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MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME LIX
FASCICULE 2 ET DERNIER
« J. VACELET
ÉPONGES DE LA ROCHE DU LARGE
ET DE L’ÉTAGE BATHYAL DE MÉDITERRANÉE
(RÉCOLTES DE LA SOUCOUPE PLONGEANTE COUSTEAU
ET DRAGAGES)
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Tome LIX, Fasc. 2 et dernier
ÉPONGES DE LA ROCHE DU LARGE
ET DE L’ÉTAGE BATHYAL DE MÉDITERRANÉE
(RÉCOLTES DE LA SOUCOUPE PLONGEANTE COUSTEAU
ET DRAGAGES)
par
Jean VACELET *
SOMMAIRE
Pages
Introduction. 147
I. PARTIE GÉNÉRALE. 149
a . Liste des stations.
b. Transition des biocœnoses Coralligène et des Grottes Semi-obscures à la biocœ-
nose de la Roche du Large.
c . Biocœnose de la Roche du Large.
1° Influence de l’orientation du substrat.
2° Aspect quantitatif.
3° Aspect qualitatif..
d. Biocœnose des Coraux Profonds.
1° Aspect quantitatif.
2° Aspect qualitatif.
e . Conclusions.
n. PARTIE SYSTÉMATIQUE.
154
154
154
156
156
158
158
158
161
162
* Station Marine d’Endoume, 13 Marseille (7 e )
8 564033 6
Source : MNHN , Paris
146
JEAN VACELET
SUMMARY
114 species of Sponges, collected between 90 et 765 m, are studied. 17 new species and 4 new généra
are described; 21 species are new for the Mediterranean.
Thanks to direct observations made with the Cousteau’s diving Saucer SP 300, some observations
are made on the distribution of Sponges on vertical, horizontal and overhanging substrata; at these depths,
sédimentation is more important than light in that distribution.
Two faunistic units can be provisionally distinguished; they agréé, the first with the Biocœnosis
of « Off-Shore Rocky Bottom » (between 130 and 180 m), the other with the Biocœnosis of « Deep-Sea Corals »
(below 200 m). The Sponges of the Off-Shore Rocky Bottom are mainly composed of species very common
in caves between 3 and 50 m (40 % of the species), with 20 % of bathyal species, 20 % of characteristic
species and 20 % of largely distributed species. Température seems to be the main factor in the différences
between this fauna and the fauna of caves. The bathyal Biocœnosis of Deep-Sea Corals has 60 % of cha¬
racteristic species, which are bathyal Sponges of the North-East Atlantic, or mediterranean endemics (22 %).
4 species are characteristic of the Bathyal Muds.
RÉSUMÉ
114 espèces de Spongiaires récoltés entre 90 et 765 m ont été étudiées. 17 espèces et 4 genres nou¬
veaux sont proposés; 21 espèces sont nouvelles pour la Méditerranée.
Grâce aux observations directes en Soucoupe SP 300, la répartition de diverses espèces suivant
l’orientation des surfaces est précisée; à ces profondeurs, cette répartition est fonction de l’envasement
plutôt que de l’éclairement.
On peut distinguer provisoirement deux ensembles faunistiques, correspondant aux biocœnoses de
la Roche du Large entre 130 et 180 m et des Coraux Profonds en dessous de 200 m. La faune d’Éponges
de la Roche du Large montre 40 % d’espèces qui sont très communes dans les grottes entre 3 et 50 m, 20 %
d’espèces bathyales, 20 % de caractéristiques et 20 % d’espèces à large répartition bathymétrique. Les diffé¬
rences entre cette faune et celle des grottes semblent dues surtout au facteur température. La biocœnose
bathyale des Coraux Profonds comporte 60 % d’Éponges caractéristiques, qui sont des espèces bathyales
de l’Atlantique Nord-Est ou des endémiques méditerranéennes (22 %). 4 espèces sont propres aux Vases
Bathyales.
Source : MNHN , Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
147
INTRODUCTION
La connaissance des Éponges littorales de la Méditerranée occidentale et de l’Adriatique a beaucoup
progressé récemment, grâce aux compléments apportés aux travaux anciens de Schmidt, Lendenfeld,
Babic et Topsent, par Rutzler, Sara et son école, Vacelet. Ces derniers auteurs ont assez souvent utilisé
des techniques de récolte et d’observation directes, qui ont permis l’étude de peuplements autrefois inaces-
sibles. Si cette connaissance est moins bonne que pour d’autres régions, cela semble dû à la grande variété
des Spongiaires du littoral méditerranéen.
Il en va tout autrement en dessous d’une centaine de mètres, et peu de régions du monde sont aussi
mal connues, du point de vue spongologique, que les profondeurs de la Méditerranée. Topsent (1894,
1900, 1936) a étudié le produit de 6 ou 7 récoltes profondes des environs de Banyuls, sur lesquelles seuls
un faubertage à 500-600 m et un dragage dans le golfe de Rosas à 126 m ont été réellement fructueux, pro¬
curant une quinzaine d’espèces. En plus de quelques rares récoltes de a l’Eider » près de Monaco, Topsent
a surtout disposé, en 1928, de 8 prélèvements effectués en dessous de 100 m par le prince Albert I er en
divers points de Méditerranée occidentale, qui lui ont fourni 24 espèces. Babic (1922) signale 18 espèces,
récoltées au cours de 4 dragages entre 100 et 200 m, en Adriatique. J’ai donné en 1959 une liste d’une quin¬
zaine d’espèces récoltées par la Station Marine d’Endoume ou par la « Calypso » en Méditerranée nord-
occidentale; l’étude de ce matériel sera d’ailleurs reprise ici. J’ai également étudié, en 1960, 13 traits de
chalut du « Président Théodore-Tissier » entre 112 et 860 m et, en 1961 (a), 3 chalutages entre 100 et 120 m
à Bonifacio. Enfin, on doit citer quelques signalisations isolées telles que celles de Keller (1880), Marion
(1883), Schulze (1900), Sara (1958, a), Vacelet (1961, b), et quelques données sur des espèces facilement
reconnaissables faites par des non-spécialistes. La synonymie très large admise par Vosmaer rend le plus
souvent impossible l’utilisation de ses travaux.
Au total, on peut donner une liste de 61 espèces trouvées en dessous de la profondeur, arbitrairement
choisie, de 100 m en Méditerranée; 34 seulement ne se trouvent qu’à partir de 200 m, profondeur qui semble
correspondre, comme nous le verrons, à un important renouvellement de la faune 1 :
Pheronema grayi
A lectona millari
Topsentia pachastrelloides
Hexactinellida sp.
Cliona labyrinthica
Cladorhiza abyssicola
Sympagella nux
C. vastifica
Mycale syrinx
Oopsacas minuta 0
C. pruvoti
M. tunicata +
Asconema setubalense
Spirastrella minax
Hamacantha johnsoni 0
Thenea muricata
Polymastia robusta*
H. falcula
Sanidastrella coronata*
Rhizaxinella pyrifera
Desmacidon fruticosum*
Poecillastra compressa
Rhizaxinella gracilis
Latrunculia insignis 0
Erylus euastrum +
R. elongata
Leptolabis brunea*
E. discophorus*
Suberites carnosus
Crambe crambe*
Penares helleri*
Pseudosuberites hyalinus
Myxilla rosacea +
Sphincterella annulata 0
Quasillina brevis
Crella mollior*
S. gracilis
Laxosuberites ectyoninus
Hymedesmia simillima*
Siphonidium ramosum
Radiella tissieri
Tedania nigrescens*
Craniella omnium*
Acantheurypon mixtum 0
Gellius vagabundus*
Jaspis johnstoni
A. pilosellaeP
G. microsigma*
Stelligera stuposa*
A. hispidulum°
Reniera aquaeductus*
Tethya aurantium*
Tylodesma inornata
R. semitubulosa +
Chondrosia reniformis*
Raphidostyla incisa*
R. palmata*
Holoxea furtiva*
Timea unistellata*
R. plicata*
Dysidea fragilis*
31 d’entre elles n’ont pas été retrouvées au cours de ce travail.
1. Les espèces marquées 0 sont celles qui n’étaient connues que du détroit de Gibraltar en Méditerranée, celles marquées 4
ne sont pas signalées en dessous de 200 m.
Source : MNHN , Paris
148
JEAN VACELET
L’utilisation, au cours de ces dernières années, de la photographie (caméras automatiques « Troïka »1
et les observations en Bathyscaphe n’ont pas fait beaucoup progresser nos connaissances dans ce domaine
étant donné l’impossibilité de déterminer la plupart des Spongiaires si l’on ne dispose pas d’un échantillon'
Par contre, la « Soucoupe plongeante » Cousteau a rendu possible l’établissement d’une petite liste d’Éponees
récoltées et observées dans le canyon de la Cassidaigne, près de Marseille (Laborel, Peres, Picard &
Vacelet, 1961), entre 130 et 300 m. Ce matériel, qui sera étudié en détail ici, a été complété depuis par
des dragages et par d’autres plongées de la Soucoupe, effectués principalement dans le même canyon. J’y ai
ajouté les Éponges de quelques autres stations effectuées en Méditerranée du Nord-Ouest et en Méditerranée
orientale par la « Calypso » L
1 j i e f eme , rci ® vivement les pilotes de la Soucoupe, MM. Falco et Laban, pour la patience et la dextérité dont ils firent preuve
lois des récoltes de Spongiaires. Je remercie aussi toutes les personnes qui m’ont confié leur matériel : M“« Herbert, M me Plante,
. “P 1 ” 6 ’ ro B et > Laborel, Pérès et Picard, ainsi que M. Minas, qui a bien voulu mettre à ma disposition ses données sur les
températures des eaux du large de Marseille.
Source : MNHN , Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
149
I. PARTIE GÉNÉRALE
Les observations in situ et l’importance de la collection de Spongiaires permettent quelques consi¬
dérations générales sur cette faune. Mais des remarques importantes doivent être faites au préalable.
On connaît les difficultés de l’étude par les moyens classiques des peuplements de substrats durs
profonds. La Soucoupe SP 300, engin maniable qui permet l’exploration de rochers très accidentés jusqu’à
300 m, apporte des progrès incontestables, mais son efficacité est assez loin de celle d’un plongeur autonome
jusqu’à une cinquantaine de mètres de profondeur. Les récoltes d’animaux sessiles sur les surfaces sub¬
horizontales sont longues et délicates, les individus récoltés dans différentes zones sont mélangés dans le
même panier et il est souvent difficile d’établir une correspondance entre les échantillons récoltés et les
observations faites en plongée. Les surfaces surplombantes et verticales restent à peu près inaccessibles.
Le nombre d’espèces récoltées est sans commune mesure avec celui observé grâce à cet engin. Quant à la
reconnaissance visuelle des animaux non récoltés, voire l’estimation de l’abondance d’une espèce dont un
échantillon a été prélevé, elles sont incertaines pour la plupart des Spongiaires.
D’autre part, dans le canyon de la Cassidaigne, d’où proviennent la plus grande partie des espèces
étudiées, les récoltes n’ont pas été faites suivant les mêmes techniques à toutes les profondeurs. Aux environs
de 130-150 m, sur la rive Est, de hautes falaises très accidentées rendent les dragages impossibles, et la
plupart des prélèvements ont été effectués grâce à la Soucoupe, donc surtout sur les surfaces subhorizontales.
Plus profondément, les Éponges ont été détachées, au laboratoire, de fragments rocheux récoltés dans des
fonds relativement moins tourmentés soit par la Soucoupe dans des zones favorables, avec un observateur
géologue (M. Froget), soit par dragages; dans ce dernier cas, les éclats de roche, remontés, après accrochages,
par une « drague à roches » très solide, doivent souvent provenir de surplombs.
Il faut donc souligner que la liste d’Éponges fournie est certainement très incomplète et que les
quelques remarques qui suivent seront modifiées par une exploration plus précise. En attendant l’utilisation
des plongées profondes avec mélanges gazeux, il semble cependant intéressant de tirer quelques conclusions,
toutes provisoires qu’elles soient.
а . Liste des stations.
Étant donné la diversité des stations étudiées, je les ai regroupées par profondeur moyenne croissante.
1. 86-92 m. St. S.M.E. 882, 26-6-1956. Banc du Magaud (îles d’Hyères). Dragage, fond « à prâlines »•
Alcool.
2. 90 m. St. S.M.E. 1062, 22-11-1956. Banc du Magaud. Dragage. Alcool.
3. 108-144 m. St. S.M.E. 1062, 22-11-1956. Band du Magaud. Dragage, thanatocœnose à Dendro-
phyllia cornigera. Alcool.
4. 100-150 m. Canyon de la Cassidaigne, 16-6-1961. Chalutage (J. Picard) dans les fonds à Leptometra.
Alcool.
5. 130-150 m. Rive Est du canyon de la Cassidaigne 1 . 27-11-1960. Plongée Soucoupe n° 35
(J. Vacelet). Alcool.
б. 130-150 m. Rive Est, Cassidaigne L 3-12-1960. Plongée Soucoupe n° 39 (J. Vacelet). Alcool.
7. 130-150 m. Rive Est, Cassidaigne 1 . 4-11-1965. Plongée Soucoupe n° 422 (J. Vacelet). Alcool.
8. 130-150 m. Rive Est, Cassidaigne K 12-11-1965. Plongée Soucoupe n° 424 (J. Vacelet). Alcool.
9. 150 m. Côtes Ouest de la Corse. St. Carpine TR 188. Alcool.
10. 130-180 m. Rive Est, Cassidaigne K 4-12-1960. Plongée Soucoupe n° 40 (J. Laborel). Alcool.
11. 150 m. 14-11-1963. Plongée Soucoupe n° 121 (J. Vacelet), de 90 à 300 m (récoltes aux environs
de 150 m). Nice. Alcool.
12. 150 m. Standia (Nord de la Crête). Plongée Soucoupe (J. Picard). Nice. Alcool.
1. Les plongées correspondant aux stations 5, 6, 7, 8 et 10, sur la rive Est du canyon de la Cassidaigne ont eu lieu entre
1,1 et 1,37 mille dans le 239 à 252 du phare de Cassidaigne.
Source : MNHN , Paris
150
JEAN VACELET
13. 146-170 m. St. S.M.E. 1269 (16-11-1967). Banc Sainte-Lucie (43° 34' N, 09° 28' 30* E). Dragage
sur escarpement à Dendrophyilia. Alcool.
14. 130-200 m. St. S.M.E. 1348 (7-7-1959). Chalutage dans le Détritique du Large, canyon de la Cassi-
daigne. Alcool.
15. 180 m. Rive Ouest de la Cassidaigne. Plongée Soucoupe n° 466 (R 17) [Froget]. Matériel conservé
à sec.
16. 175-185 m. Rive Ouest de la Cassidaigne. 35-11-1960. Plongée Soucoupe n° 33 (J. M. Peres).
Alcool.
17. 184 m. 21-5-1964. Dragage, 36° 31' N, 25° 29' E. Mer Égée (1964-50). Alcool
18. 165-211 m. St. S.M.E. 1270 (16-11-1957). Même position que St. 13 (banc Sainte-Lucie, Nord de
la Corse). Dragage. Alcool.
19. 190-200 m. Dragage Froget CF 78. Cassidaigne (8 M des Embiez, 12 M de l’île Verte). Éponges
fixées sur des scories. Formol.
20. 170-220 m. Dragage Froget CF 91 (16-6-1967). Rive Ouest du canyon de la Cassidaigne (7 M au
Sud de Riou). Alcool.
21. 180-220 m. Dragage Froget CF 90, même point que la st. 20. Alcool.
21 bis. 210 m. 20-5-1964. Dragage, 36° 26' N, 25° 21' E. Mer Égée (1964-45).
22. 220 m. Cassidaigne, rive Ouest. Dragage M me Plante. Alcool.
23. 210-240 m. Côte Ouest de la Corse. St. Carpine 1965 DXIII 3. Dragage. Éponges fixées sur Madré-
poraires. Alcool.
24. 235 m. Dragage Froget CF 69, rive Est, canyon de la Cassidaigne (Cassidaigne dans le 197 à
5,1 M). La drague a récolté un encroûtement superficiel sur Phyllades. Conservation à sec.
25. 200-280 m. St. Carpine 1964 BB 18. Golfe de Valinco (Corse).
26. 216-270 m. St. S.M.E. 1059 (20-11-1956). Dragage dans le canyon de Sicié (Toulon). Alcool.
27. 250 m. 26-1-1967. Rive Est du canyon de la Cassidaigne. Dragage Froget. Alcool.
28. 200-290 m. Plongée Soucoupe n° 37 (J. M. Peres). Rive Ouest, Cassidaigne. Alcool.
29. 180-270 m. St. S.M.E. 1065. Canyon de la Grande Passe de Porquerolles, dragage. Éponges
fixées sur des coquilles de la thanatocœnose Würmienne (des photos ultérieures ont montré que ces coquilles
se trouvaient vers le bas du dragage). Alcool.
30. 250 m. Dragage Froget CF 67. Canyon de Sicié (à 2,95 M des Embiez, 5,35 M de Sicié et 5,75 M
de Bendor). Conservation à sec.
31. 210-310 m. Dragage Froget CF 68. Rive Est du canyon de Cassidaigne. Conservation à sec.
32. 234-286 m. St. S.M.E. 1054 (19-11-1956). Cassidaigne. Alcool.
33. 270 m. Plongée Soucoupe n° 465 (R 15) [Froget]. Rive Est, Cassidaigne. Conservation à sec.
34. 270 m. Plongée Soucoupe n° 466 (R 38) [Froget]. Rive Ouest, Cassidaigne. A sec.
34 bis. 250-280 m. Cassidaigne. Dragage J. Picard (2-1959). Alcool.
35. 300 m. Plongée Soucoupe n° 466 (R 19) [Froget]. Rive Ouest. Cassidaigne. A sec.
36. 306-324 m. St. S.M.E. 1057 (20-11-1956). Cassidaigne. Dragage. Alcool.
37. 300-350 m. Dragage (J. Picard) [19-11-1961]. Rive Ouest, Cassidaigne. Alcool.
38. 300-350 m. Plongée Soucoupe n° 468 (Froget). Rive Est, Cassidaigne (à 5,1 M dans le 197
de la Cassidaigne). Récolte de brèches à phyllades. A sec.
39. 320-350 m. Dragage (J. Picard) [15-5-1965]. Rive Nord-Ouest, Cassidaigne. Alcool.
40. 340 m. St. S.M.E. 1058 (20-11-1956). Dragage. Banc des Blauquières (La Ciotat). Coquille d’une
thanatocœnose. Alcool.
41. 350 m. St. Carpine 1964 BB 16. Golfe de Valinco (Corse). Alcool.
41 bis. 360 m. Dragage. Canal de Cerigotto (mer Égée). St. S.M.E. 1964-75. Alcool.
42. 360-370 m. Dragage (J. Picard). Cassidaigne. Eponges fixées sur un Caryophyllia. Le matériel
de cette station a été perdu.
43. 380 m. St. Carpine 1965 CH 13. Monaco. Alcool.
44. 370420 m. Dragage (J. Picard) [17-10-1963]. Canyon de Planier (Marseille). Éponges sur coquilles
de thanatocœnose. Alcool.
45. 480 m. Dragage (M»e Herberts) [10-8-1966]. Cassidaigne. Alcool.
46. 450-550 m. Dragage (M»e Herberts) [4-5-1966]. Cassidaigne. Alcool.
47. 500 m. Dragage (M»e Herberts) [1-6-1966], Cassidaigne. Alcool.
Source : MNHN , Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
151
48 . 500 m. Dragage (M lle Herberts) [20-9-1966]. Centre du canyon de la Cassidaigne. Éponges sur
coquilles d’huîtres fossiles. Alcool.
49. 530-550 m. Dragage (J. Picard) [10-1-1964]. Centre du Canyon de la Cassidaigne. Alcool.
50. 600 m. St. Carpine 1964 BTT 2. Golfe d’Ajaccio. Alcool.
51. 600 m. St. Carpine 592 CH. Banc du Méjan (Estérel). Vase jaune. Alcool.
52. 675-720 m. St. Carpine 660. Chalutage, vase. Corse Est. Alcool.
53. 695-765 m. St. Carpine 651. Vase. Corse Est. Alcool.
TABLEAU DE RÉPARTITION
Les espèces suivies d’un (?) sont celles reconnues avec une bonne certitude en Soucoupe, mais non
récoltées.
Groupe 1 : Éponges de la Roche du Large abondantes dans les Grottes et le Coralligène.
Groupe 2 : espèces caractéristiques provisoires de la Roche du Large en Méditerranée.
Groupe 3 : espèces connues seulement de la Roche du Large et des Coraux Profonds.
Groupe 4 : espèces des Coraux Profonds.
Groupe 5 : espèces des Coraux Profonds remontant dans les Grottes Obscures.
Groupe 6 : espèces des Vases Bathyales.
Groupe 7 : espèces largement répandues ou à répartition mal connue.
Méditerranée
8
B|a
•? il
1o?
1
« 8
•s •3
11
s 1
II
S,
11
tique boréal
Arctique
3
I
I
8 18
it*
1
1
il
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si
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S ®
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Groupe 1
+
+
+
+
fYnrïl'n ryilnninm
+
+
+
+
r* 1
+
r 51 V , u \ us
P)aVnrtio nmplar
+
+
+
Alartnna millari
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
PlerapIynitU spinifera. .
+
+
+
+
+
+
+
I- «ru, (?).
+
+
Verongia cavernicola (?).
+
+
Source : MNHN , Paris
152
JEAN VACELET
Méditerranée
Régions mauritanienne
et lusitanienne
Atlantique boréal
et Arctique
Autres régions
Grottes semi-obscures,
grottes obscures
et coralligène
Roche du large
||
11
S !
S ?
â g
Autres biocœnoses
ou sans précisions
Groupe 2
Stryphnus ponderosus.
+
+
+
+
Diactinolopha moncharmonti.
Suberiles camosus ramosus .
+
Polymaslia robnsta.
Phakellia ventilabrum (?).
Latnmculia citharistae..
Reniera rbizophora. .
R. pocrdlastroides.
Hcxadella detritifera...
Groupe 3
Poecillastra compressa.
+
+
+
+
+
Stelligera rigida. .
Pseudosuhentes hyalinus.
Rhizaxinella pvrifera..
Pseudotrachya hystrix. .
+
Tjdodesma inomata.
+
liamacantha falrula..
+
Podospongia loveni.
+
Microciona frogeti.
+
Reniera magna.. .
+
Groupe 4
Tretodictyum tubulo9um.
+
+
Discodermia polydiscus.
Sphinctereila gracilis...
+
+
Oxycordyta pellita. .
+
Timea cbondriiloides.
+
Hyracrhabdia oxytrunca—.
+
+
+
+
Hamacantha lundbecki.....
+
+
Latrunculia insignia..
+
+
Dragmatclla aberrans.
+
+
Anisocrella hymedesmina.
+
+
Hymedesmia plicaia.
+
+
H. gracilLsigma. .
+
+
Chelonapiysilla psammnphila .
+
+
Acantheurypon hispidulum.
+
+
Biemna peacbi.
+
+
+
Hamacantha implicans.
+
+
+
H. johnsoni.
+
+
+
Hymedesmia mutabili»..
+
+
(.lathria anchorata.
+
+
Janulum spinispirulom.
+
+
Melonanchora emphysema.
+
Gellius amesenae.
+
Calthropella pathologies.
Polymaslia polytylota.
Microstylifer rugosns....
+
Source : MNHN , Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
153
Bubaris carcisis.
Lilhnbubaria tenons.
Eurypon obtusum.
E. denisae..
Rhabdeurypon spinostmi.
Ksperiopsis strongylophora.
Pytheas alba.
Anisotylacanthea curvata.
Hymedesmia inflala.
H. serrulata.
Groupe 5
Cliona labyrinthica.
Groupe 6
Thenea muricata.
Radiella sol.
Radiella tissieri.
Cladorhiza abyssicola.
Groupe 7
Siphonidium ramosura.
Craniella eranium .
Jaspis johnstoni.
Halicnemia patera.
Tethya aurantium.
Spirastrella minax. .
Diplastrella bistcllata.
Polymastia mammillaris...
Prosubentcs rugosun.
Prosuberites longispina.
Phakellia robusta .
Raphidostyla pl ira ta.
Rhabdnploca curvispiculifera . .
Eurypon davatum.
Eurypon coronula.
Tricheurypon viride.
Raspalia viminalia (?).
Sigmatoxella annexa.
Mycale massa.
MyxiDa rosacea.
Stylopos dujardini.
Stylopus pulposa.
Antbo involvcns.
Microciona assimilis.
Microeiona gradalis.
Plocamionida ambigua.
Gelliodes bbulatus.
Gellius flageilifer.
Reniera plana.
Calyx nicaeensis .
Dysidea fragilLs.
Spongionella pulchella.
Source : MNHN , Paris
Autres régions
154
JEAN VACELET
Les observations faites en Soucoupe sur l’ensemble de la faune du canyon de la Cassidaigne (Laborel
Peres, Picard & Vacelet, 1961) ont montré quatre types de peuplement de substrats durs en fonction de
la profondeur : une zone de passage des biocœnoses Coralligène et des Grottes Semi-obscures à la biocœnose
de la Roche du Large entre 90 et 130 m, la biocœnose de la Roche du Large de 130 à 180-200 m, et, après
une zone de transition, la biocœnose des Coraux Profonds à partir de 250 m environ. Pour la définition
et les caractères de ces diverses biocœnoses, je renvoie aux travaux de Laborel (1960), Laborel & al.
(1961), Laubier (1966), Peres & Picard (1964), et Peres (1967 a et b) ; la biocœnose des Grottes Semi-
obscures concerne les grottes et falaises situées à partir de quelques mètres de profondeur et non les grottes
très superficielles, étudiées par Sara et par une équipe autrichienne (Riedl, 1966), qui en sont sans doute
un cas particulier.
b. Transition des biocœnoses Coralligène et des Grottes Semi-obscures X. la biocœnose
de la Roche du Large.
Cette zone de transition reste très mal connue; les quelques dragages exploités ici sont insuffisants;
seule la plongée n° 121 (station 11), sur le tombant de Nice, a permis quelques observations sur les falaises
entre 90 et 130 m, observations limitées par des avalanches de vase provoquées par la Soucoupe et par
l’absence de récoltes due à un incident technique.
Sur le tombant de Nice, l’apparition des premiers éléments de la Roche du Large se situe vers 85 m
(Reniera poecillastroides) et 90-100 m (début du remplacement du Gorgonaire Eunicella cavolini par
E. venucosa, premiers Anthipathaires Antipathes fragilis). Reniera poecillastroides a été photographiée en
Soucoupe par Froget à 100 m sur le banc des Blauquières, en compagnie de l’aigue Palmophyllum crassum
et de Mélobésiées; à la station 2 (banc du Magaud), Poecillastra compressa apparaît à 90 m.
Les précisions que l’on peut donner sur la disparition en profondeur des formes typiques du Coral¬
ligène et des Grottes Semi-obscures sont encore moins nombreuses; la profondeur atteinte par chaque
espèce dépend trop des conditions locales, en particulier de l’orientation du substrat et de l’envasement,
pour que les observations faites au cours de la seule station 11 et les rares données de la littérature soient
suffisantes. A Nice, Verongia cavernicola et la Gorgone Paramuricea clavata n’ont plus été observées à
partir de 85 m, mais cette profondeur correspondait à un changement local dans la pente; P. clavata est
signalée jusqu’à 100 m (Carpine, 1963) ; ces deux espèces existent à 130 m à la Cassidaigne (station 7), mais
en des points très localisés. Il est certain qu’à la Cassidaigne, où les falaises n’ont été explorées qu’à partir
de 130 m, on se trouve à cette profondeur en présence du peuplement de la Roche du Large à peu près pur.
c. Biocœnose de la Roche du Large.
La Roche du Large a pu être relativement bien étudiée sur le flanc Est du canyon de la Cassidaigne
près de Marseille, entre 130 et 180 m. Les stations 7 et 8 ont apporté quelques suppléments aux observations
déjà publiées (Laborel & al., 1961) et surtout des récoltes de Spongiaires plus importantes.
Le flanc Est de ce canyon est très accidenté; il s’agit d’une succession de marches rocheuses plus ou
moins envasées, inclinées de 30 à 35°, avec de nombreux tombants verticaux de plusieurs mètres, des rochers
éboulés, des surplombs, des petites grottes, qui rendent les dragages impossibles. A la différence de la rive
Ouest du même canyon, aucun courant important n’a été décelé au cours des différentes plongées (toutes
effectuées par beau temps); l’existence de courants intermittents est probable, et leur importance dans les
canyons certainement grande (Reyss, 1964; Shepard, 1965).
1° Influente de l'orientation du substrat.
Laborel & al. (1961) ont insisté sur les différences de peuplement que l’on observe en fonction de
l’orientation des surfaces dans la Roche du Large.
Sur les surfaces subhorizontales, les Éponges sont abondantes là où l’épaisseur de sédiment n’est
pas trop grande, soit sur de petits blocs rocheux dépassant un peu du sédiment, soit au voisinage du rebord
des marches; à 1 exception des dépressions, la couche de sédiment est généralement peu épaisse (environ 1
a 2 cm). La plupart des Éponges appartiennent à des espèces dressées, et sont fixées sur le rocher sous-
Pfc 61 ; 1 ] Poecillastra empressa, Suberitescarnosus f. ramosus,Axinelladamicomis, A. polypoïdes, A. guiteli
Phakellia ventilabrum (?), Stelligera rigida, Rhizaxinella pyrifera. Reniera rhizophora, Raspalia vimi-
Source : MNHN , Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
155
nalis (?); on note aussi un bon nombre d’espèces massives à papilles, dont la plupart n’ont pas été récoltées :
Polymastia robusta, Latrunculia cittmristae, peut-être un Ciocalypta (?). Quelques espèces massives de
grande taille sont localisées aux endroits les moins envasés, en particulier au rebord des marches, et se retrou¬
vent d’ailleurs sur des surfaces plus fortement inclinées : Erylus discophorus, Caminus vulcani. Reniera
magna, Tylodesma inornata, Ircinia muscarum. Par contre R. pyrifera et, peut-être, Reniera rhizophora
sont celles qui tolèrent la plus grande épaisseur de sédiment. Il est certain que l’envasement est le facteur
déterminant dans la physionomie de ce peuplement; certaines espèces de morphologie identique tendent
à s’associer localement sur des surfaces assez importantes, où l’épaisseur de sédiment semble uniforme,
pour constituer des faciès; le faciès le plus net et le plus répandu est celui constitué par Axinellapolypoides,
A. damicornis, A. guiteli, Stelligera rigida et Suberites camosus.
On peut estimer que, pour les grosses espèces du moins, cette liste est relativement complète, car
l’orientation des surfaces est favorable à de bonnes récoltes par la Soucoupe. On doit cependant s’attendre
à une certaine variété, et à l’apparition de certaines espèces des surfaces verticales ou surplombantes sur des
surfaces subhorizontales particulièrement propres : nous avons déjà signalé (Laborel & Vacelet, 1961)
que Corallium rubrum était parfois capable, à ces profondeurs, de coloniser le rebord subhorizontal de
marches rocheuses (1 m sur une surface à 45-50° à 130 m); les quelques Verongia cavernicola observées à
la station 7 étaient situées sur une dalle horizontale dépourvue de sédiment (pl. I).
La faune de Spongiaires de ces surfaces subhorizontales de la Roche du Large présente une grande
ressemblance avec celle trouvée à partir d’une trentaine de mètres aux Glénans par Descatoire (1967)
sur les roches horizontales (horizons à Axinellides) et à partir d’une vingtaine de mètres dans la Manche
par Cabioch (1961) [communauté à Axinella dissimilis et Phakellia ventilabrum].
Peu d’observations complémentaires ont été faites sur les autres Invertébrés sessiles. Les espèces les
plus remarquables ( Antipathes fragilis, Eunicella verrucosa, Dendrophyllia comigera, Paralcyonium
elegans) montrent également une tolérance plus ou moins grande vis-à-vis de l’épaisseur de sédiment et
ont une distribution locale en fonction de celle-ci. On doit noter la grande abondance des Ophiures Ophia-
cantha setosa et Ophiothrix quinquemaculata sur les grands individus de Spongiaires et en particulier sur
Poecillastra (pl. I) ; une grande Astérie non récoltée, qui semble être Hacelia attenuata, est commune sur
les grandes Éponges.
Les tombants et les petits surplombs ont une très riche faune de Spongiaires revêtants et massifs,
qui recouvrent la totalité de la surface et dont quelques-uns seulement ont pu être reconnus ou récoltés.
On peut citer Suberites camosus ramosus très abondante, Reniera magna et R. poecillastroides, communes,
Pleraplysilla spinifera; la présence d 'Ircinia oros et de Petrosia dura reste fondée sur leur reconnaissance
à distance; les Poecillastra citées sur les tombants en 1961 correspondent probablement à des Reniera
poecillastroides. D’une manière générale, les grandes espèces observées en plongée sur ces tombants sont
différentes de celles des surfaces subhorizontales (pl. I et II).
Dans les grottes et sous les surplombs importants, les récoltes et les observations sont impossibles,
et la faune reste inconnue.
Discussion. On a fréquemment signalé des différences importantes dans l’épifaune des surfaces
rocheuses suivant leur orientation; Laubier (1966) a proposé récemment de distinguer, parmi les épilithes
(vivant à la surface des rochers), les formes « hyperlithes » situées sur les substrats horizontaux, les formes
« hypolithes » situées au-dessous d’un substrat inverse, et les formes « périlithes » vivant sur les surfaces
verticales. Dans la biocœnose Coralligène, Laubier a insisté sur l’importance de la lumière dans la défini¬
tion de ces trois catégories ; certaines espèces sciaphiles, hypolithes ou périlithes à faible profondeur, peuvent
devenir hyperlithes plus profondément (par exemple Myriapora truncata et Paralcyonium elegans cités
par Laubier, ou encore Corallium rubrum, Verongia cavernicola). L’étude de la Roche du Large et des Grottes
Semi-obscures montre que la sédimentation a une importance probablement plus grande. En effet, le passage
de formes hypolithes en position d’hyperlithes est un phénomène limité, même dans la Roche du Large et
sur les planchers des grottes, c’est-à-dire dans deux cas où l’orientation du substrat perd beaucoup de son
importance dans la protection contre la lumière et où, si l’éclairement était seul en cause, toutes les espèces
pourraient peupler les surfaces horizontales. Pour les Spongiaires, la faune hyperlithe de la Roche du Large
ressemble plus à celle des planchers légèrement envasés des Grottes Semi-obscures qu à celle des plafonds
de ces grottes ou des falaises ; il semble y avoir peu d’espèces qui profitent de l’affaiblissement de la lumière
dû à la profondeur pour sortir des surplombs et devenir hyperlithes. Les quelques cas indubitables observés
Source : MNHN , Paris
156
JEAN VACELET
l’ont été soit pour des espèces assez tolérantes vis-à-vis de l’envasement ( Paralcyonium elegans par exemple),
soit dans des conditions particulières de sédimentation ou de courant ( Verongia cavernicola).
On ne peut pas négliger complètement l’action de la lumière dans la Roche du Large de la Cassi-
daigne; certains exemplaires de Caminus vulcani, récoltés à 140 m sur surfaces horizontales, montrent une
face supérieure légèrement plus pigmentée que les parties latérales; selon une communication personnelle
de H. J. Minas, et Jerlov (1951), l’intensité lumineuse subsistant à 150 m dans des eaux du type de celle
de ce canyon doit varier approximativement entre 0,1 % et 0,001 % de l’intensité reçue en surface suivant
les périodes de l’année; les tropismes larvaires sont peut-être sensibles à de telles valeurs. Mais l’influence
de la lumière peut sans doute être négligée dans la répartition des Éponges de la biocœnose des Coraux
Profonds; or on peut affirmer qu’il existe encore aux environs de 300 m de grandes différences entre les
Éponges hyperlithes et les périlithes-hypolithes; les photographies et les films pris par Froget à la Cassi-
daigne (stations 35 et 38) montrent une faune des surfaces subhorizontales (composée encore d’espèces
dressées) différente de celle des tombants, peuplés surtout d’Éponges encroûtantes (pl. III); il est certain
qu’ici l’éclairement n’est pas en cause et que l’épaisseur de la couche de sédiment joue le rôle principal.
2° Aspect quantitatif.
Les récoltes de la Soucoupe et les dragages ne permettent aucune mesure de la biomasse, mais on
peut cependant noter que la faune des falaises de la Cassidaigne apparaît, entre 130 et 180 m, d’une richesse
comparable à celle des Grottes Semi-obscures dans lesquelles True (sous presse) a trouvé à Marseille de 500
à 960 g de matière organique sèche par mètre carré. Le recouvrement des tombants et des surplombs est
total, les épibioses du second degré sont nombreuses. Pour les Spongiaires, qui constituent l’essentiel du
peuplement, on doit même noter des dimensions individuelles souvent supérieures à celles que l’on observe
dans les grottes ou dans le Coralligène, tant chez les formes hyperlithes que chez les périlithes. Certains
Erylus et Geodia cydonium atteignent un volume estimé en plongée à 0,5 m 3 ; d’autres espèces, plus carac¬
téristiques, telles que Reniera magna, R. poecillastroides, atteignent des tailles bien plus grandes que celles
des Reniera d’autres biocœnoses; la surface couverte par certains individus revêtant périlithes est remar¬
quablement élevée, parfois de l’ordre de 1 m 2 . Cette exubérance des Spongiaires dans la Roche du Large
est peut-être liée à l’abondance des détritus organiques souvent accumulés dans les canyons (de très nom¬
breuses feuilles mortes de Posidonies ont été observées jusqu’à 130 m sur le tombant de Nice en particulier)
et à l’importance des courants signalés par plusieurs observateurs au niveau du fond (Reyss, 1964), et dont
certains paraissent descendre ou remonter la pente (Peres & al., 1957; Shepard, 1965).
Cette richesse quantitative de la Roche du Large n’est pas particulière au canyon de la Cassidaigne,
et a été signalée par plusieurs observateurs dans d’autres localités de la Méditerranée nord-occidentale.
Elle paraît même être un phénomène mondial (Peres, 1957 b).
3° Aspect qualitatif.
La faune de Spongiaires de la Roche du Large ressemble beaucoup à celle des falaises et des grottes
situées entre 3 et 50 m de profondeur et à celle du Coralligène. 51 espèces trouvées dans les 14 premières
stations, de 90 à 170 m, peuvent être considérées comme appartenant à la Roche du Large. Sur ce total,
21 espèces, soit 41 %, sont très communes dans les Grottes Semi-obscures des environs de Marseille; elles
constituent le groupe I du tableau de répartition p. 151. Cette proportion est, bien entendu, très approxima¬
tive : des espèces comme l’Acanthella, Verongia, Petrosia, sont rares et localisées, et probablement à leur
extreme limite bathymétrique dans la Roche du Large; d’autre part, je n’ai pas indu dans ce groupe des
espèces telles que Mycale massa, Myxilla rosacea, Dysidea fragilis..., absentes ou peu commîmes dans
les Grottes, mais qui sont des espèces sciaphiles à large répartition. Quelques espèces, telles que les diverses
Axinella et Pleraplysilla spinifera, étaient considérées comme des caractéristiques des Grottes Semi-
obscures ; leur présence en état de bonne vitalité dans la Roche du Large, et parfois dans les Coraux Profonds,
montre qu il s agit plutôt d’espèces sciaphiles de substrats durs accidentés ; il en est de même de Corallium
rubrum, de divers Madréporaires et Bryozoaires.
A ce groupe, on peut opposer 20 espèces, soit 39 % des Spongiaires de la Roche du Large, réparties
ans les groupes 2 et 3, qui ne se trouvent jamais dans les grottes, mêmes les plus obscures. Les espèces
u groupe 3 ont été trouvées aussi dans les Coraux Profonds, celles du groupe 2 (10 espèces) sont peut-être
des caractéristiques de la Roche du Large méditerranéenne. II est intéressant de noter que plusieurs espèces
Source : MNHN , Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
157
de ce groupe 2 sont des Éponges de l’Atlantique boréal ou de l’Atlantique Nord-Est que l’on croyait rares
ou absentes en Méditerranée; en Atlantique ou dans la Manche, ces espèces ( Stelligera rigida, Stryphnus
ponderosus, Polymastia robusta, Phakellia ventilabrum) vivent à des profondeurs plus faibles, voire même
à la grève. Stryphnus ponderosus était connue de 50-54 m en Méditerranée (Babic, 1923), mais dans une zone
assez particulière du point de vue température, l’Adriatique Nord. Phakellia ventilabrum est connue de Boni-
facio (63-103 m) et de la mer d’Alboran (75 m), dors qu’en Manche c’est une espèce commune à une vingtaine
de mètres dans la communauté a Axinella dissimilis et Phakellia ventilabrum, communauté qui doit cor¬
respondre au Coralligène méditerranéen, dnsi que l’ont montré Cabioch (1961) et Peres (1967), mds qui
se rapproche aussi de la Roche du Large par certdns aspects faunistiques. La descente en profondeur de
ces espèces par rapport à la Manche ne s’explique pas seulement par le plus grand éclairement reçu à pro¬
fondeur égde en Méditerranée (que l’on évoque habituellement pour expliquer le décdage générd des peu¬
plements de la Méditerranée), car elles devrdent dors se trouver dans les Grottes Semi-obscures. L’influence
de la température de l’eau est bien plus probable ici. Ce sont sans doute les températures estivdes trop
élevées qui limitent la remontée de ce groupe d’espèces dans les Grottes Semi-obscures dont les conditions
d’éclairement et de substrat sont souvent comparables à celles de la Roche du Large, et qui, ainsi qu’on le
verra plus loin, expliquent aussi les fdbles affinités entre les peuplements de Spongiaires des Coraux Pro¬
fonds et des Grottes Obscures. Selon des mesures de H. J. Minas (communication), fdtes pendant plusieurs
années dans les eaux du large de Marseille, on observe les conditions suivantes : à 150 m, le maximum
thermique annuel, atteint générdement en décembre, après mélange verticd, ne dépasse pas 14 °3; lors
du minimum (février-mars), on trouve lors des hivers froids de 12 °6 à 12 °8 de la surface à 500 m; c’est entre
50 et 70 m que s’établit la thermocline en fin d’été. Ces températures, bien différentes de celles observées
à Marseille dans les eaux côtières entre 0 et 50 m (en surface maxima de 22-23°, parfois 25°), sont proba¬
blement la cause principale des différences dans la faune d’Éponges des Grottes Semi-obscures et de la
Roche du Large. Dans les biocœnoses Coralligène, Grottes Semi-obscures, et Roche du Large, on peut
répartir les espèces, toutes sciaphiles à des degrés divers en trois groupes : — des eurythermes capables de
vivre sur les substrats durs peu éclairés de la surface jusqu’à 180 m, parfois plus profondément; — des sté-
nothermes chaudes, souvent à affinités subtropicales, que l’on ne trouve que dans les grottes et dans le Coralli¬
gène (on peut citer comme exemple Agelas oroides, très commun dans le Coralligène et les grottes de Médi¬
terranée orientale, moins abondant à Marseille dans les grottes, absent de la Roche du Large à la Cassidaigne;
la plupart des Éponges Cornées Dictyocératides montrent une distribution analogue) ; — des espèces moins
thermophiles, localisées dans la Roche du Large en Méditerranée, mais dont certaines vivent à des profon¬
deurs moindres dans l’Atlantique boréal.
Cette répartition, en accord avec la règle proposée par Forbes dès 1844 pour la Méditerranée (espèces
tropicales entre 0 et 60 m, espèces nordiques entre 60 et 500 m), qui a été vérifiée pour certains groupes,
peut être confirmée par les quelques observations faites en plongée sur d’autres Invertébrés. Certaines
espèces ( Corallium rubrum, Caryophyllia smithi...) sont communes aux Grottes Semi-obscures et à la Roche
du Large; d’autres, telles que Eunicella cavolini, Paramuricea clavata, Madracis pharensis, sont absentes
ou exceptionnelles dans la Roche du Large; par contre, Antipathes fragilis, Eunicella verrucosa, Dendro-
phyllia cornigera, Paralcyonium elegans, sont soit localisées exclusivement dans la Roche du Large et les
Coraux profonds {Antipathes), soit capables de remonter jusqu’à une quarantaine de mètres dans certaines
conditions locales en Méditerranée ou parfois encore moins profondément dans des régions plus septen¬
trionales.
Pour les Spongiaires comme pour les autres groupes, ces considérations restent très générales, et le
cas de chaque espèce devrait être étudié en particulier en tenant compte non seulement de ses répartitions
bathymétrique et géographique, mais aussi des conditions de température exigées au cours des différentes
étapes du cycle biologique. Aucune des espèces envisagées n’a une biologie assez connue pour cela. On peut
néanmoins conclure de l’examen superficiel des quelques espèces citées que la bioccenose de la Roche du Large
apparaît principalement comme un aspect « froid » de la bioccenose des Grottes Semi-obscures.
Quelques autres facteurs peuvent jouer un rôle plus ou moins important dans les différences faunis¬
tiques entre Grottes Semi-obscures et Roche du Large. La comparaison entre l’éclairement des Grottes
Semi-obscures et de la Roche du Large est actuellement surtout basée sur des estimations visuelles impré¬
cises; mais les conditions d’éclairement observées dans les Grottes Semi-obscures sont si diverses que même
des espèces de la Roche du Large à exigences très précises, s’il en existe, trouveraient une zone convenable¬
ment éclairée dans une grotte; ceci n’est plus vrai si l’on envisage le point de vue qualitatif : 1 influence de
Source : MNHN , Paris
158
JEAN VACELET
la composition spectrale de la lumière dans la distribution de tels invertébrés sessiles est probablement peu
importante ou nulle, mais ne peut être négligée a priori. L’éclairement intervient sans doute dans la limita¬
tion de la remontée des espèces hyperlithes de la Roche du Large : entre 60 et 100 m, ces espèces de substrats
horizontaux, bien que trouvant des conditions de température favorables, sont peut-être limitées par une
lumière pas suffisamment atténuée; ceci pourra être vérifié par l’étude des espèces périlithes et hypolithes
de la zone de transition entre Grottes Semi-obscures et Roche du Large. Les conditions de sédimentation et
d’agitation peuvent être fort différentes dans les Grottes Semi-obscures et la Roche du Large; ces facteurs,
très importants lorsque l’on considère des grottes particulières (culs-de-sac, tunnels battus, grottes super¬
ficielles), doivent avoir une importance relative moins grande dans les différences faunistiques générales
entre ces deux biocœnoses.
d. Biocœnose des Coraux Profonds.
En-dessous de 180 m environ, d’importants changements apparaissent dans la faune en général et
dans les Spongiaires en particulier. Les grandes Éponges sont remplacées par des espèces encroûtantes ou
revêtantes beaucoup plus discrètes; cet appauvrissement s’accompagne de profondes modifications quali¬
tatives.
1° Aspect quantitatif.
Les Spongiaires des Coraux Profonds sont loin de présenter l’exubérance signalée dans la Roche du
Large, bien qu’ils constituent ici aussi l’essentiel du peuplement des substrats durs peu ou pas envasés. La
majorité des 77 espèces déterminées sont des Éponges encroûtantes ne dépassant pas quelques centimètres
carrés; quant aux espèces de plus grande taille observées en plongée et non récoltées, elles sont peu abon¬
dantes surtout aux environs de 300 m, profondeur maxima de travail de la Soucoupe. Chez certaines espèces,
trouvées à la fois à 130 m et dans les Coraux Profonds, telles que Tylodesma inornata, les individus récoltés
en profondeur sont plus petits; le même phénomène a été observé chez Corallium rubrum (quelques individus
de quelques centimètres seulement à 260 et 290 m à la station 11, alors que l’on observe de très grandes colo¬
nies à 150 m). Il semble que le taux de recouvrement apparent des rochers, estimé en observation directe
d’après les espèces visibles à distance, diminue avec la profondeur; on a même signalé, d’après des obser¬
vations en bathyscaphe ou des photos, des roches presque totalement dépourvues d’épifaune dans l’étage
bathyal (par exemple peres & al. (1957) à 1150 m au Portugal, Vayssiere & Fredj (1964) entre 700 et
1 300 m dans le Canyon des Stcechades en Méditerranée). On peut signaler que le taux de recouvrement réel
des coquilles de la station 48 (500 m) est bien plus faible que celui des rochers récoltés par Froget entre
250 et 300 m, mais cette observation est encore plus imprécise que les estimations faites en plongée car l’orien¬
tation et la situation de ces substrats récoltés en dragages ne sont pas connues.
On a déjà comparé cette pauvreté des Coraux Profonds à celle des parties de grottes situées à une
obscurité presque totale (Peres, 1961; Vacelet, 1964). Il est certain que lorsque l’on compare le peuple¬
ment général des Grottes Semi-obscures à celui des Grottes Obscures, on a la même impression d’appau¬
vrissement que lorsque l’on passe de la Roche du Large aux Coraux Profonds, mais une étude précise basée
sur la biomasse et le taux de recouvrement réel de rochers récoltés dans des conditions bien définies reste à
faire. Je signalerai seulement que les coquilles de la station 48 avaient un recouvrement réel inférieur à celui
des parois des Grottes Obscures les plus pauvres que je connaisse (si l’on met à part certaines zones totale¬
ment azoïques correspondant probablement à des poches d’eau non renouvellées ou à des sources sous-
marines), mais ces coquilles étaient peut-être partiellement envasées. Une explication de cette analogie entre
ces deux biocœnoses ne pourra être tentée que lorsque nous en aurons une meilleure connaissance.
2° Aspect qualitatif.
73 espèces de Spongiaires ont été récoltées à partir de la station 15 (180 m) où il se produit un renou¬
vellement faunistique assez important à la Cassidaigne. Le nombre d’espèces supérieur à celui de la Roche
du Large ne correspond probablement pas à la réalité, mais doit être en relation avec les conditions de
récolte différentes dans les deux biocœnoses. 4 autres espèces (groupe 6, p. 153) sont caractéristiques de la
biocœnose des Vases Bathyales ( Radiella sol, R. tissieri, Cladorhiza abyssicola et Thenea muricata),
Rhizaxmella pyrifera peut leur être rattachée dans une certaine mesure. L’ensemble de cette faune présente
une individualité bien marquée, contrairement à ce que je pensais en 1959 d’après le matériel insuffisant
dont je disposais. r
Source : MHHN , Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
159
La profondeur de 180 m représente, d’après Laborel & al. (1961) à la Cassidaigne, le début d’une
zone de transition entre la Roche du Large et les Coraux Profonds; ce n’est qu’à partir de 250 m qu’appa¬
raîtraient les peuplements bathyaux vraiment typiques; cependant quelques Madrepora oculata ont été
récoltés à la station 14 (150-200 m). L’étude des Spongiaires ne montre pas de transition entre les deux bio-
cœnoses, et on doit en rendre responsables les méthodes de récoltes utilisées; un changement de peuplement
progressif a été observé entre 150 et 250 m sur le tombant de Nice, sans qu’il soit possible de faire des
récoltes ou des identifications.
On peut répartir les espèces récoltées en trois catégories : non caractéristiques, bathyales Atlantiques,
endémiques méditerranéennes.
30 des 73 espèces trouvées dans les Coraux Profonds, soit 40 %, sont connues dans d’autres biocœ-
noses en Méditerranée : 20 sont des Éponges à large répartition que l’on trouve sur les substrats durs plus
ou moins abrités de la lumière depuis le littoral (grottes superficielles, dessous de pierres à quelques déci¬
mètres de profondeur, rhizomes de l’herbier de Posidonies, grottes profondes, falaises...) jusqu’à ces pro¬
fondeurs; 10 autres (groupe 3, p. 152) ne sont connues, en dehors de l’étage bathyal, que de la Roche du
Large; certaines sont des espèces typiques de la Roche du Large susceptibles de descendre plus profondément
(Stelligera rigida. Reniera magna), d’autres semblent au contraire plus abondantes dans les Coraux Profonds.
D’après cette collection, on doit donc remarquer que les affinités entre la faune d’Éponges des Coraux Profonds
et de la Roche du Large sont bien moins nettes que celles trouvées entre Roche du Large et Grottes Semi-
obscures-Coralligène : sur les 51 espèces citées dans la Roche du Large, on a trouvé environ 40 % d’espèces
des Grottes Semi-obscures contre 20 % d’espèces des Coraux Profonds; les 10 espèces trouvées à la fois
dans la Roche du Large et les Coraux Profonds ne représentent que 13 % du nombre d’Éponges des Coraux
Profonds. Pour les Spongiaires, il semble donc se produire, aux environs de 180 m, un renouvellement
faunistique plus important que celui qui se produit entre 90 et 130 m.
Avant de discuter la signification de ce changement faunistique, on peut s’interroger sur sa réalité;
en effet, en raison des différences de méthodes de récolte signalées p. 149, il est possible que ce changement
soit simplement dû à la récolte de formes surtout hyperlithes entre 130 et 180 m, plutôt périlithes voire
hypolithes en dessous de 180 m. Peut-être trouvera-t-on la faune de Spongiaires des Coraux Profonds sous
les surplombs aux environs de 150 m, soit que la biocœnose des Coraux Profonds forme des enclaves dans
des zones particulièrement abritées de la lumière dans la Roche du Large, soit que les espèces des Coraux
Profonds et de la Roche du Large ne soient pas distribuées en fonction de la profondeur mais en fonction
de l’orientation du substrat, les espèces de la Roche du Large étant des hyperlithes, celles des Coraux Pro¬
fonds des périlithes et hypolithes. Les valeurs très faibles de l’éclairement d’une part, le renouvellement
faunistique que l’on observe chez d’autres groupes d’invertébrés sessiles sur les surfaces subhorizontales
lorsque la profondeur augmente d’autre part, rendent ces deux suppositions peu vraisemblables; mais il
importe de mettre en garde contre une interprétation prématurée de listes d’espèces obtenues dans de
telles conditions.
Si ces différences faunistiques entre Roche du Large et Coraux Profonds sont bien réelles, elles ne
semblent pas être en relation avec le facteur température; d’après H. J. Minas (communication), on trouve
de 12° 6 à 13° 4, suivant la saison, à partir de 200 m jusqu’à 500 m, alors qu’à 150 m la même année (1964-
1965) la température varie de 12° 6 à 14° 3. De même, il est douteux que des différences portant sur d’aussi
faibles valeurs de l’éclairement que celles que l’on trouve à partir de 150 m aient encore beaucoup d’impor¬
tance dans la répartition des Invertébrés sessiles; on ne doit pas éliminer a priori l’hypothèse d’une sensi¬
bilité du phototropisme des larves de ces espèces suffisamment fine pour régler en partie leur distribution
suivant l’orientation du substrat, mais il est probable que la sédimentation a davantage d’importance a ces
profondeurs, tant pour les larves que pour les adultes. On doit envisager aussi une influence de la quantité
de nourriture disponible dans des changements faunistiques, comme dans l’appauvrissement quantitatif.
Il est intéressant de noter qu’il y a très peu d’espèces en commun entre les biocœnoses des Coraux
Profonds et des Grottes Obscures; on ne peut même citer qu’une espèce de Spongiaire qui n’ait été trouvée
que dans ces deux biocœnoses, la perforante Cliona labyrinthica. On pouvait pourtant s attendre à trouver
des affinités entre ces deux peuplements, par analogies avec les « remontées » d’espèces de la Roche du Large
ou du Coralligène profond dans les Grottes Semi-obscures, et en raison des similitudes de certaines des con¬
ditions de milieu (en particulier l’éclairement). On connaît d’ailleurs chez plusieurs autres groupes d Inver¬
tébrés des espèces bathyales qui vivent aussi dans les parties les plus sombres des Grottes Obscures, Zibro-
wius (sous presse, a et b) a signalé dans des grottes très sombres, entre 3 et 23 m de profondeur, plusieurs
Source : MNHN, Paris
160
JEAN VACELET
Serpulides, trois Madréporaires et un Brachiopode que l’on croyait uniquement bathyaux; le Serpuiide
Vermiliopsis monodiscus Zibrowius (sous presse, c) vit dans les Grottes Obscures à quelques mètres et dans
les Coraux Profonds entre 300 et 600 m. Jusqu’à présent un seul exemple comparable peut être donné pour
les Spongiaires, mais on doit souligner que la faune d’Éponges des parties les plus obscures des grottes
situées en dessous de 2 à 3 m de profondeur est encore très mal connue (Vacelet, 1964) 1 . Les travaux de
Sara sur les Éponges des grottes superficielles des côtes d’Italie confirment mes observations. Par contre
Russ & Rutzler (1959) et Rutzler (1966) ont signalé dans une grotte de la région de Naples la présence
de Rhizaxinella pyrifera, Thenea muricata et Poecillastra compressa; ces trois espèces ont été trouvées
entre 0,3 et 2,5 m de profondeur, de 0,5 à 4,2 m de l’entrée de la grotte sur les parois, le plafond et le plancher-
aucune de ces trois espèces n’a été observée dans les grottes explorées dans les environs de Marseille, dont
certaines, entre 10 et 18 m de profondeur, absolument obscures, très calmes, et à plancher envasé, seraient
pourtant plus propices à la vie d’espèces bathyales qu’une grotte superficielle; il est d’autre part assez
étonnant de trouver au plafond d’une grotte Thenea muricata. Éponge des vases bathyales fixée par des
faisceaux de spiculés dans la vase. C’est pourquoi il me semble nécessaire d’attendre une confirmation avant
de tenir compte de ces signalisations.
Ce sont probablement, encore, les différences de températures qui limitent les affinités entre les
Spongiaires de ces deux biocœnoses, en particulier les maxima estivaux trop élevés dans les grottes explorées
en scaphandre autonome. On doit remarquer que les Pharétronides des Grottes Obscures, reliques subtropi¬
cales, ne se retrouvent pas en profondeur en Méditerranée, alors qu’en Indopacifique tropical certaines
d’entre elles descendent en dessous de 100 m.
Sur les 77 espèces récoltées dans les Coraux Profonds et les Vases Bathyales, 31, soit environ 40 %,
sont des Éponges bathyales de l’Atlantique exceptionnellement récoltées en Méditerranée (10 espèces), ou
nouvelles pour cette mer (21 espèces).
Ces 31 espèces comprennent 27 espèces de l’étage bathyal des régions Mauritanienne et Lusitanienne,
dont 12 sont également signalées dans l’Atlantique boréal Nord-Est ou l’Arctique ; 4 espèces ( Pseudosuberites
hyalinus, Radiella sol, Melonanchora emphysema et Gellius arnesenaë), boréales, ne sont pas encore
signalées de l’Atlantique tempéré Nord-Est. Leurs affinités sont particulièrement nettes avec la faune bathyale
des Açores; mais ceci n’est sans doute dû qu’à la connaissance particulièrement bonne de ces Éponges, à
la suite des travaux de Topsent, et il est probable que ces Spongiaires sont largement répartis dans les pro¬
fondeurs de l’Atlantique Nord-Est. La comparaison des listes fournies par Topsent (1928) avec les miennes
ne peut être faite qu’avec circonspection, car les prélèvements effectués au cours des campagnes du prince
Albert I er ont presque toujours été plus profonds que les miens (11 stations entre 100 et 400 m, 45 stations
entre 500 et 2 500 m). Il y a peu de chances que des récoltes plus profondes en Méditerranée procurent
les espèces trouvées aux Açores aux environs de 2 000 m, en particulier un bon nombre de Poécilosclérides,
la plupart des Lithistides et des Hexactinellides; l’homothermie chaude des profondeurs de la Méditerranée
doit éliminer la plupart de ces Éponges sténothermes froides des horizons inférieurs de l’étage bathyal et
de l’étage abyssal de l’Atlantique.
On note chez ces Éponges des dimensions spiculaires généralement inférieures à celles décrites en
Atlantique.
Parmi les 77 espèces des Coraux Profonds et des Vases Bathyales, 14 sont proposées comme nouvelles;
si on leur ajoute Radiella tissieri, Rhizaxinella pyrifera, peut-être Calthropella pathologica (dont les échan¬
tillons étudiés par Schmidt sont de profondeur inconnue), et 2 espèces ( Oopsacas minuta Topsent et Laxo-
suberites ectyoninus Topsent) non retrouvées au cours de ce travail, on obtient un total de 19 espèces que
1 on doit actuellement considérer comme endémiques de l’étage bathyal méditerranéen. Cette proportion
d endémiques apparaît remarquablement élevée : 22 % dans le matériel étudié. Ces endémiques sont soit
des espèces ayant évolué à partir de formes Atlantiques dont elles ont été plus ou moins isolées, soit, plus
probablement, des espèces qui n’ont pas encore été trouvées en Atlantique. Certaines, connues par un seul
exemplaire, pourront peut-être, par la suite, être rattachées à des espèces déjà décrites.
En conclusion de cette étude qualitative, il apparaît que la faune d’Éponges bathyales de la Médi¬
terranée, très différente de la faune littorale, a de fortes affinités avec la faune des horizons supérieurs de
1 étage bathyal de 1 Atlantique du Nord-Est, malgré la présence d’une forte proportion d’endémiques. Alors que
. *" elte ^ aune actuellement en cours d’étude à la station marine d’Endoume par Pouliquen, et la question devra être
reprise avec ces nouvelles données. H
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
161
l’on pouvait penser que beaucoup d’espèces restaient localisées aux environs de Gibraltar, en particulier
d’après le dragage (station 406) étudié par Topsent (1928) qui avait fourni 7 espèces inconnues en Médi¬
terranée, on voit que cette faune est certainement répandue dans toute la Méditerranée occidentale; les
quelques stations étudiées en Méditerranée orientale (stations 17, 22 bis, 41 bis) montrent une faune qui a
les mêmes affinités; parfois même, certaines espèces (Discodenmia polydiscus et Oxycordyla pellita), ont été
récoltées en mer Égée et pas encore dans le bassin occidental. Il s’agit donc d’une faune largement répandue
dans cette mer, même dans les zones éloignées du courant d’eau Atlantique. Dans le bassin du Nord-
Est, l’appauvrissement qualitatif par rapport à l’Atlantique est bien moindre que ce l’on pouvait attendre
du moins jusqu’à 400450 m.
e. Conclusions.
Cette étude est limitée aux Spongiaires et n’autorise donc pas de conclusions bionomiques sûres;
quelques points méritent cependant discussion.
La liste d’espèces laisse apparaître avec netteté un ensemble faunistique entre 130 et 180 m, à la Cassi-
daigne en particulier, justifiant la distinction d’une biocœnose de la Roche du Large, mélange d’Éponges
des Grottes Semi-obscures (41 % des espèces) et des Éponges des Coraux Profonds (20 %), avec une pro¬
portion importante de caractéristiques (20 %), en dehors de quelques espèces à large répartition; un brusque
changement, qui apparaît aux environs de 180 m, peut être interprété comme le passage aux Coraux Profonds.
Les affinités générales des espèces de la Roche du Large avec celles des Grottes Semi-Obscures et du Coralli-
gène justifient son rattachement, malgré l’absence d’algues pluricellulaires, à l’étage circalittoral tel qu’il est
actuellement défini. Ceci confirme les conclusions de Peres & Picard (1964), à l’exception de la profondeur
d’apparition de la biocœnose des Coraux Profonds, que ces auteurs situent 100 m plus bas.
Toutefois, cette liste demande à être interprétée avec beaucoup de prudence, en tenant compte des
aléas de récolte et des différences faunistiques entre surfaces subhorizontales et verticales. Il est possible
que l’on soit amené, par la suite, à partir d’une profondeur à laquelle température et lumière perdent de
leur importance du fait de leurs faibles fluctuations (probablement aux environs de 150 m), à définir des
biocœnoses de substrats durs réparties suivant l’orientation des surfaces plus que suivant la profondeur.
C’est d’ailleurs ce que l’on fait dans les étages infralittoral et circalittoral, où l’existence de peuplements
sciaphiles en enclaves dans des peuplements photophiles sous des surplombs est indubitable. R est probable
que la distinction de deux biocœnoses, l’une de replats envasés, l’autre de surplombs et de tombants, dans
l’étage bathyal, correspondrait mieux à la réalité; mais ceci ne saurait être proposé d’après le peu de données
que nous possédons, pour les Spongiaires comme pour les autres Invertébrés sessiles, sur la faune des sur¬
plombs et des tombants en dessous de 100 m.
8 564033 6
Source : MNHN, Paris
162
JEAN VACELET
II. PARTIE SYSTÉMATIQUE
114 espèces (1 Hexactinellide, 113 Démosponges) ont été déterminées, décrites ou reconnues en
plongée. L’étude d’un certain nombre d’échantillons, en trop mauvais état ou trop mal caractérisés, a été
réservée. Les quelques Éponges Calcaires récoltées n’ont pas été étudiées.
Les holotypes des espèces nouvelles ont été déposés au Muséum National d’Histoire Naturelle; les
paratypes sont conservés à la Station marine d’Endoume.
Liste des espèces :
1. Tretodictyum tubulosum (Schulze).
2. Discodermia polydiscus Bocage.
3. Siphonidium ramosum Schmidt.
4. Geodia cydonium (Jameson).
5. Continus vulcani Schmidt.
6. Erylus discophorus (Schmidt).
7. Erylus euastrum (Schmidt).
8. Calthropella pathologica (Schmidt).
9. Stryphnus ponderosus (Bow).
10. Stryphnus mucronatus (Schmidt).
11. Poecillastra compressa (Bow).
12. Sphincterella gracilis (Solias).
13. Thenea muricata (Bow).
14. Craniella cranium (Johnston).
15. Plakortis simplex Schulze.
16. Diactinolopha moncharmonli Sarà.
17. Jaspis johnstoni (Schmidt), var. incrustons Topsent.
18. Halicnemia patera (Bow).
19. Stelligera rigida (Montagu).
20. Tethya aurantium (Pallas).
21. Oxycordyla pellita Topsent.
22. Timea chondrilloides (Topsent).
23. Cliona labyrinthica Hancock.
24. Alectona millari Carter.
25. Spirastrella minax Topsent.
26. Diplastrella bistellata (Schmidt).
27. Polymastia mammillaris (Müller).
28. Polymastia robusta Bow.
29. Polymastia polytylota n. sp.
30. Weberella verrucosa Vacelet.
31. Radiella sol Schmidt.
32. Radiella tissieri Vacelet.
33. Prosuberites rugosus Topsent.
34. Prosuberites longispina Topsent.
35. Prosuberites sp.
36. Pseudosuberites hyalinus (Ridley & Dendy).
37. Rhizaxinella pyrifera (Délia Chiaje).
38. Suberites carnosus (Johnston).
39. Axinella damicomis (Esper).
40. Axinella polypoides Schmidt.
41. Axinella guiteli Topsent.
42. Acanthella acuta Schmidt (?).
43. Phakellia robusta Bow.
44. Phakellia ventilabrum (Johnston) [?].
45. Raphidostyla incisa (Schmidt).
46. Raphidostyla plicata (Schmidt).
47. Pseudotrachya hystrix (Topsent).
48. Microstylifer rugosus n. g. n. sp.
49. Bubaris carcisis n. sp.
50. Bubaris sp. 1.
51. Bubaris sp. 2.
52. Uymerhabdia oxytrunca Topsent.
53. Rhabdoploca curvispiculifera (Carter).
54. Monocrepidium vermiculatum Topsent.
55. Lithobubaris tenens n. g. n. sp.
56. Acantheurypon hispidulum (Topsent).
57. Eurypon clavatum (Bow).
58. Eurypon obtusum n. sp.
59. Eurypon denisae n. sp.
60. Eurypon coronula (Bow).
61. Rhabdeurypon spinosum n. g. n. sp.
62. Tricheurypon viride (Topsent).
63. Raspalia viminalis Schmidt (?)
64. Biemna peachi (Bow), var. peracuta Topsent.
65. Sigmatoxella annexa (Schmidt).
66. Tylodesma inornata (Bow).
67. Cladorhiza abyssicola Sars.
68. Esperiopsis strongylophora n. sp.
69. Hamacantha falcula ( Bow).
70. Hamacantha implicans Lundbeck.
71. Hamacantha johnstoni (Bow).
72. Hamacantha lundbecki Topsent.
73. Mycale massa (Schmidt).
74. Latrunculia insignis Topsent.
75. Latrunculia citharistae n. sp.
76. Podospongia loveni du Bocage.
77. Dragmatella aberrans Topsent.
78. Anisocrella hymedesmina Topsent.
79. Crella pulvinar (Schmidt) [= C. mollior T.].
80. Pytheas alba n. sp.
81. Myxilla rosacea (Lieberkühn).
82. Anisotylacanthea curvata n. g. n. sp.
83. Melonanchora emphysema (Schmidt).
84. Hymedesmia ( Ectyodesmia) gracilisigma Topsent.
85. Hymedesmia ( Ectyodesmia ) mutabilis (Topsent).
86. Hymedesmia ( Ectyodesmia) plicata Topsent.
87. Hymedesmia (Ectyodesmia) inflata n. sp.
88. Hymedesmia (Ectyodesmia) serrulata n. sp.
89. Stylopus dujardini (Bow).
90. Stylopus pulposa (Topsent).
91. Anchinoe sp.
92. Anchinoe tenacior Topsent.
93. Antho involvens (Schmidt).
94. Clathria (?) anchorata (Carter).
95. Microciona assimila (Topsent).
96. Microciona gradalis (Topsent).
97. Microciona frogeti n. sp.
98. Plocamionida ambigua (Bow).
99. Gelliodes fibulatus (Schmidt).
100. Gellius arnesenae Aradt.
101. Gellius jlagellifer (Ridley & Dendy).
102. Raphisia lacazei (Topsent).
103. Reniera sp.
104. Reniera plana Topsent.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
105. Reniera magna n. sp.
106. Reniera pœcillastroides n. sp.
107. Reniera rliizophora n. sp.
108. Calyx nicaeensis (Risso).
109. Petrosia dura (Nardo) [?].
110. Janulum spinispiculum (Carter).
111. Hexadella detritifera Topsent.
112. Chelonaplysilla noevus (Carter).
v*upseni;.
îio. Uysidea fragilis (Montagu).
116 . Spongionella pulchella (Sowerby).
17. Irania ( Sarcotragus ) muscarum (Schmidt)
118. Im (Schmidt) (>].
11 V. verongia cavernicola Vacelet.
hexactinelles
163
Famille Trelodictyidae
1 . Tretodictyum tubulosum (Schulze) [Fig. 1 ]
Stations : 36 (306-324 m), 39 (320-350 m), 40 (340 m), 47 (500 m)
de» epéci mJ, de le stajn 36 sontT Son é“tf£
Source : MNHN, Paris
164
JEAN VACELET
7 tubes soudés par leur base, libres sur 5 mm au maximum; leur diamètre ne dépasse pas 10 mm et ils sont
parcourus par un canal central de 3 mm de diamètre. Couleur blanche sur le vivant et dans l’alcool. Consis¬
tance très dure.
Spiculés :
a. Réseau dictyonal, à mailles d’environ 250 p;
b. Hexactines ectosomiques : actine épineuse de 100-110 p; actines latérales : 200 p; actine choano-
somique : 450-700 p; .
c. Scopules à 4 branches, parfois 5, rugueuses et terminées par un petit bouton. Longueur totale :
380-750 p; branches de 50-80 p;
d. Oxyhexasters à actines lisses, simples ou divisées en deux ou trois aux extrémités; un même
spiculé a parfois des actines simples et d’autres divisées. Diamètre total : 70-90 p;
e. Oxyhexasters à actines lisses; chaque actine se termine régulièrement par un bouquet de 6 actines
secondaires. Diamètre : 70-90 p;
/. Oxyhexasters à actines rugueuses simples, de 180 à 230 p de diamètre ;
g. Diactines ectosomiques : 250-320 p/1-2 p.
Remarques : cette Éponge est très proche de Tretodictyum tubulosum (Schulze, 1887). On sait que
la récolte d’un fragment de squelette macéré près de Naples (Schulze, 1900) a fait supposer sa présence
en Méditerranée; Topsent (1928) a rendu vraisemblable cette détermination en découvrant cette espèce
japonaise aux îles du Cap-Vert. La spiculation complète de mes spécimens montre quelques différences avec
les descriptions de Schulze et d’IjiMA (1927) : les dimensions sont plus faibles, les oxyhexasters forment
trois catégories, les pentactines ectosomiques sont remplacées par des hexactines (comme chez T. pumicosum
Ijima), la tige des scopules n’est pas raboteuse vers la pointe. Le spécimen de Naples étudié par Schulze
avait aussi des hexactines ectosomiques; par contre l’exemplaire des îles du Cap-Vert se rapproche davan¬
tage de T. tubulosum, bien que les scopules n’aient pas la pointe raboteuse. Il est possible que cette Éponge
méditerranéenne appartienne à une espèce différente, mais la présence de T. tubulosum typique aux îles
du Cap-Vert m’incite à ne pas la décrire comme nouvelle pour l’instant.
Distribution : Japon, mer de Chine, îles du Cap-Vert, Galapagos et golfe de Panama (?).
DEMOSPONGES
TETRACTINELLIDES
Famille Tetracladidae
2. Discodermia polydiscus Bocage (Fig. 2)
Stations : 21 bis (210 m), 41 bis (360 m).
eSESBKs
e
d
Fig. 2. — Discodermia polydiscus Bocage
a. Fragment de desmes, X 100; b. Diacotriaene, x 200; d. Microxe, X 1 000; e. Microatrongyle, X 1 000.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
165
L’échantillon de la station 21 bis est un squelette macéré d’une Éponge dressée en forme de coupe
peu profonde. Celui de la station 41 bis, blanc dans l’alcool, était vivant lors de la récolte; fixé en deux
points, il montre un plateau sur lequel se trouvent quelques oscules de 100 p. de diamètre environ.
Spiculés :
a. Desmes formant un enchevêtrement très solide, à branches lisses de 45 p. d’épaisseur au maximum;
b. Discotriaenes de 150 à 400 p de diamètre, à rhabdome de 40 p;
c. Rhabdes de 5 p d’épaisseur, à extrémités pointues;
d. Microxes raboteux : 45-55 p;
e. Microstrongyles raboteux : 30-35 p.
Remarque : je rapporte ces Éponges à D. polydiscus, qui est certainement proche, sinon synonyme,
de D. verrucosa Topsent des Canaries, en raison de l’absence de tubercules sur les branches des desmes.
Il est probable que D. ramifera Topsent (Açores, 318 m) n’en est pas spécifiquement distinct.
Distribution : Atlantique Nord-Est (cap Saint-Vincent). Le genre est nouveau pour la Méditerranée.
Famille Cladopeltidae
3. Siphonidium ramosum Schmidt
Station : 48 (500 m).
Un petit exemplaire de 1 cm/1,5 cm, épais de 2 à 3 mm, pourvu de trois courts tubes osculifères.
Les exostyles ont la tête peu épineuse mais très renflée.
Distribution : Atlantique, Indonésie, Méditerranée (Naples, Corse).
Famille Geodiidae
4. Geodia cydonium (Jameson)
Station : 7 (130-150 m).
Deux fragments appartenant à de très grands individus ont été récoltés par la Soucoupe. Plusieurs
spécimens ont été observés, à la Cassidaigne, sur des surfaces subhorizontales peu envasées.
Distribution : côte atlantique de l’Europe, Méditerranée.
5. Continus vulcani Schmidt
Stations : 4 (100-150 m), 8 (130-150 m).
Deux grands exemplaires typiques; celui de la station 8, qui était fixé sur un replat, a la surface supé¬
rieure de couleur gris souris alors que les parties inférieures sont blanches; à cette profondeur, la lumière
a donc encore un effet sur la pigmentation.
Distribution : Méditerranée, généralement dans le Coralligène.
6. Erylus discophorus (Schmidt)
Stations : 4 (100-150 m), 6 (130-150 m).
Fragments de gros individus, à épiderme grisâtre. Cette espèce atteint elle aussi des dimensions très
importantes à la Cassidaigne, entre 130 et 150 m; plusieurs gros spécimens ont été observés sur surface sub¬
horizontale.
Distribution : Méditerranée, Atlantique Est, Tristan da Cunha (?).
7. Erylus euastrum (Schmidt)
Stations : 7 (130-350 m), 13 (146-170 m).
Deux éponges massives de quelques centimètres cubes, blanches.
Distribution : Méditerranée, Atlantique Nord-Est.
Source : MNHN, Paris
166
JEAN VACELET
Famille Stelletidac
8. Calthropella pathologica (Schmidt) [Fig. 3]
Station : 27 (250 m).
Une éponge blanche de quelques centimètres cubes, irrégulièrement massive, pénétrant dans une
cavité de Lithodome; consistance assez ferme.
Fig. 3. — Calthropella pathologica (Schmidt)
a. Chelotropes, 1. X 200; 2. X 100; c. Strongylaster, X 400; d. Oxyaster, x 400.
Spiculés :
a. Chélotropes très variables. Les plus petits, à actines mesurant parfois à peine 60 p/5 p, ont presque
toujours une cinquième actine supplémentaire. Les plus gros ont souvent une actine plus longue, « pseudo-
rhabdome », à extrémités acérées, atteignant 800 p/100 p, à extrémités parfois arrondies; d’autres à actines
de 500 p/70 p, restent de vrais chélotropes. La forme en croix est fréquente;
b. Oxes à canal axial très développé, ne dépassant pas 12 p d’épaisseur;
c. Strongylasters, à centrum bien développé, à actine réduite surtout chez les plus gros. 15-22 p,
de diamètre;
d. Oxyasters d’une dizaine de microns, passant progressivement à l’état strongylasters.
Remarque : nous ne connaissions cette espèce que par les deux échantillons de Schmidt (1868),
provenant des côtes d’Algérie, redécrits par Sollas (1888) et Topsent (1938). M. Levi m’a signalé avoir
trouvé deux échantillons de cette Éponge au cours de déterminations, non publiées, de Spongiaires récoltés
sur le seuil Siculo-Tunisien par la « Calypso » (110-210 m et 165 m). La forme des chélotropes est très variée
dans mon échantillon.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE 167
9. Stryphnus ponderosus (Bow.)
Station : 8 (130-150 m).
Deux fragments d’un gros individu, de forme irrégulière, dont la partie supérieure était grise et
l’inférieure blanche. La spiculation se distingue de celle de S. mucronatus par la minceur relative des oxes
et les dimensions supérieures des deutéroclades.
Distribution : Atlantique Nord (80-275 m). Signalée par Babic (1923) en Adriatique (51-54 m).
10. Stryphnus mucronatus (Schmidt)
Station : 7 (130-150 m).
Un gros individu de couleur noire; la spiculation est typique, sauf les amphiasters, le plus souvent
remplacés par des sanidasters de 10 à 12,5 p.
Distribution : Méditerranée, Australie (?).
Famille Pachastrellidae
11. Poecillastra compressa (Bow.) [PI. 1-1]
Stations : 2 (90 m), 10 (130-180 m), 18 (165-211 m), 34 bis (250-280 m).
Quelques fragments des diverses formes de cette espèce, surtout des formes placentula et calyx.
ont été récoltés à quatre stations. La Soucoupe a permis d’en observer un grand nombre à la Cassidaigne,
principalement sur les surfaces rocheuses subhorizontales envasées. Plusieurs photographies en ont été
publiées (Laborel & al. 1961; Vaissière & Carpine, 1964). II ne semble pas y avoir de grands exem¬
plaires sur les tombants ou les surplombs, mais cette Éponge ressemble trop à Reniera poecillastroides
n. sp. en observation directe pour en être sûr. C’est certainement une des Éponges les plus communes dans
la biocœnose de la Roche du Large.
Distribution : Atlantique Nord-Est et Ouest, Tristan da Cunha, Pacifique, Méditerranée. 36-3 500 m.
Sa signalisation dans une grotte superficielle a été discutée p. 160.
12. Sphincterella gracilis (Sollas)
Stations : 17 (184 m), 48 (500 m).
Deux petits individus revêtants, hispides, de couleur blanche dans l’alcool et sur le vivant. La spicu¬
lation n’offre pas de particularités.
Remarque : cette espèce, qui vit assez profondément en Atlantique (182-1 229 m) et en océan Indien
(193-366 m), a été trouvée dans le golfe de Gênes, à 770 m, par Sara (1958). Une autre Sphincterella, S.
annulata (Carter), était connue du versant atlantique du détroit de Gibraltar (Topsent, 1928).
Famille Theneidae
13. Tlienea muricata (Bow.)
Stations : 34 bis (250-280 m), 37 (300-350 m), 40 (340 m), 53 (695-765 m).
Cette espèce très commune sur les fonds de vase bathyale de la Méditerranée a été signalée (Russ
& Rutzler, 1959; Rutzler, 1966) dans une grotte des environs de Naples sous 1 m à 2,5 m d eau; cette
remontée serait tout à fait exceptionnelle et demande à être confirmée. Je n’ai jamais observé de Thenea
dans des grottes, même dans des conditions offrant de plus grandes similitudes avec celles des vases pro¬
fondes (cf. p. 160).
Distribution : Atlantique Nord-Est, Arctique, Méditerranée.
Famille Tetillidae
14. Craniella cranium (Johnston)
Station : 13 (146-170 m).
Distribution : Atlantique, Afrique (lu Sud, Arctique, Méditerranée (Adriatique, 77 m; Bari, grotte
à 1,5 m).
Source : MNHN, Paris
168
JEAN VACELET
HOMOSCLEROPHORIDES
Famille Plakinidae
15. Plakorüs simplex Schulze
Station : 20 (170-220 m).
Généralement littorale, cette Éponge avait cependant été signalée de plus de 2 000 m aux Açores
:t de 388 brasses en Irlande.
16. Diactinolopha moncharmonü Sara
Station : 3 (108-144 m).
Distribution : Naples, dans le coralligène profond (90 m).
CLAVAXINELLIDES
Famille Astraxinellidae
17. Jaspis johnstoni (Schmidt), var. incrustons Topsent
Stations : 22 (220 m), 24 (175-235 m).
Chez les deux petites Éponges de la station 24, blanches, lisses et peu épaisses, les oxes courbés aux
deux extrémités et parfois légèrement centrotylotes, mesurent 80 à 1 500 p/2-12 p; les asters, de 10-32 p,
ont des actines raboteuses à l’extrémité. Le spécimen de la station 22 a des oxes plus courts (80-650 p/2-10 p),
fortement centrotylotes, parfois même polytylotes, et des asters ne dépassant pas 22 p.
Distribution : Cosmopolite.
18. Halicnemia paiera Bow.
Stations : 5 (130-150 m), 7 (130-150 m), 20 (170-200 m).
Les individus des stations 5 et 7 étaient tous deux en épibiose sur de grosses Ircinia muscarum.
Distribution : Atlantique Nord-Est, Méditerranée.
19. Stelligera rigida (Montagu) [Fig. 4]
Stations : 7 (130-150 m), 32 (234-286 m).
Plusieurs individus typiques, fixés sur de petits cailloux, à rameaux un peu aplatis, mesurant jusqu’à
9 cm de hauteur, de couleur jaune clair sur le vivant, crème dans l’alcool.
b
Fig. 4. — Stelligera rigida (Montagu). St. 32
o. Style, x 400; b. Oxe, x 200; c. Aster, x 1 000.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
169
Spiculés :
a. Styles atteignant 3 500 fx/12 |x à la station 7 et 3 150 jx/25 jxàia station 32. Certains ont un petit
bourrelet annulaire près de la base;
b. Oxes : 450-900 |x/2-5 p. (station 7) et 750 p/8 p.;
c. Asters : 10-25 p (station 7) et 18-32 p de diamètre.
La spiculation du spécimen de la station 32 est nettement plus forte.
Distribution : côte atlantique de Grande-Bretagne et de France, Manche. 10 à 133 m.
Remarques : la spiculation de l’Éponge décrite sous le nom de Halistella pierantonii par Sara
(1958) est quasiment identique à celle de ces Stelligera rigida et les deux Éponges se distinguent seulement
par le développement un peu plus important des bourrelets des styles de Halistella et par la forme, dressée
chez Stelligera, revêtante chez Halistella. Ces Éponges sont peut-être synonymes, mais ceci demande à
être vérifié en raison de leur répartition différente; Stelligera rigida est une espèce nouvelle pour la Médi¬
terranée, où elle vit à des profondeurs bien supérieures à celles citées pour la Manche et l’Atlantique Nord;
elle appartient donc à ce groupe d’espèces localisées en profondeur en Méditerranée sans doute à cause de
la température trop élevée des eaux de surface (cf. p. 157) ; au contraire, H.pierantonii n’a encore été trouvée
que dans les eaux superficielles à Naples. Il semble donc raisonnable de continuer à distinguer ces deux
Eponges d’après leur forme et leur écologie, jusqu’à plus ample informé.
Le genre Halistella Sara, proposé pour séparer les Halicnemia à asters de celles à acanthoxes, doit
de toute façon être abandonné au profit de Paratimea Hallman (1916); cette distinction a d’ailleurs été
discutée par Topsent (1928) et Levi (1950).
Famille Tethyidae
20. Telhya aurantium (Pallas)
Station : 14 (130-200 m).
Famille Stylocordylidae
21. Oxycordyla pellita Topsent (Fig. 5 et PI. 111-3)
Station : 41 bis (360 m).
Une petite Éponge pédonculée de 25 mm de hauteur totale. Le pédoncule ferme et rigide, mesure
20 mm de long et 0,5 à 0,8 mm de diamètre; il s’élève d’une base encroûtante fixée sur un petit caillou.
La tête, ovoïde, mesure 5 mm sur 3 mm. La couleur est blanche dans l’alcool.
La tête comprend une partie interne à chair jaunâtre avec quelques faisceaux radiaires de strongyloxes,
enveloppée par une écorce solide d’oxes et de strongyloxes longitudinaux; à l’extrémité de la tête, où doit se
trouver l’oscule, probablement contracté, les spiculés corticaux se réunissent en une sorte de pointe; l’écorce
est lisse et continue. Le pédoncule est formé par des oxes et des strongyloxes longitudinaux très serrés.
La partie basale encroûtante est revêtue d’une écorce faite de plusieurs couches de styles, de strongyloxes
et de strongyles, orientés tangentiellement et en direction du point de départ du pédoncule, parmi lesquels
sont dispersés sans ordre microxes, microstyles et microstrongyles.
Spiculés :
a. Strongyloxes choanosomiques, généralement un peu courbés près d’une extrémité. 650-plus de
1500 ja/ 5-12 p;
b. Oxes et strongyloxes corticaux de la tête et du pédoncule, irrégulièrement courbés, parfois même
flexueux. 1 000-1 800 (x/ 10-20 (x; ,
c. Styles de la base, parfois strongyles ou strongyloxes, fréquemment flexueux, régulièrement emiés
sur toute leur longueur. 300-1 700 jx/7-22 p. près de la base;
d. Microxes, microstrongyles ou microstyles de la base, le plus souvent flexueux, sans ren ement
médian. 150-220 (x/1,8-2,5 p..
Distribution : Açores (200 m). Nouvelle pour la Méditerranée.
Source : MNHN, Paris
170
JEAN VACELET
Remarque : le genre Oxycordyla Topsent (1904) est caractérisé, parmi les Stylocordylidae, par la
présence d’oxes seuls et par une pellicule ectosomique formée de spiculés serrés sur plusieurs couches
d’épaisseur. La spiculation de cet individu apparaît donc bien différente, puisque l’on trouve ici non seule¬
ment des oxes et des strongyloxes, mais encore des styles et des microxes. Je crois cependant cette détermi¬
nation justifiée, car le type de Topsent était un spécimen incomplet, dépourvu de la base de fixation et du
Fie. 5. — Oxycordyla pellita Topsent
a. Strongyioxe choanosomique, X 400; b. Oxes et strongyloxes corticaux, X 300; c. Styles et strongyles basaux, X 200;
d. Microstyles basaux, x 400.
début du pédoncule; or c’est dans cette zone que sont localisés styles et microxes chez mon échantillon.
La définition du genre Oxycordyla doit donc être : Stylocordylidae revêtues d’une écorce de spiculés longi¬
tudinaux, oxes et strongyloxes dans la tête et le pédoncule, styles et strongyloxes à la base; des microxes
basaux.
La famille Stylocordylidae n’est connue en Méditerranée que par Stylocordyla asteriae (Zirpolo),
de Naples; ses descriptions trop incomplètes ne permettent pas d’être certain de son identité probable
avec S. borealis, espèce cosmopolite signalée de quelques mètres (mer Blanche) à 2 928 m (île Marion).
Famille Timeidae
22. Timea chondrilloides (Topsent) [Fig. 6]
Stations : 17 (184 m), 24 (175-235 m), 48 (500 m).
Trois spécimens, de 1 à 2 cm 2 , revêtants, blancs sur le vivant et dans l’alcool. L’hispidation, longue
et lâche, est due à des styles très espacés perpendiculaires au support.
Spiculés :
a. Styles purs ou à la base à peine marquée d’un bourrelet annulaire; ils atteignent 1 500 p/12 p
(station 24) et 3 200 p/20 p (station 48). A la station 17, ils sont un peu renflés à la base et atteignent 20 p
d’épaisseur;
b. Asters, très abondants. A la station 24, ils varient entre 20 et 32 p de diamètre, parfois 40 p; les
plus gros ont seulement 3 à 6 actines, les autres en ont une dizaine. Par contre à la station 48, les asters
de mêmes dimensions que précédemment ont presque tous entre 6 et 12 actines. Les actines sont fréquem¬
ment tronquées et ont les extrémités raboteuses, parfois même épineuses.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE 1?1
Remarque : les styles des spécimens des stations 17 et 48 sont plus épais que chez les échantillons
atlantiques; les asters sont assez variables, ainsi que l’avait montré Topsent (1904).
Distribution : nouvelle pour la Méditerranée, cette espèce était connue des Açores (200 à 2 214 m).
Fig. 6. — Timea chondrilloides (Topsent). St. 24
o. Style, X 400; b. Aster, X 1 000.
Famille Clionidae
23. Cliona labyrinlhica Hancock
Station : 24 (175-235 m).
Une petite Clione perforant un débris rocheux. Les oxes mesurent 130-170 pt/2,5-5 p.
Distribution : Atlantique Nord-Est (793-1 424 m) ; Méditerranée (500-600 m et grottes sous-marines
à une dizaine de mètres).
24. Alectona millari Carter
Station : 13 (146-170 m).
Un petit exemplaire perforant un Madréporaire ( Dendrophyllia cornigera).
Distribution : Atlantique Nord-Est, en profondeur; Méditerranée (500-600 m, grottes entre 0 et 30 m;
j’ai également trouvé cette espèce sous une pierre à 0,3 m à Marseille).
Famille Spirastrellidac
25. Spirastrella minax Topsent
Stations : 20 (170-220 m), 48 (500 m).
Cette espèce, signalée par Topsent à 300 m près du cap Creus, est généralement trouvée entre 10
et 100 m. Sara a plusieurs fois trouvé des spirasters de S. minax dans des préparations d’Éponges de grottes
littorales et je l’ai moi-même signalée dans une grotte obscure à 10 m (1964). C’est donc une espèce à large
répartition bathymétrique.
Distribution : Méditerranée, Atlantique Nord-Est.
26. Diplastrella bistellata (Schmidt)
Station : 27 (250 m).
Cette Éponge littorale présente à cette profondeur la même forme décolorée si commune dans les
Grottes Obscures (Vacelet, 1964). Elle est certainement peu abondante sur les substrats durs profonds.
Distribution : Méditerranée.
Source : MNHN, Paris
172
JEAN VACELET
Famille Polymasliidae
27. Polymastia mammillaris (Muller)
Station : 22 (220 m).
Distribution : Atlantique Nord, Arctique, Méditerranée, Pacifique Nord-Ouest.
28. Polymaslia robusta Bow.
Station : 8 (130-150 m).
Un gros échantillon d’aspect et de spiculation normaux, récolté sur une surface subhorizontale.
Distribution : Atlantique Nord, Groenland, Méditerranée (Adriatique [?] et Sud de la Corse, 72-
121 m).
29. Polymastia polylylota n. sp. (Fig. 7)
Stations : 18 (165-211 m), 26 (216-270 m), 29 (180-270 m).
Le spécimen de la station 26 est l’holotype (Muséum, n° MNHN-J.V-68-« 12 »)
Éponges revêtantes, fixées sur de petits cailloux ou sur des coquilles, mesurant 5 à 8 mm de plus
grande dimension, pourvues d’une papille unique, creuse, de 3 à 5 mm de long; surface veloutée; couleur
crème dans l’alcool. La charpente comporte des fibres rayonnantes de grands tylostyles et une palissade
ectosomique de petits tylostyles séparée du choanosome par une zone de grands tylostyles désordonnés de
direction générale tangentielle.
Fie. 7. — Polymastia polytylota n. sp. St. 26
a. Tyloatylo» endosomiquea : al) X 200; a2) x 400; b : Tylostyle ectosomique, X 400.
b
Spiculés :
а. Tylostyles choanosomiques, droits, peu fusiformes, presque toujours polytylotes sur une partie
de la tige; le renflement basal, un peu décalé vers la tige, donne un aspect trilobé à la tête. La polytylotie est
davantage marquée chez les plus grands spiculés. 220-990 p/5-12 p;
б. Tylostyles ectosomiques, faiblement courbés, à tête souvent trilobée. 70-180 p/2-5 (A.
Remarque : cette espèce se caractérise par sa papille unique et par les nombreux renflements de ses
tylostyles. On connaît plusieurs Polymastia pourvues d’une papille unique (P. invaginata Kirkpatrick,
P. azorica Lévi et Vacelet...), mais leurs spiculés sont bien différents. Les tylostyles de P. mammillaris,
qui peuvent présenter des bourrelets successifs, ont toujours la tige beaucoup plus fusiforme que ceux de
P. polytylota.
Les caractères distinctifs, que l’on retrouve chez les quatre individus examinés, semblent assez constants
pour autoriser 1 établissement d’une nouvelle espèce.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
173
30. Weberella verrucosa Vacelet
Stations : 1 (86-92 m), 7 (130-150 m).
Spiculés :
a. Tylostyles choanosomiques, à la tête peu marquée. 330-480 p/5 p;
b. Tylostyles ectosomiques : 130-200 p/1,5-2,5 p.
Distribution : Méditerranée Ouest (Corse, 90 m).
31. Radiella sol Schmidt (Fig. 8)
Station : 53 (695-765 m).
Deux individus typiques, pourvus d’une seule papille.
Spiculés :
a. Tylostyles ectosomiques courbés, fusiformes, à tête bien marquée : 160-300 p/7,5-10 p;
b. Tylostyles des faisceaux choanosomiques, dépassant 2 000 p;
c. Tylostyles de la frange, atteignant 7 500 p.
Fig. 8. — Radiella sol Schmidt
c. Tylostyles ectosomiques, X 200; b. Tylostyle choanosomique, X 200; c. Tylostyle de la frange, X 200.
Remarque : bien que cette espèce soit indiquée comme méditerranéenne par Arndt (1935), il ne
semble pas qu’elle ait été signalée dans cette mer où elle constitue le deuxième représentant du genre.
Distribution : Atlantique Nord, Arctique, golfe de Mexico. 15-1167 m.
32. Radiella tissieri Vacelet
Station : 52 (675-720 m).
Deux petits exemplaires.
Distribution : Méditerranée (côtes d’Algérie, 427 à 640 m).
Tylostyles, x 400.
Famille Suberitidae
33. Prosuberites rugosus Topsent (Fig. 9)
3
3
=3
Fig. 9. — Prosuberites rugosus Topsent. St. 33
Source : MNHN, Paris
174
JEAN VACELET
Station : 33 (270 m).
Petite croûte de 1 cm 2 , longuement hispide, grise dans l’alcool. Les tylostyles, perpendiculaires au
support, présentent toutes les dimensions entre 100 et 1 900 p/6-14 p; les plus petits, droits, ont la tête
bosselée; les plus grands, qui atteignent des dimensions supérieures à celles signalées par Topsent, ont la
tige légèrement courbée et la tête peu renflée.
Distribution : Méditerranée; (un seul spécimen du Coralligène du cap l’Abeille, à Banyuls, à 40 m).
34. Prosuberites longispina Topsent (Fig. 10)
Stations : 5 (130-150 m), 7 (130-150 m), 8 (130-150 m), 24 (175-235 m), 27 (250 m), 44. (370-420 m).
Éponges encroûtantes, jaunes plus ou moins vif sur le vivant et à sec (à l’exception du spécimen de
la station 44, qui était blanchâtre). Tylostyles à tête ovale allongée, atteignant 2 500 à 2 700 p/20 p. Le spé¬
cimen de la station 24 se distingue un peu par la tête de ses tylostyles, le plus souvent presque effacée, parfois
Fie. 10. — Prosuberites longispina Topsent
a. St. 24, Tylostyle, X 400; b. St. 5, Tylostyle, X 400.
remplacée par un renflement situé à quelque distance de la base; les renflements du canal axial sont plus
rares; il s’agit probablement d’une variation individuelle. Les tylostyles du spécimen le plus profond (sta¬
tion 44) sont normaux.
Distribution : Méditerranée, Manche, signalée entre 1,5 m (grotte, Rutzler, 1965) et 15 à 60 m.
35. Prosuberites sp. (Fig. 11)
Station : 44 (370-420 m).
Petite croûte, blanchâtre dans l’alcool, à hispidation courte, fixée sur une coquille. Les tylostyles,
perpendiculaires au support, ont fréquemment la tête un peu en forme de « poignée de porte »; ils mesurent
130-720 p/2,5-10 p.
Fie. 11. — Prosuberites sp.
a et b. Tylostyles, X 200; c. Tylostyle, X 400.
Cette Éponge, très proche de P. epiphytum (Lamarck), s’en distingue par la tête des tylostyles, et
par leur grande dimension; les spiculés de P. epiphytum dépassent rarement 400-450 p de long, alors qu’ici,
nombreux sont ceux de plus de 600 p. 11 s’agit peut-être d’une forme de profondeur de cette espèce, bien
que Topsent ait déjà trouvé (1928 et 1904) P. epiphytum à des profondeurs assez grandes (200 et 748 m)
aux Açores sans signaler de particularités dans la spiculation.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
175
36. Pseudoauberites hyalinus (Ridley & Dendy)
Stations : 5 (130-150 m), 7 (130-150 m), 8 (130-150 m).
Petites Éponges revêtantes, jaunâtres dans l’alcool, jaune terne sur le vivant (station 8). La spicula-
tion se fait remarquer par la faible longueur des tylostyles fusiformes, qui ne dépassent pas 660 |i/22 p.
L’épiderme, translucide, est renforcé par des faisceaux irréguliers de tylostyles; il est séparé du choanosome
par de grandes cavités traversées par quelques colonnes ascendantes lâches.
Distribution : Atlantique Nord-Est, Arctique, Antarctique, Atlantique Sud, mer Rouge, Méditerra¬
née (Rech Lacaze Duthier, 500-600 m).
37. Rhizaxinella pyrifera (Della Chiaje)
Stations : 16 (175-185 m), 25 (200-280 m), 34 bis (250-280 m), 50 (600 m).
Les plus beaux spécimens, ceux de la station 16, atteignent une hauteur totale de 15 cm; leurs rameaux
présentent plusieurs renflements successifs.
Cette Éponge très commune a été fréquemment observée et photographiée par la Soucoupe, soit sur
des replats rocheux fortement envasés, soit dans des fonds de vase, fixée alors sur des petits cailloux ou sur
des scories. Il n’est pas sûr que toutes ces observations soient exactes; si les individus bien développés, tels
que ceux dont la photographie, prise au cours de la station 16, a été publiée par Laborel et al. (1961), sont
identifiables avec certitude même sur photographies, les exemplaires moins caractéristiques peuvent être
confondus avec Rhizaxinella elongata (Ridley & Dendy) et avec Reniera rhizophora, décrite plus loin,
qui ont une localisation et un aspect très semblables; les risques de confusion avec certaines Hexactinellides
méditerranéennes mal connues (Sympagella nux [Schmidt], Oopsacas minuta Topsent) sont moins grands
en raison de leur grande rareté.
R. pyrifera est habituellement localisée entre 100 et 250 m. Les reconnaissances photographiques de
Vaissière & Fredj (1964) en « troïka » montrent qu’elle est encore abondante vers 800 m, sous réserve de
l’exactitude des déterminations d’après photographies. Plus surprenante est la signalisation (Russ & Rutzler,
1959; Rutzler, 1966) de cette Éponge dans une grotte sous-marine littorale (1 à 2,5 m) de la région de Naples;
cette « remontée » n’a jusqu’à présent pas été confirmée par les travaux de Sara dans les grottes superficielles
ni par mes observations dans des grottes plus profondes (cf. p. 160).
Distribution : Méditerranée.
38. Suberites carnosus (Johnston) [PI. II-3]
Stations : 2 (90 m), 5 ( 130-150 m), 26 (216-270 m), 34 bis (250-280 m).
La forme ramosus est très commune aux environs de 150 m sur les falaises et les surplombs du canyon
de la Cassidaigne et la Soucoupe a permis d’en observer de nombreux individus, dont seuls trois, fixés sur
une Ircinia muscarum d’une surface subhorizontale, ont pu être récoltés à la station 5. Sur les tombants,
les rameaux fins et parfois anastomosés retombent le long du substrat; certains individus, dans les faciès
à Corallium rubrum à 150 m, sont abondamment ramifiés; sur les rochers envasés, les rameaux s’élèvent de
quelques centimètres, puis retombent dans le sens de la pente.
Les échantillons des stations 26 et 34 bis correspondent à la forme typicus.
Distribution : Cosmopolite. On a déjà souligné la diversité des localisations écologiques de cette espèce,
en particulier Sara.
Famille Axinellidae
39. Axinella ilamicornis (Esper)
Stations : 3 (108-144 m), 14 (130-200 m), 17 (184 m), 22 (220 m), 32 (234-286 m).
Distribution : Méditerranée, Manche.
Source : MNHN, Paris
176
JEAN VACELET
40. Axinella polypoides Schmidt (PL 1-1)
Station : 7 (130-150 m).
Les deux individus récoltés, de spiculation normale, sont un peu plus trapus que les spécimens du
coralligène et des grottes; ils atteignent 2,5 cm de diamètre pour 15 à 25 cm de hauteur. Les nombreux
individus observés en Soucoupe sur les replats envasés du canyon de la Cassidaigne entre 130 et 170 m
n’atteignaient jamais la grande hauteur (jusqu’à 1 m) présentée par certains individus du coralligène.
Distribution : Méditerranée, Atlantique (côte Ouest africaines. Madère, Islande), 5 à 100 m.
41. Axinella guiteli Topsent (Fig. 12 et pl. IV-2)
Station : 7 (130 m).
Un individu en forme d’éventail, porté par un pédoncule de 15 mm/2 mm, mesurant 5 cm de haut
sur 4,5 cm de largeur au sommet, épais de 1 mm environ, hispide. Couleur marron dans l’alcool. Des nervures
sont visibles à l’œil nu. La charpente est formée d’axes d’oxes entremêlés, hérissés par des styles d’hispi-
dation.
Fig. 12 (1). — Axinella guiteli Topsent. St. 7
al. Style, X 400; 61. Oxe, X 400; cl. Style, X 400.
Fig. 12 (2). — Axinella guiteli, spécimen de grotte
a2. Style, X 400; 62. Oxe, X 400; c2. Style, x 400; <12. Strongyle, X 400.
Spiculés :
a. Styles d’hispidation, toujours un peu courbés, à pointe longue. 400-1 050 p/7,5-12 p;
b. Oxes un peu courbés au centre, à pointes généralement acérées, même mucronées, parfois inégales.
Certains, peu nombreux, passent à l’état de styles de mêmes dimensions (fig. 12, c). Quelques strongyles excep¬
tionnels en dérivent également. 250-350 p/6-10 p.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
177
Remarques : après sa description, de Banyuls (Topsent, 1896), A. guiteli n’a plus été retrouvée
Elle n’aurait que des styles d’hispidation et de petits styles courbés axiaux. En 1934, Topsent, après un nou¬
vel examen de son spécimen, signale la présence de quelques oxes (95-155 (x/6-7 p), à pointes tantôt obtuses
tantôt acérées, et des strongyles épais (415-550 p/20-22 p). Les différences avec l’Éponge de la Cassidaigné
sont donc importantes tant dans la forme (pédicelle et forme en éventail chez mon échantillon, absence de
pédicelle et forme en lame résultant de « l’anastomose latérale répétée de rameaux étroits et plats » chez
A. guiteli), que dans la spiculation (en plus des styles d’hispidation, majorité d’oxes chez la première, de
styles chez la seconde). Mais ces différences doivent être jugées en tenant compte d’une Axinella abondante
sur les planchers envasés des grottes de la région de Marseille (calanque de Sugitton, 5 m; île Plane, 45 m)
et que j’hésite depuis plusieurs années à rapporter à A. guiteli. Ce sont (pl. IV. 2) des lames foliacées,'lobées,
souvent en forme d’éventail, atteignant 5 à 6 cm de hauteur sur 5 à 10 cm de large sur les plus beaux spéci¬
mens, épaisses de 1,5 mm; le pédoncule ne dépasse pas 10 mm de hauteur; la couleur, orangé sur le vivant,
devient brunâtre dans l’alcool. La spiculation comprend des styles d’hispidation de 850-1 300 p/5-12 p et
des oxes courbés au centre, de 230-400 p/5-8 p. Ces oxes sont variables suivant les individus; leurs pointes,
jamais aussi acérées que chez l’exemplaire de la Cassidaigné, s’arrondissent souvent pour donner tous les
intermédiaires avec des strongyles purs de mêmes dimensions; quelques-uns passent à l’état de styles; on
trouve enfin des strongyles courts et épais, dérivant des oxes de la charpente axiale et non des styles d’hispi¬
dation, de 130-270 p/11-12,5 p, assez peu nombreux chez certains, abondants chez d’autres. Les spiculés de la
base du pédoncule sont plus gros et plus courts. Ces Axinella, très probablement identiques à celle de la
station 7, demeurent bien différentes du type d’A. guiteli. Mais la variabilité de leur spiculation conduit à
se demander si l’exemplaire unique dont a disposé Topsent ne serait pas un peu aberrant, avec la majorité
des oxes de la charpente remplacés par des styles. Cette détermination est confirmée par l’examen d’un
exemplaire d’une Axinella foliacée, récoltée à la localité type (Banyuls) par M lle Boury-Esnault qui a eu
l’amabilité de me communiquer son échantillon; sa forme est identique à celle des individus de Marseille,
mais sa charpente axiale comprend un mélange d’oxes et de styles et se montre donc intermédiaire entre mes
échantillons et le type de Topsent.
La place de cette Éponge dans le genre Axinella peut être discutée en raison de sa forme en éventail.
Il est certain que beaucoup de problèmes restent à résoudre dans la définition des genres chez les Axinellides,
même pour les mieux connus. Certains auteurs, tels que Ridley & Dendy (1887), définissent le genre Pha-
kellia (type P. ventilabrum [Johnston]) par la forme externe; cette solution n’est pas très satisfaisante en
raison des intermédiaires (formes en éventail, en rameaux aplatis plus ou moins anastomosés) avec des formes
typiques du genre Axinella. On peut aussi mettre l’accent sur la présence d’un squelette axial de spiculés
diactinaux flexueux; on doit alors mettre dans le genre Phakellia des Éponges non en éventail à axe de
strongyles ou d’oxes flexueux, telles que Axinella cannabina (Esper), et en exclure des Axinellides phakelli-
formes à spiculation d’Axinella, telles que A. arctica (Vosmaer) ou A. guiteli. Un autre problème se pose
alors, c’est celui de la distinction entre Phakellia et Bubaris; certains Bubaris peuvent élever de petites
colonnes soutenues par un axe de spiculés diactinaux flexueux, et de telles formes de Bubaris vermiculata
par exemple ont été décrites comme espèces différentes (Axinella erecta Carter). On a décrit des Bubaris
dressés, dont la distinction d’avec les Phakellia devient subtile et repose sur les caractères de ramification
de l’axe : le squelette axial donne naissance chez les Phakellia à des axes secondaires plus ou moins plumeux,
alors que chez les Bubaris dressés le squelette ne comporte, en dehors de l’axe central, que des spiculés d his-
pidation ou des colonnes d’hispidation perpendiculaires à l’axe. Il me semble indispensable de séparer ces
Bubaris dressés, tels que B. carcisis décrit plus loin, à squelette axial non plumeux, des Phakellia, à squelette
plumo-axial.
42. Acanthella acuta Schmidt(?)
Station : 6 (130-150 m).
Quelques exemplaires reconnus sur un tombant vertical.
Distribution : Méditerranée, dans le Coralligène et les Grottes Semi-obscures (0-70 m).
43. Phakellia robusta Bow.
Stations : 34 bis (250-280 m), 37 (300-350 m).
Deux individus en éventail mince, pédonculés, blanc in vivo et dans 1 alcool.
Distribution : Méditerranée, Atlantique, 20 à 1 229 m.
8 564033 6
Source : MNHN, Paris
178
JEAN VACELET
44. Phakellia veniilabrum (Johnston) [?]
J’ai signalé (1961) que P. ventilabrum avait été observée en Soucoupe à 150 m dans le canyon de Cassi-
daigne, sans qu’il soit possible de s’assurer de leur identité. Le nouveau matériel récolté depuis ne permet
pas de préciser davantage, et la présence dans la Roche du Large à Marseille de cette espèce, connue en Mé¬
diterranée de Bonifacio (63-103 m) et d’Alboran (75 m), reste seulement probable.
45. Raphidostyla incisa (Schmidt)
Station : 8 (130-150 m).
Un échantillon typique, orangé sur le vivant, plus terne dans l’alcool, à ectosome blanchâtre aspicu-
leux.
De nombreux individus ont été reconnus en Soucoupe sur les surfaces subhorizontales à la Cassi-
daigne, à la même profondeur. Cette espèce avait déjà été récoltée à 123 m à Monaco (Topsent, 1928).
Distribution : Méditerranée (0 à 123 m).
46. Rhaphidoslyla plicala (Schmidt)
Station : 49 (530-550 m).
C’est une espèce peu répandue dans le Coralligènc et dans les Grottes Semi-obscures (je la connais
d’une grotte de l’île Plane à Marseille, à 20 m), également trouvée à 123 m à Monaco par Topsent.
Distribution : Méditerranée, Atlantique Nord-Est (Levi & Vacelet, 1958, 93 m).
47. Pseudolrachya hystrix (Topsent) [Fig. 13]
Stations : 15 (180 m, 2 individus), 23 (210-240 m), 34 bis (250-280 m), 46 (450-550 m).
Coussinets arrondis, blancs dans l’alcool, à sec et sur le vivant. L’hispidation, très longue, donne un
aspect hérissé caractéristique. L’échantillon de la station 46 présente quelques petites éminences correspon¬
dant probablement à des ouvertures. Les grands mégasclères sont rayonnants et dépassent longuement de la
surface; de petits oxes d’entrecroisent lâchement dans le choanosome et forment une palissade régulière et
serrée à la surface.
c:
CH
d
c
c
-1 h
Fie. 13. — Pseudotrachya hystrix (Topsent).
a. Oxes ou Styles, x 200; al. St. 15; a2. St. 23; a3. St. 34 bis ; a4. St. 46; b. Oxes ectosomiqucs, x 400; 61. St. 15; 62. St. 23.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
179
Spiculés :
a. Oxes ou styles droits, de grande taille. Ce sont surtout des styles chez le spécimen de la station 23,
chez qui les oxes, presque toujours à extrémités inégales, sont rares; à la station 46, les styles sont aussi en
majorité, mais on trouve aussi une bonne quantité d’anisoxes; par contre, les spécimens des stations 15 et
34 bis ont une majorité d’anisoxes et les styles purs, très rares, montrent souvent un léger rétrécissement
à une centaine de microns avant la base. Chez les oxes, les deux extrémités restent toujours inégales; celle
qui correspond à la base des styles dont ils dérivent, interne, est toujours plus obtuse et montre fréquemment
des rétrécissements annulaires; la pointe externe est plus effilée. Station 15 :1000-1250 p/22-30 p; station 23
plus de 2 000 p/30-35 p; station 34 bis : 1 600-6 600 p/18-40 p; station 46 : 1100-plus de 4 500 p/20-60 p;
b. Petits oxes du choanosome et de la palissade ectosomique, à pointes bien effilées : 110-250 p/
2,5-5 p. Chez tous les individus, on trouve quelques oxes légèrement plus grands (230-320 p) dont les extré-
mités sont dors un peu inégdes; ils n’ont pas de position particulière.
Remarque : le genre Pseudotrachya Hallmann a été signdé en Méditerranée par Sara (1959) pour
P. oxystyla Sarà trouvée à Naples à 100 m de profondeur. Relativement moins profonde que P. hystrix,
P. oxystyla s’en distingue principdement par la transformation plus ou moins complète des grands styles
en oxes; en l’absence d’individus de stations intermédiaires entre l’Italie et les Açores, d’où provient la
première espèce, Sara n’excluait pas la possibilité d’une variation géographique ou écologique. Mes cinq
spécimens vont à l’appui d’une telle opinion et constituent des termes de passage entre les deux espèces,
autorisant à les mettre en synonymie. On doit cependant remarquer que cette tendance à la transformation
des styles en oxes n’a jamais été observée en dehors de la Méditerranée.
Distribution : Açores (318-914 m), Afrique du Sud (117-153 m), Méditerranée (Naples 100 m).
Microstylifer n. gen.
Génotype : M. rugosus n. sp.
Axinellidae (?) à squelette composé de styles raboteux choanosomiques (en faisceaux irréguliers) et
ectosomiques (en position oblique), et de microstyles.
48. Microstylifer rugosus n. sp. (Fig. 14)
Stations : 48 (500 m).
Holotype : l’échantillon a été entièrement utilisé pour les préparations et aucun holotype n’a pu
être déposé.
€2
FlG. 14. — Microstylifer rugosus n. gen. n. sp.
a. Styles; al. X 1 000; a2. X 500; b. Microstyle, X 1 000.
Petite Éponge revêtante, occupant un petit espace entre deux Madréporaires, blanche dans 1 alcoo,
molle, à hispidation très courte. L’ectosome n’est pas détachable. La charpente est formée de faisceaux de
4 à 12 styles qui s’entrecroisent sans ordre apparent; dans chaque faisceau, les spiculés ont la pointe tourn e
dans un sens ou dans l’autre; les microstyles sont dispersés sans ordre entre les faisceaux. Dans 1 ectosome,
les styles sont dressés la pointe vers l’extérieur, en formant une sorte de palissade, assez désordonnée en raison
de la variabilité de l’angle d’implantation.
Source : MNHN, Paris
180
JEAN VACELET
Spiculés :
a. Styles droits, à base couverte de fines épines sur une vingtaine de microns; la pointe est effilée
et bien acérée. 100-150 p/2,5-3,9 p;
b. Microstyles souvent courbés, très fins, à base un peu renflée et finement raboteuse. 25-65 p de
long.
Remarque : la spiculation de cette Éponge rappelle dans une certaine mesure celle de Trachostylea
semota Topsent, des Açores, à styles raboteux formant une charpente vaguement réticulée. Elle s’en distingue
par la localisation des fines épines des mégasclères à leur base seulement, par la disposition des spiculés de
l’ectosome et par la présence de microstyles. Malgré l’insuffisance des descriptions, basées toutes deux sur
un seul échantillon en plus ou moins bon état, ces différences me semblent justifier la distinction d’un
nouveau genre. La position systématique de ces deux genres reste problématique.
Famille Bubaridae
Genre Bubaris
11 exemplaires de Bubaris ont été récoltés. Tous diffèrent de B. vermiculata (Bow.), la seule espèce
du genre connue en Méditerranée, par la présence de strongyies flexueux au lieu d’oxes vermiformes. On peut
les répartir en trois groupes, dont l’un correspond à une espèce nouvelle et dont les deux autres sont pour
l’instant indéterminés.
49. Bubaris carcisis 1 n. sp. (Fig. 15 et PI. IV-1)
Holotype : Muséum National d’Histoire Naturelle, n° MNHN-JV-68-« 2 ».
Fig. 15. — Bubaris carcisis n. sp.
a. Styles périphériques; al. X 400; a2. X 200; b. Style d'hispidation, X 200; c. Strongyle, X 1 000.
Stations : 30 (250 m, holotype), 31 (210-310 m), 34 bis (250-280 m).
Les trois échantillons, dressés, cylindriques, mesurent 70 mm de haut/1-2 mm de diamètre (station 30),
13 mm/0,7-0,8 mm (station 31) et 60 mm/3 mm (station 34 bis) ; ce dernier se divise en deux rameaux aplatis.
1. Du nom grec du port de Cassis.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
181
Ils sont longuement hispides, blanc jaunâtre à sec et grisâtre dans l’alcool. La charpente comprend un axe
très développé, occupant les 2/3 du diamètre, formé de strongyles flexueux longitudinaux, étroitement
enchevêtrés; des styles courts, implantés par la base perpendiculairement à l’axe, atteignent la surface;
les styles d’hispidation, plus longs, sont disposés de la même manière.
Spiculés :
a. Styles périphériques, épais et courts, à pointe brève et acérée; chez le spécimen de la station 34 bis,
leur pointe est souvent soit mucronée, soit arrondie (fig. 15, o2). 270-500 fx/10-14 |x;
b. Styles d’hispidation : 900-2 450 |x/ 10-20 |x. Quelques intermédiaires existent entre les deux caté-
g ’ c . Strongyles flexueux : 400-1 200 p. de corde/5-10 |x, atteignant 13 [i d’épaisseur à la station 34 bis.
Remarque : cette espèce se distingue de B. sosia Topsent et de B. columnata Burton par ses spiculés
plus longs et plus grêles, et par sa forme.
50. Bubaris sp. 1 (Fig. 16)
Trois petites croûtes hispides, récoltées aux stations 24, 30 et 38, présentent des styles de 160-210 jx
à 900-1900 [x/7,5-10 (x à 15-30 [x. Les strongyles flexueux varient de 80-320 jx à 220-340 (x/3,5-7,5 à 7,5 |x.
c::;
Ç-TT
Fig. 16. — Bubaris sp. 1
a. Styles, x 400; al. St. 30; a2. St. 24; b. Strongyles, x 400; 61. St. 30; 62. St. 24.
Le spécimen de la station 38 se fait remarquer par l’épaisseur maxima de ses styles, qui atteint 30 [x au eu
de 15 et 18 (x chez les deux autres, celui de la station 30 par de fréquents renflements du centre des strongyles
qui sont par ailleurs moins flexueux que chez les deux autres.
51. Bubaris sp. 2 (Fig. 17)
Cinq autres échantillons, également encroûtants et hispides, ont été trouvés aux stations 23, 31
(2 individus) et 48 (2 individus).
Source : MNHN, Paris
182
JEAN VACELET
Spiculés :
a. Styles : 200-plus de 3 200 [x/10-40 jx (station 23) ; 125-1 225 |x/12-38 [x et 160-1 125 jx/12,5-35 |x
(station 31); 375-1 300 |x/10-50 p. et 350-1 580 jx/25-51 [x;
b. Strongyles flexueux : 340-600 jx/10-15 (x (station 23); 200-475 (x/9,5-13,5 [X et 210-525 (x/5-10 |x
(station 31); 325-550 jx/11-25 jx et 250-750 jx/11-20 [x (station 48).
rj
Fig. 17. — Bubaris sp. 2. St. 23
o. Style, X 100; b. Strongyle, X 100.
Le spécimen de la station 23 présente quelques petites élévations renforcées par un axe de spiculés
flexueux.
A ce groupe appartient le Bubaris de la station PTT K 219 (153 m) qui a été faussement déterminé
B. vermiculata (Vacelet, 1960).
Il est possible que tous ces exemplaires appartiennent à une seule espèce, dans laquelle il faudrait
peut-être faire aussi entrer les trois échantillons du Bubaris sp. I décrits plus haut. Cependant, on remarque
les fortes ressemblances entre individus d’une même station (stations 31 et 48) ; les différences n’apparaissent
qu’entre les individus de stations différentes. Ces Bubaris sont assez proches de B. sosia Topsent et de
l’espèce déterminée par Topsent (1904) comme B. mastophora (Schmidt).
52. Hyrnerhabdia oxylrunca Topsent (Fig. 18)
Station : 31 (210-310 m).
Deux petites Éponges revêtantes, de couleur marron sale à sec. La charpente est confuse, sans doute
en raison du mauvais état des spécimens.
c
Fig. 18. — Hyrnerhabdia oxytrunca Topsent
a. Styles; ol. X 400; o2. x 200; b. Rhabdostyle, X 400; c. Oxe, x 200.
Spiculés :
a. Styles faiblement courbés, parfois à renflement annulaire près de la base. 350-610 (x/8-20 p. et
260-550 (x/7-18 (x;
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
183
b. Rhabdostyles, à angle de courbure ne dépassant pas 70°; beaucoup ont la base un peu renflée ou
un épaississement annulaire au niveau de la courbure. 180-350 p/6-7,5 p et 170-290 p/7-7,5 p;
c. Oxes : deux oxes ont été observés dans la préparation du deuxième spécimen;’ils mesurent
480 p/15 p et 670 p/13 p et sont brusquement courbés au centre; leurs pointes sont courtes et acérées.
Aucun oxe n’a été observé chez l’autre individu.
Remarque : Ces deux Éponges se distinguent des autres Hymerhabdia méditerranéennes, plus litto¬
rales, principalement par la faible longueur de leurs styles; bien qu’ayant des styles atteignant presque
1000 p/40 p, H. oxytrunca des Açores, a une spiculation beaucoup plus voisine.
Distribution : Açores (599 m). Nouvelle pour la Méditerranée.
53. Rhabdoploca curvispiculifera (Carter) [Fig. 19]
Station : 35 (300 m).
Un échantillon encroûtant, hispide, grisâtre à sec, couvrant 3 cm 2 environ.
Spiculés :
a. Styles perpendiculaires au substrat, droits ou faiblement courbés. 300-1 600 p/10-20p;
b. Acanthorhabdostyles à tête plus ou moins tordue; la spination est réduite chez les plus grands
spiculés, couverts de très fines épines. 130-250 p/7-12 p;
c. Acanthoxes ou acanthostrongyles, les plus grands presque lisses, qui s’entrecroisent sans ordre
au contact du support. 140-320 p/7-8 p.
Remarque ; les rhabdostyles, lisses chez le type (golfe du Manaar), sont épineux chez un exemplaire
des Açores déterminé par Topsent (1904) ; ayant observé un spécimen typique à Banyuls, Topsent a consi¬
déré cet individu comme une simple variété. Ici nous retrouvons la même variation qu’aux Açores, et peut-
être s’agit-il d’une espèce différente de la Rhabdoploca de Banyuls; on ne connaît pas la profondeur de
récolte de cette dernière, mais il s’agissait certainement d’une Éponge beaucoup plus littorale.
Distribution : océan Indien, Açores (318 m), Méditerranée (Banyuls).
54. Monocrepidium vermiculatum Topsent (Fig. 20)
Stations : 15 (180 m), 38 (300-350 m).
Deux petites croûtes grises (à sec), circulaires, de 2 cm de diamètre, hispides. Les styles sont perpen
diculaires au substrat tandis que les strongyles forment une croûte basale.
Source : MNHN, Paris
184
JEAN VACELET
Spiculés :
a. Styles ou subtylostyles, légèrement courbés, à pointe acérée. 170-1 400 p/5-21 p;
b. Strongyles flexueux tuberculés. A la station 38, les spiculés incomplètement développés, parfois
oxes à extrémités très effilées, sont le plus souvent des strongyles; à la station 15, les jeunes spiculés flexueux
sont surtout des oxes, comme chez le spécimen type.
Distribution : Açores (600 m). L’espèce et le genre sont nouveaux pour la Méditerranée.
Lithobubaris n. gen.
Génotype : Lithobubaris tenens n. sp.
Bubaridae (?) à desmes monocrépides formant une croûte basale, et à spiculés monactinaux perpen¬
diculaires au support.
55. Lithobubaris tenens n. sp. (Fig. 21)
Stations : 23 (210-240 m), 24 (235 m), 31 (210-310 m).
Le spécimen de la station 23 est l’holotype (Muséum, n° MNHN-JV-68-« 7 »).
Les trois individus récoltés sont de petites croûtes circulaires de 1 à 2 cm de diamètre, de couleur
blanche à sec et dans l’alcool; de longs styles perpendiculaires au support lui donnent un aspect hérissé.
Ces styles sont plantés par leur base dans une couche de desmes monocrépides enchevêtrés, qui forment
une croûte basilaire solide, difficilement dissociable, ne dépassant pas 300 p d’épaisseur. Les styles sont
étroitement enveloppés et maintenus par des prolongements de desmes, dont l’extrémité forme une sorte
de crochet presque complètement fermé autour de chaque spiculé; plus rarement, les extrémités de deux
desmes se divisent l’une près de l’autre et s’accolent presque, en constituant une enveloppe ouverte en
deux points. Ces crochets d’amarrage des styles ne se trouvent qu’à la surface de la croûte, zone dans laquelle
les desmes atteignent 25 à 35 p d’épaisseur; plus profondément, les desmes sont plus fins et ne dépassent
pas 15 p. au contact du support.
Spiculés :
a. Styles légèrement courbés près de la base, d’épaisseur régulièrement décroissante : 1 250-3 000 p./
45-60 p;
b. Desmes monocrépides formant un réseau irrégulier, à surface plus ou moins mamelonnée, for¬
tement tuberculés par endroits.
Remarques :
1° En Méditerranée, où les Éponges à desmes sont mal représentées, on connaît un Desmanthus
incrustons Topsent, de Banyuls, pourvu d’une croûte basilaire de desmes et de styles perpendiculaires à
cette croûte, qui offre par conséquent beaucoup d’analogies avec Lithobubaris. Mais les desmes sont tétra-
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE lg5
crépides chez Desnumthus, ceux de la couche externe sont plus fins que ceux des couches internes, les styles
ne sont pas maintenus par des formations particulières des desmes. La distinction entre desmes tétracré-
pides et monocrépides peut parfois être difficile, mais les descriptions de Topsent sont suffisamment pré¬
cises pour que, malgré les similitudes de morphologie et de distribution géographique, on doive placer
ces deux Éponges dans des familles très éloignées;
a. Style, St. 24, x 100; 6. Desme, X 200; 61. St. 31; 62. St. 24; 63. St. 24; 64. St. 24.
2° Si la plupart des Spongiologues admettent le polyphylétisme des Lithistides du groupe Anoplia
Sollas, les affinités de la plupart des différents genres sont difficiles à préciser. La structure de Lithobubaris
tenens rappelle un peu celle de la famille Bubaridae. Chez Monocrepidium Topsent, les spiculés basilaires
flexueux se chargent de tubercules, assurant un meilleur engrenage, et le genre a d’abord (Topsent, 1898)
été considéré comme une Lithistide puis placé, certainement à tort, dans les Myxillidae par de Laubenfels
(1936). On peut penser que la structure de Lithobubaris représente une réalisation plus complété de la
tendance à l’évolution vers un stade Lithistide, simplement amorcée chez Monocrepidium.
Famille Euryponidae
56. Acantheurypon hispidülum (Topsent) [Fig. 22]
Stations : 39 (320-350 m), 48 (500 m, 3 échantillons).
Les quatre échantillons sont de petites croûtes de quelques centimètres carrés, grisâtres sur le vivant
et dans l’alcool, à hispidation courte, sans orifice visible. La charpente est typique, avec deux sortes d acan-
thostyles perpendiculaires au support et des tylostyles ectosomiques en touffes autour des grands acant o-
styles. La spiculation des exemplaires des deux stations diffère sensiblement.
Source : MNHN, Paris
186
JEAN VACELET
Spiculés :
a. Acanthostyles principaux légèrement courbés près du 1/3 antérieur, à épines souvent obtuse*
localisées au voisinage de la tête. 320-470 p/10-12 p, 250-420 p/10-13 p et 250-350 p/9-13 p chez les exem¬
plaires de la station 48. A la station 39, la tête des acanthostyles est moins marquée et les dimensions sont
supérieures : 210-700 p/10-22 p;
b. Acanthostyles secondaires coniques, droits, à base renflée; les épines sont obtuses sur la tête
aiguës et récurvées sur la tige, nulles vers la pointe. 90-210 p/5-7,5 p, 50-160 p/3-8 p et 80-130 p/5-8 p à là
station 48; 75-200 p/6,2-12,5 p à la station 39;
c. Subtylostyles ectosomiques, droits à tête très finement épineuse. 200-290 p/2,5-3 p, 190-275 p/2-3 p
et 140-250 p/1,5-3,1 p à la station 48; à la station 39, ils sont légèrement fusiformes et leur tête, davantage
marquée, est plus épineuse; ils atteignent 200-450 p/4-7,5 p.
^
b 2
Fig. 22. — Acantheurypon hispidulum (Topsent). 1 : St. 39; 2 : St. 48
a. Acanthostyles, X 400; b. Acanthostyles secondaires, X 400; c. Substylostyles ectosomiques; 1. X 200; 2. X 100.
Distribution : Açores (599 à 1 740 m); Irlande (450 à 1 310 m); Gibraltar (924 m).
Remarques : les trois spécimens de la station 48 ont une spiculation plus faible que ceux de Topsent
(1928) et surtout que ceux de Stephens (1920). Par contre, celui de la station 39 a des spiculés plus grands
que ceux des Açores, atteignant presque les dimensions observées en Irlande.
57. Eurypon clavatum (Bow.) [Fig. 23]
Stations : 19 (190-200 m). 20 (170-220 m), 24 (235 m), 30 (250 m), 34 (270 m), 38 (300-350 m), 44
(370420 m).
Tous ces échantillons sont des petites croûtes hispides, de couleur grisâtre.
Fig. 23. — Eurypon clavatum (Bow.) St. 30
a. Tyloatyle, x 500 ; 6. Style ectosomique, X 500; c. Acanthostyle, X 500.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
187
Ceux des stations 20 et 24 sont typiques; les tylostyles ont une tête arrondie bien formée; les acantho-
styles coniques mesurent 70 à 220 p; les styles ectosomiques atteignent 500 p/3 f i. Les spécimens des
stations 19 et 38 se distinguent par des acanthostyles de dimensions un peu supérieures (jusqu’à 550 p/3 u.
à la station 38) ou par la transformation presque complète des styles ectosomiques en oxes. De telles varia¬
tions sont normales et ont été déjà notées à plusieurs reprises.
C’est avec plus de doutes que je détermine les spécimens des stations 30, 34 et 44, dont les tylostyles
présentent un renflement annulaire un peu avant la base non renflée; les acanthostyles, à tête peu marquée,
sont fortement courbés près de leur tiers antérieur; les dimensions sont du même ordre de grandeur que
chez les autres échantillons.
Distribution : Atlantique Nord-Est; Méditerranée (30 à 1 310 m). Les signalisations d 'E. clavatum
aux Bermudes (de Laubenfels, 1950) et sur les côtes de la Caroline du Nord (Wells et al., 1960) sont des
plus douteuses : il s’agit, d’après leur description, d’Éponges dépourvues de spiculés ectosomiques, dont
les acanthostyles hérissent les tylostyles verticaux, qui ne sont certainement pas des Euryponidae.
58. Eurypon obtusum n. sp. (Fig. 24)
Station : 30 (250 m). Holotype : Muséum, n° MNHN-JV-68-6.
Petite croûte de 1 à 2 cm 2 , hispide, de couleur grisâtre (à sec). Acanthostyles et tylostyles perpendi¬
culaires au support, oxes ectosomiques fasciculés.
Spiculés :
a. Tylostyles un peu courbés, à vésicule souvent bien marquée dans la tête plurilobée. Leur longueur
maxima n’a pas pu être mesurée; l’épaisseur atteint 10-12 p;
b. Acanthostyles légèrement courbés, entièrement couverts d’épines de taille moyenne, récurvées
le long de la tige. La tête, bien marquée, porte quelques grosses épines obtuses, cylindriques. 70-170 p/5-7,5 p;
c. Oxes à extrémités inégales, parfois presque styles. 400-430 p/2,5-3 p.
Fig. 24. — Eurypon obtusum n. sp.
a. Tyüostyle, X 400; b. Acanthostyle; 61. X 500; 62. X 1 000; c. Oxe ectosomique, x 1 000.
Remarque : cette espèce semble bien caractérisée par ses acanthostyles particu ers. oute ois,
Tospent a déposé dans la collection du laboratoire Arago, à Banyuls, un échantillon de aspaciona acuea a
(Johnston) dont les acanthostyles ont une forme assez semblable; peut-être s agit-i un sta e jeune une
telle forme de Raspaciona aculeata (dont j’ai montré [1961] les variations que peut pr senter a spic
d’un seul individu). Je n’ai pas reconnu de colonnettes ascendantes, typiques des Raspacwna.
Source : MNHN, Paris
m
iix» r ac tvn
59. Eurypon denisatt n. sp. 1 (Fig. 25)
Station ■ 38 m/. H/Aotvpe : Nwéni, n" MNHK-JV-»!
l„n fefemtiflon sw-voûtant, de 2 m 2 smii2 mm <Fép«**ear T de couleur beige (à sec). LTiispidation
fongoe. et très fâche. Charpente normale (V Eurypon.
Spiculés :
n. Tyio9lyhf h tête peu omxptée, atteignant 3 150 (t/29 (x;
h. Scmthostyle» réparti» en deux catégorie»; le» plu» grand», de 150-120 p/7-10 p ont des épines
t, e dépassant fm 1/> p; le» [/lu» petit.» plu» trapu», de 50-90 p/7-8 p, ont des épines récurvées dépassant 2 p;
r„ <h te? à extrémité» inégale», droit», un peu fusiforme». 250-300 p/4,5-7,5 p.
en_ *
b i b j
Fie. 25. — Eurypon denisoe n. sp.
n. Tyltmtyle, X 400; b. Acanthontyle; M. x 500; 62. X 400; c. Oxe ectosomique, x 400.
Remarque : eut Eurypon, assez proche de E. lacazei (Topsent), s’en distingue principalement par ses
doux catégorie» d’acanthostyles, nettement tranchées sur le seul individu trouvé.
60. Eurypon coronula (Bow.)
Station : 21 (180-220 m).
Un petit individu encroûtant, remarquable par la pointe obtuse de ses acanthostyles.
Distribution : Shetland, Norvège, Manche, Méditerranée (Banyuls, Naples). J’ai trouvé plusieurs fois
cotte espèce, h Marseille, dans le Détritique Côtier à une quarantaine de mètres.
Rhabdeurypon n. gen.
Génotype : Rhabdeurypon spinosum n. sp.
Kuryponiduc è tylostyles, oxes ectosomiques, acanthorhabdes et microxes.
61. Rhabdeurypon spinosum n. sp. (Fig. 26)
J V >8 £ ia ^ 0,is ■ 0 70-220 m), 42 (360 in). Le spécimen de la station 20 est l’holotype : Muséum, n° MNHN-
l)eux Éponges encroûtantes de 2 cm 2 environ, blanc grisâtre dans l’alcool, à hispidation longue et
lâche. Les longs tylostyles, perpendiculaires au support, sont entourés d’un bouquet d’oxes ectosomiques.
/vcanthorhabdes et microxes sont répartis sans ordre dans le choanosome. Les ouvertures ne sont pas visibles.
I. IV * IVniw », nom donné k la Soucoupe plongeante Cousteau SP 300.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
189
Spiculés :
a. Tylostyles, à tête arrondie bien marquée, parfois suivie par un renflement secondaire Ils atteignent
3 250 p/15-22 p;
b. Oxes ectosomiques de dimensions très variables (450-2 000 p/2,5-6 p); les pointes, un peu inégales
sont acérées; les plus grands ont une forme un peu onduleuse;
c. Acanthorhabdes, très abondants. Les plus jeunes spiculés observés sont des baguettes droites de
40 p/3 p (sans les épines), à petites épines de 2,5 p. Les spiculés complètement développés atteignent 110 p/8 p
chez l’holotype; ils sont plus trapus à la staüon 42 : 100 p/10 p. Leurs épines, coniques, acérées, parfois
grossièrement réparties en quatre verticilles principaux, forment un angle assez variable avec Taxe du spiculé;
elles mesurent jusqu’à 20 p de long. Ces spiculés sont bien différents des discorhabdes des Latrunculia ;
d. Microxes légèrement fusiformes, rares chez l’holotype, chez qui ils sont doucement et régulière¬
ment courbés, très abondants chez l’Éponge de la station 42, chez qui ils sont droits. 50-60 p/0,5-0,7 p.
Deux fragments d’acanthostyles ont été observés sur la préparation du spécimen de la station 42;
leur appartenance à l’Éponge est très douteuse.
Fig. 26. — Rhabdeurypon spinosum n. gen. n. sp.
a. Tylostyle, x 200; b. Oxe ectosomique; x 400; c. Acanthorhabdes; d. X 1 000; c2. X 500; d. Microxe, x 1 000.
Remarques : la charpente de cette Éponge est tout à fait caractéristique des Euryponidae malgré
l’absence des acanthostyles. Certains genres à’Euryponidae modifient fortement leurs acanthostyles hérissant
le support ( Cyamon, Tethyspira,. ..); aucun ne différencie de spiculés comparables à ces acanthorhabdes,
qui ne dérivent certainement pas des acanthostyles.
Rhabdeurypon a peut-être quelques rapports avec Spirorhabdia vidua (Schmidt), si mal connue,
dont les spirorhabdes ressemblent un peu aux spiculés particuliers de cette Éponge. Mais, outre les diffé¬
rences d’ornementation et de dimensions des rhabdes dans les deux cas, on doit souligner qu ici le spiculé
dérive d’une baguette non spiralée. La disposition des oxes ectosomiques et la présence des tylostyles hérissant
le support contribuent aussi à séparer très nettement les deux Éponges.
62. Tricheurypon viride (Topsent)
Station : 27 (250 m).
Un individu, dont les acanthostyles atteignent 400 p. de long (donc comparable aux échantillons de
profondeur de Topsent, chez qui ces spiculés seraient plus grands que chez les spécimens littoraux), remar¬
quable par la faible longueur des raphides qui ne dépassent pas 25 p; M lle Clausade m’a fourni un exem¬
plaire fixé sur un petit caillou de la biocœnose du Détritique Envasé, à 69 m (Marseille), dont les raphides
mesurent 30 p au maximum.
Distribution : golfe du Mexique, Açore», côte. Ouest africaines, Irlande, Suède, Méditerranée. De.
grottes superficielles à 840 m.
Source : MNHN, Paris
190
JEAN VACELET
Famille Raspailidae
63. Raspailia viminalis Schmidt (?)
Station : 6 (130-150 m).
Quelques exemplaires sur replats envasés, non récoltés.
Distribution : Méditerranée (10-75 m). Madère (60 m), golfe de Guinée (45 m).
Famille Sigmaxineliidae
64. Biemna peachi (Bow.), var. peracuta Topsent (Fig. 27)
Station : 20 (170-220 m).
Une petite Éponge revêtante, blanchâtre dans l’alcool, en mauvais état de conservation. Le choano-
some, bourré de microsclères, contient des styles peu nombreux, isolés ou groupés par faisceaux peu denses.
Fig. 27. — Biemna peachi (Bow.), var. peracuta Topsent
a. Style, X 400; b. Sigmas; 61. X 500; 62. X 1 000; c. Microxe, X 500.
Spiculés :
a. Styles ou subtylostyles, courbés dans leur 1/3 basal, mesurant environ 1 000 jjl/12 p;
b. Sigmas de deux tailles : 61 : 40-75 p/2 p (la plupart mesurent 50 à 70 p), b2 : 10-15 p, très fins;
c. Microxes, groupés en faisceaux épais, rectilignes, à pointe longuement mucronée; la distinction
de deux catégories n’est pas nette. 50-280 p/2-2,5 p.
Distribution : Canaries (400 m). B. peachi : Atlantique Nord. L’espèce est nouvelle pour la Médi¬
terranée.
65. Sigmatoxella annexa (Schmidt)
Station : 41 (350 m), 53 (695-765 m).
Deux fragments de quelques centimètres cubes.
Distribution : Atlantique, océan Indien, Méditerranée (entre 40 et 148 m), golfe de Panama (440-
460 m).
66. Tylodesma inornata (Bow.)
Stations : 6 (130-150 m), 7 (130-150 m), 10 (130-180 m), 26 (216-270 m), 29 (180-270 m), 35 (300 m),
38 (300-350 m), 47 (500 m).
Les trois fragments récoltés par la Soucoupe aux stations 6, 7 et 10 appartenaient à de grosses Éponges
massives, formant des tubes de plusieurs centimètres de diamètre, terminé chacun par un oscule volumineux
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
191
entouré psr une membrane spiculeuse. L’aspect de oes Éponge» rappelle beaucoup celui de Reniera magna
fl sp., décrite plu» loin; cette ressemblance externe a fait faussement attribuer (Laborel & al., 1961 pl 3 )
une photo de la Reniera à T. inomata-, la couleur jaune orangé de la Tylodesma virante (gris foncé dam
l'alcool) permet faedement de distinguer les deux Éponges en observation directe. La charpente choanoso-
mique se compose de fibres de tylostyles se terminant en bouquets sous l’ectosome; ce dernier, séparé du
choanosome par une zone lacuneuse étendue, est soutenu par des faisceaux tangentiels.
Spiculés : les tylostyles, à tête ovoïde, mesurent 330-640 p/8,5-13 p (station 6), 330-650 p/7,5-10 p
(station 7) et 460-860 p/11-14 p (station 10). Les sigmas ont respectivement 22-30 p, 20-27 p et 2040 p.
Les échantillons récoltés plus profondément sont de petites Éponges revêtantes, à charpente iden¬
tique à celle des précédentes. Leur spiculation est toujours plus forte; les tylostyles varient entre 200 et
1100 p/8-20 p, les sigmas entre 10 et 55 p. Aux stations 29 et 35, les tylostyles ont la tête arrondie et de
diamètre nettement plus grand que le cou; ce caractère et les dimensions de leurs sigmas (30-45 p et 32-55 p)
pourraient les faire rapporter plutôt à T. informis Stephens; mais d’autres individus ont à la fois des grands
sigmas et des tylostyles à tête ovalaire. Il est certain que la spiculation de ces exemplaires de profondeur est
un peu grande pour des T. inornata, mais il me semble impossible d’établir une coupure spécifique entre
tous ces spécimens.
Distribution : Atlantique Nord-Est, Féroé, Norvège, Méditerranée. On doit noter l’abondance des
grands individus de cette espèce entre 130 et 180 m à la Cassidaigne, très fréquemment observés en Soucoupe.
POECILOSCLERIDES
Famille Desmacidonidae
67. Cladorhisa abyssicola Sars
Station : 51 (600 m).
Un échantillon normal, de 5 cm de haut.
Distribution : Arctique, Atlantique Nord-Est jusqu’à Madère, Adriatique (200 m). C’est la deuxième
signalisation méditerranéenne de cette Éponge des Vases Bathyales.
68. Esperiopsis slrongylophora n. sp. (Fig. 28)
Station : 48 (500 m). Holotype : Muséum, n° MNHN-JV-68-8.
Trois exemplaires d’une petite Éponge revêtante de 1 à 2 cm 2 , épaisse de 1 mm environ, blanc crémeux
sur le vivant et dans l’alcool, de consistance molle. Ces Éponges se détachent facilement du substrat. La
surface est lisse, sans ectosome détachable. On observe, en assez grand nombre, des cellules sphéruleuses
blanches, d’une dizaine de microns. La charpente consiste en des faisceaux d’une dizaine de strongyles,
épars dans la chair; les microsclères sont répartis sans ordre et ne forment jamais de rosettes. Les caractères
de la spiculation sont bien homogènes chez les trois spécimens.
Spiculés :
a. Strongyles droits ou faiblement courbés, d’épaisseur uniforme : 250-360 p/2,5-3 p;
b. Sigmas de deux tailles, abondants :
1. 300-370 p de corde/12,5-20 p;
2. 90-160 p/2-3 p;
. Isochèles palmés répartis en trois catégories, d’abondance moyenne, les plus petits plus nom reux .
1. Grands isochèles, à tige longue : 80-100 p de long, tige de 4 à 7 p d épaisseur ,
2. Isochèles moyens, larges, à tige courte presque nulle parfois, à ailes rep oy es, a en
rieure est projetée en avant; le tubercule est fortement élargi à a ase . Pi g
13 p d’épaisseur;
3. Petits isochèles : 27-40 p, à tige de 2 p.
Source : MNHN, Paris
192
JEAN VACELET
Remarques : cette espèce se distingue des Esperiopsis connus par la possession de strongyies au li eu
de styles; Dendy (1924) ayant décrit un E. megachela dont les styles ont la pointe émoussée, je ne pense
pas que ce caractère justifie la séparation d’un genre; E. strongylophora est d’autre part bien caractérisé
par ses isochèles de taille moyenne, de forme très ramassée, qui ressemblent assez aux isochèles de My ca .
lopsis radiata Topsent.
Fig. 28. — Esperiopsis strongylophora n. sp.
a. Strongyle, x 400; b. Sigmas; il. X 200; i2. X 400; c. Isochèles; 1, 2 et 3, X 1 000.
Le genre Esperiopsis n’était pas connu en Méditerranée; il est bien représenté dans l’Atlantique
Nord-Est, généralement à des profondeurs importantes.
69. Hamacantha falcula (Bow.)
Stations : 13 (146-170 m), 19 (190-200 m), 24 (175-235 m), 30 (250 m), 32 (234-286 m), 33 (270 m).
Cette espèce, caractérisée par des styles fusiformes, des diancistres de trois tailles et des toxes, est
commune en Méditerranée, où elle a été signalée pour la première fois par Topsent (1936), sur les substrats
urs en dessous de 130 m (Vacelet, 1960). La dizaine d’individus récoltés dans ces six stations n’offrent pas
de particularités.
Distribution : Atlantique Nord-Est, Arctique, Méditerranée. 144-2 280 m.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
193
70. Hamacantha implicans Lundbeck (Fig. 29)
Station : 44 (370-420 m).
Une petite croûte blanchâtre de 1 à 2 cm®. L’ectosome, détachable, est formé de styles taneentiels
formant un réseau mal défini, dont seuls les nœuds sont bien visibles; à chacun de ces nœuds, les diancistres
forment des rosettes assez désordonnées, et un style, planté par la base, dépasse vers l’extérieur. Le choano-
some contient quelques faisceaux spiculaires. Pas d’ouvertures visibles.
Spiculés :
a. Styles : 310-620 p/6,2-10,5 jx;
b. Diancistres assez grêles : 100-140 p;
c. Raphides : 50-75 p.
Ces valeurs sont un peu inférieures à celles données par Lundbeck (1902).
Fig. 29. — Hamacantha implicans Lundbeck
a. Style, X 400; b. Diancistre, X 400; c. Raphide, X 400.
Remarques : la variété azorica Topsent a en plus des exostyles et des microxes; ces spiculés sont
absents ici, et il s’agit donc de la forme nordique. Levi (1963) a trouvé en Afrique du Sud une forme inter¬
médiaire entre l’espèce typique et la variété azorica.
Distribution : mer du Nord, Groenland, Afrique du Sud (261-1 418 m). Var. azorica : Açores, Por¬
tugal, Madère (185-2 460 m). Nouvelle pour la Méditerranée.
71. Hamacantha johnsoni (Bow.)
Stations : 20 (170-220 m), 26 (216-270 m), 34 bis (250-280 m), 35 (300 m).
Des fragments de quelques centimètres cubes ou des exemplaires revêtants, blanchâtres.
Spiculés :
a. Oxes légèrement courbés, rarement styles. 340-530 p/7,5-10 p;
b. Diancistres de deux catégories. 100-140 p et 22-23 p;
c. Sigma : 20-30 p.
Remarques : la spiculation des quatre individus est conforme à celle des échantillons adantiques,
bien que un peu plus faible. L’exemplaire de la station 26 a été signalé de la région de Toulon sous le nom
de Hamacantha sp. (Vacelet, 1959).
Distribution : Atlantique Nord-Est et Arctique (106 à 1 310 m), côtes Ouest africaines (100 m).
Cette espèce n’était connue en Méditerranée que du Détroit de Gibraltar (924 m).
72. Hamacantha lundbecki Topsent (Fig. 30)
Stations : 31 (210-310 m), 48 (500 m).
Deux exemplaires encroûtants, blanchâtres sur le vivant et à sec, d’une étendue de quelques centi¬
mètres carrés. Les oxes forment une couche superficielle plus ou moins régulière, sans fibres distinctes.
8 564033 6 4
Source : MNHN, Paris
194
JEAN VACELET
Spiculés :
a. Oxes droits, fusiformes : 220-240 p/5-7,5 (J. à la station 31, 150-245 p/5-10 p à la station 48;
b. Diancistres :
1. 130-150 (x et 140-170 p;
2. 10-12 (i et 7-17 p;
c. Sigmas : 20-22 p et 20-35 |x.
L’ensemble de la spiculation est de taille bien plus régulière à la station 31.
c
Fig. 30. — Hamacantha lundbechi Topsent St. 48
a. Oxe, X 400; b. Diancistres, 61. X 400; 62. X 1 000; c. Sigma, X 1 000.
Remarques : les dimensions et l’arrangement des mégasclères de cette espèce justifient difficilement
la distinction du genre Athnacama de Laubenfels (1936), et je préfère de toute façon la laisser dans la sous-
famille Hamacanthinae.
Distribution : Açores (600 m), banc Gorringe (780 m). Nouvelle pour la Méditerranée.
73. Mycale massa (Schmidt)
Stations : 13 (146-170 m), 22 (220 m), 38 (300-350 m).
L’individu de la station 22 se distingue un peu par ses anisochèles de la première catégorie, qui attei¬
gnent une centaine de microns et rappellent la variété oceanica distinguée par Topsent (1924).
Distribution : Méditerranée, Atlantique Nord-Est.
Famille Latrunculiidae
74. Latrunculia insignis Topsent (Fig. 31)
Stations : 15 (180 m), 24 (235 m), 33 (270 m).
Trois échantillons encroûtants, de 2 cm 2 environ, de couleur marron foncé (à sec) : la surface, fine¬
ment granuleuse, n’a ni papille ni orifice visibles.
Spiculés :
а. Styles polytylotes, droits, à pointe émoussée. 200-300 jx/5-6,5 p;
б. Discorhabdes dérivant de baguettes droites, mesurant 45 à 50 p chez les trois spécimens. Le ver¬
sifie principal, de 30 p de diamètre, est perpendiculaire à la tige; il porte quatre épines, généralement
divisées deux fois dichotomiquement. Le verticille subsidiaire, de 25 p de diamètre, est légèrement rebroussé
vers 1 extrémité distale, mais jamais autant que ne le figure Topsent (1928) ; ses trois épines sont divisées
de la même façon que celles du verticille principal. L’extrémité distale du spiculé est moins élargie que
1 extrémité basilaire. Toutes les épines sont elles-mêmes finement épineuses.
Aucun amphiclade n’a été observé.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
195
Remarque : ces trois spécimens ne se distinguent de ceux des Açores que par la faiblesse générale
d- la spiculation, caractère qui semble particulier aux échantillons méditerranéens, puisque présenté aussi
par l’individu de Gibraltar étudié par Topsent (1928). Le rebroussement anormalement faible du verti-
Fig. 31. — Latrunculia insignis Topsent St. 33
a. Style polytylote, X 400; b. Discorhabde, X 1 000.
cille subsidiaire des discorhabdes a été déjà noté chez une L. insignis des Açores. Topsent (1928) admet
pour cette espèce des marges de variations très larges; la remarquable uniformité des caractères de mes trois
spécimens et de celui de Gibraltar fait un peu douter de leur identité avec l’espèce des Açores.
Distribution : Açores (200 m à 2 460 m) ; versant méditerranéen du détroit de Gibraltar (914 m).
75. Latrunculia citharistae 1 n. sp. (Fig. 32)
Station : 7 (130-150 m), deux exemplaires. Holotype : Muséum, n° MNHN-JV-68-14.
L’holotype est une Éponge massive arrondie, de 5 cm/4 cm/3 cm, fixée sur une Ircinia muscarum,
de couleur brun foncé sur le vivant et dans l’alcool. Consistance assez ferme. La surface porte 2 à 3 courtes
papilles par centimètre carré; ces papilles qui atteignent parfois 2 mm de hauteur sur 1 à 2 mm de diamètre,
sont souvent à peine marquées; elles sont largement ouvertes à leur extrémité. L’ectosome, finement granu¬
leux, détachable, est renforcé par des styles irrégulièrement entrecroisés et par une rangée de microsclères
perpendiculaires à la surface. Le choanosome est soutenu par des faisceaux irréguliers composés d’une dizaine
de styles; il contient des embryons rougeâtres de 500 p environ.
Spiculés :
al. Styles légèrement fusiformes, non polytylotes, parfois à tête un peu renflée : 310-460 p/4-6,2 p;
61. Discorhabdes dérivant de baguettes droites, portant 2 verticilles d’épines subégaux et symétriques.
Chaque verticille se compose de trois groupes de 8 épines dont certaines se divisent dichotomiquement.
Les extrémités, fortement dissemblables, portent environ 8 épines. 38-50 p; les verticilles atteignent 20 p
de diamètre.
Le paratype, plus petit (3 cm/2 cm/2 cm) se distingue extérieurement de l’holotype par sa surface
plissée, par sa chair moins homogène, à fibres plus marquées; ses papilles atteignent 2 à 3 mm de haut,
est dépourvu d’embryon.
Spiculés :
a2. Styles identiques à ceux de l’holotype. 370-420 p/4-7 p. .
62. Discorhabdes. Les baguettes dont ils dérivent s’ornent d’abord de 2 verticilles pmes, pms
d’épines supplémentaires plus ou moins régulières, en nombre très variable; elles constituent parfois de
véritables verticilles supplémentaires, mais restent isolées et irréguüèrement disposées chez d’autres spiculés.
Le verticille secondaire, légèrement rebroussé vers l’extrémité, a un diamètre plus faible que le verticille
1. De Citharista, nom grec de La Ciotat, près de la Cassidaigne.
Source : MNHN, Paris
196
JEAN VACELET
principal (respectivement 17 et 22 p, ou 18 et 20 p, par exemple). Chaque verticüle porte trois groupes de
6 épines; les extrémités du spiculé ont environ 8 épines. Longueur totale : 40-54 p.
Remarque : les discorhabdes de ces deux Éponges différent fortement, et, sans leur ressemblance
extérieure et leur provenance identique, on serait tenté de les considérer comme des espèces différentes
Cette différence de spiculaüon rend encore plus remarquable l’homogénéité des caractères des Latrunculia
insignis précédentes, qui proviennent de stations différentes. Tout ceci rend difficile l’appréciation exacte
de la variabilité chez les Latrunculia, variabilité probablement différente d’une espèce à une autre.
76. Podospongia loveni Du Bocage (Fig. 33)
Stations : 13 (146-170 m), 22 (220 m), 38 (300-350 m).
les trois spécimens, revêtants, mesurent 1 à 3 cm 2 sur 1 à 2 mm d’épaisseur. Couleur blanche dans
1 alcool et à sec. Surface lisse, sans orifice visible. Ectosome facilement détachable, renforcé par des disco¬
rhabdes. Des fibres de styles, épaisses de 100 à 200 p, sont appliquées sur le support.
Spiculés :
polytylotes. 450-550 p/4,5-8 p (station 13), 350-630 p/7-8,5 p (station 22) et 330-530 p/
4,8-6,8 p (station 38). On trouve quelques oxes ou strongyles, un peu plus épais (10 p).
b. Discorhabdes. Les jeunes spiculés ont une forme sigmoïde, que l’on peut parfois encore reconnaître
chez les spiculés complètement développés. 37-50 p, 30-50 p et 28-70 p.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
197
Remarque : le genre Podospongia se distingue de Latrunculia par les discorhabdes fortement dissv
métriques dérivant de spiculés sigmoïdes, et par la forme pédiceüée s’accompagnant d’une charpente plus
ou moins nettement radiaire. Bien que la spiculation de ces exemplaires corresponde exactement à celle de
Fig. 33. — Podospongia loveni du Bocage St. 13
a. Style polytylote, X 500; b. Discorhabde, X 1 000.
P. loveni, ils sont tous revêtants peu épais; la différence de forme n’est donc pas un caractère de distinction
sûr entre ces deux genres, et il me semble encore plus difficile d’accepter la distinction d’une famille Podo-
spongiidae, proposée par de Laübenfels (1936) sur la base de la structure radiaire.
Distribution : Atlantique Nord-Est (Portugal, banc Gorringe, Écosse, Féroé). 116-560 m. L’espèce
et le genre sont nouveaux pour la Méditerranée.
Famille Coelospheridae
77. Dragmatella aberrans Topsent (Fig. 34)
Stations : 34 bis (250-280 m), 36 (306-324 m).
L’échantillon de la station 34 bis est une Éponge massive de 2,5 cm/1,5 cm/l cm, de couleur grisâtre,
qui porte une douzaine de papilles coniques atteignant 6 mm de long. La surface est lisse; l’ectosome, faci¬
lement détachable, est renforcé par une couche continue de styles tangentiels serrés. Le choanosome, caver¬
neux, est parcouru par des fibres de styles, hérissées de bouquets de raphides.
L’espèce n’est représentée à la station 36 que par un fragment de papille.
Fig. 34. — Dragmatella aberrans Topsent St. 36
“• Style, X 200; b. Raphide, X 400.
Spiculés :
a. Styles, faiblement courbés, légèrement fusiformes, avec parfois un renflement à peine marqué
près de la base; la pointe est brusque et acérée. 350-600 (x/5,5-13 p.;
b. Raphides groupés en trichodragmates. 150-210 p..
Source : MNHN, Paris
198
JEAN VACELET
Remarque : j’ai pu examiner un troisième échantillon méditerranéen de cette espèce, récolté par le
« Président Théodore Tissier » (station L 382), à 130-135 m sur la côte marocaine (cap Très Foréas).
Distribution : Atlantique Nord-Est (Portugal, golfe de Gascogne, banc Joséphine), 135 à 748-1 262 m.
Nouvelle pour la Méditerranée.
Famille Crellidae
78. Anisocrella hymedesmina Topsent (Fig. 35)
Station : 48 (500 m).
Une petite croûte grisâtre dans l'alcool, de 2 à 3 cm 2 . La charpente correspond assez bien à la des¬
cription de Topsent (1927 et 1928), sauf la couche ectosomique d’acanthoxes, peu développée; les acan-
thostyles de deux tailles sont perpendiculaires au support.
Spiculés :
a. Acanthostyles :
1. Droits, à épines fortes sur la base, s’atténuant et se récurvant le long de la tige. 110-140 ]x/
6,5-9 p;
2. De même forme, mais à spination un peu plus développée. 50-70 jx/6-9 p.;
b. Acanthoxes peu nombreux, faiblement courbés au milieu, point où la spination est plus lâche-
les pointes acérées sont dépourvues d’épines sur quelques microns. 80-115 p/9-12 p;
c. Strongyles ou tomotes, droits, très minces. 82-115 p/1,2-1,9 p;
d. Anisancres abondants, fortement arqués, à trois dents fortes à une extrémité, très petites à l’autre.
La tige porte quelques petites épines sur la face concave. 5-13 p.
e. Isochèles arqués, peu nombreux, mesurant une dizaine de microns.
Fig. 35. — Anisocrella hymedesmina Topsent
a. Acanthostyles, x 500; b. Acanthoxe, x 500; c. Strongyie ou toraote, X 1 000; d. Anisancre, X 1 000; e. Isochèle, X 1000.
Remarque : ce spécimen méditerranéen se distingue par les faibles dimensions générales de ses spi¬
culés, généralement d’un tiers plus petits que chez les échantillons des Açores, et par le petit nombre des
acanthoxes; la couche ectosomique est ainsi à peine marquée, et l’Éponge pourrait aisément être confondue
avec une Hymedesmia, encore plus que les spécimens de Topsent (1928). La parenté de cette Éponge avec
les Crellidae est discutable.
Distribution : cette espèce, nouvelle pour la Méditerranée, n’était encore connue que des Açores
(1 250 et 2 460 m).
79. Crella pulvinar (Schmidt) [=C. mollior Topsent]
Stations : 7 (130-150 m), sur Ircinia muscarum; 13 (146-170 m) sur Dendrophyllia cornigera mort).
Distribution : Méditerranée, entre 10 et 70 m, surtout dans le Coralligène, l’herbier de Posidonies,
les Grottes Semi-obscures. D’après les diverses signalisations et mes propres observations, cette espèce
semble être toujours en épibiose du deuxième degré (fixée sur des rhizomes de Posidonies, des Ircinia,
Penares et Erylus, Microcosmus). Sa signalisation des côtes Ouest africaines (Burton, 1956) demande à
être confirmée, car le terme de « massive » ne s’applique guère aux spécimens méditerranéens, qui n’atteignent
jamais les 5 mm de hauteur donnés par Burton.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
199
80. Pytheas alba n. sp. (Fig. 36)
Stations : 15 (180 m), 24 (235 m, holotype. Muséum, n° MNHN-JV-68-1).
Les deux échantillons, examinés à l’état sec, sont revêtants et mesurent quelques centimètres carrés
Couleur blanche; ectosome détachable, formé de deux ou trois couches d’acanthostyles tangentiels entre¬
croisées. Le choanosome, très lâche, est parcouru de faisceaux d’une dizaine de tylotes, qui se dirigent vers
la surface; quelques acanthostyies basilaires sont debout sur le support.
Spiculés :
a. Acanthostyies basilaires, rares chez le paratype, plus abondants chez l’holotype; ils sont droits,
à épines assez nombreuses dans la moitié basale, très clairsemées près de la pointe. 150-160 (x/7,5-8 p;
b. Acanthostyies ectosomiques, couverts de nombreuses épines sur toute leur longueur, légèrement
et régulièrement courbés; leur pointe est mucronée chez l’holotype, plus arrondie chez le paratype. 160-
280 p/5-10 p et 160-200 p/5-8 p;
c. Tylotes droits, à extrémités égales bien renflées chez l’holotype (280-300 p/5 p), presque tylostron-
gyles chez le paratype (260-370 p/5 p) ;
d. Isochèles, grêles, peu abondants chez l’holotype et très rares chez l’autre spécimen. 22-27 p.
Fig. 36. — Pytheas alba n. sp. St. 24
a. Acanthostylc basilaire, X 400; b. Acanthostyle ectosomique, X 400; c. Tylote, X 500; d. Isochèles, X 1 000.
Remarque : cette Éponge ressemble assez à Pytheas atra Topsent 1892, des Açores (736 m); elle
s’en distingue par la couleur, noire aux Açores, et par les dimensions des acanthostyies, près de deux fois
plus grands dans l’échantillon des Açores; bien que les Éponges récoltées dans l’Atlantique Nord-Est aient
en général des spiculés plus grands qu’en Méditerranée, je crois que cette différence a une certaine valeur
ici car elle ne porte que sur deux des catégories spiculaires, tylotes et isochèles ayant des dimensions équi¬
valentes dans les différentes localités. La distinction des deux espèces est cependant basée sur trop peu d indi¬
vidus pour être très sûre.
Famille Myxiliidae
81. Myxilla rosacea (Lieberkühn)
Station : 10 (130-180 m).
Un exemplaire de couleur jaunâtre sur le vivant, fixé sur un Antipathes fragilis.
Distribution : Méditerranée, Atlantique Sud Est et Nord Est. Littoral à 270 m.
Anisotylacanthea n. gen.
Génotype : Anisotylacanthea curvata n. sp.
Myxiliidae (?) à acanthotylostrongyles et acanthotylostyles.
Source : MNHN, Paris
200
JEAN VACELET
82. Anisotylacanthea curvata n. sp. (Fig. 37)
Station : 15 (180 m), holotype (Muséum, n° MNHN-JV-68-9).
Un exemplaire revêtant, peu épais, de 2 cm 2 environ, de couleur gris crème à sec. Pas d’ectosom
détachable (peut-être arraché?). La charpente consiste en un réseau fragile et assez vague, consolidé par un
peu de spongine; on distingue par endroits des lignes de trois à quatre spiculés de front, reliées par des
spiculés transverses isolés.
Spiculés :
a. Acanthotylostrongyles fortement courbés, dont l’une des extrémités est renflée et ovoïde, tandis ou
l’autre, simplement arrondie, porte des épines sur 30 à 60 p; ces épines, d’abord petites et espacées, sont plus
grosses et plus nombreuses à l’extrémité même du spiculé. 360-520 p/7,5-12,5 p; quelques-uns, peu nombreux
de même longueur, sont plus fins et correspondent sans doute à un stade de croissance;
b. Acanthotylostyles droits, moins nombreux, à tête bien marquée, à pointe assez variable, parfois
arrondie. Ils sont couverts d’épines, vers la pointe, sur les deux tiers de leur longueur. 110-190 p/5-7,5 p
La position de ces spiculés dans la charpente ne peut pas être bien précisée ; ils semblent participer à la' for¬
mation du réseau avec les acanthotylostrongyles combes.
Fig. 37. — Anisotylacanthea curvata n. gen. n.
i; al. X 200; a2. X 500; b. Acanthotylostyle, x 500.
Remarque : je place provisoirement cette Éponge dans les Myxillidae, bien que l’on puisse aussi la
rapprocher des genres Janulum et Damiria, qui sont des Renieridae. Il est possible, en raison du mau¬
vais état de l’holotype, que cette spiculation soit incomplète.
83. Melonanchora emphysema (Schmidt) [Fig. 38]
Station : 42 (360-370 m).
Un individu blanc, revêtant peu épais, à ectosome détachable renforcé par quelques couches entre¬
croisées de strongyles. Dans le choanosome, les strongyles sont groupés en fibres assez lâches atteignant
250 p de diamètre.
b
Fig. 38. — Melonanchora emphysema Schmidt
«. Strongyie, X 200 ; 6. Sphérancre, x 1000; c. 1 et 2, Isancres, X 1 000.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
201
Spiculés :
a. Strongyles, à extrémités un peu inégales, rarement subtylotes, fortement renflés au milieu- il
n ’y a pas de styles, à l’exception de quelques rares spiculés incomplètement développés. 330490 u/8 5-18 ..
au centre et 6,5-8,5 p aux extrémités ;
b. Sphérancres abondants; plus elliptiques que ne les décrit Lundbeck (1905), ils sont cependant
plus quandragulaires que chez M. elliptica Carter. 4045 p/20 p; F
c. Isancres de deux catégories :
1. 40-53 p;
2. 22 p.
Remarque : la forme des strongyles, assez différente de celle des spécimens nordiques, et les sphé¬
rancres intermédiaires entre ceux de M. emphysema et de M. elliptica, ne me semblent pas être des carac¬
tères suffisants pour distinguer une Melonanchora méditerranéenne d’après cet individu unique.
Distribution : Arctique, Atlantique Nord, 80-1 438 m. Le genre Melonanchora n’était pas connu
en Méditerranée.
Famille Hymedesmiidae
84. Hymedesmia (Ectyodesmia) gracilisigma Topsent (Fig. 39)
Station : 15 (180 m).
Une croûte de quelques centimètres carrés, à hispidation courte, beige clair à sec.
Spiculés :
a. Acanthostyles principaux, peu courbés, à épines faibles localisées au tiers basal. 240-370 p/7,5-
12,5 p;
b. Acanthostyles secondaires, entièrement épineux. 70-130 p/4,2-7,5 p;
c. Strongyles ou subtylotes, parfois un peu polytylotes, parfois légèrement flexueux. 170-310 p/2-3,5 p;
d. Isochèles peu nombreux, à dent antérieure élargie. 16-30 p;
e. Sigmas très fins. 2040 p.
Fig. 39. — Hymedesmia (Ectyodesmia) gracilisigma Topsent
o. Acanthostyle, X 400; b. Acanthostyle secondaire, X 400; c. Strongyle ou subtylote; d. X 1000; c2. X 400; d. Isochèle
X 1 000; e. Sigma, x 1 000.
Remarque : cette espèce, décrite (Topsent, 1928) d’après un spécimen provenant du large de la cote
atlantique du Maroc (2 165 m), a été retrouvée par Topsent (1936) à Monaco et à Banyuls entre 15 et JO m
et décrite comme une variété rissoi. Sara & Siribelli (1962) ont proposé de considérer cette variété méditer¬
ranéenne comme une bonne espèce. Bien que se distinguant un peu du type par la spination p us o e
ses acanthostyles, cet individu se rapproche davantage de H. gracilisigma que de H. rissoi. s eux espece
semblent donc coexister en Méditerranée, à des profondeurs differentes.
Source : MNHN, Paris
202
JEAN VACELET
85. Hymedesmia (Ectyodesmia) mulabilis (Topsent) [Fig. 40]
Stations : 24 (235 m), 45 (480 m), 46 (450-550 m), 48 (500 m).
Les quatre échantillons sont des croûtes de quelques centimètres carrés, à hispidation courte, blanc
grisâtre dans l’alcool et sur le vivant, marron à sec, fixées dans deux cas sur des squelettes de Madréporaires.
Spiculés :
a. Acanthostyles principaux droits, couverts de fortes épines acérées et récurvées dans la partie
basale, lisse dans la moitié distale. Les dimensions varient de 200-250 p/20 p (station 45) à 350-390 u/15 u
(station 24) et 170-400 p/15-30 p (station 48); F
b. Acanthostyles secondaires, ressemblant beaucoup aux principaux, auxquels ils sont parfois reliés
par quelques intermédiaires. Leur base est généralement un peu renflée et souvent séparée du reste de la
tige par un cou lisse ou moins chargé d’épines, surtout net à la station 48. 90-150 p/7,5-15 p;
Fig. 40. — Hymedesmia ( Ectyodesmia) mutabilis (Topsent) St. 45
a. Acanthostyie, X 400; b. Acanthostyles secondaires, x 400; c. Tylotomote, X 1 000; d. Isochèles, dl. x 500- d2 X 500
(St. 24); e. Sigma, 1 et 2. X 1000. ’
c. Tylotornotes ectosomiques; la tête porte un renflement ovoïde peu marqué, la pointe est brusque¬
ment acérée, presque mucronée, parfois après un léger renflement. 190-260 p/1-2 p;
d. Isochèles arqués de deux catégories :
1. A dents assez relevées, à tige lisse (sauf chez l’échantillon de la station 24 où la tige est un
peu ondulée), peu nombreux. 30-45 p;
2. Très arqués, à dents fortement écartées; cette catégorie n’a été trouvée, en petit nombre,
que chez les individus des stations 24 et 48. 20-30 p;
e. Sigmas de deux tailles :
1. Mesurant une vingtaine de microns, ils sont peu nombreux aux stations 24 et 46, très rares
aux stations 45 et 48;
2. Très fins, nombreux. 10-14 p.
Distribution : Açores (200 et 1 740 m). Irlande (450-1 310 m). Nouvelle pour la Méditerranée.
86. Hymedesmia (Ectyodesmia) plicala Topsent (Fig. 41)
Station : 44 (370420 m).
Une croûte de quelques centimètres carrés, grise dans l’alcool, à hispidation courte et serrée, fixée
sur une coquille.
Spiculés :
a. Acanthostyles principaux; la base renflée porte de fortes épines émoussées; la tige a des épines,
tortement recurvees, sur toute sa longueur, mais moins nombreuses vers la pointe. 125-165 p/7,5-10 p;
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE 203
b. Acanthostyles secondaires, ressemblant beaucoup au* acanthostyies principaux. 65-80 p/1,5-7,5 p
près du cou;
F c. Strongyles droits portant quelques renflements à peine marqués. 170-225 pt/3-5 a;
d. Isochèles arqués, à ailes enroulées. 20-25 p.
Fig. 41. — Hymedesmia ( Ectyodesmia) plicata Topsent
a. Acanthostyle, X 400; 6. Acanthostyle secondaire, X 400; c. Strongyles, X 400; d. Isochèle, X 1 000.
Remarque : la distinction entre acanthostyles principaux et accessoires est ici très nette, alors que
chez le type, les deux catégories étaient moins distinctes.
Distribution : Açores (2 460 m). Nouvelle pour la Méditerranée.
87. Hymedesmia (Ectyodesmia) inflata n. sp. (Fig. 42)
Station : 15 (180 m). Holotype : Muséum, n° MNHN-JV-68-11).
Une petite croûte très fine, de 5 mm/5 mm, légèrement hispide, de couleur blanc grisâtre à sec.
Spiculés :
a. Acanthostyles principaux; les plus grands ne sont épineux que près de la base; les plus petits sont
parfois presque entièrement épineux; les épines sont généralement émoussées. 190-400 p/8-12 p;
b. Acanthostyles secondaires, entièrement épineux, à épines fortes et acérées. 50-160 p/4-7,5 p.
Ces deux catégories ne sont pas très nettement tranchées, mais les intermédiaires sont cependant
peu nombreux;
a_ __ —'
Fig. 42. — Hymedesmia ( Ectyodesmia ) inflata n. sp.
a. Acanthostyle, X 200; b. Acanthostyle secondaire, X 500; c. Tomote, X 500; d. Isochèle, X 1 000.
c. Tomotes à extrémités égales. 120-210 p/2-3 p; ,
d. Isochèles arqués, à tige atteignant 10 p vue de face, alors qu’elle ne dépasse pas 5 p vue e pro ,
cet aplatissement de la tige est moins prononcé aux extrémités. 20-40 p, les plus petits, moins arques, an
peu nombreux.
Remarque : cette espèce est caractérisée par ses isochèles à tige aplatie; elle se rapproche assez de
H. pennata Brondsted, des Féroé. Elle n’est malheureusement connue que par un seul individu.
Source : MNHN, Paris
204
JEAN VACELET
88. Hymedesmia (Ectyodesmia) serrulata n. sp. (Fig. 43)
Station : 24 (235 ra). Holotype : Muséum, n° MNHN-JV-68-5).
Une petite croûte de 2 cm 2 , blanche à sec, à hispidation courte et serrée.
Spiculés :
a. Acanthostyles principaux, faiblement courbés dans la partie basale, couverts sur toute leur lon¬
gueur d’épines récurvées le long de la tige; les épines basales sont souvent courbées en crochet. 300-360 g/
17- 18 p;
b. Acanthostyles secondaires, droits, a spmation ressemblant a celle des acanthostyles précédents.
105-160 p/12 p;
Fie. 43. — Hymedesmia ( Ectyodesmia) serrulata n. sp.
a. Acanthostyie, X 400; b. Acanthostyle secondaire, X 400; c. Strongyle, X 400; d. Isochèles, X 1000.
c. Strongyles faiblement polytylotes, à extrémités subégales. 240-280 p/3-5 p;
d. Isochèles arqués; leur tige aplatie mesure 8 à 10 p d’épaisseur vue de face, 4 à 5 p vue de profil,
et porte sur son bord convexe une série d’ondulations bien marquées; les ailes sont un peu enroulées. 37-
40 p.
Remarque : cet échantillon se rapproche à divers titres de H. koelleri Topsent, de H. basiclavata
Topsent et de Anchinoe acanthochela Koltun. L’ensemble de sa spiculation ne permet pas de l’identifier
avec l’une de ces espèces.
89. Stylopus dujardini (Bow.)
Station : 5 (130-150 m). Un individu jaune ocre sur le vivant.
Distribution : Arctique, Atlantique Nord-Est, Méditerranée. Littoral à 1 267 m.
90. Stylopus pulposa (Topsent)
Station : 8 (130-150 m).
Un individu de couleur orangé sur le vivant et dans l’alcool.
Sara & Siribelli (1960) ont proposé de considérer comme une bonne espèce la variété pulposa
proposée par Topsent (1925) pour certains individus de S. dujardini à chair molle et de couleur rouge. Cet
exemplaire se distingue un peu par l’épaisseur de ses acanthostyles, qui atteint 10 p, et par la force des épines
de ces spiculés.
Distribution : Méditerranée. 10 à 60 m.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
205
Famille Anchinoidae
91. Anchinoe sp. (Fig. 44)
Stations : 5 et 7 (130-150 m, sur Ircinia muscamm), 28 (200-290 m) sur l'hydraire Lafoea lumosa.
Le spécimen de la station 28 est une Éponge revêtante, de couleur bleu vif sur le vivant gri. terne
luis l’alcool, la surface est lisse, sauf en quelques points où des bouquets de strongyles dépassent léaère-
menti l'ectosome détachable est renforcé par des faisceaux de strongyles tangentiels; le choanosome montre
des faisceaux de strongyles et d acanthostyles.
Spiculés :
a. Acanthostyles principaux couverts d’épines courtes jusqu’à une vingtaine de microns de la pointe.
180-280 (x/7-8 (i;
b. Acanthostyles secondaires, entièrement épineux. 105-130 p/5 p;
c. Strongyles à extrémités égales ou inégales, parfois presque styles. 220-395 p/4-5 p;
d. Isochèles arqués très variés; les ailes sont très réduites, moyennement développées ou bien mar¬
quées; dans ce dernier cas, la tige s’épaissit jusqu’à 4,5 p et présente des bosselures sur la partie convexe.
26-31 p.
Fig. 44. — Anchinoe sp. St. 28
a. Acanthostyle, x 400; b. Acanthostyle secondaire, X 400; c. Strongyie; d. x 400; c2. X 1000; d. Isochèles, X 1000.
Les échantillons des stations 5 et 7 sont des Éponges encroûtantes, de couleur bleu vif, bleu clair
ou marron sur le vivant, à structure soit A'Anchinoe soit A? Hymedesmia. Probablement identiques à la pré¬
cédente, elles montrent une variabilité assez décourageante. Un individu bleu vif a tous ses isochèles à ailes
rudimentaires et des acanthostyles principaux à spination réduite; un autre, marron, a des isochèles à ailes
moyennement développées et des acanthostyles principaux moyennement épineux; un autre, bleu clair a
une spiculation rappelant celle de l 'Hymedesmia appelée H. mollis Lundbeck par Babic (1922).
Je n’ai pas réussi à décider s’il s’agissait d’une seule espèce très variable ou de plusieurs espèces.
Je préfère laisser ce problème en suspens pour l’instant. Si l’on choisit la solution d une espèce très van e,
les Hymedesmia serrulata et inflata proposées plus haut n’entrent très probablement pas dans les marges
de variation de l’espèce; ceci est plus sûr pour H. serrulata que pour H. inflata, dont l’ensemble de la spi¬
culation se rapproche assez.
Des croûtes bleu vif ont été fréquemment observées sur les tombants et sous les surplombs aux envi
rons de 150 m à la Cassidaigne, et signalées par Vaissière & Carpine (1964) en Soucoupe, sous le nom
d Hymedesmia sp. Elles appartiennent peut-être au même groupe d’Éponges.
Source : MNHN, Paris
206
JEAN VACELET
92. Ancliinoe lenacior Topsent
Station : 4 (100-150 m, un individu revêtant sur un Erylus discophorus).
Distribution : Méditerranée (grottes superficielles, herbier de Posidonies, Coralligène).
Famille Clatliriidae
93. Antho involvens (Schmidt)
Station : 7 (130-150 m).
Un exemplaire revêtant, assez étendu, sur Stryphnus mucronatus; couleur crème sur le vivant, mar¬
ron dans l’alcool.
Distribution : Méditerranée, Atlantique Nord-Est, côtes Ouest et Sud de l’Afrique.
94. Clathria (?) anchorala (Carter) [Fig 45]
Station : 24 (235 m).
Deux petits échantillons revêtants, gris ou marron à sec; l’un d’eux est hispide, l’autre n’a plus d’ecto-
some. La charpente est confuse; par endroits, des mailles grossièrement quadrangulaires, formées par les
styles principaux, apparaissent plus ou moins nettement, consolidées par un peu de spongine; les acantho-
styles s’implantent dors principdement aux nœuds de ce réseau.
C^ï
Fig. 45. — Clathria (?) anchorata Carter St. 24
o. Style ou subtylostyle; al X 400; a2. X 134; b. Acanthostyle, X 400; c. Style ectosomique, X 400; d. Isochèles, X 1 000.
Spiculés :
a. Styles ou subtylostyles principaux, à pointe acérée, avec parfois un renflement annulaire près de
la base. 600-860 p/14-15 p;
b. Acanthostyles droits, à base fréquemment renflée et arrondie, couverts sur toute leur longueur
de fines épines acérées; la spination des plus grands est très réduite et limitée à quelques petites épines près
de la base; certains d’entre eux sont intermédiaires entre styles principaux et acanthostyles. 230-530 p/
c. Styles ectosomiques droits ou parfois légèrement flexueux. 400-510 p/3-5 p;
d. Isochèles palmés, très nombreux; la pdette, bien transparente, a les ailes un peu repliées. 20-25 p.
Remarque : l’absence de toxes et la charpente de ces Éponges les rapproche de Clathria anchorata
(Carter) [=C. plana (Carter)] et de C. longichela (Topsent). L’ensemble de leur spiculation ressemble beau¬
coup à celle des C. anchorata décrites par Stephens des côtes d’Islande et d’Irlande, mis à part les dimen¬
sions assez faibles; par contre, mes deux échantillons se distinguent assez fortement des C. longichela des
Açores (Topsent, 1928) par la spination nulle des styles principaux et par la forme des isochèles. C. ancho¬
rata. et C. longichela sont considérées par Levi (1960) comme synonymes; les différences entre ces deux
individus méditerranéens et C. longichela rend souhaitable pour l’instant la conservation des deux espèces.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
207
Le mauvais état de ce matériel ne permet pas de donner beaucoup de précisions sur la charoente
semble assez particulière, et donc sur le genre ou doit être placée cette Éponge; ce n’est probablement
une Clathria.
qui
pas Ua. —
Distribution : entrée de la Manche, cap Saint-Vincent, Irlande et Islande, 457 m à 698-1 310 m
Nouvelle pour la Méditerranée.
95. Microciona assimilis (Topsent) [Fig. 46]
Station : 10 (130-150 m).
Un petit individu revêtant, jaunâtre dans l’alcool. La charpente ofifre une seule particularité : de grands
tores prennent part à la constitution des colonettes d’acanthostyies principaux.
Spiculés :
a. Acanthostyles principaux, à base renflée portant quelques épines obtuses, à tige lisse ou un peu
bosselée. 200-460 p/7,5-12,5 p;
b. Acanthostyles secondaires entièrement épineux, à épines un peu récurvées. 80-185 p/3-7,5 p;
c. Subtylostyles ectosomiques, droits, à base légèrement renflée pourvue parfois de quelques fines
épines. 240-350 p/2,5-3 p;
d. Toxes à extrémités épineuses, à flexion régulière; les plus petits, à faibles épines terminales, ont
une flexion un peu plus profonde. 50-520 p/0,5-5 p;
e. Isochèles palmés de deux catégories : 5-6,2 p et 7,5-10p; les plus petits sont les plus nombreux.
Fig. 46. — Microciona assimilis (Topsent)
fl. Acanthostyie, X 200; b. Acanthostyle secondaire, X 400; c. Subtyiostyfe» X 1000; d. Toxes, dl. X 200; d2. X 400; d3.
X 1000; e. Isochèle, x 1 000.
Remarque : cette éponge ne diffère de M. poecilosclera (Sara & Siribelli) et de M. assimilis (Topsent)
que par les dimensions de ses toxes (qui ne dépassent pas 300 p chez ces deux espèces). Les toxes tous épi¬
neux sont davantage un caractère de M. assimilis, tandis que les deux catégories d’isochèles rappellent plus
M. poecilosclera. Les deux espèces sont très proches, sinon identiques, et ces quelques différences relèvent
sans doute de variations individuelles.
Distribution : Méditerranée.
96. Microciona gradalis (Topsent)
Stations : 19 (190-200 m), 38 (300-350 m).
Les trois exemplaires de la station 19 sont rapportés avec beaucoup de doutes à cette espèce, car "s
se singularisent par les grandes dimensions de leurs isochèles (15-20 p au lieu de 11-14 p) et par es epines e
leurs acanthostyles secondaires, faibles et non récurvées; on doit noter aussi la présence e que ques îs
chèles arqués, de 40 p, probablement étrangers, chez deux d’entre eux.
Distribution : Méditerranée, des grottes superficielles à 100 m; îles du Cap Vert (91 m).
Source : MMHN, Paris
JEAN VACELET
97. Microciona frogeli n. sp. (Fig. 47)
Station : 19 (190-200 m).
Une petite croûte grisâtre dans le formol, filée sur un Bryozoaire et un Serpulidé. L’échantillon a été
entièrement utilisé dans la préparation de la charpente et des spiculés. Le choanosome contient de nombreuses
cellules sphéruleuses brunâtres de 10 à 12,5 |». Charpente typique du genre.
Spiculés :
a. Acanthostyles principaux, à courtes épines localisées près de la base renflée, lisses sur presque
toute leur longueur. 320-590 pt/10-12 (J.;
b. Acanthostyles secondaires, entièrement épineux, à base renflée. 110-200 pt/5-6 pi;
c. Tylostyles ectosomiques, à tête ovoïde parfois finement épineuse. 310420 p/2,5-3,5 p;
d. Toxes répartis en deux catégories entre lesquelles il n’y a pas d’intermédiaires :
1. Petits et fins, à flexion centrale peu marquée ou nulle, régulièrement arrondis. 10-13 u-
2. Plus épais, à flexion centrale bien marquée, à pointe régulièrement acérée. 30-100 p/24 p
Aucun isochèle n’a été observé.
Remarque : cette espèce, du groupe de Microciona cleistochela (Topsent), M. duplex (Sarà), etc.,
se rapproche de M. angularis (Sara & Siribelli) et de Hymantho bitoxa (Burton) par la forme des toxes épais.
Elle s en distingue par la spination plus abondante des acanthostyles et par la possession d’une deuxième
catégorie de toxes.
M Ue Clausade m a procuré un autre exemplaire de cette espèce, fixé sur un fragment de Dendro-
phyllia mort récolté dans la Biocœnose du Détritique du Large, à 100 m, de spiculation identique, mais
possédant quelques isochèles de 16 à 20 p.
Famille Plocamiidae
98. Plocamionida ambigua (Bow.)
Station : 38 (300-350 m).
Distribution : Atlantique Nord et Nord-Est, Afrique du Sud, Méditerranée. Cette espèce n’avait
encore été trouvée qu’à Monaco en Méditerranée (Topsent, 1936, 35 à 100 m).
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
209
HAPLOSCLERIDES
Famille Gelliidae
99. Gelliodes fibulatus (Schmidt)
Station : 6 (130-150 m).
Distribution : Méditerranée, Atlantique Nord-Est.
100. Gellius arnesenae Arndt (Fig. 48)
Stations : 47 (500 m), 48 (500 m).
Deux petits spécimens revêtants, friables, blanc grisâtre dans l’alcool. L’ectosome non détachable
porte une hispidation courte, irrégulière et désordonnée. Les mégasclères forment un réseau choanosomique
peu net, avec en surface quelques oxes dressés, implantés aux nœuds.
Fig. 48. — Gellius arnesenae Arndt
a. Oie, X 1000; b. Sigma, 1 et 2, X 500; c. Toxe, X 500.
Spiculés :
a. Oxes trapus, faiblement courbés. 550-700 {x/12-28 p (station 47) et 460-720 p/17-28 p (station 48);
b. Sigmas répartis en deux catégories :
1. 45-60 p et 45-50 p,
2. 16-35 p. et 13-30 p,;
c. Toxes à bouts légèrement récurvés. 80-120 p/2 p. chez les deux spécimens.
Remarque : ces deux éponges correspondent bien aux Gellius décrits par Lundbeck (1902) sous le
nom de G. angulatus et par Arnesen (1903) sous le nom de G. massa.
Distribution : Norvège, Suède, Islande (11 à 200 m). Nouveau pour la Méditerranée.
101. Gellius flagellifer Ridley & Dendy
Stations : 13 (146-170 m), 33 (270 m).
Spiculés :
a. Oxes : 320-350 p/12 p. (station 13) et 260420 p/6-11 p. (station 33);
b. Sigmas flagelliformes : 50-140 p/2-4 p, et 80-100 p/2,5-3 p;
c. Sigmas normaux : 20-80 p/0,5-3 p et 20-60 p/0,4-2,5 p.
Distribution : Atlantique Nord-Est, Floride, Méditerranée.
102. Raphisia lacasei (Topsent) [Fig. 49]
Station : 6 (130-150 m).
Deux Éponges revêtantes, de 8 à 10 cm sur 0,5 à 1 cm d’épaisseur, fixées sur un Erylus discop °rus,
irrégulièrement lobées, friables. La couleur, marron dans l’alcool, était blanc jaunâtre sur le vivant. Les
8 564033 6 5
Source : MNHN, Paris
210
JEAN VACELET
oscules mesurent de 3 à 6 mm; ectosome non détachable; la surface est couverte de très petits conules irré
guliers. Les oxes, de dimensions uniformes, forment un réseau reméroïde peu net, consolidé par une petite
quantité de spongine; les raphides, abondants, ne sont pas groupés en trichodragmates.
Spiculés :
a. Oxes courbés, dont les extrémités acérées ont souvent des rétrécissements successifs. 355-395 p/
11-15 p;
b. Raphides : 75 p.
Fig. 49. — Raphisia lacazei Topsent
a. Oxes; al. X 200; a2. X 400; b. Raphide, X 400.
Remarque : il s’agit certainement de l’Éponge décrite de Banyuls par Topsent (1893) sous le nom
de G. lacazei, qui n’avait plus été retrouvée depuis; elle est certainement très proche de Raphisia laxa
Topsent (1892), décrite elle aussi de Banyuls; mais cette dernière aurait les oxes en désordre complet et ses
raphides formeraient des trichodragmates; de plus, une préparation de spiculés du spécimen de Topsent
m’a montré que la surface des oxes était un peu ondulée.
On peut discuter de la nécessité de séparer cette Éponge dépourvue de sigmas du genre Gellius.
Les genres Vagocia De Laubenfels (1936) et Neoadocia De Laubenfels (1950) pourraient convenir, mais
il serait probablement plus judicieux de rendre son sens primitif au genre Raphisia (Topsent), employé par
De Laubenfels pour des Eponges bien différentes du génotype, R. laxa, qui est peut-être même syno¬
nyme de Gellius lacazei.
Distribution : Banyuls (40 m). Cette espèce est, selon Griessinger (communication), assez abondante
dans une zone semi-obscure de la grotte du Figuier (Marseille), à 15 m.
Famille Renieridae
103. Reniera sp.
Une dizaine de Reniera actuellement indéterminables ont été récoltées par la Soucoupe ou en dra¬
gages; ce genre semble, en observation directe, bien représenté sur les tombants et surplombs de la Roche
du Large.
Quatre autres espèces, mieux caractérisées, ont pu être déterminées ou nécessitent la création, peut-
être provisoire, d’espèces nouvelles.
104 Reniera plana Topsent (Fig. 50)
Stations : 6 (130-150 m), 10 (130-180 m).
Deux fragments d’une Éponge on lame, friable, épaisse de 4 à 5 mm, dont le plus gros mesure
4 cm/6 cm. Couleur marron dans l’alcool. Les deux faces de la lame sont différentes; l’une d’elles porte des
dépressions, correspondant probablement à des oscules, de 1,5 à 2 mm de diamètre, réparties assez irrégu¬
lièrement; l’autre face est percée d’ostioles d’une centaine de microns. L’ectosome n’est pas détachable.
Ij charpente consiste en un réseau isodictyal irrégulier, unispiculé, plurispiculé par endroits; la
spongine est limitée aux nœuds du réseau.
Spiculés : Oxes à pointes brusques, très acérées : 260-310 p/8,5-11 p.. On trouve aussi quelques
styles de mêmes dimensions.
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE jjj
Distribution : Méditerranée Nord-Ouest (Viliefranche, La Ciotat, Porqueroüe», Banyui», mm M*
cation de profondeur).
Remarque : c’est avec réserves que je rapporte ces échantillons à l’espèce succinctement décrite pxr
Topsent (1892 et 1943).
105. Reniera magna n. sp. (Fig. 51 et PI. II-2.3)
Stations : 7 (130-150 m), 10 (130-180 m), 34 bis (250-280 m). Holotype : Station 7 (Muséum n° SfNHX
JY-68-16).
Cette grosse Éponge, dont des fragments seuls ont été récoltés, est constituée de plusieurs tohea,
généralement trois ou quatre, s’élevant d’une base commune; ces tubes, à parois épaisses et bwn wfe .
atteignent plusieurs dizaines de centimètres de long et environ 10 cm de diamètre; ils sont parcoarx? par
un canal central de 2 à 3 cm de diamètre, qui se termine par un oscule de même dimension, entouré d’are
membrane fine et fragile, détruite chez les spécimens récoltés, qui doit atteindre 2 cm de long; de nocnieein
canaux secondaires, dont les plus grands mesurent 5 mm, se jettent dans le canal central. La codeur «s*
blanc un peu jaunâtre sur le vivant et dans l’alcool. La consistance est très friable et l’Éponge s'émiette tris
facilement.
Oie, x 400.
Fie. 51. — Reniera magna n. sp.
La charpente consiste en un réseau isodictyal assez régulier, à mailles tri- ou quadran gu laines, ccos:-
lidé par de la spongine limitée aux nœuds du réseau; des lignes ascendantes plurispiculées sont exeep&re-
nelles. L’ectosome est constitué par un réseau analogue tangentiel; il est fragile et difficilement
Après conservation dans l’alcool, on observe des cellules sphéruleuses de deux sortes, mesurant dirs .;s
deux cas une vingtaine de microns : les unes ont des sphérules peu visibles de 5 p, les autres, de f«
moins régulière, ont des sphérules plus réfringentes de 2 p.
Spiculés : oxes courbés au centre, à pointes bien acérées. 170-185 p/5-7,5 p.
Remarques : cette espèce, dont une photographie prise par la Soucoupe à la Cassidaigne a •-*.& — ■
publiée sous le nom erroné de Tylodesma inornata (Laborel & al., 1961, pl. 3), est abondante
falaises du canyon de la Cassidaigne entre 130 et 150 m, et a été observée à maintes reprises à toutes
plongées effectuées à ces profondeurs. Elle vit sur les surfaces verticales ou subverticales fortement mrtaees.-
plus rarement au rebord de petits replats. . ^
Cette Reniera, commune et bien caractérisée, se remarque et se reconnaît facilement < n <•
directe. Le problème est de savoir si des débris de cette espèce, récoltés en dragages, n ont p» «J*
décrits; les dimensions des spiculés et les caractères de l’épiderme correspondent assez a ceux v.e tesw..
Source : MNHN, Paris
212
JEAN VACELET
que Topsent (1925) a rapporté à R. grosso, (Schmidt) après avoir revu les spécimens de Schmidt conservés
au Musée de Strasbourg, mais l’on sait trop combien ces deux caractères sont insuffisants pour la détermi¬
nation des Reniera. Nous savons trop peu de choses sur R. grosso, espèce littorale, pour appeler de ce nom
cette Reniera de la Roche du Large. C’est, en tout cas, une espèce que je n’ai jamais observée en plongée
dans les grottes et falaises entre 0 et 60 m.
106. Reniera poecülastroides n. sp. (Fig. 52, PI. 1-3 et PI. II-2)
Stations : 7 (130-150 m), 11 (150 m). Holotype : Station 7 (Muséum, n° MNHN-JV-68-15).
Éponge en lame épaisse de 1 à 2 cm, irrégulière, en majeure partie décollée du substrat, sur lequel
elle est fixée en quelques points seulement, couvrant des surfaces assez importantes; certains exemplaires
dressés, en forme de lames contournées, sont très difficiles à distinguer, en observation directe, de Poecil
lastra compressa. Couleur crème sur le vivant et dans l’alcool; consistance friable. Les deux faces, fisses,
ont une structure différente; la face inhalante, probablement dirigée vers le substrat, est recouverte d’une
fragile pellicule, détachable par endroits, renforcée par un réseau irrégulier dans les mailles duquel s’ouvrent
des ostioles de 80 à 100 p.; la face exhalante, sans pellicule ectosomique particulière, porte des oscules de
1,5 à 2 mm de diamètre, assez nombreux et répartis sans ordre. Le squelette se compose d’un réseau iso-
dictyal unispiculé, peu régulier, avec quelques lignes bispiculées; les spiculés sont unis par un peu de
spongine aux nœuds du réseau. Les cellules sphéruleuses (10 p.) sont visibles après séjour dans l’alcool.
Le spécimen de la station 7, récolté le 4 novembre 1965, contient des ovocytes abondants, de 30 à 35 p. de
diamètre; l’autre spécimen, récolté en novembre 1963, n’est pas en reproduction.
Fie. 52. — Reniera poecillastroides n. sp. St. 7
a. Oxes, 1. X 400; 2. X 1000.
Spiculés : oxes courbés, à pointes courtes un peu émoussées. Ils mesurent 250 à 310 p/7-11 p chez
l’holotype; ils sont un peu plus fins en moyenne à la station 11, où ils ne dépassent pas 8,5 p d’épaisseur.
On rencontre, chez les deux individus, quelques rares styles de mêmes dimensions.
Remarques : on peut estimer, malgré la confusion possible, en observation directe, de certains indi¬
vidus avec Poecillastra compressa, que cette Reniera est commune sur les falaises de la Cassidaigne et du
Tombant de Nice entre 130 et 150 m; elle est reconnaissable sur une photographie prise par Froget au cours
de la plongée Soucoupe 464 à 90 m de profondeur. Elle est localisée sur les surfaces verticales ou légèrement
surplombantes.
Cette espèce est bien caractérisée par son aspect externe, mais il conviendra de vérifier sur de plus
nombreux échantillons ses différences avec Reniera plana (Topsent), à laquelle je crois pouvoir rapporter
des échantillons différents par les pointes des oxes et par les cellules sphéruleuses.
107. Reniera rhizophora n. sp. (Fig. 53 et PI. IV-3)
Stations : 8 (130-150 m), 12 (150 m. Holotype : Muséum, n° MNHN-JV-68-13).
Deux Éponges pédonculées, mesurant respectivement 8 et 4 cm. Le pédoncule, simple chez l’holo-
type, est divisé en deux chez le spécimen de la station 8; il est formé de fibres de spiculés qui dépassent
u de diamètre, et se termine par des ramifications qui enracinent l’Éponge dans le sédiment. Le corps
de 1 Eponge est en forme de massue (2 cm/1,5 cm pour l’holotype, 4 cm/2,5 cm pour l’autre individu).
La couleur est grise dans l’alcool; la consistance est assez molle, et le pédoncule lui-même n’est pas très
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
213
riride. La surface porte une courte hispidation à peine risible. L’oscule unique, de 2 à 3 mm, est apical.
La charpente consiste en mie réticulation irréguhere des fibres du pédoncule, dont le diamètre va en décroîs,
ynl vers le sommet de l’Eponge, rebées entre elles par des spiculés isolés; la spongine, peu abondante est
localisée aux points de jonction des spiculés.
L’exemplaire de la station 8 est recouvert presque totalement par une Synascidie.
; oxes minces, courbés, à p
Spiculés :
à pointes longues et acérées. 220-330 p/5-7,5 p.
Remarques : cette Reniera se rapproche de certaines espèces pyriformes ou pédonculées de l’Atlan¬
tique Nord, telles que R. voeringi Lundbeck ou R. clavata Levinsen, qui sont dépourvues des rhizoïdes si
particuliers de cette espèce. Ces rhizoïdes ressemblent assez aux racines de Siphonochalina annulata Ridley
& Dendy, du Sud de l’Australie, dont la structure n’est pas décrite par les auteurs.
a. Oxes, 1. x 1000; 2. x 400.
Fie. 53. — Reniera rhizophora n.
La ressemblance de R. rhizophora avec les Rhizaxinella est remarquable; il est probable que cette
espèce a été parfois confondue avec Rhizaxinella pyrifera en observation directe ou sur photographies,
d’autant plus que sa localisation est identique : c’est une espèce vivant sur les surfaces horizontales ou fai¬
blement inclinées assez envasées. Aussi est-il difficile de préciser son abondance; toutefois, J. Picard a
observé de nombreux autres individus près de l’île Standia, au cours de la plongée où il a récolté Phototype.
108. Calyx nicaeensis (Risso)
Station : 50 (600 m).
Un fragment d’une dizaine de centimètres de cette espèce littorale, qui se trouvait peut-être en épave
à cette profondeur inhabituelle.
Distribution : Méditerranée, 5-55 m.
109. Petrosia dura (Nardo) [?]
Station : 6 (130-150 m).
Quelques exemplaires décolorés de la forme ramifiée de P. dura ont été reconnus sous des surplomb?
faiblement inclinés.
Distribution : Méditerranée, Afrique Ouest, Banc Princesse Alice.
110. Janulum spinispiculum (Carter) [Fig. 54]
Stations : 24 (235 m), 35 (300 m).
Deux exemplaires revêtants, de 2 cm 2 , épais de 1 à 2 mm. Couleur blanche (à sec). La charpente
est un réseau isodictyal fragile, unispiculé ,sans lignes ascendantes définies; la spongine est limitée a une
petite flaque aux nœuds du réseau, et lie les extrémités courbes et dépourvues d épines des acanthestrongyies.
Spiculés : Acanthostrongyles, droits, sauf aux extrémités plus ou moins tordues, ou légèrement
courbés sur toute leur longueur. 130-230 p/3-10 p à la station 24, 100-190 p/2,5-5 p à la station 3o.
, Remarque : De Laubenfels (1936) a proposé de distinguer un genre Janulum pour cette
cest après beaucoup d’hésitations que j’utilise ce genre plutôt que Metschnikowia Grmim, en . a
eence d’acanthostrongyles chez Janulum n’est pas suffisante pour le séparer des Metschnikowia , a acantnoxes.
8 564033 6 5 *
Source : MNHN, Paris
214
JEAN VACELET
puisque i’on ne distingue pas génériquement Reniera cratera, à strongyies; mais les acanthostrongyles de
Janulum spinispiculum ont une forme bien différente de celle des acanthoxes de M. tuberciilata de la mer
Caspienne, et les spiculés de ces deux espèces diffèrent bien plus que ne diffèrent ceux de Reniera cratera
et d’une Reniera typique.
Acanthostrongyle, X 400.
Fig. 54. — Janulum spinispiculum Carter
D’autre part, les Renieridae à acanthoxes ne sont connues qu’en mer Caspienne (où Koltun [1962]
a montré récemment qu’on ne pouvait distinguer qu’une seule espèce) et leurs rapports avec les Spon-
gillidae demandent à être précisés. On doit également placer dans le genre Janulum la Reniera filholi
Topsent, dont les acanthostrongyles, non tordus aux extrémités, ressemblent davantage aux spiculés des
Reniera (encore que la présence d’un renflement central chez quelques spiculés rendent les affinités de cette
Éponge assez incertaines). On peut discuter aussi la distinction de Janulum du genre Damiria Keiler, de
la mer Rouge, dont les tylotes réticulés ont les extrémités épineuses, et du genre Anisotylacanthea décrit
dans les Myxillidae.
Distribution : Atlantique Nord-Est : cap Saint-Vincent, Açores, Irlande et Islande, Danemark.
200 à 2 165 m. Nouvelle pour la Méditerranée.
KEKATIDES
Famille Halisarcidae
111. Hexadella detritifera Topsent
Stations : 3 (108-144 m), 13 (146-170 m).
Éponges revêtantes irrégulières sur Dendrophyllia, englobant de nombreux corps étrangers, en par¬
ticulier des coquilles et des débris de Bryozoaires; l’épaisseur atteint 1 cm par endroits. Couleur violet vif
dans l’alcool. L’ectosome, brillant, facilement détachable, est marqué de petites rides tendues entre les
soulèvements de la surface au dessus des corps étrangers. Choanosome mou, à nombreuses chambres choano-
cytaires de 70 p de plus grand diamètre. Des cellules sphéruleuses violet foncé, abondantes surtout dans
l’ectosome, mesurent de 9 à 13 p.
Remarques : on connaît deux espèces d 'Hexadella en Méditerranée, H. racovitzai et H. pruvoti,
toutes deux décrites de Banyuls par Topsent (1896); leur distinction a été mise en doute par De Lauben-
fels (1948), et cette opinion se justifie, car seule la couleur permettait de distinguer ces deux espèces de
localisation écologique identique. A Marseille, on trouve sur les rochers et dans les Grottes Semi-Obscures
une Éponge de couleur marron terne tirant sur le violet, n’incorporant qu’exceptionnellement des corps
étrangers, et dont tous les caractères à l’exception de la couleur correspondent très bien à ceux del 'Hexadella
décrite de Banyuls; il s agit certainement de H. racovitzai. On doit signaler deux faits curieux à son sujet :
sa couleur semble remarquablement constante à Marseille, à la différence de Banyuls ;
alors que je n’avais pas trouvé cette Éponge lors de mon travail de 1959, elle apparaît commune
dans la région de Marseille entre 10 et 30 m sur des rochers moyennement éclairés, d’après les observations
dHARMELiN; son extension bathymétrique doit aller jusqu’à une soixantaine de mètres, où J. Picard l’a
reconnue au cours d’une plongée en Soucoupe sur les falaises du Grand Congloué (Laborel & al., 1961,
Source : MNHN, Paris
ÉPONGES PROFONDES DE MÉDITERRANÉE
215
Les deux échantillons dont il s’agit ici se distinguent de cette Éponge par leur couleur violet vif et
par l’abondance des corps étrangers englobés; il s’agit probablement d’une espèce différente, ressemblant
assez à H. detritifera Topsent, 1913. Cette détermination reste un peu douteuse, car les échantillons de
Topsent sont décrits comme libres sur le fond et avec des chambres choanocytaires plus grandes (60-73 p,/
107-165 p) ; elle est quand même assez vraisemblable, car la distribution géographique et bathymétrique de
H. detritifera (Norvège, 394 m; Açores, 98 m) est bien en accord avec celle des autres Éponges récoltées
dans la Roche du Large en Méditerranée.
De Laubenfels (1948) semble avoir exagéré l’importance de l’ectosome en tant que squelette externe;
Topsent, dans la diagnose du genre Hexadella, signale seulement une épaisseur un peu plus grande que dans
les genres voisins : « l’ectosome forme une pellicule souvent d’épaisseur notable et relativement assez résis¬
tante »; ces termes, qui s'appliquent parfaitement à l’ectosome des Hexadella que j’ai pu examiner tant en
Méditerranée qu’en océan Indien, ne se traduisent pas par « leather-like »; Topsent ne signale pas de spongine
ou de substance voisine. En fait, l’ectosome des Hexadella n’a pas une consistance plus grande que celui
de bien d’autres Éponges Cornées, et Topsent n’a insisté sur son rôle de squelette externe qu’en raison de
l’absence de squelette interne.
Famille Aplysillidae
112. Chelonaplysilla noevus (Carter)
Stations : 5 (130-150 m), 7 (130-150 m).
Trois individus typiques, à chair et à fibres violet foncé sur le vivant et dans l’alcool, tous fixés sur
Ircinia muscarum.
Remarque : la couleur violette habituelle de cette Éponge n’est pas absolument constante, en parti¬
culier dans les grottes obscures où l’on trouve parfois des spécimens grisâtres.
Distribution : Atlantique Nord, Méditerranée, mer Rouge. Surtout sous les pierres, dans le Coralli-
gène, les Grottes Semi-Obscures et Obscures.
113. Chelonaplysilla psammophila (Topsent)
Station : 15 (180 m).
Éponge en plaque peu épaisse, couvrant plusieurs centimètres carrés, de couleur grisâtre à sec.
L’ectosome, sans orifice visible, est uniformément recouvert d’une couche arénacée; les grains de sable et
les spiculés étrangers sont inclus dans les tissus superficiels de l’Éponge et leur présence n’est pas due au
dessèchement. Les fibres, de couleur ambrée, mesurent 1 à 2 cm de long et 100 p de diamètre à la base.
Remarque : Aplysilla psammophila a été décrite d’après une Éponge différant de C. noevus par
son ectosome uniformément empierré. Cet échantillon diffère du type par sa couleur, grise à sec au lieu de
rouge violacé et rosé dans l’alcool, mais on sait que la couleur a peu de valeur systématique chez les Aply¬
sillidae. J’ai examiné de nombreux individus de C. noevus provenant de profondeurs variées, sans jamais
observer de tendance des renforts réticulés et ensablés à s’étendre à toute la surface, et la distinction de ces
espèces m’apparaît donc justifiée. Il pourrait s’agir d’une jeune Dendrilla acantha Vacelet; mais la surface
assez importante couverte par cet exemplaire rend cette hypothèse peu vraisemblable.
Distribution : banc Joséphine (208 m). Suède (400 m), Norvège.
114. Pleraplysilla spinifera (Schulze)
Stations : 7 (130-150 m), 8 (130-150 m), 34 bis (250-280 m), 47 (500 m).
Cette espèce, commune sur les falaises et dans les grottes entre 10 et 60 m, semble également abon¬
dante dans la biocœnose de la Roche du Large; plusieurs exemplaires non récoltés ont pu être reconnus en
Soucoupe entre 130 et 150 m. Les dragages montrent que certains individus peuvent vivre à des profon¬
deurs bien supérieures.
Distribution : Manche, Portugal (campagne du « Faial », non publiée), Suède, Australie, Caroline du
Nord.
Source : MNHN, Paris
216
JEAN VACELET
Famille Dysideidae
115. Dysidea fragilis (Montagu)
Stations : 5 (130-150 m), 7 (130-150 m), 9 (150 m), 10 (130-180 m), 18 (165-211 m), 22 (220 m), 34 bis
(250-280 m).
Distribution : Cosmopolite.
116. Spongionella pulchella (Sowerby)
Station : 43 (380 m).
Distribution : Atlantique Nord, Arctique, Pacifique Nord-Ouest, Méditerranée. 47-631 m.
Famille Spongiidae
117. Ircinia (Sarcotragus) muscarum (Schmidt)
Stations : 5 (130-150 m), 7 (130-150 m), 8 (130-180 m).
Cette espèce est abondante sur les surfaces subhorizontales un peu envasées à la Cassidaigne, et de
nombreux individus de grande taille ont été observés en Soucoupe. Les trois exemplaires récoltés, de couleur
relativement claire, portaient de nombreux épizoaires, en particulier beaucoup d’Éponges encroûtantes.
Distribution : Méditerranée (de quelques mètres à 126 m), côtes Ouest africaines (40 m), Australie.
118. Ircinia oros (Schmidt) [?]
Station : 6 (130-150 m).
Quelques exemplaires ont été reconnus sur surfaces verticales à la Cassidaigne, mais il serait néces¬
saire de vérifier cette détermination.
Distribution : Méditerranée (des grottes superficielles à 100 m).
119. Verongia cavernicola Vacelet (PI. 1-2)
Stations : 11 (observation de 50 à 90 m), 7 (observation à 130 m).
Cette espèce sciaphile, si commune dans les grottes et falaises observables en plongée entre 7 et 60 m,
a été reconnue avec certitude au cours de deux plongées en Soucoupe. Sur les falaises du Tombant de Nice
(station 11), elle était encore très abondante à 90 m et sa disparition en dessous semble due à un changement
dans la pente et à un envasement plus prononcé. A la Cassidaigne, où des rochers n’ont été observés qu’à
partir de 130 m, elle apparaît très rare et très localisée, et les quelques individus observés étaient réunis
sur une dalle rocheuse subhorizontale de 2 à 3 m 2 , faiblement envasée. Tous les surplombs et les falaises
explorés à cette profondeur étaient dépourvus de cette espèce facilement reconnaissable, qui est là à sa
limite bathymétrique.
Distribution : Méditerranée.
Source : MNHN, Paris
mvxos P*OFV*XW5S OS mLpITKRKANÊK
217
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PLANCHES
Source : MNHN, Paris
Planche I
St. 8, Cassidaigne, 130 m. Surface subhorizontale envasée, avec Poecillastra compressa (portant quelques Ophiacantha setosa),
Axinella polypoide à l’extrême gauche, diverses petites Éponges dressées et Paralcyonium elegans.
St. 8, Cassidaigne, 130 m. Dalle subhorizontale peu envasée, avec un peuplement de Verongia cavernicola et de diverses Éponges.
Alcyonium palmatum (flèche), et de grands Hydraires à gauche.
St. 8, Cassidaigne, 130 m. Paroi verticale; Eunicella verrucosa, Paramuricea clavata, Corallium rubrum. Renierapoecillastroides
(flèche) et nombreuses Éponges encroûtantes de couleur blanc ou jaunâtre.
Source : MNHN, Paris
Planche II
1. St. 7, Cassidaigne, 130-150 m. Reniera poecillastroides sur paroi verticale, avec Ophiures.
2. St. 8, Cassidaigne, 130 m. Sous un surplomb peu accentué, une Reniera magna au milieu. Reniera poecillastroides en bas et à
gauche (flèches) ; une Eunicella verrucosa et nombreuses Éponges blanches, bleues et jaunes.
3. St. 7, Cassidaigne, 130 m. Un gTand individu de Reniera magna sur une surface verticale, avec une colonie de Corallium rubrum
près de sa base; Suberites carnosus (?) ramifié à droite.
Source : MNHN, Paris
MUSÉUM. — SÉRIE A. — TOME LIX. — FASC. 2 ET DERNIER
PL. II
mémoires du
8 564033 6
BIBL.OUj
[MvstymJ
Source : MNHN, Paris
Planche III
1. St. 34, Cassidaigne, 300 m. Éponges blanchâtres en lames indéterminées (Poecillastra ou Pkakellia'ï), alignées sur le rebord
d’une marche rocheuse; surface horizontale envasée avec diverses petites Éponges dressées.
2. St. 34, Cassidaigne, 300 m. Bord vertical de la marche vue par en-dessus à la photo précédente. Nombreuses Éponges encroû¬
tantes et revêtantes, blanches et jaunâtres.
3. Oxycordyla pellita, X 3,5.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — SÉRIE A. — TOME LIX. — FASC. 2 ET DERNIER
PL. III
Source : MNHN, Paris
Planche IV
1. Bubaris carcisis, St. 31, X 7,5.
2. Axinella guileli, spécimen de grotte (35 m), X 1,3.
3. Reniera rhizophora, holotype, X 2,1.
Source : MNHN, Paris
mémoires du
MUSÉUM. — SÉRIE A. — TOME LIX. — FASC. 2 ET DERNIER
PL. IV
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHM, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris