MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
i /n
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Q
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME LX
.FASCICULE 2
A. KIENER et G. J. SPILLMANN
CONTRIBUTIONS A L’ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
ET ÉCOLOGIQUE DES ATHÉRINES
DES COTES FRANÇAISES
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1969
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DD MDSÉli NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
Série A. Zoologie. Tome LX. Fascicule 2. — 1969
CONTRIBUTIONS A L’ÉTUDE SYSTÉMATIQUE ET ÉCOLOGIQUE
DES ATHÉRINES DES COTES FRANÇAISES
par
A. KIENER et C. J. SPILLMANN
SOMMAIRE
Introduction . 34
Chap. I. — Historique de la nomenclature . 34
Chap. II. — Systématique . 37
A. Principaux caractères systématiques des Athérines. 37
B. Espèces retenues . 46
Chap. III. — Atherina boyeri Risso. Diagnose générale et étude de quelques populations . 47
A. Diagnose générale . 47
B. Etude de plusieurs populations d’origines diflérentes. 49
C. Polymorphisme et problème des sous-espèces . 50
Chap. IV. — Remarques au sujet de quelques populations d’A. presbyter C. et d’A. hepsetus L. 55
Chap. V. — Répartition géographique et biologie des trois espèces . 56
A. Répartition actuelle. 56
B. Aperçus biologiques. 58
1) Reproduction et longévités . 58
2) Parasites des Athérines. 59
3) Euryhalinité ou sténohalinité des Athérines . 59
C. Essai de définition de la • niche • des Athérines . 62
D. Phylogénie et dissémination des espèces . 64
E. Aperçu de leur importance économique. 64
Conclusion. 64
Résumé — Summary — Zusammenfassung. 66
Annexe — Liste des spécimens étudiés . 67
Bibliographie . 71
34
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
INTRODUCTION
En utilisant divers ouvrages traitant, entre autres, de la systématique des Athérines
circum-méditerranéennes, on se trouve fréquemment embarrassé pour attribuer, en toute
certitude, une dénomination spécifique à de nombreux spécimens. C’est notamment le cas pour
les poissons dénommés couramment sur les côtes de Provence et du Languedoc « Cabassoun »
ou « Joël », le nom de * Siauclet » étant généralement réservé à Y Atherina hepsetus L.
Devant le manque de concordance entre les nombreux documents consultés et devant la
pluralité des noms d’espèces retenus dans la majorité des ouvrages récents, il nous a semblé
opportun de faire une mise au point en reprenant les grandes lignes des divers travaux parus
jusqu’à ce jour. Après avoir précisé certains points de systématique, nous avons étudié en détail
diverses populations de l’espèce très fréquentes en Méditerranée, Atherina boyeri R., et plus
succinctement quelques populations d’A. hepsetus L. et d’A. presbyler C. Cette dernière est
essentiellement atlantique, mais peut cependant être rencontrée dans la partie occidentale de
la Méditerranée. La majeure partie du matériel que nous avons récolté provient des côtes
françaises méditerranéennes : Provence, Languedoc, Roussillon et côte Est de la Corse qui
comporte plusieurs lagunes saumâtres. Plusieurs envois nous ont été faits fort aimablement
par des collègues étrangers ; la liste générale des lots étudiés figure en annexe.
Chapitre I
HISTORIQUE DE LA NOMENCLATURE
La complexité de la systématique, relatée dans des travaux parfois contradictoires, nous
a incité à rappeler, ici, par ordre chronologique, les principales espèces reconnues et opinions
émises par un certain nombre d’auteurs (voir Bibliographie) :
1758 Linné. Une seule espèce : Atherina hepsetus L. (1758).
1810 et 1826 Risso ajoute à l’espèce précédente :
A. boyeri Risso (1810).
A. marmorata R. )
A. minuta R. \ décrites en 1810, mais supprimées en 1826.
1835
1836
CUVI ^outent ALENCIENNES ’ AUX dCUX espèces Am he P setus et A - boyeri, ces auteurs
A. mochon C. (1829) (!) )
A. risso C V (*) ( Méditerranée.
A. sarda C.V. )
A. presbyler C. (1829 0 * l’Océan Atlantique.
A”'taïïm iTJ^ “““S- d »"" e ^tre espèces :
roche 1809) 311 * d he P selus ra PPOrté d’Iviça par Delaroche. : Delà-
W '” d ' Cov, “ ,eul <C™m, 1829) et non a« Ouvre» et
,, (2) L’orthographe d’oriaine At 4
rissoi comme l’ont indiqué de nombreux auteurs
Source : MNHN, Paris
35
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
A. mochon C. (= variété 2 Idem).
A. boyeri R. (= variété 3 Idem).
A. lacustris Bonap. (« Latterino di lago »).
1861 Günther :
A. presbyter C.
A. pontica Eichwald (1831).
A. hepsetus L.
A. lacustris Bonap.
A. boyeri R. (= variété 3 Delaroche).
A. mocho C. (= variété 2 Idem. L’orthographe de mochon a été amendée).
1881 Moreau :
A. hepsetus L.
A. boyeri R. (= variété 3 d ’A. hepsetus Delaroche).
A. presbyter C.
A. mochon C. (= variété 2 Idem).
A. risso C.V.
1902 Roule crée une nouvelle espèce :
Atherina riqueti R. localisée en eaux douces.
1904 Borsieri :
Atherina hepsetus L.
A. presbyter C.
A. boyeri Risso (= variété 3 Delaroche).
A. mochon C. (= variété 2 Idem).
A. rissoi C.V. (= A. sarda C.V. = A. caspia Eichw. 1831. = A. pontica Eichw. =
A. lacustris Bonap.).
1907 Boulenger :
Atherina mochon, var. aegyptica Boul. (= Atherina hepsetus var. 2 Delaroche. =
A. risso C.V. = A. sarda C.V. = A. lacustris Bonap. = A. caspia Eichw. =
A. pontica Eichw. = A. boieri Depéret (non Risso) 1883 = A. hyalosoma Fac-
ciola 1885 (Sicile) = A. riqueti Roule = A. sardinella Fowler).
A. bonapartii (voir p. 426).
1919 Jordan et Hubbs :
Hepsetia boyeri (Risso) (= var. 3 Delaroche).
Atherina hepsetus L.
A. presbyter C.
A. caspia Eichw. (= A. pontica Eichw. = A. mochon C. = A. risso C.V. = A. sarda
C.V. = A. lacustris Bonap. = A. riqueti Roule = A. mochon aegyptica Boul.).
A. bonapartii Boul. 1907.
1925 Roule admet deux espèces dans les eaux douces : A. mochon riqueti R., strictement
localisé aux eaux douces de la région de Toulouse, et A. mochon rissoi C.V.
1930 De Buen cite en Espagne :
A. mochon C. (en eau douce).
A. hepsetus L. (quelquefois, mais rarement dans les eaux continentales).
1941 Mesckov, pour la Mer Noire et la Caspienne, cite :
A. hepsetus L. J
A. mochon C. (
A. mochon pontica Eichw. Mer Noire -
A. bonapartii Boul.
A. mochon caspia Eichw. 1 seule espèce dans la Caspienne.
Berg (1949) et Nikol’skii (1961) reprennent, dans leurs ouvrages respectifs, ces
mêmes espèces.
Source : MNHN, Paris
36
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
Les auteurs russes, dont Mesckov, Berg, Nikol’skii et Svetovidov (1964), ma i n .
tiennent l’espèce bonapartii (quelquefois écrite par erreur bonapartei). Nous aurons
à donner notre avis à ce sujet.
1947 Lozano Rey cite : ..
A mochon C. (= A. rissoi C.V. = A. hepsetus deuxieme variété Delaroche = A.
boyeri sensu Depéret 1883, mais Lozano Rey précise « no de Risso », sans
mentionner A. boyeri Risso).
A. hepsetus L.
A. presbyter C. (= A. boyeri C.V. ?).
1948 Schultz :
Atherina hepsetus L. (Genre Atherina Linné).
A. presbyter C.V.
Hepsetia boyeri (R.) (Genre Hepsetia Bonaparte).
H. mochon C.
H. rissoi C.V.
1955 Dieuzeide et collab. :
A. hepsetus L.
A. presbyter C.
A. mochon C. (= Hepsetia mochon C. = A. rissoi C.V. = A. sarda C.V. = A. lacus-
tris Bonap. = A. riqueti Roule = A. caspia Eichw.). L’auteur ne se prononce
pas quant à la validité d’A. boyeri R.
1954-1956 Albuquerque, pour les eaux portugaises, retient :
A. presbyter C.
A. hepsetus L. (= var. 1 Delaroche = A. presbyter Guichenot, non Cuvier).
A. caspia Eichw. (= var. 2 Delaroche = A. mochon C. = A. risso C.V.).
Hepsetia boyeri R.
Cet auteur retient le genre Hepsetia. Il est le seul à retenir l’espèce A. caspia Eichw.
1831, bien que A. mochon soit de Cuvier 1829.
1959 Bougis retient quatre espèces :
A. hepsetus L.
A. presbyter C.
A. boyeri Risso.
A. mochon C.
1961
1963
1964
1964
1965
Spillmann, pour les eaux douces françaises, signale :
A. mochon riqueti R., localisé dans la région de Toulouse, et :
A. mochon C.
Soljan mentionne, pour les côtes yougoslaves :
A. hepsetus L.
A. mocho C. (qui est en réalité A. mochon).
A. boyeri Risso.
A At lepSus’ L° Ur ^ régi ° n dC 13 MCT N ° ire ( côtes de Rouma nie), cite :
L™^Z° ntiCa u ich ,Y' < = A ‘ P resb yter var. pontica Eichw. = A. pontica Eichw.).
Dans sa bibliographie, l'auteur ne cite pas Mesckov (1941).
^morhnn V n \nï; ÜT tr région ( mais partie russe), retient trois espèces :
_ a P - Ca ^î c Jj w -( mêmes synonymes cités par Ban arescu et = A. rissoi C.V.
— A. caspia Eichw.).
A- bonapartei Boul. (= A. mochon).
A. hepsetus L.
ScpXT Catal ° 8Ue FA -°" Ktient P™ » Méditerranée :
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
37
1965
1966
1967
1968
A. ( Hepsetia) boyeri Risso.
A. mochon C.
Tortonese retient, pour les côtes italiennes, les trois espèces citées par Bini.
Arbocco signale, pour la côte Ligure, en eau douce : A. mochon C.
Les deux auteurs, dans ces nouvelles publications, ajoutent aux
trois espèces déjà citées par eux en 1965, A. bonapartei Boul. pour
les côtes italiennes. Nous aurons à discuter, au chapitre suivant, ce
point de vue sans retenir la validité de cette espèce.
Tortonese
Bini
Chapitre II
SYSTÉMATIQUE
De l’ensemble des nombreux documents rassemblés, historique de la nomenclature précisé
au chapitre I, données biométriques de divers auteurs résumées dans le tableau I, étude des
nombreux lots d’origines très diverses dont la liste est précisée en annexe, il ressort que les
Athérines des côtes françaises se répartissent en trois groupes correspondant chacun à une
bonne espèce (photos 1 et 2) ( x ) :
— D’une part, un vaste groupe très polymorphe, aux tailles maximales généralement
inférieures à 13 cm, il s’agit d’A. boyeri R. ( 1 2 ). Cette espèce, qui a fait l’objet d’une importante
littérature, comporte de nombreux synonymes dont plusieurs sont encore récemment retenus
au titre d’espèces. C’est ainsi que Bougis (1959), Soljan (1963), Tortonese et Bini (1965)
maintiennent A. boyeri R. et A. mochon C. Schultz (1948) retient en plus A. rissoi C.V. Mesckov
(1941) et Svetovidov (1964) maintiennent aussi l’espèce bonapartei B. que Tortonese et Bini
reprennent dans leurs derniers travaux (1967 et 1968). Au paragraphe relatif aux arcs hémaux
des vertèbres (chapitre III) nous expliquerons les raisons du maintien de cette espèce par ces
deux derniers auteurs. Au chapitre III nous verrons également les relations de ce polymor¬
phisme avec la grande diversité des milieux fréquentés.
— D’autre part, deux groupes beaucoup plus homogènes quant à leurs caractéristiques
et dont les tailles maximales se situent entre 15 et 20 cm. Il s’agit d’A. presbyter C. et A. hep-
setus L., espèces qui n’ont jamais posé de problèmes très délicats au point de vue systématique
et qui n’ont d’ailleurs pas de synonymes.
A. — PRINCIPAUX CARACTÈRES SYSTÉMATIQUES DES ATHÉRINES
Nous verrons que toutes nos Athérines doivent être rattachées, en définitive, à un seul
genre : Atherina Linné. Mais rappelons que Bonaparte (1836, chapitre non paginé relatif à
A. hepsetus ) avait créé le genre Hepsetia auquel il avait rattaché certaines Athérines exotiques.
Jordan (1916) invalide ce genre, mais en 1919 il revient sur son opinion et reconnaît sa validité.
(1) Pour des raisons techniques, toutes les photos ont dû être regroupées à la fin de ce travail.
(2) En particulier, en ce qui concerne les collections du Muséum de Paris, nous confirmons l’opinion du
Dr Wheeler, du British Muséum, qui lors d’un de ses passages à Paris estimait qu’il y avait lieu de rattacher à
A. boyeri Risso les spécimens spécifiés A. mochon C. ou A. risso C.V.
Source : MNHN, Paris
Tableau I
Espèce
Auteurs
| Ecailles
DI
D2
A
Vert.
Br.
Taille
nax. (cm)
Observations
A. bonaparlt
Bout. 1907
Boulenger 1907
Mesckov 1941
7/10
48-51
VI-VIII
1/11
1/17
46
45-47
27
(Part, inf.)
36-39
6,4
7,9
Italie. Petites tailles.
Mer Noire.
A. boyeri
Ris. 1826
Risso 1826
Cuv. et Val. 1835
Bonaparte 1836
Gunther 1861
Moreau 1881
Bordlerl 1904
Albuquerque 1956
Bougis 1959
55-60/11
50-55/10-11
41-44/7
50-55/10-11
41-44
VII 1/14
VII 1/12
VII 1/12
VI-VIII 1/12
VII-VIII 1/12
VI-VII 1/10-12
VII-VIII 1/12
D2 plus important que DI
1/14
1/13-14
1/13
1/13-14
1/13-14
1/13-14
1/13-14
1/13-14
44
44
47
44(46)
42-44
44-46
11,5
10
9
9
10
Nice.
Méditerranée. Localités diverses.
Italie.
Médit, et Atlant. Nombr. écailles ?( —presfcy/er).
Méditerranée. Nombreuses écailles?
Italie.
Portugal. Nombreuses écailles ?
Méditerranée.
A. caspia
Eich. 1831
Albuquerque 1956
43-49/8-9
VII-VIII
1/11
1/14-17
44-46
10
Portugal.
A. lacuslris
Bon. 1836
Bonaparte 1836
Gunther 1861
60/11
VII-VIII
(V)VI-VIII
1/11
1/10-11
1/12
1/12-13(14)
44
43-44
Italie.
Italie. Nombreuses écailles 7
A. mochon
Cuv. 1829
Cuv. et Val. 1835
Gunther 1861
Moreau 1881
Roule 1902
Borsieri 1904
45/8
43-45/8
48-49
45-46/6
VII-VIII
VII-VIII
VII-VIII
VII
VI-IX
I/U
1/11
1/11
11/9
1/11-13
1/17
1/14-15
1/14-17
11/10
1/12-13
46
46
45-46
(44)(47)
45-47
48-52
23 (total)
8
8,2
Méditerr. Bonaparte 1836 reprend ces chiffres.
Méditerranée.
Méditerranée.
Canal du Midi. Variété riqueti.
Italie.
Boulenger 1907
Boulenger 1907
Mesckov 1941
Lozano Rey 1947
3erg 1949
Dieuzeide 1955
Bougis 1959
Arbocco 1966
43-48
43-49
48-52
43- 49
44- 52
40-50
45- 50
48-50/9
VI-VII 1/11-12
VI-VIII 1/11-14
VI- VIII 1/10-12
VII- IX 1/10-13
VI-VIII 1/10-12
Dorsales semblables
VI-VIII 1/12
1/12-13
1/12-13
1/11-13
1/13-15
1/11-14
1/11-14
1/12-13
16-20
(Part, inf.)
27-32
25-32
24-26
7,8
10,2
11
12,5
12
10
Egypte. Variété aegyptica.
Origines diverses.
Mer Noire.
Espagne-Portugal.
Mer Noire. Var. pontica Eich.
Algérie.
Méditerranée.
Côte ligure.
A. pontica
Eich. 1831
lunther 1861
Banarescu 1964
46-48/9
44-51
(43)(52)
VII-IX
VII-IX
1/11-12
11/10-12
1/14-15
11/(11)12-14
44-48
23-33
12,5
Mer Noire.
Mer Noire.
A. risso
C.V. 1835
:uv. et Val. 1835
Borsieri 1904
41-48/8-9
VII
VI-VIII
1/10
1/10-14
1/11-12
1/11-15
44
43-46
(42)(47)
10,3
Nice. Moreau reprend ces chiflres.
Italie.
A. sarda |
Cuv. et Val. 1835
VI
1/8
1/9
Sardaigne. 1 seul ex. Chiffres faibles (7).
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
39
Schultz (1948) reprend la question et répartit les espèces méditerranéennes entre les deux
genres Atherina et Hepsetia (liste déjà donnée au chapitre I). Nous aurons à discuter les vues
de cet auteur. Enfin, dans son Nomenclator Zoologicus de 1939, S. A. Neave, relatant tous les
noms de genres du règne animal cite Hepsetia avec un ? et indique comme possible une confusion
avec Hepselus dé Swainson ; mais ce dernier est un genre de la famille des Characidae (Pisces).
Par contre Golvan, dans son « Catalogue systématique des noms de Genres des Poissons actuels »
de 1962, met Hepsetia Bonap. en synonymie d’ Atherina L.
Afin de préciser au mieux la systématique à retenir, nous avons passé en revue les principaux
caractères distinctifs entre Atherina s. str. et Hepsetia.
1) Dents sur le vomer et sur les arcs palatins
Les Athérines peuvent avoir des dents sur :
— les mâchoires,
— le palais, surtout vomer et arcs palatins, plus rarement sur les ectoptérygoïdes,
— les os pharyngiens supérieur et inférieur.
Les photos 3 à 5 en donnent quelques exemples et les dessins 4 du bas de la Fig. I nous
précisent leur répartition sur le palais chez les trois espèces retenues.
Si nous nous reportons à deux auteurs faisant autorité : Schultz (1948) et Smith (1965),
nous voyons que ceux-ci se contredisent en partie :
— Schultz: — pas de dents sur le vomer ni sur les arcs palatins.... Atherina (A. hepsetus)
— dents sur le vomer et les palatins.. Hepsetia ( H. boyeri, mochon et rissoï).
— Smith précise qu’il peut y avoir présence ou absence de dents sur les arcs palatins,
mais confirme Schultz pour la différence entre les deux genres concernant les dents sur le
vomer :
— absence de dents ... Atherina (A. hepsetus)
— présence de dents .. Hepsetia ( H. boyeri et d’autres espèces indiennes).
Les deux auteurs signalent, à tort, l’absence de dents sur le vomer chez Atherina (repré¬
senté pour eux par une seule espèce : A. hepsetus) et ils justifient ainsi, pour les espèces euro¬
péennes qui nous intéressent, la séparation du genre Atherina de celui d 'Hepsetia. Or, si nous
avons nous-même failli reprendre cette thèse, nos recherches minutieuses dans ce domaine
ont abouti à des conclusions différentes et nous nous sommes expliqués l’erreur de ces deux
ichtyologistes : quand on étudie du matériel frais ou conservé, en milieu liquide, comme c’est
le cas habituellement, les dents minuscules localisées sur la partie centrale de la tête du vomer
d’A. hepsetus sont noyées dans la chair et on ne les remarque pas au milieu ou sous les papilles
de la peau du palais. Il faut faire dessécher à l’air libre le palais pendant environ 24 heures
pour déceler à la loupe binoculaire ces dents groupées sur une toute petite portion du vomer
(dents trouvées sur tous les exemplaires étudiés). Nous ne pouvons donc retenir les deux genres,
du moins en ce qui concerne les Athérines des côtes françaises, car il s’agit d’une simple variation
d’un caractère. Toutes nos espèces sont donc, en définitive, à rattacher au genre Atherina L.
Terminons cette discussion en ajoutant que la caractéristique donnée par Schultz pour
Atherina hepselus : « crête médiane, dorsale sur la partie postérieure de la tête » n’est pas à
retenir ; elle est due à la conservation des spécimens qui se rétrécissent, la dessication partielle
faisant apparaître cette crête.
Source : MNHN, Paris
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
91 «
b oyeri
/
presbyten hepsetus
F, °.L-jl) Mensurations effectuées sur les spécimens examinés.
en outre, le'^émaxillai^Rov.i^w 0 j SSU ? as l ce , ndant médian de la mâchoire supérieure qui comprend,
et membrane reUant les rienv mLw dent , S , et le maxillai re C. M : membrane de la partie protractile
crâne. ï?SLîStt^ n SÏÏÏ , ^i W,e - \ : arti , culation avec la région ethmoïdienne du neuro-
Artic. 2 : articulation avec l f, a b ^^! e ,- SUr ,I es _ rad ^ s . «* P a ?se derrière la zone médiane de l’oeil.
W
SSE: i? SET K,?1Ï' "v•”
' : “ ,cen<1 “ nle
ayant des renflements très allnnofe U Jt *ll Z bo V eri '■ absence totale de renflements jusqu’aux forme
Schémas du palais des trois 31 l r ^ !ar ?? s P r «que jusqu’à l’extrémité de l'arête,
arcs p^atins situés de chaque côté du naraTnh^M er ’c- en P rolon gement du parasphénoïde Par. Pal.
chez A. boyeri. La répartition des nethes,w ïde ’ Ec À : ecto P tér ygoïdes avec des dents bien visible
une même espèce suivant les DODulatinns S e* d ^»c S e J 1 . carde sur les arcs palatins est très variable poi
chez A. boyeri, se limitent sur P chaaue ar<> e noite- SU i e a S ' Q ue, QP ef o>s les groupements des dents, surtoi
ment l’une de l’autre. Alors que les dent * P î nv ' n »^ deuX petites bandes longitudinales et en prolongi
A. presbyter ainsi que A. K a, « mâchoires sont très fines chez A. hepselus et fines ch(
fortes chez les populations d’A. loyer,' des ea^vTi 0 " 1 - Cap î u / és en mer > elles sont plus généralemer
a. Doyen des eaux lagunaires (régime alimentaire).
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
41
2) Opportunité du maintien de deux sous-genres
Caractères des mâchoires
Les différences marquées entre A. hepsetus d’une part et A. boyeri et A. presbyter (dont
nous verrons les affinités par la suite), d’autre part, nous font cependant penser qu’il y a intérêt
à maintenir deux sous-genres au sein du genre Atherina (sensu lato). Pour ne pas trop allonger
la discussion, résumons de suite les principales caractéristiques schématisées en partie par le
dessin 2 de la Fig. I. Aux critères déjà donnés dans la littérature nous avons ajouté celui de la
longueur relative des deux parties A et B du prémaxillaire (Fig. II).
Fig. II. — Prémaxillaires et mandibules.
A. boyeri : 1, Camargue ; 2 et 3, Bolmon ; 4, Marseille (Mer) ; 5, Bastia (Mer).
A. presbyter : 1 et 2, Biarritz (Mer).
A. hepsetus : 1 et 2, Marseille (Iles) ; 3, Bastia (Mer).
Nous obtenons ainsi :
a) — Très petites dents localisées dans la zone médiane de la tête du vomer et dents fines
sur les arcs palatins.
— Processus médians ascendants A du prémaxillaire minces et très allongés, dépassant
de beaucoup la ligne rejoignant les deux bords antérieurs des orbites.
— Partie horizontale B du prémaxillaire plus courte que la partie ascendante A.
— Lames latérales ascendantes de la mandibule élevées.
S/genre Atherina (S. str.) Linné.
Source : MNHN, Paris
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
b) - Nombreuses dents sur la tête du vomer et sur les arcs palatins.
_ Processus médians A assez larges, de longueur moyenne ou courts.
— Partie B du prémaxillaire de longueur égale ou supérieure à la partie ascendante A.
— Lames latérales ascendantes de la mandibule peu élevées.
S/genre Hepsetia Bonaparte.
Tableau II
Radiographie : Nombre de vertèbres des Athérines
Numéro des lots
et origine
!f
XI J
H
Z «
40 41 42 43 44
Nombre total de
45 46 47 48 49
ertèbres
50 51 52 53 54
55 56 57
Moy. Extr.
A. boyeri
1. Canet
2. Thau
3. Vie
4. Mauguio
5. Berre
6. Bolmon (')
64. Idem!*)
7. Olivier (>)
74. Idem (*)
8. Marseille
9. Ceinturon
10. Menton
11. Ligurie
12. Bastia
13. Biguglia
14. Diana
15. Saline P.V.
16. L. Venise
17. Israël
18. L. Tunis (*)
184. Idtm («)
19. Maroc
20. Hollande
10
10
10
10
10
10
20
10
10
10
10
10
10
20
10
10
10
10
10
10
20
5
10
3 5
2 6
1 2
1 1 1
114 2
5 8
1
1 4 5
3
1 5 2
6
1 5
3 3 2 1
1 5 4
3 3 4 1
3 6 1
15 9 5
4 1
1
2
4 5 1
2
5 2
3 4
2
6 1
7 2
3 5 2
6 1
2
6 4
10 4
4
1
4 4 1
7 2
43,9 43-45
45.7 45-47
44 43-45
44.8 43-45
44.8 4246
43.8 4146
44.2 42-46
45.9 4547
44.8 4446
43,5 4245
45,4 4546
44.9 44-46
44.3 4345
42.4 4145
41,3 4042
45.5 4447
41.1 4042
41,8 40-43
42.2 4243
45,1 4446
A. presbyter
1. Hollande
2. Bretagne
et Vendée
3. Arcachon
4. Biarritz
5. Maroc
20
16
20
20
14
2
6
4 8
„ 7
2 6 3 3
7 10 1
6 4
7 1
8 5
50.5 49-52
49.8 49-51
49,2 48-51
49.9 49-51
47.5 46-49
A. hepsetus
1. Banyuls
2. Marseille
3. Menton
4. Bastia
10
20
10
10
2
2
1
3 6
5 2 1
13 4 1
7 2
1
55,2 54-57
55,2 54-57
55,1 54-56
53,8 53-55
Pranesus pinquis
Israël
42,2 41-43
Source : MNHN, Paris
43
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
En ce qui concerne les mâchoires, nous pensons utile d’apporter quelques précisions.
Daget, dans son travail de 1964 (p. 281), décrit d’une manière générale le mécanisme des
mouvements des mâchoires protractiles. Dans notre cas particulier, les trois Athérines possèdent
des prémaxillaires comportant une apophyse ascendante A (ce que nous avons aussi appelé
processus médian, voir photo 5) qui s’appuie sur la région ethmoïdienne du neurocrane et qui
glisse le long de celle-ci, permettant au prémaxillaire de se déplacer suivant l’axe de cette
apophyse. Celle-ci est nettement visible sur la photo n° 6 de la radio de A. boyeri, espèce pour
laquelle le processus est relativement court. Le dessin 2 de la Fig. I précise, de façon schéma¬
tique, la structure des deux mâchoires qui sont indépendantes et seulement reliées entre elles
par un système de membranes permettant une extrême mobilité de l’ensemble.
> Nombre de
: sujets n
: © \
Fréquence des EcaiNes
pour /ensemble des lots
\ .__ boyeri NA -170
\ X-X presbyte P N 2- 50
* / \ ®- . ohepsetus N-3- 50
l X f\
...V.rf. , *-o >
i 59 41 45 45 47
49 51 55 55 57 59 41 45 45
1 Nombre de h
■ sujets \
Fréquence des l/ertèbres
'■ ® /
pour /ensemble des lots
“ I \
»-• boyeri NA ~ 255
#_ x p res b y ter NI— 90
: /
o.«-o hepsetus N. 3= 50
7 /
\ A
/ \ A
: /
w \ / K
I I 1_1—1-1—i-
<0 41 42 43 44 45 44 47 4fl 49 50 « 52 55 54 55 54 57
Fio. III
Source : MI'IHN, Paris
44
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
3) Autres caractères importants
Terminons cette discussion par l’étude de quelques autres caractères importants : nombre
des vertèbres (a), forme des arcs hémaux (b), nombre de branchiospmes (c) et forme générale
du tube digestif (d).
a) Vertèbres
Le nombre de vertèbres est souvent un caractère spécifique important. Les comptages ont
été effectués par la méthode classique de radiographie et lecture directe sur films. Les photos 6
et 7 nous donnent deux exemples de radio effectuées pour A. boyeri de l’étang de l’impérial
(Camargue) et pour A. presbyter de Lorient (collection Muséum n° A.4345). Nos radios de
255 spécimens d’A. boyeri et de 140 A. presbyter et A. hepsetus ont donné les résultats suivants
pour les nombres de vertèbres comptés (voir tableau II et Fig. III) :
(40) 41 — 46 (47)
(46) 47 — 51 (52)
(53) 54 — 56 (57)
A. boyeri ...
A. presbyter
A. hepsetus
En fait, il n’y a pas généralement, dans un même lot, de très grande variation du nombre
de vertèbres : deux seuls écarts importants ont été constatés pour A. boyeri : l’un pour les
salines de Porto-Vecchio (37-42, avec le chiffre tout à fait exceptionnel de 37 vertèbres (*)
pour un seul individu, chiffre non retenu pour nos statistiques), et l’autre pour Bolmon (41-46).
L’écart fréquemment observé est de 2 ou 3 et il est beaucoup moins élevé que pour les chiffres
relevés à propos des branchiospines. Cette même constatation est faite par Quast (1964) dans
son étude d’un groupe de huit poissons de la famille des Hexagrammidae. La comparaison des
Fig. III et IV (graphiques 2) confirme nettement ce fait en ce qui concerne A. boyeri.
Nous aurons à revenir aux chapitres III et IV sur la variation du nombre des vertèbres en
fonction des localisations géographiques.
b) Arcs hémaux
Svetovidov (1964, p. 228) donne un dessin très précis pour les arcs hémaux des trois espèces
qu’il retient :
— Atherina mochon pontica Eichw.
— A. bonapartei Boul.
— A. hepsetus L.
rmipc ÂnÀA. ,— uue surcnauiiêe dans laquelle la ior«
cours du développement de l’embryon (Morris et Scheer, 1956).
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES 45
— Svetovidov n’indique aucun arc hémal élargi dans le dessin exécuté par A. bonapartei
et ce caractère lui permet de justifier le maintien de cette espèce. L’étude de spécimens d’A.
boyeri en provenance de la zone littorale de Menton (Photo 9) et du lac de Tunis montre une
nette prédominance des formes avec arcs hémaux minces. Nous avons alors fait l’assimilation
de cette dernière forme tunisienne à la forme égyptienne décrite par Boulenger en 1907 et
pensons qu’il ne s’agit, également pour la Mer Noire, que de diverses populations légèrement
différentes les unes des autres au sein de la même espèce : A. boyeri (s. 1.). L’un de nous eut
l’occasion d’interroger les professeurs Tortonese et Bini sur les raisons qui les guidèrent à
revaloriser, dans leurs travaux de 1967 et 1968, VA. bonapartei (en réalité bonapartiï). Sur la
côte ligure, le professeur Tortonese a trouvé certaines populations qui n’avaient que des arcs
hémaux étroits et, en se rangeant alors à l’avis de Svetovidov, il rajouta A. bonapartei aux
espèces déjà citées en 1965. Quant à Bini, dans son catalogue de 1968, il a repris la nomen¬
clature admise par Tortonese l’année précédente.
c) Nombre de branchiospines
La comparaison des nombres de branchiospines d’A. boyeri de diverses origines nous fait
penser qu’il y a adaptation nette au milieu en fonction de la nature des ressources alimentaires
de ce dernier, bien plus qu’une influence qui pourrait provenir de facteurs physiques tels que
température par exemple (comme nous le verrons pour le nombre des vertèbres). En effet,
le nombre des branchiospines est généralement d’autant plus grand que le milieu où vit la
population étudiée est plus pélagique et que la nourriture dominante est à base de plancton
(surtout copépodes). Parmi les milieux de ce type citons en premier lieu la mer (nombre moyen
de branchiospines = 35). Viennent ensuite les grands étangs relativement profonds tels que
Thau, Berre, lagune de Venise et, en Corse, Diana et Urbino (nombre moyen voisin de 27,5).
Dans les étangs très peu profonds, à végétation abondante, la nourriture des Athérines est
essentiellement à base de crustacés benthiques, dans l’ensemble de plus grandes tailles que
les copépodes planctoniques des lagunes profondes et le nombre des branchiospines diminue :
nombre moyen voisin de 24,5. Quant à A. mochon riqueti de la collection Roule, le nombre
des branchiospines oscille entre 23 et 24, ce qui correspond à une nourriture d’assez grande
taille communément rencontrée dans les eaux douces. Quand les proies sont grandes, le rôle
des branchiospines devient secondaire (ingestion directe), mais le rôle de ces dernières est
essentiel dans les milieux pélagiques profonds pour la filtration et la sélection du plancton.
Borodin, dans sa note de 1927, arrive à une conclusion analogue à propos des Clupes qui
ont un nombre de branchiospines plus grand en mer (Mer Noire et Caspienne) que dans le lac
Tscharchal (peu profond et à salinité faible).
Le nombre de branchiospines ne peut donc intervenir dans la systématique de la même
façon que d’autres caractères. Il est essentiellement en relation avec l’habitat qui détermine
le type de nourriture dominante (voir Fig. IV).
d) Tube digestif
Le tube digestif d’A. boyeri et A. presbyter est simple, sans estomac très caractérisé exté¬
rieurement ; il rappelle celui de certains carnivores ( Gobius en particulier). L’estomac est,
par contre, plus nettement individualisé chez A. hepsetus.
Les rapports entre la longueur du tube digestif et la longueur standard sont voisins pour
les trois espèces et oscillent entre 0,6 et 0,8, ce qui représente des chiffres fréquents pour bon
nombre de carnivores. Suyehiro (1942) trouve d’ailleurs un chiffre très voisin (0,77) pour une
Athérine japonaise dont le tube digestif a tout à fait l’allure de celui d’A. boyeri et Al Hussaini
(1947) trouve pour deux Pranesus pinguis les chiffres respectifs de 0,77 et 0,53.
Source : MNHN, Paris
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
FlO. IV
B. — ESPÈCES RETENUES
Dans la sous-famille des Atherininae (Schultz, 1948 ; Smith, 1965), au sein du genre
Alherina, compte tenu des précisions déjà données, nous retenons trois espèces :
S/genre Atherina . 1 seule espèce Atherina ( Alherina ) hepsetus L.
Aux caractéristiques déjà données pour le sous-genre nous ajoutons : forme générale plus
allongée que celle des deux autres espèces, avec indice de forme voisin de 16 (ne pas faire de
mesures sur es femelles gonflées d’œufs), nombre d’écailles en ligne longitudinale de 61 à 65,
e v ®^tèbres de 53 à 57, tête allongée et bouche peu inclinée, pas de dents sur les ectopté-
rygoides, tailles maximales atteignant 20 cm.
Source : MNHN, Paris
47
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
— S/genre Hepsetia. Aux caractéristiques déjà précisées ajoutons : indice de forme souvent
supérieur à 18, bouche inclinée.
o) Dents sur les ectoptérygoïdes souvent réparties en deux petits groupes, processus médian
court ne dépassant pas la ligne rejoignant les deux bords antérieurs des orbites, nombre
d’écailles en'ligne longitudinale de 41 à 49, nombre de vertèbres de 40 à 47, taille maximum
d’environ 13 cm . A. (H.) boyeri Risso.
b) Dents absentes sur les ectoptérygoïdes, processus dépassant légèrement la ligne rejoignant
les bords antérieurs des orbites, écailles en ligne longitudinale de 52 à 56, vertèbres de 47
à 51, taille maximum atteignant 20 cm . A. ( H .) prèsbyter Cuv.
Chapitre III
ATHERINA BOYERI RISSO
DIAGNOSE GÉNÉRALE ET ÉTUDE DE QUELQUES POPULATIONS
Plusieurs auteurs, parmi lesquels Marion (1894), Gourret (1894, 1897 et 1907), Roule
(1903 a), séparent nettement A. boyeri de A. mochon : dans leur esprit la première est l’espèce
marine et la seconde celle des eaux intérieures. Les nombreuses listes de Gourret (1897 et
1907) ne comprennent toujours, pour les eaux saumâtres, qu’A. mochon et quelquefois A. hep-
setus pénétrant dans les eaux intérieures encore très salées.
L’analyse détaillée de plus de cinquante lots d’origines très diverses ainsi que le contrôle
de certains caractères utilisés encore récemment pour la séparation en deux espèces tels que :
grandeur de l’œil, distance entre les deux dorsales, importance relative de ces dernières, pré¬
sence plus ou moins marquée de ponctuations noires, nombre d’écailles sur la ligne longitu¬
dinale, position de la pectorale, etc., ne permettent pas de maintenir des coupures spécifiques
et nous amènent à constater que nous sommes en présence d’une seule grande espèce, très
polymorphe, comportant un grand nombre de populations disséminées dans des milieux aux
conditions écologiques variées. Les valeurs numériques relatives à divers caractères chevauchent
chez ces populations plus ou moins imbriquées et dont l’ensemble constitue l’espèce.
A. — DIAGNOSE GÉNÉRALE
Le tableau I précise les principaux caractères donnés par divers auteurs et il met en relief
quelques marges de variation pour les espèces décrites. Afin de simplifier notre tableau, nous
n’avons pas retenu les auteurs qui reproduisent les données déjà indiquées par leurs prédé¬
cesseurs. Notons, en plus, que les chiffres de Gunther (1861) pour les écailles de la ligne longi¬
tudinale d’A. boyeri semblent erronés et peuvent correspondre à A. presbyter en raison de l’ori¬
gine des poissons, à moins que le comptage des écailles ne débute bien avant l’aplomb de la
naissance de la pectorale. Pour A. lacustris le chiffre de 60 semble également aberrant (?).
La diagnose générale peut être définie comme suit :
Alherina boyeri Risso.
DI : (VI) VII-VIII (IX) ; D2 : I-i (8) 10-12 (14) ; V : 1-5 ; A : I-i (11) 12-14 (17).
Sq. long. : (39) 44-48 (49). Sq. lat. : (6) 8-10 (11).
Vert. : (40) 41-46 (47). Br : 21-39.
Source : MNHN, Paris
48
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
Il est difficile de comparer les données des divers auteurs concernant certaines proportion,
du corpscar les renseignements ont souvent été établis de façon différente et 1 on sait que les
nronortiôns sont variables avec la taille (qui, elle, n est généralement pas ind.quée), No»,
reviendrons sur ces proportions dans l'étude des populations.
ETANGS DE CAMARGUE
fa.j /ÉTANG DEBTURE
dore
^ ' g/ta/w e
\a SFm
Sahnee^s$!$r* VÀiNB
¥ Aj
Dtgue
dujfï
MAJJTWl nsi A m
Y CanalckCàrontt.
Coloration.
opercules : Moreau fljum 3C 6 de 1 importance à la pigmentation, notamment à celle des
rissoi. Entait les Athérine* S» 1 exemple ’ utilise ce caractère pour distinguer A. mochon d‘A.
sivement variables et souvent ni gr0upe com P or tent un système de ponctuations noires exces-
fait apparaître très 6 nettement dans les * a ™ très salées. La fixation au formol
Alors que la coloration d’A 3 ^° P j° reS . qui se sont di,atés à la mort des poissons.
sablonneuses peu profondes L , es dans * es étangs saumâtres ou dans les zones marines
" pr0,0ndes est généralement gris-jaune, nous avons été particulièrement
Source : MNHN, Paris
49
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
frappés par plusieurs petits lots pêchés en pleine mer (Marseille et Bastia) dans la zone du plateau
continental. Ces poissons étaient d’une couleur bleu-acier très voisine de la couleur des A. hep-
setus capturées par le même coup de filet. Quant aux branchiospines, nous ne devons pas être
étonnés par le grand écart constaté. Nous en avons déjà exposé la raison au chapitre II : les
chiffres de 21 à 28 correspondent aux biotopes lagunaires peu profonds et ceux de 29 à 39 au
milieu marin ou, dans quelques cas, aux grands étangs saumâtres profonds (Fig. IV).
B. — ÉTUDE DE PLUSIEURS POPULATIONS D’ORIGINES DIFFÉRENTES
Les Fig. V et VI indiquent les origines des principaux lots étudiés (liste en annexe).
Pour nos études détaillées, nous avons retenu 19 populations (tableau IV) en les répartis-
sant au mieux au point de vue géographique et au point de vue des milieux : mer et eaux
saumâtres, sans oublier le milieu hyperhalin des salines de Porto-Vecchio.
Fio. V et VI. — Stations de récolte des principaux lots étudiés (Coll. Muséum et captures récentes).
Pour chacune de ces populations nous avons choisi, quand cela a été possible, plusieurs
dizaines de spécimens en retenant les mensurations précisées par le schéma de la Fig. I. Le
Tableau III donne, à titre d’exemple, les chiffres détaillés relatifs à un lot de dix A. boyeri
et le tableau IV résume l’ensemble des résultats. Pour les sujets en provenance des salines de
Porto-Vecchio, notons qu’ils ont été capturés avec des Aphanius fasciatus Val. dans des eaux
dont la salinité était comprise entre une et demie et deux fois la salinité de l’eau de mer (58
à 77 g/l).
2
Source : MNHN, Paris
50
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
C. — POLYMORPHISME ET PROBLÈME DES SOUS-ESPÈCES
Dans son travail de 1961, Battaglia met en relief le polymorphisme des espèces suivant
le milieu II consacre une partie de son travail (pp. 145-152) à l’adaptation des espèces aux varia¬
tions de salinité et de température dans les milieux estuariens et lagunaires qui abritent une
grande variété de phénotypes (formes, tailles, colorations...).
Le polymorphisme, en fonction de certains facteurs écologiques, a été étudié pour les pois¬
sons par plusieurs auteurs et sans rappeler les travaux bien connus sur la sardine et le hareng,
par exemple, citons entre autres : Gabriel (1944) pour Fundulus heteroclitus (L.), Heuts
(1949, 1951) pour Gasterosteus acculeàtus L., Jordan (1963) pour Engraulis ringens, Lawacz
(1965) pour Gobius microps Kr., Seymour (1959) pour le saumon Chinook, Numann (1964)
et Taning (1950) pour les truites, Weisel (1955) pour plusieurs Cyprinidés, sans oublier les
nombreux travaux expérimentaux de Kinne. Pour ce dernier auteur, nous n’avons reproduit,
dans notre bibliographie, que son travail de 1964 qui évoque, en plus des facteurs salinité
et température, l’importance de la teneur en oxygène. Dans cette étude, qui transpose essen¬
tiellement les problèmes dans le domaine physiologique, il précise (p. 448) : «... various similar
studies demonstrate or suggest alterations of number of vertebrae and fin rays and of gill surface
or gill structures with changes in salinity, which may be of adaptative value ».
Nous pouvons étudier le polymorphisme sous deux aspects :
— d’une part, au sein d’un même population et,
— d’autre part, entre populations différentes.
a) Polymorphisme au sein d’une même population
Nous avons donné, dans le tableau suivant, les variances relatives à trois caractères retenus,
nombres de vertèbres, d’écailles et de branchiospines pour neuf lots de dix individus chacun
(lots numérotés de 1 à 9) :
1 — Etang de Thau
2 — Etang de Vie
3 — Etang de Berre
4 — Etang Olivier 1
5 — Etang Olivier 2
6 — Menton (mer)
7 — Bastia (mer)
8 — Lagune Ligurie
9 — Lac Tunis
0,60
0,40
1,76
0,29
0,44
0,85
0,30
0,24
0,36
1,10
0,91
0,76
7,76
0,65
9,29
2,81
0,45
2,01
2,33
«»«"» U.O'k i,oi
à îwlîi^ m ? n ^ nt À pour les vert èbres et les écailles, une grande homogénéité des lots,
sunéripiü-M a m j! e ® erre ‘ Pour ^ dernier, on obtient des variances qui sont nettement
certaine Stl!ÏÏ e iî t f nUeS aVCC les autres P°P ul ations. Ceci semble mettre en évidence une
savons en effet 8 mil i*« Ç le ï? ent et su 88ère un mélange de deux populations. Nous
de la mer soit encore d ,?i, étang de Berre peuvent être autochtones, provenir soit
noter concernant les h , ? ng de Obvier, très dessalé. Une variance élevée est également à
^v^a^vaStion'^ Prf 8 b ° yeri de i’ étang de Thau. Dans ce cas - " ous av ° nS
tation ; il est vraisemhlahle nombr ® des branchiospines est en relation avec le mode d’alimen-
biotop^s aSz vS. 1 ^ CCtte Variance élevée découle da que l’étang présente des
pouvons établiTles deny^mJf,! 3 Cntre eux ’ au P oint de vue des vertèbres et des écailles, nous
les deux tableaux suivants, en rappelant que pour V X =V S =9, le rapport des
Source : MNHN, Paris
51
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
variances est significatif quand il est supérieur à 3,18 et hautement significatif pour des chiffres
supérieurs à 5,36 (par ex. lots 2 et 3, rapport des variances > 3,18, cas spécifié dans le
tableau par une croix) :
Vertèbres Ecailles
1
2
3
4
5
6
7
8
9
1
2
3
4
5
6
7
8
9
1
1
X
2
X
2
X
3
3
4
X
4
5
X
5
6
6
X
7
X
7
X
8
X
8
X'
9
X
9
X
Tableau III
Espèce : bogeri. Lot n® t. Origine : Etang Canet. Date de capture : 2/1965
LDI
LD2
Tête
Œil
Ped.c.
D1-D2
H
L
Ecailles
DI
D2
A.
Vert.
Br.
L.st
L. st.
L. st.
L. st.
Tête
Tête
L. st.
L.st.
tôt.
i
46/10
VII
I-i/11
I-i/14
44
22
73,
45,20
65,75
23,97
32,57
28,57
13,69
19,17
8,5
2
45/10
VII
13
12
43
23
7,2
46,66
69,44
25
31,66
28,33
15,27
18,75
8,5
3
48/9
VII
11
14
45
21
6,7
44,77
64,92
24,62
32,72
27,25
13,73
18,65
7,8
4
47/9
VII
10
12
43
24
6,9
44,20
65,21
23,91
35,15
27,27
13,76
18,11
8
5
47/9
VIII
10
12
44
23
6,9
40,57
63,76
23,18
34,37
31,25
14,49
18,11
8
6
47/9
VII
11
13
44
24
6,5
43,07
66,15
24,61
34,37
25
16,92
18,46
7,6
7
46/10
VII
11
13
45
23
6,6
45,45
65,15
25
33,33
27,27
12,87
18,18
7,8
8
47/10
VII
11
12
44
23
6,1
45,90
68,85
24,59
36,66
30
13,93
19,67
7,5
9
48/9
VII
11
12
43
24
7
45,71
62,85
24,28
32,35
26,47
13,57
17,85
8
10
48/10
VII
12
12
44
22
6,1
46,72
68,85
25,40
35,48
25,80
14,75
19,67
7,4
Moy.
46,8/9,5
7,1
1 -1/11,1
I-i/12,6
43,9
22,9
44,82
66,09
24,45
33,86
27,72
14,29
18,66
Extr.
45-48
VII-VIII
I-i/10-13
I-i/12-14
43-45
21-24
40,57
62,85
23,18
31,66
25
12,87
17,85
Max.
9-10
46,72
69,44
25,40
36,66
30
16,92
19,67
8,5
Observations générales : Lot homogène. Nombre de branchiospines assez faible témoignant d’un régime alimentaire
essentiellement benthique.
Source : MNHN, Paris
Tableau IV
Tableau récapitulatif (moyennes)
Date
1
L.D1
L.D2
Tête
Œil
Ped.c.
D1-D2
H
T.
provenance
1 Ec.
DI
D2
A
Ver.
Br.
L. st.
L. st.
L. st.
Tête
Tête
L. st.
L. st.
max.
Observations
1 -1/11,1
I-i/12,6
43,9
22,9
44,8
66
24,4
„ „
27,7
14,2
18,6
8,5
Voir tableau III.
8/1967
| 47,3/7,6
8
45,7
34,8
48
68,7
24,1
38,1
28,4
14
18,2
9,2
Nombre élevé branch.
1/1966
46,1/9,4
7,3
110,5
/12,3
44,8
23,8
45,9
7,9
/Il ,6
44
25,5
45,7
67,5
23,4
6/1965
46/8,8
7,9
/10,4
44,8
27,9
47,1
67,6
24,1
32,2
27
13,2
18,7
9,1
Lot hétérogène. Voir chap. III.
6 . Olivier 1
12/1965
45,9/9,3
7,1
/10,5
45,1
24,3
45
65
22,8
33,3
27,7
14,6
18,3
9,5
Lots 6 et 7 assez différents.
7. Olivier 2
6/1967
46,4/9
7,3
/11,3
43,4
25,5
45
66,7
24
36,2
26,6
14,5
19,9
7,3
8 . Bolmon
5/1967
47/9
7,2
/10,8
/12,6
42,3
26
44,8
66
22,4
34,1,
27,6
13,8
18,5
9,6
Variabilité points noirs opercule.
9. Ceinturon
6/1966
45,6/9,2
7,4
/10,8
/12,4
44,8
24,2
43,7
62,4
23,8
33
25,6
12,3
16,4
8,2
Très maigres (malades ?).
10. Gapeau
/13
29,6
49,1
67,2
24,2
39,5
31,7
12,8
21
10,4
11 . Menton
45,2/8,1
6,7
19,9
/12,3
43,5
30,3
48,5
67
25,5
37,4
31,3
13,7
20,8
8,8
12. Bastia
11/1967
47,5/8,5
7
/10,3
/12,6
44,9
33
48,3
66,9
26,1
33,2
24,4
13,
15,5
7,6
/10,5
44,3
26,5
44,1
64,4
23,9
32,5
26,9
14. Diana
11/1966
44,7/8
7
/ 9,7
/12,1
42,4
27,5
48,7
67,3
25,8
37,6
4/1966
40,5/8,3
7
/10
/11,6
41,3
27
48,1
66,9
26,3
35,3
26,5
13,1
18,9
16. I.igurie
45,4
43,7
65,1
22,9
30,6
17. Venise
/10.8
/12,8
45,5
27,5
43,4
65,6
23,1
32,9
26,8
14,4
19,7
41,8
27,3
47,1
66,6
23,1
35,7
28,7
/12,8
45,1
25,2
42
63,4
21,9
29,2
27,6
13,8
17,6
10,1
presbyler
Hollande
8/1966
54,8/10,4
8,4
/Il
/13,4
50,5
30,5
44,5
/11, 5
/14,4
50
30,5
44,2
/H
/13,8
47,5
31,4
45,2
66,3
22,6
31,7
32,7
15,5
19,2
14,6
Côte Atlantique.
hepselus
Banyuls
12/1963
60,9/9,1
8,5
/10,2
/11,4
55,2
34,1
in o
/ 9,7
/11,2
55,2
33,1
45,1
1
/9,8
/10,9
55,2
33,3
47,9
70,2
22,8
33,1
25,4
16,7
17,6
11^2
Vert, mêmes nb. moy. pour les 3 lots.
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES 53
b) Polymorphisme entre populations différentes
Si l’on compare entre elles les diverses populations d’A. boyeri, on constate que les valeurs
numériques peuvent présenter certains chevauchements. Dans ces cas, la comparaison des
moyennes peut donner une différence significative pour l’un des caractères choisis, mais, en
définitive, on trouve toujours une ou plusieurs populations présentant des caractères de tran¬
sitions, sans que ces populations soient nécessairement liées à des positions géographiques
déterminées. Pour certains caractères taxonomiques (écailles, vertèbres), les courbes de Gauss
obtenues pour l’ensemble des populations sont des courbes unimodales dont l’allure générale
(Fig. III) permet de conclure à l’existence des populations s’inscrivant normalement à l’inté¬
rieur du polygone général. Dans le graphique 2 (écailles) de la Fig. III, le petit mode à 40 est
dû à la population des salines de Porto-Vecchio qui représente un cas particulier, mais elle ne
peut cependant être dissociée des boyeri d’autres provenances si l’on tient compte des autres
caractères. Il est intéressant de constater que la population du lac de Tunis (lac de faible pro¬
fondeur, très salé et chaud), aux conditions écologiques voisines de celles des salines, fait la
transition pour ce caractère, entre Porto-Vecchio et les autres populations.
Dans le tableau IV, comportant initialement les chiffres moyens et les chiffres extrêmes,
nous n’avons maintenu que les moyennes pour alléger le travail. De nombreuses comparaisons
entre populations peuvent être faites en partant de ce tableau, toutes nous ont conduits à la
conclusion qu’il s’agit d’une seule et même espèce. Cependant, certaines populations peuvent
être groupées en fonction d’un de leurs caractères quand on les classe par biotopes. Nous avons
déjà vu le cas pour les branchiospines et, si nous prenons les rapports L Dl/Long. std., nous
obtenons nettement deux groupes :
— l’un pour la majorité des étangs peu profonds, avec des moyennes inférieures à 46 ;
— l’autre pour la mer et les étangs profonds, avec des chiffres supérieurs à 47.
Il semble donc que la première dorsale (ainsi que la deuxième, car L D2/Long. std. évolue
dans le même sens) soit rejetée vers l’arrière dans les milieux pélagiques, par suite d'une adap¬
tation à une nage plus rapide ?
De même, on peut constater que le rapport Œil/Tête est généralement plus grand dans les
milieux pélagiques, tout comme le pédicule caudal y est souvent plus haut, témoignant d’une
musculature plus puissante.
Parmi d’autres comparaisons, nous pouvons donner ici, à titre d’exemple, les chiffres
relatifs aux deux lots de l’étang de l’Olivier, auxquels nous avons ajouté les chiffres des sujets
de la saline de Porto-Vecchio afin de donner des résultats concernant deux milieux saumâtres
très différents (salinités de
Olivier 1
n = 10
Ecailles m = 45,9
Extr. 44-48
2 et 65 gr/1) :
Olivier 2
n = 10
m = 46,4
Extr. 45-48
Porto-Vecchio
n = 10
m = 40,5
Extr. 39-43
Comparaison des moyennes
Différence significative entre les 2 lots
d’Olivier et P. Vecchio (pas de che¬
vauchement des extrêmes).
Vertèbres
n = 10
m = 45,1
Extr. 44-46
Var. = 0,29
n = 10
m = 43,4
Extr. 42-44
Var. = 0,44
n = 10
m = 41,3
Extr. 40-42
Var. = 0,41
Pas de chevauchement entre :
Olivier 1 et | Différence
P. Vecchio j significative
Entre Olivier 2 et P. Vecchio : t = 7
Entre Olivier 1 et Olivier 2 : t = 6
Branchiospines
n = 10
m = 24,3
Extr. 22-27
Var. = 2,81
n = 10
m = 25,5
Extr. 25-27
Var. = 0,45
n = 5
m = 27
Extr. 25-29
Var. = 2,8
Entre Olivier 1 et P. Vecchio : t = 2,3
Entre Olivier 2 et P. Vecchio : t = 2,3
Entre Olivier 1 et Olivier 2 : t = 2
Tête %
long, std
n = 10
m = 22,88
Extr. 22,07-
24,24
Var. = 3,01
n = 10
m = 24
Extr. 22,64-
25,45
Var. = 1,28
n = 5
m = 26,32
Extr. 24,07-
28,57
Var. = 2,44
Entre Olivier 1 et P. Vecchio : t = 3,5
Entre Olivier 2 et P. Vecchio : t = 3
Entre Olivier 1 et Olivier 2 : t = 1,6
Œil %
long, tête
n = 10
m = 33,33
Extr. 30,55-
35,48
Var. = 3,08
n = 10
m = 36,21
Extr. 33,33-
37,60
Var. = 2,49
n = 5
m = 35,68
Extr. 33,57-
37,50
Var. = 2,19
Entre Olivier 1 et P. Vecchio : t = 2,4
Entre Olivier 2 et P. Vecchio : t = 0,7
Entre Olivier 1 et Olivier 2 : t — 3,6
Source : MNHN, Paris
54
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
T Vxamen de ce tableau montre les difficultés d’établir des coupures valables. En effet,
si l’on considère par exemple les vertèbres, on constate que pour deux lots capturés dans l’étang
de ? Olivier, on obtient une différence significative (t=6) sensiblement égale à celle obtenue
avec deux populations géographiquement éloignées, soit Olivier 2 et Porto-Vecchio (t=7).
D’autre part en ce qui concerne le rapport œil-tête, nous obtenons une différence signi
ficative entre Olivier 1 et Olivier 2 avec t = 3,6, alors qu’avec t= 0,7 il n’existe pas de diffé
rence significative entre Olivier 2 et Porto-Vecchio, populations géographiquement éloignées.
Un problème se pose alors à nous : dans quelle mesure pouvons-nous, au sein de l’espèce]
admettre actuellement des sous-espèces ? Les éléments de réponse nous sont suggérés dans un
travail de Géry (1962) rappelant la règle des 75% et donnant des tables pratiques qui per¬
mettent, après le calcul d’un test dit « coefficient de différence », d’estimer rapidement le pour¬
centage de non recouvrement de deux distributions, donc le degré des différences subspéci¬
fiques. Dans la dénomination trinominale actuellement admise dans bien des ouvrages, nous
pouvons nous demander avec J. Géry combien de sous-espèces « basées sur la systématique
traditionnelle supporteraient avec succès la double épreuve statistique et écologique » ?
A titre d’exemple nous avons comparé deux lots (de dix sujets chacun) géographiquement
très éloignés l’un de l’autre, en prenant comme critère le nombre des vertèbres : l’un de l’étang
du Canet et l’autre du lac de Tunis. Nous avons obtenu les chiffres suivants :
Moyennes
Variances
Ecarts type
Coefficient de
(et extrêmes)
variation
Etang Canet Xa = 43,9 (43-45)
Var. a = 0,49
0,7
1,59%
Lac Tunis Xb = 41,8 (41-43)
Var. b = 0,36
0,6
1,43%
En utilisant les coefficients de différence et les tests de Wilcoxon rappelés par Géry (1962,
p. 524 et 1965, p. 255), nous obtenons les chiffres suivants :
Coefficient de différence C.D. = , ?^ B — = = 1,61
Var. a + Var. b 1,3
Le tableau de la page 540 (Géry 1962) nous indique que, dans ces conditions, 91 % de la
population du Canet diffère de 97% de celle de Tunis (chiffre de 97% retenu par la Convention
de Mayr, Lindsey et Usinger).
Si nous prenons le test de Wilcoxon (Géry 1965, p. 267) nous obtenons le tableau suivant
(avec n=10) :
11 )
inférieur^à'iyQ 31 * a ^ (Géry, 1965, p. 267), ces chiffres nous donnent un seuil
lots étudLTm^ d’établir une coupure subspécifique entre les deux
intermédiaires. De plus œs différente’” ' ?? blea “ 11 montre qu'il existe plusieurs chaînons
le sont plus pour d'autrés caractères î s '8 n ' f,catlves P our le seul caractère des vertèbres, ne
eres. De plus nous pensons qu’en plus d’un isolement géogra-
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
55
phique caractérisé, une variété « valable » doit exiger au moins une différence significative
(par exemple : vertèbres, écailles ou rayons) qui se retrouve de façon constante. Il y aurait donc
lieu de comparer les lots de mêmes origines à plusieurs années d’intervalle ( 1 ).
Chapitre IV
REMARQUES AU SUJET DE QUELQUES POPULATIONS
D’ATHERINA PRESBYTER G. ET D’A. HEPSETUS L.
Ce chapitre sera très bref en raison de ce que nous avons déjà dit sur ces deux espèces.
Sur le plan de l’écologie générale, il est intéressant de constater l’homogénéité relative
des diverses populations due, sans aucun doute, au milieu marin. Leurs incursions dans les eaux
saumâtres (toujours très salées) sont, en effet, très rares et leur reproduction s’effectue toujours
en mer. La confrontation des chiffres donnés par les auteurs, ainsi que nos propres résultats,
nous amènent aux diagnoses suivantes :
A. presbyter C.
DI : VII-IX ; D2 : I-i 11-12 (13); A : I-i 13-16.
Sq. long. : 52-56 ; Sq. lat. : 9-10.
Vert. 47-52 (54 Borsieri) ; Br. : 28-33.
Au point de vue de la comparaison des divers lots, il a été particulièrement intéressant de
relever le nombre des vertèbres, ce qui nous a permis de constater une corrélation entre la
latitude et le nombre de ces dernières. Jordan (1891) signale déjà le fait pour diverses espèces.
Du nord au sud, nous avons constaté les moyennes suivantes :
Hollande . 50,5
Zone Bretagne et golfe de Gascogne . 49,6
Maroc. 47,5
Pour cette dernière zone, le chiffre d’A. presbyter se rapproche de certaines moyennes
d’A. boyeri.
A. hepsetus L.
DI : VII-X ; D2 : I-i 9-11 ; A : I-i 10-12 (14 Linné).
Sq. long. : 59-65 ; Sq. lat. : 9-12.
Vert. 53-57 ; Br. : 30-36.
Par suite de sa localisation dans la zone Méditerranée-Mer Noire et dans un milieu marin
homogène qu’elle ne quitte qu’exceptionnellement, c’est l’espèce la plus sténobionte du groupe
des Athérines françaises.
(1) Pour la Caspienne, l’existence d’une sous-espèce avec ses caractères bien propres et une taille plus forte,
ne fait pas de doute.
Source : MNHN, Paris
56
i.. KIENER ET C. J. SPILLMANN
Chapitre V
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE ET BIOLOGIE DES TROIS ESPÈCES
A. — RÉPARTITION ACTUELLE
La répartition géographique des espèces est schématisée par la Fig. VII et nous avons
pensé qu’il était intéressant de signaler Pranesus pinguis (Lac.), espèce indopacifique et de
la Mer Rouge, venue récemment en Méditerranée par le canal de Suez (Ben Tuvia 1953 et 1966).
Smith (1965) donne une description détaillée de cette dernière espèce et nous en avons donné
une reproduction (Photo 2), car cette espèce pourrait bien apparaître un jour sur nos côtes
françaises. D’allure et de taille voisines de celles d’A. boyeri, l’espèce est cependant plus trapue
et sa tête est plus large.
Illies (1967) nous donne un aperçu de la répartition des Athérines en Europe, nous la
complétons ici. A. boyeri et A. hepsetus se trouvent dans toutes les zones littorales de la Médi¬
terranée (sans oublier les îles). A. hepsetus s’écarte un peu plus des côtes que A. boyeri qui
reste généralement localisée à une bande côtière de quelques kilomètres, ayant une prédilec¬
tion pour les golfes, les calanques, les eaux peu profondes. Les deux espèces pénètrent dans
l’Atlantique le long des côtes nord-africaines, espagnoles et portugaises. Maul (1949) signale
A. hepsetus avec A. presbyter dans la zone de Madère et Day (1880-84) signale A. boyeri éga¬
lement à Madère.
Présence d’A. boyeri dans la Manche et la mer du Nord
Plusieurs auteurs (Day 1880-1884, Bowers et Naylor 1964) signalent A. boyeri comme
relativement rare dans l’Atlantique et dans la Manche. Bowers et Naylor (1964) citent une
“JfT «“PtïoaneUe en 1960 de quelques spécimens d’A. boyeri sur la côte sud d’Angleterre,
nar nn < î? e P résence est tout à fait accidentelle : possibilité d’œufs transportés
chaudes d’i™.,L 6 * jî ant développés dans une zone artificiellement réchauffée par des eaux
les côtes de wS!/ U . Sme ‘ Quel< l ues su î ets - venus de l’Atlantique, ont aussi pu gagner
culier nombre de vertii! & a fa J® u , r cou rant Nord atlantique. Suivant la diagnose (en parti-
pas de chiffres nonrle B s’agit bien d’A. boyeri, mais les auteurs ne donnent
ichtyologiste à^’Institnt^e R ^ é £ ailles sur la U 8 ne latérale. C’est grâce à l’envoi de M. Fonds,
cette même esnèce daï! lï Bmteahave "> ff ue nous pouvons également affirmer la présence de
semble, à priori bien nordin^* ho andaises > localisation non encore signalée jusqu’ici et qui
intéressant, au point de vuTécnW Un6 *? pèce essen tiellement méditerranéenne. Il est alors
Atlantic Océan » de i£ 7 de COnsulter ^Océanographie Atlas of the North
constater qu’il n’y a, en fait ï Lt. 0 ? 6 ’ Washington). Nous sommes surpris de
de la zone hollandaise et de p’Jiü!* J 6 ? „ différences entre les températures hivernales des eaux
Nous constatons aussi au’en M 6 ^ oire (température mensuelle minima voisine de6°).
mais forte SK ""Z**^™* «* ->« températures assez voisines,
La présence en Hollande de l’esnècene^ h ,' ver ’ la Méditerranée restant beaucoup plus chaude,
effective, du courant Nord U ? ex P lc l uer P ar une influence très atténuée, mais encore
par le détroit du Pas-de-Calais ^ P r °l°ngeant le Gulf Stream et qui pénètre en Mer du Nord
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
A. Kl EN ER ET C. J. SPILLMANN
55
Comment expliquer alors la très grande rareté i'A boyeri sur les côtes françaises de l’Atlan-
tinue et de la Manche ? Il faut admettre, fait bien vérifié dans toute la Mediterranée, que l'abon.
dance d'A. tontri en zone littorale marine est essentiellement liée a la présence de lagunes
comportant des eaux calmes. Or nous ne pouvons pas rattacher à ce type de plans d’eau la Baie
d’Arcachon, par exemple, ou les estuaires saumâtres des côtes ouest de la France. C’est du moins
une hypothèse.
Mais alors que A. hepsetus est essentiellement localisée aux eaux marines, A. boyeri pénètre
largement dans toutes les eaux saumâtres méditerranéennes (lagunes, estuaires...). Un travail
de R. de Angelis (1960) donne la liste et les cartes de tous les grands étangs saumâtres circum-
méditerranéens. A. boyeri pénètre dans tous ces derniers. Notre carte ne précise que les zones
les plus importantes : C-B = zone Camargue-étang de Berre ; V-C = lagunes de Venise et de
Comacchio; C.R. = Complexe Razelm du delta du Danube ; N = lagunes du delta du Nil.
A. presbyler est essentiellement une espèce des côtes de l’Atlantique est. On la rencontre de
la zone des Iles Canaries jusqu’aux côtes sud de la Norvège et de la Suède, mais elle ne dépasse
pas la zone du Belt, à l’entrée de la Baltique, et elle est déjà peu abondante sur les côtes de
Hollande (fréquence plus élevée dans le Waddenzee qu’en pleine mer du Nord).
B. — APERÇUS BIOLOGIQUES
1) Reproduction et longévités
Nous avons donné, groupées à la fin de notre bibliographie, les références de six auteurs
qui ont plus spécialement précisé, dans leurs travaux, les époques et les descriptions des pontes
pour les trois espèces ainsi que le développement des œufs jusqu’aux stades post-larvaires.
Il est cependant un point sur lequel il nous a paru intéressant d’insister : la diversité des milieux
dans lesquels A. boyeri peut se reproduire, car ceux-ci vont des eaux légèrement hyperhalines
(marais salés de Porto-Vecchio, par exemple, avec des salinités de plus de 42°/ 0 o) à des eaux
oligohalines (telle celle de l’étang de l’Olivier avec une salinité voisine de 2°/ 0 o). L’espèce n’est
donc pas totalement « holoeuryhaline » au sens défini par Remane (1958).
La récolte d’œufs et de larves planctoniques, d’une part, les captures de bancs de jeunes
poissons pénétrant dans des étangs tels que Bolmon et l’Olivier, d’autre part, montrent nette¬
ment que les populations de ces étangs sont constituées soit d’éléments autochtones, soit d’élé¬
ments migrateurs en provenance de la mer. Certaines populations sont devenues totalement
autonomes, par isolement géographique : nous pouvons ainsi citer les cas des Athérines du lac
de Trasimeno en Italie (Moretti, 1959) et de celles de l’étang du Ceinturon, près d’Hyères (Var)
qui est un petit plan d’eau artificiel creusé en vue de rehausser la chaussée de la route côtière
voisine. Celle-ci a coupé toute relation directe entre la mer et l’ancien petit marais où plusieurs
espèces se sont trouvées littéralement «emprisonnées» : A. boyeri, Gobius microps K., Syn-
gnathus abaster R., qui y prospèrent depuis des années. El-Zarka (1968) cite le cas d’A. mochon
(— ooyen) introduite, avec d’autres espèces marines, dans le lac Karoun dont la salinité oscille
ces dernières années entre 19 et 29°/oo. L’espèce s’y est très bien reproduite et ses pêches sont
devenues importantes (100 T/an). v
RoBFRTsm! S™ 1 * d population d’Athérines en eaux douce est rapporté pa
hremodnSn T (190 ?, 1 I" i ™ a r éussi l'élevage à Nice pendant plusieurs années <
.Sum Ï T!' L auleur indi< l ue - I> our les sujets adultes, une taille de 6 à 8 c.
rieure à «lie atteinte^,” 1 ' J* ,ai î., que les Populations vivant en eau douce ont une taille infi
pour cet élevaee artîfîripi 18 ’ CS mi .’ eux sau mâtres ou marins. La nature exacte de l’eau utilisé
Tar exempk) 8 ‘ C ‘ el ” 3 malh é“'é»seme„t pas été précisé par l’auteur (eau riche en Ca
vation desfcadles'sufvànUa des , ana 'y ses des captures ainsi que de l'obser-
chmque classique de la « lecture directe ». Ces dernières sont
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
59
prélevées dans la zone précisée sur la fig. I et elles sont observées sur lame après léger traite¬
ment à la lessive de soude et rinçage (dans certains cas une légère coloration à l’hématoxyline
est utile). Les lectures sont délicates et ont porté sur un assez grand nombre de sujets pour
éviter les erreurs classiques des « faux anneaux » ou des anneaux absents par suite d’un hiver
peu rigoureux. Plusieurs auteurs, tels que Fage pour la Sardine de la Méditerranée et Furnestin
pour la même espèce de l’Atlantique, ont montré combien sont fréquentes de telles irrégularités
dans la disposition des anneaux. Les photos 14 et 15 montrent deux écailles, l’une pour A. boyeri
et l’autre pour A. hepsetus. Les lectures faites pour les sujets ayant les plus grandes tailles nous
donnent des longévités approximatives de :
— deux ans (ou'rarement trois) pour A. boyeri ; la longévité de cette espèce semble un
peu plus forte en mer ;
— trois ans (ou rarement quatre) pour A. presbyler et A. hepsetus.
L’on observe souvent de fortes mortalités par suite de refroidissements brusques et impor¬
tants dus à des coups de mistral, généralement au cours des mois de février et de mars (faits
bien connus en Provence sous le nom de « Martegade »).
2) Parasites des Athérines
Chez A. hepsetus et A. boyeri nous avons souvent rencontré un Isopode parasite que
Trilles (1964) a bien étudié dans la région de Sète et qui, selon lui, n’est récolté que sur le genre
Atherina (Spécificité parasitaire néogénique). Il s’agit de Molhocya epimerica Costa de la famille
des Cymothoïdae (7 paires de pattes préhensiles). Notons tout de suite que pour A. boyeri
la fréquence de ce parasite est beaucoup plus élevée en mer ou dans des eaux encore fortement
salées (étang de Thau, étang de Berre avant le déversement du canal de la Durance en 1966,
étangs corses de Diana et Urbino à salinité supérieure à 30°/ O o) que dans les eaux méso ou
oligohalines. Les parasites récoltés dans ces dernières semblent en général être pris sur les
poissons ayant récemment pénétré dans les milieux moins salés où les isopodes les quittent :
les pêcheurs confirment ces faits en disant que « les poissons vont dans les eaux douces pour se
débarrasser de leurs parasites ». Un cas tout à fait frappant était, avant 1966, celui des bancs
d’Athérines venant de Berre (salinité voisine de 32 g/l) et capturés dans le canal Berre-Olivier.
Les Molhocya parasitaient ces bancs en assez grand nombre alors que les Athérines capturées
dans l’étang de l’Olivier (salinité de 3 à 5 g/l à l’époque) n’en portaient que rarement.
Nous avons surtout pu dénombrer des mâles de Molhocya qui sont fixés sur la tête, plus
rarement dans la bouche ou dans la cavité branchiale. Les femelles, très peu pigmentées et au
volume du corps souvent plus que doublé par la présence d’œufs, sont toujours fixées dans
la cavité branchiale où elles peuvent atteindre, à l’état gravide, la grosseur d’un petit pois.
3) Euryhalinité ou sténohalinité des Athérines
Des trois Athérines que nous étudions, A. boyeri est la seule vraiment euryhaline. Les deux
autres espèces, aux affinités marines nettement dominantes, sont beaucoup plus sténohalines
et se limitent à des milieux mixo-euhalins ou mixo-polyhalins aussi bien dans l’Atlantique
que dans la Méditerranée. C’est ainsi que A. presbyler pénètre exceptionnellement jusque dans
le Belt (Grimpe et Wagler, 1940. Salinité voisine de 19 g/l suivant Remane et Schlieper,
1958), mais elle ne le dépasse pas et elle ne pénètre jamais dans la Baltique. Grimpe et Wagler
signalent également son ancienne pénétration (avant les grands travaux) dans le Zuydersee
dans des eaux à salinité voisine de 28 g/l. Récemment nous avons reçu deux lots de cette espèce
capturés l’un dans l’estuaire du Rhin (Veerse Meer, dont la salinité peut descendre jusqu’à
Source : MNHN, Paris
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
a n) et 1-autre dans le Waddenzee. L’espèce peut aussi être rencontrée de façon sporadique,
rtout à l’état jeune, dans les petites salines aux eaux hyperhalines de la côte de Gascogne.
18
surtout
En Méditerranée, A. hepsetus présente une sténohalinité assez voisine de celle de A. prts-
bater dans l’Atlantique : on peut la rencontrer dans l’étang de Thau (moy. 34-36 g/l), dans l’étang
de Berre (32 g/l avant le déversement des eaux de la Durance) et même exceptionnellement
dans celui de Bolmon (adjacent à l’étang de Berre par la digue du Jaï) dans lequel nous avons
capturé quelques sujets dans une eau à 25 g/l. A. hepsetus peut aussi être rencontré, mais rare¬
ment, dans les étangs côtiers hyperhalins de Camargue (Beauduc, Galabert, Ste-Anne, Vaisseau)
qui alimentent les salines de Salins-de-Giraud. Almaça (1965) a capturé A. hepsetus dans des
estuaires : Rio Ave (Amarante) et Vala Real (Azambuja) et il parle de « remontée en eau
douce » ? Le titre de son travail précise « eaux intérieures » qui peuvent comporter des zones
salées au voisinage de l’Océan.
A. hepsetus existe aussi dans la Mer Noire dont la salinité n’est que de 16 g/l. Mais nous
avons affaire au cas bien général des espèces d’origine méditerranéenne, à affinités marines
dominantes, qui se sont peu à peu adaptées à cette mer où elles forment de nouvelles races
physiologiques vivant parfaitement dans une eau à salure relativement faible, mais qui ne
supporteraient pas un transfert brutal dans l’eau de la Méditerranée (38,5 g/l dans sa partie Est).
Quant à A. boyeri, son euryhalinité est presque totale, mais elle ne s’écarte pas définiti¬
vement des eaux très légèrement saumâtres. Si elle vit parfaitement dans l’étang de l’Olivier
(2 à 3 g/l), elle ne va jamais peupler les eaux douces voisines ayant 300 à 400 mg/1. De même
en Camargue A. boyeri ne dépasse pas de beaucoup, vers le Nord, le Vaccarès très dessalé actuel¬
lement (6 à 8 g/l suivant les saisons) et les roubines où il est capturé sont toujours très légèrement
salées. Cependant, dans la zone toulousaine du canal du Midi, d’où Roule (1902) avait décrit
A. mochon riqueti, la salinité des eaux descend à moins de 75 mg/1 (échantillon prélevé en
avril 1968), ce qui est très faible (*).
Discussion de la présence d’A. mochon riqueti Roule près de Toulouse
Plusieurs recherches effectuées ces dernières années dans la zone toulousaine du canal
j”,, 1 nan *- P as permis de retrouver l’Athérine que Roule y avait pourtant découvert au
u du siècle. Il est fort probable que les sujets capturés à cette époque ne faisaient pas partie
une population autochtone adaptée à cette zone, mais provenaient de l’éclosion d’œufs
ranspo s par un bateau ayant emprunté le canal du Midi. Par une suite de circonstances
e f e P“es) les œufs et les jeunes Athérines ont pu se développer dans
™ zS"* d0nt a gran . de richesse en calcium a peut-être permis les possibilités de « survie.
de la minéralisé ? Le canal du Midi reçoit, en effet, une partie de ses eaux
fe^rlT™ SOnt P”tM*en.ent riches en Ca (prés de25% en poids de
rieur à 0 02 nnnrVVo j 3 ? \* èS j é evé ’ su P érieur à 1 alors que ce rapport est légèrement supé-
w”e„ce de 7 P “ ailleMS DdpÉi>ET < 1883 > avait déjà signalé 1.
admettre ,„e deux tacteuï ont’êoSS depSTsa'dVpal^n“ I '°"
— pollution des eaux, et"
motorisation des péniches brassant violemment les eaux dans un canal très étroit.
Na d î 1>anal y se <
* ’ 15 > 4 , SO, néant ; HCO,
principaux ior
49 ; extrait sec
us et de l’extrait sec : K = 0,9 ; Ca = 16 ; Mg = 6;
= 74. Conductibilité de 99,5 et pH de 7,4.
Source : MNHN, Paris
ATHÉR1NES DES CÔTES FRANÇAISES
61
Il semble bien que l’on ait affaire à une espèce qui ne peut oublier totalement ses origines
marines et dont la physiologie réclame une eau toujours légèrement salée. De nombreuses
captures ont été signalées en « eau douce » (par ex. Arbocco, 1966), mais toujours de la zone
côtière et leurs teneurs exactes en sel seraient à préciser. Il y a là un problème assez voisin de
celui d’autres espèces, telles que certains mulets ( Mugil et Liza spp), Gobius microps Kr. ou
Aphanius fasciatus Val. qui ont été signalées « en eau douce », mais que personnellement nous
n’avons jamais vu séjourner longtemps dans des eaux très peu salées. Dans certaines sources
de résurgence méditerranéennes côtières (Font-Estramer, Font-Dame, Fitou, El-de-la-Ponso...
de la région de Salses-Sigean, Pyrénées Orientales et Aude), nous avons souvent pu observer
des remontées de Mulets et d’Athérines vers des sources légèrement saumâtres ou même douces,
mais celles-ci contenaient alors beaucoup de calcaire ou même de la magnésie (rapports ioniques
Ca/Cl et Mg/Cl élevés) et leur séjour n’y semblait pas de longue durée.
Pora, dans sa note de 1938, précise que ses essais expérimentaux lui ont permis d’élever
A. pontica Euchw. en aquarium dans des limites de salinité allant de 12 à 20 °/ 00 - Ces limites
nous semblent assez étroites, mais si l’espèce (prise dans son ensemble) est bien euryhaline,
elle présente en Mer Noire des races physiologiques qui sont plus ou moins sténohalines et qui
ne vivent longtemps que dans un milieu aux limites de salinités bien définies, voisines de celles
de leur milieu d’origine.
Le schéma ci-après résume les gradients naturels de salinité que peuvent supporter les
trois espèces d’Athérines étudiées :
Terminons cet aperçu de l’euryhalinité des Athérines par quelques mots relatifs à celle de
Pranesus pinguis (Lac.). Espèce indo-pacifique et de la Mer Rouge, cette Athérine aux affinités
marines dominantes semble avoir une euryhalinité assez voisine de celle d’A. hepselus ou A. pres-
byter. En effet, pour passer de la Mer Rouge vers les côtes d’Asie Mineure par le Canal de Suez,
ce poisson a dû passer par deux zones aux salinités assez différentes de celle de son milieu d’ori¬
gine (Thorson, 1968) :
— d’une part le lac Amer à salinité particulièrement élevée, et
— d’autre part, la sortie du Canal de Suez qui débouche sur une zone littorale dessalée
par les eaux du Nil.
Source : MNHN, Paris
62
L . KIENER ET C. J. SPILLMANN
fes deux zones ont constitué, jusqu’ici, deux barrières biologiques successives pour 1 M
esnèces strictement sténohalines qui tentaient de passer de la Mer Rouge en Méditerranée ou
vice-versa Les travaux effectués dans le lac Amer ainsi que la retenue des eaux du Nil par le
barrage d’Assouan réduiront, dans une certaine mesure et dans les années proches, l'impor¬
tance de ces deux barrières.
C. - ESSAI DE DEFINITION DE LA « NICHE » 0 DES ATHÉRINES
Sans insister ici sur la vie grégaire des Athérines et leurs fréquents déplacements en petits
bancs (comportement étudié par Jorné-Safriel et Shaw, 1966), nous pouvons définir, dans
son ensemble, la niche des Athérines comme suit :
Espèces pélagiques des zones littorales marines (Fage, 1918 ; Le Danois, 1943) ou des
lagunes, vivant sur les zones sablonneuses et au voisinage des herbiers (au sens large : algues
et phanérogames). Au sein des biocénoses, leur rôle dominant est celui de petits carnivores
vivant essentiellement aux dépens de crustacés : copépodes du zooplancton ( a ) et formes benthiques
vivant sur la végétation (crustacés constructeurs, gammares, Mysis, Sphaeroma, etc.).
Pour A. boyeri, en particulier, les contenus stomacaux analysés ont souvent montré la
dominance de proies planctoniques en mer ou dans les étangs profonds du type marin, tels que
Berre, Thau, Diana et Urbino et la dominance de proies benthiques dans des étangs peu profonds,
envahis par la végétation, tels que Biguglia (contenus stomacaux où abondent, entre autres
proies, les crustacés constructeurs : Corophium, Tanais, Microdeutopus, Erichtonius spp.)
ou Bolmon (voisin de l’étang de Berre ; abondance toute particulière de Sphaeroma hookeri L.).
Dans sa communication présentée en septembre 1968, Porumb aboutit, pour la Mer Noire, à
des conclusions semblables pour YAtherina mochon pontica E. (= boyeri) qui, précise-t-il,
«se nourrit d’organismes bentho-pélagiques, eux-mêmes consommateurs de zooplancton•
(et aussi, pourrions-nous ajouter, « de phytoplancton »). Comme l’a précisé Al-Hussaini (1947),
ce dernier ne joue pas de rôle direct dans le régime alimentaire des Athérines. Du phytoplancton
peut être ingéré accidentellement avec d’autres proies, mais il ressort sans avoir été digéré.
Par ailleurs, les Athérines sont une proie de choix pour beaucoup de carnassiers de plus
grande taille et parmi ceux-ci nous pouvons citer plus particulièrement dans les eaux sau¬
mâtres 1 anguille, plusieurs Gobies (en particulier Gobius ophiocephalus P., niger L. et paganellus
L.), les loups ( Morone labraxL. et punctatus Bl.), plusieurs blennies (dont Blennius pavo R. et
B. sanguinolentus P.), l’orphie (Be/one belone L.), plus rarement la sole ( Solea vulgaris Bell.)
qui guette, plaquée sur les fonds, le passage en eau peu profonde des bandes de jeunes Athérines.
uans certains étangs méditerranéens oligohalins (Olivier) ou mésohalins (Vaccarès en Camargue),
°?* r \ ét f' t d f venue la proie dominante du Sandre, Slizosledion lucioperca (L.),
nouvellement introduit dans ces milieux (*).
nnne^üÜÜ.’ en nom breux sont les poissons carnivores prédateurs des Athérines et
sation d’ilne «!! rïf? 6 rôle de ces dernières dans les diverses chaînes trophiques par utili-
parThomme ‘“Portante de leur stock dont seule une faible partie est jusqu’ici exploitée
dansée mU^iTdont ^e^airp^fe ni w® comme suit : «Fonction d’une espèce ou d’une population
a à redouter, d’autre part... » ’ P c ‘P alement relation avec sa nourriture d’une part et avec ses prédateurs qu elle
égime alimentaire ^s^thériM^^MMite^ni^^ Sc . ie , nces > Marseille-Saint-Charles : « Le plancton dans le
,,, . „ Mediterranée occidentale. (préparation Thèse, 3« cycle).
A. K. ener : Evolution du Sandre dans deux étangs méditerranéen, La Terre et la Vie, 1968, no 4.
Source : MNHN, Paris
Schéma "PHYLOGENIE ET DISSEMINATION" Propagation des espèces et "colonisation" des eaux
========■=====-======-================ continentales (lagunes, estuaires, cours d'eau)
Ancêtre Genres Espèces
Milieu marin
Milieux saumâtres
(Méditer¬
ranée)
Zones littorales de la région de-
Gibraltar (Maroc, Madère,
Espagne).
Zones littorales de toute la
Méditerranée.
Littoral Mer Noire
(incursion par Mer de Marmara).
Littoral Mer Caspienne
(par Mer d'Azov et dépression
Caspienne).
Zones littorales Atlantique et
Manche : côtes Afrique Nord,
Portugal, Espagne, France,
Angleterre.
Mer du Nord
(Belgique, Hollande, Allemagne,
Danemark).
Légères incursions dans
Kategat et Belt.
Atherina (Atherina )—^ A.(A.)hepsetus —— Toutes côtes de la Méditerranée
(Méditerranée) I
Mer Noire
■Incursions par la Manche vers
les côtes hollandaises.
•Nombreuses lagunes et autres
eaux saumâtres, même forte¬
ment dessalées (en particulier
France, Italie, Grèce,
Egypte .).
Idem (en particulier complexe
Bazelm » Etangs delta Danube).
Idem (Delta Volga, Golfe
Kara-Bougaz ....).
Légères incursions dans eaux
saumâtres encore fortement
salées (Gironde, Baie d'Arca-
chon, salines de Gascogne).
Jamais en eaux douce ou
oligohaline.
Idem (autrefois Zuydersee....).
Ne pénètre pas dans la Balti¬
que proprement dite.
Légères incursions dans eaux
saumâtres encore fortement
salées. Jamais en eaux douce,
ou oligohaline.
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
64
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
D. - PHYLOGÉNIE ET DISSÉMINATION DES ESPÈCES
Lors de la formation des deux espèces voisines : A. boyeri et A. presbyter (ce dernier étant,
en fait un gros « bogeri » par son aspect extérieur. Roule, 1903 a), la première espèce a colonisé
tout le littoral méditerranéen ; la seconde a constitué dans 1 Atlantique une espèce vicariante
par rapport à A. bogeri de la Méditerranée. Les deux aires de répartition géographique se
chevauchent dans la zone atlantico-méditerranéenne du détroit de Gibraltar et par taches
très limitées dans la Manche et sur les côtes de Hollande.
Colonisant de proche en proche la vaste zone méditerranéenne, A. bogeri et A. hepsetus
ont gagné la Mer Noire. A. bogeri a poursuivi sa progression jusqu’à la Mer Caspienne (proba¬
blement par la Mer d’Azov et les cours inférieurs du Don et de la Volga situés dans la dépression
Caspienne) et elle y constitue une population très isolée du reste de l’espèce (Eichwald, 1841 ;
Meschkov, 1941). Il serait intéressant de pouvoir préciser l’époque à laquelle a pu se faire la
migration de cette Athérine de la Mer Noire vers la Caspienne et comparer, sur les plans bio¬
métrique et écologique, les populations de ces deux mers intérieures.
Il est probable que l’évolution et la propagation des Athérines étudiées se soient faites
suivant le schéma a Phylogénie et Dissémination » donné à la page précédente.
E. — APERÇU DE LEUR IMPORTANCE ÉCONOMIQUE
Comme pour toutes les espèces qui vivent en bancs, les captures d’Athérines sont souvent
importantes, mais irrégulières et les cours sont sujets à de très fortes variations. Quelquefois
l’abondance de leurs pêches (aussi bien en Bretagne pour A. presbyter qu’en Méditerranée pour
A. bogeri) est telle qu’elles sont données en alimentation aux bêtes. En raison de l’importance
des captures d’A. bogeri dans les très nombreuses lagunes circum-méditerranéennes (y compris
la région de la Mer Noire dans laquelle les captures d’A. hepsetus sont peu importantes), on
peut affirmer que cette espèce vient largement en tête quant aux tonnages exploités pour les
trois Athérines. Banarescu (1964) cite le chiffre de 370 tonnes pour la production roumaine
(dans le texte Atherina mochon pontica E.) et les tonnages annuels pêchés aussi bien en France
qu en Italie dépassent largement ce chiffre pour chacun de ces deux pays. Dans les cas de pêches
exceptionnelles, il se pratique un certain « dumping » par les mareyeurs de Gênes qui ont expé¬
dié a la criée de Marseille, notamment au cours de l’année 1967, des « Joël » en provenance des
agunes de la côte ligure. De même la criée de Marseille reçoit de temps en temps des Athérines
d Arcachon (A. presbgter).
, La capture des Athérines s’opère avec divers types de filets à mailles fines : filets traînants
n ' ets fix Çs et quelquefois carrelets ou éperviers. Gourret (1894) nous donne, avec
le e P I éC T nS ’ les techni q ues de pêches pratiquées en Provence et qui comportent
le mode de capture bien connu à la « Sioucletière » Jour A. hepsetus.
CONCLUSION
cissement au sein des^confnsü' 11 * ^ Ur nous avons avant tout voulu porter un éclaii
bonapartii » et parmi de 1 ® nan , t encore récemment dans le groupe « mochon-bogen
la Mule espèce . sensu , ato , “ dé#nitiVe ’ à regr ° UPer S °°
Source : ÂANHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
65
De nombreuses discussions relatives aux variations de certains caractères méristiques et
morphologiques, tels que le nombre des vertèbres ou la forme des arcs hémaux, par exemple,
montrent combien cette espèce s. 1. est polymorphe et présente certains caractères pour lesquels
tous les cas intermédiaires peuvent être trouvés entre les cas extrêmes. Le cas de A. boyeri
est très analogue à celui de Pranesus pinguis (Lac.) longuement décrit par Smith (1965).
Taning (1950) entrevoit les possibilités de ces polymorphismes à la suite de « phenotypic
responses to environmental conditions » et l’auteur insiste, à juste titre, sur la prudence qu’il
y a lieu d’avoir en matière de systématique pour l’utilisation des caractères méristiques (bran-
chiospines p. ex. en ce qui nous concerne ici) en vue de buts taxonomiques.
D’Ancona (1962), commentant certains aspects du polymorphisme adaptatif étudié par
Battaglia (1961) nous montre « combien sont grandes les variations dans les milieux littoraux
hétérogènes, en particulier les eaux saumâtres caractérisées par leur instabilité et leurs varia¬
tions rapides... »
En essayant de définir au mieux les conditions écologiques des trois Athérines que nous
pouvons trouver dans les régions côtières françaises :
— Atherina ( Hepsetia ) boyeri Risso, espèce euryhaline par excellence et très fréquente
dans les eaux saumâtres,
— Atherina ( Hepsetia ) prèsbyter Cuvier, et
— Atherina ( Atherina) hepsetus Linné aux affinités marines dominantes,
il nous est apparu nécessaire de les placer dans un contexte européen plus vaste et de ne pas
négliger à la fois leur répartition géographique totale et les conditions écologiques limites aux
confins de leurs aires de dissémination.
Laboratoire de Biologie Générale-Ecologie,
Faculté des Sciences de Marseille-St-Charles.
Laboratoire Reptiles et Poissons,
Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris.
Source : MNHN, Paris
66
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
RÉSUMÉ
nP vant le manque de concordance entre de nombreux documents et devant la pluralité des nom,
rfvXes des Athérines des côtes françaises retenus dans la majorité des travaux récents, U a semblé
oppîrtun aux auteurs de faire une mise au point qui a abouti aux conclusions suivantes :
— le genre Hepsetia Bonaparte mérite seulement d’être retenu en tant que sous-genre ;
- les diverses espèces sont au nombre de trois et la taxonomie à retenir est :
Alherina (Hepsetia) boyeri Risso,
Alherina (Hepsetia) presbyter Cuvier,
Atherina (Alherina) hepselus Linné ;
— les diverses espèces décrites encore récemment sous d’autres noms tels que A. mochon C.,
A. bonapartii B., et, plus anciennement sous un grand nombre de synonymes représentent, en réalité,
diverses populations d’une même espèce prise « sensu lato ». Le polymorphisme d’A. boyeri
s’explique par la diversité des conditions écologiques des milieux dans lesquels elle vit. Ce travail
se termine par un aperçu de la phylogénie (hypothétique) des Athérines et un schéma général de leur
dissémination dans la vaste zone atlantico-méditerranéenne dans laquelle est incluse la région de la
Mer Noire et de la Mer Caspienne.
SUMMARY
On account of the lack of concord between many documents and owing to the plurality of species-
names of the Atherines of the french coasts in most of recent papers, the authors thought it will be
opportune to revise the systematic views. This new data abut on the following conclusions :
— the généra Hepsetia Bonaparte must only be retained as a sub-genera ;
— the different species are in number of three and their taxonomy must be retained so as following :
Alherina (Hepsetia) boyeri Risso,
Atherina (Hepsetia) presbyter Cuvier,
Atherina (Atherina) hepselus Linné ;
— the different species which are still described under other names so as A. mochon C., A. bona¬
partii B. and formerly under numerous synonymes represent, in reality, different populations of a
same species « sensu lato » and whose polymorphysm will be explained by the diversity of the ecological
conditions of the médiums in which the numerous studied lots where captured. This work ended with
an overlook upon the supposed philogeny of the different Atherines and a general scheme of their
dissémination in the vast atlantico-mediterrenean zone in which is inclused the région of the Black
and Caspean Seas.
ZUSAMMENFASSUNG
Da zeitweise eine Übereinstimmung zwischen mehreren Schriften fehlt und angesichts der Zahl
aer bpezienamen franzôsischer Küstenatherinen in der Majoritât letzterer Werke, haben die Autoren
sien zu emer Kichtigstellung entschlossen. Diese letztere führt zu folgenden Schlussfolgerungen :
Z ml Hepseti °. Bonaparte verdient nur als Untergenus zubehalten zu werden ;
nomie ist *** verschiedenen Atherinenspezien belâuft sich auf drei und die zubehaltende Taxo-
Atherina (Hepsetia) boyeri Risso,
Atherina (Hepsetia) presbyter Cuvier,
Atherina (Atherina) hepselus Linné ;
Spezien und'dhe/welcheTn früheren^pu 3 " 16 ^ so ” ie .^' mochon C. und A. bonapartii B. beschriebenen
lichkeit verschiedene PoDulatinnpn du [, ch Vlele Synonymen bezeichnet wurden, sind in Wirk-
t.re„ «mÆTSÏÏÏSSSS •' D “ Polymorphisme dieser leU-
die mehrzahlen beobachtetpn i der okolo 8 lsc hen Bedingungen der Medien, in welchen
angeblichen Phylogénie der At^n?n ^:ZZ de Z- Diese Arbeit mit einer Übersicht der
gedehnten Atlantik-Mittelmeerzonp^n 11 !^ e ‘" em ajlgemeinen Schéma ihrer Verbreitung in der aus-
eerzone, in der d.e Schwarzmeer-Mittelmeerzone eingeschlossen ist.
Source : MNHN, Paris
ATHÉR1NES DES CÔTES FRANÇAISES
67
ANNEXE
Listes des spécimens étudiés
Espèces
Origine Observations
Spécimens du Muséum de Pans (avec numéro) (*)
Atherina boyeri Risso
A. mochon C.
A. mochon C.
A. risso C.V.
A. boyeri Risso
A. boyeri
A. boyeri
A. mochon
A. mochon pontica Eichw.
A. mochon pontica Eichw.
A. mochon riqueti Roule
A. mochon riqueti Roule
A. sarda C.V.
Syntypes de Nice
Syntypes d’Iviça (Baléares)
Naples
Holotype. Nice
Toulon
Nice
Messine (Sicile)
Iviça (Baléares)
Malte
Castelnaudary (canal du Midi)
Sète
Sète
Roumanie (Mer Noire)
Sébastopol (Mer Noire)
Toulouse (canal du Midi)
Toulouse (canal du Midi)
Sardaigne
A. 4342 (Risso 1810)
A. 4355 (Cuv. et Val. 1835)
A. 4353 (Cuv. et Val. 1835)
A. 4350 (Cuv. et Val. 1835)
A.4340
A.4351 (Cuvier et
A. 4352 Valenciennes 1835)
A. 4343
A. 4341
83.1001 (Depéret 1883)
89 847 (Moreau 1881)
98.800 (Moreau 1881)
(Envoi Banarescu)
60.104
A. 1633
68.80
Prêtés s
(Roule 1902)
u Muséum par Laboratoire de 1
Faculté de Toulouse
A. 4354 (Cuv. et Val. 1835)
A. hepsetus L.
Marseille
Marseille
Toulon
Nice
Nice
Nice
Sicile
Messine (Sicile)
Messine
Athènes (Grèce)
Malte
Algérie
Algesiras (Espagne
Malaga (Idem)
Tauria (Idem)
8.961 (Marion 1894 =boyeri) (*)
98.843 (Moreau 1881)
A.4333
A.4330 (Risso 1826)
A.4359 ( = boyeri)
A.4331
A.4334 et A.4335
2.122 (= boyeri)
A.4358 et A.5133
A.4357
A.4329
A.4356 (Guichenot 1850)
A.4328 (= presbyter)
A.4332
A.4336
A. presbyter Cuvier (classés du Nord au Sud)
Caen
Grandville
Morlaix
Lorient
La Rochelle
Arcachon
Golfe de Gascogne (Biarritz)
St-Jean-de-Luz
Maroc (1925)
Algérie
A.4346
A.4347
55.86
A.4345 et 4349 (Ex. histor.)
A.4337 et 4348
98.851 (Moreau 1881)
596
1633
n°* 381 à 383 (Coll. Pellegrin)
83.1060 (= boyeri)
(1) Les milieux d’origine (mer ou eaux saumâtres) ne sont généralement pas connus pour les Athérmes du groupe
bogeri-mochon-risso-sarda. Par contre, en raison de leur biologie, les spécimens d’A. hepsetus et A. presbyter peuvent
être supposés tous d’origine marine.
(2) Une partie de ces exemplaires a été radiographiée et nous avons été amenés à rectifier les dénominations
de plusieurs spécimens.
Source : MNHN, Paris
68
A. KIENER ET C. J. SPILLMANN
II. Spécimens récents
(Captures faites par A. Kiener, sauf indication particulière) (*)
Etang Canet (P.-O.)
2/65
Petit étang saumâtre à grande
7/66
variation de salinité. Nord Ba-
12/66
nyuls-sur-Mer.
Et. Bages-Sigean (Aude)
8/66
Etang saumâtre méso- ou poly.
halin. Sud Narbonne.
EL Thau (Hérault)
8/67
Spéc. Régis. Fac. Sci. Marseille.
Milieu polyhalin. Radiographie .
Et. Vie (Hérault)
2/68
Spéc. Régis. Milieu polyhalin.
Radio.
Et. Mauguio (Hérault)
4/65
Milieu polyhalin. Sud-est Mont¬
6/65
10/65
12/65
pellier.
1/66
3/67
Radio.
Etangs de Camargue :
(Bouches-du-Rhône)
— Impérial
2/66
Milieu méso- ou polyhalin. Radio.
— Digue à la mer
8/65
Près du Phare de la Gacholle
11/65
(salinités très variables suivant
2/66
saisons).
— Vaccarès
1/56
Récolte Prof. Petit. Milieu méso-
10/65
8/67
halin : 5 à 10 g/l.
— Foumelet
8/67
Milieu à très grandes variations
salinité.
— Faraman
1/56
Récolte Prof. Petit. Milieu méso-
halin.
Et. Lavalduc
10/65
Milieu mésohalin. Radio.
(Bouches-du-Rhône)
Canal de Fos-sur-Mer
5/67
Canal Arles-Marseille prolongeant
(Bouches-du-Rhône)
le canal du Midi. Milieu oligo- ou
mésohalin.
Etang de Berre :
(Bouches-du-Rhône)
— Anse de Merveille
6/65
Radio.
11/66
En 1965, salinité de 32 g/l. Milieu
! 2/67
se dessalant depuis 1966 avec
— Région d’Istres
1 8/67
déversement eau de la Durance
(Usine E.D.F.).
3/66
Idem.
— Anse de St-Chamas
3/67
1 1/66
Idem.
— Pointe de Berre
| 9/67
7/67
Idem.
génégement^S^le «"’^ ré Mlinltés très variables avec les saisons - NoUS ^
ranée dans le sens des aiguilles d’un^monfit ? 111 P&r Ia ZOne des côtes françaises et en tournant autour de la Méditer-
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
— Salins de Berre
— Digue du Jaî
Etang de Bolmon
Etang de l’Olivier
Marseille (Mer)
Etang Ceinturon (Var)
Estuaire Gapeau (Var)
Etang de Grimaud (Var)
Menton (Mer)
Corse (Côte Est)
— Bastia (Mer)
Et. de Biguglia
Et. de Diana
Ouest
Sud
— Et. d’Urbino
— Lagune de Calzarello
8/66 Radio. Salinité de 43°/ 00 (sujets
venant de l’étang de Berre).
8/67
12/66 Sud-Est étang Berre avec lequel il
communique (salinité très va¬
riable).
5/67 Radio.
12/67
6/68 Radio.
12/65 Radio
10/66 Petit étang oligohalin (salinité 2
à 3°/oo).
6/67
9/67
12/67 Zone littorale. Plage du Prado.
6/68 Iles Marseille. Radio.
6/66 Radio. Et. artificiel fermé, situé
près d’Hyères. Milieu poly- ou
euhalin.
6/66 Rivière voisine d’Hyères.
9/66 Petits marais saumâtres en voie de
disparition (Fond Golfe de St-
Tropez), transformés pour le
tourisme.
2/68 Spéc. Vitiello. Zone littorale.
Radio.
11/67 H. boyeri capturé en mer en même
temps que A. hepsetus au large
de Bastia. Radio.
1/68 Radio.
7/64 Milieu à grande variation salinité :
10 à 30 g/l.
9/65
4/66
9/66 Radio.
9/67
9/65 Milieu euhalin, à salinité peu va¬
riable.
9/66
11/66
7/67
I 7/67
I 9/66 Même type d'étang que Diana.
| 3/67
9/65 Petite lagune constituant l’es¬
tuaire de la rivière proche d’Alé-
ria.
— Estuaire Solenzara
— Salines de Porto-Vecchio
Lagune côte ligure
Lagune de Venise
Israël
7/66 Rivière au sud de l’étang de Palo.
9/67
4/66 Radio. Milieu hyperhalin.
5/67 Italie.
10/67 Envoi Varagnola. Station hydrob.
Chioggia.
3/55 Envoi Lourie. Stat. Rech. océano-
graph. Haïfa. Embouchure
Alexander River. Radio.
Source : MNHN, Paris
70
i. K1ENER BT C. J. SPI1XMANN
Lagune de Tunis
Hollande
(Mer du Nord)
A. presbgter Cuv. Hollande
Bassin d’Arcachon
Biarritz (Mer)
Maroc (Atl.)
A. hepsetus L. Banugls (Mer)
Etang de Bolmon
Iles de Marseille
Menton (Mer)
Bastia (Mer)
Pranesus pingus forskali Rup.
Israël
5/55 Même provenance. Lot formé de
petits sujets uniquement ( 2.5 &
3 cm).
3/68 Envoi de M m * Founoun. Station
Salambo. Tunis. Radio.
1/68 Envoi Fonds. Institut Onderzoek
Zee. Veerse meer (Delta Rhin).
Radio.
9/68 Envoi Steinmetz. Maam Veerse
meer (delta Rhin). Salinité voi¬
sine de 19 g/l. Radio.
8/66 Envoi Fonds. Institut Onderzoek
Zee. Texel (Waddenzee). Radio.
8/68 Salinité 25-30%o dans zone d’Ar¬
cachon. Radio.
12/67 Envoi Lamarque. Station hydrob.
Biarritz. Golfe de Gascogne.
Salinité 35,5%o- Radio.
10/68 Envoi Collignon. Pêches mari¬
times Maroc. Radio.
12/63 Envoi Vu-Tan-Tue. Station Ba-
nyuls. Zone côtière. Radio.
1/67 Etang saumâtre déjà signalé.
5/67 Zone littorale marine. Radio.
10/67
2/68 Spéc. Vitiello. Zone littorale.
I 11/67 Salinité 38,5 g/l au large de Bastia.
| 6/68 Même provenance. Radio.
10/66 Envoie Lourie. Stat. Rech. océa-
nograph. Haïfa. Embouchure.
Riv. Naaman. Côte méditer.
Israël. Radio.
La majeure partie de ces spécimens récents a été remise au Muséum (Lab. Reptiles et Poissons).
Source : MNHN, Paris
ATHÉRINES DES CÔTES FRANÇAISES
71
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LÉGENDES DES PHOTOGRAPHIES
Photo 1. — Dans la partie supérieure, deux Atherina presbyter (Arcachon) ; au centre, deux A. hepsetus (Marseille) ;
en bas à gauche deux A. boyeri de l’étang de l’Olivier et, à droite, deux sujets de petite taille de la même
espèce en provenance du canal du Midi dans la région de Toulouse (Coll. Roule).
Photo 2. — Dans la partie supérieure, deux spécimens de Pranesus pinguis (Israël) ; à gauche, trois A. boyeri
adultes de l’étang de Bolmon et, à droite, trois jeunes A. presbyter (Hollande). Le P. pinguis a une forme
plus ramassée que les autres Athérines et sa tête est plus large.
Photo 3. — Palais d’A. boyeri. Les dents, toutes relativement fortes, sont bien visibles sur la mâchoire, la tête
du vomer, les ectoptérygoïdes et les arcs palatins.
Photo 4. — Palais d’A. hepsetus (dents plus fines que chez A. boyeri ), dents pharyngiennes et branchies.
Photo 5. — Mâchoire inférieure d’A. hepsetus avec os pharyngien denté et prémaxillaire rattaché (d'un seul côté
sur notre photo) à la mandibule par une membrane. Branchiospines fines et allongées (filtration du plancton).
Photo 6. — Radio de deux sujets d'A. boyeri de l’étang de l’impérial (Camargue).
Photo 7. — Radio de deux spécimens d’A. presbyter des collections du Muséum et originaires de Lorient.
Photo 8. — Quoique du même lot, ces deux sujets d’A. boyeri de l’étang du Thau présentent des différences impor¬
tantes au point de vue de la forme des arcs hémaux.
Photo 9 à 13. — Cette suite de photos montre les grandes variations possibles pour la forme des arcs hémaux
chez A. boyeri. 9 : Mer, Menton ; arcs minces. 10 et 11 : Etangs de Biguglia et de Berre ; arcs légèrement
aplatis. 12 et 13 : Etangs de l’Olivier et de l’impérial ; arcs très aplatis et très larges.
Photo 14. — Ecaille d’A. boyeri (Etang de Bolmon) d’environ un an montrant plusieurs faux anneaux (atténués
il est vrai) et l’anneau hivernal bien marqué.
Photo 15. — Ecaille d’A. hepsetus (mer Bastia) d’environ un an et sans faux anneaux dont l’absence témoigne de
conditions de vie assez homogènes.
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