Ixixodonta eyelota Matseh. (cl’apres un crâne originaire de la région de Cacine). Ccphalophus nifilalus et
Pnpio papio ne sont pa* liés à la forêt dense.
2. Torgos Iraehetioiet, jamais noté par nous, n’esl pas non plus signalé par Frade. 11 a été indiqué
(p. 179) que la limite méridionale de cette espèce se trouverait, selon nous, â la Latitude du Sine.
Source : MNHN, Paris
204 rené de naurois
Plerocarpus saitguineus, Daniellia turi/era (légumineuses); Uapaca guineensis et Uapaca
heudelotlii (Euphorbiaeées) ; Bombax buonopozense (poilâo vermelho - Bombacée) ; Hyphaene
guineeiuis; les combretacées Conocarpus ereclus et Terminalia scutifera.
La faune est riche en Batraciens, assez riche en Oiseaux :
Parmi les Batraciens : Bufo regularis, Hyperolius concolor et H. guineensis, Rana
occipitalis, R. mascareniensis et R. bibronii;
Parmi les Reptiles ; Natrix oHvaceus, Chlorophis irregularis, Golaphopellis h. hoctam~
bosia. Naja nigrUollis. Python sebae, Crocodylus niloticus, Osteo-elaemus telraspis;
Parmi les Oiseaux ; toute la série des Palmipèdes et Échassiers dont nous allons préci¬
sément étudier la biologie; Gypohierax angolensis (souvent nicheur sur les grands arbres en
bordure des dépressions); Afribyx senegallus; des passereaux tels que Cisticola galactotes
et divers Plocéidés et Estrildinés que l’on trouve nicheurs dans la végétation qui émerge des
plans d’eau.
Note
Reptiles collectés en guinée portugaise
Noua devons à M. Guiaë. profeaaeur du Muséum national d'Hittoire nalurelle, la détermination des
spécimens suivants qui ont été placés dans les collections du Muséum :
DatyptUU icahra (L.) (Colubcidés, juv.]. Serpent mangeur d'eeufs, trouvé dans un nid de Sperin^jies
cuculImiM. Cacine. fin Septembre 1961;
^iapioldca g. guniiieri Boc. (Elapidés) : 1 ex. juv., ilc de Bubaque (Bijagos), en forêt secondaire
Novembre 1962 ;
Ptommopliis libilans phUlipii <Haliowell) : lie Uno, Bijagos, 21 Février 1962 ;
Bonedon /ujiginosu. (Baie) : 1 ex.. ÎU Bubaque. Bijagos, 1962 ;
Python irbae (Gmelin) ; 1 ex., arch. des Bijagos — digérait une Chauve-souris ;
FWibon sebae (Gmelin) ; 1 ex.. Bor. prés Bissau ;
Biris nosicornis (Shaw) : 2 ex. (adulte et juv.). Ile Bubaque ;
Pendroaspis viridU (Halloweli) : 2 ex. (adulte et juv.). Ile Bubaque ;
Mabuya raddoni (Gray) : 2 ex., (le Bubaque, S Juin 1951 ;
yaranus niloticus (L.) ; 4 ex. juv-. Ile Bubaque ;
Agama agama (L.) : 1 ex.. Me Bubaque, et 2 ex.. Bor prés Bissau.
Source : A1WHM, Paris
CHAPITRE III
RÉGIONS CÔTIÈRES CONTINENTALES
C’est avec un sentiment à la fois d’émerveillement et de découragement que, venant du
Sénégal, on survole la basse plaine de Guinée portugaise avec son extraordinaire lacis de rias
et de marigots. Les biotopes que les analyses de Texeira da Mota et Frade nous ont appris
à distinguer apparaissent, dans leurs rapports topographiques réels, extrêmement variés et
compliqués. Cultures et savanes, lalas et marigots, galeries, forêts et mangroves s’enveloppent
mutuellement, s’intriquent et par l’allongement même des lignes de contact entremêlent des
faunes extrêmement riches (effet d'écotone). Comment, pour le faunisticien et l’écologiste, ve¬
nir à bout de la tâche à moins de consacrer de longues années non seulement à la prospection
minutieuse et aux comptages mais aussi et d’abord à l’étude des facteurs climatologiques et
pédologiqucs qui conditionnent les peuplements végétaux et, par eux, l'organisation des chaînes
alimentaires? Trop souvent, au cours d’une dizaine de courts séjours, nos recherches n’ont pu
consister qu’en de simples reconnaissances de biotopes, des sortes de « sondages » dans les
multiples parties de la mosaïque.
Nombre d'observations de détail faites au hasard de nos déplacements n’ont fait que
confirmer les données recueillies par F. Frade Nous ne les retiendrons pas dans le présent
chapitre. Restent une demi-douzaine de districts où nos prospections furent plus méthodiques.
Nous en exposons ci-apiès ies résultats.
1. — Colonie de Marabouts de Fulacunda.
A une quinzaine de kilomètres au SW de Fulacunda et à quelques centaines de mètres
des indentations de la ria de Buba, l’attention est attirée par deux groupes d’arbres fort élevés
au-dessous desquels s’étalent des villages indigènes. Ils sont occupés pendant les mois d’hiver
par des colonies de Leplopilos crumeniferus : quelques dizaines de couples au total. L’un des
rares arbres accessibles fut gravi en Mars 1962 : toutes les aires contenaient de gros poussins.
Une autre colonie, plus éloignée de la mer, avait été étudiée par nous en Janvier 1961 : quelques
nids renfermaient alors des pontes fraîches tandis que d’autres portaient des poussins de petite
taille. La période de ponte parait donc s’étendre de Novembre à Janvier peut-être Février.
L’espèce est absente de l'archipel des Bijagos.
2. — Colonie de Marabouts de la Ponta de Biombo (Lat. 11°45').
Nous mentionnons cette presqu’Be en raison d’une particularité qui n’est pas sans inté¬
rêt : la présence sur un poilâo élevé, à proximité immédiate d’habitations humaines, d’une
petite colonie de Marabouts, Leplopilos crumeniferus — seul exemple connu de nous d une
nidification de cette espèce à si courte distance (quelques centaines de m) des eaux marines.
D’une manière générale, il semble que ce Ciconiidé ait tendance à se t enir à distance du litto¬
ral. Mais un trait caractériatique de celte partie de la côte en Guinée portugaise est de ressem¬
bler davantage à un bord de lac qu’à un rivage marin. C’est l’effet de la largeur du plateau
continental et de la présence d’un archipel — les Bijagos — jouant un rôle de barrière entre
la terre et le grand large.
1. C’eit ainsi que nous avons pu établir la présence en Guinée portugaise d’espèces nicheuses telles
pachyrynthiu et PluUacrocoraz carbo tucùliu (v. Cb. III) qui n’avaient pas été signalées
jusqu’ici pour ce territoire. Nous avons découvert en outre plusieurs reproductions dont ou pouvait évidem¬
ment présumer i’existence mais qui ne pouvaient être considérées comme certaines aussi longtemps que ies
preuves ne seraient pas apportées. Telles celles du Coucal Ceiah/Tiodutres oereus (Vieillot), trouvée en fin
Septembre dons la région de Cacine, de la Cisticole Ctdtcola gaUuUles (Temm.) dans la même région, et du
Bihoreau iVyeticorn* Uuconotut daru les Bijajos (v. p. 225, 231).
Source : MNHN, Paris
206
RENÉ DE NAVROIR
3. — Colonies de Pélicans et Tantales de Safim et Nhacara (Lat. ÎI057').
Les plus importantes de ces colonies, celles aussi que noua avons pu étudier le plus méthodi¬
quement, étaient groupées aux environs de l’agglomération de Safim Sur plusieurs kilo¬
mètres de longueur, mais plus spécialement autour et à l'intérieur même des villages, les plus
grands arbres — baobabs et poilios — se trouvaient chaque année couverts d’oiseaux blancs
Apercevant du plus loin ces boisements on les croyait d’abord revêtus d’on ne sait qudle
éclatante floraison.
Pelecanus ru/escens et Ibis ibis nichaicDt côte à côte, respectés par les indigènes. La ponte
des Pélicans commençait en fin de saison de pluies : dès Septembre, sinon plus tôt *. Celle
des Tantales débutait un peu plus tard, vers la lin d’Octobre. Mais les reproductions étaient très
étalées dans le temps quisqu’on trouvait encore des œufs au mois de Février. Les populations
pouvaient être évaluées à quelques milliers de couples dans la région de Safim, quelques cen¬
taines à Nhacara. Les Tantales paraissaient constituer les deux tiers ou les trois quarts de l’effec¬
tif total.
Ces oiseaux s’installaient donc massivement, à l’abri (si l’on peut dire) du peuplement
humain. L’emplacement de nidification se trouvait en terrain sec, mais n’était séparé que par
quelques centaines de mètres du réseau des marigots pénétrant profondément à l’intérieur
des Terres : canal de l’impernal, ria de Mansoa, marigots de S. Martinho, Bissalanca, etc.
Comme nous allons le voir les Pélicans s’aventurent en bandes nombreuses dans l’archipel
des Bijagos pour s'y nourrir, mais n'y nichent pas. Les Tantales ne s’y montrent même pas
U y a donc contraste presque parfait entre les Ardéidés qui nichent presque exclusivement daixs
l’archipel et les Pélicans, Tantales et Marabouts qui, pour leur reproduction tout au moins
restent strictement cantonnés sur te continent. ’
4. — Ville de Bissau et îlots voisins (Lat. 11®52').
1® Apus affinis niche en pleine ville. Au début de Novembre 1965, œufs (2 par nid)
et poussins étaient à tous les stades de développement. Mais il est certain que la ponte com
mcnce beaucoup plus tôt et s’étde sur de longs mois.
L’espèce était présente, par centaines d’individus, autour des warfs du port. Les oiseaux
avaient certainement leurs nids sous les poutres des pontons mais il fut impossible de s’en
assurer.
2® Dans un vaste espace libre ménagé au milieu même du quartier résidentiel se trouve
im grand poilio {Ceiba pentandra) d’une hauteur de plus de 30 m. Cet arbre, en saison des
pluies, porte plusieurs dizaines de nids de la grande Aigrette Egretta alba ; fait remarquable
et qui constitue, à notre connaissance, l’un des rares cas (celui de Bubukus ibis mis à part)
où un Ardéidé recherche pour sa protection le voisinage humain. Nous montrerons plus bas
un comportement analogue chez Butorides striatus, nicheur en pleine ville de Bolama, dans
les arbres touffus de la place centrale.
3° Dans les faubourgs de la ville une végétation herbacée haute et dense envahit les
terrains vagues qui s’intercalent entre les ag^omérations. Les Plocéidés Euplectes hordacea
(L.) et Euplectes orix franciscana (Isert) y nichent en nombre, à proximité immédiate des
habitations et à quelques centaines de mètres de ia côte. La première de ces espèces est moins
abondamment représentée que la seconde. Nous sommes mal fixé sur l’époque du début de
la ponte. Celle-ci, à certains indices, ne semble pas intervenir avant ia fin d’août; et U semble v
avoir une légère avance à’hordacea sur orix. ^
4® Les grands arbres autour de la ville portent des aires de Necrosyrtes monachus
La ponte commence en Décembre, donc sensiblement à la même époque qu'au Sénégal*
Pseudogyps Oifrkanus abonde en ville partout où est débitée la viande et où sont jetés
les déchets, mais aucune aire de cette espèce n’a été découverte au voisinage, li en va d’aiiieur
de même, d’une manière générale, autour de toutes les agglomérations. Necrosyrtes monachus
est seul à pousser l’anthiopophilie jusqu'à nicher au milieu des villages.
1. Nous sommet obligés de nous exprimer au passé parce que ces magnifiques colonies ont
en 1964-1965 à U suite de chasses intempestives! "
2. Nous avons noté (p. 174) que Peheanus rufticens dans la région de M’Üout, commençait sa nn
dès JuiUet.
Source : MNHN, Paris
GUINÉE PORTUGAISE CONTINENTALE
207
5® L’ilha do Rei, en face du Port de Bissau, d’un diamètre d’environ 1 km, ne porte
que des espèces banales. En fait de reproducteurs nous n’y avons guère trouvé que Butorides
striatus (par couples nichant isolément — une ponte de 3 œufs le 1®'' Octobre 1960) et l’iné¬
vitable Necrosyrtes.
L’ilheu dos Passaros, à 1 mille à l’E)st de Bissau et à quelques centaines de mètres de la
côte, présente plus d’intérêt ; les Ardéidés y utilisent comme dortoir la petite mangrove;
et Gypohierax angolensi$, au nombre de 4, S, 6 sujets, y emploie comme perchoir régulier
les baobabs. Aucune de ces espèces n'est nicheuse sur l’ilot. Par contre la tour qui supporte
un phare désaffecté a abrité pendant plusieurs années la reproduction d’un couple d’Eifraies,
Tyto alba affinis (Blyth) : deux pontes furent découvertes sur les marches de l’escalier inté¬
rieur en Novembre 1960 et 1961, donc à la même époque qu’au Sénég^ dans la région de
Richard-ToU *.
6® La campagne aux environs de Bissau est occupée principaleinent par des cultures
et jardins, par endroits des “ îlots > de savane et des boqueteaux. L’avifaune est très variée.
Signalons seulement, à courte distance (2 ou 3 km) et de la ville et de la mer : trois nidifica¬
tions de Rapaces : Teratkopius ecaudatus (ponte en début de Janvier 1962, date tardive);
puis, dans la même aire, Aquila wahlbergi (préparation du nid pendant le mois de |Décembre);
enfin, à l’aisselle d’une grosse branche et sur le même arbre, Bubo lacUus (ponte de fin
novembre).
5. — Lagune de Cüfada (Lat. 11®42').
Nous avons exposé plus haut (v. p. 196) la configuration de cette lagune et, en ce qui
concerne sa formation, l’explication proposée par Texeira da Mota. L’avifaune, extrêmement
riche, a été décrite par J. Araujo Ferreira dans le Boletim Cultural da Guiné Portuguesa *.
Cet auteur visita Cufada à la fin de Mars 1948 et nota les espèces suivantes :
Dendrocygnaviduata par centaines sinon par milliers; Pleclropterus gambensis; Sar-
kodiornis melanotos, assez nombreuses; Alopochen aegyptiaca, Nettapus auritus',
Pelecanus rufescens;
Ardea melanoccphala, Egretta alba, Egretta garzelta, Egretta gularis Ardeola
ralloides;
Plalalea alba ; un petit groupe;
Threskiornis aethiopicus : quelques individus;
Leptopilos crumeniferus, Epkippiorynckus senegalensis;
Balearicapavonica : 2 sujets;
Actophilornis africanus ; nombreux;
Limnocorax Jlaviroitris.
Nous-même, dès nos premières prospections hivernales (18 Décembre 1960 et fin Mars
1961), avons retrouvé toutes ces espèces. Pleclropterus gambensis était représenté par des
centaines de sujets, Nettapus auritus par des mUliers. E est donc bien établi que la lagune,
pendant les mois d’hiver, sert de lieu de gagnage à d’énormes populations de Palmipèdes et
à qudques Échassiers. E semble par contre que les oiseaux reproducteurs soient fort rares à
cette époque. Une seule donnée fut recueillie et ce fut à la fin de Mars 1961 : une femelle du
Vaneau Hoplopterus spinosus portait dans l’oviducte un œuf complètement formé. La date
était précoce. H est possible qu’en Guinée portugaise la reproduction de ce Charadriidé soit
en avance sur celle qui a lieu au Sénégal (Mai-Juin dans la région de Saint-Louis).
Tout autre est l’aspect de Cufada pendant les mois d’été. La lagune est remplie par les
pluies et s’étale plus ou moins au-delà de ses berges. Les Anatidés ont à peu près disparu.
En revanche nombre d’Échassiers et divers autres oiseaux sont alors en pleine nidification.
Nos prospections eurent lieu le 5, 6 et 7 septembre 1961.
1. L'slimentation de ces Effi-aiei a été étudiée par H. Heim de Balsac (196S) au moyen des pelotes
de téjection collectées par nous. Il est apparu que le régime comprenait nombre d’oiseaux, en particulier
des petits échassiers paléarctiques en séjour hivernal.
2. Article de caractère littéraire mais où les animaux, correctement identifiés, sont désignés par leurs
appellations scientifiques.
3. L’auteur écrit (p, 749):«... gorças ardosias (Mdanopboyx ardesiaca) constituem talvez a represen-
taçio mais numerosa.» Nous ne doutons pas qu'il y ait U une méprise. Mtlanophùyx ardcsiaca n’est repré¬
sentée nulle part en grand nombre et nous-inème ne l’avons observée qu’une fois en Guinée portugaise (v.
p. 227). Il y a eu confusion avec Egreua gularU.
Source : MNHhl, Paris
RENÉ DE NAUROIS
Egrelta alba, Nycticorax nycticorax et Butorides striatus, au Dombre de quelques dizai¬
nes de couples pour chaque espèce, étaient installés dans l’épaisseur d’un taillis presque impé¬
nétrable émergeant du plan d’eau : sorte d’Ilot de végétation en pleine lagune. La profondeur
aux abords immédiats des arbustes dépassait 1 m, assurant ainsi une bonne protection. Les
nids, le 7 Septembre, contenaient des œufs et des poussins à tous les stades de développe-
Cette colonie d’Ardéidés présente, à notre sens, un grand intérêt. Du haut d’un avion
de reconnaissance on n’aurait pu manquer de la remarquer malgré ses faibles dimensions
Or, nous avons survolé en tous sens la basse Guinée (régions de Fulacimda, Cufada et Bubà
exceptées) et n’avons noté nulle part la moindre nidihcalion d’oiseaux grégaires. Dana l’état
actuel des connaissances la petite colonie de Cufada doit donc être tenue pour un cas exception,
nel. Des groupes moin-s concentrés se dissimulent-ils dans l’épaisseur des feuillages d’^vicen-
nia, invisibles pour l’observateur au sol, difficilement identifiables pour l’observateur en avion’
C’est à une hypothèse de ce type que nous nous sommes arrêté (v. p. 190) pour expliquer
l’absence de reproduction massive dans les mangroves du Sine-.Saloum, de Gambie et de Caaa-
mancc.
— Halcyon senegaUnsis • — Un « nid •, simple excavation dans un tronc d'arbre mort
émergeant du plan d’eau, contenait 3 œufs frais le 6 Septembre. Celte donnée concorde avec
celles, très peu nombreuses, qui ont été recueillies ailleurs et avant nous (Bannemann 1953) •
il semble qu’en Afrique occidentale, la reproduction ait lieu en deuxième moitié de saison des
pluies.
— Àctophilornis afrkana — Trois œufs frais trouvés le 5 Septembre sur un gros
amas de végétation flottante. H n’y avait' pas trace, en ce cas, du nid typique fait de quelques
tiges et feuilles assemblées par l’oiseau.
— Quelea erythrops — Plusieurs ceontaines de couples en colonie de type « serré »
dans une partie centrale de la lagune couverte de roseaux, par 60 ou 80 cm de profondeur
d'eau. Nids sur les roseaux; pontes de 1 (incomplètes), généralement 2, souvent 3, rarement
4 œufs, tous frais ou peu incubés, indiquant donc une remarquable simultanéité dans le
déclenchement de la reproduction. Les œufs étaient d’un bleu intense, sans tache et luisants
Les nids, attachés à deux tiges de roseaux, grossièrement parallèles, sont en forme de poche
avec ouverture latérale et placée dans la partie supérieure. Le « tissu ■■ est d’une texture
incroyablement fine, nette et unie comme celle d’un produit fabriqué industriellement '
— Euplecles afra — Nids tégulièreraent répartis (à raison de 2-3 par ha en moyenne)
dans l’épaisseur de prairies aquatiques dépassant de 2 ou 3 dm le niveau du lac. Au début
de Septembre la reproduction était déjà fort avancée : œufs et poussins à tous les stades
de développement et nombreux nids abandonnés. Toutes observations qui concordent avec
celles faites par G. Morel et par nous-mêmes dans les régions de Richard-Toll et des Niayes
(Sénégal septentrional). Pontes de 2 ou 3 œufs, rarement 4. l.es nids sont en forme de poche
avec ouverture semi-latérale (c’e.st-à-dire partant du sommet de l’édifice). On devine de loin
leur présence à un aspect « épaissi » des touffes végétales.
Reproductions notées en forêt au voisint^e immédiat de la lagune : Haliaetus vocifer
(2 poussins le 18 Décembre 1961); Streptopelia semitorguata (pontes d’un seul œuf, parfois
2 œufs, à diverses époques); Turtur afer.
6. — Lagunes de la région au Sud de Cacine (Lat. 11°).
Il s’agit de vastes dépressions remplies en été par les eaux de pluie *. Le plan d’ea
le plus intéressant, étudié à plusieurs reprises dans la dernière décade de Septembre 1961
s’étend sur plusieurs kilomètres de longueur et 8CH) à 1 200 m de largeur. Nous y avons rencon*
tré les espèces suivantes :
— Ixobryckus minutus : un nid contenant trois ou quatre poussins et un œuf infertile
L’un des aldutes fut examiné à 3 m de distance alors qu’avant de prendre le vol il
l’attitude d’immobilité caractéristique des Butors; son plumage nous parut identique à celui
1, C« que noua avons observé correspond bien à U description donnée par D.A. Banncrman /loe
p. 1413).
2. Et peul-êue - nous n’avons pu nous eu assurer - en communication avec la mer nar m,.!
lacis de marigots. ‘ luelquç
Source : MNHN, Paris
GUINÉE PORTUGAISE CONTINENTALE
209
de la forme nominale I. m. minutus (donc différent de celui de la sous-espèce payesi qui est
censée occuper toute l’Afrique tropicale). Le nid était fort remarquable. Il était accroché à
de fortes tiges de joncs à quelques centimètres au-dessus du plan d’eau. Les parties terminales
des tiges avaient été rabattues vers le centre, formant ainsi un toit à clairevoie qui devait dis¬
simuler la coupe aux vues aériennes (d’oiseaux de proie) à la manière d'un filet de camou¬
flage.
— Balearka pavonina — Une aire fut découverte en plein marais le 25 Septembre
1961. C’était un gros amas de végétation aquatique dépassant de quelques centimètres le
niveau de l’eau. La présence d’une autre aire, inoccupée, à une centaine de mètres laissait
supposer que le couple nichait régulièrement au même endroit, se servant alternativement
de l’un ou de l’autre nid. La coupe, peu profonde, contenait 3 œufs frais, d’un blanc légère¬
ment bleuté, sans marque. L’oiseau couveur s’éloigna avec peine à notre approche, progres¬
sant par bonds sur plus de 100 m avant de se décider à l’envol. L’époque de ponte (mi-Sep-
tembre) correspondait à celle qui fut notée quelques jours plus tard dans le delta du Sénégal
(v. l’observation faite au cours d’une reconnaissance aérienne, p. 135).
— Cislicola galactotes — Une petite colonie de type dispersé occupait l’une des
extrémités de U lagune. Nids assez semblables à ceux d’£iip/ectes afra et semblablement sertis
à l’intérieur des touffes végétales émergeant du plan d’eau. Les adultes, très méfiants, sont
difficiles à identifier à vue en raison de leur livrée mélangée de vert et de roux et qui se confond
avec la teinte du marais. Mais les œufs sont tout à fait caractéristiques par leur coloration :
nombreuses taches brun-rouge ou pourpres, obscurcissant le fond rose saumon. Pontes de
3 ou 4 oeufs.
Observations diverses faites dans la région de Cacine :
— Ceutkmochares aereus flavirostris (Swainson) — Dans les derniers jours de Sep¬
tembre 1961 un oiseau fut identifié et son nid découvert dans l'épais feuillage d'un arbuste à
quelques mètres d’une case indigène. Il contenait 2 œufs frais, d’un blanc légèrement bleuté.
La ponte normale indiquée par D. A. Bannerman est de 2 œufs. Ce même auteur donne la
description d’un nid : o One found at Kumasi was made of smali twigs and dead leaves...
appearing exactly like débris caugbt up in the branch » (p. 594). Nous n’aurions su mieux
caractériser notre propre trouvaille.
— Corythornis cristata (Pallas) — Curieusement c’est dans la micro-falaise du rivage,
sur l’estuaire du rio Cajde qu’une demi-douzaine de ces petits Martins-Pêcheurs creusaient
leurs trous. L’un de ceux-ci fut inventorié. Dans la dernière semaine de Septembre il conte¬
nait 2 œufs frais (ponte sans doute incomplète). Cette donnée ne manque pas d'intérêt en
raison du peu de renseignements dont on dispose. D. A. Bannerman écrit en effet : » In
none of the races in West Africa bave the eggs been discovered » (1953, p. 660).
— Halcyon malimbicus (Shaw) — Au voisinage immédiat du bourg de Cacine et à
courte distance de la ria du même nom, deux nids fuient découverts : cavités creusées dans
de vieilles termitières accrochées à des branches d’arbres. Dans les derniers jours de
Septembre 1965 iis contenaient : l’un, des poussins; l’autre 2 œufs frais (ponte incomplète).
Addendum. — Après lecture de l’excellent ouvrage de D. Lack 1968, Ecological
Adaptations for Breeding in Birds (Methuen, London), nous voudrions retirer l’expression
de • colonie de type dispersé », employée ci-dessus à propos de Cisticola galactotes. Comme
pour Euplectes afra il s’agit de ■ territoires » très voisins les uns des autres, voire contigus
(district utilisé à saturation) et où règne la polygamie. C’est la monotonie, l’homogénéité du
biotope, jointes à la forte densité en territoires, qui imposent à l’œil humain l’illusion d’une
agrégation de type » colonial >.
8 564016 6
14
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE IV
ARCHIPEL DES BIJAGOS — LES ÎLES
Les Bijagos apparaissent comme ce qui subsiste, après la dernière transgression marine,
d’une plaine préalablement morcelée par l’érosion ; les parties aujourd’hui émergées seraient
les interfluves; les actuels bras de mer occuperaient la place des anciens vallonnements creu¬
sés aux époques de régression, alors que le continent se prolongeait jusqu’à une centaine
de kilomètres au large. Cet archipel s'étale sur 100 km d’Est en Ouest, 80 km du Nord au
Sud et comprend une quarantaine d’iles et Ilots remarquablement plats et partiellement
sableux.
Les lies sont densément boisées : savane et surtout taillis, peuplements serrés de
palmiers à huile. Elaeis guineensis. La plus grande longueur de leurs côtes est en pente
très douce, découpée par les chenaux de marée et bordée de palétuviers, Certaines zones
(sur plusieurs des plus vastes îles) s’élèvent cependant de 5 à 8 m au-dessus du niveau de
la mer : leurs surfaces se terminent alors en falaises où la roche apparaît.
Les îlots sont de deux types :
1. Ceux qu’entoure une ceinture plus ou moins large de palétuviers, leur centre
pouvant être occupé soit par des arbres soit par un mélange d’arbres et de prairies de grami-
2. Ceux qui ne portent pas de mangrove et dont le sol est soit de sable nu soit de
sable recouvert de végétation : tapis d’ipomea, de salsolacées et autres plantes balophiles,
parfois même, au centre sur^evé et plus sec, de quelques graminées.
Rappelons que l’amplitude des marées étant de 3 à 4 m aux vives-eaux, la vitesse
maximum des courants de marée atteint par place près de 4 nœuds. Les fonds, en dehors
de quelques chenaux privilégiés *, sont très faibles (quelques m ou dm), de sorte que de
vastes étendues vaseuses et sablo-vaseuses « découvrent » au jusant.
Les études faunistiques de Salvadori, Monard (1940) et surtout Frade (1946) avaient
porté presque exclusivement sur la partie continentale du pays et l’île de Bolama *. Peu de
spécimens avaient été recueillis dans les Bijagos. L’écologie comme la biologie des Échas¬
siers et des Oiseaux de mer étaient encore à faire. Nos recherches entreprises en Septembre
1960, ont été poursuivies au cours d’une dizaine de séjours jusqu'en Octobre 1965.
Nous donnerons d’abord (dans ie présent chapitre) quelques indications sur l’avifaune
des lies. Celles-ci sont habitées par de nombreuses espèces terrestres que nous n’avons pu
étudier que d’une façon occasionnée : d’une part l’observation au cœur de la forêt, exi¬
geant le percement de sentiers en plein taillis, aurait demandé de longues attentes; d’autre
part l’avifaune liée aux marais et à la mer constituait l’objet principal de nos reéerebes; or,
les îles proprement dites n’abritent à peu près aucune reproduction d’oiseaux de ces caté¬
gories.
Nous décrirons ensuite les deux catégories d’îlots : boisés et non boisés, minuscules
étendues, sur lesquelles nous avons découvert une riche variété d’Echassiers reproducteurs
et quelques colonies d’Oiseaux de mer. Le meilleur de notre temps et de nos moyens fut
donc consacré à l’év^uation de ces peuplements ains i qu’à l’étude de leur écologie et de
leurs cydes sexuels.
1. L« chenal de G«ba permet l’accès des navires modernes jusqu'au port de Bissau. Les fonds attei¬
gnent 7 à 10 m entre les Üea Orango et Uracan, une dizaine de mètres au Sud de l’üe Canhavaque.
2. V. aussi Shabpe 1874.
14.
Source : MNHN, Paris
212
BEMÉ DE NAUROIS
1
BIJAGOS. — !lES
213
LES ÎLES
A l'ile Formosa, où nous fîmes escale à 3 reprises, nous ne pûmes consacrer que qud-
ques heures : juste assez de temps pour nous trouver comme « perdu » au milieu de tant
d’oiseaux. Plusieurs espèces de Soniraangas recherchaient la proximité des habitations
humaines pour leur nidification. Nous découvrîmes une reproduction bantde de Coucal,
Cenlropus $enegalensis L., dans les herbes d’un marécage et celle plus intéressante de l’Ibis
Hagedasb, Hagedaskia hagedash (Reichenow), en petite colonie de type très dispersé, dans
une ° île de mangrove > séparée de l’Ue principale par un champ de vase.
Une remarque faite sur l’île de Unhocomo sera rapportée à propos de la reproduc¬
tion à'Hiruruio lucida sur l’île de Bubaque.
L’île de Canhavaque eût mérité beaucoup mieux qu’une courte visite. Mais d’une part
le temps et les moyens noua manquèrent; d'autre part, au milieu d’une population humaine
encore très primitive et quelque peu soupçonneuse ' la sécurité n’était pas assurée de façon
satisfaisante.
Selon nos informateurs des recherches prometteuses seraient à faire sur l’île de Gara-
che. 11 existerait là une forme de Perroquet gris, Psiltacui erythacus ssp. qui différerait quelque
peu de P. e. timneh Fraser, répandu sur certaines îles de l’Archipel. Si le fait se trouvait
vérifié nous aurions là un cas remarquable d’endémisme à l’intérieur même de l’Archipel.
Les Iles inhabitées du group» Sud, Joâo-Vieira, Meio, Dos Cavdos et Poilïo reçurent
notre visite à plusieurs reprises. En 1961, Joâo-Vieira (4 km sur 3) nous fascina d’autant plus
qu’il y restait encore des lambeaux de ce que nous crûmes reconnaître comme une forêt
primaire déjà très ombrophile. En Mars de la même année, deux mois avant les premières
pluies, les arbustes et Eleais le long de la côte éclataient de chants d’oiseaux.
Nous avons retenu 3 îles, Bubaque, Orango et Boloma, pour une description som¬
maire tant des sites que des peuplement avions.
§ 1. — ÎLE DE BUBAQUE
L’agglomération de Bubaque, sur l’île du même nom, est le centre administratif de
l’archipel. C’est là que nous avons fait les plus longs séjours * et que nos investigations, en
ce qui concerne les îles proprement dites, furent les moins fragmentaires. L’fle elle-même
est tout à fait plate, de forme rectangulaire, et mesure près de 20 km de long sur 6 km de
large.
On peut distinguer quatre biotopes :
1° La mangrove. Comme sur les autres fles (par opposition aux îlots) elle est très
faiblement peuplée : quelques Pélicans, Pelecanus ru/escens, viennent y somnoler pendant
le jour. A plusieurs reprises nous avons survolé ces palétuviers à bord d’avions légers : aucune
colonie reproductrice d’Ardéidés n’y fut aperçue.
2“ Les lalas et lagunes coliéres. En dehors de traces d’Hippotames (6 Janvier 1951),
de bandes de singes effarouchés, nous y avons noté quelques Spatules, Aigrettes, Pluviers
1. Le cas de l’île de Canhavaque est très particulier. L'autorité portugaise, avec beaucoup de sagesse,
a attendu patiemment que les indigènes de celte Ile (moins d’un millier d’habitants) s’habituent progressi¬
vement à la civilisation. En 1961 cette petite communauté refusait encore énergiquement tout contact t
installation d’infirmerie, distribution de soins médicaux, aide pour la mise en culture de terres pouvant être
converties en risières. L’étranger que nous étions éprouvait dans les villages une impression de malaise ;
les hommes, plus ou moins armés, se regroupaient sans cesse derrière son dos. Les villageoises nous deman-
dèreut d’abattre deux Milans noirs qui raaiiaient leurs poulaillers. Deux coups de fusil heureux améliorèrent
le climat des relations. Nous sentîmes néanmoins qu’il valait mieux ne pas insister. Aujourd’hui les indi¬
gènes de Canhavaque ont perdu leur méfiance, accueillent les visitenrs, se rendent à Bubaque en magnifiques
L'ornithologie de leur île donnera certainement lieu à des remarques intéiessautes. Les oiseaux en
effet n'ont jamais été chassés sur Canhavaque et s’y trouvent à l'abri du dénichage. Quand nous priâmes un
indigène de grimper k un arbre il s’y refusa absolument : les Esprits habitent les hauts feuillages.
2. Qu’il nous soit permis d'exprimer ici notre reconnaissance à âlM. Cabbita.Vieira, Carvalbo,
administrateurs successifs duvConrelho» des Bijagos, auprès de qui nous avons toujours trouvé l’hospi¬
talité la plus généreuse et l'aide la plus efficace. C’est sur la grande galerie circulaire de leur maison, face
à un admirable paysage — la mer et les îles dans la brume bleutée — que nous avons préparé nos expédi¬
tions, rédigé nos bilans de recherche, préparé nos collections. Parmi les moments de repos et d'amitié que
nous avons pu nous accorder au cours de S années les heures de Bubaque fiuent les plus belles.
Source : MNHN, Paris
214
RENÉ DE NAtIROIS
divers, Oedicnèmes, Alcédinidéa, Nectarinidés... Les peuplements, comparés à ceux du même
type sur le continent, ont paru plutôt pauvres.
3® La forêt. Sous la futaie à'Elaeis s’étend un taillis extrêmement dense, difficile-
ment pénétrable en dehors des sentiers sinueux tracés par les indigènes. L’avifaune y est
moins riche que dans la savane arborée d’Orango.
4® Les agglomérations et leurs alentours. Plusieurs espèces recherchent la présence
humaine. Celle-ci, en effet, assure une protection contre certains prédateurs (Rapaces, Ser¬
pents), met des diments à disposition (Insectes, déchets, etc.), et offre des facilités pour la
nidification (poutrelles, trous de murs, épaisseur des toits de chaume, grands arbres...). Nous
passerons en revue quelques-unes des espèces observées.
Gypohietax angolensis (Gra). Niche çà et là sur les grands arbres, mais aussi, au dire
des habitants, à l’aisselle des branches de palmiers lorsqu’il existe entre les feuilles im espace
suffisant. L’un de ces sites nous fut montré le 6 Janvier 1961 : la ponte n’avait pas encore
eu lieu. Une aire fut occupée sur un kapokicr à l’extrémité SW de l’ilc Rubané (face à l’agglo¬
mération de Bubaque). Elle contenait le 22 Mars 1961, avec des restes de poissons, un jeune
poussin de 10 jours. La ponte avait dû avoir lieu au début de Février.
Haliaetus voci/er (Brehm) — Une aire fut occupée pendant deux saisons consécu¬
tives sur un grand arbre de l’ile de Rubané, au bord même de la falaise côtière, face à Bubaque •
beaucoup moins abondant que l’espèce précédente. Ponte en Novembre.
Milvus migrons parasitas — Ce Milan tournoie inlassablement autour des habita¬
tions : le 5 janvier 1961 nous comptâmes en vol une quinzaine de sujets. Le 26 Mars 1961
à proximité d’un village indigène au centre de l’île, 2 aires haut placées furent inventoriées •
elles contenaient respectivement 1 et 2 œufs, ce qui renvoyait à un début de ponte à la mi-
Mars, et semblait marquer une avance de quelques jours sur l’époque de ponte dans la région
de Dakar. A notre étonnement, nous réussîmes rarement à découvrir des nidifications aux
alentours immédiats de l’agglomération de Bubaque Il est probable que les Milans dissi¬
mulent leurs aires au cœur des frondaisons de palmiers, ce qui les rend presque invisibles
Gymnogenys typicus (Sharpe) — Un couple fut surpris le 27 Avril 1965, en pleine forêt
au moment des ébats nuptiaux : l’aire, garnie de feuillages frais (comme celle trouvée à Orango)*
était encore vide. Le grimpeur commit la faute de remuer avec son coupe-coupe la garniture
intérieure, de sorte que le nid fut abandonné par ses propriétaires. Observation à rapprocher de
celle faite sur l’ile Orango (v. p. 216).
Turtur afer L. — Pullulait dans le taillis dense à chacune de nos visites.
Tyto alba affinis (Blyth) — Niche régulièrement dans certains greniers du village
Les réjections recueillies en abondance ont été analysées par Heim de Balsac * (1965, p. 319)*
Le 27 nier 1962 deux jeunes étaient presque au vol : la ponte avait dû avoir lieu dans là
deuxième quinzaine de Décembre, sinon un peu plus tôt.
Apiis affinis (Streubel) — Niche en très grand nombre sous les vérandas et les toits de
^rages et autres annexes. Pour des raisons d’hypène, les propriétaires font racler les déjec
rions et arracher les nids. Les Martinets ne se découragent pas pour autant, attirés sans doute
par un plancton aérien particulièrement dense autour des maisons. reproduction en Afrique
tropicale est étalée sur de longs mois. A Bubaque nous avons pu assister au dédenchement de
la ponte. Le 1®^ Mars 1961 les oiseaux étaient encore absents. Le 19 Mai 1964 des enfant
indigènes employés à la recherche des nids, contrevenant à toutes nos instructions, apportèrent
une centaine d’œufs. Tout était mélangé et il ne fut même pas possible de s’assurer de la fécon
dlté (probablement un ou deux œufs par nid). Mais tous les œufs étaient absolument frais'
ce qui témoignait d’une ouverture de cycle à caractère remarquablement simultané, due sans
doute à un pullulement d’insectes.
Hirundo lucida (J. Verreaux) — A l’occasion d’une visite à l’île de Unhocomo, le 21
Août 1963, nous étions tombés sur une fin de reproduction : sous les auvents des cases
de nids contenaient encore des jeunes; la plupart étaient abandonnés. A Bubaque nous pûmes
1. Employé seul, I* terme désignera cette agglomération et non l’etnenible du territoire.
2. Parmi les proies identifiées par Hetm de Balsac se trouvaient des Plocéidés, des Maitlneti A
affinis (ceux-ci nichent dans des bâtiments contigus à ceux occupée par l’Effraie), des Chiroptères fM ?***
tides). des Rongeur» MaUomy», Prosomy» sp. '
Source : MNHN, Paris
BijAGOs. — Iles
215
assister au début de la ponte. Le 20 Mars 1961, les couples étaient déjà fort nombreux autour
des habitations et en pleine excitation. A la mi-Mai 1964, la ponte commença tant dans les
villages (1 ou 2 nids par case, collés à l'intérieur aux poutrelles des toits) que sous les vérandas
des maisons en dur. Synchronisme frappant : les nids contenaient 2 œufs le 16 Mai, 4 œufs le 18.
ponte est normalement de 4 œufs. Ceux-ci sont à fond blanc, marqués de taches brun fauve
assez larges, très différentes du pointillé brun-rouge A'Hirundo rustica. Le nid de lucida est
construit comme celui de son homologue européenne et semblablement placé, mais la garniture
intérieure est de fibres végétales.
Tchiirea viridis (MüUer) — Ce Gobe-Mouches n’est sans doute pas particulièrement
inféodé au voisinage humain. Aucun nid pourtant ne fut découvert à plus de 300 m des agglo¬
mérations. La plupart ne se trouvaient qu’à quelques mètres des habitations (v. p. 180, obser¬
vation analogue à Messirah, Sénégal). Ces oiseaux aux brillantes livrées recberchent peut-être
le voisinage humain pour échapper à certains prédateurs. Les nids sont généralement accrochés
aux fines extrémités des branches pendantes, hors de portée des singes et sans doute des
serpents. Par contre, avec leur coupe largement ouverte vers le haut (à la manière de la plu¬
part des nids de passereaux), ils ne sont pas à l’abri des oiseaux chasseurs. Six ou sept nids
purent être atteints. Entre le 21 et le 28 Avril, plusieurs contenaient des poussins, d’autres
des œufs En ce qiü concerne l’époque du début de ponte, la durée de notre présence sur
l’Üe fut trop courte (à la fois trop tardive et interrompue trop tôt) poux autoriser des conclu¬
sions fermes. Le moins qu’on puisse dire est qu’une reproduction importante prend place
deux mois avant la saison humide. On voit d’ailleurs mal comment, dans ces constructions
minces, ouvertes et peu épaisses que sont les nids de Tchiirea, des incubations et levages
pourraient être menés à bien sous des torrents de pluie.
Ploceus cucullatus (MüUer) — Une énorme colonie se maintient d’année en aimée en
pleine agglomération de Bubaque. Dès le début d’Avril l’excitation est à son comble et les
feuiUes de pdmiers sont dilacérées jusqu’à rendre les arbres inutilisables pour longtemps.
L'année suivante, la colonie doit se déplacer de quelques dizaines ou centaines de mètres.
Le 21 Avril 1965, la construction des premiers nids — jusqu’à 15 par branche — était achevée,
et quelques coquUles bleues écrasées au sol prouvaient que la ponte avait commencé. Le 12 Mai
1964, le vacarme était assourdissant et les grappes de nids contenaient des œufs et des poussins
à tous les stades. Cette initiation du cycle plus d’un mois avant les premières averses, plus de
2 mois avant les véritables pluies est un fait significatif et que nous avons constaté aillemrs :
dans les Bijagos même sur l’île de Joào-Vieira; sur un Üot au Sud de l’Üe d’Uno; sur l’üot à
4 km Est de Patrâo..,; au Sénégal dans la région des Niayes *.
En corulusion. — Le nombre des espèces parait moins grand sur Bubaque que sur
Formosa et surtout Orango. C’est sans doute l’effet d’une moins grande variété de biotopes et,
en particulier, d’une prédominance très nette du taillis dense sous les Elals. Par contre, chez
certaines espèces, le nombre des individus est considérable (Apus affinis, Turtur afer, etc.).
Nous aurions souhaité faire le compte des espèces présentes et absentes, évaluer ainsi
l’influence de l’insularité sur le nombre des espèces et la densité des peuplements. Il eût fallu
pour eda des séjours plus prolongés que ceux que nous pouvions nous permettre. A une Üe
comme Bubaque c’est toute une année d’observations patientes qu’il faudrait consacrer, tant
dans l’épaisseur des fourrés et arbrisseaux qu’en lisière de forêt.
§ 2. ~ ÎLES ORANGO. CANOGO, MENEQUE ET ORANGOZINHO
Ces îles sont à peine séparées les unes des autres par des chenaux de marée et constituent
le bloc le plus étendu de l’archipel. Plusieurs particularités * leur confèrent un caractère de
transition : le climat (moins humide), et du même coup la flore et la faune s’y rattachent plus
1. Les pontes sont de 2, parfois 3 <aufs.
2. Pour Tchiirea ciridis et divers Tisserins, espèces qui ne sont pas liées à la céte, les données seront
reprises à leor place systématique dans une publication ultérieure qui sera consscrée à l'avifaune de cer¬
taines régions intérieures d'Afrique occidentale.
3. Le peuplement humain est resté assez primitif et conserve encore d'étonnantes traditions : si
ie« Roi» n'y joue plus guère qu’un rôle symbolique, les croyances et coutumes religieuses y sont encore fortes
et pourraient donner lieu, d'un point de vue sociologique et par les méthodes d'exploration psychologique
en profondeur, à des reclierches plus poussées que celles, fort méritoires d'ailleurs, qui ont été faites par les
ethnologues portugais. Maie il faudrait se bâter...
Source ; MNHN, Paris
216
RENÉ DF NAUROIS
étroitement que dans n’importe quelle autre partie des Bijagos aux régions casamançaises
occidentales; en outre, les biotopes sont plus variés qu’ailleurs : larges mangroves, forêt dense,
savanes boisées, lalas et cultures. Nous avons eu le regret de ne pouvoir consacrer plus de
4 jours de recherches à l’île de Orango, à peine un jour à celle de Meneque.
Une navigation difficile à travers des marigots très envasés nous conduisit en Septembre
1961 jusqu’au village central de l’île de Meneque. Une pluie battante paralysa les recherches.
La mangrove parut à peu près déserte; à ceci près cependant que des aires, attribuables sans
risque d’erreur à Gypohierax ongo/enrij, étaient visibles de loin en loin, à proximitédes marigots.
Deux autres visites faites dams le NE d’Orango permirent de découvrir l’importance
des peuplements de savane sèche, d’observer par exemple — pour la première et seule fois
dans l’archipel — Bupkagus africanus, qti’attire un maigre bétail. Les autres Sturnidés
(Lamprocolius sp.) abondent, ainsi que les Tourterelles, divers Pluviers et les Nectarinidés
qui recherchent ce type de savane très ouverte à acacias et parinari — tous oiseaux qui mérite¬
raient, sur Orango comme sur Formosa, une étude approfondie.
Nous enfonçant plus profondément dans l’île, le 23 Février 1962, nous fîmes trois
observations :
1° Sur environ 2 km, l’itinéraire empruntait un chenal de marée en pleine mangrove ^
et nous eûmes tout loisir de constater une fois de plus combien les « forêts » de palétuviers q\il
ceinturent les grandes îles sont pauvres en vie animale — en oiseaux, surtout — à l’inverse
des étroites mangroves qui entourent les îlots et abritent de ai remarquables colonies.
2® Le Falconidé Gymnogenys typirus, qui n’est pas rare dans la forêt des Bijagos,
fut identifié sur son aire. Celle-ci, placée à 7 ou 8 m de hauteur sur une branche latérale d'un
gros arbre, était toute préparée le 24 Février et prête à recevoir une ponte *.
3® Un « nid » du Strigidé Otus leucotis (Tem.) nous fut montré par les indigènes en
pleine forêt secondaire. Il était placé à l’aisselle d’une branche de palmier et contenait
le 24 Février, 3 jeunes presque au vol • (ce qui renvoyait à une ponte de fin Décembre).
Les îles de Canogo et Orangozinho ne purent être que survolées. De vastes régions maré¬
cageuses étaient occupées par nombre d’Échassiers. Mais aucune colonie reproductrice ne fut
aperçue. C’est dans ces régions amphibies que devront être recherchées des nidifications de
Palmipèdes. Nous fûmes surpris de ne découvrir aucune nidification de Pélicans et de Tan¬
tales.
§ 3. — ÎLE DE BOLAMA
Administrativement, cette lie ne fait pas partie des Bijagos. La passe qui la sépare de
la côte continentale est large setilement de quelques centaines de mètres et si peu profonde
que la navigation en barque n’y est pas possible à marée basse. Les Éléphants, dit-on, franchis
salent autrefois ce détroit. Dimensions : 25 km environ en longueur sur 4 à 5 km de largeur
1. Une comparaison du domaine de la géographie liumainc s’imposa à nous : la traversée de ia man
■e est pratiquement impossible tant à cause de l’épaisseur des vases qu’en raison de l’obstacle |constitué
idément à l’intérieur des
basse mer le lacis des chenaux de marée. On marche d’abord dans la vase (extrémité amont du^hen^aU
puis dans l’eau de mer, mais sur le sol relativement ferme qui occupe le fond du Talweg, la vase a’éulant
alors à droite et à gauche, en forme de double talus, sur les bords du chenal (l’on se trouve comme dans
tranchée dont les pentes à droite et à gauche sont asses raides). Mais ta vase ne coule pas à moins d’êi^
agitée (thixoïropie). Plus loin, on atteint iin« canal» plus important : il faut tantôt contourner tantôt tr^
verser à la nage (l’escorte prend alors plaisir i raconter des histoires de crocodiles). Cette utilisation du fond
solide d'un chenal au milieu d’étendues de vase nous rappela un autre type de cheminement en usage dai °
les grandes régions lacustres de Finlande : on suit le sommet des longs cordons de pierrailles, de type morai*
ique, que aoia ic» waur. ^ ■ aiu.,;, vu p.aw jo a,...,.,.,, ,.0. uu cvi iciaiivvincui un» et lerme. à rinvers
;e terrains environnants : drumliia, entassements de blocailles et revêtements post-glaciaires (que n
mt les pins poussant entre les pierres) où la marche est épuisante. Il n’y a là qu'une convergence dan
icherche par l’homme d'une économie d’efforU et de temps. ®
2. «Nestshave been found on the horizontal limb of a high tree...». écrit Bannebhan (1953, p 3 oq\
Selon cet auteur, la saison de reproduction en Afrique occidentale et centrale s’étendrait de Février à Août
3. Un enfant caj
■r de lui sauver la
jn cri inimitable -
lui annoncions no
O sur l'Cle de Bubaque).
l’un des oisillons et lui ca
:. Nous dûmes acheter c
minai pour
répondait
ar lesquels
Source : MNHN, Paris
BIJAGOS. — ÎLES
217
Nous avons prospecté Boloma à plusieurs reprises, en particulier les 17 et 18 Septembre
1960 et le 1*' Mars 1962, mais de façon seulement partielle. Une étude approfondie aurait
l’intérêt de faire ressortir les différences avec le continent tout proche — différences qui, en
ce cas, se réduisent probablement à un appauvrissement faunistique fonction de la superficie.
Trois précisions ont été relevées :
1° En dehors du Charognard, Necrosyrtes monachus présence — à deux reprises —
du grand Vautour Trigonoceps occipitalis, dont la reproduction, recherchée en vain, semble
n’avoir pas lieu sur l’île.
2° Sont visibles au perchoir (roosting) au bord externe de la mangrove (mais non
reproducteurs) : Pelecanus rufescens. Ibis ibis. On aperçoit rarement les autres Ciconiidés.
Ardéidés, Spatules et Ibis sacrés sont relativement peu nombreux sur les côtes et ne nichent
pas dans ies ceintures de palétuviers.
30 Deux espèces très différentes, le Cordon-bleu, Uraegînthus bengalus, et le petit
Héron Butorides striatus, recherchent sur Boloma le voisinage humain. Le premier se reprodui¬
sait en abondance, en Septembre, dans les citronniers tout proches des maisons. Une dizaine
de couples du second, de façon plus surprenante, s’étaient établis en pleine ville dans les arbres
à feuillage épais de la grande place centrale. Les nids, à la mi-Septembre, contenaient pontes
et poussins. Nous n’avons trouvé qu’un autre exemple chez les Ardéidés d’une adaptation aussi
franche à l’habitat humain; Egretta alba nichant en pleine ville de Bissau sur un énorme
Fromager (v. p. 206).
1. Nous avons noté, parmi Ica Tieserins les plus courants, Ploceus cucuUaJus. L'espèce couvre de
ses nids de grands fromagers. Sur un de ces arbres, le 17 Septembre, un Serpent verdâtre environ ISO cm
était lové entre deux grosses branches. Tué à la carabine il resta accroché dans les ramures. On vit alors le
jaune d'eeuf couler de son estomac perforé. Nos grimpeurs, glacés de terreur, refusèrent d’aller chercher la
dépouille. J.a Veuve, Vidua maeroura. est très commune. Le Gobe-mouches, Tchürta eiridis, a été observé
en plumage nuptial, pendant les pluies.
2, Niebeur jusque sur les lies les plus extérieures de l'archipel pourvu qu’elles portent un peuplement
humain (ulle Orango).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE V
ARCHIPEL DES BIJAGOS — LES ÎLOTS
Nous décrirons 13 îlots ou groupes d’îlots qui ont tous été visités par nous.
§ 1. — ÎLOT DOS FLAMINGOS
Col îlot (Lat. 11° 27') d’une quinzaine d’hectares, de forme à peu près elliptique, est
densément boisé : taillis sous futaie comprenant des arbres de 30 m de hauteur et ceinture de
mangrove à peu près continue.
C’est sur les vastes vasières qui l’entourent que Frade, Bacelar et Gonçalves crurent
reconnaître le petit Flamant rose, Phoeniconaias minor. Nous-même, au même endroit et à
deux reprises, observâmes à distance 200 ou 300 Flamants dont les silhouettes colorées nous
mirent dans un étrange état psycholo^que : d’une part, nous n’hésitâmes pas à les désigner
comme Flamants roses k nos compagnons de toute; d’autre part {le souvenir nous est resté
sans qu’il y en ait trace dans nos notes) nous éprouvâmes un certain malaise... comme si ces
Flamants n’avaient pas présenté tous les traits de Phoenicopterus ruber. La découverte du
Phoeniconaias minor nicheur dans le SW mauritanien (v. p. 127...) rend parfaitement
vraisemblable sa présence occasionnelle sur les hauts-fonds guinéens et il est fort probable
que Frade et ses compagnons ne se soient nullement mépris.
C’est à cette occasion que s’imposa à nous un fait d’ordre écologique qui devra être
retenu dans les conclusions de cette V® Partie : l’heure était celle du jusant et le courant de
marée sur les hauts-fonds pouvait atteindre 3 ou 4 nœuds. Pour prendre leur nourriture à la
faveur d’une hauteur d’eau convenable, les Flamants ne pouvaient demeurer plus de quelques
minutes en chaque endroit, ce qui les obligeait à des déplacements répétés. Nous croyons
pouvoir en conclure que pour certains Échassiers — Flamants, Spatules, Aigrettes... — les
grandes étendues sablo-vaseuses où l’amplitude des marées est importante (4 à 5 m dans les
Bijagos) ne constituent pas un biotope favorable. La grandeur du marnage fait que les eaux
doivent parcourir sur l’estran, dans le même temps, une grande distance. D’où la vitesse des
courants qui gêne les oiseaux, exerçant sur leurs pattes une forte pression, les empêchant de
stationner longuement, et diminuant pour eux la visibilité (v. p. 246).
L’ilha dos Flamingos n’est pas seulement la plus belle et U plus riche des îles à oiseaux,
celle qui, dans l’état actuel de nos connaissances, possède l’exclusivité de la reproduction
d’Anhinga rufa et de Pkalacrocorax carbo. Elle parait aussi, pour les espèces les plus commune
servir sinon de centre unique — nous verrons que des îlots beaucoup plus petits, comme ceux
de Tufo et des Mouettes à tête grise, jouent des rôles analogues — du moins de centre principal,
à partir duquel la nidification gagne plus tard en saison d’autres Ilots *.
Dates des prospections.
En saison des pluies : le 19 Septembre 1960 (exploration incomplète) et le 23 Août 1963. En saison
sèche : le 23 Décembre 1961 et le 21 Février 1962 ; au printemps ; le 14 Mai 1964. En outre, survol à bord
d’un avion rapide le 14 Novembre 1966.
1. Le petit Flamant rose a d’ailleurs été identifié en plusieurs points de la côte occidentale d'Aùique
(Allen 1956). Voir carte de répartition p. 129.
2. Nous avons déjà signalé cette forme d’extension dans l’espace et la durée à propos des colonies
du Banc d’Arguin. Elle apparaîtra mieux, en ce qui concerne les Bijagos, lorsque nous aurons décrit l'en¬
semble des îles et de leurs peuplements.
Source : MNHN, Paris
220
RENÉ DE NAUROIS
Mais rilot dos Flamingos mérite mieux que ces cinq visites. Une étude moins fragmen¬
taire devra comprendre au moins une véritable prospection au début de Novembre et une
autre en Juillet : époques de transition où il sera possible de surprendre le début et la fin
du cycle pour plusieurs espèces dont le statut est encore imprécis.
CROQUIS DEL'ILHA DOS FLAMINGOS
a
®
Mànÿrovt .
TàiWs sovj futaie .
Co/cnie e/’Jbîi sSaeràj . Thre^kiofn/s
tc/onie d'/frefeit/ci , fiu/i Jfiatu/a>f •
Co/onle e^ '^rciai'etej ,~ltu/s (WfoJ.
Co/onie e/'^rc/éiefai, Jtu/i {/sehj.
au pothiére* anaoUnais . ■? Ijire proiai/e dt Hafai'tus Veelfm^
finfiinoa rufa , ieuU (isso).
Anh:ryaa rufa puU Pha/a e^^eerax earho .
lieu proiaé/â «* reproduction a'e Haoedaafia haaadaah.
Fie. 21
Peuplements et reproductions.
Si nous laissons de côté l’avifaune terrestre (Passereaux et autres...) peu ou point étudié
et d’ailleurs très pauvrement représentée, c’est à 11 et probablement 13 que s’élève le nornbr*
des espèces nicheuses.
Source : MNHN, Paris
BIJAGOS. — ÎLOTS BOISÉS
Ankinga rufa — Le croquis (p. 220) montre que les Anhingas ont occupé simultané,
ment deux sites : l’un (découvert dès 1960) à proximité immédiate des Ibis sacrés * ; l’autre
(découvert en 1962) à quelques centaines de mètres des colonies d’Ardéidés.
Le 19 Septembre 1960, 6 à 8 couples étaient installés sur le premier emplacement :
hautes branches d’un grand arbre à proximité immédiate de la mangrove. Les nids contenaient
encore quelques œufs mais surtout des poussins de tailles échelonnées, certains d’entre eux
étant déjà emplumés. Si le deuxième emplacement — une ligne de grands arbres dans la
partie SE de l’ile — avait été exploré, une colonie plus nombreuse y aurait été certainement
découverte. Le 15 Septembre 1961, en effet, les Anhingas s’y trouvaient au nombre de quelques
dizaines. Mais le développement de la reproduction cette année-là, apprécié d’après la taille
des poussins que l’on pouvait apercevoir dans les nids, était à un stade beaucoup moins avancé
qu’en 1960. D apparait donc que la date d’installation varie sensiblement d’une année à l’autre.
Une exploration en Juin-Juillet et des comptages précis (difficiles à effectuer en raison de la
hauteur des arbres) permettront de trancher la question. Nous tenons en tout cas deux limites :
le 14 Mai 1964 aucun Anhinga n’était encore nicheur; le 23 Décembre 1961 les grands Cormo¬
rans, Pkalacrocorax carho, les avaient remplacés, utilisant une partie au moins des nids cons¬
truits par leurs prédécesseurs.
Pkalacrocorax carbo lucidus — Le 23 Décembre 1961 quelques nids et leurs occupants
furent aperçus de fort loin, posés sur un arbre desséché. Ce n’était là qu’une partie de la colonie,
car le gros des nicheurs se trouvait installé, comme il vient d’être dit, sur l’emplacement même
des Anhingas. Quelques aires purent être atteintes : elles contenaient des œufs fortement
incubés et quelques poussins.
Ainsi furent découvertes pour la première fois en Guinée portugaise non seulement
la reproduction mais l’existence même de cette espèce que la mission dirigée par le professeur
Frade en 1945-1946 n’avait pas rencontrée *. Nous-mêmes avons été surpris de ne jamais voir
dans l’archipel qu’un très petit nombre d’individus et de ne compter, au terme de recherches
assidues, que cette seule colonie de l’île des Flamants
Le 21 Février 1962, le grand Cormoran avait terminé son cyde sur l’ilha dos Flamingos.
Cette date, et celle de fin Septembre où les Anhingas étaient seuls présents, encadrent donc une
période de reproduction relativement courte et que nous pouvons délimiter approximativement
comme suit : début de ponte à la mi-Octobre; derniers envols au plus tard à la mi-Février *.
Threskiornis aethiopicus — La reproduction de l’Ibis sacré a été constatée par nous
sur l’ilha dos FTamingos en 1960, 1961 et 1963; nidification du type “ serré ». Le nombre des
couples, assez constant nous sembla-t-il d’une année à l’autre, était d’environ 200. Mais le
chiffre de la population totale doit être plus élevé car la saison de reproduction s’étire sur une
longue durée et deux cydes au moins doivent y trouver place. Dès le 19 Septembre 1960, en
effet, de nombreux poussins étaient déjà emplumés en même temps que des pontes venaient
d’être déposées à la périphérie de la colonie. Il n’y avait plus trace d’Ibis le 21 Février 1962,
mais les derniers jeunes avaient pu ne prendre le vol qu’en Décembre ou Janvier.
Les nids contenaient le plus souvent 2 œufs, paifois 3, rarement 4. Serrés à se toucher,
ils étaient placés à faible hauteur : sut les troncs d’arbres morts blanchis de déjections; sur
des arbustes; en grand nombre aussi sur la végétation volubile recouvrant la brousaille comme
un filet à maille serrée; voire au sol même (nids les plus récents, en bordure de territoire).
Constatations analogues l’année suivante à la même époque, avec cependant moins de jeunes
et une incubation généralement moins avancée.
Ein 1963, la colonie avait abandonné ce site, où les feuillages étaient comme brûlés
par le guano. Noua la retrouvâmes le 23 Août à 200 m de là, dissimulée en plein taillis à l’inté-
1. Le 14 eeptembre 1962 pluaieiue nids d'.4nAing<u étaient placés à quelques mètres au-deisua
des nids d'Ibis.
2. Elle n'est pas mentionnée dans le Cauiogo de Frase (195S).
3. Le 15 janvier 1961, sur un tiot voisin de l'ilha Uno, une dizaine de sujets étaient posés sur des
grands arbres ; il n'y avait lè aucune trace de nidification actuelle, ancienne ou commençante. Peut-être
les parties marécageuses des fies Orangozinho et Canogo (à l'E de Orango), que nous n’avons jamais pu
explorer compUlement, réservent-elles des surprises?
4. Ces données seront reprises en conclusion lorsque nous comparerons les cycles de l'espèce aux
diverses Latitudes de la c6te nord-occidentale d'Afrique. Notons dès maintenant que la nidification, à
notre connaissance, n’a été effectivement constatée nulle part au sud de la Guinée portugaise. Il est peu
probable cependant que l’ilba dos Flamingot marque la limite Sud de l'area.
Source ; MNHN, Paris
222
RENÉ DE NAUROIS
rieur de l’île. Cette fois encore les nids étaient posés sur les arbustes et leur revêtement de
plantes grimpantes. A chacune de nos visites les oiseaux se montrèrent très farouches, s’enle¬
vant tous à la fois, dans un grand claquement d’ailes, dès le moindre bruit : cassure d’xuie
branchette, simple froissement des frondaisons annonçant l’approche humaine. L’emplace¬
ment de la colonie était déserté en un instant, puis survolé quelques minutes plus tard, par des
groupes en formation irréprochable et majestueuse, mais qui passaient à bonne hauteur et
avec rapidité. L’explication de ce comportement extraordinairement méfiant nous fut bientôt
fournie : nous apprîmes que les habitants très primitifs des lies voisines descendaient de temps
à autres sur Flamingos pour s’emparer des chèvres sauvages qui y ont été importées et par la
même occasion faire main basse sur les plus gros poussins d’Ibis.
Aidéidés.
Au cours de notre exploration partielle de 1960 nous ne distinguâmes comme nicheurs
que Nycticorax nycticorax, Bubulcus ibis et Egrelta gularis. L’année suivante, pénétrant plus
profondément dans les pdétuviers, nous les retrouvâmes par centaines de couples et identi-
fiâmes deux autres espèces : Egrelta alba (abondants) et Egrelta inlertnedia (rare) 23
Décembre 1961 toute reproduction d’Ardéidés était terminée. Cette héronnière de l’île des
Flamants est la plus importante de l’archipel par le nombre des individus.
C’est seulement le 14 Mai 1954 que nous apparut une importante particularité de la
reproduction des Ardéidés dans l’archipel des Bijagos. Nous enfonçant non plus dans la
mangrove mais dans le taillis central, nous fûmes fort surpris d’y trouver Egrelta gularis
— une centaine de couples — en pleine incubation, L’enchevêtrement des brousailles et l’épais¬
seur des feuillages rendaient l’observation à la fois pénible et difficile. Nous pûmes néanmoins
apercevoir un poussin : les premiers œufe avaient donc été émis en Avril. Comme le fera res
sortir la suite de l’exposé, pareille précocité n’a été observée nulle part ailleurs. C’est ce oui
fait apparaître l’Ilot dos Flamingos comme le « centre » principal d’où la nidification gagne
plus tard d’autres îlots : phénomène tout à fait analogue à celui qui a été noté sur les ües du
Banc d’Arguin. Parmi les Aigrettes, quelques Bihoreaux, Nycticorax nycticorax, en petit
nombre, étaient également cantonnés et probablement nicheurs. Mais il eût fallu des heures
d’affût pour repérer avec certitude une de leurs aires parmi celles d’Ê^rerto gularis *. Pressé
par la marée descendante, nous dûmes reprendre notre bateau, sans avoir pu nous assurer ou
les Bihoreaux se trouvaient aussi en incubation.
11 est remarquable que Bubulcus ibis n’ait pas été noté à cette date. A l’inverse de
que les Morel (1961) ont mis en évidence dans la héronnière de Rosso (haut delta du Sénésall
le Héron garde-bœufs des Bijagos n’est pas l’initiateur qui entraîne le déclenchement du rvM ’
pour les autres Ardéidés (v. p. 143). ^ *
Platalea alba — C'est avec un sentiment d’émerveillement que le 23 Décembre 1961
en atteignant la mangrove des Ardéidés, nous vîmes les Rhizophora couverts d’oiseaux d’un
blanc éclatant. Les Spatidcs occupaient l’emplacement même qu’Aigrettes et Bihoreaux avaient
déserté peu de temps auparavant. Les nids (anciennes aires d'Egretta alba principdementl
étaient placés à la cime des palétuviers et contenaient soit des poussins soit des œufs au nombr^
de 3 ou 4. Les pontes avaient donc été déposées à partir des premiers jours de Décembre sinon
en Novembre.
Le 21 Février 1962, la colonie était toujours en place : poussins à tous les âges dans la
grande majorité des nids; quelques œufs. Une ponte de belle apparence fut prélevée • ell
était fraîche. L'île ne fut jamais explorée en Mars-Avril de sorte que nous ne pouvons na**
assigner de date précise aux derniers envols. Mais il y a tout lieu de penser que la fin Février
marque la date extrême d’émission des œufs.
Gypohierax angolensis — Cet étrange rapace — le Palm-Nut Vulture des Anglais_
pullule dans les îles Bijagos. Sur les 15 hectares de la seule île des Flamants nous comptâmes
(21 Février 1962) près d’une dizaine de couples nicheurs. Les aires étaient bien entendu placée
à 10, 15 ou 20 mètres de hauteur sur de pands arbres, en particulier sur des kapokiers à
l’écorce munie de fortes épines. Notre habile grimpeur réuasit à atteindre 5 de ces nids
1. Celle-ci reconnue moins i sa taille réduite qu’à la teinte grise ou jaune pâle de la peau des cuia
2. Le» œuf» sont de taille» et de couleur» trop «cmblabtes che* tes deux espèces pour permettre**'
discrimination sûre.
Source : MNHN, Paris
BIJACOS. — ÎLOTS BOISÉS 223
ils contenaient des œufs à divers stades d’incuLation >. La période de ponte s’était étendue du
10 ou 15 Janvier à la mi-Février.
Désireux d’apporter notre contribution à la question très débattue ^ de l’alimentation
du Gypohierax, nous nous décidâmes à sacrifier trois sujets : A 10 h du matin les estomacs
étaient bourrés de pulpe de noix de palme, h’Elaeis manque sur î’Üot mais les oiseaux n’ont
qu’un bras de mer à traverser — 3 km environ — pour atteindre les grands peuplements de
l’Üe Formosa. Ils disposent en outre, dans une mesure que l’expérience ne permit pas d’appré¬
cier, des déchets animaux que le jusant laisse derrière lui sur les 15 ou 20 km* de vasières
environnantes.
Deux autres espèces, dont les nids n’ont pu être sérieusement recherchés par
nous, sont très probablement reproductrices sur l’Ilheu dos Flamingos. Ce sont l’Ibis
Hagedashia kagedash et l’Aigle pêcheur Haliaëtui voci/er. Le cri d’alarme du premier,
puissant et désagréable, fut entendu lors de chaque visite : 2 ou 3 couples doivent nidifier
solitairement dans la mangrove de la côte Ouest (opposée à celle des Ardéidés) — le second
fut observé sur les arbres les plus ^evés à l’extrémité Nord de l’île où il paraît cantonné.
C’est d’Octobre à Janvier que son aire pourrait être identifiée parmi celles (inoccupées
jusqu’en fin Décembre) des Gypohierax.
En résumé — L’Ilheu dos Flamingos n’est certes pas, dans l’ensemble des Bijagos,
le seul îlot présentant une originalité. Il est pourtant, à notre sens, le joyau de l’archipel.
Deux Ardéidés n’y ont pas été observés par nous : le Crabier, Ardeola ralloides — qui figure
dans le catalogue de Frade et que, par un jeu d’étrange malchance, nous n’avons rencontré
nulle part en Guinée portugaise — et l’Aigrette noire Melanopkoyx ardesiaca, observée une
fois seulement sur l’ilot Angurumâ dont il sera question ci-après. Bien entendu aucun Inndé
ne saurait être attendu sur un îlot entièrement boisé. Ceci mis à part, l’Iiheu dos Flamingos
est le seul endroit connu de nous en Guinée portugaise, où nichent — en petit nombre —
Ânkinga rufa et Phalacrocorax carbo lucidus. Il est aussi celui qui abrite l’une des grandes
colonies de Spatules, le plus important groupe d’Ibis sacrés, la héronnière la plus riche en
nombre d’individus, une sorte de « colonie », extraordinairement forte, de Gypohierax angoîen-
sis. L’avifaune y est menacée par les déprédations humaines. Il faut souhaiter que les chèvres
soient extirpées et que le site, constitué en réserve de faune, soit strictement protégé
§ 2. — ÎLOT ANGURUMA-ETISSE
Cet îlot (Lat. 11" 19') se situe à mi-chemin sur la ligne de hauts-fonds qui continue vers
le SW le grand axe de l'île Soga et se termine à l’flot Angurumâ. La ceinture de mangrove
occupe une surface au moins égale à celle de l'île proprement dite. Celle-ci n’est d’ailleurs
qu’une accumulation de sable prolongée à l’Ouest par des cordons littoraux, le tout étant
retenu par un soubassement rocheux — structure que l’on rencontre fréquemment aux Bijagos.
Les plus grandes dimensions (mangrove comprise) sont de 400 m sur 150.
Le rideau de Rhixophora est extraordinairement serré et dissimule très bien les colonies
d’oiseaux. On peut naviguer dans les passes autour de l’îlot sans rien remarquer. C’est par
souci de méthode qu’à l’occasion d’une reconnaissance en avion au-dessus des vastes mangroves
de l’Üe Orango nous voulûmes survoler Soga et ses dépendances. 11 apparut immédiatement
que l’îlot Angurumâ, comme l’îlot Pointu situé au voisinage de l’üe Uracan, appartenait au
type de ces dômes relativement élevés (3 à 6 m), densément boisés mais dépourvus de man¬
grove, qui n’abritent qu’une faune (réduite) d’oiseaux terrestres. Sur AngurumS-Etisse au
contraire nous distinguâmes aussitôt un grouillement noir et blanc d’Ardéidés.
Dates des prospections.
Elles eurent lieu les 19 Septembre 1961. 20 Août 1963,16 et 16 Mai 1964, 16 Avril 196S.
1. La ponte est invariablement d'un oeuf. En dehors de tout préUvement, on peut apprécier la
durée d'incubation non seulement au« poli» de la coquille mais à la fraicheur du coloris. Le pigment brun
est en effet déposé très superficiellement. En fin de couvaison le frottement a enlevé toute la couleiu.
2. Voir Moreau 19S7. Nous avons noté (p. 214) la présence de poissons dans une aire de Cypohieriuc
inventoriée sur l’ile Bubane.
Source ; MNHt4, Paris
224
REIfÉ DE MAUROIS
Aidéidés.
Bubulcus ibis, Nycticorax nyeticorax, Egretta gularis, Egretta alba occupent en masse
la partie Sud de la mangrove Egretta gularis d’ailleurs ne se cantonne pas seulement dans
les palétuviers : le 19 Septembre 1961, au centre de l’Uot, de nombreux nids étaient dispersés
sur les arbrisseaux et à rintériour des fourrés recouverts de plantes grimpantes : disposition
qui rappelait celle adoptée par les Ibis sacrés sur l’Uot dos Flamingos (v. p. 221) et artnonçait
celle qui fut trouvée sur l’îlot do PatrSo (v. p. 219).
CROQUIS DE L'ILHEU ANGURUMÂ-ETIS5E
l's^^ /fvicenm'a ^frîcsna
V/'/^ nhi^aphor^ ràcemosi
Fie. 22 (icbelle en mètres)
Nous revînmes sur les lieux le 18 Mai 1964, avec l’espoir d’y surprendre la nidification
à son début. Pressé par le temps, nous ne pûmes explorer qu’une partie (N W) de la mangrove
de Rbizopbora et y découvrîmes de nombreux nids dont quelques-uns contenaient 1 ou 2 œufs
1. £ÿre«o inlermeJifl n'a pas été identifiée. Maia cet oiieau extrêmement farouche a pu d'autant mieux
échapper à l'observation que le réseau de palétuviers empêche ia vision à plus de quelques mètres.
Source : MNHN, Paris
BIJAGOS. — ÎLOTS BOISÉS
225
frais. Nous nous crûmes donc fondé à conclure que la reproduction commençait au plus tôt
à la mi-Mai : c’était une erreur ! I^e 18 Avril 1965, en effet, l’ensemble de la mangrove fut cons¬
ciencieusement fouillé : les colonies étaient déjà fort nombreuses et nous vîmes plusieurs
poussins. Comme sur l’îiot dos Flamingos l’année précédente et comme sur l’îlot de Tufo
la ponte avait commencé dès la ân Mars.
Ardea goliath — Le 19 Septembre 1961, dans la partie NW de l'île — mal drainée,
encombrée d'Avicennia aux lourdes ramures et de troncs morts — deux Hérons Goliath s'en¬
volèrent. Nous tombâmes sur un nid énorme encastré sur les branches basses. La coupe peu
profonde n’était pas à plus d’un mètre du sol. Elle contenait 3 œufs dont le degré d’incubation
indiquait une ponte de la première semaine d’Août. Le 20 Août 1963, sur le même empla¬
cement et à U même hauteur, une aire de mêmes dimensions contenait deux œufs absolument
frais (ponte incomplète).
Nyclicorax leuconolus — Plus remarquable fut la découverte du Héron le plus rare
d’Afrique occidentale. Le 19 Septembre 1961, à la tombée du jour et après une prospection
qui avait mis nos forces à dure épreuve, un massif de palétuviers n’avait pas encore été exploré.
Nous y dépêchâmes notre grimpeur, qui nous rapporta un nid inconsistant fait de brindilles.
La coupe garnie de feuilles vertes contenait un œuf blanc. Nous nous perdîmes en conjectures.
Deux ans plus tard, le 20 Août 1963, nous nous ouvrîmes un passage dans ces mêmes
Rhizopkora extrêmement imbriqués les uns dans les autres. Aucune nidification en colonie
n’apparut; cette partie de la mangrove paraissait inhabitée. Pourtant un oiseau inconnu de
nous ne tarda pas à se dégager des hauts feuilhges. Nous ne pûmes qu’entrevoir le roux vif
du cou et de la poitrine ainsi qu’une tache blanche sur le dos. A proximité apparut un nid de
brindilles, garni de feuilles de palétuviers : il contenait trois œufs blancs que le contact de la
matière végétale avait teints de rougeâtre. Instruit par l’expérience, nous nous perchâmes
dans les ramures aussi haut que possible, en équilibre instable autant qu’inconfortable, et
attendîmes... L'oiseau revint au bout d’un quart d’heure, se faufilant de branche en branche
ses yeux énormes braqués sur nous, extraordinairement soupçonneux. Approchant de deux
pas, puis se retirant, ii s’arrêta enfin à distance convenable — quelques mètres — de notre
appareil photographique Les œufs étaient près de l’édosion, ce qui indiquait une ponte
du début d’Août.
Un deuxième nid fut trouvé deux jours plus tard sur un autre îlot, comme il sera exposé
plus loin (v. p. 231).
Le Bihoreau à dos blanc était connu de Guinée portugaise par 1 mâle et 3 femelles
coUectésparANSORGE à Gunnel en 1909 (Frade 1955). Ces spécimens se trouvent au British
Muséum. Les étiquettes (N°® 1910-5, 6, 86, 80) ne portent aucune indication concernant le
lieu exact de capture et l’état des gonades (l.C.J. Galbraith in lin.). Les trouvailles faites
par nous dans les Bijagos, constituent donc les premières données relatives à la reproduction
de l’espèce en Guinée portugaise et, sauf erreur de notre part, en Afrique occidentde.
Plegadidae.
A notre étonnement, nous n’avons jamais trouvé d'Ibis sacré, Threskiornis aethio-
picus. nicheui sur Anguiumà-Étisse.
L’Ibis Hagedahia hagedash, par contre, remplit l’Üot de ses clameurs dès que l’on
aborde. Le 19 Mai 1964, il n’y avait encore aucune reproduction. Mais le 19 Septembre 1961
et le 20 Août 1963, 4 ou 5 nids furent découverts, placés à mi-hauteur dans les palétuviers. Ces
nids sont faits de branchettes (à la manière des nids d’Ardéidés) mais se distinguent par une
structure massive et une coupe relativement profonde, garnie d’herbes fines. La distance d’un
nid à l’autre est de plusieurs dizaines de mètres, voire 100 mètres et davantage. L’espèce fait
donc preuve, sur certains îlots tout au moins, d’un certain grégarisme. La densité constatée
sur Angurumâ-Etisse constitue cependant un cas exceptionnel.
1. Si nous étions demeurés au pied des palétuviers, notre ailhouette ee détachant sur le plan d'eau,
l'oiseau ne aérait pas retourné vers son nid: noua avons noté plus haut (v.p. ISO) cette extraordinaire méûance
des Ardëidés. Mais il suffit de s'établir à quelques mètres de hauteur, sans même se dissimuler dans le feuil¬
lage.
8 564016 6 15
Source : MNHH, Paris
226
RENÉ DE NAUROIS
A la date du 20 Août l’incubation des œufs — très inégale d’un nid à l’autre — la pré¬
sence de poussins d’âges variés, montraient que la période de ponte s’étale sur plusieurs mois.
Sur Angurumâ-Etisse les premiers œufs avaient été émis au début d’Août. Nous ferons état
plus loin de pontes plus précoces encore (v. p. 234).
Gypohierax angolensis — Deux ou trois aires, L’une d’elles contenait le 16 Mai 1964
un jeune presque au vol.
jMmprocolius splendidus (Vieillot) — Cet Étourneau au magnifique plumage est
commun dans les Bijagos mais nous ne l’avons jamais trouvé en bande aussi nombreuse et
bruyante que sur Anguiuma-Etisse. 20 à 30 oiseaux étaient présents le 16 Mai 1964. A la
limite entre la partie centrale de l’Ue (exondée en permanence) et la ceinture de Rhizophora,
nous surprimes plusieurs sujets au moment où, d’un vol furtif, ils s’échappaient de trous
d’arbres, princijwiement de vieux Avicennia aux troncs creux. L’exploration des cavités
amena la découverte, à des profondeurs de 40 cm à 1 m, de nids sommaires faits de tiges de
graminées entassées. Dans une demi-douzaine d’entre eux le nombre des œufs éuit de 1 ou 2 ;
deux jours plus tard, de 2 ou 3, en même temps que de nouveaux œufs apparaissaient
d’autres nids. Ainsi s’affirmait un synclironisme remarquable dans le déclenchement
du cycle. Le 28 Avril de l’année suivante — avec 18 jours d’avance sur la visite précédente —
aucun nid n’était encore préparé, mais un sujet abattu présentait des gonades fort
développées. _ _
On s’interroge sur les raisons écologiques d’un peuplement aussi important d’Étour-
neaux. Sur AngurumS-Elisse, LamprocoUus splendidus est certainement attiré par ce peuple-
ment d’^vteennio en pleine sénescence qui lui ménage sur une petite surface de nombreuses
possibilités de nidification — ce qui convient admirablement à une espèce dont le grégarisme
est bien connu. Encore faut-il que les possibilités d’alimentation soient en proportion. Nous
ne pûmes malheureusement déterminer la nature des fruits qui à l’époque, constituaient la
base de sa nourriture. 11 est possible que les oiseaux doivent chaque jour quitter l’îlot pour
chercher leur nourriture sur les terres voisines. Si tel est le cas c’est bien la présence des
troncs creux d'Avicennia qui explique la nidification en colonie. Nous aurons à y revenir.
En résumé.
1® Sur une surface de quelques hectares, cet îlot réunit un nombre remarquable d’es¬
pèces nicheuses — nous en avons dénombré 8 — parmi lesquelles le Héron aux apparitions
exceptionnelles, Nyclicorax leuconatus, et l’énorme Héron goliath, tous deux nichant isolément.
2® Plusieurs de ces espèces sont représentées par un nombre imporUnt d’individus.
Aigrettes et Bihoreaux pullulent sur un côté de la mangrove; Hagedaskia Hagedask, sur
l’autre côté, atteint une densité que nous n’avons jamais rencontrée ailleurs. LamprocoUus
splendidus enfin occupe en force ce petit espace.
3® La nidification des Ardéidés peut commencer dès la mi-Mais (1965). L’Üot rentre
donc dans la catégorie de ces centres d’où la reproduction s’étend à la manière d’une onde
aux autres lies. Non pas que les mêmes oiseaux se déplacent : là où elle a commencé la nidifica-
tion suit son cours, plusieurs mois durant, entretenue tant par les pontes de remplacement que
par l’afflux de nouveaux arrivants; mais parmi les lûcheurs moins précoces des effectifs consi¬
dérables dédaignent les places disponibles autour du lieu déjà occupé et vont fonder ailleurs
une nouvelle colonie.
§ 3. — Ilot do tufo
C’est un rocher (Lat. 11® 27') de forme elliptique, très petit — 30 m sur 15 — qui
s’élève à 2 ou 3 m au-dessus des plus hautes eaux. La roche est un edeaire coquiller profondé¬
ment affouUlé en lapies jusqu’à la hauteur extrême atteinte par les vagues. La plate-forme som-
mitaie porte un sol enrichi de guano qui se couvre de végétation rampante et de graminées
après les premières pluies. Il porte, en outre, un bouquet d’arbres plus ou moins blanchis de
déjections.
Les hauts-fonds qui entourent l’îlot sont fort étendus et • découvrent » en grande partie
à marée basse. D’où l’obligation d’utiliser une barque à fond plat. L’exploration peut être
faite entre deux mi-marées. Ce qui veut dire que l’on ne dispose que de 2 ou 3 heures, faute
de quoi il faut attendre la marée suivante pour retrouver des fonds permettant la navigation.
Source : MNHN, Paris
BIJAGOS. — ÎLOTS BOISÉS
227
Dates des prospections.
28 Fivrier 1962 ; 21 Avril 196S (survol) et 26 Avril 1965 ; 14 Novembre 1965 (survol).
Peuplements et reproductions.
Notre premier débarquement eut lieu le 28 Février 1962 : aucune reproduction;
mais noua notâmes, outre l’abondance des excreta, des fragments de coquilles bleues d’Ardéidéa.
lie 21 Avril 1965, passant à bord d’un avion lent au-dessus de l’îlot, le sol apparut couvert
d'oiseaux : Aigrettes dimorphes manifestement nicheuses et oiseaux blancs, remarquablement
immobiles et apparemment nicheurs, que nous primes pour des Sternes Caspiennes.
Le 26 Avril, utilisant une embarcation légère, nous atteignîmes les lieux par mer. Les
nids d’Aigrettes, au nombre d’une cinquantaine, n’étaient pas seulement placés sur les arbres et
broussailles, mais aussi — indice de surpeuplement ? — sur les rebords rocheux et dans les
anfractuosités profondes de la face Nord Un ou deux couples d’Egretta garzetta se déta¬
chaient au milieu des gularis. Plusieurs nids contenaient déjà des poussins de petite taille :
la ponte avait donc commencé dans les derniers jours de Mars.
Quant à la deuxième nidification qui avait été remarquée d’avion, elle ne se composait
pas de Sternes mais bien d’Ibia sacrés, Threskiernis aetkiopkus : 150 couples reproducteurs
en formation » serrée ». Les nids étaient sertis dans les alvéoles mêmes du tapies, profonds de
5 à 20 cm, et abondamment garnis de feuilles sèches, tiges de lianes et graminées. Pontes de
1, 2 ou 3 œufs. La partie centrale de l’area contenait surtout des poussins de taille petite ou
moyenne. Le cyde avait dû s’ouvrir au plus tard dès lu ini-Mars.
Nous survolâmes Tufo une fois encore le 14 Novembre 1965, curieux de voir si la
reproduction des Ardéidés se poursuivait, si d’autres espèces — Sternes, Spatules... — avaient
succédé aux Ibis... Notre espoir fut déçu : l’Uot était parfaitement désert.
En résumé. — D’accès difficile, Tufo n’a pu être visité aussi souvent qu’il l’eût
mérité.
L’occupation des îlots par les Échassiers présente parfois des aspects déconcertants.
Parmi les Aigrettes et Ibis, les reproducteurs les plus précoces choisissent 3 ou 4 endroits
pour y commencer leur cycle—ce sont les îlots dos Flaraingos, Angurumà-Etisse et des Mouettes
à tête grise; c’est aussi le tout petit rocher de Tufo ! Sur les trois premiers, les nicheurs se
succèdent de Mars ou Avril à Octobre ou Novembre. Sur Tufo, trouvé désert en Novembre,
il est possible qu’une ou deux « vagues • seulement passent sur les lieux. L’emplacement, en
effet, est très exigu et, pour les Oiseaux même, doit devenir rapidement inhabitable : feuillages
" brûlés » par les déjections, nids souillés... Une inspection en Juillet-Août nous fixerait sur la
durée de l’occupation et le rôle de l’Üot dans l’économie de l’arcbipel.
§ 4 — Ilot des tourterelles
Il s’agit à peine d’un îlot; plutôt d’un cordon sableux minuscule (qudques mètres
carrés) à peine émergé et accroché à un socle latéritique. Une ceinture de pdétuviers, très
touffus et serrés, dont la superficie ne dépasse pas un hectare, protège le sable central d’un
lessivage par les vagues. Lat. 11° 12'.
les prospections eurent lieu les 20 Septembre 1960, 22 Août 1963, 24 Mai 1964 et
28 Avril 1965. C’est dire que si nous sommes fixés sur les évènements de U saison des plmes
(Août-Septembre) et de printemps (Avril-Mai) nous ignorons encore jusqu’à quelle époque
automnale (Octobre à Décembre) se poursuivent les nidifications d’Ardéidés.
Ardéidés.
Nichent en nombre : Egretta gularis, Bubulcus ibis, et Nycticorax nycticorax. Egretla
alba n’est représentée que par quelques unités. E. intermedia n’a pas été identifiée. Par contre
Melanophoyx ardesiaca fut parfaitement reconnue dans une circonstance assez étrange, mais
son nid ne fut pas découvert *. Plus surprenant encore est le fait que cette espèce — dûment
1. Celle-ci est débitée en blocs de plusieurs dizaines de tn6. Il semble qu'une couche de sédiment dur
ait basculé & la suite d'affbuillements & un niveau inférieur.
2. Nous étions à l'affût, à la tombée de la nuit, dans la partie extérieure de la mangrove. Les cou-
veurs habituels — Egreaa, Bubulcut, Nycticorax, — effrayés par les coups de feu malencontreux d’un chas¬
seur de Tourterelles tardaient à revenir à leurs nids. C'est alors qu'une Aigrette noire apparut, immédiate-
15 .
Source : MNHN, Paris
228
RENÉ DE NAUROIS
raentionnée dans le catalogue de Frade (1955, p. 37 ; spécimens en provenance de l’o île » de
Bissau, de la lagune de Cufada, etc.) — n’a été retrouvée par nous nulle part en dehors du cas
ici rapporté.
Plegadidae.
Threskiornis aelhiopicus — Le 20 Septembre 1960, l’Ibis sacré était totalement absent
Le 22 Août 1963, par contre, une petite reproduction (une cinquantaine de couples) éuit
en cours sur la parde exondée de l’üot où les palétuviers laissent un peu de place libre aux
arbustes et plantes voiubiles.
Celte colonie pouvait n’être qu’une fraction séparée de celle, plus haut mentionnée
de i’îlot dos Flamingos (éloignée seulement d’une douzaine de km). Ici comme là, les nids
s’étageaient à des hauteurs comprises entre quelques cm et 2 m. A la date du
22 Août, ils contenaient des œufs et poussins à tous les degrés d’incubalionct de développement
La ponte avait commencé dès ic début de Juillet sinon plus tôt.
Les 24 Mai 1964 et 28 Avril 1965 aucun Ibis sacré n'était installé. Il semble donc que
la nidification soit plus tardive sur l’îlot des Tourterelles que sur les îlots Tufo (poussins en
Avril) et des Mouettes à tête grise (œufs en Avril) (v. p. 227 et p. 239). Il est d’ailiours probable
que la reproduction n’a pas lieu cliaque année sur l'îiot des Tourterelles.
Hagedashia hagedash. — 1, 2 ou 3 couples sont cantonnés sur l’île. Le 20 Septembre
I960, un nid contenait 2 poussins de 2 ou 3 semaines. Ce qui renvoyait à une ponte de la pre
mière quinzaine d’Août.
Un phénomène assez étrange fut observé ie 20 Septembre 1960 su soir : ia concentration
pour la nuit de plusieurs dizaines de Corbeaux-pic, Corvus albus, et d’une centaine de Tourte
relies, StigmatopeUa senegalensis. Les observations des années suivantes faites pendant les
heures de jour, ne permirent pas d’établir la régularité du phénomène. U est possible que
Corbeaux et Tourterelles des grandes îles voisines — Enu, Eguba, Formosa et Uracan (fort
peuplement humain et présence de singes) — se rassemblent de manière habituelle sur l’îlot
des Tourterelles pour y passer ia nuit en sécurité.
Absentes sont les espèces suivantes : d’une part Ardea goliath (à cause peut-être d’une
trop forte imbrication des branches des palétuviers?); d’autre part les rapaces Haliaëlus vocifer
Gypohierax angolensU (en raison sans doute de la quasi-absence de grands arbres). ’
En résumé. — L’îlot, en dépit de ses petites dimensions, abrite une forte colonie
d’Ardéidés, occasionnellement une colonie d’Ibis sacrés, quelques Ibis hagedash (nicheurs
isolés). Ni pour les Hérons ni pour les Ibis, il n’a joué de 1960 à 1965 le rôle d’un « centre «
à partir duquel, ia saison s’avançant, la reproduction se serait étendue plus loin. Il apparaît
plutôt comme un aboutis.sement, un havre, “ colonisé » en deuxième phase par des nicheurs
relativement tardifs.
§ 5. — ÎLOT DO PATRAO
De forme grossièrement elliptique, cet îlot (Lat. 11° 16') mesure moins de 200 m sur 80
L’intérieur est couvert d’arbustes et de végétation volubile; quelques grands arbres; un rideaii
de Rhizophora au Nord. Entre l’intérieur boisé et la frange de palétuviers, s’intercale une
petite prairie : les herbes, en saison des pluies, atteignent 2 m de hauteur (v. croquis p 229)
Dates des prospections.
1961 ; lesljanvier, 22 Mars, 14 Septembre et 22 Décembre 1861 ; 1963 : les 19 août et 13 Mnt. inte
survol le 14 Novembre. ’
ment distinguée d'EgreUa guiorit par les plumes flottantes de U nuque, le bec légèrement courbé, la démarch
extraordinairement circonspecte et lente le long des branches et arceaux des Rhizophora. Sur le fond somb*^
de la vase que recouvrait un décimètre d’eau de mer, l'oiseau ne distingua pas notre corps immobile, a’annr^*
cha jusqu’à un mètre et se coucha, en position de eouveur, dans un nid placé au-dessus de notre tête et
contenait 3 œufs bleus. Nous crûmes avoir acquis la preuve — tant recherchée - de la rcproductioii*^*
cette espèce dans l’archipel des Bijagos. Pourtant la dimension des œufs nous intrigua: beaucoup nlus
que ceuxd’RjréUo gularis! Ot cctlc dernière est à peine plus grosse que l’ardoisée [ailes pliées (d’après R»,»®
NEMAN 1953) E. gularis ; 247-278 mm ; M. ardeiiaca ; 230-255 mm]. L’explication nous fut fournie l’^é
suivante quand nous découvrîmes dans le delta du Sénégal d’ouihcntiques pontes de Melanophoyx ord
siaea et de Buloridfs striatus. C’est à cette dernière espèce (qui s’établit toujours à faible bouteur au-dess
des plans d’eau) qu’appartenait le nid de i’îlot des Tourterelles. L’Aigrette cherchait à s’approprier?*
convée d'un Buloridft. ^
Source : MNHN, Paris
BUACos. — Ilots boisés
229
PEl;PLEME^TS ET REPRODUCTIONS.
Les visites faites en début de saison sèche (Décembre-Janvier) n’ont fait que confirmer
ce qui était prévisible : aucune reproduction d’Aidéidés n’a lieu à cette époque. D’autre part
l'arbre le plus élevé a porté pendant deux saisons une aire de Haliaëlus vocifer. Nous y avons
trouvé le 7 Janvier 1961 : un poussin de forte taille (ponte du début de Novembre) ; le 22 Décem¬
bre suivant : 2 ceufs peu incubés (ponte du début du mois, donc relativement tardive).
En saison des pluies, par contre, une importante béronnière a pu être observée régulière¬
ment. Elle comprenait deux groupes voisins mais bien distincts : d’une part, Egretta alba,
E. gularis, E. garzelta (moins de 10 couples), Bubulcus ibis et Nycticorax nyclkorax-, d’autre
paît, Bulorides sidalus.
ILHEU DO PATRÀO
l'ic. 23
C’est une particularité de Patrâo que les colonies n’y occupent pas l’élément de man¬
grove, trop étroit et surtout trop peu dense *. Aigrettes garde-bœufs et Bihoreaux s'installent
sur les petits arbres et arbrisseaux touffus. Bulorides strialus, sans se mêler aux Aigrettes,
recherche les arbrisseaux les plus petits, plus ou moins recouverts de plantes volubiles légères.
Mais il s’inst^le aussi sur le sol même, à l’intérieur des hautes herbes t type de nidification
identique à celui qui a été noté tant dans les Bijagos (îlot des Mouettes à tête grise) qu’au
Sénégal (île aux Oiseaux du Sdoum, v. p. 182, 239).
Evaluation numérique des peuplements (en nombre de couples) à la date du 14 Sep¬
tembre 1961 : Egretta alba : 5-6; Egretta gularis : 30 à 40; Egretta garzela ; 3 à 6; Nycti¬
corax nycticorax ; 10 à 20; Bubulcus ibis : une dizaine; Butorides striatus : 20 à 30.
L’époque du début de la reproduction des Ardéidés n’a pas pu être précisée. Nos notes
de terrain du 22 Mars 1961 ne portent pas mention de l’absence d’Ardéidés. Cette lacune nous
oblige à recourir au souvenir : nous ne nous rappelons pas que l'îlot à cette époque ait porté
une nidification de Hérons. Son cas rentre ainsi, avec celui de l’îlot des Tourterelles dans
la catégorie des lieux de nidification tardive (par opposition à ceux que nous avons désigné
comme « centres » d’expansion).
1. A densité égale, AvUennia ofricaTia avec ses branches basses et son feuillage mieux réparti semble
fournir un couvert plus avantageux que Rfcùophoro racemosa.
Source ; MNHN, Paris
230
RENÉ DE NAUROIS
L’Ibis Hagedashia hagedash a souvent été vu ou entendu sur l’îlot (un ou deux sujets),
li ne se reproduit certainement pas dans i’éiément de mangrove, trop peu fournie. Mais un
nid a pu passer inaperçu dans les feuillages épais du centre.
Un nid de Streptopelia semitorquala fut trouvé te 14 Septembre 1961, contenant un
œuf. Trois couples paraissaient cantonnés sur l’Ilot,
En conclusion . — Importante colonie d’Ardéidés à cycle tardif, avec prédominance
À'Egrelta gularis. Reproduction remarquable de Butorides striatus dans un secteur de hautes
herbes. Un couple nicheur de Haliae.tus voci/er. Plu.«ieur8 couples de Streptopelia semitor-
quata (concentration assez exceptionnelle pour l’espèce).
§ 6. — Ilot des guêpes
Les cartes à grande échelle portent au Nord de l’ile Soga un îlot Ulite Soga (Lat. 11° 23')
que l’on hésite à identifier avec celui qui fut l’objet de ce paragraphe. Nous conservons donc
à celui-ci une appellation de notre choix ‘. La surface est d’environ 1 ha. A l’Est s'étend
une prairie; au centre poussent quelques arbres; à l’Oueat se trouve un petite mangrove
L’avifaune est réduite à un petit nombre d’espèces et d’individus.
Dans les palétuviers nous avons trouvé plusieurs vieux nids d’Ardéidés (sans doute
Bubulcus ibis et Egretla gularis). Mais la reproduction doit n’être qu’occasionnelle car plu¬
sieurs visites en saison des pluies et un survol à faible hauteur le 11 Novembre 1965 ne per
mirent de surprendre aucune colonie nicheuse.
Plus notable est la présence fréquente de Pélicans, Pelecanus rufescens, tant sut les
récifs voisins qu’au perchoir sur les baobabs. Ces arbres se prêteraient bien à une nidification
au même titre que les baobabs et fromagers de Nhacara et de Safim... Mais pour des raisons
qui écbappenent le Pélican gris, quoique bien représenté dans les eaux des Bijagos, ne se renr
duit que sur le continent *.
Autre fiiit frappant : la présence en toute saison de plusieurs Gypohicrax angoleasis
12 individus adultes et immatures, furent comptés une fois sur les deux baobabs centraux"
où leurs déjections s’ajoutaient à celles des Pélicans. Cette abondance s’explique par deux
raisons : 1® Sur plusieurs km® l’îlot est entouré de hauts-fonds qui non seulement
» découvrent » mais encore, grâce à des affleurements rocheux, peuvent retenir au jusant toute
sortes de déchets; 2° Moins de 2 km séparent les Guêpes de l’îie Soga couverte de palmiers
à huile. Ea fonction de cet îlot ressemble donc, pour Gypohierax, à celle de l’îlot dos Flamin
goB et de quelques autres (par exemple ceux situés au Sud de l’île Rubané, l’ilheu dos Passaros
à proximité de Bissau, etc.). Mais tandis que l’îlol des Flamants réunit beaucoup de nicheur
sur une petite surface (v. p. 223), une seule aire a été découverte sur i’îlot des Guêpes, curieu*
sement dissimulés dans une abondante végétation liancscente. Elle contenait le 26 Févr'
1962 un œuf très incubé (ponte de la 2® quinzaine de Janvier).
A deux ou trois reprises, en particulier ie 18 Septembre 1961, notre attention fut attiré
par le chant étrangement musical, presque fascinant, du Gobe-mouche Platysteira cyane
(Mffller). Un ou deux couples paraissaient cantonné.s; mais les nids furent recherchés en
dans le fourré. ^
En résumé. — Pelecanus rufescens présent mais non nicheur, sans qu’on puiss
assigner de raison. Nidification occasionnelle d’Ardéidés dans l’élément de mangrove Pré
sence régulière de Gypohierax angolensis (une aire) et de Platysteira cyanea (certaineme t
nicheur).
§ 7. — Ilot des goliaths
Cet îlot n’est pas porté sur les cartes, 11 est situé, par 11® 21', à proximité de l’ilha d
Uracan où le peuplement humain est important, et apparaît au premier abord, comme nn
réplique agrandie de i’Rot des Tourterelles. Il est en réalité très différent. La partie en terr^
1. Celle-ci rappelle seulement pour nous un incident désagréable,
2. On ne saurait «tre catégorique tant que n’auront pas été snigneuBeinent prospectées les «les mar<
cageuses de Canogo et Orangozinho, ainsi que certaines parties d'accès difficile sur Fornrosa et r.
Toutefois les reconnaissances en avion «'ont permis de relever aucune traco. v-arache.
Source : MNHN, Paris
BIJAGOS. — ÎLOTS BOISÉS
231
ferme s’inscrit dans un rcctangfc de 250 ou 300 m sur 100 m. Mais surtout la ceinture de palé¬
tuviers, presque continue, est ici plus large que sur aucun autre üot : ICK) m au moins sur la
côte Sud (3 à 4 ha). Le peuplement avien est pauvre en espèces : aucune colonie d’Ardéidés
du type habituel (Aigrettes, Bihoreaux, etc.), aucune aire à'Haliaetus vocifer, peu ou point
de Gypohierax angolensis, très peu de petits oiseaux terrestres. Ce que nous découvrîmes
dans la mangrove fut cependant du plus haut intérêt.
1° Le 23 août 1963 furent trouvées 4 aires à'Ardea goliath : 3 d’entre elles conte¬
naient 2 œufs, la 4* contenait 3 œufs. Toutes ces pontes étaient fraîches (les 3 premières
étaient même problablement incomplètes) et avaient donc été déposées à partir du 18 au
20 Août Pareille densité de nids occupés simulutnément — est un fait unique, à notre con¬
naissance, dans l’archipel des Bijagos *. Tandis que sur Anguruma-Etisse, les aires étaient
placées sur les branches basses d’Avicennia, celles de l’îlot des Goliath étaient accrochées
dans la ramure des Rhizophora aux deux tiers environ de leur hauteur. L’espèce nidifie
donc en fonction des possibilités qu’offre la morphologie des différents pdétuviers. D’une
part il faut de foites branche.s pour supporter l’énorme masse : elles peuvent être trouvées
à 2, 3, 4 m de hauteur dans l’entrelacement des Rhizophora, plus près de la base sur les Avi-
cennia. D’autre part il faut aussi, pour ces oiseaux de grande envergure, un certain espace¬
ment des ramures, une certaine discontinuité du couvert : c’est-à-dire ime mangrove d’âge
au moins moyen. Et ceci exclut les peuplements jeunes, trop intriqués, que recherchent au
contraire les Ardéidés de petite taille.
2° Ce même 23 Août 1963 nous tombâmes, toujours en pleine mangrove, sur un nid
de structure légère, placé à 4 m de hauteur et qui contenait 2 œufs blancs, marqués de rouge
par le contact de la garniture végétale. Poir voir l’oiseau revenir à son incubation, nous consen-
Ümes une longue attente; mais sans résultat. La structure du nid, sa position, U forme et la
couleur des œufs permettaient cependant de conclure, en toute rigueur : il s’agissait de Nyctico-
rax leuconotus. C’était à deux jours d'intervalle (v. p. 225) notre deuxième rencontre avec
l’hôtel furtif des mangroves où règne le silence.
Une dernière exploration en date du 14 mai 1964 apporta deux renseignements néga¬
tifs : les aires de Goliath étaient vides et aucun Nycticorax leuconotus ne fut retrouvé. La période
précédant les pluies est donc pour ces espèces une période creuse.
Deux trouvailles moins importantes furent faites ce même jour. Nous les signalons par
souci d'intégralité. Celle d'abord d’un nid de la Tourterdle Streptopelia semitorquata :
2 œufs frais. Celle ensuite, moins banale dans un tel environnement, d’une aire de Corvus
albus ; 4 œufs frais; ponte probablement incomplète, mais qui fournissait une donnée précise
et précieuse pour l’étude des époques de reproduction en fonction de la Latitude. Un aspect
de la nidification du Corbeau-pie sur l’îiot des Goliath mérite d’être relevé : on eût attendu qtie
le nid se trouvât sur les grands arbres au centre de l’île (et donc au-dessus de la terre ferme)..,
Pas du tout! Elle était perchée en bordure externe de la mangrove sur un Rhizophora à 6 ou
7 m au-dessus du plan d'eau. Choix insolite, pour lequd nous n’avons pas d’explication.
Corvus albus fuyait-il en ce cas le voisinage de Gypohierax angolensis, maître de la futaie
de baobabs et des autres arbres de terrain sec?
En résume. — Le peuplement de cet îlot est en contraste frappant avec ceux de la
presque tot^té des autres. Déserté par les colonies bruyantes d’Ardéidés et de Spatules, il
est habité par une « concentration ” de ces grands solitaires que sont les Hérons Goliath et par
un couple au moins du rare Bihoreau à dos blanc : étrange mode d’occupation pour lequel
nous n’avons pas d’explication pleinement satisfaisante.
1. Noua ignorons si l’intervalle entre l'émission des Œufs est de 1 jour ou. comme chez beaucoup
d'oiseaux de grande taille, de 2 jours ou davantage. Nos constatations, en tout ces. sont à rapprocher des
données recueillies sur l'tloi AnguruniS-Etisse où une ponte (de 1961) datait de la première semaine d'Août,
une autre (de 1963) du 18 Août.
2. L'absence des petits Ardéidés serait-elle corrélative de la présence en nombre du géant des Hérons?
Un peu comme la masse des Hérons centrés sur l'tle Kiaone (Banc d'Arguin) semble repousser certaines espèces
d'Aigrettes et de Sternes. Sur AngurumS, comme nous l'avons montré, le couple de Goliath occupait nu
secteur qui était son domaine propre : la mangrove clairsemée d'Aviceimia à l'Ouest de l’ïle, nettement
séparée de lu mangrove de Phiiophora où les petits Ardéidés remplissaient l’espace (v. p. 224).
Source : MNHN, Paris
232
nENÉ DE NAUROIS
§ 8. — ÎLOT DOS PORCOS
Nous ne consacrerions pas un paragraphe à cet îlot (Lat. 11° 25') s’il ne constituait un
cas typique de ces lambeaux de nature inviolée qui à la fois promettent et déçoivent. En forme
de triante isocèle, avec une base de 1 km. une hauteur de 2 km, il n’est abordable que par
l’angle au sommet (pointe vers le SSW). Tous les autres rivages en effet sont bordés de vases
noires et profondes où la marche — nous en fîmes la pénible expérience — est épuisante dès
les premières dizaines de mètres. L’îlot lui-même est fait de cordons dunaires juxtaposés,
déposés sans doute sous l’action de deux séries de courants qui viennent converger en cel
endroit : les uns en provenance des « canaux » entre Caravela et Garache; les autres arrivant
par des passes entre Formosa, Enu, Uracan et Cute. Ces alignements sableux sont fixés par une
végétation buissonnante, presque impénétrable, et où de surcroît pullulent certaines Fourmis
qui s’enveloppent dans les feuillages’. Des palmiers à huile (£/oeij ^«ineeosij—que personne
(et pour cause) ne vient exploiter — jdonnent les crêtes; tandis que les eaux marines s’insi¬
nuent à marée haute, formant un faisceau de marigots parallèles, entre les accumulations.
Les traces d’HippopoUmes sont parfois nombreuses. L’avifaune, dans la partie marécageuse
comme dans le taillis, a été trouvée très pauvre ; quelques Ardéidés, Gypohierax angolensis,
Corvus albus, Hoploplertu spinosus; quelques Sylvidés...
A la pointe SW par contre — où un cordon littoral largement étiré en arc de cerde a
déterminé la formation d’une lagune de plusieurs hectares — les oiseaux aquatiques sont
toujours nombreux : Dendrocygnes (Dendroeygna viduala). Sternes caspiennes {Hydroprogne
easpia). Sternes royales {Slerna maxima)... et parmi les migrateurs : Huîtriers, Courlis,
Barges et Bécasseaux innombrables. Longtemps, sur ces aires de sables vifs et de dunes basses
à peine fixées, nous avons espéré découvrir une reproduction de Dendrocygnes, de Sternes
caspiennes ou royales... D’où cinq ou six expéditions, en saison des pluies comme à différentes
époques de la saison sèche, qui furent chaque fois couronnées, si l’on peut dire, d’insuccès *!
L’îie semble n’abriter aucune reproduction.
Nous nous sommes longuement interrogé sur cette inaptitude. Les singes de l’île
Carache n’ont certainement pas accès sur Porcos. Les Hippopotames n’ont jamais laissé de
traces sur les hauts de plages et la flèche de sable où se rassemblent les oiseaux de mer...
L’énigme est d’autant plus irritante que l’exemple est donné à quelque 50 km plus au Sud
d’une île de structure analogue, plus vaste il est vrai — Joan-Vieira avec son lambeau de forêt
primaire_où pullule l’avifaune terrestre. Sans doute Porcos, de formation plus récente, au
sol mal égoutté, est-il aussi beaucoup moins riche en essences végétales donc aussi en fruits
et en insectes, avec diminution corrélative des niches écologiques disponibles pour les oiseaux.
Mais l’explication n’est que partielle et, en tout cas, laisse entier le problème de l’absence
d’une reproduction au moins occasionnelle d’Anatidés et de Laridés.
§ 9. — ÎLOTS SITUÉS ENTRE LES ÎLES RUBANE ET CANHAVAQUE
ÎLOT ANGUTITE.
Situé à 6 km à l’ENE de Patrâo, par 11° 19', cet Ilot d’un hectare, malgré l’absence
d’espèces qu’on s’attendrait à y rencontrer, n’est pas dépourvu d’intérêt. Quelques arbres
de taille moyenne croissent le long des rivages. La partie centrale est garnie de hautes herbes
et de sous-arbrisseaux que des plantes légères volubiies recouvrent comme un manteau au
tissu serré. L’ensemble conviendrait, semble-t-ii, à une nidification en nombre de Threskiomis
iplique tu tâche de rurnilhalogiete. Quiconque, omettant de se
iir SB gauche, frôle un de ces nids te retrouve d'un bond hors du
1. L'agressivité de ces Fourmis
garder soigneusement sur sa droite comi
buisson et instantanément déshabillé I
2. Comme pour ajouter à la malédiction qui semble peser sur cette Me. notre premier débarquement
le 21 Septembre fut marqué par un accident qui faillit être Uès grave. Le capitaine du bateau mia à notre
disDosition voulut descendre sur i’îie pour chasser les Tourterelles de passage et confia son navire à deux
matelots incapables de le mauceuvrer. Uneeiornadead’une violence inouïe se leva. Tout le personnel à terre
se plaqua au sol, «te dans te sable, sous la pluie poussée koruoruaUmeni par 1 ourag^. Pendant ce tempa
le bateau fut je« à la côte. Il fallut lutter 6 heures pour regagner le bord, attendre la pleine mer et se dégager.
C, ..r-i-__i. li.n é marée haute, nous étions perdus. Nous 1 eussions été également si le vent av»;.
e perdre t
le bateau lui jeto a m cuio. i •
Si l’échouage avait eu lien à marée haute,
soufflé en sens inverse, le navire allant
Source : MNHN, Paris
BIJAGOS. — ÎLOTS BOISÉS
233
aelhiopicas, Bulorides strialus. Hérons et Aigrettes, comme il s’en trouve sur des flots_plus
densément boisés il est vrai — tds que Flamingos, Angurumâ-Etisse et PatrSo. Oi nos explo¬
rations, tant en saison des pluies qu’en saison sèche, n’ont permis de découvrir que des popu¬
lations plus que médiocres : quelques nidifications isolées d’Egretta gularis et Butorides
strialus. Il est peu probable que l'flot reçoive souvent la visite des habitants de l’fle voisine
de Canhavaque; ce n’est donc pas aux déprédations du fait des humains qu’il faut imputer
l’absence d’une héronnière digne de ce nom. Une conclusion à tirer est donc que, dans les
Bijagos, il n’y a pas compétition pour les emplacements de nidification.
En dehors de ces rares Ardéidés trois reproductions ont été notées :
1° Gypokierax angolensis : le 7 Janvier 1961 une aire contenait 1 œuf parfaitement
frais (ponte du 6 ou 7 Janvier).
2® Streptopelia semitorquata ; le 14 Septembre 1961 deux nids contenaient chacun
2 œufs. L’un des nicheurs s’était placé à 1,50 m d’un Butorides strialus également couveur.
3® Ploceus cucullatus : une importante colonie : œufs déjà pondus en Mars, donc
2 bons mois avant les premières pluies; activité se poursuivant en Septembre : une cinquan¬
taine de nids suspendus à diverses hauteurs (2 à 10 m), contenant œufs et poussins; plusieurs
pontes de 3 œufs.
Autres Îlots.
Plusieurs îlots (difficiles à identifier sur les cartes), sont situés à proximité des côtes
Est et NE de l’Ile Rubané. Ils furent explorés le 28 Février 1962. Aucun vestige de nidification
d’Échassiers n’y fut trouvé. Tant par le relief que par le peuplement végétal — forme en dôme
s’élevant à 4 ou 5 m au-dessus du niveau de la mer, boisement dense du type guinéen, absence
de mangrove — ces îlots ressemblent à l’îlot Pointu (S de Tîle Uracan). Pour des raisons diffi¬
ciles à saisir, les terres de ce type n’attirent pas les Hérons, Ibis et Spatules. Nous avons ren¬
contré les reproducteurs suivants ;
l® Haliaëlus vocifer : une aire contenait 1 œuf abandonné (infécond)
2* Gypokierax angolensis : sur le même arbre que le précédent une aire contenait un
poussin de 3 semaines ; ce qui renvoyait à une ponte des premiers jours de Janvier ou, au plus
tôt, de la fin Décembre.
3° Streptopelia semitorquata : un nid trouvé en Février portait 2 œufs *.
En conclusion. — La présence de Haliaëtus vocifer et Gypokierax angolensis est tout
à fait normale sur des îles portant de grands arbres. L’absence d’Ardéidés n’est guère expli¬
cable car, d’une part, les hauts-fonds ne manquent pas autour des fies, d’autre part, l’absence
de mangrove pourrait être suppléée : nombre d’Aigrettes nichent en effet dans les arbustes et
la végétation buissonnante sur les Flamingos, Angurumâ-Etisse, Palrâo...
§ 10 . — Ilot das areias
Droit au Sud de Bissau, par 11® 41' de Latitude, un bois de palétuviers — quelque
100 hectares — émerge des hauts-fonds, entouré de vases profondes. Nous y avons débarqué
pat deux fois en saison des pluies sam pouvoir atteindre aucune aire de terre ferme. D’avion
nous croyons avoir reconnu au centre de « TUe " quelques cordons sableux qui sont probable¬
ment recouverts aux marées hautes de vive eau. Cette mangrove se trouve séparée de la portion
continentale la plus proche par un bras de mer de 8 km et de l'île de Boloma par des distances
encore plus grandes. Est-ce là l’explication de l’absence totale de toute colonie d’Échassiers
et plus généralement du petit nombre d’oiseaux?
Détail curieux ; un nid de Gobe-mouches Platysteira cyanea Müller, découvert sur
une branche basse d’Avicennia, à quelques décimètres au-dessus du plan d’eau. A la fin de
Septembre 1962 la coupe (ouverte vers le haut) contenait 2 œufs frais.
1. L'œuf d'Hahoèiuf ne peut êtn
cation est absolument sûre.
aucun autre dans la région, de
l’identifi-
Source : MNHN, Paris
234
RENÉ DE NAUROIS
§ 11, — ÎLOTS DIVERS
1. Îlot dos Papagaios (NE et W de ITle Formosa).
Habité par une ou deux familles de pêcheurs et revêtu d’un taillis extrêmement deost^
cet îlot (Lat. 11® 35') ne porte qu’une avifaune terrestre de buissons, appauvrie du fait de la
petitesse des dimensions et de Tuniformité du biotope. L’absence de toute nidification d’Ardéi-
dés est imputable à la présence humaine.
2. Ilot sans nom (Côte W de Formosa).
Exploré en Décembre 1961, cet Ilot (Lal. Il® 33') fut trouvé désert. Nous pûmes
néanmoins recueillir quelques renseignements négatifs. Les arbustes et buissons de la partie
centrale ne portaient pas trace d’une ancienne nidification d’Ardéidés ou de Spatules. D’autre
part les larges plages de graviers (exondées en permanence) qui eussent pu se prêter à une
nidification de Laridés (Hydroprogne caspia niche de Décembre à Mars sur l’îlot des Spatules)
étaient désertes et ne laissaient pas même voir des dépôts de guano.
11 faut donc bien conclure, une fois de plus :
1® Que les sites possibles de reproduction ne sont pas tous mis à profit.
2® Que les colonies de Larus cirrocephalus, Hydroprogne caspia et Sierna hirundo
sont bien confinées sur le petit nombre d’Ilots de sable (et non boisés) qui seront décrits au
prochain chapitre.
3. Ilots au Nord-Est et au Sud de l’Ile Caravela.
Les remarques précédentes s’appliquent aussi bien aux îlots Dos Pelicanos (Lat. Il® 35
et Dos Passaros (Lat. 11® 28'), situés le premier au NE de l’île Caravela, le second au Sud de
cette même île et dans l’axe du détroit qui la sépare de Carache. H s’agit dans le premier cas
d’un îlot presque entièrement dénudé et qui eût pu entrer dans la catégorie dont il sera traité
an chapitre suivant ; dans le second cas, d’un îlot portant une végétation relativement abondante
Il est possible que les habitants des grandes îles voisines débarquent fréquemment sur ces
terres et aient contribué à leur désaffection par les Laridés d’un côté, les Ardéidés de l’autre
4. Ilots à l’Ouest et au Sud de l’Ile de Uno.
A quelques centaines de mètres de l’île de Uno (côté SW) émerge un îlot de quelques
ares où U v^étation arbustive et arborée est trop clairsemée pour qu’une nidification d’Ardéidés
y soit possible. Nous n’y avons trouvé qu’une colonie du Tisserin le plus vulgaire j Ploceus
cucullulus dont la ponte, ici comme ailleurs (îles de Bubaque, Joan-Vieira etc.), commen
bien avant l’arrivée des pluies estivales.
Au Sud et à une distance moyenne de 2 milles se trouvent 2 Ilots boisés et pourvus d
mangrove. L’un d’eux abritait à k fin d’.\oûl 1963 de fortes colonies d’Ardéidés. Deux obse
varions méritent d’être rapportées : 1® Plusieurs nids à'Egretta alba contenaient encore d^*
œufs peu incubés, ce qiU, pour les envols, renvoyait à la fin d’Octobre ou au début de Novembre
— 2® Un nid de l’Ibis Hagedashia hagedash contenait un poussin presque au vol ce '
permettait de placer au début de Juillet sinon fin Juin la date de ponte : donnée import^^
pour nous qui, jusque-là, ne savions à quelleépoquepkcerledébul de la reproduction (p.226)*
Le second îlot permit de faire une constatation intéressante. Fouillant la mariero
dont la superficie pouvait atteindre 2 ha nous nous étonnions de ne rencontrer que des nids
vides quand apparut, lové dans les hautes branches, un Python de 3 m, que les hommes d
l’escorte eurent tôt fait d’assommer. L’estomac était vide, mais ce Serpent avait fort bien ^
se nourrir d’œufs quelques mois plus tôt, effrayer les nicheurs et interrompre ainsi un^
reproduction a son début.
5. Îlots au Sud de l’île Uracan.
îlot Pointu. — C’est le nom que nous avons donné à un Ilot situé au Sud des îles Ura
et Eguba, dont le sommet s’élève à une dizaine de mètres au-dessus du niveau de la me
En plan, la forme est presque exactement circulaire avec une superficie d’environ 4 ha-
Source : MNHH, Paris
BIJAGOS. — ÎLOTS BOISÉS
235
élévation le profil est celui d’un dôme très régulier, visible du plus loin parce qu’il se détache
en vert sombre sur le fond d’un bleu très pâle où mer et ciel se rejoignent. C’est que toute l’éten¬
due de l’îiot est revêtue d’une forêt dense, presque impénétrable.
Aucune nidification d’Ardéidés. Un couple de Corbeaux, Corvus albus, s’affairant dès
le mois de Mars autour d’un nid qui fut trouvé vide. Par ailleurs l’îlot est occupé par une véri¬
table colonie de Gypohierax angolensis. Nous avons compté une dizaine d’aires, dont plusieurs,
juchées à une trentaine de mètres de hauteur, sont inaccessible.^. Sur un arbre bien dissimulé
en plein centre de l’îlot un nid découvert au mois de Mars contenait un gros poussin, ce qui
renvoyait à une ponte de Janvier et ne faisait ainsi que confirmer la règle.
CONCLUSIONS
Nous avons vu que certains îlots, sans être jamais surpeuplés, sont abondamment
pourvus tandis que d’autres, qui en apparence pourraient aussi bien convenir, n’abritent
aucune reproduction. A quelle explication faire appel? Sans doute les îlots « habités » occupent-
ils des positions plus ou moins < centrales » par rapport aux zones de pêche et aux vasiêres
exploitables. Mais l’interprétation ne vaut guère car tous les îlots, à quelque degré (et presque
par définition), se trouvent sur des emplacements favorables. Alléguer rintcrvention humaine
pour expliquer certaines absences ne conduirait pas loin: i’üot dos Flamingos abrite les plus
forte colonies quoiqu’il soit razzié à intervalles par les indigènes de Formosa. Alors?
I.e8 oiseaux de l’archipel ne sont pas assez nombreux pour occuper tous les sites favo¬
rables. Étant de mœurs grégaires ils s’installent ici ou là, sans utiliser toute la place disponible.
Ce qui revient un peu à dite que nous aurions sans doute tort, voulant tout expliquer, de
négliger la part « d’initiative " qui revient au vivant. I,es oiseaux ne sont pas des mécaniques
toutes montées. Entre plusieurs possibilités — pour l’emplacement de leur nid par exemple
il est patent qu’ils en choisissent une; et il ne semble pas que ce choix puisse être ramené par
nous à une contrainte qui s’imposerait à eux de l’extérieur! De même les colonies d’oiseaux
grégaires, sous la conduite sans doute de chefs de file, peuvent-elles se déterminer elles-
mêmes à élire domicile tantôt ici, tantôt là. Nous retrouvons ainsi cette part d’indétermina¬
tion que les déplacements des colonies de Cormorans sur la côte du Sahara espagnol lais¬
saient supposer à titre au moins de possibilité (v. p. 35).
2® Le phénomène de dispersion à partir de « centres >*, les sites annexes étant occupés
plus tard en saison, a été suffisamment souligné tant à propos des Bijagos que du Banc d’Ar-
guin et même du delta du Sénégal. 11 suffit donc de le rappeler ici pour mémoire, tandis que
l’interprétation devra en être discutée en conclusion générale de cet ouvrage.
3® Parmi les oiseaux tropicaux qui ont normalement leur place dans l’archipel des
Bijagos, deux espèces sont nouvelles (en tant que reproductrices) pour ta science de la côte
occidentale d’Afrique. Nyclicorax leuconotus rare et furtif; Phaiacrocorax carbo lucidus, peu
nombreux. Ce dernier fait partie d’un vaste enaembie puisque reproducteur sur toute l’étendue
de la côte (du Maroc à la Guinée portugaise) et sans doute plus au Sud. Par la médiocrité des
effectifs en cause, par le mode d’installation (à bonne hauteur sur les arbres), par l’époque
où la ponte intervient, cette nidification guinéenne présente un double aspect : d’une part
elle apparaît sous des traits fortement originaux; d’autre part elle permet d’éclairer un pro¬
blème qui, nous l’avons dit (v. p. 35), se présente comme un rébus.
4® Les reproductions des Échassiers s’étendent sur de longs mois ; de Mars à Novembre
pour Egretla gularis et Nyclicorax nycticorax; de Juin ou Juillet à Octobre ou Novembre pour
la plupart des autres espèces. Platalea leucorodia niche de Novembre ou Décembre à Mars.
Si l’on compare les époques de nidification dans le delta du Sénégal et aux Bijagos, des ressem¬
blances comme des différences apparaissent immédiatement. Dans les deux cas c’est avant
tout la saison des pluies qui est mise à profit. Mais certaines pontes interviennent beaucoup
plus tôt aux Bijagos, où les oiseaux n’ont pas besoin d’attendre une inondation pour assurer
leur sécurité. Par contre pour Platalea leucorodia il y a presque simultanéité des cycles.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE IV
ÎLOTS DE SABLE
Nous n’avons letenu pour le présent chapitre que 5 flots de sable, de très petites dimen¬
sions, dépourvus ou presque d’arbres et de mangrove h Certains d’entre eux (flot des Cas-
piennes, flots côtiers au S de l’archipel) ne sont que des accumulations temporaires. Les
autres, où la roche en place apparaît en bordure, sont stables (flot des Mouettes à Tête grise
et, probablement, îlot des Spatules). Aucun n’est porté sur les cartes.
Ce qu’il importe de noter dès le principe c’est que ces flots sont les seuls dans l’archipel
à donner asile à des colonies nicheuses de Laridés. Là est le nexus essentiel : absence totale ou
quasi totale d’arbres — présence de Goélands et de Sternes. Ce qui n’empêche pas, comme
nous allons le voir, que diverses espèces d’Échassiers, nicheuses ailleurs sur les arbustes,
arbres et palétuviers s'installent au sol à côté des oiseaux de mer.
Nous traiterons successivement de Tllot des Mouettes à Tête grise, de celui des Spatules,
de edui des Caspiennes, enfin des îlots voisins de b côte méridionale de Guinée portugaise.
Le tableau ci-dessous montre la répartition des espèces ;
Elspèces reproductrices sur les flots
1. A une exception près : l’tlot des Mouettes à Tête grise qui porte un ou deux arbustes que les
Aigrettes utilisent. En outre, un Üot voisin — pour mieux dire: attenant, puisqu’il n'est séparé du premier
qu’à marée haute — porte une petite mangrove également habitée par les Aigrettes. Une fidélité à la lettre
noua eût entratoé dans des complications où la clarté n'eùc rien gagné. Il reste que les Ilots en question
sont ou bien totalement dénudés ou bien très peu boisés.
Source : MNHhl, Paris
238
R£NÉ DE NADBOIS
§1.-!L0T DES MOUETTES A Tf.TE GRISE ET ILOTS VOISINS
Dimensions : 80 m sur 30 m. Pendant longtemps, cet îlot passa pour nous inaperçu
au milieu des hauts-fonds qui découvrent à marée basse. Le 22 Février 1962, par souci de mé-
thode, nous voulûmes y débarquer et fûmes frappés par l’abondance de guano. S’agissait-il
simplement de migrateurs ? La question fut tranchée le 16 Septembre suivant quand un nuage
de Mouettes à Tête grise Lotus cirrocephalus — quelque 200 oiseaux — s’enleva à notre approche
avec des cris véhéments de protestation.
Les îlots voisins, encore plus petits que l’ilot principal, ne furent découverts que le
16 Mai 1965.
Dates des prospections.
1962 : 22 Février et 16 Septembre ;
1963 : 20 Aoét ;
1964 ; 16 Mai :
1965 : 28 Avril.
Peuplements et reproductions.
Pour la commodité de l’exposé, nous renverserons l’ordre systématique des espèces.
Lotus cirrocephalus. — Sur la surface sableuse, en forme de triangle (voir le croquis)
les pluies d’été font pousser une abondante végétation : plantes halophiles le long des rives;
graminées à l’intérieur : très hautes sur le sommet de l’tle, plus clairsemées toutefois et plus
basses sur U face Sud où le terrain passe insensiblement de la prairie à la plage.
ILOT DES MOUETTES Â TÊTE GRISE
(CROQUIS PERSPECTIF)
Fie. 24
C’est dans cette partie relativement peu fournie, que nous découvrîmes plusieurs
dizaines de nids au sol, la matière végétale étant bien tassée sous les œufs et les poussins. Il y
avait manifestement recherche de Vabri. On imaginait la bourrasque tropicale avec les brutales
pressions qu’elle exerce parallèlement à la surface du aol, lea aspirations qu’eUe provoque veta
le haut; et ce chevelu végétal se rabattant sur les couveurs et amortissant la violence de
l’ouragan. .
L’ensemble de ces constatations se trouva corroboré onze mots plus tard. Le 20 Août
1963, la colonie de Lotus cirrocephalus occupait les mêmes emplacements. Une plus forte
proportion de pontes fraîches indiquait un déroulement dans le temps tout h fait paraüMe à
Source : MNHN, Paris
BijAGOs. — Ilots de sable
239
celui de l’année précédente. Nous fondant sut l’âge des plus gros poussins nous crûmes pou*
voir placer le commencement de la ponte au début de Juillet ou à la fin Juin... Mais c’était
projeter sur le développement d’une reproduction tropicale des conceptions acquises par
l’expérience des régions tempérées d’Europe et d’Afrique du Nord. Les prospections ulté¬
rieures, effectuées plus tôt en saison le montrèrent. Le 16 Mai 1964, en effet, nous fûmes fort
surpris de voir s’élever de l’îlot un tourbillon de Laridés ; plus de 200 Mouettes à Tête grise,
déjà couveuses dans lea herbes desséchées.
Il restait à s’assurer de la constance des phénomènes. Nous débarquâmes donc sur
l’îlot, pour la 4® fois, le 28 Avril 1965. Les Mouettes à Tête grise étaient déjà installées sur leurs
nids, les degrés d'incubation indiquant un début de ponte à la mi-Avril ou dans les premiers
jours du mois. Quelques dizaines de nids supplémentaires furent découverts sur des îlots
annexes. Ceux-ci émergent de hauts-fonds recouverts à marée haute et qui s’interposent entre
l’îlot principal, dit des Mouettes à Tête grise, et l’îlot Pointu. Cette extension pouvait fort
bien n’être pas nouvelle et avoir seulement échappé à notre attention au cours des visites
antérieures.
Stema hirundo — Ce même 16 Mai 1964, aux Mouettes à Tête grise se mêlaient, plus
agressives que leurs lourdes compagnes, une centaine de Sternes Pierregarin, Sterna hirundo.
Celles-ci s’étaient inst^ées sur la végétation rase au NW de l’ilot, entre les graminées et la
laisse de haute mer (voir croquis, p. 238). Nous comptâmes une quarantaine de « nids > dont
une moitié contenaient déjà de petits poussins tapis au fonds des coupes. Nous avions cru,
un an plus tôt, que l’aire de la Pierregarin trouvait sa limite méridionale sur les îlots du Sdoum
pat 13®40'(exploration du 24 Mai 1963 t Naurois1963 et 1965) : voilàqu’ellese trouvait repor¬
tée jusqu’au parallèle 11° 16' à près de 300 km plus au sud.
Le 28 Avril 1965, nous découvrîmes seulement des pontes de 1, 2 ou 3 œufs, plus ou
moins incubés, à l’exclusion de tout poussin; ce qui indiquait un synchronisme entre les
instaUations des deux espèces de I..aridés.
Egretta gularis — Quelques arbrisseaux jalonnaient la ligne de crête de l’îlot. Nous
y trouvâmes une petite nidification d’£gre<to gularis : quelques œufs et poussins. Mais ce
n’était là qu’une annexe d’une colonie moins médiocre qui fut trouvée à quelques centaines
de mètres à l’ouest. En effet, entre l’îlot des Mouettes à Tête grise et l’îlot Pointu, s’étendent les
hauts-fonds ci-dessus mentionnés, qui découvrent largement à marée basse. Pdicans et Cormo¬
rans (Pelecanus ru/escens, Pkalacrocorax carbo) y somnolent une partie du jour. De cette
zone indécise émerge un îlot plat et mal drainé, recouvert cependant d’une prairie plus ou moins
marécageuse et bordé sur sa rive SW de qudques palétuviers. Ceux-ci poussent très resserrés,
en forme de champignons plats et de faible hauteur, mêlant leurs branches horizont^es en un
réseau inextricable et presque impénétrable. Nous y découvrîmes une nouvelle nidification
d’Egretta gularis, bien camouflée par le feuillage et qui eût été invisible du haut d’un avion.
Butorides striatus — L’area des Mouettes s’arrête en deçà des hautes herbes centrales.
Le 20 Août 1963, pénétrant dans l’épaisseur de ces dernières (dont la hauteur nous dépassait),
quel ne fut pas notre étonnement d’y faire lever, comme des cailles d’un champ de blé, plu¬
sieurs dizaines de petits Hérons à tête noire, Butorides striatus. Les œufs, ici encore, étaient
simplement posés sur le sol dans des dépressions à peine marquées (v. p. 182, 229).
Threskiornis aethiopicus — L’exploration du 25 Avril 1965 fit découvrir un peuplement
nouveau : sur quelques roches latéritiques creusées en lapies à l’Est de l’île (et à qudques
mètres seulement des nids de Laridés) une colonie d’Ibis sacrés, Threskiornis aethiopicus,
s’était implantée. Nous comptâmes 90 nids, tout à fait semblables par la structure et la disposi¬
tion à ceux trouvés sur l’ilheu de Tufo : pontes de 1, 2, rarement 3 œufs, les pontes fraîches
se trouvant à la périphérie ; un ou deux poussins seulement. Début du cyde au commencement
d’Avril.
Conclusions.
1. Deux reproductions au moins paraissent régulières en ce qui concerne tant l’impor¬
tance numérique des populations que la chronologie des opérations. La colonie de Lotus cirro-
cephalus a été évaluée lors de chaque visite à environ 200 sujets. Mais sur une durée de 6 mois
plusieurs couples se succèdent sur un même emplacement. En conséquence c’est à 300 ou 400
individus qu’il faut estimer l’effectif. Ponte de Mars à Septembre, sinon plus tard.
Source ; MNHH, Paris
240
RENÉ DE NAUROIS
Le tapis végétal se développe, très dense, avec les premières pluies (Juin) : les nicheurs
loin de fuir ce nouvel environnement, trouvent dans l’herbe épaisse une protection contre la
puissance des tornades.
2. La reproduction de Sterna hirundo, moins importante en nombre, est aussi plus
contractée en durée : début de ponte en Avril, fin à une époque non précisée mais qui se place
en tout cas avant la mi-juillet (absence de tout poussin, de tout adulte dès le 20 Août). Si les
derniers jeunes ne prennent leur vol qu’à la mi-Août, ce qui est fort possible, deux séries d’incu
bâtions et d’élevages peuvent se succéder. La population totale s’élève donc à au moins une
peut-être à deux centaines de couples. La raison écologique d’un peuplement aussi faible
n’apparaît pas aisément. Nous aurons à y revenir en conclusion de ce chapitre.
3. reproduction de Butorides strialus n’est peut-être pas aussi régulière que celle
des Laridés. Le nombre des nicheurs varie sans doute d'une année à l’autre. La reproduction
de Threskiornis aethiopicus, elle, n’est sans doute qu’occasionnelle. Chez cette espèce_le
paragraphe consacré à l’ilha dos Flamingos l’a indiqué et la suite ie montrera plus encore_
les colonies se déplacent : un ou deux ans ici, pins tard ailleurs. Mais les constatations faites
sur rUot des Mouettes à Tête grise comme sur celui de Tufo sont concordantes : début d
ponte dès la fin Mars ou aux premiers jours d’Avril *. *
4. La contiguïté dans l’espace et la simultanéité dans le temps des reproductions de
Lotus cinocephalus et Sterna hirundo d’une part, de Lotus cirrocepkalus et Butorides striatus
d’autre part, posent un problème éthologique. Les habitudes prédatrices de la Mouette à Têt
grise sont bien connues. Elles ne semblent pas, ici, créer d’obstacle 1 Sur les îles du Ban^
d’Arguin, où Phalacrocorax africanus et Egrella gularis payent un lourd tribut à Larus cirro
cepkalus, on peut attribuer à une sorte de « résignation •, à une véritable stupidité, l’absenc '
de réaction d^ensive. Butorides striatus se laisse-t-il dépouiller comme Egretta ? C’est ce *
nous ignorons. Mais l’agressivité de Sterna hirundo est bien connue. Si elle niche d décou'^'^^
à quelques mètres des Têtes grises c’est sans doute qu’elle sait se protéger de celles-ci. Pr
chaque fois par le temps, nous n’avons pu procéder, comme l’avait fait Dragesco au B *
d’Arguin, aux observations prolongées qui eussent permis de saisir sur le vif le déronl^n,^'^
d’éventuels conflits. ‘uement
§ 2. — ÎLOT DES SPATULES
Quoique l’îlot soit fort bien émergé à marée haute, les cartes n’indiquent qu’une zô
de hauts-fonds et de récifs. C’est que les hydrographes portugais ne font figurer comme
que les terres constituées de roches dures ou suffisamment solides pour n’être pas sensible
modifiées par l’action des houles et tempêtes. Or, il semble que nous n’ayons affaire ici
une accumulation de sable. Il est toutefois probable que cet amas se trouve amarré à un soub^'^ *
ment de roche en place qu’il recouvre entièrement *. Les dimensions, environ 300 sur 200
sont difficiles à évaluer avec précision parce que k limite des marées de vive-eau, nette sur 1^'
côtes Nord et N W, est indécise sur les autres. Il y a d’ailleurs tout lieu de penser qu’elle se m
fie au gré des déblayages (amaigrissements) comme des apports (engraissements) par la h 1
Ce qui est frappant (du point de vue géomorphologique) c’est que la côte face au Nord et ^
NW est non seulement bien marquée, comme il vient d’être dit, mais s’élève plus haut et
une pente plus forte que la côte Sud. Ceci semble indiquer une prédominance des
d’origine boréale (vent et houle) sur les actions en sens inverse d’origine australe. Par aill ***
l’Alizé du secteur Nord souffle parfois jusqu'à cette Latitude pendant quelques mois d’hi
et la houle du NW, quoique amortie par freinage sur les hauts-fonds, doit tout de même ’
faire sentir plus ou moins au cours des 7 mois de saison sèche. La houle australe, par cont* ^
1. Noue avons vu que sur l'IUia dos Flan
2. Ce fonds solide ne constituerait qu'ui
qui apparaissent à quelque 2 km au Sud, Nous nous sommes rendus si
tout est bien recouvert par le Sot et aucune nidiScation n’eet possible.
3. Nous en avons fait une expérience qui n’est pas près d'être oubliée : Dans la nuit du 12 m, 15 t
viecl96I notre bateau, ancré au Nord de i’tiot sur fond sableux, fui poussé à la côte et e’échoua. Tout l’a
page disponible dut se metue à l'eau pour pousser. Lu mer était si grosse qu’il fallut 8 heures d'oIFn— ®Tii-
dégager quille et hélice, virer de bord et reprendre de la disUmee. L’ancre fut perdue et dut être ee^i*****?'
par un bloc de latérite amarré i une corde !... '"Placée
riamingoB on trouve encoie des œufs Irais à la Sn de SeptemKe.
U un prolongement des affleutemcnis de roche dure tr^
N..,, no.,, ----vériSca^br-
Source : MNHN, Paris
BIJAGOS. — ÎLOTS DE SABLE
241
n’intervienl que pendant l’été. Le résultat est que l’accumulation de sable au Nord, en forme
de dune perpendiculaire à la direction du vent dominant, s’élève assez haut (2-3 m) pour être
à l’abri des plus fortes vagues et porter un épais tapis à'Ipomea pes-caprae.
Dates des prospections.
1961 :12 Janvier, 23 Mars et 22 Décembre ;
1963 : 18 Août ;
1964: 13 Mai;
196S ; 11 Novembre (survol).
Peuplements et reproductions.
Deux espèces seulement sont nicheuses : Platalea alba et Hydroprogne caspia. Les
reproductions furent découvertes dès la première exploration : le 12 Janvier 1961, le tapis
d’/pomeo était recouvert d’une centaine de nids de Spatules tandis que les Caspiennes avaient
creusé leurs trous dans le sable de la dépression centrale, semblant rechercher une position
légèrement abritée (sous le vent) *.
Platalea alba — Les nids sont faits de brindilles — tiges desséchées de la seule plante à
rameaux relativement solides qui se trouve à disposition — et garnis de brins d’herbe et de
plumes. Us sont donc tout à fait semblables à ceux de Platalea leucorodia que l’on voit sur
les îles du Banc d’Arguin. Les stolons des Ipomea sont suffisainmenl forts et resserrés pour
supporter les aires et leurs occupants et les maintenir à quelques centimètres ou décimètres
au-dessus du sol.
Dès le 12 janvier, une moitié des aires contenaient des poussins dont certains étaient
déjà emplumés ; ce qui renvoyait à des pontes des premières semaines de Novembre. I-es obser¬
vations du 22 Décembre suivant ne firent que confirmer ces estimations : nombre plus élevé
de pontes fraîches ou peu incubées; moindre abondance de poussins. Le début de Novembre
marquait-il le commencement de la ponte ? Nous le pensâmes alors. Mais un survol effectué
le 11 Novembre 1965 nous fit tout remettre en question. Passant deux fois par le travers de
l’ilot, à quelques mètres de hauteur, mais à une vitesse malheureusement beaucoup trop
grande, nous n’eûmes que le temps d’identifier les Spatules. Elles étaient installées au nombre
de 200 ou 300 sur des nids dont le contenu n’apparaissait pas clairement. Nous crûmes cepen¬
dant distinguer des poussins. Il n’est donc pas exclu que la nidification commence non pas en
Novembre mais dès Octobre, voire fin Septembre. Quoi qu’il en soit, deux constatations per¬
mettent d’encadrer la période de reproduction : d’une part, le 23 Mars 1961 la colonie décou¬
verte 70 jouis plut tôt avait complètement terminé ses opérations ; d’autre part, le 18 Août 1963
rien n’avait encore commencé.
Cette nidification de Platalea alba est intéressante par sa régularité et par l’importance
des effectifs — 200 à 300 couples au moins. Elle l’est aussi par deux aspects à la fois écologiques
et éthologiques. En effet, elle a lieu sur un îlot situé presque en pleine mer; et il y a manifeste¬
ment recherche du support fourni par plantes rampantes. Le rapprochement s’impose donc
immédiatement avec la nidification de Platalea leurocoria sur les îles du Banc d’Axguin :
même éloignement du continent dans les 2 cas; même utilisation du tapis végétal *.
Une différence cependant dont la raison n’apparut pas clairement ; la reproduction de
leucorodia, à la Latitude moyenne de 20®, est printanière, tandis que cdle de alba, par 11°,
est automnale et hivernale. On est donc conduit à s’interroger sur les raisons de cette inversion
du cycle. Faut-il invoquer des facteurs nutritionnds ? Les deux espèces de Spatules se nour¬
rissent dans les dépôts sablo-vaseux autour des îles. Les organismes qu’elles recherchent s’y
trouvent-ils en plus ou moins grande abondance sdon les saisons ? On peut supposer, nous
1. X.«s hauts-fonds qui entourent l'tlot des Spatules servent bien entendu de lieu de gagnage û nombre
de petits Échassiers. On y trouve aussi de façon régulière GypMerax arigoUruit ; plusieurs sujets immo¬
biles sur le sable, au repos, mais guettant en même temps les carcasses de poisson et autres déchets que le
jusant laisse derrière lui.
2. (^ez les deux espèces, il arrive que des oiseaux s'installent à la périphérie des colonies sur le sable
même (sans support isolant du soi). Les couples intéressés ont è choisir entre deux possibilités : s'installer
inconunodément sur le sol nu mais à proximité immédiate de leurs semblables; ou rechercher à quelque
distance un emplacement recouvert de végétation pour y implanter une nouvelle et, au début du moins,
peu nombreuse colonie. L'expérience montre qu'ils optent souvent pour la première solution ; ie grégarisme
l'emporte sur les habitudes nidificalrices, l'inconfort est préféré à l'effort d’un éloignement et au risque d'une
fondation.
8 564016 6 16
Source : MNHN, Paris
242
RENÉ DE NAUROIS
l’avons dit, qu’il existe encore un « printemps de la mer » à la Latitude du Banc d’Arguin (pro¬
lifération du plancton en raison de l’augmentation de l’insolation), ce qui expliquerait pour
Platalea leucorodia une reproduction à partir d’Avril. Mais à la Latitude des Bijagos et pour
Platalea alba, comment rendre compte d’un déclenchement du cycle en Septembre ou Oc¬
tobre ? La dessalure des eaux à la suite des pluies estivales aurait-elle une action favorable 9
Seule nous fixera une étude sur place des variations annuelles du contenu organique des vases
Notons cependant qu’en nichant à l’automne Platalea alba se conforme à une rè^e qui est
générale chez les Échassiers au Sud du 17» parallèle (limite du Sahel vers le Sahara). On peut
donc penser qu’elle transporte seulement sur les îles des habitudes qui sont les siennes sur le
continent voisin.
Hydroprogne caspia — Le 12 Janvier 1961 celte Sterne était en pleine incubation. Les
nids, au nombre d’environ 500, contenaient 1 ou 2 œufs (une fois 3 œufs). Le 23 Mars, la colonie
était réduite à qudques couples : S ou 6 trous contenant 1 ou 2 œufs.
Les observations faites le 22 Décembre 1901 ne firent que corroborer celles du 12 Jan¬
vier : couveurs en nombre sensiblement égal (plusieurs centaines) et occupant la même partie
de nie Les 13 Mai 1964 et 18 Août 1963 l’îlot fut trouvé désert. Une période » creuse » de
6 à 7 mois sépare donc la fin du cycle A’Hydroprogne caspia (Février ou Mars) et le début du
cycle de Platalea alba (Septembre ou Octobre).
Deux aspects sont à souligner et un problème est à poser à propos de la reproduction
de Sterne Caspienne sur l’Ilot des Spatules :
1® L’importance du peuplement : 400 à 600 couples. Cet îlot est le seul de l’archinel
où l’effectif soit comparable à celui de plusieurs îles du Banc d’Arguin réunies ;
2» Le fait qu’à notre connaissance aucune reproduction de Sterne Caspienne n’a été
reconnue jusqu’à présent entre les Bijagos (à l’Ouest) et le delta du Niger (à l’Est). Nous revien-
drons en conclusion sur cette singularité;
3° L’absence surprenante d’autre espèce de Laridé. L’îiot des Spatules est, nous l’avons
dit, dépourvu d’arbres et présente de larges plages sableuses. U se situe en outre sur la bordur
méridionde de l’archipel, loin des lieux habités et face au large. Qu’en dehors de la Sterne
Caspienne il ne porte aucune reproduction de Laridé, qu’il soit même totalement inhabité
pendant une moitié de l’année, voilà ce qui n’a cessé de nous intriguer au cours d’une surveil
lance de 4 années — intermittente, ii est vrai, mais répartie sur les diverses saisons ! Après là
découverte des peuplements du Banc d’Arguin nous noua attendions à trouver dans les Biiae
plusieurs espèces de Sternes. De fait cette partie méridionale de l’archipel (en tant que bioton \
cet îlot des Spatules (comme emplacement de nidification) sembleraient au premier abord
devoir convenir à Sterna hirundo, Sterna anaethetus, Sterna maxima albididorsalis Or la
première reste cantonnée à 50 km au Nord sur l’Uot des Mouettes à Tête grise. De la seconde
qui pourrait selon son habitude dissimuler ses œufs dans l’épaisseur des Ipomea, nous n’avons
jamais vu trace. Quant à la troisième, c’est avant tout l’espoir de la découvrir nicheuse en ran
serrés qui nous fit revenir sur l’îlol en Mars, Mai (époque de l’incubation au Banc d’Arguia) et
Août; espoir chaque fois déçu ! '
§ 3. — ÎLOTS SITUÉS AU SUD DE L’ARCHIPEL DES BIJAGOS
(le long de la cûte méridionale de Guinée portugaise)
Des accumulations sableuses apparaissent dans l’angle droit formé par la côte mé ‘
dionale de la Guinée portugaise d’une part, et l’alignement des lies de Bolama. Canhavaau”'
Joàn-Vieira et Poelâo d’autre part. Aussi longtemps qu’une carte des fonds marins n’a
pas été publiée, il sera vain de vouloir donner à ces faits une interprétation géomorphologia ^
Grosso modo, ces hauts-fonds, qu’ils arrivent à former de petits îlots élevés de quelques dé^^*
mètres au-dessus des hautes eaux ou ne constituent que de vastes étendues à peine émete/*'
à marée basse, se rattachent à deux systèmes : l’un s’intercale en direction NE-SW entre la
1. Un comptage opéré lur une aire d'une quarantaine de inS montra 17 pontes de 1 œuf 20 de 2
aucune de 3 œufs - proportions dont ii ne faut pas exagérer la signification car les pontes de 1
vaient être absolument fraîches, donc incomplètes. Pou-
Source ; MhiHhl, Paris
BIJACOS. — ÎLOTS
SABLE
243
pointe de Tomialf (sur le continent) et le groupe des îles Joào-Vieira, Melo, Poello. IJ parait
constituer la rive gauche d’un prolongement sous-marin de la profonde ria de Buha. L’autre
s’étire du NW vers le SE parallèlement à la côte, comme s’il constituait le vestige d’un long
cordon pré-littoral qui aurait été formé lors de la dernière régression marine (?). Nous avons
compté, en 1961, deux îlots sur le premier alignement, un seul sur le second.
1. Alignement NE-SW.
1® Un Bot à proximité du contient fut visité le 23 mars 1961 : il apparut minuscule
(quelque 50 m*) et servait seulement de lieu de rassemblement aux oiseaux de mer \
2® Un second Ilot situé plus au large (à quelques miles au NE de l’île Joio-Vieira) n’est
que le sommet d’un vaste domaine de hauts-fonds. En 1961 la partie émergée, longue d’une
soixantaine de mètres et large d’une dizaine, portait une végétation maigre et espacée. Une mi-
crofaiaise le limitait au NE, formée probablement par les vagues dues aux vents locaux, peut-
être aussi par l’extrême manifestation de l’Alizé. Des racines et radicdles apparaissaient dans
la paroi, témoignant d’un rongement en même temps que d’une relative ancienneté de U for¬
mation (quelques années au moins). Le 14 janvier 1961 cet îlot portait une très petite nidifica¬
tion de Platalea alba et une médiocre colonie d'Hydroprogne caspia *.
Les nids de Spatules, au nombre de 3 ou 4, contenaient quelques œufs. L’ensemble
donnait l’impression d’un habitat désaffecté; peut-être parce que les oiseaux, installés trop
près de la miciofalaise en régression, avaient déjà vu disparaître une partie de la colonie et
s’étaient sentis menacés.
Le groupe de Caspiennes était moins dérisoire : près de cent nids contenaient des œufs
(5 pontes de 3 œufs), à l’exclusion de tout poussin. Le rapprochement s’imposait entre ce
peuplement et celui beaucoup plus nombreux de l’îlot des Spatules visité la veille (voir p. 242) :
la petite colonie, plutôt que comme une homologue de l’autre, apparaissait comme une an¬
nexe plus récente. Nous la retrouvâmes d’ailleurs à l’occasion d’une seconde visite : alors que
sur l’îlot des Spatules (prospection du 22 mars) les Sternes avaient complètement évacué les
lieux, ici subsistaient encore (prospection du 23 Mars) 5 ou 6 nids contenant chacun 1 ou
2 œufs.
2. Alignement NW-SE.
Le second alignement de hauts-fonds éveilla d’abord beaucoup d’espoirs. Un survol
à bord d’un avion commercial (à l’altitude de 1 000 m) nous avait fait voir de fortes concentra¬
tions de Flamants (de l’ordre du millier) sur des sables que leur couleur (daire faisait prendre
pour des îles. Après les nidifications du Banc d’Arguin allions-nous découvrir un autre haut
lieu de la reproduction de PhenUopterus ruber, voire de Phoeniconaias minor ?
Rappelé au Sénégal pour d’autres travaux, nous priâmes notre pilote de revenir au-dessus
des hauts-fonds à la recherche d’éventuelles colonies nicheuses : il n’aperçut point de Flamants
et ne rencontra même pas d’île ! Nous-même, en 1962, louâmes une embarcation pour tirer les
choses au clair. Le 21 Décembre, partis d’un mouillage au Sud du rio Tombali, nous nous
faufilâmes vers le SE à travers les bancs de sable, longeant à quelques milles de distance la
côte portugaise. Les résultats de cette navigation peuvent être résumés comme suit :
1® Un ou deux îlots (èancos) signalés par les cartes à la latitude de l’île Tristâo, c’est-à-
dire à la limite des eaux portugaises et de celles de la République de Guinée, n’existaient plus :
déblayés par l’action de la mer !
2® Un seul îlot fut découvert, situé approximativement par le travers de l’île Como,
simple accumulation de sable de 100 à 200 m*, sans végétation, qui peut aussi bien, à l’heure
où nous écrivons, avoir disparu ou se trouver augmentée. Nous y rencontrâmes deux espèces
d’oiseaux :
— une petite colonie de Spatules FJotalea oJôa en pleine incubation :15à20nid8;
1, Cet tint d'ailleurs ne mérite peut-être pas ce nom : car nous ne pûmes nous asauier que la mer
ne le recouvrait pas au moment des matées exceptionnelles. En outre, l’accumulation a parfaitement pu
disparaître depuis S ans pur « amaigrissement», comme elle a pu s'élargir paru eiigraissement».
2. D'où le nom d'Ûot des Caspiennes que nous avons donné à cette terre.
16.
Source : MNHN, Paris
244
RENÉ DE NAUROIS
— une bande au repos de Fous à ventre blanc, Sula leucogaster ; adultes et immatures
manifestement venus de l’flot Alcatias, situé à quelque 20 milles nautiques plus au Sud dans les
eaux territoriales de la République de Guinée
3° Quant au* Flamants leur nidification semble empêchée par deux facteurs : l’absence
— ou la quasi-absence — de matériau se prêtant à l'élaboration de monticules; la présence
d’une mer agitée. La première condition parait n’être pas réalisée dans cette partie méridienne
de Guinée portugaise : nous n’y avons rencontré que des fonds sableux, donc insuffisamment
pétrissables. La deuxième condition semble être encore plus radicalement exclue : la nidifi¬
cation serait à la rigueur possible sur de véritables îlots (bien émergés), les Flamants devant
alors se résoudre à couver à plat sur le sable mais les vrais îlots, quand il s’en forme, sont de
très petites dimensions. Restent les hauts-fonds lorsqu’ils sont à peine submergés à marée
haute. Si des nids pouvaient être construits, les coupes émergeraient hors de l’eau. Mais alors
se présenterait une nouvelle difficulté : l’action érosive des vagues, si freinée que soit la houle
serait encore trop forte pour que les monticules puissent lui résister. Nous avons vu que l’estran
de l’îlot des Flamants roses pouvait être utilisé en raison de la faiblesse du marnage et de
l’abri procuré par le Cap d’Arguin. Mais sur ta côte Sud de Guinée portugaise, les troncs de
cône à supposer qu’ils puissent être édifiés seraient attaqués de deux manières :
a. Par les courants dus à U forte amplitude des marées (5 m et juaqu’à 7 m par endroits) ■
b. Par les vagues de vent local • venant battre et ruiner les édifices. Qu’il suffise de
vagues peu puissantes pour démanteler des nids de Flamants est prouvé par les constatations
faites dans l’Aftout es Saheli (v. p. 131 note 1).
CONCLUSIONS
Entre les îlots sableux des Bijagos et ceux du Banc d’Arguin, de l'Aftout es Saheli et
du Saloum, des comparaisons s’imposent :
1° On aura noté le petit nombre d’îlots occupés, le petit nombre d’espèces présentes
et la faiblesse des effectifs. Si le cas des Stermes pouvait à coup sûr être disjoint de edui des
autres groupes inféodés au milieu aquatique nous introduirions ici même une discussion Ü
paraît préférable de réserver celle-ci au chapitre suivant consacré à l’interprétation de l’e
semble des faits étudiés dans cette V® partie.
2® Frappante est la similitude — la quasi-identité — des modes de reproduction d
Platalea leucorodia et P. alba. Sur l’îlot des Mouettes i Tête grise nous voyons Sterria hU
nindo nicher non sur le sable sec mais sur une sorte de prairie rase. Au même endroit Lariis
cirrocephalus recherche les herbes de hauteur moyenne donc une position à U fois dissimulA»
et abritée (ce qui n’était pas le cas au Banc d’Arguin). Par contre Ica nids à'Hydroprogne cas '
se présentent de façon identique tout au long de la côte : Banc d'Axguin, Aftout, Salo^*^
Bijagos. Nouvelle différence en ce qui concerne Butorides strialus : reproduction par coud '
isolés sur les berges du Sénégd; en colonies plus ou moins « serrées » au Saloum et aux Biia*^ ^
Dana ces deux derniers cas, recherche de l’abri dans l’épaisseur du tapis végétal : hautes heS**"
et buissons ou arbustes sur l’îlot boisé do Patrào; hautes herbes seulement sur l'Ilotdes Mo
à Tête grise.
visiter personnellement, maie aur lequel dee indications o
. '■ ■ .
1. Ilot que nous n'svone jami
recueillies par È. de Chetelat 193tt :<c Sur l'ile Alcatrazn, Hevue de Géographiephytiqui
que, p. 14S. Une photographie du 13 Décembre montre la colonie de Fous occupés aux soins «tes '
2. Phoenicopterus ruber peut pondre et couver à plat sur le sable. Mois ce mode d’iiiBtHlIot^**’*'^'
sans doute exceptionuel et les résultats sont uléatoires. Sur l'ile Kiaone. où les ceufs sont déposé
pulvérulent, une reproduction fut certsineinent menée à terme en 19!^'’.. . -- -
et 1960 furent abandonnées pour des raisons qui ne sont pas uppi
Flamants interrompre ainsi une incubation en coure; peut-être sont-ils plui
s'établit selon les normes qui leur sont propi
3. Nous ' - . , , . «.,.1
de kilomètres de hauts-fonds.
ous ne parlons pas de la houle du NW que nous supposons (?) suffisamment fieinée no- !.. .
archipel (situé précisément au NW de la région considérée) et la propagation sur des dizaS^
Source : MNHN, Paris
BijAGos. — Ilots de sable
245
30 Les époques de reproduction dans les diverses régions ne concordent pas en tous
points. Chez Lotus cirrocepkalus aux Bijagos la ponte débute plus tôt (Avril) qu’au Banc d’Ar*
guin et au Saloum (fin Mai), mais surtout finit plus tard (quelques œufs frais en Septembre).
Sterna hirundo commence aussi plus tôt aux Bijagos (Mars) qu’en Mauritanie et au Sénégal
(fin Mai). Chez Hydroprogne caspia l’époque de ponte est la même aux Bijagos et dans l’Aftout
es Saheli (observation de 1962) — Décembre et Janvier — très différente de celle trouvée au
Banc d’Arguin — Février à Novembre.
Source ; MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE Vil
INTERPRÉTATIONS ET CONCLUSIONS
Pour clore cette V® Partie, nous devons prendre en considération l’ensemble des faits
et tenter d’en opérer la synthèse sous les trois rapports de l’écologie, de la biologie (époques de
reproduction) et de la zoogéographie.
§ 1. — ÉCOLOGIE
En décrivant les lieux de reproduction tant sur le continent (colonies de Safim, ville
de Bissau, lagune de Cufada, marais de Cacine) que sur les îles nous avons déjà été conduit à
une série de remarques particulières : associations des Pélicans et Tantales; mise à profit
de quelques boqueteaux en forme d’» îles » au milieu de la lagune de Cufada, de hauts-fonds
recouverts de végétation aquatique dans les marais du Sud ; protection par le voisinage humain
recherchée en pieine ville; absence de reproduction des Flamants due au fait que certaines
conditions de nidification ne se trouvant pas réunies; recherche par certaines espèces {Lotus
cirrocepkalus, Butorides striatus) de l’abri dans l’épaisseur des graminées; utilisation éven¬
tuelle soit du tapis végétal (Platalea alla) soit du soubassement rocheux (Threskiornis aetkio-
picus)-, rapprochement entre les modes de nidification des deux espèces du genre Platalea
rôle de centres que semblent jouer certains îlots (celui des Spatules) tandis que d’autres, où
la reproduction se déclenche plus tardivement, apparaissent seulement comme des annexes
(celui des Caspiennes), etc. Mais dans deux directions il reste à opérer une synthèse des don¬
nées. En matière de reproduction comment le mode de nidification est il commandé par 1 impé¬
ratif de sécurité. En matière d’alimentation quel est le rôle des marées, comment varient au
cours de l’année les possibilités nutritionnelles ?
1. Recherche de la sécurité et modes de nidification.
Il faut souligner l’importance d'un principe de comportement animal qui apparaît
sous diverses formes dans tous les modes de reproduction. Il s’agit, les possibilités d’alimenta¬
tion étant assurées par ailleurs, de la recherche de la sécurité. En Guinée portugaise comme en
Mauritanie, comme au Sénégd, il faut des « îles ». Mais ici nous employons le terme en un sens
abstrait : car l’insularité protectrice peut être obtenue de plusieurs manières. Les oiseaux, en
effet, se trouvent en présence de trois groupes d’options :
1° Choix entre le continent et les îles. Dans le premier cas — continent — les refuges
sont rares et ne donnent asile qu’à un petit nombre d’espèces (Pélicans et Tantales en groupes
considérables, Grandes Aigrettes en nombre médiocre, Grues couronnées par couples isolés).
Dans le second cas — îlots — les possibilités offertes sont si grandes que la grande masse des
Échassiers (avec un appoint de Laridés) n’arrive pas à les épuiser.
2® Choix entre d’une part le voisinage humain — d’autre part l’éloignement : sur les
îles en pieine mer, dans les mangroves les plus secrètes ou sur les marais les plus vastes...
Rentrent dans la première catégorie toutes ces colonies de Pélicans, Tantdes, Marabouts qui
s'instrilent en colonies bruyantes au milieu des villages, ainsi que cette colonie de grandes
Aigrettes que nous voyons nicher en plein centre de Bissau. Dans la deuxième catégorie se
trouvent tous les Échassiers, Grues couronnées. Spatules, Ardéidés qui obtiennent la dissimu¬
lation soit par la distance (îlots en pleine nier, fonds recouverts de végétation aquatique dans
les lagunes et marais) soit par l’épaisseur des feuilles (colonies enfoncées au cœur des man¬
groves).
3® Choix entre deux types d’occupation du terrain : l’un très lâche, l’autre très serré.
Le premier est le contraire d’un groupement : Grues couronnées égaillées sur le tapis herbeux
Source : A1MHM, ftiris
RENÉ DE NAUROIS
24fl
des grands marais, Hérons goliath et Ibis Hagedash aux aires plu» ou moins espacées dans
l’épaisseur des mangroves. C’est plutôt une nidification par couples isolé.» — mode de distri¬
bution très général chez le» Oiseaux. Bien entendu il n’implique nullement l’abolition du lien
social. Le second type est la nidification en colonies : générale chez les Phalacrocoracidés,
Anhingidés, Plataléidés; presque générale chez les Ardéidés réalisée au moins dans le cas
de ribis sacré chez les Plégadidés ».
Chacun de ces modes d’association présente des avanUges et des inconvénients. Le
voisinage humain n’est hélas ! pas de tout repos : la dispersion des colonies de Safim au cours
des dernières années en est la preuve. Que ne verrait-on pas se développer si l’homme au lieu
de se comporter en destructeur, mû comme par un obscur instinct de mort, devenait enfin
l’ami des animaux ? Quoiqu’il en soit des perspectives qu’ouvrirait une changement dans le
comportement de l’espèce humaine, il est une question fondamenuie qu’il faut poser : en
quoi consistent au juste ces menaces, quels .sont les types de prédation qui obligent les oiseaux
à rechercher, obstinément et par des voies diverses, ia sécurité ? Des observations organisées
de façon systématique et conduites aussi bien de nuit que de jour, renseigneraient sur ce point.
Nous n’avons pas pu les entreprendre ». le groupement en colonies denses a sans doute pour
effet d’intimider certains petits carnassiers. Nous avons aussi pensé à la prédation par les
singes (Naurois 1965). En Guinée portugaise plus encore qu’au Sénégal des bandes parfois
nombreuses rôdent dans la savane et dans la forêt, se tenant en général à distance des villages ;
mais nous n’avons jamais vu de Singe» dans les palétuviers. Si certaines espèces avaient facile¬
ment accè.» dans les Avicennia et Rhizophora qui ourlent le continent nous tiendrions sans
doute l’explication du fait remarquablement consUnt et rappelé par nous à chaque occasion :
l’absence de colonies reproductrices dans ces immences mangroves qui bordent les rias de
Guinée comme celles de Cararaance et du Sine-Saloum. Enfin il ne faut pas exclure la possibilité
d’un rôle de prédation — voire de déprédation — qtii pourrait être joué éventuellement par
Atilax paludinosus : cette Mangouste s’aventure dan» les palétuviers et contribue peut-être
à faire fuir les oiseaux. Connue de U région ivoiro-libéricnne, F. Frade (1945) a obtenu pat
des captures la preuve de son existence en Guinée portugaise (v. p. 202).
2. Conditions d’alimentation.
Le milieu impose sa loi par des facteurs tant physiques que biologiques. La circulation
des eaux marines sur le» hauts-fonds joue un rôh; qui semble n’être pas négligeable. Plus fonda¬
mentales, évidemment, sont les possibilités nutritionnelles, elles-mêmes fonction de multiples
paramètres d’ordre océanographique et climatique,
10 Rôle des marées.
Le fort marnage a une double coa-équcnce : d’une part, en augmentant considérable¬
ment la surface découverte à marée basse, il offre des po.ssibilités d’alimentation à un plus
grand nombre d’espèces et d’invidus : Liraicoles (migrateurs qui ne rentrent pas dans le cadre
de notre étude), Spatules, Ibis, Ardéidés divers, ainsi qu’au ramasseur de déchets — le scaven-
ger par excellence — qu’est Gypohierax angolensis; d’autre part, en raison de la vitesse des
courants de matée et des courants côtiers qui en sont la conséquence, ce même marnage paraît
bien gêner non seulement les Flamants (comme nous 1 avons signalé p. 219) mai», au cours
même de leur alimentation, la plupart des Échassiers : entraînement rapide des proies, pres¬
sion sur les pattes »...
représenté par un très petit no
me quinzaine de km. Jxobryrhui
frappant que ButoriJ
J. Nyctitorox IfUfonol
qu'en deux endroits distant»
seule fois (marais du Sud). Il
dans le delta du Sénégal, foru.c — w...-..- ------
sur les nota du Salouin et dans les Bijago».
2. Entre ces deux extrêmes ii y a d'ailleurs des types di
dash nichent parfois isolément : un couple sur un Ilot, un coup!
nids occupé» simultanément cl _ r
I miniMui II a cte rencontre meneur qu'une
qui niche le plus souvent par couples isoiÉ*
c laehe (parfois du type relativement aerré)
hoge-
ion. Ardfa golûuh, Hogedi
sh nichent parlois isolement : un cuupie »ui u..—■ autre. Mai» on trouve aussi plusieurs
ds occupé» simultanément clans une même mangrove - ceUc par exemple d Angurama-Etisse ; noua
ons cru pouvoir parler en ce cas de « colon ies » de type» dispersé».
3. Une seule fois, au Maroc, le hasard nous servit : dans un bocjucleaii du Rharb où ia reproduction
des Ardéidés (Biièi.lcus iéir, Egrrtta gorzeda. un ou deux croupies d Ar,Ma ra^.de,) baitail son plein, i|
se fit tout à coup un grand silence. A travers le feiullagc qui nous servait de cachette, nous pûmes identifier
un Aigle botté, J/ieroelw penncMul, décrivant des cercle» aii-ilessu» de lu colonie.
4. A pente égale, plus le marnage est fort, plus est grande in dislaiicc que t eau de mer doit parcourir
en une demi-marée.
Source : MNHN, Paris
GUINÉE PORTUGAISE.
CONCLUSIONS
249
2® Possiliililés nutritionnelles pour les Échassiers.
L’avantage des grandes étendues découvertes à basse mer semble ne pas être aussi
considérable aux Bijagos que sur d’autres estrans de dimensions comparables, ceux du Banc
d’Arguin par exemple. S’il l’était, ce ne seraient pas quelques Ibis sacrés. Spatules et Aigrettes,
isolés ou en petits groupes, que l’on noterait de distance en distance; mais à certaines époques
tout au moins, et sur des étendues de plusieurs kilomètres carrés, on verrait les oiseaux fouil*
leurs et pêcheurs presque au côte à côte : comme il arrive en Mauritanie, autour de i’île. Arel
par exemple. Or il n’en est rien h II faut donc supposer que pour des raisons complexes_pro¬
portions relatives des vases et des sables, composition chimique et contenu organique des eaux
et des dépôts, vitesses aussi des courants... — les hauts-fonds sont ici relativement pauvres
en éléments nutritifs et les eaux relativement pauvres en petits crustacés et petits poissons.
A l’inverse de ce qui est si remarquable au Banc d’Arguin, les herbiers sous-marins font défaut,
du moins jusqu’à la profondeur oii le regard peut pénétrer dans ces eaux généralement troubles.
Et ceci est à la fois un effet et une cause : un effet de la composition minéralogique et organique
des fonds : trop uniquement sableux par endroits (en particulier là où les courants sont forts),
trop uniquement vaseux ailleurs (car la vase au sens strict du terme se dépose en eau calme *);
une cause parce que l’absence de végétation aquatique entraîne celle de quantités de crustacés,
mollusques, larves de toutes sortes et petits poissons. En tant qu’effet, donc, l’absence d'herbiers
vient à l’appui de ce que nous avancions plus haut touchant la pauvreté des substrats trop
uniquement sableux ou trop uniquement vaseux. En tant que cause, elle explique en partie
que certaines espèces d’Échassiers ne soient pas représentées en plus grande abondance. Car
le nombre imposant des colonies d’Ardéidés qui se reproduisent dans les palétuviers ne doit
pas faire illusion : les populations totales sont évidemment plus fortes aux Bijagos qu’au Banc
d’Arguin; mais dans le premier de ces archipels le nombre des Ües est beaucoup plus élevé que
dans le second, ce qui entraîne un beaucoup plus grand développement des côtes et, par là
même, des zones possibles d’alimentation *. En d’autres termes deux facteurs jouent en sens
inverse l’un de l’autre : d’une part pauvreté organique des fonds, absence d’herbiers et petit
nombre des poissons constituent un facteur limitant; d’autre part la longueur des rivages com¬
pense plus ou moins la faiblesse de densité. C’est donc tout le peuplement en Ardéidés, Plata-
léidés, Plégadidés qui aux Bijagos, encore que considérable en valeur absolue, demeure
modeste en valeur relative
3® Possibilités nutritionnelles pour les Laridés.
Les considérations qui précèdent n’intéressent pas seulement le cas des Échassiers
mais aussi, de façon un peu différente, celui des Laridés, car les conditions océanographiques
relativement défavorables aux premiers le sont aussi aux seconds : l’absence d’herbiers, par
exemple, ne favorise pas la prolifération des petits poissons dont se nourriraient les Sternes
de petite taille. Mais la pauvreté de l’archipel en espèces des genres Larus et Sterna doit avoir
une cause plus fondamentale dans une certaine pauvreté planctonique des eaux guinéennes
lorsqu’on les compare à celles du Sénégal (au S de la presqu’Üe du Cap-Vert et jusqu’à la
Casamance) ou à celles de Mauritanie (Aguerguer, Banc d'Arguin). Une première raison appa¬
raît immédiatement : les eaux mauritaniennes sont enrichies par d’importantes remontées
d’eaux froides {upwcUings), Sans doute, celles-ci, en raison de leur loc^sation au voisinage
de ta pente du socle continental, n’atteignent pas directement les régions de hauts-fonds d’où
émergent les îlots. Mais le développement du phytoplancton sur le lieu même de l’upweUing
entraîne, les courants aidant, son étalement et un développement du zooplancton sur tout le
1. Rien entendu il est malaisé d'avancer des ordres de pandeur, L'effectif des colonies peut être
estimé à 2 000 ou 3 000 oiseaux pour les grandes colonies de Flamingos, Angurumâ-Etisse, Tourterelles,
à SOO ou 1 000 pour les colonies petites ou moyennes de Tufo, PatrSo, l'ilot au S de Uno. Noue arrivons
ainsi à un total de 7 SOO à 12 000 (immatures et non nicheurs n’étant pas comptés).
2. Sans doute se dépose-t-elle aussi dans des zones de clapotis, où des courants viennent interférer
et où se trouve aboli le transport des masses d'eau dans le sens horizontal (ex : ilheu das Areias).
3. Les Échassiers se nourissent sur haute-fonds aux heures où la profondeur d'eau et la vitesse des
courants le permettent, le long des eûtes, sur les rives des marigots et des étangs, Une estimation de ces
surfaces ne serait pas impossible en utilisant des cartes à grande échelle ou mieux des photographies aérien¬
nes. L'ordre de grandeur des peuplements étant par ailleurs connu, le calcul des densités à l'hectare s'ensui¬
vrait. li pourrait être confronté avec dea moyennes de comptages faits sur des surfaces considérées comme
représentatives des divers biotopes. Encore faudrait-il s'assurer que tous les Échassiers nicheurs sur les Ilots
s’alimentent à l'intérieur de l’archipel. Une partie d’entre eux ne pourrait-elle avoir ses terrains de gagnage
sur le continent ? Hypothèse bien improbable mais non absolument exclue.
Source : A^NHN, Paris
2S0
RENÉ DE NAUROIS
plateau continental. Celui-ci, à son tour, permet le développement d’une abondante faune
ichtyoiogique qui ae répand jusqu’autour des lies. D'où l’abondance des Oiseaux au voisinage
d’Arei, des Kiaones, de Zira, Touffat, Cheddit. Au large des Bijago.», au contraire, les remontées
d’eau froide font défaut. A cette Latitude les eaux superficielles guinéennes, définies par lexir
température relativement élevée et leur salinité variable selon la saison, sont sans doute trop
peu riches en éléments nutritifs * pour entretenir plu.« et mieux que les populations dont nous
avons donné l’analyse : 3 espèces de Laridés seulement, comptant moins de 1 000 couples •
3 îlots seulement, et qui ne portent que des colonies d'importance moyenne (celui des Mouettes
à Tête grise et celui de.s Spatules) ou petite (celui des Caspicnnes). Nous voilà loin des 10 îles
du Banc d’Arguin où nichent 6 espèces de Sternes {Hydroprogne caspia, Celochelidon nilo-
tica, Sierna maxima, hirundo, albi/rons et anaelhetus), et 2 de Goélands {Larus cirrocephalus
et genei) avec un effectif total de 10 000 à 13 000 couples reproducteurs.
Toutefois, pour expliquer de façon pleinement satisfaisante la médiocrité des peuple-
ments de Guinée portugaise, il faudra attendre qu’ait été poussée plus loin l’étude des eaux
tant dans le domaine de i’Hydroiogie que dans celui de ia Biologie marine; et aussi bien à
l’intérieur de i’archipei que sur l’ensemble du plateau continental qui l’entoure.
§2. — PÉRIODES dp: reproduction
Sur le continent les recherches ont condtiit à des résultats de précision très inégale
Pour trois espèces — Pelecanus rufescens. Ibis ibis, Leptopilos crumeniferus _l’époque dè
ponte a pu être située avec une approximation acceptable dans le cycle annuel et évaluée en
durée. Comme nichcitses ces espèces sont d’ailleurs confinées à {{uclques localités du mainland
Touchant les Ardéidés les prospections ont été, nous l’avons dit, assez décevantes. Les grandes
mangroves et rives de marigots paraissent bien n’être pas • habitées ». C’est sur la seule lagune
de Cufada qu’a pu être rencontrée une médiocre nidification. Sans doute n’avons-nous pas su
découvrir toutes les colonies qui trouvent asile çà et là, sous un mode dissimulé. En outre, il eût
fallu à Cufada même, prolonger l’observation, reconnaître les dates extrêmes de début et fin de
ponte pour chaque espèce et rendre ainsi possible une comparaison avec les reproductions au'
ont lieu dans i’archipel des Bijagos. A partir de 1963 le retour sur les lieux nous fut interdit d
diverses circonstances tout à fait indépendantes de notre volonté. Une donnée a cependant d
être recueillie : le fait de la reproduction en pleine saison des pluies — œufs et poussins à la fin
de septembre — pour Nyeticorax nycticorax, Egrelta gularis et E. alba. Constatations analogues
pour plusieurs autres espèces : Balearica pavonina, Ixohryckus minutus, divers Tisserins etc
Sur les îles mêmes, nos prospections n’ont pu préciser autant qu’il eût été souhaitable
toutes les limites de durée : débuts et fins des pontes, dates des derniers envois. Du moins
l)ermettent-elles de se représenter avec une bonne approximation l’allure des phénomènes'
Ceiie-ci se trouve résumée en même temps que rendue sensible à l’œil dans le tableau 4 (p 266)
dont l’intérêt est double : il vaut d’abord par lui-même en montrant d’emblée la répartitio ^
des divers cycles au cours de l’année ainsi que leurs relations de simultanéité ou de succès
sion *; il vaut par comparaison avec le tableau similaire concernant les Oiseaux du Ban*
d’Arguin. Entre ces deux régions séparées par 10° de Latitude, habitées par nombre d’espèc
communes à l’une et à l’autre, et où les conditions écologiques pré.sentent àla fois des rease *
blances frappantes et des différences marquées, le rapprochement est suggestif.
Réservant pour la conclusion générale l’interprétation à laquelle donne lieu la mise
regard des deux ensembles, nous dégagerons pour ce qui concerne la seule Guinée portutta'*^*^
les constatations suivantes : ®
1° Tous les Ardéidés nichent en saison des pluies, de juillet à octobre. Cependant de
espèces au moins devancent largement l’arrivée de la mousson : EgrcUa gularis et Nycticn *
nycticorax. Les cycles sont d’ailleurs fort étalés, pour !a première surtout (7 mois).
2° Le cycle de Plalalea alba suit presque immédiatement celui des Ardéidés. Le c I
de Tkreskiornis aethiopUus accompagne au contraire celui à'Egretta gularis. ^ *
3° Les cycles de Larus cirrocephalus et Sterna hirundo sont printaniers, comme
Banc d’Arguin. Celui de la Mouette à Tête grise se <léveloppe sur une durée de 6 ou 7 m
Celui de la Sterne Ca-^pienne débute vraisemblablement dès Octobre et prend fin en Mars
1. En dépit <lu« stationnenient» d’une soiie frontsle pendant ces mois (l'hiver à la latitude mov
de la Guinée portugaise (v. Ad<Undutn, p. 30) et de l'existence d'une divergence au S W (Dôme de Gui
2. Pour ne pas multiplier les schémas, nous avons fait fipiter les cycles relatifs aux Ilot» c ,“**'•
à l’intérieur même du tableau principalement consacré aux Bijagos. ““ Salount
Source : MNHU, Paris
GUINÉE PORTUGAISE. — CONCLUSIONS
251
40 Sur le contient !e cyde de Ibis ibis démarre peu après celui de Pelecanus rufescens;
et cela sur le même lieu de nidification. Mais le cycle du Tantale est contracté (Novembre à
Janvier) tandis que celui du Pélican est étalé sur 5 ou 6 mois. Leplopilos crumeniferus niche
également pendant les mois d’hiver et voisine à l’occasion avec Ibis ibis.
§ 3. — ZOOGÉOGRAPHIE
1“ La découverte au Banc d’Arguin, à une Latitude moyenne de 20°, d’importantes
colonies reproductrices de Laridés paléarctiques — Lotus genei, Gelochelidon nilolica,
Sterna hirundo — avait été un étonnement. Plus grande encore fut la surprise lorsque nous
vîmes ces espèces s’étendre plus au Sud jusqu’aux îlots du Saloum par 13“ 40'. Voilà que Sterna
hirundo « descend » plus » bas 0 encore, jusqu’au centre de l’archipel des Bijagos, par
A la vérité ce prolongement est moins surprenant si l’on tient compte de deux faits :
d'abord, la présence de l’espèce à la même Latitude sur la rive opposée de l’Atlantique : les
Phëlps (v. Bibliographie) ont trouvé cette Sterne nicheuse de printemps, en petit nombre,
sur les îles qui s’étirent d’Est en Ouest, le long de la côte septentrionale du Venezuela * ; ensuite,
la mention, sous une forme, il est vrai, un peu elliptique mais qui ne laisse place à aucun doute,
de SUrna hirundo nicheuse dans le delta du Niger. La découverte est due à P. R. Foulkes-
Roberts et a été rapportée par P.I.R. Maclaren (1952-1953) dans les termes siUvants :
• Odd birds hâve been identified in the summer months, and perhaps originale from
the colonies on the Warri coast-line. F-R's discovery of Common Tems breeding on Walker
Island and neaby sandbards at the mouths of the Dodo and Pennington rivers raises the fas-
cinating problem of whether such individuals, so far from the species’ normal breeding range,
ever nest clsewhcre during their lifetime. Only ringing of young birds can settle the question,
and few omithologists are able to visit that lonely sea-board. »
Le texte est formel. Mdheureusement, nous manquons totalement de précisions sur
l’importance de la colonie et l’époque de ponte. Nous ignorons en outre s’il existe dans le delta
du Niger d’autres Üots où l’espèce soit nicheuse et si ces reproductions ont un caractère régulier
d’une année à l’autre.
2“ Hydroprogne caspia a beau être une espèce presque cosmopolite sa reproduction dans
l’archipel des Bijagos ne manque pas d’intérêt. Elle constitue un jalon entre les lieux de nidifica¬
tion trouvés d’une part au Banc d’Arguin et sur les îlots du Saloum, d’autre part dans le delta
du Niger. C’est Maclaren, ici encore, qui est le rapporteur.
" The Caspian Tern, écrit-il (même référence), has now been recorded in small numbers
ail along the Nigérian shore and throughout the year. Proof of its breeding has not yet been
obtained (Forbes’s référencé to a colony at Bonny in 1882 ia tanialisingly vague); but F-R.
has told me that about 1944 a Forcados court messenger brought him back ten eggs from an
island off the mouth of the Ramos rivers. Tkese eggs tally with those of the Caspian Tern,
as did the messenger's description of the bird. Although F-R thought that the island had a
covering of végétation, it was probably not a permanent one, for there was no sign of it when
I visiled the Ramos bar in 1950. ”
Ainsi, l’auteur n’a disposé que d’indications peu explicites : des œufs lui ont été appor¬
tés, qu’il a identifiés d’après leur coloration et leur taille. Il ressort du texte que le fait d’une
reproduction est établi. Mais nous ignorons tout, une fois de plus, de l’importance de la colonie
et de l’époque de ponte. Surtout la permanence des phénomènes demeure fort douteuse.
La Côte occidentale d’Afrique n’a été prospectée de façon systématique que dans la
partie comprise entre le détroit de Gibraltar et l’archipel des Bijago.». Au Sud de cette limite
et vers l’Est nous ne possédons que des indications fragmentaires et, delta du Niger excepté,
négatives’. Toute spéculation sera vaine sur la signification des peuplements de Laridés sur cette
côte aussi longtemps que n’auront pas été sérieusement prospectés les Ilots de dimensions
diverses qui s’échelonnent au large de la République de Guin^, du Libéria, du Sierra-Leonc
et des états africains du golfe de Guinée.
1. Il est remarquable que Us température* de la mer en surfare soient presque identiques en été
par 12° N sur la côte du Vénezuelaet par 12° 30' sur la côte de Sénégambicet de Guinée Portugaise. Moyennes
annuelles 25° û 26°, moyennes de Juin à Novembre de 26° à 28° de part et d’autre (mesures effectuées par
l’expédition du Metear; BouNKCKE 1936, Allas su Ttmpcratur, Salxgfhali und DUhu ander Oberfiâche des
Ailaniiachen Ozeans).
2. Môme en ce qui concerne les Échassiers les renseignements relatifs à la côte 3 de la Guiuée Portu¬
gaise sont relativement peu nombreux et, touchant les reproductions, rarement concluants ; voir : Banner-
M*N 1921,1953; Maclaud 1906; Sefle 1950,1955, 1965; Walker 1939.
Source : ASNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INTERPRÉTATIONS ET CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Ce qui e’iinpose en premier lieu au terme d’une longue enquête est une vue d’ensemble,
un résumé des faits acquis. Nous donnerons ensuite une interprétation écologique et biogéo-
graphique. Nous essayerons ainsi de retenir en le dépassant l’essentiel des interprétations
partielles relatives aux 5 secteurs côtiers que nous avons distingués et qui font l’objet des 5 par¬
ties de cet ouvrage. Nous proposerons en terminant quelques réflexions sur la nature du bio¬
tope côtier, l’étendue et les limites de son originalité — ce qui sera une réponse, toute provi¬
soire à la question qui se trouvait formulée aux premières pages de ce livre ; qu'est-ce que
la côte ?
§ 1. — VUE D’ENSEMBLE
limites géographiques des peuplements, limites dans le temps des durées de reproduc¬
tions : à ces deux égards, nos prospections ont apporté des résultats qui, sans doute, ne sont
pas définitifs — rien ne peut être définitif dans un domaine plus ou moins mouvant — du moins
suffisamment nombreux et cohérents pour que le statut des espèces et groupements d’espè¬
ces soit en général nettement dessiné.
1. Limites d'extension.
Plutôt que de prendre les espèces selon l’ordre systématique — ce qui obligerait à de
constants retours sur les mêmes lieux — revoyons comme à vol d’oiseau le chemin parcouru
du Nord au Sud, mais en circulant cette fois librement dans les deux sens.
Après avoir longé la côte monotone du Sahara espagnol, noté de distance en distance les
maigres colonies de Grands Cormorans, nous avons doublé le Cap Barbas et pénétré dans le
domaine qui fait directement l’objet de la présente étude. Aussitôt s’est présenté, par 22‘dO ,
l’îlot Virginia : la colonie de Sterna anaelhetus — quelques centaines de sujets — marque
pour l’espèce la limite septentrionale de son extension. Nous la retrouvons un peu plus au Sud
avec des effectifs plus considérables, sur les îles centrales (Kiaone, Arel) et méridionales (Zira,
Touffat, Cheddit) du Banc d’Arguin. Curieusement elle sera absente des îles (où les biotopes
seraient apparemment convenables) de la côte de Sénégambie (Madeleines, Saloura) et de l’archi¬
pel des Bijagos. On ne la retrouve qu’à l’Équateur (îlots Sette Pedras, au Sud de î’île Sio Tomé
— Naurois) On peut donc dire que la population ramassée sur les îles de l’Aguerguer et du
Banc d’Arguin occupe une aire disjointe *.
C’est également sur l’îlot Virginia, maiB c’est aussi, par endroits, dans les falaises côtières
que semble nicher, par couples isolés, Lotus argentatus : nouvelle limite d’extension, mais
cette fois limite méridionale.
Un peu au Sud de Virginia apparaissent au moins 2 colonies — accrochées aux falaises
— de Phalacrocorax carbo luâdus. Nous avons relevé ce fait curieux : sur cette côte de l’Aguer¬
guer c’est l’fle qui est dédaignée, l’escarpement du continent qui est préféré*. Doublé le cap
Blanc c’est seulement sur les îles Kiaone et Arel, par 20®, que nous trouverons des colonies;
puis sur les îles de l’Aftout es Sahdi, par 17® 30', enfin au Nord de la « boude du fleuve », par
15® 35, sur ces « îles » au sens analogique du terme—on est tenté d’écrire au sens ■ fonctionnel »
— que constituent les bouquets d’arbres dans le delta inondé. Rien dans le reste du delta;
rien sur la côte de Sénégambie. Le Grand Cormoran ne reparaîtra qu’en Guinée portugaise
(archipel des Bijagos), avec un effectif modeste. Distribution, comme on le voit, trN espacée,
et qui s’amenuise lorsque, à partir de l’Aftout, on descend vers le Sud. L’espèce niche-t-elle
1. Vers l’Ouest, c'est aux Bahamas et aux Antilles que l'espèce niche en prands nombres. Vers
PEst, c’est en mec Rouge et dans l'océan Indien; voilà pour la Latitude approximative du Banc
2. 'v. p. 61. texte et note 1.
Source : MNHN, Paris
254
R£NÉ DE NAUROIS
en république de Guinée, au Sierra Leone ? Les recherches futures nous fixeront sur ce point.
Revenons maintenant à la côte de Mauritanie.
Nous doublons le cap Blanc et devant nous s’ouvre le Banc d’Arguin. La Latitude plus
basse, le mode moins battu, l’étendue exceptionnelle des bauts-fonds créent les conditions de
ce que nous avons appelé une lagune en pleine mer ou se reproduisent 70 OOO à 100 000 oiseaux
appartenant à 21 ou 22 espèces. Passons les rapidement en revue '.
1“ Espèces cosmopolites.
L’intérêt qu’elles présentent ne doit pas être sous-estimé car leurs lieux de reproduction
constituent des jdons sur des secteurs de côte qui, pour certaines espèces, s’étendent sur de«
milliers de küomèttes.
t. Nous reprenons ici, avec les commentaires et compUmenU nécessaires, i’exposé déjà proposé sous
forme de tableau pour le seul Banc d’Arguin (2* Partie, p. tOB).
Cfiorodriui alcMudrinus et AlaKmon alaudipt$ ne seront pM pris en considération dans les pages
nui suivent. Pour le second la reproduction sur les Me» Tidra, Cheddit, etc., n'est pas encore prouvée. Le
mier n’a en fait été trouvé niebeur que sur la côte de la baie du I-évrier et sur l’Ilot voisiii de i'ile d’Arguin.
Il devra Sue recherché plus au Sud.
Source : A^NHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — VUE D'ENSEMBLE
255
Phoenicoplerus ruber — 20 000 à 30 000 oiseaux. Sur la côte occidentale d’Afrique
c’est, pour cette e.'pèce, la seule population qui soit à peu près régulièrement nicheuse. Regar¬
dons en effet vers le Nord et vers le Sud : au Nord les colonies de Puerto Cansado et de la dépres¬
sion de l’Iriki (au coude du Dra, Sahara marocain) ne se rassemblent qu’à intervalles de plu¬
sieurs années et avec des effectifs minimes si on les compare à ceux du Banc d’Arguin; au Sud
c’est jusqu’à la République Sud-Africaine qu’il faut descendre pour retrouver des nidifications
de nouveau irrégulières et à effectifs médiocres (fig. 27).
Hydroprogne caspia — Vers le Nord c’est jusqu’au golfe de Finlande qu’il faut remonter
pour rencontrer cette Sterne. Vers le Sud les colonies s’échelonnent le long de la côte d’Afrique :
par 17° une population non né^geable s’installe curieusement (et d’une façon qui ne peut pas
être régulière) sur une île de l’Aftout es Saheli*. Quelques nids apparaissent parfois sur la côte
de Sénégambie (îles de l’estuaire du Saloum) et sur un îlot temporaire — aujourd’hui disparu —
de la côte Casamançaise. Une importante colonie niche régulièrement, par 11°, sur un îlot
des Bijagos. Enfin Mac Laben a acquis la preuve d’une reproduction au moins occasionnelle
dans le delta du Niger. Plus au Sud... ? Nous ne savons pas (v. fig. 26) '.
Slerna albifrons — Le statut de cette espèce sur la côte occidentale d’Afrique n’est pas
défini de façon satisfaisante. Il n'est pas exclu qu’une reproduction ait lieu à l’embouchure
du Sénégal. Il est frappant que l’espèce soit absente des îles du Saloum et des Bijagos. Provi¬
soirement, la petite population du Banc d’Arguin se trouve isolée, loin aussi bien des colonies
d’Afrique tropicale humide que de celles d’Europe (fig. 30) ®.
2° Espèces paléarctiques.
Leur extension vers le Sud, plus ou moins prolongée, a été poui nous une surprise.
Gelochelidon nilotica — La nidification ne nous est apparue nulle part entre l’Europe
et le Banc d’Arguin sur les côtes du Maroc et du Sahara espagnol. Mais le docteur Robin vient
de la découvrir dans la dépression de l’iriki où, bien entendu, elle n’a lieu qu’à intervMles
d’environ 8 ou 10 ans (fig. 30).
Sterna hirundo — Cette espèce niche à Puerto Cansado (P. Robin à paraître *) — seul
relais entre les aires de reproduction européennes et l’aire mauritanienne. Mais elle descend plus
au Sud, jusqu’aux îlots du Saloum par 13° 40' et aux Bijagos par 11° — extension qui a son
équivalent le long des côtes orientales d’Amérique, les Phelps ayant découvert la reproduction
sur les îlots au large du Venezuela.. L’espèce aurait-elle encore un point d’appui en Sierra
Leone? L’avenir prochain le dira. Sa reproduction en tout cas a été établie par Mac Laren dans
le delta du Niger. Là est évidemment, par 5°, la limite méridionale (fig. 26)
Apus pallidus — Encore une prolongation inattendue : ce Martinet paléarctique, plus
précisément méditerranéen, pousse une antenne jusqu’aux îles Kiaone par 20°, où se trouve
donc désormais la limite méridionale de l’oreo .• extension en doigt de gant typique et que l’on
rapprochera de celles de divers passereaux, tels Oenanthe leucura, Motacilla flava iberiae,
Molacilla fiava iberiae — Il faut rappeler l’intérêt que présente ce petit peuplement
dont la découverte est due à F. Roux. C’est un cas parmi d’autres de ces passereaux qui des¬
cendent en doigt de gant le long de la côte et dont Valverde a établi l’existence au Sahara
espagnol. C’est le cas le plus net où se manifeste, en tant que condition climatique, l’effet
rafraîchissant des Alizés du secteur Nord le long de la côte occidentale d’Afrique.
1. Voir p. 125 et 127.
2. TI reste des üots à explorer entre la Guinée et le Nigeria, en particulier sur la côte du Sierra I.rone.
3. Noua n'avona trouvé au Maroc qu’une reproduction aléatoire à l’entrée de la Lagune de Moulay-
bou-ScUiam. Maie P. Robin (in (iu.) nous apprend qu'une colonie nicheuee a été récemment découverte
au Nord de Casablanca. On ne sait ai la reproduction a pu arriver à terme. Sur la reproduction en Égypte
v. Alexandes 1943.
4. Voir p. 41.
5. L'intérêt est rehaussé par le fait que les populations ouest-africaines (non migratricea) se
distinguent de celles d'Europe (migratrices) par une moindre longueur d'aile. Nous attendons d'avoir
pu collecter un nombre suSsant de spécimens pour séparer éventuellement une sous-espèce locale.
6. Voir p. 283.
Source : A^NHN, Paris
256
RENÉ DE MAUROIS
30 Espèces eurasiatiques et alHcames.
Nous désignons ainsi une catégorie d’oiseaux que leur distribution principalement euro¬
péenne ou eurasiatique ferait classer parmi les paléarcüques mais qui se reproduisent ça et là
en Afrique centrale, voire orientale et australe. Il n’en est que plus remarquable de constater
leur présence sur deux « axes » méridiens : d’abord sur le grand axe qui part du Nil et de la
mer Rouge et par l’Abyssinie, les grands lacs, le bassin du Zambèze, se prolonge jusqu’en
République d’Afrique du Sud; ensuite le long des côtes d’Afrique occidentale.
Fig. 26
N. B. C’est par erreur que HyJroprognt caipia figure comme niebeuse i Puerto Cansado.
Pelecanus onocrotalus — Selon Benson (1963, p. 215) ce Pélican niche probablement
en petits nombres sur les plaines de Kafue (Rhodésie du N.), peut-être au lac Chilwa (Nyassa-
land) et irrégulièrement au Bechuanaland. D’autre part, sa reproduction est considéré par
J. Dragesco (1961, p. 181) comme certaine sur les pics inaccessibles (Ab'Touyour, Kapsikis)
non loin du Tchad. Voilà qu’en Afrique occidentale, nous sommes en présence de deux peuple-
raents qui ne semblent pas être indépendants l’un de l’autre t au Banc d’Arguin (île Arel, 20°)
et dans l’Aftout ea Saheli (17®). L’effectif total s’élève à plus de 2 000 individus (fig. 27).
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. —
'ENSEMBLE
257
Ardea cinerea — Ce Héion est représenté ici par plus d’ua milliei de sujets, nettement
distincts par leur livrée et qui ont donné lieu à la séparation de la sous^espèce Ardea cinerea
moriicae. Les populations les moins éloignées sont en Europe et au Nigéria. Nidification au
soi; période de ponte étalée sur 7 mois. Il s’agit encore véritablement d’une aire disjointe car
les populations les moins éloignées se trouvent en Europe d’une part, au Nigéria et en A^que
orientée d’autre part (fig. 28).
Egrelta garzetta et Platalea leucorodia — Il s’agit maintenant d’espèces typiquement
euiasiatiques et africaines. lâ première n’est représentée au Banc d’Arguin que par quelques
dizaines de couples. Les reproducteurs seront beaucoup plus nombreux dans le delta du Sénégal
et les Bijagos. La seconde a été trouvée reproductrice en Afrique orientale. L’importante popu¬
lation du Banc d’Arguin constitue donc sur la côte occident^e l’homologue en Latitude des
populations de mer Rouge. Elle entrera comme élément dans la discussion biogéographique
(fig. 28).
4° Espèces tropicales.
En dehors de Sterna anaetketus dont nous avons déjà traité, trois espèces tropicales
apparaissent au Banc d’Arguin à la Latitude moyenne de 20°.
Pkalacrocorax africanus — Présent en masse. Nous le retrouverons en nombre au moins
égal dans le Delta du Sénégal.
Egrelta gularis — Les peuplements obéissent à une loi de distribution intéressante :
relativement importants au Banc d’Arguin (quelques centaines de couples) ; étonamment faibles
dans le delta du Sénégal; plus nombreux à nouveau dès le delta du Süoum, considérables
(milliers de couples) dans l’archipel des Bijagos ‘. L’îlot des Pélicans au Banc d’Arguin consti¬
tue la limite septentrionale de l’aire de reproduction (v. p. 54, fig. 28).
Lotus cirrocephalus — Plusieurs dizaines de couples au Banc d’Arguin; rien dans l’Af-
tout es Saheli et le delta du Sénégal; deux colonies importantes sur l’île aux Oiseaux (Saloum)
et une forte colonie, par 11“, dans l’archipel des Bijagos. Les îles Zira, Nair, Arel au Banc d’Ar¬
guin marquent donc la limite Nord de l’area.
Sterna maxima albididorsalis — Les lieux de reproductions de cette Sterne étaient
recherchés depuis l’époque de son identification vers le milieu du siècle dernier. Elle attemt
sa limite Nord par 20‘’40' (îlot des Pélicans) et a ses centres sur les îles Kiaonc, Arel et Cheddit
par 20“ et 19“ 35'.. En 1963 une colonie nichait bien plus au Sud, par 12“ 70', sur un îlot
aujourd’hui disparu de la côte Casamançaise : répartition sur 8“ seulement, plus étroite par
conséquent que celle qui lui fait face sur la côte américaine et qui s’étend sur 12“ des Bahamas
aux îlots côtiers du Venezuela (v. p. 54 et 187; fig. 29).
Apus affinis abeyssinicus — Ce Martinet tropical maintient sur la côte comme sur les
îles plusieurs colonies qui s’intercalent comme des relais entre les fortes populations des côtes
sénégambieimes et guinéennes d’une part, celles du Maroc d’autre part
Passé le Banc d’Arguin et le secteur sans intérêt compris entre le cap Timiris et le
Nord des lagunes de l’Aftout es Saheli, les espèces paléarctiques ainsi que les espèces eurasia-
tiques et africaines se font plus rares, Atteignent leurs limites méridionales :
— dans l’Aftout es Saheli, à la Latitude moyenne de 17“, Pelecanus onocrotalus',
— sur les ües du Saloum, par 13“ 40', Larus genei.
Par contre et comme il est normd, l’élément « éthiopien » devient rapidement prédo¬
minant. Dès la lagune de l’Aftout es Saheli, vers 17“, c’est Phoeniconaias minor qui apparaît,
voisinant avec Phoenicopterus ruber (v. p. 129). Mais cette reproduction du Petit Flamant
1. Il est bien connu que l'espèce est liée au milieu saumâtre ou marin. Ce qui explique sans doute
la rareté dans le delta du Sénégal où l'eau salée ne pénètre qu'en petite quantité.
2. L'espèce s'avance actuellement en Europe par l'Espagne et la France méridionale.
8 564016 6 17
Source ; MNHN, Paris
258
RËNÉ DE NAUROIS
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — VUE D’eNSEMBLE
259
rose, pleine d'intérêt biogéographique, ne s’étend pas plus loin : l’Aftout es Saheli constitue
donc pour cette espèce — dont les centres sont en Afrique orientale — une aire disjointe
A côté des Flamants se reproduisent Phalacrocorax carbo lucidus et Hydroprogne caspia.
Corvus albus, remplaçant Corvus rujKolUs, niche çà et là au bord des lagunes.
Dans le delta du Sénégal, nous voyons apparaître, à côté d’une foule d’espèces tropi¬
cales, 3 Ardéidés eurasiatiques et africains :
— Bulbulcus ibis niche en abondance au Maroc mais manque au Banc d’Arguin, la
raison est obvie : l’alimentation de ce Héron consiste principalement en orthoptères. Or ceux-
ci n’apparaissent qu’exceptionnellement en région désertique. Dans le delta du Sénégal au
contraire, à la faveur des pluies et de l’inondation, les insectes pullulent et les Garde-bceufs
du même coup;
— Egretla alba et Ârdea purpurea. La première n’est pas inattendue et se présente en
nombre. Plus surprenante est la nidification du second — une petite colonie — au voisinage
de Saint-Louis. Aire réduite à quelques hectares et, de nouveau, aire disjointe puisque les lieux
de reproduction les plus proches se trouvent à des milliers de kilomètres : vers le Nord dans
le Rharb marocain; vers l’Est et le Sud (Selon Bensok 1963, p. 216-217) dans divers territoires
du Soudan, d’Uganda, du Kenya, du Tanganyka, des deux Rhodésies, du Nyassaland, de
Madagascar et d’Afrique du Sud (fig. 28).
Plusieurs Échassiers « éthiopiens » se présentent dès que l’on pénètre dans la zone des
pluies régulières (où les isohyètes sont comme tassées sur un faible écart en Latitude) :
— Egrella gularis, nous l’avons dit, n’est représentée ici que par un petit nombre de
couples (v. p. 147, 148, 152, 153);
— sont nouvelles pour nous et à la limite septentrionale de leur extension : Anhinga
ru/a, Butorides striatus, Egretta intermedia, Melanophoyx ardesiaca, Threskiornis aelkiopi-
eus, Platalea alba; et parmi les Rapaces liés au milieu aquatique; Haliaëtus voci/er.
Les îles de la Madeleine, par 14° 40', présentent ime particularité fort remarquable :
elles abritent la colonie de Phaëlon ethereus que découvrit Heim de Balsac et dont nous avons
trouvé une extension sur les îlots situés au Sud de l’île principale : avant-poste oriental d’une
espèce qui a ses centres du côté américain de l’Atlantique et sur quelques îles de l’hémisphère
Sud (fig. 27).
Dans la région de M’Bour, pat 14° 20', nous rencontrons une première colonie — plus
d’un millier de couples — de Pelecanus rufescens. L'espèce semble bien être ici, dans la bande
côtière tout au moins, à la limite Nord de son area (fig. 27).
Sur les îlots du Saloum c’est Larus genei qui atteint la limite Sud de son aire disjointe
d’Afrique occidentale (fig. 29). Egretta gularis, Larus cirrocephalus, Sterna hirundo et Hydro¬
progne caspia n’ont sur ces îles que des rdais. Dans le delta même niche (en petit nombre)
Ardea goliath (v. p. 180) qui, à cette Latitude, semble se trouver à la limite de sont extension
vers le Nord.
En Guinée portugaise réapparaît, nous l’avons dit (v. p. 239) Sterna hirundo, dont
l’extension se poursuit jusqu’au delta du Niger. Hydroprogne caspia et Larus cirrocephalus
sont également présents, ainsi que Phalacrocorax carbo lucidus dont la trace avait été perdue
depuis le delta du SénégJ. Du côté des Ardéidés, Plégadidés, Threskiomitidés, les espèces
eurasiatiques et africaines (Bulbucus ibis, Egretta alba) ainsi que les espèces éthiopiennes
sont, en gros, les mêmes qu’en territoire sénégambien. Notons cependant les espèces suivantes
dont la reproduction n’a été dûment constatée qu’au centre de l’archipel des Bijagos, par 11° ;
Ixobrychus minutas (1 cas seulement dans les marais au Sud de Cacine) ; Nycticorax leuconotus
(identifié par Cawkell en Gambie, où sa nidification est donc probable) (v. p. 225) ; Hagedashia
hagedask (peut nicher plus au Nord, dans les mangroves et zones humides de Casamance et
du Sine-Saloum); Ibis ibis (dont une reproduction a été suspectée par G. Morel dans le delta du
Sénégal). Bien entendu les espèces éthiopiennes terrestres pullulent au voisinage de la côte
1. La reproduction de Phoenicopifriu ruber n'eet pas prouvée. Elle constituera sans doute, si on la
découvre un jour, une extension vers le Sud de l'aire déjà reconnue au Banc d’Arguin.
17.
Source : MNHN, Paris
260
RENÉ DE NAUROIS
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS CiNÉRALES.
'ENSEMBLE
261
Fig. 29
Source : MNHN, Paris
262
RENÉ DE NAUROIS
et sont encore fort nombreuses sur les lies Bijagos, l’influence éliminatrice de l’Océan se faisant
relativement peu sentir. Certaines de ces espèces sont banales et â répartition large (telle Balea-
rica pavonina), d’autres sont soit plus rares (Quelea erylhrops, CUticola galaciolei) soit à la
fois peu communes et plus strictement guinéennes (Pachyphantes pathyrynchus, Ceutkmo-
chares aereus...) [v. p. 209, 2101.
2. Périodes de reproduction.
Nous avons pu en cerner approximativement les limites : époques de début de ponte
pour presque toutes les espèces ; époques de fin de ponte, plus difficiles à préciser sur le terrain
plus difficiles même à définir
1. Si pour la détermination d’une date de début de reproduetion le degré d’incubation des œufs et
i’âge de» poussins peuvent suffire, par contre, pour la connaissance du moment où cette même reproduction
prend fin le» viiite» doivent être répétée» plu» .ouvenl. Kn outre le démorrage, sous l’effet de i’enUaînement
mutuel, s’effectue avec une certaine simultanéité (cher l« Sterne» en part.eul.er). ••■«U. que U termirtaison
s’étire sur d’inégale» durées selon le» année». Enfin, pour de» ruisous lUiiHjple» et parfois difficiles à démêler
le nombre des nieheurs tardifs et des pontes de remplacement est plu» ou moins important. Hast ù pejnà
besoin de rappeler que la difficulté sans cesse renouvelée des rnoyens de transport nous a souvent empêché
de procéder ii toute» le» proipeclion» qui eussent été nécessaires pour « saisir» ces dates de fin de ponte.
Soorce ; MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÊNÉIULES. —
D’ENSEUBLE
263
Les résultats sont résumés dans les tableaux 1. 2 et 3 portant la durée des périodes
de pontes.
Du tableau 1, relatif au Banc d’Arguin, ressortent les constatations suivantes (déjà
indiquées au cours de l’exposé et reprises ici sous forme résumée) :
— plusieurs reproductions n contractées » c’est-à-dire s’étalant sur un maximum de
— trois reproductions très prolongées pour Pelecanus onocrotalus, Ardea cinerea,
Hydroprogne caspia. Mais en ce qui concerne cette dernière, une incertitude subsiste : y-a-t-il
interruption pendant les mois d’Aoûl à Octobre (si oui, nous nous trouverions en présence d’un
type bi-inodal)? Ou bien les groupes de nicheurs se succèdent-ils comme psr vagues, tantôt
Source : MhtHH, Paris
264
RENÉ DE NAUROIS
ici tantôt là, pendant 8 mois de l’année? Chez Pelecanus onocrotalus, l’étalement de l’activité
reproductrice tient à cc que les premiers œufs ne sont pas émis chaque année à la même date
— et ceci probablement en fonction de la présence variable des bancs de poissons. Quant au
CBS d'Ardea cinerea, nous avons souligné l’intélêt qu’il présente : c’est celui d’une population
relativement nombreuse qui ne dispose pour son alimentation que d’aires limitées
pourtour des lies soit au milieu des bancs de sable {au moment ob ceux-ci ne sont
ment immergés) : d’où l’avantage d’une reproduction prolongée sur 7 ou 8 mois
soit sur le
que faible.
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNiRALES. — VUE D’ENSEMBLE 265
Source : MNHN, Paris
266
RENÉ DE NAUROIS
Mis à part le oas d'Hyproprogne caspia, deux reproductions sont strictement automnales
et hivernales : celles de Pelecanus onociotalus (avec le correctif qu’imposent certains débuU
de ponte en Août) et Phalacrocorax carbo lucidus. Toutes les autres espèces nichent entre le
début du printemps et la fin de l’été.
Tableau 4
U'. Ublcau 3, consacré au ilcila du Sénégal montre une cohérence frappante et dont U
raison apparaît immédiatement : concentration des ol.-eaux nichciirs pendant la période d’inon-
dation et de relèvement de la nappe phréatique, h des époques et dans des conditions qui varient
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS CiNÉRALES. — ÉCOLOCIE
267
d’un point à l’autre en fonction de facteurs géomorpliologiques et hydrologiques. Trois
groupes viennent successivement occuper les emplacements : Ardéidés d’abord; Anhingaa
et Cormorans quelques semaines plus tard et pendant que les premiers continuent de nidifier;
Spatules et Ibis enfin, lorsque le gros des espèces précédentes a mené à terme sa reproduction.
Les espèces tjui nidifient dans l’Aftout es Saheli — Cormorans, Pélicans, Petits Fla¬
mants roses et Sternes caspiennes— sont dépendantes du niveau de l’eau dans les sebkhas :
il faut des îles; mais des îles bien séparées du mainland afin que l'abaissement de la nappe
liquide du fait de l’évaporation, ne les transforme pas rapidement en presqu’îles. Le besoin de
sécurité égale en importance celui de ressources alimentaires; bel exemple d’un conditionne¬
ment rigoureux par la géographie physique : géomorphologie et climatologie (v. p. 130).
Le tableau 4 résume la situation dans les îles du Sedoum et des Bijagos. Ici apparaissent
quatre types de reproductions :
— les unes s’étirent sur de longues périodes et commencent, aux Bijagos surtout,
bien avant les pluies. C’est le cas de Larus cirrocephalus et Sterna hirundo d’une part, d'Egretta
gularis, Nyclkorax nycticorax, Threskiomis aelhiopicus d’autre part. Mais Larus cirrocephalus
pond presque jusqu’à la fin de la saison des pluies.
— d’autres ne commencent qu’avec les pluies : le gros des Échassiers et Anhingas
niche en Été, leur reproduction sc prolongeant plus ou moins au cours de l’Automne; Phala-
crocorax carbo et Platalea alba succèdent aux Anhingas et Échassiers, s’établissant par en¬
droits dans les aires mêmes que ces derniers ont laissées vides (v. p. 221-222);
— Hydroprogne caspia niche de Décembre à Mars, c’est-à-dire pendant les mois mêmes
où cette espèce, au Banc d’Arguin ne manifeste aucune activité : sorte d’invertion du cycle
pour laquelle nous n’avons pas d’explication (v. p. 242 et 245);
— pour Ixobrychus minulus, Balearka pavonina et nombre de Passereaux et Tisserins
nous n'avons trouvé de nids qu'en saison des pluies. Mais les données recueillies sont trop peu
nombreuses pour pouvoir conclure que les reproductions sont strirtement estivales. Ploceus
cucullatus, en tout cas, commence à pondre deux mois avant les premières averses.
Tels sont, en résumé, les faits essentiels. H reste à essayer d’en trouver l’explication.
§ 2. — CONCLUSIONS ÉCOLOGIQUES
L’exposé a constamment fait ressortir l’extraordinaire variété des conditions géogra¬
phiques, donc des conditions de vie : faible marnage au Banc d’Arguin, fort marnage aux Bijagos ;
mode battu sur i’Arguerger et aux Madeleines, mode « lagunaire » au Banc d’Arguin, au Saloum
et aux Bijago.s ; utilisation d’îles proprement dites au Banc d’Arguin et dans l’Aftout, utilisation
de boqueteaux émergeant d’un plan d’eau dans le delta au Sénégal et la lagune de Cufada;
nidification sur le sol au Banc d'Arguin, dans TAftout, au Saloum et sur certains îlots des
Bijagos, nidification sur de grands arbres auprès de villes et de villages et sur certaines îles
en Guinée portugaise etc., etc. Foisonnement d’infrastructures, d’environnements locaux,
par endroits de micro-hydroiogics et de micro-climats... L’écologie vaut par le détail : ce
pourrait être une première conclusion.
Une deuxième conclusion suit immédiatement. Ces multiples conditions locales que
nous avons reconnues et définies en elles-mêmes se nouent diversement selon les régions.
D’où l’originalité de chacune d’elles, que les » Interprétations et conclu. ions » à la fin de chaque
« Partie > de cet ouvrage ont voulu souligner. Le caractère lagunaire par exemple coexiste au
Banc d’Arguin avec la faible amplitude des marées, la quasi-permanence des Alizés et donc
l’enrichissement considérable des eaux, le climat en même temps désertique et frais... Aux
Bijagos le caractère lagunaire se combine avec le fort marnage, la faiblesse de.s vents, la rela¬
tive pauvreté des eaux marines, le climat guinéen... Les îles du Saloum ressemblent à la fois
au Banc d’Arguin et aux Bijagos mais sur une petite échelle et avec une interférence de la
prédation humaine qui fausse l’image et interdit de tirer de fermes conclusions d’ordre écolo¬
gique. Hors série apparaît le complexe Aftout es Saheli-Delta du Sénégal: lagune encore,
mais d’eau à peine saumâtre et où la rytlunicité des phénomènes aussi bien biologiques que
physiques est commandée par l’événement périodique d’une inondation que rend possible
ime conjonction de facteurs d'orclre cliniatitjue, océanographique, géomorphologique,.. Si
une • micro-écologie » vaut par la singularité des conditions locales une ■< macro-écologie »
doit tenir le plus grand compte de lu particularité Je chaque configuration régionale.
Source : MNHN, Paris
268
RENÉ DE NAUROIS
Retenons sculemcnl à ce niveau d’analyse une constatation d’ordre général dont nous
aurons par ia suite à approfondir le sens : les aspetns propres à chaque région ne sont pas sim-
plement/iwtapojes. sans aucun lien qiû établirait un ordre entre eux; autrement dit nous ne
sommes pas passés de l’Aguerguer au Banc d’Arguin, de là à l’Aflout, puis au Saloum ou aux
Bijagos comme un spectateur qui, au cours d’une ntême soirée, passerait successivement de
l’opéra au théâtre puis au concert. La particularité de chaque région est à mettre au compte
du rôle diversifiant que joue la rencontre <lc la morphologie et du climat. Et à la racine de ce
rôle diversifiant il y a, bien sûr, l’hétérogénéité irréduclibio d’un substrat géologique plus
ancien que les causes actuelles cpi’il s’agit de dénombrer et de classer : ici une plaine entaillée
en falaise, là une plaine pénétrée par des rias, ailleurs une [dage sableuse quasi rectiligne;
ici un delta barré, presque fermé sur lui-môme, là des pointcmcnls d’origine volcanique...
Mais il y a surtout le rôle de cette variable continue qu’est la l,atitu(le. Les diversités climatolo¬
giques et, par voie de conséquence, les changements florisliq>ics et faunistiques dépendent
d’elle. Cepen<lant, en surimpression i>ourrait-on dire, viennent d’autres facteurs dont l’action
est unificatrice : Alizés du secteur Nord se fui'^anl sentir au Sud justiu’aux Bijagos, Mousson du
secteur Sud venant mourir au Nord jusqu’au Banc d’Arguin, cirtmlation océanique commandée
conjointement par l’action de» v«-nts et le mouvement de rotation du globe. Il est intéresant
de relever que la variable « Latitude » intervient deux fois dan» l’effet résultant et find : direc¬
tement, ainsi qu’il vient d’être dit, comme facteur diversifiant sur le» climats, indirectement
parce qu’elie apparaît dan» l’équation du mouvement des masse» d’air et des masses d’eau.
Or c’est ce mouvement qui est facteur d'homogénéité : il l’est du Nord au Sud dans un premier
temps — les moi» de l’année (10 au Banc d’Arguin, 2 aux Bijagos) où souffle l’Alizé — il l’est
du Sud au Nord dans un deuxième temps — les moi» de l'année (.') au Bijagos, 1 ou 2 au Banc
d’Arguip) où se fait sentir la Mou.“son. Originalité <le chaque secteur, dirons-nous pour conclure ;
mais aussi coordination, lien physique important d’un bout à l'autre. Nous voudrions mainte¬
nant aller un peu plus loin, tenter de dégager de» lois générales gouvernant sur toute la côte —
et, au-delà, sur toute côte — trois groupe» de phénomènes : d’abord certaines modalités de la
nidification — phénomènes où interviennent des composantes d’ordre psychique ; ensuite l’agen¬
cement dans le cadre de l’année deji divers reproductions; enfin la dynamique des populations
— phénomènes commandés surtout par des facteur» d’ordre nutritionnels, eux-mêmes dépen¬
dants des causes d’ordre climatique et océanograi>hiqucs déjà évoquées.
1. Modes de nidification.
Mis à part le déroulement dans le temp.s (à l’intérieur du cadre annuel, question qui
sera reprise au § suivant) c’est tout un faisceau de problèmes qui se présente à propos de la
nidification : incidence de l’impératif de «écurité, adaptation aux condition» de terrain, de
végétation, de climat et, dans le cas des nidifications en colonies, modalités du grégarisme dans
l'espace et dans le temps.
1“ Recherche de la sécurité.
Nous l’avons dit. il s’agit là d'un impératif absolu. Nous avons proposé à la fin de la
V Partie une formulation en termes do choix : les oiseaux peuvent rechercher la protection
humaine ou la fuir; en ce dernier cas iis peuvent nicher soit isolément en employant la diasj.
mulation_soit en groupes; et en ce dernier cas encore ils doivent utiliser des emplacements
inaccessibles aux prédateurs, escarpements ou « Iles ». Si U discussion a pu être instaurée à la
fin de l’exposé consacré à la Guinée portugaise c’est en raison de la multiplicité des contrastes
— véritable analyse naturelle — qu’offraient lies et îlots des Bijagos, mangroves et agglomé-
rations humaines de la partie continentale. autres régions présentent des aspects moins
variés : peu ou point de nidification sur le mainland dans l’Aguergucr et le Tasiasl; peu d’îleg
proprement dites dans le delta au Sénégal et on Sénégambie. Mais il ressort des exposés relatifs
à ces divers secteurs que le principe a une valeur universidlc : partout ta protection « doit »
être assurée par i‘utilisation d’« lies - (au sens éiarpi et compréhensif du terme) >.
1. Au sens où un boquelcoii fmerResnt (i’une n«
une talaiae verlirale. un urbre même en i-prtnin» ca«. «ont
d’un «principe d’inauiarilf». , , • i
Par aiileur» noua verrons un peu plua lum que In
unelimilc Maia pour U clarté [de l’expoiéiuma préltroiia
d’alimentation le correctif à la thèae ici avancée.
appc <rinon<lRtion eal l'équivalent d’une tie, où
t <iea auhatitiita d'ilca, on pourrait presque parler
reriierche de la sécurité semble avoir elle-même
reporter au puraRraplic [consacré aux conditione
Source : MNHU, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉHALES. — ÉCOLOGIE
269
Mais id s’impose une constatation et se pose un problème. Un petit nombre d’espèces
et un très petit nombre d’individus choisissent la solution du voisinage humain : nous avons
signalé: en Sénégambie la colonie de Pélicans de M’Boiir et celle (aujourd’hui disparue) du
voisinage de Ziguinchor ; en Guinée portugaise les colonies de Pélicans et Tantales, de Marabouts
et Tantales, de Grandes Aigrettes, et le curieux rassemblement de Butorides striatus sur la
grand'place de Bolama... Si maintenant nous faisons abstraction de ces > minorités » qu’aper¬
cevons-nous? D’abord, en eau douce, une région qui contient des îles en grand nombre :
c’est le complexe formé par l’Aftout es Saheü et le delta du Sénégal (la Sénégambie et la Guinée
portugaise n’offrant, faute de nappes d’inondation suffisamment profondes et étendues, que
de rares homologues : la colonie casamançaise de l’île aux Oiseaux, occupée de façon intermit¬
tente, et le misérable peuplement du boqueteau isolé sur la lagune de Cufada). Ensuite les
falaises côtières et les îles en mer. Or, de cet ensemble, une règle se dégage : partout où des
ilôts sont à disposition ils sont préférés soit aux falaises côtières soit même aux îles plus
larges. Pour rendre compte de ce comportement, U semble qu’il ne suffise pas d’invoquer les
facilités d’alimentation que procurent aux oiseaux aquatique.s les situations les plus insulaires —
moindres distances à parcourir des lieux de nidification aux lieux de gagnage, économies de
temps et d’énergie — mais qu’il faille faire appel à des conduites de nature psychologique :
les espèces grégaires recherchent les sites exigus entourés d’un certain « vide ».
Ced nous paraît extrêmement frappant. Revoyons plutôt l’ensemble de notre côte et
comptons : combien trouvons-nous d’endroits où des escarpements continentaux soient pré¬
férés à des surfaces d’ües; aucun! — ou plutôt presque aucun puisqu’il y a, reconnaissons-le,
une exception : l’îlot Virginia où Pkalacrocorax carbo n’a que des perchoirs, tandis qu’il
niche à quelques dizaines de kilomètres de là sur les parois côtières de l’Arguerguer Au Banc
d’Arguin, au Saloum, aux Bijagos, la » loi >> se trouve vérifiée de façon éclatante : les côtes
rocheuses comme les mangroves continentales sont délaissées au profit des îles — mieux
encore : les îles de grande dimension — celles de la baie d’Arguin, pourtant inaccessibles aux
prédateurs terrestres; celles de Formosa, Caravela, Orango etc. — sont délaissées au profil
des îlots.
Le problème qui se pose est cdui-ci : quelle peut être l’origine, la cause profonde, de
cet instinct de fuite, de ce besoin d’un espace libre interposé entre d’une part la colonie nicheuse,
d’autre part le reste du monde, habité ou non par les hommes?
Voici qu’un élément de comparaison nous est fourni par des solutions originales trou¬
vées par les Echassiers au Maroc. Ce ne sont pas seulement les Cigognes qui, dans ce pays,
s’abstiennent de fuir la présence humaine, paraissent même la rechercher, mais aussi Bu-
bulcus ibis, Nyclicorax nycticorax, Egretta garzetta, Ardeola ralloides. Nous avons observé
des colonies jusque dans des parcs de plaisance, dans des vergers, en bordure de routes fréquen¬
tées. Or, jusqu’à ces dernières années, les populations marocaines vouaient aux Hérons comme
aux Cigognes une sorte de vénération relijdeuse. On est ainsi conduit à se demander si le
comportement des Échassiers en Afrique noire — à savoir (quelques exceptions mises à part)
l’éloignement farouche — ne doit pas être mis au compte des déprédations couramment com¬
mises par les populations humaines autant que de la prédation animale ®?
En même temps l’exemple du Maroc éclaire les deux faces du problème. Quoique les
prédateurs (Rapaces, Félins, etc.) ne manquent pas dans ce pays. Cigognes et Ardéidés
n’éprouvent pas le besoin de se réfugier sur des îles pour leur échapper ’. Il semble donc que
la reproduction en colonie exerce par elle-même un effet d’intimidation. S’il en est bien ainsi,
les oiseaux grégaires d’Afrique rechercheraient les îles principalement, sinon même exclusi¬
vement, par peur des êtres humains. Mais il se peut aussi que les mammifères prédateurs (Singes
en particulier) des savanes et forêts tropicales soient plus redoutables que les petits carnassiers
1. Pour cc cas particulier, nous l’avons dit, il n’est pas facile de trouver une explication. Peut-être
l'Uot Virginia est-il trop exposé i l’aspersion presque continuelle par les gouttelettes d’eau de mer (plus
lourdes que les embruns qui, seuls, atteignent en hauteur les falaises du cuntincnl). Il est connu par ailleurs
que le Cormoran est sensible à l'humidité. Les Sternes bridées, sur Virginia, savent s’abriter duos les
petits alvéoles du tapies.
2. Le grand arbre de la ville de Dissau où niche la Grande .\igrette est inaccessible. Les grands arbres
de Safîm et autres lieux ne ie sont pas. Il semble donc que le coinportement des populations noires ne soit
pas uniforme r on respecte les grands Échassiers et Pélicans qui viennent nicher nu milieu des villages,
on fait main basse sur les nids des petits ou moyens Échassiers qui nichent dans les îles. Les croyances
religieuses (ou mieux les superstitions) jouent un rôle dans ces attitudes collectives.
3. Une exception : la colonie de l'Oued Bou-Regreg (6 km en amont de Rabat) était iuslallée jusqu'à
ces dernières années dans une tle de la rivière.
Source : MNHN, Paris
270
RENÉ DE NAUHOIS
du Maroc. En définitive pour »e proténcr dei* aniinuux Ica Oiseaux d’Afrique noire viendraient
« coller ■ au peuplement humain: pour sr proléKer ù la fois des animaux et de* hommes ils
rechercheraient les îlots les plus éloicnés *•
2® Adaptations aux conditions locales.
11 existe le long de cette côte de 2 000 km en direction méridienne de* signes d’adapta¬
tion qui méritent d’être relevé*. Nous rappellerons d'abord le* faits déjà notés touchant les
divers type* de position de» nids par rapport au sol (contact ou élévation à des hauteurs diverses)
Cf aurons déjà, pour certaines espèces, des conclusions à tirer. Examinant ensuite les divers
types de nids au sol ou près du sol niius po.seron» la question d’adaptations éventuelles à
l’insolation sous les Latitudes inlertropicales.
Position des nids par rapport au sol.
Le tableau suivant résume les constatations faite* pour chaque espèce dans ses divers
lieux de reproduction (seules ont été retenues les espèces ou genres qui adoptent plusieurs
modes de nidification). Nous avons distingué la nidification *ur le sol nu et celle qui a lieu sur
le tapis végétal : chénopodiacée*, hautes herbes.
On voit qu’il est difficile d’établir une distinction nette entre l’utilisation du sable presque
nu (plus ou moins mêlé de débris végétaux placé* d plat) et l’utilisation d’un tapis végétai
qui peut être fait d’herbes ou de chénopodiacée* : en ce dernier cas certains oiseaux nichent
sur les buissons (Aigrettes, Cormorans africains) tantlis que d’autres recherchent l’abri sous
les ramures ISterna anaelhetus). La conclusion est que si ie plus grand nombre d’espèces
sur notre côte au moins, font preuve d’habitudes fixes — nidification au sol pour la plupart
des Laridés, sur les arbres pour la plupart des Échassiers et Ciconiidés — beaucoup d’autres
manifestent une grande souplesse dans leur adaptation aux conditions locales, telles avant
tout Butorides slriatus et Sterna anaelhetus.
L’adaptation a d’aulre part ses limites, comme nous l’avons montré au cours de l’exposé.
C’est ainsi que Phalacrocorax carbo, sensible à l’humectation, ne met pas à profit sur l’îlot
Virginia les grandes alvéoles du lapies et semble souffrir sur les falaises côtières de la violence
des vents de sable (nombreux nids ensablés); ou que les tornades d’été en Guinée portugaise
peuvent gêner les Laridés habitués à nicher à découvert (sur l’ilot des Mouettes à tête grise
Larus cirrocephalus semble tourner la difficulté en recherchant l’épaisseur d’une prairie)
isinage <lu aol c’
Structure du nid et échauffemenl.
Qu'il y ait pour les poussins un problème de résistance à l'échauflement au
que nos observations, celles surtout de J. Dhacesco (IVOÜ) au Banc d'Arguin, t
Sternes et divers Échassiers les adultes étendent leurs aile» avec uii« souci» marqué de protéaer lei.ë rT”
niture des ardeurs du soleil ». Par ailleurs les petits poussins de Sienies et d'Ardéidés. dès que leurrn^^f f*
tes abondonaent, soulTreiit manirestement de lu température. I.a situation et i'architec
montrent-elles des dispositions dont l'elTet soit d'uttéimer les efTets de l'iiiiDlation?
à cet égard une série de remarques.
1. La question ne se pose évidemment pas pour les espèces qui nichent en Automne et en H*
au Banc d'Arguin les poussins d. grand. Cormorans et Pélicans naissent - avec U peau nue - eu Nove^' '
et Décembre, époque où la déclmuison du soleil approche de vm minimum et ou la température peut descer
à 15 ou 12». Klle ne se pose pa. non plue pour dcs espèce» comme -Sterna a-ioediela. « -
: chez
le leurs parent»
ture des nid»
» présenterons
dre jusqu i
d’Arguin, Butoridts il
is au SbIouiii
Bijagns, qui
ent à l'intérieur de lu végétaüon (gou»
•tsgtruiel Hydroprogru catpia - ci
rotectiice du grégarisme ne soit pas simple c’est ce qui ressor
. espèwa. Les -Sternes attaquent, parfois furieusement. les int
c du Rharb n
lor» du
1. Que le problème de la v
la diversité des comporleineuts s< .
et cela plus encore dans l'Arctique qu’en zone intertropicale. i«s Ardéidés i
se tapissent et il se fait un grand silence (observation faite dune une culot _ __
passage d’un Aigle botté). Où est donc« l’avantage » de l’association s'il n'y a pas réaction collectîve'cM?*^
i'aesaiUant ? Faut-il supposer que la seule vue d’oiseaux nombreux et étroitement rapprochés, aux plumaa*’*
souvent éclatants, suffit à intimider le» prédateur» ? Lt que le» oiseaux ù long bec pointu n'ont effective
pas besoin de se défendre plus activement ?
2. J. OraCëSCO a noté le phénoméue chez les espèces si
grrui, PUualea Uacorodia, EgreUa gufarij.
3. Sur rilol Virginia Sttrna anaelJwlus ne peu) utiliser que les alvéoles du laiiies où les ombr». - . ^
sont inexiiunles ou réduites. Il sera intéressant de voir si les poussins souffrent de cette siiuTuôrM^
l'insolation à cette Latitude est souvent réduite du fait de lu nébulosité plus forte qu’au Banc d’À
■*“ ''“«yw-.Lcs mode, de nidification'^"
le : la comparaison eat
:tivetnent
; .Sierna hirundo, S. maxima, Larut
. et celle, de TKO f l' (10*7 et 194^) eu Mer RougeVciBSONÎ
Source : MNHhi, Paris
TYPES DE NIDIFICATION
271
.....
Sur 'igÉlnl
Sur les arbres
O..........
PeUconu.rulc«n,
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°iii*d!aca*fo*n
et: rJ^.
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Banc d’Arguin (aur
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U roche (KUoiio:
“‘lAret KTone).
;gîiï>
Tableau 5
Source : MNHN, Paris
272
RENÉ DE NAUBUIS
l’iiifliieoce ralralrhissaiite du vent ; mai» uu««i dimituitinn de l'éeliaufreincnt en roison i la foi» de l'enfonce*
ment - mai» cet effet doit être très faible ‘ - et de l’cxietence d'un imraiict - noue reviendrona plus bas
sur cet uapecl.
3 Aigrette» et Spatules ne •'inetailent it terre <|u’exeeptinnnellemcni. la-s nid» «ont normalement placés
à oucique» centimètre» ou décimètre» du sol ; uu Haiic tl'Arguiii (Spatule blonrhe) aiir les chéiiopodiacées,
aux Biiago» (Spatule» nfricsines) sur le tapi» d'Ipomra. Or rirradislU.n »e trouve d'autant plus réduite
tiüur les jeune» oiseaux que la ni<l est plu» éloigné du sol. Kn outre re nid. quoique peu profond, affecte la
forme d’une large coupe, ce qui rétabiit l'effet de parapet dont iiou« parlerons plu» loin. Enfin l'existence
d’un tapi» végétal diminue dan» une proportion cerlaiiiriiieiil iioinble la part d’échauffement due à la
diffusion de lu ratlialion solaire par la surface terrestre.
4. I,es Sterne» (Uydroprogne raspia mise ù part) nichent à plat sur le sable et sur le» rouleaux de zostères
(au pliis près, en ce dernier cas. de la limite de» vagues). -Mai» l'échaiilTement est moindre sur le sable mouillé
que sur le sable sec et uni, presque blanc, moindre surtout sur le» amas végétaux que sur le sable : effet
d'une surface absorbante et de nouveau, du fait ilu simple poid» du couveiir puis du poussin, effet d’enton¬
noir et donc de jtarapet. Il est en outre un détail d'aiiiéiiageiiieiil sur lei|uel itous avouons être encore mal
âxé II s'agit de» cas où le» Sterne» nichent sur sable »«c (le «able humide étant hors de couse parce que
plu» absorbant) - ont-elles leniiaitce. dan» la région inlerlropiculc, à accumuler davantage de débria
divers uu fond et autour de Is légère dépression qui reijoil mufs et poussins? La question ne l’cst posée pour
nous qu'aprè» nos pro»|)ertion», de sorte que nous n'y poutron» répondre qu'apris de prochaines obaer-
valions. Notons, en ce qui concerne les Sternes en général, que leurs poussin», à l'inverse de ce qui se
produit chez les Ardéidé», naissent revêtu» d'un duvet relativement épais dont l'utilité est de procurer non
seulement un camouflage mai» aussi un isolement.
5. L'intérêt rebondit avec le curieux mode de nidifleution d'Àrdta rincrro au Banc d'Arguin. Œufs
et poussins reposent sur le sol mi, au cenue d'une large couronne ilo déuilus : débris végétaux, ossements
long» éventuellement pièce» de boi» ou de carton. Quel e»t au juste lu fonclimi de ceanid» quaai vestigial?
Noue avoii» cru tout d’abord à une simple survivance en milieu désertique de riiabilude contractée dans les
milieux où l’espèce niche normalement sur le» arbre» ou les roseaux, survivance qui présenterait par ailleurs
l’avantage de permettre une reconnaissance i plu» grande distanre de l’emplacement du domicile. Nous
ionimes aujourd'hui moins sûr que celU inlerprétulion soit euflisante. La couronne d'objet» bétéroclytes,
insuffisante contre les vents violent» (le matériau n’élaut attaché à rien), dérisoire eu tant que protection
contre on ne sait quel agresseur, pourrait avoir pour fonction, en raison des dimension» considérables qui
sont ainsi recouverte», d’atténuer la réverbération. La teinte du terrain, sur les tics Kiaone et Arel,
dépourvues de végétation, est fort claire ; et la surface est & la fois plane et poudtcuie ; toutes conditions
favorable» ù la diffusion d’une forte proportion <lu flux énergétique venant du soleil. De sorte qu’en
l’absenre de toute ceinture absorbante un poussin de Héron recevrait à la foi» l’iniolalion direrte et la
partie qui en est remoyée par le» alentour» immédiats. La question qui se pose est donc celle-ci : quelle est la
valeur absorbante de l’accumulation de brindilles, ossements, lambeaux de zostères formant une surface
inégale, comme poreuse et de teinte foncée, autour du poussin ; et cetu absorption coiistitue-t-elle une partie
nou négligeable de ia radiation totale'? U» appareil» (pyranomètres et pyrradiomèlres) qui servent aux
mesure» de» rayonnement» direct et diffusé sont d'un raoniement trop délicat pour qu’il puisse être question
de le» wansporter sur les lieux. Mais de» nid» construit» artificiellement à proximité du laboratoire pourront
donner au moins des ordre» de grandeur *.
1. Il UC faudrait pa» ae hâter de parler ici d'iniigiiifiance. C’est la surface du sol qui devient ou milieu
du Jour extraordinairement chaude (v. IlKisi de BAt.SAi; 1936, p. 194; jusqu’à 70» dans le Sahara central)
Mai» à S cm de profondeur la température est déjà beaucoup plus busiic. Le» nids de la Sterne Caspienne
sont creusé» jusqu’à 3 ou 4 cm. L'évasement du trou ver» l’air libre aiiiiule-t-il reffel de rafraichiMement ?
C'e.t ce dont nous ne sautions décider avant d’avoir procédé à de» mesure».
2. La physique du rayonnement solaire et du rnyoniiement terrestre e»t un domaine oit il convient
de se méfier de l’intuition. C’est pourquoi nous rroyon» utile de rappeler quelques précisions théorique» et
doiuiéea d’expérience. On définit l’inleniité de flux, l’éclairement énergétique, l’émittance et la luminance
des émetteur» et diffuseur», l’énergie émise ou reçue étant exprimée en unité» de chaleur (langley = 1 cal /cm*)
ou de uuvail (watt) par unité de terni)». I-*» valeur» peuvent être mrsuréts par de» appareil» après avoir
été calculées à partir de» expression» mathéinaliques. Touchant les raycinuemenls reçus par la Terre on
distingue le rayonnement direct du soleil (diminué de» absorptioni par l’atmosphère) et le rayonnement
de ce même soleil diffusé par l'atmosphère. Le premier e»t évidemment une fonction simple de la hantent
du soleil au-dessus de l’hotizon (intensité multipliée par le sinus <le lu hauteur). Lu Terre qui reçoit ce rayon-
nenteut en absorbe une partie et diffuse l'auUe. Celte dernière lui est d’ailleurs renvoyée en partie par
l’atmosphère (différemmeiil par ciel clair ou ciel nuageux). On appelle alfiedo le rapport du rayonnement
diffusé BU rayonnement global incident. Un objet (poussin par exemple, posé sur le sol) reçoit donc U double
ravounement solaire (direct et diffusé par l’atmosphère) plu» le rayonnement diffusé par ie sol. Ce sont de»
rayonnements de courte longueur d’onde. I.a Terre cependant ne fuit piu que recevoir et diffuitr. Elle émet
encore (en tant que source primaire) un rayuniiemeiit (tou|uur» ascendant) de grande longueur d’onde»
(5 à 100 mierons). qui est fonction de sa conetilution cl de la température de ses composanu (il g’y ajoute
uu rayonnement infrarouge Émis par l’atmosphère et réfléchi par la Terre ; le» appareils ne peuvent sé
parer ce rayonnement de celui émis par la Terre eUe-méine). les derniers effeU ne noue intéteseeut pas ici.
L’olieifo moyen du sol (jiour le rayoïuieinenl solaire global) vurie selon la nature de ce aol :
Neige fraîche ; 0,80 à 0,90;
Sable clair : 0,2S è 0,4S;
Pierres : 0,15 à 0.25;
Sable gril : 0.10 à 0.25.
® (Perrin de BmcuAUBAtiT, 1963.)
Source : MNHH, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — ÉCOLOGIE
273
L«8 résultats pourraient avoir plus d'intérêt biologique qu'il ne parait. En effet la période pendant
laquelle le rayonnement solaire frappe durement la siuface du sol est beaucoup plus longue dans la zone
intertropicalc que dans les zones tempérée et arctique. Au Spitzberg par exemple le soleil se tient bien pen>
dant plusieurs mois au-dessus de l’horizon, mais sa hauteur ù midi reste faible (23° 27' 20° — 43° 27')
à la Latitude de 80° le 21 Juin et plus faible encore à minuit (23° 27'). Au contraire sous le tropique du
Cancer le soleil arrive le 21 Juin au zénith (hauteur : 90°). Par 20° (Latitude des lies Kiaone) le soleil passe
deux fois au zéuilb : une première fois vers le 20 Mai (passant dans laa moitiéaNord du cid), une seconde
fois vers le 22 Juillet (revenant dans la moitié Sud). C'est dire que pendant environ trois mois (du début de
Mai au début d’Aoùt) le soleil est tous les jours pendant quelques heures à une hauteur voisine de 90°.
On comprend dans ces conditionB que les êtres vivante aient à tenir compte, dans leur comportement jour¬
nalier, d'une telle circonstance ; et l'on serait surpris, si l'on oubliait l'efficacité protectrice du plumage,
que les Oiseaux n'eu soient pas incommodés. Précisément chez certaines espèces les poussins naissent nus ou
presque nus. La structure du nid, dans ces divers cas, pourrait bien n'être pas indifférente Il est remar¬
quable qu'aux Latitudes plus basses, — celles de Sénégambie, Guinée portugaise — les nidifications ê ciel
ouvert de PUuaka atba aient lieu ene hiver» (comme celles de PeUcanut onocroiolus et Phalaerocorax earbo
au Banc d’Arguin) et que celles des Ardéidés sc placent surtout en été — époque de forte nébulosité — et
dans l'ombre des palétuviers.
3® Modalités du grégarisme au cours de la reproduction en colonies.
Les nidifications sur les falaises se réduisent pour nous à c^es de Phalaerocorax carbo
lucidus et d'Apus affinir : trop peu de données ont pu être recueillies jusqu’à présent pour
permettre de dresser un lableau des développements dans l’espace et le temps (espacement des
colonies, simultanéité ou succession des pontes et élevages). Restent les autres espèces gré¬
gaires, nicheuses sur des îlots plats ou en pentes douces, dont les reproductions se répartissent
schématiquement en deux classes : les unes ne s’étalent que sur 2 à 4 mois, les autres se pro¬
longent pendant 5 à 8 mois. Dans les deux cas l’avantage que procure l’associatioD consiste
sans doute dans i'entrfdnement mutuel. La brièveté du cyde traduit sans doute la néces¬
sité d’exploiter rapidement une abondance de nourriture qui est elle-même de courte durée :
c’est le cas des Sternes. I-e prolongement évite un prélèvement sur les ressources qui, s’il
était concentré sur une période plus courte, serait excessif et nuirait à l’alimentation des jeunes :
tel semble être le cas pour Ardea cinerea (v. p. 64, 264) et Hydroprogne caspia (v. p. 67,
86, 98). Mais tout n’est pas encore dit lorsqu’on a distingué comme nous venons de le faire
des espèces à reproduction contractée et à reproduction diongée.
Le cas d'Ardea cinereo est simple : les couples se succèdent de façon continue, un
couple s’installant ici pendant qu’un autre couve ou élève ses jeunes à côté; tout au plus avons
nous pu parler de « poussées » : des groupes faisant place à d’autres groupes. Mais les succes¬
sions apparaissent au même endroit.
Plus complexe est le cas de plusieurs espèces (à reproduction courte ou longue) chez
lesquelles un phénomène surajouté est de règle presque constante. Si nous considérons deux
ou trois colonies plus ou moins Soignées nous constatons que l’émission des premiers œufs
n’est pas simultanée : d’un endroit à l’autre il y a décalage dans le temps ou, comme nous
l’avons dit (p. 235), propagadon du cycle reproducteur à la manière d’une «onde» : un groupe
d’oiseaux commence ici, à telle date; un autre (de la même espèce!) commence là, un peu
plus tard, et ainsi de suite... On pourrait parier d’une « loi de déferiement ».
Le cas d’Ardea cinerea — revenons-y pour plus de clarté — est différent et facilement
explicable : la limitation des zones de pêche autour des ües Arel et Kiaone entraîne pour le
Héron l’échelonnement des pontes sur plus de 6 mois. Mais il n’y a pas pour autant déplace¬
ment de la nidification d’un territoire A à une époque X à un territoire B à une époque Y
plus tardive... Répétons-le, toutes les reproductions ont lieu à tout moment dans le même
district : l’tle Kiaone, l’île Arel. Où le phénomène apparaît dans sa pureté c’est quand cet
échdonnement des pontes dans le temps passe d’une île jouant le rôle d’un centre d’expansion
à une autre île qui joue le rôle d’une annexe.
On a remarqué sous d’autres Latitudes (v. p. ex. Lack, 1966) que les nouvdles «fonda¬
tions », à quelque distance de la colonie ancieime et principale, étaient le fait de couples plus
jeunes, donc moins expérimentés et nichant plus tard que leurs congénères plus âgés. L’expli¬
cation ne pardt pas entièrement satisfaisante en ce qui concerne les colonies que nous avons
observées. Celles-ci ne sont pas des extensions en train de se constituer mais, comme nous
l’avons dit, des colonies annexes dûment établies, que l’on retrouve chaque année au même
1. En faisaot abstraction ici de la sécurité supplémentaire — obtenue par camouflage — à l’égard
de prédateurs proprement dits tels que des Falconidés, très peu nombreux au demeurant.
8 564016 6
18
Source : MNHN, Paris
274
RENÉ DE NAUnOIS
endroit et dont l’activité, dans sa chronolojçie, présentiî le même décalage par rapport à celle
des colonies voisines. On ne comprend pas, en partirulier, comment Ic.s sujets de la colonie B
ne rattrapent pas en vieillissant leur < retard “ initial sur la colonie A. Ou bien faudrait-il ad-
mettre que les nicheurs de B, à mesure qu’ils deviennent i>ius âgés, vont rejoindre ceux de A,
de sorte que les populations en B, G, etc. se renouvellent con.stammenl pour ne comprendre
que de jeunes couples niellant tardivement?
On pourrait imaginer une interprétation par un ensemble de facteurs liés entre eux *
fondation de lu colonie B à partir de sujets jeunes venant de A ; attachement des • fondateurs »
et de leur descendance aux habitudes prises, c’est-à-dire à la fois au territoire colonisé et à
l’époque de mise en route de la reproduction. Le rythme iiilcrnc des oiseaux se réglerait tout
naturellement sur des facteurs externes qui auraient été en quelque sorte choisis par les pion-
niors et seraient acceptés par leur descendants, les cjiseuux les plus âgés jouant tout naturelle
ment leur rôle de chefs de file.
Une explic-ation moins compliquée consisterait en ceci : les oiseaux ne sont pas sexuelle¬
ment « mûrs » au même moment : d’où une sorte de déferlr.menl; l’entraînement mutuel le
rôle peut-être de certains leaders, provoquant l’agrégation des individus en « vagues >* succes¬
sives. La difficulté est de découvrir la raison pour laquelle une colonie B au lieu de s’établir à
côté d’une colonie A antérieure, en continuité avec pile, s’implante à distance. Ne retrouverions-
nous pas au niveau du groupe social un besoin d’autonomie et d’espace correspondant, au
niveau de l’individu, à la notion du territoire? De fait nous voyons bien la colonie A continuer
de s’augmenter par sa périphérie. Mais ceci n’a Uou qtie justju’à une certaine limite, au-delà
de laijuelle les oiseaux « préfèrent • fonder une « cité • nouvelle plutôt que d'augmenter la
surface déjà occupée. Tout se passe comme si, au delà d'un seuil d’ailleurs variable un
< ciTet de masse » se manifestait. ’
2. Conditions nutritionnelles des diverses reproductions.
On pourrait théoriquement imaginer qu’il y ait incompatibilité entre des exigences
également fondamentales : des îles ne pouvant être occupées en vue de la reproduction qu’à
certaines époques pendant lesquelles, par ailleurs, la pression de prédation serait exceptionnel
lement forte ou l’abondance des nourritures insuffi.sanic. Aucun cas de ce genre ne se présente*
Tout au plus avons nous pu évoquer le problème posé par la grande masse des nidification"
de printemps à un moment où le rayonnement solaire le plus intense semble constituer une
gêne pour le développement des nichées. Nous avons vu les oiseaux assumer le risque. L’inso
lation et le double passage du soleil au zénith ne constituent pas pour la reproduction de
facteurs limitants.
Ce qui, en revanche, est de nécessité absolue c’est l’abondance des proies destinées ta
aux jeunes qu’aux adultes. Mais ici s’impose uni; remarque préjudicielle. Sans doute aurio
nous tort de vouloir découvrir une synchronisation rigoureuse entre d'une part l’optimum
possibilités d’alimentation et d’autre part les meilleures conditions de croissance pour 1^^
jeunes oiseaux au nid et aussitôt après l’envol. En effet • l’avantage • qui règle le comportem
des adultes ne se réduit pas au seul intérêt de leur progéniture. Un triple effort est exieé H
l’animal : se mettre lui-même dans la meilleure condition biologique avant la ponte et les s ' *
de la reproduction; assurer le ravitaillement de sa nichée; compenser la dépense d’éner '
occasionnée par sa mue. Si la période d’abondance est suffisamment prolongée les trois exinen^*
recevront facilement satisfaction (et il sera facile de s’en apercevoir). Si au contraire les en J*
lions optimum ne se trouvent réunies que pour peu de temps il y a tout lieu de supposer
l’oiseau adaptera tarit bien que mal l'ensemble de son activité à la .situation : l’époque*^d^
nourrissage des jeunes ne se placera pas nécessairement au moment du maximum de ressour *
alimentaires. Nous sommes loin, sur la côte occidentale d’Afrique, de pouvoir en discuter *
le développement dans le temps des biocénoses marine.s nous est trop peu connu; et nous av *
besoin de mieux comprendre comment et selon quelles hiérarchies les diverses espèces s’ ***
quittent des tâches successives qui leur incombent. Du moins pouvons-nou-s chercher à éval
le degré de correspondance <ini existe entre les deux séries de laits fondamentaux • d’ *
part les périodes d’enrichissement des eaux océaniques, d’autre part les périodes où les bea
alimentaires sont les plus grands et qui sont celles où les adultes nourrissent leurs jeim
Reprenons donc, en Tourné le déroulement des saisons marines tel qu’il u été présenté d **
l’Introduction d’après l’exposé de M. Rossignol (p. 22-23).
Source : MNHN, Paris
Schéma de la circulation superficielle en saison ohaude
d'après M.Rossignol.1968.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — ÉCOLOGIE
275
18.
276
RENÉ DE NAUROIS
En Mai et Juin — Double upwelling, très fort, très enrichissant sur les côtes niaurita-
niennes (Banc d’Arguin) et sénégambiennes (Petite côte). Plus au Sud, à la Latitude des
Bijagos, nous rencontrons les eaux tropicales (guinéennes et libériennes) : eaux relativement
pauvres au début de leur étalement vers le Nord. C’est l’époque où la r<!production bat son
plein au Banc d’Arguin; où elle le battrait au Saloum si les déprédations humaines ne venaient
interférer *. C’est aussi le moment où, aux Bijagos, la forte colonie de Sternes caspiennes a
terminé l’élevage de ses poussins et où les petites colonies de Sternes pierregarins et de Mouettes
à tête grise (sur l’ilot du même nom), celles — commençant à s’étoffer — de Nycticorax nyciU
corax et Egrella gularis trouvent de toute façon un approvisionnement suffisant. Entre les
deux séries de phénomènes l'accord est excellent.
De Juillet à Septembre — h'upwelling est aboli jKirtout. C’est aussi pour toutes les
espèces de Laridés comme pour les Phaétons des MacbdcineB une période creuse. Une fois
encore l’accord est très bon. Reste il est vrai, pour l’archipel des Bijagos, le problème de la
nidification estivale de lu grande mass»; des Anhingas, Cormorans, Ardéidés, Ibis... Nous avons
vu que l’état actuel des connaissances sur lu productivité des eaux à celte époque ne permettait
pas de le résoudre. Tout se passe, en tout cas, comme s’il y avait disjonction entre un appau¬
vrissement des eaux en ce qui concerne les proies de Laridés, im onridiisaement en ce aui
concerne les proies des autres espèce» d’oiseaux • (v. p. 249). ^
D’oetobre â Janvier — Recul des eaux tropicale» vers le Sud. Reprise de i’upwelliaff
au Nord, puis descente vers le Sud des eaux froides et »aIé<-8. Au Banc d’Arguin les remontées
d’eau froide se rétablissent dès Septembre, mais le» effets n'apparaissent évidemment qu’après
un délai nécessaire aux proliférations du phyloplancton, pui» du zooplancton, puis des autres
organisme» plus complexes. En Mauritanie c’est le moment où d’une part apparaissent de
nouveaux consommateur», Pkalacrocorax carbo lucidui, FeUcanuz onoerota/ui _ relative
ment peu nombreux (moins de 2 000 nicheurs) mai» gros consommateurs _ ainsi que les
bandes indénombrables de migrateurs; ou d’autre part les Ardéidés et Laridés ne sont du
représentés (jusqu’en Décembre) que par quelque» couples de Sternes caspiennes et Hérons
cendrés. Au Saloum, curicuscmenl, c’est une période d<! vacance En Guinée portugaise c’est
la fin de la saison des pluies et ta fin de la reproduction pour les grandes colonies d’Ardéidés
les Anhingas et le» Ibis; mais d’est le début (à partir de Décembre) pour la petite colonie d*
Pkalacrocorax carbo lucidus, celle» (plus importante») de Platalea alba, celle (nombreu t
d'Hydroprogne caspia. Sans être mauvai», l’accord entre les deux série» «le faits n’est pas pie'
nement satisfaisant. Du fait du retrait de» eaux cliaudc» dessalées les conditions aux Biia
sont devenues plu» favorables aux Laridés : d’où la reproduction de la Sterne Caspienne,
les îles du Saloum restent inutilisées malgré Vupwelling de la Petite Côte; la reproduction *
développant par contre sur les Madeleines pour les PhaCton». Au Banc d’Arguin se pose 1^
problème que nous avons discuté à la fin de la IP Partie : l'absence de Laridés nicheurs es^
elle imputable à une comjiétition avec do» migrateurs do la môme famille, voire des mêmes
pèces? Eât-elle due à une raréfaction des proies disponibles *? ou bien les conditions di
tiques, en dépit de la Latitude tropicale, du fait à la fois de l’inten»ité du vent et de la bas
relative des tcmpératuic», interdisent-elles, comme en Europe tempérée et en Afrique du
la reproduction des Sternes et Goélands? Entre ces hypothèse.» il wcrail prématuré de cho' ' ’
Plusieurs causes peuvent d’ailleurs opérer ensemble.
De Février à la mi-Avril Vupwelling se maintient plus que jamais. C’est la néri
totalement creuse au Banc d’Arguin *. La petite colonie de PhaCton» de» lies de la Madelein^
■» alimentaires et la sécurité
■i eaux de crue.
1. Quelle ne serait pas la rirhease en Oiseaux de Terres qui émergeraient à 2'
de lo presqu’île du Cap-Vert et & sa longitude si elles étuieut hurt (’
2. Dans le delta du Sénégal ce sont les eaux douces d'iiiiiiic
espèces inféodées au milieu aquatique (Laridés exceptés) è lu fuis le
nécessaire.
3. Dans le delta du Sénégal les reproductions suivent leur cours jusqu'au retrai
O qui est d'emblée comprébeosible.
4. Une converestiun avec notre collègue et oini M. Boshicnol, intervenue après un.
mière rédaction de nos conclusions, a été pour nous fort éclairante. I.cb |iiiiKB<ins prédateurs («luI fur’f?^
la capture des proies par les l^oridés) ne manquent pus pendant l'hiver. Mais ica poissuns pendant
î"; ’T'i "" U';'*'"" * '*■ tïïTu
fonds du Banc d Arguin. “uia-
5. Nous avons vu que la ponte <r//yiir<.pr«sn« corpia reprend dès lu fin Février sur Zira, en Mai-
Arel. Mais il ne s'agit que de quelque! dizaines de couples. Les poussius ue devicutlront nombreux
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — ÉCOLOGIE
277
nourrit déjà de nombreux oii^illons. Rien au Saloum. Aux Bijagos Hydroprogne caspia élève
ses dernières séries de poussins. Une fois encore les phénomènes sont explicables aux Bijagos
et aux Madeleines, incompréhensibles au Saloum, d’interprétation plus incertaine que jamais
au Banc d’Arguin.
En résumé. — Très bonne concordance pour la période d’Avrii à Septembre ou Oc¬
tobre, c’est-à-dire du début de la reproduction des Ardéidés et Laridés au début de celle des
Grands Cormorans et Pélicans; médiocre concordance d’Octobre à mi-Avril. Quelle que soit
l’importance décisive des remontées d’eau froide pour la constitution des ressources alimen¬
taires ce facteur n’intervient pas seul dans les phénomènes : il n’a déjà rien à faire avec le
rassemblement massif des Échassiers en saison des pluies dans l’archipel des Bijagos; et s’il
explique en automne et hiver l’abondance des migrateurs — Limicoles, Sulidés, Laridés — sur
les côtes de Mauritanie on comprend plus difficilement qu’Ardéidés, Spatules et Laridés ne
puissent pas nicher dans le même temps.
3. Facteurs limitants pour les populations.
Ce paragraphe de conclusions devrait comprendre en premier lieu une comparaison
entre les effectifs d’oiseaux de mer de notre côte et ceux des autres côtes dans le monde. Si
nous additionnons les chiffres — grossièrement approximatifs — qui ont été avancés nous
parvenons aux totaux suivants : pour Phalacrocorax carbo 1500 à 1 800; pour les Laridés
{taras cirrocephalus inclus), 12 000 à 15 000 couples nicheurs. A quoi il faut ajouter les jeunes
et immatures. On parvient donc en comptant en moyenne 1/3 d’immatures à des ensembles
de 4 000 à 5 000 oiseaux d’une part, 30 000 à 40 000 d’autre part. Ce sont là, compte tenu de
la grandeur des superGcics intéressées, des peuplements relativement modestes, surtout si on
les met en regard de populations de régions comparables en zone tempérée et plus encore
en zone arctique. Nous-même croyons avoir obtenu une approximation point trop mauvaise
de l’effectif d’Uria îomvia sur l’îie de l’Espérance (Spitzberg, 30 km de longueur) : 200 000
à 400 000 individus en pleine reproduction (NAUROtS 1964).
La biomasse avienne est fonction avant tout de la biomasse en poissons et autres orga¬
nismes marin.*!, elle-même dépendante de l’importance des divergences. Sverdrup, Johnson
et Fleming (1942, p. 672) faisaient déjà remarquer l’infériorité des upwelUngs Ouest-africains
par rapport à ceux des côtes occidentales d’Amérique du Nord (C^ifomie), d’Amérique du
Sud (Chili, Pérou), d’Afrique australe. Récemment la belle étude de R.X. Bailey (1965) sur
les oiseaux de la mer d’Arabie a attiré l’attention sur la vigueur des remontées d’eau froide
sur les côtes d’Aden et de l’Hadramant du fait de la mousson de printemps (vents du SW) ; mais
il n’a pas encore été possible d’étudier sérieusement les colonies d’oiseaux nicheurs.
Nous retrouvons à ce propos une remarque faite au début de cet ouvrage (p. 10).
L’intelligence des phénomènes sur la côte occidentale d’Afrique ne saurait se passer de compa¬
raisons de côte à côte, comparaisons qui devront elles-mêmes prendre la forme d’études syn-
écologiques. En attendant on trouvera d’excellentes analyses et évduations quantitatives dans
le captivant ouvrage de Fisher et Lockley (1954), Sea Birds, consacré à l’Atlantique Nord.
Notre enquête a été trop rapide — nous l’avons rappelé à chaque occasion — pour
permettre des dénombrements et évaluations de biomasses. D’ailleurs les oiseaux sont en
rapports étroits avec des communauté.s fort complexes d’organismes marins à l’étude
desquelles il eut faUu consacrer de longues aimées de travail. Du moins pouvons-nous au terme
de ce livre situer les problèmes auxquels il serait captivant de s’attacher, et dégager dès main¬
tenant le rôle de certains facteurs. L’amdyse de l’agencement dans le temps des périodes de
reproduction a déjà mis en évidence le rôle fondamental des phénomènes de divergence pour
l’enrichissement des eaux le long de la côte : là est certainement, de manière indirecte, le plus
décisif des facteuns limitants pour l’importance des peuplements. Nous n’y reviendrons pa.s.
Avant d’aller plus loin il convient de souligner un aspect où apparaît, une fois de plus,
l’insuffisance de notre information : la côte est tout l’opposé d’un milieu fermé se suffisant
à lui-même {self-contained). En dehors des périodes de nidification nous n’avons pas pu suivre
les oiseaux sur les lieux de gagnage qui s’étendent de l’accoire du Banc d’Arguin aux côtes
marocaines — où Heim de Balsac a noté la présence de Sterne maxima — et guinéennes où
nous-même avons identifié taras genei ' ; moins encore au-ddà, jusqu’en Europe vers le Nord
1. Ile UracBU (Bijagoe), 6 siijeta fin Août 1963.
Source : MNHN, Paris
278
RENÉ DE NAUROIS
et dans le golfe de Guinée ver* le Sud. Nous wvnns donc Kculeinenl que les mouvements des
individus d’Afrique occidenulc, san* conalilucr de» migrations au »ena strict du terme, peuvent
s’étirer sur des centaines de kilomètres. La partie la plus considérable de la mortalité des
adultes est attribuable aux accident de toutes sortes (fatigue et insuffisance de nourriture
en particulier) qui surviennent au cours de ces déplacements. Mais ce qui vient compliquer
encore le problème de la dynamique des populations c’est que, pour la plupart des espèces
nous ignorons la nature et l’importance numérique de» échanges qjii ont lieu avec le» popula¬
tions voisines : Dans quelles proportion.» Cormorans africains et Aigrette» liimorphes passent-
ils du Sénégal en Mauritanie? Et quels rapports entretiennent no» Sternes pierregarins avec
celles d’Europe *? Nous savon» seulement que quelque» Flamants roses et Spatules d’Eurooe
viennent se mêler aux contingent» du Banc d'Argiiin.
Ces limites étant reconnues à no» ambitions il rcî-te i dre»pcr en manière à la fois de
résumé et d’inventaire la liste des facteurs — autres que les upweUings — qui, localement
conditionnent de plu» ou moina prè», l’effectif de» peuplements d’oiseaux dans l'éco.système **
A. Faeleurs liés au milieu physique.
La mer, sur l’ensemble de la côte, ou bien recule devant une progression lente de basses
plaines alluviales (Sénégambie) ou bien entaille un littoral de roches tendre» (Aguerguer
Tasiast) : d'où le petit nomlire des lies et la faible étendue des falaises (Aguerguer excepté/
Sans doute la houle de NW provoque-t-elle la dérive du sable ver» le Sud; mai» il arrive rare¬
ment que presqu’îles et cordons soient cisaillés; et quand ila le sont (Sénégambie) les
Ilots ainsi formés sont fréquemment bouleversé», voire ■ digérés », par de plus fortes tempêtes
la mer détruisant ainsi ce qu’elle avait mis i la disposition des oiseaux. Au total, donc, condi*
lions médiocrement favorables au développemenl en surface des pcuiilcincnts avien» Non
pas que les archipels soient pour autant surpeuplé»; mai» dans le» régions dépourvues d’iles
— littoral sud-mauritanien. Petite Côte, où par ailleurs les condition» oc&nographiques seraie
favorables — les ressources nutritionnelle» sont sous-cxploilée».
L’action des Alizés, éminemment favorable comme cause des upivellings, gêne les
oiseaux sur les falaises de l’Aguerguer (embruns, ensablement de» nid», inhibition de la pêch i
et va jusqu'à menacer de submersion les colonie» de Flamant» delà Baie d’Arguinct de l’Afto ’
es Saheli. Aux Bijago», par contre, les tornades de saison des pluies ne pourraient créer d
difficidlés que sur les Ilot» de sable nu (ce qui explique peut-être l’absence de toute reproducti ^
sur rUot des Spatules) maie un abri efficace est procuré ailleurs par le» Iwutes herbes et I
palétuviers.
Le rôle des marées a été mentionné : là où te marnage est fort (Bijagos) les courants
rapides qui en résultent semblent à la foi» embarrasser certain» oi.seaux (Échassiers move
peut-être Limicoles) et empêcher localement tout dépôt de la vase, ce qui paraît conduire à
un désavantage. Par ailleurs le phénomènes de la marée bi-quotidienne ennsliiue le nhé
mène fondamentd des bords de mer, sans lequel une grande partie? de» richesses océanio*^**
ne parviendraient même pas à la portée d'une grande partie des oiseaux, sans lequel par co ^
quent l’avifaune côtière serait elle-même très diminuée. Nous aurons à y revenir à la demi'
page de l’ouvrage *.
B. Facteurs d'ordre biologique.
Importante pour les oiseaux par son incidence sur les possibilités d’alimentation
U présence sur le» fonds marins de peuplements végétaux — Algues et Graminées_»>>
de frayères pour les poissons, d’abri et de lieux de concentration pour les divers organi
marins. A cet égard on ne peut qu’être frappé par la différence qui existe entre les neu™/*
ments aviens du Banc d’Arguin et ceux des Bijagos. Comme nous l'avons indiqué au nn ^ ^
(p. 249) l’abondance de» Ardéidés pêcheur» en Guinée portugaise ne doit pas être surestinSr
quoique le dévdoppemenl des côte», toutes Iles et Ilots compris, y soit suffisant pour asa
. Le» sujeU collecté» »ur le» lieux de reproduction <le la cftle nrridentale d’Afrique paraisse,.. .
petit» que le» migrateur» venu» d’Europe. S il »e confirmait qu’ii exiete bien uite t<>u»-rspÿce af ** '**
-.:i -, normalement d’échange» entre le» deux populalioi ^ '■■'■“ine lu
3. Le» oiseaux ne prennent pas toujour» leur» précaution» contre le» tempête» et murée. ___
nelle*. j. Dracksco eu 1963 a trouvé l’îie Zira en grande partie dévastée par le» paqueta de ni— t .
que procure une Ile bien placée au milieu de» baiitH-fond» semble nhtriircir le arn» de ee
lorsque ceux-ci ne se présentent pas à intervalles rfguli’rs. I.ea oiseaux annl habile»
de» marée» normale» de vive-eau, non celle dea marérs^hautea par tempête.
certain»
> reconnaître la
Source : MNHhi, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — ZOOCÉOCEAPHIE
279
l’existence d’une population nombreuse en valeur absolue. I-’absence à'upwelling$ mise à
part la pauvreté relative des Bijagos semble due à l’étendue considérable de deux infrastruc¬
tures également peu productives : les sables purs d’une part, les vases noires d’autre part,
avec l’absence d’herbiers qui les caractérisent. Certes la vase elle-même est porteuse d’un contenu
organique non négligeable (Bourcart 1942); mais le tout n’est pas, ici encore, que la bio¬
masse soit présente; il faut encore qu’elle entre par qudque bout dans les chaînes îJimentaires.
On comprend donc que le nombre de Limicoles, Ibis, Spatules et autres oiseaux fouilleurs
soient nombreux — dans une mesure qui, pour les limicoles, nous parut grande mais que nous
n’avons pu encore préciser. Il ne s’ensuit pas que les poissons abondent pour les Échassiers
et les Laridès
— Nous avons vu que la prédation proprement dite ne joue sur l’ensemble de la côte
qu’un rôle très mineur : rares interventions de Faucons au Banc d’Arguin (au détriment des
Laridés tout au moins); aucune notation dans le delta du Sénégal, au Saloum et aux Bijagos;
prélèvements plus importants par Larus cirrocephalus', c’est à peu près tout *. En revanche
les Chacals, Hyènes, Chiens et Êtres humains commettent à grande échelle ce que nous avons
appellé des déprédations. Il faut que l’avantage procuré par les vasières et chenaux voisins
des îles Nairr, Touffat et Cheddit soit considérable pour que les oiseaux persistent à nicher
régulièrement sur ces îles irrégulièrement mais fréquemment visitées.
— Ni en Mauritanie ni au Sénégal ni en Guinée portugaise nous n’avons saisi de signe
de compétition entre les espèces reproductrices *. Les niches écologiques nous ont paru
partout bien délimitées: pas une Sterne qui puisse entrer en concurrence avec une autre.
Sterna maxima et Hydroprogne caspia, sont de tailles voisines, mais dififérent cependant assez
par les moyens physiques, sans doute aussi par les méthodes de pêche, pour vivre en très
bonne intdligence. Nous ne pouvons encore rien conclure encore des symptômes d’hostilité
surpris sur l’île Kiaone entre Gelochelidon nilotiea et un adversaire md identifié jusqu’à
présent : Hydroprogne caspia ou Ardea cinereal C’est d’ailleurs une règle que la compétition
interspécifique tend à entraîner l’exdusion mutuelle. Là est peut-être l’explication, d’une
manière qu’il est difficile de préciser, de l’absence au Banc d’Arguin d’espèces telles que Sterna
sandvicensis et Sterna dougalli que l’on s’attendrait à voir nicher à côté de Sterna kirundo
et Gelochelidon nilotka.
On s’interroge par contre sur les raisons qui ont pu écarter jusqu’à présent toute implan¬
tation de certains groupes au Banc d’Arguin : en dépit de recherches persévérantes nous
n’avons jamais découvert sur les îles Kiaone de reproduction de Falco peregrinus ou F. biar-
micus\ et les Pétrels manquent absolument sur ces mêmes îles où les entassements de grosses
pierres leur ménageraient cependant toutes les possibilités d’abri dans des failles et des terriers.
§ 3. — HYPOTHÈSES ZOOGÉOGRAPHIQUES
L’explication des répartitions d’espèces tropicales dans la partie méridionale de notre
côte ne soulève pas de difficulté : elles sont à leur place. De même n’aurions nous guère à
noua poser de questions si, étudiant les oiseaux d’Europe et du Maghreb, nous voulions rendre
compte de leur présence : eux aussi sont à leur place. Tout au plus, au Sud comme au Nord,
pourrions-nous rechercher l’influence qu’ont pu avoir sur les distributions actuelles les oscil¬
lations climatiques du Quaternaire récent (depuis le dernier interglaciaire) : vicissitudes des
avifaunes éthiopiennes au cours des alternances de sécheresse (atteignant vers le Sud le golfe
de Guinée dans la région du Dahomey*) et d'humidité (reportant très au Nord les confins
1. La divergence que constitue le « déme de Guinéca (v. p. 27) crée certainement un enrichissement
blane, Suia leucogùtler, habite les ilote Alcatrat. Mais il semble que tes ilee Bijajos soient trop éloignées
pour que les effets s’étendent jusque là (v. p. 2S0).
2. Nous n'avons pu évaluer l'importance des Crabes {Uca) dans l’alimentation de diverses espèces
d’oiseaux qui s’en nourrissent necasionnelleinent : Gypohierax OTtgoleruU (?), Ardea golialh, divers autres
échassiers, Nos observations répétées sur la médiocrité de la productivité des vases vient en tout cas à l'appui
de la remarque suivontc que nous n'avons découverte que tardivement à la lecture du beau livre d'OpUM.
(1959, 1963), p. 346) ; « Il is interesting to note that mixed mud and sand seema ta be more favourable thun
eitlier coarsc sand or fine mud.-».
3. Il convient d'ajouter ici les remarques faites par von Wrstrrnkacen sur Arenaria inlerprst
friand des suis de Sternes et Lorui gsnst s'associant aux pillages de I.arut cirroeephalui.
4. Voir Moreau 1963.
Source : MNHN, Paris
RENÉ DE NAUROIS
sahelo-sahariens) ; vicissitudes des avifaunes eurasiatiqiies en fonction des glaciations et des
déglaciations (les premières refoulant les espèces vers le pourtour de la Méditerranée, les se¬
condes permettant une recolonisation jusqu’aux abords de l’océan glacial).
Oi l’esprit commence à s’interroger c’est à partir deux deux séries de constatations dont
nous avons donné le résumé dans la première partie de cette conclusion.
1° Descentes vers le Sud, plus « bas » qu’on ne s’y serait attendu, d’espèces paléarctiques
— et montées vers le Nord, plus « haut » qu’on n’aurait supposé, d’espèces tropicales.
2“ Présence sur la côte occidentale d’Afrique d’espèces que l’on retrouve soit de l’autre
côté de l’Atlantique (côte orientale d’Amérique) — Phaêton ethereus, Sterna maxima _soit
de l’autre côté de l’Afrique (côtes orientales de ce continent, rivages de la mer Rouge et de
l’océan Indien) et dans les régions sèches et déprimées d’Asie moyenne que le désert d’Arabie
et du Moyen-Orient relient au Sahara.
Donc en premier lieu recouvrement de faunes dans le sens méridien; en second lieu
zones disjointes se correspondant si l’on peut dire zonalement (ou sub-zonalement) d’Ouest
on Est.
Avant d’aller plus loin une question préjudicielle se pose : est-il justifiable de vouloir
expliquer des faits de cet ordre, c’est-à-dire relevant d’un type d’intelligibilité historique? Les
aires de répartition des animaux se présentent comme des rébus; rapprochées ou séparées
mêlées ou écartelées. Mais pour interpréter l’actuelle distribution des espèces d’oiseaux nous
n’avons pas de fossiles à notre disposition et nous pouvons craindre, dans cette partie du monde,
de n’en jamais avoir pour retracer sur des bases scientifiques l’histoire des peuplements. A
quoi bon dès lors échafauder des hypothèses dont aucune ne sera susceptible de vérifitation
engager une discussion qui ne pourra être comme disent les Anglais, que purely spéculative
A cette objection, deux réponses peuvent être oppoaé«îa : i’une extra-scientifique et
plutôt d’ordre philosophique, l’autre de fait.
Que nous puissions ou non apporter les preuves qui permettraient de choisir entre
plusieurs hypothèses, la vérification qui consacrerait l’hypothèse comme vérité scientifique
imaginer des explications plausibles est un besoin de la pensée. Et si ce besoin enraciné au
fond de l’esprit ne consent pas à mourir c’est sans doute qu’il est sous-tendu par un espoir •
l’espoir que les questions se présenteront un jour sous un aspect nouveau, intégrées dans une
problématique plus large...
Quoi qu’il en soit, lorsqu’en biogéographie l’observation directe et l’expérimentation
ne sont plus possibles, il reste — à notre portée — une • raison » qui est moins qu’une preuve
par vérification mais mieux qu’un essai de l’imagination : le thématisme des faiu, la conver¬
gence des indices. Type de preuve qui remplace souvent l’expérience cruciale dans la situation
qui est la nôtre : celle de chercheurs immergés dans la durée et pour qui les origines_comme
les fins — sont enveloppées de brouillard. Sans doute l’esprit, dans sa condition temporelle
est-ü condamné à rester sur sa faim; du moins n’est-il pas rejeté à la nuit noire. *
Mais il y a plus. Les progrès récents de la géologie et de la géomorphologie du quater-
naire saharien, les progrès de la paléoclimalologie — avec ceux des méthodes auxiliaires oui
se déveioppent sous nos yeux telles la palynologie, les méthodes de datation absolue par les
déments radioactifs — permettent un peu mieux chaque année, et avec une approximation
que l’on n’aurait pas osé espérer il y a quelques décennies, d’imaginer la physiographie U
climat du Sahara, donc les conditions de vie que les oiseaux trouvaient tant au centre de Tact 1
désert que sur ses bordures Nord et Sud *. ^
1. Chacun des stades du Pleistorèna est la résultante de deux séries de facteurs climatiques Les
ont un caractère permanent (ou qu'à l’échelle d'une courte période d'un millier d’années par exemnle
pouvons considérer comme tels); ce sont les conditions d'ordre cosmographique de la vie sur la terre enr''"*^^
de la position et du mouvement de celle-ci dans le système solaire — les autres sont variables, ayant*******
inâmes leur cause dans les raodiScations des taches solaires, les traversées de « poussières» dans respa'**'
1.. v.,i.,in.. ,1.
températures des courant
marins, les balancements de l’équateur thennique, les oscilUtions corrélativei de la limite méridional d
U zone humide boréale et do la limite septentrionale de la zone humide tropicale (soiimiso aux effet, j* i
mousson). les déplacements et les variations en largeur (écarts en latitude) des zones arides et semi-arid **
les perturbations régionales enfin, dues à la disposition relative des masses continentales et océani
comme aux modificationa intervenues dans la circulation générale de l'atmosiihère (v. Uubiff lOtv
BEAU 1963). ' ’
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — ZOOGÉOGRAPHIE
281
Commençons donc par rappeler quelques unes des données aujourd’hui acquises,
pour examiner ensuite les hypothèses que l’on peut envisager comme plausibles.
1. Coup d’œil sur la paléogéoghaphie et paléoclimatologie du Sahara et de
SE.s bordures.
Toutes les faunes terrestres, du fait même de leurs exigences variées, ne rencontrent
pas les mêmes barrières à leur expansion spontanée. S’agissant de faune avienne, apte à modi¬
fier rapidement sa distribution, il eût été vain de vouloir recenser les biotopes ayant pu lui
convenir il y a plus de 15 ou 20 ans. C’est donc des changements géographiques et climatiques
survenus au cours des derniers millénaires que nous nous sommes enquis. C’est précisément
dans le domaine du Quaternaire récent et des conditions de sédimentation que les études,
aujourd’hui, s’accumulent Les chercheurs se sont consacrés en particulier à l’étude de trois
grands bassins : dans la région du Nil au Sud de Khartoum, autour du lac Tchad et dans le
Djouf (Sahara occidental) *.
1° M. A.J. Williams (1966 p. 270) signale dans la grande plaine de Gezira au Sud
de Khartoum, à l'intérieur d’un triangle d’environ 40 000 km®, plusieurs gisements de fossiles
de mollusques d’eau douce qui ont été découverts dans les alluvions. Les datations au carbone
14 ont dozmé des âges variés qui se placent entre 11 300 ± 400 et 5 000 ans avant nos jours.
Le climat était beaucoup plus humide qu’aujourd’hui. Les dépôts eurent lieu sur des surfaces
occupées par des vastes lacs ou marais, s’étendant par endroits jusqu’à 30 km de part et d’autre
du Nil Blanc. L’étude des méandres du fleuve et des accumulations sableuses a permis de
suivre les progrès du dessèchement. Il y a 6 000 ans le total des précipitations à proximité
de Khartoum était tombé à 600 mm et le niveau du Nil Blanc s’était abaissé de 0,5 à 1 m.
2® R. Trompette et A. Manguin consacrent un article (sous presse en 1967) au Quater¬
naire lacustre de la province, vaste région située au Sud-Est de l’Adrar mauritanien. Dans cette
partie basse, partiellement ensablée, affleurent des terrains siluro-dévoniens qui sont plissés
en vastes synclinaux en fond de baignoire et en anticlinaux plus aigus (style éjectif). On y
trouve des diatomites grises sablo-argileuses et des diatomites blanches. Des âges absolus ont
été mesurés : 8 620 ± 120 (tests de Melania) et 7 550 ± 120 (calcaire à Melania).
Le territoire du Majabat al’Koubra (en Mauritanie orientée et débordant sur le Mali)
qui avait déjà fait l’objet d’une importante publication de Th. Monod a été étudié à nouveau.
C’est une région basse, très ensablé aujourd’hui essentiellement quaternaire, limitée à l’Ouest
par la fdaise de l’Adrar, au Nord par les affleurements du Carbonifère de Taoudeni, à l’Est
par Aramiane, au Sud par le lac Faguibine et la falaise de Oualata-Araouane-Tichitt. U y a là
des dépôts lacustres qui atteignent par endroits une diaaine de mètres d’épaisseur. Les maté¬
riaux ont subi un façonnement éolien avant leur dépôt. Un niveau contient des fossiles de
Poissons, Crocodiles, Hippopotames, Éléphants.
Par sa faune, analysée par E. Manguin, cette diatomite » rappelle le type de lagune
continentale dont la masse aqueuse, par suite de la concentration en NaCi consécutive à une
évaporation dans le temps, se peuple de diatomées ».
Une attention particulière a été accordée au synclinal de Dhaîet el Ateuch Metmedha,
où les diatomites d’eau douce sont dominantes. On y trouve entre autres Melosira gronuîata,
euplanctonique et Nitzschia lancettula, endémique actuelle du phytoplancton des grands
lacs d’Afrique orientale.
Les auteur.s reconnaissent en définitive deux formations lacustres. L’une probablement
plus ancienne, faite de dépôts détritiques très fins en stratification oblique, due à l’action de
courants; les diatomites y sont qualitativement et quantitativement rares. L’autre, datée d’en¬
viron 8 000 ans BP, témoigne de l’existence de biotopes divers : lagunes s^ées à Diatomites
mésohalobes et lacs d’eau douce à formes euplanctoniques.
Au cas où les diatomites de la Majabat, de i’Oued el’Abid et du synclinal de Dhl^e»
el’Aleuch seraient contemporaines U faudrait admettre l’existence non pas d’un seul mais
de plusieurs lacs plus ou moins étendus dans des dépressions fermées à des altitudes diverse-,
1. Noi amia P, Elouard et U. Faube, professeurs de Géologie à rUniversité de Dakar, nous ont
aidé à faire im choix parmi les nombreuses publications en langue ù-ançoise et étrangère. Noua leur expri¬
mons ici notre gratitude.
2. Voir aussi Delibrias et UUTIL1966, sur des calcaires lacustres dans le lioggar. Sur la chronologie
du Quaternaire saharien avant les études récentes que nous citons ici voir Alimen 1963, MoNOD 1964,
conclusions prudentes de ces auteurs peuvent certainement, aujourd'hui, être corrigées, précisées on
développées.
Source : MNHN, Paris
RENÉ DE MAUROIS
3» Les rechtrches cio H. Faure ont porté sur les dépôts à coquilles lacustres de la
partie nigérieime du Sahara de rextrémité Nord (très sèche) de ce territoire aux bordures
sahéliennes du Sud. L’aulcur a pu préciser l’extension et l’égc dos dépôts ainsi que les condi¬
tions dans lesquelles ils se sont formés au cours des millétwires.
Les dépôts consistent en diatomiles feuilletées et limons sablo-calcaires à diatomées.
Les premières corustituent la formation la plus étendue, en bancs d'un ou deux mètres de puis-
sancc dont la partie supérieure comporte une ou deux couches de calcaire lacustre. L’ensemble
a généralement une épaisseur visible de 2 ou 3 mètres, mais atl.-int localement 7 ou 8 mètres.
Fraises rocheuses, sommets de dunes émcrgraienl d’un immense pian d’eau. « Les commu¬
nications par voie de terre... étaient sans doute coupées, écrit l’autour, En revanche les faunes
de poissons circulaient librement... La méthode; du carbone 14 a donné des âge.s compris
entre 9 240 et 7 000 avant nos jours. Il est donc possible d’afilrmcr que l’unité lithostrati-
graphique que constitue la formation des diatomites feuilletées est en première approxima¬
tion une unité chronostratigraphique dont les limites sont assc* bien définies. »
Les limons sableux calcaires à diatomées « comprennent des limons calcaires à diatomées,
parfois des sables à ciment calcaire et coquilles d’eau douce. Les diatomiles y sont impures,
non feuilletées, mal ■stratifiées ». Les dépôts, bien que peu entaillés par l’érosion postérieure,
sont peu étendus, ce qui semble indiquer que les lacs étaient séparés les uns des autres; les
lacs à hippopotames de cette formation devaient ac présenter comme des mares ou des maré¬
cages. - Ces dépôts représentent le dernier témoignage «l’iinc humidité générale... avant le
développement de l’crg de dunes vives du Ténéré ».
Passant à l’histoire des lacs H. Faure distingue 4 époques.
1» De 22 000 à 75 000 BP : l’époque des t (irands Lac» », profonds, remplis d’eau douce,
rempbs de poissons, bordés de Phragmites. L’a diatomites y pullullaient par périodes. Leur
existence «implique un bilan pluviométrie-évaporation largement positif... Le climat... était
donc très humide avec une évaporation réduite ».
2® De 7 000 à 5 500 BP : le début de ra.>»èchemcnt, avec bilan pluviométrie-évapo¬
ration négatif et commencement de la concentration de» sels : carbonate de Ca au début.
Sulfate et Chlorure de Na à la fin. « Le climat éuit peut-être déjà assez sec alors que les lacs,
alimentés par des source» abondant.'?, existaient encore ».
3® De 5 500 à 3 000 BP : une période d’humidité relative, pendant laquelle, à juger
d’après les traces d’occupation laissées par les hommes néolithique», en de irè» nombreux sites,
plantes et animaux devaient être relalivemenl abondants.
4® Les 3 derniers, pendant lesquels le» lacs disparaissent et l’erg actuel se constitue,
les dunes vive.® gagnant sur les fonds de marcs. Il subsiste quelque» lacs résiduels, généralement
saumâtre», la concentration pouvant aller jusqu’à la saturation.
Lacs, mares et marécages, rivages peuplés de Phragmite», eaux douces et saumâtres,
Poi'-sons et diatomées, le» conditions générales ne sont-elles |>as réunie» de l’Est à l’Ouest
pour U présence de large» population» d'oiseaux du type de. celle» que nous trouvons aujour-
d’hd au Banc d’Arguin. dans le dclw du Sénégal et au Saloiim? Au point qu’à la lumière de
cea données géologiques c’est la notion biogéographique de région saharo-indienne qui se
trouvera peu à peu renouvelée et précisée '.
Nou» avons tenu à donner un aperçu de» recherches en cours en résumant à grands
traits ces trois études de M. Williams, R. Trompette et A. Manguin, H. Faure. Une synthèse
de i’(-n.=emble des résultats récemment obtenu» vient d’être proposée par H. Faure. (BuH.
de liaison de l'Ass. Sénég. pour l’élude du Quat., Juin 1966) ;
» De? formations iacuslres caractéristiques (diatomites et calcaires lacustres à Pkra~
gmites iMles. Siluridés, Melania ou LamclHhranches divers) de MauriUnic. (R. Trompette),
du Niger (H. Faure) et du Tibe?li au Tciiad (P. Bohüet. H. Faure, G. Marinelli, J.-M. Remy,
1. On peut ilAwrmai» .lép«
dan» sa discipline propre, pouvait
iropii : considérer le Sahara tanl.U
deux domuincB plus., nin.-istaiils»
ver» le Sud (africain) ; ou lui reçum
aardent certes leur valeur, exprime!
d’enraciner dana une hUtoirû le» d
interprétations.
.7 vuiisiatia
is (ou llolarriu) »oit à la Pala«o.
le eonc de douille iranaition entre
s le Nord (méditerranéen), l'autre
d'autonomie. Toutes ces positions
rnl que I on sera liientèt en meenre
Bir lu genèse et de coordonner les
Source : MNHN, Paris
CONCLi;SIOIVS GfNÉKAI-ES. — ZOOCéOGRAPHIE 283
P. Rognon, H. Tazieff, P.-M. et J.-F. Vinxf,nt) ont récemment fait l’objet de datations par
le radiocarhone.
Ces formations sont très étendues ie long d’une bande traversant l’Afrique d’Ouest
en Est sur plus de 3 000 km entre les parallèles lô® et 21° Nord environ. Elles indiquent, au
moins pour cette zone, des conditions de forte pluviosité et de faible évaporation en opposition
très marquée avec le climat qui y règne actuellement.
Une vingtaine de dates absolues actuellement disponibles concordent pour indiquer
une grande extension des lacs entre 22 000 et 8 000 ans BP et le commencement de leur
assèchement à partir de, 7 500-7 000 ans BP au Sahara méridional. Pour G. Conrad le « Pluvial »
serait synchronique de celui du Sahara septentrional.
A cette époque des lacs parfois immenses et profonds occupaient les zones déprimées
du Sahara et les cratères isolés du Tibesti. Durant cette période les grands glaciers européens
et américains subissaient un recul spectaculaire et le niveau général des mers s’élevait pro¬
gressivement ».
2. Essai d’interprétation des répartitions d’oiseadx.
A. — L’explication du recouvrement des avifaunes dans le se/w méridien ne souffre
pas de difficultés.
11 y a d’abord le cas des espèces paléarctiques terrestres qui descendent « en doigt de
gant » le long des côtes sud-marocaines et sahariennes espagnoles. La carte ci-contre, extraite
de l’ouvrage de J. Valverde (1957) et quelque peu complétée par nous, en donne un exemple.
Oenanthe leucura est très probablement nicheur jusqu’au Sud du tropique, peut-être même
ju-'qu’à la presqu’île du cap-Blanc. Mais l’illustration la plus frappante de descente vers le
Sud est fourme par Motacillajiava dont F. Roux a découvert la reproduction au Banc d’Arguin
jusqu’à la latitude de 19° 40'. Une remarque s’impose semble-t-il à propos de ces distributions.
Nous ne croyons pas qu’il puisse s’agir à proprement parler d'extensions, au sens où une
espèce “ pionnière » s’avance dans un territoire jusque-là inoccupé. Touchant Motacilla ftava
il s’agirait plutôt d’un petit peuplement » marginal » et qui se trouve séparé du gros de la popu¬
lation européenne et maghrébine ‘. En effet l’évolution générale du climat depuis l’optimum
néolithique (4 000 à 6 000 BP) est au dessèchement, donc à la disjonction, non au rapproche¬
ment et à la compénétration des faunes paléarctiques et éthiopiennes ’.
Vient ensuite le problème <lcs espèces liées aux eaux douces, saumâtres et marines. Elles
apparaissent, elles aussi — mais de manières opposées — comme n’étant pas tout à fait à leur
1. On serait tenté de dire « reliete» si l’absence d’endémisnic n’incitait à considérer le phénomè^
comme récent (datant d’une accentuation d’aridité qui pourrait ne remonter qu’à quelques siieies...?)
En outre il n’est pas exclu qu'il y ait brassage de la population résidente avec des migrateurs.
2. Üans la flore de l’Air, Pitot (19S0) di.liogue 3 groupes de plantes ; pantropicalcs et subtropicales
(23 %), sabaro-sindiennes (19 %). soudano-déoaniennes (58 %). La composition actuelle est le résultat d une
évolution vers l’aridité. L’assèchement s’est aggravé du fait de raoeroisseinent de continentalité d Ouest
en Est. D’où la disparition sur place des espèces à moyens île dissémination insuffisants (algues, mousses,
fougères, etc.), et d’une grande partie de la Dore autochtone ; mais aussi le retrait vers les régions moins
défavorisées. « La Dore eurasiatique s’est repliée vers le Nord et l’Est dans les régions méditerranéennes.
(Cependant certaines espèces boréales qui s'étaient aventurées fort avant dans le Sud ont été entraînées
avec les plantes soudanaises en retraite générale vers l’Équateur. Elles s’établissent sut la bordure méri¬
dionale du Sahara jusqu'à la limite permise pat le climat soudanien. De même certains genres et espèces tro¬
picaux ont été entraînés vers ie Nord par le retrait de la flore vers la Méditerranée. C’est ainsi que s’établis¬
sent de part et d’autre du Sahara deux bandes prédésertiques et sahéliennes où l’on retrouve au Nord du
Soudan quelques espèces méditerranéennes, au Sud de l’Atlas (Tripolitaine, Cyrénaïque septentrionale,
Palestine, etc.) des espèces tropicales. Certaines d’entre elles peuvent même n’avoir laissé dans le Sahara
aucun résidu indiquant la liaison initiale... Nous avons été amené ainsi h ranger dans une zone saharo-siu-
dienne s. 1, des plantes que l’on retrouve à la fois à la lisière Sud et à la lisière Nord (Afrique du Nord,
Palestine, Arabie pétrée, Afganistun, etc.) de la zone désertique. Cette ilisposilion à cheval de part et d’autre
des régions se rencontre même pour un certain nombre de plantes nettement soudano-decano-sahéliennes»
(p. 67).
Nous avons été particulièrement heureux de lire les lignes suivantes sous la plume de l’auteur (c’est
noue qui soulignons): «Lorsque les espères eurasiatiques ou soudaiiicnnes ont fui le Sahara tout en abandonnant
dans les points les plus favorables de la zone désertique des résidus témoins de leur extension passée, on
les signale comme médilerranécnncs ou snuilonaises sahéliennes avec o pénétration ou irradiations» vers
le Sud ou le Nord suivant les cas. Cependant le peuplement de la zone désertique s’avère non pas comme
une conquête moi» tien pluiSl rontme une fritle (p. fiR) ». Cette opinion de A. PitOt laisse entière la question
de plantes ou d’animaux arrhérémiens que l’on peut trouver dans les diverses régions ou secteurs sahariens.
Ce botaniste, par ailleurs, déclare un peu plus loin (p. 69) n’ètrc pas partisan de reconnaître un secteur
« saharo-médian». C’est là une autre question dont la discussion n’a pas sa place ici.
Source ; MNHN, Paris
284
RENÉ DE NAUROIS
place. Les unes (paléarctiquc») trouvent au Banc d’Arguin, au Saloum et jusqu’en Guinée
portugaise des conditions relativement tempérées : les températures sont encore fraîches
grâce aux Aiizé.s, peut-être aussi au courant des Canaries, certainement aux upwellings côtiers.
Les autres (éthiopiennes) trouvent au Banc d’Arguin et jusque sur l’îiot Virginia un milieu
et des conditions d’insolation qui, à cette latitude et dans ces conditions, ne sont pas encore
trop différentes de celles qui sont vraiment « les leurs » dans le Sahel, au Soudan, en Guinée.
1. Le» triangle» souligné» indiquent le» emplacement» où noue-niême avons identité Oen. Uueura.
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — ZOOGÉOGRAPHIE
285
Nous verrons dans un instant qu’une autre explication, de nature toute différente, ne fait en
définitive que corroborer celle qui est ici proposée.
B. — Reste le problème plus délicat des aires de reproduction d’Afrique occidentale
écartelées d’Est en Ouest, chaque peuplement africain ayant son répondant soit en Amérique
soit en Afrique orientale.
Traitons en premier lieu des espèces qui occupent les deux rives de l’Atlantique. Et
d’abord s’apt-U au sens strict d’aires disjointes?
S’il se trouvait en plein océan, entre les îles Bahamas et le Banc d’Arguin, un archipel
entouré de hauts fonds suffisamment étendus, Sterna maxima l’habiterait probablement. Et
si Phaëton ethereus est obligé de « bondir » des Caraïbes aux îles du Cap-Vert et aux îlots de la
Madeleine c’est parce que les points d’appui intermédiaires fond défaut (ils ne se trouvent que
plus au Sud : îles Saint-Paul, Femando-Noronha, Ascension). Sterna anaethetus, présente
d’un côté dans les Caraïbes de l’autre côté en mer Rouge et océan Indien, est pantropicale.
Son absence sur les deux faces opposées de la république d’Afrique du Sud ne vient-elle pas
corroborer l’idée proposée en particulier par S. Ekman, d’une « barrière » biogéographique à
la pointe méridionale de l’Afrique (ou le courant chaud des Aiguilles bute contre le courant
froid de Benguella)? Et ne suggère-t-elle pas celle d’une très ancienne distribution mésogéenne,
qu’aurait coupée en deux l’émersion de l’Asie mineure et moyenne : l’espèce aurait été évincée
par le refroidissement pliocène et quaternaire puis aurait colonisé la mer Rouge dans le temps
même où elle se maintenait de l’Üot Virginia au Banc d’Arguin?
2. Venons-en maintenant aux cas beancoup plus paradoxaux d’espèces dont les aires
disjointes sont disposées soit de part et d’autre du continent africain soit — cas de Lotus
geoei — les unes en Afrique occidentale, les autres en Russie méridionale, Asie centrale
et Pakistan. L’idée qui vient à l’esprit est celle d’un éclatement. La raison “ originaire ■> est à
rechercher, croyons-nous, dans l’histoire du peuplement du Sahara et de son littoral lors de
l’optimum dimatique d’il y a 4 000 à 6 000 ans. Plantes, Mammifères, Insectes, Scorpions,
etc. ont eux aussi, aujoxu'd’hui, des répartitions qui seraient déroutantes si nous ne savions
qu’il a existé des Saharas plus humides que l’actuel et où, dans la moitié occidentale tout au
moins, il y avait compénétration des flores et des faunes. Au chevauchement selon la ligne
méridienne (du Nord vers le Sud et du Sud vers le Nord) se superpose donc, se croisant avec
lui, une adjonction aux éléments anciennement ouest-africains d'éléments plus récemment
venus des régions centrales de ce qui est aujourd’hui le désert. En ce qui concerne les Oiseaux
quelles sont les espèces en cause et comment pouvons-nous nous représenter le " comment "
de leurs mouvements?
Le Héron du Banc d’Arguin, Ardea cinerea monicae, très dépigmenté, peut avoir évolué
sur les rives de lacs sahariens entourés de verdure : il en aurait été chassé d’Est en Ouest lors
du dessèchement. De la môme manière s’expliquerait la présence dans i’Aftout es Sahéli, à
6 000 km de ses millions de répondants d’Afrique orientée, de la “ colonie-témoin » de Phoeni-
conaias minor'. Une explication analogue vaudrait pour Pelecanus onocrotalus, également
éloigné au Banc d’Arguin de ses centres européens comme de ses bases d’Afirique centrale.
Certes le Petit Flamant rose a pu venir de la région des Grands Lacs par les côtes d’Afrique Aus¬
trale, d’Angola, du golfe de Guinée (où il a d’ailleurs été noté au passage) ; mais n’est-il pas plus
vraisemblable qu’il ait habité ce " Sahara des Tchads », évoqué plus haut, ici ou là selon les
époques et le degré de salinité des lacs en régression? De même Lotus genei a certes pu s’éten¬
dre à partir de ses centres de met Noire et mer d’Aral en suivant les côtes d’Afrique du Nord;
mais il a pu aussi traverser en diagonale (NE-SW) un Sahara où existaient de vastes collections
d'eau plus ou moins saumâtre *. Une hypothè.se semblable vaudrait pour Plalalea leucorodia
1. A notre connaissance aucune espèce de Flamant n’a été identifiée comme niebeuse sur les Iles
qui parsèment le Lac Tchad (v. PecAUD 1925) ni sur aucun autre plan d'eau du Sahara et du Sahel (Boubt
1955 et 1961).
2. Passer en revue toutes les espèces terrestres qui ont, aux deux extrémités de l’Afrique subtropi¬
cale ou intertropicale, des aires disjointes sortirait des limites de ce travail, Observons seulement au passaxe
qu'il existe plusieurs cas de distributions si l'on peut dire» en écharpe» (ou en diagonale) du NW au SÊ.
Telles celles de Neophron pmnopierus, Aquila cbrytaiios (jalonnée par le Sahara marocain, le Zemmour, la
Kedia d'Idjil dans le Tiris (où nous avons trouvé en 1959 une aire occupée), les massifs centraux.,. Le cas
d'En^riia siriolata rentrerait dans la même catégorie : l’espèce niche dans l'extrême Sud marocain et la
Kedia d'Idjil (où noua l'avons découverte en 1959), mais on trouve des formes voisines et à comportements
sembl^les en Afrique orientale, telle Fringillaria irutiUris Grant et Forbes, qui mériterait d’être étudié
du point de vue qui est ici le nôtre. U’autres répartitions posent des problèmes complexes et encore irré¬
solus : Buteo buito aux îles du Cap-Vert et i Socotra, Milvus milvué /osciicauda et MiJvus migrons migrons
aux lies du Cap-Vert et Afilvus migrant arabicut sur U mer Rouge,
Source : MNHN, Paris
RENÉ DE NAÜBOtS
dont les aires disjointes iii.t Rouge «l’une part, en Mauritanie d’autre part, pourraient pro¬
venir de souches sahariennes aussi bien qu’européennes. Plus encore : un même mécanisme
pernietlrait de rendre compte «le la pré.-eiiee au Banc d’Arguin d.- plusieurs autres espèces
paléarcliques et Uopicales : Gelochelidon nilolica, Molacilla fiava d’une part; Fkalacrocorax
afrkanus, Egretla gularis, Larus cirrocephalus d’autre part. Sans doute ces oiseaux ont-ila
pu venir directement du Sud à des époques humides. Mais ils ont pu venir aussi de l’Est — ou
du Sud par le détour de l’Est — pendant ces môme» périodes où nombre de grands Mammifères
traversaient le Sahara. Bref l’aridité croissante des derniers millénaires aurait en qudque
sorte éjecté les popdalions occupant 1<- Sahara humide : refoulant les unes vers le Nord, les
auUes vers le Su«l, d’autre.s encore soit vers l’Atlantique soit vers l’océan Indien, c’est-à-dire
vers des refuges rendus possibles par la clémence des climats côtiers et l’abondance des res¬
sources alimentaires en bordure d’océan
L’hypothèse se trouve corroborée jiar plusieurs constatations que 1 on peut faire sur
ce prolongement ilu Sahara occiilenlai que constituent — au seul point de vue climatique il
est vrai * — les lies du Cap-Vert. On y trouve un Moineau, Passer jagoeruU qui est représenté
également (et sensiblement à la même latitude) |jur une forme très sembl^le en Afrique orieu-
taie. Autre lait frappant : la ressemblance de l’Alouette endémique de l’îlol llaso — Alauda
razae (Alexander)_avec un autre alaudidé d’Afrique orientale, Fseudalaemon fremantli.
Nous espérons pouvoir préciser prochainement les affinités qui semblent s’affirmer entre ces
deux espèces. Enfin comment ne pas relever une ressemblance du Héron cendré du Banc
d’Arguin, Ardea cinerea monicae, et du Héron pourpré de l'archipel du Cap-Vert Ardea
purpurea bournei Naurois — remarquablement dépigmeiité lui aussi : comme si les deux sous-
eapèces avaient eu leur origine dans un désert atténué, d’où la péjoration climatique les aurait
chassées l’un sur la «■ lagune en pleine incr » qu’est le Banc d’Arguin, l’autre sur les Ues océa¬
niques plus lointaines *? A. Chevallier remarquait déjà que certaines plantes des Ues mara-
caronésiennes, des Ues du Cap-Veri en particulier, se retrouvaient à l’autre bout de l’Alnque
(au bord de la mer Rouge et sur l’IIc de Socotra) : toutes plantes qui disait l’anteur, avaient dù
former des ceintures de verdure dans les dépressions sahariennes à certaines époques humides
du Quaternaire (1938 et 1946, p. 818) *.
1. Comprenoci-nom bien. Il ne s’sgil p«« de prétendre que ehci toute» le» grondes cluses d’animaux
le» raouveuienuen direction de l’Ouest ou del’Kst aient pu «tre auseiiniportniiU que le» reUait» ver» le Sud
ou le Nord. Nous renvoyon» pour l’étude de ce» dernier» au grand ouvrage de 11. Heim de Balsac (1936)
ainsi qu’au suggestif article de F. W. Bbaestbiii- (1947). On conipreiid que le» Poisson», le» Reptiles, le»
Mammifères n’aient guère pu suivre que le» v»llée» dueSahua des Nils». Or les cours des grands fleuves
quaternaires (si rapidement* foasiUsé» ») - Igharghar, T»fa»»a»»el.et à partir des massifs centtaux ; Saoura,
Uaoura Cuir dan» Is Nord - étaient d’orientation générale mériilienne. Ce qui revient i dire que pour
les --in'.ov (comme aujourd’hui encore pour 1rs homme») la traversée du désert était plu» facUe vers le
Sud ou le Nord que ver» l’Est ou vers l’Ouest. Mai» ce qui était bamèce pour Us être» lié» nu sol no l’était pas
pour le» oiseaux. On ne voit donc ps» ce qui uurnit pu empêcher des Sterne» Hantel et Petits Flamants
roses aboiidounant des lac» en voie d’assèchement, des Héron» et Aigrette» délaissant d’anciens marais d'émi.
giet vers les hauU-fond» de U côte maurilano-séiiégalaise plutôt que ver» le Maghreb ou vers les lacs et
rivières d’Afriiquo intertropicale.
2. Voir J. DonsT et R. de NaubOIS, 1966, sur les condiUon» climatologiques capvcrdiennes comparées
à celles de l’archipel. . , .....
3. Le Héron «wpverdien, il est vrai, a fort bien pu se diirérenncr sur place, c eet-è-dire dans l’archi-
Del D’autre part il est remarquable, comme nous l’avons noté plu» haut (p. tSi), que le Héron pourpré
du delta du Sénégal «oit identique & la forme nominale européenne et lUMOcaine (v. Nauhoib 1966).
4. Aproposdecet éclatement de» espèces végétale» non plus méridien mais* sonal» nous avons voulu
revenir aux études do A. PiTOT sur le» effeU de l’aridité dan» le massif do 1 Air. Ias problème n’a pas échappé
à la perspicacité de cet auteur. A U page 68 du travail déjè cité (1950). il écrit :« La répartition d’Ouest en
Est à l’intérieur de chacune de» sone» et secteur» est bien plu» difficile è saisir. La majorité des espèces »•>
rououve sur toute la longueur de lu tone. Chacun «le» secteur» saharo-sahélien. sahélo-saharicn. sahélo-
soudanais, soudano-décunien comporte un faible c«iiitingenl de plante» connue» seulement à l’f'jt dr l'Aîr,
Certaines d’entre elle», principalement dan» U sone nouilaiio-déeaiiienne, sont purement africaines, les autre*
suivent la répartition générale Jusqu'è l’Arabie, t’iiide. la Malaisie.
ht temps nous a manqué pour rechercher ce qui nvsit pu être observé dans la répartition des Inverté-
brés De toute façon un avertissement d’A. Vanokl à l’occasion d’une étude des liopodes du Feaean nous
aurait incité 6 la prudence. « Il ne faut pas se diMimuler. écrit cet auteur, le caractère arüficiel que pré-
sente le découpage d’un territoire eu provinces bio-géographique». Des groupe» soologique» possédant des
moyens de dispersion Uè. dilTércnts ou présentant des exigence» écologique, opposée, ne sauraient obéit
aux même» règle» de réparütiou biogéographique. Il serait ab.urde de vouloir comparer la répartiUon des
Oniscotde», animaux hygrophyle» et à fuiblee moyens de dispersion, et celles de» Papillon», de» Ténébrio-
nides ou de» Acridiens» (p. 228). i i / i r •, » l
La circonspection est encore plu» nécessaire quand le» époques de» fait» i rapprocher sont séparées
par de» milüons d’année»! Il est frappant néaniiioi.i. .|u’il puis«i y avoir de. analogie «dans les efi-.U de Pari-
dité sut la répartition de» Scorpions et celle de» Oiseaux. Au Urn-
Bxposé relatif aux Scorpion^
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CONCLUSIONS GÉNÉRALES. — ZOOGÉOGBAPHIE
287
Dernier argument : les constatations faites par J. Valverde au Sahara espagnol et
surtout par R. Robin dans la dépression de i’Iriki (Sahara marocain). Sur la lagune d’El’Aioun
Valverde, en 1955, a trouvé reproduclrico.s Casarca ferruginea, Himantopus himantopus.
Fulica alra *. Robin de son côté a découvert dans Tlriki (Lat. 29° 50' N, long. 6° 30' W) en
1%5 et 1966, outre Phoenicoplerus ruber qui avait déjà été s-ignalé®, de.snidifications inattendues:
Anas anguslirostris, Himantopus himantopus (quelques dizaines de couples), Gelochelidon
nilotica (une centaine), Chlidonias hybrida (par centaines), Recurvirostra avosetta (une cin¬
quantaine), Lotus genei (5 couples au moins). La preuve est donc apportée que les plans d’eau
formés à intervalles irréguliers dans le désert attirent immédiatement nombre d’espèces qui
s’y reproduisent. A plus forte raison un Sahara humide dut -il convenir d’une manière per¬
manente à un bien plus grand nombre d’oiseaux, tant tropicaux que paléarctiques *.
Addendum. — Nous avons pu procéder en avril 1969 à une première et rapide
prospection de l’Archipel des Turtle Islande en Sierra Leone. Aucune uidificatlon de Laridés
ne put être constatée. Il ressort cependant des descriptions d'oiseaux, nids et œufs par les
habitants des îles que Sterna hirundo et peut-être Hydroprogne cuspia seraient régulièrement
nicheuses sur deux Ilots au moins. Les recherches seront poursuivies.
«ahariens (mauift du Hoggar et du Ta»»Hi des Ajjers d'une pari, bordure» du désert en ellipse entourât
le centre d'autre part), M. VaCuon (1952), p. ) conclut à une «dissociation centrifuge». L'auteur précise:
« La présence de Bulhiu en Algérie et sur les bords du Niger, sur les côtes du Maroc et pris du Tchad ou au
sommet du Uoggar, l'existence des Microàiuàus sur les plages mauritaniennes et celles desSomalis.la décou¬
vert de Bulheloïda dans l'Atlas marocain, les bords du Niger et au Sénégal, sont des cas ne pouvant être
expliqués que par nue persistance d’Ilots de refuge d’une faune plus ancienne, laidement distribuée.
La cinquième constatation : présence d’une enclave centrale saharienne (Hoggar, Air, Arar des Ifoghas
et enceinte Tassilienue) habitée pat les mêmes genres qu'au Sud et au Nord du Sahara, ne trouve pas
1. Le développement de la ville d'El-Aioun a fait régresser ces peuplements. En 1965, nous n'avons
plus retrouvé que l'Kchasse blanche sur les lieux prospectés par notre collègue espagnol.
2. Voir Panouse 1958.
3. La découverte par R, Robin en 1967 d’une trentaine de couples de Lurua genei nichant dans la
lagune de Perto Casaado souligne bien entendu la vraisemblance d'une extension de cette espèce le long des
côtes niaghrébiennes. Mais elle n'infirme pas non plus la thèse des trajets plu» ou moins directs par lésa sil¬
lons» qui ont séparé l'actuel Maghreb du continent africain, voire par des lacs plus ou moins saumâtres
situés plus au Sud.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIOff
QU’EST-CE QUE LA CÔTE?
Nous posions ia question à la première page de cet ouvrage : la côte est-elle une limite?
ou une »ne intermédiaire? Avant toute analyse on savait qu’elle serait une limite entre 1©
domaine terrestre et le domaine marin. On voit mieux maintenant en quel sens et jusqu’à
quel point clic est plus et mieux que cela ; un domaine, tantôt simplement commun tantôt
autonome.
Qu’en définitive elle soit partout — ou presque partout — un domaine commun c’est
ce que montre, sur les escarpements les plus abrupts d’une secteur comme l’Aguerguer, la
juxtaposition de grands Cormorans et de Faucons, de Sternes bridées et de Martinets; ou
encore, dans les palétuviers le voisinage d’Aigrettes et de Gobe-Mouches.
Qu’elle soit un domaine sui generis c'est ce que ce livre a voulu montrer, et c’est plus
important pour nous. Il reste à bien faite ressortir la raison fondamentale d’une tdle réalité.
Ici vient à notre aide U comparaison d’une côte océanique avec un rivage lacxistre, voire celui
d’une mer intérieure. Ce qui fait la richesse faunistique de la première c’est le double phéno¬
mène de l’enrichissement par les remontées d’eau froide et du mouvement bi-quotidien de la
marée : le contact entre terre et mer en est perpétuellement fécondé. Point d’abondance (en
espèces et en biomasse) sans le renouvellement des sels nutritifs qu’amènent les divergences;
et, pour une partie des Oiseaux —Limicoles, Échassiers, certains Laridés — point de possibilité
d'exploitation intensive sans estran qui soit alternativement recouvert et découvert.
Les vents qui produisent les mouvements des flots agissent pourtant sur la surfece des
lacs et des mers intérieures? Mais l’inertie des masses d’eau est tdle qu’il faut aux forces de
ftottement un long parcours pour agir efficacement, un fetch suffisamment étendu : ce qiri
manque sur la plupart des étendues d’eau à l’intérieur des continents. De même les attractions
par le Soleil et la Lune n'arrivent pas à ébranler le contenu des lacs, pas même celui d’une
Méditerranée, de façon suffisante pour que la limite entre les terres et les eaux soit mouvante.
La côte a donc une épaisseur, très variable d’im point à l’autre selon l’orographie et le
marnage. Du point de vue qui est le nôtre — celui du zoologiste — ce n’est d’ailleurs pas seu¬
lement la côte stricto sensu, c’est-à-dire l’estran, qui importe; ce sont aussi: du côté de la terre
les estuaires, marais, lagunes, falaises; du côté du large les hauts-fonds et les îles côtières.
La côte se dilate aux dimensions d’un domaine original, à la fois terrestre, amphibie et marin,
où vit, de façon largement autonome une communauté de vivants, prodigieusement riche et
variée. En ce qui concerne, les Oiseaux elle comprend à ia fois des hôtes occasionnels — des
Rapaces par exemple, qui profitent des facUités que procurent les rochers — et des habitants
bien domiciliés — les Oiseaux de mer.
Un écotone, au sens où Odum définit le terme ; “ a transition between two or more
diverse communities, as for example, between forest and grassland... » (1963, p. 278)? Oui sans
doute, mais un écotone intercalé entre deux mondes si différents — ils ne pourraient l’être
davantage — qu’il constitue lui-même plus qu’une transition, une sorte de médiation. N’est-
ce pas, au demeurant, un rôle médiateur et décisif qu’il a joué aux origines dans le destin de la
Vie?
8 564016 6
19
Source : MNHN, Paris
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8 564016 6
20
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Source ; MNHN, Paris
NDEX
Abri (Recherclie de 1’). 36, 67, 76, 88, 98
159, 238, 247, 270
AcupkilorrUs afiieana . 207
ADAM (J. G.). 115, 126, 182
Adaptation de la reproduction aux possibi*
lités nutritionelles... 30, 35, 42, 107-114,
123,130,155,161-163,171, 249-250, 274-277
Aires de reproduction :
— (limide des) ; voir Limites;
— disjointes : voir Ardea cinera. A,
purpurea, Gelockelidon nilotica, Gy-
pohierax angolensis, Lotus genei,
Pkoinieonaias minor, Platalea leu-
corodia, Sterna anaethetus.
Alaemon alaudipes . 82, 83, 100, 254
Alauda rasae . 287
Alcstraz (Ilot). 244
Alcedo quadribrachys . 187, 202
ALEXANDER (W. B.). 255
ALIMEN(H.). 281
ALLEN (R, P.). 129,219
Alopochen aegyptiaca . 134,207
ALVARESd.). 122
Anas angustirostris . 291
Anhinga anhinga . 155
A. ru/a . 141-152, 223, 259
Arcbihèoe (Baie de 1'). 53
Apus ajginis... 39, 48, 61, 67, 70, 76, 166, 206,
214, 257
A. pallidus . 39, 48, 68, 70, 76
Aguilachrysaitos . 285
A. toaklbergi . 207
ARAUJO FERREIRA (J.). 207
Ardea cinerea... 64, 73, 77, 88, 138 (reprises),
147, 256, 260-264, 279, 285
A. goliath... 158, 178-181, 225, 228, 259, 279
A. melanocephala . 207
A. purpurea... 137, 147, 151, 228, 257-260, 287
(bournei)
Ardeirallus sturmii .... 175
Ardeola ralloides . 137-151, 207, 223, 269
ASCHOFF (J.). 47
ASSENMACHER. 47
^tiiox paludinosus . 189, 202, 248
AUBREVILLE (A.). 15-18, 158, 192
BAILEY (R. S.). 277
BAKER (J. R.). 47
Balearica pavonina.... 135, 207, 209, 260, 266
BANNERMAN (D. A.). 180, 208
209, 216, 228, 251
BARSARTe (Lahgde de). 18
BASCHIERI-SALVADORI (F.). 10, 57
BATES (G. L). 28
BENOIT (J.). 47
BENSON (C. W.). 256, 259
BERRIT (G. R.). 21, 24, 29, 161
BIBD(C. G.). 11, 3841
Buolo (Rot). 11, 186
BLANCHOT (A.). 47, 48
BOHNECKE. 251
BOBMAN (F. W,). H, 57
BOURCART (J.). 279
BOURNONVILLE (D. de).167.168
BOWEN (W.). 111
BRAESTRUP (F. W.). 286
BROEKHUYSEN (C. J.) : voir UYS.
BRIGAUD (F.). 115
BROSSET (A.). 56
BROWN (L.). 59, 130
Bubalorais albirostris . 134
Bubo afrieanus . 180
B. ascalaphus . 57, 61. 104
B. lacteus . 207
Bubulcus ibis . 114, 141, 145-152
221-230, 257, 259, 269
Butorides striatus . 134, 175-182, 206-208
217, 229, 233, 239, 259, 269-271
CADENAT (J.). 51, 162
Cap Bj;.anc. 31, 49, 103, 254
Cap Vert (Archipel du) . Il, 285, 286
CARRINGTON DA COSTA (J.). 192, 196
Casarca ferruginea . 287
CASTAN (R.). 59
CAWKELL (E. M.). 10, 185, 196, 259
Centropus senegalensis . 203, 213
Ceryle radis. .118, 134
Ceuthmochares . 205, 209, 259
Charadrius alexandrinus . 39, 55, 59
. 76, 81, 83, 115, 157, 254
Chefs de me (Rôle de).... 35, 141, 153, 235, 274
Ckelictinia riocourii . 1"^^
CHETELAT (E. de). 244
CHEVALIER (A.). 286
Childonias hybrida . 287
Cireus aeruginosus . 104, 168
Cistieola galactotes . 204, 259
Clamator glandarius . 55
Oimals . 15-18, 29, 32, 114, 125, 131
158-162, 188-194, 267-268
Colonies :
_aAjenleî sur certains Ilots : 223, 231-235
— dans des boqueteaux isolés par l’inon¬
dation. 139, 259
_ dans les triangroves . 83, 145-155
247-248
_ dispersées : v. Lotus cirrocephalus,
Hydroprogne caspia, Bulorides
striatus . 169, 181, 188, 247
— implantations successives (par va¬
gues) . 86, 89, 93. 101, 147, 153
219, 227, 235, 247, 273-274
— {Nidificaüon en). 268-270
— Retour aux mêmes emplacements.. 62
75, 84, 98, 107
— serrée . 64, 72, 75, 84, 87
97, 99. 247-248
— résiduelle (ou embryonnmre). 56
239, 243
Columba guineensis . 173
Compétition, exclusion mutuelle. 66, 76
110, 231, 276
20.
Source ; 41MHW, Paris
304
R£NÉ DE NAUROtS
Corvuî albus . 132, 153, 165, 168, 171
228, 231-235, 257
C. ritJkoUis .... 39. 48, 53-62, 76, 153, 257...
Corythorrûs eriitata . 209
Caie (Structure de b). 9. 31, 42, 76-82
ni. 153, 174, 182, 185, 188, 194-198
208, 289
Crues (Rôle des) : voir Inondation.
CuFADA (Lagune de). 196, 207, 267
CuTiorius temmintki . 115, 138, 203
Cycles de reproduction :
— inversés. 53, 241
_ pouvant n'être pas annuels. 34, 67
DEFANT (A.). 22. 28
DEKEYSER. 10, 141, 142, 167, 188, 207
DELIBRIAS. 281
Dendrocyena viduata. . 125, 232
Déprédateurs. 10, 70-82. 89-103
125, 144-150, 182-184
t Descente i des espèces paléarctiques vers
te S (et « remontée • des espèces tropi¬
cales vers le N); descentes en doigt de
gant. 15, 29-30, 42, 111, 278, 280
Dissimulation des nids : voir Abri, Colonies
dispersées. Nidification.
Dispersion des nids sur le terrain : voir
Installation.
Disaoura episcopits . 202
Divergences (en hydrologie). 27, 30
250, 268, 278
Diversité (Facteurs de) : voir Unité.
D6 me de Guinée : voir Divergences.
DORST (J.). 286
DRAGESCO (J.). 31, 39, 55-62, 69-84
89, 93-95, 100-105, 270, 278
DUBIEF (J.). 17, 32. 45, 280
DUBOIS (J.). lis, 122
DUCHEMIN (G. J.). 127
DUTIL (P.). 281
Échauflement (Effets de T). 270
Écartement vers l’E et vers l’W des espèces
peuplant le Sahara humide. 280-283
Egretla alba . 88. 142, 146-153, 206-208
215, 222-229, 259
E. garzetta . 76. 84. 89, 97. 137, 146-153
174, 179, 182, 207, 227, 229, 257, 269, 271
E.eularia . 54-65, 76-97. 111, 147-158
168-182, 207, 222-239, 257-271, 276, 285
E.inurmedia.... 141-151. 174, 222-227, 259
EKMAN (S.). 285
EDOUARD (P.). 4749, 116-117, 160, 281
Ephippiorynchua seTiegalenais . 186, 207
ERARD (Ch.). 57
Etoile (Baie de 1’). 33, 54
Ei^Uctea a/ra . 2(W
E. . . 206
E. oryx. . 165-170, 180, 206
Falaises (Conditions de nidification sur les)
61. 80, 139, 54
Falco biarniciu . 38, 57, 62, 103, 111, 279
F. peregrinaa . 38. 53. 62. 103
166, 168, 279
F. tinnancalua . 61. 83. 103, 168, 173
FAUCK (R.). 115
Faunes de la C3te (et Faunes de l'Intérieur).
11, 80. 154, 157, 165, 189, 217
Faunes (Diversités comparées des) : voir
Diversité.
Faunes (Mouvements des) : voir • Descentes»
et • Remontées >, Écartement, Quatemaiie
FISCHER (J.). 41, 107, 112, 277
FRADE(F.). 10. 127-128, 187, 201-205
211. 219, 221, 225, 248
Fringillaria iruularis . 285
Fronts (en hydrologie). 24, 27, 30, 49, 250
FRY(H.). 184
Fulica atra . 287
GAYRAL(P.). loi
Gelochelidoa nilotica . 40, 54-56,66, 74 86
91. 94, 98, 133, 154, 251, 262, 279, 285, 287
Géomorphologie (Conditionnement de la
nidification par la). 18-21, 36, 64-70, 88
113-123, 131, 134-136, 173, 196, 244 278
GHIGI(A.). Il
GlBSON-HlLL(C. A.). 270
GORE (P.). 138, 185, 186
Grégarisme (Manifestations du]. 221, 241
273-274
GRUVEL. 47, 50, 79-80
CUILCHER(A.). 18-20, 115,118
Gymnogenys typicua . 202, 214
Gypohierax angolenaia... 157, 179-185, 201-216
222, 226-235, 241, 279
Ilagedaakia kagedaah . 213, 223-230, 259
Halcyon maiimbicua . 209
//. aenegaUnaia . 203, 208
Haliaitua vocifer. . 132, 136, 154, 179 135
203, 208, 214, 228-231, 259^ 260
HART (T. J.). 21
HEBRARD (L.). 174
HEiMdeBALSAC(H.). 33-39. 163-167
207, 214, 259, 272. 277
HENTSCHEL. 2^
Herbiers sous-maiins... 105, 181, 249, 277 280
Herne (lie). 38 aq
HEUGLIN (Th. v.). 11. Sô’. 65
Himantopua him . 40, 138, 287
Ilirundo lucida . 213
Hoplopierua apinosiis . 232
Houle : voir Mode battu et mode lagunaire :
— Rélo dans la formation des flèckea de
sable et des lies. 29, 115, I55
187, 242, 278
— Gênant la Rtd(/ica(ton. 244
— Gênant la ptche . 30
Humectation (Effets de 1’). 31, 61, 72, 269
Humidité (Rôle do r). n, I54.155
Hydroprogne caapia . 54.66, 74, 86. 9ft
107. 125, 138, 153. 158. 182. 186, 232 2«
251-263, 266.279, 287
Ibia ibia . 88, 143, 186, 202, 206, 251 259
lies : ’
— Naissance par action de la Houle ;
voir Houle.
— Petit nombre des lies. 273
— (Sécurité procurée par les) : voir
Inondation, Nidification, Sécurité
1MMELMANN(K.). „
Inondation (Rôle de T) ;
— par crues et pluies.. 43 jjo
133-155, 179, 186, 2351 267
Source : MNHN, Paris
INDEX
305
— par remontée de la nappe phréa¬
tique. 121, 155, 188
— procurant la sécurité : voir Sécurité.
Insolation (Effets de 1'). 10, 270
Installation des nicheurs sur le terrain : (voir
Colonies). 67, 85-89, 241
Intérieur (Faunes de 1’) : voir Faunes de la
côte.
Irixi (Dépression de 1’). 255, 287
Ixobrychus minutus . 137, 208, 259, 267
JENKIN(P. M.). 130
JESPERSEN (P.). 18
JOUANIN(Ch.). 64
LACK (D.). 144, 209, 273
Lacs quaternaires au Sahara. 282
Lagonosticta senegala . 166
Lagunes : voir Mode lagunaire.
Lapies (utilisation pour la nidification). 36
49, 226, 238, 269-271
Lamprocolius spUndidus . 202, 226
Larus argentatin . 35, 138, 253
L. cirrocephalus . 74, 86, 91, 97, 182
185, 186, 201, 238, 257-279, 285
L. /uscus . 40
L genei . 40, 57, 74. 85. 91-97, 104
111, 138, 251, 257-261, 270, 277, 285, 287
Latitude (Effets de la). 10, 29, 114, 188, 268
Leptopilos crumeniferits . 77, 185, 205, 251
Leucopolius pecuarius . 20
Lévrier (Baie du). 31
Limites des aires de Reproduction, 35 {Lar, arg.);
il(Phal.an5t.,St. anae(ft.);41,55(5t. max.)-,
111, 153 (Pelec.)-, 155, 181, 249, 253-262
LOCKLEY (R. M.) : voir Fisher.
MACLAREN (P. I. R.). 251, 255
MACLAUD (C.). 186, 188, 251
MACLEOD (J. G.) : voir UYS.
MANGUIN (A.). 281, 282
MARTIN (J.) : voir UYS.
MAUNY. 193
MAYAUD (N.) : voir HEIM de BALSAC.
Mangrove relicte de Tidra . 80
Marées, Marnage. 197, 219, 248, 278
— gênant l'alimentation. 267
— gênant la nidification. 198, 244, 248
Megaeeryle maxima . 186,192
Melanophoyx ardesiaca . 147-151
207, 223, 227, 259
Melierax meiabales . 166, 168
Melittophagiis bullocki . 118
MICHEL (P.). 116
MILON (Ph.). 31, 42, 54, 167
Milvus migrans . 165-168, 214, 285
M. milvusfascii(xiuda . 28S
MOAL (R.). 11, 32, 69, 71
Mode battu et mode lagunaire.31-42, 82
103, 112, 173-175, 267, 278
MONARD. 211
MONOD (Th.). 21, 39, 47, 80
127, 162, 167, 281
MOORE (H.). 21
MOREAU (R. E.).,.. 10, 11, 54. 186, 223 280
MOREL(G.). 10, 115, 128, 133-143
150, 153 270
Morphologie de ia côte : voir Géomorpho¬
logie.
Morro de Anxla Chica. 34, 35, 42
Mortalités élevées de poussins. 72, 96
Motacillajiam. . 77, 88-100, 154, 255, 283
MURAT (M.). 79, 82
NAEGELE(A.). 51, 162
Nébulosité (Effets de la). 45, 270, 273
Necrosyrtes monachus. . 166, 206, 217
Neophron percnoplerus . 285
NEUMANN (O.). 10, 39, 65
Nettapus auritus . 207
NICOLAS (J. P.). 115, 118
Nidification :
— dans les arires... 121, 139-155, 174, 206
— en colonies : voir Colonies.
— dissimulée . 139, 250, 267
— isolée . 134, 139, 177, 178, 184
(St. fuscata), 207-209
— tantôt isolée tantôt en colonies_ 134
182, 223, 229, 244, 270
— dans le lapies : voir Lapies.
— dans les mangroves continentalesl45-155
177-181, 250
— conditionnée par la morphologie de
la côte : voir Géomorphologie.
_ (Retour aux mêmes emplacements
de) : voir Colonies.
— (Sécurité par nidification en colo¬
nies) : voir Sécurité.
— au sol . 64, 65, 99, 125-131
138, 267, 270
— au-dessus du sol . 84, 98, 241
270, 272
— dans la végétation herbacée ou
buissonnante. 182, 229
NORTH(M. E. W.).
Nycticorax leuconotus . 158, 185, 187
^ 225 231 259
Nycticorax nyct . 137-152, 179, 208
^ 224-229, 267-276
Oeeanites . 1^
ODUM (E. P.). 18- 110. 289
Oena capensis .
Oenanthe leucopyga .l"''
Oe. leucura . 42, 112, 255, 283, 284
Oriainalité des peuplements :
— de l'Aftout. 118, 130, 154
— de l’Aguergucr.. 32, 42
— du Banc d’Arguin. 47, 111
— des Bijagos. 205
_ du Delta du Sénégal. 10, 113-115
123, 154, 188, 267
_ des Madeleines. 165
— de la Petite Côte. 173
_ du Sinc-Saloun, de la Gambie et
Casamancc. 188
Otus leucolis . 216
PachyphanUs pachyrynchus. . 205, 259
PALMER (R. S.). 11, 155
Pandion luiliaëtus . 38, 55, 103
168, 174, 179
PANOUSE (J. B.). 59, 287
Passaros (Rot DOS). 207
Passer griseus . 166
Passer jagoensis . 286
PECAUD (G.). 285
PEDELABORDE (P.). 15
Source : MNHN, Paris
306
RENÉ DE NAUBOIR
Pedra d» Galhb (Hoi). 33
PEGUY (Ch. P.).
Pelecanut onoerotalut . 37, 68, 72
83. 88. 107. 111. 122, 153. 201, 256-258
263-266, 271-276, 285
P. ru/escens . 153, 174, 186, 201, 206
217, 230, 258, 271
PERES (J. M.). 18
PERRIN de BRICHAMBAUT.. 272
Phaeton lepturus . 1^1
Ph.ethcrtu» ... 167. 171. 258. 285
PhaiacTocorax africanus . 50, 64. 83, 88
93, 96.130, Ul. 146-150,166, 257, 271. 278
285
Pk. aristotel’n . 35
Ph. ccubo lucidiis . 33, 48, 61-63, 72, 76
83. 88. 107, 112, 125. 131, 144, 152, 166
174, 205, 221, 223, 253-259, 266-278
PHELPS(W, H.).11. 251
Phoeniconaias minor.. 127, 153, 219, 244, 257
285
PhoenicopteruJ! ruber.. ■. ■ 54. 58, 66. 69, 76, 88
127, 137 (repri«e»), 153, 219. 255-258
287
Photniculus senegalensis . 180. 203
Monackus albiventer. .32, .34
Photopériodisme. 110
Piling-up : voir Upwelling.
PITOT (A.). 283, 286
Plalalea alba . 142-149, 222, 241.243, 259
267, 273-279
Platalca Uucorodia.. 55, 65. 76,83, 97,138
(reprises). 241, 257, 260, 270, 278 285
Plastysleira cyanea . 230, 233
Plectropurui gambensis . 132-135, 207
Placeui brachypieriu . 189
PL capitalU . 132, 154, 175
PL cu£ull(ttux . 132, 154, 215, 233, 267
PL viuUinus . 132, 152, 154
Poissons prédateurs (Rôle des). 110
Pontes :
_ à la même énoine chaque année... 186
226
_ é des époques variables. 73
— échelonnées dans le temps. 61, 67
avant les pluies. 1^, 215, 222, 226
233, 235, 250
Proies (abondance des) : voir Divergences,
Fronts, Richesse des fonds, Upwellings.
27-30, 50. 107, 161, 162. 249-251
274-278
Polenallin bellicosiu . 179
POSTEL (E.). 181
Prinia $idifiava . 136, 147
Pseudalatmon frenantli . 286
Pstudogyps afrieanui . 206
Psillacus erythacus . 203, 213
Ptcroclei quadriciTtelus . 203
Quaternaire (Mouvements des faunes au)... 279
Çuelea erythrops . 208, 259
Radiations : voir Échsuffetncnl.
Recurviro$tfa avosetta . 40, 138, 287
• Remontée • des espèces tropicales vers le
N : voir • Descente... >.
Répartition des nids sur le terrain : voir
Inatallation.
Reproduction :
— sur une courte durée (contractée).. 36
67, 74-76, 136, 240
—JsurJunc longue durée... 64 {Ard. cin.)
67. 74. 89 (Hydr. caxp.)
170-171 (PA. eth.)
239 (La,, cirr.)
Voir Nidification, cycles, colonies.
Richesse îles fonds (sableux, sablo-vaseux,
vaseux). 105, 241, 249. 279
RIDLEY. 50
RICGENBACll (F. W.). 39
ROBIN (P.). 40, 41, 255, 287
ROCIIEBRUNE (A. T.). 10, 57, 128
ROSSIGNOL (M.). 21-29, 49-51, I61! 162
274-276
ROULLEAU (J.). 15
ROUX (F.). 31. 3840, 57-69, 77-84 88-95
100-105, 128, 133-137, 255, 283
Sahara dee Nils, des Tchads. 286
Saint-Jean (Baie de). qq
SALVADORl (T.). H. 211
Sancomar,Saréne(P ointes de).... 19, 174, 173
Sabc.A (Msrismas de la). 49
Sarkodiornii mrlanoios . 435^ 207
Sécurité. 247. 248* 268
— surlesl(es. 112-114, 132, 133, 154
247-248, 268-269
— sur les équivalent, d'iles (falaises,
boqueteaux, arbres).. 119, 132, 147-155
186, 267-269
— dans les Mangrovet . 177^ 269
— (Préférence pour les f(ej). 112’ 269
— par le voisinage humain . 174 2O6
214, 217, 247^ 269
SeCÜIET EL IUmrA. 41
SEGUIN (G.). 161.1^
SERLE (W.). 2«
.SHARPE. 211
SocoTRA (lie de). 285. 286
5>mo albi/rons . 20, 57, 75, 87, 91, 99
115. 255, 262
St. anaelnetus . 36, 67-70, 76, 99, m 242
253, 257. 270, 27li 28S
Se. dougaUi . 41^ 279
Sl fuscata . jg,
Sf. hiruado . 20, 40. 54-59, 69, 75,87 91 99
111. 138, 158, 166, 182. 239, 2« 2M
255, 259. 267, 27oi 287
Se. maxima - 20, 40, 54, 67, 75, 87 99 isi
138. 158, 186, 232, 242, 257, 261’ 270
aw™.
Sligmatapelia senegalensis . 900
STONEHOUSE (B.). 171, 1^
Streptopelia dedpiens . 947. ^52’ 175
Slreplopelia semitorquata.... 202, 208 230 tJRR
STRESEMAN (E.). 39 ^
STUART-BAKER (E, C.). ’ ^
!U
244
Sunieuplcmeni. 16 (Zira), 111 (Arell
SVERDRUP (H. U.). i» é;;
SWIFT (J. J.).. ’ 50
Tafarit, Tagarat (Caps). gj ^
TcAierea viridii . 139 2^4
Source : MNHIJ, Paris
INDEX
307
Terapémiure (Rôle de la).. 32, 47, 83, 110, 114
Voir Descente en doigt de gant. Unité
(facteurs d').
Tempêtes (Effets des). 55, 59, 83, 87, 193
276, 278
Teratopius ecaudatus . 207
Territoire. 36, 89, 134, 209
TEXEIRA da MOTA (A.). 192, 196-205
207
THADEU (D.). 192-196
Threskiornis aethiopicus . 142-149
221-228, 239, 259, 267, 271, 279
TICEHURST (G. B.). 11, 56
Timiris (Cap). 79
TIXERANT.. 11, 32, 39, 47, 54-62
66-73, 84, 244
Torgos Uackeliotes . 173, 179, 181, 203
TORNlELLi (A.). 56
TRICART (J.). 114, 116-122, 189
TROMPETTE (R.). 281, 282
TROTT (A. C.). 11, 270
Turtur a/er. . 203, 208, 214
Tyto alba . 104, 207, 214
Unité (Facteurs d’u, et de diversité).... 158, 268
Upwelling et PiUng-up. 22-29, 42, 49, 158
161, 249, 274-278
Uria aalge, U. hmvia . 110, 277
UYS (C. j.). 59
VACHON (M.). 286
VALVERDE (J.). 10, 31-47, 59, 255, 283
287
VANDEL (A.). 286
Vase, Fonds vaseux : voir Richesse.
Vents :
— favorisant ou gênant la nidification :
(voir Tempêtes)... 40, 42. 47, 244 278
— formant les courants superficiels.. 22
— déclenchant les upwellings . 158
— homogénéisant les températures... 158
268
— facteurs de la morphologie des côtes
(voir Houle). 32
Voisinage humain : voir Sécurité, déptéda-
VOOUS (K. H.). 59
WALKER (G. R.). 251
WESTERNHAGEN (W. V.). 40, 57, 77
103, 104, 279
WILLIAMS (M. A. J.). 281, 282
ZENKOROVITCH. 18
ZOLOTAREVSKI (B.) : voir MURAT.
Zonal (Conditions géographiques à carac¬
tère). 111. 111. 153, 189
Source : MNHN, Paris
TABLE DES MATIÈRES
Avant-Propos. 9
Introduction, facteurs géocraphiques . IS
§ 1. Les climats de l’Afrique occidentale (d’après A. Aubreville) . 15
1. Les vents. IS
2. Les climats. 16
§ 2. Actions comparées de la houle et du vent sur la morphologie de la côte occidentale
d’Afrique (d’après A. Guilcher) . 18
Conséquences pour l’écologie des Oiseaux. . 20
§ 3. Océanographie . 21
1. Mécanisme de ta circulation des masses d’eau dans l’Atlantique oriental... 22
2. Succession des masses d'eau au coun de l’année.. 24
4. Facteurs fertilisants. 27
5. Conditions au voisinage de la presqu'île du Cap-Vert. 28
Conclusions . 29
Première partie. ~ chapitre unique . — CÔTE DE L’ARGUERGUER ET ILOT yiRGINIÂ
§ 1. Conditions géographiques .
1. Structure de U côte..
2. Ponds marins, marées.
3. Climatologie.. ..
4. Végétation.
5. Les lies.
I 2. Peiq)lements et reproductions .
Note sur les Laridés aliscnU de la côte de l’Aguerguer.
Interprétations et conclusions .
31
31
31
32
32
32
33
33
40
41
Deuxième partie. — CÔTES DE MAURITANIE ET ÎLES DU BANC D’ARCUIN .
Chapitre I. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES.
§ 1. Climatologie ......
§ 2. Géologie et géomorphologie .
I 2. Océanographie .
§ 4. Note sur la végétation .
§ S. Note sur les pêches .
Chapitre II. — SECTEUR NORD : CÔTE DU SOUEHEL EL’ABIOD ET ILES VOI¬
SINES.... 53
§ 1. Côte du Souehel El'Abiod.
§ 2. Ilot des Pélicans .
îled'Argiùn . 55
I 4. Ile de T Ardent . 56
§ 5. Ile Marguerite . 57
§ 6. Ilot des Flamants roses . 58
Chapitre III. — SECTEUR CENTRAL : COTE DU TASIAST ET ÎLES VOISINES.... 61
§ 1. Côte du Tasiast . 61
§ 2. île Kiaone Ouest . 62
§ 3. île Kiaone Est ..... 69
$ i. Ile Chikchitt . 70
§ S. lu Arel . 71
Source : MNHN, Paris
S a
310
p«g*»
Chafitii* rV. - SECTEUR SUD : CÔTES DE L’AZEFALET DE L’AGNEITIR; ILES
VOISINES.
§ 1. eau de VAzefal et de VAgneiiir .
§ 2. llea Tidra et Kiji .
§ 3. . .
§ 4. île Noir .
I S. tu Touffat .
§ 6. lu . .
Notes complément..
1. Comparaison entre le» cdlc» de i’Aguerguerel du Tasiasi du point de vue de
la biologie marine (dV^ M"' P. Caybau).
2. La prédation sur te» cèle» de Mauritanie et le Banc d’Arguin.
3. Données sur i’alimenUtion de quelques oiseau* au Banc d’Arguin.
INTERPIIÉTATIONS ET CONCLUSIONS. 105
g 1. Ripartition det espèces et mouvement des populations . 105
§ 2. Limites des aires de reprodueiion et développement des reproductions daru le
temps . 107
§ 3. Zoogéographie . 112
79
79
81
83
89
92
95
103
103
104
105
Troisième partie. - AfTOUT ES SAHEU ET DELTA DU SÉNÉGAL . 143
Chapitre piumieh. - CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES. II4
§ 1. Climatologie . 114
§ 2. delta et l’inorsdation annuelle . II5
1. Configuration du delta. II5
2. Régime du fleuve. Hg
§ 3. L'hisuire du delta . 116
§ 4. t«j formes actuelles du relu/ et leurs couveru végétaux . U8
1. Affouilleraent» de rive concave. 118
2. Accumulations de rive convexe. 118
3. Cuvettes de décantation. II9
4. Plaine» alluviale» d’aval. 120
5. Sebichas. 121
Conclusions. 123
Chapitre 11. - AFTOUT ES SAHELI. I25
I 1, Phaiacrocorax asrbo, Pelecanus ortotrolalus et Hydroprogne caspia . 125
§ 2. PhoenicopUrus ruber et Phoeniconaias minor . I27
1. Recberebes effectuée» do 1961 à 1965. I27
2. Condition» éctJogique». 130
§ 3. Observations diverse». 131
Chapitre III- — DELTA DU SÉNÉGAL.
§ 1. Reproducteurs nichant isolément et migrateurs paléarctiques..
1. Régions sèche» et mares remplies par les pluies.
2. Levées alluviales et formes associée».
3. Cuvette» de décantation et plaines alluviales.
4. Sebkha».
g 2. Reproductions en colonies .
1. Colonie de Rosso (d'après G. et M.*Y. Morel). ...
2. Colonies du Goroin.
3. Colonies de Rheune.
4. Colonie du Bell-N'Diaoul.
5. Colonie du Gueycloubé.
6. Coloiues de Dakar-Bango.
7. Colonie de Boyo.
8. Colonies de Gandiolc.
133
133
133
134
135
138
139
139
143
144
145
148
149
ISl
151
Interprétations et conclusions.
154
Source : MNHtJ, Paris
311
Quatrième partie. — CÔTE DE SÉNÉGAMBIE . 157
Chapitre I. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES. 158
§ 1. Climatologie . 158
§ 2. Géologie et géomorphologie . 160
§ 3. Océartographie et biologie marine . 161
Note sur la végétation. 162
Conclusions.. 163
Chapitre II. — PRESQU’ÎLE DU CAP-VERT ET ÎLES VOISINES. 165
§ 1. Presqu'île du Cap-Vert . 165
% 2. Les lies . 166
A. lie de Corée. 166
B. Îlots de N’Gor ei de Yoff.. 167
C. Iles de la Madeleine. 167
Chapitre 111. — LA PETITE CÔTE.
§ 1. Côte de Dakar d l’estuaire de la Somone .
1. Falaises de Yenne à Popenguine.
1. Falaises de Popenguine.
2. Estuaire de la Somone.
§ 2. Estuaires du Baling et du Nianing, région au Sud de M'Bour.
§ 3. Lagunes de Sarine et de Joal .
Conclusions.
.... 173
.... 173
.... 173
.... 173
.... 174
.... 174
.... 174
..... 175
Chapitre IV. — DELTA DU SINE-SALOUM ET ÎLOTS VOISINS.
§ 1. Delta du Sine-Saloum .
§ 2. îlôts du Saloum .
Conclusions.
177
177
181
184
Chapitre V. — GAMBIE BASSE-CASAMANCE ET ÎLOTS VOISINS.
§ 1. Côte et Ilots de Gambie ..
§ 2. Basse-Casamance et Ilots côtiers ..
1. Delta de la Casamance.
2. Côte et Hou côtiers.
Conclusions...
Interprétations et conclusions.
185
185
186
186
187
188
189
Cinquième partie. — GUINÉE PORTUGAISE.
191
Chapitre 1. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES.
§ 1. Climatologie .
§ 2. Géologie, orographie, pédologie .
§ 3. Oc^onogT<^Aie (Plateau continent^ et Riaa).
§ 4. Végétation .
Chapitre II. — ESQUISSE ÉCOLOGIQUE (d’après F. Frade).
192
192
194
197
198
201
Chapitre III. — RÉGIONS COTIÈRES CONTINENTALES. 205
§ 1. Colonie de Marabouts de Fulacunda . 205
§ 2. Colonie de Marabouts de la Ponta de Biombo . 205
§ 3. Colonisa de Pélicans et de Tantales de Safim et de Nhacara . 206
§4. Ville de Bissau et Ilots voisins . 206
§ 5. Lagune de Cufada . 207
§ 6. Lagunes de la région de Cacine . 208
Source : AéNHIJ, Paris
312
TABLE DES MATitRES
PW.
Chapitre IV. - ARCHIPEL DES BUAGOS. LES tLES. 211
^ l. Ile de Bubtujue . 213
§ 2. Iles Oratigo, Canogo, Meneque et Orangosinho . 215
§ 3. Ile de Bolnma . 216
Chapitre V. — lIX)TS BOISÉS.
219
I 1. Ilot dos Flamingos. .
§ 2. Ilot AngiifumA-EtUse .
§ 3. Ilot de Tufo .
§ 4. Ilot des Tourterelles. . . .
§ S. Ilot do Palr&o ...
§ 6. Ilot des Guepes .
§ 7. Ilot des Goliaths .
§ 8. Ilot dos Forças .
§ 9. Ilots situis entre les lies Rubané et Canhavaque.
Ilftt AnRuütc.
Aulres Ilots.
§ 10. Ilots dos Areias .
§ 11. Ilots divers ..
1. îlot dos Pipagiaios..
2. Ilot Bans nom.
3. îlots au NE et au Sud do 111e Caravela.
4. Ilots i l’ouest et au Sud de l'Ile de Lno.
5. Ilots au Sud de l'Ue Uracan.
CoNCLÜStONS..
219
223
226
227
228
230
230
232
232
232
233
233
234
234
234
234
234
234
235
Chapitre VI. — ÎLOTS DE SABLE.
§ 1. Ilot des Mouettes d tiie grise et tlois voisins.
§ 2. Ilot des Spatules .
§ 3. Ilots situés au Sud de l'arch^el des Bijagos.
Concltssions .
237
238
240
242
244
Chapitre VU. — I^lTERPRfcTATlo^8 et conclusions.
§ 1. Écologie .
§ 2. Périodes de reproduction .
§ 3. Zoogiographie .
247
247
250
251
INTERPRÉTATIONS ET CONCLUSIONS GÉNÉRALES.
I 1. Pue d'ensemble .. _
1. limites d'extension.
2. Périodes de reproduction.
§ 2. Conclusions écologiques .
1. Modes de nidification.
l® Recherche do la sécurité.
2° Adaptation aux conditions locaics, Structure du nid et échauffenten't
3° Modalités du gréftarismc au cours de la reproduction en colonies
2. Conditions nutritionnelles des diverses reproductions.
3. Facteurs iimiianW pour les populations.
A. Facteurs liés au milieu physique.
B. Facteurs d’ordre biologique.
§ 3. Hypothèses zoogéographiques .
1. Coup d’œil sur U paléogéographie et la paléoclimatologie du Sahara et de
ses bordures...
2. F.s(iai d’interprétation des répartitions d'oiseaux.
Qu’esWe que la c6le ?...
253
253
253
262
267
268
270
273
274
277
278
278
279
281
283
289
Bibuocrapiiie.
Index.
Table des matières.
291
303
309
iMPaiHaaia Nationals. — 8 SMOtS 6
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris